QUALITÉ
Eau
Gluten sec
Amidon
Glucose
Dextrine
Son resté sur le tamis. . .
Observations. — La quantité d'eau qui figure dans ce tableau est certainement trop faible, par suite du peu d'élévation de la température à laquelle la dessiccation a été opérée. D'après Millon, qui desséchait les farines à 160 degrés environ, pendant cinq à six heures, la quantité d'eau normale varie de 15 à 14 p. 100.
Variétés de farines. Ainsi qu'on peut le voir par le tableau ci-dessus, la farine est loin d'avoir une composition définie et toujours la même. Les différentes variétés de blé, l'action dos engrais, le mode de culture, les influences saisonnières, sont autant de causes perturbatrices. La principale modification dans la
composition provient de la quantité de gluten, qui diminue progressivement depuis le blé le plus dur juscju'au jjIus tendre. Nous en avons déjà paijé. Il existe une autre variété dont le type est le blé d'Egypte, et ([ui est remaniuable. La farine que fournit ce blé est une des plus ricbcs en azote, lorsqu'ovi dose ce principe à Tétat de liberté ou sous forme d'ammoniaque. Mais si on clierche à extraire le gluten, on ne peut y parvenir. Quelque soin que l'on prenne, il ne reste entre les doigts qu'une sorte do matière caseiforme, sans élasticité, (jui s'émielte, et que le courant d'eau entraine. Les conséquences de cette expérience sont faciles à prévoir ; la pâte est courte, et le pain pousse à plat. C'est pour cette raison que ce blé, malgré sa ricliesse en azote, est repoussé de la consommation dans notre pays.
Millon a démontré que dans certaines circonstances le blé, dans nos climats, pouvait accidentellement }irésenter les mêmes proj)riétés. Voici comment il fut amené à faire cette découverte. Un élève du service de santé, à Lille, après avoir assisté à une de ses leçons, vint lui raconter que son père, qui était minotier, avait un jour été condamné à payer la valeur du blé que lui avait confié un client pour le moudre. La farine obtenue ne se paniliani pas bien, on l'avait fait analyser par un expert. Celui-ci, n'ayant pu obtenir de gluten, avait déclaré, sans aller plus loin, qu'il y avait fraude de la part du meuniei-, dont l'iionorabililé était cependant notoire. Millon se transporta aussitôt chez cet industriel, et fui assez heureux pour retrouver un échantillon du blé en question. Il le broya luimême, et obtint séance tenante une farine semblable à celle que l'expert avait analysée. Millon poursuivit cette étude, et fut assez heureux pour rencontrer dans le département du Nord et en Algérie plusieurs échantillons de blé semblable. Son travail porte plusieurs enseignements. Le premier est que l'expert, chargé de l'analyse d'une farine, doit chercher à se procurer le blé dont elle provient, de manière à analyser contradictoirement la farine suspecte et celle qu'il a fabriquée lui-même. Le second est que le minotier agit sagement en conservant un échantillon du blé qu'il doit moudre, de manière à le produire en cas de contestation.
Analyse des farines. La farine mélangée de légumineuses peut, suivant Donny, être reconnue par le procédé suivant. Un peu de pâte faite avec cette farine est étalée sur le bord d'une capsule en porcelaine jaugeant un demilitre environ. Au fond on dépose quelques gouttes d'acide nitrique, qu'en chauffe avec précaution après avoir recouvert la capsule d'un vene à vitre. Quand la pâte a été ainsi exposée pendant quelques instants à l'action des vapeurs de l'acide azotique, on remplace celui-ci par de l'ammoniaque. Lesaébris de légumineuses qui peuvent exister dans la farine analysée se colorent en rouge-pourpre par l'action successive des vapeurs acides et alcalines. La larino de froment pure, dans ces circonstances, se colore en jaune. Il paraît cependant que quelques variétés de blé dur peuvent donner des farines qui se colorent en rouge, ce qui ôte de la valeur au procédé de Donny auquel il faut préférer l'examen au microscope. [Voy. Biot. Bullelin de l'Académie des sciences de Belgique, t. XIX, 1" partie.)
Eau hygrométrique. Millon , pour déterminer la quantité d'eau contenue dans les blés et les farines, se servait de tubes à essais, tels qu'on les fabrique dans tous les laboratoires. Huit à dix de ces tubes étaient plongés de 6 à 8 centimètres dans un bain d'huile muni d'un thermomètre. On opérait sur quelques grammes qui étaient déposés dans les tubes. Ceux-ci étaient fermés par un cor-
net do pai)ior. Quand on commonco ù chauffer ces tubes, l'eau vient se condenser sous l'orme de gouttes Unes sur la paroi du tube qui émerge de l'huile. 11 faut avoir le soin de l'enlever avec une baguette entourée de papier brouillard. On est averti de la fin de l'opération quand les gouttes d'eau cessent de se former. On pourrait également se servir de l'appareil à dessiccation dans un courant de gaz desséché, qui est décrit dans tous les livres d'analyse, mais cette complication est inutile. Le procédé de Millon est suffisant, et bien préférable à ceux dans lesquels on agif sur 50 grammes et plus de substance. Dans ce dernier cas, en effet, à moins de précautions spéciales et de perte de temps considérable, la dessiccation n'est pas homogène.
La tempéi'ature de dessiccation doit être voisine de celle où la farine commence à s'altérer, c'est-à-dire roussir. Une légère teinte rousse ne cause pas sensiblement de perte de poids. D'après Millon, cette dessiccation peut s'opérer de 160 à 165, sans que la farine soit altérée. Dans ce cas, l'opération est terminée en cinq à six heures. La plupart des chinu'stes se contentent d'une température de 1 15 degrés ; c'est ce qui explique les différences considérables qui existent entre les chiffres qui représentent l'eau de la farine. On voit combien il est important, lorsqu'on fait de semblables recherclies, d'indiquer la température adoptée pour l'expérience ; car plus on chauffe, et plus la perte de poids est grande, ainsi que Millon l'a démontré. D'après ce chimiste, la proportion d'eau normale varie entre 0,13 et 0,14. Suivant le même auteur, à la température de 160 à 165, trente échantillons de farines de diverses provenances (Beauce, Brie, Vexin, Champagne, Picardie, Normandie) ont donné, comme minimum et maximum, 14,65 et 16,68 pour lOO d'eau. Dans une autre série d'expériences faites sur les farines des années 1846, 18i7 et 1848, il a obtenu des chiffres compris entre 14 et 18,2 pour 100. Ces nombres me paraissent d'autant plus dignes de confiance, que j'ai été témoin du soin avec lequel toutes ces expériences étaient faites. D'après M. Rivot, ingénieur des mines, qui s'est occupé spécialement de cette question, de la belle farine exposée pendant plusieurs jours à l'air libre, dans une chambre sèche dont la température était de 20 à 25 degrés, ne conserve que 9 à 10 pour 100 d'eau.
Dosage du gluten et de l amidon. On opère sur 100 grammes de farine, qu'on dépose dans un mortier de porcelaine, et qu'on transforme en pâte assez ferme et bien homogène, en ajoutant une quantité d'eau convenable et en malaxant le tout pendant un temps suffisant. Il faut surtout se garder de ftiire une pâte trop fluide. Si cet accident arrivait, il ne faudrait pas hésiter à ajouter une nouvelle quantité, préalablement pesée, de farine. Après avoir laissé la pâte reposer pendant une demi-heure environ, on la place sous un filet d'eau qui tombe goutte à goutte en commençant. II faut avoir soin, au début de l'opération, de ne pas malaxer fortement la pâte, qui pourrait se délayer. Il suffit de la frotter légèrement, en la pétrissant à peine. Petit à petit, l'opération devient plus facile, et on peut alors augmenter le filet d'eau et pétrir le gluten, qui finalement reste seul entre les doigts, tout l'amidon ayant été entraîné. Pour faire cette opération, on se sert ordinairement d'un flacon à robinet de 5 à 6 litres, au-dessous duquel on place une terrine surmontée d'un tamis à mailles fines. Ce tamis retient quelques fragments de gluten détachés pai' mégarde, et qu'on retrouve ainsi ; il retient en outre le son, qui peut être recueilli et pesé après dessiccation. Quant à l'amidon, il passe et se retrouve au fond de la terrine, d'où on peut l'extraire après dessiccation.
