L. Lerecoullet
FIÈVRES. De tout temps on a remarqué qu'un certain nombre de maladies ne pouvaient naître ou parcourir toutes leurs phases sans présentei- une élévation notable et persistante de la température du corps, tandis qu'il en était d'autres qui, au contraire, évoluaient sans fièvre. Il était naturel de désigner les
premières sous les noms de pyrexies ou de maladies fébriles. Mais, parmi cellesci, tantôt la fièvre apparaissait comme le seul symptôme ou du moins le symptôme pathognomonique de la maladie ; tantôt, au contraire, des lésions locales trèsnettement appréciables donnaient naissance à une série d'autres manifestations symptoraatiques qui s'ajoutaient à celles qui caractérisent la fièvre, ou plutôt qui semblaient les précéder, les dominer et que l'on était dès lors en droit de considérer comme les caractères les plus essentiels de l'affection. Telles étaient les jjhlegmasies. La fièvre qu'elles provoquent paraissait bien l'un des éléments principaux de la maladie; elle n'en était pas le seul. Dans les fièvres intermittentes, au contraire, et dans quelques-unes des fièvres continues décrites par Hippocrate, les symptômes fébriles étaient seuls appréciables, seuls caractéristiques. Il parut donc nécessaire de séparer encore en deux groupes distincts les maladies qui s'accompagnent de fièvre et de réserver exclusivement le nom de fièvres ou de pyrexies aux maladies fébriles qui ne se caractérisaient par aucun symptôme semblant indiquer une lésion locale essentiellement primitive. Sans doute cette division purement syniptomatique était tout à fait arbitraire. Les premiers médecins, qui ne possédaient que des notions très-vagues d'anatomie descriptive et qui ne recherchaient point sur le cadavre les lésions morbides, n'étaient pas en droit d'affirmer que la fièvre, symptôme commun à un si grand nombre de maladies, pouvait naître et se développer sans qu'il existât au préalable une lésion organique localisée. Lorsque Ilippocrale se contente de décrire les différents types des fièvres, lorsqu'il les considère comme dues à la prédominance ou à l'altération de l'une des humeurs cardinales, ou lorsque Galien distingue les pyrexies des phlegmasies, réservant aux premières, « qui ne sont pas des symptômes, mais des maladies, » le nom de fièvres et donnant aux fièvres liées aux lésions inflammatoires .( un nom qui rappelle celui de l'organe lésé », leurs distinctions ne se trouvaient fondées que sur une série d'observations recueillies çà et là au hasard de la clinique et par conséquent tout à fait incomplètes.
Cependant, bien qu'en ait dit Bichat, qui soutenait que l'observation n'est rien si l'on ignore là où siège le mal, l'instinct théorique toujours si clairvoyant des médecins de l'école hippocratique ne les avait pas trompés. Ils avaient reconnu que certaines fièvres avaient des symptômes et une évolution distincts, indépendants de toute espèce de localisation et qu'elles ressortissaient à certaines méthodes de traitement qui leur appartenaient en propre. La dénomination de fièvres essentielles qu'ils donnaient à ces maladies pour les distinguer des fièvres symptomatiques d'une phlegmasie était donc légitime; elle n'impliquait d'ailleurs nullement l'idée d'une spontanéité tout accidentelle et sans détermination pathologique extérieure. Nous aurons au contraire à faire voir, tout en montrant le vague et l'inexactitude de certaines de leurs théories, que les anciens considéraient toutes ces fièvres essentielles comme dues à une cause pathogénique bien définie, tantôt à la prédominance ou à l'altération de l'une des humeuis cardinales, tantôt à une effervescence du sang ou bien à des troubles du système nerveux. Mais, il importe de bien le faire comprendre, ils affirmaient presque tous que ces causes de fièvres étaient essentiellement distinctes de celles qui provoquent les inflammations, et ce n'est que plus tard que les nosologisles ou les médecins de l'école physiologique ont de nouveau confondu les fièvres avec les phlegmasies. Or, nous pouvons le dire dès le début de cette étude, et nous aurons à le prouver plus loin, si les mots fièvre et phlegmasie ne paraissent plus pouvoir servir à des distinctions absolues et rigoureuses, la
division des fièvres en fièvres symptomatiques et fièvres primitives peut être maintenue provisoirement. Si nous étudions, en effet, les causes qui donnent naissance aux fièvres, nous voyons que la plupart des agents qui les déterminent ne sauraient être assimilés à ceux qui produisent les phlegmasies.
Pai'mi les causes de fièvre que nous avons classées et étudiées plus haut, il en est beaucoup qui ne sont pas de celles qui produisent des altérations locales. Elles franchissent les organes et les tissus; elles vont agir sur le sang ou sur le système nerveux, c'est-à-dire qu'elles impressionnent l'organisme tout entier et déterminent des accidents plus ou moins graves, mais toujours étendus d'emblée à toute l'économie. Telle est l'action que produisent les effluves miasmatiques, les virus, les contages. Telles sont les modifications imprimées à l'organisme par les agents atmosphériques. 11 y a plus : l'étude anatomo-pathologique des fièvres prouve, comme leur étiologie, qu'elles diffèrent des maladies locales. Lorsque nous avons étudié la fièvre consécutive à une lésion organique localisée, nous avons vu en eflét que le foyer inflammatoire ne pouvait à lui seul provoquer toutes les manifestations qui caractérisent le processus fébrile. La fièvre ne se déclare qu'au moment oii les irradiations qui partent de ce foyer inflammatoire peuvent atteindre le système nerveux central, soit directement, soit après avoir au préalable contaminé le sang en y déversant les produits de désintégration qui proviennent de l'usure des tissus. La fièvre symptomatique d'une phlcgmasie est donc toujours secondaire. Elle se lie à l'organe enflammé ; elle en dépend. La fièvre primitive, au contraire, survient avant- que l'on puisse constater aucune lésion, et celles-ci, quand elles se manifestent, sont toujours multiples
Dans la plupart des maladies fébriles (fièvres intermittentes, fièvres ériiptives, fièvres typhiques, etc.), la fièvre est donc antérieure à toute localisation. Les agents qui la provoquent impressionnent l'oi-ganisme tout entier sans qu'il puisse être question d'une action exercée primitivement sur la surface par laquelle ils s'y introduisent. 11 y a dans ces circonstances, comme l'a bien fait remarquer Leroy, quelque chose qui rappelle l'action exercée par les poisons qui pénètrent tantôt sous la peau, tantôt par les muqueuses, tantôt par l'appareil respiratoire, mais qui produisent toujours les mêmes effets quel que seit leur mode de pénétration et qui n'agissent qu'après avoir contaminé le sang ou atteint, dans son fonctionnement, le système nerveux centi^al.
