OIE MAIGRE. OIE GRASSE
Poids (lu foie 0',062 0\355
Poids de la graisse 0\5r2 1»,6"0
La quantité de graisse formée étant très-supérieure à celle que contenaient les aliments, M. Persoz considère le foie comme un véritable laboratoire où se fabrique la graisse, et de ses expériences il conclut :
1° Que l'oie, en s'engraissant, ne s'assimile pas seulement la graisse contenue dans le maïs, mais qu'elle en forme elle-même une certaine quantité aux dépens de l'amidon et du sucre du mais;
2" Qu'il semble exister une certaine relation entre le développement du foie et la quantité de graisse produite, etc., etc.
Il semble résulter des expériences de Cl. Bernard et de celles de M. Persoz que le foie est capable de transformer en graisse une partie des matériaux qui lui sont apportés par la veine porte, et tout spécialement les principes suci'és. Loin de nous l'idée de prétendre que c'est dans le foie exclusivement que de telles transformations se produisent ; l'étude des phénomènes intimes de la nutrition des tissus et des transformations de substances introduites dans le milieu intérieur, dans le sang, est trop peu avancée pour qu'on puisse affirmer quoi que ce soit à cet égard ; mais ce qui semble certain, c'est que, de même que le foie transforme en matière glycogène une partie de la gljcose qui est absorbée dans l'intestin et que lui apporte le sang de la veine porte, de même aussi il peut transformer une partie de ce sucre en principes gras.
Les leçons i-écentes de M. Charcot publiées dans le Progrès médical de 1876, le travail de M. Brouardel [L'urée elle foie; variations delà (jiiantitéde Vurée éliminée dans les maladies. In Arch. de Physiol., 1876), le Traité du diabète de M. Lécorcbé, ont attiré de nouveau l'attention des physiologistes sur une opinion déjà émise par certains d'entre eux qui tendent à considérer le foie comme l'organe formateur sinon de la totalité, du moins de la majeure partie de l'urée excrétée par les reins. Murchison va plus loin et attribue en outre au foie la formation de l'acide urique libre ou combiné qu'on rencontre dans l'urine, ainsi que celle d'une matière colorante foncée intimement unie à lui.
Ces vues nouvelles sur les fonctions du foie nous mettent donc en face de deux théories relatives à la formation de l'urée dans l'organisme : l'une, la théorie ancienne, considère cette substance comme le résultat des mutations organiques qui se passent dans chacun des éléments anatomiques de tous les tissus, ces mutations étant selon les uns des phénomènes de combustion, selon les autres des dédoublements des principes organiques; l'autre, la théorie nouvelle, regarde l'urée comme produite sinon exclusivement, du moins en très-forte pj'oportion dans le foie, par suite de simples phénomènes de dédoublements organiques. De plus, la quantité d'urée formée et éliminée en vingt-quatre heures serait sous la dépendance de deux influences principales : 1" l'état d'intégrité ou d'altération des cellules hépatiques ; 2° l'activité plus ou moins grande de la circulation hépatique (Brouardel).
Des faits d'ordre physiologique et d'ordre pathologique militent en faveur de cette formation d'urée dans le foie. C'est d'abord la présence même de cette substance en proportion assez notable dans le tissu hépatique, alors que les muscles, d'après Meissner, Kuhnc, Lehmann, n'en accusent aucune trace (fait
FOIE (piiïsiolouie). <i'i'J
très-contestable et très-contesté par les chimistes) [k l'analyse. C'est ensuite le résultat des recherches de Cyon qui, analysant le sang de la veine porte comparativement à celui des veines sus-hépatiques, a trouvé que ce dernier contenait une proportion plus grande d'urée que celui qui n'avait pas encore traversé le foie. Dans l'une de ses expériences, 100'^'^ de sang n'ayant pas encore traversé le foie contenaient Us', 09 d'urée; après l'avoir traversé, ils contenaient Os", 14 d'urée. Dans une autre 'expérience un échantillon de sang contenait 0°^08 d'urée; après un premier passage au travers du foie, une quantité égale du même sang contenait O"'',!^ d'urée, et une autre quantité égale de ce même sang, après avoir passé quatre fois dans les vaisseaux du foie, s'était chargée de 0s%176 d'urée.
