ÉPILATION
et parce que leur action est bien hypothétirjue, et enfin parce que le cadre de cet article ne saurait permettre pareille incursion.
Indications thérapeutiques. Il me reste simplement à formuler en quelques lignes les indications de l'épilation, indications discutées encore d'ailleurs par un grand nombre de médecins. C'est d'abord des « teignes » que je m'occuperai, car ce sont elles qui Iburnissent le gros du contingent de l'épilation. Examinons donc ce qui doit se faire dans les plus communes d'entre elles : le favus et la tricliophylie.
Sur le premier chef, peu de dissidences ; le favus doit être épilé et, malgré les tentatives et les louanges imméritées adressées au traitement par Yhuiie de crolon, l'épilation reste et restera le traitement par excellence; à elle seule elle assure la guérison absolue du favus, dans un temps variable, suivant ïétendue de la maladie, car, comme l'a très-bien dit mou savant maître le docteur Bcsnier, « la durée du traitement d'une affection parasitaire est proportionnelle à la durée nécessaire à l'avulsion du parasite ». Donc l'épilation doit toujours être pratiquée dans le favus et, si je voulais résumer en axiome l'importance de cette médiciition, je dirais eu ce qui concerne le favus : Sans épilation, pas de guérison. D'ailleurs celle opinion tend à devenir générale, et je ne sache pas que Kaposi, Bulkley, Dubring, pour parler des maîtres modernes de l'étranger, attribuent aux lotions qui suivent l'épilation qu'ils font pratiquer dans le favus la valeur d'une méthode curative. Les deux premiers de ces auteurs ont voulu apporter à l'épilation elle-même des modifications qui ne me semblent pas trèsbeureuscs, mais qui, par leur singularité, méritent deUe consignées ici même. Kaposi recommande de ne pas couper ras les cheveux, qu'il enlève en les saisissant entre le pouce et le rebord d'une spatule. Il prétend aussi faire le triage des bons et mauvais cheveux; ceux qui sont malades, peu adhérents, viendraient à la traction, tandis que les bons resteraient ! Quant au procédé de Bukiey, qui consiste, les cheveux étant coupés courts, à appliquer un bâton de substances agglutinatives (cire, poix, laque, résine, gomme Damar) ramolli par la chaleur et qu'on laisse ensuite refroidir, pnis, lorsqu'on le retire, on entraîne les cheveux en si grande quantité que la surface du bâton ressemble à une très-fine brosse, n'est-ce pas, en vérité, ressusciter la calotte ?
Si pour le favus il y a peu de discordances, en revanche l'épilation dans la trichophytie rencontre de nombreux adversaires. La friabilité extrême du cheveu dans cette maladie qui rend si difficile l'épilation a engagé beaucoup de médecins à préconiser des médications variées : aucune, disons-le tout de suite, ne peut se recommander par des succès assez constants pour qu'elle détronc l'épilation, qui cependant est loin d'avoir la valeur curative que j'invoquais pour elle à propos du favus. Je ne dis rien du procédé opératoire, qui reste le même.
Si des objections ont été adressées à l'épilation dans la trichophytie, je laisse à penser combien elles ont été plus nombreuses et plus fortes contre la pelade, dont la nature parasitaire est encore si dubitative et qui entin fournissait à ses adversaires des réparties dont la plus connue est : « On n'épile pas l'ivoire ». Sans s'arrêter à ces objections, M. Besnier est resté partisan de l'épilation dans la pelade, et voici comment il la fait pratiquer :
Autour de la plaque alopécique on enlève les cheveux grêles, atrophiques, blancs, qui restent, et l'on ne s'arrête que lorsqu'on trouve ainsi une couronne de cheveux normaux et par leur résistance et par leur coloration ; le distingué médecin de Saint-Louis pense ainsi faire la part du mort et du vif, et de fait ce
118 ÊPILATOIRES.
travail de limitation est dans la majorité des cas d'une utilité incontestable ; i{ est de règle de voir la marche extensivc de la pelade subir un arrêt complet, lorsque l'épilation pratiquée ainsi est surveillée avec soin; à coup sur, la pelade n'est pas justiciable et guérissable exclusivement par l'épilation. La médication excitante reste jusqu'à présent celle qui compte le plus de succès, mais l'épilation préventive n'en est pas moins un adjuvant utile.
Si donc on voulait résumer dans une brève proposition les mérites si discutés de l'épilation dans les teignes, on pourrait dire : L'épilation méthodique guérit le l'avus et arrête l'extension du trichophyton et de la pelade.
Le lecteur a compris sans doute que, si je n'ai pas parlé jusqu'ici des sycosis au point de vue de l'épilation, c'est qu'en ce qui concerne le « sycosis parasitaire » ce que j'ai dit du trichophyton s'applique en entier à la trichophytie de la barbe : il faut donc épiler. Cette localisation du trichophyton tonsurans à la face, et en particulier à la barbe, détermine, comme on le sait, des irritations trèsvariables, mais alors même que la démonstration du parasite ne peut être faite, alors même qu'on se trouve en présence d'un eczéma, l'épilation est encore nécessaire. Le poil en effet dans ces cas joue le rôle d'une véritable épine inflammatoire, et nul remède n'est supérieur à l'avulsion du poil dans ces eczémas de la lèvre supérieure qui récidivent si longtemps qu'ils sont parfoisdésespérants pour le médecin.
Ai'rivé au terme de ce rapide exposé des fortunes diverses subies par l'épilation, il me semble permis d'affirmer que, quoique douloureuse, l'avulsion des poils doit être recommandée dans les affections parasitaires et dans la plupart des maladies du système pileux. Attaquée avec violence, défendue quelquefois avec excès, l'épilation ne mérite aucun des reproches indignés qu'on lui adressait; la douleur au moment oii elle est pratiquée cède vite, l'éruption qui suit quelquefois les longues séances (miliaire d'épi lation) est un accident léger et qui prend fin avec la cessation de la cause; le seul reproche qu'on soit fondé à adresser à ce procédé, c'est la difficulté de se procurer en tous lieux des mains exercées, c'est d'exiger un temps toujours trop long au gré du malade, enfin c'est de ne pas constituer à lui seul un mode de guérison absolu : mais quelle est la méthode thérapeutique, si vantée soit-elle, qui ignore les insuccès? L'épi-^ lation a aujourd'hui reçu ses lettres patentes dans la médecine dermatologique, on peut être assuré qu'elle survivra à ses détracteurs. Ed. Juhel-Rénoy.
