‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales v.38Chapitre 13 sur 113 · FIELDING · texte numérisé non relu

FIELDING

supposer que c'est la bile, et je m'en serais assuré en traitant d'autres malades avec des fumigations faites avec le liquide de la vésicule étendu dans de l'eau bouillante, si les cas ne m'avaient fait défaut. » {Union médicale 1858, p. 583). J'en suis toujours là et je recommande ces essais aux médecins navigants qui sont si souvent aux prises avec l'héméralopie. Mon distingué confrère de l'armée de terre, M. Baizeau, a prétendu, mais sans le prouver, qu'il fallait rapporter cette action curative aux vapeurs d'eau ; si bien que des fumigations de mauve l'éussissaient comme celles de foie de bœuf, mais son assertion est contredite par les expériences de M. Néboux {BuUet. de thérap., t. LV, p. 416), qui, comparant les fumigations simples et les fumigations de foie de bœuf chez les mêmes héméralopes, a vu constamment échouer les premières et réussir les secondes. C'est là un fait thérapeutique, d'ordre empirique sans doute, mais complètement établi.

Je voudrais aussi qu'on essayât les frictions péri-orbilaires avec une pommade de fiel de bœuf; des instillations de collyres dans lesquels entrerait ce médicament, les collyres aux glycocholates et taurocholates de soude, etc.

La posologie du fiel de bœuf est très-simple. On prend de la bile très-récente (malgré le peu de putrescibilité de ce liquide, il faut n'en préparer que pour trois ou quatre jours), on passe à travers une étoffe de laine et on évapore à la chaleur du bain-marie jusqu'à consistance d'extrait ferme. Ce médicament se donne aux doses de 1 à 4 grammes par jour en bols.

On ne me reprochera pas, je l'espère, d'avoir trop longuement insisté sur un médicament fort distingué en réalité sous sa vulgarité apparente. Une substance qui supplée une sécrétion importante, qui excite l'appétit, régularise les selles, ralentit la circulation et constitue un traitement à peu près sûr de l'héméralopie, mérite autre chose qu'une simple mention et je voudrais que cet article lui rendît le rang qui lui appartient. , Fonssagrives.

FiEii DE TERRE. On donne ce nom soit à la fumeterre, soit à la petite centaurée. D.

FIELDIIVG (George-Hu.xsley), tîls de médecin, naquit à HuU, le 26 octobre 1801. Nommé en 1824 membre du Collège royal des chirurgiens anglais, il exerça successivement la chirurgie et la médecine dans sa ville natale et par la suite y devint surintendant médical des quarantaines et démonstrateur d'anatomie comparée à la Société littéraire et philosophique. Après avoir abandonné pendant quelques années la pratique médicale et avoir pris, en 1856, le titre de docteur en médecine à Erlangue, il s'établit définitivement à Tonbrido-e, dans le comté de Kent, et y exerça la médecine avec succès pendant un nombre considérable d'années ; il est mort à Dry-hill, près de Tonbridge, le 24 mai 1871 .

Fielding était fellow de la Société royale de Londres depuis 1845, membre à vie de l'Association britannique pour l'avancement des sciences, membre de la Société de météorologie anglaise, membre honoraire de la Société littéraire et philosophique de Hull, etc. C'était un savant ; il s'occupa d'un grand nombre de questions scientifiques et littéraires, et entre autres de météoroloo-ie et de phrénologie, et, outre quelques ouvrages, il publia divers mémoires dans la Médical Gazette, le Philosophical Magazine, les Proceedings of the British Meleorological Society, etc. Nous citerons de lui :

I. Observations on the Human Structure. Hull, 1828, in-8°. — II. On a new Membrane in the Eye, being the Substance of a Lecture delivered at Oxford before the British Asso-

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dation, etc. HuU, 1832, in-8°. — III. On Ihe Influence of Colour on tlie Effcct of Light, Beat andOdours (le lieu et la date de la publication nous sont inconnus). — IV. On Ihe Summer o/'1868. In Proceedings of Ihe Bril. Metcor. Soc, 1868, etc. L. IL\.

F1E:l,IZ ou FIELITZ (Gottfried-Heinrich). Naquit à Barby, dans la Ilaute- Saxe, au mois d'octobre 1749. 11 étudia la chirurgie sous la direction de son père, qui était chirurgien du duc Albert ; il continua ses études aux universités de Dresde et de Wittemberg et prit ses grades dans cette dernière ville. Il s'établit en 1775 à Luckau, dans la Basse-Lusace, pour y exercer à la fois la chirurgie el les accouchements ; il y fut immédiatement nommé chirurgien pensionné et peu après chirurgien de la maison de force et de l'hospice des pauvres. Plus tard il devint bourgmestre de la ville et directeur de l'hôpital. Il est mort à Litckau le 4 février 1820.

Fieliz fut non-seulement un excellent pi-aticien, mais encore un savant; uniquement animé du désir d'être utile à ses semblables, il publia un assez grand nombre d'ouvrages se rapportant pour la plupart à l'hygiène publique et à la médecine populaire. Nous citerons de lui :

I. Einnerungen, Yorschlâge und Wùnsche dcm Slaate bessere Wiindârzte zu bilden, besondcrs zur Behenigiing fur diyenigcn, die in ilircr Kitnst noch wcit zurûck sind. Leipzig', 178G, in-8''. — II. Versuch einer llebanimenverbesserunq zur Wohlfart und BevôUierang des Staals, und wïe diser l'ian ohne grosse Schunengkeil zu bewerkstelligen. Leipzig, 1786, in-8°. — III- Einige Worle iiher die llauplguelle unserer sich lâglich mehvenden ungliicklichen Ehen, zur Bekerziguug fur Millier, and zur Belekrung ûber den rechteii Gebrauch, etc. Leipzig, 1798, iii-8°. — lY. Die IlaujUr/uelle der Fehler unserer phgsischen und moralischen Kindereniehung ; fur gebildele EUarn Leifizig, 1799, in-S°. — V. Versuch einer volhlàndigen Belehrting far das gcbildete weibliche Geschlechl ûber die physischcn Mutterpflichlen, etc. Leipzig, 1799-1800, in-8°, 2 vol. — VI. Archir dcr gerichllichen Arzneiwissenschafl fiir BechUgelehrle und Aerzle. Dd I, II. 1. Leipzig, 1811, in-S". (.lournal dont une seule livraison a paru). — VII. Ob und wie weit es Ùiunlich und ralhsam sei, den Aerzten fur das in geri hllichen Sectionsfâllen zu beobachlende Verfahren zu geben ? etc. (Ext. du précédeni). Wittemberg, 1811, iii-8°. — VIII. Verschiedenc Beubachlungcn. In Bichlefs chirurgiscke Bibliolhek. Bd V, St. 1. p. 157, 1779. — IX. Beobachtungen ûber den niitilichen Gebrauch dcr Weidenrinde in der Wundarzneikunst. Ibid. Bd VI, St. 4, p. 7 15, 1783. — X. Chirurgische Wahrnehmungen. Ibid. lid VII, St. 4, p. 770, 178i et Bd Vllf, St. 1, p. 108, 1785. — XI Beobachtungen. Ibid. lid VIII, 1787; Bd IX, 1788; Bd X, 179o!

— XII. Einige kleine Wahrnehenungen von den Fehlern bsy der Pflege kleiner Kmder. In Slark's Archiv f. d. G<:burslh. Bd I, St. 4, p, 75, 1788. — XIII. Beobachtungen ûber verschiedenc Uindeini^se und Schwierigkeilen bcy Ausûbung der Geburlskûlfe. lu S'nrk's Archiv, etc. Bd II, St. 1, p. 49, 178.1. — XI ■ . Verniischte Beob. lidd., p, 60. — XV. tjeber einige Ursachcn der Missfàlle und zu frûhzciligcn Geburlen. Ibid. Bd II, St. 3, p. 27, 1790.

