‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales v.37Chapitre 46 sur 65 · EAU DISTILLÉE · texte numérisé non relu

EAU DISTILLÉE

donnent

SOLUTION à

20 grammes.

S grammes.

25* Baume, 20° — 15° - 10° —

Quoique moins employé pour l'usage interne que les autres composés ferrugineux, le perchlorure entre néanmoins dans la confection de pilules, de sirops, etc

Les pilules devront être préparées sans mélange de matières astringentes et ne doivent pas être argentées (Bouchardat) . Elles contiemient généralement 25 milligrammes de perchlorure sec.

Sirop :

Solution officinale de perchlorure de fer. 15 grammes. Sirop de sucre 985 —

20 grammes contiennent environ 10 centigrammes de perchlorure. Pour éviter la transformation en protochlorure, il convient de ne le préparer qu'au moment du besoin.

Solution :

Perchlorure de fer à 30° 5-20 grammes.

Décoction de guimauve 1 litre.

Employée contre les flueurs blanches (Sandras).

FER (pharmacie). '^^''

Eau 24

Pcrchlorure de fer à 3U° '12

Acide citrique ^

En topique contre le clumcre (RoUet). Ou encore

Pommade

Acide rhlorliydrique

Acide citrique ^ £à 4

Perclilorure de fer à 50°. . . .

Eau distillée 52

(nollet.)

Perchloriire de fer liquide .... 1-0 grammes. Axonse henzinée 50 —

Dans les affections squameuses de la peau (Devergie). Saccharure :

Perch'oruie de fer 1 gramme.

Sucre 50 —

C'est le saccharure de Pagliarl longtemps célèbre. Potion antihémorrliagique :

Solution de perclilorure 1-4 grammes.

Sirop 50 —

Eau distillée ll'O —

Une préparation jadis très-usitée est le teinture de Bestuchef :

Perclilorure de fer cristallisé ... 1 gramme.

Liqueur d'Hoffmann 7 —

6 à 20 gouttes dans un verre d'eau sucrée. C'était au siècle dernier Vélixir

Vor ou les gouttes d'or du général de la Mothe. PfioTOioDURE DE FER. loDURE FERREUX. On pèsc exactement :

Iode 80 grammes.

Tournure de fer coupée 20 —

Eau distillée 100 —

qu'on chauffe légèrement. On filtre la liqueur dès qu'elle ne présente plus que la teinte verte propre aux sels ferreux solubles. On évapore rapidement cette dissolution, après y avoir introduit quelques lames de fer. On arrête la concentration dès que le liquide déposé sur un corps froid se solidifie. On coule l'iodure sur une assiette, et quand il est pris en masse cristallisée, on le brise en fragments que Ton enferme dans des flacons secs {Codex).

Malheureusement il est difficile, sous cette forme solide, de le préserver de toute altération.

Aussi Dupasquier a-t-il proposé de le remplacer par une solulion titrée.

Il introduit dans un flacon :

Iode 57 gr.87

Fil de fei' coupé 75 50

Eau distillée 400 grammes.

La réaction est complète au bout de quelques jours, et la solution contient le Yô ^*^ ^^"^ poids d'iodure de fer.

Deschamps et Huraut-Moutillard ont proposé des solutions dans lesquelles la proportion d'iodure de fer s'élève au f ou au |- du poids du liquide.

Toutes ces solutions s'altérant, il est plus simple de préparer en quelques instants la solution au titre que l'on voudra (Andouard). Jeanncl, toutefois, pour les cas où il est nécessaire d'avoir sous la main une solution feite d'avance, a proposé la formule suivante :

498 FER (puARMAcrE).

Iode 8,20 grammes.

Limaille de fer 4 —

Eau distillée 20 —

Mellite simple 70 —

Acide lartrique 0,50 —

Cette liqueur renferme 10 p. iOOd'iodurc de fer. Elle se conserve, parce que la glucose du mellite s'oppose à son oxydation. L'acide tartrique l'empêche de se troubler et atténue sa saveur ferrugineuse. Blancard et Mentel ont trouvé chacun de leur côté un excellent moyen de s'opposer, pour certaines préparations, à l'instabilité de l'iodure de fer.

La procédé de Mentel consiste à séparer dans un granule, par une couche de sucre, les matériaux qui dans l'estomac donneront naissance au protoiodure :

lodure cakique 5i0 grammes.

Sulfate de fer pur 450 —

Fer réduit 50 —

Sucre q. s.

Pour 50,000 granules de O^^OS, contenant chacun les éléments nécessaires

pour produire O^SOl de protoiodure. Les éléments sont séparés par une couche de sucre, et la réaction ne s'opère que dans l'estomac.

On donne de 1 à 5 grammes de granules qui doivent être avalés rapidement dans une cuillerée d'eau. Blancard met dans un ballon de verre :

Iode 40 grammes.

Limaille 20 —

Eau distillée 60 —

Puis, quand le liquide est devenu verdâtre, on filtre dans un vase contenant :

Miel blanc 50 grammes.

On évapore ensuite jusqu'à 100 grammes, on ajoute alors un mélange à parties égales de poudres de réglisse et de guimauve; on divise en 1000 pilules qu'on jette dans du fèr porphyrisé ; on les recouvi'e ensuite d'une solution concentrée de résine-mastic et de baume de Tolu dans l'éther.

Chaque pilule contient Os^S d'iodure de fer et 08'',01 de fer porphyrisé. Mayet, Deniquc, ont cherché à éviter la durée de l'évaporation en réduisant la quantité d'eau employée. Perrens, Herbelin, évitent l'action du feu.

Magnes-Lahens a proposé pour les pilules la formule suivante :

Iode 4,10 grammes.

Limaille 1,50 —

Sucre de canne 2,50 —

Gomme arabique 2,50 —

Eau distillée 2,50 —

11 emploie, comme on voit, peu d'eau, afin d'éviter l'évaporation. Il évite la filtration qui altère l'iode et en fait perdre une partie; il met un excès de fer pour préparer l'iodure pendant et après la confection des pilules ; il substitue au miel, qui a l'inconvénient d'être acide, aqueux et hygrométrique, un mélange de gomme et de sucre ; il emploie des vases de fer.

11 incorpore la pâte iodo-ferrée à 5 grammes de poudre de réglisse et divise en 100 pilules.

Andouard propose de remplacer la poudre de réglisse par 7s'',50 de gomme arabique pulvérisée et de chauffer légèrement. Des dragées semblables, dissoutes dans l'eau plusieurs mois après leur préparation, donnent encore une solution incolore : l'iode ne s'y est donc pas altéré.

FER (pharmacie). ^^'^'

Ces deux préparations doivent évidemment se substituer aux autres formules de pilules.

Tisy a modifié la préparation des sels de fer instables de la façon suivante :

Il associe : lactate de fer, iodure alcalin, une poudre inerte de guimauve qui empêche la décomposition ; il enveloppe dans des capsules de gélatine ; arrivée dans l'estomac avec un peu d'eau, la capsule se crève et donne lieu à un dégagement à'iodure de fkr à l'état naissant.

Il a fait de même pour le bromure de fer.

Mais de toutes les préparations d'iodure de ler, le sirop est le meilleur au point de vue de l'intégrité du principe actif :

Iode 4 gr. 25

Limaille 2 giammes.

Eau dislillée 10 —

Sirop de gomme 785 —

— de fleurs d'orangei' 200 —

On met l'iode dans un petit ballon de verre avec l'eau distillée ; on ajoute la limaille par petite quantité, en agitant chaque fois; en chauffe doucement; on pèse alors dans un flacon taré les sirops; on filtre au-dessus de ce mélange la solution d'iodure de fer; on lave le filtre avec une quantité d'eau suffisante pour compléter 1000 grammes. 20 grammes de ce sirop contiennent 08'',10 d'iodure de fer.

HvpoPHOSPHiTE DE FER. On l'obticut en dissolvant la limaille de fer dans l'acide phosphoreux; on évapore dans le vide pour fliire cristalliser.

Il a été proposé comme succédané des hypophosphites alcalins ; son altéiubilité en fait généralement délaisser l'usage.

Arséniate de fer. On mélange deux dissolutions contenant : l'une, 100 gr. d'arséniate de soude; l'autre, 170 grammes de sulfate ferreux. Il se forme du sulfate de soude et un précipité d'arséniate de fer qu'on lave et qu'on sèche à l'air libre.

Carbonate ferreux. Le Code^ indique la préparation suivante :

Versez une solution de carbonate de soude dans une solution de sulfate ferreux; le carbonate ferreux se précipite et le sulfate de soude reste en dissolution.

Pour prévenir l'oxydation du cai'bonate ferreux, on fait bouillir ce liquide et on y ajoute ^ de son poids de sucre.

C'est un des sels les plus solubles dans les acides faibles. La facilité avec laquelle il s'altère ne permet pas de le donner autrement qu'en pilules. Celles de Blaud et de Vallet sont bien connues.

Pilules de Blaud :

Sulfate de pi'otoxyde de fer .... 30 grammes.

