‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales v.37Chapitre 55 sur 65 · FERA EL · texte numérisé non relu

FERA EL

indiqua, la hauteur du soleil à midi. Je la trouvai supérieure à celle que j'avais calculée pour le 27, car elle était de 48° 6'. Je jugeai, par conséquent, qu'il fallait pousser plus loin ; ce qu'ayant fait sans me rencontrer encore le lendemain avec l'élévation que j'avais fixée pour le !28, je pus néanmoins reconnaître approximativement de combien je devais m'avancer encore. Je me rendis à ce point, et le 29, à midi, je rencontrai ce que je cherchais, à savoir l'élévation de 46" 41', que j'avais fixée pour le 29.

« Dans ces opérations, je me servis constamment de mon horaire, si commode pour trouver les heures et le midi vrai.

(( M'élanl informé de la distance de Paris à l'endroit où j'étais, il me fut répondu par les habitants : 25 lieues. Je ne me contentai pas de cette élévation. Je montai sur une voiture qui allait directement à Paris, je m'y tins tout le temps du trajet, de manière à compter les révolutions d'une des roues, lesquelles je fixai à i 7,024, déduction faite de ce qu'il fallait pour les montées et pour les descentes. Le diamètre de la roue était de 6 pieds et un peu plus de 6 pouces géométriques ; par conséquent, sa circonférence de 20 pieds ou 4 pas. En multipliant par 4 le nombre des révolutions, je trouvais 68,096 pas, qui font 68 milles italiens, plus 96 pas. J'ai cru devoir convertir ces 96 pas en 95 {, pour n'avoir pas de fraction à introduire dans le diamètre de la terre. Finalement, comme l'opération ne serait pas diftorente en quelque lieu qu'on la répétât, soit sur terre, soit sur mer, j'ai conclu que la même mesure appartenait à tous les degrés d'un grand cercle. J'ai aussi reconnu que la lieue de France contient plus de 2 mdlcs italiens ; ce que d'ailleurs j'ai constaté par une autre expérience. Du Palais de la Cité à l'église Saint-Denis, on compte 5,950 pas, et entre l'enceinte des deux villes, 4,450. Les pas dont je parle sont les miens et ceux des hommes de taille moyenne. 11 en faut 5 pour faire 6 pas géométriques ; par conséquent, il en faut 1,000 pour faire 1,200 pas géométriques ou 400 coudées. M'étaut mis en ce temps-là à mesurer la longueur de Paris, j"ai constaté qu'elle est de 2,110 pas géométriques. Pour la laigeur j'ai trouvé 2,050 pas, et 7,650 pour le pourtour. »

En résumé, par une méthode aussi grossière, Fernel trouva, pour la longueur du degré, 57,070 toises. Cent cinquante ans après. Picard opérait en établissant, entre Paris et Amiens, un réseau géodésique, et il reconnaissait que la mesure trouvée par le médecin de Henri II devait être réduite à 56,746 toises.... Trois cent vingt-quatre toises de différence.... Erreur nulle lorsqu'on compare le quadrant en bois de sapin, la pauvre charrette du médecin de la Faculté de Paris, avec les instruments artistement faits de Tastronome français.

Les ouvrages de Fernel portent ces titres :

I. Monalosphœrium partibus constans quatuor. Prima, generalis horarii et strucluram acusum, in exqidsitam monalosphœrii cognitionem prœmittit. Secunda, mobilium solemnitatum criticorumque dieriim ratioiies, multâ brevitate complectitur. Tertia, quascumque ex vioiu primi mobills depromptas uiilitates elargitur. Quarta, geometricam praxin breviusculis demonstrationibus dilucidat, etc. Paris, '15"i6, in-fol. — II. De proportionibus libri duo. Paris, 1528, in-fol. — III. Cosmotheoria libros duos coinplcxa.... Paris, 1528, jn(ol. — IV. De naturali parte medicinœ libri septem. Pans, 1542. in-fol. — V. De vacuandi ratione liber. Paris, 1545, in-8°. — VI. De abdilis rerum causis libri duo. Paris, 1548, in-fol. etc. — VII. /. Fernelii medicina. Paris, 1554, in-fol., etc. — VIII. /. Fernelii, universa wiedictua.... Paris, 1567, in-fol., etc. — IX. Therapeutices universalis, seu inedendi rationis libri septem. Lyon, 1569, in-8°. — X. /. Fernelii consiliorum viedicinalium liber. Paris, 1582,in-8°, etc. — XI. /. Fernelii curandarum febriiim methodus generalis. Francof., 1577, in-8°, etc. — XII. De luis venereœ curatione perfeclissimâ liber. Anvers, 1579, in-8°. — XIII. Jo. Fernelii pathologiœ libri septem. Paris, 1C38, in-12. — XIY. La chirurgie de

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Fernel, translatée de latin en français par Siméom de PROvANCHÊnES. Paris, 1579, iii-1'2. — XV. Pharmacia Jo. Fernelii cuni Quil. Plantil et Fr. Saguerl Scholiis. Ilaiiau, 1615, in-12.

FEROE (archipel des). Ce nom se rencontre écrit d'une foule de façons : Fera, Fare, Faru, Farro, Faroar ; Fœrôe, Faerôe, Farder, Fœroer ; Faeroae, insulœ faeroenses ; en islandais, Fœreyar, de fœr, brebis, et eij, île; en danois, Fcereyjar, mêmes radicaux. D'après l'opinion la plus généralement reçue, le nom de Faer-ôe vient de far, faar, qui en langue Scandinave signifie brebis, bélier, iles des brebis ; d'autres auteurs le font dériver de fioer, fiarn, éloiçjné, lies lointaines. La terminaison ôe, oar, signifiant île, l'expression lies Ferôe n'est qu'un pléonasme dans notre langue.

D'après quelques auteurs, Ortelius, Bruzen de la Martinière, le P. Hardouin, les anciens auraient connu ces îles sous le nom de Glessariœ, et les plaçaient dans l'océan Calédonien ; elles auraient été signalées par Pline (lib. IV, c. 16) sous l'appellation de Glessariœ insulœ ou Electrides. Il semble cependant, comme l'a fait remarquer Cellarius, que ce dernier terme s'applique plus logiquement aux îles de la Baltique, Oeland, Gotland, etc, sur les côtes desquelles la mer rejette de l'ambre, YilEy.zpov. Pline, en effet, après avoir mentionné quelques îles qui sont au couchant de la Grande-Bretagne (les Hébrides), dit qu'à l'opposite, vers la mer d'Allemagne, sont éparses les Glessariœ que les Grecs ont nommées Electrides; passage qui permet de penser que les Romains ont probablement ignoré l'existence de l'arcbipel Ferôien.

Comme pour toutes les terres successivement découvertes vers les régions septentrionales, certains écrivains ont cru reconnaître en elles Vultima Tliulé des légendes.

Enfin, elles représentent vraisemblablement l'ancienne Frislande des deux Zéni {Freesland en anglais), longtemps considérée comme imaginaire, que l'on retrouvei'ait encore sur quelques mappemondes ou globes, et dont la prétendue submersion a tant préoccupé les géographes. Sur les cartes anciennes, la Frislande occupe la position des Ferôe, et cette dénomination ne serait qu'une prononciation corrompue de Fereysland (Fer-eys-land) ou Terre des Ferôe (M. C.-C Zartmann).

Christophe Colomb y aurait abordé, dit-on, en 1477, mais le fait est resté contesté.

L'histoire des Ferôe, sans traditions importantes, est dénuée de l'intérêt qui s'attache aux souvenirs poétiques et aux récits légendaires des autres colonies Scandinaves du nord, de l'Islande en particulier. On a prétendu que ces îles avaient été fréquentées de bonne heure par des aventuriers normands ou Scandinaves qui y transportèrent des moutons en grand nombre dans le but d'y trouver des provisions de ravitaillement. Il paraît pourtant que leur découverte ne date que du neuvième siècle, et elle est généralement attribuée à Flocco, Flocki, ou plus correctement Floche (861), pirate norvégien selon quelques auteurs, suédois suivant d'autres, qui y trouva, en effet, de grands troupeaux de moutons. Fors^er fait honneur de leur découverte aux Danois : « Dans l'année 868, dit-il, on découvrit les îles désertes des Feroe et on les peupla. » Une autre version y fait venir, au neuvième siècle également, des moines des îles d'Ecosse qui y fondèrent quelques monastères, en même temps que des habitants des Shetland et des Hébrides, pays avec la population desquels celle des Feroe a longtemps, en effet, présenté une certaine ressemblance ethnologique. Mais on trouve dans

C)84 FEROE.

le Fœreyinga Saga, ou histoire des Fcrôe publiée en 1832 par le professeur C. C. P>afn, un passage qui tranciie en-fàveur de la Norvège cette question tant controversée : « Un liomme nommé Grim Kamban fit le premier des constructions dans les îles Ferôe, au temps d'Harald Haarfager * ; il y avait à cette époque un grand nombre de personnes qui fuyaient la tyrannie du roi, dont plusieurs s'établirent aux Ferôe, et y fixèrent leur domicile ; mais plusieurs aussi cherchèrent d'autres pays inhabités. Aude Grundrige arriva en Islande et se rendit de là aux Ferôe. » D'un autre côté, Armt Berntsen Bergen {Danmarkis og Norgis fructhar herlighed, Copenhague 1656) dit positivement que les îles d'Islande, de Groenland, de Ferôe, etc., appartenaient à la Norvège, ce que confirme Lars Hess Bing dans sa Description du Royaume de Norvège, des îles dislande et de Ferôe, ainsi que du Groenland, Copenhague, 1796. Gerhard Schôning, dans son Histoire du Royaume de ISorvége, certifie qu'elles ont été colonisées par les Norvégiens pendant la vie d'Harald Haarfager, et il cite à l'appui de son assertion les textes de diverses sagas et autres écrits des Islandais.

Gouvernées d'abord par les familles notables de la colonie, formant une sorte d'oligarchie indépendante, elles furent longtemps habitées par des Norvégiens mécontents vivant de piraterie et faisant des incursions jusque dans leur propre pays. Le roi llagen Adelsten parvint à les soumettre en même temps que les Orcades et les Shetland, mais ils secouèrent le joug et restèrent indépendants jusqu'à la fin du quatorzième siècle. Magnus le Bon les asservit alors de nouveau. Ces îles devinrent danoises lors de la réunion du Danemark et de la Norvège sous le même sceptre, en 1580, et à partir de cette époque, on sait que sous le rapport ecclésiastique, elles dépendirent de l'èvêché de Seeland. Elles avaient embrassé le christianisme en 998, et possédèrent, dans la suite, leur évèque particulier dont le siège était dans l'île de Stromôe. Quand Christian IH introduisit la réforme dans le Danemark, vers la fin du seizième siècle, la population réunie à Thorshavn abjura solennellement le catholicisme et embrassa avec ardeur les doctrines de Luther.

C'est vers cette même époque qu'un prêtre norvégien, Magnus Heinessen, vint s'établir aux Ferôe, éleva le bastion de Thorshavn, et purgea le pavs des pirates anglais et allemands qui infestaient ces parages. Frédéric H, pour le seconder, lui avait donné une corvette. Accusé lui-même injustement de piraterie sur la plainte de forbans anglais auxquels il avait repris des marchandises enlevées aux Ferôe, il fut jugé et condamné à mort à Copenhague, 1589. Sa mémoire fut bientôt réhabilitée, et son souvenir, conservé par des chants traditionnels, est resté dans ces îles comme celui d'un héros national.

En 1803, une frégate anglaise entrée sous pavillon français à Thorshavn, encloua sans résistance les quelques canons qui s'y trouvaient, et emmena prisonniers vingt-quatre pêcheurs. L'Angleterre a occupé ces îles en 1807, et n'y trouvant aucune ressource commerciale, les a abandonnées en 1814. Par le traité de Kiel (janvier 1 814), le Danemark, en cédant à la Suède le royaume de Norvège, se réserva le Groenland, les Ferôe et l'Islande qui, aujourd'hui encore, relèvent de la couronne danoise, quoique ces trois pays aient été colonisés par les habitants de la Norvège dont ils ont été pendant longtemps des dépendances.

* Harald Haarfager; les historiens danois et norvégiens l'appellent Harald Harfagri; il devint seul souverain de la Norvège après la victoire décisive qu'il remporta, en 872, près de Hafursfjôrd.

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Les Feroe représentent un tlos anneaux de cette chaîne continue qui, avec les Orcades, les Shetland et l'Islande, joint l'extrémité septentrionale de l'Ecosse à la cote orientale du Groenland (Martins).

Le groupe émerge au milieu du large canal qui sépare l'Islande de l'Ecosse, au N. N. 0. de cette dernière, sous le même méridien qu'Armagh en Irlande, entre les parallèles de 61» 24' et 020 25' lat. N., et entre 8» 58' et 10» 2' de long. 0. du méridien de Paris. La pointe nord extrême de l'archipel, Ennebierg sur Wideroe, est par 02" 25', et le rocher de Miinken, dans le sud, par 01" 24' ; la petite île de Hobn à l'ouest de Myggenacs marque la longitude occidentale extrême, 10" 2', et la pointe de Bispen, à Test de Fugloë, limite la longitude orientale, 8*58'. Elles occupent donc dans leur longueur tout un degré de latitude, et le groupe des îles les plus septentrionales emhrasse la plus grande surface en longitude. Thorshavn, le chef-lieu, sur Stromôe (lat. N. 62" 2' 58" ; long. 0. de Paris, 9" 12' 50") est, en ligne droite, à 210 milles marins dans le N. N. 0. du cap Wrath (Ecosse), à 350 milles de Bergen et à 300 de la pointe d'Ingofs Hofd Huk sur la côte S. E. de l'Islande. (Le mille marin équivaut à 1852 mètres.)

La superficie de tout l'archipel a été estimé à 128 200 hectax'es par le capitaine danois de Boni qui commandait dans ces îles de 1790 à 1795, et qui en a levé le plan géométrique. L'Institut de Gotha (in Mittheilungen du docteur Petermann, 1875) l'évalue à 24,2 lieues carrées géographiques allemandes (la lieue carrée géographique allemande vaut 55.0629081 kilomètres carrés) et par suite à 1332,5 kilomètres carrés.

L'archipel comprend 26 îles grandes et petites, dont 17 seulement sont hahitées, et se décompose en deux groupes que sépare le 62" parallèle.

he, premier groupe, au nord, le plus nombreux, renferme aussi les îles les plus étendues. En marchant de l'ouest à l'est on y trouve :

Myggenœs, protégée vers le couchant par l'îlot de Holm.

Vaagôe ou Waargôe, séparée de Stromôe par le chenal de Wetsmanshavnfjord ; 11 milles de long sur 8 de large, très-montagneuse. Localités principales: Sorvaag et Midivaag, au fond de baies qui servent de ports.

Stromôe, Strœmôe, au centre du groupe, la plus grande des Ferôe et la plus peuplée, entre Vaagôe à l'ouest et Osterôe à l'est, séparée de cette dernière par un canal rempli d'écueils et parcouru par des courants rapides qui en rendent la navigation dangereuse. Elle a 25 milles dans sa plus grande largeur et une surface de 1 7 lieues carrées. Vingt-deux villages ou lërmes ; Kirkebôe et Thorshavn, la capitale de ces îles, représentent les localités les plus importantes.

