SILICE ET CHARBON
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70 (fer porph.)
La préparation qui contenait 99 de fer pouvait passer pour bonne, et il doit toujours être possible d'en obtenir une identique : nous le verrons en traitant de la pharmacie.
FER (thérapeutique). '''•^
Quévenne en donnait 0,20 à 0,50 par repas.
C'est toujours aux repas qu'il convient en effet de donner le fer, parce que la sécrétion gastrique, alors plus abondante, est nécessaire à sa dissolution.
Trousseau, qui commençait toujours le traitement ferrugineux par les préparations insolubles, donnait de préférence la limaille ou le fer réduit ; ce n est que plus tard qu'il passait aux préparations solubles.
Oxydes. Leur action se rapproclie beaucoup de celle du fer métallique, comme lui ils sont peu solubles et dépourvus par conséquent d'action astringente. Le fer métallique se convertit d'ailleurs dans l'estomac en proioxyde.
Vethiops martial ou oxyde noir, oxyde magnétique, est une bonne préparation qui peut se donner pendant assez longtemps à la dose de 1,20 gramm. C'était la préparation employée par Swediaur.
Voxyde rouge on safran de Mars est peu usitée à l'intérieur; nous avons dit plus haut que l'estomac en absorliait fort jieu ; il n'entre plus guère maintenant que dans Yongiient Canet.
Voxyde hydraté ou safran de Mars apéritif ou rouille est une excellente préparation et d'un emploi commode, elle se donne à la dose de 0,20 à 1 ou 2 gramm.
Le peroxyde de fer hydraté a été surtout recommandé comme contre-poison de l'acide arsénieux.
Sels. M. Bouchardat regarde les préparations de protoxyde comme les plus eflîcaces. 11 regarde aussi comme une circonstance très-favorable l'union du protoxyde avec l'acide carbonique ou avec un acide organique qui puisse être facilement assimilé, tels que l'acide nitrique ou l'acide lactique. l'our lui, tous les sels ferriques à radical inorganique (acides sulfurique ou phosphorique) ne sont point assimilés et ne sont utiles que comme astringents.
Les Anglais emploient cependant le chlorure de 1er, et depuis Willis le sulfate de fer avait été fort u'sité. Les sels à acides minéraux ont l'inconvénient que leur acide s'élimine en se combinant aux éléments alcalins du sang, dont ils modifient ainsi et appauvrissent la composition.
Lactate de fer. Ce sel est incontestablement une des meilleures préparations, il n'a pas d'action irritante sur l'estomac et contribue par son acide à l'action eupeptique. Il a été beaucoup employé par Andral, Bouillaud, Beau, Rayer. On le donne à le dose de 0,10, 0,60 centigr. Les dragées de Gélis et Conté en contiennent chacune 0,05 centigr. On confectionne aussi avec lui des pastilles où l'on fait entrer soit du sucre et un mucilage de gomme ; soit du sucre Raguenet et de l'essence de menthe (pastilles à la goutte).
Le carbonate de protoxyde de fer constitue également une bonne préparation, surtout si, uni au miel (pilules de Vallet), il provoque une sécrétion plus abondante d'acide lactique dans l'estomac.
Le carbonate ferroso-ferriqiie entre dans les pilules de Blaud.
Prototartrate de fer. Méhu a obtenu un prototartrate de fer absolument blanc, facile à administrer et à conserver.
Le tartrate de protoxyde de fer entre dans les boules de Mars et dans les boules de Nancy, fort employées autrefois, à la dose de 08%20 àO°S30, dans une cuillerée de soupe, au-dessus de laquelle il suffisait de racler la boule. On l'enveloppait aussi dans un nouet de mousseline qu'on agitait dans l'eau, mais il se formait alors du tartrate ferrique.
520 FER (thérapeutique).
La teinture de Mars tartarise'e ou solution hydro-alcoolique de laitrate de potasse et de fer se donne dans une potion à la dose de 2 à 4 grammes, mais principalement dans la diarrhée chronique.
Le tartre chalybé ou lartrate ferrico-potassique a été remis en honneur par Mialhe. 11 a l'avantage de moins provoquer la constipation que les autres préparations de fer ; il est moins excitant, à cause de la présence du tartrate de potasse. On le donne en pilules qui contiennent 25 centigrammes de sel double, soit Os'',10 de tartrate de fer.
Le pernilrate de fer n'est guère employé que dans la diarrhée et contre les vomissements incoercibles.
Le sulfate de fer est peu employé en pharmacie ; il existe cependant dans les eaux de Cransac, de Passy, de Selken-Brunnen, dAlexisbad. 11 a été conseillé dans la blennorrhagie, la leucorrhée, la conjonctivite (Velpeau) ; contre la chute de la muqueuse rectale (Vincent) ; enfin contre les angines.
Pereira le conseille dans la médication tonique, associé à l'aloès.
11 entre, avec le tartrate de fer, dans l'eau de Seltz artificielle qu'on désigne sous le nom d'eau de Spa dans les hôpitaux.
Mialhe l'a proposé, associé à la magnésie, comme contre-poison des sels métalliques. 11 les désoxyde et les transforme en sulfures înoffensifs. Le docteur Jeannel lui reproche de dégager, dans ces conditions, de l'acide sulfhydrique, si on le met dans l'estomac en présence d'acides.
Le sulfate de fer est susceptible de devenir assez vite un poison violent. Smith en plaça 2 grains sur les lèvres d'une plaie faite à un chien, qui ne tarda pas à périr avec des hémorrhagies sous-muqueuses. Des faits semblables ont été constatés par Orfila.
On le donne donc peu à l'intérieur. Cependant Gostes (de Bordeaux) l'a recommandé récemment dans les cas d'inertie de l'estomac.
Le phosphate de fer a été conseillé dans le diabète (Yenables) ; M. Gubler croit que, dans ce cas, son astringence peut rendre l'urine pins rare. 11 a été également conseillé dans la boulimie, et il est vraisemblable qu'il agit surtout ici comme absorbant des acides de l'estomac. Franck et Scobelt l'ont recommandé dans le rachitisme et dans la carie dentaire. Carmichaël l'a essayé, dans le cancer ulcéré, comme topique.
Acétate de fer. D'après Robert Barnes, ce serait la meilleure préparation martiale. C'est Béral qui l'a introduit dans la matière médicale; Robiquet s'en est servi pour faciliter la solution du pyrophosphate de fer, dans le vin, en présence du quinquina.
Le sous-acétate de fer a été employé surtout en bains et en douches locales dans les affections utérines.
Le citrate de fer ammoniacal effervescent est une excellente et fort agréable préparation, très-usitée en Angleterre.
Oulmont le fait prendre dans de l'eau de Saint-Galmier ; Créquy, dans de l'eau de Seltz (2 grammes par siphon).
Oxalate de fer. Cette préparation a été fort recommandée en 1873 par le docteur Girard.
Elle a peu de goût, mais on lui reproche de donner de la gastralgie. Heckel pense que, dans l'estomac, milieu acide, la base serait enlevée, et qu'il se formerait un oxalate acide, sinon de l'acide oxalique libre. Il croit que, dans le milieu alcalin de l'intestin, il doit se former un oxyde de fer et de l'oxalate de
FEU (thérapeutique). &21
soude. Peut-être est-ce à l'acide oxalique libre ou à l'oxalate de soude l'oruié qu'il faut attribuer la propriété légèrement laxative de l'oxalate de fer.
lodlujdrate de fer et de quinine. Ce sel, auquel son auteur, Antonio Rescigno di Castelsangiorgio, donna la formule FeOQu,FFP,I10, a été très-recommandé par lui dans la scrofule et l'anémie des convalescents.
