‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales v.36Chapitre 23 sur 49 · CH'^O + 1 2 0 = 4 CO^ + 5 H^O · texte numérisé non relu

CH'^O + 1 2 0 = 4 CO^ + 5 H^O

Si l'on enflamme un mélange de vapeur d'éther avec un excès d'oxygène, la même réaction a lieu avec explosion. La même vapeur, enflammée dans une éprouvette au contact de l'air, donne naissance à une petite quantité d'acétylène.

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L'oxydation de l'éllier est nolablemeut activée par la présence du platine; l'expérience de la lampe sans flanuae réussit mieux encore avec l'éther qu'avec l'alcool ; les produits de l'oxydation sont du reste les mêmes qu'avec ce dernier. Pour réaliser l'expérience, on suspenil dans un verre, au fond duquel se trouve un peu d'éther, un fil de platine enroulé en spirale et préalablement chauffé au roupie; l'incandescence se maintient tant que l'air peut se renouveler convenablement.

L'éther qui a éprouvé un commencement d'oxydation, partant d'altération, offre comme l'essence de térébenthine la propriété de servir d'intermédiaire à certaines oxydations. Cette circonstance et la présence de l'acide acétique rendent dangereux l'emploi en médecine d'éther qui ne serait pas chimiquement pur.

L'oxygène ozonisé oxyde l'éther anhydre en formant du peroxyde iVélhyle, iC^lP H- 0^ = C*ir-"0"', liquide dense, sirupeux, soluhle dans l'eau, distillant parlicllement, détonant sur l'inllucnce de la chaleur; au contact de l'eau, il donne de l'alcool cl de l'eau oxygénée :

C^H^oQ^' + 511-0 = 4Gni"0 + \m\

Peroxyde d'étliyle. Alcool. Eau oxygénée.

Aussi, à la lempératuie ordinaire, sous l'induence de la lumière, l'éther absorbe lentement de l'oxygène avec formation d'eau oxygénée. La même liqueur donne ensuite lentement de l'aldéhyde, de l'éther acétique, de l'acide acétique, etc.

Les oxydants énergiques agissent sur l'éther de la même manière que sur l'alcool.

Le chlore attaque violemment l'éther. En le faisant agir à froid, il donne des produits de substitution tels que l'éther monochloré, C'H'CIO, liquide, bouillant à 97 degrés; Yélher bichloré, C'IFCl-O, qui bout entre 140 et 145 degrés; ïéther qnadrichloré, C^H^d'O; Véther perchloré, C^Cl^^O, cristallisable, fusible à 69 degrés ; ce dernier se dédouble par la chaleur en chlorure d'éthylène perchloré ou trichlorure de cai'bone et eu aldéhyde perchloré :

G^Cl^oO = G^Cl" + C^'G1»0.

Éilier Trichlorure Aldéiiyile

percldoré. de carbone. perchloié.

Les métaux alcalins attaquent difficilement l'éther; les alcalis hydratés ne l'attaquent pas à 100 degrés, mais vers 250 degrés le transforment en acétate.

L'acide sulfurique monohydraté absorbe l'éther; si Ton chauffe un peu la solution, il se forme de l'acide éthylsulfurique. L'acide chlorhydrique engendre à 100 degrés de l'éther chlorhydrique, l'acide iodhydrique de l'éther iodhydrique. L'action des acides organiques est analogue, mais elle ne se produit qu'au dessus de 500 degrés.

Etiiers composés correspondant aux alcools monoatomiques divers. On conçoit que de même que l'alcool éthylique, les alcools mélhylique, propylique, butylique, amylique, coprylique, éthalique, mélissique, etc., donnent naissance à des séries parallèles d'alcools. Il en est de même des alcools de la série allylique, de la série camphénique, de la série benzyhque, de la série cinnaméique, etc. Nous devons nous borner ici à dire quelques mots des principaux de ces éthers.

ÉTHERS (chimie). 285

Éther mélhijkhlorhydriqne ou chlorure de me'thyle. CIP.Cl. On l'obtient en chauffant dans une cornue 1 partie d'alcool mclliylique avec 5 parties d'acide sulfurique et 5 parties de clilorure de sodium, ou en éthérifiant directement l'alcool métliylique par le gaz chlorhydrique. Le gaz qui se déi^age est lavé, séché et recueilli sur le mercure, puis condensé dans un tube entouré d'un mélange réfrigérant de glace et de chlorure de calcium cristallisé. Dans l'industrie, on l'obtient au moyen des produits volatils de la distillation des vinasses de be'tterave, surtout formés de chlorhydrate de triméthylaniine; c'est l'un des produits de la décomposition de ce corps par la chaleur.