Osterôe, la seconde comme étendue ; 18 milles de longueur du N. 0. au S. E., et 7 milles de plus grande largeur ; d'une configuration irrégulière comme presque toutes ces îles, et profondément découpée par des baies sinueuses. Une vingtaine de villages parmi lesquels Kongshavn dans le S. 0., très-bon port au fond du fiord de Skaale, et Nœs, au S., principale localité qui, à une certaine «poque, a compté 1000 à 1200 habitants.

Kalsôe, 9 milles de long, très-étroite.

Kiinôe, 7 milles en longueur, 2 milles de large, à l'ouest de Borôe. Deux villages.

Borôe ou Bordôe, 10 milles de long N. et S., s'avançant comme un coin entre Kunôe et Wideroe, possédant à l'ouest le port très-sùr de Klack.

Wideroe, l'île extrême de l'archipel dans le nord, longue de 8 milles,

BICT. ESC. 4° s. I. 44

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large de 2 milles en moyenne, séparée de Borôe par le chenal étroit de Qvannasund.

Swinôe, dans le S. E. de la précédente, moins étendue, 5 milles de long, et possédant un village du même nom.

Fuglôe, la plus orientale, presque circulaire, n'offrant que 5 milles de diamètre dans tous les sens.

Naalsôe, bande étroite orientée du nord au sud, à l'est de la pointe méridionale de Stromôe, vis-à-vis la baie de Thorshavn qu'elle abrite des vents d'est ; un hameau, Eide.

Enfin, à l'opposite, sur le même parallèle, les deux îlots de Kolter et de Hestôe.

Dans le deuxième groupe, au sud du soixante-deuxième parallèle, les îles sont éclielonnées presque sur le môme méridien. Ce sont :

Sandôe, Vile Sable, entre Stromôe au nord, et Suderôe dans le sud ; 12 milles de long sur 5 à 4 de largeur moyenne; 4 ou 5 hameaux.

Skuôe, dans le S. E. de Sandôe, dont la sépare un canal de 2 à 3 milles seulement ;

Les îlots de Store-Dimon et Lille-Dimon, rochers escarpés, inhabités, où paissent de nombreux moutons qui vivent en plein air en toute saison.

Enfin, Suderôe, Suidero, Sydero, Sudero, qui termine l'archipel dans le sud. C'est une des plus grandes ; elle est à 6 milles de Sandôe, courant du N. N. 0. au S. S. E., sur une longueur de 17 milles, avec une largeur très-irrégulière de 1 à 5 et 6 milles, en raison des profondes découpures delà côte orientale ; une dizaine de localités, parmi lesquelles on cite Lobrôe, au fond du golfe de Waagsfiord, comme le meillleur port de toutes ces îles.

A 4 milles, dans le sud de Suderôe, sort des flots un rocher isolé appelé Mûnken, ou Simbôe Mônch, moine deSimbôe, qui termine le groupe de ce côté.

D'innombrables écueils ou rochers inhabités sont épars le long de toutes ces côtes, et n'offrent d'intérêt qu'aux navigateurs ; tels sont les îlots déserts de Gaalsholm et Tindholm près de Vaagôe ; celui de Kalderen au nord de Kalsôe, de Trolhaved au nord de Sandôe, de Skarvatange et de Kialdevigsholm à l'est de Suderôe, etc....

La configuration générale de ces îles affecte la forme de bandes allongées dans la direction du N. N. 0. au S. S.E. Les canaux étroits qui les séparent suivent la même orientation ; ils sont parsemés d'écueils et les courants trèsrapides du flot et du jusant en rendent la navigation des plus périlleuses ; le brassiage y est considérable. On y rencontre en plusieurs endroits des gouffres ou tourbillons, notamment entre Widerôe et Swinôe ; un autre existe près de l'extrémité méridionale de Suderôe, plus fort et plus dangereux même que celui du Moskôe en Norvège, d'une profondenr de soixante et une brasses ; on y observe quatre tournants impétueux au milieu d'une spirale de roches ; dans les calmes, et au moment du jusant, les pêcheurs se hasardent sur ses bords,. attirés par l'abondance du poisson. Vers la côte méridionale de Sandôe, près des rochers de Dalsnipen et de Dalsflàs, on signale également un courant violent, en forme de tourbillon, désigné sous le nom de Quernen.

Le pourtour des grandes îles est déchiré par de profondes échanci'ures qui s'avancent dans l'intérieur des terres et y forment autant de baies assez longues, mais très-étroites, fiords. Dans Osterôe, ces fiords atteignent des profondeurs de 5 milles [Funding-Fiord), 7 milles {Skaalefiord) ; o et 4 milles dans Stro-

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môe {KoUefiord, Kalbaksfiord), etc.... Osteroe est pour ainsi dire divise'e en deux îles par les deux liords de Funding et de Skaale qui marchent l'un vers l'autre dans la direction du N. N. 0. au S. S. E., et qui ne laissent entre leurs extrémités qu'un isthme de 3 milles d'épaisseur. Cette disposition se retrouve encore plus prononcée sur Suderôa et Borôe où la langue de terre intervallaire se réduit à 1 mille de largeur. La plupart de ces liords affectent l'orientation que nous venons de signaler sur Osteroe ; sur Stromôe et Suderôc, ils se dirigent presque directement de l'est à l'ouest ; presque tous sont ouverts à l'est.

Ces baies font suite à des vallées profondes, encaissées par les chaînons latéraux des montagnes principales de chaque île, et qui se prolongent au-dessous de l'eau; quoit[ue la pente du fond soit toujours très-rapide près de terre, beaucoup fournissent de bons mouillages, tels que les ports de Westmanshvan à l'ouest de Stromôe, de Konyshavn au S. 0. d'Osterôe; Lobrôe dans le fiord de Vaags, en Suderôe ; Thorshavn sur Stromôe ; Frederikswaag, qui entretient quelques relations de commerce avec l'Ecosse, etc

Pour trouver un aspect riant aux Ferôe, a dit un voyageur, il faudrait y être jeté par la tempête (Gh. Edmond). Hérissées de rochers et de montagnes taillées à vive arête, toutes ces îles surgissent brusquement du sein de l'Océan ; vues de large, elles rappellent à l'arrivant le tableau désolé des côtes de l'Islande, moins les hautes montagnes, les JôJmlls et les neiges éternelles de la terre de glace. Ces îlots solitaires, sombres de couleur, s'élançant d'un seul jet au-dessus des flots, affectant les formes les plus bizarres, offrent un aspect étrange et empreint d'un cachet de profonde tristesse. Aux environs des lieux habités seulement, les cultures et l'herbe des pâturages se détachent en bandes d'un vert incomparable qui tranche sur la couleur noirâtre des rochers. La mer, toujours tourmentée, brise sans cesse à l'entour, et pendant les tempêtes s'élance souvent sur ces falaises escarpées à plus de 30 mètres de hauteur.

La structure générale du pays est montagneuse; il est hérissé de précipices, et Ch. Martins estime que les montagnes de l'intérieur ont une élévation, moyenne de 600 mètres dans les giandes îles habitées. Les sommets les plus remarquables dépassent de beaucoup cette évaluation hypsométrique : le Slattarelind , Slatterlind, le plus haut sommet d'Osterôe, mesuré au baromètre par Mackensie, est à 861 mètres (2825 pieds anglais, le pied anglais vaut 0™.3048) au-dessus du niveau de la mer ; Forchhammer lui attribue même une élévation de 913 mètres. Le Skôlingsfield, Skielling Field, le plus haut piton de Stromôe, a été trouvé de 761 mètres par Ch. Martins. La cime du Mallngsfall, point culminant de Widerôe, est à 700 mètres au-dessus de la mer, d'après les mesures de Trevelyan. Toutes ces montagnes affectent une grande variété de formes, mais elles tendent principalement à prendre celle d'un cône tronqué, terminé par un plateau plus ou moins étendu; sur les grandes îles, elles sont disposées en longues chaînes dont les faîtes revêtent mille formes bizarres et fantastiques. Vues du large, leur forme élancée, leur silhouette conique, rappellent l'aspect d'une contrée volcanique ; mais, de plus près, elles diffèrent essentiellement des terrains volcaniques modernes ; on n'y trouve pas de cratères, et l'on y reconnaît la formation trappéenne à la disposition tabulaire des rochers et à leurs falaises verticales formées d'une succession d'assises aussi régulières que si elles appartenaient à des terrains sédimentaires (Durocher).

Sur les côtes, presque partout acoi'es, la mer est très-profonde à une petite distance de la terre, et la sonde ne peut en indiquer les approches. Les mon-

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tagnes ordinairemenl coupées à pic du côté de la mer se dressent en lalaises verticales dont la hauteur varie de 500 à 700 mètres et au delà. Ainsi, le mur à pic qui termine Myggenaes est estimé par Landt à 1200 pieds danois, 570 mètres (le pied danois vaut 0'",514) ; d'après Forchhammcr, le promontoire Myling au N.E. de Stromôe, présente un front escarpé de 714 mètres; le sommet du Beinesvere, sur Suderôe, est à 487 mètres au-dessus du niveau de la mer; Th. AUan, compagnon de voyage de G. Mackensie, a mesuré directement avec une ligne la hauteur de la falaise verticale qu'on nomme le rocher de Kodlen et qui forme le promontoire N. 0. d'Osterôe ; elle avait 540 mètres de haut (H54 pieds anglais). Le baromètre a fourni à Ch. Martins 555 mètres d'altitude pour l'escarpement oriental de Naalsôe. Les points sont rares où la falaise s'abaisse à une faible hauteur au-dessus du niveau de la mer ; à Naalsôe pourtant, vers son tiers septentrional, l'île devient tellement basse qu'elle semble coupée en deux ; une langue de terre étroite que les vagues franchissent dans les grandes tempêtes des équinoxes réunit ces deux parties.

A l'intérieur des îles, les montagnes ne se dressent plus en parois abruptes comme sur le bord de la mer ; elles revêtent une disposition arrondie et ressemblent à d'immenses pyramides formées de cylindres superposés dont les diamètres iraient en décroissant jusqu'au sommet et présenteraient une, succession de terrasses. Souvent, des gradins verticaux alternent avec des gradins inclinés recouverts de détritus ; ou, quelquefois, chaque gradin se termine par un anïas de gros blocs provenant de la destruction des coulées de trapp. Le sommet est toujours un plateau nu et désert, dépouillé de toute trace de végétation.

Les roches de ces îles se désagrègent très-facilement sous l'influence des agents extérieurs, des gelées principalement, et des sources très-abondantes ici comme dans la plupart des contrées de formation trappéennne. Un autre agent de destruction non moins puissant est le choc répété des vagues, aidé par la tendance des rochers à se fendre suivant des plans verticaux ; les flots minent la base des falaises et déterminent la rupture de masses énormes qui s'engloutissent dans la mer (Durocher). Tous les voyageurs qui ont parcouru les côtes ont été frappés du spectacle offert par leurs rochers, les plus beaux et les plus variés que l'imagination puisse concevoir ; ici, ce sont des lignes ou des groupes de roches qui s'élèvent comme des tours ou des minarets jusqu'à plus de 1500 pieds ; là, un roc imposant comme une pyramide ou aiguisé comme une flèche. Souvent, ces masses sont largement crevassées par l'action de la mer qui les a creusées de grottes profondes, d'immenses cavernes où les lames s'engouffrent avec fracas ; ou bien, c'est une arche de pont naturelle, comme celle de l'extrémité sud de Naalsôe, percée d'une caverne qui permet, quand la mer est calme, de traverser l'île en canot ; de là le nom de Naalsôe, île de l' Aiguille.

Géologie. Au point de vue géologique, les Ferôe présentent une remarquable uniformité de constitution ; c'est une formation immense et très-puissante de roche trappéenne isolée au milieu de la mer. Les coulées successives n'y sont interrompues que par de petits lits de matière tufacée dont l'épaisseur est au plus de 5 à 6 mètres ; la hauteur des assises de trapp est variable de 5 à 4 mèti'es jusqu'à 50 et 100 mètres. Ces assises se succèdent d'une façon trèsrégulière ; parfaitement horizontales le plus souvent, elles s'inclinent parfois d'une quantité qui s'élève rarement à plus de i à 5 degrés; il y a pourtant une exception, à Myggenses, où, d'après Allan, l'inclinaison est de plus de 45°; ce

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qui permet de supposer que ces îles ont primitivement forme un tout compacte que quelque bouleversement géologique a disjoint en plusieurs masses. De plus, malgré la correspondance des assises de trapp, évidente sur les deux parois des canaux qui séparent les îles, leur inclinaison n'est pas partout la même : dans le groupe du N. E., la pente générale se prononce vers le sud; dans le nord de Stromôe et d'Osteroe, ainsi qu'à Naalscie, elle est au S. S. E. ; les assises de la partie moyenne d'Osteroe s'inclinent à l'E. N. E., et dans la partie méridionale de Stromôe, à l'E. S. E. ; à Myggenœs, la pente est vers l'est. Il semble donc qu'il y a eu un affaissement au centre, entre Stromôe et Suderôe, et que la partie méridionale de la masse s'est inclinée vers le N. E., tandis que l'autre a penché vers le sud (Durocher).

Comme la plupart des formations de trapp et de basalte, celle des Ferôe est sillonnée de dykes ou fentes qui s'étendent en différents sens et, selon toutes les probabilités, traversent les îles d'un bout à l'autre en suivant la plupart du temps la direction nord et sud ; les unes divisent presque verticalement l'ensemble des assises de trapp, depuis la base jusqu'au sommet, quelques-unes s'étendent d'une île à l'autre.

D'après Malte-Brun, les roches des Ferôe sont des basaltes appartenant au système des masses prismatiques qui semblent s'étendre depuis la chausséedesGéants, dans la province d'Ulstcr en li lande, jusqu'aux Ferôe, par les îles et les cotes occidentales de l'Ecosse. Elles seraient principalement formées de dole'rite. Pour Durocher, ce ne sont pas précisément des roches basaltiques, mais elles appartiennent à ces formations anciennes moins bien définies, auxquelles on a réservé le nom de trapp; ce sont des roches trappéennes. Les assises sont formées généralement d'une roche qui offre plusieurs variétés ; elles sont lauielleuses, porphyriques, souvent amygdaloïdes. La variété porphyrique, la plus habituelle, est caractérisée par de petits cristaux de feldspath labrador, qu'on voit briller dans une pâte compacte ou à grains fins d'un gris verdâtre très-foncé; quelquefois la pâte est d'un rouge violacé à la surface des assises qui est devenue friable et s'est à moitié décomposée. Les cristaux de feldspath se présentent sous forme de noyaux allongés, qui ont 1 à 2 millimètres d'épaisseur sur 6 à 7 de longueur. Les lits de tuf intercalés entre les bancs de trapp sont aussi régulièrement distribués que ceux-ci ; ils sont généralement stratifiés; leur texture paraît compacte au premier abord, mais à la loupe on découvre qu'elle est formée d'un mélange de petits grains hétérogènes ; souvent ce tuf affecte une structure schisteuse, et se divise par feuillets. Le plus ordinairement il paraît formé d'une multitude de petits grains juxtaposés et présente la structure arénacée. On doit le considérer comme un dépôt sédimentaire résultant de la destruction superficielle des coulées de trapp; celles-ci, dont l'accumulation successive a formé les Ferôe, n'ont pas été produites d'une manière continue ; elles se sont succédé à des intervalles de temps plus ou moins longs, -pendant lesquels se formaient ces bancs peu épais de matière tufacée de couleur grise ou verdâtre, et très-fréquemment d'un rouge brique. Ce qui appuie cette hypothèse, c'est qu'on trouve dans le tuf des débris de matière végétale, des indices de lignite et des débris de coquilles qu'on retrouve en Islande dans un dépôt tufacé semblable ; à Suderôe, le tuf est lié avec des bancs argileux contenant un puissant dépôt carbonifère. Telle est la théorie de la formation des Ferôe formulée par Durocher. De nombreuses zéolithes sont répandues dans le tuf sous forme de grains très-fins, discernables seulement à la loupe ; il renferme de petits noyaux feldspathiques, des grains de titane oxydé

690 FEROE.

ferruginé et du fer magnétique titanifèro, de plus un peu de chaux carbonatée.

