C5H'' + CP = C^H'CP
La combinaison s'effectue lentement à la lumière diffuse, elle se produit rapidement à la lumière solaire. Pour cette expérience on se sert ordinairement d'une éprouvette renfermant des volumes égaux des deux gaz et renversée sur un réservoir à eau. A la température ordinaire la combinaison se fait peu à peu ; le composé oléagineux se dépose sur les parois de l'éprouvette et tombe au fond de l'eau après avoir surnagé quelque temps.
Pour obtenir le chlorure d'éthylène en grande quantité, on fait arriver dans un même ballon l'éthylène et le chlore par deux tubulures différentes ; le chlorure d'éthylène coule par la pointe inférieure du ballon dans un récipient bien refroidi.
334 ÉTHYLÈNE (chimie).
Le chlorure d'éthylène, encore appelé bichlorure d'éthylène, a pour poids spécifique 1,280 à 0 degré et bout à 85 degrés.
Le chlore agit sur le chlorure d'éthylène comme substituant; il remplace 1, 2, 5 ou tous les atomes d'hydrogène suivant la durée de son action.
De même le chlore agit sur l'éthylène lui-même comme substituant. Ainsi l'on obtient de l'éthylène monochloré, C-H'Cl, en faisant bouillir le chlorure d'éthylène avec une solution alcoolique de potasse; outre l'éthylène chloré, il se forme de l'eau et du chlorure de potassium.
Les produits de substitution chlorés du chlorure d'éthylène se comportent à l'égard de la potasse alcoolique comme le chlorure lui-même; il se dégage chaque fois une molécule d'acide chlorhydrique. On a donc les deux séries de composés suivants :
Point d'ébullition.
C*H*C1-. clilorure d'éthylène 83 degrés.
C»H'C1', — — nionochloré llo —
ClPCl*, — — dichloré 157 —
C*HC1», — — Irichloré 139 —
C*C1°, sesquiclilonire de carbone 182 —
C'H'Cl, étliylène monochloré — 18 —
C«H«C1«, — dichloré -t- 37 —
C'HCl», — trichloré 87-88 —
CCI*, — tétrachloré 121 —
Brome. Le brome s'unit de même à l'éthylène pour donner du bromure d'éthylène C-'H'Br', liquide incolore qui se prépare en faisant passer un courant d'éthylène dans du brome contenu dans les flacons de l'appareil de W'oulf. Sous l'influence de l'acide nitrique fumant, ce corps donne du bromure d'éthylène tétranitré, C^(AzO^)*Br^
]/iode forme avec l'éthylène, à la lumière solaire, de liodure d'éthylène C^IW-, qui est solide et cristallisable.
Action des acides. L'éthylène se combine à volume égal avec le gaz acide chlorhydrique ou bromhydrique ou iodhydrique pour former des éthers {voy. Éthers). Ces éthers, traités par l'eau ou les alcalis, donnent Vhydrate d'éthylène, C-H^O, qui n'est autre chose que l'alcool.
Hydrure d'éthylène. C-H". Carbure saturé, encore appelé diméthyle, trihydrure de carbone ou élhane, qu'on obtient synthétiquement par l'union directe de l'hydrogène et de l'éthylène, comme on l'a vu plus haut, ou encore en traitant les dérivés de l'étliylène par l'acide iodhydrique à 280 degrés; il se forme encoi'e par condensation du formène, CH\ avec élimination de H'. Pour le préparer, on se sert généralement de l'électrolyse des acétates alcalins; l'acide acétique est décomposé en hydrogène, acide carbonique et hydrure d'éthylène :
C'est un gaz incolore, de densité 1,056, d'odeur éthérée, brûlant avec une flamme blanche, insoluble dans l'eau, soluble dans l'alcool absolu; il se liquéfie à + 4 degrés sous une pression de 46 atmosphères. En sa qualité de carbure saturé, il ne s'unit ni à l'eau, ni au chlore, etc., ni aux acides, mais il fournit des produits de substitution : ainsi, avec le chlore, le composé C-H^Cl, qui n'est autre que l'éther chlorhydrique, et d'autres composés chlorés dont plusieurs isomériques avec les dérivés du chlorure d'éthylène, les autres identiques avec €ux. P£^rmi les dérivés de l'hydrure d'éthylène, citons encore Vhydrure d'éthylène nitré on nitréthane, C'H^(AzO-) {voy. Nitréth.\ne). L. Hahn.
ÉTHYLÈNE (iîmploi). 335
^ II. Action pli^»iioIog;ique et emploi tl)vi'apcuti<|iie. Nous ne dirons
que quelques mots du chlorure d'éthylène et de son isomère le chlorure (Véthylidène et terminerons par quelques considérations sur le bromure d'éthylène et Yéthylène oxalique.
1» Chlorure d'éthvlène. Le chlorure ou bichloi'ure d'élliylène (C'^ri'*Cl^), étudie presque en même temps (1848) par J. Simpson, Snow, Nunncley, est un anesthésique énergique, ayant des effets analogues à ceux du chloroforme, mais phis actif que lui encore (Nunneley), et qui a l'inconvénient d'irriter les voies respiratoires (Simpson et Snow) et de produire des convulsions ou même de véritables attaques épileptiformes (J. Regnauld, Rabuteau).
La Commission anglaise des anesthésiques {Brit. Med. Journ., 1880) expérimentant ce corps est arrivée aux résultats suivants : anesthésie obtenue en trois ou quatre minutes chez les animaux à sang froid ou à sang chaud; aucune modiiicaiion ni de la respiration ni du cœur; réveil rapide et sans troubles apparents.
La conclusion de la Commission a été que le bichlorure d'éthylène, administré également chez l'homme à Glasgow, provoque l'anesthésie plus rapidement que le chloroforme, mais qu'il en faut une plus forte dose; qu'il donne lieu à des phénomènes désagréables au réveil à la façon du chloroforme, mais que ces phénomènes ont moins d'intensité et de durée; que l'éthylène influence beaucoup moins le cœur, la pression sanguine et la respiration, que le chloroforme, partant que cet agent est plus inoffensif que le chloroforme.
La commission ne signale pas les attaques convulsives observées chez les petits Mammifères par Rabuteau, et ses conclusions sont en contradiction avec celles de ce dernier auteur, qui avance que le chlorure d'éthylène, s'il anesthésie la grenouille, est incapable de produire l'anesthésie vraie du cobaye {Rech. sur les effets du chlorure d'éthylène, etc. In Compt. rend, de la Soc. debioL, 15 juin \%%r\, p. 578).
D'après les expériences de Newmann [On ihe Comparative Value of Chloroforme and Ethylidene Dichloride as Anesthésie Agents. In Journ. ofAnat. and Phîjsiol., oct. 1880), le bichlorure d'éthylène ralentit moins le cœur que le chloroforme et donne moins fréquemment que ce dernier le malaise et les vomissements consécutifs à l'anesthésie.
En comparant entre eux l'éther ordinaire, le chloroforme et le chlorure d'éthylène, Eulenburg (Centralbl. f. d. med. Wiss., 1881) a montré quelles divers anesthésiques ne portent pas tous également leur action à un même moment sur une même sphère, ce qui peut avoir sa conséquence pratique.
Alors que l'éther, par exemple, exagère d'abord et assez de temps le réflexe tendineux, et n'affaiblit que tardivement le réflexe cornéen qu'il abolit rarement, tandis que le chloroforme n'exagère ces réflexes que passagèrement pour les abolir dans l'ordre suivant : réflexe tendineux, réflexe cornéen, réflexe nasal, le chlorure d'éthylène, au contraire, diminue en premier lieu le réflexe cornéen, qui disparaît plus tôt et reparaît plus tard que le réflexe rotulien.
E. T. Reichert {Du bichlorure d'éthylène comme agent d'anesthésie. Philadelphie, 1881) a repris les expériences des auteurs précédents en donnant le bichlorure d'éthylène en inhalations et en injections intra-veineuses.
Les résultats les plus saillants auxquels il est arrivé sont les suivants :
Avec le bichlorure d'éthylène le pouls conserve son rhythme et son amplitude pendant très-longtemps; il ne tombe qu'aux approches de la saturation profonde. C'est donclà, conclut l'auteur, un agent d'anesthésie plus inoffensif que le chlo-
336 ÉTHYLÈNE (emploi).
rofornie, ce qu'avait déjà exprimé la Commission anglaise des anesthésiques.
Rappelons que plus récemment Rabuteau le considérait comme un mauvais anesthésique qui amène des attaques épileplil'ormes pendant ou après l'anesthésie chez les Mammifères (cobaye).
Ce corps n'est pas sans posséder les inconvénients des autres anesthésiques.
Giraldès, Langenbeck, Liebreicli, se sont servis de cet anesthésique avec succès et sans accidents graves. Mais Sauer et Sleflen eurent un cas de mort avec lui. Sur 1877 anesthésiés, Clower rapportait en 1879 qu'il avait eu un accideat mortel chez un cardiaque au cœur graisseux.
Cet agent est tombé en pleine désuétude dans la pratique chirurgicale.
2° Chlorure D'iÔTUYLiDiiNE. Le chlorure d'élhylidène (C41*C1-) est un isomère métamère du chlorure d'étliylène (Rabuteau). 11 bout à 58 degrés et l'inhalation de ses vapeurs amène l'anesthésie en huit ou dix minutes chez la grenouille, en quinze ou vingt minutes chez le cobaye. Retiré de la cloche saturée de vapeurs, l'anesthésie cesse très-vite et l'animal est complètement revenu à l'état normal en une dizaine de minutes. Le chlorure d'éthylidène est donc un anesthésique réel, inférieur toutefois au chloroforme, au bromure d'éthyle, par la lenteur de son action et par la fatigue qu'il produit, se rapprochant au contraire du bromure d'éthyle, du chlorure d'éthyle et de l'éther ordinaire par la disparition rapide de l'anesthésie (Rabuteau, Sor. de t/o/.,20 juin 1885). Ces faits peuvent s'expliquer, d'un côté, })ar la nature même du chlorure d'éthylidène, qui doit être rattaché au groupe des aldéhydes, d'un autre côté, par son point d'ébulhtion peu élevé, d'où résulte une élimination rapide après sa pénétration dans l'organisme (Rabuteau).
Ce corps n'a pas d'histoire thérapeutique.
5" Rromure d'éthylèse. Ce corps, (G'H'Rr^), bout à lô!2 degrés, mais, malgré ce point d'ébullilion élevé, le bromure d'éthylène répand des vapeurs qui se diffusent dans l'air presque aussi facilement que celles du chloroforme.
Cette substance, d'après les expériences de Rabuteau {Rech. sur les effets du bromure d'éthylène. In Coinpt. rend, de la Soc. de biologie, p. 4Û-4, 1876), fait tomber les grenouilles dans l'insensibilité et la résolution musculaire après dix minutes d'inlialalion en moyenne. Après ce temps, la respiration s'arrêtait et le cœur ne présentait plus que quelques battements. II s'arrêtait du reste peu après.
Expérimentées sur les Manunifères (Cobaye et Rat), les vapeurs de bromure d'éthylène n'ont pu produire l'anesthésie. Rabuteau n'a observé chez eux qu'une diminution de la sensibilité, un ralentissement de l'acte réflexe, des battements cardiaques et de la respiration. Ceux qui avaient respiré un peu de temps ce corps (vingt à trente minutes) sont morts.
Après avoir respiré les vapeurs du bromure d'éthylène, Rabuteau lui-même a vu ses mouvements respiratoires et cardiaques se ralentir. L'acte réflexe respiratoire était beaucoup moins impérieux, car Rabuteau pouvait rester deux à trois fois plus de temps qu'à l'ordinaire sans ressentir le besoin de respirer.
Si donc le bromure d'éthylène a paru être un anesthésique chez la grenouille, il n'a point présenté cette qualité chez les Mammifères. Cette différence entre les deux espèces est attribuée par Rabuteau à la difficulté de la diffusion dans le sang des Mammifères des vapeurs du bromure d'éthylène.
La grenouille, au contraire, à cause de sa respiration cutanée, s'imprègne plus facilement et tombe en aneslhésie. C'est encore grâce à cette respiration qu'elle
t^TllYLGLYCO.SE 537
doit d'éliminer le bromure d'élhylène et de ne pas succomber comme les Mammifères, même après l'arrêt de sa respiration et de son cœur.
40 Chlorhydrate d'éthvlène oxalique. Ce corps a été étudié par Hugo Scbulz {Arch. f. exp. Palli. k. Pharmak., M. XIll, Heft v, p, 504).
D'après les recherches expérimentales de cet auteur, il résulte que l'othylène oxalique paralyse le pneumogastrique cardiaque à la façon de l'atropine, et que le même agent se conduit aussi comme l'alcaloïde de la belladone vis-à-vis du cerveau et de la pupille. Chose assez curieuse et non sans intérêt, la présence du chlore change complètement l'action pliarmaco-dynamique de ce corps. C'est ainsi que ïétkylène oxalique chloré se conduit ù l'égard du cerveau et de la pupille comme les substances narcotiques, la morphine ou l'hydrate de chloral.
De ces expériences faites sur les animaux on peut induire quelles seraient les indications du chlorhydrate d'éthylène, mais nous ne sachions pas que cet agent soit encore entré dans la pratique médicale. Ch. Debierre.
ÉTHlXÈRïE-DlAMlXE. C^ir'(AztP)^. Diamine primaire obtenue pour la première fois par Cloez en 1855. Elle se forme dans l'action du chlorure ou du bromure d'éthylène sur l'ammoniaque et se produit à l'état de bibromure.
Cm^Br^ -h 2Azir' = C'll'(AzllT-2ll6r.
Bromure d'ijllijlène. Bibromuie d'éthylène- diamine.
L'éthylène-diamine est un liquide sirupeux, incolore, très-soluble dans l'eau, avec laquelle il l'orme un hydrate très-stable C-lPAz- -f- 11-0, et très-alcalin; il bout à 117 degrés.
Par sa constitution même, il est diacide et peut servir à deux molécules des acides monobasiques pour engendrer des sels neutres. En fixant des molécules alcooliques, il donne naissance à une série d'alcalis que nous ne pouvons étudier ici. I^- Hn.
ÉTHIXÈXE-DISLLFUBEIJX (Acide). CIPS^'O". S'obtient par l'action de l'acide sulfurique fimiant sur la propionamide. Ce composé est très-hygrométrique, fond à 04 degrés, est très-soluble dans l'eau et l'alcool. Il est bibasique. L- Hn.
ÉTHiLCLifOCOELE. C5H-(AzlP.C-IP)0^ Se prépare avec l'acide monochloracétique et l'éthylamine. Ce sont de petits cristaux déliquescents, qui brunissent de 150 à 160 degrés, et fondent à une température plus élevée en se décomposant. 11 existe un diétlnjlglycocoUe, Gm-{Xz.lï[Gni''fO\ en cristaux déliquescents qui se subliment vers 100 degrés, et un triéthylgbjcocolle, C*H'(Az[C2H»;'^)0', en cristaux déliquescents, L. Hn.
ÉxnYLGtiCOL. C*H'''0^ H se forme dans l'action de l'iodure d'éthyle sur le glycol, en même temps que le diélhylglycol, G^H''0^ Ce sont des liquides bouillant: le premier vers 135 degrés, l'autre à 12o°,5. L. Un.
ÉTH\XGL\XOSE. G'^H'^O'' = (0H)2.C^H''0.(C^IP0)^ Corps obtenu par M. Berthelot en chauffant a 100 degrés pendant plusieurs jours un mélange de sucre de canne, d'éther bromhydrique et de potasse. On reprend par l'élher et
DICT. ENC. XXXVI. --
558 ÉTUYLPUOSPHINE.
on debsèclie dans le vide en chauffant légèrement. C'est le premier composé artificiel qui ait été formé par l'union de la glycose avec un alcool.
L'éthylglycosc est une luii(e fixe assez,coIorée, presque insoluble dans l'eau, offrant une saveur amère et une odeur agréable analogue à celle du vieu.x papier. Elle réduit le tartrate cupropotassiqne. Lacide sulfurique dilué régénère à la longue l'alcool et une glycose fermentescible.
Par sa constitution, l'élhylglycose se rapproche de la salicine, de l'arbutine et du sucre de canne, et de divers autres principes naturels tels que l'esculiue, la fraxine, la digitaline, etc. L. Il.\.
ÉTHïLilTDAi\TOÏi\E. C■'^P(G-'IP)Az^O^ Ce corps s'obtient en chauffant l'éthylglycocolle avec de l'urcc. Il est en gros prismes incolores, Irès-soluLles dans l'eau et l'alcool, plus difficilement soluble dans l'éther; il fond vers 100 degrés. L. Ih.
ÉTIIYLIDÉIVE. Nom donné parfois au groupement G^H^ qui se trouve dans l'aldéhyde, G^IPO, qui serait dès lors de l'oxyde d'éthylidène. On connaît un bromure d'édtylidène, C-l^Br^ liquide, un chlorure, CHVCl-, également liquide et plus dense que l'eau, et un sulfure G-H'S, huile épaisse.
Le chlorure irélhylidène, qui est de Yéther chlorhydrique chlore', et métamcrique avec le chlorure ou bichlorure d'éthylène, jouit de propriétés anesthésiques analogues ù celles de ce dernier [voij. Éthylè.ne). L, Hn.
ÉTHïLMAi^XlTE. C'°Il-''0^ Éllier obtenu par Berthelot en chauffant dans un tube fermé, au bain-marie, de la mannite, de la potasse, un peu d'eau et de l'éther bromhydrique. C'est un liquide presque incolore, sirupeux, trèssoluble dans l'éther, presque insoluble dans l'eau, soluble dans un mélange d'alcool et d'eau, de saveur amère. Il se volatilise aisément quand on le chauffe sur une lame de platine. L. Hx .
ÉTHTLOXAMIDE. On connaît une diéthijloxamîde, C-lP{C-W)^\z^'0-, qui s'obtient en traitant l'oxalate d'éthyle par l'éthylamine. Ce corps se présente en cristaux incolores, peu solubles dans l'eau froide, aisément solubles dans l'eau chaude. L. H».