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Le gluleu ainsi obtenu présente des différences très-importantes suivant la qualité de la farine; nous en avons déjà parlé. Pour en connaître la proportion, on peut le dessécher dans un verre de montre taré, en l'exposant à l'action d'une température de 115 degrés environ, dans une étuve à courant d'air. Cette dessiccation est longue et difficile, parce que la couche externe, en se desséchant la première, forme une espèce de vernis très-dur et imperméable. C'est pour cette raison qu'on se contente souvent de peser le gluten humide, l'expérience ayant appris que le tiers ou le quart environ du poids obtenu représente le gluten sec; cette méthode est incertaine.
Le dosage de l'amidon est trop simple pour que nous nous y arrêtions; toutefois il est bon, pour faciliter l'examen au microscope, de délayer cet amidon dans de l'eau contenue dans un vase conique (comme un verre à expéiience), et d'abandonner le tout au repos. Le pain d'amidon obtenu ainsi pi'ésente ordinairement plusieurs couches distinctes , les plus inférieures (c'est-à-dire celles du sommet) étant formées par les substances les plus lourdes, et ainsi de suite. Chacune de ces couches doit être examinée séparément au microscope, ce qui permet de découvrir bien plus facilement les corps étrangers.
Le dosage de l'azote contenu dans la farine s'opère par les méthodes ordinaires décrites dans les livres de chimie. Le poids de l'azote obtenu, multiplié par 6,5, donne le poids des matières albuminoïdes qui lui ont donné naissance.
Le dosage et l'analyse des cendres sont malheureusement des opérations fort longues. Nous ne saurions les déci'ire ici ; la plupart des traités d'analyse chimique contiennent un chapitre spécial sur ce sujet.
L'examen au microscope constitue sans contredit une des opérations les plus importantes pour découvrir les fraudes; au-ssi l'expert doit-il s'exercer à ce genre d'investigation. En général, un microscope grossissant de 150 à 200 diamètres est suffisant. Un appareil de polarisation peut, ainsi que l'a démontré M. Moitessier, rendre d'excellents services. Les réactifs nécessaires sont de l'eau iodée (avec addition d'un peu d'iodm'e de potassium, pour pouvoir dissoudre une proportion plus forte d'iode libre); une solution de potasse à l8%75 pour 100 centimètres cubes, et une autre solution à 12 ou 1-4 de potasse pour 100. La première de ces liqueurs gonfle la plupart des grains de fécule de pomme de terre, et est sans action sur l'amidon du blé. Les grains de fécule ainsi gonflés occupent un espace cinq à six fois plus grand en diamètre, et deviennent presque totalement invisibles. On peut les apercevoir soit en les colorant par l'iode, soit en suivant l'action de la potasse sur eux, de manière à les voir se gonfler, ce qui est assez rapide. La deuxième solution dissout indistinctement tous les grains de fécule, quelle qu'en soit la provenance, mais elle respecte les débris de l'enveloppe des graines qui se trouvent toujours mélangées à la farine, et sont caractéristiques. On peut donc, en ajoutant cette solution, les étudier sans être gêné par les graines de fécule, qui ont disparu. Outre les accessoires ordinaires, j'ai joint à mon microscope une boîte qui contient, mélangées les unes aux autres, toutes les graines dont la farine est employée par les fraudeurs, telles que haricot, fève, vesce, millet, maïs, féverolles, etc., etc. Aussitôt que je crois avoir trouvé une fécule étrangère, je détache de la graine en question, avec la pointe d'un canif, un échantillon de ladite fécule, pour l'examiner comparativement. Ce procédé est excellent, et donne de la précision au jugement porté.
Dans la farine de blé pur, on ne doit trouver que l'amidon du blé, les débris
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de ses envelopppcs {voy. la figure à l'arUcle Blé), et le gluten, (jui est amorphe. Ce dernier se colore en jaune-paille sous l'action de l'eau iodée faible. De plus, il est facile de constater son élasticité en appuyant sur le couvre-objet avec la pointe d'un scalpel pendant l'observation. Enfin, si on fiotte légèrement le couvre-objet contre le porte-objet dans une même direction, tous les tragments de gluten se transforment en fuseaux dont l'axe est perpendiculaire à la direction du mouvement. Cette expérience montre clairement que l'on a affaire à un corps mou et susceptible de se déformer facilement. Ordinairement la farine contient encore des corps étrangers provenant des graines, ou débris végétaux qui se mêlent au blé pendant la récolte, et que des épurations à l'aide de procédés industiiels ne peuvent enlever complètement. Ces corps sont accidentels et leur présence n'inipli((ue pas une lalsification. Pour que cette dernièi'e soit réelle, il faut que les corps étrangers existent en quantité notable.
Pour bien reconnaître au microscope les farines étrangères que l'on peut ajouter ù celles du blé, il faut d'abord s'exercer à bien retenir la texture des éléments normaux de la farine pure. Cette étude n'est pas bien longue, et suffit dans un grand nombre de cas. Elle permet à l'expert d'affirmer le cas échéant que la folsification existe, sans toutefois qu'il puisse dire le nom de la substance ajoutée. Cette dernière partie du problème est un peu plus difficile, parce qu'il faut |tour la résoudre retenir l'aspect de toutes les farines qu'on peut employer pour l'alsiiier le pain ; quehjucs jours d'étude suffisent amplement quand on a déjà l'habitude du microscope, surtout si on vient en aide à la mémoire à l'aide de dessins crayonnés sur un album à la chambre claire.
Altérations. L'humidité est une cause d'altération grave pour les farines, qui se pelotonnent et sont envahies par les champignons microscopiques et les moisissures. Elles s'échauffent et contractent une odeur de moisi. Cette altération se produit surtout par suite du séjour dans un endroit humide. Dans ce cas on constate la présence d'un excès d'eau, et le gluten a perdu son élasticité.
L'importance de l'élasticité du gluten a inspiré à M. Roland l'idée d'un petit instrument qui permet de la mesurer et qui porte le nom à'aleuro'mèlre. Cet instrument est décrit dans tous les livres, et repose sur le principe suivant. Si une certaine quantité de gluten humide est déposée au fond d'un tube, et si celui-ci est soumis à une température de loO degrés à l'aide d'un bain d'huile, l'eau contenue dans ce gluten prend la forme gazeuse et le fait lever, si ce gluten est assez élastique pour que les cellules qui se forment ne se rompent pas. Plus le gluten sera élastique, et plus il occupera d'espace après cette opération; il suffira de mesurer cet espace à l'aide d'une graduation convenable pour pouvoir classer la farine analysée. Le bon gluten augmente de quatre à cinq fois son volume. Dans l'aleuromètre de Boland, le tube est en cuivre, il reçoit 15 grammes de gluten frais qu'on recouvre d'un piston armé d'une tige. Celle-ci est graduée et sort plus ou moins du cylindre parce que le gluten en se gonflant pousse le piston. L'opération dure dix minutes.
Une altération assez rare, bien que signalée par divers auteurs, a été parfaitement étudiée par M. Troupeau, pharmacien militaire à Maubeuge. Elle consiste dans la production d'acarus qui vivent dans la farine. Ces animaux sont tout à fait analogues à ceux qui causent la gale, ou qui vivent sur les figues, le fromage, la charcuterie, mais constituent cependant une ou plusieurs espèces distinctes. Voici le procédé indiqué par M. Troupoau pour les découvrir sîàrement, même quand ils sont en petite quantité. On comprime légèrement la forine
entre deux feuilles de papier glacé, comme on l'a indi(pié pour découvrir les piqûres, et on observe attentivement pendant quelques minutes la surfiice ainsi obtenue. On ne tarde pas à voir quelques points se mouvoir, puis se transformer en petits monticules tout à fait semblables, proportion gardée, à ceux que forment les taupes dans les champs. C'est un acarus qui cherche à gagner la surface pour respirer et se mouvoir plus librement. Il est très-facile, surtout à l'aide d'une loupe, de le saisir pour l'examiner au microscope. Il est probable qu'une dessiccation convenable ai-rèterait de suite l'évolution de ces parasites, et permettrait de conserver ces farines, si on ne pouvait les utiliser de suite.