Le même géologue a signalé une circonstance particulièi'e dans les trapps des Ferôe; c'est ralternance de bancs de trapp contenant de l'eau de combinaison, trapps hydratés et de trapps anhydres ; cette présence de l'eau de combinaison dans les roches ignées n'a pas reçu d'explication complète. La densité des roches hydratées varie de 3,07 à 5,02; celle des trapps anhydres est plus faible, et la moyenne s'élève généralement peu au-dessus de 5 et descend même à 2,87; ces derniers sont par la plupart magnétiques, le feldspath labrador y est très-visible et bien caractérisé.

Parmi les minéraux qui accompagnent les roches de trapp, on signale une gi-ande abondance de zéolithes (hydrosilicates d'alumine et de chaux ou d'alcali), apophyllite, chabasie, mésotype, heulandite et stilbite, en veines et en géodes cristallines, ou en petits fdons dans l'intérieur des formations trappéennes. Elles sont souvent associés à la calcédoine. L'île de Naalsôe est celle où l'on trouve en plus grande abondance ces minéraux zéolithiques ; ils forment des veines, des nids et géodes dans la roche de trapp ; la plupart des fentes, des cavités, des cavernes en sont tapissées. Holm, pasteur protestant d'une de ces îles, vers 1818, a découvert dans les montagnes des calcédoines, des onyx, des opales communes dites opales des Ferôe, et enfin de véritables opales nobles, petites, mais chatoyantes comme celles de Hongrie. 11 a aussi rencontré dans ses fouilles la variété jaune à reflets rouges, dite opale de feu, qui semble assez rare, la même qui a été trouvée près de Zimopan, au Mexique, par de Humboldt et Sonnenschmitt.

Suderôe offre une particularité géologique remarquable : c'est un gisement de lignite situé dans la partie septentrionale de l'île, près de Hvalbôe ; ce gisement comprend deux couches de charbon bitumineux (pech-kohl), séparées par une couche d'argile. Le charbon est accompagné d'argile schisteuse et d'argile endurcie ; on y trouve du fer carbonate en rognons avec des cristaux de quartz et de fer spathique ; quelquefois on y rencontre des restes de plantes en forme de roseaux. Le gisement semble avoir pour toit, pour parois et pour support, des basaltes, des trapps, ou des roches qui s'approchent de ces deux espèces. Il est remarquable, come phénomène géologique, au même titre que celui de la couche de houille posée sur du basalte dans la montagne de Weisner, en Hesse. D'après Henckell, les couches de ce lignite s'étendent sur une longueur de 1200 pieds (près de 4 kilomètres), et une largeur de 4000 pieds (1200 mètres). Malte-Brun évalue la puissance du gisement à 48 millions de tonneaux. On trouve un dépôt analogue, mais moins considérable, dans l'île de Myggenses.

Ce charbon est d'un aspect très-brillant, à cassure conchoïde, d'un beau noir semblable à du jais (jayet), mais il n'est pas homogène ; on y trouve entremêlées des parties schisteuses d'un noir mat. Comme combustible, il a peu de valeur, il brûle difficilement et laisse beaucoup de cendres ; l'analyse chimique le range dans la classe des lignites. 11 contient pour 100 parties : charbon, 24,5 ; matière liquide et produits gazeux, 37,5; cendres, 58,5. L'exploitation en est à peu près abandonnée, faute de débouchés. Au commencement du siècle, le gouvernement danois en fit extraire une quantité considérable qu'il offrit, sur le marché de Copenhague, à un prix très-modéré ; personne n'en voulut, les frais de transport •et les dangers de la navigation mirent fin à l'exploitation.

On signale encore dans les roches des Ferôe la présence du fer, du cuivre, du jaspe, etc.

FEROE. «91

Les géologues sont unanimes pour reconnaître dans la formation de ces îles une origine ignée ancienne ; on n'y trouve pas de cratères, et rien n'y décèle une action volcanique moderne. Durocher fait remarquer qu'elles sont situées sous cette zone méridienne qui renferme un grand nombre d'îles d'une origine volcanique ancienne, Islande, Hébrides, Irlande, Madère, Canaries, îles du Cap Vert, Sainte-Hélène; dans plusieurs de ces contrées, l'activité volcanique n'est pas encore entièrement éteinte.

Etat uydrologique. Toutes ces montagnes sont séparées par d'étroites vallées débouchant vers la mer, et pour la plupart arrosées par des cours d'eau qui en occupent presque toute la largeur dans les fonds. Les diflicultcs d'écoulement que rencontrent les eaux entretiennent au iond des vallées une humidité extrême ; du reste, ces cours d'eau ne peuvent jamais atteindre des proportions considérables, mais leur lit est très-accidenté et brisé par de nombreuses cascades d'un aspect souvent pittoresque à la suile des grandes pluies ou de la fonte des neiges ; on a tiré parti de quelques-unes pour y établir des moulins. Ces ruisseaux sont trèsnombreux ; ou en compte jusqu'à 45 à Stromôe, une ti'entainc sur Osteroe, 12 à 15 sur Waagôe, Sandôe et Suderôe. Les versants des vallées leur sont redevables de beaux pâturages parcourus par les innombrables troupeaux de moutons dont ces îles sont peuplées.

Ou ne l'cncontre de lacs ou d'étangs que sur les plus grandes de ces îles ; sur Stromôe, on en compte 12 ou 13, mais peu étendus; le plus important se voit sur la côte occidentale, près du village de Leinum, il n'a (ju'un kilomètre dans sa plus grande longueur. Sur Osteroe, on en trouve un au nord et un autre au sud, près du village de Tofte. Sandôe en possède huit, dont un assez vaste près de Sandsbufjt. Les plus beaux sont à Waagôe ; il y en a deux , l'un dans la partie N. 0. de l'île, de 1600 mètres de long sur 400 de large; l'autre dans la partie sud, le Sorvaagwand, d'une étendue de 4800 mètres sur 800 de largeur. Les eaux de ce lac arrivent jusqu'à la côte qui est abrupte, et se déversent dans la mer en formant une chute magnifique de 50 mètres de hauteur. Suderôe possède quatre ou cinq étangs ; près du village de Famoye, sur la côte occidentale, est une montagne au sommet de laquelle on trouve un petit lac qui présente, dit-on, journellement comme la mer le phénomène du flux et du reflux; Plusieurs voyageurs ont avancé, sur le récit des habitants, que de nombreuses fontaines ou sources d'eau douce situées au sommet des plus hautes montagnes sont soumises à ces mêmes oscillations subordonnées à celles de la mer ; mais ces mouvements ne semblent pas avoir été observés avec assez de soin pour mériter la moindre croyance ; Durocher, dans son étude hydrologique du pays, n'en parle pas ; il signale seulement près de Sandôe, dans la mer, un jet d'eau intermittent dû aii choc des vagues sur la falaise, et dont il explique le jeu par la théorie du jjélier hydraulique.

Il existe aux Ferôe plusieurs sources d'eau chaude, mais d'un degré de thermalité peu élevé ; la plus chaude, celle de Varmakielde, en Osteroe, possède une température de 18°, 5 ; elle coule presque au niveau de la mer.

Quant aux sources froides, on les rencontre à toutes les hauteurs dans les montagnes ; elles ont été étudiées avec soin par Forchhammer. Près des bords de la mer, leur température est de 7° centigrades, comme celle du sol ; à mesure qu'on s'élève, elle diminue. En général, les sources sortant de la roche solide sont plus chaudes, et celles qui jaillissent des roches éboulées, plus froides. Voici l'échelle des variations de température observées par Forchhammer d'après l'altitude :

692 FEROE.

De 0 à 100 pieds an-dessus du niveau de la nier. . . 7», 00 cent.

, ^ 100 à 200 - — — 6°,SG —

La source examinée à la plus grande hauteur, 2460 pieds anglais, ou 750 mètres, était à 2%22.

Duroclicr fait observer que la température moyenne du sol c'tant de 7" près de la mer, ce n'est pas à celte condition tlicrmologique qu'il faut attribuer l'état de faiblesse de la végétation et la stérilité du pays.

Climat. Ces îles baignent dans les eaux tièdes du Gulf-Stream; leur climat est humide, mais moins rigoureux et plus tempéré que leur latitude, déjà élevée, pourrait le faire croire. 11 n'y a qu'un mois de gelée, l'es baies et les lacs intérieurs no se prennent que très-rarement et dans les hivers les plus rigoureux. 11 est rare que la moyenne hivernale s'abaisse au-dessous de -h 3" centigrades ; en revanche, l'été n'est pas chaud et ne dure réellement que deux mois, juillet et août.

Le plus long jour d'été y est de 20 heures ; ce jour-là le soleil se lève à 2^\7', et se couche à 9"', 55' ; en hiver, dans le jour le plus court, il ne reste sur l'horizon que quatre heures et demie, de 9'', 55' à 2'', 7' ; mais l'obscurité de ces longues nuits y est atténuée par le crépuscule et par de fréquentes aurores boréales.

On possède sur le régime thermologique de Thorshavn de nombreuses observalions faites à diverses époques, et qui concordent assez bien entre elles. Le travail le plus complet sur ce sujet est dû à un savant anglais, Trevelyan, qui en 1821 a séjourné pendant cinq mois aux Feroe, et qui a publié des recherches très-intéressantes sur le climat de ces îles. Il a compulsé les observations météorologiques faites en 1781 et 1782, et contenues dans le manuscrit de Svabo sur les Ferôe, conservé à la bibliothèque royale de Copenhague ; à la bibliothèque de Thorshavn, il a emprunté la série du capitaine Kuhn, commandant des Fercie, qui a observe de 1795 à 1799 ; lui-même, enfin, a noté la température deux fois par jour, de juin à octobre 1821. Voici à quels résultats l'ont conduit ces recherches :

TEMPÉRATURE MOYENNE A THORSHAVN Hauteur au-dessus de la mer, 9™.

Juillet 12°,83 cent.

Août 12'>,50 —

Septembre 10°, 7S

Octobre 8°,0S —

Novembre 5°,58 —

Décembre 5°,00 —

Janvier . . .

. . . 3» ,09 cent

Février . . ,

Mars

Avril ....

Mai

Juin

. . . ll°,ol —

Il résulte de ce tableau que la température moyenne de l'année, à Thorshavn. est de 7", 31 ; l'isotherme de 5" passe, en effet, au nord des Ferôe ; la moyenne des quatre saisons météorologiques est exprimée par les chiffres suivants :

Hiver 3°,61 cent. 1 Été 12°,2l —

Printemps 5°,35 — I Automne . . . . , . 8%08 —

Ch. Martins, en raison du déplacement du zéro des thermomètres dont l'effet habituel est d'exagérer la température, et qu'on ne connaissait pas à la fin du siècle dernier, fait remarquer que ces moyennes sont trop élevées ; il estime que la moyenne de l'année est trop forte de un degré environ ; en effet, les observations de Trevelyan donnaient pour la moyenne estivale 11°, 5 au lieu de 120,3.

FERUE.

Kœmtz et Mahlmanii indiquent des chiffres un peu différents et des moyennes hivernales plus élevées; les observations reproduites par Mahlmann roulent sur vingt-neuf mois et ne visent que Thorshavn :

KŒMTZ.

Moyenne de l'hivet-. . ô«,90c.

— de l'été. . . 11»'60

Différence. . . C.TO

MAHLMAKN.

Moyenne de l'iiiver. , .

— du printemps.

— de l'été . . .

— de l'automne.

Mois le plus froid, janvier, o'.o Mois le plus chaud, juillet. 15°, 4 Tomp.moyennedc l'année. 7°, 5

Si la température varie peu d'un mois à l'autre, elle varie encore moins dans le cours des vingt-quatre heures. C'est ce que prouve une série météorologique dressée à Thorshavn, de deux en deux heures, du 25 au 50 juin 1859, par les membres de la Commission du Nord et les officiers de la Recherche ( Voyage en Scandinavie, 1858-1840). Voici le résumé des observations :

Moyennes horaires du 25 au 50 juin 1859; hauteur au-dessus de la mer, 7 mètres; nombre d'observations à l'air libre, 63.

Midi 11°,28 cent.

2 heures 11'',0'7 —

4 — 9°,eo —

Minuit 6»,05 cent.

2 heures 5»,9G —

La variation diurne, c'est-à-dire la différence moyenne entre la température moyenne des vingt-quatre heures et celle de chaque heure en particulier n'est que de l'',55; les plus grandes différences correspondent à midi (-(- 2^,90 ) et à deux heures du matin ( — 2°,56). 11 faut se rappeler que dans cette saison de l'année le soleil reste, à Thorshavn, vingt heures sur l'horizon. La plus haute température observée a été de 13°, 5 à midi, quoique pendant les six jours d'observation le ciel eût été d'une sérénité fort rare de l'aveu de tous les feroiens que Ch. Martius interrogea à ce sujet. Un thermonièti^e enfoncé dans le soi à la profondeur de 0"S35 se tint en moyenne à 9°, 5 au-dessus de zéro (43 obs.) Soixante-trois observations barométriques, pendant la même période, ont fourni une moyenne générale de 764,19.

Ce climat est, avec celui des Shetland et des Orcades, le plus égal que nous ayons en Europe; comme dans les climats marins, les moyennes de l'hiver et de l'été diffèrent peu. Ainsi, aux Shetland, île d'Unst, les moyennes hivernales et estivales, 4°, 05 et 11», 92 ne diffèrent que de 7", 87; aux Ferôe, la différence entre le mois le plus froid et le mois le plus chaud n'est que de 10°,1; celle entre l'hiver et l'été, de 8°, 60. Cette égalité de température tient au peu d'étendue de ces îles perdues au milieu d'une grande mer, baignées par le Gulf- Stream, et enveloppées habituellement de brumes qui empêchent la terre de se réchauffer en été et de se refroidir en hiver; aussi, la température moyenne de cette dernière saison reste-t-elle toujours au-dessus de 0°, et supérieure même à celle de Londres. Ces brouillards amenés par les vents de S. 0., communs pendant l'hiver, se résolvent le plus souvent en pluies qui dégagent de la chaleur empruntée à l'air chaud et humide de l'Atlantique et s'opposent au rayonnement du sol. Celte douceur des hivers, par 62» de latitude, s'explique donc, comme en Angleterre, par leur extrême humidité. De juin 1781 à mai 1782, on a noté 157 jours de pluie, 85 de neige et 44 de brouillard sans pluie; en 1798, on a compté 162 jours de pluie, 27 de neige et 53 de brouillard. Ces brumes épaisses, très-fréquentes en été et en automne, enveloppent et masquent toutes

694 FERÔE.

les îles, et ajoutent aux difficultés et aux périls de la navigation dans ces parages.