Carbonate de potasse 50 —

Gomme arabique en poudre. ... 5 —

Eau 50 -

Sirop simple 15 —

Faites dissoudre dans une capsule de porcelaine, à la chaleur du bain-marie, la gomme dans la quantité d'eau prescrite. Agitez pendant quelques instants pour rendre le mélange homogène ; ajoutez le carbonate de potasse préalablement pulvérisé en remuant avec une spatule de fer, et continuez de chauffer jusqu'à ce que la masse ait acquis une consistance pilulaire, plutôt dure que molle.

Divisez en 120 pilules qu'on argentera. Chaque pilule pèse 0"%40. Dose 1 à 1 5 par jour.

500 FER (pharmacie).

Pilules de Vallet :

Protosnlfate de 1er 1,000 grammes.

Carbonate de soude 1,200 —

Miel blanc 300 —

Sucre de lait. 300 —

Sucre blanc q. s.

On fait dissoudre à chaud le sulfate de fer dans une suffisante quantité d'eau contenant Yg de son poids de sucre et privée d'air par l'ébullition. On fait de même la solution de carbonate de soude ; on réunit les deux liquides; on agite, et on laisse reposer pour permettre la précipitation du carbonate de fer hydraté ; on décante et on remplace par une nouvelle eau sucrée, en continuant la décantation et le lavage jusqu'à ce que le liquide n'enlève plus de sel alcalin; on jette enfin le carbonate de fer sur une toile serrée imprégnée de sirop de sucre; on exprime graduellement et on met le carbonate dans une capsule avec du miel. Le mélange se liquéfie par l'action du miel sur l'eau contenue dans le carbonate ; on ajoute le sucre de lait et on concentre très-promptement jusqu'à consistance d'extrait; on fait des pilules de 0s%25 qui doivent être argentées.

Préparation extemporanée :

Le malade met dans son verre des volumes égaux de solutions titrées de sulfate de fer et de bicarbonate de soude, puis il boit rapidement le mélange avant que le carbonate ferreux précipité ait eu le temps de s'oxyder.

On peut aussi faire fondre séparément le sulfate de fer et le bicarbonate de potasse, de façon que la formation du carbonate de fer ait lieu dans l'estomac même.

loDURE DE FER ET DE QciiMi\E. Ou vcrsc uuc solution d'iodui'c de baryum dans une solution alcoolique de sulfate de quinine; on sépare le sulfate de baryte qui se dépose, puis on chauffe au bain-marie avec une solution d'iodure de fer, l'iodure de quinine résultant de cette double décomposition ; il.se précipite alors des paillettes jaunes d'iodure de fer et de quinine [de Smedt). On fabrique un sirop et des pilules.

Sirop :

lodure di! fer et de quinine 1 gramme.

Eau distillée 120 —

Sucre blanc 180 —

50 grammes contiennent 0,10 d'iodure double de fer et de quinine. Pilules :

lodure de fer et de quinine .... 1 gramme.

Miel 1 —

Poudre de guimauve q. s.

Pour 12 pilules qu'on recouvre d'une couche résino-balsamique ; chaque pilule contient 85 niilligr. d'iodure double.

Tartrate ferrico-potassique. Ce tartrate double s'obtient en combinant l'oxyde ferrique au tartrate acide de potasse :

Biiartrale de potasse pulvérisé. . . 100 grammes. Peroxyde de fer hydraté q. s.

L'hydrate ferrique étant obtenu sous forme d'une gelée humide, on détermine la quantité d'eau qu'il renferme en en desséchant lOgram., on met dans une capsule de porcelaine la quantité d'hydrate qui correspond à 45 grammes d'oxyde sec, et on y ajoute la crème de tartre, on fait déposer pendant 2 heures à 60°, on tiltre et on distribue la liqueur en couches minces à une température de 40 à 50°.

Pour en assurer la solubilité, Béral conseille de mélanger à sa solution un excès

FER (i-iiarmacik). 501

d'ammoniaque, mais il se produit alors de l'ammoniaque en présence des alcalis auxquels, par conséquent, il convient de ne pas l'associer. C'est avec ce corps que se prépare Veau martiale (Trousseau) :

Tartrate ferrico-potassique .... 1 gramme.

Eau gazeuse 650 —

Sirops :

Tartrate fenico-polasbique. ... 25 grammes.

Eau Hiitillée de cannelle 25 —

Sirop de sucre 930 —

20 grammes de sirop contiennent 0,30 de sel double, soit 0,10 de fer. Tablettes ferrugineuses :

Tarirate ferrico-potassi'jue. ... 50 grammes.

Sucre blanc 1,000 —

Sucre vanillé 30 —

ihuilage de gomme adraganle . . 100 —

Chaque tablette de poudre de i gramme contient 0,05 de sel double. Teinture de Mars tartarisée :

Limaille de fer 100 grammes.

Crème de tartre 250

Eau distillée 5,000 —

Alcool à 90° 50

Les célèbres boules de Nancy ne sont plus employées aujourd'Inii. Mialhe a fait des pilules qui contiennent cliacune 0,25 de sel double. Il a fait de même une eau ferrée gazeuse :

Tarlrale ferrico-polassique .... 1 gramme.

Carhonale de soude 5 —

Acide citrique 4 —

Eau 650

Citrate de fer ammoniacal. Il a été introduit dans la matière médicale par Béral. On obtient ce sel en dissolvant du peroxyde de fer dans une solution de citrate d'ammoniaque :

Acide ci' -ique cristallisé 100 grammes.

Ammoniaque liquide IS —

l'eroxyde de fer hydraté q. s.

On met l'acide dans une capsule de porcelaine avec la quantité d'hydrate ferrique qui correspond à 55 grammes d'oxyde sec; on ajoute l'ammoniaque et on fait déposer le tout pendant quelque temps à 60°. On laisse refroidir, on tîltre, on rapproche de consistance sirupeuse, et on distribue la liqueur en couche mince à une température de 40 à 50° (Codex).

Sirop de Béral :

Citrate de fer 15 grammes.

Sirop simple 485 —

Les pastilles de Béral sont de 0,05, les pilules de Béral de 0,20. On prépare un saccharure de citrate de fer et d'ammoniaque qui sert à confectionner une eau ferrée.

Ce sel entre avec le quinquina dans le sirop tonique de Le Couppey. Le sirop de Codex contient :

Citrate ammoniacal 23 grammes.

Eau distillée de cannelle 23 —

Sirop de sucre 950 —

20 grammes de ce sirop contiennent 0,50 de citrate de fer, soit 0,0G de fer.

502 FER (pharmacie).

Voici la formule du sirop de quinquina ferrugineux :

Sirop de quinquina Iluanaco au vin. 1 ,000 grammes. Citrate île fer 10

20 grammes contiennent 0,20 de sel de fer.

Vin ferrugineux

Citrate tle fer 5 grammes.

Vin de Malaga 1.000 —

Une cuillerée à bouche contient 0,10 de citrate de fer.

Lactate de fer. Voici le procédé de préparation de Soubeiran :

Laclate de chaux 1,000 grammes.

Sulfate ferreux 900 —

Eau 2,C00 —

On place le lactate dans une capsule avec l'eau et on fait dissoudre. Quand la liqueur est en ébullition on ajoute en une fois les cristaux de sulfate de fer. Quand le sel est dissous, on retire du feu et on exprime rapidement dans une toile. La solution, abandonnée au repos, cristallise; on presse les cristaux et on les sèche au bain-marie.

Le lactate ferreux présente un grand avantage pour ceux qui croient que l'acide lactique est l'acide libre de l'estomac.

On prescrit des pilules :

Lactate de fer 5 grammes.

Poudre de guimauve 1

Sucre pulvérisé ) '

Pour 100 pilules de chacune 0,05 centigr. de lactate. Des tablettes :

Lactate de fer S grammes.

Sucre pulvérisé 92 —

Sucre vanillé 5 —

Mucilage de gomme adraganle. . . q. s. —

Pour 100 tablettes de chacune 0,05 de lactate. Les dragées de Gélis et Conté sont au lactate de fer.

Sulfate de fer ou couperose verte. On l'obtient en dissolvant du fer dans l'acide sulfurique étendu :

Limaille de fer 120 grammes.

Acide sulfurique pur 160 —

Eau 1,100 —

On introduit dans un ballon d'abord l'eau, puis l'acide, on ajoute par parties la limaille. Lorsque l'effervescence a cessé, on porte la liqueur à l'ébullition et on filtre rapidement.

On ajoute 2 grammes d'acide sulfurique, on concentre, puis on laisse cristalliser. On lave les cristaux avec de l'alcool à 85° et on les sèche (Codex).

11 sert à préparer le sirop chalyhé de Willis, la poudre gazogène ferrugineuse.

On l'emploie surtout comme agent externe : pommades, pierre de Knaup usitée en médecine vétérinaire.

Les pilules de Pereira contiennent chacune :

Sulfate de fer , 0,06 gramme.

Aloès Barbade 0,04 —

La pommade martiale de Velpeau :

FER (pharmacie).

Sulfate de fer 10 grammes.

Axonce 5ô —

La poudre gazogène ferrugineuse est ainsi composée :

Acide tartriqne 80 grammes.

Bicarbonate Je soude 60 —

Sucre pulvérisé 260 —

Sulfate de fer ô —

20 grammes par litre d'eau (Codex).

Cyanure de fer. Le bleu de Prusse entre dans la composition des pilules de Rodriguez :

Bleu de Prusse 4 grammes.