L'observation clinique la plus vulgaire contribue à son tour à montrer qu'il eu est bien ainsi et que les inflammations ou môme toutes les lésions locales des tissus sont bien souvent secondaires dans le cours des affections fébriles.
« Un homme, dit C. Leroy, se livre iï une course pénible et qui excède ses forces; des lassitudes spontanées se déclarent, un frisson général le saisit, il éprouve un malaise plus ou moins vague ; bientôt réaction, chaleur, agitation, céphalalgie, fièvre, insomnie, et le lendemain tous les symptômes de l'embarras gastrique. Qui a ouvert ici la scène? Est-ce l'irritation des organes digestifs? Non; car loin d'avoir provoqué les phénomènes observés, elle n'en est que le terme, et la preuve de l'indépendance de ces phénomènes par rapport à cette irritation, c'est que la plupart disparaissent souvent à mesure qu'elle s'établit, tandis qu'ils devraient s'accroître s'ils en dépendaient. Que l'embarras gastrique, comme effet subsistant, soit le seul qui, dans ce cas, mérite l'attention du praticien, je veux le croire; mais enfin, et ceci me suffit, il a été précédé d'un
autre état pathologique au lieu d'en être la cause. Une hémorrhagie, ou les règles supprimées, ne laissent-elles pas souvent observer la même chose, c'est-àdire moins les effets d'une phlegmasie particulière que ceux d'un trouble général, à caractère ordinairement inflammatoire et dans lequel on voit, pendant un temps plus ou moins long, tous les organes menacés, sans en trouver aucun de spécialement atteint, jusqu'à ce que ce trouble vague se localisant, l'un d'eux s'affecte d'une manière plus déterminée, ce qui vient rendre les symptômes de sa lésion dorainauts, et cela souvent lorsque les symptômes, dits généraux, perdent de leur intensité ? »
L'étiologie, l'anatomie pathologique et l'observation clinique s'accordent donc pour démontrer qu'il existe des fièvres, c'est-à-dire des maladies aiguës sans lésion locale essentielle et primitive. Mais tout en admettant leur existence, nous ne prétendons nullement qu'il n'existe aucune cause organique modifiant les éléments de nos tissus, et provoquant ainsi le mouvement fébrile. Ce que nous voulons seulement afiirmer, c'est qu'on n'a pu jusqu'à ce jour faire sortir d'une lésion locale tous les symptômes de la fièvre. Si l'on arrivait à démontrer que la fièvre intermittente est liée à l'altération d'un organe spécial, que la fièvre inflammatoire ou angiolénique est la conséquence d'une phlef^masie du cœur ou des gros vaisseaux, que la fièvre typhoïde est déterminée par l'inflammation des follicules de l'intestin et que les altérations du sang et du système nerveux ou les symptômes qui en sont la conséquence ne surviennent que consécutivement à ces lésions locales, on aurait par là même identifié les fièvres avec les maladies locales. 11 n'en est rien encore et nous croyons que l'on n'arrivera pas de sitôt à pouvoir affirmer que la fièvre est une inllammation d'un système général ou spécial de l'organisme.
Nous nous croyons donc en droit d'admettre encore aujourd'hui l'existence d'une classe de maladies qu'il faut désigner sous le nom de fièvres et que nous aurons a déiinir et à classer plus loin.
Mais après avoir reconnu l'existence des fièvres, les médecins qui les ont observées se sont efforcés de les différencier les unes des autres, en reconnaissant comme espèces distinctes celles qui semblaient de nature différente. A ce moment, il est vrai, privés des notions anatomo-pathologiques qui leur eussent permis de séparer définitivement les phlegmasies des fièvres, puis de différencier quelques-unes de celles-ci en raison des lésions secondaires qu'elles présentent dans le cours de leur évolution, ne possédant que des notions étiolooiques très-vagues, très-incertaines, variant incessamment suivant leurs systèmes théoriques, la plupart des médecins se virent forcés de classer les fièvres en ne tenant compte que de leurs principaux symptômes. De là une série de classifications souvent des plus arbitraires et toujours confuses. Il est bien certain cependant que ne pouvant rattacher les symptômes présentés par les fièvres à leurs causes, il était permis d'utiliser ces symptômes comme des caractères pouvant établir les ressemblances et les dissemblances que l'on considérait comme caractéristiques d'espèces diverses de fièvres.
La division la plus simple, bien qu'elle motive encore de nombreuses critiques, et qui, en raison même des symptômes qui frappent le plus, a été l'une des premières établies, est celle qui divise les fièvres d'après leur type en intermittentes rémittentes ou continues. Mais le type des fièvres ne pouvait servir qu'à les classer en un certain nombre d'ordres distincts. Il fallait dans chacun de ces ordres établir des subdivisions. C'est alors que prenant souvent des symptômes isolés
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pour les maladies elles-mêmes, les nosographes ont établi un si grand nombre de subdivisions que, comme l'a bien dit Tissot, cet énorme catalogue de fièvres a été un obstacle aux progrès de la médecine, bien que fort heureusement il n'ait pas pu augmenter le nombre des maladies.
