‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales v.36Chapitre 25 sur 49 · MORT · texte numérisé non relu

MORT

Éllier

Cliloi oformc . .

iir.

gr.

gr.

On voit que le rapport est sensiblement 2, c'est-à-dire que, lorsqu'on arrivera à la dose anesthésique avec l'éther ou le chloroforme, on pourra conclure que la dose mortelle est double.

Lorsqu'on fait respirer à un animal un mélange correspondant environ au milieu de la zone maniable, il est un punctum quiescens, comme dirait un mécanicien, où l'anesthésio est calme et durable, essentiellement propice aux opérations longues et délicates. Le contraste est des plus saisissants avec les résultats des méthodes ordinaires d'aneslhésie, par la compresse, le bonnet, l'éponge. Et cela se conçoit. En effet, avec ce dernier procédé la dose de vapeurs anesthésiques respirée par le patient varie avec limbibition de la compresse et son éloignement des orifices respiratoires, d'oii tantôt on est au-dessous, tantôt au-dessus de la zone maniable. Si la période de résolution tend à disparaître, on ajoute de l'éther et l'on approche la compresse; si au contraire Tanesthésie est profonde, on éloigne l'éther et la compresse. En un mot, on agit un peu en aveugle et à tâtons.

Or la zone maniable est très-étroite, et quelques gouttes de liquide de plus peuvent faire passer le mélange respiré de la dose anesthésique seulement à la dose mortelle. Cela est vrai surtout pour le chloroforme, puisque, alors que 8 grammes volatilisés dans 100 litres d'air n'endorment pas un chien. 20 grammes suffisent à le tuer : l'écart est de 12 grammes. L'éther, tout en avant la même force comme proportion, présente cependant moins de danger, puisque^ entre la dose anesthésique et la dose mortelle, l'écart est de 40 grammes, ce qui explique l'innocuité relative de cet agent dans la pratique cbirurgicale.

Les anesthésiques, et c'est là un point essentiel, n'agissent donc pas par la quantité qu'on respire, mais par la proportion qui s'en trouve dans l'air respiré. Leur action dépend de la tension de leurs vapeurs dans l'air inspiré, laquelle règle la proportion qui existe dans le sang et les tissus. Ce n'est donc pas la quantité absolue d'élher ou de chloroforme administré qu'il faut surveiller, mais la tension des vapeurs, c'est-à-dire le dosage du mélange.

En partant de ce principe on arrive à donner à l'emploi de tous les anesthésiques la même sécurité qu'à celui du protoxyde d'azote sous pression, expérimenté par P. Bert et Péan, à Paris. 11 suffit pour cela de faire respirer l'éther ou le chloroforme au patient, non plus avec des compresses ou des barboleurs,

KTIIERS (emploi médic.vl). 507

mais tout simplement avec un tube et un petit masque, un mélange convenablement titré d'air et de vapeurs anesthésiqnes.

Malgré l'invention des mélanges titrés et d'un appareil instrumental facile, les chirurgiens s'en tiennent toujours au vieux procédé de la compresse roulée on du bonnet, qui, il faut bien le dire, est le procédé pratique par excellence et qui donne de bons résultat'^ quand on sait l'employer. Doses modérées et progressives de vapeurs anesthésiqnes, toujours mélangées à une certaine quantité d'air, tel est le modus operandi sijr, qui met le chirurgien à l'abri des accidents.

5. Rappelons enfin les procédés de Vanesthésie mirte. On sait qu'on a préconisé l'injection sous la peau de certains alcaloïdes avant de faire respirer l'étlier ou le chloroforme. De cette façon, a-t-on dit, on évite la période d'excitation et procure un sommeil plus rapide et plus calme. Cette méthode, employée d'aliord par Cl. Bernard dans ses expériences, fut reprise chez l'homme par Rigaud et Sarrasin à Strasbourg; Nussbanm à Munich; L. Labbé et Goujon à Paris, etc. Préconisée à nouveau plus récemment par Aubert, Dastre et Morat, elle consiste à injecter sous la peau un mélange de morphine et d'atropine une demi -heure avant de faire inhaler l'éthcr. Avec ce procédé, l'anesthésie est obtenue en trois ou cinq minutes (Aubert, Hoc. de biol., 1883, et Lyon médical, janv. 1885). Mais Maurice Perrin estime que la méthode ne met pas aussi complotoment qu'on la dit à l'abri de la période d'excitation, et Chiuvel, estimant que l'alcaloïde de l'opium vient ajouter ses effets dépressifs sur la température à ceux de l'éther ou du chloroforme, conclut que cette méthode ne mérite pas d'être recommandée. Ce qu'il y a de sûr, c'est que Brinon, François-Franck, etc., ont observé des accidents avec elle (M. Perrin, loc. cit., p. 120; Chauvel, Soc. dechir., 1874; François-Franck, Soc. de bioL, avril 1885).

4. La méthode de Forné, qui consiste à administrer le chloral (2 à 4 grammes) par la bouche ou l' rectum, jusqu'au sommeil, puisa administrer l'éther ou le chloroforme, est-elle préférable? Elle a donné de bons résultats, mais Dolbeau et Guyon l'ont accusée de provoquer du coUapsus post-opératoire [Soc. de chir., 1874).

En administrant simultanément le chloral et la morphine (Trélat), ou en faisant prendre le chloral à l'intérieur, alors qu'on injecte la morphine sous la peau (Perrier et Berger), on facilite aussi considérablement l'éthérisation, que l'on obtient sans période d'excitation et avec très-peu d'éther [voy. Choquet, thèse de Paris, 1880; Jarry, id., 1880).

Glower enfin sidère le malade avec le protoxyde d'azote et continue l'anesthésie avec l'éther; Stelani et Vachetta associent l'alcool et le chloroforme à l'éther pour éviter la syncope, les vomissements et l'abaissement de température, etc., mais tous ces procédés n'appartiennent pas à la pratique.

5. Jusqu'à quel degré doit-on pousser l'anesthésie chirurgicale? La réponse est celle-ci : il faut toujours donner l'éther jusqu'à résolution complète. Ne chercher qu'une demi-anesthésie, c'est s'exposer à des retours fréquents de la sensibilité, compromettre parfois le succès de lopération et l'habileté de l'opérateur, mais c'est surtout s'exposer à ce que l'excitation prématurée de l'instrument tranchant donne lieu à l'un de ces réflexes qui constituent des accidents redoutables. D'autre part, jamais les accidents, sauf les syncopes primitives, causés par l'éther ou le chloroforme, ne sont survenus après l'administration méthodique de l'agent anesthésique, même alors que cette adminir'ration est

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prolongée, car les anestliésiques n'agissent pas par la quantité absolue qui est respirée, nous l'avons dit, mais par la proportion qui s'en trouve dans l'air respiré. On peut faire passer des flacons entiers d'étlier (comme de chloroforme) dans l'organisme, sans qu'il en résulte d'accident grave; ce qu'il faut, c'est qu'à aucun moment il n'y en ait trop dans l'économie.

6. Le guide du cliirurgien anesthésiant est celui-ci : La face pâle appartient à l'aneslhésie confirmée; la face blême et froide à la période de saturation; ia face viillueuse à l'excitation du début, surtout accusée chez les buveurs, qu'on anesthésie avec peine; la face violacée enfin appartient à l'asphyxie. L'insensibilité absolue de la cornée indique que le moment de la saturation approche et que les neris bulbaires sont frappés. La perle des mouvements associés des yeux est également un signe de narcose profonde. Au contraire, la déviation des traits, le trisinux, les oscillations des globes oculaires, le nystagmus, appai tiennent à la période d'excitation.

La sensibilité générale disparaît dès les premières périodes de l'imprégnation. La sensibilité spéciale n'est frappée que plus tard : d'où Vanalgésie est obtenue alors que l'œil suit encore inconsciemment une lumière que l'on promène devant lui ou alors que la sensibilité de l'arrière-gorge est encore intacte et provoque le réflexe de la déglutition. Les nerfs bulbaires et splanchniques sont les derniers atteints : aussi les organes sensoriels et les organes internes ont-ils conservé leur sensibilité à un moment où la sensibilité à la douleur n'existe plus, circonstance heureuse pour l'anesthésie chirurgicale.

La pupille contractée et immobile appartient à l'anesthésie confirmée; sa dilatation lente pendant l'opération indique le retour vers la sensibilité ; sa dilatation brusque pendant l'anesthésie complète annonce la saturation et commande de cesser immédiatement les vapeurs d'étlier. La pupille est donc un véritable an er thés iom être (Budin et Coyne, Progrès médical, 1874).

Le pouls agité et irrégidier appartient à la période d'excitation; le pouls ralenti et plein à l'anesthésie confirmée, mais peu profonde ; le pouls ralenti et mou succédant au précédent indique la saturation ; petit et rapide, après ceux qui viennent d'être indiqués, il annonce une intoxication gi'ave et la dose mortelle.

Le bruit de carnage révèle une tétaiiisation des lèvres de la glotte ; le ronchus et le stertor, ou bien une respiration difficile par suite de la chute de la base de la langue sur l'orifice supérieur des voies aériennes, ou bien une intoxication profonde, arrivée jusqu'à la paralysie du voile du palais, qui imite alors le bruit du drapeau. La tétanisation et les spasmes des muscles respiratoires du début sont le fait de l'action irritante des premières inspirations des vapeurs d'étlier; \ asphyxie qui survient pendant V anesthésie confirmée annonce un obstacle à l'entrée de l'air dans les voies respiratoires, soit la chute de la langue, soit l'oblitération des orifices du nez et de la bouche par la compresse ou le bonnet, ou encore la compression du thorax.

L'agitation convulsive et les spasmes tétaniques du début indiquent l'irritation des centres corticaux et des voies respiratoires parles vapeurs d'étlier; la disparition des mouvements volontaires d'abord, puis des mouvements convulsifs, indique la résolution musculaire et l'anesthésie confirmée; les muscles de la face, des globes oculaires, les muscles à fibres lisses, résistent longtemps. Aussi \r paralysie des sphincters indique-t-elle la période ultime de l'anesthésie. Lorsque la résolution musculaire est complète, cela indique une profonde

ÉTIIERS (kmploi stÉnicAL). 509

imprégnation des cléments de la moelle épinière dont l'excilabilité réflexe est alors en grande partie suspendue.

7. Les accidents de l'étherisation sont primitifs ou tardifs. Dès les premières inhalations d'éther ou de chloroforme peut se produire une syncope qui peut être mortelle. Cette syncope, que rien ne peut faire prévoir, est le résultat de l'irritation des nerfs trijumeau et laryngé par les vapeurs de l'agent anesthésique. Cette irritation se transmet au bulbe, se réfléchit sur le cœur par l'intermédiaire des nerfs pneumogastriques et arrête cet organe. En effet, il suffit de sectionner ces nerfs pour que cette syncope lari/ngo-réflexe ou primitive n'ait pas lieu (Arloing, François-Frank), ou d'introduire les vapeurs directement par la trachée sans les faire passer par les régions épiglotto et sus-glottiques (P. Bert).

Au lieu de ce phénomène, il peut survenir le suivant. Dans le cas d'inhalation brusque et à dose massive, pratiquée directement par la trachée, le cœur précipite ses pas et la pression artérielle s'élève, puis la pression baisse malgré l'accélération plus considérable du cœur, ce qui indique des systoles avortées, et tout à coup, après quelques systoles allongées et pénibles, cet organe s'arrête. Pendant ce temps la respiration est rapide et incomplète ; il survient ensuite quelques respirations entre-coupées, suivies de quelques inspirations convulsives qui accompagnent l'arrêt du cœur. Suspend-on aussitôt les vapeurs d'éther, la respiration se rétablit la première et le cœur reprend ses battements à sou tour. C'est la syncope bulbaire ou secondaire, due à l'action des vapeurs anesthésiantes sur le bulbe. Ce sont encore les nerfs vagues qui arrêtent le cœur (par suite d'une vive excitation de ces nerfs), car leur section préalable empêche cette syncope.

La troisième forme de syncope, accident tardif, est la syncope par satura' tien. Elle survient lorsqu'on administre l'éther à dose croissante et qu'on atteint la dose mortelle. Le cœur accélère considérablement ses battements, et néanmoins la pression baisse dans le système artériel, puis les contractions s'affaiblissent de plus en plus, il survient des pauses assez longues et linalement le cœur s'arrête. Eu même temps les respirations sont superhcielles et accélérées ; bientôt seul le diaphragme continue à se contracter et cesse de fonctionner avant l'arrêt du cœur.

Toutes ces formes se sont présentées pendant l'anesthésie chirurgicale. Contre ces accidents le meilleur moyen à employer est encore la respiration artificielle, ïélectrisation et Vexcitation vigoureuse de la peau. Dans certaines circonstances, quelques gouttes de nitrile d'amyle versées sur un linge qu'on fit respirer ont rappelé le patient à la vie, alors que les autres moyens avaient échoué.

