L. Hn
Erdniann (OiTO-LiNKii). Thimiste allemand, né à Dresde, le 11 avril 1804, était le fils de Carl-Gotlfried et le neveu du précédent. En 1825, il fut nommé privat-docent, puis en 1827 devint professeur extraordinaire, en 1850 professeur oi'dinaire de chimie à l'Université de Leipzig, et mourut à Leipzig le 9 octobre 1869.
On est redevable à Erdmann d'un grand nombre de progrès dans la chimie minérale et organique, même biologique, et de la détermination, avec Marchand, d'un grand nombre de poids atomiques. Il rédigea le Journal fur tedmische und ôkonondsche Chemie (Leipzig, 1828-1855, 18 vol.), et avec quelques collaborateurs le Journal fiirpraktkche Chemie (Leipzig, \ 854-1 857, 72 vol.). L. Hx.
ÉRECTILE. § I. Anatomie. DÉFiMTioN. VoYgdine,érectile,spongieuxoVi caverneux, est caractérisé a» point de vue dnatomique par un réseau d'énormes capillaires soutenus par une trame conjonctivo-musculaire et disposés de façon
ÊKEGTILE (,vnatomie). 381
à retenir une quantité considérable de sang, et au jtoint de vue physiologique par la faculté de pouvoir se gonller et durcir sous l'influence de Tafllux du sang.
Siège. Distributio.n. Le tissu, sijstèine-appared ou organe érectile, forme cliez l'homme le gland, le tissu spongieux de l'urèthre, le bulbe de l'urètlire, et chez la femme les corps caverneux du clitoris et le bulbe du vagin ; en un mot, dans l'espèce humaine, le tissu érectile ne se rencontrerait que dans les organes génitaux externes. Les anatomistes n'admettent pas tous cette restriction. Kobelt, par exemple, dcciit du tissu spongieux dans les parois du vagin et dans la muqueuse du canal de l'urèthre. Il est vrai qu'il n'attache peut-être pas une grande précision au mot érectile, et qu'il le considère à peu près comme synonyme de plexus veineux. Ch. Rouget va plus loin. Considérant comme caractéristique du tissu érectile tout plexus artériel ou veineux soumis à l'action des fibres musculaires lisses dont il est enchevêtré, Rouget admet la présence de ce tissu dans les parois du vagin, de l'utérus, du ligament large, où les plexus veineux sont si riches, et jusque dans l'iris. Mais nous verrons que le bulbe de l'ovaire, l'iris, etc., ne sont point comparables anutomiquement au tissu érectile, quoique susceptibles de turgescence sanguine.
Ercolani admet deux variétés du tissu érectile : 1° le réseau capillaire trèsdilaté; 2" le même réseau soutenu par un canevas de nature conjonctivoélastique et musculaire. Le premier ne serait susceptible que de turgescence; le second d'érection véritable. Et Ercolani range dans les organes érectiles l'organe de Ruini qui se trouve dans le pied des Solipèdes; la cloison, dite tendineuse, de la langue du chien, et des formations analogues que l'on rencontre dans la langue du lézard, de la couleuvre, etc., tous organes composés d'une tranic aréolaire de nature musculaire, susceptible de durcir les parties dans lesquelles on les rencontre en tirant sur la charpente tendineuse de l'organe (Ercolani, Dei tessuti e degli orga/ii erettili. In Mem. Acad. d. se. di Bologna, 1868; Anal, la Journ. de l'anat., 1869). Malgré toute l'ingéniosité des vues d'Ercolani, nous nous refusons à considérer ces tissus comme appartenant au système érectile ; ils n'en ont point la caractéristique.
Nous considérerons donc chez l'homme, comme seuls organes érectiles, les corps caverneux du pénis et du clitoris, le gland et le bulbe du vagin. Ajoutons-y le tissu érectile que Quénu a signalé après Kobelt dans l'urèthre {voy. art. Urèthre de ce Dictionnaire, p. 225). C'est également dans les organes génitaux externes, et là seulement, que nous rencontrerons ce tissu chez les autres Mammifères.
Chez les Oiseaux, on le trouve dans les crêtes, les caroîicides, qui s'élèvent sur la tête ou pendent sous la gorge (coq, dindon, pintade, etc.); c'est également lui qui forme les tubercules érectiles qui représentent le pénis de ces animaux, et qu'on découvre sous forme d'un petit mamelon sur la paroi antérieure du cloaque.
Chez les Reptiles (crocodiles, tortues), le bourgeon érectile est à peu près le môme, et ici comme là il représente l'ébauche des corps caverneux des animaux supérieurs. Le pénis protactile et court des Monotrèmes est le pli de passage qui rattache l'uneà l'autre ces formations homologues, dépendantes et renfermées dans le cloaque chez les Sauropsidés et les plus inférieurs des Mammifères, les Monotrèmes; à l'extérieur chez les autres, à partir des Marsupiaux, où l'organe est encore fort imparfait.
582 ÉUECTILE (anatomie).
Chez les Amphibiens, les corps caverneux de l'organe copulateur sont encore moins différenciés; ce sont les bords renflés du cloaque en bourrelet qui en tiennent lieu (Salamandrines).
Chez les Poissons, nous trouvons du tissu érectile dans Torgane dit harhillon, de la lèvre supérieuie (Jobert, Étude danat. comp. sur les organes du toucher. Thèse de Paris, 1872), et dans les gros appendices placés de chaque côté de l'anus des Sélaciens mâles.
Les Invertébrés ont-ils des organes érectiles?
On a considéré comme tel le tissu susceptible de se gonfler par refoulement du sang, du pied des Mollusques et des tentacules ou tubes ambulacraires des Echinodermes {voy. R. Kochler, Rech. sur les Échinides des côtes de Provence. Marseille, 1883; — Pcrrier, Hech. sur les pédicellaires des Astéries et des Oursins, lu Ann. des se. nat., 5'' série, t. XII et Xlll, 1869-70, et Arch. de zool. expér., t. V, 1879; — Frédéricq, Contrib. à V étude des Échin. \n Arch. de zool. expér., t. V, 1879). On peut en effet considérer ces organes comme tels, car dans tous il existe un système de lacunes en communication directe avec le système circulatoire de l'animal, et ces lacunes possèdent des parois élastiques, musculaires môme, dans le pied des Mollusques, et sont susceptibles de se distendre et de se resserrer {voy. A. Nicolas, Organes érectiles. Thèse d'agrég. Paris, 1886). Cependant ces organes ne seraient pas exactement comparables aux organes érectiles des Vertébrés, car leurs aréoles seraient de simples cavités lacunaires creusées au milieu du tissu connectif et non tapissées d'un endothélium (Fleniming, Griesbach, Fleischmann). Les trabécules seraient comparables au feuillet cellulaire qui limite les fentes du tissu conjonclif lâche, la cavité extensible aux fentes du tissu conjonctif du Vertébré (Flemming. Arch. f. mikr. Anat., 1877).
Maintenant le mamelon, susceptible d'érection, comme on le sait, rentre-t-il dans le système érectile?
Le mamelon entre en érection à la façon du clitoris, a-t-on dit, et Kôllikcr
jadis (1856) y décrivait du tissu spongieux. Mais, aujourd'hui que nous savons
que c'est là un phénomène dû uniquement à la contraction musculaire, et du
domaine du petit muscle aréolo-mamelonnaire, nous pouvons sortir le mamelon
du cadre des organes érectiles.
Nous ne discuterons pas la nature érectile du sinus sanguin qui entoure comme un anneau le follicule des poils tactiles de certains Carnassiers (chat, chien, etc.) ou Rongeurs (souris, rat; etc.).
En résumé, ce qui caractérise le tissu érectile, c'est le volume énorme des capillaires, dont le diamètre dépasse celui des artères afférentes et des veine? etférentes, et le système trabéculaire qui s'établit pour les soutenir, les resserrer ou les dilater. Ce tissu n"a pas partout le même type.
Sur une pièce insufflée des corps caverneux et sectionnée après dessiccation, le tissu érectile apparaît comme le tissu d'une éponge, tissu aréolaiie dont toutes les aréoles (ou alvéoles) communiquent entre elles. Mais déjà sur les corps caverneax du clitoris cet aspect est moins net et n'est plus qu'à l'état rudimentaire, embryonnaire, pour ainsi dire, dans la crête du coq ou les caroncules du cou du dindon. C'est qu'en effet de l'âge fœtal à l'âge adulte le tissu érectile subit une évolution lente, mais progressive, et que, si le corps caverneux d'un foetus de 6 mois rappelle le tissu érectile de la crête du coq, le même corps caverneux a pris à l'âge adulte des caractères plus avancés qui en font le
ÉRECTILE (anatomie). 5«5
type extrême du tissu érectilo. 11 y a donc des degre's dans le tissu érectile, degrés qu'on retrouve, comme pour tous les autres détails anatomiques, en suivant l'arbre des groupes zoologiques «l'un côté, l'échelle du développement ontogénique de l'autre.
Structure du tissu érectjle. Nous n'avons pas à tracer ici l'histoire des corps caverneux, du gland ou du bulbe du vagin : ce sont là des études qui sont faites à chacun de ces mots {voy. Pénis, Urèthre, Vilve). Nous tracerons donc seulement l'étude du tissu érectile en général {Anatomie générale).
Tout tissu érectile peut être représenté idéalement par un manchon fibreux de la face interne duquel se détachent de nombreuses travies qui se croisent et s'entre-croisent de façon à limiter des alvéoles qui toutes communiquent les unes avec les autres, et sont tapissées de cellules épithéliales (épitliélium ou endothélium vasculaire). Nous devons donc examiner l'enveloppe générale, les trabécules (système trabéculaire) et les alvéoles qu'elles limitent. M;iis, comme il entre dans ce tissu des artères, des veines, des lymphatiques et des nerfs, nous aurons aussi à étudier ces formations et finalement le développement du système érectile.
1. Enveloppe générale. L'organe érectile est renferme dans une gaine propre (corps caverneux), et celle-ci peut être doublée d'un système élastique (gaîne élastique de la verge et muscle péripénien, par exemple), ou bien la gaîne propre est absente et le tissu érectile est engaîné dans une paroi d'emprunt qui ne lui appartient pas en propre (crêle de coq).
La nature de l'enveloppe est fort variable. Sur la crête des Gallinacées, le tissu érectile composé d'un large réseau de capillaires dilatés s'avance jusque sous l'épiderme et celui-ci en constitue en réalité la membrane d'enveloppe.
Sur le gland, c'est la muqueuse dermique renforcée de fibres lamineuses serrées qui remplit le rôle de gaine; sur le bulbe et le tissu spongieux de l'urètlire, c'est une tunique formée de tissu conjonctif et élastique et de fibres musculaires lisses; sur les corps caverneux enfin, c'est une véritable aponévrose composée de fibres lamineuses et de quelques fibres élastiques; sur le pénis du cheval, cette gaîne a une épaisseur de 1 millimètre 1/2, épaisseur très-faible relativement au volume de l'organe et bea'ucoup plus faible, relativement, que chez l'homme. Mais chez le cheval le tissu caverneux est très-développé et contient une grande quantité de fibres musculaires lisses qui suppléent à l'insuffisance de la membrane périphérique dans l'accomplissement de la rigidité (érectilité).
Chez l'éléphant, chez le boeuf, dans les trabécules duquel on ne trouve point, dit-on, de fibres musculaires, la gaîne connective enveloppante est beaucoup plus épaisse ; elle est mince dans les tissus érectiles des femelles, qui sont assez musculeux. Comme on le voit, l'épaisseur de l'enveloppe n'est pas proportionnelle au volume de l'organe, mais elle est d'autant moindre que le tissu érectile lui-même renferme une plus forte proportion de fibres musculaires, susceptible par conséquent d'atteindre par lui-même un degré de rigidité suffisant; en résumé, la puissance de l'enveloppe générale dans les tissus érectiles est en raison inverse de celle du système trabéculaire.
Toutefois, l'enveloppe générale de tous les organes érectiles n'est pas toujoui s si simple. Considérons, par exemple, le tissu spongieux du canal de l'urèlhre^
Kobelt avait déjà mentionné que tout autour de l'urèthre de l'homme règne du tissu spongieux. Quénu (art, Urèthre de ce Dictionnaire) est revenu sur ce
584 KRECTILE (anatomie).
point et a mieux précisé que Kobelf la disposition de ce tissu. Chaque portion de l'urèthre, dit-il, est doublée de tissu érectile, et ce tissu affecte la position suivante dans une coupe transversale : 1" la muqueuse; 2° la couche de tissu érectile; 3° une couche de fibres musculaires; A° la membrane fibreuse d'enveloppe. Le tissu érectile du corps spongieux de Turèthre est donc limité en dedans par le chorion de la muqueuse qui contient beaucoup de fibres élastiques, et en dehors par une gaine fibro-musculaire, albuginée du corps spongieux, parsemée de nombreuses fibres musculaires lisses, comme Stein l'avait déjà dit. Autour de cette gaine nous trouvons l'enveloppe élastique du pénis comme au corps spongieux de l'urèthre et aux corps caverneux, et le muscle péripénien.
Dans l'urèthre de la femme, nous retrouvons la même disposition. Quant à l'enveloppe des corps caverneux, elle est de nature fibreuse, mais Klein y décrit des fibres lisses.
2. Système Irabéculaire. Dans l'enveloppe que nous venons de décrire est logé le tissu érectile, sorte de fine éponge, d'où le nom de tissu spongieux ou caverneux. C'est un tissu mou, extensible et élastique, blanc quand il est vide de sang, gris rougeàtre avant l'action de l'eau. Sa coupe le présente sous l'aspect d'un tissu aréolaire dont toutes les alvéoles communiquent largement les unes avec les autres. Comment a pris naissance ce tissu spongieux?
De la face interne de la membrane d'enveloppe se sont détachées une infinité de lamelles qui se sont croisées et reliées de façon à limiter un grand nombre d'aréoles, un tissu réticulé, en un mot, dont les mailles sont baignées par le sang et les parois tapissées d'un endothélium.
Émanées de la gaine enveloppante, les lamelles ou trabécules ne peuvent faire autrement que d'en avoir la structure. Aussi bien, ici comme là, trouvonsnous du tissu fibreux mélangé à des fibres lisses.
Néanmoins, toutes les trabécules n'ont point exactement la même constitution hislologique.
Ainsi, il est des travées uniquement fibreuses, et la cloison en forme de peigne des corps caverneux de l'homme est de ce nombre; il en est d'autres, eu partie fibreuses et en partie musculaires. L'éléphant (Certi), le taureau, au contraire (Lcgros), la baleine (Sappey), n'ont dans leur corps caverneux que des travées fibreuses. De même, le sinus caverneux du poil tactile des Carnassiers est uniquement de nature conjonctive, alors que le tissu caverneux du pied des Mollusques n'a que des travées de nature musculaire. Dans la crête du coq et les appendices du tendon, les travées, de nature connective, contiennent quelques fibres lisses (Legros). Nicolas n'a cependant pu les voir en plein tissu érectile sur ses préparations.
Chez le cheval, la cloison fibreuse des corps caverneux de l'homme est remplacée par un éventail de tissu fibreux. Ces faisceaux ont évidemment pour but de modérer la turgescence et de maintenir la rigidité. Il en est de même chez le bœuf, le chameau, le mouton, le lapin, le cobaye.
Chez le cheval, la plupart des trabécules des corps caverneux sont presque exclusivement musculaires; sur le gland, il y a peu de fibres musculaires, mais un riche réseau élastique.
Chez l'homme, les corps caverneux sont moins riches en muscles que ceux du cheval, mais, comme chez le cheval, le tissu érectile du gland est presque entièrement composé d'un réticulum élastique.
Les trabécules les plus épaisses renferment des vaisseaux et des nerfs.
ÉREGTILE (anatomie). 385
Le cobaye, le lapin, le rat (Legros), ont dans les corps caverneux du tissu élastique et musculaire en proportions égales.
Les trabécules comprennent donc dans leur constitution des fibres musculaires lisses. C'est là une question qui a passé par un certain nombre de vicissitudes, et il ne sera peut-être pas sans intérêt de jeter un reganl rétrospectif sur ce coin de la science histologique.
Duvernoy, J. Hunter, Stanley, avaient entrevu plutôt que démontré l'existence de fibces musculaires dans le pénis de l'éléphant (Duvernoy) ou du cheval (J. Hunter, Stanley). J. Mùller examina avec soin ces formations et comprit leur grande analogie avec le tissu musculaire; il n'osa cependant pas dire qu'il s'agissait de muscles, parce que l'excitation galvanique des corps caverneux ne lui donna qu'un résultat incertain. Chez l'homme comme chez le cheval, J. Mùller crut reconnaître un tissu pareil, qu'il ne put retrouver, au contraire, chez le chien, la brebis et le lama.
Yalentin, lui, n'hésite plus. Les corps caverneux du chien et de l'âne renferment bien des fibres-cellules; Mayer confirme le fait pour l'homme et le chien, Hausmann, Hyrtl et Herberg, pour le cheval. L'existence de ces fibres restait encore douteuse, cependant, quand KôUiker est venu en démontrer la présence d'une façon irrécusable. La masse de ces fibres forme au moins les 5/4 du tissu caverneux du cheval, la moitié du corps caverneux de l'homme. Chez l'éléphant (KoUiker), le développement des fibres lisses est considérable.
Le même tissu a été retrouvé dans les trabécules des corps caverneux du clitoris et le bulbe du vagin chez les animaux (Valentin) et chez la femme (Kôlliker).
Pour les corps caverneux de la verge, c'est dans les Solipèdes domestiques, l'éléphant, le porc-épic, la taupe (Ercolani), le cheval (Legros), qu'on rencontre le plus de fibres musculaires lisses. Chez l'homme, ce tissu l'emporte sur les fibres connectives dans la plupart des travées (Sappey). Le corps spongieux est au contraire pauvre en fibres musculaires, et le gland en est presque totalement dépourvu, mais, par contre, comporte un réseau élastique très-fourni. Dans le bulbe du vagin, homologue du bulbe de l'urèthre de l'homme, les fibres-cellules des travées sont évidentes (Gussenbauer, Klein).
Les fibres musculaires forment en général dans les travées d'épais faisceaux qui font saillie dans l'intérieur des alvéoles, et d'autres suivent le trajet des artères qui abordent le tissu érectile (fibres lisses satellites).
L'épaisseur des travées enfin, qui entraîne avec elle des variations dans le calibre des aréoles que ces travées circonscrivent, est variable avec l'âge et l'espèce animale. Moins l'organe est développé, dit Ch. Legros, plus l'épaisseur des travées est grande. Ce phénomène est en effet assez manifeste dans l'organe érectile des Gallinacées, où l'épaisseur des travées égale celle des cavernules intercommunicantes; mais, dans les corps caverneux d'un nouveau-iié cependant, là où assurément l'organe érectile est moins développé que chez l'adulte, les travées sont cependant relativement beaucoup moins épaisses que celles des corps caverneux de l'adulte (Nicolas, loc. cit., p. 99). La fonction du pénis, qui ne se développe qu'avec la puberté, n'exigeait-elle pas qu'il en fût ainsi?
3. Aréoles ou ca.verndles intercojimunicantes du tissq érectile. Les aréoles du tissu érectile, ce sont réellement là la carastéristique de ce système ; le reste est un appareil complémentaire développé par adaptation. Si l'on eavisage en premier lieu le tissu érectile dans la série animale, c'est-à-dir^ des
DICT. BNC. XXXY. 25
586 ERECTILE (anatomie).
organes érecliles les moins parfaits aux organes érectiles les mieux développés, on peut aisément constater la transition du capillaire ordinaire au capillaire légèrement dilaté, puis, à mesure que l'organe se perfectionne, on voit la dilatation augmenter, et Ton arrive enfin à un système de vacuoles qui ont une disposition telle que, si l'on en connaissait le développement, on leur refuserait tout lien de parenté avec le système des vaisseaux capillaires.
En effet, la plupart des anatomistes n'ont vu dans le tissu érectile que des plexus de sinus veineux (Gruveilhier, Kôlliker, Langer, Stciu, Kobelt), Pour Hausmann, Jarjavay, Frey, Klein, les cavités des organes érectiles sont aussi de nature veineuse. A ce compte, le bulbe de l'ovaire (Rouget) serait un organe étectile. Or, nous ne l'avons considéré que comme un riche plexus veineux. Mais, si nous avons agi ainsi, c'est qu'il n'y a pour nous, dans les aréoles du tissu érectile, que des vaisseaux capillaires irrégulièrement dilatés et largement anastomosés de façon à créer un large système de cavernules iutercommunicanles.
C'est Robin le premier {Soc. de biologie, i 854) qui attribua à ces prétendus sinus veineux ce caractère et la valeur des capillaires. Us sont tapissés, dit-il, par la tunique de Ricliat, mais il leur refuse, comme aux autres capillaires du reste, tout carrelage épithélial.
Ce fut Ch. Legros (thèse de Paris, 1866, et Joiirn. de lanat., 1868) qui mit celte hypothèse hors de doute en mettant en évidence le revêtement épithélial des cavités du tissu érectile. Cette couche, dit Legros, dont j'ai démontré l'existence par l'imprégnation d'argent, est formée de cellules pavimenteuses à bords irréguliers, sans stratification, constituant une membrane continue (endothélium). Ces éléments cellulaires s'engrènent par leurs dentelures et sont réunis par un ciment intermédiaire que le dépôt d'argent met en évidence. Cet endothélium tapisse toutes les travées dont l'entre-croisement et les anastomoses constituent le tissu caverneux : par conséquent, toutes les aréoles du tissu érectile sont pavées par un revêtement épithélial, et cet endothélium a la valeur d'un capillaire dilaté. Le tissu connectif, élastique et musculaire, qui le double (trabécnles), ne joue que le rôle d'un appareil de renforcement; c'est une disposition fonctionnelle qui résulte fatalement de l'adaptation; comme dans les artères et les veines, l'appareil externe connectif et musculaire (tuniques moyenne et externe) n'est qu'un appareil surajouté, car le vaisseau primordial, qu'on se place au point de vue phylogénique ou au point de vue ontogcnique, c'est le vaisseau capillaire.
A défaut du mode de préparation des capillaires par le nitrate d'argent, on pourrait encore montrer la nature des canaux qui composent le tissu érectile. En effet, ce n'est qu'à son développement complet que ce tissu a pris la forme spongieuse et aréolaire ; pendant toute la période embryonnaire, il est composé de capillaires volumineux anastomosés en réseau et qui se rapprochent de plus en plus, jusqu'à se toucher et s'ouvrir les uns dans les autres, à mesure que les sujets avancent en âge. Les aréoles des corps caverneux de l'homme présentent d'abord la forme et les dimensions des capillaires ordinaires, puis peu à peu la dilatation se prononce pendant que les tissus interposés s'aplatissent pour former les trabécules, de sorte qu'avant d'arriver à cet épanouissement que présente le tissu érectile dans les corps caverneux ce tissu a passé par des pliases embryonnaires.
La première de ces phases peut être représentée par la structure de la crête
ÉKECTILE (anatomie). 587
du coq, les caroncules de la lêle du dindon ou le pénis du canard. Dans tous ces organes, le tissu érectile est composé de canaux variqueux disposés en réseau. Ces volumineux capillaires, souvent plus larges que longs, sont fréquemment anastomosés, et les communications d'un capillaire à l'autre sont plus étroites que le capillaire lui-même.
Dans les organes érectiles des femelles, le développement a fait un pas de plus. Les capillaires ont un calibre beaucoup plus large que précédemment, et leurs anastomoses sont si multipliées, qu'à la coupe on croit voir une trame aréolaire. Mais une minutieuse atleulion permet de reconnaître des canaux communiquant les uns avec les autres et recevant de fines arlérioles. En même temps, le tissu connectif abondant qui séparait les capillaires dilatés et variqueux dans les formations précédentes a diminué d'étendue, de façon à ne plus former que des cloisons. Ces deux états du tissu érectile sont successivement représentés pendant la croissance. Avec les organes copulateurs des Mammifères mâles, le tissu érectile atteint son complet épanouissement. Les capillaires sont si volumineux, si courts et si fréquemment anastomosés, que les cloisons qui les séparent sont réduites à de fines trabécules ; le tissu insufflé et desséché apparaît alors comme formé de cavités polygonales (alvéoles), communiquant toutes les unes avec les autres. Le diamètre de ces aréoles est variable, mais en thèse générale on peut dire, avec Legros, qu'il n'est pas en rapport avec la taille de l'animal ou la grosseur de l'organe, mais bien plutôt avec la turgescence plus ou moins grande que peut acquérir le pénis; la différence de volume entre l'état de flaccidité et d'érection, à peine marquée chez le cobaye, le cheval, etc., est considérable chez l'homme.
Les cavités du bulbe du vagin, celles qui forment le tissu caverneux des petites lèvres (homologues au corps spongieux de l'urèthre de l'homme) et du tissu caverneux péri-uréthral signalé j)ar Kobelt, Uenle, Quénu, ont la valeur de capillaires.
En résumé, les aréoles du tissu érectile ne sont que de volumineux capillaires variqueux, très-courts et très-fréquemment anastomosés, de façon à donner lieu à une sorte d'épongé. Ces aréoles ont une paroi propre, transparente, lisse et amorphe, adhérant fortement par sa surface externe avec les tissus voisins (lamelles et trabécules) sur lesquels elle appuie. C'est la tunique de Bichat, des vaisseaux sanguins, pavée à son intérieur par l'endotliélium propre aux vaisseaux capillaires.
4. Artères afférektes. Toutes les lacunes du tissu érectile communiquent entre elles, formant ainsi un vaste iéseau qui ne diffère des réseaux capillaires des autres points de l'économie que par le calibre des conduits et la multiplicité des anastomoses. Les injections de Legros et Langer font voir ces réseaux dans toute leur richesse. C'est dans ce réseau alvéolaire que viennent s'ouvrir les artères afférentes. Mais comment s'y fait leur abouchement?
Les artères qui se distribuent aux tissus érectiles de l'homme percent l'euveloppe générale, pénètrent dans l'épaisseur des trabécules et se divisent brusquement en un pinceau de fins ramuscules qui se contournent en spirale et viennent s'ouvrir dans les aréoles. Ce sont là les artères hélicines de J. MùUer qu'il est facile de voir, mais dont la terminaison est plus incertaine. Millier les considéra d'abord comme s'ouvrant dans les cavernules directement après s'être enroulées en vrille, ou incurvées en crosse. Plus tard Mùller admit qu'elles se terminaient en caecums. Valentin, Kohirausch, ont décrit une terminaison des
388 ÉRECTILE (anatomie).
artères hélicines par des houppes vasculaircs. Langer {Sitz. cler Ak. d. Whs. Wien, 1863), Rouget {Journ. de physiologie, 1858) ont également montré que les artères hélicines ne s'ouvrent pas directement dans les aréoles du tissu érectile, mais qu'auparavant ces artérioles se divisent en un bouquet de ramuscules de 30 à 40 p. de diamètre. L'aspect qu'avait vu Mûller et qui lui avait fait dire que les artères hélicines se terminent en culs-de-sac était donc le fait d'une injection imparfaite. Mûller n'avait injecté que le pédicule d'où se détache le bouquet vasculaire, mais point les petits vaisseaux (5 à 10) qui composent ce bouquet. Ce sont ces dernières ramifications qui s'ouvrent par une petite fente dans les aréoles du tissu spongieux (Rouget, Kôlliker). Eckhard est revenu plus récemment sur ce point [Zur Lehre von dem Bau u. d. Erection des Pénis. Beiir. zur Anat. ti.Phys., 1878). D'après cet auteur, les artères ne s'ouvrent point dans les aréoles sur toute l'étendue du corps spongieux. Elles n'y débouchent que là oii elles sont les plus fines, c'est-à-dire à la périphérie sous la membrane d'enveloppe (albuginée) et dans la partie centrale du corps spongieux. Là, les ramuscules se termineraient en bouton inséré sur la paroi des cavernules, à l'aide de l'adventice qui se perd en filaments dans l'épaisseur des trabécules. Sur les boutons existe une petite ouverture qui donne accès dans les cavernules du tissu érectile.
Ainsi, d'après Langer, sur toute la surface des corps caverneux, immédiatement contre l'albuginée et la cloison, les terminaisons des artères forment un réseau cortical superficiel qui envoie des branches de communication à un second réseau, réseau cortical profond (Langer), composé de mailles beaucoup plus larges, évidemment veineuses, ajoute Kôlliker. C'est dans ce réseau cortical profond que s'ouvrent directement des artères d'un calibre d'environ 70 ^, qui n'ont préalablement point donné naissance à des capillaires.
Ainsi donc, suivant l'auteur précité, les espaces aréolaires des corps caverneux du pénis communiquent avec les artères, dans certaines régions, par l'intermédiaire d'un réseau capillaire, mais dans d'autres la communication directe des petites artères avec ces espaces est manifeste.
Mais ce qu'il y a de particulièrement intéressant c'est la disparition au niveau de la fente du bouton artériel de la musculature très-développée dans les artères hélicines, de telle sorte qu'à ce niveau persiste seule l'élasticité qui ferme aussi complètement que possible la fente qui fait communiquer le bouton artériel avec le tissu caverneux. Mais les fibres musculaires longitudinales de l'artériole ne cessent pas; elles vont jusqu'à l'orifice du bouton, et leur contraction peut élargir cet orifice uniquement clos par la rétractilité du tissu élastique qui en garnit le pourtour. Tel n'est pas pour tous les auteurs cependant le mécanisme par lequel les artères s'ouvrent dans les aréoles du tissu caverneux. Ainsi Langer admet qu'à la périphérie des corps caverneux il existe une communication directe entre les sinus et les petites artérioles, et Frey {Arch. f. Anat., 1880) en donnait la description suivante : Les artères forment dans toute l'épaisseur du corps spongieux des capillaires normaux ; de ceux-ci naissent des troncs veineux très-courts, qui s'élargissent bientôt pour former les espaces caverneux; ces cavités se réunissent ensuite en couloirs labyrinthiques qui se jettent dans les veines. En un mot, pour Frey, le corps caverneux ne serait qu'un réseau admirable veineux, une sorte de système-porte dans lequel les capillaires veineux intermédiaires sont dilatés en énormes sinus; c'est à peu près également la façon de Klein d'envisager la chose [Élém. d'hist., p. 397).
ÉRECTiLE (anatomie). 589
Quoi qu'il en soit, un des caractères particuliers aux artères des tissus érectiles est leur faible calibre comparé à celui des cavités vasculaires dans lesquelles elles se jettent. Langer, Legros, Rouget, etc., ont insisté sur ce fait d'énorme disproportion entre les deux ordres de vaisseaux, et Legros a mentionné sur les artères do la crête des Gallinacés des ampoules artérielles comparables à des cœurs accessoires.
A ces marques distinctives nous pourrons encore en ajouter une autre, c'est la forte musculature des parois des artères des espaces caverneux des tissus érectiles. Des artères de 70 [i de diamètre de la crête du coq ont des parois épaisses de 50 {a. Cette disposition distingue nettement ces artères fonctionnelles des artères nourricières {vasa vasoriini) des « veines caverneuses » de J. Millier et Krause, du réseau trabéculaire, qui sont pauvres en fibres musculaires.
En résumé, les artères terminales des organes érectiles sont remarquables par la forte musculature de leur paroi, par leur forme spiroïde, par leur bifurcation en bouquet terminal et par leur ouverture dans les espaces caverneux (capillaires).
Plusieurs artérioles peuvent s'aboucher dans la même aréole, comme il existe des aréoles qui ne reçoivent pas d'artères (Legros). La disposition coudée ou héliçoïde suffit à Legros pour comprendre que le sang, de même que l'injection, ne puisse refluer des espaces caverneux dans les artères, mais l'impossibilité de ce reflux se comprend mieux encore avec la disposition décrite par Eckhard, avec d'autant plus de raison que toutes ces artérioles s'ouvrent un peu dans les aréoles comme les uretères dans la vessie.
Il y a des trabécules qui ne contiennent ni vaisseaux vecteurs ni vaisseaux nourriciers. Ces derniers forment de petits réseaux à larges mailles dans l'épaisseur des grosses trabécules (Arnold, Legros), et se continuent, non avec des veines, mais se jettent dans les artères hélicines (Legros).
