‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales v.36Chapitre 24 sur 49 · ETHER · texte numérisé non relu

ETHER

Accélère le cœur.

Abaisse la pression inira-cardiaque.

Augmente l'éner-îie du cœur et allonge les

systoles.

Laisse celte énergie heaucoup plus longtemps

intacte.

CHLOROFOr.MEj

Accélère le cœur.

Augmente la prosioii.

Augmente l'énergie et la brièveté des systoles.

Affaiblit l'énergie du cœur îi une période avancée de l'ancsthésie.

La pression intra-cardiaque, prise à l'aide des sondes cardiographiques, nous permet de nous rendre compte de la circulation pulmonaire. Comme le dit notre savant collègue de la Faculté de Lyon, S. Arloing, les cavités du cœur droit poussent le sang dans le réseau pulmonaire; si les résistances diminuent au devant d'elles, la pression baissera dans leur cavité, et réciproquement, si les résistances augmentent. Or, pendant l'éthérisation, la pression baisse dans le

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cœur droit. Il faut en conclure que les résistances diminuent dans la circulation pulmonaire, c'est-à-dire que le réseau capillaire des poumons est dilaté et que la circulation pulmonaire est rapide et abondante pendant l'action de l'étlier. A cet égard, le chloral se comporte comme l'éther, alors que le chloroforme se conduit d'une façon opposée. Pendant la chloroformisation, la pression augmente en effet dans le cœur droit, ce qui indique un resserrement des petits vaisseaux de la circulation pulmonaire et un ralentissement de cette circulation.

12. A doses graduellement toxiques, l'éther, administré en inhalation, se conduit de la façon suivante vis-à-vis du cœur :

C'est l'arrêt de la respiration qui débute, mais, au lieu de présenter un ralentissement préalable de ses contractions comme avec le chloroforme, le cœur bat de ])lus en plus précipitamment et s'arrête inopinément trente-cinq à quarante secondes après la respiration. En même temps la respiration, avant de s'arrêter, se précipite, et ses mouvements perdent une grande partie de leur amplitude, les deux ou trois derniers présentent une pause expiratoire qui conduit insensiblement à l'arrêt en expiration.

D'où l'on peut dire que, dans l'intoxication chloroformique et dans l'intoxication éthérique, le cœur meurt le dernier cl qu'il ne cesse de battre qu'après l'arrêt de la respiration, mais dans la première le cœur s'arrête après s'être considérablement ralenti etafAubli, tandis que dans la seconde le même organe s'arrête tout en se contractant de plus en plus précipitamment, mais en contractions faibles et à peine perceptibles. D'où l'on peut dire avec Arloing que l'empoisonnement par l'éther diffère de l'intoxication chloroformique : l'' par la précipitation et l'arrêt brusque du cœur; 2" par l'arrêt non moins brusque de la respiration peu de temps avant la mort du cœur. De là découle le précepte pratique suivant : II y a lieu de conseiller l'emploi du chloroforme de préférence à celui de l'éther dans toutes les opérations de longue durée et dans lesquelles on est exposé à imprégner profondément l'organisme.

Des considérations précédentes on peut conclure qu'il n'est pas exact de dire avec plusieurs auteurs, Snow {On CMoroform and Ether Anesthesica . London, 1858), Vulpian [Cours de la Faculté, 1876), Perrin [Traité d'anesthésie chirurgicale, 1865), par exemple, que la mort par le chloroforme survient toujours par arrêt du cœur et que les malades succombent à une syncope cardiaque. Langenbeck, Giraldès, au reste, avaient déjà observé que dans quelques cas de mort par le chloroforme le cœur avait continué à battre après l'arrêt de la respiration, et depuis Yulpian a observé presque contamment le même phénomène chez les animaux. Serait-ce donc tantôt le cœur qui s'arrêterait le premier, tantôt la respiration? Il y a plutôt oubli ou confusion des circonstances dans lesquelles les accidents se sont produits. Nous verrons plus tard, en effet, que la mort peut résulter dès les premières inspirations d'un arrêt simultané du cœur et delà respiration, ce que CI. Bernard avait observé lui-même [Leçons sur les anestkésiques. Paris, 1875); quelques instants après, d'une syncope cardiaque, et que, lorsque la mort arrive par saturation de l'économie, elle s'annonce toujours par un arrêt de la respiration. Max Kendrick, J. Coats et >'ewmann, ont cependant vu une fois dans leurs nombreuses expériences la respiration continuer après l'arrêt du cœur en introduisant le chloroforme directement dans la trachée, en même temps qu'un dispositif spécial permettait de pratiquer la respiration artificielle pour empêcher les animaux de mourir [Brit. Med. Journ., 18 déc. 1880, et Bull, dethér., 50 mai 1882), et, comme Yulpian l'a observé chez^les animaux,

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Panas a remarqué que chez l'homme la sijncope cardiaque primitive est trèsrare. Sur plus de 2000 anesthésies par le chloroforme Panas n'a vu qu'une seule fois la syncope cardiaque survenir sans arrêt i)téalable de la respiration {Acad. de méd., avril 1882, et art. Anesthésiques du Dict. de thér. de Dujardin- Beauraetz, t. I, p. 239).

13. Relativement à l'action comparée de l'étlier, du chloioforme et du chloral sur le cœur, voici ce que l'on peut dire. L'injection de ces corps dans les veines d'un animal donne les résultats suivants : le cliloral commence par ralentir le cœur et en régularise les battements (Troquart, thèse de Paris, 1877) ; le chloroforme surprend le cœur, accélère ses battements et rend les systoles plus brèves; l'éther agit de la même façon, mais avec cette différence que son action n'est pas instantanée, mais progressive. Dans les périodes avancées de la narcose, l'éther comme le chloroforme ralentit les battements du cœur; l'éther et le chloral diminuent d'autre part la pression du sang dans le cœur droit, d'oîi la facilité delà circulation pulmonaire (Arloing).