Ce sont, d'après Meissner, les globules rouges en voie de destruction, qui seraient les matériaux de cette formation d'urée : comme la physiologie démontre que les globules sanguins avec leur matière colorante se détruisent dans le foie, que la matière colorante de la bile présente la plus grande analogie avec celle des globules, Meissner croit que l'urée, comme le pigment biliaire, n'est qu'un résidu de la décomposition des globules rouges. Murcliison fait intervenir la destruction de la fibrine concun^emment avec celle des globules.
Gaethgens et Heiusius admettent que les matières albuminoïdes se dédoublent dans le foie en matière glycogène et en urée : c'est là ce qui expliquerait les faits observés d'abord par Bouchardat, sur des diabétiques, vérifiés ensuite par d'autres observateurs, et d'après lesquels, en même temps que le suci'e apparaît, puis augmente en quantité dans l'urine, l'urée y existe aussi en proportion plus considérable. M. Lécorché se rallie à cette théorie et fait valoir en sa faveur cette concordance pathologique qui existe entre la glycosurie et l'azoturie : « Dans le diabète, dit-il, l'azoturie n'est que la conséquence forcée de la production du sucre, aux dépens des substances azotées venant du dehors ou provenant de l'organisme. Du dédoublement exagéi'é des substances azotées, il résulte, d'une part, du sucre ; de l'autre, de l'urée. C'est à ce dédoublement qui va en s'exagérant avec l'intensité du diabète qu'est due l'azoturie. »
A côté de ces observations faites pour la plupart à l'état physiologique, il importe de placer celles qui se rapportent à l'état pathologique. Dans quatre expériences sur des animaux intoxiqués par le phosphore M. Brouardel a vu la quantité d'urée éliminée par l'urine baisser notablement, en même temps que le foie offrait au microscope une altération notable de ses cellules caractérisée par leur infiltration graisseuse. D'autre part, en étudiant sur l'homme ce qui se passe en cas d'affections diverses du foie accompagnées d'ictère, on voit la proportion d'urée s'accroître quand le foie augmente de volume, et diminuer dans le cas contraire ; un malade dont le foie était en presque totalité envahi par un cancer, ne rendait plus que 6 à 7 grammes d'uiée par jour (Vogel).
Des expériences et des faits que nous venons de relater, ce sont surtout les analyses décelant une notable proportion d'urée dans le tissu du foie, et les recherches de Cyon citées plus haut, qui constituent les raisons les plus plausibles en faveur de la formation prépondérante de l'urée dans le foie. Je n'en puis dire autant des expériences de M. Brouardel sur des animaux empoisonnés par le phosphore, caries cellules hépatiques ne sont pas les seuls éléments dont la structure soit modifiée par ce poison ; les altérations concomitantes des fibres musculaires pourraient être invoquées au même titre par ceux qui supposent que ce sont elles qui produisent la majeure partie de l'urée, grâce à l'activité des combustions dont elles sont le siège, surtout pendant la contraction. Le
630 FOIE (physiolugie).
parallélisme qu'on signale chez les diabétiques entre la production du sucre et celle de l'urée n'est pas non plus un argument décisif, car il ne répond pas à la généralité des faits qu'on peut observer chez les diabétiques. Sans doute, la glycosurie et l'azoturie peuvent marcher parallèlement; mais n'y a-t-il pas souvent grande discordance entre elles? « Quand, dit Cl. Bernard, un diabétique prend la fièvre, le sucre disparaît des urines, mais la quantité d'urée persiste et même augmente. Dans certains cas de diabète traumatique, le sucre parait d'abord, puis disparaît après quelque temps ; l'nrée augmente progressivement, et c'est alors que le sucre a disparu que l'augmentation de l'urée éliminée est le plus considérable! » Enfin, à ceux qui admettent la formation exclusive de l'urée par le foie on peut objecter les analyses bien connues de M. Wurtz, qui a trouvé l'urée en quantité plus considérable dans la lymphe et dans le chyle que dans les sangs artériels et même veineux. Ces résultats indiquent nettement une iormation abondante de cette substance dans l'intimité des éléments anatomiques des divei"s tissus, surtout quand on réfléchit à la quantité considérable de lymphe qui se forme en vingt-quatre heures dans l'organisme.