C'est un gaz incolore, d'une odeur agréable, assez soluble dans l'eau qui en dissout 4 fois son volume, très soluble dans l'alcool et l'éther. Liquéfié, il bout à — 23 degrés. Eu faisant passer un courant d'air sec dans l'éther méthylclilorhydrique liquide, ou obtient un abaissement de température à — 55 degrés. Sa vapeur se décompose, en passant dans un tube de porcelaine chaulfé au rouge, en acide chlorhydrique, méthane et autres carbures d'hydrogène.

Lorsqu'on le chauffe avec une dissolution concentrée de potasse caustique, il se transforme en alcool méthylique et chlorure de potassium :

CIPCl -f- KlIO = Cll'O + KCl.

Étlier Alcool

mûlhylchlorliydiique. mclhylique.

L'éther méthylchlorhydrique sert, entre autres, pour produire du froid et pour extraire les parfums des plantes odoriférantes.

Le chlore transforme, à la lumière solaire, l'éther méthylchlorhydrique en produits de substitution GlPCl-,CriCl'' et CCIS dont les plus importants sont le chlorure ou hichlorure de méthtjlène CH-Cl^ et le chloroforme GlIGl''.

Le chloroforme a été traité à son rang alphabétique; nous dirons quelques mots du hichlorure de méthylène. On l'obtient soit par l'action directe du chlore sur l'éther mélhylchlorhydrique, comme nous venons de le voir, soit en faisant agir le chlore sur l'éther méthyliodhydrique iodé, CH-P, soit enfin en décomposant le chloroforme par le zinc au sein de l'alcool ammoniacial. 11 forme un liquide incolore, dont l'odeur est analogue à celle du chloroforme, de densité 1,5604 à 0 degré, bouillant à 41°, 6, légèrement soluble dans l'eau.

Les éthers méthylbromhydrique et méthyliodhydrique s'obtiennent en faisant agir le brome ou l'iode et le phosphore amorphe sur l'alcool méthylique. Le brome en agissant sur l'éther méthylbromhydrique et l'iode sur l'éther méthyliodhydrique donnent le bromoforme et Viodoforme.

Éthers méthylsul [hydriques. Ils sont au nombre de trois : 1° l'éther neutre ou éther méthylique sulfuré, (CIP)-S, qu'on obtient en faisant passer un courant d'éther méthylchlorhydrique dans une dissolution alcoolique de sulfure de potassium ; il a pour densité 0,845 à 22 degrés et bout à 41 degrés.

2" L'éther acide ou acide méthylsulfurique, encore appelé mercaptan méthylique, CH^.S.ll, qu'on prépare en faisant passer un courant d'éther méthylchlorhydrique dans une solution alcoolique de sulfhydrato de sulfure de potas ■ sium; il bout à 21 degrés.

3" V éther bisidfuré, (CH^)-S-, a pour densité 1,064 à 0 degré et bout à 112 degrés.

Éther méthylnitrique ou nitrate de méthyle. CH'\AzO''. U s'obtient facilement en mélangeant 2 parties d'acide nitrique avec 1 partie d'alcool méthylique.

286 ÉTIIERS (chimie).

et en faisant réagir ce mélange sur 1 partie de nitrate de potasse en poudre, ou encore en versant peu à peu de l'alcool méthylique pur dans un mélange d'acide sulfurique et d'acide nitri([ue. C'est un liquide neutre, incolore, de densité 1,182 à 22 degrés, Louiliaiit à (!(» degrés. Sa vapeur a une température qui ne dépasse pas 150 degrés, détone avec violence. Sa décomposition par la potasse en solution aqueuse concentrée produit de ïéther méthylique gazeux. L'ammoniaque transforme l'éther méiliyliiitrique en nitrate de mélliylamiue.

Élhers méthylsulfu) Iquen. h'éllier neutre, (ClP)-.SO% s'obtient en distillant très-lentement un mélange de 1 partie d'alcool mélliylique et de 8 à 10 parties d'acide sulfurique concentré. C'est un liquide huileux, peu soluble dans l'eau, de densité 1,524 à 22 degrés, bouillant à 188 degrés. L'eau le décompose en alcool méthylique et acide méthylsufurique.

lùicitle méthijhulfnrique, Cir'.SOMl, se prépare comme l'acide élh\lsulfarique. Il est crislallisable et donne des sels solubles et bien cristallisés [voy. Miîthyi.sulfurique).

Élher méthylacétique, CIP.CMr'0% s'obtient comme l'éther éthylacétique en distillant un méhuigc d'acétate de soude sec, d"alcool et d'acide sulfurique; il se rencoulre dans l'esprit de bois brut. 11 constitue un liquide neutre, assez soluble dans l'eau, de densité 0,956 à 0 degré, bouillant à 56 degrés. Les propriétés physi([ues de cet éther sont presque identiques à celles de l'éther éthylacétique, avec lecpiel il est mélaméri((ue.