B'BLioGnAPiiiE. — Guy de Ciiauluc. Grande chirurgie, restituée par M. Laurens-Joubert, in-S". Lyon, :1580. — Amdroise Paré. A Lyon, chez Jean-Grégoire, 1654. il" édition, 17° livr.,. chap. II. — AsTRuc. De la teigne, liv. II, chap. xii. Paris, 1759. — Chiarugi. Délie malattie cutanée sordide in génère e in specie, trattato teorico-pratico, 2 vol. in-8°. Firenze, 1867.
— M. Mahos jeune, liecherches sur le siège et la nature des teignes, 5 pi. col. in-S". Paris, 1829. Baillière. — Rayer. Traité théorique et pratique des maladies de la peau. Paris, Baillière, 2° édit., 1855. — Samuel Pldmde. A Practical Treatise of thc Diseases of tlie Skin, 1824, 4° édit., in-8". London, 1887. — Cazexave. Traité des maladies du cuir chevelu. Paris. Baillière, 1850. — Bazin. Rechei-ches sur la nature et le traitement des teignes, 1855.
— Deffis. Réfutation des erreurs que contient le livre de M. Devergie. Brocli. in-S". Paris. Leclerc, 1857. — Hardy. Leçons sur les maladies, 1858. — Dd même. Traité des maladies de la peau. Baillière, 1886. — Consultez en outre les Traités classiques français et étrangers qui tous traitent incidemment de l'épilation. E. J.-R.
ÉPILAT09Rî:s. Nom donné à des substances diverses dont la propriété est de faire disparaître les poils des régions où ils se trouvent. C'est encore aux Anciens qu'il nous faudrait demander des renseignements,.
ÉPILATOTRES. H9
sinon précis, du moins nombreux, sur ces préparations. Ovide, Martial, qu'à bon droit on a pu nommer « les poëtes de la cosmétique », nous ont en de nombreux passages montré combien les Romains étaient riches sous ce rapport, et aujourd'hui ne voyons-nous pas les pommades, les poudres épilatoires, prônées par de nombreux industriels? D'épilaloires elles n'ont à la vérité que le nom, et leur usage est si peu médical, que je n'essaierai pas d'en donner la fastidieuse nomenclature. Au rang des plus célèbres a ligure la pommade épilatoirc des Irères Malion, qui jouait, au dire de ses inventeurs, un rôle si important dans leur traitement « secret », Que })enser d'elle, la plus réputée entre toutes, alors que l'analyse montrait qu'elle n'était composée que de cendres végétales! Mieux vaut donc nous adresser aux anciens ou aux modernes dont les préparations moins secrètes parai:<scnt moins inactives. Le plus célèbre épilatoire et qui nous vient en droite ligne d'Orient, c'est le rusma. Tous les dépilatoires, épilatoires de nos jours, ne sont que de pâles imitations, quand elles ne sont pas de grossières contrefaçons, de cette célèbre préparation. Au lecteur curieux d'en connaître la composition exacte je renvoie à V Officine de Dorvault, il y trouvera tous les renseignements désirables. Voici en quelques lignes les formules de quelques autres épilatoires.
La poudre épilatoire simple se compose de :
Cliaux vive 125 grammes.
Iris en poudre 15 —
La cire épilatoire :
Poix de Bourgogne 500 grammes.
Vurl de vessie pulvérisé 13 —
L'extrait épilatoire peut être composé avec
Chaux vive 60 grammes
Oipiineut 20 —
Sel de cuivre 8 —
Soufre 8 —
Iris de Florence 60 —
La fameuse poudre de Laforest :
Orpiment 50 grammes.
Litliarge 30 —
Mercure. 60 —
Poudre d'amidon 50 —
L 'épilatoire Boudet fort connu est fait de :
Chaux vive 10 grammes.
Sulfliydrate de soude 2 —
Amidon. 10 —
On délaye cette poudre dans un peu d'eau et on l'applique sur les parties que l'on veut débarrasser de poils.
L'épilatoire de Bœttger ne diffère guère du précédent que parce que le sulfhydrate de chaux y remplace celui de soude.
La plupart des épilatoires, on le voit, ont pour base l'orpiment (le rusma des Oiientaux) ou la chaux, le sulfhydrate de chaux ou de soude.
M. Piesse assure d'après le docteur Redwood que le meilleur épilatoire est fait d'une pâte consistante d'amidon détrempé avec une forte solution de sulfure de baryum.
Ce qui ressort de celte rapide revue, c'est qu'il n'existe pas à proprement parler d'épilatoire, toutes ces préparations ont pour base des sels très-actifs ou (les substances corrosives qui exigent dans leur maniement une grande prudence; l'historicité connue de certaine artiste désireuse de se débarrasser de duvet importun sur les bras, et qui se Ut de profondes brûlures, suivies de cicatrices indélébiles, est à ce point de vue très-instructive; enfin il n'est pas surprenant non plus que des accidents très-graves aient été observés chez les personnes qui maniaient l'orpiment, cette préparation renfermant des proportions colossales d'acide arsénieux (jusqu'à 94 pour 100 d'après Gulilourd) et donnant lieu à de véritables empoisonnements. Il faut donc retenir que, dangereux dans leur application, les épilatoires ne le sont pas moins au point de vue de l'hygiène, qu'ils doivent être proscrits, et qu'enfin aucun d'eux ne peut se réclamer des vertus dont chaque inventeur décore son produit.
pi'iLATio.v ÉLECTRIQUE. Daus CCS derniers temps difféients procédés ont été préconisés pour la destruction des poils, c'est donc en forçant un peu les analogies que je fais rentrer ces moyens dans la classe des procédés épilatoires.
