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Il est vrai, nous nous hâtons de l'ajouter, que M. Hirtz fait remarquer qu'il faut toujours en même temps faire attention à la médication emplo3'ée, qui peut avoir pour effet de refréner k combustion fébrile. Mais il n'en faut pas moins tenir grand compte de la fréquence de résultats semblables. Il y a plus, M. Hip. Hirtz (Th. de Slrasb., 1870, p. 40) insiste sur l'abondance des matières dites extractives, qui d'ordinaire ne s'observent dans l'urine qu'à la dose de 10 à 13 grammes dans les vingt-quatre heures et qui, au moment môme où l'urée atteint à peine le chiffre normal, dépassent très-notablement cette proportion. « Cette observation, dit M. Hip. Hirtz, rappelle plutôt la dénutrition du diabète que celle de la fièvre, » et les expériences de Hepp semblent démontrer qu'il en est assez fréquemment ainsi. Enfin, en comparant entre eux la plupart des tableaux cités par MM. Hirtz, Desnos, etc., et fournis par les partisans de la doctrine qui consiste à soutenir qu'il existe un rapport constant enti-e l'élévation de la température et la proportion d'urée éliminée, on voit qu'il est bien difficile encore de conclure comme ils l'ont fait. Sans aller jusqu'à soutenir, avec Anstie, que dans tous les états fébriles ce désaccord puisse s'obsei'ver, on ne saurait donc admettre qu'avec les plus grandes réserves les expériences de Scbleich qui, opérant sur lui-même, constatait qu'après une élévation artificielle de la température, provoquée par des bains chauds, l'élimination de l'urée augmentait et durait de deux ou trois jours après l'expérience. Ces faits, s'ils sont parfaitement exacts, prouveraient seulement qu'il faut un certain temps pour que la décomposition des matières organiques puisse se produire et qu'elle n'arrive que successivement aux produits d'oxydation finale, c'est-à-dire à l'urée. Une autre observa-
tion, également due à M. Hirtz, prouve qu'il faut toujours comparer la proportion d'urée éliminée à celle des chlorures. Leur élimination est, en effet, en rapport inverse de l'alimentation. Lors donc qu'une proportion d'urée considérable sera constatée dans l'urine en même temps que la proportion des chlorures restera au-dessous de la normale, on pourra admettre qu'il y a dénutrition rapide et profonde. Mais il est surtout important de tenir un grand compte de la proportion totale des matières organiques éliminées. « L'urée, en effet, dit M. Hirtz, ne représente pas tous les produits d'oxydation azotée éliminés par l'urine. Il en est qui n'ont pas encore atteint la combustion ultime qui fait l'urée et qui, par cela même, sont quelquefois d'autant plus abondants que celle-ci est plus faible. Leur présence complète la somme des éléments combinés. Les tableaux d'analyse dressés en Allemagne n'en tiennent aucun compte, et chez nous on n'en a pas, que nous sachions, appliqué l'étude à l'urine fébrile; ces produits sont représentés dans nos analyses sous le nom collectif de matières extractives : c'est la leucine, la tyrosine, l'hypoxanthine, la créatine, déchets du foie, de muscles et autres tissus. » Il importe donc, et telle doit être notre conclusion, de doser dans l'urine, non-seulement l'urée, mais toutes les matières azotées. La proportion totale de celle-ci varie dans les conditions normales de 38,50 à 46,70 ; souvent, pendant la période fébrile, elle dépasse ce chiffre. Bien plus, elle diminue durant la convalescence, alors cependant que la proportion de l'urée augmente. On pourrait donc supposer jusqu'à un certain point que, pendant l'acmé fébrile, alors que l'on ne trouve pas toujoui's dans l'urine une proportion notable d'urée, les matières azotées sont éliminées avant d'avoir pu subir une transformation complète, tandis que, au contraire, dans la période de convalescence, alors que la première alimentation détermine une combustion plus complète et plus rapide des principes assimilés, les matières extractives diminuent et la proportion d'urée augmente. Cette hypothèse expliquerait à la fois les expériences de Schleich et les l'ésuUats obtenus par Charvot dans la plupart de ses analyses.