Éther niéthylsalicylique. CH'^-CIFO''. Cet éther n'est autre chose que Vessence de Gaullheria procumhens ou essence de W intergreen ; on l'obtient en distillant l'huile de gaullheria et recueillant ce qui passe à 225 degrés. On le prépare artificiellement en chaufftint 2 parties d'alcool méthylique avec 2 parties d'acide salicylique et 1 partie d'acide sulfurique.

C'est un liquide oléagineux, d'une saveur aromatique, de densité 1,197 à 0 degré, bouillant à 225 degrés. La dissolution dans l'eau colore en violet les sels de sesquioxyde de fer. Avec une solution potassique bouillante, il se transforme en alcool méthylique et en salicylate de potasse.

Éther méthyloxalique. (CH'')'.C-0''. Cet éther neutre s'obtient en chauffant dans une cornue parties égales d'acide oxalique, d'alcool méthylique et d'acide sulfurique. On recueille dans le récipient d'abord de l'eau et de l'alcool, puis de l'éther méthyloxalique qui cristallise en belles lamelles. Il fond à 51 degrés et bout à 165 degrés.

Éther méthylique. (CIP)-O. Il se forme en chauffant 1 partie d'alcool méthylique avec 2 parties d'acide sulfurique concentré; il se dégage un gaz qu'on lave dans une solution de potasse concentrée et qu'on recueille sur le mercure. Sa formule brute est la même que celle de l'alcool ordinaire, C^H^O.

L'éther méthylique présente une odeur éthérée, se liquéfie par le froid et bout à — 25'', 6 ; il est très-soluble dans l'eau, dans l'alcool et dans l'éther. La chaleur qu'il absorbe à l'état liquide a été utilisée pour produire du froid (appareil Tellier). Le chlore donne des produits de substitution, C'H'Cl'^O, C^CFO.

L'éther méthylique se combine avec l'acide sulfurique anhydre pour donner de l'éther mélhylsulfurique neutre, (CIP)-SO^ ; il est rapidement absorbé à froid par l'acide sulfurique monohydraté et forme l'acide sulfométhylique du métlivlsulfurique, CH^SOMI.

Éther diméthylnldéhydique, CH^[O.CH^]^ Ce n'est autre chose que le méthylal {voy. ce mot).

ÉTHERS (cium;e). 287

Éther amylchlorhydrique. C^H'^Cl. On l'obtient en distillant l'alcool amylitjue avec le perclilorure de phosphore ou en distillant cet alcool à plusieurs reprises avec l'acide chlorhydrique concentré. Il a pour densité 0,886 à 0 degré, bout à 101 degrés, ne se dissout pas dans l'eau.

ÉAher amijilque. (G^H'')-0. On le prépare au moyen de l'éther amyliodliydrique et de l'amylate de soude; il bout à 176 degrés.

Èthal stéarique. C'H^.O.C'W^O. Ou l'obtient en chauffant ensemble l'élhal ou alcool étlialique et l'acide stéarique à 200 degrés pendant plusieurs heures. On fond ensuite la masse, on la fait digérer avec un peu d'éther et de chaux éteinte pour séparer l'excès d'acide stéarique, puis on reprend par l'éther bouillant qui ne dissout pas le stéarate de chaux. Ou évapore l'éther, ou fuit bouillir avec l'alcool, qui dissout l'excès d'élhal et laisse l'éther éthalsléarique. Enfin on fait cristalliser dans l'éther.

L'éthal stéarique est neutre, cristallisé en lamelles brillantes, fusible à 55 degrés, insoluble dans l'eau, presque insoluble dans l'alcool même bouillant, soluble dans l'éther.

Nous ne ferons que nommer Vélher caprylacélique, C^H".O.G^IPO, qu'on trouve dans l'huile essentielle des fruits d'IIeracleuin spondijUum, Véther cétylpalmlliqiie ou éthalpalinilique, C^Hl''\O.C^Hl''^0, qui n'est autre chose que le blanc de baleine, Véther myricylpalmiliqiie ou mélissipalmilique, C'H^.O.C^IP'O, qui est le corps autrefois désigné sous le nom de myricine et se rencontre dans la cire des abeilles, enfin l'éther cérylcérotique, C""11".0.G'^^IP"0, qui constitue en grande partie la cire de Chine.

Ajoutons que les alcools dits secondaires et tertiaires donnent naissance également à des éthers que nous ne pouvons étudier ici.