14. En injection dans le sang, les doses faibles d'éther élèvent la pression artérielle de quelques millimètres de mercure (Arloing, loc. cit., p. 55), mais de nouvelles doses abaissent graduellement celte pression au-dessous de la normale avec des surélévations fugaces au moment de chaque injection.

Au début, le pouls est plus bref; quand la chute de la pression s'accuse davantage, le pouls devient polycrote et dans l'éthérisation avancée ses pulsations sont très-faibles et catacrotiques (Arloing) .

Pendant la première période de l'éthérisation, la rapidité de l'écoulement du sang diminue dans les artères; dès que la pression artérielle baisse, la vitesse de la circulation augmente constamment (Arloing, loc. cit., p. 55).

En résumé, les modifications de la circulation artérielle sous l'influence de l'éther ressemblent beaucoup à celles que provoque le chloral, dont le cachet particulier, ainsi que l'ont observé presque tous les expérimentateurs, CI. Bernard, Vulpian, Nainias, Canlani, Offret, Erançois-Franck, Troquarl, etc., est la diminution de la pression arléi ielle. L'éther se comporte de ce côté très-différemment que le chloroforme. Injecté dans le sang, le chloroforme diminue légèrement au bout de six à huit secondes la pression artérielle. Ce phénomène se répète à chaque injection jusqu'au moment où l'on atteint la dose anesthésique. A ce moment, au contraire, se manifeste une augmentation lente et soutenue de la tension artérielle, effet qui se maintient tant qu'on n'a pas atteint la dose toxique, auquel cas la pression se met à baisser avec rapidité, ainsi que l'ont observé Arloing, James Paget, Ch. Moor, Gh. West, Sibson, etc. En même temps que la pression s'élève la force du pouls est accrue, ce qui rend parfaitement compte du pouls serré et rapide signalé par les chirurgiens pendant l'anesthésie chloroforraique.

L'abaissement de la pression au moment où la dose toxique est atteinte, associé à la brièveté et à l'accélération des systoles cardiaques, explique également le pouls dépressible et à peine sensible de cette période.

Enfin, tant que la^ pression artérielle est augmentée, le cours du sang est ralenti (Arloing, loc. cit., p. 50).

En résumé, le chloroforme administré avec précaution produit souvent, au début, une légère action vaso-dilatatrice et une vive action excito-cardiaque. La première, fugace, est bientôt remplacée par une action vaso-constrictive. Celle-ci cesse et fait place à une action inverse quand la dose de chloroforme est toxique.

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Dans ce cas, la diminution peut tomber aux 4/5 (Yierordt) ou à 1/^ (Lenz) de la vitesse normale, et la vaso- dilatation entraîne la chute de la pression artérielle.

Toutes ces modifications de la circulation nous expliquent pourquoi dans retliérisation lente et progressive le pouls est plus serré et plus rapide (en rapport avec l'élévation de pression du début), alors que pendant l'anesthésie confirmée le pouls est plus lent et plus dépressible (en rapport avec la chute de la pression artérielle). Dans la première phase de l'anesthésie la dilatation des vaisseaux périphériques conduit à la rougeur de la lace. La cyanose des téguments ne survient ([ue lorsque le sujet respire mal, que lorsque l'anesthésie est mal conduite ou que la saturation commence. Alors le sang stagne dans les capillaires par suite de l'aflaiblissement de l'énergie du cœur, des troubles respiraloires et de la paralysie vaso-motrice.

15. Quant à la pression du sang dans les veines, voici ce que l'on en peut dire d'après les recherches expérimenlales d'Arloing : A la légère élévation initiale de la tension artérielle correspond une légère élévation de la pression veineuse, puis la chute de la pression artérielle s'accompagne aussi de la chute de la pression dans les veines, mais, alors que pendant l'éthérisation confirmée la tension artérielle reste abaissée, la pression dans les veines remonte, c'est-àdire (ju'à celle période la pression artérielle et la pression veineuse sont divergentes (Arloing).

Ce n'est pas ce que l'on observe avec les autres aneslhésiques, chloml ou chloroforme. Alors qu'avec ce dernier les pressions artérielle et veineuse marchent de pair, avec le chlorai les tensions sont inverses, c'est-à-dire qu'avec l'abaissement de pression dans Tarière coïncide l'élévation de pression dans la veine (Arloing, loc. cit., p. 59).

16. En ce qui concerne la circulation dans les capillaires, les expériences faites sur les animaux conduisent à faire admettre que les capillaires ne se modifient que peu ou point pendant l'élhérisalion ordinaire.

Effectivement, dit Arloing, la pression artérielle et la pression veineuse oscillent parallèlement; plus tard on observe : i° une augmentation de vitesse dans les artères; 2" une diminution de pression dans ces vaisseaux; 5° une élévation de la tension veineuse. Quand ces trois modifications coexistent, il est bien évident que le réseau capillaire est largement ouvert et que la circulation périphérique est active.

Avec le chloroforme, au contraire, la rapidité du cours du sang dans les vaisseaux capillaires diminue rapidement au début; ultérieurement, quand les effets aneslhésiques sont dans tout leur développement, l'écoulement remonte, mais il atteint rarement la rapidité qu'il présentait à l'état normal. Quand le sang stagne dans les capillaires, c'est moins l'effet de la paralysie vaso-motrice que de l'affaiblissement du cœur.

Le chlorai, lui, détermine successivement la vaso-constriction et la vaso-dilatalion (Arloing), ce qui met d'accord Anstie et Burdon-Sanderson, qui admettent la contraction des arlérioles, alors que presque tous les auteurs, Manning, Cl. Bernard, Vulpian, Van Lair, Grichlon Browne, Troquart, etc., s'entendent pour i-econnaître la dilatation des vaisseaux capillaires dans le chloralisme. En effet, l'augmentation de pression associée à la diminution de la vitesse de la circulation dans les artères au début du chloralisme, à un moment où le cœur bat assez faiblement, ne peut être due qu'au resserrement des capillaires. Au contraire,

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rabaissement de pression uUérieure pendant que la vitesse du cours du sang s'accroît ne peut qu'être le fait d'une dilatation des réseaux capillaires.

