‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales v.38Chapitre 12 sur 113 · L. Hn · texte numérisé non relu

L. Hn

FICOIDE. Mesembnjanthemum L. Genre de plantes Dicotylédones constituant presque à lui seul la famille des Mesembryanthémées ou Ficoïdées. Ce sont des plantes sous-ligneuses, rarement herbacées, à tiges charnues, portant des feuilles également charnues, planes, cylindriques ou trigones. Les fleurs sont hermaphrodites, de couleurs variées, jaunes, pourpres, roses, violettes ou blanches, généralement sensibles à l'influence de la lumière. Le calice est supère, en général quinquipartite ; les pétales sont nombreux, linéaires, insérés sur le calice; les étamines également indéfinies et multisériées. L'ovaire est pluriloculaire, composé d'un nombre de carpelles variant de 4 à 20 et formant autant de loges, portant dans le fond des placentas linéaires pariétaux. Le fruit est une capsule déprimée, d'abord charnue, puis ligneuse et sèche, s'ouvrant en plusieurs valves, et laissant échapper des graines nombreuses, à albumen farineux.

Les Ficoïdes sont la plupart des plantes de l'Afrique australe et particulièrement du Gap de Bonne-Espérance ; un petit nombre d'espèces se rencontrent cependant disséminées dans la région méditerranéenne, l'Amérique et l'Australie.

La plus curieuse estla Ficoïde glaciale [Mesembryanthemum crystallinvmh.) naturalisée dans la région méditerranéenne, et cultivée dans un grand nombre de jardins, jusqu'en Angleterre. C'est la diamond plant ou ice plant des

Anglais. Elle est surtout remarquable en ce que ses rameaux sont couverts de nombreuses vésicules transparentes, remplies d'un principe gommeux insoluble dans l'eau, et qui brillent au soleil comme des fragments de glace. C'est surtout une plante d'ornement, on l'a employée quelquefois comme adoucissante et émolliente. On l'a vantée dans la dysurie, la strangurie; on l'a appliquée sur les brûlures et les plaies.

Certaines espèces sont comestibles ; les fruits du Mesemhryanthemum edule L., contiennent du sucre et sont mangés par les Hottentots; les peuples qui bordent le grand désert d'Afrique emploient comme légume les feuilles du Mesemhryanthemum genicuUflorum L., et Mutel, dans sa Flore française, rapporte que la glaciale jeune est mangée aux environs d'Agen en guise d'épinards.

D'autres Ficoïdes sont plus particulièrement usitées comme médicaments, nous citerons dans le nombre : le Mesembryanthemum acinaciforme L., qui est employé au Cap contre les dysenteries ; le Mesembryanthemum tortuosum, considéré comme narcotique ou sédatif, et diverses espèces des Canaries, qui sont diurétiques, et dont on brûle les feuilles pour en extraire la soude, comme pour nos Suceda et nos Salicors. Au dire de Broussonnet, le Mesembryanthemiim calicinum paraît être parmi ces espèces. Le M. copticum, plante annuelle d'Egypte, fournissait jadis la soude d'Alexandrie, dont les Vénitiens se servaient pour la fabrication de leurs magnifiques glaces.

Les feuilles du Mesembryanthemum emarcidum Humb. , écrasées , sont employées par les Hottentots après fermentation ; ils les mâchent comme du tabac, et elles produisent chez eux comme une espèce d'ivresse. Celles du M. nodiflorum sont astringentes et employées, ainsi que les tiges, à la fabrication du maroquin (De Candolle, Essai sur les propriétés médicales des plantes, 154). Pl.

JussiEu. Gênera jjlantarum. — De Candolle. Flore française, y. pag^. 258 etPKODROMus, III, 446. — Endlicher. Gênera planiarwn, p. 954. — Lemaout et Decaisne. Traité général de botanique, p. 269. — Labillardière. Voyages. I, 90. — Thdnberg. Voyages. II, 97.

FICUS. Voy. Figuier.