Gomme arabique 4 —

Sucre blanc 8 —

Cannelle 1,20 —

Sirop d'ccorce de citron . ... q. s. '

Pour faire 20 pastilles, recommandées par leur auteur pour la fièvre intermittente de l'enfance à la dose de 3,6 par jour.

Sulfure de fer. On chauffe à une douce température un mélange de 2 gr. de limaille de fer etl gram. de soufre, pour former une pâte liquide. La combinaison se fait aussitôt. On prépare un sulfure hydraté en précipitant une solution de sulfate de protoxyde de fer par une solution de monosulfure de sodium.

Le sulfure anhydre est peu employé ; il donne lieu dans les acides de l'estomac à un dégagement désagréable d'hydrogène sulfuré.

Le monosulfure hydraté a été proposé par Mialhe comme un contre-poisou du sublimé-corrosif. Sandras et Bouchardat préfèrent le persulfure de fer hydraté qu'ils préparent en versant goutte à goutte une solution neutre de sulfate ferrique dans une solution diluée de trisulfure de potassium.

Valérianate de fer. On l'obtient en faisant réagir l'acide valérianique sur la limaille.

On en confectionne des pilules :

Valérianate de fer 1 gramme.

Miel et poudre de guimauve. . . q. s.

Pour 20 pilules, 2 à 10 par jour.

Protophosphate de fer. On l'obtient par double décomposition. Bouchardat conseille d'associer du phosphate sec de soude et du sulfate de fer, et à 10 grammes pour préparer avec miel q. s. 100 pilules.

De 1 à 10 par jour.

PyROPHOSPH.ATE de fer CITRO-AMMOISIACAL.

Perchlorure de fer liquide .... 130 grammes.

Pyro[)hosphate de soude 84 —

Acide citrique 26 —

Ammoniaque . q. s. pour saturer.

Robiquet a donné la formule d'un sirop :

Pyrophosphate de fer citro-ammo-

niacal 10 grammes.

Sirop simple 900 —

Sirop de lleurs d'oranger 100 —

On le colore avec la teinture de cochenille ou d'orcanette. Chaque gramme de ce sirop contient 0,01 de sel de fer. Robiquet fait également des dragées :

Pyrophosphale de fer citro -ammoniacal. 50 grammes.

Divisez en 500 dragées.

504 FER (thiîrai'eutique).

De ces diverses préparations officinales il convient de rapprocher les divers EXTRAITS DE SAKG, les préparations d'uésiATOsiNE, de sang desséché, et surtout I'hémoglouine préparée par Le Bon {voy. ces mots).

§ m. Thérapeutique. L'aliondancc du fer dans la nature, l'idée de force, de puissance, qu'on a depuis longtemps attachée à son nom et qui l'a fait placer sous l'invocation du Dieu de la guerre, l'invincihle Mars lui-même, sont autant de causes qui, à des degrés divers, ont contribué à accréditer son action victorieuse sur les maladies, particulièrement sur celles où l'on pouvait regarder comme favorable l'apport de la puissance et de la force. Ce sont là les causes qui ont présidé à la période initiale et que je qualifierai volontiers de sentimentale de ce médicament ; mais l'observation de ses effets réels se faisait cependant et l'empirisme clinique, représenté par des noms illustres, l'implantait encore davantage dans la matière médicale, lorsque les premières recherches d'hématologie, déjà bien anciennes, lui apportèrent l'appoint de la théorie. Le fer passait, en définitive, au )'ang de panacée, lorsque la période qu'éclairera longtemps, malgré ses excès, la grande figure de Broussais, fut pour le Mars, comme on disait jadis, celle d'un discrédit complet. Mais la réaction était inévitable : après avoir saigné à outrance, on devait donner à profusion ce régénérateur par excellence d'une génération déclarée, en masse, anémique; nous traversons actuellement cette période.

Nous aurons à voir si la richesse de notre arsenal pharmaceutique en préparations ferrugineuses est aussi enviable qu'on semble le croire et s'il ne serait pas temps, sans tomber encore une fois dans un excès contraire, de limiter l'emploi d'un remède, sans doute excellent, mais dont il est permis de dire qu'on abuse, et, ce qui est grave, non pas heureusement pour les malades, mais pour la fortune du médicament, dont on abuse avec une assez grande impunité. En cela, du reste, la pharmacie enlrame peut-être la médecine plus loin qu'elle ne voudrait, en convertissant d'abord et directement le public. Trousseau se plaignait déjà d'un luxe aussi inutile, etLorain, avec son esprit habituel, avait montré « les officines transformées en laboratoires de physiologie et produisant des analyses de chimie animale, bientôt suivies, quand elles n'étaient pas précédées, de remèdes martiaux qui se trouvaient répondre parfaitement aux nouvelles théories physiologiques. )t

Au surplus, c'est au médecin qu'il appartient de réagir et de prendre un juste milieu entre l'abus et l'oubli, il doit donc se poser un certain nombre de questions sur lesquelles il est nécessaire d'être fixé pour asseoir son opinion :

Quelle est l'action du fer sur les premières voies ? Le fer est-il absorbé ? Si oui, dans quelle proportion et sous quelles formes ? Quelle est son action dans le sang et sur les grandes fonctions ? A-t-il une action générale? Quelle est-elle et comment s'opère-t-elle ? Enfin, après s'être ainsi renseigné sur son action physiologique, il est nécessaire de juger son rôle clinique, ce qui suppose la connaissance des états pathologiques désignés sous le nom d'ANÉMiE, de chlorose {voy. ces mots). Il sera temps alors d'étudier les préparations le plus avantageuses et leur mode d'emploi.

Action sur les premières voies. Le fer et ses composés déterminent dans la bouche, à un degré variable, une sensation d'astringence et un goût styptique dont l'encre donne le type caractéristique. Cette action sur les houppes nerveuses spéciales s'accompagne de phénomènes corrélatifs sur le système vasculaireet sur

FER (thérapeutique). 505

les libres musculaires sous-muqueuses : ce sont d'une part l'injection superficielle, produisant la rougeur au point oii le fer a touché la muqueuse, celle de l'estomac, par exemple, turgescence qui peut produire l'accroissement de l'appétit ; ces phénomènes circulatoires poussés plus loin changent les conditions de sécrétion des glandes dont les orifices s'ouvrent sur la muqueuse et produisent dans ces organes un assèchement relatif: la constipation qui succède à l'administration des ferrugineux en est une conséquence ; le ralentissement qui a lieu quelquefois dans la sécrétion des glandes stomacales contribue dans certains cas à produire la dyspepsie spéciale qui accompagne l'ingestion de certaines préparations de fer. Mais l'action stimulante que l'irrilalion produite sur la muqueuse exerce sur les fibres musculaires sous-Jacentes compense, il est vrai, les effets de la sécheresse, et provoque des mouvements peristaltiques qui, dans l'estomac, aident à parfaire la digestion, et dans l'intestin provoquent l'exonération mécanique, action qui appartient surtout au début de la médication ferrugineuse, alors que les plans musculaires ne sont pas encore habitués à cette stimulation.

Tous ces phéuomènes, suivant leur intensité, peuvent produire des effets diamétralement opposés : c'est ainsi <pje, conformément aux lois qui régissent tous les tissus, la turgescence glandulaire, qui à un degré élevé produit l'assèchement, amène à un degi'é moyen une hypercrinie qui, si elle a lieu dans l'estomac, pourra être utile à la digestion, tandis que, si elle se produit dans l'intestin, elle amènera la diarrhée, symptôme qu'on voit en effet parfois apparaître sous l'influence des préparations martiales. La stimulation nerveuse de l'estomac pourra de même dépasser la limite apéritive et eupcptique et s'ériger en douleur, sous forme de gastralgie.

A ces phénomènes d'ordre mécanique viennent s'en joindre d'autres eu rapport avec l'action chimique : c'est ainsi que l'oxydation du fer métallique dans l'estomac amène un dégagement d'hydrogène qui, 'se combinant à l'état naissant avec le soufre des aliments ou des matières albuminoïdes, donne lieu à la formation d'une certaine quantité d'hydrogène sulfuré, qui se dégage alors par éructations sous forme de renvois nidoreux.

Absorption. Le fer est par lui-même insoluble ; il ne peut être absorbé qu'à la faveur de son union avec certains acides, ou de sa combinaison avec les acides libres de l'estomac, qui forment avec lui des composés solubles et absorbables.

Mais cette dissolution ne s'effectue pas dans des proportions illimitées : les expériences que Quévenne a pratiquées sur des chiens porteurs de fistules gastriques lui ont montré que sur 0,50 centigrammes de fer réduit déposé dans l'estomac, cet organe n'en dissout guère qu'un dixième, soit 0,05. Le reste traverse le tube digestif avec les garde-robes. Les autres préparations laissent encore moins d'elles-mêmes à l'état de dissolution ; Quévenne les rangeait, à ce point de vue, dans l'ordre de décroissance suivant ;

Ethiops ; limaille ; proto-carbonate ; proto-sulfate ; persulfate ; proto-lactate ; enfin safran de Mars, dont l'estomac ne dissout plus que 0,008 milligrammes sur 0,50 centigrammes.