Hardaway, Mickelson, et plus récemment Brocq, ont au moyen de l'électrolyse détruit les poils poussés en un point anormal. Voici le procédé employé par M. Rrocq. Le pôle positif est relié à une poignée cylindrique recouverte de peau de chamois que l'on imbibe d'eau salée et que le malade serre dans sa main; au pôle négatif on adapte un cylindre en métal de 1 centimètre 1/2 de long sur 2 millimètres de diamètre auquel est soudée une aiguille de 2 centimètres 1/2 à 3 centimètres de long et aussi fine que possible à son extrémité; les aiguilles en platine sont préférables parce qu'elles sont les plus fines cl les moins rigides. Avec l'aiguille on « cathétérise » le follicule pileux. En opérant avec précaution, on peut parfois atteindre à une profondeur de 1 et même 2 millimètres sans que le malade éprouve la moindre sensation douloureuse; on perçoit bientôt une légère sensation de résistanre, c'est qu'on est arrivé au bulbe du poil. Avec une pince à épiler tenue de la main gauche, on exerce alors sur le poil une légère traction insuffisante pour l'arracher, puis on fait passer le courant; le poil cède et vient sans que l'on fasse de forte traction.
Nous avons affaire ici à une méthode .vraiment scientifique, médicaJe au bon sens du mot : aussi n'avons -nous pas hésité à la laire connaître, à l'opposer aux procédés des empiriques, procédés toujours dangereux et couronnés de si rares succès. Souhaitons que désormais les préparations vantées sous le nom trompeur à^ épilatoires cèdent, comme c'est justice, le pas aux opérations qui, comme l'électrolyse, sont indemnes de toutes suites fâcheuses et souvent atteignent le but propre, à savoir : la destruction complète du follicule pileux. Eo. Jukel-Réimoy.
EPILEPSIE. CHAPITRE PREMIER. Historique et généralités. L'épilepsie a un domaine tellement vaste, à frontières si imparfaitement limitées, qu'il nous est impossible de donner une définition avant d'avoir exposé notre manière de comprendre le sujet. Pour arriver à se faire une idée nette de l'épilepsie, il faut peu compter sur les travaux des Anciens, qui n'avaient pas de centres d'observation, qui étaient dépourvus de moyens d'investigations anatomiques, et surtout de ce fil conducteur que nous fournit la physiologie. Aussi jusqu'au commencement de ce siècle l'épilepsie n'a-t-elle été étudiée qu'au point de vue symptomatologique et même d'une façon très-incomplète. Aux
époques de ténèbres on considérait les épileptiques, tantôt comme des maudits à séquestrer (m. (Ucmoniacus), tantôt comme des malades inviolables {m. sacer). Hippocrate {de morho sacro) protesta contre celte idée de mal sacré. Le mal n'était pas, disait-il, plus divin que les autres maladies qui al'lligent l'humanité. C'était à ses yeux une affection très-souvent sympathique, c'est-à-dire à causes saisissables. Celse a peu écrit sur l'épilepsie, qu'il appelait morhus major. Arétée l'a étudiée de plus près, mais sans ajouter de notions fondamentales. Galien la connaissait en clinicien et son talent habituel d'observation se retrouve dans la célèbre consultation sur un enfant épileptique; Alexandre de Tralles l'a surtout étudiée chez les enfants. Rhazès, Avicenne, ont entrevu l'épilepsie toxique. jAprès trois siècles de silence, les études médicales reprennent leur essor; celle de l'épilepsie lit quelques nouveaux progrès avec Jean Fornel, médecin de Catherine de Médicis, qui trace de la grande attaque une description célèbre. Paracelse traite l'épilepsie en véritable médicastre, puis Sennert, dan.s une œuvre de vaste compilation, réunit tous les documents épars. Ensuite vinrent les anatomistes, Théophile Bonnet et ses collaborateurs d\i Sepulchretum aiiatomician, Morgagni, qui firent plus pour la connaissance de l'épilepsie que tous leurs successeurs : Wepfer, Hoffmann, lioerhaave. Van Svvieten, de liaën, Burserius, Sauvages, Bordeu, Barthez, qui, eu dernière analyse, se sont contentés de « grossir la collection des observations d'épilepsie. » L'apparition du livre deTissot (1771) marque une date importante dans l'historique de la question. Ce traité résume la science de l'époque et apprécie avec une remarquable sûreté de jugement la valeur de toutes les conquêtes antérieures.
Au début de ce siècle, la création des services d'épileptiques, la possibilité d'observer journellement de nombreux malades, permirent à Pinel, Maisonneuvc, de recueillir de nouvelles connaissances, utilisées par Bouchet et Cazauvielh (1826), résumées par Portai (1827), fécondées par llerpin et Delasiauve (1854), qui ajouta aux résultats antérieurs ceux d'une vaste expérience et d'une longue patience qui confinait au génie. Malheureusement, le sol manquait encore à l'édifice; le fonctionnement de l'appareil cérébro-spinal était entouré d'un impénétrable mystère : aussi les chapitres relatifs cà l'anatomie et à la physiologie pathologique, à la nature de l'épilepsie, sont-ils, dans l'important traité de Delasiauve, d'une pauvreté désespérante.
Avec les recherches des physiologistes et surtout des anatomo-palhologistes modernes l'étude entre dans une voie plus féconde. Mais ce serait nous exposer à des répétitions inutiles que de mentionner ces travaux, que nous mettrons ultérieurement à large contribution. Nous donnent-ils actuellement la raison dernière des phénomènes, le pourquoi du pourquoi? Nous permettent-ils de concevoir l'épilepsie avec toute la netteté désirable? Hélas! pas encore, mais l'avenir est k eux et dès maintenant le terrain nous semble assez préparé pour permettre de grouper les matériaux accumulés par les cliniciens, de les consolider l'un par l'autre, de faire en somme une étude d'ensemble de l'épilepsie qui satisfasse à la fois les exigences du psychologue ou, pour mieux dire, du physiologiste, du juge d'instruction, du praticien ordinaire et de l'aliéniste. Les aliénistes sont, en effet, de tous les médecins, ceux qui se désintéressent le moins de l'étude de l'épilepsie. Il sont en relation permanente avec les épileptiques, et les travaux des Morel, Falret, Lasègue, Voisin, Legrand du Saulle, Magnan, en France, pour ne citer que les principaux, en fournissent le plus éclatant témoignage.