8. Les indications de l'anesthésie chirurgicale sont toutes les grandes opérations. Dans les opérations du nez, de la gorge et de la bouche, on a conseillé l'étherisation la tête en bas. Nélaton, Uose, Yerneuil, Trélat, Bœckel, etc., se sont servis de ce moyen avec avantage dans l'opération de la staphylorrhaphie, de l'ouranoplastie et de l'amputation du maxillaire. Nous verrons bientôt qu'on a préconisé l'étherisation par la voie rectale dans les mêmes cii constances.

9. Les contre-indications de l'anesthésie sont les affections des poumons, du cœur et du bulbe, qui prédisposent évidemment aux accidents, car nous avons vu que la mort, dans l'anesthésie générale, survenait par le poumon {syncope respiratoire), par le cœur {syncope cardiaque) et par l'encéphale {syncope

310 ÉTHERS (emploi jiédical).

bulbaire). Les maladies de ces organes augmentent donc les risques du patient. Nous ajouterons à ces contre-indications générales l'alcoolisnio, l'anémie aiguë, l'adjuamie profonde, la stupeur traumatique et la névropathie avec tendance à la syncope.

b. L'éthérisation par la voie reclale. Préconisée autrefois par Pirogoff, Simonin, Roux, l'éthérisation par la voie rectale a été reprise dans ces derniers temps par Axel Yversen, D. Mollière, Abner Post, W. Bull, Comte, Starcke, Bœckel, A. Poucet, Ch. Debierre, Delore, 0. Wauscber, R. Dubois, Ueverdin, B. Persb, Pierson ot Bradsliaw, John S. Miller et d'autres. Elle consiste à faire dégager dans le rectum à l'aide d'un appareil fort simple les vapeurs d'éther, pour provoquer l'anesthésie générale. D. Mollière, à IHôtel-Dieu de Lyon, employait tout simplement un llacon placé dans de l'eau à 40 degrés environ. Oa sait qu'à cette température l'éllier atteint son point d'ébullition. Un tube en conduisait tout simplement les vapeurs dans le rectum. J'ai employé un flacon identique, mais avec cette différence que la pression était constamment indiquée à l'aide d'un manomètre. Enfin on a songé à faire arriver les vapeurs d'éther dans l'intestin, non plus en faisant bouillir le corps, mais en le vaporisant à l'aide d'un violent courant d'air mù par une soufflerie. C'étaient là des essais qui en sont restés à la même phase, car l'éthérisation par la voie reclale n'a pas prévalu.

Qu"espérail-on avec elle? Quels en sont les avantages? Les avantages de la

méthode sont considérables, a-t-on dit : elle supprime la période d'excitation

avec son cortège symptomatique désagréable et ses accidents possibles, mais de

plus elle permet et rend faciles les opérations sur la face, pour lesquelles

l'anesthésie par la voie ordinaire n'est guère praticable. Voilà les avantages,

et encore le premier n'est-il pas aussi complet qu'on l'a avancé. .Mais, à côté

des avantages, il y a les inconvénients, et ils me paraissent tellement sérieux, que

jamais, à mon avis, l'éthéiisation par la voie rectale ne passera dans la

pratique, je ne dis pas courante, mais exceptionnelle. Outre, en effet, que

celte méthode n'amène que lentement et difficilement l'anesthésie confirmée,

elle donne lieu à des accidents de tympanisme avec gène respiratoire, ce qui

est grave dans l'anesthésie, car ceux-ci peuvent être le prélude de la syncope,

ce qui est arrivé, lorsque le dégagement des vapeurs n'est pas convenablement

réglé, mais encore les vapeurs d'éther ne sont pas sans irriter l'intestin. A la

suite on a observé de la diarrhée accompagnée de douleurs, et même de la

diarrhée sanglante. Bref, c'est là une mauvaise méthode, qui du reste est

retombée à nouveau dans l'oubli. Le vrai champ de l'absorption des vapeurs

d'éther n'est pas l'intestin, mais le poumon.

Sur l'éthérisation par la voie reclale, voy. : Starcke, .Ethernarkose per Rectum nach Pirogoff. In Berl. klin. Wochenschrift, n° 28, p. 455, 1884. — D. Mollière, Lyonniédic, 50 mars 1884. — Cl). Debierre, Bull, de la Soc. de biologie, avril 1884. — Abner Post, Boston Med. and Surg. Joiirn., mai 1884. — W. Bull, New-York Medic. Record, mars 1884. — A. Poucet (de Lyon), Lyon médical, 22 juin 1884. — Reveidin, Rev. med. de la Suisse romande, n» 6, 1884. — R. Dubois, Bull, de la Soc. de biol., 10 mai 1884. — Delore, Journ. de med. de Pans, n" 16, 1884. — 0. Wauscher, Courrier médical, 24 juin 1884. — Bœckel, Gaz. méd. de Strasbourg, n° 6, 1884. — Comte, Rev. méd. de la Suisse romande, p. 406, juillet 1884. — Bernard Persh, The Med. News, 12 juillet 1884. — Pierson et Bradshaw, The Med. News, 19 juillet

ÉTHERS (emploi médical). ôH

1884. — Jolin-S. Miller, IbicL, 1884. — A. Héron, De l'éthérisation par la voie rectale et de ses dangers (thèse de Lyon, 1884).

Avant de terminer T histoire de rélhérisalion par la voie rectale, nous devons nous arrêter un court instant sur une méthode de traitement préconisée par Godoy (de Grenade) dans le choléra, et avec laquelle ce médecin aurait sauvé (??) 94 pour 100 des malades.

Il commence par faire prendre un lavement abondant d'eau carbonée et, si le malade en est arrivé à la période de collapsus, il lui fait une injection souscutanée de 5 grammes d'éther pour le ranimer, puis lui fait administrer un lavement amidonné et laudanisé. Un quart d'heure après il lui donne un peu de sirop d'éther ou 5 ou 4 perles d'éther, et procède sans plus tarder à l'éthérisation rectale et continue jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de sensibilité accusée au pincement, ce qui s'obtient eu quinze ou vingt minutes chez les enfants, en quarante ou cinquante chez l'adulte, et se fait attendre une heure et plus chez le vieillard. L'intelligence reste intacte, les malades éprouvent une douce chaleur dans le ventre, une sorte de fébricule, et restent dans le charme d'un état d'indifférence, ajoute le médecin espagnol, dont ils sortent au bout de ({uelques heures guéris, lorsqu'ils ont été soumis au traitement dès la première période du mal. Grâce à ce traitement, la langue se nettoie et devient humide, les vomissements cessent immédiatement, les crampes disparaissent, le pouls se relève et la thermogenèse devient plus active. Godoy termine en disant que tous les cholériques qu'il a soignés dans les premières vingt-quatre heures ont été guéris [Gaceta medica catalana, 1885, et Bvll. de thér., t. GX, p. 142).

c. L'éthérisation obstétricale. C'est en 18i7que Simpson (d'I^dimbourg) osa le premier employer l'anesthésie par l'éther dans les accouchements. Voici les résultats que cet éinincnl chirurgien présenta à ce sujet à la Société médicale d'Edimbourg : 1" les inhalations d'éther mettent plus ou moins les femmes en travail à l'abri des douleurs qui fatalement accompagnent l'accouchement ; 2" ce moyen ne diminue ni la force ni la régularité des contractions utérines ; 3° celles-ci ne disparaissent point après la délivrance ; 4" la contraction des muscles abdominaux ne diminue pas pendant l'éthérisation, si l'on a soin de frictionner le ventre ; 5° l'éthérisation met non-seulement la femme à l'abri de la douleur, mais aussi, et jusqu'à un certain point, à l'abri des accidents nerveux aussi graves pour elle que pour le fœtus; G" l'éthérisation enfin ne paraît offrir aucun danger pour l'enfant.

Sur J 50 accouchements terminés avec le chloroforme, Simpson eut 149 enfantsnés vivants, et aucun n'a été atteint d'accidents. Murphy, sur 540 accouchements naturels terminés avec les anesthésiques (560 avec l'éther et 160 avec le chloroforme), n'a pas eu un seul mort-né, et les mômes accoucheurs, sur un total de 1159 accouchées avec l'aide des anesthésiques, n'ont observé aucune femme qui ait souffert de la méthode. Murphy n'eut qu'un décès sur 27 versions faites sous l'anesthésie et également un seul sur 20 crâniotomies. Campbell, de son côté, a endormi plus de 900 femmes en couche; il n'a jamais eu à regretter le moindre accident [Considérations nouvelles sur l'anesthésie obstétricale. Paris, 1878).

Ces essais furent répétés bien des fois depuis Simpson dans tous les pays civilisés, et tous les accoucheurs purent se convaincre que l'idée de Simpson était juste et bonne. Restent les indications. Pour mon compte, j'estime avec Depaul et Pajot que dans un accouchement absolument normal (Pajot, Bull, de thér..

312 ETIIERS (emploi miîdicalj,

1879), on ne doit recourir à rétliérisation que si la femme la réclame, et dans ces circonstances on ne donnera l'étlier, aussi bien que le chloroforme du reste, que jusqu'à ['anealhésie obstétricale (Campbellj, c'est-à-dire jusqu'à l'étourdissement de la douleur, qu'on me pardonne ce mot, mais non pas jusqu'à l'analgésie complète (Pinard, thèse d'agrég., 1878), et encore moins jusqu'à l'anesthésie généralisée. Cette demi-analgésie n'en procure pas moins un apaisement heureux des douleurs sans restreindre les coiitraclious de l'utérus. C'est ainsi que Simpson accoucha la reine d'Angleterre, d'où le nom « d'accoucliement à la reine » que l'on a donné à l'accouchement que l'on pratique sous l'éthérisation restreinte.

L'étiiérisation n'est donc pas à employer dans un accouchement absolument normal (Pajol), mais on ne doit pas hésiter à s'en servir quand les indications s'en présentent, ainsi que Simpson, P. l)ubois, Stolz, Montgomery, llervieux, Dumonl-Pallier, Lucas-Championnière, Tarnier, Polaillon, Pajot, etc., l'ont conseillé (voy. Bull, de thér., 1878, p. 276, 528, 576, 421). On doit principalement y recourir lorsque le col est dilaté, que la tète descend dans le petit bassin, que les douleurs sont très-vives et l'agitation considérable, ou lorsque l'accoucheur va procéder à une manœuvre opératoire. Il n'est donc plus vrai de nos jours que la femme doive enfanter dans la douleur.

Quant à V anesthésie générale et complète dans les accouchements, en voici les indications : 1" quand les douleurs excitent fortement la parturieute et que celle-ci, mue par une sensibilité exceplioimelle, s'agite et se débat en criant sans écouter les conseils de l'accoucheur; 2" quand les contractions présentent une énergie et une fréquence inusitées ; 5" en cas de spasme utérin avec stricture du col ; 4° toutes les fois que l'on a une opération sérieuse à pratiquer, telles que : apjilication de forceps pour rétrécissement du bassin, version, céphalotripsie, embryotomie, délivrance artilicielie, quand il n'y a pas d'héniorrhai^ie; reposition du cordon chez les primipares très-sensibles, etc. ; 5" dans l'éclampsie (P. Dubois, Pajot, Depaul, Simpson, Murpliy, Grenser, etc.).

La santé de la mère, pas plus que celle de l'enfant, nous l'avons vu, ne souffre de l'éthérisation pendant les couches. iMais est-il vrai que l'étlier ralentit ou même arrête les contractions utérines?

11 y a longtemps que Simpson et Paul Dubois avaient constaté que pendant l'anesthésie les contractions de la matrice, et même dans une certaine mesure celles des muscles abdominaux, continuaient à se faire, et que souvent les femmes ne se réveillaient qu'au bruit des vagissements poussés par le foetus expulsé. Danyau et d'autres accoucheurs ont noté le même fait. Mais ces auteurs ne paraissent pas avoir poussé l'anesthésie jusqu'à la résolution complète. Lorsque celle-ci est atteinte, il est bien évident que les muscles des parois abdominales tombent dans la passivité.

Héliodor Y, Swieeicki [Ueher die Innervation der Vagina bei Kaninchen. In Zeitschr. f. Geburtsh. ii. Gynàk., Bd. X, Heft ii, 1885), sous la direction de Kronecker, a montré que l'éther en inspirations rend les contractions vaginales plus fréquentes, plus fortes et plus régulières (mélange de 1/4 d'élher pour 5/4 d'air). Toutefois le mélange 2/5 d'éther avec 1/5 d'air ne tarde pas à les faire cesser complètement, ce qui donne lieu à penser, par induction, que les contractions utérines elles-mêmes sont amoindries par l'éthérisation généralisée.