Protochlorure de fer ou hydrochlorate de fer. Ce sel, récemment recommandé par Rabuteau, a été pris par lui, à titre expérimental, à la dose de 0,12 par jour. Il a constaté un état acide de l'urine, une augmentation dans la quantité des matériaux solides ; l'urée, entre autres, avait augmenté de 10 pour 100.
Bien différent du perchlorure, ce sel ne coagule pas l'albumine et ne précipite pas le suc gastrique. Ileckel le donne à la dose de Qs'jSS dans un siphon d'eau de Seltz. Rabuteau a été conduit à l'étude et à l'emploi du perchlorure de fer par la croyance à la présence de l'acide chlorhydri(jue libre dans l'estomac. Le fer, dans cette hypotlièse, passant de suite à l'état de protochlorure, il était indiqué de donner directement les matériaux sous cette forme. Il est vrai que la présence de l'acide chlorhydrique n'est pas encore démontrée.
lodure de fer. C'est une des préparations les plus employées et incontestablement une des meilleures; mais c'est aussi une des plus excitantes ot qu'il convient le plus de ne pas ordonner aux anémiques suspects d'éréthisme tuberculeux. Mais dans la scrofule, dans l'anémie syphilitique et dans tous les états torpides et exempts de menaces d'acuité et d'hémorrhagie, ce sel, à titre de fer et à titre d'iode, rend les plus grands services.
La dose est de O^SlO, Os^20, 0ë%50, Os'-,ôO, et même davantage.
D'après Binz, ce sel aurait une action toute chimique; sous l'influence de l'air atmosphérique, il se décomposerait en sesquioxyde et eu hyperiodure de fer ; l'oxygène oxyde une partie du fer, ce qui permet à l'iode, devenu libre, de se porter sur une partie du protoiodure et de former un hyperiodure. Des réactions semblables auraient lieu dans le tube digestif, et l'iode constituerait, sous cette forme légèrement irritante, un agent contre les transformations de mauvaise nature des ingesta.
Le cyanure ferroso-ferrique ou bleu de Prusse a été successivement employé comme altérant, comme tonique et comme fébrifuge. Zollickoffer, liasse, le regardent comme capable de couper la lièvre intermittente. Kirkoffs et Jansion l'ont recommandé contre l'épilepsie, à la dose de 0"%01 à 0i^%05, et même Os%10, avec une infusion de valériane; Bridges, contre les névralgies faciales.
Il se donne à la dose de 08%20 à 0s%30, mais est en somme, et avec raison, peu employé.
Varséniale de fer a été vanté par Biett, par Duchesne-Duparc, contre les dartres, le cancer; il rendrait de plus utiles services dans la médication purement tonique et altérante ; mais l'arsenic seul vaudrait encore mieux dans ces cas.
Le sulfure de fer se décompose, sous l'influence des acides de l'estomac, en oxyde de fer qui se combine avec eux et est absorbé, et en hydrogène sulfuré qui se dégage. Cette dernière réaction constitue un inconvénient sérieux du sulfure de fer. Biett, Cazenave, Bouchardat, Sandras, l'ont néanmoins employé avec succès et recommandé dans la scrofule, à la dose de 0s%20 à O^^SO.
Le sulfure de fer hydraté a été employé dans les empoisonnements par le plomb (Sandras) ; dans les empoisonnements par l'antimoine, l'argent, le mercure, l'arsenic surtout (Mialhe) ; par le sublimé corrosif (Orfila).
522 FER (thérapeutique).
Albuminate de fer. Quelques physiologistes ont pensé que le fer se trouvait dans le sang à l'état d'albuniinate. On a donc préparé un albuminate de fer qui aurait l'avantage d'offrir le fer à l'estomac sous la forme qu'il doit prendre après son absorption. Laprade, d'expériences comparatives, a conclu que le fer donné sous forme d'albuminate se retrouvait en moins grande quantité dans les garde-robes que le fer donné sous toute autre forme. Il a donc préparé une liqueur qui, par chaque cuillerée à bouche, contient 08%0o de sel de fer.
Perchlorure de fer. Incapable de céder son métal au plasma du sang, ce sel ne saurait agir à la manière des autres préparations martiales. Ses propriétés locales irritantes et coagulantes l'excluent d'ailleurs absolument de la thérapeutique reconstituante interne.
(Vest donc surtout connue agent externe que je parlerai du perchlorure de fer.
L'orsqu'on l'a employé à l'intérieur, cela surtout a été comme antiseptique : jamais, en tout cas, comme tonique analeptique.
C'est ainsi que Maurin le recommande dans la lièvre typhoïde, à la dose de 22 gouttes de solution du Codex dans 160 grammes de véhicule.
Le docteur Guipon (de Laon) s'en sert pour faire avorter la variole, et le donne à titre d'antivirulcnt. La dose quotidienne varie entre 12 et 40 gouttes, et la dose totale, pour toute la durée de la maladie, entre 48%06 (58 gouttes) et 388'",92 (556 gouttes). La durée et l'intensité de la maladie sont, dit-il, moindres; les pustules prennent un développement plus faible ; la fièvre secondaire est souvent supprimée, ou au moins atténuée. L'odeur elle-même qu'exhalent les varioleux serait moindre ; les abcès consécutifs seraient moins nombreux, et la convalescence moins longue; enfin, et surtout, la mortalité serait plus faible.
M. Pize (de Montélimart) l'a employé avec succès dans le purpura. Le docteur Baudon l'emploie dans cette maladie, à la dose de 16 à 50 gonttes ; il en badigeonne en outre les gencives.
On l'a conseillé dans le rhumatisme articulaire aigu. Isnard l'emploie dans la diphthérie ; son pouvoir plastifiant empêcherait les éléments albuaiinoïdes de transsuder ; il resserrerait la trame organique de façon à empêcher le passage de ces éléments; enfin il aurait une action corroborante sur le système nerveux.
Pour l'usage interne on se sert d'une solution à 30" (Beaumé). On fait aussi des pilules qui contiennent chacune O^^Oo de sel.
Ses usages externes sont plus nombreux. Pétrequin (1855) a proposé de s'en servir pour combattre les hcmorrhagies en nappe, et cette pratique est généralement suivie ; Cornil, à l'exemple de plusieurs médecins allemands, s'en est servi avec succès, sous forme de pulvérisation, pour arrêter les hémoptysies.
Il a été aussi recommandé contre la pouri'iture d'hôpital (Bourrot) ; les plaies de mauvaise nature (Pétrequin) ; contre les tumeurs fongueuses (Yvonneau); les scrofulides malignes (Bazin). Il a été donné comme un préservatif de la syphilis et comme curalif des ulcérations syphilitiques (Rodet).
Aubrun l'a utilisé pour toucher les fausses membranes dans la diphthérie.
11 peut servir dans le trichiasis (déviation permanente des cils par irritation de la conjonctive), pour toucher et modifier les culs-de-sac ciliaires (llayes).
Il a été maintes fois employé contre les épistaxis, notamment par William Leeper ; récemment, dans les hémorrhagics uiév'mes post partum (Macleod Hamilton). Cet auteur n'injectait pas moins de 60 grammes de solution concentrée.
Barnes, en 1869, avait déjà fait les mêmes tentatives. Cette méthode souleva
FER (thérapeutique). 525
à Londres une violente discussion, d'où il résulta que ce moyen devait être considéré comme plus dangereux que l'iiémorrhagie elle-même, et qu'un des moindres dangers de l'opération était d'amener une phlegmaiia alba dolens.