Telles sont les artères nourricières, mais il est à remarquer que le réseau trabéculaire pris dans son ensemble est très-pauvre en vaisseaux nourriciers.
J. Mùller, Rouget, ont considéré les artères hélicines comme spéciales aux organes érectiles. 11 n'en est rien. Ces artères en lire-bouchon se remarquent eu effet dans tous les organes qui sont sujets à des changements de volume un peu brusques. Ainsi, on en voit dans le bulbe de l'ovaire, l'utérus, l'iris, dans les ramifications des vasa vasorum, dans les artères (Gimbert), dans les vaisseaux qui remplissent le rôle du cœur chez les Annélides, et cette disposition s'observe 'en petit dans le cœur de l'homme lui-même, qu'à coup sûr on ne considérera point comme un organe érectile.
D'autres fois, elles font presque défaut dans certains organes érectiles qui éprouvent peu de changement de volume, le pénis du bœuf, par exemple (Legros, loc. cit., p. 20).
Veines efferentes. Elles naissent directement des aréoles du tissu érectile, qui ne sont, nous venons de le voir, que de larges capillaires anastomosés en mailles labyrinlhiques. Une injection poussée par l'artère honteuse remplit les corps caverneux et les veines qui en partent. Dans les organes érectiles du coq et du dindon, elles ne diffèrent point de celles des autres tissus, mais, dans les organes 'génitaux des animaux supérieurs, on peut dire, avec Legros, que les organes érectiles ne renferment point de veines, en ce sens qu'on ne rencontre de canaux veineux que dans l'épaisseur de l'enveloppe engainante générale. II
590 ÉRECTILE (anatomie).
n'y en a pas dans les trabocules et elles dcbouchent directement des aréoles superficielles. Elles sont volumineuses et riches en valvules; leur diamètre à leur origine est plus considérable que celui des artérioles à leur terminaison. Mais il est vrai qu'elles sont moins nombreuses. La différence est bien marquée dans le bulbe du chien, par exemple, qui reçoit une grande quantité d'artérioles auxquelles correspondent seulement deux veines très-volumineuses qui s'abouchent directement dans les aréoles postérieures de ce bulbe (Legros). En apparence, elles ne présentent donc aucune disposition destinée à retarder le cours du sang et à l'arrêter dans les espaces érectiles pendant l'érection. On sait que pour le corps caverneux et le corps spongieux de l'urèthre avec le bulbe et le gland on a fait jouer ce rôle à certains muscles du périnée qui, par leurs contractions, jouiraient de la propriété d'arrêter le cours du sang dans les veines qui proviennent du pénis. Mais 0. Cadiat [Joiirn. de Vanat., 1876) a prétendu que, au niveau de l'aponévrose moyenne du périnée (ligament de Carcassonne), les veines du bulbe et des corps caverneux passent dans une couche jpéciale de tissu conjonctif auquel n'est mêlé aucun élément musculaire, parlant que les muscles dits de Wilson et de Gutlirie ne jouaient aucun rôle dans le mécanisme de l'érection. Nous n'avons pas ici à étudier cette question, et nous renvoyons le lecteur aux articles Erection, Pénis et Périnée. Les lymphatiques des organes érectiles sont inconnus. En existe-t-il? Nerfs. Les tilets nerveux des tissus érectiles des organes génitaux externes viennent du nerf honteux interne et du plexus hypogastrique. Legros considère les libres à myéline comme se rendant toutes à la peau et aux muqueuses ; pour lui, les filets nerveux du tissu érectile, c'est-à-dire ceux qui animent les fibres lisses des trabécules et celles des artères, seraient tous des fibres de Reraak.Les nerfs du tissu érectile des corps caverneux et du corps spongieux de l'urèthre seraient donc tous fournis par le grand sympathique. C'est surtout sur les artères qu'on voit s'épanouir le plus grand nombre de filets nerveux. De cette disposition des nerfs il résulte que le tissu érectile n'a qu'une sensibilité des plus obtuses ; on peut le pincer, le déchirer chez les animaux sans qu'ils paraissent en avoir conscience (Ch. Legros).
Frey partage à peu près la même opinion, puisqu'il admet que les nerfs du pénis proviennent en partie du système cérébro-spinal (nerf honteux), et d'autre part du grand sympathique (plexus caverneux), mais que ce sont ces derniers qui paraissent à peu près exclusivement pénétrer dans le tissu caverneux.
Schweigger-Seidel a décrit des corpuscules de Pacini dans le tissu cellulaire lâche qui entoure l'albuginée des corps caverneux, et Klein dit en avoir vu dans l'intérieur de ces corps caverneux. Sur le trajet des nerfs érecteurs, on rencontre de petits ganglions nerveux (Lovcn, Quénu).
Développement de l'organe érectile. Histogenèse. Chemin faisant, nous avons montré l'évolution que subit le tissu érectile dans la série animale, à l'état embryonnaire pour ainsi dire, dans la crête et les caroncules des Oiseaux, à une étape de développement plus avancée dans les organes sexuels érectiles des femelles, à l'âge adulte enfin, pour ainsi dire, dans les organes génitaux des mâles. Ces phases successives du tissu érectile étudiées dans la série animale, on les retrouve quand on étudie le développement du tissu érectile pendant le développement et la croissance de l'individu, de l'âge fœtal à l'âge adulte. Sur un embryon de mouton de 2 à 5 centimètres, ou peut déjà reconnaître sur les côtés de la gouttière uréthrale l'existence de larges capillaires anastomosés qui
ÉRECTILE (anatomie). 591
représentent le tissu érectile à l'état embryonnaire. Sur la coupe d'une verge d'un fœtus humain de quatre mois, on reconnaît très-bien les corps caverneux qui coiffent l'urèlhre, mais dont le tissu érectile n'est qu'à ses débuts.
Ici, au reste, nous n'avons pas à reprendre cette question de morpliologic évolutive qui a été faite ailleurs {voy. l'art. Pénis, p. 536-545, et Urèthre, p. 19i et suiv.). Nous devons nous borner à faire l'étude du développement du tissu érectile eu général. Les données que nous possédons sur ce sujet sont des plus restreintes, et la question histogénctique du tissu érectile est encore fort peu avancée. La caractéristique du tissu érectile étant la présence de larges capillaires variqueux anastomosés en un réseau très-serré de façon à former un tissu spongieux, l'histogenèse du tissu érectile se réduit à l'étude du développement de ces vaisseaux intermédiaires spéciaux.
Quel que soit l'organe érectile que l'on examine, on trouve toujours, pendant la période embryonnaire, un réseau de capillaires anastomosés et formant des mailles polygonales. Ces capillaires, qui tout d'abord ne sont pas autres que les capillaires ordinaires, sont plongés dans du tissu conjonctif embryonnaire. Déjà, au moment de la naissance, les capillaires sont plus volumineux, dilatés et un peu ampuUiformes ; les espaces intervasculaires ont diminué d'étendue et l'on y reconnaît des fibres connectives. La couche musculaire des artères est déjà visible, mais ce n'est que plus tard que les fibres musculaires lisses et le tissu élastique se développent dans les trabécules. C'est là le développement ordinaire suivi par le tissu érectile, qu'il s'agisse de l'homme, du chien ou de tout autre animal.
Dans les corps caverneux du pénis du fœtus humain, les capillaires naissent comme partout ailleurs; ils ont pour origine les cellules vaso-formatives, dont les cellules pariétales donnent naissance à la paroi du capillaire, alors que les cellules centrales se transforment en globules sanguins et naissent aussi par des pointes d'accroissement (fusées vasculaires) émanées des capillaires déjà existants. Sur le fœtus de quatre mois le réseau capillaire n'est qu'ébauché ; au sixième mois, les capillaires sont déjà variqueux, mais les travées de tissu conjonctif embryonnaire qui les séparent sont encore très-épaisses. C'est en pej'çant, en morcellant en une multitude de points ce tissu conjonctif, que les capillaires creusent ces mailles si nombreuses qui font des tissus caverneux (érectiles) des labyrinthes de canaux tortueux ou d'alvéoles intercommunicantes. C'est en remaniant le tissu conjonctif embryonnaire au sein duquel ils se développent que les capillaires donnent naissance à l'organe érectile. Ce développement, nous le verrons plus loin, se répétera, à peu de chose près, dans les tumeurs érectiles en voie de développement. Ici, comme dans d'autres cas, le développement anormal d'un tissu (développement pathologique) viendra corroborer les faits du développement normal.
Résumé synthétique du système érectile. En somme, le tissu érectile est caractérisé par un système de vaisseaux intermédiaires dilatés et anastomosés en un réseau qui imite celui de l'éponge (d'où le nom de tissu spongeux), formé d'un nombre innombrable de cavernules intercommunicantes. Ces cavernules ont une paroi conjonctivo-musculaire (travées et trabécules) tapissée par un endothélium analogue à celui des vaisseaux sanguins. Elles reçoivent des artères, et d'elles émergent des veines. Elles ont donc bien la caractéristique des vaisseaux capillaires. En fait, ce sont des capillaires énormes et variqueux.
Mais avons-nous trouvé dans ce tissu caverneux, qui forme un labyrinthe oîi
592 ERECTILE (pATHOLociii).
le globule sanguin doit bien souvent chercber son cbemin, une caractéristique histogénétique? Pouvons-nous dire en d'autres termes qu'il existe un tissu érectile ? Aucun des éle'ments que nous avons rencontrés dans les organes érectiles ne nous permettrait de répondre par l'affirmative; aucun ne leur est spécial. Tout ce que nous avons pu voir, c'est un système de vaisseaux capillaires énormément dilatés, soutenus par un système trabéculaire de nature connective, élastique et musculaire, au milieu duquel rampent des artères trèsmusculeuses et s'abouchant dans les capillaires, ou se continuant avec eux, d'une façon un peu spéciale ; mais ces détails de texture ne sont pas suffisants pour créer la notion de tissu. Si donc nous avons conservé ce terme dans cette étude et si nous nous en sommes servi à cbaque page, c'est uniquement pour la commodité du langage et pour ne pas rompre avec les usages et les traditions.
Mais renoncerons-nous à caractériser les organes érectiles? Si nous refusons à ces organes le rang d'un tissu, nous devons cependant accorder qu'ils possèdent des caractères qui les font reconnaître partout. A notre sens, on peut faire de l'ancien tissu érectile un système, ou plutôt un sous-système du système vasculaire. Au même titre que les artères et les veines, les capillaires spéciaux de l'organe érectile peuvent former un système, et à côté du système artériel (système des vaisseaux à sang rouge de Bichat), à côté du système veineux (système des vaisseaux à sang noir), et à côté du système des vaisseaux capillaires ordinaires (vaisseaux intermédiaires), nous pouvons placer le système érectile, sans analogue dans l'économie, sorte de réseau admirable de capillaires dilatés, comparable, jusqu'à un certain point, aux réseaux admirables artériels ou aux systèmes veineux-porte.
§ II. Pathologie. TuMEORS ÉRECTILES. DÉFINITION. Broca a défini les tumeurs érectiles des productions accidentelles dues à la dilatation et à la multiplication des vaisseaux intermédiaires qui transmettent le sang des artères aux veines. Les tumeurs cirsoïdes, angioma racemosum de Virchow, varices artérielles de Breschet, ne rentrent donc pas dans la classe des angiomes, mais peuvent en être une complication plus ou moins intime ou plus ou moins grave. Elles ne rentrent pas davantage dans les anévrysmes vrais [voy. L. Le Fort, art. Ané- VRYSME de ce Dictionnaire, t. IV, l^* série, p. 520, et Cirsoïdes, V^ série, t. XVII^ p. 525, 1876).
Les tumeurs érectiles, ainsi appelées par Dupuytren parce qu'elles simulent l'éreclion, ont été nommées seings ou signes par A. Paré, loupes variqueuses par J.-L. Petit, anévrysmes par anastomoses par J. Bell et Abernelby, fongus hématode par Maunoir, Delpech et Lobstein, tumeurs fongueuses ou spongieuses sanguines par Boyer et Roux, tumeur vaso-capillaire, ncevus, etc. Ces différentes synonymies indiquent bien l'idée que s'en faisait chaque auteur et l'incertitude qui régnait sur leur nature. Il a fallu les récents progrès de l'anatomie pathologique pour différencier nettement ces productions morbides d'autres avec lesquelles elles n'avaient rien à faire, certains sarcomes ou carcinomes trèsvasculaires, par exemple.
Suivant notre définition même, les tumeurs érectiles sont formées par un lacis de capillaires volumineux (d'où les noms de télangiectasies, von Graefe et Walther ; de tumeurs vaso-capillaires, Gerdy) ; mais, ou bien ce lacis est simple, c'est-à-dire qu'il est formé par des petits vaisseaux de nouvelle forma-
ÉREGTILE (pathologie). 395
tion, anastomosés à la façon des riches réseaux capillaires, ou bien il s'y ajoute une disposition aréolaire spéciale dont le tissu caverneux normal peut donner une juste idée. D'où deux formes de tumeurs érectiles : la tumeur érectile simple et la tumeur érectile caverneuse.
Ces deux formes rappellent divers états du tissu érectile normal : c'est donc non sans raison qu'on a donné à ces tumeurs le nom d'érectiles. Cependant, nous allons voir, en étudiant leur anatomie pathologique, qu'il leur manque certains caractères typiques de ce tissu, et que sous le rapport de la physiologie beaucoup manquent de la turgescence à laquelle on a donné le nom d'érection et que nous étudierons plus loin {voy. Erection). Les nœvi materni, par exemple, ne présentent aucune turgescence et rien qui puisse rappeler, même de loin, le phénomène de l'érection, et, si certaines tumeurs volumineuses deviennent turgides à certains moments, ce phénomène peut être comparé tout au plus à ce qui se passe dans la crête des Gallinacés, mais non pas à l'érection des corps caverneux du pénis ou du clitoris.
En raison de ces différences dans les propriétés physiologiques, on a proposé de désigner ces tumeurs sous le nom à'angiomes (Kollin, Virchow), dénomination qui a au moins le mérite de ne pas préjuger de leur nature intime.
Classificatioins. On a divisé les angiomes en cutanés, sous-cutanés, muqueux, viscéraux, etc., suivant leur siège; mais une telle classification, si elle peut rendre des services au clinicien, n'est, on le conçoit, nullement scientifique. Il en est de même de la division de ces tumeurs en circonscrites ou diffuses, congénitales ou acquises, spontanées ou tranmatiques. Aussi de tout temps a-t-on cherché une classification basée sur leur structure. Roux avait admis les tumeurs érectiles composées : 1* d'artérioles ; 2° de veinules; 5° de capillaires; 4'^ des troncs artériels, et 5" des troncs veineux par criblure de leur paroi. Gerdy porta à 7 les 5 variétés de Roux. J. Cruveilhier les ramena à l'unilé en n'admettant que les tumeurs artérielles capillaires. Pour Broca, qui s'appuie à la fois sur l'anatoraie pathologique et la clinique, il y a deux sortes de tumeurs érectiles : 1" les tumeurs artérielles ; 'i" les tumeurs veineuses. F oWm [Path. ext., I, p. 204) les range sous 3 catégories : artérielles, capillaires, veineuses, et Billroth les divise en angiomes plexiformes (télangieclasies) et en tumeurs veineuses caverneuses. Cornil et Ranvier distinguent les angiomes en 2 variétés : 1" les angiomes simples, dans lesquels les vaisseaux (artérioles, capillaires et veinules) de nouvelle formation ne diffèrent en rien des vaisseaux normaux; 2" les angiomes caverneux, dans lesquels le sang circule dans un système lacunaire analogue au système caverneux des organes érectiles.
Comme, suivant notre définition, pour qu'il y 'ait angiome il faut qu'il y ait néoformation vasculaire, les anévrysmes cirsoïdes, varices artérielles de Breschet (décrites par Yirchow sous le nom d'angioma racemosum), et les varices (varicocèle et hémorrhoïdes), ne rentrent pas dans le cadre des angiomes, car il n'y a pas de formation nouvelle d'artères ou de veines, mais simplement dilatation et bosselures de ces vaisseaux.
En réalité, il n'y a dans toute tumeur érectile que des vaisseaux capillaires très-dilatés et modifiés dans leur configuration, ainsi que cela a lieu dans le tissu caverneux normal. Les tumeurs les plus bleues, dites veineuses, laissent échapper du sang rutilant à la piqûre, et on ne peut non plus se baser sur ce que certaines d'entre elles sont plus faciles à injecter par les veines que par les artères, pour en faire une variété veineuse, car, si Frerichs et d'autres ont affirmé
591 ÉRECTILK (i«atiiologie).
que les tumeurs érectiles du foie ne pouvaient être injectées par l'artère hépatique, Yirchow a démontré le contraire et fait voir que toutes reçoiA'ent leur sang par des artères, même les angiomes dits phlébogènes, échelonnés le long -l'une veine et communiquant avec elle par des orifices multiples. Billroth considère pourtant l'angiome caverneux comme formé de veines dilatées. D'autre part, si l'on voit les artères du voisinage flexueuses et dilatées, à la tète, par exemple, cela n'empêche pas que la tumeur ne puisse être dite artérielle. Comme la précédente, elle n'en est pas moins uniquement formée par des capillaires. Il n'y aurait véritablement de tumeur érectile artérielle que la varice artérielle ou anévrysme cirsoïde (dit aussi angiome cirsoïde), mais nous savons que la définition même de la tumeur érectile rejette de cette classe l'anévrysme cirsoïde. Des vaisseaux capillaires artériels et veineux dilatés communiquant ensemble, communiquant aussi avec des cellules remplies de sang, telle était la structure anatomique de ces tumeurs pour J. Bell et Dupuytren {voy. Yidal [de Cassis], PathoL ext., t. II, p. 55), comparables à la rate, au pénis, aux organes érectiles, dit Yidal (de Cassis). La tumeur part d'une veine, dit Roux, qui, éraillée, laisse passer le sang dans une infinité de cellules.
Anatomie PATHOLOGIQUE. \° Angiomcs siviplcs {nœvimaterni). Cestumeurs, ordinairement planiformes, légèrement saillantes ou polypeuses {angiomes tubereiw; de Liicke), tantôt affaissées, tantôt turgescentes, siègent ordinairement à la face, au cou, et sont rouges, couleur lie de vin ou violacées. Elles sont essentiellement composées de capillaires de nouvelle formation, dilatées de façon à avoir un diamètre de 40 à 50 p, et pelotonnées à la manière des formations vasculaires glomérulaires. Porta compare ces réseaux glomérulaires {granulations de Porta) dont le volume égale à peu près celui d'un grain de millet au réseau des papilles de la peau. Les vaisseaux qui leur donnent naissance sont très-flexueux, moniliformes et généralement spiroïdes, en tire-bouchon, disent Cornil et Ranvier. C'est là le premier degré de la tumeur érectile.
Sur une coupe, la tumeur laisse voir qu'elle est formée de vaisseaux qui ont la structure des capillaires, c'est-à-dire que leurs parois sont composées d'un endothélium à cellules plates et nucléées doublé d'une tunique hyaline (membrane basale ou vitrée) et enchevêtrées de telle sorte que la coupe révèle à l'œil un état de choses qui n'est pas sans rapport, comme disposition, avec une coupe de la surface corticale du rein (à part les glomérules) ou celle d'une glande sudoripare. Les granulations vasculaires, formées, répétons-le, de capillaires qui décrivent les méandres les plus capricieux, sont comprises dans une trame cellulaire ou cellulo-adipeuse plus ou moins fournie, car les angiomes siègent le plus souvent dans le dermer ou le tissu cellulaire sous-cutané.
Les télangiectasies, dit Pillrolh {PathoL chir. générale, p. 596), sont composées de lobules de la grosseur d'un grain de chènevis ou même d'un pois, et, si l'on fait ï examen microscopique de ces tissus après avoir poussé une injection, par exemple, on trouve que cette configuration lobulée est due à ce que les petits systèmes vasculaires des glandes sudoripares, des follicules pileux, des glandes sébacées et des lobules graisseux, qui sont si distincts les uns des autres dans la peau, sont tous malades séparément, et que ces petits systèmes, qui ont végété chacun pour leur compte, donnent à l'œil nu cet aspect lobule spécial au ntevus. En général, ces végétations vasculaires ne dépassent pas le tissu conjonctif sous-cutané, ce n'est qu'exceptionnellement qu'elles s'avancent dans les tissus plus profonds, dans les muscles, par exemple ; il ressort de là
ÉRECTILE (pathologie). 50->
que ces néoplasmes ne s'acCToisscnt pas seulement par leur centre, mais encore et surtout par leur périphérie, et détruisent aiusi la partie atteinte (Billrotli, [voy. en outre l'art. Njews de ce Dictionnaire]).
2° Angiomes caverneux [nœvus cavernosus , Plinck ; fongus héniatode, Maunoir, Lobstein; tumeur érectile, Dupuytren). Cette variété d'angiome n'est qu'un degré plus avancé de la tumeur précédente. L'afflux du sang dilate peu à peu les vaisseaux capillair<îs de l'angiome simple, il se forme des culs-de-sac, des caecums, de petits lacs sanguins. La poussée sanguine continuant à presser sur CCS petits canaux aux parois minces et délicates, restées embryonnaires pour ainsi dire, les crccums s'accentuent, se rencontrent, se dilatent, s'ouvrent et s'anastomosent les uns avec les autres. La tumeur se présente dès lors comme un tissu érectile dont les cavités sont remplies de sang, c'est-à-dire comme un tissu creusé d'alvéoles communiquant largement entre elles. Ainsi des vaisseaux plexiformes de l'angiome simple sort le tissu caverneux de la tumeur érectile du deuxièvie degré. Le sang circule dans ce système qui tient lieu de système capillaire, et qui en réalité n'est qu'un système capillaire anormalement développé et anastomose, mais toujours placé, terme caractéristique, entre les artères et les veines (vaisseaux intermédiaires ou intercalaires).
Ce tissu caverneux vasculaire est enveloppé dans une trame de nature conjonctive qui en circonscrit les alvéoles et cloisonnent la tumeur. Ces cloisons sont formées de tissu fibreux dense, dans lequel on rencontre quelques cellules fixes du tissu conjonctif, quelques vésicules adipeuses, et elles peuvent aussi contenir des fibres musculaires lisses, et des fibres musculaires striées, lorsque la tumeur s'est développée dans un muscle de la vie animale. On y a même vu des vaisseaux qui y tiennent lieu de vasa va?iorum (Cornil et Ranvier), et Esmarch a pu y poursuivre une fois des filets nerveux.
Les cavités caverneuses circonscrites par ces travées fibreuses qui divisent la tumeur en une multitude de loges (alvéoles) intercommunicantes sont tapissées par un endothdlium. La formation de ces tumeurs nous rend compte de la nature et de la présence de cet épilbéllum lamelleux de revêtement vasculaire; ce n'est que l'endothélium des capillaires de la tumeur érectile du premier degré. Ces cellules endothéliales ont parfois été confondues avec des éléments fibroplastiques (H. Mûller, Lebert).
Le sang contenu dans ces cavités est normal, car la circulation y est active. Lorsqu'on incise une tumeur de ce genre, le sang s'écoule et il ne reste plus qu'une sorte d'épongé qui s'affaisse sur elle-même. De dure, turgide et résistante, la tumeur devient molle et flasque, réduite à un tissu articulé dont les mailles sont vides. Si au contraire on plonge l'angiome dans l'alcool absolu, on coagule le sang en masse et l'on a une magnifique injection de l'angiome caverneux, sur lequel on peut facilement étudier les travées et les alvéoles qu'elles limitent, ainsi que les globules rouges que ces derniers contiennent.
Les ectasies vasculaires caverneuses se développent principalement dans le tissu conjonctif sous-cutané, plus rarement dans la peau et les muscles, trèsrarement dans les os ; par contre, on les rencontre assez fréquemment dans le foie, surtout à sa surface, quelquefois dans les reins et la rate. Généralement indolentes comme les tumeurs érectiles capillaires (télangiectasies), ces ectasies vasculaires caverneuses sont parfois très-douloureuses (Billroth), et rarement
596 ÉRECIILE (pathologie).
congénitales (Billroth). Débarrassées du sang qu'elles contiennent, leur charpente se présente sous l'aspect d'un tissu réticulé, blanc, dense et résistant, renfermant parfois comme incrusté sur lui des phlébolithes.
Artères afférentes et veines efférentes des tumeurs érectiles. Les artères qui entrent dans la tumeur et les veines qui en sortent n'ont pas toujours subi de modifications. Cependant, dans certains cas, on a trouvé les veines émergentes dilatées et variqueuses, dans une étendue très-restreinte seulement toutefois, car ces varicosités s'arrêtent dès que les veines rencontrent des collatérales en assez grand nombre pour que le sang sorti de la tumeur s'écoule facilement. Ces varicosités des veines ont été observées dans les tumeurs érectiles veineuses (P. Reclus), mais Broca cependant a relevé quelques observations dans lesquelles les varicosités des veines émergentes étaient sous la dépendance de tumeurs érectiles artérielles.
La dilatation et la varicosité des artères afférentes sont heureusement rares. Pour peu que la dilatation soit accusée, on voit les artères flexueuses qui rampent autour de la tumeur se soulever à chaque pulsation et elles donnent lieu à un bruit de souffle. C'est dans la variété tumeur érectile artérielle qu'on a rencontré ces varicosités artérielles, cependant on a cité quelques observations où elles compliquaient les angiomes de nature veineuse. Broca pensait que nombre d'anévrysmes cirsoïdes ont eu pour origine un naevus ignoré, au cuir chevelu, par exemple, où la présence des cheveux les laisse inaperçus.
Très-souvent les angiomes caverneux sont appendus aux veines à la manière d'un sac.
Les tumeurs érectiles sont ou circonscrites ou diffuses. Diffuses, elles sont le plus souvent envahissantes, et dans certains cas elles progressent avec une trèsgrande rapidité. Cruveilliier a vu tous les muscles du bras transformés en tissu caverneux, et une autre fois le sacrum et l'os iliaque avaient subi la même dégénération. Bœckel a vu de son côté le muscle pectoral tout entier envahi en l'espace de trois ou quatre mois par un angiome de la région sous-claviculaire chez deux enfants qu'il opéra, et Gluck a présenté à la Société de médecine de Berlin (19 janvier 1884) un exemple d'angiome caverneux qui s'étendait des deux côtés du thorax, de l'aisselle jusqu'à la crête iliaque.
La forme circonscrite ou enkystée appartient d'ordinaire à la variété caverneuse. La capsule fibreuse qui entoure ces sortes de tumeurs érectiles ne permet leur extension que par refoulement des parties environnantes, conséquence de l'augmentation de volume de la tumeur par dilatation de ses aréoles (angiomes capside's de Virchow).
Comme exemple de naevus en nappe considérables, nous pouvons citer ceux qu'ont observés Royer [Malad. de la peau, t. Il, p. ''2oi, 1827), Fergusson [Med. Times and Gaz., 1851), et ceux de Krause {Archiv de Langenbeck, \86i) et du docteur Mollière (Gas. des hop., p. 715 et 822, 1885), qui ont entraîné Yherpertropliie du squelette. R. Duzéa a réuni ces différentes observations et quelques-unes personnelles dans sa thèse inaugurale (Duzéa, Sur quelques troubles de développ. du squelette dus à des angiomes superficiels. Thèse de Lyon, 1886). Il conclut que certains nsevi vasculaires (mais seulement ceux-là) superficiels et étendus des membres paraissent s'accompagner de réactions hypertrophiques (allongement) du côté du squelette, réactions vraisemblablement dues à l'influence d'hypercirculation entraînée par le naevus au niveau des zones juxta-épiphysaires et périostiques voisines.
ÉRECTILE (pathologie). 397
En 1880, Vidal [Union méd., 1880) a cité le cas d'une télangicctasie (?) symétrique et généralisée chez une névropathe de trente-huit ans.
Siège. Les angiomes ont été divisés, en considérant leur siège, en angiomes externes et en angiomes internes. Les angiomes externes siègent le plus ordinairement à la peau, dans le derme ou le tissu cellulaire sous-cutané. Virchow leur a donné le nom de lipogènes quand ils naissent dans le tissu celiuloadipeux, et il les appelle phlébogènes lorsqu'ils se développent aux dépens des vasa vasorum des veines, origine pour le moins hypothétique. Ils peuvent se propager dans le tissu conjonctif intermusculaire que suivent les vaisseaux, comme on le sait, et peuvent même gagner les os. Les angiomes sous-mnqiieux des orifices naturels, des lèvres, par exemple, ont été appelés fissuraux par Virchow, lorsqu'ils se développent aux points de jonction des fentes branchiales.
Deux fois sur trois, dit Bœckel, la tumeur érectile se développe sur la tète et de préférence à la face, au pourtour des orifices naturels, et ce chirurgien en voit la cause dans les traumalismes auxquels est soumise cette partie du corps pendant le travail de l'accouchement. Or, l'on sait, dit-il, que beaucoup d'angiones survenus chez l'adulte ont succédé à des traumalismes.
Que le siège de prédilection des tumeurs érectiles soit la tête, voici quelques chiffres qui le prouvent : sur 38 cas rapportés par Lebert où le siège est indiqué, 23 occupaient la tête. Sur 26 cas, 0. Weber en relève 21 à la tète et tous à la face, 2 au cou et aux membres. Sur les 29 cas de Bœckel, 22 siégeaient à la tête, dont 17 h la face, 5 sur le cuir chevelu, 1 dans la glande parotide, 1 dans la glande sous-maxillaire et 7 siégeaient sur le tronc ou les membres. A la tète même, le siège le plus fréquent des angiomes est la face et les parties de la face les plus souvent atteintes sont les lèvres, les ailes du nez, les paupières, les environs du pavillon de l'oreille et le cou. On en a vu un certain nombre dans le tissu cellulaire de l'orbite.
Sur 29 tumeurs, Bœckel en a trouvé 12 exclusivement dans la peau, 12 occupaient le tissu cellulaire sous-cutané et la peau; 5 seulement n'altéraient pas le tégument externe. Suivant Broca, on les rencontre 68 fois sur 100 sur le tégument externe.
Les angiomes des muqueuses ont été peu étudiés. Seul Foucher [Tumeurs érectiles de la langue. Thèse de Paris, 1862) s'en est occupé d'une façon spéciale. Avant J.-L. Petit, on confondait celles de la langue avec d'autres tumeurs, englobées sous le nom de cancer. John Bell, Abernethy, en Angleterre ; von Graefe, Pauli, en Allemagne ; Tarral, Dupuytren, Bérard, Broca, Ch. Robin, en France, mirent un peu d'ordre dans cette confusion. H. Arragon [Étude sur les angionies des muqueuses. Thèse de Paris, 1883) a montré qu'ils étaient localisés dans les papilles des muqueuses qui offrent une hypertrophie papillaire, ce qui leur donne un aspect gaufrée; la papille est tout entière remplie par les vaisseaux capillaires ectasiés et anastomés en tissu caverneux, et parfois les lacs sanguins se referment de toutes parts, pour donner naissance à des kystes séreux. Cruveilhier, qui appelle ces tumeurs des varices capillaires [Anat. path., t. II, p. 821), les avait bien décrites sur la langue d'une femme de trente-sept ans. H. Arragon voudrait faire i-entrer dans cette catégorie, sous le nom de purpura ectasique, les plaques de purpura observées par Gornil et Frémont, dont les observations sont rapportées dans la thèse d'agrégation de Ducastel (1883). Reiche, Virchow, Verneuil, Le Fort, etc., ont observé des tumeurs érectiles des muqueuses (langue, lèvres, luette, grandes lèvres, etc.). Verneuil en guérit
398 ÉRECTILE (pathologie).
une de la lèvre inférieure en la détruisant par le thermo-cautère; Le Fort, une autre de la luette opérée avec l'anse galvanique (1876). A. Baker [Med. Times, 1883) a rapporté le cas d'un nsevus du rectum qui entraîna la mort par hémorrhagie, et Volkmann, en 1873, a observé un angiome de la petite lèvre. Les tumeurs érectiles internes restent généralement petites et ne donnent lieu à aucun trouble morbide; elles ont été observées dans le foie, les reins, la rate, l'utérus, le cerveau. Leur siège le plus fréquent est le foie (Cruveilhier, Vircbow). Sur 1446 autopsies, Sangalli a noté 12 fois des angiomes caverneux de cet organe. Leur volume varie depuis celui d'une noisette ou d'une noix jusqu'à celui d'une tête de fœtus. Mais, bien qu'ils fassent saillie à la surface du foie, ils n'augmentent pas son volume, car ils se développent aux dépens de ses éléments constitutifs, vaisseaux et tissu conjonctif. La tumeur est parfois considérable, sans que le volume total de l'organe soit beaucoup augmenté. Autour de la tumeur, il y a une zone de tissu conjonctif en voie de prolifération, et au delà le tissu du foie est sain. Quand la tumeur est en voie de croissance, on aperçoit à sa périphérie des vaisseaux capillaires embryonnaires végéter, se dilater, s'anastomoser et s'ouvrir les uns dans les autres, former, en un mot, une nouvelle masse de tissu caverneux qui va s'ajouter à la masse précédente. Lorsque la tumeur est capsulée, la capsule est percée de nombreux orilices vasculaires. On a vu de ces tumeurs se rompre et amener consécutivement une péritonite. Elles reviennent parfois sur elles-mêmes après la coagulation du sang qu'elles contiennent et donnent ainsi naissance à une cicatrice (Cornil et Ranvier).