ÉTnYLpnÉ;\OL. C*'1P(C-1P).0H. S'obtient en fondant avec de la potasse l'éthylsulfobenzolate de potassium. Il forme de gros prismes incolores, fusibles à 47 degrés, distillables à 211 degrés, peu solubles dans l'eau, solubles en toutes proportions dans l'alcool et l'éther. L. Un.
ÉTHIXPHOSPHINE. PhH^(C^H5). On l'obtient en chauffant pendant six à huit heures à 100 degrés, dans un tube scellé, un mélange de 4 parties d'iodure d'éthyle, de 4 parties d'iodure de phosphonium et de 1 partie d'oxyde de zinc; on entraîne l'éthylphosphine en la distillant avec de l'eau dans un courant d'hydrogène, enfin on la déshydrate par la potasse caustique.
Elle constitue un liquide incolore, d'odeur désagréable, insoluble dans l'eau; elle bout à 25 degrés et s'enflamme au contact du chlore, du brome et de l'acide nitrique fumant. Ce dernier la transforme en acide éthylphosphiniqiie,
ÉTIIYLURÉE. 559
C^H^.PhOfOFP), ciistallisable, fusible à M (legrés,dibasique. L'éthylpliosphine ne présente pas de réaction alcaline, mais donne des sels avec les acides.
On connaît une dléthylphosphine, PhlI(G-lF)^ qui prend naissance en même temps que l'éthylpliosphine et reste après volatilisation de celle-ci. Elle est insoluble dans l'eau, d'odeur pénétrante, bout à 85 degrés; elle s'enflamme quelquefois spontanément au contact de l'air ; l'acide nitrique la convertit en acide diélhylphospliinique, (G-IP)^PhO.OII, monobasique, encore liquide à — 25 degrés.
La ù-iéthylphosphine, Ph(C^H*)^, se prépare en faisant tomber goutte à goutte du chlorure de phosphore dans une solution éthérée de zinc-éthyle, puis distillant avec la potasse; ou bien en chauffant à 180 degrés dans un tube scellé, pendant huit heures, 2 molécules d'iodure de phosplionium avec 5 molécules d'alcool absolu; on sépare la base par addition de soude. Elle constitue un liquide incolore, d'odeur d'hyacinthe, presque narcotique, insoluble dans l'eau, très-soluble dans l'alcool et l'éther; elle bout à 125°, 5 et a pour densité 0,812 à 15 degrés. Elle forme avec les acides des sels difficilement cristallisables et très-solubles. Au contact de l'air elle se transforme en oxyde de triéthylphosphine (G^H^j^PhO, fusible à 52 degrés, distillant à 243 degrés. L. ILn.
ÉTIIYLPUOPYLÈIVE. C'H'". Isomère de l'amylène, qu'on obtient par l'action de la potasse alcoolique sur l'iodure de diéthylcarbinol ; c'est un liquide incolore, bouillant à oG degrés. L. Hn.
ÉTHYLPLRPUKi!VE. G'^H^'O^^ = G"'H2^(GnF)20'* + U-O. Obtenue par Schutzenberger en chauffant du purpurate de soude à 140 degrés avec de l'iodure d'éthyle et de l'alcool; elle est en petits cristaux grenus, rouge clair, insolubles dans l'eau, très-peu solubles dans l'alcool. L. Hn.
ÉTnTLTERPÉ]\£ OU ÉTERPÉXE. G'^H-^^G'^IP^G-IP. Se forme (juand on chauffe avec du sodium une solution de chloroterpène, C^'IP^CI, et d'iodure d'éthyle dans le benzol. Il forme une masse cristalline, d'un aspect de camphre, fusible à 63°, 5, bouillant à 153 degrés. L. Hn.
ÉTIIYLURÉE. AzIPGO.AzH(G-H^). Ge corps, découvert par Wurtz, s'obtient en traitant l'éther éthylisocyanique par l'ammoniaque. Elle est en prismes rhomboïdaux obliques, de densité 1,213 à 18 degrés, fusibles à 92 degrés, trèssolubles dans l'eau et dans l'alcool. Par la chaleur, elle se décompose en ammoniaque et en éther diéthylcyanurique.
DiéLhylarée. AzH.GnP.GO.ÂzH.G^H^ G'est la formule de la] diéthylurée dite symétrique, qui s'obtient en faisant agir l'éthylamine sur l'éther éthylisocyanique; elle cristallise en prismes fusibles à 112 degrés, bouillant à 263 degrés, se dédouble sous l'influence des alcalis hydratés en gaz carbonique et en éthylamine.
Son isomère, la diéthylurée dissymétrique, AzH^CO.Az(G^H^)^, se forme en traitant le cyanate de potasse par un sel de diéthylamine. Les alcalis k décomposent en gaz carbonique, ammoniaque et diéthylamine.
Tricthylurie. Az(G^H5)^G0.Az(G-H^). Cette combinaison se produit en traitant l'éther éthylisocyanique par la diéthylamine. Elle est cristallisable, fond à 63 degrés et bout à 223 degrés. L. Hk.
540 ETIOLOGIE MÉDICALE.
ÉTH1'LV.4;\'ILL1XE. C''H^(CH'')(CiH^jO\ C'est de l'aldéhyde éthylméthylprotocaléchique, en prismes fusibles à 64 degrés, sublimabies. L. H.n.
ÉTIOMXE, s. f. Substance (jui se développe dans les jeunes pousses rt particulièrement dans les feuilles étiolées. Elle paraît être identique avec la phylloxanlhéine de Frémy, corps jaune résultant de l'altcration passagère de la jjhyllocyanine, l'un des principes colorants de la chlorophylle {voy. ce mot). Les feuilles jaunes étiolées renferment à la fois de la phylloxanlhine, autre principe colorant de la clilorofibylle, et de la phylloxanlhéine, ou xanthophvlle, ou élioline, tandis quelles léuilles jaunes en automne ne renferment que de la phylloxanlhine, partant pas d'otioline. L. Hn.
ÉTIOI.OGIR ^lÉDiCALE. La question de l'étiologie médicale a été abordée déjà, dans ce Dictionnaire, par un de ses côtes, à l'article DÉTERMrMSMR. Dechambre a cherché, dans cet article, à assigner à la doctrine ou à la méthode du déterminisme, dont CI. Bernard avait fait le principe et la base de sa recherche du comment des choses en physiologie et en médecine, son véritable caractère cl les limiles de son l'ôle et de son intervention. 11 a montré qu'entre le déterminisme Ici (]ue l'a formulé et appliqué Cl. Bernard et l'ancienne notion aristotélique de couse efficiente, reprise et développée depuis par Bacon, Descaries, Leibniz, etc., il n'y a d'autre différence que celle-ci. Tandis que ces philosophes sont arrivés à cette notion, les uns par la voie syllogistique, les autres par la voie de l'induction ou de l'observation, et qu'ils en ont fait, pour la plupart, une application plus générale, l'étendant jusqu'aux principes même ou aux forces dirigeantes de l'organisme vivant, Cl. Bernard, à l'exemple d'Aug. Comte, rejetant toute force autonome indépendante du substratura et reraenant tous les phénomènes à des lois invariables, va à la recherche de la cause efficiente des phénomènes qu'il étudie, par la détermination des conditions physicochimiques qui les produisent et qui sont susceptibles d'une démonstration expérimentale.
C'est cette doctrine que Cl. Bernard s'était proposé de transporter du domaine de la physiologie expérimentale dans celui de la pathologie.
Tout en proclamant avec Dechambre que cette tentative, jointe au fait d'avoir résolument abordé le problème des maladies artiticiellement provoquées, est un lies titres de gloire du physiologiste français, il nous faut reconnaître et répéter aussi avec lui que le déterminisme, si utile, nous devrions dire si indispensable comme élément de découverte et de vérification en physiologie expérimentale, a ses difficultés et ses limites d'application en clinique. La médecine, en dehors de cette méthode, est en possession de moyens d'information qui lui sont d'un précieux secours et lui fournissent ses plus utiles et ses plus nombreuses ressources. Ce sont, d'une part, la connaissance précise, révélée par l'observation, du fait ou de l'événement ayant puissance pathogénique, qui a préparé ou précédé immédiatement l'explosion d'un état morbide déterminé, et, d'autre part, la marque caractéristique d'une cause morbide spéciale, que portent avec eux tel symptôme, telle lésion ou tel enchaînement de phénomènes morbides, alors même que celte cause n'est pas directement accessible et révélable à la niélhode du délerminisme.
C'est ce qui nous oblige à placer ici, à côté du mot déterminisme, le mot cliologie, mot d'autant plus largement compréhensif qu'avec celle méthode
ÉTIOLOGIE MÉDICALK. 541
scientifique exacte il embrasse dans leur généralité comme dans leurs détails toutes les influences morbigènes que nous livre l'observation, qu'elles procèdent des milieux extérieurs on du milieu intérieur de l'organisme lui-même.
Aperçu historique des diverses doctrines et des divers points de vue étiologique. Considérée abstractivement et d'un manièie générale, la cause a été alternativement définie : ce qui constitue l'essence des choses, ce qui est dans une chose et ce dont elle provient, salbrme et son modèle; le principe premier d'où viennent le mouvement et le repos ; la force inhérente aux êtres qui les détermine vers le but linal; la force qui produit et tout ce qui exerce une influence sur le fait jiroduit; le principe actif de l'existence, la nature propre et individuelle des êtres, cause, principe et nature étant considérés comme identiques; — tout ^autant de définitions impliquant l'idée de puissance, de force agissante et productrice, mais laissant en dehors d'elles tous les faits et foutes les conditions intermédiaires qui tombent sous les sens ou que révèle l'observation et qui constituent la matière réelle et le sujet immédiat de l'étiologie. Aristote, qui a donné la première formule synthétique de la causalité, y a fait entrer cette catégorie des intermédiaires par sa distinction des causes fondamentales en matérielles, formelles, efficientes et finales, les premières exprimant l'essence, les secondes la substance, les troisièmes la cause du mouvement, les quatrièmes la fin de l'être. La doctrine qui, sous le nom de doctrine des causes linales, devait jouer plus lard un si grand rôle dans l'histoire de'la philosophie, était implicitement contenue dans cette proposition : non solum intellectiis, sed etiarn natura agit propier finem, proposition fondée elle-même sur ce vieil aphorisme des premiers philoso})hes, que rien n'est et ne se fait dans la nature que pour un but déterminé, que tout être et tout mouvement sont conduits vers leur but final.
Hippocrate, qui s'était toujours tenu en dehors des systèmes et des disputes philosophiques de son temps, uniquement préoccupé de causis in homine, appliquant à la recherche des causes des maladies chez l'homme son génie d'observation, s'était borné, sans prétendre en donner l'explication, à constater que la plupart de nos maladies proviennent, les unes du régime, c'est-à-dire de l'alimentation, des exercices, des habitudes de la vie, les autres de l'air ou du milieu atmosphérique, avec toutes ses variabilités de climats, de saisons, de température, d'humidité ou de sécheresse, embrassant ainsi dans cette première dichotomie, consacrée par l'expérience de tous les temps et que nous retrouverons dans presque toutes les classifications étiologiques modernes, les deux grands groupes des causes internes et des causes externes. C'était là le véritable terrain de l'étiologie médicale sur lequel physiologistes et médecins n'auraient jamais dû perdre pied. Mais la passion des disputes philosophiques devait l'emporter sur la sagesse de l'observation pure. Sous l'influence de la domination des doctrines aristotéliques au moyen âge, la recherche des causes premières et des causes finales devint le texte et le fond de toute la science scolastique de cette époque et le sujet des interminables discussions du quinzième siècle sur la cause prémotrice ou Xactio transiens; discussions dont le résultat fut de diviser et d'égarer les esprits et finalement d'obscurcir la question à ce point qu'on en était venu à rechercher la cause de l'activité vitale, ceux-ci dans les principes chimiques, ceux-là dans les entités astrales, d'autres dans un principe
séminal.
Les choses en étaient là à la fin du seizième siècle, lorsque la réforme philo-
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sopliique commencée par Yan Helmont, poursuivie par Bacon et Descartes, vint changer du tout au tout la direction des esprits et l'objectif de la science. En bannissant de la physique et de la pliilosopliie la considération des causes premières et des causes finales, comme inaccessibles ou étrangères à la science, Bacon et Descartes donnèrent pour assises à l'étiologie l'observation et l'expérience. C'était revenir en réalité, pour la médecine au moins, à la doctrine étiologique d'Hippocrate, qui va devenir désofmais comme le type ou le véritable point de départ de celles que nous allons avoir à développer.
On va voir cependant, peu après cette grande réforme philosophique, les opinions se diviser de nouveau et l'étiologie recevoir des interprétations différentes et suivre des voies opposées, par suite de la grande scission issue des deux parts faites au cartésianisme. Suivant qu'ils adoptèrent comme principe l'une ou l'autre des deux substances admises par Descartes, les médecins et les physiologistes du dix-lniilième siècle ne tardèrent pas à se diviser en deux sectes, celle des spiritualistes ou animistes et celle des anatomistes ou organiciens. Il fallut sarranger, dit un spirituel critique du temps, de manière que tout phénomène fût exclusivement mental ou mécanique. Pour les animistes, dont Stahl fut alors le chef, l'unité et l'activité, ces attributs essentiels de l'homme, et tous les moteurs respectifs des actions nécessaires, aveugles, infaillibles, ainsi que ceux des actes sans nécessité, purement contingents, tels que les sympathies, les synergies, les actes conservateurs, force médiatrice, réparation des désordres, etc., tout procédait également du principe initial, unique : l'àme. Pour les organiciens, au contraire, rangés sous la bannière de Boerhaave, l'étiologie tout entière procédait du monde extérieur, elle comprenait toutes les influences des milieux ambiants, de quelque ordre et de quelque nature qu'elles fussent.
Entre ces deux doctrines une troisième surgit, la doctrine du principe vital ou des forces vitales. S'inspirant à la fois des principes hippocratiques et de l'esprit philosophique de Bacon, Barthez, dans le discours préliminaire de ses Éléments de la science de l'homme, s'exprime en ces termes au sujet de la causalité : « La philosophie naturelle a pour objet la recherche des causes des phénomènes de la nature, mais seulement en tant qu'elles 'peuvent être connues d'après l'expérience. L'expérience ne peut nous faire connaître en quoi consiste essentiellement l'action d'une de ces causes quelconques; elle ne peut manifester que l'ordre et la règle que suivent, dans leur succession, les phénomènes qui indiquent cette cause. On entend par cause ce qui fait que tel phénomène vient toujours à la suite de tel autre, ou ce dont l'action rend nécessaire cette succession supposée constante.
« Deux considérations, ajoute Barthez, doivent faire reconnaître la vérité de ce principe : que, dans la philosophie naturelle, il ne faut point chercher d'autres causes des phénomènes que celles qui sont expérimentales ou qui déterminent l'ordre de succession de ces phénomènes par les résultats de l'expérience.
« La première est que, par rapport aux causes prochaines qu'on peut vouloir assigner à ces causes expérimentales, on n'en peut rien affirmer qui ne soit hypothétique ou qui n'aille au delà des faits.
(( La seconde est que l'on peut d'autant moins introduire dans la philosophie naturelle d'autres causes que celles qui sont données directement et immédiatement par les faits, que l'on ignore absolument ce qui constitue l'essence de l'action de ce qu'on nomme cause, ou ce qui rend cette cause nécessairement productrice de l'effet qu'on lui rapporte. »
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Nous avouerons ne pas voir très-clairement ce que l'École positiviste de nos jours a ajouté ou changé à cette formule de la causalité, ainsi envisagée au pomt de vue purement expérimental. Quand .Stuart Mill prétend nous apprendre, par exemple, comment, sans autre secours que celui de l'expérience, on peut former des propositions générales, particulièrement celles qui joignent deux événements successifs, en disant que le premier est la cause du second; lorsque, à propos d'un fait spécial, pris comme exemple, la dilatation des corps parla chaleur, il déclare qu'il n'entend ni rechercher le lien mystérieux par lequel les métaphysiciens attachent la cause à l'effet, ni s'occuper de la force intime et de la vertu génératrice que certains philosophes insèrent entre le producteur et le produit, mais prendre simplement en considération la seule notion donnée par l'expérience, celle de l'ordre de succession invariable en vertu duquel chaque fait est toujours précédé par un autre fait, l'antécédent invariable étant la cause, le conséquent invariable l'effet, le philosophe positiviste anglais tient-il en réalité un langage différent de celui de Barthez et n'exprime-t-il pas au fond la même pensée?
Mais Barthez et son école ne s'en sont pas toujours tenus à ces sages prémisses. D'abord expression abstraite de la cause [expérimentale la plus élevée dans l'ordre de succession des causes productrices des phénomènes de la vie, sorte de ,r algébrique, le jirincipe vital devint bientôt dans la pensée de Barthez lui- même, dubitativement d'abord, puis plus tard affirmativement, une substance au même titre que le corps et l'àme : d'où le rôle spécial que lui ont assigné en étiologie ses commentateurs et continuateurs.