Un des plus beaux partis qu'on ait jamais tirés des propriétés coagulantes du perchlorure de fer est son emploi dans les anévrysnies, proposé pour la première fois par Pravas.
On se sert généralement pour l'emploi externe de perchlorure à 45°, étendu de \ ou l ou 2 d'eau ; mais les expériences faites à Alfort ont montré que, pour les anévrysmes, il était beaucoup plus prudent de se servir de perchlorure à 50"; celui qui marque 45** produit le sphaccle de la paroi artérielle et une hémorrhagie consécutive; à 20° le caillot est mou et sans consistance; à 50° il est ferme et adhérent. Les expériences de Giraldès sont, à cet égard, aussi démonstratives que possible. Je renvoie du reste le lecteur, pour plus de détails, à l'article Atié- VRYSHE de ce Dictionnaire.
Peroxijchlorure de fer. Béchamp fils a proposé dernièrement de mettre le perchlorure de fer en présence du peroxyde de fer. Il se forme un peroxychlorure que son auteur considère comme très-absorbable, facilement toléré, exempt de propriétés caustiques ou irritantes, sans saveur aucune, et qu'il propose d'appliquer à la grande médication ferrugineuse, à la dose de 5 à 20 gouttes.
L'auteur le donne égaleiuent comme topique ; il coagule le sang comme le perchlorure. A. Bordier.
Bibliographie. — Il serait aisé de faire preuve, ou plutôt de faire montre d'une érudition bibliographique étendue à propos du fer. — 11 faudrait même, si l'on avait la prétention d'être complet, citer une bonne partie de la littérature médicale, peu de médicaments ayant molivé })our ou contre eux autant d'écrits divers.
Nous croyons plus pratique et plus conforme aux besoins de la majorité des lecteurs de renvoyer, plutôt que de les copier, aux renseignements bibliographiques des publications générales déjà anciennes, à celles du Dictionnaire en 30 volumes, très-complète pour toute l'époque ancienne de ce médicament.
Nous indiquerons seulement, après Sydeniiam, qu'il faut toujours citer et plus quejamais, à propos du fer, les sources modernes où le lecteur pourra puiser de plus complets renseignements.
Parmi les publications périodiques, il est nécessaire de feuilleter toutes celles qui afférent à la thérapeutique :
Journal de chimie et de jj/iarmacie ;
Le Bulletin de thérapeutique ;
Le Journal de thérapeutique.
Nous signalons particulièrement certains articles, :
Archives de physiologie, de thérapeutique et d'hygiène, de Bouchardat, 1854. — Ce volume tout entier est consacré à un article important de Quéveivie sur les ferrugineux.
Revue médicale, t. I, 1837.
Gazette médicale, 1846. — Un article de Gris, sur la chlorose des végétaux et son traitement par le fer.
Union médicale, 185i. — Leçons de Cl. Bernard, au Collège de France.
Journal de thérapeutique, 187 i. — Traitement hydriatique de l'anémie, par M. Gubler; on trouvera dans cet article des renseignements sur les eaux martiales.
Bulletin de thérapeutique, 1875. — Articles de Dujardin-Beaumetz sur l'abus du fer dans la thérapeutique.
Archiv fiir Palholog., 1851. — Itecherches de Potrowski sur le fer.
Comptes rendus de l'Académie des Sciences (passim).
Comptes rendus de ^Académie de Médecine (passim).
Dans les publications générales :
Dictionnaire en 50 volumes. — Article Fer, de Guersant.
Dictionnaire de médecine. — Art. Fer, de llii'tz. Ibid., art. Chlorose, de Lorain.
Dictionnaire encyclopédique des Sciences médicales. — Art. Anémie, de Potain.
MÉRàT et DE Less, RoBijf et Verdeil. Chimie anaiomique. — Rabctead. Éléments de thérapeutique. — MiALHE. Arl de formuler. — Sée. Les Anémies. — Trousseau et Pidoux. Traité
524 FKR (hygiène industrielle).
de thérapeutique. — Gubler. Commentaires thérapeutiques du Codex. — Audouard. Éléments de pharmacie. — Soubeiran. Traité de pharmacie. — Lebaigue. Des hydrates gélatineux. Ibid., Du fer dialyse. — Martin. Thèse de Paris, 1808. — Jacques. Th. de Strasbourg, 1843.
Grancher. Thèse d'agrégation. De la médication tonique. — Robert Rarnes. Traité des
maladies des femmes. — Trousseau. Clinique. — Heckel. Agents médicamenteux, 1873. — Gélis. Le lactate de fer, 1877.
Voir en outre les bibliographies des articles Anémie, Chlorose, Sang, de ce Dictionnaire.
8 IV. nygiène. I. PATHOLOGIE ET HYGIÈXE PROFESSIONNELLES. Depuis SOn
extraction comme minerai jusqu'à sa transformation en outillage industriel, le fer subit un grand nombre d'opérations qui, toutes, donnent lieu à des considérations intéressantes, au point de vue de l'hygiène professionnelle.
Dans la plupart des métiers où l'on travaille le fer, beaucoup de ces opérations sont conmiunes ; ce qui permet d'établir des catégories d'ouvriers toujours les mêmes, mais pour lesquelles les inconvénients varient en gravité, selon l'importance de la fabrication et la disposition des ateliers. C'est ainsi, par exemple, que le forgeage du fer se retrouve partout, mais avec des différences marquées, suivant qu'il sert de base à la confection des grosses œuvres ou au façonnage des petits objets. Dans le premier cas, en effet, de puissants engins mécaniques viennent en aide à l'ouvrier, tout en devenant pour lui une nouvelle source d'inconvénients ; et ce sont là des circonstances dont il nous faut tenir compte. Toutefois, les causes premières de maladies restent les mêmes; et il serait peu logique de séparer des ouvriers qu'un travail analogue prédispose à des affections semblables, parce qu'ils appartiennent à un métier différent. C'est pourquoi, sous le nom de forgerons, étudierons-nous une première catégorie d'ouvriers, comprenant ceux qui se livrent au travail préparatoire du fer forgé, comme l'ouvrier affineur, par exemple, aussi bien que ceux qui travaillent le fer immédiatement après son passage à la forge, tels que les lamineurs, les cloutiers, les forgeurs et les trempeurs d'armes, etc.
A. Forgerons. Les ouvriers de cette catégorie sont soumis à ti'ois causes principales de maladies qui sont : la température élevée du foyer de forge, la lumière intense répandue autour des feux, et la somme énorme de fatigue musculaire qu'exige le travail professionnel.
Aucun n'y est plus exposé que l'ouvrier employé aux feux d'affinerie.
L'affinage est l'opération par laquelle on convertit la foute en fer ductile. Elle a lieu, soit au cliarbon de bois dans de bas foyers à tuyères, soit dans des fours à réverbère ou à puddler. C'est un labeur pénible que celui qui consiste à soulever avec le ringard, lourde tige de fer que manœuvre le forgeron, une masse ferreuse, en forme de loupe, jusqu'au niveau du courant d'air qui passe par les tuyères, afin de la soumettre à l'action décarburante du vent. Malgré toute l'attention et la diligence de l'ouvrier, il arrive parfois que la masse pâteuse de fonte finit par adhérer au fond du creuset. C'est alors que l'ouvrier est obligé d'employer toutes ses forces : enfonçant le ringard sous elle, il cherche à la soulever en s'élançant sur l'autre extrémité de son levier, pour peser sur lui de tout le poids de son corps ; souvent il est obligé de recourir à l'aide d'un camarade qui opère la même manœuvre sur un autre point.