Le symptomatisme servant de base à toute classification, la distinction établie par Galien entre les lièvres et les phlegmasies ne fut point même maintenue par la plupart des nosographes. Les uns cherchèrent à diviser leurs fièvres en raison de la rapidité de leur évolution et de leur gravité ou de leur bénignité, les autres en ne tenant compte que d'un symptôme prédominant, le froid ou le chaud, les sueurs exagérées, etc. Ils créèrent ainsi les fièvres épiale, lypiriqxWr ardente, élode, etc., etc. D'autres essayèrent une division basée sur les causes plus ou moins hypothétiques des diverses espèces de fièvres. Le plus grand nombre , cherchant à tenir compte tout à la fois du type de la fièvre, de ses symptômes prédominants, de ses causes, de sa marche, de sa gravité ou de sa bénignité, de ses complications, etc., subdivisèrent à l'infini le tableau qu'ils prétendaient tracer des différentes espèces de pyrexies.
« Grâce à ces lumineuses classifications, dit M. Bouillaud, la doctrine pyrétologique parvint enfin au plus haut degré d'obscurité et de confusion dont aucune partie des sciences physiques nous ait jamais fourni le triste exemple. Ce serait abuser de la patience du lecteur que de lui rappeler toutes les divisions dont les fièvres essentielles ont été successivement l'objet. » Nous n'essayerons point, en effet, de reproduire ici toutes ces classifications. Mais l'histoire des doctrines pyrétologiques se confond avec celle de ces classifications multiples, de même que la théorie des affections fébriles, comme le disait Serres, commence et finit l'histoire de la médecine. Nous tenterons donc de reproduire et de critiquer quelques-unes d'entre elles. Nous ne nous dissimulons ni la difficulté ni l'aridité d'une semblable tâche. Borsieri, qui cependant connaissait si bien les livres anciens, n'a point osé l'entreprendre et il a fort bien exposé à ce sujet ses nombreux embarras. « Plus je consultais, dit-il , les auteurs qui ont écrit sur les fièvres, plus je me sentais enveloppé d'épaisses ténèbres, tant ils disputent entre eux, quand il s'agit d'établir les caractères, les causes et les traitements des fièvres. Les uns restreignent à un nombre exigu de genres toutes les fièvres, si nombreuses et distinctes qu'elles soient ; les autres eu exagèrent la pluralité, divisant et subdivisant, de sorte que cette masse d'individualités fébriles devient un étrange embarras. Quand je voulus suivre les premiers, ce que j'avais acquis d'expérience m'arrêtait ; il m'était impossible de resserrer en des étroites limites toutes les fièvres que j'avais observées dans mes études cliniques, tant à mes yeux différaient de nature et de symptômes ces maladies nombreuses, qu'il aurait fallu réduire à de confuses unités si j'eusse respecté ces ilivisions arbitraires. Me tournant alors vers les autres, j'embrassais leurs idées. Toutefois, pour tout dire, je craignais que leurs divisions des fièvres ne fussent plus subtiles que vraies et plus nombreuses qu'en réalité ne les donne la nature. Mon anxiété était vive; je ne savais où me fixer. Souvent, sous un seul et même nom je trouvais décrites des fièvres qui, comparées entre elles, différaient grandement les unes des autres. Par contre, je rencontrais parfois une seule et même fièvre offrant des symptômes et une description identiques, désignée par les auteurs sous des noms dissemblables. »
Bien que nous soyons absolument de l'avis de Borsieri, nous croyons cependant utile de reproduire les principales de ces diverses classifications. Nous en
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arrêterons l'exposé au commencement de ce siècle, après avoir surtout montré ces listes interminables qu'ont établies les Sauvages, les Vogel, les Selle, les Cullen, etc., et qui ont si justement irrité Broussais et ses successeurs.
Après avoir ainsi exposé et critiqué les principales classifications des nosographes, nous rechercberons comment la distinction, établie par Galien, entre les fièvres et les phlegraasies, reproduite à tous les âges de la médecine, souvent abandonnée, plus souvent reprise, disparut encore le jour où Broussais s'efforça de tout ramener à l'inflammation et de nier non-seulement l'cssentialité des fièvres, mais la fièvre elle-même.
Étudiant l'œuvre de Broussais et l'influence qu'elle exerça sur la pyrétologie, nous aurons à montrer les services que l'illustre réformateur rendit à la science en apprenant aux médecins à rechercher, dans l'étude des lésions anatomiques, la cause des maladies, au lieu de continuer à les classer à la manière des naturalistes, ou à les considérer comme des êtres de raison à la manière des pliilosophes. Mais il nous faudra aussi critiquer les exagérations systématiques de Broussais et les arguments dont il se servit pour faire prévaloir sa doctrine.
Nous ferons voir que l'œuvre de Broussais ne put résister aux critiques qu'elle souleva, et que, malgré les concessions de ses élèves, ou les modilications apportées à sa doctrine par Bouillaud, on ne peut parvenir à identifier les fièvres aux phlegmasies. Résumant ensuite les travaux de ces médecins éminents qui, au commencement de ce siècle, firent faire à la clinique de si sérieux proi^rès, nous verrons Chomel lutter pour maintenir le dogme de l'essentialité des fièvres, Louis, s'efforcer d'identifier toutes les fièvres essentielles à la fièvre typhoïde ; enfin Andral, cet esprit si juste, si sage et si éclairé, arriver, après quelques hésitations, à bien définir ce qu'il faut entendre par fièvres primitives et par fièvres symptomatiques ou secondaires.
Nous terminerons cet historique en rappelant les idées que contiennent les traités de pathologie les plus récents et nous expliquerons comment et pourquoi la dénomination de fièvres tend chaque jour davantage à disparaître.