Journiac a étudié les angiomes du foie (Arch. de physioL, deuxième série, t. VI, 1879). Après avoir rappelé que Rokitansky, Busch, Virchow, les ont divisés en simples et caverneux, la première variété pouvant passer à la seconde; que Mùller, Wedl, Frerichs et Monod, se sont occupés de leur constitution; Virchow et Cornil de leurs rapports avec les veines ; que pour Virchow l'angiome est consécutif à une hépatite interstitielle, et que c'est dans le tissu connectif embryonnaire que de nouveaux vaisseaux s'abouchent les uns dans les autres; que pour Rindfleisch c'est une hyperplasie du tissu conjonctif interlobulaire suivie d'une métamorphose caverneuse, Journiac se demande s'il y a néoformatiou vasculaire ou simple dilatation des vaisseaux préexistants et penche pour la deuxième hypothèse. L'hépatite aboutit, suivant lui, à une prolifération embryonnaire de la paroi des vaisseaux préexistants; ces vaisseaux se dilatent, s'accolent et forment le premier stade de l'évolution caverneuse. Dans l'angiome caverneux, enfin, il y a probablement usure de la paroi commune à deux vaisssaux et communication entre ces vaisseaux {voy. aussi l'art. Foie, p. 205).
Rayer paraît avoir observé dans le rein des tumeurs de cette nature, et Lassen (d'Heidelberg) en 1880 citait le cas d'un angiosarcome du rein droit qui donna lieu à la néphrectomie et à la guérison (Lassen, Deutsche Zeit. f. Chir., Bd., XJII, 1880). Lebert a vu une tumeur érectile de la muqueuse utérine, et Broca de la muqueuse vésicale. Verneuil en a signalé 2 cas dans les os.
On les a également vues dans la rate, et Schuh a publié une observation (incomplète) d'angiome du poumon qui est restée isolée jusqu'ici. Certaines tumeurs de l'orbite, enfin, sont des angiomes.
Ces tumeurs n'ont de gravité que celle qui résulte de leur siège et de leur étendue. Petites, elles peuvent rester inaperçues toute la vie.
Les angiomes des glandes sont encore assez mal connus. Bœckel en a observé
ÉRECTILE (pathologie)." 309
deux cas, l'un qui avait envahi la sous-maxillaire, l'autre la parotide. Dolbeau observa, à la clinique de Nélaton, un cas de grenouillette sanguine communiquant avec une tumeur érectile du cou, et à ce propos il en cite 4 autres exemples, puise's dans différents auteurs.
Virchow rapporte une observation de Gascoyen concernant un angiome de la parotide et o autres de la glande mammaire, les 3 chez des jeunes filles de dix-huit à vingt ans.
Les himeurs érecliles des os sont aussi assez obscures. J. Cruveilhier en a cité un cas observé sur l'os iliaque et Verneuil en a vu un autre qui avait envahi tous les os du bassin. Virchow en a également observé dans le diploé des os du crâne. Mais, à coté de ces observations incontestables, il en est d'autres qui sont plus douteuses, et un grand nombre de tumeurs des os, décrites sous le nom d'anévrysmes des os par les Anciens, n'étaient sans doute que des cancers ou des sarcomes très-vasculaires. Ricliet a cependant réuni sept observations de tumeurs vasculaires des os qui, si elles n'ont point tous les caractères des tumeurs érectiles, s'éloignent néanmoins des anévrysmes et des tumeurs malignes.
.!. Cruveilhier, Ch. Uobin, etc., les ont vues dans les muscles. Ollier [Lyon, méd., 1877) a présenté en 1877, à la Société des sciences médicales de Lyon, une tumeur érectile développée dans le grand pectoral.
L'angiome des muscles n'est pas très-commun. Arm. Dcsprès (thèse d'agrég., Paris, 1866) en cite 9 cas qui ont été opérés. Hénocque en a rapporté un cas inédit appartenant à Demarquay et ayant occupé le muscle soléaire {Dict. encyclop. des se. méd., art. Musculaire, t. XI, 2* série, p. 116). L'observation d'Ollier constitue le onzième fait de ce genre.
Lannelongue a récemment rapporté l'observation, chez une petite fille de treize jours, d'un angiome du cuir chevelu qui communiquait avec les veines du crâne par un pédicule qui passait à travers la membrane unissant les deux pariétaux [Deuxième congrès français de chirurgie, 1886). Lannelongue a rencontré 21 cas de ce genre dans la science. Le plus ancien est celui de Parker (1772); depuis Pelletan (1810), Chassaignac, Azam, Bruns, Verneuil, Dupont (thèse de Paris, 1856, etc.), en ont signalé d'autres. Il y a dans ces conditions angiome congénital cpicrânien, puis dilatation des veines efférentes jusqu'au sinus sous-jacent. Lannelongue recommande de ne pas toucher à ces tumeurs, si ce n'est au cas où elles prendraient des proportions extrêmes. On devrait alors recourir ù l'extirpation, après avoir eu le soin de lier le pédicule.
On conçoit que nous ne puissions pas ici étudier les angiomes des différentes membranes ou organes. Nous renvoyons pour cela aux articles Muscles, Os, Foie, Rein, etc.
Mode de développement. Pathogénie. Diverses théories ont été émises pour expliquer la formation des tumeurs érectiles.
1 . On admet que les parois des angiomes caverneux se forment d'abord dans le tissu conjonctif indépendamment des vaisseaux, et que les parois et les globules sanguins eux-mêmes qu'elles renferment sont de nouvelle formation, le tout restant pendant un certain temps indépendant des vaisseaux environnants avec lesquels l'abouchement ne serait que secondaire (Rokitansky). D'après câtte opinion, peu plausible, il faut le dire, le réseau trabéculaire fibreux se multinlie en poussant des prolongements latéraux, et les globules du sang de nouvelle formation ne seraient que des dérivés des cellules du tissu conjonctif
400 ERECTILE (pathologie).
trabéculaire (??). A la même époque Luschka, ayant observé des kystes sanguins le long des vaisseaux du cerveau, sans communication avec ces derniers, venait ainsi apporter de nouveaux faits à l'appui de l'opinion de Rokitansky. Mais nous savons aujourd'hui que les kystes sanguins décrits par Luschka ne sont autre chose que des dilatations des gaines périvasculaires (Gornil et Ranvier). Cependant Billroth et Winiwarter disent que ce qui prouve que, dans certains cas du moins, le système trabéculaire des tumeurs caverneuses se développe indépendamment du système vasculaire, c'est l'existence dans le foie de petites tumeurs, de structure caverneuse, et non encore remplies de sang, à côté de nombreuses tumeurs analogues complètement développées et communiquant avec les vaisseaux [Palh. et thérap. chir. générales, p. 798. Paris, 1887).
2. 0. Weber admet que les vaisseaux nouveaux se développent par canalisation du réseau des cellules plasmatiques du tissu conjonctif {canaux du suc de Recklingliausen). Cette opinion n'a pas besoin d'être discutée.
3. Pour d'autres (Rindfleisch), l'angiome n'a point d'existence autonome. Ce ne serait qu'une variété de fibrome avec cavités lacunaires, telles qu'on les rencontre dans d'autres tumeurs (métamorphose caverneuse de fibromes). La gangue fibreuse constituerait le néoplasme, les vaisseaux ne seraient qu'un épiphénomène. Sans doute, cette ectasie vasculaire caverneuse peut s'observer dans des fibromes, mais on peut aussi la voir dans d'autres tumeurs, le lipome, par exemple, comme Billroth le vit chez un jeune homme qu'il opéra. Mais dira-t-on alors que le tissu érectile qui est l'acteur principal n'est qu'un lipome vasculaire, parce qu'il est parsemé d'îlots graisseux? Qui ne sait que ces tumeurs se développent fréquemment dans le tissu cellulo-graisseux sous-cutané qu'elles empruntent pour former leur trame. N'est-il pas dès lors rationnel qu'elles contiennent à la fois et du tissu fibreux et du tissu adipeux? Mais certes ce n'est pas là un caractère suffisant pour faire- de la tumeur érectile sous-cutanée une variété de fibrome ou de lipome vasculaire. L'opinion de Rindfleisch ne saurait donc supporter la discussion.
4. Fcerster, Virchow et Broca, considèrent les angiomes comme le résultat du bourgeonnement des vaisseaux préexistants qui, par leurs anastomoses et leur ectasie consécutive, donnent lieu au tissu caverneux. Cette opinion, plus conforme à la réalité des choses, se rapproche de celle qui admet que les petites veines subissent des dilatations en forme de vessie, circonscrites et très-rapprochéts les unes des autres, dont les parois adossées s'amincissent peu à peu et finissent par être résorbées, opinion que Billroth appuie en disant qu'on peut suivre très-distinctement ces dilatations progressives des veines, soit dans la peau, soit dans l'os, lorsque ces tumeurs se développent.
Mais l'opinion de Broca et Virchow est incomplète, en ce sens qu'il faut y ajouter qu'il y a néoformation vasculaire. C'est à cette dernière opinion exprimée par Cornil et Ranvier que nous nous rallions, en la complétant toutefois, telle qu'elle est donnée par ces anatomo-pathologistes dans leur Traité d'histologie pathologique (2« éd., p. 287. Paris, 1884).
5. Les angiomes sont le fait d'une néoformation de vaisseaux embryonnaires, tel que le phénomène se passe à l'état normal pendant la période du développement.
« Dans le développement actif des angiomes, disent Gornil et Ranvier, il se produit en premier lieu du tissu embryonnaire et des capillaires nouveaux qui présentent d'abord des dilatations simples. Mais bientôt les capillaires dilatés
ÉRECTILK (pathologie). i-A
arrivent au contact les uns des autres, de larges communications s'établissent entre eux, et il en résulte un système capillaire à grandes dilatations caverneuses ».
C'est en effet ainsi que se développe le tissu caverneux normal et le dévelo|>pement des capillaires se fait là comme il se fait dans l'aire vasculaire de l'embryon ou la plaque laiteuse du grand épiploon du jeune lapin, mais il faut ajouter à cette formule de Cornil et Hanvier que de nombreux capillaires naissent, non pas isolément, mais viennent de pointes d'accroissement (fusées vasculaires) des capillaires préexistants qui se rejoignent, se fusionnent et s'ouvrent les unes dans les autres de façon à donner naissance à un large plexus. Journiac {Arch. de physioL, p. 58, 18711) a observé que les angiomes du foie, en particulier, sont le résultat de la dilatation et de l'abouchement des vaisseaux. Secondement ces capillaires subissent l'ectasie, le tissu conjonctif qui les enveloppe et les engaîne prolifère, et ainsi se développe le système des alvéoles ou logettes intercommunicantes, c'est-à-dire le tissu caverneux. C'est donc à juste titre que Rindfleisch dit que la télangiectasie n'est pas seulement une simple dilatation des vaisseaux, mais une hyperplasie vasculaire [Histol. pathol., p. 257). Nature des tumeurs érectiles. D'après notre définition et le mode de développement des tumeurs érectiles, il s'ensuit que ce sont des productions anormales et morbides du système capillaire. C'est en quelque sorte l'opinion classique, puisque celle-ci admet que les angiomes ne sont qu'un lieu de passage : le sang arrive dans la tumeur par les artères et en sort par les veines. Broca et Virchow ont défendu ces idées contre Rokitansky, Frerich et Esmarch. Paul Reclus admet cependant avec Esmarch [Manuel de pathologie interne, \, p. 208) que dans certains angiomes les artères ne jouent qu'un rôle très-secondaire dans leur régime circulatoire. Leurs vastes aréoles peuvent commiini(jucr largement, dit-il, et par des canaux sans valvules, avec de gros troncs veineux, les jugulaires en particulier. Une fois vidées par la pression, ces tumeurs se remplissent rapidement, non, comme le dit Virchow, par les artérioles afférentes dont l'apport est négligeable, mais par le reflux du sang des gros troncs veineux dans les aréoles dilatées. Ces tumeurs sont des annexes du système veineux (P. Reclus). R. Volkmann [Arch. f. Idin. Chir., XV, p. 568, 1873) a rapporté l'observation d'une angiome caverneux du cou, gros comme un œuf de dinde, qui communiquait librement avec la jugulaire, et A. Schmecking, plus récemment [Centrahi, f. Grjnâk., 1882), citait un cas de dystocie occasionnée par un vaste angiome du cou qui communiquait également directement avec les veines jugulaires.
Nous admettons cette disposition observée par Esmarch et Reclus, parce qu'un fait ne se discute pas, mais nous estimons que ce sont là des relations secondaires, et que primitivement la tumeur était purement capillaire. Le système veineux n'est venu y participer qu'ultérieurement, et c'est également dans ces sortes de cas qu'en se basant sur les caractères de l'endothélium on a pu dire que l'on avait affaire à l'ectasie caverneuse de nature veineuse (Billroth).
Modifications et altérations nutritives des angiomes. Les tumeurs érectiles à marche lente subissent quelquefois des modificaiions dans leur texture.
1. Transformation fibreuse. Cette transformation survient ordinairement sous l'influence d'une irritation spontanée ou trauraatique. Elle est fort intéressante, car elle peut conduire à la guérison spontanée du néoplasme. Les cloisons de la tumeur s'épaississent, leur tissu conjonctif prolifère activement, et le DICT. ENC. XXXV. 26
4(12 ÉREGTILE (i-athoi.ogie).
slroma tend ù l'oblitération des cavités multiples (alvéoles) de la tumeur. Comme le ferait un tissu cicatriciel, il revient sur lui-même et se rétracte jusqu'à étouffer le réseau sanguin. Si la tumeur était enkystée, les orillces vasculaires de la capsule se rétrécissent et s'oblitèrent et la tumeur érectile achève de subir la transformation fibreuse. Ce sont ces cas qui ont conduit Rokitansky à sa théorie du développement des angiomes. Bérard, Lucke, Bœekel, Bœttcher, Virchow, etc., ont observé cette terminaison des angiomes. Bérard a vu cette métamorphose rétrograde succéder à des cicatrices superficielles, suite d'une ulcération [Compendmm, I, p. 650).
2. Traiisformalion graisseuse. On n'est pas d'accord sur ce que l'on a appelé les angiomes lipomateux. Sont-ce des angiomes engraissés, qu'on nous pardonne le mot, ou n'a-t-on pas plutôt affaire dans ces sortes de cas à des tumeurs développées au sein du tissu cellulo-adipeux, d'où la présence des vésicules graisseuses dans l'épaisseur du réticulum conjonctif de la tumeur ? Diins les deux cas, on s'explique la présence du tissu graisseux entre les cloisons, mais, comme les tumeurs érectiles prennent très-souvent naissance dans le tissu cellulo-adipeux sous-cutané (Virchow), nous aimons mieux nous ranger sous l'opinion de ceux cpii admettent la seconde hypothèse, c'est-à-dire à l'opinion des auteurs qui admettent que la présence des vésicules adipeuses au milieu de l'angiome est liée à l'évolution de cette tumeur même, développée au sein du tissu cellulo-graisseux. C'est ce qui se passe dans les angiomes circonscrits sous-cutanés si bien décrits par Monod.
3. Trcuisformnlion kystique. C'est la transformation la plus fréquente. Elle survient, soit spontanément, soit à la suite d'applications de caustiques. Centaines portions de l'angiome caverneux s'isolent du reste de la tumeur et se transforment en une foule de petits kystes à contenu séreux ou gélatineux avec productions hématiques. Ces petits kystes ont été observés et décrits par Cruveilhier, Hawkins, Holmes Coote, Lebert, Costilhes, Laboulbène, Bickerstell, Bryant, Michel (Holmes Coote, London Med. Gaz., 1852, p. 42. — Costilhes, Rev. médicale, 1851. — Laboulbène, thèse de Paris, 1855. — Michel, Gaz. méd. de Slrasbowg, 1760). — Duchemin (thèse citée, p. 30) en rapporte deux nouveaux exemples observés dans le service de Desprès à l'hôpital Cochin. Ils sont le résultat de l'oblitération de certains canaux de communication qui aboutissent à des portions isolées de la tumeur; à la suite, le contenu de ces portions isolées se décolore et aboutit à un liquide séreux qui remplit le petit kyste. îL'isolement d'un bourgeon vasculaire par oblitération de son pédicule et métamorphose du sang contenu dans cette portion de la tumeur, telle est, en effet, la commune origine de ces productions kystiques. Broca a noté que dans tous les faits publiés jusqu'à lui il y avait eu des manœuvres opératoires, d'où l'ou peut se demander si ce ne sont pas celles-ci qui ont déterminé la production des kystes.
■4. Mfiltration calcaire. Il se peut encore que la paroi des alvéoles du tissu caverneux ide la tumeur érectile s'infiltre de concrétions calcaires, comme cela a lieu sur les vaisseaux de la toile choroïde ou des sarcomes angiolithiques, par exemple, et donne naissance à des angiolithes {phlébolites de Broca).
5. Dépôts stratifiés de fibrine. Suivant Bœekel [Dict. de méd. et de chir. pratiques, art. Erectiles, p. 757), il peut aussi arriver que les tumeurs caverneuses se remplissent, comme des anévrysmes, de couches de fibrine stratifiées. Gfi phénomène a vraisemblablement pour cause le ralentissement de la circu-
ÉRECTILE (pathologie). 403
lation clans la poche caverneuse [vo]i. Anévrysmes). Billroth a également vu la thrombose des espaces caverneux.
6. dégénérescence cirso'ide. li peut enfin survenir des modifications spéciales des vaisseaux afférents et efférents qui aggravent beaucoup la néoplasie. Nous voulons parler de cette terminaison assez fréquente, dans laquelle les artères afférentes et les veines efférentes subissent des modifications qui les amènent à l'état d'anévrysme cirsoïde, tumeurs formées, pour les artères, par une agglomération de petites artères dilatées (volume d'une plume de corbeau . d'ordinaire), flexueuses et largement anastomosées entre elles. En un mot, les artères afférentes forment, en avant de la tumeur érectile, un anévrysme cirsoïde (artérieclasiex, anévrysme racémeux, varices artérielles), et au delà les veines donnent lieu à un paquet variqueux comparable an varicocèle. C'est donc là une sorte d'angiome du premier degré (angiome simple ou capillaire), mais qui, au lieu d'être formé par des vaisseaux microscopiques, est constitué par de gros vaisseaux, artériels ou veineux.
Ces tumeurs cirsoïdes, dont le point de départ est un nœvus congénital qui dégénère en tumeur cirsoïde vers l'âge de la puberté, mais qui peuvent aussi paraître spontanément ou à la suite d'un traimaatisme, se développent presque exclusivement à la tête, ordinairement sur le territoire de la temporale ou de l'occipihde. Une fois commencée, cette dégénéralion est envahissante et s'étend de proche en proche jusqu'à envahir les artères de la moitié de la tête, jusqu'à gagner les carotides elles-mêmes. Les artères augmentent de volume et de longueur; de reclilignes elles deviennent onduleuses, flexueuses, et décrivent des méandres; tout d'abord épaissies, elles s'amincissent plus tard et se bossellent. Cet amincissement secondaire est remarquable; il différencie la tumeur cirsoïde de la tumeur érectile, et est probablement le fait de l'atténuation considérable de la pression sanguine, par suite de la communication presque directe des artères et des veines (par l'intermédiaire des grands lacs sanguins de la tumeur érectile). La même altération a lieu en effet, nous le savons, dans l'anévrysme artério-veineux {voy. Anévrysmes). Les mêmes causes amènent les mêmes effets. Dans ces cas, la tumeur érectile compliquée d'anévrysme cirsoïde se présente à sa périphérie sous la forme d'une tumeur bosselée et variqueuses, animée de battements et de mouvements d'expansion, susceptible d'une réduction partielle par la pression et donnant au doigt qui l'explore la sensation de susurras, et à l'oreille qui l'écoute le bruit de souffle vasculaire.
Ces tumeurs progressent, amincissent les téguments, amincissent et usent les os et finissent par donner lieu à de dangereuses hémorrhagies. Il est très-rare qu'elles disparaissent spontanément. On n'en connaît que deux exemples; le cas d'un marquis espagnol observé par J. Cloquet et Orfila; l'autre vu par Chevalier. Cette complication nécessite une intervention spéciale. Nous y viendrons à propos du traitement.
Les tumeurs érectiles peuvent-elles devenir des sarcomes ou des carcinomes? Jean Mùller a rapporté des observations d'angiome caverneux malin avec tendance à s'étendre et même avec production de greffes secondaires. Mais il s'agissait certainement là de sarcomes ou de carcinomes très-vasculaires. Bien des tumeurs pulsaliles considérées par les chirurgiens comme des tumeurs érectiles, des anévrysmes des os, etc., ne sont pas autre chose, en effet, que des sarcomes ou des carcinomes dont les vaisseaux se sont considérablement dilatés. Lebert, au dire de Cornil et Ranvier, n'aurait pas toujours évité cette erreur.
404 ÉRECTILE (pathologie).
Cependant, bien qu'exceptionnelle, cette transformation pourrait avoir lieir, Ilénocque (voy. art. Sarcome de ce Dictionnaire) l'admet, et Duret (Arch. de physiol., 1875), après avoir rappelé les connexions du nœvus avec le sarcome ou le carcinome signale'es par Schilling (1831), David Williams (1855), accepte que le développement du sarcome ou carcinome mélanique se développant sur un naevus pigmentaire n'est pas un fait rare en clinique. Pamberton, sur 34 cas de mélanose de la peau et du tissu cellulaire sous-cutané, en compte 25 provenant de nsevi congénitaux, et Duret et P. Duchemin en ont plus récemment apporté chacun un exemple {voy. Duchemin, thèse citée, p. 55 à 42).
Follin considère cependant cette transformation comme très-rare, et Virchow en doute.
Étiologie. Les tumeurs érectiles sont ordinairement congénitales. Elles sont très-communes, mais nombre d'entre elles {nœvi materni) disparaissent peu à peu après la naissance. Depaul en a rencontré après l'accouchement sur un tiers des enfants nés à la Clinique, et Billroth dit que la moitié au moins des angiomes sont congénitaux ou se développent peu après la naissance. Sur 27 sujets atteints de cette affection et opérés par Bœckel, 49 ont dû l'être avant l'âge d'un an, et 3 dans la première année. Quatre autres, opérés chez des personnes âgées de plus de dix ans, dataient également de la naissance; un seul parmi les 27 cas était venu à l'âge adulte (Bœckel). C'est également les résultats auxquels sont arrivés Cruveilhier, Lebert et Billroth. Quand ils se développent dans le cours de la vie, dit ce dernier chirurgien, c'est généralement pendant l'enfance ou l'adolescence, et il est excessivement rare qu'ils naissent à l'âge adulte ou pendant la vieillesse, ce qui n'est pas sans être curieux, parce que c'est précisément pendant l'âge adulte et la vieillesse que la prédisposition aux ectasiesvasculaires augmente énormément. Mais nous savons que, si à cet âge la disposition aux maladies des vaisseaux a considérablement augmenté, l'organisme n'est plus apte aux néoformations vasculaires. Les artères, les veines du vieillard, se dilatent bien, deviennent bien flexueuses et bosselées, s'amincissent et secalcifient, mais la disposition organique propre au développement des vaisseaux capillaires est passée. Or c'est là le propre des tumeurs érectiles. Ainsi, avant sa métamorphose, le têtard des Batraciens fait des vaisseaux ; après sa métamorphose il n'en fait plus; le jeune lapin a des centres de prolifération vasculaire (plaques laiteuses) dans son grand épiploon, oii plus tard il n'en a plus? des vaisseaux se développent dans tes tissus et les organes de l'homme (os, foie, etc.), pendant toute la croissance, après il ne s'en forme plus. Là est toute l'explication de la prédominance énorme des tumeurs érectiles pendant le jeuneâge.
Cependant quelques exceptions ont montré que ces tumeurs pouvaient apparaître à un âge tardif. Broca, Maisonneuve, en ont vu se produire chez des vieillards de la Salpêtrière, mais à cette période de la vie les angiomes n'ont aucune tendance à s'accroître, et jamais après quarante ans ils ne deviendront « chirurgicaux » .
Le plus souvent on ne peut invoquer aucune cause pour expliquer le développement des tumeurs érectiles. On a accusé le traumatisme, et Porta en rapporte un exemple survenu sur une plaie d'un éclat de capsule. Paget, Lucke, Bell, ont observé des faits^semblables, et nous avons vu que Bœckel attribuait 1» très-grande fréquence de ces tumeurs à la tête des enfants qui viennent au monde, au traumatisme de l'accouchement, hypothèse qui nous semble tout ai>
ÉRECTILE (pathologie). 405
moins devoir mériter confirmation. Tout le monde s'accorde pour reconnaître au sexe féminin une prédisposition particulière aux tumeurs érectiles. Lebert, sur 55 cas, compte 55 lemmes; Broca, 62 femmes sur 100; Beckel, 25 sur 27; Ziclewicz, 65 pour 100.
Il n'en est pas de même de l'hérédité. Alors que Lucke croit à l'hérédité; alors que Billroth estime qu'il n'y a aucun doute que les nœvi materni, « envies » , <( taches de naissance », soient héréditaires, et qu'il place cette hérédité sous l'influence d'une cause pathogénique unique, l'hérédité dans la prédisposition aux maladies vasculaires, beaucoup d'autres auteurs doutent de cette influence héréditaire ou la nient. Les histoires de fruits, de vin, de café, etc., désirés par les femmes enceintes, et qui se seraient reproduits sur le corps du fœtus, à l'endroit même oii le doigt de la mère s'est porte au moment du désir, doivent être décidément reléguées dans le domaine du fabuleux (Bœckel). L'émotion, les désirs de la mère, n'ont aucune influence sur le développement du nœviis (Broca).
Nombre. Ordinaii^ement il n'y a qu'une tumeur creclile, et les cas d'angiomes caverneux multiples sont assez rares. Cependant la même personne peut porter plusieurs nœvi^ et on en a compté jusqu'à 54 (Esraarch). Suivant Billroth, les télangieclasies se présentent aussi bien à l'état isolé qu'à l'état multiple. Boyer en a vu 5 sur le même sujet et Vidal (de Cassis) 9.
Évolution. Marche et terminaisons. La marche des angiomes est des plus variables, et on ne peut en rien préjuger de leur évolution avant de les avoir observés pendant un certain temps. Tel naîvus gros comme une piqûre de puce au moment de la naissance prendra un développement considérable en quelques semaines; tel autre restera indéfiniment stationnaire ou disparaîtra peu à peu. Depaul rapporte que beaucoup des nœvi congénitaux n'ont qu'une existence éphémère, et Vidal (de Cassis) en a réuni quelques observations authentiques dues à Moreau où le seul traitement employé avait consisté en une légère compression digitale.
La tumeur disparaît alors par suite d'un travail d'oblitération qui aboutit à ia transformation fibreuse et que nous avons rappelé plus haut. Allier, Baffos, Watson, Bertherand, Lobstein, Ammon, J. Cloquet, H. Taylor, Moreau, A. Cooper, Wardrop, Dupuytren, etc., ont vu de ces guérisons spontanées {voy. p. Duchemin, Transformation des angiomes. Thèse de Paris, 1880).
Mais les tumeurs érectiles caverneuses sont plus rebelles et leur guérison plus exceptionnelle que la disparition spontanée des nœvi. La guérison par transformation kystique ou lipomateuse est assez rare. 11 l'est moins de voir des ulcérations survenir à la surface de la tumeur, donner lieu à des bourgeons ■charnus qui conduisent à la production d'un tissu cicatriciel qui étouffe les bourgeons vasculaires et dont la trame est trop serrée pour que de nouveaux glomérules puissent le pénétrer. Ce travail ulcéralif, dû à l'amincissement de la peau ou de la muqueuse par la tumeur, qui donne parfois lieu à de petites héraorrhagies par rupture vasculaire, et consécutivement le travail cicatriciel, réduisent d'autant le champ de la tumeur érectile.
Le travail inflammatoire peut être plus violent et donner lieu à un phlegmon ■et même à la gangrène de la tumeur, ainsi que Pelletan et Wardrop en ont cité des exemples (Wardrop, Med.-Chir. Trans., 1818). Ces complications peuvent amener de graves accidents (hémorrhagies, etc.), mais, si le malade résiste, il est au moins débarrassé de sa tumeur.
406 ERECTILE (pathologie).
Si la tumeur progresse, sa croissance peut être lente ou rapide. Elle a lieu tantôt en largeur, tantôt en profondeur, parfois dans les deux sens. Dans certains cas elle sarrote après un certain temps d'accroissement et reste telle toute la vie. Dans d'autres elle subit une poussée brusque sous l'influence d'une cause fortuite. La menstruation, la grossesse, le traumatisme, sont les causes les plus fréquentes de ces accroissements. Follin et Bœckel en citent chacun un exemple typique. Dans le cas de Bœckel, une dame portait une tache érectile congénitale de la lèvre inférieure; à la suite de deux grossesses, cette tache, qui jusqu'alors était restée stationnaire, envahit les gencives, et à la suite d'une fièvre typhoïde ladite tumeur subit une nouvelle poussée qui ébranla les incisives inférieures et nécessita de nombreuses cautérisations. Quand la tumeur érectile se développe par une poussée vive au moment de la puberté, on l'a vue chez les jeunes filles donner lieu à une sorte de menstruation supplémentaire. Un fait de ce genre se trouve rapporté dans le Journal de chirurgie de Desault; un second a été rapporté par Defrancc, etc.
Suivant Broca, P. Reclus, les tumeurs stationnaires appartiennent à la variété veineuse des tumeurs érectiles. On en cite cependant qui ont eu une marche envahissante rapide. P. Reclus en cite lui-même une observation dans laquelle une tumeur avait atrophié les os de la face sur lesquels elle s'appuyait. Farabeuf et Castex en ont injecté une qui avait envahi tout le cou, de la clavicule au menton et à l'oreille.
Cependant, l'évolution rapide appartient plus spécialement à la variété artérielle de la tumeur érectile (Broca), c'est-à-dire à la tumeur érectile compliquée d'anévrysme cirsoïde. Le tissu érectile progresse et grandit par formation de nouveaux capillaires qui entrent peu à peu dans la sphère de la tumeur, se dilatent et s'anastomosent et ajoutent un nouveau bourgeon à la tumeur caverneuse. Pendant ce temps, les artères afférentes et les veines efférentes se dilatent et prennent la disposition anévrysmatique. La tumeur gagne ainsi en surface et en profondeur, envahissant le tissu conjonctif sous-cutané ou sous-muqueux, le tissu cellulaire intermusculaire, les muscles, les os, etc.
Parfois ces tumeurs s'arrêtent cependant dans leur marche et restent un certain temps stationnaires, mais à propos d'une grossesse, de l'allaitement, d'un traumatisme, on les voit prendre un accroissement redoutable. Suivant Billroth, elles seraient susceptibles de se généraliser, en ce sens qu'elles peuvent apparaître dans les organes internes (le foie, etc.), consécutivement à des tumeurs de même nature siégeant aux parties extérieures du corps. Il peut exister des tumeurs multiples chez le même sujet, nous l'avons vu, mais cette multiplicité n'est pas le fait d'une généralisation dans le sens de pullulation ou de greffes. Extirpées complètement, les tumeurs érectiles, néoplasmes dénature bénigne, ne récidivent pas.