Cependant, malgré ces tendances divergentes, mais également opposées à la scolasliquc oristotélienne, la doctrine des causes premières et des causes finales n'avait pas complètement abdiqué. Leibniz, protestant contre les idées philosophiques nouvelles, celles de Bacon comme celles de Descartes, travnilla h sa réédification. C'était là, suivant lui, qu'il fallait chercher le principe de toutes les existences et de toutes les lois de la nature. La doctrine de la finalité compte encore de nos jours parmi les philosophes et les métaphysiciens des défenseurs convaincus, qui lui font une large part dans la philosophie actuelle. Elle compte même quelques adeptes en médecine. Tessier, alors qu'on était en plein règne des idées de Bichat et de Broussais ou qu'on en sortait à peine, essaya de reconstituer la doctrine anthropologique du composé naturel ou de l'union substantielle de l'âme et du corps, comme conciliant la médecine avec l'orthodoxie, et d'en revenir aux quatre ordres de causes de Leibniz, les formelles, les matérielles, les efficientes et les finales. Un de ses élèves, M. le docteur Frédault, dans son Traité d'anthropologie physiologique et philosophique, publié en 1863, a développé cette thèse avec beaucoup de force et d'érudition. Il l'a résumée dans celte formule : « L'homme est un composé naturel d'une âme raisonnable unie substantiellement à un corps, agissant par des causes efficientes, mis en acte par des causes finales. »
Chauffard, dans son enseignement comme dans la plupart de ses écrits et notamment dans le dernier : La vie, études et problèmes de biologie générale
(1878), traitant de la finalité dans les êtres vivants, s'exprimait ainsi : « En
contemplant l'ensemble des êtres animés et surtout en s'interrogeant lui-même, l'homme a conçu la grande idée de la finalité. Chacun des actes dont se compose notre vie tourne à un but dont nous avons plus ou moins conscience. Nos actes inconscients eux-mêmes, répondant à la satisfaction d'un besoin, tendent
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à une fin obscure La vie morale et intellectuelle trouve sa raison dans un
ensemble de mobiles qui la régissent et qui se ramènent tous à la poursuite d'un but. Si des régions de sa vie morale l'homme descend vers sa vie animale, il y reconnaît partout la marque d'une destination, d'une l'onction en vue de laquelle chaque partie est constituée, etc. »
Cl. Bernard lui-même n'a pas dédaigné de rechercher quel rôle on pourrait assigner au principe de la finalité, dans l'état actuel de la science. c( La finalité des choses, dit-il, nous semble différente suivant la manière dont nous la considérons. Quand on envisage les organismes ou les êtres d'une manière isolée, chaque être a en lui, comme le dit Aristote, son entéléchie, et il nous apparaît comme un centre pour lequel est fait tout ce qui l'entoure. Quand nous considérons un organisme entier, les éléments liistologiques qui le composent paraissent créés pour lui, tandis que, quand nous considérons un élément histologique, l'organisme semble fait pour lui. Les usages des choses dans la nature ne sont donc que l'expression des rapports qu'elles ont entre elles et qui peuvent varier suivant la manière dont nous les envisageons; c'est ce qui fait la difficulté de ro])préciation des causes finales )) {Rapport sur les progrés de la physiologie, 1867).
Mais laissons pour le moment hors de débat cette grave question, qui est beaucoup plus du domaine de la philosophie que de celui de la physiologie, poui' revenir à l'étiologie médicale envisagée au point de vue expérimental, dont nous tâcherons de no jdus nous écarter.
Voyons quelles ont été, sous le rapport purement physiologique et médical, les conséquences des diverses doctrines dont nous venons d'esquisser à grands traits l'histoire.
Conséquences des diverses doctrines médicales par rapport à la manière d'envisager l'étiologie. Pour l'école sensualiste ou organicienne, toute maladie consistant en une lésion matérielle localisée sur un organe ou sur un système organique, d'jù procèdent, par voie de sympathie ou d'irradiation, les phénomènes fébriles et les troubles fonctionnels consécutifs plus ou moins variés, cette lésion est considérée à la fois comme l'aboutissant et l'effet le plus direct du concours d'action des causes, comme elle est l'origine et le point de départ des manifestations morbides les plus variées. L'action de la plupart des causes se réduisant à une excitation, amoindrie (doctrine de Brown) ou exagérée (doctrine de Broussais), ou à une influence occasionnelle des milieux (théorie des causes occasionnelles transportée en histoire naturelle j)ar l'école de Lamark et doctrine positiviste d'Ang. Comte, Littré et Bobin), leur classification est considérée comme sans importance et il est à peine tenu compte de la spécification de leurs effets. Aussi l'arbitraire le plus absolu à cet égard règne-t-il dans les classifications de cette école et y trouve-t-on confondues pêle-mêle les influences extérieures avec les causes constitutionnelles et les produits des unes et des autres accumulés indistinctement dans le même cadre.
L'école vitaliste fait, au contraire, une large part à l'étiologie. Considérant la maladie comme une réaction, elle place au premier rang de l'étiologie le principe de l'activité propre du dynamisme vital, complètement négligé par les écoles sensualistes ou organiciennes. L'idée principale du vifalisme étant l'unité, l'activité, la spontanéité et l'indépendance du corps vivant, toute l'étiologie pathologique découle de cette notion. La cause morbide ne vaut et ne porte que p;ir la manière dont elle atteint et affecte l'unité du svstème vivant. Les actions
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pliysico-cltimiqiies et les modifications qu'elles peuvent produire sur l'état anatomique ou fonctionnel des organes ne sont prises en considération qu'en raison de leurs relations avec le principe d'unité vitale et en vue des réactions et de la lutte qu'elles provoquent au sein de l'organisme entre les pouvoirs du dedans et les influences du dehors : d'où, au point de vue éliologique, la distinction fondamentale que font les vitalistes entre les causes matérielles, extérieures, visibles, auxquelles ils donnent le nom de causes instrumentales, et les causes cachées, invisibles, agissantes, déterminant, en vertu de la puissance spontanée de l'organisme vivant, les pliénomènes morbides affectifs ou réactifs. Cette distinction est à leurs yeux la base d'une véritable médecine rationnelle, a La recherche des causes des phénomènes antbropiques, disait le professeur Lordat, a toujours occupé notre Ecole. Voulant connaître tous les phénomènes de l'homme dans l'intention d'en découvrir les causes suffisantes, nous cherchons toutes les causes et nous étudions les invisibles avec autant de zèle et de conscience que les visibles. Sans l'union de l'étude des causes invisibles avec l'étude des causes matérielles la science de l'homme n'existerait pas et la médecine serait nulle. »
J. Guérin, dans ses savantes études sur la méthode éliologique {Gaz. méd. de Paris, 1840), reproduites dans la 1"^'' livraison de ses Œuvres (i880), a parfaitement fait ressortir, avec l'insuffisance ou l'exclusivisme de chacune de ces deux doctrines, les côtés de l'étiologie que chacune d'elles a plus particulièrement éclairés. « Comme méthode, a-t-il dit, le vitalisme plus qu'aucun autre système a contribué aux progrès de l'étiologie médicale. S'il a négligé d'entrer dans le labyrinthe chimique et physique du corps humain, il s'est attaché à l'étude analytique des causes extérieures, éloignées, et il a tenu soigneusement compte des différences expérimentales qu'elles produisent. Aussi lui doit-on les meilleures études sur les maladies constitutionnelles, cachectiques, professionnelles, miasmatiques, épidémiques, etc. L'école vitaliste a très-bien indiqué dans l'origine la principale source des causes réelles, expérimentales, et elle n'a pas moins indiqué les principes logiques qui doivent présider à la détermination de leurs effets.
(( L'école organique, de son côté, en fixant l'observation sur les désordres matériels des maladies, en montrant leur fréquence et certaines relations entre eux et une portion de la phénoménalité morbide, a ouvert le champ à des investigations et à des idées nouvelles. »
Mais nous n'avons plus à compter aujourd'hui avec les systèmes exclusifs. Émancipée de toute tyrannie scolaslique, la science médicale d'aujourd'hui, solidement assise sur le trépied de la tradition, de l'observation et de la méthode expérimentale, devenue sagement éclectique vis-à-vis des anciennes doctrines, prend les faits et les idées à toutes sources et se les approprie d'où qu'ils viennent, après les avoir fait passer par l'épreuve de la clinique. C'est dans cet esprit qu'ont été conçues les études de J. Guérin sur la méthode éliologique, qui maintenant vont nous servir de guide.
Méthode éliologique expérimentale. La première règle de la véritable conception éliologique est de n'admettre qi/fe des causes réelles, expérimentales, démontrables et acceptables, et non des causes imaginaires, des abstractions, des êtres de raison. La deuxième est de rapporter exclusivement à chacune d'elles les caractères qui lui sont propres, chaque cause de nature différente possédant une spécificité d'action telle, à l'égard de ses produits, que ceux-ci ne peuvent appartenir qu'à elle, comme elle seule a la puissance de les réaliser.
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Partant de cette donnée, J. Guérin ramenait à ces deux grands facteurs l'activité propre de l'organisme humain, d'une part, le milieu embrassant l'ordre entier des agents extérieurs, d'autre part, les deux ordres principaux de causes, appelant les premières causes organiques, les secondes causes cosmiques ou causes du dehors, celles-ci provoquant l'organisme, tandis que celles du dedans constituent des réactions. Ce double ordre étiologique s'appliquant aussi bien à l'état physiologique qu'à l'état pathologique embrasse à la fois l'étude et la détermination des causes qui président à la formation et à l'entretien de l'organisme sain et de celles qui président à la détérioration de l'organisme malade. Dans les deux ordres de faits, les causes cosmiques et les causes organiques associées constituent le double objectif de Tétiologie médicale.
C'est d'après ces principes ou sur des principes analogues qu'ont été conçues et formulées les classifications de la plupart des traités 'de pathologie générale qui font autorité de nos jours.
Résumé des idéeti et des principes qui dominent Véiiologie médicale. Pour résumer dans une vue d'ensemble les idées et les principes qui dominent l'étiologie médicale, nous dirons qu'elle présente à considérer : 1° la provenance des causes, leur origine intrinsèque ou extrinsèque; 2° leur puissance d'action; 3° leur caractère simple ou complexe; 4" leur action directe ou indirecte. De la considération de leur provenance découle la première grande division en causes extérieures ou cosmiques, procédant des milieux, et en causes internes ou spontanées, ayant leur point de départ dans l'action propre de l'organisme luimême. Les premières sont de beaucoup les plus nombreuses et les plus variées, tout ce qui, dans le monde extérieur, est susceptible d'impressionner l'économie, pouvant, selon la nature, le caractère et le degré de cette impression, devenir, dans des conditions données, cause de maladie. Les secondes, plus obscures, plus cachées, ont leur source et leur raison d'être dans des opérations intimes qui se passent au sein et dans les profondeurs de l'organisme. Celles-ci représentent la causalité intei'ne, réelle, spontanée, qui a sa source soit dans une disposition héréditaire dont les effets se manifestent en quelque sorte inopinément, à un moment donné de l'existence, sans le concours nécessaire d'aucune provocation extérieure; soit dans une manière d'être vicieuse de l'énergie vitale, lentement et graduellement acquise sous l'influence d'un mauvais réjiime nutritif ou d'habitudes de vie défectueuses; soit dans un désaccord, un défaut d'barmonie et d'équilibre entre les forces vitales, qui, au lieu de tendre en vertu de leur consensus au maintien et au développement régulier de l'organisme, semblent contenir en elles des germes de perturbation et de mort.
Une autre division s'impose en étiologie, c'est celle des causes en efficientes ou prochaines, en prédisposantes ou éloignées, en occasionnelles ou adjuvantes. Les causes efficientes, prochaines, suffisantes ou continentes, comme on les appelle encore, parce qu'elles constituent l'antécédent nécessaire et immédiat de la maladie, qu'elles suffisent à la produire et qu'elles contiennent, en un mot, en elles-mêmes, leur raison et leur puissance d'action, peuvent produire à elles seules, en effet, un résultat déterminé, toujours le même, sauf les différences de degré et d'intensité, résultat nécessaire sous les réserves de la variabilité dans la réceptivité ou la résistance organique individuelle. Telles sont, efltre autres, la puissance mécanique d'un corps agissant, soit en raison de son poids ou de sa masse, pour produire le broiement, l'attrition ou la rupture de portions plus ou moins étendues du corps, l'eflraclion produite par un instru-
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ment tranchant, l'action physique d'un corps incandescent ou celle d'un agent chimique détruisant ou corrodant les tissus. Tels sont les agents toxiques, poisons, venins, ingérés ou pénétrant dans un organisme sain et dont ils vont immédiatement troubler les fonctions en produisant de toutes pièces un état morbide déterminé, sans le concours nécessaire ni d'une condition prédisposante, ni de causes adjuvantes. Tels sont encore les virus spécifiques, liés ou non, comme nous allons le voir plus loin, à des micro-organismes spéciaux.
Les causes prédisposantes ou préparatoires ou causes éloignées impliquent l'idée d'une prédisposition morbide déterminée, constituée soit par une faiblesse générale native, héréditaire ou acquise, soit par une susceptibilité morbide spéciale, dépendant de la constitulion, du tempérament, d'une idiosyncrasie, d'une diatlièse, qui est déjà elle-même un état morbide, de l'âge, du sexe ou de la profession, d'un état languissant de la santé susceptible de passer graduellement à l'état de maladie confirmée sous l'influence de la 'plus légère secousse ou de la moindre intervention occasionnelle, ou enfin d'une faiblesse limitée à certains organes ou système d'organes, faiblesse relative qui leur a fait appliquer la dénomination de partes minoris remtentiœ.
Les causes occnsionnelles ou adjuvantes, eu joignant leur action à celle des causes prédisposantes, provoquent et déterminent souvent, par les réactions vitales qu'elles mettent en jeu, la manifestation d'un état morbide déjà en germe ou en puissance. Telle est notamment la manière d'agir du froid, dont les effets sont souvent si différents, suivant l'état de prédisposition morbide des sujets qui y sont soumis. Telle aussi celle d'une violente émotion, d'un mouvement passionnel intense, d'une fatigue excessive, d'une dépense nerveuse abusive, d'une commotion physique, etc., etc. C'est par ce rôle purement accessoire et adjuvant de ces sortes de causes que l'on s'explique la différence des effets produits sous l'influence d'une cause identique en apparence et la disproportion si souvent constatée entre l'intensité de cette cause et ses résultats; ces causes n'agissent généralement qu'à titre d'impression excitatrice, de sollicitation ou de provocation d'accidents morbides qu'elles seraient incapables de produire elles-mêmes et ne faisant que mettre enjeu la puissance morbigène virtuelle du principe de la vie, qui, en dehors de toute influence extérieure, tire en quelque sorte la maladie de son propre fond.
Tels sont les sujets principaux qui forment la matière de l'étiologie, sujets innombrables, qui ne comprennent pas moins que tout ce qu'on est convenu d'appeler la matière de l'hygiène et qui s'associant, se combinant, se subordonnant, s'entre-aidant ou se neutralisant, imparfaitement parfois, arrivent en définitive à la production de cet état complexe qu'on appelle la maladie.
Mais, pour apprécier la part qui peut revenir à chacun d'eux, il est indispensable de faire intervenir le rôle qui revient au facteur principal, à l'organisme lui-même. Ceci nous conduit à poser le problème étiologique en son entier et dans ses véritables termes, qui sont les suivants : Un effet morbide étant donné, trouver la cause productrice et tous les facteurs de cette cause. Toute cause productrice ou génératrice d'un état morbide, de quelque ordre qu'elle soit, mécanique, physico-chimique, psychique ou vitale, entraîne nécessairement l'idée de deux conditions ou actions inséparables, l'action du modificateur, celle du sujet modifié.
Ainsi compris, le problème étiologique, comme l'a si logiquement déduit Jaunies dans son beau Traité de pathologie générale, embrasse, à côté et
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au-dessus de l'étude des divers agents de la causalité, la considération de la capacité morbide, c'est-à-dire du pouvoir de devenir cause génératrice de la maladie; celle de la spontanéitéjiiorbide et de la provocabilité envisagées soit isolément, soit dans leurs rapports respectifs dans certains cas donnés ; de l'immunité morbide ou résistance opposée par l'organisme vivant aux causes provocatrices de la maladie, en un mot, de la réceptivité ou de la susceplion. Ces conditions de réceptivité et de susceplion ne doivent pas être prises en considération seulement dans leurs rapports avec les causes extérieures, cosmiques ou extrinsèques, mais aussi par rapport à la causalité intrinsèque, psychique, vitale ou organique, qui a aussi, comme la causalité extrinsèque, ses conditions de mise en activité, de réception et de susceplion.
C'est en ce sens qu'on a pu dire avec raison que la maladie naît de nous et en nous, que sa condition essentielle est dans la spontanéité et l'autonomie, ces deux altribuls inséparables de la vie, le milieu extérieur n'en fournissant le plus souvent que les causes excitantes, les conditions et les occasions d'être et de se développer.
Si de celle considération des causes, si nombreuses et si variées, de nos maladies, et de leurs rapports enlre elles et avec l'organisme vivant, nous cherchons, par un empiétement sur le domaine de la palhogénie, à en déterminer le modo d'action, on ne devra pas être surpris, sachant combien peu d'entre elles ont une puissance pathogénique absolue, de voir à quel petit nombre de types peuvent être ramenés les procédés par lesquels elles provoquent la maladie. M. Bouchard, à qui ses beaux travaux en palhogénie donnent une si légitime autorité en ces matières, les ramène tous à quatre types ou quatre grands processus pathogéniques : 1» les dislrophies élémentaires primitives; 2" les réactions nerveuses ; 5° les troubles préalables de la nutrition; 4° l'infection. Nous acceptons cette classification, qui nous paraît répondre, en effet, assez complètement à l'analyse des éléments pathogéniques.
Le premier de ces processus, suivant l'éminent professeur de pathologie générale de la Faculté de Paris, est celui qui résulte de l'action vitale des cellules, quand elle est directement mise en jeu par quelque cause physique, mécanique ou chimique.
Le deuxième consiste dans le rôle intermédiaire que joue le système nerveux dans la production des maladies, soit par les actions réflexes, soit par les influences pathogéniques directes, périphériques, comme lorsque la cause agit sur les extrémités nerveuses cutanées, centrales, lorsque c'est par l'action immédiate sur les centres nerveux de perturbations affectives, intellectuelles ou psychiques, que sont produits les troubles de la santé.
Le troisième processus est celui des troubles de la nutrition, auxquels M. Bouchard, dans sa savante élude sur les Maladies par ralentissement de la nutrition, a fait remonter l'origine du plus grand nombre des maladies chroniques et de la plupart des états diatliésiques.
Le quatrième processus, l'infection ou contagiinn t^/f?/?», comprend, comme son énoncé l'indique assez, tout le groupe si important des maladies ou affections contagieuses, infectieuses, virulentes, Iransmissibles.