Les contre-indications à l'anesthésie sont : 1" le travail accompagné d'hémor-

ÉTUERS (emploi médical). 515

rbagie abondante; 2" l'épuisement considérable de la femme avec faiblesse et petitesse du pouls; 5° les affections des organes respiratoires, circulatoires et encéphaliques; A" l'alcoolisme (A. Charpentier, Njcgele et (jrenser) ; 5° l'inertie de la matrice. Cependant, même dans ce dernier cas, un accoucheur irlandais, Beatby, n'hésite pas à l'employer, mais il recommande de faire prendre du seigle ergoté préalablement et d'attendre les premières contractions avant de donner l'éther.

d. Uanesthésie locale. Si comme anesthésique général le chloroforme est préférable à l'éther, il n'en est pas de même pour Vanesthésie locale.

Pulvérisé à l'aide de (flivers instruments (pulvérisateurs de liicliardson, de Junker, etc.), et projeté vigoureusement sur la peau, l'éther provoque un refroidissement tel, en s'évaporant, qu'en quelques instants il diminue la sensibilité à la douleur, la sensibilité au tact elle-même, et qu'il ne larde pas à produire, non-seulement l'analgésie totale, mais l'anesthésie complète. Si la pulvérisation est vive et prolongée, activée par un violent courant d'air, le soufflet, par exemple, elle arrive à congeler les parties. On a ainsi obtenu la congélation du cerveau de petits animaux dont le crâne n'est pas trop épais (Richardson, Med. Times and Gaz., 1868).

L'anesthésie localisée que l'on obtient à l'aide de ce moyen a été et est mise tous les jours à prolit dans nombre de petits opérations. On l'a même employée sur le ventre pour pratiquer l'ovariotomie. Uosbach {Wiener med. Presse, 1880), de son côté; a utilisé les pulvérisations d'élher au devant du cou pour obtenir l'analgésie de la muqueuse du larynx. Cette anesthésie est le corollaire et la conséquence du refroidissement. C'est le même phénomène qu'on observe en hiver lorsque pendant une sortie aux grands froids on ne sent plus les bouts de ses doigts. Ce refroidissement obtenu par l'éther n'exerce aucune influence fâcheuse sur la marche des plaies. 11 donne cependant lieu à un écoulement sanguin opératoire abondant, par suite de la paralysie des petits vaisseaux. Quand il se présente des points scarifiés et gangreneux, c'est que l'opération a été mal conduite et les pulvérisations poussées trop loin. On doit s'arrêter lorsque la peau blanckit, et ce phénomène, très-appréciable, survient presque instantanément à un moment donné. Il faut alors s'arrêter et opérer.

En raison de son inflammabilité, l'éther, employé de cette façon, ne permet pas l'emploi du thermocautère.

Ajoutons pour terminer cette question de l'anesthésie locale qu'on a employé d'autres substances que l'éther pur pour obtenir ce résultat. Le bromure d'étbyle, par exemple, un mélange d'éther et d'alcool, d'éther et de chloroforme, le chloroforme pur, le perchlorure de méthylène, etc., ont été tour à tour essayés, mais aucune de ces substances ne vaut l'éther chimiquement pur, si ce n'est le bromure d'étbyle, qui agit aussi vite et avec autant d'énergie, et qui de plus a l'avantage de n'être pas inflammable.

2° L'ÉTHER COMME RÉFRIGÉRANT. La réfrigération, le froid, que l'éther produit en s'évaporant, a été mis à profit pour combattre des inflammations superficielles, la brûlure, l'angine, Yérythème, Vérysipèle, etc., pour faciliter la réduction de heiinies ou arrêter des hémorrhagies, combattre Y anévrgsme ou certains étals spasmodiques.

Flavio Alessandri (de Casale) a rapporté six observations dans lesquelles l'élher sulfurique administré en inhalations, en lavements, et appliqué sur la hernie sous forme de compresses, parvint^à faciliter la réduction de hernies

314 ÉTIIERS (emploi jiédic.vl).

engouées ou élrangle'es dans lesquelles il y avait déjà, des vomissements, de la coprostase et un état d'angoisse extrême. A la suite de ce traitement, une certaine quantité de gaz se dégagea par l'intestin et la hernie se réduisit (l'I. Alessandri. // Raccoglitore medico, 1875, p. 47).

W. Finkelstein [Noch ein Beltrag zur nicht operallven Behandlimg einge- Idemmter llernien. lu Berl. klin. Wochenschrift, n° 58, p. 610, 22 sept. 1884) a rapporté quelques nouveaux faits, les uns personnels, les autres empruntés à II. Kocli et P. Krasowsky {Medicinisch-cJnrurgisches Correspondenzblatl fur deulsch-amerikanisclie /Erzte, 1885), en faveur du traitement des hernies étranglées par l'éthérisation locale. De dix en dix ou de quinze en quinze minutes on verse sur la tumeur et sur l'anneau une à deux cuillerées à bouche d'éther, et l'on continue ainsi jusqu'à ce que la hernie ait perdu de sa rénitence et de son volume. Il f.iut, en général, trois quarts d'heure à trois heures pour obtenir ce résultat.

W. Finkelstein emploie ce traitement lorsque le taxis se montre impuissant. Dans ces circonstances il n'insiste pas et a aussitôt recours à l'éther. En onze ans de pratitiue ce médecin a soigné ainsi 58 cas de hernie étranglé ; dans ce nombre il obtint 54 fuis la réduction. L'éther agit é\ idem ment en condensant les gaz et en rappelant les mouvements périslalliques. Aussi, il va sans dire que dans l'épiplocèle on ne réussirait pas. La pratique est facile, et, le cas échéant, on peut y avoir recours quand l'étranglement vient de se produire ou qu'il est encore très-récent. Plus tard, il ne faut jamais oublier que toute perte de temps est préjudiciable à une bonne kélotoniie, par conséquent au malade.

Bartosz {Russkaia Meditzovo, n" 5, 1885, et the Practitioner, vol. XXIV, p. 565), dans ces deux dernières années, a employé de son côté avec un brillant succès la méthode de Finkelnslein. Ses succès ne sont pas inférieurs à dix-sept. A chaque fois ce médecin a vu la hernie disparaître spontanément ou, dans les pires cas, sous l'inOuence d'un léger taxis, dans l'espace de quatre à cinq heures au plus, — la date de l'étranglement variait, dans les divers cas, de quelques heures à quelques jours. — Il relate entre autres l'observation d'un cas d'occlusion inleslinale chez une femme de soixante ans, avec constipation absolue depuis neuf jours, vomissements fécaloïdes incessants, tympanite, pouls filiforme, face grippée, etc., dans lequel, après l'insuccès de tous les moyens palliatifs et anodins connus, l'irrigation d'élher sur toute la surface de l'abdomen détermina, au bout d'une heure et demie, l'expulsion de selles extrêmement abondantes et la guérison de la malade.

Ce moyen, répétons-le, agit à l'instar du sac de glace et n'en est qu'un perfectionnement. On peut y recourir, parce qu'il est d'un emploi facile, mais nous nous garderons bien de le préconiser dans les cas d'étranglement datant de plusieurs jours. Agir ainsi dansées circonstances, c'est s'exposer à réintégrer dans l'abdomen une anse d'intestin altérée, gangrenée, déjà perforée ou sur le point de se rompre. Le chirurgien le plus habile ne sait pas toujours exactement à quoi s'en tenir à cet égard lorsqu'il a pratiqué l'examen direct; réintégrer l'anse à l'aveuglette, sans l'avoir vue, est donc une pratique audacieuse et non sans dangers. Kravosky, Filatoff et Fellow se sont aussi occupés de la question [London Médical Record, avril et mai 1884, p. 149 et 197), mais nous n'insistons pas.

Le même moyen a été employé également avec succès par Flavia Alexandri dans le méléorisme de la fièvre typhoïde. On conçoit aussi que dans ces cir-

ÉTIIERS (emploi médical). 515

constances réther versé sur le ventre qu'on recouvre aussitôt d'une compresse ou d'un mouchoir ait une heureuse influence sur l'accumulation de gaz dans l'intestin, mais nous nous demandons si cet effet n'est pas uniquement momeniané et si avec la glace, moyen plus simple et plus pratique, on n'obtiendrait pas le même résultat, avec cet avantage que ce résultat serait plus durable. Nous devons dire toutefois que ce moyen, employé fréquemment dans le méléorisme de la péritonite, ne donne pas de résultats aussi considérables que la théorie l'indique.

La réfrigération qu'engendre l'éther a été appliquée également avec succès à la curation d'un anévrysme poplité (A. Gubler, Leçons de tliér., p. 194, Paris, 1877).

Cavazzani, à la suite de Trousseau et Guibourt, a employé avec le plus grand avantage les badigeonnages de la solution tanno-élhérée-camphrée suivante dans ['érysipèle, celui-ci fùt-il même phlegmoneux :

Caraplire. . - 1 giamme.

Tannin 1 — .

Élher 8 —

On badigeonne laigement lu surface malade avec cette solution toutes les trois heures {Gaz. med. italiana, Provincie Venele, 1875). Le même auteur recommande également ce moyen comme Irès-eflicace dans les brûlures des premiers et seconds degrés. Il empêche la formation des pidyctèncs, dit-il, et apaise presque instantanément la douleur, double résultat extrêmement précieux, si réellement sa valeur n'est pas exagérée par le médecin italien.

Dans les angines, on a aussi employé les pulvérisations d'étlier, faites plusieurs fois par jour dans la gorge avec l'appareil de Richardion. Contato, Bufalini, se sont loués de ce moyen de traitement qui, au dire des auteurs, déterge le pharynx et améliore l'état général. Deux angines pseudo-niembr aneuses (?) ont également été traitées avec succès par la même méthode et par les mêmes médecins. La douleur en particulier diminua considérablement, condition qui permit d'alimenter plus facilement les malades [Rev. des se. méd., 15 janvier 1885).

Mais peut-être y a-t-il quelques l'éserves à faire sur la nature de ces dernières angines. 11 y a longtemps, en effet, que Pinel et Alibert ont prétendu avoir radicalement guéri le croup par l'emploi des fumigations déther. Or, comme le remarque Trousseau, il suffit de lire les observations de ces deux éminents praticiens pour se convaincre qu'ils ont eu affaire, non pas au croup lui-même, mais au faux-croup ou angine striduleuse, affection dans laquelle on conçoit assez bien l'efficacité de l'éther, puisque son grand caractère c'est de combattre le spasme.

Certaines méningites et myélites aiguës seraient peut-être combattues avec un cei'tain succès par les pulvérisations d'éther le long de la colonne vertébrale. C'est en tous cas un traitement antiphlogistique assez rationnel.

La réfrigération que procurent les pulvérisations d'éther a été utilisée avec avantage dans nombre d'états spasmodiques. Armaingaud (de Bordeaux) a pu vaincre trois cas d'œsophagisme rebelle de nature hystérique à l'aide des pulvérisations d'éther sur le cou. L'éther n'a pas agi comme anesthésique général, car, administré] de cette façon, il a échoué {Journ. de méd. de Bordeaux, iSSO).

516 ÉTIIEHS (emploi médical).

Carlo Rigoni (// Raccoglilore medico, 1879, p. 597) a traité et guéri un spasme du diaphragme (nerf plirénique) à l'aide des mômes pulvérisations et avec le même moyen. Lublesky (de Varsovie) a procuré un soulagement immédiat à des coquelucheux en pratiquant les pulvérisations le long du cou, sur le trajet des nerfs pneumogastriques (Ga;. hehd., 1878). Le même praticien a retiré de bons résultats des pulvérisations le long du rachis dans la chorée et dans les vomissements incoercibles delà grossesse en pulvérisant l'éther successivement à la région épigastrique et à la région correspondante de la colonne vertébrale. 11 faisait des séances de trois à cinq minutes qu'il renoavelait toutes les trois heures. Le succès, ajoute Lubelski, est presque constant et le soulagement immédiat {Acad. de méd. de Belgique, 15 février 1878, t. XII, p. 76). Dujardin- Beaumetz [Bull, de ihér., t. LXXXIV, p. 552, 1878, et Clin, thérap., t. I, p. 454) confirma l'opinion de Lubelsky dans un cas qu'il eut à traiter et qu'il soigna par le même moyen, et obtint encore un autre succès dans un cas de dyspepsie avec vomissement. Plus récemment Rodrigues Mendez [Gaceta medica Catalana, vol. VII, p. 475, 1884, et Bull, de thér., t. CIX, p. 91) a rapporté une observation non moins concluante. Il s'agit d'une primipare arrivée au cinquième mois de la grossesse que d'incessants vomissements avaient plongée dans le marasme le ))lus grand avec danger manifeste pour la vie Les moyens les plus variées (élber, valéiiane, opiacés, cbloral, glace, boissons gazeuses, iode, vésicaloires, mjections de morphine, etc.) avaient échoué. On en arriva à essayer les irrigations d'éther sur i'épigastre. L'effet fut instantané, et dès la première irrigation les vomissements disparurent. Plus tard, ils revinrent à deux reprises différentes, mais le même moyen arrêta tout de suite les accidents.