122 ÉPILEI'SIE.
Quel est exactement le domaine de l'épilepsie? Faut-il le circonscrire en lui imposant des limites artificielles dans l'espoir de le creuser plus profondément, faut-il lui laisser toute sa surface, au risque d'arriver à méconnaître sa délimitation, tant cette surface est immense, tant les frontières sont indécises, tant l'épilepsie a de rapports avec les territoires voisins? Lasègue a attaché son nom à la délimitation artificielle. Pour lui, ni l'alcool, ni le plomb, ni la sypliilis, ni même les tumeurs cérébrales, ne provoquent l'épilepsie. Nul ne doit èlre déclaré épileptique, si la crise se tient au second plan et s'il existe des troubles cérébraux avérés qui ne relèvent pas d'elle. Pour lui, l'épilepsie est une maladie de développement, qui n'éclate qu'à un âge défini, « qui est non pas invraisend)lable, mais impossible au delà de l'âge de vingt ans », qui apparaît au milieu de la santé la plus florissante « sans avertissement à l'usage des plus habiles », sans aura; qui ne guérit jamais; qui, en somme, a une individualité, une évolution qui lui est propre, et qui n'a pas d'involution. Elle n'emprunte rien aux circonstances extérieures : sauf le sommeil, il n'est pas un élément de la sauté ou de la maladie dont elle reconnaisse l'influence nuisible ou utile. La vie la plus correcte ou la moins régulière n'ont aucune importance. C'est une infirmité qui ne s'acquiert que par deux procédés possibles : ou par un traumatisme du crâne à lésions immuables ; ou par une déformation spontanée, survenant au moment de la vie où les os se soudent définitivement.
Quanta l'épilepsie de l'enfance, à ses rapports avec les convulsions; quant à l'épilepsie larvée, aux vertiges, à la folie épileptique, Lasègue, ne pouvant pas les faire rentrer dans le cadre qu'il avait cru devoir imposer, les passait ordinairement sous silence dans ses leçons, dans ses communications, dans ses travaux écrits. Il s'efforce même dans ses études sur les cérébraux, sur les vertiges, de différencier de l'épilepsie une foule d'états cérébraux « indécis pendant les rémissions, capricieux pendant les accès, à périodicité irrégulière. » Il chercbe à faire un groupe spécial de tous les délires impulsifs qui, à son dire, n'ont rien de commun avec l'épilepsie. 11 affirme plus qu'il ne le démontre qu'en particulier cette catégorie d'impulsifs, désignés par lui sous le nom historique d'exhibilionistes, se différencient des aliénés épileptiques.
Bref, à ses yeux, l'épilepsie avait un domaine des plus restreints, et son étude n'était pas compliquée. Ces affirmations d'un homme si compétent, avant vécu au milieu des malades, « s'appuyant sur des centaines, j'oserais dire sur des milliers d'observations », d'une expérience profuse, en un mot, étaient bien de nature à bouleverser les idées courantes ; chose curieuse, elles n'excitèrent à l'Académie et dans la presse médicale pas d'autre protestation que celle du silence, et, malgré les efforts de Lasègue, le cadre de l'épilepsie s'étend de jour en jour. La tendance actuelle, encore mal formulée, mais incontestable, est de faire rentrer dans l'épilepsie non-seulement toutes les épilepsies symptomatiques de lésions cérébrales ou méduUuires, mais encore toutes les pseudoépilepsies minutieusement étudiées en ces dernières années, la plupart des convulsions des enfants, l'éclampsie des femmes en couches, et d'autre part le domaine du délire épileptique s'étend presque à l'infini. Est-ce un bien, est-ce un mal? De quel côté est la vérité?
En principe, il est nécessaire de voir de haut, pour voir loin, de généraliser plutôt que de morceler les questions de pathologie, mais surtout de ne pas torturer les faits pour les forcer à rentrer dans un cadre déterminé à l'avance. Or, si l'on se laisse guider par l'observation, sans idée préconçue, en faisant
table rase de doctrines surannées, on arrive à se convaincre que le domaine de l'épilepsie est on eflet extrêmement vaste et que des transitions insensibles permettent de faire rentrer dans l'épilepsie une foule d'états patbologiques. C'est quand nous en aurons mentionné les principaux que nous pourrons hasarder une définition de l'épilepsie.
Divisions. Y a-t-il lieu de maintenir la division des épilepsies en idiopathiques, symptomatiques et sympatiii(|ues? lîlle est essentiellement artificielle, insiiflisante et loin de la simplilier, elle ne fait que compliquer l'étude de l'épilepsie : c'est ce qu'il nous faut tout d'abord démontrer : prenons pour cela quelques cas très-simples, au hasard, dans un recueil quelconque d'observations.
En août 1881 (thèse de Greffier), à la consultation externe de M. Charcot, un homme accuse de l'épilepsie partielle (bras droit), datant de trois ans, alternant avec des accès complets, qui commencent aussi par le bras droit, sans aura. Il est tombé sur la tète vingt ans auparavant et présente encore sur le côté gauche du ciâne une cicatrice bien nette. 11 est donc resté dix-sept ans sans éprouver la moindre perturbation et le biomure a eu pour effet de diminuer ses attaques. Doit-on dire qu'il a de la véritable épilepsie? Lasègue lui-même n'aurait pas hésité à l'affirmer, malgré sa tendance à restreindre le cadre de l'épilepsie, tandis que la plupart des palhologistes en feront de l'épilepsie symptomatique, et nous verrons plus loin qu'il serait plus rationnel encore d'en faire de l'épilepsie réllexe.