Nous n'avons pas à nous arrêter en ce moment sur la caractéristique des trois premiers processus ou types si bien formulés par notre savant confrère.
Son quatrième processus nous conduit naturellement à faire intervenir ici, pour terminer ce que nous avons à dire encore de l'éliologie, la nouvelle doc-
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trine étiologique microbienne, et à lui assigner son rang et sa place dans la grande doctrine étiologique générale.
On connaît les origines de la nouvelle doctrine étiologique des maladies contagieuses. Nous avons à peine besoin de les rappeler. Elle a pour point de départ le fait établi par M. Pasteur que la fermentation, dans ses diverses manifestations, procède de conditions fondamentales indentiques et qu'elle est corrélative à l'activité vitale d'agents spéciaux disséminés dans l'air, dans les eaux ou à la surface du sol. On sait comment la médecine et l'art vétérinaire se sont emparés de la lumière que leur apportait la nouvelle théorie de la fermentation, pour rechercher notam'uent s-i les virus et les contages ne seraient pas des êtres animés. Ce que l'analogie faisait prévoir, les recherches microscopiques et expérimentales de Davaine sur la bactéridie du charbon, de Chauveau sur le virus vaccin, de Goze et Feltz sur la présence des infusoires et l'état du sang dans les maladies infectieuses et sur la septicémie, de Klebs sur lapycmie et sur la fièvre typhoïde, de Koch sur le bacille de la phthisie, sont venues successivement le vérifier. Et H. Douley, en inaugurant son cours de pathologie comparée au Muséum, en 1882-1883, pouvait se croire en droit de formuler la nouvelle doctrine étiologique en disant que la contagion est « fonction d'un élément vivant», c'est-à-dire corrélative à la manifet^tation de la vie d'un élément, d'un germe, qui pullule à l'infini dans l'oiganismc où il a été ensemence et donne lieu, par le nombre infini des germes qu'il a engendrés, aux manisfestations des symptômes et des lésions qui caractérisent chaque maladie contagieuse.
« Pour chaque fermentation un ferment spécial; pour chaque maladie contagieuse un élément spécial, qui en renferme (( l'idée » et qui la reproduit, toujours identique à elle-même, sous la diversité des formes individuelles qu'elle peut revêtir. »
H. Bouley pouvait déjà dire alors qu'il n'y avait d'hypothétique dans celte proposition que la généralisation anticipée d'une loi qui n'avait encore pour base qu'un certain nombre de faits rigoureusement établis par l'expérimentation. On connaissait, en effet, les microbes propres à un certain nombre de maladies, telles que •. le choléra des poules, le charbon bactéridien, le charbon symptomatique, les diverses variétés de la septicémie, le rouget du porc, la tuberculose, la morve. Pour ce premier groupe, non-seulement on avait pu voir les microbes générateurs d'états i)atliologiques parfaitement déterminés, mais encore on avait pu les isoler, les ensemencer dans des milieux de culture appropriés, en établir l'évolution et donner la preuve, par l'inoculation à des organismes susceptibles, que ces microbes étaient bien les agents exclusifs de maladies contagieuses déterminées pour chacun d'eux, puisqu'on pouvait à volonté produire ces maladies par leur intermédiaire et que, sans leur présence dans les liquides inoculés, l'inoculation était toujours stérile.
A côté des maladies dont le microbe a pu être saisi et soumis à une culture qui a permis d'en faire une étude expéiimentale complète, il en était d'autres pour lesquelles la constatation avait pu être faite de la présence d'un microbe qu'on pouvait considérer comme l'élément de leur virulence, mais sans' qu'on eiit réussi encore à trouver le milieu de culture qui conviendrait pour en faire l'étude expérimentale en dehors de l'organisme : telles étaient, notamment, la rage, la péripneumonie contagieuse du gros bétail, etc.
Un premier fait frappe dans cette théorie parasitaire des maladies spécifiques, c'est que l'aclivifé qui crée la maladie est tout à coup déplacée. Ce sont les fer-
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ments animés qui pullulent, qui évoluent et qui engendrent les troubles morbides; l'organisme semble n'être plus (|ue le sol destiné ù alimenter cette population.
Jusqu'à quel point une pareille proposition était-elle acceptable? De nombreuses objections lui ont été faites. Parmi ces objections, il en est quelques-unes qui méritaient d'être prises en sérieuse considération. Si, au point de vue expérimental, les faits exposés par M. Pasteur étaient irréfutables, on pouvait, du moins, faire des réserves sur leur interprétation, sur l'importance et l'étendue du rôle nouveau assigné aux microbes.
Déjà, au nom de la pbysiologie, on avait formulé quelques réserves relativement à cette assimilation des virus aux êtres parasitaires qui engloberaient toutes les maladies contagieuses comme un type unique. La médecine traditionnelle s'est mise en travers de cette prétention, se fondant, d'une part, sur ce que la constatation d'un microzoaire ou ferment figuré pour cbaque maladie spécifique n'était pas faite encore — ce qui ne serait, à la rigueur, qu'une ([uestion de temps et de nouvelles rccberclies — ; d'autre part, sur ce fait d'observation clini(jue qu'il est des maladies spécifiques qui peuvent naître spontanément ou par l'effet de causes communes, non spécifiques, c'est-à-dire en debors de l'action fatale d'un ferment animé, par les seules déterminations in'opres de l'organisnie vivant, par son activité temporairement viciée. Soutenant l'étude de l'étiologie par celle de la patbogénie et empruntant leurs preuves tour à tour à la clinique et à la pathologie expérimentale, à la médecine comparée, aux analogies fondamentales et convergentes qui surgissent de ces divers ordres de faits, les partisans de la tradition ont fait remarquer combien les nouvelles notions de la pathologie parasitaire sont contraires aux anciennes conceptions de la maladie dont les conditions essentielles sont la spontanéité et l'autonomie. Enfin les intéressantes communications sur les ptoraaïnes et les leucomaïnes, faites à l'Académie de médecine par M. A. Gautier au commencement de 1886 et fondées sur des recherches qui remontaient à 1881 et même au delà, sont venues donner un appui au principe de la spontanéité etdel'autoinfection provenant des milieux intérieurs.
Nous ne pourrions, sans courir le risque de nous étendre outre mesure, rappeler ici tous les éléments invoqués pour ou contre la nouvelle doctrine, soit dans les discussions qui ont eu lieu à ce sujet à l'Académie de médecine, soit dans la presse scientifique et médicale. Mais nous croyons devoir résumer sur cette question encore litigieuse les opinions d'un des savants les plus compétents, M. E. Duclaux.
Voici en quels termes s'exprimait M. Duclaux dans son cours professé à la Sorbonne, en 1885-1880, sur le rôle pathogénique des microbes :
« Voici un microbe pathogène qui a pénétré dans un organisme vivant et y a pullulé, en y amenant des troubles plus ou moins graves. Est-ce à dire qu'il y ait un rapport nécessaire entre la présence de ce microbe particulier et la production de cette maladie particulière? Chaque maladie a-t-elle son microbe? Chaque microbe produit-il sa maladie spécifique? Non, répond hardiment M. Duclaux à cette question, non, un même microbe ne donnera pas toujours la même maladie. La voie de pénétration a d'abord une influence. D'elle dépendent la nature et la place des premières cellules atteintes et par suite les répercussions diverses dont l'organisme devient le siège et dont l'ensemble donne à la maladie son faciès pathologique particulier. Ainsi l'inoculation sous-épider-
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mique da virus vaccin sur le cheval amène chez lui l'éruption cutanée vaccinale ordinaire. L'injection intra-vasculaire du même virus n'amène pas toujours un exanthème; le plus souvent il ne se manifeste aucun signe local ou spécial de maladie, sauf une minime et passagère élévation de la température, et pourtant l'injection a transformé l'organisme et lui a communiqué l'immunité vis-à-vis d'une nouvelle inoculation à la peau. M. Duclaux a vu un micrococcus rencontré dans un cas de clou de Biskra pouvoir produire, suivant le mode de pénétration, trois maladies diverses : une affection à la peau, une péricardite et une purulence des vertèbres.
« Contrairement à une opinion qui s'est trop rapidement répandue, conclut M. Duclaux, le même microbe ne donne donc pas toujours la même maladie.
« 11 y a plus. On vient de voir plusieurs maladies différentes produites par le même microbe. On va voir maintenant plusieurs microbes divers produire la même maladie. M. Duclaux cite cinq espèces de micrococcus empruntés chacun à une maladie humaine, à des cas de clou de Biskra, de pemphigus, de folliculite agminée, d'impétigo contagiosa et de nodosités rhumatismales, tous ces micrococcus différents, non-seulement par leur origine, mais par leurs propriétés vitales et physiologiques, manifestées dans des cultures artificielles, et pourtant tous capables, lorsqu'on les injecte, sous certaines conditions, dans le sang Je certains animaux, de produire des néphrites purulentes, des supjnirations du corps spongieux des vertèbres et, par l'irritation ou la compression de la moelle épinière aux points atteints, des paralysies locales ou générales de même faciès extérieur. La gravité de ces paralysies dépendra de l'état de jeunesse du microbe au moment de l'inoculation, du milieu dans lequel il a été cultivé, du degré d aération auquel il aura été soumis.
(( Comme conclusion, les microbes divers constituant un même genre pourront donner des maladies ayant un faciès commun, qui sera le faciès générique. Puis chacune des espèces du genre pourra donner, sous certaines condition?, à côté d'autres maladies génériques, une maladie qui servira à la caractériser et sera sa maladie spécifique. Enfin, dans toutes les maladies provenant d'une même espèce et même dans sa maladie spécifique, pourront intervenir des
variations individuelles dans la virulence
« Voilà le microbe installé dans l'organisme, habitant un de ses districts, ou le pénétrant tout entier. Il y amène des variations physico-chimiques plus ou moins profondes. En y arrêtant ou y modifiant la nutrition générale par son action sur le système nerveux ou circulatoire, en y alimentant la sienne, en y rejetant ses produits de sécrétion, il change de jour en jour la constitution du milieu où il vit. Les conséquences de ces transformations pourront être ou favorables à la vie du microbe, ou indifférentes ou défavorables. Dans le premier cas le champ est ouvert pour un envahissement de plus en plus profond. Les maladies de cet ordre seront toujours graves ou même mortelles. Guéries, soit par une intervention thérapeutique, soit par le jeu naturel des forces de l'organisme, elles laisseront le terrain préparé pour un nouvel ensemencement. « Quant aux maladies qui, en créant une situation défavorable à une implantation nouvelle du microbe, ou non récidivantes, réclament à cet égard une place et un nom à part: ce sont les maladies virulentes ou à vaccin, ayant, comme toutes les maladies à microbes, une période d'incubation correspondant, comme on l'a déjà vu, à la prise de possession de l'organisme ou de l'un de ses districts, une période d'état et une période de décroissance.
5o2 ETIOLOGIE MEDICALE.
« Pendant la période de mullipllcalion le parasite est vivant et peut servir à une colonisation nouvelle. On peut le recueillir au point inoculé et le transporter dans un bouillon où il se multiplie, le faire servir à contagioner un nouvel individu. La contagion est donc possible dès le début de la maladie. Commençant avec l'apparition des premiers symptômes, cette contagiosité cesse seulement au moment où le malade est parfaitement rétabli. La durée de la période de contagiosité varie dans les diverses maladies virulentes, comme varie aussi son degré de puissance.
« Leur évolution terminée, leur multiplication accomplie, ces virus quittent quelquefois en masses innombrables l'organisme, devenu impropre à les nourrir. Les voies d'élimination sont diverses, et en relation, soit avec le siège de la maladie, soit avec celui de l'éruption caractéristique. Ce sont les squames de la variole ou de la scarlatine, les fausses membranes de la diplilhérie, les déjections de la fièvre ty[)boïde, qui s'en vont par les canaux les plus divers, lair, l'eau, le réseau des égouts, porter l'infection dans la famille du maladie, chez ses voisins, dans la ville ou le pays, attirant ainsi la filiation de l'affection qui les a produites et engendrant une épidémie. »
S'il est vrai, comme on l'a dit, que toute étiologie nouvelle comporte une prophylaxie et une thérapeutique nouvelles, qui en seraient la sanction, quels seraient les principes sur lesquels devraient être fondées cette prophylaxie et cette thérapeutique?
Partant des faits acquis ou considérés du moins ccmme tels par M. Duclaux, à savoir que, malgré leurs ressemblances apparentes ou profondes, tous les êtres d'une même espèce ne sont pas identiques entre eux dans leurs influences sur l'économie; que les cellules élémentaires d'un malade même rétabli ne sont plus les cellules d'avant la maladie, et (jue vis-à-vis d'un réactif sensible, comme l'implantation des microbes, elles manifestent des différences inappréciables par tout autre moyen ; que vaccinées, c'est-à-dire douées d'une immunité plus ou moins parfaite par rapport à quelques affections, elles ont au contraire une prédisposition pour certaines autres, les influences héréditaires et de race venant mêler leur action à ces différences personnelles, il en résulte qu'au point de vue des imminences morbides, il y a autant d'individualités que d'individus et qu'au milieu de ce concours d'actions comj)lexes les maladies homogènes sembleraient frapper aveuglément. Comme elles s'accompagnent toutes d'une multiplication rapide de leurs germes, les causes de maladie et de mort deviendraient bientôt prédominantes, si d'autres causes naturelles ne venaient contre-balancer les premières : d'où un état d'équilibre, variable d'une maladie à l'autre, suivant la race, suivant la région et suivant le temps. .4u nombre de ces influences il y avait lieu à faire intervenir, au moins sous forme de question, dans ce jeu d'actions jusque-là toutes en dehors de nous, l'action de nous-mêmes. « Comme en mécanique, ajoute M. Duclaux, l'effet d'une force, même minime, sur un système mobile et en équilibre, imprime à ce système un mouvement qui semble hors de proportion avec la cause qui le produit, de même il n'est pas de petit effort imprimé à l'organisme ou provoqué par lui-même qui ne puisse amener une modification dont les résultats peuvent avoir souvent une grande importance. »
Quelle est la nature de l'effort susceptible d'empêcher ou de circonscrire l'action des microbes pathogènes? Deux voies sont ouvertes, l'une qui peut conduire à enrayer on à atténuer les effets pernicieux du microbe, l'autre qui tend ù fortifier l'organisme contre ces mêmes effets.
ÉTOURNEAU. ô53
La résistance ou l'iiuniunltc peuvent être conférées par une bonne liygiène et un bon régime, d'une [)art, et par les vaccinations préventives, d'autre part Du seul énoncé des termes do cette première partie du problème ressort toiiie l'importance que l'avenir réserve à l'action prophylactique, sans qu'il soit nécessaire d'entrer ici dans de plus longs détails.
Quant à l'action thérapeutique, casait les immenses services que lesmétliodes et procédés dits antiseptiques rendent journellement à la pratique chirurgicale, mais pour les maladies internes, n'hésitons pas à le dire, on en est encore à la période des essais et des làlonnements. Brochin
ÉTOILES DE MER. Voij. AsTÉniKS.
ÉTOUiiXEiiU. Le genre Ktourneau {Sturnus L.) est devenu le type d'une famille d'Oiseaux fort nombreuse et assez mal définie dans laquelle certains auteurs font rentrer non-seulement les Étourneaux proprement dits, les Martins, les Pique-Bœufs et les Stournes, mais encore les Qulscales, les Carougcs et les Troupiales. Ces derniers toutefois sont plus convenablement pl.icés dans une famille distincte, celle des Icteridcs, qui représente dans le Nouveau Monde les Slurnidés de l'Europe, de l'Asie et de l'Afrique. Les Sturnidés sont des oiseaux de la taille d'un Merle, à boc droit et conique, à ailes bien développées, à queue composée de douze pennes et tantôt coupée carément, tantôt étagée. Leur plumage est souvent d'un noir glacé de vert ou de pourpre, ou bien d'un vert mélallique, ou bien d'un bleu violacé, quelquefois aussi d'un blanc lavé de rose et varié de noir pourpré, et leur tète est parfois surmontée d'une huppe ou ornée de pandeloques et de caroncules.
Par divers points de leur organisation les Sturnidés se rapprochent des Troupiales, des Corbeaux, des Paradisiers et des Fringillcs, et apparliennent comme eux à l'ordre des Passereaux (ro//. ce mot). L'Élourneau vulgaire ou Sansonnet (Sturnus vulyans L.), qui porte à l'âge adulte une livrée noire, à redets verts et pourprés, avec de nombreux petits points blancs ou jaunâtres, est très-répandu, au moins à certaines saisons, dans les plaines de l'Europe, de l'Asie et de l'Afrique septentrionales. En dehors de la saison des nids les oiseaux de cette espèce forment de grandes bandes qui hantent les prairies humides et cherchent leur nourriture dans les fossés, dans les sillons ou dans la fiente de bétail. Eu détruisant des vermisseaux et des insectes ils rendent des services à l'agriculture, aussi mériteraient-ils d'être protégés au lieu d'être pourchassés. Leur chair est d'ailleurs coriace et d'un goût assez désagréable.
Comme oiseaux de volière, les Étourneaux sont fort amusants; ils sont gais et familiers et peuvent, en reproduisant les sons et les bruits qu'ils entendent, introduire dans leur chant natur.d des variations sans nombre. Le niênie esprit d'imitation et les mêmes instincts sociables s'observent du reste chez la plupart des Sturnidés. Parmi les types les plus remarquables de ce groupe nous citerons encore les Mainates de l'Inde, les Martins roselins et les Acridothères, grands destructeurs de sauterelles, et les Juidas ou Merles bronzés, dont les dépouilles sont si recherchées par les modistes et les plumassiers. E. Ol'stalet.
Bibliographie. — Dacbextox. Planches enluminées de Buffon, 1770, pis. 75 et 251. — Degland et Gerbe. Ornithologie européenne, 2«édit., 1807, t. I, p. 231. — Breuu. Vie des animaux, éd. fraaç. Oiseaux, t. I, p. 242. E. 0.