Symptômes. Il faut distinguer les taches et les tumeurs érectiles. Les taches de la peau {angiones cutanés, nœvi) sont rouges ou violacées. Dans ce dernier cas, elles portent le nom de taches de vin. Leurs dimensions varie depuis la grosseur d'une lentille jusqu'à la forme de grandes plaques irrégulières, légèrement élevées au-dessus du niveau de la peau, parfois pigmentées ou garnies de poils. Ces plaques sont indolentes, s'accroissent sous l'influence des cris, des efforts, mais on n'y observe ni pulsations ni bruit de souffle. Le repos, la pression du doigt, les font pâlir.
Les tumeurs érectiles cutanées sont diffuses ou circonscrites. Les secondes
ÉRECTILE (pathologie). 407
sont souvent tuberculeuses, se présentant sous la forme de petites nodosités molles, pédieulées ou sessiles, qu'on a comparées à une mûre, à une fraise, à une framboise, etc. Leur couleur est d'un rouge vif dans les angiomes dits artériels, et ces derniers, fréquents au moment de la naissance, ou disparaissents, ou restent stationnaires, ou bien s'accroissent et se transforment en tumeucs érectiles caverneuses. La pression du doigt les efface. Jamais à l'état d'angiomes simples ils ne causent ni gêne ni douleur. La couleur lie de vin appartient à la variété dite veineuse. Ces .dernières, toujours congénitales, sont peu influencées par les cris et les efforts ; si elles n'ont pas de tendance à s'accroître, elles n'en ont pas non plus à disparaître, et d'ordinaire elles demeurent telles quelles toute la vie (tache de vin de la face et du cou).
Les angiomes des muqueuses sont presque toujours bleuâtres (variété dite veineuse) et presque toujours acquis. Ils sont facilement turgescents et ont une grande tendance à envahir toute l'épaisseur de l'organe dans lequel ils ont pris naissance, si on ne se hâte de les détruire. Cet envahissement rapide serait le propre de la variété dite artérielle (rare) suivant IJroca, P. Uoclus; la variété dite veineuse resterait au contraire ordinairement stationiiaire.
Les angiomes sous-cutanés, consécutifs aux taches de la peau ou nés indé'^ pendamment, forment des tumeurs molles, indolentes, circonscrites ou diffuses, selon le cas, peu réductibles, donnant parfois la sensation d'un paquet de vers de terre enroulés (sensation du varicocèle). Les circonscrits constituent des tumeurs bien limitées, ne dépassant pas ordinairement le volume dune noix, isolées des tisssu voisins par une sorte de coque de nature connective. Leur consistance est molle et élastique, et la peau à leur niveau conserve sa coloration normale ou bien prend une teinte bleuâtre avec quelques arborisations. Les cris, les efforts, la pression, ont peu d'action sur le volume de la tumeur, (jui ne présente en outre ni souffle ni battements (Monodj.
Les angiomes sous-cutanés diffus se rapprochent davantage des tumeursérectiles de la peau. Leur système caverneux est Irès-développé et, pour peu que leurs artères afférentes soient dilatées et flexueuses, elles sont pulsatiles, se gonflent sous l'influence de l'effort, de l'émotion, et l'oreille y perçoit un bruit de souffle doux. A leur pourtour il existe un lacis veineux très-développé. Si la tumeur siège sur un membre, la compression de l'artère principale fait diminuer le volume de la tumeur; à la tête ouii la'face, la compression artérielle a moins d'action, à cause des nombreuses anastomoses, mais, par contre, tout ce qui entrave le retour du sang veineux au cœur, l'effort, le cri, la position déclive de la tête, la compression des veines efférentes, augmentent le volume de la tumeur. C'est à cette simple turgescence que se borne le phénomène de l'érection des tumeurs érectiles.
Dans les cas où la timieur est de nature veineuse, et lorsque son tissu caverneux communique largement avec la lumière d'une grosse veine, comme l'ont signalé Esmarch, P. Pieclus et Desprès, la réductibilité, peu accusée dans les autres variétés de tumeurs érectiles, devient facile et absolue. Le sang, dit P. Reclus, fuit pour ainsi dire sous la pression; la tumeur s'affaissse, s'évanouit, mais ses aréoles se remplissent aussi vite qu'elles se sont vidées aussitôt que le doigt cesse la compression. Desprès (Soc. de chir., 8 février et 3 mai 1882) ouvrit un de ces angiomes pour un kyste, et le sujet mourut.
Un caractère commun à tous les angiomes, c'est l'absence de douleur et de gêne fonctionnelle. Cette dernière ne se fait sentir que lorsque la tumeur érec-
408 ÉRECTILE (pathologie).
lile est considérable et qu'elle a envahi et détruit toute la partie sur laquelle elle s'est développée. 11 faut savoir toutefois que certains angiomes peuvent devenir douloureux. Ch. Monod et plus récemment Terrillon [Progrès médical, t^. 983, 1884) en ont vu des exemples. Trélat avait déjà mentionné ce caractère exceptionnel des angiomes [Gaz. heb., 1874), qui au reste avait été reconnu par des auteurs plus anciens, et dont Aubert signalait encore un cas (angiome douloureux de l'avant-bras) à la Société des sciences médicales de Lyon en 1886, caractère qui peut porter le chirurgien à confondre l'angiome sous-cutané avec le névrome.
Les angiomes profonds ne sont pas accessibles ; ils ne déterminent généralement aucun trouble, à moins qu'ils ne soient devenus très-volumineux, et ne sont découverts qu'à l'autopsie. Ces productions sont étudiées ailleurs [voy. Os, Foie, Reins, Orbite, etc.).
Diagnostic. Le diagnostic des taches et angiomes cutanés n'offre pas de difficulté. A peine signale-t-on quelques cas incertains où un angiome aurait été pris pour de la mélauose. L'origine de la tumeur, le siège, la couleur, etc., sont autant de caractères pathognomoniques. Lorsque l'angiome est sous-cutané, les difficultés commencent. Cependant sa mollesse et son élasticité particulières, sa légère réductibilité sous l'influence de la compression, son gonflement sous l'action d'une expiration prolongée, son indolence, le reflet bleuâtre de la peau, la dilatation des vaisseaux voisins, la congénitalité fréquente, feront faire le diagnostic. Mais la compressibililé et le gonflement sous l'influence de l'effort ne sont pas toujours très-évidents, d'où dans certains cas le clinicien peut hésiter et confondre ces tumeurs avec un lipome, un kyste ou d'autres tumeurs molles.
Quand ils siègent sur le trajet d'une artère ou sont par exception animés de battements, et que de plus la peau n'a pas changé de couleur à leur niveau, on pourrait les confondre avec un anévrysrae, mais toutes ces conditions sont rarement réunies. Cependant, pour les tumeurs pulsatiles de l'orbite, le diagnostic différentiel est souvent impossible. Une erreur plus fréquente est de prendre un carcinome ou un sarcome télangiectasique pour un simple angiome, et l'erreur peut être d'autant plus facilement commise que l'angio-sarcome sous-cutané, en particulier, peut offrir beaucoup de ressemblance avec l'angiome. L'angio-sarcome n'est pas trèS-rare d'autre part, car Kalazek (de Breslau) en rapportait huit nouveaux cas en 1880 [Deutsche Zeits. f. Chir., Bd. XIII, Ileft I et II, 1882). Cependant ces néoplasmes ont une marche plus rapide que la tumeur érectile, ils sont le siège de douleurs, sont plus fermes, non compressibles, et la peau qui les recouvre est indurée. Dans le cas de kystes, de lipomes sous-cutanés, d'abcès par congestion, une ponction exploratrice viendrait lever tous les doutes.
Au premier abord, on a peine à comprendre qu'on puisse confondre un angiome avec une encéphalocèle ou une méningocèle. Cette erreur a été commise, et la mort du malade en est la conséquence presque inévitable. L'erreur s'explique pour les hernies cérébrales des régions orbitaire et fronto-nasale, qui communiquent par un canal étroit avec l'intérieur de la boîte crânienne, comme Guersant fils en a rapporté une observation. Si la tumeur est congénitale, comme le dit fort bien Bœckel, elle est compressible sans accidents cérébraux notables, elle gonfle pendant l'expiration, le cri, les efforts, etc., présente de légères pulsations, et peut avoir une couleur bleuâtre, tous caractères
ÉRECTILE (pathologie). /t09
ijui sont ceux de la tumeur érectile. C'est le siège de la tumeur qui devra rendre le chirurgien circonspect et prudent.
Les angiomes profonds sont ordinairement une découverte d'autopsie.
Quant au diagnostic anatomique, il est relativement facile, surtout lorsque les vaisseaux et les alvéoles de la tumeur sont encore remplis de sang. Mais alors même que le sang est évacué et la tumeur vide, réduite à l'état de masse spongieuse molle et revenue sur elle-même, il est encore facile de reconnaître la tumeur érectile par son système de cloisons résistantes et élastiques que l'on met en évidence en étirant son tissu avec une pince ou en en plongeant un fragment dans l'eau qu'on promène ou fait surnager.
On la différencie de l'angio-sarcome ou du carcinome angiomateux en recherchant le tissu sarcomateux ou carcinomateux dans la tumeur et à son pourtour, et en se rappelant que dans l'angiome on ne découvre que le tissu normal envahi ou du tissu emhryonnaire (Cornil et Ranvier). La faihle quantité des fibres lisses fera fai/e le diagnostic anatomique différentiel d'avec le myome télangiectasique.
Pronostic. Les tumeurs érectiles n'ont un caractère de gravité que lorsqu'elles sont envahissantes. Elles deviennent dangereuses par leur accroissement même et les hémorrhagies auxquelles elles peuvent donner lieu. Si quelques-unes sont susceptibles de disparaître spontanément, si beaucoup d'autres restent stationnaires, il n'en est pas moins vrai, comme le disent nos collègues Poulet et Bousquet, que les angiomes caverneux par eux-mêmes ou par leur progression extraînent à des opérations dont les suites ne sont pas toujours exemptes de toute complication. L'angiome est une affection purement locale, qui ne récivide pas et ne se généralise pas davantage, par conséquent une maladie de la variété clinique dite bénigne, mais qui cependant peut devenir dangereuse par ses progrès mêmes ou les opérations qu'elle rend nécessaires.
Traitement. Nous ne dirons qu'un mot des méthodes palliatives, du tatouage, imaginé par Pauli de Landau, pour masquer les nœvi; de l'attouchement de la tumeur avec l'élhylale de soude très-pur, recommandé par Richardson (the Lanceiy 1881) ; de la carapace au coUodion au sublimé (2 grammes de sublimé pour 15 grammes de collodion) dont on renouvelle la couche de quatre en quatre jours jusqu'à disparition de la tumeur, méthode sans opération pré-, conisée par Fiorani [Ann. univ. di med. d'Omodei, p, 481, 1882), et nous aborderons immédiatement le traitement curatil.
Les méthodes de traitement euratif répondent à plusieurs indications : i" provoquer du travail inflammatoire dans la- tumeur qui pourra aboutir à son obhtéi;alion; 2" diminuer ou suspendre le cours du sang, et consécutivement provoquer son atrophie ; 3" détruire la tumeur. D'où les méthodes phlogistique (perturbatrice de Broca), hémostatique (atrophiante de Broca) et destynictive.
A. Méthode phlogistique. Elle comprend un très-grand nombre de moyens, qui tous ont pour but d'oblitérer les vaisseaux de la tumeur. Ils ont l'avantage de produire des lésions peu étendues, mais ils sont fort incertains. ISous pouvons les ranger en deux groupes : a, les irritants; h, les coagulants.
a. Parmi les irritants on a eu recours :
1° Teinture d'iode. Employée en badigeonnages, la teinture d'iode a donné plusieui's succès à Edwards (1854) et Bulteel (de Plymouth) dans les nsevi superciels et après plusieurs mois de badigeonnages. Procédés incertains.
^10 ÉRECTILE (pathologie).
2" Astringents. Dieffenbach a prétendu avoir guéri des télangiectasies Irèsélendues par l'emploi persévérant de solutions d'alun ou d'acétate de plomb. Broca recommandait le percblorurc de for en badigeonnage après dénudation par un vésicatoire. Ce procédé, très-douloureux, réussit, suivant Bœckel, pour les nsevi superficie]*, et ne laisse pas de cicatrice.
3° Vaccination. Ce sont les chirurgiens anglais qui ont eu les premiers l'idée d'a|)piiquer la vaccination à la curation des tumeurs érectiles superficielles (Earle, llodgson, Marshall). Introduite en France par Carrai (1754), pratiquée par Velpeau, elle fut vivement préconisée par Marjolin {Bull, de la Soc. de chir., 1847).
G. Paul {Soc. mcd. des hôp., 8 avril 1881) a recommandé de recouvrir toute la surface du naevus de lymphe vaccinale et de scarifier par-dessus. Il apporte quatre succès à l'appui de sa méthode.
Mais Gosselina examiné un des malades de G. Paul et ne l'a pas trouvé complètement guéri. Il considère la méthode comme inapplicable aux tumeurs veineuses, sous-cutanées, et Blot partage son avis. En outre, la scarification expose aux hémorrhagies. Employée chez les enfants non vaccinés, celte méthode a donné quelques guérisons définitives; à la place de l'angiome se fait du tissu cicatriciel qui oblitère les vaisseaux du tissu crectile. Marjolin lui doit des succès. Pour opérer avec chance de succès on doit d'autant plus multiplier les inclusions de lymphe vaccinale que la plaque éreclile est plus large ou plus épaisse. En général, on les espace d'environ 10 millimètres. Mais, si le derme est profondément envahi, et à plus forte raison lorsque le tissu cellulaire sous-cutané est pris, il faut, à l'exemple de Nélaton, traverser la tumeur par des sétons filiformes. On laisse ceux-ci en place jusqu'à la suppuration du trajet et on les enduit ensuite de vaccin en ayant soin, à l'aide d'un système de petites canules, de garantir les. ouvertures cutanées, de façon à cvider les cicatrices blanches et bien connues de la vaccination.
Lafargue a proposé de remplacer le vaccin chez les sujets vaccinés par quelques gouttes d'huile de croton tiglium, et de faire des piqûres en cercle commun avec le vaccin {Arch. gén. de médecine, 1844).
4° Séton filiforme simple ou caustique. Le séton filiforme, exactement du même volume que l'aiguille qui sert à le passer, constitue un bon procédé pour amener l'inflammation de la tumeur, des trauiées de tissu cicatriciel qui, en se rétractant, transforme la tumeur en tissu inodulaire. Mais l'insuffisance des sétons multiples simples, employés par Velpeau, obligea à recourir aux sétons caustiques. Fawdington (1850) les enduisit de poudre de Vienne, Lawrence de nitrate d'ai'gent, Rosen et ensuite BtEckel de perchlorure de fer, Follin et après lui Ilerrgott de vermicelles de pâte de Caçquoin qu'il passe à l'aide d'un trocart. Bérard combinait les sétons laissés en place pendant deux ou trois jours avec la ligature qu'il pratiquait avec eux. FoUin et Herrgott n'ont eu que des succès momentanés, et, si Fawdington a obtenu des guérisons, c'est qu'il a ajouté au séton d'autres moyens plus radicaux. Néanmoins le séton peut encore être le procédé de choix dans une tumeur érectile très-étendue, inaccessible aux méthodes radicales, et qui a cessé de croître.
b° Broiement et scarifications sous-cutanées. Le broiement sous-cutané essayé par Marshall (1851) dans le but de provoquer des brides cicatricielles est très-incertain. Il en est de même des scarifications sous-cidanées faites
ERECTILE (pathologie). Ui
avec un ténotorae ou une aiguillo à cataracte pratiquées par J. Gue'rin. Procédé à délaisser.
6" Incision simple et pansement à plat. Bœckel doit à ce procédé la guérison complète. d'une tumeur éreclile de l'aile du nez qui avait résisté au séton imbibé de percblorure de fer. Il dédoubla avec le bistouri l'aile du nez en un lambeau cutané et en un lambeau rauqueux; un linge imbibé de percblorure fut glissé entre les deux lambeaux et maintenu pendant une lieure avec une pince à forcipressure qui comprimait les deux parois de l'aile du nez. L'enfant guérit radicalement. Rigaud (de Strasbourg) employa le môme procédé pour une tumeur érectile de la lèvre, et Lawrence réussit à guérir une tumeur du doigt en le circonscrivant à sa base par une incision circulaire et ligature des artères collatérales. Ce dernier procédé n'est guère applicable qu'aux doigts,
7" Acupuncture. Cautérisation filiforme. Incisions multiples. L'acupuncture, préconisée par Yelpeau et Lallemand, est presque tombée en désuétude. Elle consistait à enfoncer des épingles en grand nombre dans la tumeur pour amener de l'inflammation par leur séjour et des cicatrices oblitérantes. A. Bérard préconisait les aiguilles en ivoire, mais celles-ci ne valaient même pas les aiguilles mélalliques rougies au feu. Tillaux a réussi dans un cas de tumeur grosse comme une mandarine en la perçant à plusieurs reprises avec des aiguilles rougies au feu {Gaz. kehd., 1874), et Tbierscb {Journ, de méd. de Bruxelles, 1878) se sert ainsi qu'il suit de la caloripunclure pour les angiomes qui ne siègent pas à la face : Il applique sur l'angiome une plaque de cuivre percée de petits trous, puis il introduit à travers chacun de ces trous une aiguille à tricoter chauffée au rouge et dont le manche est un simple bouchon de liège. La tumeur est ainsi cautérisée très-également. Le plus fui des couteaux du tbermocaulcre remplacerait avec avantage les épingles rougies au^feu.
Les ponctions multiples avec ce petit couteau ont récemment réussi à P. Reclus pour deux tumeurs érecliles, l'une du front, l'autre de la joue, chez des enfants de moins d'un an. Berthod {Gaz. méd. de Paris, 1884) a guéri un triple angiome de la langue par les injections au tannin à 1/10, guérison achevée par le thermocautère.
La scarification, les incisions multiples sur la tumeur suivies de suture avec des épingles, etc., ont également été mises en usage, et ont même donné des succès, mais ne se sont pas généralisées. Lallemand, par exemple (1835). a eu recours à l'incision suivie de la compression ou de la suture, il a obtenu une guérison complète en enfonçant jusqu'à 120 épingles à suture dans une tumeur et en les entourant d'une suture en 8 de chiffre. P. Guersant a fait usage d'aiguilles rougies au feu, et Nussbaum (de Munich) enfonce dans la tumeur des clous rougis au feu, et il cite un certain nombre de succès. Guthrie a utilisé le nitrate d'argent pour les naevi d'un petit volume; d'autres ont employé la pâte de Canquoin, et plus récemment on s'est servi d'un fd de platine rougi à l'aide d'un courant électrique (Grussel, Middeldorpf, Sédillot, Nélaton, Bœckel, etc.)
8« Galmno-puncture. Électrolyse. L'électro-puncture, qui joint à la fois les avantages de la cautérisation à ceux des coagulants, à la condition qu'on procède lentement, compte pas mal de succès. Giraldès, Sédillot, Nélaton, Lùcke, Trélat, etc., n'ont eu qu'à s'en louer. Le fd de platine est passé à travers la tumeur à la façon d'un séton. Ordinairement il est besoin de faire plusieurs séances pour obtenir le succès définitif. Il en est ici comme dans le cas
412 ÉRECTILE (pathologie).
de polypes naso-pharyngiens {voy. Galvano-punctuue, t. VI, 4*' série, p. 578 et suiv.), et, si la méthode n'était pas si complexe, à cause des appareils, elle aurait probablement détrôné toutes les autres, même l'ablation. On s'est ausa servi du stylet électrique pour faire l'ignipuncture : une électrode s'applique sur le stylet enfoncé dans la tumeur, l'autre sur la peau.
Delore {Assoc. franc, pour lav. des se, Blois, 1884) pour les tumeurs érectiles de la face recommande l'électrolyse de préférence à toute autre méthode. C'est, dit-il, un procédé très-précis, et une fine aiguille d'or à la main on détruit facilement la tumeur en attaquant les vaisseaux un à un. Lorsqu'il y a tumeur caverneuse, Delore emploie la ligature de la base de la tumeur, dissèque ensuite et cautérise à la pâte de Canquoin.
Ciniselli (1862), White Cooper (1867), Althaus (1867), Monoyer (1871), Bœckel (1871), Lincoln il872), Beard (1874), Knott (1875), Hume (1875), Duncan (1870 et 1876), se sont servis de la galvano-punclure avec succès. Althaus {Brit. Med. Journ., 1867 et 1875), sur 11 nsevi qu'il avait traités ainsi en 1867, avait eu 7 guérisons {voy. art. Galvano-puncture, p. 592 de ce Dictionnaire).
Ciniselli {Arch. de médecine, 1866), Bœckel, Trélat, Tillaux, etc., ont obtenu des succès par cette méthode. Maas en a réuni 130 cas, dont 59 traités par l'anse de platine. Les résultais furent excellents [voy. A. Pignerol, De l'ablation des tumeurs érectiles par Vanse galvano-caustiqiie (thèse de Paris, 1874). Les résultats de Trélat sont consignés dans la Gazette hebdomadaire pour 1874 et 1876. Drouin a consacré sa thèse à l'exposé de cette méthode [Traité des tumeurs érectiles par Vélectrolyse. Thèse de Paris, 1878).
S. J. Knott [the Lancel, p. 402, 1871), sur 40 cas de nsevi traités par l'électrolyse, a obtenu la guérison dans tous, après 4 ou 6 séances, et E. Tuengel {Arch. d. Heillc, 1875) rapportait 2 observations d'angiomes caverneux traités avec succès par la cautérisation ponctuée avec le galvano-cautère et compression de la tumeur en même temps avec la pince de Tiersch. F. Valerani de son côté {Ann. univ. di. med. e chir.. Milan, 1878) rapportait 17 observations de tumeurs érectiles guéries par le galvano-cautère.
A. René, après Monoyer, obtint un succès complet avec l'électrolyse dans les tumeurs érectiles des paupières chez une fleuriste de vingt ans. Il fit huit séances de dix minutes chacune avec 12 éléments de la pile de Gaiffe, pour obtenir ce résultat {Gaz. des hop., p. 85 et 92, 1880). Monoyer arrête d'ordinaire la séance lorsque l'auréole d'escarification atteint 1 milUmètre autour de l'aiguille. C'est la coagulation des liquides contenus dans les vaisseaux de la tumeur, dit Monoyer, coagulation déterminée par la présence des acides accumulés autour de l'électrode-positive, qui joue le principal rôle dans la guérison. 11 est sans doute difficile d'éviter toute cautérisation et phénomène inflammatoire consécutif, mais en agissant avec ménagement et lenteur on obtient toujours les plus beaux résultats.
B. Méthode hémostatique. Dans cette méthode rentrent tous les procédés qui ont pour but de diminuer ou de suspendre le cours du sang dans la tumeur. Elle comprend donc également les coagulants et les réfrigérants {/néthode atrophiante de Broca).
1° Réfrigérants et coagulants. Les réfrigérants (Abernethy) sont peu efficaces ; on les unit ordinairement aux astringents (Abernethy a cité deux guéiisons avec ce procédé). Quelques chirurgiens (Broca, L. Le Fort) ont utilisé les
ÉRECTILE (pathologie). 415
badigeonnages au perchlorure de fer, mais ce sont surtout les injections au perchlorure de fer qui ont été employées. On leur doit des succès, mais on lésa vues produire des destructions gangreneuses des angiomes et leurs conséquences fâcheuses. A cause de cela Billroth les repousse et Follin n'y a pas confiance. Broca conseillait de multiplier les injections et de n'injecter par chaque piqûre de la seringue de Pravaz que deux ou trois gouttes de perchlorure à 10 ou J5 degrés, et pendant l'injection d'exercer une compression circulaire autour de la base de la tumeur, afin d'immobiliser le sang et pour que les caillots formes ne soient pas entraînés par le courant sanguin. On évite ainsi les embolies, dont certaines ont occasionné la mort (Santesson, Kummcr, Carter, Druit, Spœlh, Crisp, T. Smith). Maisonneuvc, Broca, Gosselin, Bichet, Appiat (de Genève), Guersanl, Demarquay, de Saint-Germain, Duplouy (de Rocheforl), etc., ont eu des succès avec cette méthode {voy. Bigaud, thèse de Paris, 1836). Bichet l'emploie encore de préférence à d'autres, bien que Bœckel n'en dise que peu de bien. Il se sert d'une solution à 7 ou 10 degrés de l'aréomètre, dont il injecte quelques gouttes chaque fois, mais il n'applique la méthode qu'aux tumeurs érectiles non réductibles (Bigaud, thèse de Paris, 1876).
Verneuil est partisan de la méthode des injections coagulantes, inoffensives, dit-il, dans l'immense majorité des cas. Comme liquide coagulant, il préfère à tout autre la li({ucur de Piazza (eau distillée et perchlorure de fer àâ SOgrammes ; chlorure de sodium, 4 grammes), sans s'occuper si elle s'arrête dans un vaisseau dilaté ou non, et pousse une à deux gouttes par chaque piqûre (Gaz. des hop., 1878, p. 4'44'). Ziclewicz (voy. Rev.des$c. méd., p. 695, 1876) l'accuse d'avoir occasionné souvent la mort, et la rejette comme dangereuse. Mais on peut éviter les accidents, nous venons de le dire, en employant Vacupressîire périphérique [voy. G. Briant, thèse de Paris, 1875).
Celle méthode réunit à la fois les avantages des coagulants à ceux des irritants phlogogènes. Aussi le perchlorure de 1er n'est pas le seul liquide irritant, caustique et plus ou moins coagulant, qui ait été employé.
L'idée d'injecter des liquides irritants dans les tumeurs érectiles pour en amener l'oblitéralion est due à Monteggia (1814), mais la mise en pratique appartient à Loyd (1828). Les premiers liquides furent l'éther nitrique (Loyd), l'ammoniaque (Paget), le tannin (Wallon), l'alun, l'eau de Pagliari (Martin Saint-Ange), le peroxyde de fer (Lussana), le nitrate d'argent, le nitrate acide de mercure (Bérard), les acides acétique et citrique (Petrequin), le vin (Riberi, Hanley), l'alcool (Leroy d'ÉtioUes, Delpech), l'acide acétique, lechloral, le chlorure de zinc, etc. Dans toutes ces injections, il faut éviter que le liquide caustique ou irritant passe dans la circulation et amène des conséquences funestes en établissant la compression périphérique de In tumeur pendant l'injection, et pendant cinq à dix minutes après. Verneuil et Marc Sée ont conseillé le chloral (Mouillard, Du traité des tumeurs érectiles par les injections de chloral. Thèse de Paris, 1876). Bœck a traité avec succès un certain nombre d'angiomes par les injections interstitielles d'hydrate de chloral (solution à 10 pour 100, faites au moyen de la seringue de Pravaz [La semaine méd., p. 98, 1885). Ce procédé amène une prompte coagulation du sang dans la tumeur, qui diminue et disparaît ensuite progressivement.
Vernevnl, après avoir essayé le chloral, donne cependant la préférence à la liqueur de Piazza.
2» Compression. Elle convient tout au plus aux tumeurs de petit volume et
414 ÉRECTILE (pathologie).
reposant sur un plan résistant contre lequel se fait facilement la compression (crâne, face). Elle doit être longtemps prolongée, et même dans ces conditions elle échoue encore le plus souvent. On peut cependant citer les cas heureux de Boyer et de Roux, qui sont en même temps des exemples de tendresse maternelle et paternelle. Schrumpf (de Werserling) a publié deux observations avec guérison de naevus chez des enfants traités par la compression méthodique avec les bandelettes de sparadrap {Gaz. des hop., p. 507, 1881).
5° Incision circnJaire autour de la tumeur. Elle doit être faite autour de la tumeur sur les tissus sains et doit diviser la peau et le tissu cellulaire sousjacent. Elle réussit dans un angiome du front entre les mains de Physick, et dans un autre d'un doigt entre celles de Lawrence. C'est un procédé spécial, applicable à un certain nombre de cas restreints seulement, et par-dessus infidèle.
4° Ligature des vaisseaux afférents. Ce moyen semble rationnel, et cependant il échoua entre les mains de Dupuytren, d'A. Cnoper, de Warren, de Roux, de Jobert, etc. Ceci tient à ce que la circulation collatérale ne tarde pas à se rétablir.
5° Ligature des Ironcs artériels d'origine (Travers). Elle a été employée pour les tumeurs considérables de la tête qui compromettent l'existence. Ainsi on a maintes fois lié la carotide pour des tumeurs érectiles du cuir chevelu, de l'orbite avec dilatation et flexuosités des artères afférentes (anévrysme cirsoïde). Travers, en 1809, eut le premier succès. Mais, outre que ce procédé est dangereux, il ne réussit pas toujours, et la ligature de la carotide d'un seul côté ne suffit ordinairement pas, à cause du grand nombre des anastomoses, et il faut en arriver à lier celle du côté opposé.
C'est ainsi que, après Travers et Dalrymphe (1815), Jobert (de Lamballe), Bertherand {Gaz. hebd., 1869), A. Robert, Kuhl, obtinrent des guérisons par une double ligature, et Bertin, de Cray (Le concours méd., 1884) rapportait naguère la guérison d'un angiome de la région parolidienne par la ligature de la carotide primitive (Soc. de chir., 19 déc. 1883); mais d'autres chirurgiens ont été moins heureux. Mussey, après la double ligature à douze jours d'intervalle, fut encore obligé d'extirper la tumeur. Bruns a réuni 10 cas dé tumeurs cirsoïdes traitées par la ligature de la carotide. La mort eut lieu 2 fois des suites de l'opération ; 2 fois il y eut amélioration, et dans les 6 autres cas la tumeur continua à se développer, bien que dans trois d'entre eux il y ait eu trois ligatures doubles. Wardrop, ^faunoir, Clelland, Ruhl, Mayo, échouèrent. L'analyse des faits, dit FoUin, montre que les insuccès ont été nombreux pour les tumeurs situées ailleurs que dans l'orbite. Les cas heureux de Jobert (de Lamballe), de Velpeau, etc., ont en effet trait à" des tumeurs pulsatiles (érectiles?) de l'orbite. D'après sa statistique, établie en comprenant celles de L. Le Fort, G. Pilz, Heine et la sienne, Ziclewicz arrive à conclure que la ligature de la carotide primitive a amené 44 pour 100 la guérison, 25 pour 100 la mort, et aucun résultat 18 pour 100 (voy. Rev. des se. méd., p. 695, 1876; voy. aussi Le Fort, art. Cirsoïdes, l"^ série, t. XVII, 1870).
C'est un procédé ultime qui n'est à conserver que pour les cas extrêmes. Bœckel, au lieu de lier la carotide primitive, conseille de lier, à l'exemple de Maisonneuve, de Richet et de Bruns, la carotide externe. C'est le moyen d'éviter les redoutables accidents cérébraux observés à la suite de la ligature de la carotide primitive (voy. Carotides).
ÉRECTILE (pathologie). 415
La carotide a été liée assez souvent jiour les tumeurs pulsaliles de l'orbite et Demarquay en a réuni un grand nombre de cas, mais, comme il est difficile de savoir si l'on a eu affaire à des anévrysmes ou à des tumeurs érectiles, nous ne nous y arrêterons pas {voy. Okhite). Ajoutons que Malgaigne a proposé de lier les veines efférentes, imitation de la méthode de Brasdor pour les anévrysmes.