Résumant enfin l'état actuel de nos connaissances sur ce sujet qui a si longtemps préoccupé les médecins les plus éclairés, nous aurons à rechercher quels sont les principes qui peuvent être invoqués toutes les fois que l'on veut essayer une classification des fièvres. Nous étudierons les maladies fébriles en tenant successivement compte de leur type, c'est-à-dire de leur évolution, puis de leurs causes occasionnelles. Cette étude nous amènera à classer en séries les diverses maladies fébriles et nous verrons ainsi que si l'on veut, comme nous essayerons de le faire, prendre comme principe de spécification des maladies fébriles la cause occasionnelle qui les provoque, il devient impossible de séparer d'une manière rigoureuse les fièvres symptomatiques des fièvres primitives, et que par conséquent, on se trouve conduit à supposer que le mot de fièvres disparaîtra du langage médical à mesure que la médecine fera de nouveaux proo^rès.
Il nous faudrait, pour être complet, discuter d'une manière générale les causes, la marche, l'anatomie pathologique, le pronostic et le traitement des diverses espèces de fièvres, et à propos de cette étude parler de la doctrine des crises, des questions relatives à la malignité des fièvres, à la putridité, etc. Outre que ces considérations générales feraient souvent double emploi avec l'article précédent, elles seraient nécessairement ou trop développées en raison des articles spéciaux consacrés à chacun de ces mots, ou bien vagues ou incomplètes. Nous renverrons donc le plus souvent à d'autres articles de ce Dictionnaire.
I. Historique. 1° Depuis Hippocrate jusqu'à Pind. Classifications nosologiques. Aux premiers âges de la médecine, la nécessité de distinguer entre elles les différentes maladies s'est imposée à l'attention des médecins. Pour apprécier ce qui peut être utile, ce qui peut nuire dans un cas donné, il fallait pouvoir comparer entre eux les symptômes observés et les médications prescrites. Il fallait donc établir un certain nombre de groupes de maladies, les étudier séparément, reconnaître les différences et les analogies qu'elles présentaient avec d'autres maladies, en un mot les classer. Mais alors que l'anatomie normale n'existait point encore, alors qu'on ne songeait même pas à rechercher sur le cadavre les lésions morbides ; à l'époque oii la physiologie, purement spéculative, méritait bien d'être appelée le roman de la médecine, une classification quelconque ne pouvait être établie qu'avec les seules ressources de l'observation clinique. Cette classification ne pouvait être que provisoire. Les ressemblances et les dissemblances que l'on créait ainsi entre les diverses maladies étaient vagues, confuses, nullement caractéristiques. Cependant, dans bien des cas, il fallait alors, il faut encore aujourd'hui se contenter des caractères fournis par l'observation des symptômes. C'est ce qui arrive toutes les fois que l'étiologie des diverses entités morbides ne peut être que soupçonnée, que le mode de production des lésions qu'elles présentent, ou des symptômes qui les caractérisent, nous échappe complètement. Or les maladies fébriles peuvent être regardées comme celles qui, le plus longtemps, ont dû être classées exclusivement d'après leurs symptômes. Nous avons vu, dans l'article précédent, que leur étiologie, leur patbogénie, leur anatomie pathologique est souvent vague et obscure. Il était donc nécessaire de bien étudier les fièvres en elles-mêmes en les suivant dans leur évolution, en analysant tous leurs symptômes, pour arriver à les classer avec un peu d'exactitude et de rigueur.
Nous allons voir que les médecins les plus anciens, bien qu'ils aient émis beaucoup d'hypothèses aujourd'hui inadmissibles, sont encore parmi ceux qui ont le mieux étudié les maladies fébriles. Vers le moyen âge, alors que les hypothèses et les inspirations doctrinales étaient prédominantes, bien des erreurs ont été commises et souvent, il faut le reconnaître, les notions exclusivement symptomatiques que l'on puise dans les œuvres d'IIippocrate sont préférables à celles dos médecins du seizième ou du dix-septième siècle.
« Il serait difficile cependant, dit M. Litlré, de trouver une théorie complète et systématique des fièvres dans les fragments hippocratiques ; ce qu'on y voit, c'est que les fièvres sont divisées en intermittentes et en continues, mais toutes rattachées non pas tant aux altérations des humeurs, bien qu'il soit çà et là question débile corrompue, qu'à la prédominance de l'une d'elles, n Les médecins anciens et Hippocrate lui-même se sont, en effet, surtout efforcés de bien décrire les symptômes des maladies fébriles. Ne pouvant les différencier d'après leur siège ou d'après leur nature, ils les distinguaient d'après leurs symptômes. De là les noms de causus, ou fièvre continue avec chaleur ardente, de fièvre phricode (caractérisée par l'intensité du frisson qui l'accompagne), de lingode (fièvre accompagnée de hoquet), de fièvre lypirienne (algide), de fièvre ardente, épiale, etc. De là aussi les noms de phrénitis (fièvre avec délire), lethargus (fièvre avec coma, etc.).
Si l'on l'approche ces mots des suivants, que l'on retrouve aussi dans les œuvres d'Hippocrate : fièvre inconstante, fièvre avec vertiges, fièvre douce on humide au toucher, fièvres anxieuses, vertigineuses, rouges, livides, mortelles, etc., on
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voit bien que ces diverses expressions servaient à désigner non des espèces différentes de fièvres ou des types fébriles déterminés, mais des épipbénomènes, des complications observées dans un certain nombre de maladies, s'accompagnant toutes d'une élévation persistante de la température du corps.