DICT. ENC. XXXVI. ^5
554 KTUVES NATURELLES.
ÉTRETAT (Station marine). Dans le département de la Seine-Inférieure, dans l'arrondissement et à 25 kiloniètivs du Havre. Chemin de fer de la rive droite de la Seine jusqu'à la station des Ifs qui dessert Étretat. Cette station marine est un petit port sur la Manche, peuplé d'environ lOUU habitants, mis à la mode par le paysagiste Isabey, et remarquable par son église Notre-Dame qui est la reproduction réduite de l'abbaye de Fécarap, dont Étretat n'est distant que de 18 kilomètres. La plage est bien située et bien abritée, mais tapissée de galets. Les promenades et les excursions sont agréables sur les falaises, garnies de rochers à pic et percées à jour, qui s'élèvent comme des pyramides sur les bords de la côte et jusque dans la mer. A. R.
ÉTRIER. Voy. Facial et Oreille.
ÉTRILLE. Nom vulgaire du Porlunus puber L., Crustacé-Podophthalme, du groupe des Décapodes-Brachyures, qui est très-commun sur nos côtes de la Manche et de l'océan Atlantique. Ce Crustacé est recherché pour l'alimentation. On l'appelle également Crabe espagnol et Crabe laine, à cause du duvet très-serre qui couvre ses pattes antérieures. Ed. Lef.
ETTMLILLER (Les deux).
Ettmiiller (Miciiael). Célèbre médecin allemand, né à Leipzig le 26 mai 1044, reçu docteur dans cette Université, après un grand voyage, en 1668, fut nommé en 1681 professeur de botanique et peu après professeur extraordinaire de chirurgie, et mourut le 9 mars 1685.
Ettraiïlier était un professeur plein de talent; ses leçons publiées obtinrent le succès des productions littéraires les plus estimées. Malheureusement il ne put mettre la dernière main à aucun de ses ouvrages. Ceux-ci, parleur ensemble, forment une véritable encyclopédie des sciences médicales, donnent le tableau exact de la médecine à l'époque qui précède l'apparition d'Hoffmann, de Stabl et de Boerhaave. Nous mentionnerons parmi ces ouvrages : Diss. de chirurgia infiisoria, Lipsiae, 1668, in-4'', et Chemin expérimental is atque raiionalis curiosa, Lugd. Catav., 1684, 1689, in-4". Plusieurs éditions des œuvres complètes ont été publiées; les meilleures sont celles d'Eltmi'iller fils (Francfort. 1708, 5 vol. in-fol.), et celle de Cirillo (Naplcs, 1728, in-foi.).Un abrégé des œuvres d'EttrnùUcr a été publié à Amsterdam, 1702, in-8. Enfin plusieurs de ses ouvrages ont été traduits en français. L. H>".
EUmBïller (Michael-Ernst). Fils du précédent, né à Leipzig le 26 août 1675, reçu docteur en 1699, devint professeur ordinaire de physiologie en 1709, de pathologie en 1724, et mourut le 25 septembre 1752. On a de lui divers opuscules académiques, sans compter les nombreuses thèses écrites sous sa direction. L. H>".
ÉTUVES MATLRELLES. En Italie, oii elles existent principalement : Stufe SDDATOBi, ou Fumeroles. Ce sont des espaces vides où montent directement les effluves de sources hyperthermales. Les malades pénètrent complètement dans l'étuve ou gardent la tête seule à l'air libre. Le sol est échauffé, soit par le feu intérieur d'un terrain volcanique (étuves naturelles sèches), soit par le voi-
sinage de sources ayant de 50 ù 100 degrés centigrade, dont les vapeurs arrivent par les failles ou les porosités du terrain. Nous avons parlé des étuves de Cransac, en France, Monsummano, Casamicciola d'Ischia, San Germano, en Italie, Ofen en Hongrie, Âlhama de Aragon, en Espagne. Citons pour mémoire les étuves de Néron et celles de Puzzola et de Baïa. Les vapeurs qui alimentent les étuves naturelles servent à chauffer le sable qui est employé en bains à plusieurs stations d'Italie, et notamment dans l'île d'Ischia. Les eaux de Montano et de Santa-Restituta, qui ne semblent que des eaux de mer chauffées par les laves jusqu'à 55 degrés centigrade, n'acquièrent cette température que par la proximité de griffons de sources hyperthermales. Les malades qui veulent traiter leurs douleurs, leurs névralgies et surtout leur sciatique, par la clialeur ou la sudation des étuves naturelles, se placent nus sur des gradins plus ou moins hauts, selon qu'ils doivent se trouver dans une atmosphère plus ou moins chaude- Le sol dolomitique des environs de l'Acqua dell' Olmitcllo de Casamicciola, comme de plusieurs étuves naturelles de l'ancien royaume de Naples et de la Toscane, a une chaleur telle que le thermomètre monte quelquefois à 100 degrés centigrade dans les fissures par lesquelles s'élèvent les Fumeroles. L'eau du bord extrême de la mer peut acquérir une température qui n'est pas moindre de 85 degrés centigrade.
La composition chimique de l'atmosplière des étuves naturelles varie évidemment autant que les sources qui les produisent. Les vapeurs sont quelquefois inodores et ne se distinguent guère de celles de l'eau distillée. Celles qui sont dites sulfureuses sont presque toujours dues à la combustion de pyrites ou de schistes pyriteux. La bahiéation française n'emploie que d'une manière exceptionnelle ce mode de traitement, qui était en si grande estime chez les Grecs et chez les Romains, qui installaient, dans presque toutes leurs maisons de bains, une division importante où ils imitaient de leur mieux les étuves naturelles. Nous ne voulons pas insister plus longtemps sur les détails que pourrait compotier cet art. Nous rappelons seulement que les indications thérapeutiques des étuves naturelles sèches ou humides se limitent au ihumalisme articulaire ou musculaire, produit surtout par un refroidissement subit, aux névral'^ies et aux paralysies qui en dépendent, et à certaines aïïections de la peau où il est indiqué d'augmenter la circulation capillaire et de provoquer une sudation énergique et longtemps continuée. A. Uotuueau.
ÉTîMOLOGlE'. s. f. Du grec k-xjiiolnyioL, composé de l'adjectif sT-jaoi, vrai, et du radical ).oy, suivi de la terminaison la, qui lui donne le sens général de science, comme dans beaucoup de composés semblabes. Les Latins traduisent ce mot tantôt par le composé veribquium, qui en représente mal le sens, tantôt par le mot orujincUio, moins usité, mais plus expressif.
La science étymologique peut être traitée à deux points de vue différents : 1» Elle est la recherche du sens primitif des mots, de leur origine soit dans la langue où on les étudie, soit dans une langue plus ancienne à laquelle celle-ci
1 Cet article devait être sig-né par M. E. Egger (de l'iBstitut). La mort l'a frappé au moment où il avait rassemblé ses notes et commencé à les rédiger. IN'ayant pas le droit de publier et de signer de son nom un travail qu'il n'a pu achever, j'ai dû, pour pouvoir mener à bien la fàciie qui s'imposait à moi, solliciter le bienveillant concours de M. A. Darmesteter, qui a révisé ces notes, les a coordonnées et m'a mis à même d'offrir au lecteur un travail plus précis et plus complet. L. L
:5ô ÉÏYMOLOGIE.
remonte. A ce point de vue, elle se confond avec la lexicologie comparée, qui est une partie de l'histoire générale des langues. Nous n'avons pas à traiter ici de cette science si étendue.
2» Dans un sens plus restreint, elle est la méthode qui doit nous diriger !;uitôt pour expliquer l'origine des mots déjà connus et pour en fixer l'orthographe, tantôt pour chercher et proposer les termes nouveaux que rend utiles ou nécessaires le progrès des sciences. Cette dernière application de 1 élymologie, — on pourrait l'appeler sa fonction prati(|ue — a le plus souvent manqué de méthode. Kn médecine surtout et dans les sciences naturelles, car il ne saurait être ici (|ueslioM de la nomenclature usitée en chimie, que l'on ne peut comparer qu'au langage algéhrique, on procède un peu au hasard soit pour former des mots nouveaux, soit pour expliquer des mots anciens. Pour rendre ces erreurs moins fiéqucntes et moins sérieuses, nous croyons devoir exposer les principales vérités acquises à ce point de vue et indiquer les règles auxquelles devront se conformer les naturalistes et les médecins jaloux de n'employer qu'un vocabulaire conforme aux plus saines analogies.
S'il est vrai de dire que les sciences naturelles n'ont pas pris naissance en (irèce, puisque, parmi les mots dont elles fout usage, il en est qui viennent de rKgyptc, d'autres (|ui reiuoiileul aux Sémiles de l'Asie occidentale et quelques-uns aux Indiens, il faut reconnaître cependant que les Grecs sont le premier peuple qui ait présenté un ensemble de faits et de théories constituant nue véritable science de la nature. Leurs livres contiennent bien quelques mots d'origir.e étrangère, mais ces mots disparaissent presque tous au milieu de ceux du vocabulaire hellénique. Celui-ci s'imjiosa aux Romains, qui transcrivirent ou traduisirent les mots qu'ils trouvaient employés dans les écoles des médecins grecs. Plus tard les Syriens et les Arméniens, puis et surtout les Arabes, traduisirent sur le syriaque et quelquefois peut-être sur le grec les traités scientifiques qu'ils voulaient répandre dans les écoles. Ils y ajoutèrent des mots empruntés à leur langue nationale, substituant même parfois à des mots grecs, consacrés par l'usage, des mots arabes nouvellement formés. Mais ces substitutions sont rares. C'est le grec et le latin qui forment le fonds principal de notre nomenclature médicale. C'est dans Hippocrate, Aristote, Théophraste, Dioscoride, Rufus, Galitn, Celse, etc., que l'on trouve le plus grand nombre de ces mots techniques que l'usage a conservés.
Faisons remarquer cependant que les mots l(!chniques relevés dans les ouvrages de ces divers écrivains ne sont pas nécessairement de leur propre invention. Par exemple, le mot (flsj^o-j-n paraît pour la première fois dans Galien, mais Galien lui-même en atteste l'usage chez ses prédécesseurs. Dans les écrits hi()pocralii|ues figurent bien des mots dont Hippocrate n'a pas été l'inventeur, et qu'il trouvait déjà usités chez les Asclépiades. Au moins n'avonsnous voulu comprendre, dans les listes suivantes, que des mots puisés aux sources mêmes de l'érudition ancienne. Dans les lexiques modernes des sciences naturelles, même dans ceux qui ont été rédigés par des savants familiers avec le grec et le latin, l'étymologie hellénique ou latine de beaucoup de mots ne distingue pas toujours les dérivés ou composés d'origine vraiment ancienne, et les dérivés ou composés dus à des écrivains modernes.
Mots tihés d'Hjppocrate. "Ap-cplr], dit sans adjectif de la frac/iee artère, le ss.spenseur des poumons. — ' ka-pârplo--,. — 'A77077//3ÇÎV3 {apoplexie). — 'AaaO-
pw(Tiç. — "Ayvoî (nom d'une plante). — AiuoôôoiSsç. — Bpoyyia, désigne les anneaux de la trachée, non les bronches. — An:l6ï}. — Aujouoi'a. — "eVaéooooî.
— 'ET:î7r>.oov. — ZiJpjjiTi;, fermentation, zxjmose (maladies zymotiques). — 'II/raTtx.ôç, celui fjtii souffre du foie. — (-)pô|:x6o?, thrombus. — "]/.-cpoç. — Kûaa, zwpaT&ç, assoupissement. — Karâppouç. — A«/3uy^. — AciTroOuutfl. — Ta W/tlt. — Nîçptri;, maladie qu'Ilippocrate définit : une inflammation des reins, avec beaucoup de douleurs, (/uelquefois même de la dysurie et des sédiments fibreux ou sableux, accompagnés d'un peu de sang. — OtVoyâyo;.
— llo),Ù7îouî. — Pâ/i;. — ÏTrairao;. — Irpoty^/mplot. — Tpw(/.«Ttz9;, traumatique
qui devrait s'écrire trômatique, suivant l'orllingraphe ionienne d'ilippocrate. —
ÏTro/dv^pia. — Xoïipx. — M dxi (les J)SOas). — \luoTvld-oi.
Mots tirés d'AuistOTE. 'Aa-Gaa. — BouSwv. — Upi-^yi'x, — Atâypayua. — At^oToao;. — AuffîVTîpîa. — l\I/jviy;. — O-jpn-'fip. — H'/y^v.pVJ!;, — 'lî).;/.pâviov, etc.
Mots tirés de ThÉOPHRASTE. "Ax.avOa. — 'Ax.ovitov. — 'Avia'/jy/;. — "Ajrjjo-J. — ' Xpiazo'koyjct . — 'Il/toTooTriov. — "Ipi-i- — KîvTâyo'.ov. — Ksp-ïiro;. — Kiyop'.o'j. — Ko).ozvv7V). — K-j-yoïTiTov ),tvov. — i\ravrîp-/')/ôo'!'ç, — iMï/Ov'/jto;. — IM'j^at. — Nzozto-iTCç. — N'j'/oo:tx. — '0oi'{7'jrj-j. — Ulry-fjo;. — Uok-j-6^io-J. — S/.t/),a. —
Mots tirés de DiOSCORIDE. \\.-iot.pLy.'J-j. — 'A/.ax.ia. — 'A^dïj. — 'Ay.îzvro; ^îOoc. — EùcpdoStov. — Nâoiîoi;. — SaXauàvrîoa. — Zâ.TZ'aiioo: ).î9o-. — î!x.a'^'ji'/)Vta.
' Il 1 il il^' 14
fletJtov.
Mots tirés de Rufus. — 'ETriy^'^r-rtç. — 'Effiospyt; (désigne la conjonctive). —
'Ettîtt^oov (flottant). — KapJta),Yia. — Kp-ivtov. — Muscles zpoTa^ïTai, CTOlaphite
(temporaux), et iJ.ry.Tr,Tnpz(; [masse'ters). — risotTcivaiov [péritoine). — ZTipvov. — Ts'pfrot (les cartilages tarses). — Tpryyûa. àpr-npict. — Ta ÔToyo-jr^pioc. — Xoptoîi- Sïii- — 'miy.pawi, que les Grecs de Sicile appelaient zjo-tTov.
Mots tirés de GalieN. 'Ayyzioloyia. — 'AlzTipzç. — 'Ap.êXywrt'a. — 'AixéSuvro'j ifv.p^ayov.) — 'AvEÛpuffptot. — 'AprptTt;. — 'Atçu;!*. — AtaTTo).'/;. — Sug-T'y^vi.
Mots tirés de Celse. 1" 'Aprrîvix.o'.» [auripigmentum]. — Atatrr,Ttx.vj. — 'EuTTîioix.o'ç. — 'E:âv6ï;(ji«. — 'Epu(7£7:s).«î. — 'Ec'/j/.pa.. — Kapx.tvwpta. — Mu- ^pia.'iiZ. — Tsivô(7p.o';. — 'Y^poï/oSo;. — 'î>apptaxEUTixri. — Hziryo'jpyiy.i}.
'i" Antidoton. — Cantharis. — Colhjrium. — Emplastrum. — Gangrœna.
5° Anus. — Cancer. — Cicatrix. — Fémur. — Nervus. — Pastilhis. — Pus. — Scapellum. — Sulfur. — Tibia. — Urina. — Utérus. — Varix. — Vena. — Vulva.
¥ Cataplasme (dat. plur. catapîasmatis). — Gargarizare.
On voit, dans celte dernière liste, que le médecin romain tantôt cite directement les mots grecs; tantôt transcrit en lettres latines les mots qu'il trouve chez les auteurs grecs; tantôt les traduit par des équivalents latins, quelquefois enfin, par un procédé intermédiaire, décline à la façon latine des mots grecs inusités dans sa propre langue. Ainsi se marque, entre les écoles grecques et
les écoles romaines, par des liens étroits, la continuité du langage, comme celle de la doctrine.
En général, parmi les exemples que nous venons de réunir, il importe de constater que plusieurs mots ont varié de sens dans l'antiquité même, et que la pratique moderne, ou ne leur a conservé qu'un des sens qu'ils avaient dans l'antiquité, ou leur en a donné un nouveau. Par exemple, le mot jîoJow, qui paraît signifier primitivement une tumeur, a désigné dans l'anafomie ancienne certaines glandes, comme les glandes séminales, ou d'autres corps glanduleux moins apparents dans l'organisme humain. C'est ce que l'on reconnaîtra eu comparant l'anatomie d'ilippocrate avec celle de Hufus. Le mot bubon est revenu aujourd'hui à son sens le plus général et le plus ancien, celui de tumeur, et de tumeur produite par une vialadie. Autre exemple : -zù -j-w-i« désignait les parties situées au-dessous de l'œil, tandis que nous nommons hypopion l'accumulation du pus dans la chambre antérieure de l'œil. Dans d'autres cas, le terme ancien a l'avantage d'expliquer pour nous le mot moderne. La choroïde, qu'il serait plus exact d'appeler chorioïde, la membrane moyenne de Iceil, est dans Piufus et dans Gdlien /opw£i5«;, par analogie avec le chorion (l'une des envclojjpes du fœtus).