Méthode destruclive. Cette méthode comprend :
1. La destruction par le fer rouge ou les caustiques chimiques. Fabrice de Hilden, Guthrie, se servaient du cautère potentiel; Lawrence, Wardrop, CI. Tarral (1854), Bérard [Gaz. méd., 1841), en ont obtenu de bons résultats. Klle convient, disent les auteurs du Compendium, aux tumeurs où la peau est compromise, et quand elles sont superficielles. Le procédé ne peut guère être employé que pour les tumeurs de petites dimensions ou pour détruire des portions de tumeurs qui ont échappé à l'ablation. Il exige le sacrifice de la peau, même quand celle-ci n'est pas altérée. Aussi le fer rouge a-t-il peu de partisans. 11 est peut-être préférable encore cependant aux caustiques, surtout aujourd'hui que le thermocautère Paqueh'n permet de le manier avec une grande facilité et beaucoup de précision, Dupuytrcn préconisait ce moyen; de Graefe l'employa avec succès (14 observations suivies de guérison), et Trélat, Bryant, eu ont retiré de précieux avantages, surfout en se servant du stylet galvanique. Ce dernier procéJé constitue, en effet, à la fois un procédé d'ablation et d'oblitération, nous l'avons déjà dit. Utilisée avec succès par Crussell en 1847, l'anse galvanique a été essayée un peu par tous les chirurgiens. Pour s'en servir avec fruit, il faut au préalable pédiculiser la tumeur en l'embrochant à sa base avec de longues aiguilles de fer ou de platine. On serre le pédicule ainsi obtenu avec un fil de soie, et ensuite avec l'anse galvanique, qui fonctionne à la fois comme caustique et comme écraseur. Les récents appareils électrogènes facilitent beaucoup l'application de ce procédé, mais on se sert encore plus volontiers du cautère Paquelin, que tout le monde a sous la main, et qui remplit à peu près les mêmes indications. Néanmoins, ces procédés ne mettent pas toujours à l'abri de l'hémorrhagie (Dupont, thèse de Paris, 1876).
Parmi les caustiques chimiques, on s'est servi de l'acide nitrique (Lawrence) du caustique de Vienne (A. Bérard), du nitrate acide de mercure, de la potasse caustique (Wardrop), de la pâte de Vienne sous forme de cautérisation sèche (Chassaignac). Mais tous ces caustiques ont l'inconvénient de fuser, d'où la difficulté d'aller assez et pas trop loin avec eux. Si l'on veut employer les caustiques, le meilleur moyen, c'est encore de larder h tumeur de flèches à la pâte de Ganquoin. Bœckel a dû un beau succès à cette façon d'opérer chez un enfant d'un an qui portait une tumeur érectile cutanée et sous-cutanée qui occupait l'apophyse mastoïde, le lobule de l'oreille et la région parotidienne. La tumeur fut détruite sans aucune perte de sang. Billroth recommande de toucher la tumeur avec l'acide nitrique jusqu'à teinte jaune verdàtre, puis de la recouvrir de coUodion iodoformé, ce qui permet d'éviter la suppuration.
2. Ligature de la tumeur. Cette méthode est ancienne, soit exercée sur la tumeur entière ou sur chacune de ses moitiés, puisqu'elle fut pratiquée par A. Paré et J. Bell. Quand la tumeur est pédiculée, l'application du lien constricteur est facile. Quand elle ne l'est pas, il est nécessaire de passer des aiguilles au-dessous d'elle de façon à pouvoir obtenir un pédicule artificiel. On passe des fils sous ces épingles et l'on fait des ligatures partielles sous épingles
416 ÉRECTILE (pathologie).
(Fayolle, Rigal, de Gaillac). La constriction doit être assez énergiqiie pour faire tomber à l'état de nécrose les parties dégénérées. On peut employer à cet effet les liens élastiques d'après le procédé de Ad. Richard. Pour faciliter l'action des liens, on peut inciser la peau saine sur les limites de la tumeur, mais on doit repousser la ligature sous-cutanée (Bœckel), imaginée par Giraldès.
La méthode des ligatures a donné des succès (Brodie, Liston, White, Lawrence, Péan, Cooper, Forster, etc.) ; bien faite, elle doit même réussir, mais elle laisse souvent des cicatrices difformes, est très-douloureuse et ne vaut pas l'ablation.
Macferlane (1852) pratiqua la ligature temporaire dans un cas avec succès. Les liens furent retirés après vingt-quatre heures, et néanmoins la gangrène de la tumeur survint et la guérison s'ensuivit.
A cette méthode se rattache V écrasement linéaire, employé avec succès par Chassaignac, mais ce procédé est difficile à mettre en pratique, car ordinairement les angiomes ne sont pas pédiculisés. Il est vrai qu'il reste la ressource de se servir de Yécraseur sous épingles. Malgaigne a employé l'excision combinée à la ligature; Brard (de Jonzac) a réussi dans un cas avec cette méthode.
3. Ablation. V extirpation est la méthode la plus rapide et la plus siàre au point de vue de la destruction radicale, mais c'est aussi la plus dangereuse sous le rapport de l'hémorrhagie, et de plus dans les tumeurs cutanées volumineuses elle oblige à emporter un vaste lambeau de peau, d'oii la cicatrice étendue et la difformité qui l'accompagne et qui en résulte. Cette méthode doit être réservée pour les petits angiomes cutanés et les tumeurs érectiles circonscrites sous-cutanées. Mais pour la pratiquer il est certaines précautions à prendre pour éviter une hémorrhagie dangereuse du genre de celles qui firent périr les enfants opérés par Bùcherer, Wardrop (cités par Bruns, p. 142), par Hosack, Roux. La première indication à remplir, c'est d'observer le précepte de J.-L. Petit, c'est-à-dire ne pas oublier de dépasser les limites de la tumeur. En second lieu, il est indispensable d'opérer lentement, en plaçant une pince à forcipressure sur chaque vaisseau qui donne du sang. Enfin, à l'exemple de Bœckel, on peut aussi circonscrire la tumeur entre trois ou quatre aiguilles à acupressure, qui compriment les vaisseaux afférents. On retire ces aiguilles après l'hémostase. Sur le crâne, on peut se servir de plaques de plomb taillées en croissant pour circonscrire la tumeur. On comprime ainsi facilement les vaisseaux qui l'abordent. Dans tous les cas, il faut ménager la peau avec soin.
Quand la tumeur a envahi tout un membre, comme J. Cruveilhier entre autres en rapporte des exemples, l'extirpation fait place à l'amputation. Certaines ablations qui portent sur la face nécessitent des opérations autoplastiques.
Dans ce procédé rentre Vénucléation (Féale, Giraldès), qui a l'avantage de ne laisser qu'une cicatrice linéaire. Mais cette méthode n'est applicable qu'aux tumeurs circonscrites.
Les excisions partielles et répétées ont surtout été employées par Dieffenbacb (de Berlin). Il répétait les excisions toutes les cinq ou six semaines et les pratiquait après avoir étranglé la portion à exciser entre les mors d'une pince à verrou, sous laquelle il passait des fils à ligature qu'il serrait aussitôt après avoir abrasé la portion de tumeur placée au-dessus.
Choix de la méthode. Le siège, l'étendue et surtout la marche de la tumeur devront régler le chirurgien.
Un angiome stationnaire, fût-il très-étendu, ne constitue qu'une difformité
ÉRECTILE (bibliographie). 417
tolérable. 11 n'en est pas de même de la tumeur érectïle envahissante. Celle-là doit être opérée, car tôt ou tard elle peut menacer la vie.
Porta s'est fait le défenseur de l'ablation. Bien que cette méthode soit inférieure à l'anse galvano-caustique ou au couteau du thermocautère, elle peut rendre d'incontestables services. Richelot. après avoir employé la méthode coagulante sans résultat, lui a dû deux succès. II estime, et Terrillon avec lui, que l'avenir est à l'extirpation {Soc. de chir., 1881).
Poulet {Soc. de chir., oct. 1883) a lié les artères afférentes d'un angiome pulsatilc de la tempe et enleva ensuite la tumeur avec succès, qui antérieurement avait été traitée sans résultat par les injections coagulantes. Hofmok {Wien. med. Presse, 1880) a enlevé avec succès (au bistouri) un angiome caverneux de la région sous-maxillaire ; Samelsohn également {Berl. Idin. Woch., 1880) une tumeur éreclile encapsulée de l'orbite, et l'on sait que G. Camuset {Gaz. d'ophthahn., 1882) après Dupuytren, de Graefe, Lebert, Jefferson, Yelpeau, etc., a opéré avec gucrison et conservation de l'œil un angiome caverneux encapsulé de l'orbite chez un cultivateur vigoureux, âgé de trente ans. Syme (d'Edimbourg), Campbell de Morgan {the Brit. and Foreign Med.- Chir. Rev., 1864), Sédillot (1869), ont retire delà méthode d'aussi beaux succès que ceux de Richelot.
Bérard, Dcnonvilliers, Broca, Follln, la réservent cependant pour les cas exceptionnels, et Billrotli partage à peu près leur opinion. Récemment Dcsprès {Soc. de chir., 1884), après un cas heureux (naevus du médius pour lequel il enleva le tiers inférieur de l'artère cubitale frappée de varices), proposa, dans le cas de tumeur ércctile compliquée d'anévrysme cirsoïde, d'enlever en même temps que la tumeur l'artère qui lui correspond et fiappéc de varices. Mais Terrier, Yerneuil, Trélat, ont objecté que l'ablation de l'artère afférente anévrysmatique était pour le moins inutile, car les tumeurs érecliles sont la première cause de la dilatation des artères périphériques, et il suffit de détruire la tumeur, cause première du mal, pour que les vaisseaux reprennent leur calibre normal. Richelot, entre autres, a publié deux observations de tumeurs ércctiles du cuir chevelu, dans lesquelles les artères occipitales avaient pris le volume d'une fémorale. Eh bien, dans ce cas, il a suffi d'enlever la tumeur éreclile pour que les occipitales reprissent leur calibre normal. Yerneuil, Trélat, etc., ont vu des cas du même ordre, et le phénomène a lieu aussi bien pour les veines efférentes dilatées et variqueuses que pour les artères. Avant toute autre méthode, on essayera les coagulants. Cependant, si la tumeur occupe le tronc ou le cuir chevelu, on aura recours d'emblée à la méthode destructive, cautérisation ou extirpation. Au visage, la craiute des cicatrices demande plus de circonspection. Si la tumeur est peu développée et si la réunion immédiate peut être obtenue après le rapprochement des bords de la plaie, cette méthode est encore la meilleure. Si la tumeur est très-large, on aura tout d'abord recours à la vaccination comme il a été plus haut, aux frictions stibiées ou à la cautérisation ponctuée. Aux lèvres, aux paupières, l'ablation suivie d'autoplastie est le meilleur procédé. Enfin, restent ces vastes tumeurs de la face, très-étendues en surface et en profondeur. Pour celles-là, on pourra essayer les flèches de Canquoin passées avec le trocart, et enfin, si la nécessité y oblige, à Vultima ratio, c'est-à-dire à la ligature des carotides. Cii. Debierre.
BiBLiofiRAPUiE. — Anatomie. — De Gbaaf. De virorum organis generationi insermentibus, GenevîC, 1785. — Kuause. Miillcr's Arck., 1837. — Mulleh (J.). Vebcr zivci vcrschicdene
DicT. ESC. XXXV. 27
418 ÉRECTILE (bibliocbaphie).
Typen in dem Bau der erectischen Geschlechlxorgane. In Abtli. der Berliner Académie, 1838, el Arch. f. Anal, und Phys., 1838. — Valentin. Milliers Arch., 1838. — Kobelt. Die vidnnliche und weibliche Wollust. Organe des Menschen vnd einiger Sàiigethiere in anatomisch-physiolog. Beziehung. Freiburg, 1844, et De l'appareil du sens génital des deux sexes, trad. Kaiila. Strasbourg, 1851. — Kolliker. Das anatomische und physiologische Vcrhalten der cavernôsen Kôrper der Sexualorgane. In Verh. der Wûrzb. Gesellschafl, 1851, et Traité d'histologie humaine, trad. franc.., 1868. — Robix. Observ. sur la constitution du tissu é7-eclile. In Bull, de la Soc. de biol., 1854. — Lagdire. Appareils érectiles. Thèse de Paris, 1850. — Rouget. Du tissu e'rectile. Tlièse de concours, 1856, et Journal de physiologie de Brown-Séquard, 1858, et Des mouvements érectiles. In Arch. de physiol., 1808. — EcKiiARD. Unters. ûber die Erection des Pénis beim Ilunde. In Beitr. zur Anatomie und Physiologie. G\essen, 1802, et Neue Méthode zur Aufsuchung der erigirenden Nerven beim Hunde. In Centralblatt, 1868, et Ueber die Erection der Yôgel. In Beitr. Anat., 1874, et Zur Lehre von dem Bau und der Erection des Pénis. In Beitrag zur Anatomie und Physiologie, 1877. — IIem.e. Nachr. v. d. G. A. Univ. und d. Konigl. Gesellsch. der Wissenschaften zu Gôltingcn, 1803, et Ueber den Mechanismus der Erection. In Zeilschrift fier rat. Med., 1863, et Ilandbuch der systematischen Anatomie des Menschen, 1870, et Handbuchder Gefâsslchre des Menschen, 1876. — Lancer. Ueber das Gefâss des7nânnlichenSchivellorgans. In Sitz. der Aliad- der Wissensch. ^Yien, 1803. — Legros. Anat. et physiol. des tissus érectiles. Thèse de Paris, 1866, et Journal de l'anat., 1868. — Loven. Ueber Erweiterung von Arlerien. In Ber. aus dem physiol. Institut. Leipzig, 1860. — Ercolani. Dei tessuti e degli organi erettili. In Mcm. Acad. se. Bologna, 1868, et anaL par Luciani in Journ. de l'anat., 1869.— Frey. Traité d'histologie. Paris, 1871, el Arch. f. Anat. und Physiol., 1880. — Stein. Hislology and Physiol. oflhe Pénis. In Ne^v-York Med. Journ., 1872. — Bœckel. Art. Érectiles un Diction n. de med. et chir. prat. Paris, 1870. — Jodert. Élude de l'anat. comp. sur les organes du toucher. Thèse de Paris, 1872. — Cruveiliiier (J.). Tj'aité d'anat. Paris, 1850. — Flemming. Ueber Bindesubs. u. Gefàssw. im Schwellgeivebe Musch. In Arch. fur Anat., 1877. — SciiwEiUEn-SEiDEL. ^;iflf. Mittheil. In Virchow's Archiv, Bd. XXXYII, 1866.— Sappey. Traité d'anat. Paris, 1879. — Cadiat (0.). Anat. gén., 1879-1881. — Qlénu. Art. URÈTiiREde ce Dictionnaire, 1886. — lUicott^s. Organes érectiles. Thèse d'agrégation. Paris, 1886.
Pathologie. — Petit (J.-L.). Œuvres posthumes, 1774, t. I, p. 223. Œuvres complètes, éd. Pigné, p. 442. Paris, 1857. — Bell (John). Sia-gica Works, vol. I, p. 459. Edinburgh, 1801. — Alber^ethy (J.). On the Treat. of Species of Nœvi Materni. In Surgical Observ. prat., II, p. 239. Londres, 1806. — Graefe (G.-F. V.). Angiektasie, ein Beitrag z. Bath.,eic- Leipzig, 1808. — Bérard (A.). Mémoire sur le traitement des tumeurs érectiles. In Gazette médic, 1811, p. 689. — Wardro. Some Species of Nœvi Materni. In Med. Chirurg. Transact., vol. IX, p. 206, 1818. — YYaltuer. Ueber Yerhârtung, Skitrhus, harlen und weichen Krebs, Medularsarcoma, Blutschwamm, Telangiectasie und Aneurysma per anastomosin. Landshut, 1814. In Journal der Chirurgie und Augenheilkunde, 1823, t. V, p. 261.
— Fawdington (de Manchester). Cure of Subcutaneous Na'vus by the Selon. In the Lancet, II, 1830. — Macilvvain. On Account of two Cases of Deep Seated Nœvus, etc. In Med. Chir. Transactions, vol. XVIIl, p. 189, 1835. — Tarral. Du traitement des tumeurs érectiles. In Arch. génér. de méd., t. VI, p. 5, 1834. — Lallesiand. Observ. relat. à divers procédés opératoires, etc. In Archives générales de médecine, t. 'VIII, p. 5, 1835. — Padli (de Landau). Ueber das Feuermaal, etc. In Siebold's Journ. f. Geburtshûlfe, Bd. V, i, 66. Leipzig, 1855.
— Béclard (A.). Dicl. en 50 vol., t. XXII, p. 210, 1855. — Breschet (C). Ibid., t. XX, p. 577.
— Dupuytren. Leçons orales de clin, chirurg., t- III, p. 202, 1839. — Gosseli.y. Bulletin de la Soc. anat., 1842, p. 208. — Sigmund (J.). Ueber die Behandlung kleiner Telangiectasien, etc. In OEsterr. med. Wochenschr. VVien, 1842, n» 19, S. 437. — Roux. Tum. fong. saw guincs. In Diclionn. en 50 vol., t. XXIX, p. 822, 1844. — HAWKl^•s (C). Clinical Lecture. In London Med. Gaz., vol. XXXYII, p. 1025, 1846. — Pitha. Pragcr Vierteljahrschr., 1847,
t. I, p. 131. — Yerneuil. Tumeur érectile du scaphoide. In Bull, de la Soc. anat., 1847.
CoRDiER. Mém. sur la possibilité de faire disparaître par le tatouage les nœvi. In Bev. méd. chir., t. IV, 1848. — Bérard, Denonvillers et Gosselix. Compendium de chirurgie pratique. Paris, 1847, t. I, p. 630. — Guersant. Bull, de la Soc. chir., 1848-1851. — Gauthier. Cons. el observ. relatives à l'anat. pathol., à la marche et au traitement destumeurs érectiles cutanées. Thèse de Paris, 1850, n° 93. — Holmes CoOte. On Nœvi Materni, etc. In London Med. Gaz., 2° série, vol. X, p. 412, 1850. — Costilhes. Du nœvus maternus, etc. Paris, 1851, extrait de la Revue médicale. — Birkett. Guy' s Hosp. Reports, 1851, 2° série, t. VII, p. 293. — Gebdy. Chirurgie pratique, t. II, p. 486. Paris, 1852. — Cloquet. Union Médicale, 1852. — Cloquet et Monod. Bulletin de la Soc. de chirurgie, 21 juillet 1852. — RoKiTANSKY. Lelirbuch der pathol. Anatomie. Wien, 1855, t. I, p. 208. — Du même. Ueber die Enlwickelung anderer Maschcnwerke. In Sitzungsber. der math, nalurwiss. Classe der k.
ÉREGTILE (bibliographie). 419
Acad. der Whsensch., mars 1852, t. VIII, p. "14. — Sciill. IJeber die cavernôsen Blutgeschwûlste. In ijeilschrifl der k.k. Geselhchafl der /Erxle %u Wien, 1853, et Uebi-r die nicht umschriebenen cavernôsen Blutgeschivûlsle und ilire Be.handlung . In Wiener nied. Wochenschrift, 1801. — Du même. IJeber die Telangiectasie. In Zeitschrift der k.k. Gesellschaft der JErzlezu Wien, et Pathologie und Thérapie der Pseudoplasmen. Wieii, 1854, p. 155.
— Robin (Ch.). Mém. sur Vanat. des tumeurs éreciiles. In Mém. de la Société de biologie, 1" série, t. V, p. 173, 1853. — Bickehsteeth. Large Sid>sl. Nœvus, etc. In Monlldij Journ. of Ediiiburgh, vol. XVI, p. 513, 1853. — Payet. Erectile or vascular Tumour. In Lect. on Surg. Pathol., vol. II, p. 207. London, 1805. — Deville. Des tumeurs c'rectdes. In Mon. des hôpitaux, p. 650, 1853. — Ladoulbè.ne. Sur le nœvus en général, etc. Tlièse do Paris, 1854.
— WmcHOw. Ueber cavernôse Gcschw, und Tclangiectasien. In Arch. f. pathol. Anatomie, Bd. VI, S. 528 u. 545, 1854. — Weber. Chirurgiscke Erfahrungen. Bonn, 1854. — Esmarch. Ueber cavernôse Blulgescliw. In Ibid., Bd. VI, S. 34 u. 53, 1854, et Virchow's Arch., t. VI, p. 550. — Maier. Virchow's Arch., t. YIII, p. 103. — Dubuueilh. Des tumeurs éreciiles. Thèse de Paris, 1855. — Crui.eilhieh (J.). Allas d'anatomie pathol., livr. XIII, pi. 34; livr. XXX, pi. 5. — Du même. Traité d'anat. path. génér. Paris, 1856, t. III, p. 880 et suiv.
— BiunoTii. Untersuclmngen iiber die Enlwickelung der Blulgefiisse. Berlin, 1850, p. 78 et suiv. — Lebert. Tumeurs ércctilcs. In Traité d'anat. pathol. génér. et spéc, t. I, p. 207. Paris, 1857. — Nélatox. Du traitement des tumeurs érectiles par la vaccination. In Union médicale, 1857, p. 228, et Journal de ?néd. et de chirurgie prat., 1858, l'" série, t. XXIX, p. 22. — Dolbeau. Grenouillette sanguine. In Union médicale, 1857. — Demauquay. Tumeurs de l'orbite, p. 551-355, et de la li>vre inférieure. In France médicale, p. 3C0, 18G1.
— Verneuil. Bull, de la Société analomique, 1847. — Neuhann. Deilrag zur Lclire von der cavernôsen Geschwiillsle. In VircJiow's Archiv, 1861, t. XXI, p. 280, pi. 1 et 2. — Moreau. Traité de pathol. externe de Vidal (de Cassis), 2» édit., 1801, t. II, p. 57. — Folli\. Traité élém. de pathol. exl., t. I, p. 204, 1861. — Forster. On Nœvus. In the Dublin Quarterhj of the Médical Sciences, 1861, n° 71, p. 114. — Michel. Gaz. méd. de Stra.sbourg, 1860, et bull. délia Soc. de chirurgie, 1860-1809 et 1873. — Porta (L.). Dell' angicctania. Milano, 1861. — Appiat (de Genève). Inj. coagidante. In Gaz. hebd., 1801. — Nussbahm. Baierisches ârzlliches hUelUgenzblatt, 1861. — Frericiis. Klin. der Leberkrankheilen, iSùl, t. II, p. 213, pi. 6, fig. 2. — FouciiER. Des tumeurs érectiles de la langue. Thèse de Paris, 1862. — RosER. Traitement des tumeurs sang, par des fils de coton imbibés d'une solution de pcrchlorure de fer. In Bévue de Ihcrap. médico-ckir., p. 433, 1862. — Iîrichteau. Du traitement des tumeurs érectiles par l'emploi topique du perchlorure de fer. In Revue de Ihérap. médico-chirur., p, 424, 1805. — Hanssen. Zeitschrift f. rat. Med., 1803, 3" série, t. XX, p. 155, pi. 7. — Pravaz. Inject. coagulante. In Bull, de la Société de chirurgie, 1863. — RiCHET. Recherches sur les tumeurs sanguines de l'os. In Archives générales de -médecine, 6» série, t. IV, 1864. — ^VED[,. Eod. lac., p. 28. — Bôttciier (de Dorpat). Umwandlung cavernoser GeschwUlsle der Leber zu festem narbigen Knolen. In Virchow's Archiv, 1864, t. XXVllI. p. 4'21. — Weber. Ueber die Betheiligung der Ge fasse, besonders der Capillaren, an den Neubildungen. In Virchow's Archiv, 1804, t. XXIX, p. 84, pi. 1, fjg. 0 à 10. — CiiAiGNEAu. Des tu7neurs érectiles. Thèse de Strasbourg, 1867. — Virciiow. Die krankhaften Geschwutsle, Bd. III, S. 507 (Angiome : 25" leçon). Berlin, 1867. — "Waruex. Tumeur erectile cirsoïde. la Schniidt' s Jahrb. der gesam?nten Med., 1868. — Rizzoli. Collezione deW memorie chirurgiche. Bologna, 1869. — Stuenson. Danger des inject. au perchlorure de fer dans les tumeurs éreciiles. In Union médicale, 1869. — Maisonseuve. Inject. coagulante. In Clin, chirurgicale, 1869. — Broca. Tumeurs érectiles. In Traité des tumeurs, t. U, p. 160,
1869. — Beutreaud. Gaz. hebd., 1869. — Lûcke. Die Angiome. In Handbuch der allgem. u. speciellen Chirurgie von Pitha undBillroth, Bd. II. Erlang, 1869. — Bœckel. Art. TmiEuns érectiles. In Nouveau Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, t. XXII, p. 735,
1870. — Dumbravesu. Recherches sur les tumeurs érectiles. Thèse de Paris, 1870. — Paget et Moore. Erectile Tuniours. In Holmes System of Surgery, 1" édit., vol. I, p. 541. London, 1870. — Sangali.i. Storia anatoni. dei tumori, t. II, p. 527. pi. 4, lig, 4. — Rindeleiscii. Uist. pathol., trad. franc. Paris, 1873. — Moxod. Étude sur l'angiome simple sous-cutané circonscrit etc. Thèse de Paris. 1873. — Pignerol, De l'ablation des tumeurs éreciiles par l'anse galvano-causlique. Thèse de Paris, 1874. — Dupont (R.). Du traitement des tumeurs érectiles. Thèse de Paris, 1874. — Rigaud (A.). Traitement des tumeurs e'rectiles par les injections de perchlorure de fer. Tlièse de Paris, 1876. — Le Fort (L.). Ann. des maladies du larynx, 1876. —Terrier (in Jamain). Path. externe. Paris, 1875. — Duchemi.v. Contrib, à l'élude des transform. des angiomes. Thèse de Paris, 1880. — Cornil et Ranvier. Histol. pathologique, 2' édit. Paris, 1882. — Arragon. Angiomes des muqueuses. Thèse de Paris, 1883. — ^Yeinleciiner. Wiener med. Bliitler, 1884. — Podlet et Bocsqueï, Pathol. externe. Paris, 1886. — Reclus (F.). Pathol. externe. Paris, 1886. — Billuotu et Winiwarter. Path. et Ihérap. chirurgie, gén. Paris, 1887, D.
ÉRECTlo:^. DÉFINITION. L'érection est un phénomène sympathique qui résulte de la distension par un brusque afflux sanguin des aréoles des organes érectiles.
Cette définition exclut du phénomène de l'érection la congestion passive ou active, la congestion des plexus veineux utéro-ovariens pendant la période menstruelle, la congestion splénique. Sans doute personne ne voudra placer dans le même ordre la congestion de la face après la section du sympathique au cou et l'érection des corps caverneux pendant le coït, et ne soutiendra pas davantage que la congestion cataméniale, liée à l'ovulation, soit du même ordre que l'érection du pénis. Les phénomènes initiaux de la congestion cataméniale, avoue lui-même Ch. Rouget, sont bien une véritable hyperémie, mais bientôt, dit-il, intervient un autre phénomène qui fait de cette hyperémie primitive une véritable érection : embrassant dans les mailles de leurs faisceaux contractés les cros troncs veineux, les muscles utéro-ovariens et ovario-tubaires rcliennent le sang qu s'accumule dans les plexus érectiles (plexus veineux utéro-ovariens).
Mais la congestion cataméniale a-t-elle bien les caractères de l'érection? Non. La congestion menstruelle s'étahlit lentement et disparaît avec lenteur. Est-ce ainsi que s'opère rércrlion du pénis, par exemple? Nullement. L'un des caractères capitaux de l'érection, et notre définition le dit, est de survenir brusquement, de durer peu, et de disparaître avec rapidité. D'un côté, un afflux brusque et énorme de sang artériel, dans des espaces habituellement vides, distension d'une cavité labyrinthique élastique qui réagit vigoureusement, et conséquerament la turgescence, le durcissement, en un mot, l'érection ; de l'autre afflux sanguin, il est vrai, mais afflux plus lent, dans des plexus veineux ordinairement gorgés de sang qui se laissent dilater sans grande opposition et sans réaction élastique. Sans doute, il y a de part et d'autre des muscles lisses qui n'ont peut-être pas un rôle sans analogie, mais qui dit érection dit lutte entre un liquide qui arrive sous pression et des cavités qui réagissent sur ce liquide par leur élasticité de façon à amener le durcissement, phénomène analogue à celui qu'on observe quand on gonfle un tube de caoutchouc par un jet d'eau poussé avec vigueur.
La congestion cataméniale n'est donc pas une érection vraie au sens strict du mot.
Ercolani a senti le défaut de la méthode et a essayé d'y remédier en distinguant des organes érectiles purement vasculaires des organes érectiles purement musculaires et enfin des organes érectiles musculo- vasculaires. Mais dans les premiers il n'y a que de la turgescence, et nous nous refusons à voir le phénomène de l'érection dans une contraction musculaire. L'érection a besoin pour se produire d'un organe érectile : là donc où il n'y a pas d'organe érectile il ne saurait y avoir érection. Or nous avons démontré [voy. Éhectile [Atiatomie]) que le tissu érectile a sa caractéristique propre et qu'il est sans analogue dans l'économie. L'érection chez l'homme se réduit donc à celle qui a pour siège les organes génitaux externes ou organes copulateurs.
MÉCA^'ISJIE DK l'érection. Lorsque le pénis entre en érection, sous l'influence d'une excitation quelconque, on le voit peu à peu augmenter de volume et prendre, en même temps qu'il se gonfle, une position nouvelle, absolument comme l'anse intestinale qu'un courant d'eau énergique distend. De flasque et pendant il devient dur et vertical, et trois à quatre fois plus volumineux qu'il ne l'était avant le phénomène. Au toucher, les corps caverneux sont durs, mais
à la fois rénitents et élastiques; ils donnent au doigt la sensation d'un ballon de caoutchouc fortement tendu par un liquide quelconque. Le corps spongieux et le gland sont toutefois moins bande's et restent toujours plus mous et déprcssibles. Ceci prouve que le tissu érectile est moins parfait dans ces organes qu'il ne l'est dans les corps caverneux.
Il est facile de s'assurer chez les animaux qu'au moment de l'eVection le pénis est gorgé de sang. De Graaf (1685) l'avait déjà justement remarqué. Une plaie faite aux corps caverneux dans ces conditions donne lieu à un jet de sang rouge. C'est qu'en effet c'est du sang artériel qui est arrive en abondance dans ces corps pour les durcir. L'augmentation de la chaleur du pénis pendant l'érection le prouve surabondamment. Enfm la facilité avec laquelle on reproduit le phénomène de l'érection sur le cadavre par l'injection des corps caverneux prouve amplement que le gonflement de la verge est le fait de l'afflux d'une grande quantité de sang.
Mais par quel mécanisme ce liquide, qui traverse ordinairement ces organes sans les gonfler et les distendre, s'y accumule-t-il d'autres fois en grande quantité? Ce qui est incontestable, c'est que pendant l'érection les mailles du tissu caverneux sont gorgées de sang. Or l'afflux de ce sang, cause de rércclion, peut tenir à deux causes : ou bien à un afflux plus considérable, momentanément exagéré, par les artères; ou bien à un obstacle à l'écoulement du sang veineux. Jadis on invoquait plus particulièrement l'obstacle au retour du sang veineux; depuis la célèbre expérieftce de Cl, Bernard sur la section du sympathique au cou, on s'adresse plus volontiers à l'afflux exagéré du sang artériel. Voyons ces deux hypothèses.
Théorie de l'érection par rétention du sang. Cette théorie est celle des anciens physiologistes. C'est en effet la plus simple à concevoir, et un phénomène journalier lui donne une certaine vraisemblance : c'est la compression des plexus veineux de Santorini par la vessie remplie d'urine, phénomène qui survient ordinairement le matin avant le lever et provoque l'érection jusqu'au moment où l'urinalion vient la faire tomber.
De Graaf (1685) attribuait cette rétention à la compression des veines émergentes par la contraction des muscles ischio et bulbo-caverneux. C'était aussi l'opinion de Santorini.
En 1830, Houston {Dublin liosp. Rep., 1850) découvre le muscle qui porte aujourd'hui son nom, et le nom qu'il lui donne, muscle compresseur de la veine dorsale du pénis, indique tout de suite le rôle qu'il lui attribue.
Sticglïlz {Path. Unters. Hannover, 1832) nie l'afflux exagéré du sang artériel dans l'érection et attribue aussi ce phénomène à la compression des veines à la racine de la verge par les muscles de Houston.