En outre la dissolution ne s'effectue pas en proportion de la dose déposée : Soubeiran a d'ailleurs fait la remarque qu'une préparation de fer se dissout en quantité d'autant plus grande qu'elle renferme plus de fer métallique. Comme la dissolution a pour agent le suc gastrique, elle s'opère au moment du repas plus vite qu'à jeun et au voisinage des matières albuminoïdes plutôt

506 VER (tiiéuapeutique).

qu'en présence d'autres aliments, ce qui s'explique par la spécialité d'action de l'estomac, qui ue sécrète qu'en présence des premières. Les amers, les aromatiques, etc., favorisant cette sécrétion, ont par cela même une action favorable sur la dissolution.

Le médicament est alors prêt pour l'absorption. Mais cette absorption a-t-elle lieu? Si cette question était résolue négativement, il serait inutile d'aller plus loin dans l'étude d'une médication au moins inutile : or Gélis et Bouchardat ont vainement cherché dans l'urine la trace du fer ingéré ; Hirtz et Hepp n'ont pas été plus heureux ; Cl. Bernard n'a pas trouvé plus de fer qu'à l'ordinaire dans le sang, après l'injection d'une solution ferrugineuse dans le tissu cellulaire; constatons toutefois en passant que ce résultat négatif n'a rien qui doive surprendre dans cette dernière expérience. Les composés du fer ont sur le tissu cellulaire une action trop irritante pour être absorbés par lui ; ils y forment des corps étrangers, y déterminent un abcès, mais ne s'absorbent pas plus que ne fait en pareille circonstance une solution de sulfate de quinine ; Luton a vainement cherché à faire absorber du lactate de fer parle tissu cellulaire sous-cutané; il n'a déterminé que des indurations.

Mais toutes ces recherches vaines du fer dans le sdiverses sécrétions ne sont pas suffisantes pour permettre de nier l'absorption ; le fer peut d'abord avoir échappé aux recherches; il peut enfin ne s'être pas éliminé encore, en quantité appréciable, au moment de l'expérience, bien que l'absorption ait eu réellement lieu. Rabuteau, après avoir injecté directement dans le sang du protochlorure de fer, n'a pas retrouvé de fer dans les sécrétions, et pourtant on ne peut nier que dans ce cas l'absorption ait eu lieu.

Au surplus l'élimination a été constatée par d'autres observateurs : Quéveime, après avoir pris 2 grammes 50 de fer, en a retrouvé dans l'urine. Bistrow a retrouvé ce métal dans le lait de chèvres auxquelles il avait fait prendre de 1 à 3 grammes de "lactate de fer. Tiedemann et Gmelin ont trouvé du fer en quantité notable dans la veine porte d'un cheval à qui on avait administré six heures avant 180 grammes de proto-sulfate de fer; la noix de Galles noii'citles urines des gens qui font un grand usage d'eaux minérales ferrugineuses ; enfin Briick (de Dribourg) s'est assuré que les phosphate, muriate et carbonate de fer sont absorbés à la dose de 0,05 centigrammes par jour; la limaille à la dose de 0,025 milligrammes. Mais la masse du sang d'un lapin n'a pu en prendre plus de 0,40 à 0,50 centigrammes ; au delà de ces chiffres, il n'y eut plus absorption et tout le fer donné en plus fut évacué.

L'absorption est donc réelle. Mais elle semble limitée ; au delà d'une certaine quantité, l'organisme semble ne plus accepter le fer ; circonstance importante et sur laquelle j'aurai à revenir.

Sous quelle forme arrive-t-il dans le sang ? Selon Liebig et selon Bouchardat, à l'état de protoxyde ; d'après Miallie, il est à l'état de peroxyde dans le sang artériel et de protoxyde dans le sang veineux. Les expériences de Cl. Bernard ont montré que les persels de fer se réduisent à l'état de protosels dans le sang. Au surplus, cette question d'ordre chimique, tout importante qu'elle soit, intéresse moins le médecin que la connaissance des effets objectifs produits sur l'organisme.

Action générale. A part les effets variables qui résultent de l'action locale du fer sur le tube digestif et dont j'ai déjà parlé, l'organisme d'un homme adulte et bien portant ne se montre pas d'abord très-inOuencé par l'usage des

FER (tiiérai'Eutique). 507

préparations ferrugineuses. Ce que l'on sait de l'absorplion limitée de ce médicament, dont l'organisme n'absorbe jamais q\i'unc très-faible quantité, laissant le surplus traverser l'intestin, explique cette indifférence apparente ; la coloration noire que prennent les garde-robes dénote du reste la piésence du fer dans ces matières, soit que les acides gallique et tannique des aliments aient formé de l'encre (Barruel), soit qu'il y ait eu formation de sulfure de fer (Bonnet de Lyon). L'absence de ce pbénomène cbcz les enfants qui ne vivent que de lait fait pencher Trousseau et Pidoux pour la première opinion.

Mais il en est du fer comme de tous les médicaments qui possèdent une action physiologique quelconque, si peu prononcée soit-elle. Le sens de cette action est d'autant plus marqué, que l'organisme qu'on observe est déjà par lui-même normalement ou anormalement plus manifestement dirigé dans le même sens : l 'opium, qui congestionne le cerveau, produit des effets objectifs plus tranchés sur un cerveau déjà habituellement hyperémié que sur un cerveau anémié. Une petite dose de sulfate de quinine amènera la syncope chez un sujet disposé à l'anémie cérébrale et produira des effets peu apparents sur un autre sujet, dans des conditions d'hyperémie cérébrale absolument opposées.

Le fer, qui dans des conditions normales peut passer inaperçu, produit do même ses effets, qu'on pourrait nommer pblogistiqucs, d'une façon plus apparente chez un homme plétbori(|ue ; c'est alors qu'il est manifestement contreindiqué, qu'on observera du malaise, de l'anxiété précordiale, un sentiment de plénitude, sensations qui se traduisent au dehors par l'éruption de pustules d'acné, des épistaxis, ou des liémorrbagies par une autre voie : hémoptysies, métrorrhagies, etc.

Chez une femme cblorotique tous ces symptômes effrayants n'apparaîtront pas ; si la médication doit réussir, on verra seulement les tissus relleurir, la circulation s'activer, les forces revenir, en un mot, les symptômes pathologiques disparaître graduellement.

C'est pour méconnaître, ici et à propos de bien d'autres médicaments, l'état propre du sujet qui va servir de substratum à l'action du médicament, qu'on trace souvent des descriptions si dissemblables de l'action d'une même substance : la puissance intrinsèque d'un même médicament est pourtant la même dans tous les cas; la résistance du sujet diffère seule. Lorsque le professeur Jlirtz déclare qu'il n'a jamais remarqué à la suite de l'emploi du fer ces raptus congestifs dont on a fait le tableau, cela prouve peut-être, et on eût pu le prévoir, qu'il n'a jamais donné ce médicament intempestivement ; mais cela tient aussi à ce qu'il explique ces phénomènes par les troubles apportés dans les premières voies par la médication ferrugineuse, dont c'est là en effet un des inconvénients trop fréquents.

Lorsque le fer est donné hors de propos ou trop longtemps continué, il provoque, par un mécanisme où les troubles digestifs trouvent peut-être leur rôle, mais qui est certainement compliqué de l'intervention d'un autre élément encore, des maux de tête, des épistaxis, des raptus congestifs protéiformes ; il y aurait lieu d'être étonné de voir Trousseau et Pidoux déclarer que le fer, loin de i^endre les règles plus abondantes, « comme on le dit généralement, » les retarde au contraire et les diminue, si l'on ne tenait compte encore ici des conditions d'observation où se sont certainement placés les deux illustres cliniciens. Lorsqu'on donne le fer à une femme qui perd son sang par défaut de plasticité ou par défaut de tonicité vasculaire, lorsqu'en un mot on se trouve en présence d'hémorrhagies passives, qui ne font qu'accroître l'anémie, laquelle à son tour

508 FER (thérapeutique).

accroît l'atonie, le fer peut sortir la malade de ce cercle vicieux ; il faudra le manier avec prudence néanmoins. Mais donnez la même quantité de fer à une femme dysménorrhéique chez qui l'anémie, le défaut d'incitabiiité, si vous voulez, empêche le molimen menstruale, et vous verrez les règles revenir. Donnez maintenant le même remède à une femme aussi anémique que la précédente, mais chez qui l'élément nerveux suscite à lui seul l'éréthisme pelvien, et vous déterminerez unemétrorrhagie. Il n'est donc pas juste dédire que le fer n'est pas un emménagogue ; il peut jouer ce rôle sur un terrain donné, et souvent sans que le médecin l'ait prévu ; Robert Barnes me semble donc avoir été malheureux lorsqu'il déclare, pour étayer son opinion sur l'absence de pouvoir emménagogue du fer, qu'il a souvent essayé de le donner comme tel et toujours sans succès. Ce qui est vrai pour les hémorrhagics utérines ne l'est pas moins pour les hémoptysies ou pour les épistaxis. Pokrowski (de Saint-Pétersbourg) a d'ailleurs constaté que, sous l'influence des ferrugineux, la température générale s'élève et que l'urée s'élimine en plus grande quantité, ce qui indique une augmentation dans l'intensité des actes organiques. La tension artérielle s'élève également. Ilerberger et Corneliani ont constaté l'augmentation des globules : ce dernier, sur cinquante chlorotiques, a constaté l'augmentation des globules dans la proportion de un sur trois au bout de deux mois de traitement, et cela, même en dehors du régime animal, qui avait été supprimé à un certain nondjrc de ces malades ; celles-là présentaient seulement une diminution dans la quantité d'albumine. Les recherches récentes de Hayem tendent à faire penser que les globules n'augmentent pas, qu'ils diminuent même parfois, mais que leur coloration augmente. Corneliani a constaté une diminution dans le nombre des pulsations, ce qui serait en rapport avec l'augmentation de tension signalée par Pokrowski. 11 est donc acquis que, sous l'influence du fer, les phénomènes organiques prennent tous un certain accroissement et que les globules augmentent ou foncent en couleur, résultat qui à lui seul entraîne peutêtre tous les autres.