Mais ce qu'il importe de faire ressortir tout de suite, c'est que dans tous ces mots la formation grammalicule est soumise à certaines règles ])réciscs et que les verbes, les adjcctils, les substantifs, ne dérivent pas au hasard l'un de l'autre, ne se réunissent pas non plus au hasard par des juxtapositions arbitraires. Il devrait en être de même de nos jours. Le savant qui veut ajouter de nouveaux mots à l'ancien vocabulaire devrait se conformer aux règles de la dérivation et de la composition en grec et en latin. 11 devrait ne pas oublier que les éléments qu'il emprunte à ces deux langues ne sont pas une matière brute et inorganique que nous puissions tailler à notre guise pour en faire tel ou tel instrument d'expression scientifique. Us sont une matière déjà organisée et dont il faut respecter ou modifier d'après des règles précises l'organisme primitif, alors que l'on prétend les approprier à un usage moderne. Malheureusement, sans même citer les mots tirés de la nomenclature organe -pathologique de Piorry, que de termes barbares nous aurions à exclure du langage médical contemporain! L'inconvénient qu'ils présentent est des plus sérieux à un point de vue auquel ne songent pas ceux qui les ont introduits dans le langage médical. La langue d'Hippocrate et de Galicn n'est pas, en effet, une langue absolument morte. Elle vit encore, sous sa forme savante, dans les écoles grecques de l'Orient. Qu'arrive-t-il dès lors? C'est que les médecins grecs de Constantinople, d'Athènes et de Smyrne, ne reconnaissent plus leur langue technique dans les grossiers néologismes que nous formons avec des éléments mal assemblés de ^on dictionnaire. Les comprenant avec peine, ils leur substituent des mots plus corrects, et il se trouve alors que ceux-ci ne répondent plus au sens qu'on prétendait leur donner.
Il importe donc de préciser les règles d'après lesquelles doit se diriger le néologisme scientifique.
Or, la nomenclature des sciences se compose de mots de formation grecque ou latine, et de mots de formation française. Et ces mots sont : 1" des mots simples; 2° des mots dérivés, composés o\i juxtaposés. Considérons d'abord la formation grecque ou latine : 1» Mots simples. On y distingue facilement deux classes principales suivant
ÈTYMOLOGIE. 559
que eur origine dans l'usage est populaire ou savante : ainsi la plupart des mots qui désignent les parties du corps humain nous sont venus de mots latins modifiés et ordinairement abrégés par la prononciation vulgaire :
Orteil (latin, articulus) ; — doigt (latin, dicjitus) ; — hras (latin hrachium);
— nerf (latin, nervus) ; etc.
Mots d'origine savante : Lèpre (latin, /epro, qui lui-même est d'origine grecque);
— crâne (grec, y.pà.'jL<jii) ; etc.
Quelques-uns de ces mots simples, plus récemment introduits dans la nomenclature par les naturalistes et les médecins, y ont gardé une forme assez voisine du mot dont ils sont originaires. Ainsi :
Scalpel (latin, scalpellum) ; — cicatrice {hl'in, cicatrix,Qén. cicatricis) ; — civjle (grec, yjoloi;) ; — spore (grec, mzôpoç) ; — pore (grec, nôpoi) ; — plèvre (grec, TT/îûofjv, prononcé plévron, selon l'usage des Grecs).
D'autres ont été simplement transcrits du latin ou du grec : fémur, — sacrum, — tibia, — pus, — humérus, — colon, etc.
2" Des mots simples grecs ou latins, qu'ils existent ou non en françaii^, on doit tirer les mots nouveaux, par dérivation, composition ou juxtaposition, en se conformant à l'analogie grecque ou latine. 11 faut suivre la règle suivante : Créer le mol nouveau, dérivé, composé ou juxtaposé, tel que rauraient créé les Grecs ou les Latins, et le transporter tel quel en français. Ainsi, pour le latin : soit à former un dérivé français de sébum, suif. Le latin sébum aurait pu donner un dérivé, de formation régulière, sehaceus; ce mot fictif sebaceus, iransporté en français, deviendra sébacé. Soit à former un composé signifiant culture des abeilles. Le latin aurait créé avec ajns et cultura le mot apirultura, puisqu'il dit agricultura; ce mot fictif apicuUura deviendra le français apiculture. De même pour le grec. Le grec qui, de alua, aluuroç, tire cf.iy.a.rMinç, aurait pu tirer de viùoci-j vcjoojatç : ce type vsvpwo-tç, créé régulièrement, est transporté en français sous la forme névrose. Sur le modèle de vi-ûpïTt; le grec aurait pu créer z-jTîfAziç ; celte formation est régulière : elle donnera correctement le français entérite. Avec les deux mots aïy.v., sang, et Trrûstv, cracher, le grec aurait pu former at^oTTïuo-tç; le français hémoptysie est donc un mot bien fait.
Telles sont les règles générales d'après lesquelles doivent être combinés les éléments formateurs de ces néologismes scientifiques. Entrons maintenant plus avant dans le détail, et examinons de près la dérivation, la composition et la juxtaposition.
a. Dérivation. La dérivation grecque se fait à l'aide d'un petit nombre de terminaisons dites suffixes : iv., ie; wo-eç, ose: iziç, ite, etc. En latin, les suffixes sont beaucoup plus nombreux : -ium, -aceus, -aticiis, -inus, -iolus, -iola, -ucus, -aster, -unus, -ionem, -tor, -sor, -tura, -sura, etc.
Ces terminaisons significatives sont ordinairement distinctes de la flexion casuelle, c'est-à-dire des lettres qui caractérisent les cas d'un nom, d'un adjectif. Par exemple, dans y.-tvz/ip (gén. xaurÂpo;, dat. -xaur-^pt, etc.), le radical nominal comprend la racine zau et le suffixe Tcp, sans flexion casuelle proprement dite; la flexion casuelle ne devient sensible que dans les cas dits obliques.
On voit par là combien il importe, dans les questions d'étymologie, de faire attention à la valeur des suffixes, qui est souvent aussi grande que celle du radical attributif.
b. Composition. Les observations qui précèdent nous conduisent naturelle-
ment à la deuxième classe de mots auxquels s'appliquent les règles classiques de formation, nous voulons dire les mots composés. Les mots composés se forment souvent d'un mot attributif, que précède une particule invariable, comme dans perforer [per et forare); — insecte {in et sectum, répondant au grec év-Tou.ov); — (tnaleptique (de à.-ialr,-r:-v/.Q-) ; — analyse (de àvâî.uo-i;). En général, la particule indéclinable qui commence le mot ne change pas de forme d^ns celte alliance. Quelquefois pourtant le voisinage de l'initiale du second mot fait perdre à la particule sa voyelle finale, ou même en moûifie une consonne. Ainsi, ane'vrisme ou mieux anévrysme (de «vi et de ivp-j<7urjç, élargissement); — cathéter (/«OsT/jo, de y.c-à, et d'un radical verbal i signifiant pousser, et commençant par une aspiration qui cb ange le t en 6); — symptôme (a-ou.-nwj.c/., où le v de la préposition cw est devenu p, c'està-dire une labiale, grâce anVoisinage du n, qui est une lettre du même organe). Ils se forment encore de deux mots attributifs (substantif, adjectif, verbe) combinés et plus ou moins altérés dans leurs formes d'après des règles particulières. Par exemple, carnivorus nous présente le radical de caro, carnis, chair, et celui du verbe vorare, sous deux formes, carniel voriis, qui n'existent pas séparément dans la langue. Ichthyophaçie présente le même caractère, car t/8uo et wâyo; (avec le sens de manger), pris isolément, ne sont pas des mots grecs. — L'i de carni et l'o de t/ô-jo ne sont pas désinences casuelles; ce sont à vrai dire ce que l'on appelle vulgairement des voyelles de liaison. 11 en est de même pour les deux éléments dont est composé otcooayoç, œsophage. t/îêoTouîa se compose de y),E6o, qui n'est aucun des cinq cas du substantif y^éi/, ^IsSô;, et de -o[/t«, dérivé indirectement du verbe Tépw, couper (rac. zzu. ou tou), mais qui n'existe pas isolé dans l'usage de la langue. Il en est de même pour {jSooy.iaahj;, hydrocéphale, dans lequel ni iiSoé ni x.;œa).o; ne sont par eux-mêmes des mots grecs, et pour à-jSpoywn;, androgyne.
Les exemples qui précèdent montrent nettement que la composition des mots est soumise à certaines lois, et qu'il ne suffit pas de ra[)proclier l'un de l'autre deux mots préexistant dans une langue pour en faire un composé proprement dit.
^ C'est ainsi qu'on s'est maladroitement embarrassé de la formation du mot septicémie que l'on préfère à septicohémie en rapprochant l'adjectif grec o-î77Tt/.o; du substantif a.ly.x sans tenir compte de l'aspiration dont est affectée la première syllabe du second mot. Il aurait fallu au moins écrire septichémie ou, pour éviter un mot peu euphonique, on pouvait du verbe o-âttw, corrompre, qui fait au futur (jâi|/&), tirer la forme régulière sepsihémie.
Ainsi encore les mots piézomètre et rhéomètre pèchent contre la règle de formation, car on y a fait entrer, comme premier élément, iziit.M et piw, qui sont les premières personnes d'un verbe au présent de l'indicatif. Les formes correctes feraient piésimètre et rhoomètre, parce que le mot r.iin^ signifie pression, et le mot irjo; courant, et que tous deux perdent régulièrement le o- de la désinence, quand ils entrent en composition avec yiroov.
La règle de l'altération des termes composants n'est pourtant pas absolue, du moins en ce qui touche le second des éléments composants, qu'il s'agisse de la combinaison d'une particule avec un mot attributif, ou de la combinaison de deux mots attributifs. Dans «vâ^uo-t;, le nom '/.vm; est intact. Dans poSoSvjSpo-j, laurier-rose, poSo, rose, est le seul des deux éléments qui soit altéré; ShSoo-j, arbre, ne l'est pas.
Enfin, il y a des cas où les deux éle'menls composants, même quand ils ont cliacun une valeur attributive, conservent dans le composé la forme qu'ils auraient isolément. Exemple, le mot râYzosa;, que les Anciens ont pu écrire Tvàv -/.pÉaç, contient les deux mots ttôiv [tout] et y.f.éaç [chair), mais de leur réunion en un seul composé il y avait pour les Grecs un signe certain : c'était l'unité d'accent de Trâ'/xpeaç. — Muoo-wrt; (mot à moi petite oreille de rat) devient un composé par le rapprochement de ^j-voç (génitif de f^iû;, rat), qui perd son accent, avec &jTt?, qui g.irde le sien.
Ces sortes de mots sont d'iis juxtaposéx.
c. Juxtaposition. La juxtaposition est un procédé usuel en grec et en lalin, c'est-à-dire que la prononciation dans ces deux langues réunit deux mots qui semblent n'en former qu'un seul, tant les idées qu'ils expriment sont naturellement unies par la pensée. Cette union même est marquée dans les exeni[»les qui précèdent par un rapport syntaxique entre les deux éléments du composé. Aussi les composés de ce genre sont-ils spécialement appelés par les grammairiens des composés syntaxiques. Cette observation suffit pour condamner au point de vue étymologique des mots tels que lypémanie, qui présente rapprochés, mais sans aucun rapport de syntaxe, les deux mois grecs 'kv-K-n, douleur, et y.a-jîa, folie. Jamais un Grec n'aurait cru f;u're un composé par ce simple rapprochement. 11 aurait dit, par composition l^JKouy.via, Ijjponianie, ou par juxtaposition A-jr:f,Tuo.-jiy., lijpcamanie. Ou plutôt, pour expliquer la disposition à la mélancolie, il aurait iiréféré la locution f/«vf/.v;i;t; ou même le mot '^t),o),urroi;, qui n'est pas sans exemple dans les auteurs et qui exprime la disposition au chagrin, à la tristesse, à la mélancolie. 11 en aurait tiré le substantif o!)i),o>,y7ri<z. El pliilo- Ijipiene vaudrait-il pas, dans nos livres de médecine, le barbarisme lypémanieY
Le plus grand nombre de nos mots composés nous viennent tout faits de la langue grecque, et presque toujours, quand ils sont d'un usage populaire, par l'intermédiaire du latin. Ainsi, chirurgie (mot à mot opération manuelle) n'est que le grec yjipovpyLrj!., hilinisé presque sans changement en chirurgia. — norîâypa (goutte) nous est venu par l'intermédiaire du latin poilagra, en changeant un peu de sens sous sa forme française podagre, où il désigne le malade plutôt que la maladie. Syncope, employé par les vétérinaires latins pour fZf/Va7lance, a gardé chez nous la même forme avec le même sens. Ou bien ils sont formés, avec des éléments grecs, sur le modèle de la composition grecque. Moins nombreux sont les mots latins. En tout cas, ces mots, empruntés à la langue grecque ou à la langue latine, se recommandent à priori par deux raisons : parce qu'ils continuent, pour ainsi dire, dans la science moderne, la tradition des écoles antiques, et parce que, le grec et le latin faisant partie de toute bonne éducnlion classique dans les écoles modernes, les mois tirés de ces deux langues sont de facile intelligence pour tout savant naturaliste, physicien, physiologiste, etc., à quelque nation qu'il appartienne.
A côté de cette formation savante, grecque et latine, se place la formation populaire qui tire des mots français existant antérieurement de nouveaux mots français, soit par dérivation, soit par juxtaposition, soit par composition.
Quelques exemples suffiront :
a. Dérivation. Tels sont les mots formés à l'aide des suffixes iste, ier, al, ine, eur, etc. : drogue, drngu-iste; dent, dent-iste, dent-ier; spectre, spectr-al; ergot, ergot-ine; rouge, rougeur, etc.
Parmi ces suffixes, la terminaison eu if^r forme beaucoup de dérivés d'une brièveté très-commode, et avec les divers sens qu'elle comporte elle est devenue d'un usage fréquent dans notre langue. — Ainsi : drogiiier, boîte à renfermer •des drogues, se distingue utilement de droguiste, marchand de drogues. De même dentier et dentiste. — Le pommier, le poirier, le dattier, sont des arbres qui « produisent » des pommes, des poires, etc. — V échassier esl l'oiseau qui a les jambes longues comme des échasses. — Le colombier est le b.îtinient où nichent les colombes. — L'infirmier est celui qui soigne les malades (les infirmes) ; etc.
b. Juxtaposition. Tels sont : gros-bec, ronge-gorge, dent-de-lion, piedd'alouclle, œil-de-chat, et quantité d'autres employés dans la nomenclature popubiiie des arts et métiers ou des sciences naturelles.
c. Composition. Tels sont : sang-dragon, arrête-bœuf, abaisse-langue, arant-bras, etc. La compnsiliou fournit également un nombre très-considérable de noms à la langue technique ou scientifique du peuple.
Le iVan<;ais, en effet, s'accoiiunodo fort bien et beaucoup plus qu'on ne le croit de la composition et de la juxtaposition, comme dans abaisse-langue, qui vaut beaucoup mieux que glosso-catoche ['/}M<jr7(i-v.6.xoyo;) , composé vraiment rébarbatif pour une oreille française; ou encore dans arrête-bœuf, brise-pierre, caille-lait, cure-dent, dompte-venin, serre-nœud, etc., mots où l'on remarquera que la première partie est toujours un verbe actif, et la seconde lo complément de ce verbe, ordre qui est le contraire de l'ordre généralement suivi dans les composés grecs ou latins de cette classe. Quelquefois aussi la juxtaposition ou la composition réunit un adjectif et le nom substantif qu'il détermine, connue dans blanc-manger, bas-centre, sage-femme, millepieds, mille - pertuis , etc. A plus forte raison, une préposition ou un adverbe peuvent s'unir étroitement en une seule expression, très-claire dans sa brièveté. Tels sont les mots avant-bouche, arrière-bouche, contre-coup, contrepoison, etc.
Tels sont les divers procédés de formation que peut mettre en usage la nomenclature scientifique. Quelles sont les règles pratiques qui en doivent diriger l'emploi? Nous allons essayer, dans cette conclusion, de résumer ces règles qui pourront servir aux médecins désireux de n'introduire dans le langage scientifique que des mots corrects :
1. Préférer autant que possible la périphrase française, le composé ou le dérivé français, à tout néologisme emprunté aux langues étrangères, surtout quand le néologisme constituerait un polysyllabe trop long à prononcer. Si les mots suivants : biologie, deœitologie, hémoptysie, histologie, névrcdgie, nosologie, nostalgie, odontalgie, ostéologie, sont d'une heureuse précision, il n'en est pas de même de : acyanoblepsie , hydrorrachiocentèse , liydrorrachiopathie, etc.
Le français se prête assurément moins que le grec, mais autant et plus que le latin, à la création des mots composés, et il peut être utile dans bien des cas. A la place de hrachycéphales, dolichocéphales, malacoptérygiens, ornithorhinques, cynocéphales, apodes, branchiosliges, etc., n'eût-il pas mieux valu dire, les cour tes- têtes, les longues-têtes, les nageoires-molles, les becsd'oiseau, les têtes-de-chiens, \qs sans-pieds, les couvre-branchies, etc.?
Quelquefois pourtant le mot grec a été utile pour marquer une nuance que
Je mot français n'exprimait pas. L'indigestion est un accident passager; Yapepsie, comme Valhrepsie et la dyspepxie, sont des étals morbides, plus ou moins chroniques, distincts l'un de Tautrc.
II. Dans le cas où la langue française ne peut pas nous suffire, préférer les composés ou dérivés de mots latins, surtout de mots qui nous sont familiers, par leur ressemblance avec des mots français. Exemples :
Ambidextre, — binoculaire, — jjiscicullure, — apiculture, — arboriculture. — Vivisection, est un mot de formation latine, très-régulier et que recommande son analogie avec dissection, intersection, résection. Il serait inutile de lui cherclicr un équivalent grec.
Insecticide vaut mieux que ne vaudrait entomoctone. Il est fâcheux que le mot entomologie ait pour premier élément evTop.oy, qui n'a pas pénétré dans l'usage, où insectnm, insecte, est consacré. Atome [cîtouo^)) et anatomie (dérivé de âva- TOf/.Â) auraient pu servir à protéger leur congénère Eiirouov. A propos des mots terminés eu cide, remarquons que le mot suicide, introduit dans notre langue vers le milieu du dix-ituilième siècle, par analogie avec les mots homicide et parricide, devrait être uniquement employé pour exprimer, soit la mort volontaire, soit celui ou celle qui se donne volontairement la mort. On en a lire bien à tort le verbe suicider, qui, avec le pronom réfléchi se, a donné le pléonasme se suicider. Les médecins experts devraient s'abstenir d'un tel barbarisme. La langue classique disait autrefois et pourrait encore dire « se tuer » ou « se donner la mort », plus anciennement « se défaire » ; pour suicide, elle employait aussi la périphrase de « meurtre » ou « meurtrier de soi-même )).