— \\\. Bctrachlungen ûber verschiedenc Gegeitstànde der Geburishûlfe. Ibid. Bd 11, St. 4 p. 73, 17'J0. — XVII. Einige Bemerkungen uber Selbslbe/leckung. In Baldinger's neuem Magaiin. Bd IX, St. 2, p. 160, I7s7. — XVIII. Einige Bemerk. ûber die Blutigel. Ibid. Bd X, St. 2, p. 160, 1788. — XIX. Versckied. Bemerk., etc. Ibid., p. 165. — XX. Mcdicinalverfassuiig der IJoltentoten, aus den baslen und glaubwûrdigstein Schriflcn genommen. Ibid. t!d X, St. 6, p. 484, 1788. — XXI. Bemerkungen ûber verschiedenc vermeintliche Ilaul- oder Fleischwûrmer im menschl. Kôrper, besonders ûber den Dracuncutus oder die Yena medincnsis. Ibid., p. 49-2. — XXII. Gerechle Elayen des Arzles, eic. Ibid. Bd XI, .>>t. 1, p. 41, 1789. — XXIII. lerschiedene Nachrichlen und lieifipiele von erdichleten Krankheden. lu Taschenbuch fur deulsche Wundârde. Alteiiburg, 1789, p. 77. — XXIV. liranke Einbildung. In Gruner's Almanach, 1 ,90, p. 19. — XXV. Stein's Geburts-Bettstuhl, mit einigen Anmerkungen ivider seine Tadler. Ibid., p. 27. L ]1^,

Fieliï (IIi.inricii-August). Fils du précédent, naquit à Luckau, dans la Basse- Lusace, en 171)7, fit ses humanités à Goililz, étudia la médecine à Leipzi'T à partir de 1816 et à Halle depuis 1819 ; il prit le grade de docteur dans cette dernière ville, puis s'établit à Latibau et plus tard à Langensalza, qu'il quitta enfin pour se fi.xer à Ilalberstadt, en 1835. Un connaît de lui :

I. Diss. inaug. de variis melhodis frenandi furibundos. Ilalse, 1819, gr. in-S". —

FIEKUS (les deux). 97

II. Ueber die grosse Wlrksamkeit des Cuprum sulphuricuin in der hàutigen Brâune. In Hufeland's Journ. der Heilk., Bd. LXVIII, p. 90, 1829; Bd. LXXII, p. 57, 1831. —III. Aururn muriaticum gegen Wassersiicht . Ibid., Bd. LXXII, p. 43, 1831. — IV. Materialien zii ciner zukilnfligen allgemeineiv Medicinalverf'assung fiir Honi'ôoputhie, nebst eineni Yorworte von G. A. D. Schweickert. Leipzig, 1835, gi\ in-S". L. Hn.

FIEXL'S OU FIEIVS (LeS DEUx).

Fienns (Jean), médecin du seizième siècle, naquit à Anvers. Il exerça l'arl de guérir pendant un grand nombre d'années dans sa ville natale, oiî il fut médecin pensionné. A l'époque où le duc de Parme vint assiéger Anvers (1584), Fienus se retira à Dordrecht où il mourut à un âge peu avancé, le 10 juillet 1585 ; Swertius le fait mourir le 2 août de la même année; d'après lui, on aurait pu lire sur son tombeau, dans l'église principale d'Anvers :

DOCTOR JOANNES FlENUS MeDICUS AnTVERPIANUS Obiit II. Aug. anno MDLXXXV.

Fienus est connu par un ouvrage sur les vents, diversement apprécié. D'après Paquot, cet ouvrage serait le fruit d'une longue expérience et un travail d'une utilité éminemment pratique ; voici ce qu'en dit Haller : Theoria et ratiocinatio ad veteritm saporem, ut etiam alii morbi ad flatus reducantur, longe ah lis diversi : tum formulée. Cet ouvrage a pour titre :

De flalibus humanum corpus molestanlibus commentarius novus ac singidaris, in quo flatuum natura, causce et symptomata describuntiir, eorumque remédia facili et expedita metliodo indicantur. An\.\erpiie, 1582, in-12; emendatior factus, cum notis Lœvini Fischer. Francof., 159-', in-12; Amstelod , 1643, in-18 ; Hamburgi, 1644, in-12; en flamand, Amsterdam, 1668, in-12. L. 1I.\.

Fienus (Thomas), fds du précédent, naquit à Anvei's le 28 mars 1567. II commença ses études médicales à Leyde sous Pierre Forest, Rambert Dodoens et .lean Heurnius. La réputation des maîtres qui enseignaient alors à l'Université de Bologne l'attirant, il s'y rendit vers 1590 et écouta les leçons de Mercuriali, d'Aldrovandi, de Costaeus et d'Arantius. A son retour il obtint, eu 1593, l'une des deux premières cbaires de médecine de l'Université de Louvain, devenue vacante par la démission de Jean Viringus ; le 9 novembre, il prit le bonnet de docteur à la même université. 11 quitta ses fonctions après sept ans pour se l'endre à la cour de Maximilien, duc de Bavière, qui le prit pour son premier médecin; mais l'amour qu'il portait à son pays l'empêclia de conserver cet emploi honorable et un an après l'avoir accepté il l'abandonna pour revenir à sa chaire de professeur à Louvain. Il ne la quitta plus, malgré les offres brillantes que lui fit en 1616 l'Université de Bologne. Fienus mourut le 15 mars 1631, après avoir été longtemps président du collège de Breugliel. « Ce médecin était clerc, dit Éloy ; non pas que cette qualité fût requise pour la charge de professeur, mais elle l'était pour la présidence du collège de Breughel, de même que pour le rectorat de l'Université, dont il fut honoré trois fois, en 1584, 1599 et 1604. On a toujours regardé Fienus comme un très-savant médecin. Il en est peu de son temps qui l'aient égalé dans la connaissance de l'histoire naturelle et de la chiruro-ie ; outre cela, il entendait la langue grecque et les mathématiques. Ses ouvrages ont aussi beaucoup contribué à sa réputation. » Malheureusement il a perdu beaucoup de temps pour prouver que l'àme raisonnable vient se loger dans le corps du fœtus le troisième jour après la conception. On cite de lui :

I. Decauteriis libri V. Lovanii, 1598, in-12; 1601, in-8°; Colonite, 1607, in-8». — II j)e viribus imaginationis tractatus. Lovanii, 1608, in-12; Lugd. Batav., 1655, in-32' Londini DICT. ENC. 4° s. II. 7

1657 in-12; Amstelod., 1658. —III. De comela aiini 1018. Antverp., 1619, in-12; Lipsiœ, 1656' iv'. De vi formatrice fœtus liber, in quo ostenditur animam ralionalem infundi tertia die Antverp., 1620, iii-8°. — V. De formatrice fœtus liber secundus, in quo prioris doctrina plenius examinatur et defendUur. Lovanii, 1624, in-8°. — VI, Pro sua de animatione fœtus tertia die opinione, apologia adversus Antonium Ponce Santacruz. Lovanu, 1629 in-8° (Fienus fut soutenu dans son opinion par Vincent Robin, de Dijon, médecin de Louis XIII qui publia : Synopsis ratiomim Fieni et adversariorum de tertid die animationefœlus, etc. Dijon, 1652, in-4°]. — VIL Libri cliirurgici Xll de prœcipuis artis chirurqicœ controversiis. Francof., 1649, in-4°; Londini, 1753, in-4-. — VIII. Semiotice, sive de signis medicisiractatus. Lugduui, 1664, in-i°. -IX. Ouvrages restés manuscrits. L. Hx.

FIERA (Jean-Baptiste). Médecin italien, né à Mantoue, en 1469, mort en 1558. D'après la biographie de Didot, que nous copions, il aurait composé des poésies latines fort médiocres ; ses ouvrages sur la médecine portent ces titres :

I Commentaria in artem medicinalem defmitivam Galeni. Acceduni quœstio de virtute movente pulsum ; quœstio de phlegmatico et bilioso œqualiter febrientibus ; de intentions ef rem/ssione. Mantoue, 1515, in-fol. Venise, 15i8, in-8°. — II. Cœna, de herbarum virtutibus et de medicinœ artis parte quœ in victus ratione consislit. Mantoue, 1515, in-4'>. Padoue, 1649, in-4°. Argenlor.,1712, in-8°.

Ce dernier ouvrage, qui est en vers, comme celui, sur la même matière, de Eobanus Hcssus, est une imitation de l'école de Salcrne, en cent quatre-vingts vei-sets. Voici, comme échantillon, la prune :

Pruna, licet vario decorata colore nilescanl.

