ÉNOPLIENS
{Denlaria huîblfera L.), et Linné l'a conservé pour une espèce de ce dernier genre, le Dentaria enneaphylla L. {Turrilis enneaphyllos Scop.), du sud de l'Europe. Ed. Lef.
£I\^]\'E!IIIS. Nom donne en Arabie à une variété de Concombre, Ed. Lef.
E^']^'l<:IlIO§ER (Joseph). Médecin allemand, né à llintersee, dansleTyrol le 15 novembre 1787. Il commença ses études à Imisbruck en 1808, prit païen 1809 à l'insurrection tyrolienne sous le fameux Andréas Hofer, puis continua ses études à Erlangen et à Vienne, enfin à Berlin. En 1813, il s'engagea dans le corps franc de Lûtzow et se distingua pendant la campagne de 1815-1814 à la tête d'une compagnie de chasseurs tyroliens. Après la guerre, il continua ses études à Berlin, et y prit le bonnet de docteur en 1816 [Diss. de montium influxu in valetudinem hominum, vitae geniis et morbos, in-S"). Il fut nommé, en 1819, professeur extraordinaire à Bonn, en 18'i8 professeur ordinaire, et enseigna l'anthropologie et la médecine. Il se démit de ces fonctions en 1857 et vint se fixer à Innsbruck. En 1841, il passa à Munich, où il s'occupa spécialement des applications scientifiques du magnétisme à la médecine. 11 mourut à Egern, près du lac Tegernsee, le 19 septembre 1854.
Comme nous venons de le voir, Ennemoser était mesmérien ; il a même cherché, dans un ouvrage paru en 1865, à expliquer scientifiquement le phénomène des tables tournantes. Outre des articles dans Wolfarfs Jahrbuch fiir Lebensmagnetismus (1818), iSasses Zeitschrift fur psychische .4er:ie (182G- 1821, 1824), FriedreicKs Magazin (1829j, etc., Ennemoser a publié:
I. Der Magnetismus, nach der allgemeinen Baieliung semés Wesens, etc. Leipzig, 1819, gr. in-8". — II. Hist.-psych. Unte^such. iiber den Ursprung und dus Wesen der menschlichen Seele ûberhaupt, etc. Bonn, 1824, gr. in-8°. — III. IJeber die nâhere Wechsehvirkung des Leibes und der Seele. Bonn, 1825, in-8''. — IV. Anthropologische Ansicliten, etc. Bonn, 1828, in-8°. — V. Der Magnetismus im Verhàltniss zur Natur und Religion. Stuttgart und Tûbingen, 1842, in-8°; 2. Aufl., ibid., 1853, in-8''. — VI. Was ist die Choiera. . . ? Stuttgart, 1848, in-8°. Traduit en hollandais. Utreclit, 1848, et en italien. Naples, 1854. — VII. der Geist des Menschen in der Natur, etc. Stuttgart, 1849, in-S". — VIII. Anleitung zurmesmerischen Praxis. Stuttgart, 1852, in-S» L. Hn.
ÉIXOPLIEXS. Groupe de Vers parasites, de l'ordre des Nématoïdes, dont les représentants, tous de très-petite taille, sont caractérisés surtout par l'absence d'un renflement œsophagien postérieur. La bouche, armée d'une ou de plusieurs pièces distinctes, est entourée fréquemment de soies ou de papilles. Un certain nombre d'espèces possèdent des yeux ainsi que des glandes et une ventouse caudales.
Les Énophens vivent pour la plupart dans la mer. Citons notamment XEnoplus tridentatus Duj., VE. cirrhatus Eberth, VOdontobius ceti Rouss., le Dorylaimus marinus Duj., V Odoncholaimus papillosus Eberth et ïOdoncholaimus echini Leydig, qui se rencontre dans l'intestin de l'Oursin comestible [Sphœrechinus granidaris A. Agass. ; Echinus esculentus Lamk). Quelques espèces cependant se trouvent dans les eaux douces, au milieu de la vase. Tels sont les Monhystera stagnalis Bast., Trilobus gracilis Bast. et Dorylaimus slagnalis Duj. Une espèce de ce dernier genre, le Dorylaimus palustris Gart., qui vit dans les eaux saumâtres de l'Inde, l'eprésenlerait, d'après Carter, la phase évolutive, non parasite, du Ver de Médine {Filaria medinensis L.).
Eu. Lef.
EiNTADA. 557
EiVOPLOTEUTHis. Genre de Mollusques-Céphalopodes, du groupe des Ojgopsidés {voy. ce mot). Ed. Lef.
ÉXOSTOSE (de èv, dans, et oo-téov, os). Ostéome formé dans l'intérieur d'un os et comblant plus ou moins le canal central de celui-ci. Sauf le siège, l'énostose ne diffère pas de l'exostose {voy. Os, p. 204). L. Hn.