La stase sanguine, elle, ne peut se montrer que dans la dernière période de l'intoxication chloralique, car l'augmentation constante de la vitesse du sang, l'élévation de pression dans les veines, sont deux phénomènes qui la contredisent formellement (Arloing).

Si maintenant nous envisageons la circulation dans les vaisseaux capillaires du cerveau, nous pouvons dire avec Hammond, Albertoni et Mosso, Gubler, Bouchut, Lenglet, Labbée et Arloing, que l'éther comme le cbloral dilatent les capillaires de l'encéphale et augmentent la vitesse de la circulation dans le cerveau, alors que le chloroforme resserre les vaisseaux de l'encéphale et ralentit la vitesse du cours du sang dans les organes intra-crâniens. En d'autres termes, l'anestliésie par l'éther s'accompagne d'hyperémie cérébrale, alors qu'avec le sommeil chloroformique coïncide l'anémie de l'encéphale.

De celle étude de la circulation dans les capillaires sous l'influence des anesthésiques résulte ce fait que c'est le chloroforme qui expose le moins aux hémorrhagies en nappe.

Dans leurs expériences, Mac Keadrick, J. Coats et Newmann, examinant la circulation capillaire dans le poumon ou la membrane inter-digitale de la grenouille pendant cpion faisait arriver de l'air pur ou de l'air chargé de vapeurs aneslbésiques, ont observé, aussi bien avec l'éther qu'avec le chloroforme ou l'éthidèiie, que la circulation pulnionuirc se ralentit d'abord et qu'elle flnit par s'arrêter, si l'on continue d'amener les vapeurs.

17. Enfin, pour finir ce qui a trait à la circulation, ajoutons que les mêmes auteurs ont établi : 1" que le temps nécessaire pour produire l'arrêt complet de la circulation a été de 75 secondes avec le chloroforme, de 180 avec l'élhydène, et de 270 avec l'éther; 2" que la quantité d'anesthésique employé pour obtenir cet effet a été comme 50 avec le chloroforme, 250 avec l'élhydène, comme 500 avec l'éther; 5" que la quantité d'air nécessaire pour rétablir la circulation a été de 720 centimètres cubes avec le chloroforme, 240 avec l'élhydène et 180 avec l'éther; 4" que les contractions du cœur, avant qu'on établît la respiration artificielle, étaient réduites à 18 par minute avec le chloroforme et 24 avec l'éther; 5*> qu'enfin les battements du cœur, après l'arrêt delà circulation pulmonaire, n'existaient plus que pendant 4 minutes avec le chloroforme et 7 avec l'éther [voy. in Dict. de thérapeutique de Diijardin-Beaumetz, t. 1, p. 251).

18. Uexamen de la chaleur animale pendant l'éthérisation permet de voir que la température s'élève de 0'^,1 à 0'',8 pendant la période d'excitation de l'anesthésie (Simonin), et qu'elle baisse de 1°,2 à 1",4 (Simonin, Rappeler) et plus (Duméril et Demarquay, Arloing) pendant la période d'anesthésie confirmée.

Duméril et Demarcjuay ont administré l'éther en inhalation dans les voies respiratoires jusqu'à l'arrivée delà mort. Leurs expériences duraient de 15 minutes (minimum) à 45 minutes (maximum). L'abaissement de température fut plus rapide chez les Oiseaux que chez les Mammifères. 11 fut, chez ces derniers, de 2 degrés 1/2 en 55 minutes, et 2 degrés 2/5 en 45 minutes. Arloing, dans ses expériences, s'est rapproché de plus près de la pratique chirurgicale, en ce sens qu'il n'a pas poussé l'expérience jusqu'à la mort.

Des chiens auxquels il fit inhaler l'éther lui fournirent un abaissement de température de 0%7 à 1°,4 après 50 ou 60 minutes d'inhalation, mais sans que cet abaissement fût rigoureusement proportionnel à la durée des inhalations.

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L'introduction de l'éther dans les veines abaisse encore davantage la température. En 43 minutes celle-ci tomba de 20,3 chez un chien mis en expérience par Arloing {loc. cit., p. 79).

Ajoutons que Duméril et Demarquay avaient cru remarquer que le refroidissement est plus considérable pendant 1 ethérisation que pendant la chloroformisation, mais qu'Arloing n'a pu retrouver le même phénomène. Quant auchloral, on sait qu'il abaisse bien davantage la chaleur animale {voy. Chloral).

19. A quelle cause rattacher le refroidissement pendant l'éthérisation? Plusieurs hypothèses ont été émises à ce sujet. On a invoqué une action spéciale sur les centres modérateurs de la caloriticalion, le ralentissement de la circulation, la dilatation des vaisseaux périphériques et le rayonnement extérieur, la diminution de l'oxygénation du sang et des oxydations organi(jues (Duméril et Demarquay, Bouisson, Suizinski, Scheinesson, Troquart, etc.).

En Allemagne, on s'est demandé si l'abaissement de température n'était pas dii plutôt au décubitus dorsal qu'à l'éther ou au chloroforme, mais, comme on a vu que l'animal simplement fixé en décubitus dorsal sur la table à expériences perdait 1",6 en 130 minutes, tandis que l'animal fixé et chloroformé perdait 3", 59 dans le même temps, on a dû renoncer à cette supposition.

Scheinesson [Arch. der lleilbtnde, 1869) est arrivé, par voie d'élimination, à conclure que le refroidissement sous l'action de l'éther n'est pas dû à un excès dans la déperdition du calorique, mais bien à une diminution dans la productiou de la chaleur. Arloing a démontré la véracité des vues de Scheinesson en faisant voir que, dans l'éthérisation, il y a diniiiuition de l'absorption de l'oxygène et des combustions organiques, mais, de plus, ce professeur éminent a montré qu'une partie du refroidissement était le fait de l'augmentation du rayonnement par la surface cutanée et pulmonaire.