Il en est de même du puddleur, qui, devant le four ardent, à une place où l'on aurait grand'peine à rester en se cachant le visage, développe des efforts considérables pour soulever, avec son lourd crochet, la masse métallique incandescente, la tourner et la retourner au milieu de la flamme, dans un bain de
FER (hygiène imdustkiellk). 525
laitier, jusqu'à, ce que les grumeaux de ter qui s'attaclient les uns aux autres, comme les grumea\ix d'une boule de neige, se transforment en énormes masses spongieuses.
Une fois ce premier travail fini, chaque globe incandescent est retiré du tour, puis transporté sur l'enclume au moyen d'un levier mobile ou grue. Là, il est saisi par l'ouvrier avec des pinces d'un poids de plusieurs kilogrammes, et soumis à l'action du marteau mécanique,' qui l'écrase énergiquement, de manière à en exprimer les scories. C'est ce qu'on appelle le cinglage. A ce moment, une véritable pluie d'éclaboussures incandescentes vient assaillir les ouvriers chargés de ce travail.
Les marteaux mus par l'eau causent parfois des accidents plus ou moins graves, par la rupture soudaine de la pièce de bois qui en forme le manche. La tète, pièce de fonte de 550 à 400 kilogrammes, est alors projetée violemment sur le sol, peut atteindre le forgeron et donner lieu à des blessures sérieuses par écrasement des extrémités intérieures. Il n'en est pas de môme avec le martea"u-pilon mù par la vapeur. Dans la plupart des forges ordinaires, où il n'existe pas de marteaux mécaniques, la pièce de i'er, transportée sur l'enclume, soit à l'aide de levier mobile, soit à bras par le forgeron lui-même, est battue et martelée par un certain nombre d'ouvriers frappeurs, qui, soulevant tour à tour leur masse pesante, la laissent retomber avec force, pour la relever encore pendant plusieurs minutes. Ce travail, des plus pénibles par le mouvement régulier d'élévation des bras qu'il nécessite, donne lieu à des inconvénients particuliers, tels que des douleurs cnntusives dans les muscles des bras et des épaules, et des pseudo-paralysies presque toujours dues à la rupture de fibres deltoïdiennes. Dans d'autres circonstances, l'obstacle à la fonction du bras est la conséquence de la distension exagérée des ligaments de l'articulation scapulo-humérale, à la suite du mouvement de torsion d'avant eu arrière, qu'est appelé à faire le bras, dans le soulèvement du marteau. Suivant Maisonneuve (de Rocliefort), quand l'ouvrier se tient debout, la jambe gauche en avant, le poids du corps se rejetant sur le membre inférieur droit, il en résulte un mouvement de torsion qui se passe dans la colonne lombaire, et qui, chez un grand nombre, finit par produire, à la longue, un lumbago assez intense pour contraindre les frappeurs à suspendre fréquemment leur travail. Nous l'eviendrons plus loin sur celte affection professionnelle.
L'ouvrier qui conduit le travail, et présente la pièce de fer à l'action du marteau, est exposé à des accidents particuliers : s'il arrive que les mors de la pince soient frappés par le marteau, les branches en reçoivent un violent contre-coup, et les doigts qui les serrent peuvent être pinces, contus, quelquefois violemment écartés, surtout le pouce, qui est renversé sur la face externe du poignet, et dont l'articulation métacarpo-phalangienne éprouve tous les accidents de l'entorse. Duvernoy cite un cas de fracture de l'avant-bras qui a été le résultat de la torsion du poignet, pris entre les branches de la pince renversée parle marteau.
Le travail du lamineur consiste à faire passer entre deux cylindres de fonte, tournant en sens inverse, une masse de fer portée au rouge-blanc pour l'allonger, l'étirer et lui donner les formes les plus variées. Cet ouvrier est exposé à de graves accidents, et une grande prudence, une attention de tous les instants, lui sont nécessaires pour éviter les blessures que le maniement des pièces de fer rougies, la rapidité des rouages et des courroies de transmission, n'occasionnent que trop fréquemment.
DICT. ENC. 4' s. I. 34
526 FER (hygiène industrielle).
Chez les cloutiers, l'aitilude et le mouvement prolessionnels donnent lieu à des déi'omiations caractéiistiques qui se manifestent surtout lorsqu'ils embrassent la prolession de bonne heure. Masson nous a tracé des jeunes cloutiers de l'Ardenne française un tableau pittoresque et sombre à la fois, qu'il nous paraît intéressant de reproduire en partie :
« Les cloutiers ardennais, réunis d'ordinaire au nombre de six ou sept, s'associent entre eux pour travailler ensernble dans une même boutique, au feu
de la même forge Dansées ateliers, les clous se forgent à la main avec le
marteau, et la tète du clou, au moyen de moules ou matrices en acier fondu nommées cloutières.
« Les enfants sont mis à la forge, longtemps avant que leur développement physique soit opéré, quelquefois à sept ou huit ans ; et dans certaines communes les jeunes filles elles-mêmes font des clous, bien avant l'âge de la puberté ; et l'on voit hommes, femmes, eniants, conlbndus pêle-mêle, travailler du matin au soir. Placés en demi-cercle autour de ces forges, dont le feu les échauffe pendant l'hiver, les éclaire dans les soirées prolongées, el qui, souvent aussi, alimente leur cuisine, les cloutiers frappent sans interiuption et à coups répètes sur le fer dont ils retirent des milliers de clous de cent espèces différentes.
« Dans une immobilité complète des jambes, dans un mouvement continuel des bras, avec un balancement continuel du tronc, ils passent ainsi leur vie dans une atmosphère échaulfée i)ar la forge et viciée par la vapeur sulfureuse de la houille. Sous de telles iniïuences, la constitution physique des cloutiers se dégrade, et il en résulte certaines difformités toutes spéciales, qu'il importe de signaler.
« Le cloutier a de hautes épaules, et la gauche est plus élevée que la droite; le* tronc est penché de ce côté, et le poid du corps, s'inclinant dans ce sens, courbe la jambe correspondante, ce qui fait que le cloutier est mal assuré dans sa démarche et boîte souvent d'une manière notable. Les mains sont déformées, mais la droite surtout ; elle présente ce caractère constant, que les doigts sont déviés en dedans de manière à former un angle avec le métacarpe et à ne pas pei'mettre d'opposer, l'un à l'autre, l'indicateur et le pouce; de là, l'impossibilité de prendre une pièce de monnaie sur une table, à la manière ordinaire, et la nécessité de l'amener avec le revers d'une main dans l'autre, comme on fait d'habitude pour de fines graines et des substances pulvérulentes.
(( Une infirmité fort commune aussi chez ceux qui se livrent à la fabrication des clous, c'est une contracture des doigts et même de la main qui ne leur permet pas de les étendre et de les ouvrir ; ce qui les oblige, dans certains cas, à prendre le marteau de la main gauche pour l'emmancher dans la main droite, au moment de s'en servir. Si l'on considère, en outre, que le travail des clous nuit à l'accroissement de l'individu qui s'y livre trop jeune, ou comprendra qu'il y ait dans le canton de Charleville tant de cloutiers petits, grêles, chétifs, ■ hers d'état par leur taille, par la faiblesse de leur constitution, par leurs infirmités, de donner des soldats à la patrie. »
Mais, en dehors des inconvénients qui sont plus spécialement le résultat de l'attitude et du mouvement professionnels, il est un certain nombre d'affections que l'on peut regarder comme propres à tous les ouvriers forgerons, et qui dépendent des causes générales de maladies que nous avons signalées en premier lieu. Telles sont les maladies des yeux, les brûlures, les maladies de poitrine, les affections rhumatismales, etc.