Le foie ne formerait pas seulement de l'urée, mais aussi de l'acide urique. Tandis qu'il n'en existe qu'une /juantité minime dans le sang, on le renconti'c en proportion notable dans le tissu du foie (Cloëtta, Stokvis, Meissner) ; les muscles, les poumons, toujours d'après Meissner, n'en offriraient aucune trace. A l'appui de cette manière de voir, on cite les goutteux, chez qui l'accès est souvent précédé d'une tuméfaction du foie (W. Gairdner, Galtier-Boissière) ; et, d'après Garrod, cette augmentation de volume du foie s'accompagne d'une accumulation d'acide urique dans le sang.
Je ne cite que pour mémoire la propriété que possède le tissu hépatique de fixer et de retenirfpendnnl un long temps diverses substances toxiques (sels de cuivre, arsenic, etc.). Ceci touche de trop près à la toxicologie de ces substances pour que nous nous en occupions dans un article de physiologie normale.
Deux mots encore sur une fonction nouvelle et très-problématique , tout récemment reconnue au foie par Schiff, et qui consisterait en la destruction ou la décomposition par cet organe de certaines substances narcotiques et vénéneuses , à condition qu'elles lui soient apportées par le sang de la veine porte (Schiff, Sur une nouvelle fonction du foie, etc., in Arch. des Se. phys. et nat. de Genève, mars 1877). C'est ainsi qu'il a vu la nicotine, injectée dans l'intestin à dose double ou triple de celle qui suffit à -provoquer la mort, quand on la fait pénétrer par la méthode hypodermique, ne produire aucun symptôme grave d'empoisonnement. L'intégrité du foie et de la circulation de la veine porte serait la condition nécessaire de cette innocuité relative. De même la nicotine perdrait beaucoup de ses propriétés toxiques quand on l'a triturée au préalable avec du tissu hépatique. Lautenbach a obtenu des résultats analogues avec l'hyoscyamine (Lautenljach, On a new Function of the Liver. Philadelphia Médical Times, 26 mai 1877). Mais les expériences de Schiff et de Lautenbach n'ont donné, entre les mains d'autres expérimentateurs, que des résultats négatifs (René, Étude expérimentale sur l'action physiologique de la nicotine. Thèse inaugurale, Nancy, 1877). Cette question est donc encore de date trop récente et trop sujette à controverse pour que nous puissions faire ici autre cliose que la signaler à l'attention.
Nous avons vu jusqu'ici combien sont multiples les fonctions du foie, combien elles sont importantes et par le rôle que jouent dans l'organisme les produits
FOIE (physiologie). 031
nouveaux qu'il forme — sans en excepter la bile, dont nous n'avons pas à parler ici, — et par la quantité considérable de chacun de ces produits qu'il rejette chaque jour. Comme les glandes, en général, sont, par leur fonctionnement même, une source de calorique, nous devons supposer a priori qu'une glande aussi volumineuse que le foie, l'emportant par sa masse sur toutes celles du corps humain réunies, fonctionnant incessamment et non pas seulement par intervalles, doit êti^e une source des plus importantes de la chaleur animale, par le fait seul des phénomènes chimiques et des mutations organiques qui se passent dans son intimité, et sans même tenir compte de la chaleur que peut développer par sa destruction, dans le reste de l'appareil circulatoire, la glycose formée par le foie. Les expériences de Cl. Bernard viennent en effet confirmer ces vues théoriques, en prouvant que le sang qui sort du foie possède toujours une température plus élevée que celui de la veine porte, et par conséquent que le sang artériel, dont la température est inférieure à celle du sang de la veine porte. Voici les chiffres que donne à ce sujet Cl. Bernard :