20. Ville et Blandin [Compt. rend, de VAcad. des se., t. XXIV, p. 1016, 1847) avaient pensé que la proportion d'acide carbonique exhalé augmente pendant l'anesthésic, et Ilervier et Saint-Lager {ibid., t. XXVlll, p. 260, 1849) ont confirmé dans leurs recherches les vues de Ville et Blandin.

Depuis, Arloing, dans une série de huit expériences laites sur le chien, a montré que les conclusions tirées des expériences de Ville et Blandin, Ilervier et Saint-Lager, n'étaient pas légitimes. Toujours Arloing a vu la proportion d'acide carbonique diminuer dans ces circonstances et la proportion d'oxygène augmenter dans les gaz de l'expiration. Dans u-n cas, par exemple (exp. iv), avant l'éther, CO^ = 3,50 et 0 = 16,60; après CO^ = 2,18 et 0=19,67. Par conséquent l'animal soumis à l'éther emprunte moins d'oxygène à l'atmosphère et exhale moins d'acide carbonique qu'à l'état normal (S. Arloing, loc. cit., p. 92-93).

Si, au lieu d'examiner le chiffre absolu de GO- exhalé, on compare GO'

exhalé à 0 absorbé, on observe que le rapport --— se modifie très-notablement. Ainsi, dans deux expériences d'Arloing, ce rapport ---- était :

Avant l'élhérisation 0,83

Après l'élliérisation 0,92

Ges exemples démontrent que l'acide carbonique exhalé augmente proportionnellement à l'oxygène absorbé pendant que les animaux sont éthérisés.

ÉTHERS (emploi médical). 299

En résumé, l'éthérisation détermine la diminution d'oxygène absorbé et d'acide carbonique exhalé par la surface pulmonaire, et ces modifications sont constantes, quel que soit le nombre des respirations (Arloing).

21. Quant aux gaz du sang, il est acquis que pendant l'éthérisation comme pendant la chloroformisalion l'oxygène est accru dans le sang artériel, l'acide carbonique diminué d'une façon absolue (Cl. Bernard, P. Bert, Mathieu et Urbain, Arloing). II n'y a donc jamais tendance à l'asphyxie dans une anesthésie bien conduite, mais, comme l'ont fait remarquer Arloing et Duret, s'il y a augmentation de l'oxygène dans le sang rouge des animaux éthérisés ou chloroformisés, il y a également diminution dans l'absorption de ce gaz à la surface pulmonaire. Ce fait, ne peut tenir qu'à un ralentissement des oxydations dans le réseau capillaire général et l'intimité des tissus. Et en effet, si l'on extrait les gaz du sang veineux, avant et après l'éthérisation, on conslale que l'acide carbonique est en proportion moins considérable pendant l'anesthésie. En outre, la diminution de l'acide carbonique dans le sang artériel et indépendante de la ventilation pulmonaire (Arloing, loc. cit., p. 106). D'une part, la combustion du carbone diminue dans l'intimité des cléments organiques; d'autre part, l'oxygène qui n'est plus employé en suffisante quantité pour brûler le carbone s'accumule dans le sang artériel et y augmente en proportion malgré sa moindre absorption à la surface pulmonaire. Ces faits, désormais incontestables, nous expliquent en grande partie le refroidissement des animaux ou de l'homme soumis à l'étlier.

22. Inutile de dire que les altérations globulaires (pâleur, diminution de volume, dissolution) décrites par von Willich et Bœttcher sur le sang qui a subi le contact de l'élher ne s'observent pas pendant l'éthérisation par les voies pulmonaires.

23. Comment l'étlier frappe-t-il les éléments organiques? Par quelle voie les atteint-il? Voici ce que l'on peut remarquer à ce sujet. Empêche-t-on le sang chargé des vapeurs d'éther d'arriver aux centres nerveux, l'anesthésie ne survient pas. Met-on obstacle, au contraire, à l'imprégnation d'une certaine partie du corps en interrompant la circulation à ce niveau, l'anesthésie s'y manifeste néanmoins. Ainsi, si en passant un fil sous les nerfs lombaires de la grenouille on étreint toute la région lombaire dans l'i.nse de ce fil, à l'exception des nerfs précités, on arrête fatalement la circulation du sang dans le train postérieur de l'animal. Eh bien, dans ces conditions, vient-on h plonger la partie antérieure du corps dans un bain d'éther (ou de chloroforme), on observe que l'anesthésie se généralise et qu'elle finit par frapper le train postérieur de la grenouille, là où le sang n'arrive plus (Cl. Bernard).

En portant la ligature sur le cou, on obtient les mêmes résultats. Il semble donc que l'anesthésie se propage du cerveau à la moelle, et de celle-ci aux nerfs sensitifs, en cheminant le long de l'axe nerveux encéphalo-médullaire.

Ces expériences contredisent celles de Serres et Maurice Perrin. En effet, pour ces auteurs, en anesthésiant un animal, un chien, par exemple, auquel on lie l'artère crurale à la racine de la cuisse, ou peut s'assurer que le nerf sciatique du côté opposé seul a conservé sa motricité et que son excitation provoque des mouvements convulsifs. D'où la conclusion, absolument différente de celle de Cl. Bernard, que les vapeurs stupéfiantes n'agissent sur l'énergie nerveuse que par l'intermédiaire du sang chargé de ces vapeurs.