La rapidité de la moulure, lors([u'elle est trop grande, a pour effet d'échauffer beaucoup les produits. Cette circonstance a été mentionnée plus haut. Dans ce cas, la farine peut contraclci- un goût et une odeur spéciale.
Graines étrangères mêlées au blé. Melampyrum arvense. Celle plante, appelée Mélampyre des champs, blé de vache, rougelle, etc., appartient à la famille des Scrofulariacées. Sa graine ne peut être séparée facilement du blé, parce qu'elle en a à peu près le volume et la forme. Elle est allongée, terminée en pointe mousse et noire, l/effet qu'elle produit, lors(]u'ellc est mélangée à la farine, est fort remarcpudjle ; j'ai eu l'occasion de l'observer deux fois. Le ])aiu Icrmcnte comme à l'ordinaire. En sortant du four, il paraît de bonne qualité, mais en refroidissant il devient rouge-noiràtre. Cette matière colorante doit, pour se former, subir la fermentation, car la farine qui produisait ce pain noir a pu être employée sans inconvénients pour faire du biscuit. Pour l'econnaître cette altération, on peut se servir du microscope; on peut également fabriquer avec la farine un petit pain du poids de 50 à 100 grammes, qu'on fait lever à la levure de bière (2 grammes pour 100), et qu'on fait cuire, soit dans un four de campagne, soit dans un petit ibur improvisé à l'aide de quelques briques. C'est là, du reste, un excellent moyen de juger de la valeur d'une farine. Dans le cas qui nous occupe, le pain, ainsi préi)aré, est plus ou moins coloré, suivant la proportion du mélange.
On peut rencontrer d'autres graines qui végètent avec le blé, et dont les semences se récoltent avec les siennes ; telles sont le Sinapis arvensis qui donne un pain acre ; le Muscarl comosiim, YAllium vineale, qui donnent au pain une saveur amère et alliacée. Quelques blés sont infestés de nielle (Lychnis githago) dont on voit les belles fleurs au milieu des épis. Celle-ci est avec l'ivraie la plus dangereuse, elle fournit un pain acre et brûlant. Le blutage sépare presque toute la nielle, d'après M. Legrip, de telle sorte que la belle farine fournie par les blés niellés est néanmoins bonne. Il n'en est pas de même des farines de qualité inférieure qu'on mélange avec du son remoulu qui renferme presque toute la nielle. La teinture éthérée de farine niellée fournit, par évaporation, un extrait huileux, acre et caractéristique. Cette huile est fortement colorée, et sa saveur rappelle le cuir gras. 11 n'est pas rare de rencontrer des blés qui renferment un cinquantième de nielle.
Seigle ergoté. La farine mélangée de seigle ergoté peut produire de véritables empoisonnements. Pour peu qu'elle renferme d pour 100 de cette graine, elle se colore en rose par l'humectation. La farine altérée par ce corps peut être reconnue de la manière suivante, d'après Jacoby. 10 grammes de farine sont épuisés deux fois par l'alcool ordinaire et bouillant. Le résidu est ensuite traité par l'alcool à 90° qui, additionné d'acide sulfurique étendu, se colore en rouge d'autant plus foncé qu'il y a plus d'ergot et reste incolore, si la farine est pure.
Ivraie (Lollum temulentum) . C'est encore la teinture alcoolique qui permet de reconnaître cette altération, aujourd'hui heureusement fort rare. La farine pure traitée par l'alcool à 55° ne colore pas ce dernier, ou le colore eu jaune quand elle renferme du son. L'ivraie lui communique une couleur verte, et une saveur astringente et désagréable. La fécule de iivraie est polyédrique, et les grains sont tellement serrés dans la cellule qu'ils restent souvent accolés et reproduisent sa forme.
Falsifications. La farine est incessamment falsifiée, surtout en temps de disette. On a constaté son mélange avec les substances suivantes : — Fécule de pommes de terre. — Farine de graminées (riz, mais, orge, avoine, seigle). — Farine de légumineux (féverolles, vesces, pois, haricots, fèves, lentilles). — Farine de sarrasin. — Os moulus. — Plâtre. — All)àtre. — Craie. — Carbonate de magnésie. — Sulfate de baryte. — Kaolin.
Pour qu'une substance puisse servir aux fraudeurs, il suffit qu'elle soit en poudre blanche , et à vil prix. Telles sont les matières indiquées plus haut. Nous ne pouvons ici indiquer en détail toutes les opérations nécessaires pour découvrir ces fraudes. Ce qui a été dit au sujet de l'analyse des farines sulfit amplement pour faire comprendre comment on arrive à résoudre ce problème complexe. Le microscope joue un grand rôle dans ces analyses, il permet de reconnaître, immédiatement et à coup sur, la fécule de pommes de terre (bien moins employée, du reste, depuis la maladie de cette plante, qui a eu pour effet l'élcvation des prix), le riz, le maïs, le seigle, l'avoine, toutes les légumineuses et le sarrasin. On trouvera à l'article Fécule la description sommaire de ces différents amidons, et celle du tissu réticulé qui accompagne les légumineuses. Quant aux substances minérales, on les découvre facilement par l'incinération. 100 grammes de farine pure laissent un poids de cendres qui varie entre 0,8 et 0,9. Une fois ces matières minérales isolées, on déterminera leur nature à l'aide des méthodes d'analyse chimique ordinaires.
Conservation. La farine se conserve bien plus dililcilement que le grain. Les parasites des grains, tels que charençon, alucite, périssent dans la farine qui, en revanche, sert de nourriture à d'autres insectes. Tels sont les z^ers de farine ou larve de ténèbrion (coléoptères). Tel est encore le Lepisma argentea, de la famille des Thysanoures, appelé vulgairement poisson d'argent, demoiselle argentée, forbicine, etc. Cet insecte, qu'on rencontre dans tous les endroits humides de nos appartements, aime les lieux frais, ne sort que la nuit, et cause de grands dégâts, soit en rongeant les sacs, soit en consommant la farine ou en la rendant impropre au service. La principale cause d'altération de la farine est, sans contredit, l'humidité. De la farine de qualité ordinaire, desséchée de manière qu'elle ne contienne plus que 6 pour 100 d'eau, et embarillée, paraît se conserver fort longtemps sans altération, si on dépose les barils dans un lieu sec et aéré. La farine déjà altérée présentera dans ces mêmes conditions moins de chance de réussite, aussi est-il prudent de la consommer le plus promptement possible. P. Coulier.
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Paris, mai 1S49. — Biot. Observalionn sur les procédés d'analyse des farines de MM. Maertens et Dunnij. In Bulletin de l'Académie des Sciences de Belgique, t. XIX, 1'» partie. — Lasead. Farine additionnée de féverolles. In Bulletin de l'Académie de médecine beltje, t. XXI, 2« partis. — Maertens. Marche à suivre jwur l'examen médico-légal d'une farine. In Bulletin de l'Académie des Sciences de Belgique, t. XVII, l"'" partie. — Squillier. Des subsistances militaires . 1 vol. Anvei's, 1858. Imprimeur Louis Schotmaiis. — M/li.ox. Becherclies sur le gluten de blé. In Comptes rendus de l'Acad. des Sciences, t. XXXVIII, p. 12. — Du MÊME. Influence du lavage des blés sur la farine. Idem, t. XXXVIII, p. 545. — Du miLme. De la proportion d'eau cl de ligneux contenue dans le blé et dans ses principaux produits. In Annales de physique et de chimie, 5°sér., t. XXVI, p. 5. — Annales d'hygiène et de médecine légale, et Annales d'hygiène et de chimie, passim. — Encyclopédie Roret. Manuels du meunier et du boulanger. P. C.
FARINE (Pathologie). On appelle farine la poussière épidermique qui se détache de la peau par le frotlemcul dans certaines maladies cutanées. Il n'est pas sans intérêt clinique de la distinguer, comme l'a fait M. Devergie [Traité des maladies de la peau, 5^ édit., p. 558), du furfur, des pellicules et des squames. D.