Émétique fait double emploi avec vomitif, si ce n'est qu'il a pris, dans l'usage de formuler, un sens plus spécial que son synonyme latin. En sens inverse, phlébotomie exprime une idée plus générale que saignée, mais il est difficile de distinguer entre antidote et contre-poison. Parmi les composés purement latins, acupuncture, acupressure et aréfaction, ont l'inconvénient que leur premier élément [acus, aiguille, et ar, qui n'est que le radical du mot aride) est peu familier à nos oreilles.
Albuminurie est convenable, quoique le second élément de ce mol ait une forme grecque, parce que celte forme urie rappelle le mot correspondant eu latin, urina, devenu le mot français urine.
m. Soit que Von recoure à des néologismes latins ou à des néologismes grecs, s'assurer avant tout si on ne trouvera pas déjà en usage chez les Anciens le mot dont on a besoin : en ce cas, la création d'un mot nouveau devient inutile, dût-on même donner au mot ancien une signification un pea détournée, pour l'appropriera l'idée moderne. C'est ainsi que déjà ou a fait pour le mot autopsie («JToj^to:), primitivement observation directe, aujourd'hui expertise aiiatomique sur un cadavre. Le mot glotte, qui était chez les Grecs le nom de la langue, désigne aujourd'hui l'espace compris entre les cordes vocales. Cela, du reste, est d'autant plus singulier, que le mot ylryjTtx, sous sa forme v^ijo-ira, conserve le sens antique dans ses composés modernes, tels que lujoglosse [muscle), hypo-glosse {nerf), glosso-pharyngien [nerf), etc. — 'ETn-îî/iai; paraît avoir eu, chez les médecins grecs, deux ou trois sens différents, et l'anatomie moderne a pu s'arrêter justement au sens consacré en français par le mot épiderme. Asphyxie, en français, n'a pas exactement le sens de ào-y-j'çta, cessation du pouls. OEdème, qui ne signifie que gonflement, s'emploie aujourd'hui dans un sens plus déterminé que l'étymologie ne l'indique. Le substantif alo-ô/jcrtç, qui
signifie en grec senmtion, avait fourni chez les Anciens le dérivé ù'j'it(TBn(rix {avec un sens plus moral que pliysique), aneathésie, d'où les modernes ont tiré aneslhésier, pour des opérations auxquelles ne paraissent pas répondre les mots stupéfier et stupéfiant, qui sont d'origine latine. Les mots d'origine grecque sont ici d'une correction satisfaisante.
IV. Eviter mitant que possible le mélange des éléments grecs avec les éléments latins ou français.
Tout d'abord, le mot latin-grec terminologie était bien inutile, qunnd nous avions déjà le mot purement latin nomenclature ou la périphrase « vocabulaire spécial ». — Lactophage associe liial la forme latine du mot qui signifie lait avec la finale phage, qui est purement grecque. Si l'on ne se contente pas du mot lactivore, il faudrait au moins mettre à sa place le composé tout grec galactophage. De même, galactomètre et galactoscope valent mieux que lactomètre et lactuscope. 11 faut avouer pourtant que le mot mètre, comme synonyme (le mesure, nous est devenu si familier pai' un usage séculaire, qu'il s'accommode facilement d'une alliance avec un mot latin, comme dans pluviomètre, densimètre, d'où laclodensimètre et calorimètre. La même raison peut servir dexcusc à des mots comme coxalgie et ovariolomie, dont le premier élément est latin et le second est grec; à hydrofuge, dont le premier élément est grec et le second latin. Mais autoclave est déjà moins facile à justifier: dextrogyre l'est moins encore. Monocle s'est formé, par une analogie facile à saisir avec binocle. C'est ainsi encore que anormal, com|)Osé de l'a privatif grec et de l'adjectif normal, qui vient du latin norma, s'est fait admettre dans l'usage, quoiqu'il eût mieux valu dire anomal (en grec àvrJiuoàoç, irrégulier), puisque le substantif correspondant est anomalie {ù-joiuotlia., irrégularité).
Nous voyons aussi avec regret s'introduire dans la science les adjectifs soushrachycéphale et sous-dolichocéphale, où la préposition française précède deux mots grecs, car il était plus simple de la remplacer ici par la préposition grecque hypo, qui nous est devenue si familière, grâce à son fréquent emploi dans la nomenclature chimique.
Le radical grec ehî du mot ûSoç, forme, figure dans une foule de composés, comme o-'^aipoîiJvj?, sphéroïde; — y.M-joîiSiii, conoide ; — (^Jt-oei^àî, deltoïde [triangulaire); — y.v/.loEiSn;, cycloïde, etc.
Ce radical attributil', désignant la ressemblance, est devenu si lamilier à l'oreille des savants, qu'il n'a plus guère aujourd'hui d'autre valeur que celle d'un suffixe, et que nous le rattachons facilement, soit à des radicaux grecs, qui n'avaient pas pris en grec cette terminaison, comme adénoïde, métcdloïde, typhoïde, soit à des radicaux latins, comme dans ovoïde, varioloïde, etc.
V. Dans les composés doubles, dont le premier élément n'est pas une simple particule, observer la règle, qui est générale en grec et en latin, de placer le déterminant avant le déterminé :
Gonorrhée, — ménorrhée, — hlennorrhée, — anthropomorphe, — polymorphe, — herpétologie, — embryologie, — histologie, — physiologie, — névralgie, — gastralgie, — nostalgie, etc.
On remarquera, en effet, que dans ces divers composés l'idée exprimée par le second élément est la plus générale, et qu'elle se trouve déterminée par le premier élément. On a vu plus haut que, dans les locutions françaises qui se forment par juxtaposition, c'est, au contraire, Vêlement déterminant qui suit l'élément déterminé.
ÉiYMOLOGIE. 565
VI. Le mol qui est placé le premier, en vertu de la règle précédente, doit avoir la forme i[ue l'on appelle le radical ou le thème, non pas la forme complète, ou déclinée et conjuguée : ainsi embryologie, et non pas embrgonlogie. (In n'a pris que le thème du premier mot pour le faire entrer dans la combinaison. De même, on ne dit pas herpéton-logie, mais hcrpétologie. Dans cosmologie, ou ne dit pas cosmoslogie ni comionlogie .
Observez avec soin un fait grammatical : c'est que la voyelle qui relie le premier éle'ment composant au second élément n'indique pas une flexion casuelle cl que, par conséquent, il ne faut pas, dans les composés modernes, mettre au génitif, sous prétexte de clarté plus grande, le premier élément du composé. Exemples : Dans agricola, Vi est bref : agri n'est donc pas le génitif Aq ager. Dans sylvicola, sylvi n'est pas le génitif de sylva, qui serait sylne. Par conséquent, dans la nomenclature botanique, il ne faut pas écrire rosœfloi'us, comme déterminatif du genre hibiscus, mais bien rosiflorus. De même, leontophyllnm est un vrai compo?.é, tandis que ).ïovto;-^ijV>,ov ne serait qu'un juxtaposé.
Vil. Un genre de composés forcément bybrides et de dérivés toujours un peu barbares, ce sont les mots qui consacrent soit Vorigine géographique d'une substance ou d'un produit, soit le nom d'un inventeur.
Par exemple, coq d'Inde et poule d'Inde ont formé dinde et dindon. — Quinquina, dans l'Amérique centrale, son pays d'origine, s'appelait china-china {racine) qui se prononçait quina-quina, d'où l'on a dérivé quinine. Le nom du tabac appartient également aux origines géograpbiques. Les Espagnols l'appelèrent tahogo, équivalent du nom indien de cette plante; et, bien que le tabac ait été importé en Europe, pour la première fois, par un Français, son nom américain a servi à le baptiser dans toutes les langues modernes; seulement, les chimistes ont appelé nicotine, en mémoire de IS'icot, introducteur du tabac, la substance vénéneuse qvie l'on extrait des feuilles de ce végétal.
Quant aux noms de substances ou de produits dérivés de ceux de leurs inventeurs, la botani({ue a surtout multiplié ces sortes d'appellations, pour consacrer la mémoire des voyageurs qui ont découvert quelques plantes nouvelles et des horticulteurs qui ont perfectionné certaines variétés de plantes déjà connues. La nomenclature botanique a besoin d'un si grand nombre de mots, que les abus même de celle méthode sont pardonnables. Les autres sciences naturelles suivent de loin cet exemple. La physique moderne a composé de même les termes voltdique (pile), galvanisme, galvanoplastie, daguerréotype, etc., au grand profit de sa propagande universelle.
Vlll. Beaucoup des règles et des observations qui précèdent touchent, comme on a pu le voir, à de simples questions d'orthographe, parce que l'orthographe elle-même est en rapport avec l'élymologie.
Les mots de formation populaire sont, en général, écrits d'une façon qu'on pourrait dire plus économique que les mots de formation savante, et l'usage n'y a Tuère maintenu que les lettres nécessaires. Au contraire, les mots de formation savante, étant plus ou moins calqués sur des mots grecs ou latins, conservent d'ordinaire, dans l'écriture, des lettres étymologiques peu utiles ou même nuisibles aujourd'hui à leur juste prononciation. Dès le seizième siècle, les mots populaires eux-mêmes ont été souvent amenés par le pédantisme des écrivains lettrés à une forme plus étymologique, et par cela même moins simple. C'est, par exemple, ce que les médecins peuvent observer dans les impressions origi-
iiales des livres d'Ambroise Paré. Entre les deux méthodes, celle de l'orthographe popuhiire et celle de l'orthographe savante, quelques nations modernes, comme les Italiens et les Espagnols, ont pris résolument parti pour la première. Nos grammairiens et nos lexicographes ont toujours hésité entre les deux méthodes, et l'Académie française elle-même n'a pas départagé les théoriciens qu'elle devait dominer par son autorité.
La nomenclature scientifique n'a pu manquer de souffrir d'une telle indécision. Elle offre aujourd'hui bien des inconséquences souvent irrépanihlos. Il faut avouer toutefois que, si l'étymologie ne doit pas être tyrannique dans l'orthographe des écrits purement littéraires, elle a le droit de se maintenir plus exactement dans les mots d'origine ancienne, surtout d'origine grecque ou latine, dont elle aide mieux à reconnaître le sens j)rimilif. Qiiclipies nouveaux exemples nous forent mieux comprendre.
Anémie et hyperémie seraient mieux écrits anhémie et hyperhémie, puisque les autres dérivés du grec alaa, conmie hématose, conservent Yh en souvenir de l'aspiration initiale du primitif. De même, il est fâcheux que pro7iostic et pronostiquer s'écrivent sans le g étymologique, qui s'est maintenu dans diagnostic et diagnostiquer.
Si l'on conserve deux h dans ophthalmie, on devrait les conserver dans phthisie\ où l'Académie française a cru devoir supprimer la seconde. Il faut avouer pourtant que l'usage a consacré chez nous des simplifications d'orthographe contraires à l'étymologie, et sur lesquelles il est impossible aujourd'hui de revenir: fantôme, fantaisie, flegme et flegmatique, ont été longtemps écrits comme on écrit encore aujourd'hui phlegmon par un ph équivalent du y grec dans la syllabe initiale de yavrao-^asa, ya-/ra<7îa et cpXsy^i/a. De même, chimie a perdu Vy=zu de sa première syllabe, qui en caractérisait l'étymologie. Sciaiique nous vient, par trois altérations, du grec iu/^rx^i/A-j, dont les Latins avaient fait déjà sciaticum. Là encore, il y a prescription, et il faut se résigner à rorlhographe consacrée par une longue pratique. Le radical yolii, bile, commençant par un y^ = ch, des dérivés colique, mélancolie et mélancolique, devraient conserver Vh après le c. A l'encontre de ces derniers exemples, le mot achaine, (pie l'on écrivait autrefois akène, a repris une forme cpii le rattache mieux à son étymologie véritable, qui est l'adjectif à;,^avv3;, dérivé de l'a privatif et du radical verbal contenu dans p^aîvw. L'usage hésite plus souvent encore dans la transcription du z grec en français. Comme le c devant une voyelle ouverte donne exactement le même son que le k, on a tour à tour écrit akanthopelvis et acanthacées. Mais il n'y avait aucune raison de transcrire par un ch dans anchylostome le ■/. qui termine la racine de l'adjectif à^zu^wo-i;, qui a donné le dérivé â'/zuXo;, d'où le français ankylose.
Je crois en avoir dit assez pour faire comprendre tout à la fois et les difficultés que l'on éprouve alors qu'il s'agit de former correctement des mots nouveaux et la nécessité qui s'impose de ne pas s'écarter des règles étymologiques tracées ci-dessus. Il me suffira donc de reproduire ici ce que j'écrivais il y a trois ans dans la préface du Dictionnaire usuel des sciences médicales : « De tout ce qui précède nous nous permettrons de tirer pour nos confrères un conseil de simple prudence et qui importe à l'avenir d'une science destinée à s'enrichir chaque jour de termes nouveaux comme elle s'enrichit d'idées nouvelles. Quand
* Voy. à ce sujet noire article publié dans la Gazelle hebdomadaire, ISIS, p. 609.
EUCALYPTUS (botanique). 3G7
il s'agit de iiéologismes vraiment utiles, le naturaliste, le physicien, le cliiniiste, le médecin, feraient bien d'étudier dans quelque manuel les principes de la formation des mots ou mieux encore de consulter quelque grammairien versé dans l'étude comparative des langues. » L. Lereboullet.
EUCAL\I\IE. C^[li20''4-2aq. Matière sucrée analogue à la sorbine, obtenue par M. Bertlielot dans l'action de la levure de bière sur la mélitose. C'est une substance sirupeuse, dextrogyre («= + 65 degrés) ; à HO degrés elle se colore et à 200 degrés elle se change en une matière noire insoluble.
L'eucalyne réduit le tartrate c-upro-potassique et est alléiée par les solutions alcalines, mais elle n'est pas susceptible de fermenter avec la levure, même si on l'a préalablement soumise à l'ébullition avec un acide étendu. L. Un.
EUCALYPTÈIVE ET EUCALfPTOL. Voij. Eucalyptus [Thérapeutique).
EUCALIPTIS (Xhéu.). § I. Botaniffue. Genre de Myrlacées-Leptospermées (Xérocarpées), dont les fleurs sont hermaphrodites elle plus souvent 4-mères, Irès-analogues à celles des Melaleuca, avec un réceptacle concave, campanule ou turbiné. Leur calice est continu avec le bord du réceptacle, sur lequel il s'insère, conique ou coiut, tronqué, ou 4-denté. Les pétales, insérés avec le calice, sont libres ou unis en une sorte de coiffe herbacée ou coriace qui, à l'époque de l'anthèse, se détache circulairement par sa base. Les étamines sont très-nombreuses, et l'ovaire infère, à 2-4 loges mulliovulées, est surmonté d'une sorte de cupule glanduleuse qui sécrète un abondant nectare sucré et supporte un slyle indivis à sommet sligniatifère mou ou à peine renflé. Le fruit, sec, capsulaire, loculicide, enchâssé dans le réceptacle, s'ouvre au sommet seulement. Les graines, en nombre indéfini, dimorphes, en partie stériles, sont souvent linéaires, cunéiformes ou anguleuses, et leur embryon dépourvu d'albumen a les cotylédons plans ou compliqués. Ce sont des arbres dont toutes les parties sont odorantes et glanduleuses-poncluées. Leurs feuilles sont opposéesou alternes, et cela souvent sur une même plante, fréquemment dimorphes, entières, coriaces; leur plan dirigé horizontalement ou se rapprochant plus ou moins de la direction verticale. Leurs fleurs, blanches, jaunâtres ou parfois rougeàtres, sont axillaires, solitaires ou plus souvent disposées en cymes pédonculées, ombelUformes ou capitulilbrmes. Leurs fruits s'unissent quelquefois en une masse comme il arrive dans la section qu'on a nommée Symphyoviyrtus. Les Eucalyptus habitent surtout l'Australie, y compris Yan-Diémen, et exceptionnellement rarchipel Indien. Des cent espèces environ admises dans ce genre, deux ont été préconisées comme médicaments dans ces dernières années : ce sont les E. Gtobulus et amygdalina.