Mais comment, par quelle opération mystérieuse le fer produit-il ces effets? Beaucoup de médecins me répondront que cela leur importe peu et qu'il leur suffit de connaître l'effet ultime qui seul intéresse leurs malades et eux-mêmes. Je crois que c'est là une erreur préjudiciable à l'art de guérir, qui devient d'autant plus pratique qu'il se fait plus savant. Cette question a eu d'ailleurs le privilège d'occuper bien des espiûts, à en juger par le grand nombre d'hypothèses qui ont été faites pour y répondre.

Pour comprendre la marche suivie à la recherche de ce mode d'action, il faut se reporter à l'époque de la découverte du fer dans le sang par Cardan (1665), par Galeati, par Menghini (1746), parBadia (de Venise) ; aux travaux de Berzélius, de Prévpst, Dumas, Andral etGavarret, Lecanu, Mulder, Robin et Verdeil, Denis, Simon, Lehman, Mialhe, Boussingault,Hoppe-Seyler, etc.. qui firent connaître l'hématosineet en donnèrent la formule C^^H'^^Azi^Fe'-Qi» (Hoppe-Seyler), C^^H^^Az^ FeO^ (Mulder); il faut se souvenir de l'accueil fait par les médecins aux découvertes d'hématologie. On comprend alors comment un grand nombre de médecins ou de physiologistes, mais surtout de chimistes, ont été conduits à regarder le fer comme un aliment nécessaire au sang. Liebig avait pu dire : « Si le fer était exclu des aliments, la vie organique serait évidemment impossible. » Puisque le fer était un des aliments nécessaires du sang, nul doute que le fer pur donné aux malades allât de suite à sa destination par intégration directe Aussi fut-il

FER (thérapeutique). 509

admis qu'il favorise la production des hématies (Uichter), que c'est le type des hématogènes et des hématiniqucs (Pereira). Mialhe regarde également le fer comme l'aliment indispensable du globule; enfin, Ilirtz achiaet que le fer élaboré pour ses combinaisons nouvelles avec l'élément globulaire et conduit par une série de métamorphoses devient enfin tributaire de l'organisme. « Une fois combiné, il apporte, dit-il, aux éléments organiques dans lesquels il entre, des conditions spécifiques d'existence et de développement qui en constituent un véritable aliment du sang. »

Au fond, il n'y a rien que de très-logique à tout cela. On donne donc le fer, et sans se montrer trop prodigue, il est aisé d'en donner de 15 à 30 grammes dans l'espace d'un mois.

Mais, si les recherches d'hématologie avaient légitimé l'invasion que fit, à une certaine époque, le fer dans la thérapeutique, elles donnèrent bien aussi l'occasion de se demander si on n'allait pas trop loin. Les travaux de Dumas montrèrent en effet que sur 1000 grammes de sang on trouve 08',16 de fer, soit 2e^40 pour 15 kilogrammes de sang, estimation beaucoup trop forte, s'il faut en croire les recherches de Herbs, de Piorry, de Weber, de Lchmann et de Bischoff, d'où il résulte que le poids du sang est au poids du corps comme 1 est à 12. Un homme du poids de 80 kilogrammes n'aurait alors que 6'', 06 de sang, soit le^l2 de fer. Il est vrai que Boussingault, xVndral et Gavarret, estiment à 0s%506o p. 1000 la quantité de fer contenue dans le sang, ce qui ferait i grammes de fer pour 6 kilogrammes de sang. Or il n'est pas de chlorotique soumise aux martiaux qui ne prenne en un mois plus de 4 fois la quantité totale de fer contenue normalement dans le sang. Supposez que de la dose faible de 0^%50 par jour elle n'absorbe que 0=%05, d'après Quévenne, ce serait encore 1 S', 50 d'absorbé pendant un mois, chiffres qui ne sont évidemment pas encore aussi considérables que la réalité les donne. Si elle prend 1 gramme de fer par jour, ce sera au moins 3 grammes qu'elle absorberait dans un mois: les trois quarts de la quantité normale contenue dans son sang ; or, la chlorose la plus marquée est loin de faire des vides aussi profonds. Nous le verrons tout à l'heure.

Ajoutons que le fer prescrit par le médecin et vendu par le pharmacien vient se surajouter à celui qu'apportent à chaque repas les aliments; or, certaines substances qui figurent dans notre alimentation sont très-riches en fer : témoin le tableau suivant dressé par Boussingault et qui indique la quantité de fer contenue dans 100 grammes de matière :

Sang de bœuf 9,057S

— de porc 0,0634

Pain blanc 0,0048

Biz 0,0015

Haricots 0,0074

Lentilles 0,0083

Épinards 0,0045

Œufs 0,0057

Vin rouge 0,0109

Vin blanc 0,0076

Eau de Seine (Bercy) 0,0040

Le savant membre de l'Institut apprécie, du reste, au point de vue du fer ainsi qu'il suit, la ration ouvrière ou économique. On sait que cette ration moyenne est loin d'atteindre le chiffre réel de la consommation dans la classe aisée, celle qui précisément use le plus des préparations martiales :

DICT. ENC. A° S. I, 33

510 KElt ( rilÉRAPEUTIQL'E).

Ration du marin fiançais 0,0()61 de fer pour 100.

— du soldat 0,0780 —

— de l'ouviier iinglais 0,0912 —

— — irlandais (pommes

de terre au lieu de pain)., 0,1090 —

— du forçat 0,0591 —

On voit quelle quantité de fer absorbe dans un mois la cblorotiquc soumise aux martiaux et supposée astreinte à ce rationnement calculé par Boussingault.

En présence de ces chiffres, il n'est pas permis de croire que le fer soit purement et simplement apporté aux globules du sang. D'ailleurs, en pareil cas, il serait bien inutile de continuer longtemps la médication, car les expériences de Rrûck (de Dribourg) ont montré que, quelle que soit l'insistance qu'on mette à donner du fer à un lapin, son sang ne consent pour ainsi dire plus à s"en charger au delà de 0^\A0 k O^SSO ; l'absorption n'a pins lieu et le fer est évacué. Or l'observation clinique nous apprend qu'il faut continuer longtemps la médication ferrugineuse : force est donc de chercher un aulre mode d'action qui vienne, sinon se substituer, du moins se surajouter à celui-là, et peut-être le primer,

.l'ajoute toutefois qu'en faveur de la théorie de l'intégration globulaire, qu"il n'admet qu'en partie, mais dont il pense qu'on doit tenir compte, M. Gubler a fait valoir l'influence des doses massives sur les actions chimiques, et a émis riiypothcse qui semble conforme aux faits, « qu'à certains organismes il faut présenter trop de 1er, si l'on veut qu'ils on prennent assez. »

Au surplus, tout le monde est d'accord sur le fait incontestable de l'amélioration de l'état du sang par le fer; mais beaucoup de physiologistes et de médecins regardent cette action comme indirecte et comme la résultante d'autres effets primoi'diaux ; le sang ne serait pas, en un mot, directement réparé par le fer. au point de vue physico-chimique; il serait plus abondamment fabriqué par l'organisme seul rendu lui-même capable de cette fonction par le fer, soit que ce dernier n'ait d'autre action immédiate que d'absorber l'acide sulfhydrique, et de permettre ainsi l'absorption du fer des aliments (llannon), hypothèse un peu mesquine ; soit qu'il n'ait d'autre action que celle d'un eupeptique, favorisant la dio^estion et l'absorption (Cl. Bernard) ; soit que par un mécanisme que nous ignorons il excite les fonctions végétatives et les forces d'assimilation et de réparation (Trousseau et Pidoux) ; soit qu'il rende aux globules leur pouvoir organisant; soit enfin que son action topique sur la membrane interne des vaisseaux provoque la formation des globules (Pidoux), Toutes ces hypothèses contiennent sans doute chacune une part de vérité, et il est bien permis de penser que les martiaux s'attaquent à une grande et primordiale fonction des tissus élémentaires et non à une spécialité organique ou fonctionnelle restreinte, comme seraient les globules et leur rôle, lorsqu'on voit l'action du fer sur les végétaux. M, Gubler regarde avec raison cette dernière considération comme capitale et propre à faille comprendre le mode d'action qui nous occupe.

On sait, en effet, depuis les expériences de Gris, répétées avec succès par Brongniart, qu'il suffit de faire absorber du fer aux racines d'un végétal dont les feuilles sont pathologiquement flétries et pâlies par ce qu'on a nommé la chlorose des végétaux, pour voir reverdir ces feuilles, 11 n'y a point ici de globules à réparer ; point de tube digestif à exciter ; point d'acide sulfhydrique à absorber; il n'y a que le réveil de cette grande propriété biologique qui, mystérieuse, préside à la vie et à son entretien.