Êther allyliodhydrique. C'H*.l. On le prépare en chauffant dans une cornue l'iodurc de phosphore avec la glycérine. C'est un liquide d'odeur irritante, de densité 1,789 à 16 degrés, bouillant à 101 decrés. Avec le mercure et l'acide chlorhydrique il donne du propylène, avec le sodium du dialylle, CIP".

Élher allylique ou oxyde d'allyle. (C^IP)-O, Il existe en petite quantité dans l'essence d'ail ; on l'obtient en traitant l'alcool allylique sodé par l'éther allyliodhydrique. C'est un liquide incolore doué d'une odeur d'ail et bouillant à 86 degrés.

Éther allylsulfhydrique neutre. (C'iP)^S. Ce corps, encore appelé sulfure d'allyle, constitue la majeure partie de Y essence d'ail. On l'obtient en distillant l'ail avec de l'eau, et artificiellement en faisant agir l'éther allyliodhydrique sur une solution alcoolique de sulfure de sodium. 11 forme une huile jaune, plus légère que l'eau et qui bout à 140 degrés.

Éiher aUylsulfocyanhydrique.. C'H^.CAzS. Ce corps, qui constitue l'essence de moutarde et qu'on appelle encore sulfocyanure d'allyle, s'obtient en distillant la graine de moutarde noire préalablement pilée et humectée d'eau ; il se développe dans la graine de moutarde, sous l'influence de l'eau, par l'action de la myrosine sur le myroiiate de potasse. On le prépare artificiellement en laisant réagir l'éther allyliodhydrique sur le sulfocyanure de potassium.

L'essence de moutarde constitue un liquide incolore, d'odeur piquante, qui provoque le larmoiement ; elle irrite la peau ; c'est le principe actif des sinapismes. Elle a pour densité 1,028 à 0 degré et bout à 151 degrés.

C'est improprement qu'on donne à ce composé le nom d'éther ; il présente les propriétés des amides et constitue en réalité Y allyisulfocarhimide. 11 est l'iso-

288 ÉTHERS (emploi médical).

nicre du véritable éthe?- albjlcy unique sulfuré. On le prépare en traitant par l'éther allylbromliydricjue une solution alcoolique de sulfocyanure d'ammonium. C'est un liquide à odeur alliacée, de densité 1,071 à 0 degré, bouillant à 1(31 degrés. Il se transforme à la longue en sou isomère.

Éiher cinnamylcinnnmique ou cinnamale de cinnamyle. CIP.CH'O-. Ce n'est autre chose que la styracine, qui existe, mêlée avec du cinnamène et de l'acide cinnamique, dans le styrax liquide; on le trouve également dans le baume du Pérou [voy. Styhacinr).

Éthers des alcools polyatomiques. Tels sont, par exemple, les éthers du glijcol, alcool dialomique, de la glycérine, alcool triatomique, de Vérythrite, alcool tétratomique, de la qnercite, alcool pentatomique, de la mannite, alcool hexatomique. L'histoire de ces composés est faite au nom des alcools ou aux noms des élhers eux-mêmes. L. IIah^'.

§ II. Emploi nii-dieal. Nous commencerons l'étude des éthers par l'éther ordinaire, l'un de nos premiers anesthésiques et encore l'un des meilleurs. Son action sur les êtres vivants ressemble beaucoup à celle du chloroforme. Aussi nous bornerons-nous ici à en esquisser brièvement l'action anesthésique, insistant surtout sur ses propriétés propres et spéciales, et renvoyant pour le reste aux mots Anesthésiques, Chloroforme et Chloral.

Nous étudierons successivement l'action physiologique et les applications théra})eutiques de « l'éther sulfurique », le type des éthers, après quoi nous ajouterons quelques mots concernant les autres éthers employés en médecine ou essayés en physiologie expérimentale.

Ëther ordinaire. I. ACTION PHYSIOLOGIQDE DE l'ÉTHER SULFURIOVE. 1 . L'action

de l'éther est locale ou générale; il va sans dire que les deux effets peuvent exister en même temps, tout cela dépend du mode d'administration. L'éther, ayant son point d'ébullition beaucoup plus bas que le chloroforme, vers 40 degrés, détermine, quand on le répand sur la peau ou les muqueuses, une sensation de froid beaucoup plus intense que le chloroforme, en raison même de son évaporation beaucoup plus vive et plus rapide. Nous verrons plus loin qu'on a base une méthode de traitement et un procédé de médecine opératoire sur cette propriété de l'éther.