Enfin Cl. Bernard a fait voir que, si l'action anesthésique pouvait se propager

300 ETllERS (emploi médical).

dans le train postérieur dun animal dont les vaisseaux cruraux sont liés, il n'en était plus de même lorsqu'on plongeait ledit train postérieur dans un bain d'éllier ou de cliloioforme chez un animal ainsi préparé. Dans ces conditions, la partie postérieure du corps est seule frappée (l'ancstliésie; la parlie placée audessus des ligatures conserve son état normal : d'où la conclusion que, si l'anesthésie se propage dans le train postérieur d'un animal dont les vaisseaux iliaques sont liés, en descendant du cerveau à la moelle épinière, il n'en est pas de même lorsque chez un sujet semblablement préparé on imprègne uniquement le train postérieur de vapeurs anesthésiques. Dans ces circonstances, en effet, le train antérieur et les fonctions médullo-cérébrales restent intactes, seules les fonctions nerveuses des régions postérieures du corps sont éteintes. Si donc l'action aiiestliési<|ue se propage du cerveau à la moelle et aux nerfs sensitifs alors même que lu circulation est interrompue, cette même action ne peut se propager de la moelle à l'encéphale.

Quant à l'action produite sur les centres nerveux eux-mêmes, elle est consécutive à l'iiuprégnution des éléments du système nerveux central par le sang chargé de vapeurs anesthésiques. En définitive, comme l'a bien établi Cl. Bernard {Leçons sur /es phénomènes de la vie, p. 258 et suiv. Paris, 1878), les anesthésiques jouissent du pouvoir de suspendre l'activité du protoplasraa cellulaire. Ils suspendent ou suppriment tous les phénomènes qui sont véritablement sous la dépendance de « l'irritabilité vitale », les phénomènes de synthèse, respectant les phénomènes de destruction. L'action éthérisante s'étend successivement à tous les tissus, mais, comme la cellule nerveuse est la plus délicate, c'est sur elle qu'elle porte en premier lieu son action, d'oîx ce sont les phénomènes de conscience et de perception sensorielle qui disparaissent les premiers. De même qu'elle frappe plus rapidement l'oiseau, plus lentement la souris, la grenouille et le végétal, de même, dans un même organisme, elle atteint successivement pour ainsi dire tous les tissus, en commençant par influencer le « tissu noble », c'est-à-dire les centres nerveux encéphaliques. Le protoplasma des éléments qui constituent le nerf, le muscle, la glande, etc., n'est frappé que plus tard. C'est même grâce à cette résistance plus grande de ce dernier que l'aneslhésie chirurgicale est possible, car, si tous les éléments de la vie animale et de la vie organique étaient frappés en même temps, ce n'est pas l'anesthésie chirurgicale que l'on obtiendrait, mais presque fatalement la mort. Celle-là n'est donc qu'uue anesthésie essentiellement incomplète, mais elle suffit pour éteindre la douleur, et nous n'en demandons pas davantage.

L'agent anesthésique n'agit pas sur. la sensibilité comme fonction, mais sur l'irritabilité du protoplasma comme propriété de la fibre ou de la cellule nerveuse sensitive : dès lors la mauifestation de la sensibilité et l'expression de la douleur se trouvent supprimées, ainsi que les conséquences fonctionnelles qui en résultent. 11 en est ainsi pour tous les êtres vivants et toutes les cellules des animaux ou des plantes. Le cœur d'une grenouille ou d'une anguille, détaché de l'animal, continue à battre en raison même de « l'irritabilité » qui persiste. Soumettons-le aux vapeurs d'éther, il va s'arrêter ; cessons les vapeurs, il reprend ses batlements. Les mouvements des cils vibratiles des épithéliums qui portent des flagellum peuvent également tour à tour être engourdis et ranimés par la même expérience. Il en est de même des mouvements de la sensitive, de l'épine-vinette, et des phénomènes de germination et de fermentation euxmêmes.

ÉTHERS (kjiploi mkdical). 501

Sans nul doute l'anesthésiiiue agit en déterminant un changement chimique ou moléculaire dans l'élénient anatomique. Cette modification, d'après Cl. Bernard {loc. cit., p. 265), serait une coagulation. « L'éther coagule le protoplasma de l'élément nerveux, dit-il; il coagule le contenu de la fibre musculaire et produit une rigidité musculaire analogue à la rigidité cadavérique ». Et, comme l'état physiologique dans les tissus et les cellules ne peut subsister que dans des conditions d'humidité et de semi-duidilé spéciales de leur matière, il s'ensuit que, lorsque ces conditions ne sont plus réalisées, la fonction disparaît. C'est ce que provoquent les anesthésiques qui suspendent d'abord la sensibilité conscieiUe, la pensée et la volilion, puis la sensibilité inconsciente (pouvoir réflexe), puis enfin « la sensibilité insensible » ou « l'irritabilité ».

24. Les auxiliaires de l'éther sont les stimulants diffusibles, les excitants de la circulation, les autres anesthésiques. Parmi ses antaf/onistes, citons les acidulés, les astringents, les hypercynétiques et les convulsivants, l'oxygène et l'ammoniaque.

II. Indications et usages médicaux. L'éther est essentiellement un anesthésique et un stimulant. Ce sont certainement là ses principaux emplois en chirurgie et en thérapeutique. Mais de plus on a utilisé le froid que l'on peut obtenir avec co corps, d'oij une nouvelle espèce d'indications que l'on a mise à profit dans l'anesthésie locale et le traitement de certaines affections, comme la hernie étranglée d'une part, les vomissements nerveux de l'autre. Nous étudierons donc successivement l'éther comme agent d'anesthésie, comme réfrigérant antispasmodique, stimulant, et dans quelques autres applications difficiles à classer.

1» L'ÉTHER COMME ANESTHÉSIQUE. Sous ce clicf nous Comprendrons l'anesthésie générale ou chinirgicale obtenue avec l'éther, et ïaneulhesie localisée. L'éthérisation, d'autre part, est obtenue par la voie pulmonaire du par la voie rectale; enfin l'une de ses variétés, en raison de sa spécialisatiou, porte le nom d'élhérisation obstétricale. Nous considérerons donc successivement : a, l'éthérisation générale par la voie pulmonaire; b, lélhérisation générale par la voie rectale; c, l'éthérisation obstétricale; d, l'anesthésie locale.

a. L'éthérisation par la voie pulmonaire. \. L'éther a devancé le chloroforme comme agent d'anesthésie chirurgicale. C'est le 1" snptembre 1846 qu'eut lieu à Boston l'entrevue du docteur Jackson et du dentiste William Morton, qui devait décider du sort de l'anesthésie. Ce dernier veniiit réclamer à Jackson un moyen pour avulser une dent sans douleur à une mala.le pusillanime. Depuis quatre ans Jackson expérimentait l'éther et en avait reconnut les propriétés anesthésiques. Il crut le moment venu de l'essayer sur l'homme et proposa à Morton de l'employer chez sa malade. Morton ignorait absolument ce que c'était que l'éther, et Jackson dut lui en remettre un flacon.