Les vents régnants sont ceux de S. 0., de N. 0., de S. E. et de S.; ils sont souvent d'une violence extrême, surtout quand ils soufflent de l'Islande, N. 0. L'océan qui entoure ces îles n'est jamais entièrement paisible, et l'on peut dire que le calme y est aussi rare que le beau temps : « Les derniers balancements que lui imprime la tempête qui s'apaise se confondent presque sans interruption avec les ondulations bruyantes qui annoncent une nouvelle bourrasque.... « (Graba, Un voyage aux Férue). Les coups de vent sont si fréquents dans ces parages et durent si longtemps qu'il faut quelquefois attendre des semaines, des mois entiers pour passer d'une île à l'autre. Ils renversent les cabanes, les rochers, déracinent les arbustes; des trombes enlèvent des masses énormes d'eau de mer et les transportent avec les poissons à de grandes distances dans les terres. Les habitants sont obligés de consolider les toits de leurs maisons, pourtant peu élevées, avec des cordes reliées à des pieux fichés en terre. Comme compensation, les tempêtes furieuses qui désolent ces îles purifient l'air en chassant au loin les miasmes pestilentiels amassés autour des pêcheries, des sécheries de poisson, des fabriques d'huile de foie de morue, etc.

A mesure qu'on s'avance vers les régions septentrionales, le nombre des orages diminue, comme l'observation La démontré; pas plus qu'aux Orcades et aux Shetland ils ne sont fréquents aux Feroe malgré la disposition acore de leurs côtes, et ce n'est que pendant les forts coups de vent de l'hiver que l'on y entend gronder le tonnerre.

Pi'.ODUCTioKs VÉGÉTALES. AGRICULTURE. Flore. Nous avous dit quellc remarquable uniformité de structure possèdent les Ferôe ; un trapp noir alternant avec des couches de tuf trappéen constitue la roche qui domine exclusivement dans l'archipel. Il est d'observation que les contrées d'origine basaltique ou trappéenne présentent ordinairement des régions très-fertiles, surtout quand il s'y trouve des dépôts abondants de matières tufacées; mais la pierre dure et non friable des Feroe ne fournit que très-peu de menus détritus impropres à la végétation. Les parties saillantes des roches, il est vrai, se désagrègent peu à peu à l'air, mais la mince couche de terreau meuble qui se forme à leur surface est emportée par les vents, le roc reste à nu, un petit nombre d'espèces végétales peut s'y fixer, et le pays est condamné à une affreuse stérilité. Dans les îles du nord, on trouve bien çà et là quelques champs appliqués aux flancs des montagnes ; dans celles du sud ils deviennent plus nombreux, et les cultures qui entourent quelques villages rappellent, dit-on, les campagnes de la Suède et de la Norvège; mais l'intérieur est désert, et, en général, les Ferôe sont incultes. Cette stérilité tient à plusieurs causes : c'est d'abord l'absence de vallées à pentes douces où puissent s'arrêter les détritus provenant de la dénudation des montagnes; l'humidité du climat, les pluies abondantes qui accumulent la terre végétale dans les bas-fonds ; ceux-ci, le plus souvent remplis d'eau, sont envahis par les plantes riiarécageuses qui seules peuvent y végéter, et se transforment en tourbières où croissent les plantes propres à ce genre de sol; aussi, toutes les parties basses sont-elles recouvertes de tourbe. Les conditions générales du climat jouent aussi un rôle important; les hivers ne sont pas froids (la somme de chaleur à ïhorshavn est évaluée par Gh. Martins à 2150"), mais les étés y sont courts, brumeux et pluvieux, et sans chaleur; la végétation reste faible et chétive, moins à cause d'une température annuelle peu

FERUE. C95

élevée que par suite; du manque de chaleur pendant l'été. Ajoutons à ces causes, avec R. Radau, ratténuation de la luminosité par l'atmosphère brumeuse de ces îles (R. Radau, Les Derniers progrès de la science, Paris, 1868, p. 103).

Les vents violents, avons-nous dit, qui dénudent les sommets, contribuent aussi puissamment à l'arrêt du développement de la végétation ; c'est seulement sur les pentes abritées des montagnes que les troupeaux trouvent une pâture abondante, et que le paysan des Ferôe hasarde ses précaires cultures (Ch. Martins).

L'auteur que nous venons de citer a dressé la liste des plantes cultivées qui, dans ces contrées, sont l'expression exacte du pouvoir et des limites de la force végétative, car l'homme du Nord, dit-il, demande toujours à sa terre ingrate tous les produits qu'elle peut lui donner. Le 50 juin 1839, Ch. Martins a vu ù Thorshavn des choux qui avaient germé, mais ne s'élevaient pas à plus de 4 à 6 centimètres ; on les coupe en octobre. Les laitues, encore moins avancées, n'avaient que 2 centimètres de hauteur. Le persil, le cerfeuil, les poireaux, les épinards, le céleri, les carottes, les betteraves sortaient à peine de terre ; les radis avaient 5 à 6 centimètres de long, on les mange à la fin d'aoïit ou au commencement de septembre ; les navets, de la grosseur d'un (uyau de plume, étaient deux l'ois moins longs. Les tiges de raifoit {Cochlearia armoracia) s'élevaient à 0"%60, ainsi que les choux-raves. La rhuljarbe [Rheum palmatum) est cultivée dans les jardins ; à la fin de juin ses feuilles avaient 0"',45 de long, et les pétioles près de 2 centimètres de diamètre. 11 a rencontré, à la même date, quelques carrés de fraises, mais il est rare, paraît-il, (|u'clles arrivent à maturité.

Les arbustes ne réussissent pas mieux que les végétaux herbacés ; le même voyageur y a rencontré quelques fi"amboisiers, des groseilliers épineux et des groseilliers rouges de petite taille qui ne donnent jamais de fruits. On jugera de la croissance des arbres par les exemples suivants : un bouleau planté depuis trois ans avait 0'",40 de haut ; une aubépine {Cratœgus oxyacanlha) du même âge n'était pas plus élevée. Le sorbier des oiseleurs {Sorbus aiiciiparia) peut seul acquérir la taille d'un arbre à l'abri des murs qui le protègent contre les vents de mer. Ch. Martins en a vu trois dans le jardin du gouverneur, hauts de

4 mètres environ; ils étaient ramifiés à partir du sol, et leur couronne avait

5 mètres de circonférence ; les troncs, d'un diamètre de 1 à 3 décimèties, prouvaient que ces arbres étaient très-vieux, mais tout en eux annonçait la souffrance-, la plupart des branches qui dépassaient le mur du jardin étaient mortes ou dépourvues de feuilles. Un seul arbre de 1 mètre seulement de haut portait deux corymbes de fleurs. Il a vu également un petit cornouiller et un sureau commun de 2 mètres de haut dont les troncs desséchés repoussaient du pied.

A diverses reprises, plusieurs gouverneurs et ministres protestants ont fait les tentatives les plus méritoires pour naturaliser quelques arbustes dans ces îles. Le pasteur Struer, à Vaagôe (C.-J. Graba. Uii voyage aux Ferôe, 1828-1830) a planté des spirsea, des cerisiers, des sapins, des noyers, des groseilliers rouges et épineux. Ceux de ces arbres qui étaient exposés au midi végétaient mais fleurissaient à peine et ne mûrissaient pas leurs fruits ; toutes les branches qui dépassaient le mur d'abri mouraient l'hiver suivant.

Le pasteur Gad, à Sandegierde (Sandôe), a planté un certain nombre de peupliers pyramidaux {Populus dilalata), arbre qui supporte très-bien l'âpre climat

606 FEROE.

d'Upsal, en Noi'vcge ; dès la première année la moitié avait péri, et les autres n'ont pas lardé à succomber.

11 semblerait donc que le sol et le climat des Ferôc sont mortels à toute végétation arborescente. Cependant il y avait autrefois des bouleaux (fie<?//a a/fca, L.) dans ces îles, car on en trouve souvent des troncs enfouis dans les tourbières ; mais une exploitation inconsidérée les a fait disparaître, comme aux Shetland et en Islande où ils existent encore mais fort clair-semés dans l'intérieur de l'île. [Voyage en Scandinavie, etc.)

Pour le même auteur auquel nous sommes redevables de ces renseignements si précis, diverses causes entravent la végétation arborescente aux Ferôe. La latitude n'a qu'une influence secondaire puisque, sur le continent eui'opéen, les arbres croissent encore au 70". Les obstacles réels sont : la violence des vents de mer qui déracinent les arbres et brisent les jeunes pousses, la minceur de la couche de terre végétale qui recouvre le roc et qui ne permet pas aux racines de se fixer solidement, l'humidité constante de l'atmosphère qui trouble les fonctions des feuilles et celle du sol qui pourrit les racines, la température trop basse et insuffisante de l'été, l'absence de régularité dans les saisons ; parfois des hivers très-doux qui, dès janvier ou févi'ier, précipitent l'ascension de la sève, puis des froids rigoureux et des tempêtes, en mars et avril, qui suspendent tout effort de végétation. En rase campagne, les arbres ont pour ennemis les troupeaux de moutons affamés, et à Thorshavn même, les nombreux chats qui remplissent les maisons; dès qu'un arbre commencée s'élever, ils le dépouillent de son écorce qu'ils arrachent avec leurs griffes, et tous les troncs sont ainsi dénudés jusqu'à la hauteur de 0"',60 à 0'",80 du sol.

Les habitants des Ferôe n'ont point pourtant renoncé à l'espoir de naturaliser des arbres dans leurs îles ; Ch. Martins conseille de porter les essais sur le frêne (Fraxinus excelsior) , l'érable s-^comore [Acer pseudoplatanus), le sorbier des oiseleurs (Sorbiis aucuparia) et les saules, en choisissant convenablement le sol et l'exposition, de façon à mettre les plantations à l'abri des causes de mort qui les assiègent. Aux Shetland, ces arbres végètent assez bien, c'est une grande probabilité de réussite aux Ferôe. Quant au bouleau dont on rencontre les troncs dans les tourbières des deux archipels, on a vainement tenté de le naturaliser dans les Shetland, et cependant il vit sous le climat beaucoup plus rigoureux de Ilammerfest, et dans les parties centrales de l'Islande lorsqu'il est abrité des vents du large ; mais l'intérieur des Ferôe est inhabité, tous les villages se groupent aux bords de la mer, et les essais de culture ne semblent pas avoir été entrepris.

Les plantes utiles, cultivées ou croissant spontanément aux Ferôe, sont assez nombreuses ; nous les avons citées en grande partie ; on trouve encore le cresson, la sarriette, Voseille sauvage, Vangélique sauvage dont on mange la tige et dont la racine a été pai'fois d'un grand secours dans les temps de disette. Les habitants utilisent aussi diverses plantes antiscorbutiques que la nature y a semées avec profusion, le cochlearia, le pissenlit, le raifort sauvage, etc. La tormentille y croît en grande quantité et sert à la préparation des peaux ; avec la racine de Rhodes [Rhodiola rosea) qui croît ordinairement au pied des montagnes, près des eaux courantes ou de la mer, on fabrique une eau distillée qui rappelle le goût et l'odeur de l'eau de roses.

Un soixantième du sol seulement est consacré à l'agriculture, d'après les calculs du capitaine de Boni, et réellement susceptible de culture ; le reste ne

FERÔE. 697

comprend que des tourbières ou une terre sablonneuse noirâtre plus appropriée, en général, aux pâturages qu'aux céréales ; c'est une croûte pierreuse revêtue d'une couche de terre légère et sans consistance.

La variété d'orge {Hordeum. hexastichon) très-robuste que l'on sème en Ecosse sous le nom de scotch big, la pomme de terre et les lurneps {Brassica râpa) sont les seuls végétaux cultivés sur une grande échelle. Dans les îles du sud on tente quelquefois des cultures de seigle et de froment, mais qui mûrissent rarement leurs grains. Dans les bonnes années, l'orge fournit parfois 20 pour un des semailles.

Les champs d'orge forment une lisière qui ne s'élève qu'à une faible hauteur au-dessus de la mer ; néanmoins, il est rare que la maturité s'achève complètement ; le laboureur ne récolte souvent que des tiges de paille avortées, des épis sans grains.

Le professeur danois Forchhammer a déterminé barométriquement la limite hypsométrique des cultures d'orge à Suderôe, l'île la plus méridionale de l'archipel, latitude 61° 35'; longitude, 0. 9° 21' : elle est à 102 mètres, en moyenne, au-dessus de la mer sur le versant sud des montagnes, et à 60 mètres sur le versant nord. Ch. Martins fait remarquer que l'influence de l'exposition est plus considérable qu'on ne serait tenté de le supposer à priori ; car, en été, dans ces latitudes élevées, le soleil se couchant pendant quelques heures seulement et tournant pour ainsi dire au-dessus de l'horizon, le liane septentrional d'une montagne reçoit relativement une somme de ciialcur un peu plus grande que dans les latitudes tempéi'ées. Cette faible différence est même composée par la violence des rafales chargées de pluie qui viennent du S. 0. et versent les moissons tournées vers le midi, tandis que celles du côté opposé sont plus souvent à l'abri du vent (voyage cité).

Les îles les plus lertiles sont celles de Suderôe, Vaagôe et Osterôe ; à Suderôe on sème l'orge en avril, on la récolte au milieu de septembre ou au commencement d'octobre ; les épis ne sèchent souvent que dans la grange.

Les pommes de terre peuvent être cultivées dans certains points abrités jusqu'à la hauteur de 250 mètres au-dessus de la mer ; la rhubarbe et l'angélique viennent encore fort bien à une élévation de 500 mètres ; au-dessus de ce point, on ne trouve plus de cultures.

La flo7'e de ces îles perdues au milieu de l'océan est aujourd'luii connue d'une manière très-complète par les travaux de nombreux voyageurs qui y ont séjourné à diverses époques : Landt, pasteur de ces îles, 1785-1790 ; — Mackensie et Allan, 1815 ; — Trevelyan et Forchammer, 1821 ; — Graba, 1828- 1830 ; -- Ch. Martins, 1839, etc.

On doit à ces derniers observateurs une éciielle de la végétation spontanée suivant les altitudes, dans Stromôe, Maalsôe et Widerôe. Dans les environs de Thorshavn, Ch. Martins a rencontré, sur un terrain légèrement accidenté, tourbeux dans les dépressions, dénudé et stérile dans les parties saillantes, les espèces suivantes : Ranunculus repens. — Bellis perennis. — Cardamine pratensis ; C impatiens. — Pohjgala vulgaris (P. Vaillantii, Besser). — Empetrum nigrum. — Viola canina. — Oxyria reniformis. — Géranium pratense. — l^Armeria maritima, très-belle en ce pays, couronne de ses touffes gazonnées et surmontées de fleurs les monticules les plus arides et les plus exposés aux vents de mer.