EXS (Abram). Médecin russe, vint faire ses études à Utrecht, où il fut reçu docteur. En novembre 1847, il entra au service de la Russie, après avoir fait imprimer à Kônigsbei-g, en 1745, un mémoire fort intéressant : Dlsquisitio anatomico-pathologica de morho boum Osterviciensium pro peste non habendo, 2 pi.; la troisième édition de cet ouvrage parut en 1764. Ens mourut en août 1770 (Tchistovitch). L. H-\.
EMT (George). Médecin d'origine flamande, né le 6 novembre 1604, à Sandwich, dans le comté de Kent. Son père s'y était réfugié pour se soustraire à la tjrannie du duc d'Albe. 11 fit ses études à Cambridge et à Padoue et obtint le diplôme d'honneur à cette dernière école. A son retour, il fut reçu membre du Collège de médecine de Londres et peu après de la Société royale, qui était de création toute récente. Charles II, au sortir d'une des leçons publiques d'Ent, le créa chevalier. Il présida pendant six ans le Collège des médecins et mourut à Londres le 15 octobre 1689.
Grand ami de Harvey, Ent fut l'un des ardents défenseurs du grand physio logiste anglais et de sa découverte. On cite de lui :
I. Apologin pro circuitione sanguinis, qua respondetur Aemilio Parisano, medico Veneto- Londini, 1641, in-18; editio multo auctior, ibicL, 1685, in-8°. — II. Antidiatribe, sive animadversiones in Malachiae Trustoni, M. D., diatribam de respirationis usu primario. Publ. avec la Diatribe de Truslon. Londini, 1670, in-8°; Lugduni Batav., 1671, in-S"; séparément, Londini, 167!', 1682, in-8°. — III. Ces deux ouvrages ont été réunis sous le titre : Gcorgii Enta opéra oninia medico-physica, etc. Lugduni Batav., 1687, in-8^. L. H>-.
E\TâD.%. Adanson {Fam. des pi., II, 318) a établi sous ce nom un genre de plantes de la famille des Légumineuses-Mimosées, dont on connaît seulement une dizaine d'espèces propres aux régions tropicales, surtout de l'Afrique et de l'Amérique. La plus importante, Entada scandens Benth., a été répandue par la culture dans tous les pays chauds. C'est un arbrisseau sarmenteux, dont les feuilles bipinnées, accompagnées de deux stipules latérales, sont terminées par des vrilles. Ses fleurs sont semblables à celles des Adenanthera {voy. Condori). Les gousses, très-longues et très-grosses, sont aplaties et légèrement arquées. Elles renferment, avant !eur maturité, une substance mucilagineuse que les Indiens emploient, étendue d'eau, pour nettoyer la tète et empêcher la chute des cheveux. En Amérique, on les donne à manger aux bœufs, qui, paraît-il, en sont très-friands.
V Entada sca7idens]ien\h. est Y Entada de IWieede {Hort. malab., IX, tab. 11), le Minosa Entada de Willdenow et VEntada Gigalobium de de Candolle. Les Américains l'appellent vulgairement Liane à bœufs. Ses graines, pourvues d'un tégument coriace, renferment un gros embryon exalbuminé. On leur attribue des propriétés vomitives. Les naturels de Java et de Sumatra les mangent grillées, malgré leur saveur amère. En. Lef.
358 ENTÉRALGIE.
Bibliographie.. — Endliciieb. Gen. pi., n° 6832. — De Candolle. Pi-odr., t. Il, p. 424. - RosENTHAL. Syn. pi- dtaph., p. 1054. — Bâillon (H.). Hist. des plantes, t. II, pp. 27, 54, 64.
Ed. Lef.
EXTA.SIS (de èv et Tdca-tç, effort en dedans). Nom donné par Goutaret {Vingt-cinq ans de chirurgie dans un hôpital de petite ville et à la campagne. Paris, 1885, ia-8'') aux suites d'un effort soudain, imprévu, localisé en un point, avant que la synergie du système musculaire général ait eu le temps d'opposer un contre-poids à la contraction brusque et partielle d'un muscle ou d'un groupe de muscles. « L'entasis, dit Goutaret, se produit partout où il y a des muscles. Par conséquent tous les muscles externes du squelette peuvent en être le siège. Si l'entasis retentit sur les nerfs de la région ou sur le système cérébro-spinal, il présentera des symptômes plus graves et plus longs à guérir. Dans les cas, enfin, où l'effet de l'effort atteint les organes splanchniques et altère leurs fonctions, nous nous trouvons en face d'une troisième classe d'entasis. De là trois catégories d'entasis : i° l'entasis musculaire externe; 2" l'entasis cérébro-spinal ; .1° l'entasis splanchnique ou dyspepsie entasique. »
La première catégorie correspond à ce qu'on appelle d'ordinaire coup de fouet, ou lumbago traumatique, ou à d'autres efforts de même nature au cou, à l'épaule, à la main; Goutaret attribue à l'entasis la production des kystes synoviaux.