Rentré chez lui, Morton inhala ce liquide le soir même, et constata qu'il avait perdu la sensibilité de la peau pendant sept minutes. Le lendemain, sans perdre de temps, il enlevait une dent sans douleur à Heben Frost en lui laisant respirer l'éther.

Un mois après, le 14 octobre 1846, le docteur Warren enlevait à son tour sans douleur une tumeur volumineuse du cou, à l'hôpital de Boston, sur un malade anesthésié par Morton avec les inhalations d'éther. L'anesthésie chirurgicale était découverte. Mais Morton, oubliant que sans Jackson il aurait très-probablement toujours ignoré et l'éther et ses propriétés, ne convoqua pas Jackson à cette séance décisive.

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Deux mois après, le 22 décembre 184G, Jobert de Lamballe faisait ù l'bôpital Saint-Louis, à Paris, la première applicalioii de l'ctliérisatiou en France, et le 8 mars 1847 Flom'ens, étudiant expérimentalement les elTets de l'éther, proposait l'emploi d'un liquide analogue, découvert par Soubeiran en 1830, le chloroforme.

A partir du travail de Simpson (d'Edimbourg), qui date de la même anne'e, le chloroforme a conquis l'hégémonie. En France en particulier, excepté à Lyon, on n'emploie plus guère que le chloroforme dans le but « d'endormir » les malades que le chirurgien va opérer.

Cependant, si au début le chloroforme l'emporta sans conteste sur l'éther, son aîné dans la pratique, et cela grâce à ses énergiques effets, en raison môme de ceux-ci, on n'attendit pas longtemps pour le combattre et en demander la proscription. La réaction en faveur de l'élher i)artit de Strasbourg et de MontpeHier, oii elle eut en premier lieu pour organes Sédillot, à Strasbourg, et Boiiisson, à Montpellier. L'Ecole lyonnaise vint bientôt s'associer aux récriminations contre le chloroforme. Dès 1859, la Société médicale de la ville de Lyon, en effet, affirmait que l'éther valait le chloroforme comme agent d'anesthésie et qu'il était inlininicnt moins dangereux que ce dernier.

Diday écrivait, à propos d'un cas de mort survenu à l'Ilôtel-Dieu de Lyon pendant la chloroformisation, un chaleureux plaidoyer en faveur de l'éther, et Pétrequin (de Lyon) demanda la proscription du chloroforme dans un mémoire qu'il adressa à l'Académie des sciences en 1865. « Je propose, disait-il, de proscrire le chloroforme, et l'emploi exclusif de l'éther, dans le but de rendre aux malades le service de pr<^'server ceux dont un agent dangereux menace l'existence, et à mes confrères celui de leur épargner le remords d'avoir, par une pratique mauvaise, porté atteinte à la vie de leurs clients ».

Les craintes de Pétrequin étaient évidemment exagérées, on l'a vu depuis, mais de plus on peut lui reprocher d'avoir basé son réquisitoire, car c'en est un, sur un nombre insuffisant d'observations et sans une statistique comparée bien établie, consciencieuse et concluante. Néanmoins l'Amérique restait également fidèle au « culte de l'éther », comme le dit Maurice Perrin {La question des anesthésiques. In Bull, de Ihér., t. LXXXIX, p. 49, 60, 110, 122, 1875), et à Lyon encore, dans son vaste Hôtel-Dieu, où l'on voit tant de choses intéressantes et de si nombreuses opérations, on n'emploie toujours que l'éther.

Sommes-nous plus avancés aujourd'hui sur la valeur comparée réelle du chloroforme et de l'éther qu'au temps de Pétrequin ? En un mot, pouvons-nous affirmer que l'éther est moins dangereux et préférable au chloroforme dans la pratique de l'anesthésie chirurgicale? Une bonne statistique, longue et étendue, comprenant les accidents et les morts survenus avec l'éther d'un côté, le chloroforme de l'autre, et où serait exactement spécifié le genre de mort, une statistique, en un mot, telle qu'il n'y en a pas encore, pourrait seule répondre à celte question. En attendant, faute de mieux, voici quelques documents que nous soumettons à l'appréciation du lecteur, mais qui seront très-pi"obablement insuffisants pour lui donner une opinion absolue sur la question.

Depuis 1846, il s'est pratiqué à l'hôpital de Massachusetts, d'après Bigelow, plus de 15 000 éthérisations, dont 6000 de 1870 à 1875, et sans un seul accident mortel. Mais nous pouvons opposer à ces chiffres ceux de Billroth, qui pratiqua plus de 1 2 000 chloroformisations sans une seule mort, et ceux de Nussbaum, qui, après 15 000 anesthésies par le chloroforme, avait encore le même

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bonheur. Si, d'autre part, depuis 1847, le cliloroforme a causé au moins 241 victimes avouées, comme Duret l'a établi, il ne s'ensuit pas que l'éther soit resté inoffensif. En 1860, Kidd citait 44 morts par l'éther; de 1872 à 1876, Rappeler put en réunir 13 autres; Duret 10 de 1876 à 1879, et plus récemment Eustache (de Lille) en a rapporté 5 nouveaux cas cueillis dans les journaux anglais et survenus à l'hôpital d'Addenbrooke à Cambridge, à Guy's Hospital et London Ho^ntal. En 1881, F. Norris en citait deux nouveaux exemples, et à Lyon même l'éther a provoqué un décès dans le service de Poucet à l'hôpital de la Croix-Rousse en 1879. iJ'où, si l'on tient compte que l'éther est moins employé dans la pratique que le chloroforme, on n'est pas bien siir que ce dernier ail à sa charge une nécrologie plus forte que l'éther.