FIDELIS (Fortuné). Ce médecin, qui était natif de Saint-Philippe-d'Agironne, en Sicile, et qui mourut, dit-on, le 25 novembre 1630, est un des premiers qui aient écrit sur la médecine légale. Envisagés surtout au point de vue historique, ses ouvrages sont intéressants à consulter. Ce sont :

I. Bissus, seu medicinœ patrocinium quatuor libris distinctum. Panormi, 1598, in-4°. — II. De relationibus medicorum libri quatuor. Panormi, 1602, i«-4°, etc. — III. Contemplationum medicarum libri XXII. Panormi, 1621, in-4''. A. C.

FiDJiEivs. Voy. Mélanésie, p. 562.

FIEL DE BŒUF. A une époque où, sous l'influence d'idées un peu mystiques sur les propriétés médicatrices des substances qui ont participé à la vie, on leur attribuait des vertus bien oubliées aujourd'hui pour la plupart, le fiel était considéré comme un médicament actif et s'adaptant utilement à des usages divers. Aujourd'hui, on a pris en un dédain trop grand cette thérapeutique des médicaments animaux, grossière par certains aspects, je le veux bien ; sentant d'une manière compromettante la doctrine des signatures, je l'accorde volontiers ; mais n'étant pas toute à rejeter et contenant, dans une gangue d'imagination, des réalités pratiques que l'art de guérir doit dégager et s'approprier.

J'ai vu des impétigos chroniques tlu cuir clicvelu résister aux autres moyens et guérir par des lotions urineuses, liquide alcalin, et cela sans choquer en rien les exigences d'une thérapeutique qui veut se rendre compte de ce qu'elle fait. De même le fiel, et le plus usuel de tous, le fiel de bœuf, est-il un médicament très-vieux mais fort utile dont je tire tous les jours les meilleurs résultats et dont je vais essayer la réhabilitation.

Un mot tout d'abord sur sa composition. Sans vouloir entrer dans de longs détails sur la constitution chimique de ce liquide organique complexe et renvoyant d'ailleurs sur ce point à l'article si complet consacré dans ce Dictionnaire à l'histoire chronique de la bile [voy. ce mot. 1 " série 1868, t. IX, p. 266), je rappellerai seulement que le fiel de bœuf [le seul employé en matière médicale) contient 1 2,7 pour 100 de résidu salin formé de sel marin, de phosphate de soude, de potasse, de chaux et de magnésie, d'oxyde de fer et de silice ; 55 à 60 de taurocholates et de glycocliolateset de 25 à 30 de graisse et cholestérine. L'acide choléique n'existe qu'en petite quantité dans la bile du bœuf. Cette substance contient de plus des pigments biliaires (bilirubine, biliverdine, bilifuscine, biliprasine etc.), de la mucosine, etc.

La composition de la bile varie suivant les diverses espèces animales, et, dans la même espèce, suivant une foule de conditions physiologiques alimentaires. L'aspect seul de ce liquide, dans ces diverses modalités indique la diversité de sa composition ; elle n'est pas la même, du reste, suivant les différents points de l'appareil d'écoulement ou de réception dans lesquels on l'a recueilli.

Les anciens, enclins à subtiliser, considéraient comme douées de propriétés très-différentes les diverses sortes de fiel. C'est ainsi que Paul d'Égine distingue à ce point de vue la bile de mouton de celle de chèvre, d'ours, de bubale, de porc qu'il considère comme la moins acre et la moins forte de toutes. Celle de poisson (la chimie nous a appris plus tard qu'elle contenait peu ou point d'acide choléique) lui semblait particulièrement apte à dissoudre ralbu<:o et à remédier à l'amblyopie ; celle de tortue marine était pour lui le remède de la nyctalopie, etc. (Paul jEginet., De Re niedica, lib. VII, Princip. artis medicœ, édit. Haller, page 645, D). Nous pouvons aujourd'hui faire abstraction de ces différences et considérer le fel bovis comme la seule forme oflicinale de ce médicament.

Je n'hésite pas à le regarder comme très-important et j'aurais peine à m'en passer maintenant. Je lui attribue les applications suivantes: 1° moyen apéritif; 2" moyen supplétif de la sécrétion biliaire; 3" moyen dépresseur de l'action cardiaque ; 4" moyen empirique, mais très-utile, de traitement de l'héméralopie.