Krause {Arch. f. Anat. u. PhysioL, 1857) et Gunther {Unters. u. Erfahr. im Gebiete der Anat., Hannover, 1858) accordent ce rôle de compresseurs aux contractions spasmodiques des muscles ischio et bulbo-caverneux, qui aplatiraient la racine des corps caverneux contre l'arcade pubienne, d'où le rétrécissement des veines profondes et l'aplatissement de la veine dorsale par tension du fascia pénis qui recouvre cette veine.
A l'action des ischio et bulbo-caverneux Henle [Ueher den Uechanismns der Erect. [Zeitschr. f. rat. Med., 1865) a ajouté celle du muscle transverse profond du périnée, mais avec cette restriction, c'est que les muscles ischio et bulbo-caverneux n'agiraient qu'à la fin de l'érection. Mercier, lui {Gaz. méd.,
1850), ajoute à celle des muscles pre'cédents l'action du releveur de l'anus et du muscle pubio-prostatique, pour expliquer la stase sanguine dans les plexus de Santorini et péri-prostatiques.
Pour Kobelt, les muscles de Houston compriment en effet la veine dorsale de la verge qui passe sous leurs tendons re'unis en arcade sur le dos de la verge, et en même temps le bulbo-caverneux embrasse à la manière d'un sphincter les veines bulbeuses et repousse en avant le sang accumulé dans le bulbe pour gonfler le corps spongieux de l'urèthre et le gland.
Cette théorie, qu'on n'a jamais démontrée, basée sur l'action des muscles striés, n'est plus guère admise de nos jours. On sait en effet que le propre de ces muscles est d'avoir une contraction bi usque, énergique, mais peu soutenue, pas assez sûrement pour maintenir une érection un peu longue. D'autre part, l'anatomie démontre que certaines anastomoses des veines génitales échappent à la conslriction des muscles rouges. 0. Cadiat a démontré ce fait pour les veines qui traversent le muscle transverse profond du périnée, auquel on a fait jouer un grand rôle dans le phénomène {Journ. de Vanat., 1877). D'autre part, pendant l'évolution de l'érection, on n'observe aucune contraction tonique, ni du bulbo ni de l'ischio-cavcrneux (Kobelt), et l'artère dorsale de la verge bat avec plus de vigueur (llaussmann, Schiff), ce qui n'est pas précisément en faveur de l'arrêt de la circulation par rétention. Tout ce que l'on peut accorder aux muscles du périnée, c'est qu'ils interviennent pour compléter l'érection, et Kobelt l'a démontré expérimentalement en excitant le bulbo-caverneux chez le chien.
Les muscles striés une fois mis hors de cause, on a songé aux muscles à fibres lisses qui entrent dans la texture des organes érectiles, et dont la contraction plus lente et comme vermiculaire peut être beaucoup plus longtemps soutenue. C'est ainsi que Sappey considère le muscle péripénien comme le muscle de l'érection. Ce muscle, placé sous la peau de la verge, comprimerait toutes les veines émergentes pendant sa contraction. Mais, si l'érection ne peut s'expliquer par une compression veineuse déterminée par l'entrée en action des muscles extrinsèques, ne peut-elle pas avoir lieu par suite de la contraction dos muscles lisses intrinsèques, muscles qui, comme on lésait, entrent dans la charpente du tissu ércctile?
P. Bérard a supposé que la contraction des trabécules ferme les orifices des veines émergentes {Traité de physioL, 1848), et Herberg {De eredione pénis, 1844) a prétendu que les muscles lisses, surtout abondants à la racine de la verge, rétrécissent les sinus superficiels et élargissent, au contraire, le calibre des artères bulbeuses et caverneuses. Ces assertions attendent encore leur démonstration.
Mais, si l'action musculaire ne peut rendre compte du mécanisme de la rétention du sang veineux, ne peut-il se faire que les enveloppes inextensibles des organes érectiles du pénis aient ce rôle? L'albuginée (enveloppe générale) des corps caverneux ne serait-elle pas l'agent de cette rétention ? Mais par quel mécanisme?
Kobelt. après avoir en vain cherché l'obstacle qui arrêterait le sang veineux dans les organes érectiles du pénis, et déclaré que nulle part les veines caverneuses n'ont leur cours interrompu, ajoute : « Une expérience me fait présumer qu'un obstacle à la sortie du sang hors des corps caverneux doit déjà se trouver établi dans l'intérieur même de ces corps. Si en effet l'on injecte le corps spon-
gieux de l'urèthre en piquant le bulbe, la masse à injection pénètre facilement et toujours dans toutes les veines émergentes ; cette expérience pratiquée sur les corps caverneux de la verge ne réussit pas. » Et Kobelt 'attribue ce dernier résultat à l'existence de petits « voiles membraneux » situés sur la face interne de la gaine fibreuse des corps caverneux qui ferment, comme le feraient de petites valvules, les orifices internes des veines émissaires.
On peut facilement répéter l'expérience de Kobelt et insuffler même les corps caverneux sans que l'air passe par les veines émergentes. Mais, pour que l'opération réussisse bien, il faut pousser l'injection dans les corps caverneux avec une canule assez large et assez brusquement, sinon la matière à injection passe .par les veines émissaires et se rend dans les plexus veineux pelviens, et entre également dans le corps spongieux de l'urèthe. On peut ainsi injecter les corps caverneux en rouge, et ensuite le corps spongieux et le gland en bleu, bien que ces deux appareils communiquent par des veines nombreuses.
Il y a donc un obstacle à l'embouchure des veines émissaires qui empêche le passage de la matière à injection des aréoles des corps caverneux dans lesdiles veines. Quel est cet obstacle? Sont-cc les « voiles membraneux » de Kobelt? Nous préférons adopter l'hypothèse plus rationnelle de Boeckel (art. Erkctile du Dict. de méd. et de chir. pratiques, p. 726. Paris, 1870), car les valvules de Kobelt n'ont jamais été vues, à savoir, qu'il existe dans les corps caverneux un mécanisme autoclave qui ferme les veines efférentes au moment d'un afilux subit de liquide, et que ce mécanisme est indépendant de toute action musculaire ou contractile quelconque, puisqu'on le reproduit sur le cadavre. Les choses se passeraient ici comme elles ont lieu dans la vessie par rapport aux uretères. Pourquoi l'urine ne reflue-t-elle pas de la vessie dans l'uretère, alors que ce conduit à son abouchement dans la vessie n'a ni valvule ni sphincter? Uniquement parce que les uretères pénètrent très-obliquement dans la vessie en se frayant un chemin de même ordre dans ses parois. La réplétion de la vessie applique l'une contre l'autre les lèvres de l'uretère intra-pariétal, et plus la pression est forte dans la vessie, plus la fermeture des uretères devient parfaite. C'est par un mécanisme analogue que le sang brusquement poussé dans les corps caverneux ne peut filer par les veines émergentes. En effet, les veines caverneuses traversent très-obliquement la tunique albuginée. Lorsque le sang se précipite dans les espaces caverneux, cet appareil valvulaire d'un nouveau genre ferme en partie les embouchures des veines émissaires et empêche la fuite du sang. Une pareille disposition ne serait pas absolument indispensable au reste. L'invariabilité de grandeur seule des trous de l'albuginée par lesquels passent les veines émissaires, disposition qui empêche toute dilatation veineuse, combinée à un afilux énergique de sang artériel, suffirait à expliquer une certaine turgescence des organes érectiles du pénis.
Une pareille disposition n'existe pas pour le corps spongieux : aussi l'érection des corps caverneux et celle du corps spongieux ne sont-elles pas identiques. Alors que la première est rapide et considérable, d'un seul jet pour ainsi dire, la seconde n'est complète qu'à la fin de l'érection, et encore jamais n'acquiertelle l'intensité de la première, ainsi que nous l'avons mentionné plus haut. Aussi, tandis que les corps caverneux ne sont alimentés .que par deux artères, le corps spongieux de l'urèthre en reçoit six : les dorsales de la verge, les bulbeuses et les bulbo-uréthrales. Par contre, si les veines dorsales et bulbeuses
n'ont pas cette disposition autoclave décrite plus haut, elles sont comprimées à chaque contraction du muscle bulho-cavcrneux qui chasse le sang du bulbe vers le gland, suivant le mécanisme indiqué par Kobelt.
Journellement il peut se faire que l'érection reste bornée aux corps caverneux : ce sont les érections incomplètes, et de ce nombre sont aussi les érections pathologiques (par suite de calcul, etc.), et celles qui surviennent par réplélion de la vessie, du rectum. Ces érections sont pénibles. L'érection du corps spongieux au contraire, c'est l'érection confirmée, l'érection de la fin, celle qui amène la sensation voluptueuse et qui atteint son acmé au moment de l'éjaculation. A ce moment, l'érection réagit sur le canal de l'urèthrc et le maintient béant, non pas complètement comme un tube ouvert, du méat au verumontanuni (Kobelt), mais bien comme un tube plus ou moins libre, du méat au bulbe, ansi que le dit Bœckel, et ainsi qu'on peut l'observer après une injection bien réussie des corps caverneux et spongieux.
De l'exposé précédent il résulte que, si la rétention du sang veineux ne constitue pas tout le phénomène de l'érection, elle y prend cependant une certaine part. Ce n'est cependant pas là le principal facteur de ce phénomène.
Théorie de V érection par dilatation artérielle. Le mécanisme vrai de l'érection est un phénomène réflexe essentiellement artériel. Les nerfs érecteurs agissent sur les artères des organes caverneux de la verge comme la corde du tympan agit sur les vaisseaux de la glande sous-maxillaire. Mais n'empiétons pas sur les faits et suivons rapidement l'histoire de la science à ce sujet.
De Graaf avança le premier que l'érection est le fait d'un afflux considérable de sang, et il le démontra en faisant voir qu'une injection d'eau pratiquée par les artères gonfle la verge. Haller alla plus loin, en avançant que l'érection se produit sous l'action du système nerveux.
Il appartenait à Eckhard de démontrer cette action {Beitr. zur Aiiat. u. Physlol. Giessen, 1862).
Si l'on excite, chez un chien curarisc, par exemple, le bout périphérique des nerfs sacrés avec un courant interrompu, on voit au bout de quelque mstants la circulation devenir plus active dans le pénis, les veines latérales se dilatent et le sang qu'elles renferment est plus rouge; une ponction le fait jaillir alors qu'il bave en d'autres temps ou si l'on interrompt le courant. Peu à peu l'afflux sanguin augmente et la verge se gonfle. Ce gonflement est plus considérable, si l'on a préalablement lié les veines efférentes.
Loven {Berichte u. Uebers. d. Verhand. Leipzig, 1866) est arrivé aux mêmes résultats, mais de plus il est parvenu à prendre la pression du sang dans les veines dorsales en introduisant un manomètre dans l'une d'elles ou dans l'urèthre lié à ses deux bouts et scarifié, et à montrer que la pression sanguine était considérablement accrue pendant l'excitation des nerfs érecteurs (dans un cas cet accroissement atteignit les 6/10^^ de la pression carotidienne). D'où Lovén conclut qu'elle suffit à produire l'érection.
Plus récemment, Nikolsky {Arch. f. Anat. u. Path., 1879, p. 209 et 221) a repris les expériences d'Eckhard et Lovén. Il est arrivé aux mêmes résultats, mais il a mieux spécifié la topographie des nerfs érecteurs. Ces nerfs existent aussi chez les oies et les canards et leur excitation produit la turgescence du pénis imperforé de ces oiseaux.
V. Basch et Hoffmann {Strickers med. Jahrb. Wien, 1877) ont montré qu'il existait chez la femelle des nerfs analogues dont l'excitation détermine la
turgescence des vaisseaux du vagin, le retrait et la dilatation du museau de tanche.
L'érection résulte donc d'un afflux de sang artériel. Récemment, Lannegràce {Gaz des se. méd. de Montpellier, 1882) en donnait encore une preuve indirecte. 11 excite les nerfs érecteurs sur un chien et détermine l'érection ; puis prenant du sang qui coule de la veine dorsale du pénis, il en fait l'analyse des gaz. Or, dans ces conditions, Lannegràce a trouvé dans ce sang plus d'oxygène que dans le sang veineux ordinaire. D'où il conclut qu'il s'écoule à ce moment dans l'organe plus de sang artériel, 15 fois davantage en un même temps suivant Lovén, phénomène vasculaire comparable à celui qui se passe dans les glandes en sécrétion (en fonction). De ces faits il résulte avec évidence que c'est bien l'afflux du sang artériel qui détermine l'érection du pénis, l'organe essentiellement érectile.
Mais les choses se passent de même dans les autres organes érectilcs. Ch. Legros, après avoir extirpé le ganglion cervical supérieur du grand sympathique sur le coq et le dindon, vit les appareils érectilcs de ces oiseaux pfdir et perdre leur ércctilité, même pendant les plus fortes excitations (1865). Schiff antérieurement (1862) avait signalé de son côté l'érectilité des appendices du dindon sous l'influence de l'excitation des nerfs cervicaux qui se rendent à ces organes, et la perte de celte éreclilité après la section complète de ces nerfs. La section unilatérale est plus particulièrement curieuse, car alors que la moitié droite, par exemple, de la crête du dindon, reste susceptible d'entrer en érection, la moitié gauche a complètement perdu cette propriété, si c'est de ce côté qu'a porté la section nerveuse. Schiff conclut que « dans les lobes privés de leurs nerfs les vaisseaux ont perdu la faculté de se dilater ».
Il est donc hors de doute que l'érection est corollaire d'un afflux sanguin considérable amené par une dilatation des artères par suite d'une action vasomotrice. Mais, et c'est là que commence la discussion, cette vaso-diiatation est-elle un phénomène actif ou un phénomène passif?
On a pu supposer, pour expliquer l'érection qui survient sous l'influence de l'excitation des nerfs dits érecteurs, qu'elle est le fait du resserrement des veines efférentes. Une expérience très-concluante d'Eckhard renverse cette hypothèse. Elle consiste à lier les veines qui sortent des corps caverneux. Or, dans ces conditions, l'érection ne se produit pas; ce qui devrait survenir, si l'hypothèse était fondée. Ch. Robin et après lui Kolliker appliquèrent la théorie de la paralysie vasculaire (congestion passive de l'oreille, de la face), démontrée par la célèbre expérience de Cl. Bernard sur la section du sympathique cervical. L'érection n'était plus qu'une paralysie vasculaire, une congestion passive. Mais une expérience très-simple, analogue à celles de Legros et de Schiff que nous avons rappelées plus haut, réduit aussi à néant cette opinion ; sectionnez " les nerfs du pénis, et vous verrez bien survenir de la turgescence passive, mais l'érection (dureté, etc.) n'est en aucune façon obtenue. Cette expérience, Gunther la réalisa sur le cheval, Legros sur le chien. 11 est vrai qu'alors les muscles lisses sont également paralysés.
La théorie de Kolliker basée sur une paralysie des trabécules est également facile à réfuter. En effet, si l'on sectionne le pénis et qu'on ouvre ainsi les aréoles du tissu érectile, puis qu'on excite les nerfs érecteurs, le sang n'en jaillit pas moins à flot pendant l'excitation (Eckhard). Mais, loin que les cloisons musculaires trabéculaires soient paralysées pendant l'érection, leur contraction
devient nécessaire pour qu'il y ait érection confirmée (Rouget, Ercolani). La paralysie des trabécules ne saurait donc expliquer l'érection.
Il ne reste donc qu'une théorie possible, la vaso-dilatation active; l'existence des nerfs de ce genre n'est plus à démonlrer et l'expérience célèbre sur la corde du tympan suffit à elle seule de démonstration. Nous n'avons pas à entrer dans la discussion de l'existence des nerfs vaso-dilatateurs et nous renvoyons à ce sujet le lecteur à l'article Yaso-motecrs. Disons seulement qu'on s'entend généralement aujourd'hui pour accorder à cette action des nerfs vasodilatateurs la valeur d'une action d'arrêt (action suspensive ou d'interférence), action inhibitoire, s'exerçant passagèrement sur l'action permanente des nerfs vaso-constricteurs, par l'intermédiaire de petits centres ganglionnaires situés sur le trajet do ces nerfs. Ces ganglions existent sur les nerfs érecteurs. Lovén les a démontrés sur la partie postérieure de la portion membraneuse du corps spongieux de l'urèthre, sur la partie supérieure du bulbe et de chaque côté de ce corps, à l'origine de l'artère profonde de la verge. Legros, comme Eckhard, obtint l'érection en excitant les nerfs érecteurs, 11 arriva à ce résultat en enserrant modérément dans une ligature le nerf dorsal de la verge, et conclut que l'érection est due à un « mouvement péristaltique des artères caverneuses » amenant un afflux de sang considérable.
Luciani admit également cette dilatation artérielle active. En somme, c'est l'accumulation ;i forte pression (la même que dans le système artériel, 15 centimètres de mercure suivant Béclard) du sang dans les mailles du tissu caverneux des organes érectiles qui produit l'érection. Cette accumulation du sang se fait : 1" par dilatation vasculaire (paralytique pour les uns, active pour le plus grand nombre) des petites artères afférentes; 2° par obstacle à la sortie du sang veineux, obstacle né en partie de l'action musculaire (action du muscle péripénien, des muscles de Houston, effacement des veines dans les cloisons du tissu caverneux pendant leurs contractions), en partie de la perte d'équilibre entre l'apport et le retour du sang.
En résumé, la dilatation artérielle active unie à une certaine rétention du sang veineux dans les mailles des corps caverneux, tel est le mécanisme essentiel de l'érection. 11 ne suffit cependant pas à lui seul pour amener l'érection confirmée. En effet, si les deux conditions précédentes suffisent à amener la dilatation et la turgescence du pénis, cette hyperémie n'aurait jamais les caractères de l'érection, si des actions musculaires n'intervenaient alors. Ces actions consistent en des contractions rhythmiques des muscles bulbo-caverneux qui refoulent le sang du bulbe vers les parties antérieures de l'appareil érectile, et en dos contractions des muscles lisses qui occupent l'épaisseur des trabécules. Lorsque le sang jaillit dans le tissu caverneux par les artères béantes, comme l'enveloppe générale des corps caverneux et spongieux de l'urèthre est à peu près inextensible, la masse liquide incompressible, renfermée dans les mailles de l'appareil, forme une masse dure et résistante. La contraction des trabécules pressant les parois des cavernules sur le sang qui y est contenu (liquide incompressible) tend encore à augmenter la rigidité. En un mot, si c'est à l'afflux du liquide sanguin que le pénis doit son volume et sa turgescence, c'est en grande partie à la contraction musculaire qu'il doit sa rigidité.
Centre merveux de l'érection et nerfs érecteurs. On connaît un certam nombre d'observations de lésions traumatiques de la moelle cervicale, suivies de paraplégie et d'érections presque continues. Ce priapisme, si curieux,
disparaît à mesure que la paralysie se dissipe. Il semble donc favorable à la théorie de Cb. Robin et Kôlliker sur la paralysie vasculaire, cause de l'érection,
Le centre nerveux de rérection se trouve dans la moelle lombaire (Goltz). L'excitation de ce centre se transmet au tissu érectile du pénis par les nerfs érecteurs démontrés par Eckbard et Lovén. L'existence de ces nerfs est indiscutable, nous l'avons démontré plus haut : mais quel trajet suivent-ils?
D'après Eckhard, les nerfs érecteurs sont constitués àl'origmepar un ou deux petits lilets qui émergent des premier et deuxième nerfs sacrés dans la partie adhérente au plexus ischiatique. Ils se dirigent de chaque côté de la vessie et de la prostate, et se jettent dans le plexus hypogastrique. De ce plexus les nerfs érecteurs se dirigent vers les corps caverneux et spongieux de l'urcthre en suivant les branches vésicales et prostatiques des artères hypogastriqucs (Eckhard). Ces nerfs se réunissent aux rameaux caverneux et spongieux du nerf honteux interne, au niveau de la face inférieure de la portion membraneuse de l'urètbre et au niveau du bulbe (Lovén). Suivant Nikolsky toutefois, un seul des deux nerfs admis par Eckhard chez le chien, le postérieur (celui qui vient de la 2'^ paire sacrée), serait érecteur ; l'antérieur ne semble que rétrécir les vaisseaux. Nikolsky fait ses expériences en introduisant une canule dans une veine émergente, excite les nerfs dits érecteurs, et observe l'effet produit. L'atropine paralyse ce nerf (diminution dans l'écoulement du sang par la canule), la muscarine l'excite ainsi que l'asphyxie (accroissement dans l'écoulement du sang). Ce n'est donc pas sans raison que Nikolsky a comparé l'action de ce nerf à celle du pneumogastrique sur le cœur. Tous deux relâchent les fibres musculaires, l'un les muscles du cœur, l'autre les muscles vasculaires (nerf vaso-dilatateur).
Dernièrement, Rémy [Journ. de Vanat., 1886), en sectionnant les nerfs éjaculateurs chez le cobaye, a rendu l'éjaculation impossible. Comme l'érection, l'éjaculation est sous la dépendance du système nerveux.
Chez la femme et les femelles des animaux, l'érection a beaucoup moins d'importaRce que chez l'homme, mais elle n'en existe pas moins chez elles au moment du coït ou du rut dans le clitoris et le bulbe du vagin.
Alors que chez l'homme l'érection est une condition indispensable à l'exercice des fonctions génitales, en dehors des sensations voluptueuses qui l'accompagnent, chez la femme, ces appareils sont exclusivement disposés pour un but de volupté, et la copulation, voire même la fécondation, peuvent s'accomplir sans qu'ils y prennent aucune part.
L'érection chez la femme est également bien moins accusée que chez l'homme. Toutefois elle amène le clitoris vers l'axe de la vulve, de façon qu'il soit soumis aux frottements du pénis, et le bulbe du vagin, en se gonflant, rétrécit l'entrée du vagin, augmentant ainsi les frottements et les sensations voluptueuses chez le mâle. Le muscle constricteur du vagin, homologue du bulbo-caverneux de l'homme, comme le bulbe du vagin l'est du bulbe de l'urèthre, remplit ici comme chez le mâle le rôle de propulseur et de compresseur; il refoule le sang de ces organes vers le clitoris et en complète et achève l'érection.
Nature de l'érection. Nous connaissons le mécanisme de l'érection et nous savons quels sont les nerfs qui la produisent. Il nous reste maintenant à nous demander sous quelles influences, à l'état normal, se produit l'action nerveuse qui donne lieu à l'érection.
L'érection est à juste titre considérée comme une action réflexe. Des excita-
lions périphériques variées peuvent la faire naître, mais nous verrons aussi que l'état psychique peut l'engendrer. Nous avons donc à examiner : 1" les voies centripètes ou sensitives du réflexe (nous connaissons les voies centrifuges ou nervi erigentes) ; 2" les centres de réflexion.
ISerfs sensitifs. La voie centripète de l'impression qui amène l'érection est le nerf honteux. Si l'on frotte doucement la peau qui recouvre le pénis, on voit toujours survenir l'érection (Eclvhard). Celle-ci est donc un phénomène réflexe, et le nerf honteux commun, dont les ramifications se perdent dans les régions cutanées de la verge, est le nerf sensilif indispensable à la production du phénomène érectile (Eckhard, Vulpian). C'est là le mécanisme de l'érection par excitation mécanique du gland,
'2° Influences centrales. Le centre réflexe qui amène l'érection peut être placé dans la moelle épinière ou dans l'encéphale.
A. Rôle de la moelle. Budge avait établi lexislence, chez le lapin, au niveau de la 4° vertèbre lombaire, d'une région dont l'excitation déterminait des mouvements dans le rectum, dans la vessie et dans les uretères, et chez la femelle des contractions dans l'utérus.
GoUz et Frcusberg, partant de ce lait, coupent la moelle à un chien au niveau de la première vertèbre lombaire, puis chatouillent le pénis : l'érection continue à se produire. Détruisent-ils la moelle lombaire, elle devient au contraire impossible. Il s'ensuit que la réflexion des excitations sensitives qui provoquent l'érection peut avoir lieu dans la moelle. Ainsi fut établie l'existence du centre médullaire, dit génito-spinal, qui préside aux actions nerveuses motrices qui amènent l'érection.
L'activité de ce centre médullaire est soumise aux mêmes influences que le sont les autres centres dans la moelle. Les centres nerveux supérieurs modèrent cette activité d'où l'érection est-elle plus facile chez les animaux qui ont la moelle coupée, ou, ce qui revient au même, pendant l'engourdissement du cerveau (sommeil). L'excitation des extrémités centrales des nerfs sensitifs suspend l'activité du centre génito-spinal, comme cela a lieu pour les autres centres, comme nous le savons depuis les recherches de Setschenow. — En excitant le nerf ischiatique, la peau de l'anus ou du testicule, après qu'on a déterminé l'érection chez un chien, on voit cette érection disparaître et se fondre (Goltz). Ce sont là des phénomènes inhibitoires à ajouter à beaucoup d'autres.
B. Rôle du cerveau. Dans l'état ordinaire, le principal rôle est dévolu au cerveau dans le phénomène de l'érection. Ce n'est pas à dire que le cerveau soit le grand centre érecteur, mais c'est de lui que partent la plupart des incitations (pensée, souvenir, associations d'idées, etc.,) qui, arrivées dans la moelle lombaire, donnent bien à l'action nerveuse qui aboutit au phénomène de l'érection. C'est là une excitation réflexe de nature psychique qu'il est facile d'observer sur l'homme aussi bien que chez la femme, un type de ces réflexes psychiques dont Ch. Richet a fait une bonne étude dans ces derniers temps (Ch. Richet, l'Homme et V intelligence . Paris, 1884). Et celte influence psychique ne se manifeste pas seulement dans l'espèce humaine, car on sait que sous l'influence de la jalousie ou de la colère (émotion) la crête du coq ou les appendices du dindon se gonflent, s'érigent, deviennent rouges et écarlates. — D'autre part, un grand nombre d'excitations sensorielles (vue, odeur, toucher, etc.) amènent l'érection des organes génitaux externes.
Eckhard ayant vu l'excitation électrique de la protubérance, des pédoncules
cérébraux, du cervelet, etc., produire l'érection, en avait conclu que le centre de l'éreclion est placé dans l'encéphale. Mais d'un côté l'expérience de Goltz détruit cette opinion, et d'un autre côté nous savons aujourd'hui que l'excitation de l'écorce du cerveau détermine des réactions motrices variées, sans qu'on soit en droit de faire jouer à ces parties le rôle de centres psychomoteurs. L'excitation de divers points de l'écorce cérébrale produit de la sudation (Âdamkicwicz), de la salivation (Bochefontaine, Lépine), etc. ; dira-t-on pour cela que ces points sont des centres sudoraux ou salivai res? Il est plus vraisemblable que l'écorce cérébrale est une surface sensible dont l'excitation peut produire des réactions motrices variées, ou bien que l'excitation la traverse, en quelque sorte par diffusion, pour aller influencer les centres moteurs. L'érection qui survient à la suite de l'excifalion des divers points du cerveau est très probablement une réaction de ce genre.
Si le contact de la femme, le souvenir, les lectures erotiques, la continence, etc., peuvent produire l'érection, nous savons que les émotions vives peuvent aussi, par contre, y apporter un obstacle momentanément insurmontable. Aloi's cet acte d'origine nerveuse qui se produit par acte réflexe est connue frappé d'inhibition.
L'étude de divers phénomènes pathologiques, des aberrations sexuelles entre autres, dégage plus nettement encore peut-être l'influence des diverses parties des centres nerveux sur la mise en activité du centre réflexe médullaire. Nicolas (thèse citée, p. 465) cite avec juste raison à ce sujet la récente classification de Magnan {Des anomalies, des aberrations et des perversions sexuelles. In Bull, de VAcad. de méd., 1885) sur les perversions de l'instinct sexuel. Magnan, parmi les sujets frappés de ces perversions, distingue d'abord les spinaux : ce sont ceux qui en sont réduits au réflexe lombaire (centre génitospinal) pur et simple, idiots qui se livrent incessamment à l'onanisme. Dans uu deuxième groupe il place les spinaux cérébraux postérieurs, chez lesquels le réflexe part du cerveau postérieur et aboutit à la moelle. « La vue de l'image d'un sujet de sexe différent, quelles que soient ses qualités, qu'il soit beau ou laid, jeune ou vieux, » provoque l'érection, puis l'orgasme vénérien. C'est l'acte insliuclif absolument brutal. Dans un troisième groupe rentrent les spinaux cérébrale c antérieurs, chez lesquels c'est une influence psychique analogue à celle de l'état normal qui agit sur le centre réflexe (phénomène émotif, souvenir), mais le phénomène est perverti. Ainsi une de ces malades présentera une vive passion pour un garçon de deux ans ; un homme n'entrera en érection qu'au souvenir exclusif de la tète d'une vieille femme ridée, etc. Enfin, dans un quatrième groupe, Magnan fait entrer ceux qu'il appelle des cérébraux antérieurs ou psychiques, extatiques et érétomanes, qui vivent dans une chasteté absolue, amants platoniques d'une maîtresse imaginaire, nymphe ou déesse réfugiée dans un étoile, ou comme Neptune planant sur l'Onde.
En résumé, l'érection est un acte en grande partie déterminé par une dilatalion artérielle active qui erapht et gonfle les tissus caverneux des organes érectiles; cet afflux de sang amène la turgescence; les muscles trabéculaires réagissent sur l'onde liquide qui gorge les mailles du tissu et amènent le durcissement. Ainsi est obtenue l'érection. Celle du pénis est destinée à progager l'espèce.
Voici maintenant comment celle-ci survient : Une sensation tactile ou visuelle, un rêve, un souvenir provoque un acte réflexe qui ouvre les artères
430 ÉRECTION (êibliographte),
caverneuses et celles du corps spongieux de l'urèthre. Le sang brusquement déversé dans le corps caverneux s'y accumule par suite d'un écoulement insuffisant et distend ces corps aussi loin que le permet la résistance de l'albuginée (enveloppe générale). En même temps le corps spongieux de l'urèthre, le bulbe et le gland se gonflent aussi, mais comme le sang s'en échappe avec plus de facilité, il n'y provoque que de la turgescence et le désir de la volupté. Mais bientôt les frottements que subit le gland amènent un nouvel acte réflexe, les contractions saccadées des muscles bulbo-caverneux, qui, en même temps qu'elles refoulent le sang du bulbe vers le gland, empêchent son retour en com- ])rimant les veines efférentes (action du bulbo-caverneux antérieur ou muscle de Houston). — L'érection du gland se complète, l'orgasme vénérien atteint son apogée, et un troisième et dernier acte réflexe portant sur les vésicules séminales provoque réjaculalion. Alors, comme si ce dernier acte avait atteint le dernier terme de l'effort, la turgescence et la rigidité des organes génitaux tombent, les artères se resserrent, les veines s'ouvrent, la contraction musculaire cesse, et le sang accumulé dans les organes érectiles s'écoule dans la circulation générale. A la tempête a succédé le calme.
La lecture de cet article devra être complétée par celle des mots Coït, Ejacu- LATioN, Fécondation.
Nous n'avons point parlé de l'érection chez les végétaux, phénomène dont n'ont point dédaigné de s'occuper Dutrochet [Mém. pour servir à l'histoire de Véreclion, 1857), Brûcke {Arcli. f. Anat. u. PlnjsioL, 1848), Sachs {Traite' de botanique, 1877), P. Bert {Rech. sur les moitv. de la sensitive, 186G), Rouget [Des moiiv. érectiles. In Arch. de phys., 1868), parce que nous ne croyons pas que tous les mouvements expansifs variés qu'on a placés parmi les mouvements érectiles soient en rapport avec notre définition même du mot érection. Sans doute la pression hydrostatique exercée par le contenu d'une cellule sur sa membrane tendue et rigide, et l'élasticité de cette membrane, réagissant contre elle, peut se définir une érection cellulaire ; sans doute les Actinies (Rouget) peuvent gonfler leur corps, qui s'allonge et se distend comme les corps caverneux de la verge, mais c'est là purement un phénomène musculaire, le cas d'une paroi musculaire qui comprime le liquide de la cavité générale du corps, mais ce n'est pas à proprement parler de l'érection. Nous n'insistons pas et renvoyons le lecteur au mémoire de Rouget pour plus amples détails.
Ch. DeBIERPiE.