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Parmi les maladies des yeux, nous devons signaler en premier lieu les Llépharites chroniques, dont il faut rechercher la cause dans le dépôt, sur les rebords ciliaires, de particules charbonneuses et métalliques, aussi bien t^ue dans les effets de l'action rayonnante de la chaleur des feux de forge. L'examen des paupières y fait reconnaître souvent la présence de cicatricules et de petits kystes cilio-glandulaires, dus à l'action de paillettes métalliques incandescentes, jaillissant sous le choc du marteau. Ces paillettes brûlantes touchent quelquefois la conjonctive et la cornée, mais les brûlures qu'elles occasionnent sont le plus souvent légères, et cèdent facilement à des applications d'eau froide. Rarement le corps étranger est assez aigu pour piquer la cornée et s'y incruster, mais il laisse comnumément une tache noirâtre qu'on peut facilement prendre pour le corps vulnérant lui-même, et qui n'est pas autre chose qu'une légère couche d'oxyde de fer. Duvernoy cite le cas de deux ouvriers affectés d'adhérence de la paupière inférieure avec le globe oculaire, causée par du laitier incandescent qui avait pénétré entre les paupières, et glissé dans la rainure oculo-palpébrale.
Outre ces lésions traumatiqucs des yeux, on a constaté, chez les foigcrons, divers troubles fonctionnels de la vue que l'on rapporte communément à l'action continue du calorique rayonnant et à l'intensité de la lumière. Desayvre a observé, chez les forgeurs de canons de fusil, un rétrécissement permanent de la pupille, qu'il regarde comme le résultat du ressen-ement habituel qui s'exécute instinctivement, pour laisser entrer, dans le fond de l'œil, la moins grande quantité possible de rayons de lumière et de calorique. Nou-s l'avons aussi constaté quelquefois, mais non point chez les vieux ouvriers, qui, le plus souvent, jtrésenlent une tendance marquée à la mydriase avec diminution de la conlractilité pupillaire, affection que l'on peut regarder comme étant le résultat de l'affaiblissement de la vue signalé par tous les auteurs, aussi bien que d'une paralysie de l'accommodation.
En analysant les opinions émises pour expliquer ces troubles de la vision, on voit que, pour les uns, c'est à l'action d'une lumière trop vive, à l'excitation répétée de la membrane sentante de l'œil, qu'il faudrait les attribuer. La sensibilité de la rétine s'émousse par l'excès même de la sensation (Barthélémy). Pour d'autres, l'action du calorique rayonnant sur les milieux de l'œil provoquerait et entretiendrait des congestions vasculaires : de là des altérations dans leur nutrition et dans leur texture, se manifestant par un changement dans la coloration normale du fond de l'œil et une altération dans la transparence de ses membranes (Desayvre). Maisonneuve regarde cet affaiblissement précoce de la vue comme un symptôme de l'anémie qui pèse sur toute l'existence du foro-eroii et de l'usure rapide de tout son organisme, à la suite d'excessifs travaux. Dans deux cas d'amblyopie amaurotique instantanée survenue devant les feux, An"e Duval, cité par Bourel-Roncière, a constaté l'existence de dépôts sano-uins, de congestions apoplectiques sous-rétiniennes.
On a signalé encore la fréquence plus grande de la cataracte (Desayvre, Duvernoy) et sa nature capsulaire ou capsulo-lenticulaire (Béer et Weller).
Une affection sur laquelle Desayvre a particulièrement insisté, c'est la presbytie. La plupart des ouvriers forgerons arrivent, en effet, à faire de bonne heure usage de lunettes à verres convexes. Les membranes internes de l'œil, dit Desayvre, en même temps qu'elles sont altérées dans leur coloration par l'action du feu, doivent l'être dans quelques autres de leurs propriétés physiques. Il pense qu'elles deviennent plus sèches, comme parcheminées, et que, par suite.
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le liquide sécrété doit être modifié dans sa qualité : ainsi serait produite la Diesbyopie. Gela est loin d'être démontre. Pour notre part, nous croyons que l'on n'a point affaire à un vice de réfraction des milieux de l'œil, mais bien à une diminution dans la faculté d'accommodation, et que cette prétendue presbytie n'est pas autre chose que la révélation d'une hypermétropie, jusque-là corrigée par la puissance accommodatrice. L'excitation prolongée de l'innervation sensorielle provoque la double contraction pupillaire et ciliaire, dont l'effet est de diminuer le nombre des rayons lumineux excitants, d'en modérer l'action sur la rétine en en empêchant la dilfusion; et cette contraction réflexe, à son tour, fmit par amener la fatigue de l'accommodation. Voilà pourquoi la plupart des forgerons ont recours aux verres convexes.
Comme moyens de préservation, les ouvriers se laveront souvent les yeux à l'eau froide ; ils se garantiront de la projection des paillettes incandescentes en faisant usage de visières, ou d'un masque en toile métallique à mailles trèsfines. On leur conseillera l'emploi de conserves à verres fumés ; et s'il y a fatigue de la vue, celui de verres convexes, mais d'une faible courbure, pour venir en aide à l'accommodation.
Il faut encore attribuer à l'action de la chaleur rayonnante des feux des céphalées violentes qui trouvent peut-être leur cause dans l'inflammation des sinus frontaux. Masson, en effet, a signalé le coryza comme présentant chez les forgerons, sous l'influence de la chaleur et des mouvements professionnels, un caractère d'acuité intense. Je pense que cette céphalée frontale est, le plus souvent, la conséquence de la fatigue et de la congestion oculaires.
Outre les brûlures des yeux et des paupières, on rencontre chez les forgerons des brûlures sur le dos de la main, occasionnées pas les éclats incandescents du métal. Yernois a fait des cicatrices, que ces petites brûlures laissent après elles, un des caractères distinctifs de la main professionnelle des forgerons. Recouverte d'une épaisse couche d'épiderme, elle est dure, rugueuse, comme coi'née, incrustée de particules noirâtres qui sont des parcelles de fer et de charbon, et présente des durillons sur les parties saillantes, aux articulations métacarpophalangiennes surtout. Chez quelques-uns, l'emarque Duvernoy, cette lame cornée devient presque inextensible et donne à la main une forme particulière et caractéristique. Sa concavité naturelle est augmentée et forme avec les doigts, dont l'extension complète est devenue impossible, une courbe de 7 à 8 centimètres de rayon.
Chez l'ouvrier lamineur, les brûlures sont très-fréquentes, et affectent les jambes principalement ; ce qui s'explique par le mode de translation des pièces de fer rougies.
Les varices s'observent communément chez tous ces ouvriers, et les prédisposent singulièrement aux ulcères. Les coups, les plaies contuses et l'état de congestion cutanée développée sous l'influence du rayonnement du calorique sont les causes qui en provoquent la formation.
Une afïection très-commune chez les forgerons proprement dits, c'est la hernie. Les efforts violents auxquels ils se livrent, les brusques mouvements de renversement du tronc en arrière, que le travail exige quelquefois, en expliquent suffisamment l'extrême fréquence et l'étiologie.
Les phlegmons des doigts et de la main s'observent fréquemment aussi, et particulièrement chez les lamineurs; ils sont surtout produits par les piqûres, les excoriations causées par le maniement des feuilles de tôle, dont les bords
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irrégulieis, en dénis de scie, laissent quelquefois des fragments implantés dans les tissus.