Erigent, et pluri ciassa liquore fluunt. Solvunt, corda fovent, ardeidia j)runa reposcunt

Prandia, sunt Sijrii nobiliora soli. A. G.

FIÈVRE. Le mot fièvre (en latin febris) vient de fervere, qui signifie bouillir, être échauffé. Ce qui de tout temps, en effet, a frappé les observateurs; ce qui, à tous les âges de la médecine, a pu être considéré comme le symptôme pathoo-nomonique de l'état fébrile, c'est la chaleur exagérée que l'on constate. Aussi les mots ttu/o, TïvpiTÔ; (d'où TrOpsa;, accès de fièvre), onl-ils servi, chez les Grecs, à désigner l'état fébrile. Plus tard, il est vrai, le mot fièvre fut détourné de son sens primitif et servit à désigner non plus un groupe de symptômes généraux venant compliquer certaines affections, mais bien un groupe spécial de maladies que nous aurons à étudier et à décrire dans l'article suivant. C'est là ce que Galien exprimait lui-même dans les termes suivants : « Parmi les fièvres, disait-il, les unes dérivent des phlegmasies et ne sont que comme des symptômes tenant aux parties enflammées. Celles qui proviennent des huineurs sont appelées fièvres et elles sont, non pas des symptômes, mais des maladies. » Mais Galien, on le voit par cette citation, distinguait le mouvement fébrile ou Vétat fébrile des fièvres dites essentielles. La confusion ne survint que plus tard; d'ailleurs elle ne fut pas générale et l'on peut même dire avec Sauvages, Boisseau, Littré, les auteurs du Compendium, etc., que presque tous ceux qui ont médité les écrits des anciens se virent forcés d'être de l'avis de Van Swieten lorsqu'il écrit : Prior derivatio ( a fervore ) magis respondet communi opinioni veterum medicorum qui calorem dixerunt febris essentiam ; TtvpsTég enim et Tzvpsli; hac significatione passim apud veteres Grœcos usurpantur. Quelle que soit d'ailleurs l'opinion que l'on ait pu se faire sur la nature intime de la fièvre, toujours et dans toutes les définitions l'importance de la notion tirée de l'idée de chaleur semble prévaloir. Les autres troubles pathologiques qui s'observent en même temps que la chaleur fébrile ont le plus souvent été considérés comme subordonnés à l'élévation de la température. « Febris est immo-

(lice auctus calor.... » a dit Galien, et, de nos jours encore, cette définition de la fièvre a pu être considére'e comme suffisante. Nous verrons plus loin qu'il n'est point exact de ne voir dans la fièvre que l'élévation thermique ni surtout d'expliquer tous les symptômes de l'état fébrile par les troubles que détermine l'augmentation anormale de la température du sang. Mais les réserves que nous aurons à faire à cet égard ont trait à la pathogénie du mouvement fébrile plutôt qu'à la description clinique du syndrome que nous avons à étudier. Si donc nous pensons avec Yan Helmont que dans la fièvre il y a autre chose encore que la chaleur fébrile : « Calor prceter naturam auctus initium possit esse febrium, non est tamen ipse febris, » nous ne nous refusons pks à considérer l'étude de la marche de la température fébrile comme l'une de celles qui ont fait faire le plus de progrès à la connaissance des fièvres. Nous insisterons donc longuement sur les troubles de calorification qui peuvent être considérés comme les plus caractéristiques de l'état fébrile.

Mais la plupart des médecins ne se sont pas contentés de décrire ces phénomènes. Ils se sont efforcés de découvrir la cause prochaine, l'essence même du pi'ocessus fébrile, et de rechercher pourquoi et comment la température du corps humain se trouvait augmentée. Si donc nous voulions écrire l'histoire des doctrines pyrétologique des l'antiquité, il nous faudrait énumérer ici toutes les hypothèses qui ont été successivement émises touchant la nature de la fièvre. Un semblable travail serait plus curieux qu'instructif. Les principales théories de la fièvre n'ont été, en effet, que le reflet des idées régnantes sur la physiologie et la pathologie générales. Au lieu de s'appuyer sur des faits bien observés et rigoureusement contrôlés, elles n'étaient le plus souvent que des hypothèses sans aucun fondement sérieux. On a pu, sans doute, chercher à retrouver dans les écrits des anciens le germe de toutes les théories que nous aurons à exposer et à discuter plus loin. Mais s'il est vrai que les définitions de la fièvre diffèrent peu et que, ainsi que l'a fait remarquer Murchison, celle de Virchow, par exemple, soit à peu près la même que celles de Galien ou d'Avicenne, il n'en faut pas moins reconnaître que l'histoire des théories pathogéniques du mouvement fébrile est toute moderne parce que, dans ces dernières années seulement, on a pu, à l'aide de la méthode expérimentale, reproduire quelques-uns des phénomènes qui caractérisent l'état fébrile et, après avoir bien étudié les conditions dans lesquelles la fièvre se manifeste, chercher à interpréter avec rigueur les altérations organiques ou les troubles symptomatiques qu'elle entraîne à sa suite. Nous nous bornerons donc à passer très-rapidement en revue les principales idées successivement défendues par les médecins de l'antiquité, en rapprochant les unes des autres les théories qui nous ont paru semblables, et sans tenir trop rigoureusement compte de l'ordre purement chronologique. Nous ne nous occuperons d'ailleurs que des théories développées pour expliquer en quoi consiste le mouvement ou le processus fébrile, renvoyant à l'article suivant pour tout ce qui concerne les fièvres considérées en général.

La collection des livres hippocratiques nous offre une description assez précise des symptômes qui peuvent servir à caractériser les fièvres graves ; mais on peut répéter, après M. Littré, qu'on ne trouve dans les œuvres d'Hippocrate aucune théorie complète et systématique des fièvres ou du processus fébrile. Hippocrate fait jouer un grand l'ôle à l'élévation de la température. « Tout le germe des fièvres et toute leur essence sont, dit-il, dans la différence de la chaleur.... Parmi les fièvres il en est qui sont mordantes à la main, d'autres douces,

quelques-unes ont une chaleur qui s'accroît, d'autres une chaleur acre, mais qui cède à la main. » L'état de la langue, l'aspect extérieur des urines, les symptômes nerveux, les phénomènes critiques surtout sont étudiés avec le plus grand soin. De plus, bien que Riolan, Sauvages, M. Bouillaud, etc., aient soutenu le contraire, Hippocrate décrit l'état du pouls et remarque même que « dans les fièvres très-aiguës le pouls est très-fréquent et très-fort. »

Mais quand on vient à rechercher dans les livres hippocratiques une théorie quelque peu précise de la fièvre ou du processus fébrile, on voit que les considérations théoriques développées par Hippocrate et ses successeurs sont moins heureuses que ses descriptions cliniques. Il suffit pour s'en assurer de lire ce passage que toute l'érudition de M. Littré n'a pu parvenir à rendre clair : « Quant à la fièvre, elle se produit ainsi : Les choses peccantes se fixant dans le lieu forcent le corps échauffé à recevoir en soi la fièvre et, par l'action échauffante de l'humeur peccante et du ventre, le reste de l'eau est vaincu. C'est de la sorte que la iièvie arrive après le froid, si le liquide en excès se fixe en quelque point du corps. Si, au contraire, le liquide tourbillonne, la fièvre se produit ainsi après le froid, etc. » La doctrine Hippocratique est surtout humorale. La fièvre dépend de la prédominance des humeurs. Elle naît lorsque la bile ou la pituite sont en trop grande quantité, ou encore lorsque ces humeurs s'échauffent. « Lorsque la bile ou la pituite s'échauffent, dit Hippocrate, tout le corps s'échauffe en même temps, et c'est ce qu'on appelle fièvre. » Et il ajoute : « La bile et la pituite s'échauffent à l'intérieur par les aliments et les boissons, à l'extérieur par l'excès du chaud, par l'excès du froid, par les blessures, par la vue, par l'ouïe, etc. » On voit donc que pour Hippocrate l'élévation de température, fùt-elle passagère, constituait un mouvement fébrile, et l'on comprend qu'Avicenne ait cru devoir après Galien protester contre cette doctrine en faisant remarquer que « la chaleur fébrile qui nuit à l'exercice des fonctions n'est pas semblable à celle qui naît de la colère ou de la fatigue. »