FARIXES MÉDIC.VMEXTEL'SES. Beaucoup de semences amylacées ou oléagineuses sont réduites en poudre grossière ou farine pour l'usage médicinal. Elles sont employées en nature, ou sous forme de lotions, de fomentations, de cataplasmes. Quelques mélanges farineux sont devenus classiques et méritent d'être connus.
Les quatre farines résolutives sont celles d'orobc, de lupin, de fèves et de feiiugrec (parties égales). On remplace quelquefois le fenngrec par la lentille.
Les farines émollientes sont celles de lin, de seigle (ou de riz) et d'orge.
Il ne faut pas oublier que la farine de seigle, en cataplasmes, passe néanmoins pour résolutive. Dans le nouveau Codex, où ne figurent pas les farines résolutives, la farine émolliente [pulvis molliens) se compose des espèces émollientes réduites en poudre, c'est-à-dire de feuilles sèches de bouillon blanc, de guimauve, de mauve et de pariétaire.
C'est la farine de lentilles qui paraît constituer la substance alimentaire connue sous le nom de Revalenta ou de Revalescière. La Fécule mexicaine, ridiculement vantée contre les affections de poitrine, est de la farine de mais. D.
FARIJFR (John). Nom d'un chirurgien anglais qui vivait au milieu du dernier siècle. L'ouvrage qui porte son nom indique qu'il était chirurgien de l'hôpital Saint-Barthélémy, mais nous ne le trouvons cité dans aucune biographie anglaise. Cet ouvrage très-rare a pour titre :
Select Cases in Surgery collected in St. Bartholomeiv's Hospital. Londres, 1758, in-4°. — Les observations contenues dans ce recueil sont les suivantes: Brûlure des pieds; Contusion à la tête; Doigts presque complètement séparés, réunion el guérison; Carie du tibia; Lilhotomie ; Epancliement purulent dans la poitrine, suite d'une pleurésie, opération de l'enijv/cnie. guérison; Plaies d'armes à feu, blessures du bras ; Affection de la mâchoire ; Sorte d'éléphantiasis des grandes lèvres, guérison j^^r la ligature; Fractures des deux cuisses ; Abcès à la suite d'une saignée au jned. A. D.
FARXESE (ToMMAso) OU mieux FARXESI qui est son véritable nom. Chirurgien italien d'un grand mérite, membre d'un grand nombre de sociétés savantes, est né à Pérouse le 7 octobre 1780, d'une famille originaire d'Ascoli. En 1802 il se rendit à Florence où il fut admis collégien [convittore] et étudiant à riiôpital Santa Maria Nuova. Après son cours de cinq ans, il obtint la matricola, c'est-à-dire le diplôme lui permettant d'exercer la chirurgie. C'est à cette
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occasion, en décembre 1808, qu'il écrivit sa thèse : Sur l'organisation et les fonctions du fœtus, sur les vices qu'il porte quelquefois en naissant et sur les moyens chirurgicaux qui peuvent être employés avec avantage pour y remédier. En 1810 il fut nommé prosecteur et répétiteur d'anatomic à l'Université de Bologne, puis en 1823 il alla s'établir à Milan où il se lia d'amitié avec le célèbre Palletta et lut plusieurs mémoires à l'Institut. Enfin en 1828 il se rendit à Vienne et de là en Russie, où il avait été appelé, dit-on, pour créer une chaire d'anatomie ou de chirurgie; il mourut à Moscou en mai 1829.
Farnese s'occupa avec passion d'anatomie et de chirurgie, et publia une édition nouvelle de l'ouvrage postiuune de Paul Mascagni, dont il était un fervent admirateur, en rectiliant de nombreuses inexactitudes qu'Antommarchi avait laissées subsister dans la première édition. Nous citerons de lui :
I. Elogio (h'I cclchrc analoniico Paolo Mascagni. Firenze, 1817. — II. Prodromo dclla ffiandc aiialitinin, opéra jxisiliana dcl célèbre Paolo Mascagni. Secunda edizione riveduta ed illustrata. Jlilano, 1821-1824, gr. in-S", 2 vol. — III. Memoria sid metodo di csirarre i calceoli dclla vescica, etc. Letta ail' I.-R. Istitdto, 1820. — IV. Esarfie délie osservazioiu sul taglio rcltovesc/cale per l'cstrazionc délia piefra dalla vescica orinaria, pubblicalc dal Antonio Scarpa. Milano, 182.", 111-8°; 2° éd., ibid., 1820, in-8"'. L. Un.
FAKO. Vuy. PiŒRE, p. 252.
FAROBA. Nom donné quelquefois au Courharil {Ilymencea Courbaril L.).
Pl.
FARQL'DARSOIV. Nom porté par plusieurs familles de médecins écossais, parmi lesquels :
Farquharson (William), né à Edimbourg, en 1760, fit ses études médicales dans cette ville et devint felloiv du collège des chirurgiens. 11 se fit remarquer par son zèle pour la propagation de la vaccine, et mourut à Edimbourg, en 1822. Nous connaissons de lui :
l. Account of a Singtdar Case in Midwifery, In Duncan Med. Commenlar, t. XIII, p. 544- 352; 1788. — II. Case of a Scirrhous OEsophagus. Iii Memoirs of the Médical Society of London, t. II, p. 357 ; 1789. — III. Case of an Abscess of the Breast, sitccessfully treated^ Ibid., t. III, p. 125; 1792. A. D.
FARR (Samuel). Né à Taunton, en 1741, élève de l'Université d'Edimbourg, et docteur de celle de Leyde, ce médecin est mort dans sa ville natale, laissant la réputation d'un savant homme et d'un habile praticien. Voici, d'après Dézeimeris, la liste de ses ouvrages :
I. De anima ut causa morborum. Leyde, 17C3, in-4". — II. An Essay on the Médical Virtues of Acides. Lond., 1769, in-12, p. 139. — III. A Philosophical Inquirij into the Nature, Origin, and Extent of Animal Motion, deduced from the Principles of Reason and Analogy. Lond., 1771, iii-8°. — IV. Aphorismi de marasme, ex summis mcdicis collecti. Lond , 1772, iii-12. — V. Inquiry into the Propriety of the Blood-Letting in Consumption. Bristol, 1775, in-8°. — VI. Observations on the Character and Conduct of a Physician. Bristol, 177. — Vil. The History of Epidimies, by Hyppocrates, in seven Books, translated into english from the greek, with. Notes and Obsctvaiions, etc. ; a preliminary Discourse on the Nature and Causes of Infection. Lond., 1781, in-4°. — VIII. T/ie Eléments of Médical Jurisprudence, ta wich are added Directions for jnrso'Ving the Public Health. London, 1788, in-8°. — IX. On the Use of Cantharides in Dropsical Complaints. In Mem. of Med. Soc. of London, t. II, p. 132; 1789. — X. Case of the Locked-jaw, and Opisthotonos. In Médical Observât, and Inquiries, t. IV, 1771. —XI. Extract of a McleorologicalJournal for the YcarsilGl, 1768, 1774, 1775, 1776, 1777, 1778. In P/t*7oso/</(. Transactions, 1768, p. 156; 1775, p. 194; 1776, p. 567; 1777, p. 565; 1778, p. 567; 1779, p. 551, A. C.