La seconde espèce est plus difficile à définir. Voici le résumé d'une observation de Goutaret qui permettra de s'en rendre compte : Un jeune homme de quatorze ans, dans une séance de gymnastique, monte une échelle barreau par barreau, à la force du poignet. Au dernier échelon, il lâche prise et tombe. L'anéantissement musculaire est général et absolu, le malade ne peut se tenir sur les jambes et n'a pas la force de serrer la main qu'on lui tend. Pendant une année entière, il ne put se livrer à aucun exercice de force. Le corps en tombant n'avait porté que sur le côté droit. Il se produisit, dans ce cas, comme une parésie générale du système nerveux moteur.
Quant à l'entasis splanchnique avec dyspepsie entasique, elle paraît moins évidente au premier abord, mais, d'après la description môme de Goutaret, répond à une réalité clinique, A la suite d'un travail qui a nécessité un grand effort de puissance musculaire du tronc, y compris le diaphragme, certains sujets restent faibles et incapables de travail, ressentent des douleurs derrière le sternum, à la ceinture, dans les hypochondres, et finissent par perdre l'appétit. Cet état s'observe assez fréquemment. D'après Goutaret, en faisant une exploration du tronc, on découvre des points de sensibilité : 1° au creux de l'estomac; 2" à la région qui correspond en arrière et au-dessous du petit lobe du foie; 5° a celle qui se trouve précisément entre la courbure cardiaque de l'estomac d'un côté, le coeur, la rate et le pancréas de l'autre. Ajoutons que l'auteur rapproche cette affection de la déchirure des attaches rénales et des décollements du péritoine qu'on observe chez les bêtes de trait. L. Hn,
E^XTÉRALGIE. HiSTORiQCE. L'entéralgie de (svTjpov, intestin, àV/oç, douleurs) est à l'intestin ce que la gastralgie est à l'estomac. Bien que l'état actuel de nos connaissances ne nous permette pas, pour le moment, d'en donner une définition rigoureuse, nous estimons néanmoins qu'il est bon de conserver cette espèce morbide, créée en quelque sorte inconsciemment par Layet et Barras, surtout préoccupés de soustraire du domaine alors si vaste de l'inflammation
ENTÉRÂLGIE. 559
un ensemble de symptômes qui leur parut avec raison se rapporter plutôt h un trouble fonctionnel du système nerveux. En 1860, celte doctrine fut consacrée par l'excellente thèse d'agrégation de Laboulbènc et, plus récemment, alors que Eichhorstet Leube font de l'entéralgie un synonyme pur et simple du mot colique, nous voyons en France, en Allemagne et en Angleterre, la notion de l'entéralgie telle que l'entendait Barras reprise et développée avec des tendances plus scientifiques et non moins de talent par Cherchewski, Richter, Norris et Clifford Albutt.
Physiologie pathologique. Définition. Pom' les partisans de cette espèce morbide, contrairement à l'idée de Leube, le mot très-impropre, il est vrai, de colique, sert à désigner un genre, c'est-à-dire la généralité des douleurs ayant pour siège le tube intestinal, et celui d'entéralgie une espèce distincte, la colique nerveuse.
Si les autres variétés de coliques ne dépendent pas moins de la sphère intestinale du sympathique, leur point de départ est toujours une lésion matérielle, ou une irritation de l'intestin, avec cette particularité que l'acte réflexe est relativement proportionné à l'excitation originelle qui l'a produit.
Dans l'ontéralgie, au contraire, l'inti'grité de la muqueuse intestinale est la règle et son caractère dominant un trouble fonctionnel des centres ganglionnaires ou médullaires qui dénature les phénomènes de perception et provoque des réactions absolument disproportionnées avecla cause initiale d'excitation, la plupart du temps insignifiante.
Les pliénomènes qui constituent l'entéralgie ne sont pas constamment identiques: tantôt d'ordre direct, tantôt d'ordre réflexe, souvent mixtes, il n'est pas toujours facile à l'heure qu'il est d'en déterminer l'origine d'une façon rigoureuse, et tout aussi obscure est encore la part à faire à la névralgie ou à la névrite dans ce complexus morbide.
On peut donc observer cliniquement des entéralgies jusqu'à un certain point idiopatbiques, et des formes réflexes auxquelles se rattachent, par exemple, l'entéralgie symptomatique d'une lésion des centres nerveux ou d'un organe voisin, tel que le foie, le rein, l'utérus ou la vessie.