C'est dans les œuvres de Galien qu'il faut chercher la doctrine humorale de l'antiquité, celle qui fait consister la fièvre dans l'altération ou la putridité des humeurs. La fièvre, aux yeux de Galien, consiste dans une élévation notable de la température du corps. « Febris est immodice auctus calor, ut et hominem offendat et actionem Icedat, accensus in corde et procedens ab eo in totiim corpus. )) Pour Galien l'augmentation anormale de la chaleur ne suffit donc pas pour q'u'il y ait fièvre ; il faut encore que l'élévation de la chaleur s'accompagne d'un trouble général des fonctions : « Hominem offendat et actionem lœdat; quod si neutrum adkuc efficiat, qunntumvis sithomo nunc quam ante calidioT, non tamen febricitare eum monstravimus. « Mais Galien ne se contente pas de définir en quoi consiste la fièvre. 11 veut expliquer d'où elle vient. L'un de ses caractères essentiels est le développement primitif de la chaleur dans le cœur. « Nam et ea ipsa calor est prœter naturam, nondum tamen febris nisi cor ipsum concalefecerit. » Et quand elle atteint ainsi le cœur d'une manière fixe et durable, il y a dépérissement de l'organisme, débilité progressive, et la fièvre est dite hectique. Tout est aussi hypothétique, nous le verrons plus loin, dans la doctrine des fièvres éphémères ou putrides qui dépendraient de l'altération des esprits et des humeurs. Quand on quitte le terrain des faits cliniques bien observés par Galien, qui discute avec la plus grande précision les principaux caractères de l'état fébrile, ses différences avec d'autres états pathologiques, ses variétés, etc., on ne trouve plus que des hypothèses ingénieuses

parfois, mais plus souvent encore subtiles et dépourvues de tout fondement sérieux. C'est ainsi que Galien déclare qu'il ne peut pas y avoir de fièvre due à la putridité du sang parce que le sang, s'il devenait putride, se changerait en

bile.

Avicenne combat cette opinion : c'est au contraire à la putridité du sang qu'il faut, selon lui, attribuer le mouvement fébrile. Cependant, bien qu'il ait rectifié quelques-unes des erreurs de Galien, Avicenne ne fait que développer les principaux éléments de sa doctrine. La chaleur exagérée qui constitue la fièvre s'allume dans le cœur ; elle procède de cet organe, et se répand au moyen de l'esprit et du sang, par les artères et les veines, dans tout le corps. « Febris calida intempéries totiiis corporis, a calore prœter naturam in corde accenso, et mediantihus spiritibus et sanguine per venas et arterias in tofum corpus, nisi impediatur, effuso orta, actionesque naturales Icedens. » Telle est aussi la définition de Sennert, et l'on chercherait en vain dans la plupart des écrits dus aux médecins du moyen âge ou du commencement du dix-septième siècle une théorie de la fièvre qui ne fût pas presque textuellement déduite de celle que Galien avait émise.

Plus tard, et principalement à la fin du dix-septième et au dix-huitième siècle, tout en admettant encore qu'il pfit exister un certain état de putridité du sang, on commence à comprendre la nécessité de réagir contre la doctrine de Galien sans revenir, pour cela, aux idées défendues par Erasistrate, qui considérait la fièvre comme étant due à une collision entre le sang et le pneuma. Bellini qui croit à l'altération du sang reconnaît que les qualités, la quantité ou le mouvement de ce fluide peuvent causer la fièvre et, bien qu'il se laisse entraîner à admettre que les ditférents degrés de viscosité du sang peuvent être la cause des différentes espèces de fièvres, il établit nettement qu'il faut, non-seulement pour définir la fièvre, mais surtout pour classer les diverses ' espèces de fièvi'e, tenir compte de leurs symptômes, qui ne préjugent pas de la connaissance d'une cause toujours difficile à préciser. La division des fièvres en éphémères, humorales et hectiques, dit-il, « suppose la connaissance de la cause des fièvres, l'inflammation des esprits dans les éphémères, l'inflammation ou la putridité des humeurs dans les humorales, la phlegmasie des parties solides

dans l'hectique Nous voulons au contraire, par l'examen des phénomènes qui

sont accessibles aux sens dans chacune des fièvres, arriver à la connaissance de ces causes comme si elles étaient parfaitement ignorées. » D'ailleurs, dans l'idée de Bellini il ne s'agit plus de la putridité, mais de la viscosité du sang. C'est aussi, nous allons le voir, cette théorie que défend Boerhaave lorsque dans ses aphorismes qui établissent avec tant de concision et de clarté les caractères généraux de la fièvre et les différences qui séparent les diverses espèces de fièvres, il admet cependant que la consistance et l'épaississemenl du sang peuvent être la cause des obstructions vasculaires, d'où proviennent les phlegmasies et les altérations des vaisseaux. La doctrine de la putridité du sang et des humeurs avait d'ailleurs été dès le milieu du dix-septième siècle vivement attaquée par Van Helmont qui, bien qu'il ait défendu une théorie de la fièvre aussi étrange que celle qu'il cherchait à combattre, a eu le mérite de bien faire voir combien étaient peu dignes de confiance les assertions des successeurs dé Galien. L'aspect extérieur et la consistance du sang ne peuvent en effet suffire pour qu'il soit possible d'affirmer une altération grave de ce liquide.

Une autre théorie devait prendre naissance vers le milieu du dix-septième et

inspirer de nombreux travaux jusqu'au milieu du dix-huitième siècle. Willis, après avoir rappelé, pour la combattre, l'opinion des anciens sur l'influence que peuvent exercer l'excès ou la chaleur des humeurs, cherche à expliquer la fièvre par les modifications physiques qu'éprouve le sang. Le sang, dit-il, est la seule humeur du corps et toutes les autres en sont sécrétées; jamais la pituite, la bile et l'alrabile ne se mettent en mouvement ; c'est le sang seul qui fait effervescence dans les vaisseaux. Les preuves sur lesquelles Willis s'appuie pour démontrer l'effervescence du sang sont d'ailleurs au moins éti-anges. Suivant lui, cette effervescence se produirait entre les cinq principes qui entreraient dans la composition du sang, et ces principes seraient : l'esprit, le soufre, le sel, la terre et l'eau. Ce sont là des assertions qu'il est aujourd'hui inutile de discuter, bien que la théorie émise par Willis soit la première qui puisse être comparée à celle des fermentations.

Boerhaave, qui combat énergiquement les théories humorales aussi bien que celles qui supposent une fermentation, une effervescence du sang, n'a pas été aussi éclectique qu'on l'a prétendu. 11 est avant tout iatro-mécanicien. Sa théorie de la fièvre se l'ésume dans la théorie de Vobstruction vasculaire ; et cette théorie, bien que tout hypothétique, se trouve exposée si clairement dans ses aphorismes et accompagnée d'observations cliniques si sogaces que l'on a pu la rapprocher de la théorie des embolies qui est à la mode de nos jours. La chaleur fébrile lui semble due à un grand mouvement des fluides qui partent du cœur irrité par une cause morbifique et par la grande résistance que leur opposent les vaisseaux. Ceux-ci sont obstrués par le sang trop visqueux dont la consistance a augmenté spontanément, ou par suite de la formation de principes chimiques qui en ont altéré la composition. La fièvre est donc surtout caractérisée par la rapidité du courant circulatoire qui dépend de l'excitation du cœur cherchant à surmonter les obstacles qu'il rencontre : « Quidquid de febre novit medicus, dit Boerhaave, id veto omne velocitate pulsûm sola cognoscitur. » Tous les phénomènes de la fièvre reçoivent une explication analogue ; le frisson dépend de la stagnation des fluides vers les extrémités ; le tremblement de l'interruption intermittente de la circulation, l'anxiété fébrile est due à ce que le sang ne peut sortir du cœur, etc. Mais la cause morbifique qui excite le cœur consiste dans un influx trop considérable des fluides nerveux et cérébelleux sur les muscles, et du sang sur les parois des vaisseaux et des cavités du cœur. Ce fluide nerveux est sécrété par le sang qui arrive au cerveau très-atténué parce qu'il chemine contrairement aux lois de la pesanteur, qu'il est divisé par les capillaires et par la membrane arachnoïde. Du cerveau et du cervelet il est poussé par l'action du cœur et des artères dans les nerfs oii il chemine, comme la lymphe circule dans ses vaisseaux propres. Par ces citations, extraites des aphorismes de Boerhaave, on peut juger sa doctrine. L'illustre médecin de Leyde a certainement mérité sa réputation par le soin, la précision et l'érudition avec lesquels il a décrit les principaux symptômes et les caractères des différentes espèces de fièvres ; mais on peut ajouter qu'il n'a point fait faire un grand progrès à la doctrine pyrétologique, puisque sa théorie du processus fébrile repose tout entière sur une série d'hypothèses et d'idées préconçues absolument contraires aux faits physiologiques.