FARRAGUTII. 255
FARRtDESCUE-CUAUBA^SE (jEAA-BArTisTE). Né à Allaiiches, département du Cantal, vers la fin du siècle dernier, lit des études médicales brillantes à la Faculté de médecine de Montpellier et y l'ut nommé successivement chef de clinique médicale, chef de clinique de perfectionnement pour les maladies chroniques réputées incurables; il était membre de l'Athénée médical de Montpellier. Après avoir soutenu sa thèse inaugurale à la Faculté de cette ville en 1809, il alla exercer la médecine dans sa ville natale, à AUanches. Observateur sagace autant que bon praticien, il a publié plusieurs observations rernaiquables. Il est mort vers 1850. Nous citerons de lui :
I. Essai sur les dartres. Th. iiiaug. Montpellier, 1809, iii-4". — II. Observation sur un rhumatisme chronique terminé par un abcès de la région lombaire gauche, et qui renfermait près de six cents hydatidcs. In Ann. de la Soc. de tnéd. prat. de Monipellier, t. XXXIl, p. 148; 1815. — lll. Observation sur une affection oryani(/ue du cœur, caractérisée par l'ossification complète de la valvule ynitrale de l'oreillette gauche, avec dilatation extraordinaire du ventricule du même côté. En commun avec Jean-Louis LAPiuoNE-LAunANciiE. Ibid., p. 138. — IV. Observation d'épispadias. Extrait d'un rapport fait à la Soc. de médec. de Paris, le 5 mai 1818, par M. Lagneau. In Journ. gcncr. de méd., de chir., etc., t. LXIIl, p. 161 (t. II de la 2" série) ; 1818. — V. Paraplégie guérie par la noix vomique. In Transactions médicales ou Journal de méd. pratique, t. XIV, p. '2'Jl ; 1855. L. IIx.
FARRAGO. Nom donné par Pline à une graminée, probablement au seigle, et peut-être aussi à l'orge. Pl.
FARRACiUXn, OU plutôt FERRACiMTII, FERRAGlUï». Ce médecin juif est auteur de deux traductions d'arabe en latin ; la première est celle du Haouy, ou Continent de Razès, qui mourut vers la fin du dixième siècle, et celle d\i Takouimel Abdan d'Eben Djezla, donnée sous le litre de Tacuini agritudimim. 11 s'est produit, à l'égard de ce Fcrraguth, d'étranges méprises. Pour avoir lu simplement dans la dédicace le nom du « roi très-chrétien Charles, » Duboulay, Friend, et d'autres historiens, en ont fait un médecin de Charlemagne. On a fait plus, on lui a adjoint comme collègue un des médecins mêmes qu'il a traduits. Mais ouvrons la traduction du Continent, représentée à la Bibliothèque Nationale, sous le numéro 69 12, par cinq maguifi({ues volumes in-tblio, magistralement écrits et richement reliés, et nous lirons à la fin du cinquième : Explicit translatio libri el haiiy in medicina compiiati per Mahumed hizaccaria el Razy, fada de înandato excellentissimi régis Karoli^ glorice gentis christianœ, coronce filiorum baptismatis et luminis peritorum, per manus magistri Ferragii judei filii magistri Salem de Agregento, devost. interpres ejus. . . die lunœ XIII'^ Februarii VII indictionis, apud Neapolini. Deo grattas. Amen, Amen. Ce qui veut dire que Ferragius le juif, fils de maître Salem, d'Agrigente, entreprit la traduction du Continent de Razès par les ordres de Charles d'Anjou, roi de Jérusalem et de Sicile, dernier fils de Louis VIII, roi de France, et qui, monté sur le trône en 1200, mourut à Foggia le 7 janvier 1285. On peut même fixer à 1279 l'année qui vit terminer cette traduction. Ferragius nous apprend encore dans sa préface que « le très-chrétien Charles, roi de Jérusalem, voulut, malgré le soin des guerres dans, lesquelles il était engagé, faire profiter, non-seulement son royaume, mais encore tous les autres pays de la chrétienté, d'un ouvrage aussi important. Pour cela, il députa auprès du roi de Tunis des ambassadeurs qui eurent mission d'acheter le précieux livi'e ; il chargea un homme (Ferragius) versé dans les langues arabe et latine de le traduire, et cette traduction fut soumise elle-même à l'examen et à la correction de professeurs en médecine
-256 FARRK.
tnnl de l'écolo de Niiples que de celle deS;dei-ne. » Feinij^iiis a eiuore Iradiiit le Tagouïm el Abdan d'Abuu Ali Jahya beu Djezla, donl le nom se trouve défiguré sous la forme Buhahylyha byngezla ou même Buliahylyha Byngezla. Cette traduction a été imprimée : Tacuini agritudinuni et morborum fere omnium corporis hnmani, cum curis eounimdem, BithahijJijha Byngezla auctore. Argentorati, 1552, in-fol. Enfin, M. Lucien Leclere, dont on fera bien de lire Tarticle consacré à Ferragius {Hist. de la médecine arabe. Paris, 1876, in-S", t. II, p. 464), n'est pas loin d'attribuer au médecin juif la traduction du Tacouïm essaim d'Eben Botlan, cpii aurait été pareillement im})rimé à Strasbourg, mais (jui, au surplus, se trouve manuscrit à la Bibliothèque de Paris, sous le n° 6977.
FARRE (John-Richard). Fils d'un médecin distingué, est né à la Barbade (Antilles) en 1774. Dès son jeune âge, il montra un grand goiit pour la médecine, el c'est pour étudier cette science qu'il se rendit en Angleterre où il entra, en 1792, comme élève aux hôpitaux réunis Guy et Saint-Thomas. Ses dispositions pour l'étude de l'anatomie le firent rembarquer par Astley Cooper et lui valurent son amitié. Apres deux ans d'études, il obtint le diplôme de chirurgien et alla j)ratiquer pendant quelque temps dans son île natale. De retour en Angleterre, il prit le grade de docteur en médecine d'abord à Glasgow, puis à Aberdeen, puis vint s'établir à Londres en 1804. Cette même année il fonda, de concert avec son ami John Cunningham Saunders, un établissement pour les maladies des yeux, qui devint plus tard le London Ophthalmic Hospital ; il soutint de sa science et de sa bourse cette institution utile qui fut par la suite une pépinière de médecins et de chirurgiens oculistes.
En 1806, il obtint le titre de Licenciate of the Collège of Physicians ; peu après il devint médecin du Dispensaire de Londres, et en exerça les fonctions jusqu'en 1810.
Mais un des plus grands mérites de Farre, c'est d'avoir consacré une grande partie de son temps à l'étude de l'anatomie pathologique, aux progrès de laquelle il contribua par ses leçons à Charterhouse-square et par ses écrits, ainsi qu'en formant, avec l'aide de ses confrères, une grande collection de pièces pathologiques; il faisait reproduire les plus importantes de ces pièces par des gravures coloriées, qui encore maintenant sont un modèle du genre, et qui étaient exécutées par un artiste auquel il avait lui-même préalablement enseigné l'anatomie. Les nombreuses pièces de sa collection forment actuellement un musée à part à Saint-Bartholomews-IIospital.
En 1855, il fut élu membre correspondant de l'Académie royale de médecine de Paris.
Il pratiqua la médecine jusqu'en 1850, mais ne se retira du Royal London Ophthalmic Hospital qu'en 1856, à l'àge de 82 ans.
Dans sa longue carrière médicale, cet homme éminent a dû se trouver en contact avec bien des misères et des vices, et naturellement il chercha les moyens de soulager les unes et de combattre les autres; aussi trouve-l-on son nom au bas d'un certain nombre de rapports concernant diverses questions d'hygiène publique, entre autres celle du travail des enfants dans les manufactures.
Il est mort le 7 mai 1862, à sa résidence de Pentonville, à l'âge de 88 ans.
On a de lui :
FASGH. 257
I. Observations on the Cure of Hydrocele by Injections, communicated by Asti. Cooper. ïnMed. Records and Researches, p. 182, 1798. — II. The morbid Anatomy of the Liver, being an laquiry into (lie Analomical Characler, Sjjmptoms and Trcalment of certain Diseuses lohich drstroy or impair the Structure ofthal Viscus, etc. Order I, Tumours. Lond-, 1812-15, gr. in-4°, witli 4 colour. Plaies. — III. Case of Cynanche Laryngea. In Lond. Mcd.- Chir. Transact., t. III, p. 84, 525; 1812, -wUh 7 Plates. — IV. Pathological Researches in Medicine. E-isay I, On the Mal- Conformation of the Heart, preceeded by some Observât, on the Method of improving the Diagnost. Part of Medicine. London, 1814, in-S", with 5 Plat. V. An Apology for British Anatomy, and an Inciiement to the Study of Morbid Anatomy. London, 1827, in-4°. — VI. Il a édité : Jo Cunningham Saunders. A Treatise on some Practical points relaling to the Diseuses of the Eye. To wliick are added a short Account of the Author's Life, and his Method of curing the Congénital Cataract. London, 1812 (1811), in-8°, witli 7 Plates; 2» édit., avec additions, ibid , 1X16, in-8° ; 5' édit , ibid., vers 1820.