UE. gbbulus Labill. est un arbre qui peut atteindre 70 mètres de haut, à écorse hbreuse et se détachant plus ou moins de façon à laisser sur le tronc une suriacc lisse. Les feuilles des jeunes individus sont opposées, sessiles, cordées à leur base, qui embrasse plus ou moins étroitement les rameaux quadran^ulaires. Leur face supérieure est d'un vert pâle, avec la côte blanche et les nervures réticulées, teintées en vert plus foncé. Leur face inférieure est, comme celle des rameaux, toute chargée d'une Heur blanchâtre et glauque, d'où est venu à l'arbre le nom de Gommier bleu de Tasmanie {Blue Gum). Les feuilles des arbres adultes sont en majeure partie lancéolées ou ovales-Jancéo-
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lées, acuminécs, iiilcifornies, coriaces, à plan se rapprochant plus ou moins de la verticale, à veines très-visibles, anastomosées, obliquement dirigées. Les Heurs sont grandes et d'un blanc jaunâtre, axillaires, solitaires ou en cymes 2,0-llorcs, sessiles sur les branches ou portées par un pédoncule commun à peine plus long qu'épais. Le réceptacle est turbiné, épais, ligneux, cliargé de glandes, plus ou moins ridé ou rugueux, couvert d'une fleur cireuse. Les quatre dents calicinales sont parfois variables de longueur. Le fruit est irrégulièrement obpyramidal, à sommet hémisphérique proéminent un peu au-dessus du réceptacle pourvu de côtes longitudinales presque équidistantes. La déhiscence se fait en haut suivant des valves courtes et épaisses (dimensions : 10-35 centimètres de long, sur G-8 centimètres de large ; fleur : 5,4 centimètres de long, sur 4,5 centimètres de large; fruit : 2 centimètres i/'2 de long, sur 5,3 centimètres l/'i de large). Ce bel arbre habite le sud de la Tasmanie et la province de Victoria, où i! cioît dans les vallées et sur les pentes humides des montagnes boisées. 11 est cultivé depuis près d'un siècle en Europe, mais il existait à peu près inaperçu dans nos orangeries et nos serres froides, ne poussant en pleine terre dans la région mcililerranéenne que là où croissent les orangers dans les mêmes conditions. Giàce à l'initiative première de P. Ilamel et aux efforts de ses imitateuis, il a été planté dans un grand nombre de pays des deux mondes, notamment en Italie, en Forlugal, en Algérie et jusque dans l'Amérique du Sud extra-tropicale. On n'emploie guère en médecine que ses feuilles, et elles doivent leurs propriétés à l'essence dont sont gorgés les réservoirs puncliformes dont elles sont chargées. Ce sont des glandes internes qui se trouvent çà et là disséminées parmi les autres phylocystes, mais qui sont plus abondantes en L^énéral là où finissent les éléments en palissade et parmi les phytocytes irréguliers de la zone inférieure. Ces feuilles peuvent aussi présenter, au niveau des nervures, des amas très- réguliers d'éléments subéreux, teintés en brun (de LANESSA.^•). On doit préférer pour l'usage médical les feuilles épaisses et falciformes, quoique celles des individus jeunes soient aussi fort bonnes. L'essence, la poudre, l'extrait alcoolique et leau dislillce des feuilles servent aujourd'hui à une foule d'usages thérapeutiques. VE. Globulasne renferme pas d'alcaloïdes comparables à ceux du quinquina, et cependant l'on possède un grand nombre d'observations de fièvres paludéennes coupées par son essence ou par ses feuilles. Les feuilles se fument à la façon du tabac. Employées topiquement, elles constituent un excellent pansement antiseptique (Gimuert). La plus précieuse des qualités de l'arbre est relative à l'assainissement des localités basses et marécageuses. Là où il a été planté avec abondance, les fièvres d'accès, qui décimaient les populations, ont totalement ou en grande partie disparu. La végétation rapide et puissante de la plante paraît être, a-t-on dit, un moyen sur de puiser dans le sol, avec les liquides qui passent dans l'atmosphère, les miasmes qui demeuraient accamulés à la surface des eaux stagnantes, dans leur profondeur et dans les vases sous-jacentes, et, d'autre part, les exhalations aromatiques des feuilles iraient jusque dans l'atmosphère combattre les effluves qui se dégagent des eaux stagnantes. C'est ce qu'avait du moins pensé P. Piarael, qui fut le propagateur en France et en Algérie de 1'^. Globulus, qui consacra sa fortune et une grande partie de sa vie à l'étude de cette question, et qui, dépouillé par les uns du mérite de ses travaux, calomnié par d'autres qui abusèrent de leur haute situation scientifique pour contester effrontément la valeur de ses observations, est mort récemment dans la pauvreté et l'oubli, sans se
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douter qu'un jour peut-tHre une statue lui serait élevée au milieu de bois d'Eucalyptus verdoyants, sur les plaines marécageuses où régnait jusqu'ici sans partage la malaria.
L'£. annjgdalina Labill. [E. longlfolia Lindl. — E. Lindleyana DC, E. tenuiramis Miq.) est une espèce qui atteint aussi de grandes dimensions. Ses feuilles sont linéaires ou largement lancéolées, ou falcii'ormes, plus épaisses quand elles sont larges, sinon mince-, à veines peu nombreuses, obliques, peu visibles. Les Heurs sont disposées en petit nombre (4-8) sur des pédoncules axillaires ou latéraux, arrondis. Elles sont petites, claviformes dans le boulon, avec un opercule bémisphérique obtus ou à peine apiculé, d'un blanc un peu jaunâtre, dit-on, et fort odorantes. Le fruit est sultglobuleux, tronqué, et présente de nombreuses variations dans sa forme. Cette espèce croît en Australie, dans la Nouvelle-Galles du sud, à Victoria et en Tasmanie, oii elle porte le.s noms de Pepevmint-tree et de Wliite Guiii. Elle est encore peu cultivée, relativement à l'espèce précédente, mais l'arbre devient très-beau sur les lacs Je l'Italie supérieure. Il est très-odorant, riche en huile essentielle, d'une odeur agréable, et possède toutes les propriétés, pour l'usage médical interne et externe, de YE. Globulus, mais on lui a parfois donné la préférence pour le pansement des plaies et les qualités fébrifuges (l\ Tuoubetsivoy), On a fabriqué des liqueurs digeslives et stimulantes avec les Eucalyptus que nous venons d'étudier.
Beaucoup d'espèces sont utiles à divers titres : les unes pour leur bois, comme ÏE. colossea, qui atteint -400 ou 500 pieds de haut, les E. calophylla, cornuta, coi'iacea, leucorylon, odorata, albens, rostrata, sideroxylon ; VE. niarginata, dont le bois est comme injecté de carbonate de chaux. L'E. reainifera donne une sorte de Kino ou Manne australienne. De même les E. mannlfera et dutnosa. Une sorte de gomme est produite par les E. Gunnii, obliqua, robusta, piperita et gigantea.
M. Ferd. v. Mueller vient de donner, sous le titre à" Encalyptographia, le plus bel ouvrage que l'on connaisse sur ce genre si intéressant. ÎNous n'avons pas à parler ici des prétendues recherches de ceux qui se bornent à copier ses travaux. H. B>.
Bibliographie. — Liikr., Sert, anglic, 18. — Lamk, lllustr., t. 422. — Poin., Bid. eue, Suppl., II, 590. — Spach, Suit, à Buffon, lY, 126. — DC, Prodr., 111, 216. — Méu. et de L., Dicl. Mat. méd., III, 175. — G^ektn., Fruc/., l, t. 5, lig. 1. — Ladii.l., PI. Nuvv.-Holl., t. 450-154; Voy., t. 15, 20. — Guib., Drog. sitiipL, éd. 7, II, 585; III, 278, 432. — Endl., Gen.,n. 0500. — Miq., FI. ind. bal., 1, 398. — Brnth., FI. austral, III, 175. — Benth. et HooK. F., Gen. pi., I, 707. — Bentl. et Trim., Med. pi. — Rosenth., Syn. pi. diaplior., 921. — H. Bn, in Payer Fam. nat-, ÔCB; Bist. des pi., YI, 517, 554, fig. 299-305; Tr. bot. méd. plianér., 1009; Dlct. de Bot., II, 561. II. Bn.
2 II. Matière médicale et thérapeutique de l'Eucalyptus globuluis.
On emploie en thérapeutique presque exclusivement les feuilles de ce végital précieux. Nous n'avons pas à revenir sur la description qui en a été donnée précédemment, si ce n'est pour dire que les feuilles opposées et les feuilles alternes, quoique absolument dissemblables par la forme, sont utilisées indifiéremment pour l'usage thérapeutique. Elles renferment une essence et une résine; nous allons nous occuper de ces deux principes actifs, dans lesquels résident toutes les vertus médicamenteuses de la drogue :
1° Essence. L'Eucalyptus globulus répand naturellement des émanations fortement odoriférantes qui avertissent de sa présence souvent à de grandes dis-
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tances ; elles sont dues à cette huile essentielle qui est localisée dans des cryptes vésiculeuses propres au mésopliylle foliaire, à l'écorce et aux parties florales. Un la retire liabiluellenient des feuilles. On la prépare par simple distillation. Elle est liquide et légèrement colorée eu vert, d'une odeur pénétrante, aromatique, qui tient à la fois du camphre, des feuilles de laurier {Laurus nobilis) et de l'essence de menthe poivrée. Elle bout à 175 degrés et la température reste trois fois stationnaire pendant son ébuUition (à 175, 190 et 200 degrés), durant laquelle elle se décompose en trois produits qui distillent successivement.
L'essence d'eucalyptus soumise à la distillation par Cloëz, lui a fourni ces trois produits : le premier distillant 175 degrés ; le deuxième, 188 à 190 degrés; le troisième, 200 degrés.
Il s'est occupé principalement du premier et voici dans quels termes :
« EucalypluL Le liquide distillé en premier lieu entre 170 et 180 degrés n'est pas un produit chimiquement pur ; il est nécessaire pour le purifier de le mettre en contact d'abord avec la potasse en morceaux, puis avec du chlorure de calcium fondu. En le distillant de nouveau on obtient un liquide très-fluide, incolore, bouillant régulièrement à 175 degrés.
« Ce produit peut être considéré comme un principe immédiat pur, distinct par ses propriétés et par sa composition des espèces chimiques connues. Je le désigne sous le nom à'eucalyptol. C'est un liquide plus léger que l'eau. Sa densité à 8 degrés est égale à 0'',705. Il dévie à droite le plan de polarisation de la lumière. Sou pouvoir rotatoire moléculaire est -+- 10'', -i2 pour une longueur de 100 millimètres.
« Veucalyplol reste liquide après une exposition de trois heures à un froid de 1 8 degrés, obtenu par un mélange réfrigérant de sel et de neige. Aspiré par !a bouche à l'état de vapeurs eu mélange avec l'air, ïeucalijptol a une saveur froide, agréable ; on la déjà employé en thérapeutique sous cette forme. 11 est peu soluble dans l'eau, mais il se dissout complètement dans l'alcool ; cette solution très-diluée possède une odeur analogue à celle de la rose. La composition de Veucalyplol est représentée par la formule C-'*il-'^0% déduite de l'analyse concordante de divers échantillons.))
M. Cloëz a reconnu, en outre, que Veucalyplol est attaqué lentement par Tacide azotique ordinaire et que parmi les produits de la réaction se trouve un acide cristallisable, non azoté, analogue à l'acide camphorique. Par l'action de l'acide phosphorique anhydre sur Veucalyplol le même chimiste a obtenu un hydrogène carboné différant de Veucalyplol par deux équivalents d'eau, auquel il a donné le nom d'eucalyptène et assigné la formule C"H'^. Il le regarde comme analogue au cymène.
Il résulte de là que, dans l'essence d'Eucalyptus, se trouvent surtout deux principes :
1» Un principe oxhydro- carboné, Veucalyplol, que l'on doit ranger dans le groupe des essences oxygénées que l'on regarde comme des alcools, c'est-à-dire du camphre de Java, du camphre de Bornéo, des essences de menthe poivrée (partie concrète), de cajepul, de semen-contra, d'absinthe et de la plupart de celles de la famille des Labiées.
2" Un prmcipe hydrocaiboné, Veucalyptène, qui, étant regardée comme analogue au cymène par M. Cloëz, doit-être placée dans le cinquième groupe des carbures d'hydrogène, c'est-à-dire dans celui des benzines (C-°H-"-^), avec la formule C^^H'^
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Propriétés chimiques. L'acide sulfurique concentré colore en rouge noirâtre l'essence de l'Eucalyptus. L'acide azotique concentré l'épaissit en la résinifiant. Nous pensons que l'essence d'Eucalyptus comme la plupart des autres huiles essentielles doit pouvoir être séparée en deux parties au moyen de mélanges réfrigérants convenables, une solide (stcaroptène), une autre liquide (oléoptène). L'efflorescence blanchâtre qui couvre les feuilles et les jeunes rameaux est probablement due au stéaroptène de l'essence.
L'essence d'Eucalyptus semble devoir être un excellent antiseptique. Des expériences faites par Gubler et Ginibert démontrent que, mélangée à l'albumine et à la fibrine, elle eu empêche la décomposition; (pi'injectée dans les veines d'un animal mort elle en retarde la putréfaction pendant très-longtemps, et enfin qu'elle empêche et arrête le développement des ferments, des miasmes et de toute sorte d'êtres d'organisation soit animale, soit végétale.
Eucalijplus [essence), ses falsifications. Parmi les préparations les plus employées qui sont fournies par les feuilles et les tiges de l'Eucalyptus, c'est l'essence, eucalyptol de Cloëz, qui joue le plus grand rôle, car c'est à elle que la plante doit, sinon toutes, du moins ses principales propriétés : elle est journellement employée comme anlifermentescible et pour empêcher la formation des moisissures dans les solutions alcaloïdiques. En présence des altérations que l'on peut faire subir dans le commerce à cette huile, il a paru intéressant à Duqucsnel de l'examiner au point de vue des principales falsillcations dont elle est susceptible de devenir l'oljjet et qui se réduisent à peu près à quatre. Cette substance peut être sophistiquée :
1» Par addition d'alcool que l'on reconnaît en agitant avec un peu de rouge d'aniline, qui se dissout d'autant plus et communique au liquide une teinte rouge d'autant plus prononcée que l'alcool prédomine davantage;
2" Par addition d'huile fixe, qui se reconnaîtra en évaporant le mélange sur un papier; l'essence pure ne laisse pas de trace;
0» Par une addition d'essence de térébenthine, qui se reconnaîtra en faisant dissoudre dans l'alcool à 75 degrés, dont l^s6 doit dissoudre 1 gramme
d'essence pure;
4° Enfin par addition d'essence de copahu, qui est incolore et presque de même densité; celte falsification se reconnaîtra par le point d'ébullition de l'essence falsifiée, lequel sera d'autant plus élevé qu'elle sera moins pure, l'essence de copahu bouillant à 260 degrés et celle de l'Eucalyptus entre 169 et
171 degrés.
2» Résine. L'écorce, les feuilles, les fruits de VEncalyptiis globulus, outre l'essence renferment une matière résineuse. Un examen succinct de ces diverses parties suffit à première vue pour en démontrer l'existence. Ainsi, en les serrant dans les mains, on les y sent adhérer, et l'on constate qu'elles y ont déposé une matière résineuse assez abondante.
M. Taillottea obtenu la résine en se servant du procédé général, qui consiste à évaporer aux trois quarts l'alcoolé de feuilles ou d'écorces et à traiter ensuite par l'eau l'alcoolé évaporé. La résine en présence de l'eau se précipite, on la recueille et on la fait sécher sur des assiettes.
Ainsi préparée elle est rougeâtre, cassante, d'une odeur affaiblie d'essence d'Eucalyptus, soluble dans l'alcool, l'éther. L'acide sulfurique la colore en rouge carmin, mais cette coloration disparaît en présence de l'eau.
Celte résine rougeâtre n'est pas pure. M. Taillotte l'a obtenue presque
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blanclie en employant le procédé recommandé par Natavielle pour la préparation de la résine de jalap. Ce procédé consiste à débarrasser par deux ou trois décoctions les feuilles ou l'ccorce de leurs matières extractives à les traiter ensuite par l'alcool à Go degrés et à agiter les liqueurs alcooliques eu y mêlant du charbon animal. On filtre ensuite, ou évapore et l'on obtient pour résidu une matière blanche qui est la résine d'Eucalyptus pure.
Les résultats d'analyses récentes tendent à conlirmer l'idée aujourd'hui généralement admise qu'il n'existe pas d'alcaloïde dans les diverses parties de l'Eucalyptus, ou du moins que son extraction exige uii mode tout particulier de prépaiation.
L'Eucalyptus, depuis quelque temps, a été employé avec succès en thérapeutique. Ses propriétés médicales sont eu grande partie attribuées à l'action physiologique de l'essence. Mais on a pensé avec juste raison qu'il ne fallait pas attribuer uniquement à cette dernière les effets de ce végétal, quoiqu'elle en soit le produit caractéristique.
L'Eucalyptus a d'ailleurs rendu de grands services dans le traitement des fièvres intermittentes, et les résultats que l'on a obtenus ne sauraient être expliques par l'acliou exclusive de Veucahjplul. C'est sans doute à la présence du tannin, de substances résineuses, amères, peut-être aussi à celle d'un principe immédiat encore inconnu, que les feuilles et l'écorce d'Eucalyptus doivent leur action particulière et différente de celle de l'essence.
Les applications médicales de l'Eucalyptus peuvent être classées en deux groupes :
i" Suivant qu'on se propose de faire agir l'essence;
2° Suivant qu'on désire mettre en cause l'action des autres principes.
Nous allons passer successivement eu revue les applications thérapeutiques des produits retirés de l'Eucalyptus et celles de ses diverses parties constituantes.
Produits relirës de rEucalypius. Ces produits sont l'essence et la résine.
I. Essence. Avant d'entrer dans les applications de l'essence, nous allons dire quelques mots de son action physiologique.
Action i'iivsiologique. Introduite dans l'économie, soit par les voies respiratoires, soit par les voies digestives, elle produit une excitation sur les muqueuses des organes. Elle agit donc comme un excitant léger.
A. A la suite de l'introduction par les voies respiratoires, il y a en effet irritation des muqueuses du larynx et des bronches, irritation dans l'arrièrebouche, hypersécrétion de la muqueuse buccale, et l'estomac lui-même est parfois excité. Aussi, d'après M. Gubler, il y a en outre de la diarrhée, de la fréquence du pouls, de la chaleur et une diminution marquée dans la tension vasculaire, en un mot, une véritable fièvre.
Les mouvements respiratoires sont, de plus, très-accélérés.
B. Lorsque l'essence est introduite par les voies digestives, il y a encore excitation des muqueuses des organes par lesquels elle passe. On remarque dans ce cas un fait particulier : c'est que les urines acquièrent une odeur de violette i|ui [)ersiste pendant vingt-quatre heures et la quantité d'urée d'après M. le docteur Gimbert augmente sensiblement. Cette odeur des urines et cette augmentation d'urée ne se produisent pas quand l'essence est absorbée par inhalation.
Action hyposthéisisante. L'essence après avoir agi comme un excitant léger est ensuite absorbée et passe dans le torrent de la circulation. Elle agit alors
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sur le système nerveux central, en tendant à en diminuer ou à en suspendre le pouvoir réilexe. Son aclion est donc hyposthe'nisante.
Voici le résultat des expériences faites par M. Girnbert sur les Mammifères [rats, lapins, chiens), les Oiseaux, les pigeons, les Batraciens, par l'injection sous- cutanée de quelques gouttes d'essence.
A. Diminution de fréquence des mouvements respiratoires après une accélération inutile.
B. Abaissement de la température ;