Nous nous occuperons plus particulièrement dans cette étude de l'entéralgie idiopathique que nous essaierons de définir pour le moment :
Une douleur intestinale sine materia ordinairement intermittente et liée le plus souvent à un trouble fonctionnel du système nerveux, quelquefois d'origine (liathésique .
Certains auteurs désignent encore l'entéralgie sous le nom de colique nerveuse.
Étiologie. Le sexe féminin est peut être plus disposé à l'entéralgie que le sexe masculin; chez la femme, cette affection souvent liée à des troubles de la menstruation peut s'observer pendant toute la durée de l'activité sexuelle, tandis que chez l'homme elle se rencontre le plus souvent à partir de l'âge mùr entre quarante et soixante.
Chez les enfants nerveux et irritables, l'entéropathie s'ajoute parfois aux troubles si variés qu'un observateur attentif est à même de noter au moment des crises de croissance.
La névrose de l'intestin a été décrite sous toutes les latitudes. Barras observait dans le midi de la France : on ne saurait donc en faire une maladiepropre aux climats froids et humides.
560 ENTÉRALGIE.
Étant donné l'origine nerveuse de cette affection, il est évident que les excès ■' de tous genres, les veilles, le surmenage intellectuel, les émotions morales, une
responsabilité excessive et prolongée, les revers de fortune et, en un mot, toules '*''
les excitations aboutissant à la neurosthénie, excelleront à la produire. *"
Tous les nerveux sont plus ou moins prédisposés à l'entéralgie que l'on ren- ''^
contre chez les hystériques, les labétiques, et dans toutes les affections du système •'"'''''
cérébro-spinal, particulièrement au début de l'aliénation mentale dont elle oon- '^*
stitue parfois avec la constipation un des symptômes prémonitoires. ^
Parmi les diathèses dont on ne saurait nier l'influence, nous citerons la W'''^
syphilis, le rhumatisme, la goutte, l'arthritis. La démonstration nous en a été t^^
fournie maintes fois et entre autres par le fait suivant : Un malade atteint de M^^
névralgie faciale rebelle, et dont les antécédents goutteux nous étaient particu- éJ^
lièrement connus, est envoyé à Vichy ; il en revient absolument guéri, mais à fi'i"
peine rentré chez lui éclatent des crises d'entéralgie qui ont malheureusement kiï
sur son état de santé un retentissement beaucoup plus fâcheux que les névralgies isj»
dont elles ont pris la place. 3t[
L'anémie et toutes les dyscrasies capables de m.odifier les centres nerveux par iiilili
suite d'un trouble apporté à leur nutrition peuvent être rangées parmi les causes fit
de l'entéralgie, la cachexie palustre entre autres, et le saturnisme, dont nous iftte
n'avons pas à nous occuper dans ce chapitre pas plus que de la colique sèche iJiiilf
maritime, dont l'origine saturnine est désormais un fait acquis et hors de toute rti
conteste. p,^
Les affections du rein et particulièrement le rein flottant, beaucoup plus ^sj
commun qu'on ne le croit généralement, celles de l'utérus, de la vessie, les troubles kjiIj
fonctionnels du foie si magistralement décrits par Murchison, peuvent retentir jriiil
secondairement sur le plexus solaire et déterminer des entéropathies réflexes g™
dont la cause première échappe à un observateur inattentif: ainsi s'explique y™
l'action si différente de Vichy et des alcalins sur des affections en apparence sem- ,,jj|j,
blables, mais de causes très-diverses. ^y
Nous mentionnerons encore, en terminant, une cause d'entéralgie mise en ,^^
lumière par un de nos distingués confrères de Vichy. Dans un travail récemment j' •
communiqué à la Société de médecine de Lyon, M. le docteur Glénard assigne à la „ j
gastralgie et à l'entéralgie une origine toute mécanique, Ventéroptose, c'est-à-dire d ^ une sorte de prolapsus de l'intestin dont les moyens de fixité entraînés par le poids
de sa masse agiraient à la manière de cordes tendues et brideraient certains ■/
points du tube digestif, apportant ainsi un obstacle au libre cours des gaz et des ^ différents produits de la digestion. L'application d'une ceinture hypogastrique suppléerait à ce relâchement et ferait souvent disparaître, d'après M. Glénard, des gastralgies et des entéralgies rebelles. Si exceptionnelle que puisse être la vérification d'une semblable théorie, nous ne pouvions passer sous silence cette 3 ingénieuse conception qui nous offre en même temps la ressource d'un traitement fort rationnel.
Symptomatologie. Spontanément et le plus souvent sans prodromes, mais
toujours à la suite d'une émotion morale vive ou d'un excès de fatigue cérébrale, ^j^ la crise éclate brusquement, quelquefois même pendant la nuit et ordinairement sans corrélation aucune avec l'heure des repas, la qualité ou la quantité des aliments ingérés.