L'éther, en application sur la peau intacte, la rougit d'abord et excite les extrémités terminales des nerfs sensitifs, excitation qui se traduit par des picotements assez vifs. Puis, mais en activant l'évaporation à l'aide d'un soufflet ou de l'appareil de Richardson, par exemple, la peau pâlit et blanchit, la sensibilité devient obtuse et peut même cesser complètement. Si cette action est très-vive et prolongée, il peut y avoir congélation des tissus, car à l'aide des vaporisations intenses de l'éther sur la peau on peut abaisser la température locale jusqu'à — 15 degrés. A la suite, on observe une eschare analogue à celle des brvàlures ou des congélations ordinaires.

Appliqué sur la peau dénudée ou sur une plaie, le même agent détermine une rougeur subite avec sensation de briilure. Cette irritatiou est rapidement suivie de torpeur et d'engourdissement localisés.

Introduit dans l'estomac, il y provoque la même sensation de chaleur; son évaporation est rapide en raison même de la température qu'il rencontre dans ce viscère, d'où ingéré en grande quantité l'éther pourrait donner lieu à de la

ÉTUERS (emploi médicai.). 289

pneumalose gastrique avec gêne respiratoire (Notlmagel et Rosbaeli, Thérapeutique, éd. franc. Paris, 1880, p. 361). A la suite, il est absorbe'. Il passe dans le système circulatoire et donne lieu à une sorte d'ébriété fugace avec sensation de chaleur et surexcitation momentanée des forces. Il s'élimine rapidement par la respiration, au fur et à mesure que le sang le porte dans les jioumons. Aussi, introduit dans l'économie de cette façon, l'éther ne conduit-il pas à l'anestliésie générale, se conduisant encore à ce point de vue comme son homodyname le chloroforme (Cl. Bernard , Leçons sur les effets des substances toxiques, Paris, 1857, p. 415; A. Gubler, Leçons de thérapeutique, Paris, 1877, p. 191). Les vapeurs d'éthor excitent la sécrétion nasale et celle des larmes. Dans la bouche, elles font couler la salive. CI. Bernard, après l'introduction de ce corps dans l'estomac d'un chien, a vu presque inunédiatement le sur, pancréatique couler en abondance dans l'intestin. Ce viscère lui-même se congestionna, ses sécrétions devinrent ])lus copieuses, et les chylifères charrièrent les matériaux digestifs en plus grande abondance et avec plus de rapidité.

2. Les effets généraux de l'éther administré en inhalation sont à peu de chose près les mêmes que ceux du chloroforme. L'éthérisation, comme la chloroformisation, a deux })ériodes : la première est une période d'excitation, la seconde une période de résolution, avec cette différence toutefois qu'avec l'éther la période d'excitation est plus longue et la ])ériodc de résolution ou d'anesthésie plus courte. Ainsi, alors qu'il faut d'ordinaire cinq à six minutes pour « endormir » avec le chloroforme, il en faut en général huit à dix pour obtenir le même résultat avec l'éther. Mais, alors que l'éthérisation cesse en moins de cinq minutes après l'inhalation, l'anestliésie par le chloroforme ne disparait guère en moins de cinq à dix minutes, ce qui indique que l'éther s'élimine plus vile que le chloroforme et qu'il trouble moins profondément les éléments du système nerveux que ce dernier agent.

5. Le premier phénomène de l'éthérisation, lorsqu'on a[)proche le « bonnet » des voies respiratoires du patient, c'est un picotement désagréable au larynx, avec ou sans toux, provoqué par l'action topique irritante des vapeurs d'éther sur les premières voies respiratoires (P. Bert). A cette irritation localisée du larynx se joignent d'autres phénomènes réflexes, qui aboutissent à la phase phénoménale dite d'excitation, ordinairement assez longue avec l'élher.

Cette période d'excitation paraît bien être aussi le résultat de l'action irritante de l'éther sur les premières voies respiratoires, car, si, à l'exemple de P. Bert, on fait directement pénétrer les vapeurs d'éther dans la trachée parla canule après trachéotomie préalable, on n'observe plus la période d'excitation. D'où, suivant P. Bert, l'action étbérisaute (comme l'action chloroformisante du reste) ne serait pas double, excitante d'abord, et résolutive ensuite, mais bien résolutive d'emblée (P. Bert, Acad. des sciences, 1867). Dogiel, Holragreen et Grade, Hernig et Kratschmer, Krishaber, François-Franck {Travaux du laboratoire de Marey, 1876, p. 251). ont constaté expérimentalement que les syncopes qui surviennent à ce moment reconnaissent la même cause.