Dans la chorée, les pulvérisationsd'éther ont également réussi entre les mains de Perroud (de Lyon), de Rose, de Zimberlin, de Mazade, de Jaccoud, etc. {voy. Fabry, thèse de Paris, 1875. — Raffaele Testa, laClinica, 1875. — De Seguy, Bull, de thérap., t. GV, p. 118, 1885). Cependant, H. Roger, Bergeron, Schûtzenberger, ont été moins heureux avec elles, et Archambault et Bucquoy les ont vues constamment échouer (voy. Soc. de thérap., janvier 1879; — F. Leblanc, Journ. de thér. de Gubler, t. Yl, 1879, p. 257). La valeur des pulvérisations d'éther dans la chorée n'est donc pas encore sufhsamment établie. 11 en est de même dans le tétanos et le mal de mer. Nous verrons plus loin que ce n'est pas seulement en pulvérisations que l'éther a été employé dans les spasmes et les névroses, mais qu'il a donné de nombreu.Y succès employé à l'intérieur à titre d'antis])asmodique.

Récemment Raisin [thèse de Paris, 1886) a essayé de démontrer que les douleurs fulgurantes de l'ataxie locomotrice sont justiciables des pulvérisations d'éther. Leur emploi, longtemps et méthodiquement continué, détermine suivant l'auteur une amélioration générale chez les malades et rend les douleurs moins fréquentes et moins pénibles. La réfrigération est appliquée loco dolenti. C'est en tout cas un moyen inoffensif qu'on peut essayer à l'occasion.

5" L'ÉruER COMME ANTISPASMODIQUE. — Lcs uévropalhcs souffrent souvent de flatulences, de bouffées de chaleur, de palpitations et autres malaises plus ou moins persistants. L'éther réussit assez bien à ces sortes de personnes, administré en sirop ou sous forme de perles. A lui seul , disent Trousseau et Pidoux [Thérapeutique, t. 11, p. 421, Paris. 1870), il suffit pour faire cesser les douleurs atroces de Vileus spasmodique, de même qu'il est administré avec

ÉTHlîRS (emploi jikdical). 517

succès dans la gaUrodynie, le vommement convukif, la toux nerveuse et les convulsions des enfants qui survienncut à l'époque de la dentition. Le même agent a également à son actif des guérisons A'éclampsie puerpérale (Roux, Quatre guérisons, etc. In BulL de thér., t. LXXXIX, p. 218, 1874), résultat qu'il partage, du reste, avec les autres anestliésiques, le chloroforme et le chloral. Son usage est habituel dans les gastralgies et les entéralgies. Respiré, il calme les accès iVaslhme, Vaménorrhée liée au spasme de l'utérus (Pinel), les pollutions nocturnes liées à une imagination trop vive (Tissot), les atroces douleurs spasmodiques liées à r empoisonnement par le seigle ergoté. Pleetwood Churchill, en 1853, l'a employé contre la coqueluche, et plus récemment West a confirmé à ce sujet les résultats obteims par Churchill, mais West adjoint à l'éther le chloroforme et l'essence de théréhenthine selon la formule suivante :

Étlier 60 grammes.

Chloiofonne ■ ôO —

Essence de térébenllinie 10

West fait respirer ce mélange à ses malades aussitôt les prodromes de la quinte (West, Leçons sur les maladies des enfants, trad. Archambault, p. 95). Celte méthode n'est guère usitée en France.

4" L'ÉTHEU COMME STIMULANT. INJECTIONS SOUS-CCTANÉES d'ÉTHER. L'éthcr

est à la fois un calmant, un antispasmodique et un stimulant diffusible d'une grande valeur. Trousseau et Pidoux racontent qu'ils ont eu beaucoup à se louer du sirop d'éther dans le choléra épidémique à la dose d'une cuillerée à bouche toutes les heures, administré concurremment avec la glace et une boisson légèrement excitante, l'infusion de menthe, par exemple. A l'aide de ce moyen. Trousseau obtint de salutaires réactions, et G. A. Richter a également obtenu de bons résultat de ce mode de traitement dans le typhus à forme adynamique.

Il v a longtemps que l'on em|)loie les inlialations d'élher dans les menaces de défaillances et do syncope. Mais ce n'est que depuis que l'on s'est bien rendu compte de toute la puissance de cet agent dans le collapsus des maladies graves, des grands traumatismes ou des empoisonnements, qu'il est devenu une substance de première ordre en injections sous-cutanées.

Hecker, en Ancfleterre, Verneuil, en France, ont retiré d'excellents résultats des injections éthérées dans le collapsus. Le professeur Verneuil recommande de marcher hardiment, le thermomètre d'une main, la seringue de Pravaz de l'autre. On emplit la seringue et l'on fait une première injection et, si au bout d'une demi-heure, d'une heure, la température et le pouls ne sont pas relevés, on recommance. La dose d'éther peut être portée très-loin sans qu'il en résulte de dant^ers. Ortille (de Lille), Dupuy, Mlle Ocounkoff, Chantreuil, etc., ont montré par leurs observations toute la valeur de ces injections dans le coma et le collapsus. Mlle Ocounkoff dit justement que ces injections sont indiquées dans les cas de prostration et de coma, d'algidité et de collapsus, bref, dans toutes les déchéances profondes de l'organisme, suite de maladies graves, typhus, choléra, etc , ou suite d'hémorrhagies. Chantreuil les a vues réussir dans des liémorrhagies par insertion vicieuse du placenta qui plongent ordinairement la femme dans l'anémie aiguë et entraînent la mort, — et les croit ainsi appelées à remplacer la transfusion du sang. — A ce propos, il faut dire cependant qu'alors qu'on peut sauver la vie d'un animal à qui l'on a enlevé par la saignée le dix-neuvième du poids du corps, à l'aide de la transfusion du sang non défi-

518 ËTIIERS (emploi médical).

briné, on ne le peut jamais avec les injections d'éther (Hayem). Barth a fait voir l'efficacité de ces injections dans la pneumonie adynamique ; Dupuy dans le coUapsus de la fièvre ti/pJioïde et du choléra; Ft'réol dans l'cidynamie de la fièvre typhoïde et Richter dans le typhus; Moutard-Martin et Lartigue dans le choléra; Dardenne en les associant aux injections de bromhydrate de quinine dans la fièvre inlermitlente algide •,V>(i\nQvve i\?iX\^ \ecoUapsns de l'empoisonnement, etc. {voij. Ortille, Bull, de thér., t. XCll, p. 580, 1877. — Zénaïde Ocounkoff, thèse de Pai^is, n" 217, 1877. — Chantreuil, Journ. de thér., févr. 1878. — Dupuy, Progrès médical, 10, M et 24 décembre 1881, et 7, 21, 28 janvier et février 1882. — Hayem, De la valeur des injections sous-cutanées d'éther en cas de mort imminente par hémorrhagie. In Bulletin de thér., 30 décembre 1882. —Barth, Gaz. hebd., 17 décembre 1882. — Dardenne, Journ. de thér. de Giibler, t. Yll, p. 582, 1880. — Féréol, Moutard-Martin, Soc. de thér., 24 mai 1882. — Cli. Debierre, Bull, de thér., t. CVl, p. 52, 1884. — Lartigue, Journ. de méd. milit., p. 145, 1885).

Burdel (de Vierzon) a vivement insisté sur les injections sous-cutanées éthéroquiniques dans les accidents pernicieux de la fièvre intermittente. 11 fait dissoudre 30 centigrammes de quinine dans 1 gramme d'éther et l'injecte sous la peau. Le pouls se relève, la chaleur remonte, le sujet reprend ses sens... et le tout se termine rapidement. Il n'est pas douteux que cette méthode soit excellente, car elle réunit le puissant médicament du collapsus au merveilleux agent qui guérit l'accès de fièvre palustre. Célérité est en même temps une condition précieuse dont il faut savoir profiter dans la perniciosité. (Comm. à l'Acad. de médecine, 1880).

Dans une communication à l'Académie de médecine en 1881, Du Castel, de son côté, a annoncé que, en faisant une injection hypodermique d'éther matin et soir, et en administrant en outre par jour de 10 à 20 centigrammes d'extrait thébaïque et 20 gouttes de perchlorure de fer dans une potion gomraeuse de 125 grammes, on obtenait l'avortemcnt des pustules de la variole sur les sujets vaccinés. Sur les sujets non vaccinés, au contraire, les résultats ont été moins favorables. Sur 76 cas, 13 malades sont morts, dont 7 non vaccinés.

Dreyfus-Brissac a vérifié cette méthode qui avait été accueillie à l'Académie avec assez d'incrédulité, et l'a confirmée par de nouvelles observations. A l'aide de l'éther, de l'opium et de l'alcool (Dreyfus-Brissac laisse de côté le perchlorure de fer), administrés dès le début de la variole, ce distingué confrère vit l'éruption subir un véritable arrêt de développement. Les papules, si elles arrivaient à devenir vésiculeuses , ne tardaient pas à s'affaisser et à se racornir. La variole était transformée en varioloïde, et les accidents si graves des dernières périodes de la maladie étaient ainsi évités (Dreyfus-Brissac \yoy. Du Castel, Acad. de méd., 50 août, 1881. — Dreyfus-Brissac, Gaz. hebd., 11 août 1882. — Bucquet, Trait, de la variole par la médication éthéro-opiacée, thèse de Paris, 18831).

Depuis, PéchoUer a également réussi à faire avorter une variole à l'aide d'une potion éthérée opiacée [Bull, de thér., t. CIV, p. 349-555, 1885).

Plus récemment Tenneson, à l'hôpital Saint-Antoine, à Paris {Sur la médication éthérée opiacée dans la variole. In Bull, de thér., t. CVII, p. 62, 1884), a soumis 18 varioleux à la même méthode de traitement; 7 avaient une variole discrète, ils ont guéri sans suppuration; 11 avaient une variole confluente, et chez eux comme chez les premiers le résultat a été des plus encourageants-

ÉTIIERS (emploi médical). 519

Les « boutons » restent papulcux et ne suppurent pas. Tout est sec vers le 7^ jour et au 12'' la guérison est ordinairement complète. Mossé, plus re'cemment encore {Gaz. hehd. de Montpellier, 1886), a publié deux observations, dont l'une concerne une variole grave, à marche anormale, dans lesquelles la médication préconisée par Du Castel a été suivie de succès.

G. Traill [Etude sur les injections sous-cutanées d'éther snlfurique et leur application au traitement de In variole (thèse de Lille, 4882) a confirmé, par certains côtés, les observations de Du Castel. Sur 6 cas, 2, dans lesquels la médication a été instituée dès le début, n'ont pas suppuré.

Ces résultats, à coup sûr trcs-encouragoants, du traitement de la variole par la méthode éthérée-opiacée, sont-ils dus à des propriétés antizymasiques que posséderaient l'éther et l'opium ? C'est peu probable, car Dujardin-Beaumetz a montré que, si 4 à 5 pour 100 d'éther suffisent à diminuer la respiration et la végétation du champignon de la levijre de bière, ils sont impuissants pour le tuer. A plus forte raison en serait-il de même du virus- ferment qui paraît être la cause de la variole. Dans l'état actuel de nos connaissances, il faut donc avouer que nous ne connaissons nullement la manière d'agir de cette médication.

Les injections d'éther ont donné lieu à certains accidents paralytiques que nous devons signaler en passant en terminant l'étude de l'éther envisagé à titre de stimulant diffusible.

Arnozan (de Bordeaux), puis d'autres auteurs, Charpentier, Remak, Mendel, Moizard, etc., ont rapporté des observations de paralysies plus ou moins complètes et consécutives aux injections sous-cutanées d'éther. Ces paralysies offrent de très-grandes analogies avec certaines paralysies périphériques, celles du facial ou du radial, par exemple : suppression ou diminution de l'excitabilité faradique, augmentation de l'excitabilité galvanique, réaction de dégénérescence, retour du mouvement volontaire avant celui de l'excitabilité faradique (Arnozan). Ces paralysies sont-elles toujours consécutives à la piqûre du nerf intéressé et névrite consécutive? Elles guérissent spontanément, mais l'application de courants galvaniques en abrège considérablement la durée (Arnozan, Journ. de méd. de Bordeaux, 4882. — Charpentier, Vnion médicale, 4884. — Remak et Mendel, Démonstration einer partiellen Radial isparahjse... In Berl. klin. Woch., p. 76, févr. 1885. — Société de biologie, 14 mai 1887).