Dans les dépressions : Scirpus cœspitosus. — Eriophorum polystachion ; E.

698 FERÔE.

vacjinatum. — Pbujuicida alpina. — Veronica serpyllifolia. — Orchis sambucina. — Carex cœspitosa.

Sur la crête de la montagne qui domine Thorshavn, la Rhodiola rosea; le Polypodiwn vulgare, dans les fissures des rochers ; la Luzula maxima, atteignant 50 à 60 centimètres, au fond des fentes humides à l'abiù des rafales du large.

Sur le Skiellingfield, le versant tourné au N. E. est couvert d'une herbe touffue, et le Thallctrum alpinum croît en abondance au pied des rochers. Le versant méridional présente une ceinture de champs cultivés s'élevant à 40 mètres environ au-dessus du niveau de la mer. A une hauteur de 488 mètres, on trouve les premières touffes de Saxifraga oppositifolia, et jusqu'au sommet qui s'élève à 761 mètres; dans leur ascension sur la montagne de Mallingsfall, en Widerôe, Forchhammer et Trevelyan ne l'avaient pas rencontrée au-dessous de 690 mètres.

Sur la grève sablonneuse de Naalsôe, le même observateur a trouvé : Armeria peploïdes. — Potentilla anserina. — Cochlearia officinalis. Dans les dépressions humides : Bartramia foniana — EriopJwrwn vaginatum. — Carex cœspitosa. — Saxifraga stellaris; sur les pentes sèches de la montagne : ?^ardus stricta comme plante dominante ; quelques pieds de Kanunculus montamis. — Plantago alpina. — Luzida spicata. Au sommet est un dôme nu, dépouillé, balayé par les vents de mer ; les seules plantes phanérogames qui y végètent sans abri sont : Salix herbacea. — Carex atrala. — Polygonum vivipanim. — Thalictrum alpinum.

Le 28 juillet 1821, Forchhammer et Trevelyan avaient fait l'ascension du Mallingsfall, dans l'île de Widerôe, hauteur 700 mètres; du côté du S. E., ils trouvèrent l'échelle de végétation suivante :

A 326 mètres, les premiers pieds de Salix herbacea.

A 415 mètres, les Dryas octopetala. — Botrychium lunaria. — Thalictrum alpinum. — Azalea procumbens . — Veronica alpina,

A 460 mètres, Dryas octopetala, très-commun. — Papaver niidicaule. — Salix arctica.

A 585 mètres, le Papaver nudicaule, très-abondant, et VArabis petrœa.

A 600 mètres, Sibbaldia procumbens et Chamœledon procumbens.

Enfin de 690 à 700 mètres, au sommet : Salix herbacea, S. arctica. — Empetrum nigrwn. — Rhodiola rosea. — Silène acaulis. — Cerastiiim alpinum. — Vaccinium myrtillus. — Polygonum viviparum. — Oxyria reniformis. — Saxifraga oppositifolia. — S. hynoides. — Armeria vulgaris. — Sibbaldia procumbens. — Alchemilla alpina. — A. argentea et A. vulgaris, et pubescens.

Un catalogue des végétaux vasculaires croissant spontanément dans l'archipel des Ferôe a été dressé par Gh. Martins {Voyage en Scandinavie, etc.); il comprend un total de 55 familles, 144 genres et 295 espèces,

Les Dicotylédonées y entrent pour 40 familles, 101 genres et 192 espèces. Les familles sont celles des Renonculacées, des Papavéracées, des Crucifères, des Yiolariées, des Polygalées, des Caryophyllées, des Linées, des Hypericinées, des Géraniacées, des Oxalidées, des Légumineuses, des Rosacées, des Onagrariées, des Haloragées, dés Cératophyllées, des Portulacées, des Crassulacées, des Saxifragées, des Ombellifères, des Caprifoliacées, des Rubiacées, des Dipsacées, des Composées, des Campanulacées, des Vaccin iées, des Ericinées, des Gentianées, des Rorraginées, des Rhinantacées, des Scrofulariées, des Labiées, des Len-

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tibulariées, des Primiilacées, des Plombaginres, des Plantaginées, des Che'nopodées, des Urticées, des Amentacées, des Conifères.

Parmi les Monocotylédonées, on compte 10 familles, 32 genres et 82 espèces. Les 10 familles sont celles des Alismacées, des Potamées, des Orchidées, des Iridées, des Liliacées, des Joncées, des Typhacées, des Cypéracées, des Graminées et des Lemnacées.

, Enfin on compte 5 familles d'Acotylédonées, comprenant 10 genres et 21 espèces ; ce sont les Characées, les Equisétacées, les Marsiléacces, les Lycopodiacées et les Filicées.

D'après le môme autour, 527 espèces de plantes sont répandues sur les Ferôe ; toutes se retrouvent en Euro[ic,un bon nombre aussi en Amérif^ue ; 108 appartiennent exclusivement à l'ancien monde, pas une exclusivement au nouveau ; 4^19 se trouvent à la fois en Europe et en Amérique ; sur ce nombre, 110 existent sur toutes les îles. De ces dernières, il n'y en a que 37 au Groenland, 75 dans d'autres parties de l'Amérique. Les Ferôe n'ont pas une seule plante qui leur appartienne exclusivement, pas plus que les Shetland et l'Islande. Les espèces exclusivement européennes forment un septième environ de la flore totale aux Ferôe. (0. Heer, Recherches sur le climat et la végétation du pays tertiaire). Pour plus de détails, voir Voyage de la Recherche en Scandinavie, 1858-1840, Essai sur la végétation de Varchipel Ferôe, comparée à celle des Shetland et de l'Islande méridionale, par Ch. Marlins.)

Faune. L'histoire zoologique des Ferôe a été étudiée par divers naturalistes, Landt, Mackensie, Graba ; ce dernier s'est surtout étendu sur l'ornithologie. La faune est pourtant moins connue que la flore de ces régions.

Les moutons vivent sur ces îles en immenses troupeaux; avec les produits de la pêche, ils représentent la vraie richesse des Ferôiens. Le mouton est pour eux ce que le renne est pour le Lapon, le phoque pour les Groënlandais ; à côté de l'élève du bétail, la culture des terres n'est qu'une ressource secondaire.

Dans les îles septentrionales, la plupart des brebis sont blanches ; presque toutes sont noires dans les îles du sud ; la laine de ces dernières est plus fine. D'après d'anciens récits, basés peut-être sur une erreur d'observation, la toison des brebis blanches transportées sur l'îlot désert de Lille-Dimon finit par devenir entièrement noire ; le changement de coloration commencerait par les pieds et se continuerait jusqu'à ce que toute la laine ait acquis la même couleur. Ce fait n'est plus mentionné dans les relations modernes des voyageurs.

Les moutons des Ferôe vivent en toute saison à l'état sauvage. « Le paysan en possède souvent des quantités considérables ; il leur demande tout, ne leur donne ni soin ni protection en échange, et ne s'en préoccupe qu'une fois par an, lorsqu'il s'agit de les dépouiller. Pas d'étable, pas de hangar pour l'hiver ; les pauvres bètes errent continuellement sur les montagnes cherchant leur nourriture sous la neige. Réduites à l'état sauvage, elles disparaissent sous des avalanches de neio-e, ou bien se blottissent dans des cavernes de rochers et se rongent la laine sur le dos. Au mois de juin, le paysan, aidé par sa famille et ses chiens, se met à la recherche de ses moutons qu'il a eu soin de marquer, l'année précédente, d'un signe distinctil. Quand il les a rassemblés, il leur demande leur laine; l'opération de la tonte serait trop longue, le paysan se contente de leur arracher leur toison par lambeaux. La victime, dénudée et couverte de sang, retourne à sa vie sauvage. » (Ch. Edmond.) Dans les hivers rigoureux, il en périt un grand nombre de froid et de faim.

700 FEROE.

Eu 1814, le nombre des moutons aux Feriie s'élevait à 76 000 pour une population de 5600 âmes, soit à 1180 par 100 habitants. (II. Krabbe.)

Les chevaux ieioiens sont petits, mais forts et légers; guère mieux traités que les chevaux islandais, c'est à eux, en tout temps, de pourvoir à leur subsistance.

Les bœufs, de petite taille également, parviennent à un embonpoint remar- (juable; un bœuf y donne souvent jusqu'à 100 livres de graisse; les vaches seules ont des élables, grâce au produit journalier de leur lait.

Les chats domestiques foisonnent à Thorshavn ; on n'y voit pas de chiens, quoique les îles produisent une race estimée ; leur nombre est depuis longtemps limité par une ordonnance du 2 avril 1698, ordonnance toujours rigoureusement observée, et qui, dans le but de préserver les troupeaux de moutons des attaques des chiens, interdit aux habitants d'en avoir plus que les autorités locales ne le jugent nécessaire.

Ces îles ne renfermaient pas de lièvres autrefois. En 1850, le bailli Dahlerup en a importé à Stromiie deux couples de Krageroe en Norvège ; ils s'y sont tellement multipliés, que pendant l'hiver 1861-62 on en a tué 100, et l'année suivante 200. L'absence des renards et autres carnassiers a peut-être favorisé cette grande propagation des lièvres, tandis que toutes les tentatives qu'on a faites pour introduire ces animaux en Islande ont échoué. (II. Krabbe.)

La faune oniitliologique y est d'une grande richesse ; peu de pays renferment une aussi prodigieuse quantité d'oiseaux. On les trouve par milliers sur toutes les côtes et sur toutes les montai^nes. Le corbeau noir, Corvus corax, abonde

autour des sécheries de morues ; il est surtout redoutable aux brebis, les Fe-

' rôiens lui font une guerre acharnée. Autrefois, à un certain jour de l'année,

chaque habitant était tenu d'apporter un bec de corbeau à la chambre de justice.

Ici, comme en Islande, le plumage de ces corbeaux est mêlé de blanc et de noir.

Parmi les oiseaux les plus communs, on cite encore : la pie de mer ou kielder, l'ennemie du corbeau, respectée par les habitants, comme l'eider par les Islandais; l'aigle cendré, l'épervier, la corneille, une espèce de hibou; le pigeon ramier, l'étourneau, le pluvier doré, la bergeronnette, le roitelet ; l'hirondelle et l'ortolan de neige y sont de passage. Le héron y apparaît quelquefois, le spatule y est commun, le gerfaut à certaines époques de l'année.

Sur les côtes, c'est une multitude innombrable d'oiseaux de mer et de rochers, puffms, pingouins, guillemets, calculots; le grisard ou skua, le goéland, le bourgmestre, le pétrel, le plongeon du Aord, le cygne, trois espèces d'oies sauvages, l'eider ou canard, à édredon, le canard à longue queue, le goéland brun, le cormoi-an, le courlis, l'hirondelle de mer, une foule de canards; l'imbrim, plus gros que l'oie, qui ne sort jamais de l'eau et sur le compte duquel courent une foule de fables, le Columbus pedibus palmaiis indivisis de Linné, assez semblable à l'imbrim par sa grosseur, par la position des pieds qui rend la progression difficile, et par la petitesse de ses ailes qui l'empêche de voler. On mange le skraben, la lunde, la huppe, la corneille aquatique ; ces oiseaux vivent en bandes sur les rochers escarpés de ces îles, en compagnie de grands stercoraires {parasite, pomarm, cataracte), qui défendent énergiquement leurs œufs contre le chasseur; les Feroiens, à la recherche de leurs nids, attachent, dit-on, à leurs chapeaux un couteau aigu, sur la pointe duquel ils viennent se faire tuer.

La mer qui baigne ces îles abonde on poissons et on cétacés divers ; aussi la

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pèche y est-elle l'induslrie la plus importante et la plus fructueuse; elle fournil à l'alimentation, et constitue le produit principal d'exportation de rarchipel. On possède peu de renseignements sur la pèche de ces îles dans les temps passés ; elle semhle pourtant y avoir été autrefois très-abondante. Le chevalier Nicolo Zeno, noble vénitien qui vécut aux Feroe de 1390 à 1400, rapporte que les habitants exportaient déjà d'énormes quantités de morue sèche, et ajoute que la France, la Bretagne, l'Angleterre, l'Ecosse, la Norvège et le Danemark en étaient approvisionnés. Les juoduits doivent avoir diminué depuis, car en 1673 le pasteur L. Debes, dans son livre Fœrôa reserata, dit que la pèche était alors très-mauvaise. Les auteurs du commencement du dix-neuvième siècle s'expriment de la même manière. Pourtant, les bancs de poissons n'ont jias diminué et n'ont pas changé de place, comme on l'a prétendu ; le monopole commercial qui a longtemps écrasé ces îles a seul contrecarré le progrès d'une industrie qui a rei)ris son essor depuis 1855, époque à laquelle ces entraves sont tombées.

La pêche de la morue se fait dans les baies ou en pleine mer, siu' les bancs qui entourent les îles ; on en compte deux ou trois grands seulement, les autres sont petits. Les grands bancs de pèche se trouvent à l'O. de Myggenœs, dans le S. 0. de Suderoe, et dans le N. de toutes les îles. La morue se ])èclic à la ligne de fond, peu au lilet, à cause des courants ; on se sert pour boitte de divers coquillages, le biiccinatum undatum et la patella vuhjaris, et aussi des entrailles d'oiseaux de mer, du larus indaclylus en particulier. Cinq espèces de morue se pèchent sur les côtes : le gadiis morrhua, la plus commune ; le lingue, gadus loia molva, et le hrosmius vulgaris ; ces trois espèces sont l'objet principal de l'ajqirèt et de l'exportation, sécliées, ou salées et séchées. L'égrefin, gadus aglefinus, et Vablelte, gadus virens, apparaissent en automne et en hiver; leur foie fournit de l'huile; elles ne sont pas exportées et forment la ressource principale des habitants pendant l'hiver.

Le hareng, clupea harengiis, est peu péché. Le flétan, hippoglossus pinguis, se montre en été; il atteint une longueur de 2'", 50 et un poids de J60 kilogrammes, et se vend, frais, vm haut prix, en Ecosse.

Le' requin, scymnus borealis, très-abondant dans les baies, où il s'assemble souvent autour des baleines mortes, n'est plus péché ; autrefois on le cliassait pour la grande quantité d'huile fournie par son foie volumineux, qui donnait jusqu'aux deux tiers de son poids.

Les baleines s'approchent maintenant assez rarement de ces îles, mais la chasse aux phoques est parfois assez fructueuse en septembre. L'apparition d'une troupe de marsouins est surtout une bonne fortune pour le pays ; comme pour le phoque au Groenland, il est une saison aux Fercie où cet animal apparaît en grandes bandes. 11 porte, dans le pays, le nom de Grind, c'est le delphinus globiceps, d'après le pasteur H. Chr. Lyngbye. Chaque année, il se tue à peu près deux mille de ces daup' ins, représentant une valeur de 180,000 francs; c'est une des principales s urces de bien-être pour les Ferôiens, mais les produits de cette pèche sont toujuurs très-inégaux d'une année à l'autre, et souvent presque nuls. Après que la ilime a été prélevée pour le roi, l'Eglise et le prêtre, ce qui reste est partagé, selon des règles fixes, entre les propriétaires de la terre, les pauvres et tous les habitants du district où s'est faite la pêche. Tout homme, même les enfants, obtient sa part selon la loi. Les insulaires mangent la chair du marsouin, d'un goût de viande grasse de bœuf, fraîche ou salée ; le lard est converti en huile. Un dauphin de moyenne taille peut en donner un baril, qui se

nicT. F.xc. i' <!. f. 45

702 FERÔE.

vend actuellement de 50 à 40 francs à Thorshavn. (Voir description pittoresque de cette pèclie in Gh. Edmond, voyage de la corvette la Reine Hortense, et X. Marmier.)