Nous ne ferons que citer les théories de Fr. Hoffmann et de CuUen. Hoffmann considérait la fièvre comme une affection spasmodique du système nerveux et du système vasculaire, déterminant d'abord une tendance des fluides à l'intérieur,

puis, par accroissement de la force du coeur et des artères, une réaction vive vers l'extérieur, d'oîi relâchement du spasme et retour à l'état normal. CuUen qui, dans ses Éléments de médecine, a fort bien décrit les diverses espèces de fièvres intermittentes, reproduit, en les modifiant un peu, les idées de Fr. Hoffmann. La fièvre consiste dans un spasme de l'extrémité des petits vaisseaux produit par une cause quelconque qui irrite le cœur et les artères, et continue son action jusqu'à ce que le spasme soit diminué ou détruit. « Les causes éloignées des fièvres sont, dit-il, certaines puissances sédatives appliquées au système nerveux qui diminuent l'énergie du cerveau, produisent la faiblesse dans toutes les fonctions et principalement dans l'action des petits vaisseaux de la surface. Cependant, telle, est en même temps la nature de l'économie animale que cette faiblesse devient un stimulant indirect pour le système sanguin. Ce stimulant, à l'aide de l'accès du fi-oid et du spasme qui raccompagne, augmente l'acte du cœur et des grosses artères et subsiste ainsi jusqu'à ce qu'il ait pu rétablir l'énergie du cerveau, communiquer cette énergie aux petits vaisseaux, ranimer leur action et surtout détruire par ce moyen leur spasme. Ce dernier étant dissipé, la sueur et tous les autres signes du relâchement des conduits excréteurs se manifestent. »

Ces théories, qui ne reposent point comme celles de Cl. Bernard, Marey, Traube, etc., sur des expériences et des observations cliniques, ne peuvent être considérées que comme des vues ingénieuses, qui prouvent qu'à toutes les époques les hommes intelligents et instruits ont essayé, souvent avec bonheur, d'expliquer les phénomènes qu'ils constataient. On ne saurait, quoi qu'en ait dit M. Littré, y retrouver « les faits sous les théories, » et une analyse succincte des doctrines anciennes doit se borner à une simple mention de ces diverses doctrines.

A plus forte raison nous faut-il renvoyer aux divers articles, plus spécialement consacrés à l'histoire des doctrines médicales, l'énumération des théories de la fièvre défendues par les représentants du pneumatisme, de l'archéisme ou de l'animisme. Lorsque Van llelmont regarde la fièvre comme une indignation de Varchée contre une substance étrangère et non vitale introduite dans l'économie, que Sydenham la considère comme une opération de la nature au moyen de laquelle les parties impures et nuisibles du sang sont séparées des parties pures et saines et rejetées par les divers émonctoires du corps ; lorsque Stahl déclare que la fièvre est une opération destinée à chasser la matière morbifique par le moyen de sécrétions successives et d'exci'étions plus abondantes, venant à propos et tendant à une fin salutaire et conservatrice de la vie, ces théories, quelque intérêt qu'elles présentent au point de vue de l'histoire de la médecine, quelle que soit l'influence qu'elles ont eue à l'époque où elles ont été émises, ne nous donnent qu'une idée fort peu précise de la théorie du processus fébrile. Nous pouvons donc le répéter après M. Littré : « On ne retirerait qu'un médiocre fruit de l'exposition des théories qui ont prévalu successivement sur la nature des fièvres, si l'on se contentait de parcourir ce tableau et si l'on ne cherchait pas à trouver le lien caché qui en unit toutes les parties. »

Après avoir rappelé aussi succinctement que possible les théories humorales, les théories mécaniques et les théories dogmatiques des médecins de l'antiquité, nous allons donc essayer de montrer comment, en recherchant dans l'organisme et dans ses actes analysés avec plus de soin les causes de la fièvre et du mouvement fébrile, les médecins du commencement de ce siècle

10 i FIEVRE.

ont frayé la voie aux physiologistes et aux médecins qui, de nos jours, se sont efforcés de résoudre quelques-uns des problèmes de la pyrétologie.

Cette idée de rechercher dans un état pathologique des solides ou des liquides l'explication des phénomènes pathologiques qui constituent la fièvre, et par conséquent de rattacher toutes les fièvres à certaines lésions bien déterminées, n'est point une idée moderne ; nous n'essaierons même pas de rappeler les disputes anciennes au sujet de l'inflammation et de la fièvre. Disons seulement que loin d'imiter Fr. Hoffmann qui avait attribué les lésions de l'estomac, de l'intestin ou des méninges observées dans le cours des fièvres à un spasme de la périphérie qui chasse le sang vers les parties internes, Baglivi considérait les lésions de l'estomac et des intestins comme causes de différentes sortes de fièvres, que Chirac les croyait dues à une inflammation du cerveau et des organes de la digestion; enfin, que Rœderer et VVagler dans la description qu'ils ont donnée, en 1762, de la maladie muqueuse de Gœttingue, n'hésitaient point à la localiser dans l'intestin. Lorsque les progrès de l'anatomie pathologique eurent fixé l'attention sur les lésions organiques, cette tendance à la localisation des fièvres et à la confusion entre les fièvres et l'état fébrile s'accentua de plus en plus. On s'en aperçoit sans peine quand on cherche à comprendre les idées de Pinel sur la nature du mouvement fébrile. Dans ssl Nosographie philosophique, en effet, cherchant à réduire le nombre des pyrexies à quelques types bien tranchés, il conserve la qualification de fièvre essentielle aux fièvres adynamique ou putride, et ataxique ou maligne, et cependant il affirme que « le siège de la maladie s'est toujours manifesté dans la cavité encéphalique. » D'ailleurs Pinel ne définit point ce qu'il entend par fièvre considérée en général. Il déclare, au contraire, que pour éviter « toute précipitation du jugement et toute doctrine erronée, il importait d'admettre dans toute sa sévérité la méthode descriptive suivie dans les épidémies d'Hippocrate. » Prost est plus affirmatif que Pinel, et pour lui « la fièvre est un trouble de la circulation artérielle causée par l'excitation directe ou sympathique du système à sang rouge... Elle est inflammatoire ou angéioténique quand les artères sont principalement affectées... Les fièvres muqueuses, etc., ont leur siège dans la membrane muqueuse des intestins et résultent des ulcérations diverses de cette membrane.. .. ». Les fièvres dépendent donc toutes d'une altération matérielle des organes ; mais, dit encore Prost, « l'état fébrile ne commence qu'à un certain degré d'une altération qu'on ne peut tracer, et les maladies qui donnent lieu aux fièvres peuvent exister sans fièvre tant qu'elles restent dans leur premier état et que le pouls n'éprouve le trouble fébrile qu'instantanément. » Bordeu avait déjà exprimé une opinion à peu près identique lorsque, après avoir appelé fièvres stomacales, abdominales, hépatiques, etc., un grand nombre d'affections idiopathiques de l'estomac , de l'intestin ou du foie , il ajoutait que lorsque les affections parcourent leurs périodes sans exciter une véritable fièvre, c'est qu'elles n'ont pas assez d'intensité pour en développer les phénomènes. Caffin, qui contribua aussi à établir cette localisation des fièvres, déclare que les lésions échappent à l'observateur, « parce qu'elles sont plusintimes et qu'une autopsie plus minutieuse pourra seule les découvrir un jour. » Tous les écrivains, et ils sont nombreux, qui ont suivi Pinel, confondent donc l'état fébrile et la fièvre. Ils ne vont pas jusqu'à affirmer, comme l'a fait Broussais, que la fièvre puisse être identifiée avec l'état fébrile, mais préoccupés surtout de classer les diverses espèces de fièvre qu'ils avaient reconnues, ils s'occupèrent des fièvres essentielles sans discuter longuement les diverses théories que