I. L'extrait de fiel de bœuf ne peut manquer, à rrison de son amertume proverbiale, de stimuler l'appétit, la propriété apéritive étant, comme je l'ai dit dans une autre partie de ce Dictionnaire (voy. Apéritifs), inséparable de la propriété amère. Si elle lui était proportionnelle, il faudrait placer l'extrait de fiel de bœuf, comme hypcrorexiquc peu au-dessous de la noix vomique et de la strychnine. Quoi qu'il en soit, c'est un moyen auquel j'ai souvent recours et j'associe fréquemment le fiel de bœuf, épaissi en extrait, à la noix vomique comme moyen de stimuler l'appétit. La relation, non moins étroite, qui existe entre la propriété amère et la propriété fébrifuge, me fait penser également que le fiel de bœuf pourrait être employé utilement pour combattre les formes bénignes du paludisme, mais je n'ai pas d'expérience personnelle à ce sujet, et je ne sache pas qu'on ait essayé ce moyen. Il a au moins en sa faveur une induction plausible.

11. L'indication la plus importante du fiel de bœuf est son emploi pour suppléer la sécrétion biliaire et pour remédier aux troubles de digestion et de nutrition qu'entraîne l'arrêt ou la diminution de cette sécrétion. L'acrinie biliaire peut tenir à deux conditions : ou bien à coque les Anglais ont appelé la torpeur du foie (torpor of liver), état caractérisé par les symptômes de l'ictère moins la jaunisse, troubles dyspepliiiues, constipation opiniâtre; ou bien à une altération organique de la glande s'opposant à ses fonctions sécrétives, telle est la cirrhose, l'hépatite chronique.

Dans les deux cas, la bile n'afflue pas en quantité suffisante dans l'intestin, et en même temps que languit le rôle de dépuration sanguine attribué à cette sécrétion, la digestion des substances qui ont besoin de ce liquide pour se dissoudre est nécessairement compromise. De plus, il y a de la constipation qui s'explique à merveille par le défaut de stimulation de la muqueuse, et, consécutivement, du plan musculaire qui la double; et on constate de la flatulence qui tient peut-être à l'atonie d'un intestm auquel manque son stimulant naturel, mais qui relève aussi du défaut de l'action antiputride que la bile exerce sur le bol fécal et qui est un de ses attributs physiologiques.

Si nous ajoutons que les autres sécrétions intestinales languissent en même temps, nous aurons une idée de la multiplicité des troubles que produit l'oligochylie essentielle ou symptomatique.

Le fiel de bœuf rend dans ces cas si fréquents d'absence ou de dérivation de la bile des services que je ne puis signaler trop hautement. Je l'emploie, suivant en cela la pratique du médecin anglais Alnaut, dans les cas de constipation atonique et flatulente que je crois pouvoir rattacher à une inertie du foie. Cette forme de constipation est très-commune. Mais c'est surtout dans la cirrhose que ce beau médicament me rend journellement des services. Il y a dix-huit mois, un cirrhotiquc vint me consulter; il ne digérait rien, avait des troubles dyspeptiques permanents, une constipation invincible et avait beaucoup maigri. Je lui conseillai de faire de temps en temps usage de fiel de bœuf. Un an après, il vint me retrouver dans des conditions infiniment meilleures, ayant repris, et il m'avoua qu'ayant, à plusieurs reprises, voulu suspendre ce médicament, il avait perdu avec l'appétit l'aptitude à digérer, il avait vu sa constipation reparaître et qu'il l'avait dès lors employé en permanence. C'est un exemple remarquable de digestion artificielle par le fiel de bœuf. Alnaut a signalé la propriété qu'aurait le fiel de bœuf de combattre la constipation produite par l'opium et de remédier ainsi à l'un des inconvénients de ce dernier médicament. C'est probable, et il convient d'essayer cette association.

11 n'est guère, au reste, de dyspeptiques chez lesquels, ayant constate les signes d'un mauvais fonctionnement du foie, je ne prescrive ce moyen et toujours avec utilité. Wolf a constaté, de son côté, l'utilité du fiel de bœuf dans la cirrhose du foie.

m. Le fait que le passage de quelques-uns des principes de la bile dans le sang ralentit notablement la circulation, établi par Douillaud qui a vu chez certains ictériques le pouls tomber à 49, ne doit pas être perdu pour la pratique et il importe que le thérapeutique s'assure au plus vite cette ressource puissante. Sans doute la digitale, l'aconit, la vératriuc, l'acide salicylique, etc., ralentissent la circulation, mais avec une siireté d'action qui laisse à désirer; un complément de ressources ne serait certainement pas superflu pour remplir cette indication.