On voit alors survenir un ballonnement considérable de l'abdomen pris en masse ou seulement des distensions partielles, limitées à certaines portions de
ENTERALGIE. 561
l'intestin dont on peut apercevoir les mouvements péristaltiques en relief à travers la paroi abdominale.
En même temps, le malade éprouve des douleurs profondes, vives et continues, ordinairement localisées au pourtour de l'ombilic, d'où elles s'irradient du côté du foie et des reins, parfois dans les membres inférieurs et la région dorsale.
Sous l'influence de la crise le pouls faiblit, le sujet est angoissé, son visage inondé de sueurs froides exprime l'anxiété la plus profonde, et il n'est pas rare de voir cet état pénible aboutir à une syncope.
Tel est le cas d'un de nos confrères lyonnais dont cet exposé symptomatique résume fidèlement l'observation^.
Le malade est en même temps pris de ténesme, de fréquents besoins d'aller à la garde-robe, le plus souvent sans résultat. Certains auteurs, Barras entre autres, mentionnent un certain degré d'éréthisme des organes génitaux, dupriapisme qui peut alterner ou coïncider avec les accès d'cntéropathie. La crise peut durer plusieurs jours de suite ou se juger en quelques heures; elle se termine alors brusquement par une expulsion de gaz ou des évacuations alvines très-abondantes.
Elle n'éclate pas toujours avec la même violence; de même que la colique hépatique a ses formes larvées, l'entéralgie peut s'observer également à différents degrés d'intensité. Cette affection essentiellement intermittente est compatible a\ec un état de santé très-satisfaisant dans l'intervalle des crises et la conservation intégrale de l'appétit, mais presque toujours les malades se plaignent d'une constipation qui contraste singulièrement avec le volume des selles.
Celles-ci se présentent en effet tantôt sous la lorrae de scybales, tantôt elles sont au contraire rubanées, aplaties, mais toujours expulsées avec difficulté. Cherchewski attribue ce phénomène à une sorte de contracture réflexe des fibres circulaires qui rétrécit le calibre de l'intestin en certains points de sa longueur; ainsi s'expliquent à la fois le ballonnement et l'action favorable de la belladone et des narcotiques dans cette forme particulière de constipation.
Les entcralgiques présentent à la longue de véritables troubles de la santé générale, particulièrement de la faiblesse des membres inférieurs et un certain degré d'épuisement peut-être dû à l'insuffisance de l'alimentation qu'ils s'imposent d'eux-mêmes, malgré leur appétit, dans la conviction erronée que la nourriture est la principale cause de leur maladie.
Diagnostic. Nous avons suffisamment insisté sur le tableau symptomatique de l'entéralgie pour qu'il ne soit pas nécessaii'e de la différencier longuement d'avec la colique de plomb, qu'on aura soin d'éliminer par une minutieuse investigation des commémoratifs ; la névralgie ahdominale, dont la douleur plus vive, moins profonde, plus lancinante, retentit beaucoup moins sur la sphère du sympathique et cède souvent au sulfate de quinine, h colique néphrétique, que ses irradiations testiculaires et ovariennes, ainsi que l'examen des urines, serviront à caractériser, et enfin la colique hépatique, dont le point fixe situé beaucoup plus haut sur la ligne médiane s'accompagne le plus souvent d'une sensibilité épigastrique réveillée par la [moindre pression, sans 'parler du point «capulaire et des précieuses indications fournies par l'examen urologique.
Il sera moins aisé de différencier de l'entéralgie certaines formes larvées de h coUque biliaire, et cela d'autant plus que les deux affections peuvent exister simultanément.
* Le retour de la crise est toujours provoqué chez lui par une émotion, un excès de travail, de préoccupation, ou l'ingestion d'une boisson glacée au cours de la digestion.
niPT r^^n YYVIV 56
562 ENTÉRALGIE.
Pronostic. Le pronostic de l'entéralgie est ordinairement favorable; cette affection peut néanmoins entraîner à la longue, surtout chez la femme, une anémie profonde qu'on voit quelquefois déterminer une cachexie au-dessus des ressources de la thérapeutique.
Traitement. L'entéralgie affecte de préférence la classe aisée, les oisifs, les nerveux par tempérament ou par profession. C'est donc un traitement surtout prophylactique que nous devons opposer à cette affection qui dérive le plus souvent d'une infraction aux règles de l'hygiène professionnelle. Le repos de l'esprit, surtout pendant la première période de la digestion, le séjour des altitudes recommandé depuis longtemps aux hépatiques, l'exercice, la vie au grand air, tels sont les moyens les plus efficaces de combattre l'entéropathie. Il est difficile de fixer d'une manière générale un régime s'adaptant à toutes les formes d'entéralgie, et bien souvent faut-il compter avec la tolérance ou les susceptibilités imprévues d'un intestin que la névrose rend capricieux; mais on doit proscrire avant tout cette diète inutile et dangereuse que le malade s'impose quelquefois de lui-même, dans la crainte devoir ses souffrances aggravées par l'alimentation. En dehors de ces prescriptions hygiéniques, l'hydrothérapie est une ressource précieuse qui a souvent réussi entre les mains de Richter sur des malades qui avaient inutilement tenté plusieurs cures thermales.