BiBUOGnAPHiE. — Houston. Dublin Hosp.' Rep., 1850. — Steigliz. Path. Unters. Hannover, 1852. — KnAUSE. Arch. fur Analomie und Physiologie, 1839. — Glnther. Unlers. u. Erfahr. iin Gcbietc der Anal. Ilannovei-, 1838. — IIausmann. Veher die Zcugung und Enislehung des wahrcn weiblidchen Etes. Hannover, 1840. — BÉnARD. Traité de physiologie, 1848. — Herbert. De erectione pénis, 1844. — Debrou. Examen physiol. du inécanisme de l'érection. In Gaz. méd. de Paris, 1850. — Mercier. Ibid., 1850. — Goltz. Ueber das Centrum des Erectionsnerven. In Arch. de Pflûger, t. VII, YIII et IX, 1875-1874. — Kobelt. De l'appareil du sens génital, 1851. — Rouget. Recherches sur les organes érectiles de la femme. In Journal de physiologie, 1858. — Eckiup.d. Ueber die Erection des Pénis. In Kônigsb. med, Jahrb., 1861, et Unters. ûber die Erection des Pénis beim Hunde. In Beitrag zur Anat., 1862. — Henle. Ueber den Mechanismus der Erection. In Zeitschr. f. rat. Med., 1865. — Legros. Des tissus érecliles, 1866. — LovÉx. Ueber die Erweiterung von Arterien in Folge einer Nervenerregung. In Berichteund Uebers. der Yerhandl., II. Leipzig, 1866. — Schweigger-Seidel, Virchow's Archiv. Bd. XXXVI. Berlin, 1866. — Schiff. Leçons sur la physiologie de la digestion. Paris, 1867. — Eckhard. Zur Lehre von dcm Bau und der Erection des Pénis. In Beitrag zur Anat., 1867. — Rouget. Des mouvements érectilesAn Cpts. rendus, 1868. — Eckhard. IScue Mclhode zur Aufsuchung der erigirenden Nerven beim Hunde. In Centralblatt, 1868.
ERGOT DE SEIGLE (botanique). 451
— Du MÊME. Ueber den Yerlauf der Nerven erigentes, etc. In Eckhard's BeUrâge, 1875. — Du MÉKE. Die Erection bei Vôgeln ielreffend. In Centratblatt, 1873. — Du jiême. Uebcr die Erection der Vôgel. In Eckhard's Bcilr., 1874. — Bœcrel. Art. ÉnECTitES du Dict. de méd. et chirurgie prat. Paris, 1870. — INikolskv. Quelques remarques sur la physiologie des nerfs érecteurs. En russe, analyse dans Jahrb. fur Anat., 1877. — Du même. Ein Beiirag zur Physiol. der iVerui erigentes. In Arch. f. VhysioL, 1879. — Von DAscir et Hoffmann. Stricker's med. Jahrb. Wien, 1877. — Cadut. Muscles du périnée. In Journ. de l'anat., 1879. — Lankeguâce. Mécanisme de l'érection. In Gaz. de$ sciences méd. de Montpellier, 1882. — Beaunis. Physiologie, 2» éd. Paris, 1881. — Béclard. Physiologie, t. II, p. 050, 7° édit. Paris, 1884.
— Nicolas. Organes érectiles. Thèse d'agrégation, Paris, 188G. D.
ÉRÈiitE (Chirurgie). Voy. OpératioxXs.
ÉRÉSE (Zoologie). Voy. Araignées, p. 785.
ÉRÉTniSME (de è|3£0t^etv, exciter). Terme dont le sens est très-vague et qui sert à définir l'e'tat d'excitation du système nerveux sensitif en ge'néral ou d'une de ses parties. Dans le premier cas, on constate de riiypereslhe'sie, de l'excitabilité exagérée aussi bien aux impressions morales que physiques, de l'augmentation des actions réflexes, de l'agitation, etc. Dans le second cas, l'irritabilité du système nerveux sensitif est localisée dans certaines parties du corps; telle est la contraction brusque des artères, des muscles, la sensibilité excessive d'une plaie, etc. {voy. Irritation). L. ILn.
ERGOT DE MORAXD. Voy. CerVEAU et VEiSTRICULES.
ERGOT DE SEIGLE. § I. Uotanique. Nommé successivement SclerO' lium clavus DC, llymemda clavus Cord., Onygena cœspilosa Mér., Spermœdia clavus Fr., l'ergot de seigle est le îiiycéliwn sdéroide ou sclérote du Claviceps purpxirea ïul., cliampignon-pyrénomycètc de la Tamillc des Neclriées. On l'appelle encore vulgairement seigle noir, seigle cornu on corrompu, calcar, ebrun. C'est le Spured rye des Anglais, le Mutterkorn des Allemands, VAllogliato des Italiens et le Tizon ou Centeno iizonado des Espagnols. Il se présente sous la forme d'un corps solide, long de 1 à 3 centimètres, large de 2 à 4 millimètres, plus ou moins arqué, aminci à ses deux extrémités, presque cylindrique et marqué, sur le côté, d'un sillon longitudinal avec des fissures transversales. II est extérieurement d'un brun violet et entièrement couvert d'une pruinosité blanchâtre très-fine. Sa cassure est blanche avec une teinte vineuse sur les bords. Quand il commence à se décomposer, il répand une odeur infecte de poisson pourri.
L'ergot se rencontre communément pendant les années pluvieuses, sur les épis des céréales, surtout sur ceux du seigle. Il produit d'abord à la surface de l'ovaire, pendant que celui-ci est encore enfermé dans les glumes, un mycélium fdamenteux qui pénètre peu à peu dans l'épaisseur des parois de l'ovaire et ne tarde pas ù se substituer à lui ; ce mycélium, agglutiné en une masse blanchâtre creusée de sillons profonds, constitue la Sphacélie des céréales {Sphacelia segetum Lév. ; Oïdium abortifaciens Berk.). A sa surface se développent de nombreuses hasides claviformes, portant des conidies plongées dans une substance gélatineuse; celles-ci produisent, en germant, d'autres conidies qui, transportées sur des épis de blé ou de seigle, donnent naissance à d'autres sphacélies.
432 ERGOT DE SEIGLE (thérapeutique).
A la base de la spliacélie et entouré par elle, se développe Veî'got proprement dit: celui-ci, à mesure qu'il augmcule de dimensions, entraîne avec lui la sphacélie, qui reste d'abord attachée à sa partie terminale, puis se déchire en même temps que cesse la production des conidies, se dessèche et finit par tomber. De son côté, l'ergot, s'il est placé dans des conditions favorables de chaleur et d'humidité, donne naissance à plusieurs sphe'ries, d'un rouge violacé, supportées chacune par un pédicule plus ou moins long, et qui constituent le champignon proprement dit, désigné par Tulasnc sous le nom de Claviceps purpurea. Ces sphcries présentent à leur surlace une multitude de petits pores mamelonnés, qui communiquent avec des conceptacles ovoïdes, à parois très minces, dont l'intérieur est tapissé par autant de thèques allongées, renfermant chacune 8 spores filiformes très-déliées. Ed. Lep.
§ II. Thérapeutique. L'ergot de seigle à l'état frais, possède une odeur de moisissure; celle de l'ergot sec est forte, nauséeuse et désagréable. Quand il s'altère, l'odeur devient fétide et ressemble à celle du poisson pourri.
Au reste, cette altération est rapide, et, après deux années, l'ergot non concassé a perdu ses propriélés. Gobley conseille, il est vrai, d'en assurer la conservation en l'exposant dans l'étuve à la température de 40 à 50 degrés et en l'enfermant dans des vases hermétiquement clos.
D'autre part, un acarus y creuse des galeries, le dévore, et lui enlève une partie de ses propriétés, de sorte que les auteurs classiques recommandent de n'en pas faire usage quand il a été récolté depuis plus de deux années.
La récolte de l'ergot destiné aux usages thérapeutiques doit être opérée sur pied vers le sixième jour de la maturité. Bien desséché, il doit être conservé dans des vases clos, à l'abri de la lumière et de l'humidité. L'ergot de bonne qualité a une odeur vireuse, une saveur légèrement amère et mordtcante, une cassure nelte, blanche au centre, violette vers la périphérie et noire à l'extérieur. Ces caractères le distinguent des grossières falsifications signalées par 0. Sanghiery, dans lesquelles on obtenait, paraît-il, des imitiations de seigle ergoté en coulant dans un moule un mélange de gypse coloré et de colle de farine. Une falsification moins grossière et plus fréquente consiste à le mélanger avec l'ergot des autres graminées.
Les propriélés et la composition chimiques de l'ergot de seigle sont loin d'être nettement déterminées. Depuis Vauquelin, qui le premier en fit l'essai, des recherches nombreuses ont été entreprises sans aboutir à des résultats concordants. Maas, Legrip, Wiggers, Bonjean, Wenzell, Dragendorff, plus récemment Tarnet et Yvon, ont publié d'importants travaux sur les principes qu'il contient; néamuoins son analyse présente encore des lacunes nombreuses.
Wiggers y trouvait les principes suivants : huile grasse non saponifiable 55, matière grasse crislallisable 1,05, cérineO,70, ergotineou ségaline 1,25, osmazôme 7,76, mannile 1,55, substances gommeuses, colorantes et extractives 2,25, albumine l,-46, fungine 46,19, phosphates de potasse, chaux et silice 4,85.
D'après Bonjean, la composition en serait différente: 100 parties d'ergot de seigle contiendraient : huile fixe 57,50, ergotine '13,25, résine brune 2,25, poudre rougeâtre insoluble dans l'alcool 0,65, gomme 1,62, gluten 0,12, albumine 1,80, fungine 5,25, matière colorante violette 0,40, chlorure de sodium, phosphates de potasse, de magnésie et de chaux, oxydes de fer, cuivre, silice, 6,48 ; eau 9,25, fibres ligneuses 24,55; perte 2,60.
Dans leur ensemble ces résultats diffèrent peu, et les principes immédiats de l'ergot de seigle sont donc : des matières grasses, résineuses, sucrées et colorantes ; des sels minéraux et de l'eau ; enfin des substances actives, peut-être alcaloïdiques, sur le nombre, la nature et les vertus desquelles on est loin de s'entendre. C'est à elles que les divers extraits pliarmaceutiques empruntent leur efficacité. Vliiiile grasse, jaunâtre ou verdàtre à la lumière directe, rouge par transparence, non siccative, sapoiiifiable par les alcools et soluble dans 1 ether, est une solution d'oléine et de palmitine dans la glycérine. Elle contient une petite quantité d'acides gras volatils (acides sarétique et butyrique), s'oxyde rapidement, et par cette oxydation contribue à la décomposition du seigle ergoté. Privé d'huile par l'éther, ce dernier se conserve plus longtemps, même en poudre. Enfin l'abondance relative de celle huile décèle la présence de l'ergot de seigle dans la farine du blé.
Cette huile possède-t-elle des propriétés toxiques? On a dit qu'extraite par expression et à froid elle est inoffensive. En traitant l'ergot par l'éther, Wright et Pereira auraient obtenu une huile qui, à la dose de 20 à 50 gouttes, provoquait sur l'utérus les mêmes phénomènes que cette dernière substance. Enfin d'autres observateurs auraient vu, après son administration à la dose de cinq centigrammes à deux grammes, la respiration et la circulation des cobayes et des chiens s'accélérer; des pertes du mouvement, puis la mort, survenir.
D'après Ganser, l'huile d'ergot est irritante à la dose de G grammes. Fliikiger attribue tous ces phénomènes à la présence de la résine, dont cette huile contient 7 parties pour 100.
La substance grasse cristallisable serait la cholestérine, principe inactif, dont l'ergot renferme 0,056 pour 100. Signalé par Schoenbroodt en 1805 et par Ludwig en 18G9, il est soluble dans l'alcool.
La rédne de VergoL paraît douée de propriétés plus puissantes. Parola lui attribuait les vertus médicinales de l'ergot, dont les diverses préparations pharmaceutiques emprunteraient, d'après lui, leur puissance plus ou moins grande à leur richesse relative en résine. Cette dernière est une substance de couleur brunâtre, de saveur acre et d'odeur vireuse.
La matière colorante est insoluble dans la benzine, l'alcool et l'éther. Elle ne se dissout pas dans les acides végétaux, comme l'acide acétique. Par contre, elle donne avec l'alcool, les acides minéraux ou l'eau chargés d'ammoniaque, des solutions rouges qui, examinées au spectroscope, absorbent les rayons verts, bleus et rouges, de la lumière solaire. Préalablement neutralisées, ces solutions précipitent et se décolorent par l'addition d'acétate de plomb. On utilise ces réactions dans l'essai qualitatif des farines dans lesquelles on soupçonne la présence de la poudre d'ergot. Cette matière colorante contient du fer et de l'azote. La mî/cose ne diffère de la tréhalose que par un pouvoir rotatoire moins dextrogyre. Ce sucre cristallise en octaèdres rhombiques; il a pour formule C*^H"0'*+2H-0, et se dissout totalement dans l'eau ou l'acide sulfurique concentré, et partiellement dans l'alcool bouillant. Il n'est pas soluble dans l'éther. Ses cristaux sont fusibles à 100 degrés, perdent leur eau de cristallisation à 130, et fondent en une masse vitreuse, ayant l'odeur du caramel vers 210 degrés. D'après Mitscherlich, l'ergot en contient un millième de son poids.
La présence des acides formique et acétique a été signalée par quelques auteurs, et Schoonbroodt a noté celle de V acide lactique. Le formiate de propylamine, la méthylamine (Ludwig et Stahl), la triméthijlamine (Mannassewitz et DICT. ENC. XXXV. 28
Wenzel), ont élé rencontrés par les uns et niés par d'autres avec Ganser. Ces produits paraissent résulter de la décomposition des matières albuminoïdes et n'exister guère que dans l'ergot altéré par la fermentation.
Mais ces diverses substances ne sont pas celles auxquelles le médicament doit ses vertus, et, il faut bien l'avouer, malgré bien des rechercbes, les chimistes ne s'accordent pas encore sur la nature des principes auxquels l'ergot emprunte son activité, ni même sur leur nomenclature. Sous le nom d'ergotine Bonjcan, Wiggers, Wenzel, ont désigné des extraits aqueux ou alcooliques dont les propriétés sont différentes. En préparant cette dernière, Manassewitz a obtenu une autre ergoline. Wenzel a pu extraire de l'ergot trois substances : Vergotine de Wenzel, Vecholine et un acide, Vacide sclérotique.
Dragendorff et Padzizarki reconnurent cet acide, et de plus, en 1876 et 1877, la scléromucine, la scier oxanthine, la scléroérythrine, la sclérojodine, la picroscléroiine et Vacide fuscosclérotiniqiie. Tanret isola Vergotinine et Kobert retira encore trois autres principes : l'acide ergotinique, Vacide sphacéliqiie et la cornutine.
Je ne m'arrête pas à l'ergotinc de Bonjean et de Wiggers [voy. art. Ergotine). Quant à Verqotine de Wenzel, elle a l'aspect d'un vernis, soluble dans l'eau et susceptible de former des sels. Ce même chimiste a isolé deux autres principes de l'ergot, l'acide ergotique et l'ecboline.
h'ecbolinc diffère de l'ergotinc par l'activité de ses propriétés physiologiques, qui sont celles de l'ergot. Son amertume est faible et sa solubilité dans l'eau trèsmavquée. On la sépare de l'ergotinc en traitant le mélange par le chlorure de mercure, qui la précipite sous forme d'un composé insoluble.
L' ergoline de Wenzel, à laquelle Mannassewitz attribue la formule C^^IP-Az-O®, donne avec le chlorui'e de mercure et l'acide gallique un précipité blanc, avec l'acide de phospho-molybdique un précipité jaune et avec le bichlorure de platine un précipité blanc jaunâtre. Dans l'ergot ces deux substances seraient combinées à l'acide sclérotique.
L'acide sclérotique (Wenzel) ou scléroiinique (Dragendorff) serait représenté par la formule C'-lP^Az"" et aurait l'apparence d'une substance grisâtre. Soluble et hygroscopique, faiblement acide et presque insipide, cet acide est combiné à la chaux, à la soude et à la potasse, dans l'ergot de seigle. D'après Dragendorff, il constituerait la partie active de ce dernier, qui en contiendrait 45 pour 100 de son poids.
La scléromiiciyie de Dragendorff posséderait également des propriétés actives. C'est une substance colloïde, de consistance gommeuse, moins bygroscopique que l'acide sclérolinique et soluble dans l'eau. Une addition d'alcool à ses solutions l'en précipite ; l'ergot en renferme 2 à 3 pour 100 de son poids.
La picrosclérotine est une matière amère, dont les propriétés chimiques et les vertus thérapeutiques semblent douteuses. Quant aux principes colorants, ils forment une gamme fort riche : la scléroxanthine, matière jaunâtre dont la scléro-crystalline est l'anhydride ; la scléroérythrine, matière rouge, possédant vraisemblablement des aflinités avec la purpurine, et se séparant de l'extrait d'ergot traité par l'alcool ammoniacal; enfin la sclérojodine qni, avec l'acide sulfurique et la soude, donne une solution bleu foncé.
L'acide ergotinique (de Kobert) présente des analogies avec l'acide sclérotique de Dragendorff. Amorphe et hygrométrique, il est également précipité de ses solutions par l'acétate de plomb ammoniacal. Il serait toxique, amènerait la
mort par paralysie des centres respiratoires et diminuerait la pression sanguine, mais serait impuissant à provoquer les contractions utérines. Ce serait un des principes contenus dans Tergotinede Bonjean.
Vacide sphacélinique (de Robert) entre dans la composition de la résine de l'ergot de seigle. Résineux, soluble dans l'alcool, peu soluble dans l'étlier, le le chloroforme et les huiles, il serait, d'après Kobert, l'agent qui produit la gangrène dans l'ergotisme. Il existerait dans l'ergotine de Wiggers.
La cornutine (de Kobert) est un corps voisin de l'ergotine. M. Tanret la considère comme de l'ergotine altérée, et, comme M. Gauvet le remarque, Kobert reconnaissait à ces deux corps la propriété de se transformer l'un dans l'autre.
Mais de tous les principes de l'ergot le plus important a été découvert par M. Tanret, qui lui a donné le nom à'ergotinine et pour formule C'"}I***Az''0'. Cette substance serait, à poids égal, mille fois plus active que la poudre d'ergot. Elle cristallise en aiguilles soyeuses, possède une réaction alcaline, se combine avec les acides et se dissout dans l'éther et dans l'alcool. Elle se présente aussi sous la forme amorphe.
Amorphe ou cristalline, l'ergotinine est identique. 1 kilogramme d'ergol, traité pnrl'éther, fournirait 0,aO d'crgotinine cristallisée et 0,70 d'ergoliniue amorphe, isolable par l'évaporation du dissolvant.
 la lumière, les solutions d'ergotininc cristallisée sont fluorescentes, et, par l'action prolongée de cet agent physique, s'altèrent, se colorent, jaunissent, verdissent, puis brunissent. L'ergotinine cristallisée s'est transformée en ergotinine amor[)he et finalement en résine. Au reste, amorphe ou cristallisée, l'ergotinine possède les mêmes propriétés physiologiques.
M. Tanret obtient l'ergotinine en traitant par déplacement et à deux reprises la poudre d'ergot au moyen de l'alcool à 86 bouillant. Par la distillalion au bain-marie il obtient un résidu formé de trois couches : de la matière grasse, de la résine et de l'extractif. La première et la dernière contiennent de l'ergotinine. On sépare la matière grasse en la dissolvant dans l'éther, et on traite la solution éthérée par l'acide sulfurique, pour obtenir du sulfate d'ergotinine, dont on produit le dédoublement par la potasse. On isole l'ergotinine par le chloroforme. Ce procédé a été modifié depuis et simplifié par l'inventeur.
Cette ergolinine donne les réactions suivantes : un précipité avec le tannin, l'acide phospho-niolybdique, le chlorure d'or, le chlorure de platine, l'eau bromée, l'iodhydrargirate de potasse et l'iodure de potassium ioduré ; une coloration en jaune orangé, tirant au violet bleu, par l'action de l'acide sulfurique.
Enfin Winkler a donné le nom de secaiia à une ammoniaque composée : la sécaline, C'^H'^AzH^, voisine de la propylamine dont elle ne serait qu'une modification. Cet observateur lui attribuait toutes les propriétés physiologiques de l'ergot, et, à son avis, elle en était le principe actif. Au reste, dans l'ergot altéré on trouve du formiate de propylamine y substance due à la décomposition des matières albuminoïdes en présence des alcalis : de là l'odeur toute caractéristique de hareng exhalée par l'ergot en présence de ces bases.
De tous ces principes, assez mal connus d'ailleurs, les plus importants sont vraisemblablement : l'ergotinine, l'ecboline, l'acide sclérotinique, à côté desquels, si elles étaient mieux définies, on placerait volontiers la résine de Parola et l'ergotine de Wiggers.
Propriétés physiologiques. Malgré son emploi fréquent et ses applications vulgaires, l'ergot de seigle n'a pas été l'objet de recherches physiologiques
complètes. Les diffe'rences dans les effets observés par les expérimentateurs ont aussi pour causes la diversité des piéparations mises à l'essai et l'absence de travaux sur cliacun des principes qui en ont été isolés. Cependant, si l'action intime de chacun de ces principes reste obscure, il faut reconnaître que les effets produits par les préparations varient peu. Ces variations sont plutôt en raison de la dose administrée, c'est-à-dire que la poudre ou l'huile d'ergot en nature est 60 fois moins puissante que l'ergoline de Wiggers ou de Bonjean, et qu'il faut 1 gramme des premières pour provoquer des effets physiologiques équivalents à ceux que produisent 40 centigrammes des secondes.
Action sur le tube digestif. Quand on administre la poudre d'ergot aux animaux, il survient de l'inappétence et de l'amaigrissement. Après la mort, on note des infiltrations sanguines dans la paroi intestinale (llaudelin") et les lésions d'une gastro-entérite hémorrhagique.
Chez Vhomme l'ingestion stomacale se traduit par la sécheresse de la gorge, la gastralgie, des douleurs abdominales passagères, une facilité plus grande des évacuations alvines, des éructations et des nausées, quand la dose s'élève entre i et 5 grammes. Une dose plus élevée provoque des vomissements et un llux diarrhéique.
Action sur le système nerveux. Administrés aux aiiimau.r à sang froid, les extraits d'ergot et l'acide scléroinucique provoquent des tremblements, de l'embarras de la marche et de la stupeur : la paralysie augmente ensuite et s'accompagne d'un œdème qui, d'après Haudelin, débute par les membres postérieurs et envahit la totalité du corps. L'acide sclérotique provoquerait les mêmes phénomènes. Cet état de paralysie peut persister longtemps, disparaître, après cinq ou six jours, et l'animal survivre. D'autres fois, Haudelin, Dragendorff, Zweifel, ont vu survenir une deuxième attaque de paralysie qui entraînait la mort.
Chez les animaux à sang chaud, les doses faibles ont pour effet de diminuer la sensibilité et de provoquer la stupeur; les doses élevées, d'amener une paralysie absolue et l'abolition des réflexes, d'après Dietz et Lorinzer. Au moment de la mort, on observe des convulsions en rapport vraisemblablement avec l'asphyxie, et une stupeur comateuse précède cette période ultime.
Chez Vhomme, les phénomènes varient suivant l'élévation do la dose ou sa répétition pendant longtemps. Les troubles cérébraux ne se manilestent guère qu'après l'ingestion de 3 à 4 onces d'ergot, et consistent en vertiges, pesanteur de tète, délire, assoupissement et stupeur. A ces phénomènes s'ajoutent des fourmillements dans les membres, de l'anesthésie cutanée des doigts et des orteils et des douleurs erratiques, puis, l'intoxication s'aggravant, on observe des phénomènes d'ergotisme convuisif ou spasmodique : tremblements convulsifs ou bien véritables secousses toniques et cloniques, ayant l'aspect épileptiforme. Les membres ainsi affectés sont ceux qui s'escharitient et deviendront le siège de Vergotisme gangreneux.
Action sur la respiration. Étudiée chez les animaux par Haudelin, elle paraît varier suivant les espèces. Chez le chat, les doses élevées d'ergot de seigle ralentissaient le rhythme des mouvements respiratoires, et ce ralentissement augmentait jusqu'à la mort. Chez le chien, ce lalenlissement était précédé d'une accélération temporaire.
Cependant sur tous les animaux mis en expérience on observe des secousses tonvulsives des muscles respiratoires durant les derniers instants. C'étaient des phénomènes asphyxiques et non pas des troubles particuliers à l'ergotisme.
Action su?' la circulation. Les données expérimenlales sont conlradicloiies. Cliez les animaux à mng fruid, Kohler a signalé le ralentissement du pouls et l'arrêt du cœur en diastole. Rossbacli a noté Tarliytliniie de cet organe, et Zweifel admet que son ralentissement ne survient que très-tardivement, quand la paralysie a envahi les muscles des membres. Remarquons d'ailleurs que Kohler expérimentait avec l'extrait d'ergot et Rossbach avec l'ecboline de Wentzel. En dehors de toute autre cause expliquant ces différences, il faut donc reconnaitre que les conditions expérimenlales n'étaient pas identiques.
Sur ïhomme on a observe tantôt le ralotilissement du pouls (Nolhnagel, Rabuleau) et l'augmentation de la pression vasculaire, tantôt l'accélération de la circulation et un abaissement notable de la pression artérielle. M. Duboué, qui administre souvent l'ergot de sel dans les cas pathologiques, a constaté aussi qu'il ralentit les pulsations de la radiale et qu'il diminue de fréquence et d'intensité les battements du cœur. Celte opinion est d'ailleurs confirmée par les observations de Gubler et de M. E. Labbé. Les tracés sphygmographiques obtenus par ces observateurs démontrent que les doses moyennes augmentent notablement la tension artérielle et diminuent le nombre des pulsations. Les doses fortes ou tout au moins excessives accioissent la fréquence du pouls, atténuent son amplitude et le rendent irrégulier. Ce sont là des faits cliniques qui permettent d'interpréter les contradictions des expérimentateurs entre eux.
Action sur les éléments contractiles des vaisseaux sanguins. On avait remarqué depuis longtemps la cessation des hémorrhagies après l'administration de l'ergot de seigle, et le ralentissement de l'écoulement du sang dans la phlébotomie des femmes enceintes qui avaient ingéré cette substance. Courhaut, en 1827, Millier (de Sleltin), Sparjani et autres, avaient soupçonné la cause de ce phénomène, qu'ils interprétaient déjà par une diminution du calibre des vaisseaux sous l'influence de l'ergot.
Les observations de Holmes ont confirmé cette théorie. Holmes a étudié l'action de la macération d'ergot, de l'huile d'ergot et de l'ergoline sur les vaisseaux de la grenouille. Il a constaté avec le microscope que les artères diminuaient de calibre, que ce phénomène se manifestait dans l'espace de huit à onze minutes, qu'il persistait durant trente minutes en moyenne. Depuis, Klebs (de Berlin) a confirmé les observations de ce physiologiste. On peut donc admettre, surtout après les expériences démonstratives de Pelon et de Laborde, que l'action vasculaire de l'ergot de seigle s'exerce directement sur les fibres musculaires lisses des parois artérielles.
Action sur les muscles lisses. L'ergot, écrivait Gubler, agit sur les fibres musculaires lisses partout où il les rencontre : il agit sur le tube digestif, sur les ."parois des canaux : canal cholédoque, uretères, calices, bassinet, muscles de Reissessen, fibres lisses de l'appareil respiratoire. Comment n'agirait-il pas alors sur l'utérus, qui est le plus volumineux de tous les muscles lisses?
En dehors de la grossesse chez la femme et de la gestation chez les femelles d'animaux, celle action est peu marquée. Cependant elle n'est pas nulle, comme on l'a cru pour un temps : à preuve les observations de Trousseau et de Maisonneuve sur l'ulérus vide et l'expulsion des caillots sanguins hors de sa cavité sous l'inlluence de l'ergot de seigle.
Cette action de l'ergot sur l'utérus pendant la gravidité est en rapport avec l'augmentation du nombre des fibres musculaires de cet organe et non pas seulement, comme le voulait M. G. Sée, avec ses propriétés vasculaires. Cour
haut, Sovot, Jolin Simon, avaient adopté celte interprétation, et Rabntcau, l'un de ses avocats les plus convaincus, s'est efforcé d'en établir la légitimité.
Quel est le méca7iisme de l'action physiologique de l'ergot de seigle ? Les phénomènes précédents : effets ecboliques sur l'utérus, dilatation papillaire, modifications circulatoires, troubles nerveux, intestinaux et vésicaux, sont donc produits par une modification de la contractilité des parois vasculaircs. Est-ce une modification directe des fibres musculaires de la tunique de ces organes, ou bien est-elle exercée par l'intermédiaire des nerfs vaso-moteurs et des centres nerveux? En d'autres termes, l'ergot de seigle est-il un modificateur delà fibre musculaire lisse des vaisseaux ou bien des centres de vaso-motilité?
Sans jnendre parti dans ce débat, constatons que les vertiges et la diminution de l'excitabilité réflexe, démontrés par M. Brown-Scquard sous l'influence de l'ergot, trouvent, sans grand effort, leur explication dans l'aschémic des centres nerveux et la diminution de cahbre des vaisseaux ; notons aussi qu'il en est de même des gangrènes périphériques, des extravasations sanguines sur les parois intestinales, de l'abaissement thermique, de l'arrêt des sécrétions, et même des troubles trophiques tels que les cataractes de l'ergotisme chronique. Il est vrai que cette hypothèse ne donne pas absolument raison des paralysies, des convulsions, du coma et de la stupeur, des intoxications graves par l'ergot. La théorie soutenue par Barbier (d'Amiens) et par d'autres, — action de l'ergot sur les centres vaso-moteurs, — ne satisfait pas non plus à tous les faits. Mieux vaut adopter une opinion mixte; en un mot, ne pas concéder à l'ergot toute action sur la moelle, sans atténuer cependant son rôle direct sur la contractilité des fibres lisses : à preuve la possibilité d'arrêter des hémorrhagies traumatiques en nappes, comme nous l'avons souvent observé au laboratoire de Médecine expérimentale du Collège de France par le tamponnement des plaies vasculaircs avec un fragment d'épongé imbibé d'ergotine. Ici du moins l'action sur les fibres musculaires vaso-constrictives était seule en cause, et vraiment, il n'y avait pas à faire intervenir l'action des centres d'innervation vaso-motrice.
Quelle part d'activité physiologique faut-il attribuer à chacun des corps extraits de l'ergot de seigle? On est loin de s'entendre sur ce point.
Vergotine de Wiggers possède des propriétés toxiques puissantes, puisque, d'après cet observateur, une dose de 45 centigrammes suffirait pour tuer un coq de forte taille. Giacomini et Parola admettaient son actiçn, toixique et la considéraient comme un puissant modificateur de la circulatioii, tandis que Bonjean contestait ses propriétés vasculaires et toxiques. Vhuile fixe a été regardée par Parola comme un corps inerte, quand elle est pure, et par Wright comme le principe actif de l'ergot. Kilian (de Bonn) obtenait des effets thérapeutiques de l'ergot privé de son huile. La résine, d'après Parola, Magendie et Rayer, posséderait des propriétés énergiques. Enfin l'ergotinine, d'après les travaux de Tanret, serait la plus active de toutes les substances extraites du seigle ergoté. EMP0IS0N^'EME^iTPAR l'ergot DE SEIGLE ET SES PRÉPARATIONS. Ivressc ergotiuique, ergolisme aigu, ergotisme chronique convulsif ou gangreneux, telles sont les formes de cette intoxication, rarement observée d'ailleurs en dehors des épidémies d'ergotisme. C'est donc à l'histoire symptomatique de ces dernières qu'il faut emprunter les moyens de diagnostic de cette intoxication [voij. Ergotisme). Quelle doit être l'intervention thérapeutique? Dans l'empoisonnement aigu, la première indication à remplir sera, est-il besoin de le rappeler ? de provoquer par des vomitifs et des purgatifs l'évacuation des aliments suspects. Ici,
comme dans beaucoup d'intoxications, on a recommandé l'ingestion du tannin.