— VII. Il a publié: Journal of Morbid Anatomy, or Researches Physiol., l'a/hol.and Thcrapeutical, etc., 1828. L. llx.
FARRELL (Charles). Médecin anglais de la fin du siècle dernier, est né en Irlande. Après avoir obtenu le diplôme de docteur à Edimbourg, le 25 juin 1798, il prit du service dans l'armée anglaise en qualité de chirurgien, et plus tard se retira à Londres (?). On a de lui :
I. Disserlatio inauguralis de podagrâ. Edinburgi, 1798, gr. in-S». — II. Observations on Ophthalmia and its Conséquences. London, 1811, in-S". (Ouvrage estimé.) L. Hn.
11 ne faut pas confondre l'auteur qui précède avec
Farreli (Thomas), également natif de l'Irlande, soutint sa thèse inaugurale à Edimbourg, le 13 septembre 1813 :
Disserlatio inauguralis de cynanche tracheali. Edinburgi, 1815, gr. in-S". L. Hx.
FAS (DiETRicH), médecin hollandais, né à Leydevers 17G5, fit ses éludes dans sa ville natale, et y soutint sa thèse inaugurale le 28 août 1789. Il s'établit à Leyde même, oiî il exerça la médecine jusqu'à sa mort, honoré et respecté de ses concitoyens. On a de lui :
I. Diss. inaug. de mutua directione esculentorum et remediorum. Lugduni Batavorum
1789, in-4^. — II. En collaboration avec J.-R. Klynpenink : 1 en 2 Antwoord op de Vraag
« Hoedanig is liet juiste denhbeeld der paraphr^tis? Verdeelt zy zicli ook in soorten naar den onderscheiden aarl der aangedaane deelen als het middelrif, haartzakie, mediastinum, enz ? Welke zyn de tekenen, die haar van aile andere ziekten onderscheiden ? etc. » in Handel. van het Genootsch. Servandis Civibus. Deel 16, 1792. Bl. I. L. Un.
FASCH (Aug.-Henri). Né à Arnstadt, en Thuringe, le 19 février 1G59 ; fit ses études à l'Université d'iéna, sous les auspices de Guerner Rolfinck, et y soutint sa dissertation inaugurale en 1667; il fut admis au nombre des professeurs de la faculté de médecine de la même université en 1675, et y enseigna d'abord la botanique, puis l'anatomie et la chirurgie jusqu'à sa mort, qui arriva le 2 janvier 1690. Absorbé par les travaux de son enseignement, ses devoirs de praticien et ses fonctions de médecin auprès de l'électeur de Saxe, il ne publia qu'un certain nombre d'opuscules académiques et de mémoires rédigés sous forme de dissertations. Nous ne citerons que les principaux :
l. Ordo et methodus cognoscendi et curandi caiisum. lense, 1C64, in-i". — II. Diss. de chylificatione lœsa. lenœ, 1667, in-i". — 111. Diss. de viorbo dominorum et domino morborum. lense, 1670, in-4'. — IV. Ordo et methodus considerandi parturientes . lenae, 1671, in-4''. — V. Diss. de vesicatoriis. lense, 1675, in-4''. — VI. Diss. in quâ commendat anatomen utriusque sexus. lenee, 1674, in-4°. — VII. Consultatio medico-practica proponens œgrotum arthritico-neplireticum. lense, 1675, in-4''. — VIII. Diss. de medicina prosthetica. lenœ, 1077, in-4*. — IX. Diss. de myrrhâ. lense, 1677, in-4°. — X. Diss. de castoreo. lenœ, 1677, in-4».
— XI. Diss. de phthisi. lense, 1679, in-4°. — XII. Diss. de ovario muUerum. lenœ, 1681,
DICT. ENC. i' S. I. 17
258 FASCIA LATA.
in-4*. — XIII, Diss. de cdnoxe-ipia.. lense, 1681, in-4''. — XIV. Diss. de circulationc lympliœ et catarrhis. lenœ, 1682, 111-4°. — XV. Diss. de arthritide vaga scorbutica. lenae, 1683, in-4». — XVI. na/5WTi5£; physiologice et pathologice consideratœ. lense, 1683, in-4°. — XVII. Diss. de sterilitate. lense, 1684, in-4''. — XVIII. Diss. de pnedictione morlis. lenae. 1686, in-8°. — XIX. Diss. de amore insano. lense, 1686, in-4''. — XX. Ventriculi, scilicet naturœ coqui, cura circa sustentanda humani corporis organa et viscera. lenae, 1687, m-i°. — W\. Diss. de febreamatoria. lenae, 1689, in-4''. L. Hn.
FASCIA. La signification de ce mot, et la description des /ascm en générai, sont données à l'article Aponévrose.
Fascia cribriformis. Voy. l'article Aine, p. 246.
Fascia fémorali-abdominal. Voy. Aine, p. 230.
Fascia iliaca et fascia pelvis ou pelvien. Voy. Bassin, p. 437.
Fascia lata (aponévrose). Voy. Aponévrose et Cuisse.
Fascia propria. Voy. l'article Ai.ne, p. 234.
Fascia super ficialis. Voy. l'article Lamineux, p. 276.
Fascia transversalis. Voy. l'article Aine, p. 232.
FASCIA LATA (MuscLE Du). Ce muscle, court, épais, le plus volumineux des tenseurs aponévrotiques du corps humain, est composé de fibres musculaires placées entre deux, feuillets de l'aponévrose fémorale, aponévrose que l'on désigne souvent sous le nom général de fascia lata. Le feuillet aponévrotique souscutané est beaucoup plus épais et plus résistant que le feuillet profond.
Aplati de dehors en dedans, allongé, plus large à son extrémité inférieure qu'à son extrémité supérieure, le muscle fascia lata s'insère supérieurement, par l'intermédiaire d'un court tendon, à la partie antérieure de la lèvre externe de la crête iliaque et à la lèvre externe de l'épine iliaque antérieure et supérieure; ce tendon, placé entre le couturier et le moyen fessier, donne insertion aux fibres les plus antérieures de ce dernier muscle. Du tendon les fibres musculaires descendent, en s'inclinant légèrement d'avant en arrière, jusqu'au niveau du quart ou du tiers supérieur de la cuisse ; là, elles se terminent par de petits faisceaux aponévrotiques qui ne tardent pas à se réunir pour former une bande aponévrotique. Cette bande aponévrotique, connue sous le nom de ligament iléofémoral (iléo-aponévrosi-fémoral de Chaussier), est épaisse, résistante et large de trois travers de doigt environ ; elle descend verticalement le long de la partie externe de la cuisse, et se rétrécit à sa partie inférieure en condensant ses fibres qui s'insèrent au tubercule externe de la tubérosité antérieure du tibia ; chemin faisant, le ligament iléo-1'émoral envoie une bande fibreuse au bord externe de la rotule.
Le ligament iléo-fémoral constitue donc en réalité le tendon inférieur du muscle fascia lata; ses fibres s'entre-croisent avec celles de l'aponévrose fémorale, sans cependant se confondre avec ces dernières.
Le muscle fascia lata, contenu, comme nous l'avons déjà dit, entre deux aponévroses, est recouvert par la peau ; il recouvre le droit antérieur et le vaste externe. Son bord antérieur longe en haut le bord externe du couturier, mais il ne tarde pas à s'éloigner de ce muscle, en formant avec lui un triangle à sommet dirigé vers l'épine iliaque antérieure et supérieure, triangle dans l'aire duquel on peut voir une partie du vaste externe et du droit antérieur. Le bord postérieur du fascia lata est en rapport avec le bord antérieur des muscles moyen et petit fessier.
Le muscle fascia lata est innervé par une branche du nerf fessier supérieur.
Action physiologique. Le muscle fascia lata, s'insérant au bassin d'une part, à la jambe d'antre part, rentre dans la série des muscles bi-articulaires ; il agit donc tout à la fois sur l'articulation coxo-fémorale et sur l'articulation du genou.