Les théories que l'on trouve dans les œuvres d'Hippocrate sont donc infiniment moins précises que ses descriptions, et les classifications à peu près impossibles à discuter. « La fièvre, dit Hippocrate, s'associe à toutes les autres affections, et surtout à la pblegmasie ; quand on se fait une blessure aux pieds en se heurtant, il se développe une tumeur à l'aine par suite de l'inflammation et la fièvre s'allume aussitôt. » Il n'y a rien à redire à celte définition de la fièvre symptomatique ; mais on comprend moins ce qui suit : « Il y a deux sortes de fièvres, l'une commune à tous s'appelle peste ; l'autre qui est engendrée par une mauvaise nourriture survient chez ceux qui ne prennent pas une alimentation salubre. L'air est la cause de la première de ces deux classes de fièvres. La fièvre est commune, parce que tous respirent le même air ; un môme air se mêlant de la même manière au corps, les fièvres deviennent identiques. » On a cherché, il est vrai, à soutenir que dans ce passage Hippocrate avait su reconnaître les fièvres infectieuses et les distinguer des fièvres phlegmasiques. Ce qui peut être affirmé, c'est que ses idées sur l'origine et la pathogénie des fièvres étaient bien obscures. 11 atti'ibuait toutes les fièvres à une altération ou à la prédominance de l'une des humeurs. La fièvre quotidienne était causée par la bile; la tierce par la bile en moins grande quantité ; la quarte par l'atrahile. Le sang, d'après lui, ne peut engendrer qu'une fièvre de courte durée, tandis que la bile et la pituite, lorsqu'elles s'échauffent, échauffent aussi le sang et allument le mouvement fébrile. « La plupart des fièvres, dit encore Hippocrate, proviennent de la bile. Il y en a quatre espèces, indépendamment de celles qui naissent dans les douleurs à siège distinct ; on les nomme synoque, quotidienne, tierce et quarte. La synoque provient de la bile la plus abondante et la plus intempérée, et a les crises dans le temps le plus court. En effet, le corps n'ayant aucun intervalle de refroidissement, se fond vite par l'action de la grande chaleur. La quotidienne, après la synoque, est produite par le plus de bile et cesse plus promptement que les suivantes, mais elle est plus longue que la synoque dans la proportion d'une bile moindre, et en raison des intermissions ; or il n'y a pas d'intermissions dans la synoque. La tierce est plus longue que la quotidienne et provient d'une bile moindre; autant l'intermission de la première surpasse en durée celle de la seconde, autant la tierce surpasse en durée la quotidienne. La fièvre quarte suit la même règle ; eHe dépasse d'autant plus la tierce en durée, qu'elle a moins de cette bile qui fait la chaleur, et qu'elle a de plus grands intervalles où le corps est frais. C'est la bile noire, qui lui donne cet excès de durée et cette ténacité; l'atrahile, en effet, est de toutes les humeurs du corps la plus visqueuse et celle qui se fixe le plus longtemps. Un signe montrant que les fièvres quartes ont un élément atrabilaire, c'est qu'elles sont le plus fréquentes en automne et dans l'âge de vingt-cinq à quarante-cinq ans. Or cet âge est celui où l'atrahile domine surtout, et l'automne est la saison qui en favorise le plus la production. » En un autre passage, Hippocrate cherchant à définir la fièvre, « Voici, dit-il, comment naît la fièvre. La bile ou la pituite étant échauffées, tout le reste du corps s'échauffe par leur intermédiaire ; c'est ce qu'on nomme fièvre. Or la bile et la pituite s'échauffent du dedans par les aliments et les boissons, qui en même temps nourrissent et font croître ; du dehors, par les
fatigues, par les plaies, par un excès de chaud, par un excès de froid ; elles s'échauffent aussi par la vue et l'ouïe, mais c'est ce qui agit le moins. » Ces citations textuelles (Hippocrate, éd. de Littré, t. YI, p. 101 et suiv.) nous montrent bien que dans les œuvres d'Hippocrate on chercherait vainement une distinction précise entre les différentes espèces de fièvres, et qu'on ne les considérait, aux premiers âges de la médecine, qu'au point de vue de leurs types ou de leurs symptômes. La distinction établie par Galien et par tous ses successeurs entre les fièvres symptomatiques et les fièvres essentielles n'existe donc pas dans les livres hippocratiques, ou du moins elle n'y est indiquée que d'une manière tout à fait secondaire. Dans quelques-uns de ses aphorismes, Hippocrate semble, il est vrai, l'attacher la fièvre à certaines maladies locales. « Là où se montre la sueur, dit-il, là est le siège du mal ; là où se fait sentir le froid ou le chaud, là siège la maladie. » Mais, comme le fait bien remarquer Broussais, « le fond de la doctrine ne vient point à l'appui de ces propositions. On peut même observer que dans le traitement des péripneumonies, qu'il semble avoir désignées par le premier de ces deux aphorismes, il ne parle point d'éteindre une inflammation locale pour en faire cesser les accidents qui en dépendent, mais de favoriser fia coction qu'il reconnaît au changement des matières expectorées et des autres excrétions. » Ce qu'il faut donc rechercher dans les livres d'Hippocrate, c'est une description minutieuse, souvent précise, toujours appuyée par une série d'exemples assez bien choisis, des différents types de fièvies que l'on pouvait reconnaître, au moment où il observait, depuis la fièvre quotidienne et les fièvres quintanes, septimanes, nonanes, jusqu'à la fièvre hémitritée (accès quotidiens avec redoublements tierces). C'est aussi une série de notions, toujours utiles à citer, sur la gravité de ces différentes sortes de fièvres et sur leur importance au point de vue du pronostic. Bien que toutes les idées émises par Hippocrate ne soient pas conformes à ce qu'a démontré l'observation ultérieure, le passage suivant montre bien la minutieuse précision avec laquelle le médecin de Cos observait et cherchait à différencier les diverses espèces de fièvres.