Autre exemple emprunté à Al ihaus {Mecl. Times,lSl'i). Un enfant né de parents syphilitiques, n'ayant aucun stigmate de la maladie héréditaire, a, de deux à neuf ans, des crises typiques d'épilepsie et extrêmement fréquentes (jusqu'à sept en un jour) sans autres accidents nerveux concomitants; à neuf ans, son intelligence commence à fléchir et, après avoir essayé diverses médications, xVlthaus le traite par l'iodure et le guérit. Son épilepsie était donc symptomatique, mais les médecins qui avaient vu le malade avant le docteur Althaus n'étaient-ils pas en droit absolu de considérer l'épilepsie comme essentielle? Ses crises étaient celles de l'épilepsie; leur fréquence seule était peut-être quelque peu anormale; en dehors des crises, la santé était irréprochable. L'erreur de ces praticiens est donc tout à fait excusable, et la responsabilité en incombe à la doctrine qui lui a donné naissance. Un homme atteint de taenia a de l'épilepsie; on le débarrasse de son parasite et, du même coup, on le guérit de son épilepsie. C'est bien là de l'épilepsie sympathique. Mais, si son épilepsie survit au parasite, ce qui arrive quelquefois, dira-t-on encore qu'elle est sympathique? n'est-elle pas plutôt essentielle, résultant de l'habitude morbide? Au point de vue symptomatique, toutes les épilepsies, quelle qu'en soit l'origine, peuvent, de Taveu de tous les pathologistes, se ressembler d'une façon absolue. Fournier, qui s'efforce de différencier les épilepsies syphilitiques de l'épilepsie vulgaire, est obligé d'avouer que dans certains cas ces pseudo-épilepsies, ces épilepsies symptomatiques, ressemblent tellement à l'épilepsie vraie, qu'il est impossible de les différencier de visu. Ne voit-on pas d'ailleurs chaque jour l'épilepsie partielle (symptomatique) alterner avec des crises d'épilepsie totale, ressemblant de tous points à l'épilepsie dite essentielle, soit que l'épilepsie totale ait ouvert la scène, soit qu'elle ait fait son apparition après un certain nombre d'attaques partielles ou bémilatérales? Calmeil, Trousseau, ont longuement insisté sur ces transformations.
l.e petit mal peut être également la manifestation de toutes les épilepsies; les troubles cérébraux, la manie, appartiennent aussi bien à l'épilepsie dite (( symptomatique » qu'à celle qu'on s'obstine à considérer comme essentielle. Nous relaierons plus loin l'histoire d'un malade, que nous avons vu entrer à l'hôpital dans un véritable état de mal, chez lequel nous avons constaté ensuite des crises isolées absolument caractéristiques de l'épilepsie dite « essentielle », qui avait eu des vertiges, des absences, et pendant trois mois un trouble mental des plus extraordinaires. Ce malade, qui se suicida, nous donna occasion de rectifier le diagnostic d'épilepsie idiopathique qui avait été porté et maintenu pendant toute la durée de sa vie.
Au point de vue pronostique, la division des épilepsies en essentielles, symptomatiques, sympathiques, n'a absolument aucune importance. Nous verrons que l'épilepsie dite essentielle peut n'être pas plus grave, quand elle est traitée dès le début, que certaines épilepsies symptomatiques, que le pronostic des épilepsies sympathiques est le même que celui des symptomatiques, c'esl-àdirc qu'il varie d'un malade à l'autre, suivant la nature, l'ancienneté, le siège de la lésion initiale.
Knfin, et c'est là l'argument le plus décisif, la division des épilepsies habituellement adoptée est non-seulement inutile, mais elle est dangereuse, en ce sens qu'elle égare souvent la thérapeutique par une voie détournée. A partir du jour où l'on admettra qu'il n'y a pas d'épilepsie essentielle, les praticiens mettront dans rexamen du malade, dans l'enquête sur ses antécédents personnels et héréditaires, plus de soin qu'on n'en met d'habitude dans l'examen d'un épileptique vulgaire. Dans l'état actuel des choses, le médecin appelé auprès d'un épileptique, s'il a pu constater une crise classique de grand mal, considère son diagnostic comme suffisamment établi. 11 se retranche derrière le dogme de l'épilepsie essentielle et ne va pas chercher au delà. Il prescrit le bromure avec plus ou moins de conviction et se retire avec la conscience du devoir accompli. 11 ne se donne pas la peine de rechercher les traces d'une blessure du ciâue, ou la syphilis, soit héréditaire, soit acquise; il lui arrive même de prendre (nous en avons vu des exemples) pour épiiepsie essentielle une épiiepsie provoquée par un excès alcoolique accidentel. Ces grossières erreurs de diagnostic et de thérapeutique sont, non pas excusables, mais rendues possibles et, jusqu'à un certain point, favorisées par la notion de l'épilepsie essentielle. Ajoutons enfin que cette notion n'a rien de logique, l'esprit se refusant à admettre une lésion fonctionnelle sans une modalité de l'organe qui préside à la fonction. « Toutes les convulsions épileptiformes, bien que tenant à des causes éloignées très-diverses, sont l'expression de la même modalité intime » (Trousseau). Grasset n'admet pas non plus l'épilepsie essentielle. Toute épiiepsie, toute névrose, est à ses yeux symptomatique de quelque chose, soit d'un état local, soit d'un état général, dont la névrose est l'expression.
Restent donc les épilepsies symptomatiques et réflexes. Nous espérous démontrer, à propos de la physiologie pathologique, qu'elles se confondent absolument. De sorte qu'il ne l'esterait rien de l'ancienne division des épilepsies, qui n'a survécu que parce qu'elle avait la prétention d'être basée sur 1 etiologie et que seules les é])ilepsies symptomatiques auraient le droit à l'existence.