Les effets locaux du calorique rayonnant ne sont pas les seuls que nous ayons à étudier. Il en est d'autres qui dépendent, avant tout, du mode d'impression de l'organisme par l'élévation continue de température à laquelle les ouvriers sont soumis. Sous l'influence de la chaleur et des efforts musculaires, une abondante transpiration s'établit, résultat d'une suractivité fonctionnelle de la peau et du système cardio-vasculaire, transpiration que l'on doit regarder, avant tout, comme la cause de la résistance qu'oppose l'organisme à la température ambiante, et du maintien de celle du corps à un degré égal, à peu de chose près, à celui de la normale. A deux mètres des feux de forge dans les grandes usines, le thermomètre marque 60 degrés. C'est à cette distance que les ouvriers travaillent. Des recherches de Duvernoy, faites sur les ouvriers des forges d'Audincourt (Franche-Comté), il résulte que la moyenne du pouls, avant le travail, est de 78 pulsations, et après de 129; celle du nombre des inspirations, de 50 dans le même moment, tandis qu'elle est de IG à l'état ordinaire; celle de la température, de 57 degrés avant le travail, et de 57", 6 immédiatement après.
Les forgerons, dit cet observateur, reconnaissent eux-mêmes, par expérience, la nécessité de cette abondante transpiration; ceux qui suent le moins sont plus promptement fatigués que les autres ; et lorsque l'élévation de la température ambiante s'ajoute à celle du foyer, ceux-là éprouvent quelquefois de véritables accès de malaise et d'oppression. Mais une transpiration aussi abondante, dont on ne saurait constater les avantages, a son mauvais côté. Elle expose les ouvriers aux refroidissements, causés par le passage brusque du chaud au froid et l'action subite d'un courant d'air. Il est à remarquer, cependant, que les inflammations de la plèvre et du poumon sont plus rares qu'il ne serait permis de le supposer. C'est là un fait signalé par presque tous les auteurs. Est-ce là le résultat d'une sorte d'assuétude de l'économie vis-à-vis de cette cause nocive ; ou bien, comme le pense Maisonneuve, une nouvelle transpiration ne vient-elle point réparer les effets fâcheux de celle qui vient d'être supprimée? Duvernoy suppose que l'activité continue de la circulation cutanée peut agir, comme un puissant dérivatif, sur la circulation des organes internes, et prévenir ainsi leur congestion.
Quoiqu'il en soit, le froid, dans de telles conditions et sur de tels organismes, développe plutôt des affections rhumatismales que des inflammations franches des organes. La diathèse rhumatismale, commune chez les forgerons, se traduit en atteignant les articulations, tantôt en fixant ses localisations sur le tissu musculaire ou sur le système nei-veux. Deux affections doivent particulièrement attirer notre attention : le lumbago et la névralgie sciatique. Toutes les deux sont favorisées par les grandes fatigues, les contractions brusques et énergiques des extrémités inférieures et des muscles lombaires. Maisonneuve ((ui a particulièrement insisté sur ce point, pense que, dans un certain nombre de cas, les enveloppes de la moelle épinière sont atteintes ; on constaterait alors chez les ouvriers malades : de la sensibilité à la pression sur les apophyses épineuses, des fourmillements dans les orteils et des crampes dans les mollets.
J'ai été le premier à signaler la néphrite parenchymateuse comme une maladie assez fréquente chez les ouvriers qui nous occupent. En effet, les cas d'albuminurie relevés par moi chez les ouvriers des arsenaux maritimes, à Toulon et
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à Lorient, ont presque tous été présentés par des forgerons, dans la proportion de 6 p. 100 maladies internes. Cette affection trouverait sa cause première dans un état de congestion des reins, cntret>enu par les fatigues du mouvement professionnel ; ainsi disposés, ces organes seraient éminemment aptes à subir l'influence des variations brusques de température, qui deviendraient les causes efficientes de leur inflammation.
L'hypertrophie du cœur est, suivant Maisonneuve, une affection très-commune chez les forgerons.
D'après Shann, les maladies de cet organe se montreraient plus souvent ici que chez toute autre catégorie d'ouvriers : dans la proportion environ de 19,44 p. 100 des maladies observées. Elles seraient dues, à la fois, à la diathèse rhumatismale et aux efforts énergiques et répétés des membres supérieurs.
Un point fort intéressant de la pathologie professionnelle des forgerons est celui qui concerne la l'areté de la phthisie chez eux. C'est là un fait général d'observation (Desayvre. Maisonneuve, Duvernoy, Layet). Quand on songe au rude apprentissage qu'une telle profession exige, il n'est pas étonnant de voir les jeunes ouvriers à constitution délicate s'en écarter au plus vite ; il ne reste que ceux à conslilution robuste, et c'est à un pareil triage qu'il faut, avec Maisonneuve, attribuer la rareté de la phthisie chez les forgerons. Mais, si la profession ne dispose point à la phthisie, cette affection s'y présente, lorsqu'elle existe, avec une gravité extrême. Dans la statistique que l'on doit à Marten, elle est signalée comme la cause la plus fréquente des décès : 53 p. 100. Malheur donc à l'ouvrier qui, portant avec lui le germe de la tuberculose, ne se hâterait point de quitter un tel métier!
L'atmosphère qui règne en général dans les ateliers de forges est moins chargée de poussières et d'émanations nuisibles qu'on ne le croirait au premier abord, grâce à la ventilation énergique qu'opèrent les fourneaux et à la facilite de dégagement qu'elles trouvent dans la présence des hottes qui surmontent les feux. Toutefois, c'est là une cause de maladie dont ij nous faut tenir compte, et à laquelle nous attribuons, pour notre part, l'emphysème pulmonaire et la bronchorrhée dont quelques ouvriers forgerons sont atteints. Il en est de même de l'angine, signalée par Lange comme fréquente chez les ouvriers des loi'ges de la Chaussade.
A l'action irritante des poussières mélangées avec la sueur abondante qui couvre le corps des forgerons il faut rapporter les nombreuses éruptions de furoncles qu'ils présentent, l'otite furonculeuse et les abcès de l'aisselle et de l'ombilic.
Citons enfin les embarras gastriques et les diarrhées déterminés par la quantité considérable d'eau froide que les ouvriers absorbent, pour éteindre la soif qui les dévore, et réparer les pertes dues à une transpiration excessive.
Si nous recherchons maintenant quelle influence générale la profession a sur l'état de santé de l'ouvrier, nous nous trouvons en présence d'opinions en apparence contradictoires. La plupart des observateurs disent que les ouvriers forgerons présentent prématurément les signes de la vieillesse et ne peuvent continuer l'exercice de leur profession jusque dans un âge très-avancé. Marten, en Allemagne, a trouvé que l'âge moyen des décès est de six à sept ans audessous de la moyenne actuelle. Mais ce n'est point tant au travail lui-même qu'à l'abus des boissons alcooliques qu'ils sont entraînés à faire ordinairement qu'il faut rapporter un pareil résultat. Turner-Thackrah et Shann accusent
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avant tout l'intempérance des forgerons anglais. « Si sa conduite a été régulière, s'il n'a pas fait d'excès alcooliques, dit Duvernoy, l'ouvrier peut travailler jusqu'à l'âge de cinquante et cinquante-cinq ans, et conserve encore assez de force pour remplir un emploi peu fatigant jusqu'à plus de soixante ans. Des exemples de longévité ne seraient même point rares parmi eux. Mais si, entraîné par un besoin factice, l'ouvrier se laisse aller à l'abus des boissons, il' voit sa santé s'altérer et ses forces décroître; à quarante ans il n'est plus capable de remplir ses fonctions, il devient manœuvre, et à quarante-cinq ans il ne peut plus travailler. »
C'est donc principalement dans l'observance d'une bonne hygiène privée que les forgerons doivent puiser les éléments de résistance aux fatigues de leur métier. Sans sortir des limites de la tempérance, l'usage du vin et dos boissons toniques, de même qu'une alimentation substantielle et fortement réparatrice, sont pour eux choses nécessaires. Béclard rapporte que les ouvriers employés aux forges du Tarn ont été pendant longtemps nourris avec des denrées végétales. On observait alors que chaque ouvrier perdait en moyenne, pour cause de fatigue oii de maladie, quinze journées de travail par an. En 1855, M. Talabot prit la direction des forges. La viande devint la partie importante du régime des forgerons. Leur santé s'est accrue tellement depuis, qu'ils ne perdent plus en moyenne que trois journées de travail par an. La nourriture animale a fait gagner douze journées de travail par homme.