Dans la station verticale, il imprime un léger mouvement d'inclinaison latérale au bassin, inclinaison qui s'annule lorsque les deux muscles sont également tendus. Dans ce dernier cas, il contribue puissamment à assurer l'immobilité du bassin. De plus, il contribue à maintenir l'extension de la jambe, d'autant plus que, grâce à l'entre-croisement de ses fibres avec celles de l'aponévrose fémorale, il coopère indirectement à la tension de cette aponévrose; il agit aussi en assurant l'immobilité de la rotule par l'intermédiaire de la bande fibreuse qu'il envoie au bord externe de cet os.
Quand le membre inférieur est en demi-flexion, le fascia lata agit, au contraire, à la manière des muscles fléchisseurs.
Enfin les fibres du fascia lata étant légèrement inclinées d'avant en arrière, ce muscle aide, mais dans une très-faible proportion, à la rotation en dedans.
FASClî^ATIOl^. Les Latins disaient fascmafw, Fascinum, charme, ciuliantement, fascination ; les Grecs, pour exprimer la même chose, employaient les mots Bao-zavta, Bao-/âviûv. Considérée d'une manière générale, la fascination est un enchantement, un charme, qui empêche de voir juste et de porter un jugement sain. Fasciner, c'est empêcher de voir, de considérer les choses avec justesse, ensorceler par une espèce de charme, éblouir, tromper, séduire par une fausse apparence, un vif éclat. L'entêtement qu'elle a pour cet honune tient de la fascination; l'amour /asc/ne ses yeux et son cœur. Fascination se dit également des animaux auxquels on attribue la faculté de fasciner. Le serpent exerçait, disait-on, une grande fascination sur le rossignol ; il maîtrisait ses mouvements en le regardant fixement, et finissait par l'attirer à lui. Les adeptes à\i magnétisme prétendent exercer la même puissance sur les personnes qui tendent au somnambulisme.
C'est même à cette espèce d'action diabolique, fascinatrice, d'un regard sur un autre regard, qu'on a appliqué particulièrement le mot de fascination, tandis que celui d'incantation a été plus spécialement donné au charme exercé par la voix, par les chants.
Nous dirons donc, pour limiter notre sujet à ce qui peut intéresser la médecine et les médecins, que, suivant les idées de nos pères, « la fascination était un charme exercé par un regard sur un autre regard, et doué d'une telle puissance que celui qui la ressentait ne pouvait s'y soustraire et devait nécessairement rester vaincu. » Cette idée d'une action plutôt physique que morale se retrouve toujours au fond du mot fascination, de quelque manière qu'on l'applique.
Suivant Léonard Vairus, qui écrivait en 1583, le Fascinum est une certaine qualité pernicieuse mise enjeu par une imagination fort tendre, par la vue, par le toucher, par la voix, séparément ou simultanément, et qui est infligée soit par haine, soit par amour.
Pour François Valesius, la fascination est une passion portée et engendrée dans les yeux, et ayant son point de départ dans un certain état affectif de l'esprit de celui qui regarde fixement.
Rodericus à Castro donne cette définition : Fascinatio vulgaris est, quœ ipsâ
visione seu aspectu visivo fascinantis, vel etiam invido aliquo laudante, eo solo quod maligne et maïdiosè aspicit vel laiidat aliwn, a quo est averso animo, lœsio fit. Utsl ex ïnvidiâ affectl oculos infigiint, et quasi veneno tincto telo homines inipetiint.
Cornélius Agrippa est encore plus explicite quant à la nature physique, matérielle, (le l'élément qui produirait la fascination visuelle : « La fascination, écrit-il, est un lien {Ugatio), qui, de l'esprit de celui qui fascine, parvient, pai' l'œil du fasciné, au cœur de ce deinier. L'instrument de la fascination est un esprit, c'est-à-dire une certaine vapeur, pure, claire, subtile, engendrée par la chaleur du cœui', et puisée dans le sang le plus pur ; par les yeux elle émet toujours des rayons semblables aux siens ; ces rayons, dans leur émission, portent avec eux une vapeur spirituelle. Cette vapeur, comme cela devient évident dans les yeux chassieux et rouges, étant émise sur les yeux d'une personne, entrame avec elle de la vapeur de sang corrompu, dont la contagion force ces mêmes yeux à être atteints d'une maladie semblable. Ainsi donc, un œil tout grand ouvert d'une personne, aidé d'une forte imagination et d'une confiance absolue dans l'acuité de ses rayons, qui sont les véhicules de l'esprit, lance ces mêmes rayons dans les yeux d'une autre personne; et cet esprit, flexible, frappant les yeux du fasciné, incité, du reste, par le cœur du frappeur, atteint la région précordiale du frappé, et de là se répand dans le corps. Apulée n'a-t-il pas dit : Oculi tui, per meos oculos ad intima delapsi prœcordia, acerrimum meis medulUs commovent incendium ? Qu'on sache donc que les hommes sont d'autant plus aptes à être fascinateurs, qu'ils dirigent, par un regard continu, épée contre épée, vivacité du regard contre vivacité du regard, jonction de lumière avec lumière. Alors, l'esprit se joint à l'esprit, des éclairs jaillissent; ainsi s'établissent des liens étroits ; ainsi s'enflamme l'amour le plus vif par le seul rayonnement des yeux; cet amour pénètre, incendie tout le corps.... La fascination est d'autant plus puissante que les vapeurs irradiées des yeux sont plus actives. Aussi, ceux qui fascinent se servent-ils de collyres, d'onctions, etc., afin de modifier, de fortifier l'esprit : « Pour produire l'amour ils usent de collyres vénériens, faits d'hippomane, de sang de colombes ou de passereaux ; pour faire naître la crainte, ils emploient des collyres martiaux, pi'éparés, par exemple, avec des yeux de loups, d'hyènes, etc. ; pour engendrer le malheur ou la maladie, ils ont recours aux collyres saturnins.... »
Il était impossible, comme on le voit, de mieux exprimer l'idée de quelque chose de matériel, qui s'échapperait des yeux du fascinateur pour aller modifier, en pénétrant par les yeux du fasciné, toute la nature corporelle et spirituelle de ce dernier. La folie allait jusqu'à admettre que des agents médicamenteux appliqués sur les yeux du fascinateur pouvaient susciter dans le fasciné les vertus qu'on leur supposait.
On admettait aussi un charme, un fascinum froid ou chaud, sec ou humide; on établissait comme de véritables axiomes ces choses-ci :
Le fascinum est un poison.
Les femmes sont plus fascinatrices que les hommes, parce qu'elles sont plus irascibles, plus disposées à la concupiscence, et qu'elles ont l'esprit si effréné, qu'elles sont incapables de se soustraire à la colère et à la cupidité.
Les vieilles femmes, surtout, ont ce pouvoir fascinateur porté au plus haut degré ; beaucoup d'enfants sont gravement atteints par leurs impuretés ; souvent môme, elles leur procurent une douloureuse mort ; par leur pernicieuse
FASCINATION. 26i
influence, les troupeaux sont privés de part et de lait, les chevaux maigrissent et périssent, les blés sont sans grain, les arbres se dessèchent, tout va, enfin, au pire.
Les hommes à yeux enfoncés sont plus fascinateurs que les autres.
Certains peuples, ceux du Pont, par exemple, possèdent ce pouvoir au plus haut degré; ceux qui font commerce avec eux le savent bien, et ont plus d'une fois éprouvé que ces gens abominables n'épargnent rien, ([u'ils jettent tout dans le mal.
Les rayons qui, comme des ilèches, sont dardés des yeux des fascinateurs, sont lancés jusqu'au cœur des malheureux voués à la fascination ; non-seulement ils pénètrent tout le corps, mais, de plus, ils influencent tous les objets qu'ils trouvent sur leur passage : les arbres, les moissons, les animaux, les hommes, en ressentent une pernicieuse influence, et en meurent même.