5» Emplois divers. On sait que divers auteurs, Durande, Sœmmerring, Richter, ont prôné l'éther dans la lithiase biliaire, en se fondant sur ses propriétés dissolvantes des substances grasses et des matières résinoïdes, de la cholestérine en particulier. Mais c'est là une vue de l'esprit complètement illusoire. Sans doute l'éther est susceptible de dissoudre certains calculs biliaires, mais, pour obtenir ce résultat, qui ne voit qu'il faudrait faire arriver dans le foie des doses d'éther impossibles! Si l'éther a jamais agi dans le fameux « remède de Durande » contre les coliques hépatiques, c'est qu'il est un antispasmodique de premier ordre et qu'il calme les spasmes si douloureux des voies biliaires.

L'éther est très-utile pour dissoudre les bouchons cérumineux du fond du conduit auditif externe. Nous avons souvent guéri avec ce petit moyen des surdités et des bourdonnements fort incommodes que les malades qui les portaient, hélas! ne comprenaient pas.

Cet agent a aussi été employé comme anthelminthique et vermifuge, et on lui a accordé les deux propriétés suivantes : 1" la sédation du tube digestif qu'il

520 ETHERS ^emfloi médical).

rend plus tolérant pour les médicaments destinés à tuer le parasite; 2° l'intoxication des vers intestinaux eux-mêmes (A. Gubler).

Voici en quoi consistait le traitement ténifugc de Bourdier : On prenait le malin à jeun 4 grammes d'éther sulfurique dans un verre de forte décoction de fougère mâle; une heure après, le ver étant supposé étourdi par l'action anesthésiante de l'élher, on avalait 60 grammes d'huile de ricin pour le chasser du ventre. Quand le l»nia est dans l'estomac, disait Bourdier, le succès est certain. Est-il dans l'intestin, on l'emprisonne entre deux masses d'éther : la potion précédente et un lavement avec 8 grammes d'éther. On se comporte ensuite comme Iprécédemment. Sur 14 cas de ta?nia, Bourdier aurait obtenu 12 succès à l'aide de cette méthode.

L'élher dans ces dernières années a été fréquemment employé en injections dans la scialique et le lumbago, les loupes, mais surtout à l'état de liquide élhéro-iodoformé dans les abcès froids et ossifluents.

Vidal, avec cinq ou six gouttes d'éther injectées dans les loupes, a montré qu'on les fait suppurer en cinq ou six jours (une injection par jour) et qu'on les guérit ainsi sans opération sanglante {voy. Marcel Lermoyer, Bull, de thér.. t. CV, p. 454. 1885). Depuis quelques années, Verneuil préconise l'injection dans les abcès froids, préalablement év;icués, d'une petite quantité d'éther iodoformé à 5 pour 100. C'est un pi'océdé quelquefois lent, mais sans danger, et le plus souvent efficace. L'injection doit être faible, et Verneuil n'a jamais dépassé 20 grammes {Rev. de chir., 1885). Verchère {Revue de chir., n"^ 6 et 10, 1886) a publié 20 observations qui confirment les observations précédentes de Verneuil, et plus récemment Kirmisson, Reclus et Quénu, entre autres {Gaz. Iiebd., mars, 1886, et Soc. de chir., IG févr. 1887), en ont également retiré de bons résultats. La guérison s'obtient parfois après une seule injection. Mais, si celle-ci ne suffit pas, il ne faut pas hésiter à en faire une autre, trois semaines plus tard, par exemple, après avoir vidé l'abcès au préalable. Dans les observations de Verchère, 6 injections au plus ont été nécessaires pour obtenir la auérison d'abcès tiès-volumineux.

Trélat a récemment obtenu un brillant résultat dans un abcès de la fesse chez une jeune fille, consécutif à une fièvre typhoïde. Cet abcès contenait 450 grammes de pus; une fois vidé, on y injecta 80 grammes d'éther iodoformé et on appliqua un pansement compressif. Peu après l'abcès était si bien guéri qu'on n'en reconnaissait plus les traces (Soc. de chir., 16 févr. 1887).

Toutes les collections tuberculeuses ou ganglionnaires, idiopathiques ou symptomatiques d'une lésion osseuse, sont justiciables de la méthode. Aucun accident n'est à craindre avec elle et la guérison s'obtient sans cicatrice.

Berger dit cependant {Soc. de chir., 16 févr. 1887) que dans les abcès froids avec lésions osseuses les résultats sont peu favorables, et Lucas-Championnière et Le Dentu préfèrent l'incision suivie de lavages antiseptiques.

Rien d'étonnant dans le succès de cette méthode du reste, car nous savons, Mosetig Moorof a insisté spécialement sur ce point, que l'iodoforme est un excellent modificateur dans les plaies de mauvaises nature, à suppuration fétide, et dans les processus tuberculeux locaux, ce qui est bien le cas des abcès froids {voy. Mattei, Traité des abcès froids par l'injection d'iodoforme en solution dans Véther [Thèse de Paris, 1884]).

Jules Bœckel a rapporté un cas de mort après une de ces injections, mais qui ne doit en rien incriminer le procédé, car les parois de l'artère sous-clavière

ÉTHERS (emploi médical). 521

avaient été préalablement érodées par l'abcès {Gaz. méd. de Strasbourg, !«■■ juillet 1885).

Ajoutons pour terminer l'histoire des usages de l'cther qu'on l'a conseillé pour faire tolérer l'huile de foie de morue (1/2 gramme d'cther pour 15 grammes d'huile de morue) et que l'on s'en sert pour appliquer des ventouses. Enfin, Richardson a proposé l'emploi de l'éther qu'il appelle ozonisé (solution d'éther dans le bioxyde d'hydrogène) poui' fiure disparaître les mauvaises odeurs et tuer les virus-ferments. Mais, outre que cette substance s'altère vite et coûte cher, elle a de plus le grave inconvénient de n'être pas très-antiseptique, puisque Dujardin-Beauinetz a vu que 4 à 5 pour 100 d'éther, s'ils arrivent à diminuer Ja respiration du Saccharomyces cereviciœ, ne parviennent nullement b. tuer ce champignon. 11 faudrait donc plus de 5 pour 100 d'éther, dit ozonisé, dans le sang, pour neutraliser les bactéries morbigènes, dose à coup sur intolérable. Mode d'admimstuatOiN et doses. A Vinlérieur, l'éther s'administre ordinairement en sirop, en capsules gélatineuses, dites perles d'éther, ou encore directement versé sur un morceau de sucre que l'on fait aussitôt avaler. La quantité ordinairement administrée varie de 2 à 6 grammes par jour, 1 à 2 grammes à chaque fois.

On se sert aussi très-souvent dans la pratique, à titre d'antispasmodique, d'un mélange à parties égales d'éther et d'alcool à 85 ou 90 degrés, auquel on a donné le nom quelque peu prétentieux de liqueur d'Hoffmann. On ajoute cette liqueur à la dose de 2 ou 3 grammes aune infusion théiformc, à une potion, etc., et l'on fait prendre ponr combattre les spasmes.

Le sirop s'emploie à la dose de 15 grammes, pur ou dans une infusion aromatique, une infusion de menthe, par exemple.

En lavements, l'éther se donne à la dose de 2 à 10 grammes. En injections sous-cutanées, on s'en sert à l'état de pureté. Pour son emploi en inhalations, nous renvoyons au mot Anesthésie chirurgicale où sont indiquées toutes les précautions que l'on doit prendre pour son administration, llappelons seulement que l'éther est essentiellement combustible et votatil, d'où il faut avoir soin d'éloigner de ses vapeurs tout corps incaudescencent qui pourrait renflammer. Après avoir traité assez longuement de l'action et des usages de l'éther sulfurique, éther ordmaire ou oxyde d'éthyle, nous serons bref sur les autres espèces d'éthers, qui comprennent V éther chlurhydrique; V éther bromhydrique; i'ether nitreux ; V éther acétique ; V éther sulfhijdrique, l'éther méthylchlorhydrique, etc.

Éthers divers. 1° Éther cHLORHïDRiQUE. L'éther chlorhydriquo OU c/i/orwr^ d'éthyle était mentionné comme anesthésique dès 1831 par Mérat et de Lens [dict. de thér., t. III, 1831).

C'est un anesthésique à odeur agréable et dont les effets se manifestent avec rapidité. Son action est assez semblable à celle de l'éther ordinaire (Richardson) ; elle survient plus vite, mais par contre elle est plus fugace. Steffen (Brit. Med. Journ., janv. 1879) l'a employé une vmgtaine de fois pour l'anesthésie chirurgicale; il s'en loue beaucoup. Pas plus que l'éther ordinaire il ne met à l'abri des accidents que nous avons signalés en temps voulu. Dans les essais de la Commission anglaise des anesthésiques il amena rapidement des convulsions et l'arrêt de la respiration.

2° ÉTHER bromhydrique. L'éther bromhydrique ou bromure d'éthyle a été employé pour la première fois à titre d'agent d'anesthésie par Nunneley en 1849.

DICT. ENC. X.X.XV(. 21

522 ÉTIIERS (emploi médical).

A la suite, Lévis (de New- York), Rabuteau, etc., en firent une étude plus minutieuse.

Des expériences de Rabuteau il résulte que l'étlier bromhydrique est moins irritant que l'étlier et le chloroforme et qu'on peut l'ingérer ou l'injecter sous la peau avec facilité et sans crainte d'accidents.

Ingéré à la dose de 1 à 3 grammes, il agit comme anodin, mais non comme aneslhésique.

Des grenouilles plongées dans de l'eau saturée de bromure d'éthyle sont frappées d'anestliésie en dix ou quinze minutes. Inhalé par le chien, il provoque le sommeil en quatre ou cinq minutes. La période de retour à la sensibilité est moins longue qu'avec le chloroforme. Il s'élimine presque en entier par les voies respiratoires (Rabuteau, AcaJ. des se, déc. 1876, et Soc. de biologie, 1880).

L'inhalation de ce corps accélère les mouvements du cœur tout en diminuant leur amplitude; si l'on continue à le fiiire respirer, les mouvements finissent par s'éteindre (Sidney Rmger, the Lancet, 1874). Cette constatation permet d'entrevoir que le bromure d'éthyle n'est pas plus inoffensif que ses homodynames en anesthésie. Deux morts sont en effet survenues avec lui entre les mains de Marion Sims et de Lévis et deux autres entre celles de Leuri et Pancoast [Vhiladelphia Med. Times, juin 1880). Un cinquième accident mortel a été rapporté par John Roberts {Vhilad. Med. Times, 1880) à la suite de l'inhalation de 16 grammes de ce corps en trois fois.

En France, le bromure d'élhyle a été employé par Gosselin, Berger, Terril- Ion; en Angleterre par Turnbull [Dublin Médical Journal, 1880), qui s'en sert dans l'anesthésie obstétricale. — Lebert {De l'analgésie obstétricale par le bromure d'éthyle. In P^ev. méd. franc, et étrangère, 1885) de son côté ne fait aucun accouchement sans bromure d'éthyle {voy. Ducasse, Sur l'emploi du bromure d'élhyle dans les accouchements naturels simples (thèse de Paris, 1885).

Teirillon dans ses essais cliniques à Lourcme, à la Pitié et à Saint-Antoine, a TU ce corps donner lieu à l'anesthésie, ordinairement sans période d'excitation, en deux ou trois minutes. Chez une femme il obtint une anesthésie de sept minutes en employant 7 grammes de liquide {Soc. de chir., 1880), mais trèssouvent l'anesthésie obtenue est incomplète.

Mais Berger et Ch. Ricliet |se sont convaincus que l'étlier bromhydrique produit facilement de l'agitation et des convulsions toniques, de la congestion de la face, de la fréquence et de la faiblesse de la respiration et du pouls, l'absence de résolution musculaire, et ils insistent sur la rapidité avec laquelle survient la mort chez les animaux soumis aux inhalations de bromure d'éthyle {Soc. de ehir., 1880). Terrillon, comme Berger du l'este, convient que le chloroforme vaut mieux pour obtenir l'anesthésie complète.

Lalimer Phillips (iVeif Orléans Med. and Snrg. Journ., janv. 1887) néanmoins considère encore aujourd'hui le bromure d'éthyle comme un excellent anestliésique dans les opérations de courte durée. Les effets sont fugaces, dit-il; avec 4 à 6 grammes de ce corps on obtient l'anesthésie, et son administration n'est pas suivie des mêmes inconvénients que présentent l'éther et le chloroforme, céphalée, vomissements, etc., le réveil est obtenu en deux ou trois minutes. Malgré tous ces essais il est difficile encore de porter un jugement définitif sur la valeur de l'éther bromhydrique comme agent d'anestliésie chirurgicale. Les

ÊTIIERS (emploi médical). 525

expériences de Terrillon et celles de Berger ne sont-elles pas contradictoires ? Comme agent d'aneslhésie Jocale, le bromure d'éthyle ne cède rien à l'éther. Verneuil, Terrillon, Nicaise, Périer, Lucas Championnière, Marcel Cilvelli, etc., sont unanimes pour constater la rapidité avec laquelle il provoque l'insensibilité locale. A ce point de vue, il est même préférable à l'ctlier, en ce sens qu'il n'est pas inOammable et qu'avec lui, rien n'empêche d'opérer avec le thermocautère.