La conclusion de P. Bert paraît cependant trop absolue. On a noté en effet, outre le phénomène signalé par ce physiologiste, et qui est incontestable, une agitation cardio- pulmonaire consécutive à l'inhalation trachéale elle-même. Pour constater cette agitation, il suffit de mettre brusquement en communication avec la trachée le vase à deux tubulures chargé d'éther (ou de chloroforme). Dans ces conditions, le cœur accélère ses battements et son énergie est affaiblie;

PICT. Mc. XXXVI. 19

'290 ETIIERS (emploi mkdical).

la respiration est plus omple et la pression artéiielle augmentée. La première inhaliition peut durer quatre à cinq minutes sans produire ni ralentissement ni arrêt du cœur. 11 est à noter qu'avec le cliloroforme on atteint ce résultat fatal en moins de trente secondes (S. Arloing, Rech. e.cpér. comp. sin^ l'aclion du chloral, du chloroforme et de l'étlier. Thèse de Lyon, 1879, p. 24).

Holmgreen, Dogiel, Rutlierford et Richardson, ont attribué cette agitation à l'inlluence des vapeurs aneslhésiques sur la terminaison des nerfs centripètes à la surface des bronches. Picard {Rech. sur divers problèmes de phys., Lyon, 1878) l'a considérée comme consécutive à l'action (|ue les anesthésii|ues exercent sur tous les nerfs sensitifs avant qu'ils en déterminent physiologiquement la mort. Arloing a observé celte excitation après la section des deux nerfs pneumo-gastriques, ce qui prouve tout au moins que l'explication proposée à l'étranger n'est pas acceptable. Dans ces circonstances, en effet, S. Arloing a observé l'accélération du cœur et l'élévation de la pression artérielle, enfin la chute de celle-ci et la diminution du nombre des pulsations cardiaques, mais pas d'arrêt du cœur, en un mot, les mêmes phénomènes, à part le dernier, que lorsque les pneumogastriques ne sont pas sectionnés. Parmi les effets immédiats des aneslhésiques, ajoute Arloing, l'arrêt du cœur, seul, serait donc placé sous la dépendance des nerfs vagues. Quant à l'accélération du cœur et à l'augmentation de la tension artérielle qui ouvrent la scène, elles sont placées sous l'influence des centres bulbo-médullaires et des filets du sympathique (Arloing). (( En effet, si l'on introduit les vapeurs dans le poumon, dit Arloing, à l'aide de la respiration artificielle, chez un chien dont les vagues sont coupés et le bulbe séparé de la moelle épinière, les premiers troubles disparaissent, ce qui prouve qu'ils étaient dus à l'influence du bulbe, influence qui agit sur le cœur par l'intermédiaire de la moelle épinière » (Arloing, loc. cit., p. 25-26).

Au total, les aneslhésiques introduits directement dans la trachée donnent lieu à une période d'excitation, celle-ci indéfiendante des troubles provoqués par l'irritation des nerfs sensitifs des premières voies respiratoires, et accompagnée des troubles cai'diaques suivants :

1" Pour Véther, de l'accélération et d'un simple affaiblissement des battements du cœur ;

2" Pour le chloroforme, de l'accélération, brusquement suivie d'un ralentissement et d'un arrêt de l'organe.

En conséquence, les aneslhésiques administrés comme à l'ordinaire par les voies nasales déterminent deux périodes d'excitation : la première peut entraîner l'arrêt du cœur et de la respiration [sxjncope primitive), par suite d'un réflexe qui a son point de départ dans l'excitation des filets nerveux sensitifs des premières voies respiratoires ; la seconde, consécutive à l'introduction des vapeurs dans le milieu sanguin, n'est réellement dangereuse qu'avec le chloroforme (Arloing), d'où après le début de l'aneslhésie l'éther présentera moins de dangers que le chloroforme (Arloing, loc. cit., p. 25).

4. Quoi qu'il en soit, si l'on continue à administrer Panesthésique, la tolérance s'établit et au fur et à mesure que les vapeurs d'éther pénètrent dans les poumons avec l'air inspiré les symptômes diffusés apparaissent, c'est-à-dire que le sujet s'achemine peu à peu vers l'anestliésie généralisée.

C'est d'abord une sorte d'exaltation subite de la sensibilité sensoriale, suivie presque aussitôt de vertiges, puis, mais très-rapidement, il survient de la torpeur intellectuelle avec sentiment de béatitude à laquelle succède l'indiffé-

ETIIERS (emploi mkdical). 291

ronce absolue, l'obtusion des sens et la perte progressive de contact avec le monde extérieur.

Dès le début, le cerveau paraît être sous l'influence de l'ivresse alcoolique; les idées le traversent, fugitives et incobérentes. A ce moment, cbez certains sujets, les passions sont vivement excitées et éclatent en transports de toute sorte. Peu à peu le cerveau s'engourdit et le sujet n'entend plus ce qui se dit autour de lui que comme à travers une atmosphère épaisse. Très-souvent alors l'homme prélude au sommeil par le rêve et son masque en reflète les émotions.