Néanmoins, parmi les eaux minérales qui conviennent aux entéralgiques, nous donnerions la préférence à Néris, Royat, Baden en Argovie et surtout Ragatz, dont nous avons obtenu d'excellents résultats. Comme nous l'avons déjà dit plus haut, les préparations narcotiques sont bien supportées par les entéralgiques qu'elles soulagent en diminuant la constipation. Cherchewski recommande l'emploi de la belladone et de la morphine à doses fractionnées. Nous prescrivons en pareil cas les prises de Graves, associant 0,005 de chlorhydrate de morphine à une faible dose de bicarbonate de soude, de columbo et de bismuth.
Toute la série des antispasmodiques est également indiquée dans une affection plus ou moins liée à un trouble fonctionnel des centres nerveux : c'est ainsi qu'au moment des crises l'éther, la teinture de castoréum, la valériane, etc., pourront rendre de réels services. Un médecin anglais d'Edimbourg, Norris, affirme s'être guéri personnellement d'une entéralgie rebelle par l'usage prolon2,é de l'arsenic.
Stein, Baierlacher, Beard et Roclovell, ont récemment appliqué avec succès la méthode des courants continus au traitement de l'entéralgie.
En résumé, de tous les moyens mis en usage contre l'enthéropathie, le retour à une meilleure hygiène est sans contredit le plus efficace. Lahre.
Bibliographie. — Layet. Arch. (jén. de méd., 185'2, p. 564. — Barbas. Traité des gastralgies et des enléralgies. Paris. Labé, 1844, p. 445. — Labouldène. Des névralgies viscérales. Thèse d'agrégation, 1800. — Boyd. Entéralgie infantile. In Edinburg. Med. Journal, 1875, vol. XYIII, part. II, p. 723. — Eclenburg u. Guttmann. PathoL des Sympath., 1873, p. 124. — Leube. Art. Ektéralgie et Colique. In Encyclopédie de Ziemssen. Leipziff, 1878. — LuGAGNE. Étude sur les viscéralgies. In Vichy méd., 1879, p. 402-404. — Wardelt.. Enteralgia in Diseuses of Intest, and Periton. New-York, 1879, 1-8. — Gavoy. Gastro-entéralgie symptomatique d'une lésion du pancréas. In Journ. de méd. et de ph. d'Alger, 1879, p. 144-146. — Eichhorst. Realencyclopàdie. Art. Enterah/ic, 1880, t. III, p. 555. — Nonni». Neuralgia in the Boiocls. In Dritisk Med. Journal, 1880. — Edelsen et IIing. Entéralgie guérie par l'hyosciaminc. In Med. Centralblatt, 1881, XIX, p. 25. — Richter. Ueber nervôse Dyspepsie und Enteropathie. \n Berliner klinische Wochenschrift, 1882, p. 195. — Stein. Die faradische Beliandliing der nervôsen Enteropath. In Centralblatt fi'tr Server.krankheilen. Leipzig, 1882, p. 201-208. — Jeanne. Gastro-entéral gie des pays chauds. Tii de Pari?, 1885. — Baierlacher. Traitement électrique de la gastralgie et de l'entéralgie.
ENTÉRECTOMIE. 565
In jEr-Jl. Intell. -Blatt, p. 209, 1883. — Cherchewski. Contribution à la path. des névroses intestinales. In Revue de médecine. Taris, 1883, p. 870. — Ldton. Article Lntestin. In Dict. deméd. et de chir. pratiques, 1884, t. XIX. — Clifford Albutt. Entéralgie et névroses de l'intestin. In Lancet, 1884, t. I, p. 2-14. — Glénard. De l'entéroptose. In Lyon médical, 1885, et Comptes rendus de la Société de méd. de la même année.
EKTÉREC TOMIE. Résection de l'intestin dans une étendue plus ou moins grande, depuis une partie de sa circonférence jusqu'à 1 mètre et même davan-
tage.
Les affections qui ont justifié cette opération deviennent de plus en plus nombreuses. On compte actuellement les suivantes :
Gangrène de l'intestin hernie; anus contre nature; néoplasmes de l'intestin; rétrécissements non cancéreux de l'intestin ; invagination ; étranglement interne ; plaies et ruptures de l'intestin.