Quoi qu'il en soit, voici la mortalité comparative qu'ont donnée les anesthésiques, d'après les chiffres de Ormsby, établis sur les statistiques d'Andrews (de Chicago), recueillis en Amérique, et celles de Richardson, en Angleterre :

Éthérisations : 92 815. 4 décès, soit 1 sur 25 204.

Chloroformisations : 152 250. 52 décès, soit 1 sur 2873, c'est-à-dire 8 fois plus qu'avec l'éther.

Mélange d' élher et de chloroforme : H 176 administrations. 2 décès.

Bichlorure de méthylène : 10 000 applications, 2 décès.

La critique de cette statistique serait facile. Nous ne l'entreprendrons pas, ce serait compliquer inutilement la question sans la faire avancer d'un pas.

On le voit, la question est fort complexe, et encore aujourd'hui il est difficile d'affirmer, avec preuves indéniables à l'appui, que le chloroforme ait causé plus de malheurs que l'éther. Ce qui paraît certain, c'est que, la dose mortelle étant plus voisine de la dose anesthésique avec le chloroforme qu'avec l'éther, ce dernier laisse plus d'espace, partant est moins dangereux à manier. Mais encore ne sait-on pas que souvent les accidents ont pour origine un réflexe, et que ce réflexe malheureux peut se montrer dès les premières inspirations? Et ne sait-on pas encore que l'éther donne lieu à une période d'excitation plus vive et plus prolongée que le chloroforme, et que c'est surtout pendant cette période que les accidents sont à craindre? Dès lors, est-on plus certain de n'être pas tourmenté par les accidents syncopaux en employant l'éther qu'en se servant du chloroforme? La syncope respiratoire ou cardiaque est un fait incontestable qui peut aussi bien survenir avec l'éther qu'avec le chloroforme, ainsi que L. Tripier, Poncet et Marduel (de Lyon), l'ont observé chez les enfants en particulier, mais alors la question se réduit à ceci : A-t-on plus de chances d'éviter cet accident redoutable avec l'éther qu'avec le chloroforme ? A s'en rapporter aux travaux de Paul Bert, il semble qu'on puisse dire avec nombre de chirurgiens de Lyon, d'Angleterre et d'Amérique, que l'éther est moins dangereux que le chloroforme. En effet, P. Bert a montré qu'entre la dose active ou anesthésique et la dose mortelle l'écart n'était que de 12 à 15 pour le chloroforme, alors que cet écart s'élevait à 40 pour l'éther, et Gréhant et Quinquaud plus récemment (1883), tout en faisant voir que la dose anesthésique pour le chloroforme est de 1/2000, c'est-à-dire de 1 gramme de chloroforme pour 2 litres de sang, ont également insisté sur ce fait, à savoir, que la dose mortelle de cet agent est excessivement voisine de la dose anesthésique [Tribune médicale, p. 584, 1883). Je n'insiste pas sur les accidents tardifs de l'éthérisation : dyspnée persistante, dans quelques cas suivie de mort; refroidissement considérable et tendance au collapsus; syncope tertiaire, résultat de l'imprégnation

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excessive, etc., mais je ne puis passer sans dire toutefois que l'éther, employé journellement à l'Hùtel-Dieu de Lyon, mes confrères lyonnais me le pardonneront, sans grande méthode et sans grande précaution, ne de'termine cependant que rarement des accidents et je puis dire presque jamais mortels. Dieu sait pourtant si l'on opère dans les remarquables services des majors de l'Hùtel- Dieu de Lyon !

La pratique des cliirurgiens lyonnais seml)]e donc confirmer l'opinion de Scliiff , pour qui l'éther est moins dangereux que le cliloroforme, en ce sens que, lorsqu'il détermine des accidents, c'est toujours la syncope respiratoire qui survient en premier lieu, alors ([u'avec le chloroforme ce serait souvent la syncope cardiaque. Or la première est relativement facile à combattre et à vaincre, alors que le chirurgien est souvent désarmé en présence de la seconde.

Suivant S. Arloing cependant, si au début l'éther présente moins de dangers que le chloroforme, à cause de l'action plus brusque de ce dernier sur l'organe central de la circulation, l'éther à son tour devient plus dangereux dans une aneslhésie prolongée. La syncope arrive alors plus inopinément avec lui qu'avec le chloroforme (Arloing).

lia[tpelons enfin qu'il semble, d'après les faits observés par L. Tripier {Gaz. hebd., 1876); Marduel (Congrès du Havre, 1877, et Lyon médical, 1877); Dron [Lyon médical, 1877), chez les enfants, Arloing, sur les jeunes animaux (Arloing, lac. cit., p. 161), que l'éther est particulièrement offensif pour les jeunes sujets, d'où l'indication de préférer pour eux la chlorofoi'misation (sur les accidents et les morts causés par les anesthésiques, voy. en particulier: Morgan, Brit. Med. Journ., 1872; W. Richardson, Med. Times and Gaz., nov. 1872; Maurice Perrin, art. A.\'esthésiques de ce Dictionnaire, t. IV, l''" série, p. 455-472, 1876 ; Duret, thèse d'agrégation, Paris, 1880; Discussion à l'Académie de médecine de Paris, 1882 ; Dictionnaire de thérapeutique de Dnjardin-Beaumetz, art. Anesthésiques, t. I, p. 235, et Éther, t. Il, p. 580). En dehors de la nocivité, le chloroforme est préférable à l'éther dans la pratique de l'anesthésie chirurgicale. Avec lui la période de tolérance (Chassaignac) est plus facilement obtenue et plus vite atteinte ; avec lui, la vie animale disparaît plus tôt, laissant l'homme vivre de l'existence silencieuse de la vie végétative, et alors que certaines natures seraient réfractaires à l'éther (Broca, Rochard), nul n'échapperait à l'action du chloroforme (Gubler).