Bientôt les traits tombent, la face pâlit, les muscles de l'expression annoncent l'hébétude, l'ivresse ou l'indifférence; le pouls se ralentit et la sensibilité s'émousse ; la pupille se rétrécit, et enfin la résolution musculaire généralisée couronne ce tableau. L'anestbésie dite chirurgicale est alors confirmée, qu'elle ait été ou non précédée du délire bruyant et de l'excitation maniaque qui caractérisent la période d'excitation violente du début.

Mais, si l'on poursuit l'inhalation d'éther, on voit se dérouler les symptômes d'intoxication suivants : Le teint blêmit, le pouls se ralentit progressivement, la respiration s'embarrasse et devient bruyante, la pupille se dilate énormément. La quantité d'éther e^t-elle suffisante pour alimenter l'empoisonnement, l'énergie du cœur diminue et il survient des irrégularités dans la mécanique cardiaque. Ces troubles peuvent conduire à la mort par arrêt de la lespiration ou dans une syncope, mais il est à remarquer que la mort n'est pas le résultat de l'asphyxie, car le sang artériel conserve sa couleur rutilante et sa proportion ordinaire d'oxygène (Cl. Bernard, Leçons sur les aneslhésiques et l'asphyxie, p. 97. Paris, 1875).

5. Considérant Tordre dans lequel les centres nerveux sont successivement frappés, Gubler, après Flourens et Longet, a établi la gradation suivante :

ï» Les centres encéphaliques sont atteints, moins la protubérance ; il n'y a encore que des troubles de l'intelligence et de l'équilibre moteur ;

2" La protubérance est fiappée à son tour ; la sensibilité et les mouvements volontaires diminuent;

3" L'action éthérisante se propage à la moelle épinière; les réflexes se suppriment ;

A" L'influence progressive sur le bulbe amène la mort par arrêt respiratoire (A. Gubler, Leçons de thérap.^ p. 193).

C'est à peu près la marche établie par Wilhème {Èled. Times, 1870).

Première période : Suspension des fonctions des hémisphères cérébraux [sommeil) ;

2<^ période : suspension des fonctions de la protubérance et de la moelle comme organes centraux de la sensibilité [anesthésie) ;

3^ période : suspension des centres excito-moteurs dans le cerveau et la moelle {résolution musculaire] ;

4« période : suspension des fonctions du bulbe et du système nerveux sympathique, comme centres des fonctions respiratoires et cardiaques (cessation de la respiration et arrêt du cœur, mort). Parfois cependant cet ordre général de l'intoxication des centres nerveux est interverti, et l'on a vu, chez les névropathes en particulier, l'aneslhésie précéder l'hypnotisme, c'est-à-dire la protubérance et la moelle épinière cesser leurs fonctions avant le cerveau lui-même. Vultimum moriens est toujours le bulbe.

6. Mais l'éther ne frappe pas seulement les centres nerveux. Il abolit aussi

292 ETIIKRS (emploi mémcal).

les fonctions des nerfs sensitifs, celles des nerfs de sensibilité spe'ciale avant celles des nerfs de sensibilité générale, et en dernier lieu les nerfs des actions réflexes inconscientes (réflexe de la déglutition) et celle des nerfs de la vie organique. Sur des grenouilles complètement anesthésiécs, on peut s'assurer que les nerfs moteurs sont encore excitables : la résolution musculaire n'est donc pas le fait de la paralysie des nerfs moteurs, mais bien la conséquence de la paralysie des centres psycho-moteurs dans le cerveau. Ces faits nous expliquent pourquoi l'anesthésie précède la résolution musculaire, et pourquoi aussi, pour obtenir une résolution musculaire complète en chirurgie opératoire, il faut pousser l'inlialation jusque près de la zone dangereuse, c'est-à-dire jusque près de la période bulbaire.

La sensibilité réflexe est très- tardivement atteinte par l'éther, car Eulenburg, qui a montré que celte substance (comme aussi certaines combinaisons d'éthyle et d'éthylène) détermine une exagération quelquefois excessive de certains réflexes, les réflexes tendineux et périostique, par exemple, a également noté que cette exagération du pouvoir excito-moteur de la moelle peut se prolonger au delà de l'anesthésie (Eulenburg, Ueber différente Wirkungen der Anesthetica auf verschiedene Reflexphxnomene [Centralbl. f. d. med. Wiss., n" 61, 1881]).

Quant au réflexe cornéen, il est affaibli à une période tardive, mais rarement aboli complètement dans l'éthérisation.