Il est bien probable que chez un organisme plus compliqué que celui du vé-

FER (thérapeutique). 5H

gétal l'aclion du Ter est aussi plus complexe et qu'elle s'adiesse à plusieurs fonctions; ses propriétés de tonique général n'en sont pas moins nettement démontrées.

Élimination. Après s'être incorporé dans nos tissus, sous forme à' hématosine dans les globules, de phosphate de fer dans la fibrine , de biliverdine dans la bile, de mélanine dans la choroïde, il s'élimine en suivant, les évolutions et métamorphoses régressives par lesquelles ces parties coni:;tituantes de l'organisme rentrent elles-mêmes dans le circulus général de la matière ; il s'élimine en outre par l'urine [urosarcine] ; par le liquide céphalo-racliitlien (Marcet); par la sueur (Thénard) , mais surtout par les organes caducs : épidémie, ongles, cheveux et poils en général, dans lesquels se trouvent également les métaux ou métalloïdes normaux ou accidentels (Gubler). A son passage à travers les émonctoires, il recouvre ses propriétés styptiques, resserrantes, ainsi que son action topique que l'albumine avait momentanément masquée dans le sang (Gubler) .

Action thérapeutique. C'est à tort, à notre avis, qu'on sépare souvent l'action thérapeutique d'une substance de son action pliysiologii|ue : chez l'individu malade, comme chez l'homme sain, le fer s'absorbera par les mêmes voies et par les mêmes procédés ; il produira les même actions de détail cl la même action générale ; il s'climinei^a de la même façon, sinon dans le même temps. C'est au thérapeutiste à utiliser cette. évolution de la substance médicamenteuse au milieu des organes, à tirer parti des réactions par lesquelles ces organes répondent au contact de cette matière médicamenteuse, pour modifier les manières anormales d'être et de fonctionner qu'ils ont prises momentanément et qui constituent la maladie.

Voyons comment l'action physiologique peut être transformée en action thérapeutique; nous verrons en même temps si les hypothèses que nous venons de passer en revue répondent à la seconde aussi bien qu'à la première.

Chloro-anémie. Parler des ferrugineux, c'est traiter la thérapeutique des états complexes et variables qu'on nomme chlorose, anémie, hypoglobulie, etc.. C'était autrefois faire la thérapeutique de toutes les cachexies, car le fer était regardé comme « la panacée de la cachexie ». Il était, il y a moins longtemps encore, (( l'ami de nos organes » (Cruveilhier), et tout le monde reconnaissait que « les ferrugineux sont le type le plus vrai, le plus incontestable, le plus éminemment utile de la médication corroborante » (Régnier). Les préceptes formulés par Sydenham avaient produit cet enthousiasme presque deux fois séculaire, et l'histoire célèbre des mineurs d'Anzin, guéris par Hallet, au moyen du fer, n'était pas faite pour lui laisser perdre son prestige dans l'opinion publique.

Nous verrons tout à l'heure que plus d'un déboire attend ceux qui metten toute leur confiance dans le pouvoir infaillible du fer sur la chlorose; étudions pour le moment son action dans cette maladie.

Et d'abord quelle est la caractéristique anatomique de cet état? Et puisqu'il est convenu que le fer est l'aliment du sang, mesurons l'intensité, dans cette maladie, de ce prétendu appétit du sang pour le fer.

Bien que les appréciations de divers expérimentateurs également exacts soient quelque peu différentes, il nous sera toujours facile de prendre une sorte d'opinion moyenne. D'après Denis, le chiffre des globules, dans la chlorose, serait de 64 p. 1000 au lieu de 175 qu'il considère comme correspondant à l'état normal. D'après Dubuissonce chiffre serait de 65 au lieu de 128 p. 1000.

512 tER (thérapeutique).

D'après Andral, le chiffie des globules pourrait s'abaisser dans cette maladie à 109, à 65 et même à 28 p. 1000. Pour Becquerel, qui regarde le chiffre 155 comme normal, l'abaissement pourrait descendre à 100, à 80 et même à 40. Or, les globules contiennent 7 fois plus de fer que la fibrine et 4 fois plus que l'albumine (Boussingault). La diminution des globules entraîne donc une diminution à peu près proportionnelle de fer. Becquerel nous renseigne d'ailleurs sur cette perte du fer dans la chlorose ; d'après lui, alors que 1000 grammes de sang normal renferment 0^%55 de fer, le sang des anémiques peut n'en contenir que 0s%55, et celui des chlorotiques O^^ol ; les expériences de Picard, sur les chiens rendus anémiques, lui font penser que cet abaissement peut être plus considérable, de 2 à 1, par exemple, et qu'au lieu de Q«',^5 de fer, poids supposé normal chez l'homme, on pourrait trouver dans l'anémie profonde Os>-,27.

Quoi qu'il en soit, ou voit que, pour être relativement considérable, la diminution du i'er dans la chlorose est absolument petite, et que le sang aurait tôt fait de reprendre dans les martiaux et dans les aliments le fer qui lui manque, si l'action de la médication se bornait à une simple fourniture de fer. Le vide serait toujours facile à combler, qu'on admette que les globules sont réduits à un plus petit nombre de cellules, d'ailleurs normales, ou qu'on pense aveo Duncan, Malassez et la plupart des observateurs récents, que les globules sont surtout individucllcmout moins riches, non-seulement en fer, mais en manganèse et surtout eu oxygène, gaz qu'ils absorbent d'autant plus qu'ils sont plus riches de tous les matériaux qui les doivent constituer.

La pathologie, comme la physiologie, nous montre donc que l'action du fer ne saurait se réduire à un simple apport.

Enfin, si dans un grand nombre de c;is les préparations martiales augmentent la richesse du sang, la vigueur du sujet, la eoluralion des téguments, et permettent à l'assimilation de réparer les pertes multiples subies par l'organisme, les faits sont nombreux qui montrent qu'on peut souvent arriver au même résultat sans fer. Dujardin-Beaumetz cite, en faveur de cette manière de voir, une observation qu'il est à môme de faire depuis plusieurs années : médecin d'un "Tand pensionnat de jeunes filles, dont un grand nombre sont chloro-anémiques, il a trouvé, au début de ses fonctions, le fer prescrit administrativement, et en quelque sorte par classes. Il a supprimé le fer absolument, et l'a remplacé par divers autres toniques, des amers, etc., par lagymnastique^ enfin par l'hygiène. Le résultat a été des plus satisfaisants.

Trasbot, dans une récente discussion à la Société de thérapeutique, a montré que chez les animaux la chlorose guérit parfaitement bien sans fer. Du reste, les observations du genre de celles de Dujardin-Beaumetz et de Trasbot sont aujourd'hui assez nombreuses pour qu'il soit permis de penser, comme l'étude de son action physiologique nous l'avait fait prévoir, qu'il n'agit pas dans la chlorose d'une façon spéciale et encore moins d'une manière spécifique. Il exerce une action incontestable sur l'assimilation, sur la genèse physiologique des globules ; mais cette action, il n'est pas seul à l'exercer, et une alimentation réparatrice, aidée dans son absorption par les préparations eupoptiques et les amers, l'emploi des préparations arsenicales, l'aération dans les montagnes, au bord de la mer, ou simplement à la campagne, enfin tous les moyens de la médication tonique remplissent volontiers le même office.

Est-ce à dire que le fer doive être banni de la médication corroborante? Non,

FER (thérapeukque). 513

certes ; il en sera toujours un des principaux facteurs ; mais ce qui précède tend à prouver qu'il ne doit pas être ordonné quand même, en dépit des nombreux inconvénients qu'il peut présenter, qu'il ne doit pas faire seul les frais d'une médication dont il pourra, au contraire, être un utile adjuvant, soit sous une forme pharmaceutique quelconque, soit à l'état de dissolution dans les nombreuses eaux minérales naturelles.

Il ne faut pas oublier que le fer irrite souvent l'estomac et l'intestin, donnant lieu à des gastralgies violentes ; que chez les femmes nerveuses il exaspère parfois les troubles que présentait déjà le système nerveux; enfin, qu'il est certains malades chez qui il échoue complètement, sans que rien puisse faire prévoir au praticien qu'il se trouve en présence d'un sujet réfractaire.