Parmi les cétacés qui fréquentent ces côtes, on cite encore le doglinge, baleine qui atteint 32 pieds de long et 8 pieds de diamètre, et qui fournit une forte proportion d'huile ; le froidwal, jjIus grosse et dont la chasse n'est pas sans danger; le grindwal, la plus petite de toutes, etc.

Les mollusques conchifères sont nombreux le long des côtes. On trouve dans ces îles, ainsi qu'en Islande, une grande moule dont les habitants se nourrissent; l'écaillé donne une chaux excellente, qui a servi, il y a cinq ou six siècles, à la construction d'une église gotliique dont on voit les ruines à Kirkebôe, et dont l'évèque Hilaire voulait faire la cathédrale des Ferôe ; les murs, inachevés, ont résisté aux tempêtes et aux intempéries du climat. La fabrication de cette chaux est aujourd'hui oubliée.

Démographie. IIygiè>e. Mœurs. Les Ferôe font partie de la division politique des iles aux États (Provincial Staender), et nomment, avec l'Islande, trois députés. Une loi votée en 1854 leur a donné, sous le nom de Langthing, {parlement d'ordre), une représentation provinciale qui est législative pour les intérêts communaux, et consultative pour ce qui concerne la législation générale.

Le groupe forme un amt ou bailliage particulier, relevant de la couronne danoise; à sa tête est placé un gouverneur royal, amtmand; la justice y est rendue par un sénéchal ; les appels se portent à la chancellerie de Copenhague. L'administration religieuse est subordonnée à l'évêché de Seeland.

Les îles sont divisée en syssels ou districts au nombre de 6, comprenant 17 paroisses :

Syssels de Stromôe. . . Stromôe, Naulsôe, Kosler, Hestôe.

— Korderoe . . compreuaut les iles du N. E.

— Oâteroe . . . Osteroe.

— Waagôe. . . Waagoe et Myggenoes.

— Sandoe . . . Sandoe, Skuoe, les Dimon.

— Suderoe. . . Suderôe. ,

Tho7'shavn (rade du dieu Thor), inscrite depuis des siècles dans les chroniques Scandinaves, représente l'agglomération principale de maisons et de huttes de pêcheurs dans tout l'archipel. C'est le chef-lieu, le siège du gouvernement, le séjour du gouverneur, du juge, le centre du commerce. Elle est située sur le bord d'un fiord de la côte orientale de Stromôe ; sa rade, abritée des vents du N. 0. par les montagnes, et un peu des vents d'E. par la petite île de Naalsôe, n'est pourtant pas tenable en hiver. La facilité de l'atterrage l'a fait sans doute préférer aux ports nombreux de ces îles qui ne peuvent être atteints qu'après avoir franchi les lîords étroits, où l'on rencontre des courants et des rafales qui en rendent la navigation périlleuse. Cette rade est large et profonde, les marins disent que la tenue est assez bonne en été.

La ville s'étend sur une langue de terre rocailleuse qui s'av 'nce en pointe vers le large, perpendiculairement au rivage. « Les cabanes, bâties sur des soubassements élevés, se serrent les unes contre les autres, comme une rangée de mendiants déguenillés, transis de froid et mornes de misère. Les rues, qui ont juste assez de largeur pour que deux piétons y puissent passer de front, ondulant dans tous les sens, montent et descendent, sollicitant à chaque pas la précaution du passant par leur sol crevassé et semé de morceaux de roches. »

FERÔE. 705

(Cil. Edmond). A part les maisons du gouverneur et des fonctionnaires, qui ont meilleure apparence, les autres ne sont guère que des huttes adossées aux rochers et construites sur le même type, non plus en blocs de lave comme les bœrs de l'Islande, ou en poutres arrondies comme celles de Norvège, mais en planches grossières clouées l'une contre l'autre. L'hiver, les habitants les consolident contre le vent au moyen de câbles. Pour toiture, des plaques de gazon dont la couleur se fond avec la teinte verdàtre du rocher voisin, à tel point qu'à une certaine distance l'œil a de la peine à les distinguer du sol ; c'est peutêtre là que rjierbe pousse la plus drue et la plus verte. Les murailles disparaissent sous les guirlandes de poissons que les habitants font sécher pendant l'été. Ces huttes, sales, enfumées, n'ont qu'un rez-de-chaussée et sont uniibrmément partagées en deux par une cloison ; d'un côté, la cuisine qui ne reçoit l'air et la lumière qvie par la porte et par la cheminée, sans plancher sur le sol; pour tout meuble, quelques vases en terre, quelques ustensiles en bois. La seconde pièce est garnie de deux ou trois vitraux; c'est le séjour habituel de la famille. C'est là que les femmes cardent la laine et filent le vadmel. C'est là que père, mère, enfants reposent entassés l'un près de l'autre sur quelques planches recouvertes d'un peu de paille. Cet espace étroit, privé d'air, inondé par la fumée du feu de tourbe, exhale une odeur nauséabonde à laquelle l'étranger s'habitue difficilement. (X. Marmier.)

La population de Thorshavn, estimée à 500 âmes en 1827, est aujourd'hui de 800 environ. Christian III y établit la première école, que Christian IV perfectionna en 1047. Il y a d'ailleurs dans chacune des Feroe une école ambulante ou une école fixe; presque tous les Ferôiens savent lire, et la plupart écrivent, malgré l'existence précaire à laquelle ils sont condamnés. Mais tous ceux qui aspirent à devenir prêtres ou à occuper un emploi civil doivent faire leurs études au Danemark. Vers 1830, M. de Tillisch, alors bailli de Thorshavn, fonda dans cette ville une école d'enseignement mutuel qui, lors du passage de la Recherche en 1839, comptait 130 élèves des deux sexes, et une bibliothèque pour laquelle le gouvernement danois donna 1500 francs; des particuliers envoyèrent des livres ; les prêtres, les fonctionnaires, les principaux habitants des Ferôe se cotisèrent chaque année d'une légère contribution pour l'agrandir. Peu d'années après, ou avait rassemblé avec ces faibles ressources plus de 5000 volumes.

Thorshavn possède, de plus, un gymnase, une école latine (1856) et une église qui dessert à la fois le culte catholique et le culte protestant ; il paraît que le contact de ces deux communions différentes n'entraîne aucun conflit fâcheux. Du reste, le nombre des catholiques est fort restreint ; les deux ecclésiastiques, que les missions catholiques du Nord entretiennent aux Feroe ne comptaient que quatre fidèles en 1866 (E. Jardin, Voyage en Islande et aux Ferôe, 1865-1866, inédit).

Enfin, on trouve même un hôpital dans cette pauvre ville ; ce n'est, à la vérité, qu'une modeste maison en bois, bâtie au bord de la mer, mais elle est généreusement ouverte aux étrangers comme aux gens du pays ; il est desservi par l'unique médecin de l'archipel, qui reçoit des appointements fixes du gouvernement, et doit traiter gratuitement les pauvres de toutes les îles, service rendu le plus souvent impossible par l'état de la mer et les difficultés des communications d'une île à l'autre.

Les habitations rurales valent mieux que celles de la ville ; les maisons disséminées le long des côtes seulement, car l'intérieur est désert, sont, en «rénéral

70i FERÔE.

plus vastes et plus confortables que celles de Thorshavn ; elles sont mi-partie de bois et de pierre; auprès se rangent letable, le four, la grange et de petites liuttes à claire-voie où l'on fait sécher, à l'air vif et froid du mois de novembre, la chair de mouton ; cette chair se mange l'hiver sans cuisson et sans sel. La plus belle de ces habitations est Kirkebôe, sur Stromoe, ancienne résidence de l'évêque catholique et d'une congrégation de moines chassés par la réforme.

Les Ferôiens {Farôiers, Ferôeses) ont conservé en partie le costume, le langage et les mœurs simples de leurs ancêtres norvégiens ; on les dit laborieux, actifs, sobres, hospitaliers ; la nature sévère qui les environne imprime à leur caractère un cachet particulier de réserve et de mélancolie. Ils rappellent le type norvégien ; c'est, en somme, une belle population. Les hommes sont de taille moyenne, secs, et paraissent très-durs à la fatigue. J. de Nougaret les a décrits comme ayant presque tous le nez court et relevé, le teint hàlé par la mer, les sourcils très-épais et proéminents, et portant un collier de barbe d'un fauve ardent qui se relève en pointe de patin sous le menton. Ils n'ont conservé de leur ancien costume que la veste en drap noir ou vert foncé, courte, à collet droit, ornée de boutons de corne; un gilet montant à boutons brillants, et la culotte en peau de mouton se boutonnant au-dessous de la rotule; d'autres fois , le bas de laine vient, au contraire, s'enrouler au-dessus du genou. Quelques-uns laissent croître leurs cheveux et les réunissent en tresses. La coiffure est une espèce de bonnet en cotonnade brune à petites raies rouges ; quant à la chaussure, c'est le soulier islandais avec tous ses inconvénients hygiéniques; un morceau de peau cari'é, cousu par devant [)our faire l'empeigne, et derrière le talon, relevé en avant et maintenu par des courroies sur le cou-de-pied.

Les femmes sont fortes, de taille moyenne également, et solidement constituées. En général, pour toute coiffure elles n'ont que leurs cheveux qui sont abondants et soignés, et qu'elles laissent librement flotter après les avoir séparés sur le milieu de la tête. Elles portent des mantelets de tricot, à manches courtes, et serrés à la taille ; le reste du vêtement est formé de cette étoffe fabriquée dans le pays et qui porte le nom de vadmel, comme en Islande. Autrefois, les jours de fête, les femmes portaient des robes de damas, des manchettes de dentelles, les cheveux poudrés et des ornements d'or et d'argent comme les Islandaises.

Ils n'ont point d'instruments de musique, leurs danses s'exécutent accompagnées de chants nationaux transmis de bouche en bouche depuis des siècles.

La langue est un dialecte de l'ancienne langue norvégienne mélangé d'islandais et de danois ; ils comprennent et parlent également cette dernière langue, qui est la langue écrite et la seule employée dans les églises et pour la rédaction des actes publics et privés.

Le caractère est doux et pacihque ; le meurtre est parmi eux une chose inouïe, les querelles sont rares et peu dangereuses. Les annales judiciaires des différentes îles n'ont guère d'autres crimes à enregistrer que des vols de peu d'importance, surtout des vols de moutons. Les mœurs sont pures, à peine compte-t-on chaque année un ou deux enfants naturels dans le pays.

Mais, il faut bien le reconnaître, les traditions, les anciennes coutumes s'effacent de jour en jour; le souvenir des anciens temps, le caractère national des Ferôiens, ne se sont guère conservés que dans la célébration de quelques fêtes, dans celle de Noël, par exemple, et dans les cérémonies du mariage {voij. X. Marmier

FERUE. 705

pour détails intéressants sur ce sujet). Les superstitions seules ont survécu; ils croient aux esprits follets, Vatlares, petits nains demeurant sous les pierres qui avoisincnt les maisons et protecteurs de la demeure près de laquelle ils se sont établis ; aux Huldefolk, génies des montagnes qui conduisent des troupeaux invisibles et vivent de la vie des hommes ; à la Mara, monstre hideux qui parfois surprend l'homme dans son sommeil ; il court une foule d'histoires sur les Nikm^ ou esprits des eaux, etc.

La misère navrante des Ferôiens a été longtemps le résultat du régime gouvernemental imposé à ces pauvres insulaires. Jusqu'en 1855 les rois de Danemark, depuis Frédéric II, s'étaient arrogé le monopole de la navigation et du négoce de ces îles; tout le commerce se faisait pour le compte royal ; on payait à un prix fixe et toujours très-bas. Les habitants des diverses îles ne pouvaient venche leurs denrées qu'à Thorshavn ou à l'un des trois autres en tre[»ôts successivement établis, et selon un tarif qui les estimait à 70 p. 100 au-dessous de leur valeur. En 1790, le roi avait promis l'abolition du monopole dès qu'une occasion favorable se serait présentée ; elle n'a été trouvée, paraît-il, qu'en 1825, et pourtant encore, en 1866, une femme a été condamnée à une amende de 60 l'r. pour avoir donné quehiucs tissus de laine, en échange de bondes d'oreilles, à un pêcheur de Dunkerqne. Les navires danois n'arrivaient qu'en mai, et leur dernier voyage se faisait en septembre; tout le reste de l'année, les insulaires étaient séparés du monde entier, car ils n'avaient pu encore obtenir l'autorisation de recevoir l'hiver des lettres ou des journaux des Shetland. Ce malheureux système, qui paralysait toute industrie et entraînait une foule de vexations déplorables, n'a pris fin que par la loi du 21 mars 1855 qui a aboli le monopole à partir du l'^'' janvier de l'année suivante. Aujourd'hui, le commerce est libre pour toute nation ; les navires étrangers sont admis dans les ports des Ferôe et ont le droit d'y faire tout genre de commerce, d'y créer des dépôts permanents ; les droits, à la sortie du Danemark, des produits des Ferôe, ont été abolis, etc., mais il est resté des restrictions pour le commerce étranger : les navires ne doivent atterrir dans aucun port avant d'avoir obtenu un certificat de santé à Thorshavn ou à Frangisvaag ; il y a des frais d'ancrage, 5 fr. par tonneau, sauf pour les bâtiments qui relâchent dans le seul but d'acheter des vivres ou des objets de ravitaillement nécessaires à leur navigation ; des amendes sont frappées en cas de non-observation du règlement ; aucun chargement ou déchargement ne peut s'effectuer avant que la taxe légale ait été payée au gouvernement, etc.

Malgré ces entraves, il paraît que la suppression du monopole et la liberté relative laissée au commerce étranger ont eu pour résultat, non-seulement de relever l'industrie de la pêche etd'accroître considérablement l'exportation, mais aussi a influé d'une façon sensible sur la population de l'archipel. En 1769, les Ferôe ne comptaient que 4,773 habitants ; 5,265 en 1801 ; en 1825, la population descendait à 5,000, et dix ans plus tard, dans le recensement de 1835, des états du Danemark, ces îles ne figurent que pour un chiffre de 5,500. En 1839, Ch. Martins estime le nombre total à moins de 7,000; d'autres écrivains le portent à 7,400 en 1840. En 1857, un an après la suppression du monopole (18 janvierl856), la population atteignait à peine le chiffre de 7,500, mais, dèsl860, il s'était élevé à 8,900, et le dernier recensement des possessions danoises, en 1874, le porte à 10,500 ; la superficie totale étant de 1 ,532.5 kilomètres carrés, la population spécifique n'est représentée que par 7,8 par unité de surface, et

FERÔE.

nous avons vu, d'autre part, qu'elle se groupe de préférence le long des côtes et dans deux ou trois centres d'agglomération.