7. L'action de l'éther sur la pupille varie avec l'imprégnation des éléments nerveux eux-mêmes par cet agent. Pendant l'anesthésie confirmée, la pupille est fixe et contractée ; la dilatation brusque précède et accompagne l'intoxication profonde et présage la mort (Budin et Coyne, Progrès médical, 1874).

8. L'éthérisation chez les buveurs délher modifie quelque peu les phénomènes cérébraux de l'éthérisation.

A. Ewald (Soc. méd. de Berlin, févr. 1875, et Berl. klin. Wochenschr., 15 mars 1875) a rapporté le cas d'un sujet qui avait coutume de se griser journellement avec l'éther. L'inhalation de 75 grammes d'éther le plongea dans une série de songes animés avec prédominance d'idées mystiques et religieuses. — 11 perdit, comme cela a lieu avec le haschisch, les notions de temps, de matière et d'espace. — Il se figurait avoir parcouru des mondes entiers, avoir vécu un temps inlini, et pourtant son sommeil avait duré à peine un quart d'heure !

E. Orv a rapporté l'observation de phénomènes semblables chez un intoxiqué buveur ordinaire d'éther.

9. Nous venons d'esquisser les effets de l'éther sur le système nerveux central ou périphérique. Nous avons vu qu'à une période tardive de l'imprégnation de l'organisme par l'éther le système nerveux de la vie organique lui-même était touché. C'est à cette circonstance qu'est due une variété de syncope cardiaque dont nous^parlerons à propos des accidents de l'éthérisation en médecine opératoire.

10. Le cœur est cependant directement touché par l'éther, car il y a longtemps que Cl. Bernard a fait voir que les vapeurs d'éther ou de chloroforme arrêtent les contractions de cet organe. Mais le phénomène est très-tardif et n'apparaît que lorsque l'organisme est saturé. Voici deux expériences qui démontrent cette double action. L'une est de Sydney Ringer, l'autre de M'Grégor Roberston et H. Kronecker.

ËTHERS (emploi médical). 295

Sydney Ringer [Influence of Anesthesies on the Frog's Heart [the Praclitioner, t. XXVI et XXVII, 1881]), en employant la méthode de Roy, qui consiste, on le sait, à fixer la canule par la ligature au niveau du sillon auriculo-ventriculaire d'un cœur de grenouille et à verser dans le cœur une solution de sang défibriné contenant les substances que l'on veut étudier, Sydney Ringer, disonsnous, a vu que l'éther accélère les contractions du cœur de la grenouille, tout en diminuant toutefois leur amplitude, ce qui prouve que l'éther n'est pas inoffensif pour le cœur lui-même, mais néanmoins beaucoup moins toxique que le chloroforme, qui, dans les mêmes conditions, paralyse rapidement le cœur, paralysie que l'ammoniaque dissipe, d'où Sydney Ringer considère cette dernière substance comme un contre-poison du chloroforme. L'expérience de Robertson et Kronecker confirme celles de Claude Rernard et complète la précédente.

G. Robertson et II. Kronecker plongent un cœur de grenouille dans une solution de 2 parties de sel marin à 6 pour 1000, 1 partie de sang de lapin et I centième d'éther. Dans ces conditions, le cœur accélère ses battements. Mais avec 1,5 pour 100 d'éther ses contractions se ralentissent, et avec 2 pour 100 elles s'arrêtent pour longtemps. L'arrêt du cœur, par action directe, est donc un effet tardif de l'éther, bien différent, nous le verrons, de certains arrêts brust|ues qui peuvent survenir dès le début de l'aneslhésie. Quelle est la cause de cette paralysie, qui cesse, du reste, quand on remet le cœur dans le sang pur? Est-elle le résultat de la perte de l'excitabilité, ou au contraire l'effet de l'évanouissement delà contractilité ? (M' Gregor Robertson et II. Kronecker, Veber die Wivkung des /E/hers auf das Froschherz. In Verhandl. der phys. Gesellsch. zu Berlin, 1881.)

H. Notamment aux effets des injections intra-veineuses non toxiques d'éther sur la circulation cardiaque et pulmonaire, voici ce que nous apprennent les expériences d'Arloing en particulier.

Pour obtenir l'ancsthésie avec les injections veineuses d'éther, il faut introduire dans les vaisseaux une grande quantité d'éther très-dilué, et encore la sensibilité n'est-elle jamais complètement abolie. A partir de la première injection, la pression cardiaque baisse constamment dans le cœur droit, Y énergie des systoles augmente très-légèrement, mais les systoles s'allongent, le nombre des battements qui passe graduellement de 42 à 66 chez le cheval, par exemple, pendant la première moitié de l'expérience, revient insensiblement de 66 à 48 pendant la seconde moitié.

Si nous comparons à ce sujet l'éther au chloroforme, nous voyons que :

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