Plus tard, quand les manifestations de l'ergotisme sont déclarées, on lait appel à la médication symptomatique. De tous les médicaments les mieux indiqués sont alors les excitants et en particulier ceux qui combutleut la faiblesse cardiaque et le ralentissement circulatoire. Au reste, les empoisonnements accidentels par l'ergot de seigle sont rares, et l'ergolismc de cause alimentaire ne s'observe plus guère, en Europe du moins.
Emploi thérapeutique de l'ergot de seigle et de ses préparations. Les usages de l'ergot sont quotidiens dans la pratique médicale et obstétricale. On met donc à prolit : 1" son action sur les fibres lisses; 2" sa puissance hémostatique; 3" ses propriétés de médicament vasculaire. Il n'est pas inutile de catégoriser aussi les nombreuses vertus tliérapeutiqucs qu'on lui attribue et les applications non moins nombreuses dont il a été ou est encore l'objet contre des maladies fort diverses.
1° Des usages de Vergot de seigle el de ses préparations comme modificateur de la contractilité musculaire des fibres lisses. La connaissance de cette propriété date de loin, et les accoucheurs ont été dos premiers à l'utiliser.
Action obstétricale. On a voulu attribuer aux médecins américains l'honneur de cette découverte. C'est une erreur : Adam Lonicer et Jean Tliuiius, au seizième siècle, en recommandaient l'emploi en 1688. Les matrones d'Allemagne, d'après Bouley, depuis un temps immémorial; celles du Tessin, d'après Balardini; celles du midi de l'Italie, d'après Desgranges, celles du Lyonnais et des provinces centrales de France, le connaissaient et le prescrivaient aux fcaimes en couche. Au témoignage de M. Cazin, il figurait dans ÏAlbcrt moderne, recueil publié en 1782, et, en 1747, Ralhlaw, médecin hollandais, le prescrivait méthodiquement.
Avec Stearns, -en 1808, Oliver Prescot, en 1844, et malgré les expériences négatives de Ghaussier, l'ergot de seigle prit place dans la pratique obslétricale. Cette place était-elle légitimement méritée? Aux accoucheurs de discuter la question : notons seulement, au point de vue de la physiologie et de la thérapeutique générales, que l'action de ce médicament débute dix à quinze minutes après son ingestion et dure pendant une demi-heure ou une heure; que les contractions utérines ainsi provoquées durent une demi-heure à une heure et demie, et qu'elles s'alfaiblissent ensuite graduellement. Pendant ces contractions, on constata le resserremeat du globe utérin, parfois des symptômes d'ivresse ergolique légère et même des symptômes toxiques : nausées, vomissements, etc.
La fidélité et la puissance de cette action sur l'utérus gravide l'ont fait souvent prescrire inopportunément, et nombre d'accoucheurs contemporains, avec Depaulet ses élèves, en restreignent les indications et recommandent d'en régler méthodiquement l'emploi, comme M. Stapfer le montrait dans VUnion médicale du 21 janvier 1886 et M. Bar dans le n° 25 de la Rev2ie générale de clinique et de thérapeutique de l'année 1887.
En résumé, les indications obstétricales de l'ergot sont les suivantes : pendant lelravail, fœtus en bonne position, bassin normal, orillce dilaté, inertie utérine; après l accouchement, rétention du placenta déjà détaché en partie ou présence de volumineux caillots dans la cavité utérine. Le mode d'administration consiste à en prescrire une, deux, trois ou quatre doses de cinquante centigrammes à un gramme de quart-d'heure en quart-d'heure ou à des intervalles d'une demiheure. Enfin, on l'a préconisé pour provoquer l'accouchement prématuré.
Les adversaires de ce médicament l'ont surnommé pulvis ad mortem. Ses partisans en ont exagéré les vertus. Entre la sévérité des uns et l'engouement des autres l'ergot en obstétrique n'a d'autre titre que celui obtenu naguère des premiers accoucbeurs, qui le dénommaient /jjJru's ad partum.
Action vasculaire. Comme médicament vasculaire l'ergot de seigle et ses préparations sont employés, au titre d'a^ren/s d'hémostase, pour arrêter lesmétrorrhagies puerpérales ou non puerpérales, les hémorrhagies causées par les tumeurs utérines, les épistaxis, les hémorrbagies intestinales, les bématuries et les bénioptj'sies. Il n'est pas seulement indiqué contre les hémoptysies de la tuberculose pulmonaire, mais aussi contre les hémoptysies congestives et cataméniales. Preuve n'est plus à faire des services qu'il rend dans ces cas, d'après les faits cliniques publiés par Gubler, Bertlierand, Henri Hucliard et nombre d'autres observateurs.
C'est encore à ces propriétés ischémantes des tissus qu'il faut attribuer le succès de l'ergot dans le traitement de l'aménorrhée par rétention menstruelle, de la leucorrhée et de la galactorrhée, et l'emploi de l'ergot pour modifier les hyperémies cérébrales ou médullaires. On cite des guérisons de paralysies observées par Barbier (d'Amiens) et de maladies mentales signalées par Crichton Brown. Trousseau et M. Brown-Séquard le prescrivaient dans la méningomyélite, et Forster l'employait contre le coma apoplectique et les convulsions puerpérales.
M. Duboué (de Pau), dans plusieurs mémoires justement estimés, a démontré les services qu'il rend comme tonique vasculaire, quand on le prescrit opportunément dans la lièvre typhoïde, où il diminue l'hyperthermie, dans les fièvres intermittentes, pour réduire l'hypertrophie splénique, dans les pneumonies, pour atténuer la congestion pulmonaire. Cet observateur distingué s'est efforcé d'en établir les indications et même de comparer avec ceux du sulfate de quinine les résultats qu'il procure dans le traitement de ces pyrexies. Les faits signalés par ce savant confrère méritent l'attention des observateurs.
Action sur les fibres lisses. En raison de la stimulation qu'il exerce sur le tissu musculaire lisse, l'extrait d'ergot de seigle a été prescrit en injections hypodermiques contre l'atonie vésicale, le prolapsus rectal (Vidal) et les fibromes utérins dans la méthode réductrice de Ilildebrand. Gubler comptait sur son aide dans les cas de coliques hépatiques ou néphrétiques, où l'on pouvait supposer l'expulsion des calculs par la contraction des conduits; enfin, contre l'atonie, la dilatation stomacale et l'atonie intestinale avec constipation, l'ergot devrait rationnellement produire des effets thérapeutiques, comme la strychnine, les gouttes amères de Baume et la noix vomique.
Usages divers. Acôtéde ces applications en rapportavec ses propriétés physiologiques, l'ergot a été et est encore proposé pour modérer les sécrétions dans la polyurie, la diarrhée (Boudin), les flux dysentériques (Billet et Lombard) et les sueurs des phthisiques. Sous forme de mixture exhilarante deSuton, l'ergotine a été recommandée contre la mélancolie, l'hypochondrie et la stupidité. On l'a même proposée pour diminuer la toux de la coqueluche (Griepenkeri) et des phthisiques, pour apaiser les hystériques (Nardo), pour calmer les névralgies, pour guérir l'incontinence d'urine (A. Millet, Filliette), pour réduire les goitres et même pour combattre la trichinose. Il serait à désirer que l'étude physiologique et clinique de l'ergot fût reprise, car nonobstant tant d'exagérations thérapeutiques il reste un bon médicament.
Emploi thérapeutique de t ergot à Vexlérieur. Les préparations J'ergot de seigle peuvent s'employer comme topiques pour arrêter les hémorrhagies en nappe. Le tamponnement des plaies avecdes pelotons d'ouate imbibée d'crgoline rend des services. Il en est de même des infusions de poudre d'ergot pour les plaies saignantes.
Mode d'administration et doses. L'ergot de seigle en nature s'administre sous forme de poudre et en infusion.
Eyi poudre. Cette poudre obtenue avec l'ergot desséché à l'étuve doit être récemment préparée et prescrite par doses de 50 centigrammes à 1 gramm?. Chaque dose est mélangée avec de l'eau sucrée ou aromatisée avec le miel, incorporée dans une potion ou bien enveloppée dans des cachets de pain azyme. Son efficacité est d'autant plus grande qu'elle est plus récemment pulvérisée; on avait môme proposé, pour satisfaire à cette condition, l'emploi de moulins de poche permettant aux accoucheurs de la triturer au lit de la malade.
On rapproche plus ou moins les prises suivant les indications thérapeutiques : ainsi comme agent obstétrical, ou pour arrêter une mélrorrhagic pueipérale, on l'administre de demi-heure en demi-heure, jusqu'à concurrence de 2 à 5 grammes; pour diminuer la congestion utérine, on mot un intervalle de cinq à six heures entre les doses; enfin, dans les affections du système nerveux, on abaisse les doses à iO centigrammes, que l'on répète plusieurs fois par jour. Si on lui demande de produire des effets à longue échéance, on peut adopter la forme pilulaire.
L'infusion d'ergot, qu'on a prescrite dans les cas d'intolérance gastrique, se prépare avec 4 grammes de poudre pour 500 grammes d'eau et s'administre par tasses de 100 grammes environ. M. E. Labbé préfère réduire le véhicule et faire ingérer la préparation par cuillerée. La décoction se prépare par l'ébullition du véliicule.
Le vin d'ergot, peu employé en France, est obtenu par la macération de 1 partie de poudre d'ergot dans 40 parties de véhicule. Cette préparation provoquerait moins de vomissements.
Ldi teinture alcoolique d'ergot au dixième — (1 partie d'ergot et 10 parties d'alcool) — serait très-active. Rarement prescrite, on l'administre par 10 à 30 gouttes. 11 existe une teinture alcoolique au vingt-cinquième obtenue par la macéi'ation de 10 grammes de poudre d'ergot dans 250 grammes d'alcool; on peut l'administrer en potion à la dose de 10 à 15 grammes.
Il existe aussi une teinture éthérée d'ergot, préconisée par les médecins anglais et surtout par Levert, Cette préparation, d'après d'autres observateurs, leurs compatriotes, serait inerte, car elle ne serait qu'un élhérolé de l'huile non résineuse. C'est à bon droit qu'on la qualifie de suspecte et qu'on n'en fait pas usage. *
Le sirop d'ergot de seigle renfermait 1 partie d'ergot pour 5 de véhicule ; on en prescrivait de 15 à 60 grammes par jour; 30 grammes de ce sirop correspondaient à 2 grammes de poudre sèche.
A l'intérieur, on a prescrit Veau hémostatique à l'ergot, obtenue par l'infusion de 100 parties d'ergot dans 500 parties d'eau. On triturait par lixiviation et on aromatisait avec l'alcoolat de citron. Ce topique, comme son nom l'indique, était employé pour arrêter les hémorrhagies.
L'extrait aqueux d'ergot, connu sous le nom d'ergotine Bonjean, est exempt d'huile et probablement plus pauvre en principes actifs que l'ergot en nature.
On le prescrit à la dose de 1 à 4 grammes. On l'administre en pilules de 40 centigrammes à 1 gramme, et en injections sous-cutanées, spécialisées sous divers noms, mais qui sont obtenues en l'incorporant dans le rapport de 5 ou 10 avec l'eau de laurier cerise ou de préférence avec la glycérine, selon la recommandation de Drasche. Le contenu d'une seringue de Pravaz renferme donc, suivant l'un ou l'autre de ces dosages, 50 centigrammes ou 1 gramme d'extrait aqueux.
L'extrait d'ergot, à la dose de 50 centigrammes à \ gramme, entre dans la composition de suppositoires à l'ergot, qu'on a souvent prescrits aux hémorrhoïdaires et aux individus atteints de prolapsus rectal ou utérin et contre les entérorrhagies.
A la dose de 2 à 4 grammes pour 125 ou 250 grammes d'eau, il sert à préparer des lavements et dos injections hémostatiques répondant aux mêmes indications.
L'extrait alcoolique s'obtient en traitant l'extrait aqueux par l'alcool à 90 degrés. Il est deux fois plus actif que lui. C'est Y ergotine vulgaire.
L'ergotinede Wiggers est à peu près inusitée. On ne la prescrit qu'à moindres doses que l'ergotine de Bonjean, et à raison seulement de 1 1/2 gramme à 2 grammes par jour. Buiy recommande même une circonspection plus grande et de ne pas excéder une dose initiale de 10 centigrammes.
Le sirop d'ergotine contient 1 gramme d'ergotine pour 60 grammes de sirop de sucre.
\j' ergotinine de Taitrct est mille fois plus active que l'ergot de seigle. Dans les essais de M. Dujardin-Beaumetz, 4 milligrammes de ce principe, dissous dans l'eau et administrés par voie hypodermique provoquèrent des douleurs stomacales et intestinales. A l'intérieur on prescrit un <6irop d'ergotinine dont chaque cuillerée à caféde principe actif contient un demi-milligramme, et à l'extérieur des injections sous-cutanées d'ergotinine à la dose de un quart à un demi-milligramme.
Parmi les préparations d'ergot les plus connues, signalons : la potion antihémorrhagique et oi^/eVrzca/ede Levrat-Parroton, contenant 2 à 4 grammes de poudre d'ergot pour 160 grammes d'excipient ; — la poudre de Katriner, méX^w^G. de 10 parties d'ergot de seigle pulvérisé pour 25 parties de poudre de cannelle; — les pilules de Robert, contenant 10 parties d'ergot et 5 de camphre, — les pilules d'iodure de fer et d'ergot, renfermant parties égales de ces deux substances; — les dragées d'ergot et de fer, etc., etc.
En raison de la confusion qui règne dans la pharmacologie de l'ergot et de ses produits, il est donc prudent de s'en tenir à l'ergotinine et à l'ergot en nature de préférence aux teintures et aux divers extraits.
Succédanés de l'ergot de seigle. La plupart des Graminées produisent des champignons comparables à l'ergot de seigle par leur nature botanique et leurs propriétés physiologiques. Parmi eux on a employé les suivants comme succédanés du seigle ergoté.
L'ergot du blé, étudié par Clément, Grand, Le Perdriel et Mialhe, est utilisé dans quelques pays ; sa puissance thérapeutique ne paraît pas inférieure à celle de l'ergot de seigle.
L'ergot du maïs, c'est-à-dire le grain de maïs altéré par VVstilago maialis, a été expérimenté par M. Estachy (de Pertuis) comme un succédané utile de l'ergot de seigle. Cet observateur a communiqué ses observations à la Société
ERGOT DE SEIGLE (niBLioGRAPHie). ^45
de clinique, le 27 février 1858, mais l'étude de ce produit est encore trop incomplète pour l'adopter dans la pratique médicale.
L'ergot du riz est employé, paraît-il, aux Indes.
Vergot du dîss {Ampelode mostenax) est populaire en Algérie et possède des propriétés deux fois plus actives que celles de l'ergot de seigle. Au reste, les recherches hotaniques de M. de Maisonneuve permettent d'admettre l'identité du champignon du diss avec le Claviceps pnrpiirea.
L'huile qu'on en extrait par l'éther, le chloroforme et le sulfure de carbone, tient en suspension uno résine. Administrée aux chiens, elle provoque des symptômes toxiques : vomissements, ralentissement du pouls, etc. D'après M. Lallemand et Holmes, on en retire aussi un produit identique à l'ergolino de Wiggers. L'extrait est semblable à l'ergotine de Bonjean.
MM. Charbonnier, Fourneaux etLelièvre, en ont prescrit les préparations à la manière de celles de l'ergot de seigle, et en ont obtenu les mêmes eflets et la mcrae action sur les fibres musculaires lisses et dans les hémorrhagies.
Antagonistes de l'ekgot de seigle. Ce sont la chaleur, l'opium, les alcooliques. On a considéré l'eau régale, le chlore et le tannin, comme ses contrepoisons chimiques. Cu. Éloy.
BriiLtoGiiAi'iiiE. — Pi.iNE. Hist. nalur., 1. XVIII, cliap. xi.iv. — Adam Lonicer. Krciilcrbucli. Francfort, 1582, p. 285. — Thalics (Jolianiics). Sylva llcrcynia. Francfort, 1585. — Bauiiin (Caspar). Pinar theatri botanici, 1623. — DowAnx (L.). Lettre sur le seigle ergoté. In Mém. de l'Acad. des sciences, 1670, p. 582. — Ray. Cat. plantarum angl. Londres, 1677, p. 269. — CAsiEUAnius (J.-R.). Acta Naturcc Cur., cent. 6, 1688. — Fagon (G.-C). Sur le blé cornu en ergot el sur l'espèce de gangrène qu'il procure. In Mém. de l'Acad. des sciences, 1710, p. 61. — Vatku. Diss. de niorbo spasmodico. Silesifc, 1725. — Tissot (de Lausanne). Ptiil. trans., 1766, p. 100. — Mueli.er. Diss. demorbo epid. convuls. coniagiis ejpect., 1771.
— Read. Traité du seigle ergoté; ses effets sur les animaux. Strasbourg, 1771. — Tessier. Mémoire sur les maladies du seigle appelé ergolc. In Mémoires de la Soc. Boy. de méd., 1776, 1. 1, p. 417, et 1778, t. III, p. 587. — Du même. Traité des maladies dei grains, 1785.
— L'.\lbert Moderne. 1782. — ^TAK^is. Account of the Pulvis Parluriens. \n Med. Rep., 1808, p. 508. — Du jiÈME. Observ. on the Secale Cornutum or Ergot of P,ye. In Amer. Med. Recorder, 1828. — Ollivier Prescott. Diss. on tlie Isatural Hislory and Médical Effecls of Secale Cornutum or Ergot. In Med. and Phys. Journal, t. XXXII, p. 90, 1814.
— BiGoniE Laciiart. Effets du seigle ergoté pris comme aliment. In thèse inaug. Paris, an XI.
— Deterdier. Considérations sur le seigle ergoté et sur ses effets délétères. Thèse inaug. Montpellier, 1817. — Bordot. Considérations méd. sur le seigle ergoté. Thèse inaug. Paris, 1818. — Orgollet. Des mauvais effets du seigle ergoté pris comme aliment. Thèse inaug. Strasbourg, 1818. — Guéhard. De la gangrène attribuée au seigle ergoté. Thèse inaugurale, Paris, 1818. — Desgranges (de Lyon). Nouv. Journ. de méd., t. I, p. 54, 1818. — Du même. Ann. clin, de Montpellier, 1822, et Journ. gén. de méd., 1829. — Keil. Diss. de secali cornulo. Berlin, 1822. — Bailly(A.). Dissertation sur l'ergotisme. Thèse inaug. Paris, 1823.
— Davies. Lond. Med. and Pliysiol. Journal, juillet et août 1825. — Léveillé. Mémoire sur l'ergot de seigle. In Annales de la Soc. Unn. de Paris, 1820. — Courhaut. Traité de l'ergot de seigle et de ses effets sur l'économie animale, 1827. — Marshall IlALL./oMr?!aZ analytique, 1829, p. 575. — Barbier (d'Amiens). Revue médicale, 1831. — \Yiggers. Inquisitio in secale cornutum, 1831. — Bazoni. Annali universali di medicina d'Omodei, t. LXX, 1852. — Sparjani. Eod. loco, 1834, t. LXXIl. — Bayle. Bibliothèque thérapeutique, t. LI, p. 534, 1835. — Ducros (de Marseille). Gaz. des hôpitaux, 1835, p. .404. — Boulet (Max). Essai sur les effets du seigle ergoté. Thèse inaug. Paris, 1855. — Leofrasc. Maladie de l'utérus, 1836. — Letrat-Perroton. Recherches et observations sur l'emploi thérapeutique du seigle ergolc, 1857. — Moutai.n. Jeurn. de méd. et de chirur. pratiques, 1837, p. 13. — Allier. Journal des conn. tnédicales, 1838. — Guersant. Journ. de chimie médicale, 1839.
— Hecker. Kriebelkrankheit und Mutlerkornbrand. In Geschichte der neueren Heilkunde, 1859. — Wright (Samuel). An Expérimental Inquiry intro the Physiologicat of Rije. In Edinb. Med. and Surg. Journ., 1854, p. 293 et 1840, p. 1. — Payan. Mémoire sur l'ergot de seigle, 1841. — Du même. Bulletin de thérapeutique, 1841. — Desruelles. Gazette des hôp., 1842. — Delmas. Journal de la Soc. de méd. pratique de Montpellier, janvier 1842. — Cabaret- Journal des conn. médico-chir., janvier 1842, p. 192. — Bo.njeax. Comptes rendus
444 ERGOT DE SEIGLE (bibliographie).
de l'Acad. des sciences, 1842, p. 899. — Du même. Traité de l'ergot de sei/jle, 1843. — BouBiN. Annuaire de thérapeutique de Bouc/iardat, 1843. — Arnai.. Gazette des hôpitaux, juin 1843, n° 67. — Raige-Delorme. Dictionnaire de médecine, t. XXVIII, p. 286, 1854. — Janson, Mémoire sur l'eryotisine gangreneux. In Mélanges de chirurgie. Paris, 1844. — Pabola. Nuove richerche sperimentali sullo sprone de graminacei. In Annali universali di medicina d'Omodei, 184i. — Hardy (G.). The Dublin Med. Journ., novembre 1845. — Ross. The Lancet, 1845, p. 127, t. II. — Sée (G.). Propriétés de l'ergot de seigle. Thèse inaug. Paris, 1846. — Sovet. Action physiologique du seigle ergoté. In Archives de niéd. belges, 1847. — Ulo. Société médicale de Marseille, 1848. — Aknal. De l'action de l'ergot de seigle et de l'emploi de son extrait dans le cas d'hémorrhagies internes. In Mém. de l'Acad. de méd., 1849, t. XIV. — PEriEiiiA. Élém. demat. méd., 1850, t. II, p. 1007. — John Simon. Leçons de pathologie générale. In the Lancet, 1850. — Danïau. Rapport à l'Acad. de méd., 1850. — Mii.i.et (de Tours). Du seigle ergoté sous le rapport physiolog., obstétrical, et de l'hygiène publique, 1852. — Du même. Mém. de l'Acad. de méd., 1854. — Sédillot. Mém. sur les divers liquir/es hémostatiques connus. In Bull, de l'Acad. des se, 1852. — H.ESER (II.). Lehrbuch der Geschichte der Medizin und der epidemischen Krankheiten. lena, 1855. — Rarrier. De l'épidémie d'ergotisme gangreneux. In Gazette médicale de Lyon, mai 1855. — Lasègue. Matériaux pour servir à l histoire de lergotisme convulsif épidémique. In Arch. de méd., mai 1857. — Mitscherlich. Journ. des conn. méd. pharmaccntiques, 20 juillet 1858. — Duclos (de Tours). Recueil des travaux de la Société médicale d'Indre et Loire, \%h^, p. 56. — Ramskill. Emploi prolongé de V ergot durant plusieurs mois. In Med. Times and Gaz., 1860, t. II, p. 650. — Inmax. Ranking's Abstruct., 1860, t. II, p. 5i8. — EuENS. Med. Times and Gazelle, 1860, t. II, p. 24. — .Meveii. Archives générales de médecine, 1863, t. I, p. 350. — Guéri.n. Journal de méd. et de chir. pratiques, 1863, p. 435. — Griepeneri. Répertoire de pharmacie, 186i, t. .XX, p. 286. — Gdémot. Bull, de thérapeutique, 15 novembre 1867. — Cazin. Traité des plantes médicinales indigènes, 1868, p. 980. — Stille. Therap. und mat. Med., 1868, p. 609, t. II. — Holmes (Ch. -Lucien). Étude expérimentale sur le mode d'action de l'ergot de seigle. Thèse de Paris, 1870. — Bailly (E.) et Desnos. Art. Ergot. In Nouv. Dictionn. de méd. et de chir. prat., 1870, t. XIII. — ViGGEBS et lIusEMANN. Jahresbcricht , 1870, p. 582. — Ganser. Arch. de pharm.,
1870, p. 210. — Mervon. The Lancet, 1871, p. 704, t. II. — Haudeun (D.). Ein Beitrag zur lienntniss des Mutterhorns in jjhysiologisch-chemischer Beziehung. Inaug. Dissert. Dorpat,
1871. — James Thompson. Action de l'ergot sur la circulation. In Brilish Med. Journal, 21 septembre 1872. — Weunick. Virchutv's Archiv fur pathol. Anatomie, Bd. LVI, 1872.
— Du même. Ccnlralblatt fur die med. Wissenschaften, 1873, n" 58. — Wet. Med. Times and Gaz., 1875, t. I, p. 350. — Ebertmy. llallenscr Dissert., 1875, — Zweifel. Arch. fur exp. Pathol. und Pliarmacie, Bd. IV, p. 387, 1875. — Bertherand. Gaz. médicale d'Algérie, 25 juillet 1874. — Dragendorff et Podwissotzky. Arch. fiir e.rper. Pathologie und Pharm., Bd. VI, p. 155, 1874. — Des mêmes. Berl. klin. Wochenschrift, 1874, n° 15. — Kohler (II.). Yirchow's Archiv fur pathol. Anatomie, 1874. — Schuller. Med. Times and Gaz., 1874, t. II, p. 665. — Tanret. Comptes rendus de l'Acad. des sciences, 15 novembre 1875, et 8 avril 1879. — Du même. Bulletin de thérapeutique, 1885, p. 266, t. CIV. — Bdckheim (de Giessen). Ueber den ivirksamen Bestandtheil des Mutterkorns. In Arch, fiir exp. Pathol. und Pharm., 1875, Bd. III. — Du jième. Berliner klin. Wochenschrift, 1876, n" 22. — DuBouÉ (de Pan). Recherches sur les propriétés thérapeutiques du seigle ergoté, 1875. — Du même. Association scientifique. Congrès de Clermont-Ferrand, 25 août 1876. — Du même. Bulletin de l'Acad. de méd., septembre 1882. — Boreischa. Veber die Wirkung des Mutterkorns auf das Gefâss- System und die Gebârmutter. In Travail du laboratoire de pkarmacotogie de Moscou, 1874, p. 50. — IIai.dimann (G.). Contribution à l'étude des effets de l'ergotine et de l'ecboline. Thèse inaug. Berne, 1876. — Paul (C). Du traitement rapide des métrorrhagies par les injections sons-cutanées d'extrait de seigle ergoté. In Bull. gén. de thérapeut., 1877, p. 337, t. XCIII. — Marino (Salomon). L'ergotinaper uso ipodermico pella cura délie névralgie. Palerme, 1877. — Pepper (William). Du traitement du goitre par les injections interslilielles d'ergotine. In Boston Med. and Surg. Journal, 25 octobre 1877. — Massini, Ueber die Anwendung der Preparate des Secale cornutum bei Herzkrankheiten. In Corresp. Blatt fur schweizer .Erzte, 1" novembre 1877, n° 21. — Dujaudin-Beadmetz. Bull, de thérapeutique, t. XCIII, p. 85 et 251, 1877. — Floriger et \\k-smt,\. Histoire des drogues d'origine végétale, 1878, t. II. — Estachy (de Pertuis). Société de thérap., 27 lévrier 1878.
— LuTON (de Reims). De la teinture d'ergot de seigle en injections sous-cutanées contre la rétention inorganique d'urine. In Union méd. Nord-Est, avril 1878. — Budin et Galippe. De l'action de l'ergolinine. In Gazette médicale de Paris, 1878, n° 12. — Hervieu (P. -F.). Etude critique sur l'action du seigle ergote et principalement des injections sous-cutanées d'ergotine. Thèse inaug. Paris, 1878. — Peton (J.-H.). De l'action physiologique et thérapeutique de l'ergot de seigle. Thèse inaug., 1878. — Meadow. Med. Ttmes and Gaz.,
ERGOTINE (chimie). 445
t. II, p. 397, 1879. — IlEnRGOTT. Des injections sous-cutanées d'ergotine. In Revue médicale de l'Est, juillet 1879. — Vioal. Société de thérapeut., décembre 1879. — Nothnagel (H.) et RossBACH (M.-J.). Matière médicale et thérapeutique, 1880, p. 741. — Rossbach (J.l. Verhandlungen der physikalisch-medizinischen Gesellschafi zu Wûrzburrj, neue Folge, Bd. VI, p. 19. — Du MÊME. Pharîuakol. Uiitersuchungen, Bd. I, 1873. — Gubi.er. Leçons de thérap., 1880, p. 284. — Gdbler et Labbé. Commentaires thérapeutiques du Codex, 1885, p. 125. — AuNOBLD. Traité d'hygiène, 1881, p. 830. — Lardier. Gaiette hebdom. de méd., 1885, p. 11.
— SouBEiBAN. Traité de pharmacie, 1883, p. G20 et 640. — Rabuteau. Traité de Uiérap et de pharmacologie, 1884, p. 800. — Fonssagrjves. Traité de matière médicale, 1885, p. 603.
— A. Neuel. Albg. Zeitsch. f. psijch., XLl, 1886, p. 4. — Lacroix. Bull. méd. du Nord, 1886. — Staffer. Union médicale, 19 et 21 janvier 1886. — Cauvet. Matière médicale, 1886. p. 201. — Holmes. L'e7-got du diss. In Pharmaceutical Journal, février 1886. — BrNz. Vorlesungen fur Pharmakologie, 1886, p. 229. Ch. É.
ERCiOTliKE. § I. Chimie. Le produit connu sous le nom d'ergotine n'est pas un principe immédiat végétal; on désigne sous ce nom des produits complexes, mal définis, incrislallisables, qu'on retire du seigle ergoté et dont la nature, la composition et les propriétés, varient suivant les procédés qui servent à les extraire. Nous allons passer en revue les principau.x de ces procédés.
EuGOTiNE DE WiGGERS. Ou l'obtient en épuisant par l'étlier la poudre de seigle ergoté; l'étlier dissout des matières résineuses et cireuses et une huile non saponifiable et vénéneu;e. Le résidu est épuisé par de l'alcool bouillant, la teinture alcoolique est concentrée par évaporation; on ajoute de l'eau froide au résidu qui précipite l'ergoline. Le précipité desséché forme une poudre rouge brune, d'une saveur acre et amère. Cette ergotine est insoluble dans l'eau et dans l'étlier, mais l'alcool la dissout aisément. Les acides minéraux étendus ne la dissolvent pas, mais elle est soluble dans l'acide acétique concentré, la dissolution est précipitée par l'eau. Elle est infusible et brûle au contact de l'eau en répandant une odeur particulière. Cette ergotine est toxique ; elle agit d'une manière lente, mais son action est mortelle.
Ergotine de Bonjean. Le procédé de préparation de Tergotine de Bonjean a été adopté par le Codex; il consiste à épuiser par l'eau dans un appareil à déplacement, la poudre de seigle ergoté préalablement épuisée par l'étlier. La solution aqueuse est portée à l'ébullition pour coaguler les matières albuminoïdes qui s'y trouvent souvent contenues, on sépare le coagulum par le filtre et on évapore au bain-marie en consistance d'extrait. Cette ergotine se présente sous la forme d'un extrait brun foncé, homogène, d'une odeur de viande rôtie et d'une saveur amère et un peu piquante; insoluble dans l'alcool et dans l'éther, soluble dans l'eau et formant avec elle une dissolution d'un beau rouge.
Un autre procédé consiste à préparer d'abord un extrait alcoolique dé seigle ergoté et à épuiser cet extrait par l'eau ; la solution aqueuse filtrée est évaporée au bain-marie en consistance sirupeuse et la liqueur additionnée de glycérine, de manière qu'une partie de cet extrait lluide corresponde exactement à une partie de seigle ergoté employé.
Parmi les substances encore insuffisamment étudiées que renferme le seigle ergoté, et qui, suivant le mode de préparation employé, peuvent se trouver dans le produit improprement appelé ergotine, on trouve :
1° Uergolinine : alcaloïde découvert par M. Tanret; 2" une résine soluble dans l'éther et dont les propriétés sont inoffensives ; o° une huile grasse non vénéneuse extraite par expression; ¥ une huile grasse extraite par l'éther, toxique suivant Bonjean, inoffensive suivant d'autres expérimentateurs ; 5" l'ergoline de
446 ERGOTISME.
Wiggers, vénéneuse d'après l'auteur, innocente d'après Bonjean, et enfin 6* l'ergotine de Bonjean qui, en définitive, n'est qu'un extrait aquouv. Lutz.