J'avais eu depuis bien longtemps la pensée que l'injection veineuse des divers principes de la bile chez les animaux arriverait à déterminer quel est celui qui ralentit la circulation, et qu'on doterait ainsi la thérapeutique des maladies du cœur d'une ressource précieuse; mais, entraîné par d'autres travaux, je n'ai pu réaliser de recherches dans cette direction. Aussi ai-je lu avec l'intérêt que l'on comprend les résultats des essais auxquels se sont livrés MM. Feltz et Ritter, sur les effets de l'injection veineuse de la bile chez les animaux. Entre autres accidents imputables sans doute à l'irruption brusque de ce fluide agressif dans la circulation, ils ont constaté une dépression du pouls et de la chaleur organique [Acad. des sciences, 18 mai 1874). Cette sédation cardiaque (ou mieux cardiaque et respiratoire) paraît due aux glycocholate et taurocholate de soude et elle se manifeste même après la section des pneumogastriques, ce qui la différencie de celle produite par la digitale. Il y a lieu d'instituer, à l'aide de ces deux sels, des expériences cliniques et je m'en occupe en ce moment. J'en consignerai, s'il y a lieu, les résultats aux mots : Glïcocholates et Taurocholates {Voir ces mots).

IV. C'est certainement une chose bien digne de remarque que l'unanimité avec laquelle tous les auteurs qui se sont occupés de la bile, considérée comme médicament, l'ont signalée comme s'adaptant aux diverses maladies des yeux : albugo, amblyopie, nyctalopie, héméralopie. Est-ce panurgisme routinier, est-ce expérience concordante? La seconde interprétation me paraît la seule fondée. La tradition serait en tout cas indiscontinue depuis le fiel de poisson du vieux Tobie, jusqu'aux recherches récentes sur les fumigations de foie de bœuf dans l'héméralopie, recherches auxquelles je me suis associé, et j'ajouterai jusqu'à l'emploi de Fhuile de foie de morue contre la cécité nocturne, cette méthode récente et vraiment utile pour guérir l'héméralopie.

En 1858 un ophlhalmologiste distingué, Ch. Deval, restaurant une pratique mise en usage par Dupont dans la mémorable épidémie d'héméralopie de Strasbourg en 1762, mais dont l'ancienneté est extrême, publia une observation intéressante, dans laquelle l'action décisive des fumigations de foie de bœuf, venant après une foule de moyens demeurés infructueux, ne saurait être mise en doute (Ch. Deval, Traité théorique et pratique des maladies des yeux, Paris, 1862, p. 738, obs. LXXIV). J'avais antérieurement mis en usage ce moyen, renouvelé des Chinois, paraît-il, et j'en avais indiqué les bons résultats dans ma thèse inaugurale en 1852. Au reste, Hippocrate le signale ; Paul d'Egine en parle dans ces termes : « Dum hepar hircinum coquitur vaporem, oculis apei^tis, admittere jubé. )) Aëtius donne le même conseil. Actuarius dit à ce propos : Jecur hircinum comede et, dum coquitur, vaporem oculis excipe. Mais il importe moins de savoir si le moyen a eu d'illustres patrons que de savoir s'il est réellement utile. Or, je ne puis pas en douter. En 1858, je disais dans une note communiquée à ce sujet à l'Union médicale. « Tous les moyens employés contre l'héméralopie avaient montré l'un après l'autre leur inefficacité. Je recourus aux fumigations de foie de bœuf; dès la première fumigation il y eut une amélioration notable, et au bout de quinze jours la guérison était complète. Le remède est vulgaire, mais il a une suffisante compensation à ce défaut : il guérit. Il est assez difficile de se rendre compte de l'action de ce singulier médicament ; je crois que par des essais comparatifs avec les principaux éléments qui le constituent on arriverait à la détermination de son principe actif. Il est rationnel de

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