Elle expliquerait aussi les expériences de Senator qui montre que, dans certaines conditions, la production de l'urée peut augmenter à tel point que chez un chien fébricitant, la quantité d'urée excrétée atteint 15 grammes dans les vingt-quatre heures, alors que dans les conditions normales il n'en élimine ja mais plus de 7s%08. Mais tout en admettant que la somme des matières azotées éliminées dans les vingt-quatre heures soit toujours plus considérable chez le fébricitant que dans les périodes d'apyrexie, il nous paraît démontré que, pour pouvoir tirer de l'analyse des urines une conclusion exacte et précise, au point de vue de la pathogénie du processus fébrile, il serait nécessaire :
1" De bien connaître quel est le chiffre normal de l'urée éliminée dans les vingt-quatre heures par un homme sain, d'un âge déterminé, dont le poids serait connu, qui serait maintenu à la diète ou recevrait une alimentation bien connue, qui ne serait exposé ni parles sécrétions intestinales, ni par les sécrétions cutanées à des déperditions trop considérables d'urée, etc., etc. ;
2° De doser, en même temps que l'urée, l'acide urique, les matières extractives et les chlorures ;
3° De se servir toujours pour le dosage de l'urée du même procédé d'analyse chimique.
En procédant ainsi, on arriverait sans doute à reconnaître que, pendant le paroxysme fébrile, la proportion de l'urée et des matières extractives au"-raente beaucoup, relativement à l'apyrexie, et que les hautes températures coïncident
généralement avec le maximum de l'élimination de ce? matières azotées ; mais il resterait toujours à expliquer pourquoi, dans le rhumatisme apyrétique, la "■outte, la polyurie et surtout la glycosurie, le même fait peut être observé.
Outre l'urée, les matières extractives et différents sels, l'urine fébrile contient une proportion assez notable d'acide carbonique (16 à 17 volumes au lieu de 15). Ewald a même cru pouvoir affirmer que la courbe indiquant la proportion de l'urée et celle qui représente la proportion de l'acide carbonique restent à peu près parallèles. Ce fait d'ailleurs ne prouve nullement que dans la fièvre la combustion des matières hydrocarbonées éprouve la même exagération que celle des matières albuminoïdes, car celles-ci, donnant naissance à la fois à de l'urée et à de l'acide carbonique, pourraient à elles seules fournir le surcroit de ces deux produits de combustion.
Les sels que. contient l'urine, et principalement les urates, augmentent également. D'après les recherches de Becquerel, au lieu de 0,598 dans les vingtquatre heures, on en constaterait, dans l'urine fébrile, de 1 gramme à Is^TO. L'urine, en se refroidissant, laisse donc précipiter ces sels qui, entraînant la matière colorante, donnent naissance à ce précipité rouge-brique qui s'observe si souvent dans les urines fébriles. Les chlorures, dont l'abondance est en raison directe de l'alimentation, diminuent et peuvent tomber à 1 gramme en vingtquatre heures au lieu de 10 grammes. Enfin, nous avons déjà vu que la proportion d'eau est très-variable.
On a peu étudié l'intluence exercée par la fièvre sur les autres sécrétions. En général, dit-on, les sécrétions se tarissent quand il existe un mouvement fébrile tant soit peu considérable. Ainsi exprimée, cette opinion ne paraît point exacte. Weyrich et Senator ont prouvé, au contraire, que la peau perd une quantité d'eau assez considérable qui s'évapore presque immédiatement. En général cependant et jusqu'à la période de la défervescence critique, la peau reste sèche. Les sueurs abondantes sont liées à l'existence de certaines maladies fébriles bien caractérisées (rhumatisme, etc.), ou bien elles indiquent une perturbation assez grave dans les fonctions du système nerveux, ou enfin elles surviennent sous l'influence d'une médication antipyrétique. L'élimination de l'acide carbonique par la peau paraît en rapport direct avec celle qui se fait par le poumon.
Toutes les autres sécrétions,, même la sécrétion biliaire, semblent diminuées.
Y. Système nerveux. Les symptômes nerveux observés au début ou dans le cours de la fièvre sont aussi constants que variés. On a cherché à les rattacher à l'action exercée sur le système nerveux central par un sang surchauffé. Bien que cette hypothèse ne rende pas compte de tous les faits que l'on constate, on peut reconnaître cependant que les symptômes nerveux sont le plus fréquemment d'autant plus intenses que la température atteint un chiffre plus élevé et que les médications antipyrétiques sont très-efficaces pour les combattre.