l'on pomait émettre sur la nature et les causes du processus fébrile. L'anatomie générale que Bichat venait de créer leur servait de guide ; ils s'efforçaient de rapporter aux différents tissus organiques les diverses manifestations fébriles ; ils ne s'inquiétaient point, Broussais le reproche assez vivement à Pinel, de définir ou de chercher à « déduire de recherches physiologiques » une théorie quelconque de la fièvre. Quant à Broussais, il s'efforça de porter le dernier coup à tous les efforts tentés en vue de reconstruire sur de nouvelles bases une classification des fièvres essentielles. Il nia l'existence de la fièvre qui n'est plus, suivant lui, (( qu'un enfant miraculeux de l'imagination des médecins, » ou bien « l'une des nuances de l'inflammation, résultant d'une irritation du cœur primitive ou sympathique. » Elle s'identifie dès lors avec le mouvement fébrile et « tout mouvement fébrile est dû à une inflammation, car toute irritation suffisante pour allumer la fièvre est une des nuances de l'inflammation. » Toutes les fièvres essentielles sont des mouvements fébriles sympathiques de la gastroentérite simple ou compliquée. Nous n'insisterons pas pour développer ici cette doctrine de Broussais. Nous aurons à i^evenir sur les idées du célèbre professeur du Val-de-Grâce, quand nous parlerons des fièvres considérées en général. Il nous suffira de faire remarquer que, malgré les exagérations de sa doctrine, Broussais fit faire un grand pas à l'étude de la fièvre et du mouvement fébrile en permettant de l'étudier isolément en lui-même, et en provoquant les recherches anatomiques qui, plus tard, ont appris à mieux connaître, sinon la nature, du moins l'évolution de la fièvre.

L'école organicienne qui s'éleva sur les ruines du système de Broussais n'alla point jusqu'à nier l'existence de la fièvre; elle ne suivit pas le réformateur lorsqu'il cherchait à rattacher toutes les fièvres à la gastro-entérite, mais elle s'inspira de sa doctrine en identifiant la fièvre avec l'inflammation. C'est ainsi que M. Bouillaud affirme que « la fièvre considérée en elle-même et la fièvre dite inflammatoire ou angéioténique ne constituent qu'une seule et même espèce, » et qu'il rattache la fièvre à l'inflammation du tissu vasculaire. M. Piorry considère la fièvre comme une angéiohémite. Au contraire. Andral ne croit qu'à une imminence d' inflammation^ et Laënnec, Chomel, Louis, déclarent que si, en effet, la fièvre peut être considérée comme le résultat d'une irritation du système vasculaire, cette irritation n'en est pas moins essentielle toutes les fois qu'elle ne sera pas produite par une affection anlérieui'e ou concomitante étrangère à ce système.

En Allemagne comme en France, deux théories opposées, l'une exclusivement organicienne et anatomo-pathologique, l'autre considérant les troubles fonctionnels comme constituant à eux seuls l'état morbide, cherchaient dès lors à expliquer comment il faut comprendre la pathogénie du mouvement fébrile. L'école anatomo-pathologique s'efforça de prouver que les lésions locales déterminaient directement ou indirectement, par l'influence des nerfs et par les altérations de la nutrition générale, une modification de la crase du sang et par suite une altération humorale. L'école physiologique rechercha dans les expériences entreprises en vue de reproduire les diverses manifestations de l'état fébrile s'il ne serait pas possible de rattacher tous ces symptômes à une altération purement fonctionnelle des centres nerveux. En Allemagne comme en France on cessa donc bientôt de discuter sur la nature même de la fièvre et sur sa cause première ; on reconnut que les faits devaient précéder les doctrines, et que l'on n'arriverait à comprendre d'où naît et comment se manifeste la fièvre que le jour où l'on

auj'ait expliqué comment se lient les uns aux autres tous les symptômes isolés dont l'ensemble constitue le syndrome fièvre. C'est alors que l'on entreprit l'étude analytique du mouvement fébrile, et que l'on rechercha d'abord ce que pouvait donner l'étude approfondie de la chaleur fébrile, que l'on avait, à tous les âges de la médecine, considérée comme l'un des symptômes pathognomoniques de la fièvre. Ainsi naquit et se développa la thermométrie clinique. Les recherches de tous ceux qui, depuis Sanctorius, Boerhaave, de Haen, jusqu'à MM. Bouillaud, Donné, Piorry, Gavarret, etc., avaient essayé de mesurer à l'aide du thermomètre les oscillations de la chaleur fébrile, furent reprises avec plus de suite et d'attention. Bœrensprung, Traube, Wuiidcrlich, etc., en Allemagne, H. Roger, Hirtz, Charcot, etc., en France, contribuèrent les premiers à montrer comment, à l'aide du thermomètre, on pouvait arriver à étudier l'évolution de la chaleur fébrile. En même temps on mesurait, on inscrivait graphiquement les modifications apportées à la circulation ; l'on recherchait dans les produits de sécrétion et principalement dans l'urine ou dans les gaz expirés les principes qui semblaient devoir indiquer les troubles de nutrition, qu'ils soient la cause ou le résultat de la fièvre. On enregistrait tous les résultats obtenus, sauf à chercher de temps à autre à en tirer quelques conclusions provisoires. De leur côté, les physiologistes s'efforçaient de reproduire par les vivisections quelques-unes des principales manifestations de la fièvre, et se demandaient si telle ou telle modification du système nerveux ne pourrait pas rendre compte des symptômes observés. Les anatomo-pathologistes analysaient les organes et les tissus; recherchaient s'il n'existait pas dans le sang une altération quelconque toujours semblable à elle-même, ou si la fièvre n'était pas toujours liée à une lésion d'un ou de plusieurs viscères. Tous ces travaux, nous aurons à les résumer et à les apprécier quand nous nous occuperons de la physiologie pathologique du processus fébrile. Disons seulement que s'ils n'ont point encore conduit à une théorie générale de la fièvre considérée en elle-même, ils ont du moins établi un certain nombre de faits que l'on peut considérer comme positifs et qui aideront singulièrement à comprendre quel est le mécanisme suivant lequel se produisent les différents symptômes fébriles. Nous aurons donc à établir quels ont été les progrès accomplis depuis le commencement de ce siècle. Disons immédiatement que ces progrès sont incontestables. On est arrivé à expliquer d'une manière à peu près satisfaisante le mécanisme d'un accès fébrile ; on a pu en provoquer artificiellement les principaux symptômes. On peut donc espérer que le temps n'est pas éloigné où l'on aura reconnu et où l'on pourra classer les causes diverses qui donnent naissance aux différentes espèces de fièvre. Le progrès ainsi réalisé aura été dû à la tendance presque exclusivement analytique de la science moderne. Quant aux théories générales émises dans ces dernières années, nous aurons aussi à les discuter; mais nous n'hésitons pas à déclarer à l'avance qu'aucune d'elles ne saurait être donnée comme déhnitivement acceptable. A ce point de vue, nous ne sommes guère plus avancés que les anciens, dont l'instinct théorique a toujours été si clairvoyant. Le rapide exposé de leurs principales doctrines nous a fait voir que les uns croyaient à l'existence d'une altération primitive du sang; c'est encore l'idée qui tend à prévaloir; les autres, en parlant de spasme vasculaire, d'irritation, etc., avaient émis une théorie qui diffère peu de la théorie névropathique encore défendue de nos jours par d'assez nombreux partisans et qui, si elle ne rend pas compte de tous les actes qui constituent la fièvre, explique du moins le mécanisme de quelques-uns d'entre eux.

Puis donc que nous ne pouvons, mieux qu'on n'a tenté de le faire aux divers âges de la médecine, établir quelle est la cause déterminante du mouvement fébrile et quelle est la nature de ce processus, il nous faut définir la fièvre en ne tenant compte que des notions définitivement acquises et sans préjuger des découvertes ultérieures. Nous plaçant à ce point de vue, nous dirons que la fièvre est caractérisée par une élévation durable de la température du corps, régularisée sous r influence du système nerveux et due à une exagération des combustions interstitielles, déterminée elle-même le plus souvent par une altération du sang.

11 nous faudra expliquer cette définition quand nous aurons passé en revue les différentes théories émises dans ces dernières années pour expliquer la pathogénie du processus fébrile.