Dans la plupart des cas, l'entérectomie a été suivie de l'entérorrhaphie, c'està-dire qu'on a refermé la plaie intestinale laissée par la résection d'une partie de la paroi, ou qu'on a suturé bout à bout les deux fragments de l'intestin créés par la résection d'une anse plus ou moins grande. Dans d'autres cas, par suite d'obstacles à la réunion des deux bouts, on a abouché le supérieur dans la plaie abdominale, et on a ainsi formé un anus contre nature.
I. Résection be l'intestin pour gangrène herniaire. Cette opération, conseillée et indiquée d'une manière très-nette par Littre en 1700, fut pratiquée l'année suivante par Méry chez une malade atteinte d'une volumineuse hernie crurale étranglée, et à laquelle il réséqua 4 ou 5 pieds d'intestin gangrené.
La malade guérit avec un anus contre nature.
En {Tlo, Farcy et La Peyronie agirent de même ; mais jusqu'alors on n'avait pas tenté la réunion des deux bouts. Celle-ci fut pratiquée pour la première fois par Ramdohr en 1727. Mœbius, qui rapporte ce fait, fit sur des chiens des expériences dans le but d'étudier la question, mais il ne put produire l'invagination à cause de l'étroitesse de l'intestin et réunit bout à bout, ce qui amena une obstruction au cours des matières et la mort. Ce procédé, exécuté encore une fois avec succès en 1728 par Remond, chirurgien de l'électeur du Palatinat, fut abandonné pour longtemps.
En 1747, Duvergier revint à l'ancien procédé de suture des deux bouts sur une trachée-artère de veau. Mais, malgré un beau succès, l'opération tomba en discrédit après la publication du mémoire de Louis Sur la cure des hernies avec gangrène (1757), dans lequel l'éminent chirurgien plaida la cause de l'expectation et de l'abstention chirurgicale. Aussi, jusqu'en 1856, n'en trouvet-on qu'une vingtaine de cas dans la littérature.
Ce fut seulement après les travaux de Bichat, de Dupuytren, etc., sur les propriétés des séreuses d'adhérer facilement entre elles, les expériences de Jobert (en 1822) et de Lembert (en 1820) sur la suture avec adossement des séreuses, que la question entra dans une phase véritablement scientifique. 3Iais la pratique chirurgicale n'en profita que plus tard.
En effet, sauf deux succès de Steinmelz en 1828, et de Dieffenbach en 1856, on n'a plus rien à signaler en clinique jusqu'en 1875 où, grâce aux progrès de la méthode antiseptique, l'entérectomie entra dans une voie nouvelle. Lùcke (de Strasbourg [1875]), Krônlein et Kocher (1875), la pratiquèrent dans des cas de hernie étranglée avec gangrène, et depuis les faits se sont multipliés^
564 ENTÉRECTOMIE.
En 1883, MM. Bouilly et Assaky réunissaient 36 cas" donnant les résultats suivants :
Guérijons complètes d'emblée 9 ]
Guérisons rapides après formation et occlusion spon- > 16 guérisons complètes.
tanée d'une fistule stercorale 7 )
Formation d'une fistule slercorale persistante 1
Formation d'un anus contre nature 1
Morts 16
Soit une mortalité de 50 pour 100.
La même année, 111 disait avoir connaissance de 49 cas, dont 23 mortels, soit une mortalité de 49 pour 100.
En 1884, Makins publiait un tableau de 55 cas, avec 29 morts, soit 52,7 pour 100, dont 40 pour 100 de péritonite septique.
En ajoutant les cas de ces trois statistiques qui ne font pas double emploi, et d'autres publiés depuis, on arrive au résultat suivant, pour la période contemporaine, c'est-à-dire depuis 1875 :
Opérations "73
Guérisons complètes d'emblée 20 1
Guérisons rapides après formation et occlusion spon- > 28 guérisons complètes.
tanée d'une fistule 8 )
Formation d'uue fistule stercorale persibtante 2
Formation d'un anus contre nature 1
Morts Ai
Nous avons compris dans ce chiffre de la mortalité 6 cas éliminés par M. Bouilly de sa statistique. Ces cas, cités par Rydygier, sans détails et d'après des communications orales des opérateurs, ne lui ont pas paru, en l'absence de renseignements suffisants, de nature à entrer dans une statistique. Cependant on peut, comme Rydygier l'a fait, les donner comme exemples de cas de mort à la suite de la résection de l'intestin pour hernie étranglée, sans dire, ce qui du reste est bien difficile même pour les observations complètes, la part qui revient dans la mort à l'affection intestinale, à l'opération, au traitement consécutif, etc. Ils sont morts, comme tant d'autres, à la suite de l'opération, sans qu'on puisse incriminer entièrement celle-ci.