L'épilepsie, quelle qu'en soit l'origine, peut se révéler par mille et une manifestations, que l'on peut diviser en deux grandes catégories : épilepsies convulsives et épilepsies non convulsivcs. Dans le premier cas, les convulsions
peuvent être généralisées, hémilatérales, partielles ou parcellaires; dans le second cas, elles font complètement défaut et sont remplacées par des troubles psychiques vaiiés (équivalents psychiques). Mais la coexistence fréquenle de ces deux catégories de manifestations, leur alternance chez le même individu, les cas de transition, permettent d'affirmer leur commune origine ; l'épilepsie ainsi comprise peut être définie : l'ensemble des manifestations, soit d'ordre convulsif, soit d'ordre purement psychique, par lesquelles le système nerveux central trahit par intermittence une modalité anormale de ses éléments intimes, modalité encore inconnue dans son essence, mais plus ou moins susceptible d'être rectifiée, et ayant le plus souvent, pour causes prochaines, des lésions appréciables de l'encéphale, de la moelle ou du sang. Cette définition d'un sujet à limites indécises n'a certes pas la précision que doit souhaiter tout esprit philosophique, mais elle nous semble échapper aux reproches qu'on peut adresser à la plupart des définitions habituellement données de l'épilepsie.
Les unes sont, en effet, insuffisantes, parce qu'elles ne définissent pas toute l'épilepsie, et qu'elles négligent le groupe important des perturbations psychiques; les autres parce qu'elles introduisent dans les termes de la définition des caractères inconstants tels que l'apyrexie, l'incurabilité, etc.
D'ailleurs qui peut se flatter de donner une définition scientifique d'un groupe quelconque de phénomènes pathologiques? Qui a jamais donné une bonne définition du rhumatisme, de l'eczéma? Où finit l'eczéma symptôme, où commence l'eczéma maladie? Etcepcndant l'eczéma représente quelque chose de tangible, de facilement abordable, de simple, d'un domaine borné, si on le compare à celui de l'épilepsie.
Sans nous arrêter plus longtemps à ces considérations qui seront d'ailleurs rappelées forcément et à dessein dans le cours de ce travail, entrons tout de suite dans la description des manifestations de l'épilcpt^ie, en commençant par les manifestations convulsives. Un chapitre ultérieur sera consacré aux manifestations non convulsives, puis nous essayerons d'expliquer par quel mécanisme se produisent, non-seulement les convulsions, mais les divers troubles somatiqucs, caractéristiques des attaques ; nous tâcherons ensuite de donner une interprétdlion des troubles psychiques. Cette étude de physiologie pathologique facilitera celle des causes de l'épilepsie, en nous permettant de les grouper d'une façon logique et de procéder du simple au composé, du connu à l'inconnu. 11 nous sera possible ensuite de différencier les épilepsies les unes des autres et de les distinguer de ce qui n'est pas l'épilepsie, puis d'indiquer le pronostic et le traitement de chacune d'elles, variables suivant l'origine, l'ancienneté, etc., etc. Quelques considérations médico-légales et quelques études statistiques termineront ce travail, qui n'a pour prétention que de donner d'une façon aussi exacte que possible le bilan de nos connaissances actuelles sur cette importante et malheureusement obscure question.
CHAPITRE II. Symptômes. § I. Épilepsies convulsives. On peut, pour la lucidité de la description, réduire à cinq groupes, les manifestations convulsives de l'épilepsie :
1° Le grand mal comitial;
''2° Les accès incomplets;
3° Les petites attaques avec convulsions très-limitées, mais avec perte de conscience des actes accomplis (vertiges, petit mal);
¥ Les épilepsies partielles hémilatcrales ou même n'atteignant qu'un membre, mieux connues sous le nom d'épilepsies jaksoniennes;
50 Les épilepsies qu'on pourrait appeler parcellaires, n'atteignant qu'un groupe limité de muscles et ne s'accompagnant pas de perte de connaissance.
L Grand mal comitial {morbus major de Celse). Son nom vient de ce qu'à I\ome on suspendait les comices quand survenait dans rassemblée un accès d'épilepsie, tant est épouvantable la grande attaque du haut-mal. Elle débute quelquefois brutalement, au milieu de !a santé la plus parfaite, et ce mode de début, sans phénomènes avant-coureurs, est indiqué par Lasègue comme appartenant en propre à la véritable épilepsie. « Tout individu qui a une aura n'est pas un cpileptique » (Lasègue). Cette opinion n'est pas admise par la plupart des auteurs, qui décrivent toute une série de phénomènes avaiit-courenrs, comme pouvant se rencontrer dans toutes les variétés d'épilepsie à graiides attaques. Ce n'est pas seulement la première attaque qui peut avoir de semblables préludes; les attaques ultérieures sont, environ tians la moitié dos cas, annoncées par des prodromes variés, phénomènes précurseurs de l'orage (Delasiauve), qui n'éclia[)pent ni au malade, ni à son entourage. On peut les diviser en signes avant-coureurs et en signes immédiats ou auras.
Prodromes proprement dits. Certaine épileptiques ressentent en eux, plusieurs heures, souvent même plusieurs jours à l'avance, des troubles légers, des inquiélndes nerveuses, des changements fugitifs, qu'ils sont exposés à méconnaître d'abord, mais dont bientôt l'expérience leur révèle la vraie signification; ils pressentent que l'attaque est prochaine, et très-rarement ils se trompent.
Il serait difficile et sans grand intérêt de faire connaître les variétés infinies de ces accidents précurseurs, qui peuvent affecter tous les organes, sans se localiser dans aucun. Le malade sent un mystérieux travail se faire en lui, pendant plusieurs nuits il éprouve de l'insomnie, des cauchemars, des grincements de dents, des rêves fantastiques, des terreurs. Voisin a vu des malades dont les crises étaient toujours annoncées par un état intense d'excitation génitale, des érections diurnes de plus d'une demi-heure de durée, des pollutions nocturnes et des rêves voluptueux,
Cliez d'autres, les prodromes consistent en troubles cutanés d'origine vasomolrice. C'est ainsi qu'un malade de M. Fournier présentait sur le côté gauche du cou, deux ou trois jours avant la crise, une plaque érythémateuse ; ce fait est à rapprocher d'un rash sur toute la surface du corps que Voisin a vu deux fois au début des attaques. L'entourage ne se trompe pas sur l'importance des prodromes; le malade se montre en effet, pendant plusieurs jours, triste, hargneux, irascible. La moindre contradiction provoque des accès de colère et de fureur, et ces changerements d'humeur occasionnent souvent des actes regrettables ; les malades jouissant d'une apparente lucidité paraissent absolument resiionsables; très-rarement ils sont expansifs, gais, bienveillants ou satisfaits; Ma"nan en a cependant cité un cas des plus intéressants.