Plus on a discuté en présence des faits les conditions où le fer peut nuire aux anémiques, plus les contre-indications ont semblé fréquentes, ou les indications peu pressantes ; Hirtz déclare que l'anémie vraie, directe, celle qui succède aux hémorrhagies, n'a pas besoin de ferrugineux. Une bonne alimentation suffit, selon lui. Il en est de même, dit-il, de l'anémie de la convalescence, dans laquelle Morton faisait un si grand usage de fer ; il en est de même encore de l'anémie qui succède à une alimeutaliun insuffisante. L'éminent clinicien fait remarquer, avec raison, qu'en pareil cas le fer moleste l'estoniaG et ompèclie l'appétit. En somme, sa véritable indication se rencontre dans l'aglobulic pure, spontanée, primitive, et il faut reconnaître que là il opère vraiment d'une manière remarquable ; Potain insiste {voy. Anémie) sur celte distinction capitale, au point de vue des indications du fer, entre l'aglobulie avec un certain degré d'hydrémie et l'anémie vraie, par diminution de la masse du sang. Ce seraient les hydrémiques avec aglobulie qui seuls seraient en droit d'attendre quelques bons effets de la médication ferrugineuse; « les beaux souffles vasculaires promettent un succès au fer, le silence des vaisseaux lui est de mauvais augure. »

Cette opinion fondée sur la clinique est incontestable ; l'explication qu'on donne du fait qu'elle énonce est plus discutable et mérite au moins confirmation : la genèse des globules, autrement dit la production de ces éléments comburants, serait dangereuse au sein d'un organisme auquel manquent les matéi'iaux de combustion. On cite à l'appui de ce danger les expériences dePanum, dans lesquelles la mort est hâtée, chez un animal en inanition, par l'injection de sang défibriné , en d'autres termes, par l'adjonction de globules rouges; tout autre serait le résultat des expériences d'Anselmier, qui nourrit les animaux en inanition avec leur propre sang tiré de la veine ; l'animal ainsi rendu hydrémique utiliserait alors cette nourriture trompeuse, puisqu'il en fait les frais, et sa vie serait prolongée de moitié.

Ces expériences, où les procédés d'absorption, injection dans un cas, ingestion dans un autre, ne sont pas comparables, me semblent, je l'avoue, peu concluantes, et elles ne suffiraient pas plus pour indiquer le fer dans l'hydrémie aglobulaire que pour le contre-indiquer dans l'anémie par diminution de la masse sanguine, si la clinique n'avait déjà fait parler, sans réplique, des faits indéniables. .

Mais il est une cachexie anémique particulière , difficile à distinguer au début, chez les jeunes filles, de la vraie chlorose, c'est celle qui prélude à la tuberculisation ou qui accompagne la phthisie à l'un quelconque de ses degrés. On a beaucoup discuté sur les avantages ou les dangers du fer dans cette forme d'anémie : les uns, s'étayant de l'autorité de Trousseau, bannissent absolument

514 FER (thérapeutique).

le fer du traitement de la tuberculose ; les autres le croient, au contraire, sans inconvénient, et l'emploient volontiers chez les poitrinaires. Cotton, médecin de l'hôpital spécial aux phthisiques de Brompton, donne à ses malades du vin ferré et dit s'en trouver fort bien; en France, Gallard donne à ses phthisiques, avec non moins d'avantages, dit-il, du carbonate de fer associé au quinquina et à l'opium.

Le praticien se trouve, en vérité, bien embarrassé, en présence d'affirmations contraires ; mais son embarras tient beaucoup à ce que de bouche en bouche les affirmations de chaque auteur prennent un caractère absolu qu'elles n'avaient point tout d'abord, et que chacun prête aux principes de thérapeutique comme au caractère, au tempérament des malades, à la forme et aux phases des maladies, une rigidité et une unité en quelque sorte schématiques, ^que tous ces éléments divers ne possèdent point en réalité.

Trousseau n'a point banni absolument le fer de la thérapeutique de la phthisie; il a seulement dit, sans accuser le fer de créer la tuberculose, qu'il guérit l'anémie, et que très-souvent « cette anémie était une condition favorable au maintien de l'affection tuberculeuse à l'état latent », et il entendait évidemment parler de l'état latent où peuvent rester les plithisies qui, une fois démasquées, deviennent éréthiques, s'accompagnent d'excitation nerveuse, de congestions locales donnant lieu aux hémoptysies ; il n'a point dit que la nécrobiose tuberculeuse, qui constitue la phthisie scrofuleuse, craignît autant le fer. Pidoux, dans la première période, exclut le fer, s'il y a congestion et phlogose ; mais il ne l'exclut pas dans le cas contraire ; il consent à ce qu'on le donne dans la deuxième et dans la troisième période, parce qu'alors ces conditions font généralement défaut ; mais il est évident que le traitement est subordonné à chaque cas particulier, et que c'est uniquement sur l'absence ou la présence de l'élément éréthique et sthénique qu'il faut, ici, ni plus ni moins que dans tous les états anémiques, baser l'emploi ou le rejet du fer dans la thérapeutique.

11 est certain cependant que, comme le même phthisique présente souvent brusquement des alternatives opposées, l'élément congestif apparaissant tout d'un coup ici ou là, pour disparaître bientôt, il conviendra d'user du fer dans la phthisie avec plus de circonspection que dans beaucoup d'autres états. Tout est là ; il ne convient pas, je crois, d'aller au delà.

J'ajoute enfin que, s'il fallait un dernier argument pour prouver combien l'action du fer sur le sang, et en particulier sur ^es globules, est peu spécifique, on le trouverait dans l'insuccès constant de toutes ses préparations, là où l'anémie cesse d'être idiopathique, toutes les fois que sous la dépendance d'une altération grave' d'un organe important ou de ses fonctions elle devient cachexie : le fer fùt-il bien supporté par le tube digestif d'un phthisique ou d'un cancéreux, pût-il un instant pallier l'anémie, qu'il ne saurait jamais guérir la phthisie, pas plus qu'il ne guérit le cancer ; cela n'a pas besoin d'être dit.

C'est pour n'avoir pas assez tenu compte de cette différence entre l'anémie idiopathique et symptomatique, et c'est, au contraire, pour avoir séparé de leur cause certains phénomènes eux-mêmes symptomatiques de l'anémie idiopathique, qu'on est arrivé à conseiller le fer comme remède spécifique deïasthme (Bataille), de Vamaurose (Blaud, de Beaucaire), de la coqueluche, de la stérilité (Blaud), de la dysménorrhée, etc. 11 faudrait, pour dresser la hste complète des maladies érigées en entités morbides curables par le fer, énumérer un à un et élever à la hauteur d'une maladie autonome chacun des symptômes de l'anémie.

FER (thérapeutique). 51^^

C'est ainsi que le fer est donné comme un remède contre les névralgies , ou bien, si ces névralgies surviennent chez une jeune femme anémique, à tempérament lymphatique et herpétique, dans de mauvaises conditions d'aération et d'alimentation ; mais donnez le fer à un homme dans la force de l'âge, vigoureux et sanguin, qui souffre d'une névralgie à frigore; donnez-le à quel- <{u'une de ces femmes anémiques, sans doute, mais surtout hystériques, présentant des bouffées subites de chaleur au visage, des raptus congestifs du petit bassin, et souffrant d'une névralgie iléo-lombaire ou intercostale, vous augmenterez le mal que vous croyiez combattre.

Les propriétés excitantes du fer ne sauraient, après la chlorose type, trouver un meilleur emploi que dans la scrofule, surtout si les martiaux sont ici associés à l'iode.

Le fer a été conseillé, sans beaucoup de succès, dans le diabète des enfants (Heine) : je ne vois pas trop comment il pourrait agir dans cette maladie ; l'expérience n'a d'ailleurs pas confirmé les prévisions de Heine.

Dans la leucorrhée, dans la blennorrhée, il n'a d'autre effet que de combattre ici encore l'anémie dont la leucorrhée est l'accompagnement fréquent et qui survient pour des raisons multiples (précautions excessives de régime, préoccupation morale pouvant aller jusqu'à l'hypocondrie, épuisement par la suppuration), chez les très-jeunes gens qui ont été longtemps atteints d'une ou de plusieurs blennorrhagies consécutives ou subintrantes, et qui sont arrivés à la période de blennorrhée.

Ce n'est point à la fièvre intermiltenle, mais à l'anémie spéciale (jui l'accompagne ou quelquefois en tient lieu, à la cachexie paludéenne, en un mot, (iu(^ peut s'appliquer l'emploi du fer conseillé par Bretonneau. Le fer n'est en rien fébrifuge, quoi qu'en aient dit Marc et Daulier.

H conviendrait de parler ici de l'emploi de certaines préparations de fer contre certains empoisonnements autres que ceux qui sont occasionnés par l'arsenic ou par le cuivre; mais l'action thérapeutique est ici une conséquence tellement directe de l'action chimique, la nature de la préparation ferrugineuse à employer importe tellement en pareil cas, qu'il me semble préférable de remettre cette étude au moment oîi je serai parvenu à la revue des diverses substances naturelles ou artificielles qui sont employées par la médication fer-

rugmeuse.

J'en dirai autant pour l'emploi externe du fer, qui ne viendra avec opportunité dans cet article qu'à chacun des chapitres relatifs aux préparations martiales principalement employées par la thérapeutique externe.

J'arrive, du reste, à l'étude thérapeutique et médicale des diverses combinaisons martiales, étude sommaire faite principalement au point de vue général de la médication ferrugineuse.