Les soins de propreté, et surtout l'usage fréquent des bains généraux, doivent leur être spécialement recommandés.
Mais les considérations d'hygiène intrinsèque à la profession méritent aussi une large part dans l'étude de la prophylaxie des maladies qu'elle provoque. Dans les ateliers des grosses œuvres, devant les fours d'affinerie, le forgeron a pour tout vêtement le rochet ou chemise en forte toile qui descend jusqu'au genou et se serre à la ceinture par une corde ou \m tablier en toile; la jambe gauche, qui, devant le feu, est la partie du corps de l'ouvrier la plus rapprochée du foyer, est couverte d'une guêtre en toile ou galoche retombant jusque sur le sabot; la poitrine et les avant-bras sont nus. Ce costume des temps passés est encore celui qui convient le mieux. Dès qu'il prend du repos, l'ouvrier doit quitter ses vêtements trempés de sueur et les remplacer par d'autres, plus secs et plus chauds. Les alternances de travail seront réglées par les patrons, de manière à réserver, autant que possible, le temps nécessaire pour le sommeil. Le travail de nuit, en effet, et la privation de sommeil qu'il entraîne souvent, est une des causes les plus préjudiciables à la santé du gros forgeron.
Des arrosages fréquents seront faits devant les feu-x, afin de combattre la chaleur et la sécheresse de l'air ambiant. Ces arrosages ont encore pour effet de retenir les poussières sur le sol et de s'opposer à leur dissémination dans l'atmosphère des ateliers.
On diminuera la fatigue des ouvriers et on rendra la manœuvre du transport des pièces plus facile, par l'installation de grues ou de crochets mobiles suspendus à des poulies courantes.
Il faut que tout soit bien calculé ; les distances qui séparent les tours entre eux, ainsi que des pilons ou cylindres qu'ils ont à desservir, doivent être mesurées de façon qu'aucun retard, aucun embarras, aucune fausse manœuvre, ne viennent gêner l'opération ou menacer la sécurité des ouvriers. Quant aux ateliers, ils doivent être vastes et élevés.
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Des ouvertures suffisamment larges et nombreuses seront ménagées dans le toit, pour favoriser la ventilation, la sortie de la fumée et des poussières.
Des bouches d'aspiration attirant les poussières en suspension les conduiront, par des tuyaux d'échappement, dans une galerie commune où viendront se rendre obliquement les flammes et la fumée des divers foyers, et débouchant ellemême dans la cheminée centrale de l'usine. Tous les foyers seront surmontés d'une hotte, assez large pour recouvrir complètement la maçonnerie sur laquelle est établi le feu de forge.
On n'attendra pas que la fatigue du métier rejette loin de la profession les ouvriers doués d'une constitution délicate ; et le labeur des apprentis sera réglé lie manière à ne pas arrêter leur développement.
Le jeune cloulier, dit Masson, se déforme, se courbe en avant ou se jette de côté, parce que les instruments de travail ne sont pas proportionnés à sa force et à sa taille, et que, le plus souvent, ils ne diffèrent pas, sous ces deux rapports, de ce qu'ils sont pour l'adulte. Il faut que le billot sur lequel les instruments sont placés ne soit ni trop haut ni trop bas, que l'enclume enfoncée dans le billot arrive à la hauteur de la hanche de l'ouvrier. Les marteaux dont se servent les cloutiers sont en général trop gros et trop pesants ; ils sont mal conl'ectionnés, ce qui exige une force de contraction trop grande de la part de la main, et explique les infirmités de cette partie et la contraction dont il a été parlé.
B. Chaudronniers. Tôliers. Une seconde catégorie d'ouvriers comprend ceux qui travaillent le fer forgé et laminé, et lui donnent les différentes formes qu'il doit avoir dans la confection des chaudrons, des poêles, des chaudières, des caisses à eau, etc. Ce qui, ici, caractérise le travail professionnel, c'est l'emploi presque exclusif qu'ils font du marteau : aussi trouve-t-on chez eux, et au plus haut degré, les accidents consécutifs au martelage : ampoules, durillons forcés, phlegmons de la main, rétraction palmaire et flexion permanente des doigts, notamment de l'annulaire et du petit doigt.
Les attitudes qu'ils sont obligés de prendre pendant qu'ils travaillent déterminent, à la longue, certaines difformités que l'on peut considérer comme de véritables signes d'identité professionnelle.
C'est ainsi que Chevallier a signalé la voussure des épaules et la déviation des genoux en dedans, chez les batteurs de chaudrons qui ont l'habitude de travailler assis, l'objet placé entre les jambes.
Chez les riveurs, dont le travail consiste à réunir, au moyen de rivets, les plaques de tôle des chaudières, des caisses, etc., que confectionne la grande chaudronnerie, l'habitude de travailler le corps renversé en arrière, pour se plier aux formes variées des œuvres qu'ils façonnent , imprime à leur corps un mouvement latéral de torsion, avec abaissement et projection en arrière de l'épaule correspondant à la main qui tient l'outil , ainsi qu'un léger degré d'ensellure.
De semblables attitudes fatiguent la poitrine, exposent à la congestion pulmonaire et favorisent le développement de l'hyperti-ophie du cœur, que, plus que partout ailleurs, on rencontre dans les ateliers de grosse chaudronnerie. L'obligation dans laquelle ils sont souvent de travailler à genoux dans l'intérieur des chaudières provoque chez eux le froissement et l'inflammation de la bourse séreuse prérotulienne, et les prédispose aux hygromas.
Les lésions traumatiques des yeux sont ti'ès-communes chez tous ces ouvriers,
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particulièrement chez les riveurs, auxquels on ne saurait trop recommander l'usage de lunettes préservatrices.
Les ouvriers employés ù la construction des bâtiments en fer offrent une somme d'accidents relativement considérable par suite des chutes et des violentes contusions auxquelles ils sont exposés. Nous citerons comme exemple le relevé des accidents graves survenus pendant la construction récente du bâtiment en fer le Duquesne, à Rochefort. Sur iiO accidents graves, on compte : fractures du crâne, 2 ; fractures de la cuisse, 2 ; fracture de la jambe, i ; fractures du membre supérieur, 4; plaies et contusions graves de la tête, 5, des membres, 4 ; plaies du globe oculaire, 2. Sur ces 20 accidents, il y a eu 5 décès (2 pour fractures multiples du crâne, le troisième consécutif à l'amputation de la cuisse pour fracture) ; trois ouvriers ont dû changer de profession, les autres ont repris leur service.