Les effets du bromure d"éthyle rappellent de près ceux du chlorure d'éthyle. En France, on l'a prescrit avec efficacité dans les douleurs du cancer. Winckel etFielder {Pldlad. Med. Times, févr., 1879) en ont eux-mêmes retiré un incontestable bénéfice dans la névralgie symptomatique de myome ou d'épithélioma, prescrit à la dose de 10 à 20 gouttes dans l'eau au moment du coucher.

Bourneville et d'Ollier (Gfl2. viéd de Paris, 1881), Roux [Du' trait, de l'épilepsic et de la manie par le bromure d'éthyle. Thèse de Paris, 1882) ont traité un certain nombre d'épileptiques par les inhalations de bromure d'élliyle. 11 résulte de leurs observations que ce mode de traitement peut être employé avec avantage dans le traitement de l'accès du haut mal.

Bourneville et d'Ollier ont constaté : d" la cessation rapide des phénomènes convulsifs hystériques; 2" que les inhalations quotidiennes soutenues [)endant un à deux mois ont abaissé la durée et l'intensité des accès d'épilepsie dans la plupart des cas; 5° 9 malades sur 10 ont vu leurs accès diminuer progressivement de 40 à 4, sous des inhalations quotidiennes poussées jusqu'à l'ane^thésie. Roux a également observé deux ras de manie, dont l'un a été amélioré, l'autre guéri par cette médication, qui, selon les auteurs précédents, ne doit pas être employée pendant plus de quinze jours consécutifs.

3» Éther TsiTREux. L'étlicr azoteux ou azotile d'éthyle, inspiré à petites doses, donne lieu à de la céphalalgie, à de l'asphyxie, et à l'arrêt de la respiration, si l'on continue l'inhalation (Mao Kendrick, J.Coats, Newmann). A doses un peu plus élevées, une dizaine de gouttes chez les petits animaux, il donne lieu à des convulsions violentes suivies de mort (Flourens, Richardson). Cet éther bout à 16 degrés et fait facilement explosion [voy. Noël Guéneau de Mussy, JYoMi?. rech. sur les anesthésiques. In Bull, de thérapeutique, t. Cil, p. 407).

L'éther nitreux est un antiputride de premier ordre, d'après Peyrusson [Sur r action désinfectante et antiputride de V éther azoteux. Académie des se, 9 août 1880 et 28 févr. 1881) : un flacon contenant cet éther a permis à un œuf cassé et battu de ne pas se putréfier pendant les trois mois qu'a duré l'expérience. Les essais de certains médecins de Limoges, Chenieux, Raymond, Bleynie, Couveau, Raymondaud, ont également montré que l'azotite d'éthyle est un a^ent de désinfection des locaux hospitaliers des plus puissants. Les vapeurs de 90 grammes de cet éther dilué sont susceptibles suivant ces médecins d'enlever l'odeur nauséabonde du matin d'une salle d'hôpital de 280 mètres cubes. Peyrusson s'y prend de la façon suivante pour désinfecter les casernes, les maternités, les hôpitaux, etc. Pour cela il prend 50 grammes par mètre cube du mélange suivant : alcool à 90 degrés = 4 parties ; acide azotique à 56 degrés = 1 partie, qu'il place dans une capsule en porcelaine au-dessus d'un vase d'eau chaude. Inoffensif et agréable, ce mode de purification de l'air serait le seul, au dire de l'auteur, capable de détruire les germes et les contages des maladies infecto-contagieuses {Journ. de méd. de la Haute-Vienne, 1881, |). 49).

524 ÉIITERS (emploi médical).

4» Étiiers acétiques. Acétals. D'après Albertoni et Lussana {lo Sperimentale, 1874), l'éther acétique n'a pas d'action pliysiologique bien accusée.

Le diétliylacélal (C''il"'0-) injeité sons la peau des animaux (grenouilles, lapins, chats, chiens) provoque la somnolence, puis la torpeur, l'anesthésie générale et l'abolition du pouvoir excito-moteur. Le cœur et la respiration conservent à peu près leur rhylhme et leur éner gie normale pendant ce temps. La pression sanguine baisse cependant de 20 à 50 milligrammes de mercure pendant l'abolition du pouvoir réflexe. Le cœur est Xullimum moriens chez les animaux empoisonnés par cette substance. La respiration s'arrête avant, quoique Irappée elle-même très-tardivement, alors que le pouvoir rétlexe a déjà disparu.

11 s'ensuit que l'acétal frappe en premier lieu les hémisphères cérébraux, puis la moelle ('pinière et en dernier lieu le bulbe rachidien.

Von Mcring a employé le diétliylacélal chez l'homme. La dose de 10 à l'J grammes lui suffirent pour faire dormir en plein jour 6 sujets sur 8. Les 'i autres, en proie à de vives douleurs (l'un était ataxique, l'autre portait une fracture du calcanéum), ingérèrent 8 grammes de ce corps sans trouver le sommeil, mais ils restèrent plongés toute la journée dans une sorte d'ivresse et presque etUièrement soulagés de leurs souffrances.

Le dimélylacétal a des propriétés analogues au diéthylacétal, mais, comme il bouta 64 degrés, il peut être employé en inhalations comme l'éther ordinaire et le chloroforme.

Von Mering lui a reconnu des propriétés anesthésiques et, suivant lui, il aurait sur le chloroforme l'avantage de ne modifier sérieusement ni le cœur, ni la pression sanguine, ni la respiration.

5" Éther méthylique. C'est le plus rapide de nos agents d'anesthésie (Richardson). 11 provoque le sommeil en moins d'une minute, tout en laissant au patient toutefois une certaine conscience et une certaine lucidité dans les idées. Ses effets sont fugaces comme ceux du protoxyde d'azote, mais il ne pousse pas à l'asphyxie comme ce dernier. L'analogie de son action avec celle de l'hydrure d'amyle, préconisé par Simpson et bien étudié par Richardson. est évidente.

Ce corps, presque exclusivement employé jusqu'alors dans l'art dentaire, n'est pas non plus exempt des dangers communs à tous les anesthésiques. On peut lire en effet dans Médical Times and Gazette, pour 1874, le cas d'une femme de soixante-deux ans qui, endormie avec cet éther pour subir l'opéralion de l'ovariotomie, succomba brusquement. On avait employé environ 20 grammes d'éther méthylique, et l'anesthésie était complète lorsque les pupilles se dilatèrent et lorsque le pouls et la respiration s'arrêtèrent : la femme était morte.

Cet éther a enfin été employé à la conservation des viandes par suite du froid qu'il produit en s'évaporant. Grâce à lui, un perdreau au bout de cinquante-sept jours, un morceau de mouton après trente-sept jours, avaient conservé tous les caractères de la viande fraîche (Tellier, Acad. de méd.).

6" Chlorures de méthyle. Parmi les chlorures de méthyle, nous étudierons successivement : a, le chlorure proprement dit; h, le bichlorure, etc, le bichlorure de méthylène.

a. Le chlorure de méthyle est un gaz qui produit une anesthésie profonde et assez persistante, soit qu'il ait été inhalé, soit même qu'il ait été ingéré (Richardson). A l'aide du froid obtenu avec les pulvérisations de ce corps, Debove le premier a obtenu la disparition presque instantanée des douleurs de

ÉTHERS (emploi médical). 525

la scialique. D'ordinaire, une pulvérisation de quelques secondes (quatre a cinq) le long du nerf suffît; il est rare qu'à la seconde la guérison ne soit pas obtenue (Debove, Soc. mcd. ^/es Iwp., 8 août 1884). Beaucoup de sciatiqucs invétérées résistent cependant, comme elles résistent à l'élongation elle-même, ainsi que nous l'avons pu observer à l'Ilôtel-Dieu de Lyon.

C. \inay (Du chlorure de méthyle da7is le traitement des névralgies. In Lyon médical, p. 550 et 569, 1885) a rapporté 21 cas de névralgies, dont 17 furent guéries et 4 améliorées par la pulvérisation de chlorure de méthyle; 4 lumbagos furent également rapidement guéris. Dans les cas de sciatique ancienne, il a fallu faire deux ou trois séances de pulvérisation.

Peyronnet de la Fonvielle {Traité de la névralgie du trijumeau par les pulvérisations de chlorure de méthyle. Thèse de Paris, 1886) considère aussi la névralgie trifaciale comme susceptible d'être guérie par les pulvérisations de chlorure de méthyle. Les névralgies à frigore ne résistent pas à une pulvérisation rapide, dit-il; les autres formes sont toujours soulagées et la douleur disparaît souvent après plusieurs applications. Pour celles-ci, Debove estime la durée du traitement à un mois ou six semaines, et recommande une pulvéïisation journalière très-légère sur le côté douloureux de la face. En huit ou dix jours l'amélioration se dessine, il n'y a pas de pigmentation consécutive de la peau et les phlyctènes qui surviennent parfois sont sans gravité {voy. Vinard, Du chlorure de mélhyle dans un certain nombre d' affections douloureuses. In Gaz. méd. de Nantes, p. 154, 1885).

A. Robin, Rendu, Letulle, Sacre, Nerval, etc., ont également obtenu des succès très-remarquables dans la sciatique avec ce procédé. La méthode nécessite un appareil spécial, mais qu'on se procure aujourd'hui aisément, à peu près partout, pour un prix de location modéré. Certains auteurs ont môme utilisé le chlorure de méthyle pour combattre les [névralgies symplomatiques [voy. Tenneson et Bègue, Sur le chlorure de mélhyle contre l'élément douleur dan>i les affections diverses. In Bull, de la Soc. méd. des hùp., p. 66, 1885) ; Desnos, De l'action du chlorure de méthyle, ibid., p. 11).

b. Le bichlorure de méthyle ou éther méthylchlorhydrique fut administré la première fois par Richardson à un malade de Spencer Wells en 1867. C'est un bon anesthésique que les Allemands et les Anglais emploient de préférence au chloroforme dans les opérations de longue durée. Ils lui attribuent une action moins dépressible, et considèrent qu'avec lui on a bien moins à redouter les vomissements et les alertes que le chirurgien éprouve si souvent avec le chloroforme.

De 1867 à 1871, Spencer \Yells l'employa dans 180 ovariotomies et plus de 75 grandes opérations. Il n'eut aucun accident, et attribue ses succès dans l'ovariotomie en grande partie à la valeur de l'agent anesthésique dont il s'était servi.

Quels que soient ses avantages, il faut néanmoius reconnaîti^e qu'il n'est pas non plus absolument inoffensif, puisque, malgré son emploi restreint relativement à l'emploi du chloroforme et à l'éther ordinaire, Rappeler n'en a pas moins compté, de 1869 à 1876, 9 morts survenues pendant son administration.

c. Le bichlorure de méthylène, introduit en médecine par Richardson en 1867, est considéré comme le véritable succédané du chloroforme. 11 agit comme lui, et il a sur lui l'avantage de ne produire qu'une faible et courte période

326 ÉTIIERS (emploi médical).

d'excitation, d'être plus rapide dans son action (Morgan) et de ne donner lieu à aucun accident après l'anesthésie (Sarrasin, L. Le Fort).

Hepp et Tourdes {Gaz. méd. de Strasbourg, 1868) ont observé que le chloroforme agit plus énergiquement, à dose égale, que le bichlorure de méthylène. Richardson a fait voir de son côté {Brit. Med. Journ., 1870) qu'il faut une dose 1/3 plus forte de ce dernier agent pour obtenir les mêmes effets qu'avec le chloroforme. Mais dans ces conditions, ajoute Richardson, on peut endormir un adulte en deux minutes avec le bichlorure de méthylène.

Morgan, après avoir employé cet anesthésique plus de 1800 fois sans accidents sérieux, le considère comme plus inoffensif que le chloroforme. Il est à remarquer cependant qu'il ralentit considérablement le cœur, abaisse la pression artérielle comme le cliloroforme, mais moins soudainement que lui, et qu'il a de la tendance à conduire à la syncope. Du reste, son emploi n'est pas tout à fait ianocent non plus, et on a eu lieu de noter plus d'une mort survenue pendant son administration {voy. plus haut, p. 505, et Mac Kendrick, J. Coals et Newmann, Bril. Med. Journ. , 1880).

D'après Regnault, le bichlorure de méthylène dont se sert Spencer Wells, et que L. Le Fort a essayé à Paris, n'est que du chloroforme additionné d'esprit de bois {voy. Regnaud et Villejean, Sur le chlorure de méthylène. Acad. des se, 27 avril 1885). Malgré cela, le professeur Le Fort l'a trouvé préférable au chloroforme, et Sœnger (de Groningue), qui l'emploie depuis dix-huit ans dans sa clinique gynécologique, le déclare aussi bon anesthésique que ce dernier, bien qu'il estime, contrairement à L. Le Fort, qu'il donne également lieu aux vomissements (Spencer Wells, Diseases of the Ovaries. London, 1872). Ces résultats annoncés par Spencer Wells, Le Fort, Sœnger, diffèrent un peu de ceux qu'ont rapportés Hégar et Kaltenbach [Chirurgie opératoire, 1874).