Auras. Les phénomènes avant-coui^eurs de ia deuxième catégorie ou les auras signalées et dénommées par Galien naissent, au contraire, immédiatement ou très-peu de temps avant la crise, et s'identifient avec elle. Ils sont comme la traduction extérieure du malaise de la région cérébrale sur laquelle va tout d'abord se porter la décharge épileptique (Magnan). On peut, comme Delasiauve et Magnan, les distinguer en auras motrices, sensitives, sensorielles et intellectuelles. Un de leurs caractères communs, c'est d'offrir chez le même sujet une
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constance remarquable, sur laquelle nous aurons à revenir, principalement à propos des auras intellectuelles. Ilàtons-noiis cependant d'ajouter que l'aura ne précède pas fatalement toutes les attaques cliez le même individu, et que les diverses auras diffe'renciées pour les besoins de l'analyse s'associent le plus souvent.
Aura motrice. L'aura « dite motrice » a pour siège babituel le membre thoracique et surtout la main. Voisin a vu des malades cliez lesquels elle occupait un ongle, un seul doigt, toujours le même. Le spasme qui l'accompagne tend toujours à monter (aura ascendante). Tli. Bonnet a signalé un cas exceptionnel d'aura à la fois montante et descendante. Les malades ressentent alors des palpitations musculaires, des tremblements et des secousses. Cliez deux malades de Trousseau l'attaque débutait par une vive douleur dans le pied ou la main, suivie bientôt de convulsions de ces membres; puis les convulsions gagnaient la jambe ou le bras et ce n'était qu'au bout de quinze à vingt secondes que survenait la perte de connaissance. C'est encore à l'aura motrice que l'on peut rapporter les violentes palpitations de cœur, indiquant le début de l'attaipie (Voisin en a cité deux observations), et les impulsions irrésistibles qui font aller le malade en avant ou en arrière, en lui imprimant un mouvement gyratoire. Il tourne alors sur lui-même une ou deux fois, comme les moutons atteints de tournis, ou se précipite en avant, renversant tout sur son passage, descendant les escaliers au galop, sans avoir une conscience nette de ces mouvements involontaires {aura cursativa). Ce fait est à rapprocher de la tendance, que nous étudierons plus tard chez les aliénés épileptiques, à marcher devant eux pendant de longues heures au point de s'égarer loin de leur domicile. C'est souvent là une des manifestations de l'aura intellectuelle, tant il est vrai que les distinctions entre les auras motrices, nitellectuelles, sensilives, ne sont que théoriques et ne doivent être maintenues que pour faciliter les études. W. Bevan Lewis [Med. Times and Gazette, 18 mars 1876) arrive à conclure de nombreuses observations que l'exagération anormale de l'activité motrice des cellules se traduit longtemps avant l'accès par une élévation constante et graduelle de la température, qui atteint son maximum immédiatement avant l'attaque, en même temps que surviennent des signes très-nets de parésie vaso-motrice. L'attaque met un terme à cet excès de calorification. Ce fait mériterait d'être contrôlé. Voisin, qui a étudié la température des membres chez les épileptiques avant l'attaque, dit bien que, quand les malades accusent une aura péiiphérique, « la température des extrémités est continuellement plus élevée de 4 à 5 degrés que dans l'état antérieur », mais il ne parle pas de la température centrale pendant les heures qui précèdent l'accès.
Aura sensitive. Tantôt c'est une sensation de vent froid ou chaud [aura, souffle), de chatouillement, de frissonnement, d'engourdissement, de douleur, qui part d'un point quelconque du tronc ou des membres. De ses statistiques Delasiauve arrive à conclure que l'aura sensitive part à peu près aussi souvent de l'épigaslre, de la région périombilicale, de la tête, du pharynx et du tronc, que des membres. La plupart des neuro-pathologistes admettent que l'aura abdominale et thoracique a le plus souvent son siège dans l'estomac. Les autres organes sont par ordre de fréquence : les intestins, le pharynx et les organes du petit bassin. Si l'aura débute par l'estomac, les malades éprouvent une sensation de constriction, de pesanteur, bientôt suivie de nausées, de vomissements (Boyer, Encéphale, 1881). Dans le cas d'aura pharyngée, le malade
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accuse au niveau du pharynx une sensation de picotement, et bientôt il éprouve comme un sentiment d'obstruction de l'arrière-gorge. L'aura vient-elle à débuter par les organes respiratoires, les épileptiques signalent un spasme du larynx avec resserrement du cou, étouffcment et suffocation. La durée de l'aura sensitive est en général très-courte, mais, par exception, elle peut être de plusieurs heures. Tel était le cas d'une malade de Mercier [Drain, 1883), chez laquelle l'aura durait deux à trois heures. C'était une sensation douloureuse généralisée, mais particulièrement aiguë à la tète et à la poitrine. Pressée de définir ce qu'elle éprouvait, la malade répondait qu'elle ne pouvait décrire celte sensation, parce qu'elle était trop « horrible ».
iwra sensorielle. Les hallucinations de la vue semblent être les plus fréquentes. Pendant une à deux minutes, l'épileptique voit tantôt les objets sautiller autour de lui ; dans d'autres cas, il se voit entouré de flammes et se précipite par la fenêtre pour y échapper. Magnan cite le cas d'un militaire qui, blessé à la tète pendant la campagne, voyait au début de ses attaques les objets sautiller, les hommes, les arbres, prendre des dimensions gigantesques. Il percevait deux yeux qui s'avançaient en grandissant, se rapprochant de plus en plus, et au moment où ils allaient l'envahir il perdait connaissance. Quelques individus sont prévenus de leur accès par un goût de sang à la bouche. Certains malades perçoivent une odeur agréable, toujours la même (Jackson); d'autres se bouchent le nez, croyant sentir une puanteur extrême.