Parmi ces symptômes nerveux, nous citerons en première ligne le fiisson, qui signale si souvent le début d'un accl^s fébrile. Le frisson, en effet (voy. ce mot), ne consiste, lorsqu'il est très-faible, que dans une sensation qui semble débuter par la région rachidienne et s'irradier de là vers les extrémités. Cette sensation de froid s'accompagne de pâleur de la peau, quelquefois d'un léger degré d'horripilation. Bientôt la sensation de froid augmente, les muscles lisses de la peau se contractent et quelques tremblements se manifestent en même temps que se produit une stase veineuse, d'où pâleur et cyanose de la peau et
refroidissement périphérique. Si le frisson est plus violent, tous les téguments surtout vers les extrémités sont pâles, diminués de volume; la circulation semble arrêtée dans les vaisseaux périphériques. En même temps surviennent de brusques secousses dans les diverses parties de l'appareil musculaire. Les claquements de dents, les tremblements des bras et surtout des genoux qui s'entrechoquent ; parfois des secousses musculaires assez vives pour faire trembler le lit du malade accusent l'excitation du système nerveux cérébro-spinal. Ces accès de frisson se reproduisent à plusieurs reprises. Une émotion un peu vive, l'action du froid, le contact d'un corps étranger peuvent le provoquer. Le frisson peut d'ailleurs s'observer en dehors de tout mouvement fébrile; mais, au début ou dans le cours d'un accès de fièvre, ce symptôme est très-fréquent et d'une signification qu'il importe de préciser.
Le frisson est surtout intense dans la période d'invasion des maladies fébriles qui se caractérisent par une élévation rapide de la température au début de l'accès (fièvre intermittente, fièvres inflammatoires); il n'existe qu'une sensation subjective de froid ou des frissonnements légers au début des fièvres à ascension lente ou à oscillations plus ou moins brusques (fièvre typhoïde, rhumatisme, etc.). Quand un violent frisson s'observe dans la période d'état ou dans la convalescence d'une maladie fébrile, surtout lorsque le frisson coïncide avec une élévation brusque de la température, ce symptôme indique une aggravation de la maladie ou une affection intercurrente, le plus souvent une intoxication due à la résorption de produits septiques (fièvres infectieuses, pyohémie, etc.). Les conditions qui déterminent un frisson plus ou moins intense dès le début d'une maladie fébrile sont celles qui produisent une très-rapide élévation de la chaleur centrale : ainsi l'existence d'un foyer inflammatoire, de même l'exagération de tous les phénomènes de combustion intra-organique. Le refroidissement brusque de la périphérie (affusion froide, diminution brusque de la température ambiante, ischémie périphérique, etc.) donne lieu au même phénomène. Mais de même que certains poisons (curare, nicotine, strychnine), de même que certaines émotions ou que des actes physiologiques (miction, cathétérisme, etc.) peuvent donner naissance au frisson, avec ou sans élévation de température, de même, dans les maladies fébriles, le frisson peut faire défaut. Il ne serait donc plus exact de dire avec Van Swieten : Tria illa phœnoniena horripilatio, piilsus velox, et calor in omni febre semper adsiint, ou avec Boerhaave : Frigoris ille sensii'i observatur semper adesse in omni febre quœ a caiisis internis oritiir. Ce qu'il faut affirmer, c'est que le fi'isson est un phénomène réflexe dû, lorsqu'il coïncide avec une augmentation de la température centrale, à un échauffement brusque des centres nerveux qui provoque des convulsions spasmodiques des muscles périphériques. Il nous faudra donc rechercher quand nous nous occuperons de la physiologie pathologique des symptômes fébriles {voy. aussi art. Frisson), les conséquences que déterminent les phénomènes qui caractérisent ce symptôme.
Les autres symptômes nerveux de la fièvre sont très-nombreux et d'une signification diagnostique et pronostique variable. Dans un premier degré, on ne constate qu'une faiblesse plus ou moins prononcée avec douleurs musculaires, hyperesthésie cutanée, photophobie, céphalée, inaptitude au travail, agitation, insomnie, rêvasseries nocturnes, vertiges dans la station debout, quelques bourdonnements d'oreilles. Ces derniers symptômes vont en augmentant rapidement d'intensité quand le mouvement fébrile persiste, ou bien lorsque, dès le début,
la fièvre s'accompagne d'une élévation considérable de la température. Ils sont bientôt suivis d'insomnie plus marquée avec délire et obnubilation intellectuelle. Le fébricitant reste alors dans un état de torpeur intellectuelle qui l'empêche de répondre nettement aux questions qu'on lui adresse. La céphalée augmente, ainsi que les vertiges et les bourdonnements d'oreilles, quand le malade s'assied sur son séant. La station debout est presque impossible.