« Des fièvres, les unes sont continues, les autres continues avec rémission ayant ou le redoublement le jour et la rémission la nuit, ou l'accès la nuit et la rémission le jour; d'autres sont hémitritées, tierces, quartes, quitanes, septanes, nonanes. Les maladies les plus aiguës, les plus considérables, les plus pénibles, les plus funestes, sont dans la fièvre continue. La fièvre quarte est de toutes la plus sûre, la plus supportable et la plus longue ; outre ces caractères de bénignité qu'elle a en elle-même, elle peut encore mettre une fin à d'autres graves maladies. Dans la fièvre appelée hémitritée il survient aussi des maladies aiguës et de toutes les autres elle est la plus funeste, attaquant surtout les phthisiques et les personnes atteintes d'affections de longue durée. La fièvre continue nocturne n'expose pas à un très-grand danger de mort, mais elle est longue; la fièvre continue diurne dure encore davantage; il est même des malades chez qui elle incline vers la phthisie. La fièvre septane est longue, mais elle n'est pas dangereuse ; la fièvre nonane est encore plus longue, mais elle est aussi sans péril. La fièvre tierce exquise se juge très-promptement, et ne cause pas la mort. La fièvre quintane est la plus mauvaise, car, survenant chez des personnes menacées ou déjà atteintes de phthisie, elle les emporte. Toutes ces fièvres ont leur mode d'être, leurs constitutions et leurs redoublements. Ainsi Ja fièvre continue, chez certains malades, est vive dès le début, acquiert toute sa
violence, et tend au plus mal, puis elle s'atténue à l'approche de la crise et au moment de la crise. Chez d'autres, elle débute mollement et d'une manière latente, s'accroissant et s'exaspérant chaque jour ; puis, à l'approche de la crise €t pendant la crise, elle éclate dans toute sou intensité. Chez d'autres enfin, débutant avec bénignité elle s'accroît et s'exaspère, puis, arrivée jusqu'à un certain point, elle se relâche de nouveau jusqu'à la crise et pendant la crise. Ces variétés se remarquent dans toute fièvre et dans toute maladie. ))
On ne peut donc manquer de reconnaître le soin minutieux avec lequel Hippoci-ate décrivait les symptômes qu'il avait observés, mais on ne peut s'empêcher, quand on parcourt ses œuvres, de faire remarquer que non-seulement aucune théorie systématique des fièvres ne peut en être extraite pour être conservée, mais encore que sous les noms de phrenitis, de lethargus, de catochus, de typhus, se trouvent signalés bien des symptômes dus à une même maladie. Hippocrate, par conséquent, comme du reste un grand nombre de ses successeurs, a eu le tort de considérer comme pouvant servir à établir un genre de fièvres certains symptômes qui n'avaient qu'une importance séméiologique ou pi'onostique. Mais bien plus coupables encore sont les médecins qui se sont bornés à reproduire les divisions recueillies dans les œuvres d'Ilippoci^ate, sans chercher à les modifier.
Le dogmatisme autoritaire de l'école platonicienne, qui regardait toutes les fièvres comme dues à l'intervention de la nature raisonnable et médicatrice, ne pouvait que reproduire quelques-unes des théories déjà émises par Hippocrate, en les accentuant davantage encore. La prédominance de l'un des éléments constitutifs du corps explique, suivant Platon, le type des fièvres. Les continues ont leur origine dans un excès du feu; les tierces dérivent de l'eau; les quartes de la terre, etc. La fièvre elle-même n'est que l'excitation déterminée sur le cœur par le pneuma incommodé par la dégénérescence des humeurs primordiales. Le cœur, excité par l'âme, pousse dans les vaisseaux l'air ou le sang, et ceux-ci, par leur action sur les humeurs, tendent à rétablir l'équilibre dérangé par l'excitation de l'âme animale. La plupart des médecins de l'école dogmatique, contemporains ou successeurs immédiats d'Hippocrate, maintenaient cependant l'origine humorale de la plupart des fièvres. La quantité de bile déterminait leur type. La fièvre ardente était due à la bile et à son maximum de quantité; les fièvres quotidiennes, tierces, quartes, correspondaient à une proportion de bile de moins en moins grande.
Praxagoras (de Cos), qui a bien étudié les caractères du pouls dans les fièvres, admettait, dit Galien, des fièvres phrénétiques, léthargiques et ictériques. Erasistrate, nous le verrons plus loin, rejette, au contraire, la théorie humorale des fièvres ; il considère la fièvre comme essentiellement due au mouventent des artères; il admet qu'il n'existe pas de fièvre sans inflammation.
Celse, qui lui reproche cette théorie et qui considère les fièvres « comme des maladies pouvant résider dans le corps entier, » connaît bien tous les caractères du mouvement fébiile; mais il n'a décrit exactement que les types de fièvres intermittentes. Encore n'a-t-il fait preuve que d'érudition en exposant, comme ■on l'avait fait avant lui, les symptômes des fièvres quotidienne, tierce, quarte, hémitritée. Il a été moins heureux en essayant de tracer un tableau des symptômes qui distinguent les fièvres continues qu'il divise en fièvres pestilentielles, fièvres lentes, fièvres légères, fièvres d'un mauvais caractère, etc. Celse, en effet, n'était pas médecin. Il avait étudié la médecine plutôt dans les livres
qu'au lit du malade, et il u'était nullement en mesure de bien faire connaître les symptômes de maladies dont la classification était impossible à improviser. Il reconnaît cependant que la chaleur et l'accélération du pouls peuvent dépendre de la colère, de la crainte, de la fatigue. Il distingue ces diverses espèces de fièvres et établit avec assez de netteté la distinction qu'il faut établir entre la fièvre et l'inflammation.