Cardan a même donné les caractères symptomatologiques au moyen desquels on peut reconnaître un malheureux fasciné : regard triste, larmoyant, ou trop sec ; soupirs, tristesse, insomnie, amaigrissement, pâleur générale ; les pierres précieuses de couleur rouge perdent leur éclat lorsqu'elles sont mises dans la main du fasciné ; placez au doigt d'une personne une bagiic faite avec le sabot d'un àne; si au bout de quelques jours cette bague est devenue trop large, c'est signe que cette même personne est fascinée.
Ne rions pas de ces choses stupides el délirantes ; il faudrait plutôt en pleurer. Les idées qui ont régné pendant tant de siècles sur le pouvoir de la fascination ont eu, en effet, des conséquences terribles, épouvantables. On a beaucoup parlé en 1852 de l'influence que par la puissance de son regard le père Enfantin, traîné en cour d'assises, avait exercée sur ses juges; bien des plaisanteries lui ont été faites sur ce que lui-même appelait la théorie du regard. Mais aux siècles passés cette théorie a fait périr un grand nombre de malheureux accusés de jeter des sorts. A la place des « rayons visuels du fascinateur, » on a trop souvent mis le diable, et ce dernier a fait allumer luen des bûchers. Je défie qu'on puisse lire le Discours exécrable des sorciers, de Henry Boguet, grand juge au comté de Bourgogne (1611, in-8°) sans se sentir frissonner. C'est cet affreux pourvoyeur du bourreau, ce pourchasseur exécrable des malheureux hallucinés, des infortunés démoniaques, assouvissant, comme une bête féroce, sa rage contre des femmes, des enfants, qui a édicté, à l'usage des juges chargés de poursuivre les fascinateurs et autres, un édit en 71 articles, surpassant tout ce qu'on pourrait imaginer.
On en détache les aménités suivantes :
« Le crime de sorcellerie est un crime exceptionnel ; il doit être jugé aussi exceptionnellement, sans observer l'ordre du droit ni les procédures ordinaires. — Le bruit public, le voxpopuli, est presque infaillible en pareille matière. — Quand on veut interroger un sorcier, il faut le déshabiller tout nu, le faire raser partout, pour découvrir le sort de taciturnité qu'il porte sur lui. — II est bon de supposer quelqu'un qui se dise prisonnier pour le même crime, afin d'induire le sorcier à confesser la vérité. — Il est bon d'appliquer l'accusé à la torture un jour de fête. — Le fils est admis à porter témoignage contre son père, le père contre le fils. — Les personnes infâmes sont reçues à porter le même témoignage, voire même les ennemis déclarés de l'accusé. — 11 ne faut pas rejeter le témoignage des enfants qui n'ont pas atteint l'âge de puberté. — La peine ordinaire des sorciers est d'être brûlés ; ceux qui se seront transformés
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en loups seront brûlés vifs. — II vaut mieux condamner à mort les entants sorciers que de les laisser vivre davantage au grand mépris de Dieu. — Il convient de taire remarquer qu'au crime de sorcellerie il est loisible de passer quelquefois à condamnation sur des indices et conjectures indubitables. »
Et remarquons que le livre de Boguet, dans lequel le féroce et inepte magistrat a promulgué un tel code, a été imprimé avec l'assentiment de plusieurs autorités ecclésiastiques. Dans l'édition de 1602, on voit les approbations de (]oyssard, de la compagnie de Jésus, de Doiotheus, recteur du collège de Besançon, de de la Barre, docteur en théologie, de Jean Le Comte, prieur des Augustins ; torturant, tuant, brûlant des innocents au nom d'un Dieu de paix et de miséricorde ! Tant est vrai ce qu'a dit Sénèque :
iVî/sçMrtm phira e.xempla vatic'mantium exempla quant ubi formido mentes religione rnista perciissit.
La bibliographie de la fascination est fort étendue. Nous n'indiquons ici que les principaux ouvrages qui en traitent d'une manière un peu spéciale {voy. Sorcellerie).
I. Carthagène (Antoine). De fascinatione, 1529, in-fol. — II. Agmppa (Corn.). Ce occulta philosopliiâ. Lib. I, cap. l. De fascinatione atque ejus artificio. — III. Fevinus (Robert). De abusu jnedicinœ coercendo. In quo tam empiricorum tam tarpo/tàywv medendi ratio refellitur. Et qui hactenus receptus est, fascinandi modus impossibilis demonstralur , Paris, 1574, in-S". — IV. Eraste (Thomas). Disputationum de medicinâ nova Ph. Paracelsi, pars prima. Basileae, 157-i, in-4° [De fascinatione, p. 75 et 95). — V. Jaquer (Nicolas). Flagellum hœreticorum fascinât iovum. Accidit varii tractalus, Lamb. Danœi, Joach. Camerarii... Th. Erasti, de veneficis. Francof., 1581, in-8°. — VI. Vairus (Léonard). De fascina libri très, in quitus omncs fascini species et causœ, optimâ methodo descrihuntur... Parisiis. 1583, in-4», p. 275. — VII. Taxdlel (Tobias). Dissertationes physicœ-medicœ : 1" de spectris; 2° de fascino et incanlatione. ^Yitteberg, 1613, in-8°. — VIII. Sclanovius (Hector). De morbis per incantationcm introductis. In Observât, de Greg. Hortius. Ulmae, 1628, in-4°, p. 415. — IX. JI^RCBY (David). Dissertationes academicœ de morbis à fascino, et fascino contra morbos. Basil., 1633, in-4''. — Guttierez (J.-L.). De fascino. Lugdun., 1654, in-4''. — XI. Caldera de Heredia (Gasp.). Tribunal Apollini sacrum. Lugd. Batav., 1638, in-fol. — XII. Fromanncs (J.-C). Traclatus de fascinatione. Norimb., 1675, in-4'>. A. Chéreac.
FASELIUS (J. Frédéric). Né à Berka le 24 juin 1721, fit ses études médicales à l'Université d'Iéna, où il fut reçu docteur en 1751. Nommé professeur extraordinaire de cette Université en 1758, il fut promu à l'ordinariat en 1761. Il mourut en 1767. Il a publié un certain nombre de dissertations parmi lesquelles :
I. Dissertatio de sangu in venis portarum congestis varia nalurâ. lena, 1751, in-4*.
— II. Dissertatio de pulmonibus organis humores ad fuluras secretiones prœparantibus, necnon sanguificationis atque nutritionis primariis. lena, 1752, iu-4''. — III. Dissertatio fœtus in utero materno transpirât ? lena, 1755, in-4''. — IV. Dissertatio de obstructione sanguinis menstrui. lena, 1757, in^". — V. Dissertatio de morbis arteriarum, ctun suis causis, effectibus, atque signis tam diagnosticis quant prognosticis. lena, 1757, in-4''. — VI. Programma de usu clysterum et febrium exanthematicarum curafione. lena, 1758, in-8*.
— VII. Programmata I-VIII, De uraclio. lena, 17C2, in-4'>. — VIII. Dissertatio de absorbtione. lena, 1760, in-4''. — IX. Dissertatio de nervis exhalantibus. lena, 1761, in-l». — X. Dissert, de saponibus quibusdam mineralibus . lena, 1763, in-4''. — XI Programma de vasis corporis animalis cereis. lena, 1764, in-4''. — XII. Dissertatio de arteriis non sanguiferis. lena, 1763, in-4''. — XIII. Dissertatio de causis flexilis partium solidarum corporis humani. lena, 1765, in-4''. — XIV. Dissertatio de vero adipis ad basin cordis circumfusi usu. lena, 1763, in-4'. — XV. Dissertatio de saccis Lowerianis. lena, 1763, in-4''. — XVI. Dissertatio de corpusculis Arantii. lena, 1763, in-i". — XVII. Dissertatio de profluvio aquarum spuriarum in gravidis. lena, 1763, in-4°. — XVIII. Dissertatio de medicamentorum refrigerantibns. lena, 1764, in-4''. — XIX. Dissertatio de morbis ex impedilâ absorbtione. lena, 1765, in-4°. — XX. Dissertatio de singulari topicorum temporibus applicandorum prœstantiâ. lena, 1765, in-4°. — XXI. Dissertatio de causis sternutationis ejusque effectibus. lena, 1765, in-4''. — XXII.