Dans un deuxième degré, les phénomènes cérébraux s'accentuent et se caractérisent par des symptômes d'excitation ou de dépression. Les premiers comprennent d'abord le délire. Celui-ci est calme ou agité, allant parfois jusqu'à présenter quelques-uns des caractères de la manie aiguë, ne s'accompagnant le plus souvent que d'une grande loquacité avec illusions et hallucinations, quelquefois des cris, de l'agitation ; dans quelques cas, cette agitation se traduit par les tentatives que le malade, qui ne peut se résigner à rester dans son lit, fait pour s'en échapper, parfois au risque de se tuer. En même temps on observe des soubresauts de tendons, parfois des convulsions. La langue est tremblante, la parole lente ou difficile. Dans les formes adynamiques, il y a prostration , apathie, réponses incohérentes, délire calme ; carphologie ; état subcomateux. Tous ces symptômes seront d'ailleurs décrits en détail lorsqu'il s'agira d'énumérer les symptômes des fièvres continues [voy. Typhoïde (fièvre)].
Dans un troisième degré, l'état comateux s'accentue de plus en plus et s'accompagne de phénomènes paralytiques (incontinence d'urine et des matières fécales, aneslhésie et analgésie, etc.).
Tous ces symptômes nerveux, ou du moins la plupart d'entre eux, peuvent être constatés, alors même que le pronostic reste favorable, chez les individus très-impressionnables et principalement chez les enfants et les femmes. Toutefois ils paraissent d'autant plus intenses que la température fébrile est plus élevée (Liebermeister, Ilirtz) et surtout d'une durée plus longue. Nous verrons plus loin comment on peut interpréter tous ces symptômes et comment on s'est efforcé de les rattacher aux désordres que provoque l'élévation de la température.
A côté des symptômes nerveux qui paraissent dépendre du système cérébrospinal ou grand sympathique, nous devons citer ceux qui sont dus à une paralysie vaso-motrice ou à une altération vasculaire que nous aurons à décrire quand nous nous occuperons des lésions anatomiques déterminées par le mouvement fébrile. Parmi ces symptômes, nous citerons surtout les pétéchies, les ecchymoses, les hémorrhagies multiples, qu'elles soient dues à une simple congestion (épistaxis, hémoptysies) ou à des lésions bien déterminées du système vasculaire.
VI. Les symptômes que nous venons d'énumérer, nous montrent que, dans le cours de tout mouvement fébrile, il doit se produire une exagération des combustions intra-organiques. On peut en conclure que le résultat final du processus fébrile doit être la consomption caractérisée par l'amaigrissement et la perte de poids de l'organisme. Et, en effet, les recherches directes de Liebermeister, Leyden, Wachsmulth, etc., ont démontré que la perte de poids dans le cours d'une fièvre continue est beaucoup plus considérable que celle que détermine la diète la plus absolue. Tandis que Voit et Pettenkofer trouvent qu'un homme mis à la diète ne perd que 12,7 p. 1000 du poids de son corps dans les vingtquatre heures, Wachsmuth a vu cette perte de poids s'élever, dans la pneumonie.
jusqu'à 16,2 p. 1000. Dans un cas de fièvre typhoïde, il est arrivé à constater, de jour en jour, les pertes de poids suivants :
Le premier jour, le poids du corps étant de 52 kilogrammes chez un homme atteuit de fièvre typhoïde au début du deuxième septénaire, il trouva pour les jours suivants:" 50,4; 50,7; 49,6; 48,9; 48,5; 48,2; 47,4; 46,8; 46,7; 45,8; 45,1 ; 44,9 ; 44,3 ; 43,9 ; 45,7 ; 43,1 ; 43,1 ; 43,0 ; 43,4 ; 43,6.
Ce qui, divisé en période de cinq jours, et en tenant compte de la température, conduit au tableau suivant :