Dans cet article, nous étudierons successivement les symptômes de l'état fébrile, les lésiojis anatomiques que détermine le processus fébrile, ses causes, la pathogénie et la physiologie pathologique de la fièvre, son diagnostic, son pronostic et son traitement.

Symptômes. Comme tous les états morbides, la fièvre comprend un certain nombre de symptômes divers, quant à leur intensité, leur durée, l'ordre suivant lequel ils apparaissent, etc. Toutes les fonctions de l'organisme pouvant être atteintes, bien qu'à un degré variable, il est assez malaisé de tracer un tableau fidèle de toutes les modifications qu'imprime au fonctionnement nomial de nos organes un mouvement fébrile bien caractérisé. On pourrait, il est vrai, à l'exemple de Cullen, prendre pour type un accès franc de fièvre intermittente et énumércr successivement tous les symptômes qu'il présente. Il faudrait dans ce cas diviser, comme on l'a fait, l'accès fébrile en trois stades distincts : le stade de frisson, le stade de chaleur et le stade de sueur. Mais cette division est loin d'être applicable à tous les cas observés. Le stade de sueur manque souvent, surtout lorsqu'à l'accès de fièvre initial succède une fièvre continue ; il ne s'observe d'ailleurs avec quelque netteté que dans les cas oiî l'on a affaire à une défervescence brusque, critique ; et même dans ces cas la température fébrile s'abaisse avant que la sueur n'apparaisse. Le stade de frisson manque non moins fréquemment au début des fièvres continues, et nous verrons qu'au moment même où se luanifeste la sensation subjective de froid, la température centrale commence déjà à augmenter. Aussi nous semble-t-il plus conforme à l'observation rigoui'euse d'un accès fébrile, envisagé à un point de vue général, de le diviser en trois périodes : la période d'invasion, la période d'état et la période de terminaison. Quelque vague qu'elle paraisse, cette dénomination des trois stades d'un accès fébrile permet de rendre compte des diverses formes qu'ils peuvent présenter.

De l'accès fébrile. Période d'invasion. Les prodromes d'un accès fébrile sont souA-ents nuls; l'accès peut débuter par un frisson intense ou par de légers frissonnements, sans qu'il existe, au préalable, un état morbide caractérisé. Le plus souvent toutefois on observe au début un malaise général, avec céphalée, courbature, faiblesse, inappétence et bâillements, nausées, oppression, pouls petit et irrégulier. Ce malaise dure plus ou moins longtemps, quelquefois une ou plusieurs journées; puis on constate l'invasion lentement progressive d'une fièvre continue, ou les symptômes qui caractérisent le stade de froid.

Dans les cas les plus légers il n'existe à ce moment qu'une sensation vague

de froid avec frissonnements, ou bien un léger degré d'horripilation. Si le frisson est plus intense, à ces sensations subjectives de froid s'ajoute un refroidissement périphérique appréciable au thermomètre, accompagné de contractions spasmodiquesdes muscles vasculaires et même des muscles de la vie de relation : c'est alors que, les extrémités étant froides, ridées, pâles, cyanosées, diminuées de volume, surviennent les claquements de dents, les tremblements spasmodiques des membres, des contractions cardiaques très-violentes s'accompagnant d'une respiration accélérée ; parfois, surtout chez les enfants, de véritables convulsions. C'est à ce moment aussi que l'examen des organes peut faire reconnaître des congestions viscérales plus ou moins marquées. L'exhfdation de l'acide carbonique augmente ; l'urine est claire, abondante, riche en urée.

Période d'état. Au bout d'un temps plus ou moins long, quelquefois un quart d'heure, parfois même quatre ou cinq heures, surviennent des bouffées de chaleur. La peau d'abord pâle et cyanosée rougit, devient turgide. Sa température, comme nous le verrons plus loin, s'élève peu à peu et atteint son maximum; la céphalée augmente; il survient de l'insomnie, de l'agitation, parfois du délire. Les sécrétions s'arrêtent; l'appétit se perd ; la langue se sèche et devient rouge ou saburrale ; le pouls augmente de fréquence, il est plein et dur; les mouvements du cœur sont plus énergiques et ses bruits plus éclatants; assez fréquemment le premier bruit du cœur est sourd, voilé ou même couvert par un souffle doux et prolongé. La respiration est fréquente. L'exhalation de l'acide carbonique augmente encore. Les urines rares sont foncées en couleur et chargées de matières extractives, d'acide urique et d'urates, parfois, bien que le fait ne soit pas constant, d'urée.

C'est le stade de chaleur. Cette période d'état ou de chaleur sèche peut durer assez longtemps. Elle peut même, dans les fièvres continues graves, aller en s' exaspérant ; la température fébrile s'élève alors de plus en plus, comme nous le verrons en étudiant la marche de la température dans l'agonie, et le malade succombe sans qu'il y ait eu défervescence.

D'autres fois, après im temps plus ou moins long, survient une rémission rapide ou graduelle de la température et la défervescence succède au stade de chaleur sèche.

Période de terminaison. Dans les accès de fièvre grave qui se terminent par la mort, le stade de terminaison, qui prend alors le nom de stade préagonique, peut être caractérisé par l'élévation considérable et rapide de la température. Dans ces conditions la peau, devenue brûlante, se sèche de plus en plus; tontes les sécrétions se tarissent, la langue est noire, fuligineuse, sèche; les urines se suppriment ou deviennent très-rares ; la respiration très-pénible est très-rapide ; le pouls est imperceptible et excessivement fréquent ; le délire fait place à un état subcomateux et la mort survient par un mécanisme que nous chercherons à élucider en parlant du pronostic. D'autres fois, la terminaison fatale s'annonce non plus par l'élévation exagérée de la température, mais par un état d'adynamie extrême coexistant avec une diminution notable de la température périphérique. C'est le collapsus, état dans lequel les parties périphériques sont glacées, le pouls excessivement petit et fréquent, les battements du cœur imperceptibles, la respiration suspirieuse; la température centrale ne varie point cependant; elle peut même augmenter et la gravité du pronostic se déduit dès lors de l'écart qui existe entre la température des cavités et celle des parties périphériques.

On a cité, il est vrai, et M. Charcot a désigné sous le nom à' al gidité centrale des faits dans lesquels la température profonde diminuait en même temps que la température périphérique. Mais ces faits s'expliquent par une intoxication septico-hémique ou par des troubles asphyxiques. Ils ne modifient pas notre conclusion.

Dans le cas, au contraire, où la terminaison est favorable, la température centrale et la température périphérique s'abaissent simultanément et rapidement. Si la défervescence est très-rapide, la sueur manque rarement ; d'ordinaire elle survient brusquement 6t très-abondamment. C'est ce que l'on observe dans la fièvre intermittente. Dès que le thermomètre annonce la chute de la température fébrile, le corps se couvre de sueurs et la défervescence s'accuse plus nettement. Lorsque la chute de la température se fait lentement (par lysis) la sueur peut manquer, mais il arrive aussi que, au contraire, plusieurs éruptions successives de sueur apparaissent, souvent au grand avantage du malade. L'agitation, le délire, la chaleur brûlante, diminuent en effet pour disparaître peu à peu ; la soif et la dyspnée cessent en même temps ; les urines reparaissent plus abondantes, sédinienteuses, chargées d'urates; peu à peu s'établit la période de convalescence. L'amélioration ne saurait être mise exclusivement sous la dépendance de la sueur; mais celle-ci est le signe de la défervescence; « elle ne la produit pas , elle l'annonce » ( Hirtz ) , et dès lors , en même temps qu'elle apparaît, doivent se montrer les symptômes qui indiquent une guérison prochaine.

La fièvre, surtout lorsque ses accès ont été de longue durée ou se sont succédés très-fréquemment, laisse à sa suite une série de symptômes qui indiquent la dénutrition. On constate eu effet l'amaigrissement, la diminution du poids du corps, un refroidissement périphérique et même central, souvent très-marqué, l'accélération du pouls, une augmentation assez notable de la proportion d'urine excrétée et même de la quantité d'urée, de matières salines, de chlorure de sodium qu'elle contient. Les matières extractives diminuent au contraire proportionnellement à l'augmentation de l'urée (Charvot).