L'imporlation se composa de toiles, chanvres, fer, plomb, cliaux, poudre de chasse, ijuiiicaillerie, graines, légumes, pain, drèche, soufre, briques, bois, verreries, chaussures, vins, liqueurs, épices, sel, tabac, livres, etc. L'exportation fournit de la laine brute, des bas de laine tricotés par les femmes (plus de 120,000 paires par an), chemisettes et bonnets de laine, peaux, suif, viande de mouton salée, beurre, plumes d'oies et duvet d'eider, huiles de poisson, poisson sec ou salé qui représente la branche principale du commerce d'exportation.

lise construit d'assez bons bateaux de pêche (yoles ferôiennes). La valeur de tous les produits exportés delà pèche, morues, frai de poisson, huile de baleine, etc., a atteint en 1870 une somme de 740,000 fr. Le prix de la morue salée et séchée varie actuellement de -40 à 45 fr. les 100 kilogrammes.

Voici un relevé des produits de la pèche, en tant qu'exportation, et en dehors de la consommation du pays, dans le cours de trois années peu éloignées de l'époque actuelle :

Morues sécliées kiloi^r.

— sécliées et salées (klipp fisli) —

Poissons crus —

Frai de poisson tonneaux.

Vessies de poisson l<iloj;r.

Harengs salés tonneaux.

Hnile de baloino et de poisson —

1 SCS.

t SCO.

1 S'ÎO.

•l,ri30

Il arrive souvent que des pécheurs venant des Shetland prennent, en un an, sm' les bancs des Ferôe, pour une valeur de 50 à 60 000 francs de poisson.

Pathologie. Ces îles ne sont pas insalubres; la pathologie indigène relève essentiellement des influences propres au climat, qui dérivent elles-mêmes de la situation géographique et des conditions météorologiques du pavs ; l'hygiène générale des liabitants joue un rôle tout aussi important dans la pathogénie de certaines affections.

Quelques maladies ont un caractère d'endéraicité bien établi ; d'autres sont «poradiques et saisonnières; quelques-unes apparaissent assez habituellement sous forme épidémique.

Les plus communément observées sont la diphthérite, la fièvre typhoïde et la grippe. La première est d'une extrême fréquence. La fièvre typhoïde, commune aussi, et désignée sous le nom de landfarsot (mot à mot, maladie qui voyage à travers le pays) est généralement considérée comme contagieuse; les difficultés et la rareté des communications des îles entre elles, et aussi les précautions •dont s'entoure la population sous l'inlluence des croyances contagionistcs irégnantes, expliquent la laible intensité de ses ravages. Cependant, quand elle éclate dans une ferme, tous ses habitants sont successivement atteints ; il n'est ipas rare de la voir régner sous forme épidémique.

La grippe, Icntgm, fièvre catarrhale épidémique des Islandais, quef, sévit au moins une fois par an, le plus souvent au printemps, quelquefois en automne, plus rarement dans les autres saisons. Son apparition coïncide avec l'ar-

FERÔE. 707

rivée du premier navire de la Compagnie danoise, dont les gens et employés sont aussi les premiers atteints. De ces individus, la maladie se propage à la ville de Thorshavn, et de là, le long des côtes ; la seule île de Suderôe, la plus isolée, échappe souvent à cette influence. Cette maladie offre, avec la fièvre catarrhale de l'Islande, cette analogie qu'elle épargne aussi les étrangers, à moins que ceux-ci ne soient acclimatés, ou si l'on aime mieux, créolisés par un séjour de plusieurs années (Boudin). Elle exerce, comme en Islande, une influence prononcée sur la mortalité, dans certaines années. Ainsi, en 1838, sa manifestation épidémique doubla presque la moyenne annuelle des décès : moyenne de mortalité de 1835 à 1845, 96,7 ; en 1838, 160 décès, proportion considérable sur une aussi faible proportion, 7000 âmes environ. Ces faits ont été observés par Plciegcn pendant un séjour de dix-sept années aux Férue, et par plusieurs fonctionnaires consultés par Panum.

Les fièvres intermittentes y sont inconnues. Pour Boudin, la non-existence de ces fièvres aux Ferôe ne saurait être attribuée au froid, si l'on considère que la température moyenne de l'hiver ne descend pas au-dessous de 5° centigrades. Pour cet auteur, l'absence de ces pyrexies coïncide avec la permanence en quelque sorte endémique de la grippe, de même que leur disparition temporaire coïncide, en Danemark, avec la manifestation temporairement épidémique de la grippe. Ainsi, dit-il, en Danemark, dès 1833, elles cessèrent d'être observées dès la manifestation de la gripj)e pour reparaître immédiatement lors de la disparition de cette dernière maladie. Après avoir disparu complètement du Danemark de 1835 à 1848, les fièvres intermittentes s'y montrèrent de nouveau en 1849 avec une extrême intensité, et Panum affirme qu'elles n'épargnèrent pas même les équipages des navires croisant sur les côtes, bien que les hommes ne descendissent nullement à terre. (Boudin, t. il, p. 200.) Cet antagonisme n'est rien moins que démontré.

Les auteurs ne sont pas d'accord sur l'existence de la phthisie aux Ferôe ; elle y serait inconnue d'après Panum; d'autres affirment qu'on l'y rencontre assez communément.

Le scorbut, paraît-il, y était autrefois épidémique, d'après Manicus; Bruzen de la Martinière en fait mention dans les termes suivants : « Le scorbut y fait aussi des ravages, mais on n'y manque pas de plantes antiscorbutiques, le cresson, le cochléaria, le raifort sauvage, l'oseille sauvage, etc. » 11 ajoute : « Les habitants sont sujets, ainsi que les Islandais, à une espèce de petite vérole périodique qui revient de vingt en vingt ans. On est sujet dans ces îles à des incommodités qui ne sont pas petites ; la froideur de l'air y cause des fluxions dont on est tourmenté violemment. La plupart en meurent, et les autres sont obligés de garder longtemps le lit. » [Grand dictionnaire géographique, historique et critique, etc., Paris, ;\1 DCC LXVlll.) De nos jours, le scorbut y est devenu excessivement rare (llirsch).

Le tétanos des nouveau-nés y est une cause de grande mortalité, et y sévit presque aussi intense qu'en Islande. (Mitchell.)

Le furoncle est très -fréquent; Panum signale Yurticaire et le psoriasis comme très-répandus; il faut en rapporter l'origine à la malpropreté de la population et à l'alimentation par le poisson. Jusqu'en 1844, la syphilis était restée complètement inconnue; de 1844 cà 1846, on en avait signalé une vingtaine de cas.

Le rachitisme est indiqué comme étant très-rare ; « toute cette population est

708 FERUE.

fort belle, dit X. Marmier; pendant le temps que nous avons passé à Thorsliavn et sur les autres côtes, nous n'avons pas lencontré un seul être difi'orme ou estropié. »

De 1781 à 184G, la rougeole n'y avait pas été observée; dans tous les cas qui ont été vus depuis, l'importation a pu être démontrée. La scarlatine n'v a jamais fait d'apparition.

D'après Sclileisner, la folie alcoolique est étrangère aux habitants de Feroe.

Les renseignements recueillis par II. Krabbe, à Thorshavn, lui ont appris que la douve du foie, distoma hepaticum, parasite inconnu en Islande, n'est pas rare dans ces îles ; le cysticerque tenuicolle y est assez répandu, et le tournis exerce parfois de grands ravages à Suderoe, tandis qu'il se montre rarement dans les autres îles; quant à ïéchinocoqne de Vhomme, il ne paraît pas y exister, et la maladie hydatique, dite des Islandais, est inconnue.

La dysenterie épidémique n'est pas rare, mais ces îles, avec les Hébrides, la Laponie et l'Islande, sont les seules parties de l'Europe qui n'aient pas subi les atteintes du choléra (Ilirscli).

L'éléphantiasis des Grecs, la lèpre tuberculeuse, connue souv le nom de spe- ^/a/s/îet^ dans les trois grands états Scandinaves, Suède, Norvège et Danemark, a été autrefois très-commune aux Feroe, où la maladie se manifesta, du reste, longtemps après (prellc s'était répandue épidémiquement, à l'époque des Croisades, par toute l'Europe. Il est certain qu'il a existé des léproseries aux Fercie comme en Islande; le passage suivant de Th. Bartholin en fait foi : « Olim certe familiaris erat lepra in insulis nostris horealibus Ferôensibus et Islandia, sicut nosocomia ibidem exstructa testantur quce nunc vacuci ruinani minantur. » {De morbis biblicis, Frankofurti, 1672, cité par lijatelin).

Danielssen et Boeck disent que dans les îles de Feroe, au seizième siècle, la spedalsked fut si commune que près de la ville de Thorshavn on bâtit une léproserie; vers la fin du dix-huitième siècle, on n'y compte, au contraire, que ({uelques malades. [Traité de la spedalsked, p. 144.)

D'après Gaimard, la lèpre existait aux Feroe en 1856; en 1846, le nombre des lépreux était encore de 66. Cependant elle tend à disparaître complètement depuis que le poisson et la chair de baleine entrent pour une moins grande part dans l'alimentation, et depuis que les habitants se sont adonnés avec plus d'ardeur à la cultui'e qui leur procure une nourriture plus variée (Bach, cité par Brassac). D'' Bourel-Bo.xcière.

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FÉROiN (eaux minérales de). 709

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FEROLljt. Aublet a désigne sous ce nom un arbre de la Guyane, du groupe des Artocarpces. Le F. guianensisi Aubl. {PL giiian., II, 888, t. 540) produit le Bois de Véroles qui est un des Bois satinés du commerce (Guibourt, Drog. simpL, éd. 6, III, 534), rouge-jaunàtre, veiné de rouge, pouvant prendre un beau poli satiné. C'est le F. variegata Lamk. Son écorce, qui, comme celle de la plupart des plantes de ce groupe, possède un suc propre laiteux, sert à préparer des tisanes sudorifiques (Rosenth., Synops. pi. diaphor., 1067). Nous avons établi {Hist. des plant., YI, 208) que les Ferolia appartiennent probablement au genre Piratinera, et que ce dernier nom a pour lui l'antériorité. L'arbre dont nous nous occupons prendrait donc le nom de Piratinera Ferolia.

FÉRO\ (Eaux minéhales de). Athermales, bicarbonatées calciques et ferrugineuses faibles, carboniques faibles. Dans le département du Nord, dans l'arrondissement d'Avesnes, émergent deux sources qui ont à peu près les mêmes caractères physiques. L'une se nomme : source de Féron et l'autre source de la Grande-Fontaine ; leur eau est claire, limpide, et quoiqu'elle laisse déposer sur les parois intérieures des fontaines une couche notable de rouille, elle est sans odeur, son goût est très-notablement ferrugineux, des bulles grosses et rares la traversent et viennent se déposer en perles sur les parois des bassins ou des verres qui la contiennent, sa température est de 14°,î2 centigrades. M. Tordcux a foit

710 FERONIA.

en 1809 l'analyse de l'eau de la source de Fcron ; Fodéré a examiné l'eau de la

source de la Grande-Fontaine ; ces chimistes ont trouvé dans 1000 grammes des eaux de ces sources les ]irincipes suivants :

soïncE sOuncE

HE DE LA GnANDE-

FÉROÎ!. FONTAlîiE.

Carbonate de cliauK 0,1800 0,271

Chlorure de sodium \ n t -c" ( "

— mjgnésium ) "'^'^o^ j 0,061

Sulfate de chaux 0,0083 »

— soude » 0,002

— magnésie 0,0515 »

Silice et oxyde de fer traces. 0,010

Gaz [

Total des MAiiiinEs fixes 0,2763 0,34i

acide carbonique 16 centiin. culi.

air atmosphéruiue 16 —

Total des gaz 52 centiiji. cub.

Les eaux des deux sources de Féron sont employées à lintérieur seulement dans l'anémie, la chlorose, certaines dyspepsies et dans certains troubles des voies uro-poiétiques. Lit Grande-Fontaine est la plus fréquentée. A. R.

FEROIVIA (CoRREA, in Trans. Linn. Soc, V, 224). Genre de plantes, du groupe dos Aurantiécs et par conséquent do la famille des Rutacées, dont les caractères sont voisins à la fois de ceux des Cifnts et des Limonia. Leurs fleurs sont polygames, avec un réceptacle convexe, portant un petit calice plan, quadriou quinquédenté, caduc ; quatre, cinq ou six pétales d'Oranger ; dix ou douze étamines, à filets libres, dilatés à la base et à anthères oblongues, introrses, déhiscentes par deux fentes longitudinales. Le gynécée supère comprend un ovaire à quatre, cinq ou six loges, souvent incomplètes et surmonté d'un style épais et court, dont le sommet stigmatifère est oblong ou fusiforme, caduc (?). Il y a dans chaque loge ovarienne un nombre indéfini d'ovules descendants et anatropes. Le fruit est une baie corliquée, de la forme et de la taille d'une orange ; son écorce'est ligneuse, et ses loges incomplètes, en nombre variable, sont gorgées d'une pulpe qui entoure des graines nombreuses, comprimées, dont l'embryon charnu a des cotylédons épais et une courte radicule. Le Feronia elephantum CoRR., seule espèce du genre, est un arbre épineux de l'Asie tropicale. Ses feuilles sont alternes, imparipinnées, avec des folioles opposées, subsessiles, chargées de ponctuations glanduleuses et un pétiole souvent ailé. Ses fleurs qui sont blanches, assez belles, rappelant beaucoup celles des Orangers, sont disposées en grappes simples ou ramifiées et chargées de cymes distantes. On a encore nommé cette plante Cralœa Valanga Kœn. C'est le Capittha des Indiens ; les Anglais nomment son fruit Eléphant -Apple {Pomme d'éléphant) et Wood-Apple. Ses feuilles froissées répandent une odeur anisée agréable, recherchée des Indiens. On incise son tronc pour obtenir une gomme de belle qualité, employée aux mêmes usages que la gomme arabique. Les fleurs sont aussi très-parfumées. Roxburgh dit qu'on emploie le suc gommeux extrait des tiges pour la peinture.

H. Bn.

DC, P)'od)-o?nus, I, 558. — Spach, Suites à Buffon, II, 254. — Endl., Gcn., ii. 5512. — RoxB., PI. coromandel . , II, t. 141. — W;ght et Arn., Prodr. FI. jjenins. iiid., I, 96. — Likdl., FI. med.. 161. — Miiii. et IIkl., Dict. Mal. méd., II, 237. — I'iOsënth., Syii. pi. diaphor., ^57. — Bentii. et llooK., Gen., I, 305. — H. Bx, Aurantiac. [Thés. Fac. mcd. Par.), 54; Hist. des plantes, IV, 440, 488.

FERRARA, FERRARI, FERRARIO, FERRARO (les). 7H

FERR4. Voy. Fkra.

FEKRAGL'TII. Voy. FarFxAGUTH.

FERRAL (JosEPii-M.). Cliirurgicn irlandais, ])rali(iua son art à Dublin dans la première moitié de ce siècle ; il était attaché an Saint-Georges Ilospilal, à VAsyliim for recovery of health et au dispensaire des maladies scrofuleuses. Il a publié un certain nombre de mémoires, parmi lesquels nous citerons ;

I. Case of Poison, exlractcd frorn tlic Stomach by thc Apparatus invcntcd by M' Jukcs. lu Lond. Med. lieposit., t. XXII, p. 213, 1824.— II. On Phlegmonoiis Tumoiir in Ihc right lliac Région. In Edinb. Med. a Surg. Journ., t. XXXVI, p. 1, 1851. Tirage à part : Eclinb., 1851, in-S". — IJI. Articles dans Dublin Journ. of Med. a. Clicm. Sciences. L. H.v.