Le bichlorure de méthylène a l'inconvénient d'être inflammable, d'irriter les bronches et d'être difficile à manier à cause de sa grande volatilité. C'est peutêtre à cette dernière propriété qu'on doit rattacher les insuccès qu'on observe assez souvent avec lui (Rossi).

7" Ethers vi.mques. Les éthers viniques, éther œnanthique, éther butyrique, etc., ont été jusqu'ici peu étudiés. Albertoui et Lussana ne leur ont point trouvé de propriétés anesthésiques.

8" Éther oxalique. L'ëther oxalique, qui ne bout qu'à 183 degrés, ne peut être employé en inhalations. Injecté sous la peau, il coagule les matières albuminoïdes et détermine la formation d'une eschare indolente. Il décompose les tissus en leur enlevant leur eau, et la surface détruite se dessèche comme si elle était privée de vie.

En raison de cette propriété destructive, l'éther oxalique promet de rendre les plus grands services par ses applications locales pour détruire les végétations, les verrues et autres excroissances morbides ("W. Tohardzon, Les nouveaux remèdes, t. Il, p. 252, 1886).

9° Ether diméthylaldéhydique. Le méthylal, éther diméthylaldéhydique, éther formodiméthylaldéhydique, ou diméthylate de méthylène, est un puissant hypnotique amenant un sommeil profond, tranquille et immédiat; son action est de courte durée en raison même de sa rapide élimination. A la suite, il n'indispose pas l'animal. Il augmente un peu le nombre des battements du cœur, abaisse légèrement la pression sanguine et ralentit la respiration.

La dose de 0,50 pour 100 du poids du corps produit l'anesthésie chez la

ETHIOPS. 527

grenouille; 0,20 à 0,25 pour 100 seulement donnent lieu au même phénomène chez les oiseaux ou les lapins, et 15 pour 100 suffisent chez le chien. Chez le singe il en faut moins encore. Les animaux sont donc d'autant plus sensibles à ce corps qu'ils appartiennent à une classe ou famille plus éleve'e dans la série zoologique. A la dose de 1 gramme par kilogramme il donne lieu à un sommeil invincible.

Le méthylal est antidote de la strychnine. Une injection sous la peau de ce corps peut suspendre les accès tétaniques, en conjurer le retour, et empêcher une mort certaine (Personali); fait contesté par Motrochin pour les doses mortelles. 11 est hypnotique et anesthésique à la dose de 1 gramme en potion ou en injection hypodermique, et ce n'est qu'à la dose de 2 grammes par kilogramme du poids du corps qu'il devient toxique dangereux (E. Personali, Les nouveaux remèdex, p. 458, 1886, et Mairet et Combemale, Acad. de>i se, 1887).

Les recherches de Motrocliin [Wratxch, n" 10, 1887), faites sur les animaux et l'homme, n'ont rien modifié aux conclusions des auteurs précédents. Comme eux, Motrochin reconnaît : 1° que les inhalations de méthylal déterminent le sommeil ; 2" que la sensibilité à la douleur est abaissée pendant le sommeil ; 5» que le nombre des respirations diminue, mais que le rhythme et l'énergie de la respiration sont conservés ; 4" que le méthylal n'a aucune action sur le cœur; 5° que cet agent affaiblit l'excitabilité réflexe et celle des centres psychomoteurs et qu'il diminue les contractions spasmodiques produites par la strychnine ou la picrotoxine; 6" que les injections sous-cutanées sont trèsdouloureuses et donnent souvent lieu à une eschare.

En résumé, le méthylal est un hypnotique et un anesthésique que l'on peut employer chez l'homme, mais par l'estomac ou en inhalations.

10" Ether styptique. Ivard Richard emploie sous le nom « d'éther styptique ou hémostatique » l'éther absolu, chargé de tannin jusqu'à saturation, puis additionné de collodion.

Ce composé est pulvérisé avec le pulvérisateur ordinaire. Il détermine l'anes- Ihésie locale et, projeté sur une plaie, il exerce la contraction des vaisseaux sanguins par le froid qu'il produit, et de plus coagule le sang qu'il rend imputrescible pendant plusieurs jours.

A ce titre, ce corps peut être employé pour arrêter des hémorrhagies diverses (J. Richardson, the Asclep., 1886). Gh. Debierre.

ÉTHioxiQCE (Acide). C=H«S^0^ = C^H*(O.SO'H).SO"'K. Ce corps s'obtient par l'action de l'eau ou de l'alcool sur l'anhydride élhionique. Ce produit est toujours impur. Sa solution chauffée à 100 degrés se dédouble en acide iséthionique et en acide sulfurique.

V anhydride éthionique lui-même ou sulfate de carbyle, C^H*.2S0^, s'obtient en laissant en contact l'alcool absolu et l'anhydride sulfurique. Ce sont des cristaux déliquescents, fusibles à 80 degrés. L. Hn.

ÉTHIOPIEIVS. Voy. Nègres.

ÉTHlOPS. On a donné ce nom autrefois à divers composés métalliques à cause de leur couleur noire. L'éthiops martial est du bioxyde de fer noir. Uéthiops minéral n'est autre chose que le protosnlfure de mercure noir.

528 ETMOÏDALES (ARTÈRES).

h'élhiops fer se, ainsi nommé par Boerhaave, est fourni par la pellicule noire qui recouvre la surface du mercure abandonné à Tair. Yauquelin le prenait pour du protoxyde de niercvire; ce n'est probablement que du mercure très-divisé. \j'éthiops végétal n'est autre chose que le charbon produit par la combustion en vase clos du Fucus vesicnlosus ; il a été employé par Russel contre les scrofules. L. Hn.

ETIIMOCÉPIIALES. Isidorc Geoffroy Saint-Hilaire a donné ce nom à des monstres Cycloccplialiens caractérisés par les deux orbites et par suite les deux yeux très -rapprochés, mais distincts, et par l'appareil nasal atrophié formant une sorte de trompe au-dessus des orbites. Cette trompe, presque totalement cutanée, se termine par des narines imparfaites ou confondues. C'est par ce caractère que les Ethmocéphales se distinguent des Cébocéphales [voij. Cyclope). L. Hn.

ETHKIOÏDAL (Filet). Branche de bifurcation interne du nerf nasal, synonyme de nerf nasal interne. II prend naissance dans la cavité orbilaire et, s'engageant immédiatement après dans le trou orbilaire interne antérieur, en compagnie de l'artère ellimoïdale antérieure, il arrive dans le crâne, sur la partie antérieure de la lame criblée de l'ellimoïde, au-dessous du bulbe olfactif. Il fournit là à la dure-mère de la région quelques filets fort grêles, signalés depuis quarante ans déjà (1846) par Froment, puis, quittant de nouveau la cavité crânienne, il descend dans les fosses nasales en traversant la fente ethmoj'dale et s'y partage en deux filets terminaux : l'un interne, l'autre externe :

1" Le filet interne, destiné à la cloison, se porte en dedans et se perd par deux ou trois ramuscules très-fins dans la muqueuse de la portion antérieure de cette cloison.

2" Le filet externe se porte en dehors sur la paroi externe. Après avoir donné de même quelques ramuscules à la muqueuse de la partie antérieure de cette paroi externe, il se loge dans une gouttière (quelquefois un canal) que lui offre, à cet effet, la face postérieure de l'os nasal, puis, s'échappant de la fosse nasale entre le bord inférieur de ce dernier os et le cartilage qui lui fait suite, il vient, sous le nom très-significatif de nerf naso-lohaire, s'épuiser en ramifications de plus en plus tenues dans la peau du lobule du nez [voy. Fosses jnasales, Ophthalmique). L. Testut.

ETimoÏDALES (Artères). Branches collatérales de l'ophlbalmique [voy. ce mot), les artères ethmoïdales sont redevables de leur nom à leur passage dans les conduits ethmoidaux ou conduits orbitaires internes, conduits qui sont ménagés dans la suture ethmoïdo-frontale et qui s'ouvrent d'une part dans l'orbite, d'autre part dans la cavité crânienne. Les artères ethmoïdales sont au nombre de deux et se distinguent en antérieure et -postérieure :

1" Ethnoïdale postérieure. L'artère ethraoïdale postérieure {ethmoidalis posterior) se détache directement de l'ophthalmique, un peu en arrière de la sus-orbitaire ; on l'a vue naître quelquefois par un tronc commun, soit avec celte dernière artère, soit avec l'ethmoïdale antérieure. Se portant transversalement en dedans, elle passe au-dessous du muscle grand oblique, s'engage dans le conduit orbilaire interne postérieur et arrive ainsi sur la lame criblée de l'ethmoïde, on elle se partage en deux ordres de rameaux : 1" des rameaux

ETllYLAMINE. 329

ascendants ou méningiens, qui se distribuent à la dure-mère de la région ; 2" des rameaux descendants ou nasaux, qui traversent les trous de la lame criblée en même temi)s que les filets terminaux du nerf olfactil' et se perdent dans la partie supérieure et postérieure de la pituitaire.

Dans l'intérieur même de la cavité orbitaire, l'ethmoidale postérieure fournit parfois (Theile) une artère ciliairc ou une branche du muscle grand oblique de l'œil. Dans son trajet à travers le conduit orbitaire interne elle abandonne encore quelques ramuscules aux cellules etlimoïdales.

2" Ethmoidale antérieure. L'ethmoidale antérieure, généralement plus volumineuse que la précédente, s'engage de même dans le conduit orbitaire interne antérieur et, parvenue sur la lame criblée de l'éthmoïde, se partage en deux rameaux : 1" un rameau méninçiien {artère méningée antérieure de quelques îuleurs) destiné à la dure-mère du voisinage et tout particulièrement à l'extrémité antérieure de la faux du cerveau; 2° un rameau nasal, qui descend dans la fosse nasale correspondante, à travers la fente ethmoidale, et se distribue à la partie antérieure et supérieure de la pituitaire, en s'anastomosant avec les branches de l'artère sphéno-palatine {voy. Fosses nasales).

Dans son passage à travers le conduit orbitaire interne antérieur, l'artère ethmoidale antérieure est accompagnée du nerf nasal interne, plus comiu sous le nom de fdet ethmoïdal du rameau nasal de la branche oplithidmique de Willis. De même l'artère ethmoidale postérieure chemine dans son canal osseux, en compagnie d'un petit filet nerveux sensitif qui a été découvert et décrit par Lusclika [Miniers Arch., 1857) ; ce lilet, issu du nerf nasal avant sa bifurcation, vient se distribuer à la muqueuse du sinus spliénoïdal et des cellules etlimoïdales postérieures. L. Testut.

ETHIIIOÏDE. Voij. Crâne.

ETHIVOLOCIe: Vog. Races et Espèce humaine.

ÉTHUSE. Voy. ^Ethuse.

ÉTHTLALEZARIXE. C*''H''{CMP)^Û'\ Elle a été obtenue par Schûtzenberger en chauffant à 150 degrés un mélange d'alizarate de soude, d'alcool et d'iodure d'éthyle. Ce corps cristallise difficilement en petites aiguilles microscopiques, jaune clair, insolubles dans l'eau, aisément solubles dans 1 alcool. L. Un.

ÉTHYLAMIIVE. L'étliyle, CH[\ en se substituant à 1, 2, 5 ou 4 atomes d'hydrogène de l'ammoniaque, forme quatre alcalis dont les combinaisons avec les acides correspondent à des sels d'ammoniaque. Isolés, trois de ces alcalis correspondent au type ammoniaque.

Éthylamine, AzH^(G^H») ; diéthylamine, Azll(Cni^)^; triéthylamine, kz{CnP)\ Le quatrième alcali correspond à l'hydrate d'oxyde d'ammonium : hydrate d'oxyde de tétréthylammonium, Az(C-lP)*0.

Éthylamine. Découverte par Wurtz, l'cthylamine se prépare en mettant en contact à froid l'éther éthyliodhydrique ou l'étherétliylbromhydrique avec l'ammoniaque, ou bien en chauffant à 100 degrés en tube scellé le nitrate d'éthyle avec de l'ammoniaque. Dans le premier cas, on obtient de l'iodure ou du bro-

330 ÉTHYLAMINE.

mure d'éthylammonium ; dans le second cas, du nitrate d'éthylamine. Dans les deux réactions il se forme en même temps de petites quantités de diéthylamine et de triélhylymine. Pour séparer l'cthylamine des autres bases, on les transforme toutes en sulfates, puis on dissout dans l'alcool. En ajoutant à la solution une quantité de potasse correspondant seulement aux 9/10^* de l'acide sulfurique qu'elle contient sous forme de sel, l'éthylamine se dégage seule par ébullition.