Ce serait se faire une idée tout à fait fausse de la gravité et de la valeur de l'opération que d'admettre sans discussion et sans examen ce chiffre de 44 morts, qui, pris en bloc et considéré dans l'ensemble, serait fort peu encourageant. Quand on analyse les faits de près, il est facile de se rendre compte que dans bon nombre de cas la mort n'est nullement imputable à l'intervention. Et M. Bouilly rappelle la gravité ordinaire des hernies étranglées gangrenées, dans lesquelles les phénomènes généraux et locaux se réunissent pour amener le plus souvent une issue rapidement mortelle, soit par collapsus, épuisement, soit par péritonite généralisée ou complications pulmonaires. Sans le suivre dans la discussion intéressante qu'il a faite des 36 observations réunies dans son mémoire, nous pouvons dire que les conditions de nos 75 observations doivent être à peu près les mêmes. Cependant la mortalité est plus élevée, puisqu'elle est de 60 pour 100, soit 10 pour 100 de plus, et même en éliminant les 6 cas non compris dans les siens, il nous en reste encore 67 avec 58 morts, soit une mortalité de 56,72 pour 100.
Les 20 opérations que nous avons recueillies dans la période ancienne (jusqu'en 1856) ont assurément donné de meilleurs résultats, puisque nous trouvons :
ENTÉflECTOMIE. 565
Guérisons d'emblée 10
Guérisons avec anus en fistule fermée spontanément 2
Guérisons avec anus contre nature 2
Mort 6
Soit une mortalité de 50 pour dOO.
Mais on ne peut évidemment se baser sur ces résultats pour préférer une méthode à l'autre, la mort, comme nous venons de le dire, tenant à bien d'autres causes que l'intervention chirurgicale.
Indications de Vopératlon. La conduite du chirurgien, en présence d'une hernie étranglée et gangrenée, devient de plus en plus délicate, au fur et à mesure que les observations de résection intestinale primitive se multiplient. Faut-il, comme le voulait Louis, abandonner les choses à elles-mêmes ou tout au plus traiter la hernie gangrenée comme un abcès et favoriser simplement la formation d'un anus contre nature? Faut-il au contraire imiter la conduite des chirurgiens déjà assez nombreux cités dans notre tableau, et, après avoir pratiqué la kélotomie, réséquer la partie gangrenée de l'intestin, faire la suture des deux bouts et rentrer l'organe restauré dans le ventre ?
M. Julliard (de Genève), et M. G. Bouilly, s'appuyant sur la même statistique, celle de Madelung, concluent en sens opposé. Le premier se prononce en faveur de l'établissement de l'anus contre nature, qu'on pourra traiter, lorsque l'état général du malade sera devenu plus favorable, par l'entérotomie ou par la résection des bouts adhérents et la suture. C'est aussi l'opinion de M. Verneuil et d'autres chirurgiens français.
M. Bouilly reproche à M. Julliard de n'avoir pas éliminé les cas cités trop brièvement par Madelung, et, avec plus de raison, ceux qui datent d'une époque antérieure h. la période contemporaine. Le nombre des morts diminuant ainsi, la valeur de l'opération devient plus grande, et dès lors M. Bouilly se prononce pour la résection primitive. Ma statistique, bien que comprenant un nombre de cas presque double de celui de M. Bouilly, n'est pas de nature à « imposer une conviction dans un sens plutôt que dans l'autre ». Néanmoins l'augmentation du chiffre de la mortalité pourrait rapprocher les chirurgiens hésitants vers M. Julliard et les éloigner de M- Bouilly.
A l'appui de son opinion, M. Julliard invoque la difficulté de l'opération et M. Bouilly est également d'avis que l'entérectomie est uue opération complexe, délicate, exigeant des connaissances et une instrumentation spéciales. Elle n'est donc pas à la portée de tout le monde, mais les chirurgiens de profession peuvent l'exécuter sans qu'il soit besoin, comme l'a fait Czerny, d'études préalables sur les animaux pour l'opérateur et ses aides. Le point principal consiste, dit M. Bouilly, « à se donner un jour suffisant par la large incision de la paroi abdominale, de manière à attii'er facilement l'intestin et à manœuvrer avec liberté tout à fait en dehors du ventre. La résection et la suture ne présentent pas par elles-mêmes de véritables difficultés ».
On pourra tenter ces opérations :
« 1° Toutes les fois que l'état général de l'opéré ne sera pas assez mauvais pour faire redouter la durée plus grande de l'opération et l'administration prolongée du chloroforme et faire prévoir une terminaison rapidement mortelle soit par syncope, refroidissement, abondance des vomissements, congestion pulmonaire, etc. ;
« 1° Que l'examen minutieux de la variété de hernie, de la nature actuelle
tîN'TÉHECTOMlE.
>-} ta
■yj
CJ
El4
-aï
. es
te
rr
te B
fi o
rr
CJ
•^ 3 CL) 03
ça :;5
■sr
oo