Après avoir tracé en quelques lignes ce tableau des différentes phases par lesquelles peut passer un accès fébrile, il nous faut maintenant étudier avec plus de détails les symptômes qui le caractérisent. Or, parmi ces derniers, il en est qui, comme l'a déjà fait remarquer Stoll, « sont toujours présents dans toute espèce de fièvre », les autres étant moins constants. Nous commencerons par l'étude des premiers de ces symptômes, c'est-à-dire des troubles de calorification, de circulation et de sécrétions pendant l'accès fébrile. Les anciens, qui ne se servaient pas de thermomètre, considéraient le froid, le chaud et la fréquence du pouls comme les symptômes cardinaux de la fièvre. Tria illa phcenomena, disait Van Swieten, horripilatio, pulsiis velox et calor, in omni febre, ah intemis orla, semper adsunt. Nous verrons au contraire, par l'étude de la marche de la température dans la fièvre, que la température interne s'élève avant que le frisson n'apparaisse et qu'elle continue à s'élever pendant le stade de frisson. Nous ne consacrerons point dès lors, comme le faisaient les anciens, un chapitre spécial à l'étude du frisson ou du refroidissement périphérique dans la fièvre. Nous renvoyons au mot Frisson pour l'étude patliogénique de cet accident qui n'est pas, comme l'élévation de la température, un svmptôme pathognomonique de la fièvre, et nous commençons par l'étude de la calorification pendant l'accès fébrile.

I. De la température pendant Vaccès fébrile. Les causes de la chaleur animale et les conditions qui font varier la température du corps humain ont dgà été étudiées {voxj. Chaleur) et seront encore passées en revue quand il sera question des moyens employés pour la mesurer {voy. Thermométrie) ; nous nous contenterons donc de rappeler que la température du corps de l'homme à l'état de santé n'est pas constante, mais qu'elle subit des variations quotidiennes assez sensibles. Le minimum de la température normale est de 36" ; son maximum est de 37°, 5 ou 37", 6. La température paraît atteindre son maximum deux ou trois heures après chaque repas, surtout après le repas du soir. Elle augmente de plus à certaines heures de la journée. C'est ainsi que Eschnig a trouvé deux maxima dans la journée, l'un entre neuf heures du matin et midi ; l'autre entre quatre heures et six heures du soir, cette élévation de température pouvant être constatée même chez les individus qui jeûnent. De son côté J. Southey Warther conclut de ses expériences que la température s'élève depuis le matin jusqu'à onze heures et baisse ensuite jusqu'au soir, excepté aux heures des repas où elle s'élève de nouveau. M. Billiet (Thèse de Strasbourg, 1869) a confirmé ces résultats que plusieurs observateurs ont formulés de la manière suivante : La température, en dehors de l'heure des repas, a son minimum entre sept et neuf heures du matin ; elle augmente ensuite lentement et progressivement pour atteindre, dans la journée, son maximum vers quatre ou cinq heures du soir. Il faut donc, pour que les résultats obtenus à l'aide des mensurations thermométriques soient de quelque valeur, faire dans la journée plusieurs observations, ne comparer que les chiffres de température obtenus à la même heure, multiplier les mensurations quand on est intervenu à l'aide d'une médication qui a pu abaisser momentanément la température ou lorsque des conditions individuelles ou accidentelles l'ont modifiée, enfin ne jamais tenir compte d'un seul résultat, mais apprécier, en consultant la courbe thermométrique, la marche qu'a suivie pendant plusieurs journées consécutives la température fébi'ile. Il importe en effet de faire remarquer que, si l'application du thermomètre est toujours utile pour faire constater que la température est normale, ou que, au contraire, elle a subi une élévation notable, il est surtout nécessaire de suivre les fluctuations que lui imprime le mouvement fébrile.

11 est également indispensable de faire ces réserves quand il s'agit non plus de l'état physiologique, mais de l'état pathologique. C'est alors qu'il faut tenir un grand compte des conditions individuelles ou accidentelles, et c'est pourquoi les types que l'on a donnés de la marche de la température dans les différents stades sont loin de répondre à tous les cas que l'on peut observer. Tantôt il y a fièvre, alors que la température ne dépasse que d'un demi-degré la température normale ; d'autres fois la température fébrile arrive à un degré très-élevé. Nous avons vu monter la température à 43% 5. On a cité des cas où elle atteignait 45° (Wunderlich), et même, bien que ces chiffres ne puissent être acceptés sans réserves, on a vu des températures plus élevées encore. Le chiffre de 38", 5 est plus grave chez un vieillard que celui de 40" chez un enfant.

La température -peut être assez peu élevée, même dans l'aisselle, alors qu'elle est considérable dans le rectum. Le tronc présente en général une élévation thermique plus considérable que les extrémités, et c'est pourquoi il importe, lorsqu'on veut constater un état fébrile, d'y rechercher l'augmentation de la température ; celle-ci d'ailleurs est parfois aussi très-élevée à la tête, à la paume

des mains, aux oreilles. Une abondante diapliorèse peut abaisser sensiblement la température aux points où la transpiration est profuse.

Enfin il est un certain nombre d'états morbides qui ne sont caractérisés au point de vue thermique que par l'extrême mobilité de la température. 11 se produit dès lors surtout vers le soir des élévations considérables. Souvent aussi la température reste durant plusieurs jours assez élevée, pour redevenir ensuite normale, mais sans qu'il y ait eu marche typique du processus fébrile. Les divisions établies pour résumer en une série de tableaux la marche de la température fébrile considérée d'une manière générale sont donc tout à fait artificielles. Elles sont toutefois utiles à maintenir et rendent de grands services au diagnostic.

Pour arriver à indiquer avec quelque précision la marche de la température durant un accès ^brile, Wunderlich a admis plusieurs périodes : A. Périodes précédant la crise (stade pyrogénétique ou période initiale ; acmé ou fastigium; stade amphibole). — B. Périodes dans le cas de décroissance (perturbation critique, stade de défervescence, période épicritique et convalescence). — C. Périodes dans les cas de mort (période préagonique, agonie et mort). Simplifiant cette classification comme l'ont fait plusieurs cliniciens, nous admettrons quatre périodes : 1° une période d'invasion ou période ascendante; 2° une période d'état ou pe'riode stationnaire ; o" une période de défervescence ou période descendante; 4° une période de terminaison.

Mais il nous faut faire remarquer que ces périodes sont variables quant à leur durée, leur forme et leurs caractères, suivant la nature ou l'intensité de la maladie, les conditions individuelles ou accidentelles, enfin les complications intercurrentes.

i° Période ascendante. Elle peut être très-rapide et arriver en quelques heures au maximum de la température que provoque l'accès fébrile. C'est ce que l'on observe souvent dans la fièvre intermittente. Dans ce cas, la température s'élève lentement et progressivement pendant une heure environ. Partant de 36°, 5 elle atteint ainsi, au bout d'une heure, quelquefois plus tôt, le chiffre de 57", 5 ou 38" ; à partir de ce moment l'ascension est brusque et c'est vers 40", deux heures à deux heures et demie après le début de la période ascendante, qu'éclate le premier frisson (fig. 1). L'élévation de la température précède donc la sensation subjective du froid et ce fait déjà constaté en 1750 par de Haen, puis par G. Fordyce (qui prétendit même avoir toujours constaté pendant le stade de ' froid une température plus élevée que celle du stade de chaleur) , par Gavarret, Zimmermann, Wunderlich, Hirtz, etc., prouve bien que les théories mécaniques de Traube et Marey ne sauraient être soutenues. Pendant que la température centrale s'élève, la température périphérique ne suit pas une marche analogue. Wunderlich, liirtz, ont fait voir, en effet, que celle-ci qui, dès le début du mouvement fébrile, s'était élevée de 35°,9 à 36», s'abaisse au contraire au début du stade de frisson et peut tomber à 29° ou 50° ; pendant la fin de ce stade"'elle

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Fig. 1.

Marche de la température pendant

la période de frisson.

se relève lentement de 320 à 37" ; mais comme la température centrale atteint parfois son maximum avant que le frisson ne soit terminé, l'écart entre la température périphérique et la température des cavités persiste encore jusqu'à ce que le stade de chaleur soit définitivement établi. Si le frisson manque, ce qui arrive dans les fièvres à début lent, où la température met plusieurs jours avant

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