Pour séparer les trois bases, on peut encore traiter par l'oxalate d'élhyle. Par distillation avec la potasse caustique, l'éthylamine se dégage d'abord, puis c'est le tour de létlier diélliyloxamique formé aux dépens de la diétliylamine ; on sépare cet éllier par cristallisation et distillation de la diéthyloxamide solide; celle-ci, distillée à son tour avec la potasse, donne de la diéthylamine pure. L'oxalate d'éthyle est sans action sur la triélhylamine.

Enfin, un moyen d'obtenir l'éthylamine à l'état de pureté, c'est de distiller l'éther cyani(|ue ou cyanurique avec de la potasse; la partie distillée, saturée avec de l'acide chlorhydrique, donne par évaporation du chlorhydrate d'éthylamine. On obtient du sulfate d'éthylamine en traitant l'acétonitrile par le zinc et l'acide sulfuricjue étendu. En distillant l'un de ces sels avec la potasse, l'éthylamine se dégage ; on la fait passer, pour la sécher, dans un tube renfermant de la potasse caustique, puis on la recueille dans un récipient refroidi à 0 degré.

L'éthylamine est un liquide très-mobile, inflammable, bouillant à 18', 5 de densité 0,696 à 8 degrés, soluble dans l'eau, l'alcool et l'éther, présentant une réaction alcaline. C'est une base plus énergique que l'ammoniaque ; sa solution précipite les sels métalliques; un excès d'éthylamine redissout l'hydrate d'alumine précipité ; ce dernier caractère la distingue de l'ammoniaque.

L'acide nitreux décompose l'éthylamine en alcool, azote et eau; l'acide iodhydrique à 280 degrés la convertit en hydrure d'éthylène et en ammoniaque.

Chlorhydrate tl'élhylamhie, C-irAz.llGl. Il est en gros cristaux ou en lames déliquescentes, solubles dans l'alcool absolu, fusibles à 80 degrés. 11 forme avec le bichlorure de platine un sel double jaune, peu soluble : C^H''Az.(HCI)-PtCl\ très-semblable au chloroplatinate d'ammonium.

Sulfate iVélhylamine. SO''(AzC-fP). C'est un sel déliquescent, soluble dans l'alcool absolu, ce qui permet de le séparer du sulfate de méthylamine. Il forme avec le sulfate d'alumine un alun véritable isomorphe avec l'alun d'ammoniaque.

DiÉTHYLAMiixE. AzH(G^tP)^ Elle s'obtient en traitant une solution aqueuse d'éthylamine par du bromure d'éthyle, puis décomposant par la potasse. C'est un liquide tros-inllammable, soluble dans l'eau, bouillant à 57", 5. La diéthylamine est une base énergique.

Triéthylamine. Az(C-H*)'. Elle se forme avec la diéthylamine comme celle-ci se forme avec l'éthylamine. C'est un liquide incolore, combustible, peu soluble dans l'eau, bouillant à 89 degrés.

Pour la formation de V oxyde-hydrate de tétréthylammonium, voy. Tétré-

THÏLAJIMONIUM.

Ce corps est en cristaux déliquescents ; il n'est pas volatil et se décompose à 100 degrés en élhylène, eau et triéthylamine :

Az(C^H5)*.0H = C^H* + H^O + Az(C^H=)^

Oxyile-hydrate Élhylène. Tiiélliylamine,

de télrélhylammonium.

ÉTHYLÈNE (chimie). 551

La solution aqueuse se comporte presque comme la potasse ; elle absorbe l'acide carbonique de l'air, saponifie les graisses et donne avec les solutions métalliques les mêmes précipités que la potasse. L. H>.

ÉTHYLiVi\iLi.\E. AzlI(C-tP)(C«H'). On obtient les sels de cette base lorstju'on fait agir le bromure ou l'iodure d'éthyle sur l'aniline, ou qu'on chauffe en vase clos le chlorhydrate d'aniline avec l'alcool. Liquide incolore, brunissant à l'air ; il bout à 240 degrés et a pour densité 0,954 à 18 degrés. Il existe une (UélhylaniUne, Az(G-H^)-(G*'IP), huile incolore, bouillant à 215", 5 et ayant pour poids spécifique 0,939 à 18 degrés. L. Ib.

ÉTHYLBEXZI^E. C^II'*'. Hydrocarbure isomérique avec les xylènes; on l'obtient eu traitant par le sodium un mélange d'éther éthylbromhydrique et de benzine bromée dissous dans l'éther ordinaire.

L'éthylbcnzine bout à 154 degrés et a pour densité 0,8664 à 22 degrés ; par oxydation au moyen de l'acide nitrique étendu ou de l'acide chromique il donne de l'acide benzoïquc. En lui enlevant de l'hydrogène par la chaleur ou autrement, on obtient \v styrolène. L. ILv.

ËTHYLE. C-H^. Radical de l'alcool ordinaire (jui n'est qu'un hydrate d'éthyle. C^Ii'\OH. Quand le groupe éthyle est mis en liberté, il se double et fournit le diéthyle ou éthylure d'éthyle, gaz incolore, d'odeur étbérée faible, de densité 2,00 i; il est insoluble dans l'eau, très-soluble dans l'alcool, brûle avec une flamme éclatante; il se liquéfie à — 21 degrés. On le prépare par décomposition de l'éther iodhydrique au moyen du zinc, à la température de 150 degrés. L. IL\.

ÉTUYLE-ALLIXE. (C^H'")" = 0'H\G-H». Isomère de l'amylène obtenu par Wurtz en chauffant, au bain-marie, de l'iodure d'allyle avec du zincéthyle. L. Ib.

ÉTHYLE- AMYLE. CII^" = C-IP.C^H'^ Obtenu par Wurtz en traitant par le sodium un mélange d'iodure d'éthyle et d'iodure d'amyle. Bout vers 88 degrés. L. ILn.

ÉTHYLE-BUTYLE. C-H^.C"H^. Même mode de préparation que l'éthyleamyle. C'est un liquide léger, mobile; il bout à 62 degrés et a pour poids spécifique 0,7011 à 0 degré. L. Hn.

ÉTHYLÈXE. C-H^ § l. Chimie. Ce corps est encore désigné sous les noms de élayle, élhène, éthérène, gaz oléfiant, hydrure d'acétyle, hydrogène hicarhoné, etc. 11 a été découvert, vers 1796, par quatre chimistes hollandais, Deiman, van Troostwijk, Bondt et Lauwerenburgh. C'est le premier terme d'une série de carbures homologues, le propylène, C'H®, le butylène, C'H*, l'amylène G^H-**, etc.

Production. Préparation. Il se produit dans la distillation sèche des sels d'un grand nombre d'acides gras, des graisses, des résines, du bois, de la houille, du bitume et d'une foule de substances organiques. Il existe dans le

552 ÉTHYLÈNE (chimie).

gaz d'éclairage eu proportion d'autant plus faible que la calcination de la houille a eu lieu à une température plus élevée.

M. Berthelol a t'ait la synthèse de l'élhylène par la combinaison de volumes égaux d'hydrogène et de l'acétylène, soit au rouge sombre, soit mieux à l'état naissant, C4P4- IP =G^11\

On l'obtient encore par condensation du formène, lorsqu'on dirige ce gaz à travers un tube rouge ou lorsqu'il se trouve à l'état naissant à une haute température.

Pour préparer l'éthylène, on verse dans un vase entouré d'eau froide 30 grammes, par exemple, d'alcool ordinaire, et on y ajoute peu à peu 500 grammes environ d'acide sulfurique concentré, en ayant soin d'agiter constamment le mélange, de manière à répartir uniformément la chaleur dégagée par la combinaison de l'acide sulfurique avec l'eau : une élévation brusque de température déterminerait la rupture du vase.

Lorsque le mélange est refroidi, on le verse dans une cornue de verre de 1 litre de capacité au fond de laquelle on a préalablement mis un peu de sable grossier pour rendre la décomposition plus régulière et empêcher le boursoullement qui ne manquerait pas de se produire pendant la réaction de l'acide sulfurique sur l'alcool. Un tube à dégagement fait communiquer la cornue avec un ap[)areil laveur composé de plusieurs flacons.

L'alcool, sous l'influence de l'acide sulfurique, se dédouble, à la température de 165 à 170 degrés, en éthylène, qui se dégage, et en eau, qui est retenue par lacidc sulfurique :

C^IPO + SO'Il' = C^H'' -h SO*H« -+- H^O.

Cette réaction n'est pas la seule qui se produise, car on voit le mélange noircir : en effet, au-dessus de 160 degrés l'éthylène, réagissant sur l'acide sulturique, donne de l'eau, de l'acide suliureux et du charbon; ce dernier décompose partiellement l'acide sulfurique et donne de nouvelles quantités d'acide sulfureux et de l'acide carbonique; au-dessous de 160 degrés, l'alcool est décomposé par l'acide sulfurique et donne de l'éther. Le premier flacon laveur contenant de la potasse absorbe l'acide carbonique et l'acide sulfureux; le second, qui renferme de l'acide sulfurique, retient l'éther.

Propriétés physiques. L'éthylène est incolore, insipide, doué d'une odeur légèrement empijreimiatique. Sa densité est 'de 0,97 ; 1 litre du gaz pèse l?',19o x0,97 =r Js'",254. L'eau en dissout un sixième de son volume à la température ordinaire ; l'alcool en absorbe trois fois son volume dans les mêmes conditions ; l'éther en prend encore davantage.

Faraday a pu liqnélier l'éthylène sous l'influence simultanée d'une forte pression et du froid. M. Cailletet l'a obtenu liquide à la température de -h 1 degré sous la pression de 45 atmosphères. L'éthylène liquéfié bout à — 105 degrés à la pression ordinaire. Par évaporation dans le vide, il se refroidit à — 156 degrés. 11 n'a pas encore été solidifié.

Propriétés chimiques. L'éthylène est décomposable par la chaleur : quand on le fait passer dans un tube chauffé au rouge, il se dédouble d'abord en acétylène et en hydrogène ; si l'action se prolonge au rouge sombre, on obtient en outre les produits de l'action de ces différents gaz les uns sur les autres (hydrure d'éthylène, formène, benzine, etc.).

Oxygène. L'élhylène est très-combustible ; il brûle au contact de l'air avec

ETIIYLENE (chimie). 333

une flamme blanche très-éclairante, en produisant de la vapeur d'eau et de l'acide carbonique :

GnP + 0^ = 2G02-f-2H-20.

Si l'on fait brûler le gaz dans une éprouvette étroite, l'oxydation n'est pas assez rapide pour que la combustion soit complète et on obtient un dépôt de noir de fumée. Si l'on obtient un mélange d'étliylène et de trois fois son volume d'oxygène dans un flacon à petite ouverture, il détone au contact de la flamme avec violence et le vase est brisé.

Avec l'acide chromique en dissolution à 120 degrés, l'éthylène donne d'abord de l'aldéhyde C^Il'O, puis de l'acide acétique C4I*0'. Agité avec du permanganate de'potasse, il donne de l'acide oxalique, G^IPO'% qui se dédouble partiellement en acide formique, CIPO-, et acide carbonique.

L'élbylènc se combine, à volumes égaux, avec un certain nombre de corps simples ou composés.

Hydrogène. L'éthylène chauffé avec de l'hydrogène dans une cloche courbe donne l'hydrure d'éthylène, C-IF + H- = C^H". Nous étudierons ce composé plus bas dans un paragraphe spécial.

Chlore. Le chlore attaque l'éthylène et donne des produits qui varient avec la température à laquelle on opère :

1° Si, après avoir fait un mélange d'éthylène avec un volume double de chlore, on en approche une bougie, le gaz prend feu ; il se forme de l'acide chlorhydrique et un dépôt de charbon :

Cnr'4-Cl* = 4HCl-f-C^

Pour faire l'expérience, on se sert d'une grande éprouvette à pied remplie d'eau et renversée sur la cuve à eau. On y fiit passer de l'éthylène jusqu'au tiers, et on achève de remplir avec du chlore. L'éprouvette, bouchée avec une lame de verre, est ensuite remise sur son pied : le chlore, plus lourd, descend et se mêle à l'éthylène; si à ce moment on présente une bougie à l'ouverture, on voit une flamme rouge descendre régulièrement, pendant qu'au-dessus d'elle un nuac^c de noir de fumée impalpable est en partie entraîné dans l'atmosphère par le gaz chlorhydrique ; une autre partie du carbone se dépose sur les parois.

2° A la température ordinaire, le chlore et l'éthylène se combinent à volumes égaux, en produisant un liquide huileux d'une odeur éthérée et d'une saveur sucrée, connu sous le nom d'huile des Hollandais, et qui est du chlorure d'éthylène. C'est cette réaction qui a fait donner à l'éthylène son nom de gaz oléfiant :

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