Cliez d'autres les accès commencent par des hallucinations de l'ouïe (Ornerod, Brain, 1883) ; bourdonnements d'oreilles, sifflements, audition de cloches, parfois même d'injures et de menaces; chez d'autres enfin, par des hallucinations du goût (J. Frank). Telles sont les fausses sensations les plus habituelles qui peuvent pousser les malades au meurtre, à l'incendie ou au suicide. On a vu les cinq sens affectés chez le même sujet. Lelut en a rapporté une observation remarquable dans le a démon de Socrale ».
Aura intellectuelle. Les troubles psychiques qui annoncent l'accès ont, à l'inverse des autres auras, une durée souvent très-prolongée ; leur description se confond avec celle de la folie préépileptique.
On peut, avec "NVendel (Berlin, 1884), les diviser en quatre grandes catégories que nous retrouverons dans une étude plus détaillée sur la folie épileptique. Ils consistent en :
1° Dysmnésie avec obnubilation de la connaissance et; somniation;
2" Agitation et manie;
o" Prodromes mélancoliques et penchant au suicide ;
4° Conceptions irrésistibles avec acte^ de violence.
Un de leurs plus remarquables caractères, c'est, sinon leur constance, du moins leur uniformité chez le même malade. « Celui qui a été témoin une fois de ces auras intellectuelles les retrouvera toujours chez le même malade, à chaque accès ultérieur, car ils se reproduiront avec la plus invariable uniformité; même souvenir, mêmes idées, mêmes sensations fausses. Une seule circonstance peut les modifier : la médication bromurée, en effet, supprime d'ordinaire les auras physiques et intellectuelles. Le malade tombe alors, sans être préalablement averti » (Legrand du Saulle) ; J. Faliet croit que très-souvent le souvenir, l'idée ou l'image dont nous venons de parler, ne sont rien autre chose que la reproduction de l'idée ou de la sensation qui ont provoqué chez le malade la première attaque épileptique. Cette opinion n'est pas généralement acceptée.
Dans la plupart des cas d'aura motrice et sensitive le malade conserve le souvenir de ce qu'il a e'prouvé et il peut tout raconter avec des détails précis. Dans les cas d'aura intellectuelle, il ne se rappelle quelquefois aucun de ses troubles psychiques, aucune de ses hallucinations et aucun des actes qu'il a pu accomplir sous leur empire. Cette absence du souvenir, que nous retrouverons à chaque pas dans l'étude de la folie épileptique, peut être déjà constatée dans l'aura intellectuelle.
Description de Vatlaque. Avec ou sans aura, avec ou sans prodromes, l'attaque épileptique débute d'une façon terrifiante. Le malade est littéralement foudroyé; la perte de connaissance est subite et absolue. Il pâlit, pousse un cri et tombe; dès ce moment l'insensibilité est complète; aussitôt les traits se contractent, la tête tourne légèrement; les commissures de la bouche et des yeux se dévient à droite ou à gauche; les mâchoires se resserrent; les pupilles se dilatent, les yeux se portent en haut ; la respiration se suspend ; la face s'injecte, devient rouge, puis violacée et même noirâtre, surtout aux lèvres et aux yeux. Le pouls est petit, accéléré ; un jet d'urine s'échappe, des gaz et des matières sont brusquement expulsés. Lu face est dans un état de distorsion qui la rend horrible à voir : la rotation de la tête est quelquefois assez exagérée pour que le menton vienne reposer sur l'épaule. Enfin, les membres sont dans un état de raideur tétanique qui prédomine dans une moitié du corps. C'est là la période tonique, puis au bout de trois ou quatre secondes, à cette raideur générale du tronc et des membres succèdent des secousses brèves, violentes, semblables à des commotions électriques, puis des convulsions cioniques, de plus en plus étendues, toujours plus marquées dans la moitié du corps, qui, quelques instants auparavant, avait été la plus rigide. La tête exécute les mouvements les plus extraordinaires, les yeux roulent dans les orbites, ou encore se convulsent, de façon à ne plus laisser apercevoir que la sclérotique; le front est agité de mouvements ondulatoires; les sourcils s'abaissent et se rapprochent; les paupières à demi fermées sont parfois agitées d'un clignement incessant. Tous les autres muscles de la face ne sont pas moins agités et ces grimaces coïncidant avec la turgescence de la face et du cou augmentent encore l'horreur du spectacle. Les mâchoires s'entre-choquent et se meuvent de manière à produire un grincement perpétuel, assez fort pour biiser les dents, et la langue projetée entre les arcades dentaires est plus ou moins profondément mordue. Le sang qui s'écoule alors colore l'écume qui baigne les lèvres et qui est rendue par jets saccadés; des mucosités sortent en même temps des narines, le tronc est jeté d'un côté à l'autre, les membres sont agités de secousses continuelles, mais presque toujours du même sens. Les pieds trépignent violemment; dans certains cas les membres se contournent et exécutent avec une violence inouïe tous les mouvements possibles. Les pouces sont presque toujours fortement fléchis. Bientôt la suffocation qui paraissait imminente disparaît, mais la respiration est convulsive, inégale, mêlée de sanglots, de cris rauques. Le cœur bat avec force, sous l'influence de la gêne circulatoire, le sang peut s'échapper par le nez, les yeux, les oreilles, les Bronches, par les capillaires cutanés (taches purpuriques), par les capillaires du cerveau. Les sphincters se relâchent et laissent écouler l'urine et les matières fécales par un mécanisme différent de celui du début de l'attaque. Des flatuosités parcourent bruyamment le ventre dans certains cas, dans d'autres surviennent des érections suivies quelquefois de pollutions.