Le bruit assourdissant que le martelage du fer détermine dans les ateliers entraîne, chez le plus grand nombre, la dureté de l'ouïe, pouvant aller jusqu'à une surdité complète. D'autres fois, il y a des perversions du sens auditif assez curieuses ù noter. Ainsi, par exemple, quelques ouvriers ont perdu la faculté d'entendre les sons élevés; chez d'autres, c'est la perte subite de la perception des sons graves que Ion observe. Chez un vieux contre-maître d'atelier, j'ai fait cette singulière observation, qu'on ne parvenait à se faire entendre de lui qu'au milieu du plus fort tapage; dans toute autre circonstance, il se plaignait de bourdonnements continuels d'oreille. Ce sont là, sans doute, des symptômes morbides dus à des lésions matérielles des extrémités du nerf acoustique par ébranlement des membranes auditives. Pour éviter cet ébranlement, on conseillera l'usage du coton dans les oreilles, en se gardant toutefois de trop le tasser. C. Ajusteurs. Nous comprenons sous ce nom les ouvriers qui tournent, liment, burinent, finissent, en un mot, les diverses pièces en fer composant l'outillage industriel. Ils travaillent, en général, loin des feux de forge ou dans des ateliers annexes. L'attitude et le mouvement professionnels développent chez eux certaines déformations intéressantes à noter.
A. Tardieu a signalé chez les tourneurs sur métaux une dépression préster- Jiale au niveau des troisième et quatrième côtes, avec incurvation en avant et saillie des cartilages costaux.
D'après Jordan les mouvements latéraux qu'accomplit la jambe droite de l'ouvrier amèneraient un allongement des ligaments internes de l'articulation fémorotibiale, d'où un certain degré de déviation du genou en dehors. Nous avons remarqué nous-même que les ouvi'iors limeurs ont l'épaule et la partie voisine du thorax correspondant à la main qui tient l'outil bombées fortement en arrière et légèrement élevées. Magnan a communiqué, en mars 1874, à la Société de Biologie, l'observation d'un ajusteur chez lequel la contraction fréquente des muscles de l'épaule pour produire le mouvement de va-et-vient de la lime avait occasionné un spasme fonctionnel de cette partie. « Il y a dix ans, rapporte-t-il, cet ouvrier s'aperçut qu'il devenait maladroit, et qu'il donnait souvent un coup de lime à côté du métal qu'il travaillait. Depuis lors, l'infirmité s'est accentuée, et il se produit d'abord une contraction spasmodique du muscle trapèze ; le sou s-scapul aire porte ensuite en dedans le bras que les muscles suset sous-épineux ramènent en dehors; le spasme se propage au triceps humerai et gagne le biceps : l'avant-bras est étendu et attiré en dedans. Ces spasmes n'atteignent que les muscles de l'épaule et du bras : aussi le malade peut écrire et
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même se raser, parce qu'il remue librement le poignet; bien plus, il n'éprouve aucun mouvement spasmodique quand il porte la main sous le menton. »
Mais ce que l'on rencontre surtout chez les ouvriers de cette catégorie, c'est un très-grand nombre d'affections des yeux, qui sont, tantôt de graves lésions traumatiques, auxquelles le travail au burin les expose particulièrement, tantôt des troubles fonctionnels de la vue, conséquence de l'application continuelle de celle-ci sur de petits objets, et de la fatigue qui en résulte.
Dans le premier cas, ce sont des plaies et des contusions de la cornée, des inflammations violentes de l'œil que des parcelles de fer que le burin détache avec force viennent frapper en s'y implantant quelquefois. La perte de l'œil est presque toujours le résultat d'une toile blessure; et dans bien des cas, quand le corps étranger ne peut être extrait, il ne reste d'autre ressource que l'ablation complète de l'organe. On ne saurait donc trop recommander aux ouvriers de ne jamais buriner sans être préalablement munis de lunettes préservatrices.
L'affection oculaire que le travail à la lime paraît développer surtout, c'est l'asthénopie. Presque tous les ajusteurs sont obligés de faire usage de verres convexes, mais on l'observe, plus particulièrement, chez ceux qui ont à travailler des pièces dont la variété et le fini exigent une application constante et plus soutenue des yeux. C'est ainsi que Desayvre l'a rencontrée, principalement, chez les limeurs de platine et de sous-garde, dans la fabrique d'armes de Châtelleraull.
L'asthénopie des limeurs, armuriers, serruriers, ete., se présente avec les symptômes suivants : « La vue se fatigue d'abord vers la fin de la journée; la durée de cette fatigue croît insensiblement, au point d'apparaître presque aussitôt que l'ouvrier se met au travail. Cette fatigue, toutefois, ne s'accompagne d'aucune sensation douloureuse; point de céphalalgie. Il suffit que l'ouvrier détourne la tête de son ouvrage, ou prenne l'air un instant, pour qu'elle se dissipe. Elle n'empêche point la netteté de la vision. A un degré plus avancé, la vue se trouble et des symptômes plus graves se manifestent : la vue est éblouie, l'ouvrier éprouve des sensations visuelles anormales ; il aperçoit des mouches volantes, des bluettes, des points noirs ; la lumière d'une bougie lui paraît projeter plusieurs couleurs. 11 éprouve, pendant le travail, de la céphalalgie et souvent du larmoiement, et il lui est impossible de travailler à la lumière artificielle. ))
L'usage de lunettes convexes, d'un très-faible numéro, soulage l'ouvrier et lui permet de continuer son travail ; c'est ce qui prouve que la maladie est causée par un affaiblissement précoce de l'accommodation. Quand, après le repos de la nuit, il se remet au travail, la vue est nette, mais la fatigue du muscle accommodateur ne tarde pas à se montrer, d'autant plus vite que l'affection est plus ancienne.
Pour retarder le plus possible les symptômes d'asthénopie, on conseillera aux ouvriers des temps de repos fréquents pendant leur travail, l'abstention de toute lumière artificielle, le séjour dans un lieu bien éclairé et bien ouvert. Enfin, si la nécessité de porter des lunettes se fait sentir, il faudra les choisir d'abord d'un faible numéro, et n'en augmenter que graduellement la force, car l'emploi précoce de lunettes trop fortes est une des causes les plus actives pour le développement et l'intensité des troubles visuels.
J'ai rencontré chez les ajusteurs de nos arsenaux maritimes un nombre assez considérable d'affections de poitrine. Elles sont représentées par le chittre de
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19,6 sur 100 malades; et pour la phthisie pulmonaire seule, le rapporl est de 11 pour 100 malades soignés à l'hôpital. L'attitude professionnelle, les déformations qui en sont la conséquence et le mouvement exagéré des membres thoraciques, ont-ifs ici une influence marquée sur le développement de cette dernière affection? C'est là une opinion sur laquelle s'accordent les auteurs. Tandis que, sur 1000 serruriers, Benoiston de Chateauneuf a relevé un chiffre de 8 phlhisiques, Hannover, à Copenhague, donne pour les tourneurs sur métaux un chiffre de 10 plithisiques sur 100 malades, et 42 décès par phthisie sur 100 décès. Lombard, à Genève, et de Neuville, à Francfort, donnent comme âge moyen des décès chez cette catégorie d'ouvriers l'âge de 45 ans ; ce qui, relativement à la moyenne trouvée par ces auteurs, range la profession parmi les moins favorisées.
Toutefois, nos observations personnelles nous engagent à croire que la faiblesse de constitution, qui porte la plupart des jeunes ouvriers intelligents à embrasser le métier d'ajusteur, doit entrer en ligne sérieuse de compte dans l'évaluation de la fréquence de la phthisie chez eux.
Pour terminer, nous reproduirons ici le tableau général des maladies professionnelles observées par nous dans les arsenaux maritimes, chez les catégories d'ouvriers que nous venons de passer en revue.