Nous avons vu, en parlant de la fièvre considérée en général, quelles étaient les théories de Galien sur la pathogénie et les principaux caractères de l'état fébrile. Les idées qu'il a développées sur les fièvres considérées au point de vue de leurs symptômes et des classifications que l'on peut établir en ne tenant compte que de ceux-ci méritent d'être signalées. Galien, en effet, cherche à diviser les fièvres en tenant compte à la fois de leur type, de leur durée et de leur siège. Les fièvres éphémères tiennent à une chaleur anormale qui s'est développée dans les esprits. Les fièvres d'une durée plus longue (fièvres putrides, dues à l'altération des humeurs) sont intermittentes ou continues. Les intez'mittentes sont quotidiennes, tierces ou quartes; la quotidienne tient à la putridité de la pituite ; la tierce est due à la putréfaction de la bile; la coiTuption de l'atrabile donne naissance à la fièvre quarte. La rémittente quotidienne est due à la pituite; les mélanges de pituite et de bile peuvent donner naissance à des types variés. C'est ainsi que la fièvre est sans rémission ou avec rémission. La première ou fièvre continue s'appelle synoque [u-o-joxo;] ou continente, c'est-à-dire constituée par un seul accès depuis le commencement jusqu'à la fin. La seconde s'appelle syneches (auvsyjiç), elle comprend plusieurs variétés : une quotidienne continue due à la pituite ; une tierce continue ou fièvre ardente, due à la bile ; une fièvre continue avec exacerbation quarte, due à l'atrabile; une fièvre demi-tierce avec une double exacerbation, l'une quotidienne, l'autre tierce, due à un mélange de pituite et de bile. Les fièvres synoques continentes sont dites homotones ou ocmastiqnes quand elles marchent d'une manière égale et continue : œquali tenore ac rigore. Elles sont dites anahatiques et épacmastiques, lorsqu'elles vont en augmentant d'intensité; les fièvres paracmastiques sont celles qui décroissent dans leur cours. La fièvre hectique dépend d'une chaleur fébrile primitivement développée dans le cœur.
On voit que Galien reconnaissait déjà quel était dans le cours des fièvres la marche du processus fébrile. Ou peut critiquer ses interprétations théoriques; on ne saurait nier qu'il n'ait bien interprété toutes les observations contenues dans les œuvres d'Hippocrate. Mais il faut conclure avec M. Littré que la théorie galénique « était superposée aux faits ». Privé de toute notion anatomo-pathologique, n'ayant sur la physiologie que des idées absolument vagues et hypothétiques, ne connaissant rien ou presque rien de l'élioiogie des fièvres, il se voyait obligé, ou bien de décrire isolément les maladies qu'il observait sans essayer de les classer ou d'en expliquer les principales manifestations , ou bien de faire intervenir les idées régnantes sur les propriétés des humeurs ou des solides de l'économie. « On avait, dit M. Littré, observé une fièvre éphémère, oii pouvait-on la placer? Dans les esprits, qui, facilement dissipables, ne permettent pas à la fièvre d'avoir une longue durée ; on avait observé des fièvres longues et durables et celles que nous appelons encore hectiques comme lesanciens ; on en mit le siège dans la lésion du cœur d'un solide, et c'était ce qui donnait à la fièvre sa fixité et sa permanence. Enfin on avait reconnu des
fièvres soit intermittentes, soit continues, et on en plaça la cause dans les humeurs d'autant plus facilement 'que les sécrétions qui surviennent dans le cours de ces maladies portent à penser que les humeurs sont en effet altérées. »
Les médecins de l'école d'Alexandrie, et en particulier Alexandre de Tralles, Aétius, puis Synésius et Palladius, qui les ont souvent copiés, ne font que reproduire les descriptions et les hypothèses de Galien, en attribuant les lièvres, tantôt à diverses causes, telles que les irritations extérieures, un exercice violent, des passions vives, des congestions, une transpiration supprimée, etc.; tantôt en les considérant coamie exclusivement dues à un vice des humeurs.
Les Arabes, à leur tpur, s'emparent des idées galéniques et les développent sans pouvoir donner une classification ctiologique des fièvres plus l'igoureuse ou plus précise. Bien plus, seuls dépositaires des ouvrages de l'antiquité, peu aptes à un travail intelligent et personnel, ils exagèrent souvent les doctrines d'Hippocrate et de Galien ; ils les dénaturent par des commentaires souvent inexacts, et, dans leurs écrits, la confusion des idées bizarres que faisait naître le culte des sciences occultes et des notions plus saines inspirées par la lecture des œuvres de Galien modifie singulièrement l'influence heureuse qu'en conservant et en complétant les œuvres galéniques ils auraient pu exercer sur la médecine. Cependant Rhazès décrivait la variole et la rougeole ; Averroès, Avenzoar et surtout Avicenue insistaient sur la valeur diagnostique et pronostique de certaines espèces de fièvres. Avicenne, en particulier, tout en distinguant à l'exemple de Galien les fièvres des inflammations, fait remarquer que les théories semblent peu utiles à l'étude de la médecine, et portent le médecin loin de son art, vers des investigations qui l'empêchent de s'y livrer tout entier. Il préfère donc se borner à reproduire les divisions des médecins qui l'ont précédé, et en particulier celles d'Hippocrate et de Galien, tout en ajoutant aux types de fièvres qu'ils ont admis les fièvres éruptives, et en particulier la variole et la rougeole.
Mais après les Arabes, et jusque vers la fin du quinzième siècle, on poussa plus loin encore le respect des textes classiques et l'on sembla craindre de rien modifier aux doctrines pyrétologiques des médecins de l'antiquité. Hippocrate, Galien, Avicenne, Aristote, furent commentés, annotés, discutés. Il semblait défendu de rien ajouter à ce qu'ils avaient enseigné. La médecine pratique, la physiologie et surtout les théories médicales étaient dominées par l'autorité des livres classiques. On n'étudiait pas la nature, on croyait n'avoir qu'à lire pour devenir savant. On rééditait donc les définitions et les classifications de Galien. C'est ainsi qu'au treizième siècle Gilbert d'Angleterre admettait encore que la pituite donne naissance à la fièvre quotidienne, et que cette fièvre varie suivant que la pituite est douce, amère ou salée.