2. Nous nous arrêterons peu sur le modus faciendi de l'anesthésie chirurgicale, cette opération ayant été décrite au mot A:nesthésie chirurgicale, t. IV, p. 473 et suiv. Nous insisterons seulement sur la façon d'empêcher les accidents de survenir et dirons deux mots des mélanges titrés.

Qu'on se serve de la compresse roidée ou du « bonnet » percé à son fond d'un large orifice par oii l'air entre facilement, la chose indispensable, c'est que les vapeurs anesthésiques n'entrent pas seules dans les poumons, mais qu'elles y pénètrent mélangées à l'air. En un mot, ce n'est pas l'asphyxie qu'on doit produire en faisant inhaler les vapeurs d'éther ou de chloroforme, mais ce que l'on doit rechercher, c'est l'introduction de ces vapeurs dans les poumons en même temps que l'air indispensable à la vie. En laissant pénétrer de l'air en même temps que les vapeurs d'éther, le chirurgien ne fait pas autre chose qu'un mélange, mais un mélange inconnu en lui-même, par suite du procédé siuiple, mais grossier, de la « compresse » ou du « bonnet » dans lesquels on verse une dizaine de grammes d'éther autant de fois que cela est nécessaire et qu'on

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approche des voies respiratoires du patient. P. Bert a régularisé et réglé ce mélanges déjà indiqués par Snow en Angleterre, Lallemand, Perrin et Duroy, Baudelocque, Gréhant et Jolivet en France, à l'aide d'un appareil instrumental. Le mélange tiù'é consiste à introduire une certaine quantité d'éthcr ou de chloroforme va[iorisée, et une quantité déterminée d'air atmosphérique, dans un gazomètre, le double gazomètre de Saint-Martin, par exemple. Il ne reste plus qu'à faire respirer le mélange avec lequel l'anesthésie est obtenue en l'espace de six à huit minutes, le mélange titré, par exemple, à 8 grammes de chloroforme et 12 grammes d'élher pour 100 litres d'air.

Mais on n'a pas toujours un gazomètre sous la main. C'est pour remédier à cet inconvénient que P. Bert et B. Dubois ont imaginé le procédé suivant que tout chirurgien peut employer, même à la campagne, puisqu'il suffit pour cela d'un flacon quelconque muni d'un bouchon à deux tubulures et dans lequel on met le mélange titré. « On place dans un flacon à deux tubulures, dit Bert, 50 grammes de chloroforme et 100 grammes d'huile d'olive; nous avons fait respirer à un chien, par la trachée l'air que contenait ce mélange; il a dormi pendant deux heures et demie et très tranquillement ; au bout de ce temps il s'est réveillé parce que la provision de chloroforme était épuisée. » Ce procédé appliqué à l'homme donnerait certainement le même résultat, et avec lui aucun danger à redouter (Bert), car, au fur et à mesure que le malade respirera, la quantité de chloroforme diminuera. Il va sans dire qu'au lieu de chloroforme on peut se servir d'éther, et ainsi devient facile l'emploi de l'anesthésie vraiment scientifique. B. Dubois a du reste plus récemment inventé un gracieux petit appareil qui fonctionne journellement dans son laboratoire de physiologie à la Faculté des sciences de Lyon, et qui pourrait facilement être utilisé, je ne dis pas dans la clientèle privée, mais dans tous les hôpitaux.

Le versage ou le mesurage du chloroforme ou de tout autre liquide vaporisable à la température ordinaire se fait, dans cette machine, par la pénétration d'un piston élévateur commandé par une crémaillère, dans un réservoir muni d'un tube à nivellement. Le changement du titre du mélange s'opère par le dé[3lacement d'une manette glissant sur un secteur gradué portant les chiffres 10, 8, 6, 4. Les titres intermédiaires peuvent être obtenus facilement, et l'on peut demander à l'appareil des mélanges inférieurs à 6 pour 100, ce qui était impossible avec les godets verseurs d'une ancienne machine.

Le mouvement de la manivelle commandant à la fois la soufflerie qui mesure le volume d'air et le mécanisme qui sert à doser le chloroforme sont continus €t non plus alternatifs comme autrefois (B. Dubois, Machines à titrer les mélanges de gaz et de vapeurs, in Comptes rendus de la Soc. de hioL, 14 juin 1884, p. 400, et 20 juin 1886, p. 508).

P. Bert a montré que, dans les mélanges titrés d'air et d'éther, un chien meurt en deux heures vingt-cinq, avec un mélange de 20 grammes d'éther pour 100 litres d'air ; au bout de deux heures quinze, avec un mélange à 25 grammes ; «n une heure cinq, avec un mélange à 40 grammes, et au bout de trente-huit minutes, avec un mélange de 50 grammes d'éther et de 100 litres d"air, toujours par arrêt de la respiration.

Ces mélanges ont conduit P. Bert à établir la zone maniable des anesthésiques.

Lorsqu'on ajoute à l'air, en proportions croissantes, des vapeurs ou gaz doués de propriétés anesthésiques, et qu'on fait respirer à un animal ces mélanges

DICT. ESC. XXXVl. 20

506 ÉTIIEP.S (emploi mkdical).

successifs, il arrive un moment où l'aneslhésie apparaît. Si l'on augmente encore la pioporlioii d'anesthésique, ranimai finit par mourir. L'intervalle compris entre la dose ancstliésique et la dose mortelle est appelée « zone maniable » (P. Bcrt).

Voici pour l'éther et le chloroforme l'étendue de la zone maniable. Ce sont les quantités exprime'es en gramme de liquide anesthésique pour 100 litres d'air.

CllIEW

SOLRIS

JIOI.VEAU 1

AKESTIIÉSIÉ.

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