FERRAXD (Jacques). Ce médecin, qui était natif d'Agen, et qui exerça longtemps à Toulouse, est auteur d'un ouvrage fort recherché des amateurs, et portant ce litre : Traité de la maladie de V amour, ou mélancholie erotique, Discours curieuK qui enseigne à cognoistre l'essence, les causes et les remèdes de ce mal fantastique, par Jacques Ferrand, docteur en la Faculté de médecine, à Paris, chez Denis Moreau, riie Sainct-Jacques, à la Salemandre; M.DCXXIII, avec privilège du roy, un vol. in-S", de '210 pages. Le texte répond à ce litre afl'riandant : œuvre originale s'il en fut, écrite avec beaucoup de verve, dans cette belle langue française du temps de Montaigne, si pleine d'arôme, de naïveté et de finesse, pittoresque, et point prude, disant les choses « tout à trac », mais juvénile toujours, et se moulant, pour ainsi dire, sur les faits, les idées, pour en faire ressortir admirablement les plus légers reliefs, les nuances les plus fines.

A celui qui n'aurait pas la chauce de posséder dans sa bibliothèque le livre curieux de Jacques Ferrand, nous dirons : voyez dans V Union médicale (nouvelle série, t. XIX, 1865, p. 1) le feuilleton que lui a consacré M. le docteur Letourncau. Voyez aussi, dans les Mémoires de V Académie de Toulouse (1869, in-8), un article du savant bibliophile Desbarreaux-Bernard. A. G.

FERRERA, FERRARI, FERRARIO, FERRARO (Les).

Ferrara (Gabriel). Ghirurgien du seizième siècle, professeur à Milan. On a de lui :

Nuova selva di chirurgia. Venise, 1590, in-8°, etc. A. C.

Ferrara (Antoike) , de Messiue , remplissait, vers le milieu du dixseptième siècle, les charges de doyen du collège et de proto-médecin de la Sicile. « Grand amateur des belles-lettres, il se fit admirer par la beauté de ses vers; savant dans tout ce qui a rapport à la médecine, il fut recherché par les personnes de la première condition... » (Eloy). On l'a quelquefois confondu avec le précédent. L. llx.

Ferrara (Francesco). Médecin italien, était au commencement de ce siècle iprofesseur d'histoire naturelle et de physique à l'université de Catane, en Sicile ; il était de plus inspecteur général des musées d'antiquités de la Sicile [Real intendente délie antichità di Sicilia) et membre d'un grand nombre de sociétés savantes ; après un assez long séjour à Palerme, il se relira finalement à Naples et mourut vers 1840. 11 a publié :

I. Sopra il maie Iblco e Vaidicn cilla di Ibla Megara. In Mem. sopra il lago Naftia, etc. Palermo, 1805, 'm-i°, p. 165. — II. Sopra l'ambra siciliana memoria... Anal, in Journ. de ^pharm., 1820, avril, p. 191. — III. Mestrua-Jone per le niamnidle. In Osservatore inedico

712 FERRARA, FERRARI, FERRARIO, FERRARO (les).

di T^npoli, febr. 1830, et Annali unir, di mcd., t. LUI, p. 571, 18Ô0. — IV. Bell iiso delta ipecacuana nelUi epilessia. In Osservatore med. di ISap., maggio, 1831, el Annali iiniv. di mecL, t. LX, p. 586, 1851. L. Un.

Ferrara (Pasquali). Il était de Naples, vivait au milieu du dix-huitième siècle, et a laissé cet ouvrage, dont le titre est presque une analyse :

Belle morti c malallie subitnnee ove speziahnenle de j^olipi del cuore e dcl maie lerribile delV apoplessia, dissertazione medico-praclica, in ciii si esaminano le vere cagioni délie morli, e malaltic subilance, spezialmente in Napoli frequentissime ; e si propongono i mezzi a jirevenirle, per qiianlo fia umanamenle possibile. Quesli vengono compresi principalmente nel giusto uso, e governo délie cose chiamale da' medici non nalurali, e ne' tanti abnsi del secolo odierno di cui se ne scuoprono le imposlure. Si comprova poi tullo colle osservazioni degli uomini estinti, c sparati in lai congiuntiira. Opéra utilissima a tulti e spcciahnente «' medici, comtecrata nella prima edizione a' signori del Real Consiglio di Slalo e di reggenza. Edizione 77% ricorrctta, ed accresciuta con niiove osservazioni delV autore e d' alti-i illustri medici ^apolilani. Naples, 1767, in-4°, 96 pages. A. C.

Ferrara (Ai.phonse). Celui-là appartient à notre siècle, et il a laissé :

Coup d'œil sur les maladies les plus importantes qui régnent dans une des îles les plus célèbres de la Grèce; ou topograpliic médicale de Vile de Leiicadc, ou Sainte- Maure. Paris, 1827, in-8°. A. C.

Ferrari (,Iean-MatIIIEU) de Ciradi (MathieU DE GbaDI OU DE GraDIBUS). Giam-

matteo Ferrari de Gradi, généralement connu sous le nom de Mathieu de Gradi, était de celte ville, près de Milan, et c'est dans cette dernière qu'il prit ses degrés en 1450. 11 professa longtemps à Padoue. En 1472, il fonda par son testament, l'hùpital do Pavie, et laissa sa maison pour servir de collège à déjeunes étudiants.

Parmi les ouvrages de lui qui ont eu de la réputation, on cite ses commentaires sur le livre de Rhasès à Almanzor dans lequel il donne des descriptions analomiques qui montrent des études assez honnes, pour le temps, sur la structure de l'homme, et particulièrement sur les organes des sens et les principaux viscères. II paraît avoir le premier appelé ovaires les organes regardés comme les testicules de la femme et dont la découverte a été successivement attribuée à divers auteurs. Mathieu dit que les ovaires sont recouverts de petits corps glanduleux exactement comme les ont décrits les auteurs venus après lui.

Ses consultations, bien que tout empreintes de l'arabisme qui régnait alors, renferment quelques observations intéressantes. La partie hygiénique et diététique surtout dénote un esprit judicieux.

On a de lui :

I. Practieœ pars prima et secunda, vel Commentarius lextualis ciun ampliationibus et additionibus materiarum in nonum Rltazis ad Almansorem, etc. Papise, 1497, in-fol.; Lugduni, 1527; in-i" et Venetiis, 1520 et 1560 in-fol. Sub titulo : Pratica seu Cotnmentai-ia m nonum Rhasis ad Almansorem, etc. — H. Expositiones supra vigesimam secnndam Feu tertiœ Canonis Avicennœ. Mediolani, 1494, in-l'ol. cum E.xposit super libr. Avicennœ de Urinis. — 111. Consiliorum secundum vias Avicennœ ordinalorum utile rcpei-torium, additis antiquissimi inedici Rabbi Moysis de regimine vitce quinque tractatibus ; necnon, etc. Venetiis, 1514, in-fol. Lugdiini, 1555, in-fol. A. C.

Antonio de Gradi. Neveu du précédent, à ce que l'on croit, il a écrit des consultations de médecine et une Praclica parva. A. C.

Ferrari (Jean-Baptiste) , de son nom latinisé Ferrarîus, né à Sienne en 1584, mort dans la même ville le 1" février 1655, était naturaliste, poëte et orateur. II entra dans la société de Jésus à l'âge de dix-huit ans et se distingua de bonne heure par l'étendue de ses connaissances. Il occupa pendant vingt-huit ans la chaire d'hébreu au collège romain. 11 consacrait ses loisirs à l'étude des

FERRARA, FERRARI, FERRARIÛ, FERRARO (les). 715

sciences naturelles et à la rctlaclion de divers ouvrages dont Eloy loue beaucouj) le style. Nous ne citerons que les suivants :

I. De floritm cultura libri IV. Romœ, 1633, in-4'> ; Amstelod., 1646, 1064, in-4^ avec fip. en ital. par L. Aurelio. Homo, 1658, in-4°. — II. Hespeiides, sive de malorum aiireorum cullura et iisii libri IV, Romaî. 1646, in-Iol. (Il décrit dans cet ouvrage les dilTôrentes espèces d'orangers ; les ligures ont été dessinées par C. Blomaut, peintre célèljre, natif de Gorcum). — III. Laudaiio Marsilil Coipiali, medici, in ejus funere habita', llomre, 1012, 'n-i°- L. Un.

Ferrari (Ûm>ebojnus), s'est lait connaître par la publication de plusieiu's ouvrages qui ont eu dans leur temps un giand crédit :

I. De regulis medicinee ex Hippocrale, Galeno et Avicennâ collectis. Brescia, 1566, in-8°. — II. De arte medicâ infanlium. Brescia, 1577, in-i°. — III. De sanilalc et morbis. Brescia, 1598, in-4°. ^^ C.

Ferrari (Jacques). Médecin pensionné de la ville de Mantoue, au commencement du di.v-septième siècle ; il a publié, d'après un manuscrit de Flaminius Evolus, cet ouvrage :

ïdea Tlieriacœ et Mithridati. Venetiis, 1606, in-4<'. A. C.

Ferrari (GiACOMo). Est auteur de cet Ouvrage :

Cronologiclie e fisiche Reflessioni sopra la correnle epidcinia o Mali popolari e febri maligne cou petlechie. Mantoue, 1022, 10-4°. A. C.

Ferrario. Maître Feriario est, de tous les médecins dont on trouve des extraits dans le manuscrit salernilain de Breslau, celui dont l'existence est couverte du voile le plus épais. On ne trouve dans ce manuscrit que deux articles de lui, et, en outre, il est mentionné dans la Practica brevis de J. Platearius à côté de Barlolomeo. 11 est donc bien certain qu'il doit être rangé au nombre des maîtres salernitains; ajoutons encore qu'il cite souvent Coplion dont il semble avoir été le disciple, ou du moins le contemporain ; il vivait donc vers le milieu du onzième siècle.

Les deux articles de lui, qui sont compris dans le De œgritudinum curatione, sont relatifs, l'un aux maladies des yeux, l'autre à l'élcpliantiasis ; mais, semblable à ses autres contemporains de Salerne, il est très-probable qu'il avait composé un traité complet de médecine pratique, et l'on voit d'après ce qui nous reste de lui qu'il était surtout empirique (Renzi, Collect. Salem.). Bgd.

Ferrario (Octaviein). D'une famille noble de Milan, né le 23 septembre 1518, il tint une chaire de morale et de politique dans le collège de cette dernière ville; puis au bout de dix-huit ans il devenait professeur à Padoue, oiî il expliquait la philosophie Aristotélieime. Ses ouvrages sont presque tous relatifs aux antiquités. A. C.

Ferraro (Jeax-Baptiste). Écuver de Philippe 11, i^oi d'Espagne, il a laissé sur riiippiatrie un excellent ouvrage intitulé :

Due Ânatomie, unadelli membri e viscère, V altra delV osso de' cavalli. Bologne, 1675, in-li. A. C.

Ferraro (Pierre-Antoine). Fils du précédent, il a suivi la carrière de son père, et sous le titre de // cavallo frenato (Naples, 1602, in-fol.), il a écrit un traité destiné à améliorer les différentes races de chevaux, d'élever ces animaux, et de guérir les maladies auxquelles ils sont sujets. A. C.

714 FERREIN.

FERR.vuiA. Genre de plantes mouocolylédones, appai-teuaut ù la famille des Iri liées et dont deux espèces sont particulièrement intéressantes. Ce sont : 1" Le Ferraria purgans Mart. dont le rhizome tubéreux, de iorme conique, recouvert de squames brunâtres, donne naissance à des feuilles jonciformes, arrondies, glauques, un peu plus longues que la hampe florale. Cette dernière porte dans ses spathes glauques, mucronulées ou obtuses, deux ou trois fleurs à six pièces au périanthe dont les trois intérieures, de couleur jaune d'or teinté de taclies noires brunes, sont deux fois plus courtes que les extérieures, d'un violet brun clair en dehors, d'un jaune d'or en dedans.

^'^ Le Ferrar/a cai/iflr<tm Mart., espèce très-voisine de la précédente, dont elle diffère par ses spathes acuminées et une moins grande différence dans la dimension des pièces du périanthe. Les fleurs sont d'un jaune rouge.

Ces deux plantes viennent dans la province des Mines et de Bahia, au Brésil, où elles portent les noms de Ruibarbo do canipo et de Pireto ou Piretro. On y emploie leur rhizome, qvii contient une résine acre, en même temps que la fécule et une matière mucilagineuse. A la dose de 5 ou 4 drachmes, la poudre produit un effet calharlique.

Dans nos droguiers, ce rhizome se trouve sous la forme d'un cône assez allongé formé d'un tubercule ovoïde, recouvert d'une sorte d'épiderrae brun, et surmonté d'un long bourgeon foliacé, formé de tuniques concentriques presque complètes à la partie inférieure, mais diminuant rapidement en largeur vers le haut.

Martius. Syslema materiœ tnedlcœ Brasiliensis, p. 77 et Reise, II, 547 et 548. — Gdibourt. Drogues simples, 7» édit. 196. Pl.

FEKR>VRY (François). Chimiste et naturaliste français, né à Saint-Brieuc (Côtes-du-Nord) le 20 février 1780, mort dans la même ville le 13 février 1842. 11 voyagea pendant vingt ans en qualité de chirurgien de la marine, et prit goût, dans ses voyages, à l'étude des sciences naturelles, qu'il cultiva exclusivement à son retour à Saint-Brieuc. Ferrary était pharmacien, docteur ès-sciences, membre correspondant de l'Acadénrie royale de médecine, des sociétés de géologie, d'histoire naturelle, etc. On a de lui :

Essai sur l'histoire naturelle du déparlement des Côtes-du-Nord. Saint-Brieuc, 1856 et ann. suiv., in-18.

Callisen a confondu notre auteur avec un autre Ferrary (don Juax-Aktomo), établi à Xérès, en Espagne, et dont nous n'avons rien à dire. L. Un.

FERREI!>! (ANTOINE ). Docteur en médecine de la Faculté de Montpellier (27 novembre 1728), de celle de Paris (27 octobre 1728), médecin des armées du roi (1755), lecteur et professeur au Collège royal, professeur d'anatomie et de chirurgie au Jardin-du-Roi, membre de l'Académie des sciences (1741), de celle des Curieux de la Nature, Antoine Ferrein, que l'on peut regarder comme un des meilleurs anatomistes du dernier siècle, naquit à Frespech (Lot-et- Garonne), le 28 octobre 1693, d'Antoine Ferrein et de Françoise d'Uprat. Après avoir fait ses études sous les jésuites du collège d'Agen, il se rendit à Cahors, où, incertain sur l'état qu'il devait embrasser, il s'appliqua à l'étude de la théologie, de la jurisprudence, et de l'art de guérir. 11 se détermina à embrasser la médecine, et se fit recevoir docteur à Montpellier. II se serait certainement fixé dans cette dernière ville, sans une flagrante injustice, lorsqu'en 1757

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