Des diverses préparations ferrugineuses au point de vue thérapeutique. Je me suis déjà expliqué au sujet du luxe excessif des préparations martiales au milieu desquelles le médecin doit choisir. C'est surtout arrivé à ce point de cet article que ce luxe me semble lourd, je dois l'avouer, car pour quelques-unes d'entre elles il serait bien difficile de faire une critique différentielle motivée. Mérat et Delens trouvent eux-mêmes qu'à la dose près le choix de tel ou tel médicament ferrugineux importe peu ; il y a cependant lieu d'établir une distinction entre les préparations, ne serait-ce que pour éliminer les plus mauvaises ou les moins bonnes, et vérifier si, comme le disait déjà Sydenham, « la chimie, à force

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de vouloir raffiner sur les préparations (de Mars), les rend quelquefois moins efficaces et moins bonnes. » D'ailleurs Trousseau et Pidoux font observer avec raison que, sans que l'explication soit souvent aisée ù trouver, « ce qu'on aura demandé en vain à telle préparation vous sera donné par telle autre sans difficulté. » Enfin, aujourd'hui que les médecins ont un peu moins peur de la chimie que ne faisait Sydenham, nous ne pouvons méconnaître les services que cette science rend chaque jour à la thérapeutique pratique. Nous ferons donc voir quel est le meilleur choix à faire dans l'arsenal des agents ferrugineux, et quelle est la tactique la plus heureuse à suivre dans leur emploi.

Et, d'abord, indépendamment des considérations d'ordre chimique, la certitude d'une pins grande absorption par l'estomac dételle préparation plutôt que de telle autre doit être le point de départ d'un classement logique des diverses préparations.

Quévenne s'est livré, au sujet de l'absorption, à un certain nombre d'expériences sur les diverses préparations martiales les plus usitées à l'époque de ses travaux.

Voici le tableau de quantités absorbées pour 0,50 centig. de chaque substance soumise à l'action de 100 gramm. de suc gastrique :

Fer réduit 0,0512

Limaille 0,0357

Oxyde noir (élhiops martial) 0,0326

Protocarbonate de fer 0.0250

Laclate de fer 0,0208

Taririiic de potasse et de fer 0,0110

Safran de Mars 0,008

Mais, s'il est important de s'assurer que l'absorption aura lieu et de prévoir dans quelle mesure, il ne l'est pas moins de se préoccuper des effets locaux produits sur les organes, préalablement à cette absorption. Le fer se dissout dans l'estomac à la faveur des acides, mais toutes ses préparations ne sont pas solubles dans les autres liquides des premières voies.

Or, les préparations insolubles sont exemptes de toute action topique immédiate ; c'est à elles qu'il convient de s'adresser, si l'on veut avoir les effets toniques analeptiques dégages de toute autre action ; lorsqu'on désire au contraire obtenir, en outre, une action tonique astringente, on fera mieux de s'adresser à une préparation soluble.

Toutes choses égales d'ailleurs, les préparations solubles ont l'inconvénient de colorer les dents en noir ; il se forme un tannate de fer insoluble aux dépens du tannin contenu dans les aliments : il sera donc toujours préférable de le donner sous forme de pilules. Pour détruire cette coloration ou l'empêcher, Mialhe conseille une poudre dentifrice au tannin, qui transforme le tannate basique insoluble en un tannate acide soluble ; à ce point de vue la division des préparations en solubles et insolubles a une très-grande importance.

Voici ce tableau emprunté à la thèse de Martin :

1° Insolubles : Fer métallique. — a. Limaille. — h. Fer réduit par l'hydrogène.

Oxydes. — a. ferreux ou protoxyde. — b. ferroso-ferrique ou magnétique, ou éthiops martial. — c. ferrique ou peroxyde Fe^O^, ou safran de Mars.

Sels. — a. sous-carbonate de fer. — b. proto-carbonate. — c. pyrophosphate. — (l. sulfure.

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2° SoLUBLES : Sels à acides minéraux.— a. Sulfate ferreux ou couperose verte. — b. Sulfate ferrique. — c. Perchlorure ferrique. — d. Protoclilorure. — e. lodure ferreux.

Sels à acides ve'gétatix — a. Acétate ferrique. — b. Lactatc ferreux. — c. Citrate ferreux. — d. Citrate ferroso-ferrique. — e. Citrate ferrique ammoniacal. — f. Tartrate ferrico-potassique. — g. Tannate de fer. — h. Valérianate de fer.

Outre la disposition à être absorbée, outre la solubilité et l'insolubilité, il faut encore considérer dans vme préparation la composition : les sels de fer à acides organiques au minimum d'oxydation sont en général plus favorables. Ceux dont l'acide est inoffensif pour l'estomac devront aussi être préférés : tels sont les lactates, carbonates, citrates, tartrates. Le fer, à l'état métallique, est la préparalion dont l'action tonique est la plus évidente.

M, Gublcr a, du reste, établi une échelle des composés ferriques qui va des carbonates aux persels. Il montre que l'action tonique analeptique des premiers est remplacée dans le perchlorure, par exemple, par une action

astrmgente.

Mais à la tête des préparations ferrugineuses il convient de placer les eaux martiales ; Sydenham disait d'elles avec raison : « La grande quantité que l'on en boit et leur convenance avec la nature fait que leur vertu martiale se communique mieux à la masse du sang, et qu'elles guérissent les maladies plus efficacement que ne peuvent faire toutes les préparations de Mars les plus vantées par la chimie. ^)

M. Gubler a toutefois montré que toutes les eaux martiales étaient loin d'avoir la même valeur, et que cette valeur ne devait pas être uniquement mesurée d'après la dose du principe ferrugineux. Sous le rapport de l'efficacité, le professeur de thérapeutique de l'École les divise en trois catégories : au bas de l'échelle les eaux ferrugineuses dépourvues de gaz ; au-dessus les eaux martiales gazeuses, et au premier rang les eaux complètes salino-martiales et gazeuses tout à la fois.

Les premières sont souvent riches en fer, mais l'absence d'acide carbonique les rend lourdes à l'estomac ; ce sont celles de Labauche, Candé, Aumale, Sainte- Quitterie deTarascon, Lac-Villers, Saint-Dizier, Château-Gontier, Forges, Gournay, Provins, Cambo, etc.

Les eaux martiales chargées d'acide carbonique se trouvent à Pyrmont, Griesbach, Schwalbach, Spa, Orezza, Vic-sur-Gère, Prugnes, Ariane, Cassuéjouls, Montbrison, Cayla.

M. Gubler place au-dessus de ces deux sortes d'eaux celles qu'il nomme lymphes minérales : telles sont les eaux martiales de Vic-en-Carladès, Chàteauneuf, Martres-de-Veyre, Renlaigue, Saint-Nectaire ou Sénectaire (source rouge). Il a réussi avec l'eau de Sénectaire à restaurer des chlorotiques que les autres moyens de traitement n'avaient pas réussi à fortifier.

En dehors de ces considérations quelques eaux pourront se recommander par l'association du manganèse au fer : Candé, Casteljaloux , Luxeuil et Provins.

Parfois, l'existence d'un état prononcé de dyspepsie devra faire préférer les eaux d'Andabres, d'Âugnat, de Neyrac, de \ichy (source Mesdames).

Bans la chlorose torpide, M. Gubler recommande l'association de la thermalité avec quelques principes sulfurés; Luchon (galerie sud), Sylvanès (Aveyron). S'il y a tendance à la métrorrhagie, il conseille les eaux qui contiennent des sulfates

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Terreux ou l'erriques, associés ù du suU'atc craluminc, afin d'obtenir un effet astringent : sources Galtier, de Cransac ; sources la Dominique et Saint-Louis, de Vais.

C'est pour imiter, autant que possible, cette heureuse combinaison de ter avec les autres principes minéralisateurs, que beaucoup de médecins associent différentes médications à la médication ferrugineuse.

Robei't Barnes, dans les maladies des lemmes si souvent compliquées d'anémie, recommande d'éviter de jete7% comme on ne le fait que trop souvent, des masses de fer dans la circulation ; afin d'obtenir la tolérance de l'estomac et de l'organisme tout entier, il débute par la médication alcaline.

Ceci dit des préparations naturelles et de leurs avantages, je passe de suite à l'étude thérapeutique des préparations officinales.

C'est sous forme de limaille fort recommandée par Sydenham ou de fer réduit que s'emploie le fer métallique.

Quévenne a montré, je l'ai dit plus haut, que le fer réduit par l'hydrogène donnait le maximum d'absorption.

J'ai dit également qu'insoluble ailleurs que dans le suc gastrique le fer, sous cette forme, ne pouvait donner qu'un effet tonique, et masquait ses effets styptiques. Pour ceux qui croient à la nécessité de ces effets, dans une certaine mesure, pour que la médication soit complète, il y a là un inconvénient. On l'a accusé de charger l'estomac et de donner lieu, plus que toute autre préparation, à des renvois nidoreux.

Comme on peut le voir au chapitre consacré à la pharmacie, ces renvois» tiennent moins à l'état du fer qu'au procédé de préparation. M. Caries a constaté en effet que les fers réduits contiennent des quantités variables d'oxydes, de soufre, de phospore et de silicium, dont la présence donnerait lieu aux troubles gastriques mis en cause. Quelques échantillons de fer réduit se dissolvent entièrement à froid dans l'acide chlorhydrique étendu de son volume d'eau, dans l'espace de deux ou trois heures, tandis que d'autres résistent à l'action de cet acide pendant 18 ou 20 heures. On conçoit la différence que le médecin constaterait alors dans l'action de ces deux échantillons.

Voici le résultat de l'analyse pratiquée par M. Caries sur 8 échantillons de fer réduit par l'hydrogène, et 1 échantillon, le dernier du tableau, de fei porphyrisé :

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