Ce respect exagéré des idées galéniques dura pendant une partie du moyen âge; Huxham lui-même déclare qu'il faut nuit et jour relire les ouvrages des Grecs : « Vos exemplaria Grceca, nocturna versate manu, versate diurna. »
Fernel, qui peut être cité à la tète de ceux qui ont bien exposé les idées pyrétologiques régnantes à cette époque, considère les fièvres comme étant dues à un excès de chaleur parti du cœur, et se répandant dans tout le corps. Dans Yéphémère, il n'y a, dit-il, qu'un excès passager de la chaleur; dans la fièvre synoque (simple ou putride), il y a vice des humeurs dû à la pourriture du sang. Les fièvres intermittentes (quotidienne, tierce ou quarte) sont dues à un excès de
bile jaune ou de bile noire altérant le sang. Toutefois, malgré ces idées préconçues empruntées à l'humorisme de Galien, Fernel décrit bien la fièvre éphémèi'e, les fièvres intermittentes et en général tous les symptômes de l'état fébrile. Nous verrons plus loin qu'un des disciples de Fernel, Augénias, tout en maintenant encore dans ses parties essentielles la théorie galénique, s'efforça d'établir une division des fièvres, non plus d'après leurs types, mais d'après leurs foimes, et qu'il chercha à les rattacher à l'altération des solides. Mais ces tentatives isolées ne détournaient point les esprits de leur tendance à commenter les écrits des anciens, plutôt encore qu'à étudier la nature. C'est ce qui explique pourquoi jusque vers la fin du seizième siècle on ne trouve guère qu'un seul traité, celui de Forestus, qui puisse être considéré comme une œuvre personnelle et vraiment clinique. Encore, au milieu de ses nombreuses observations, ne voit-on souvent qu'une énumération presque toujours incomplète des symptômes fébriles qui paraissaient à leur auteur tout à fait caractéristiques. Plusieurs des types fébriles admis par Forestus ne sont que des formes différentes d'une même espèce de lièvre ; plusieurs de ses pyrexies sont des affections locales s'accompagnant de fièvre. Forestus étudie bien surtout les fièvres intermittentes pernicieuses, mais on chercherait en vain dans son œuvre autre chose qu'un recueil d'observations bien prises. Ce qui en fait d'ailleurs le mérite, c'est la différence que l'on remarque entre les sept livres qu'il consacre à l'étude des fièvres et la plupart des ouvrages qui l'avaient précédé. Pendant tout le seizième siècle, eu effet, si les études anatomiques avaient été florissantes, l'observation médicale et surtout les doctrines de pathologie générale i-estaient singulièrement aventureuses. C'est à cette époque que Paracelse, après avoir brûlé publiquement les livres d'Avicenne et de Galien, enseignait un système basé tout à la fois sur l'astrologie, la chimie et les sciences occultes et cabalistiques ; c'est un peu plus tard que Yan Ilelmont protestait contre les doctrines qui tiennent grand compte de la structure et du fonctionnement des organes, et qu'il émettait, au sujet des fièvres et du mouvement fébrile, les idées les plus singulières ; c'est alors aussi que Campanella, disciple de Pai'acelse, venait soutenir que la fièvre ne peut être considérée comme une maladie et qu'elle est le résultat de la colère de l'esprit vital, qui cherche à conserver la vie et à prévenir la putréfaction des humeurs. Les écoles spiritualistes et chimiatriques du seizième siècle donnaient de la (lèvre une autre définition, mais elles ne changeaient guère, ou peut s'en convaincre en parcourant les écrits de Sylvius, les classifications ou les descriptions des différentes espèces de fièvres. Nous croyons donc devoir citer ici la classification de L. Rivière, qui n'a par elle-même aucun mérite, mais qui est assez complète et montre combien, au milieu du dix-septième siècle, on se contentait de reproduire et de commenter les œuvres de Galien.
Rivière divise les (lèvres en simples et putrides. Les fièvres simples sont divisées en éphémère, synoque simple non putride et hectique. Les fièvres putrides sont divisées en essentielles ou primitives, provenant d'une putridité qui réside dans les veines en général et non dans une seule partie du corps, et sijmptomatiques, provenant d'une inflammation ou d'une suppuration locale. Les fièvres putrides essentielles sont ou continues ou rémittentes ; les premières sont de deux espèces, les unes causées par la putridité du sang, les autres par la putridité de la bile ; les unes et les autres sont acmastiqiies ou homotones quand elles conservent une intensité uniforme dans leur cours ; épacmastiques, quand, fort intenses, elles le deviennent de moins en moins à mesure qu'elles appro-
client de leur terminaison, paracmastiques, quand leur intensité va au contraire toujours en croissant. Les fièvres rémittentes sont celles qui offrent des accès, des redoublements, des paroxysmes tierces, quotidiens ou quartes. Dans le premier cas elles sont dues à la cacocliymie du sang mêlé à la bile dans la veine cave ; dans le second, à la putréfaction du sang mêlé à la pituite dans les veines ; dans le troisième, à la putridité du sang mêlé à l'atrabile dans la veine cave. '
Les fièvres putrides sont ensuite divisées non plus d'après leur type, mais d'après le symptôme prédominant en : 1" causus ou fièvre ardente, caractérisé par une chaleur brûlante et une soif inextinguible ; le causus légitime peut-être continu ou rémittent; il provient d'une humeur bilieuse putride, occupant les gros vaisseaux les plus voisins du cœur ; le causus faux, dans lequel la soif et la chaleur sont moindres, est produit par une pituite mixte ou une pituite salée également putride, et occupant les mêmes vaisseaux; 2" fièvre colliquative, variété du causus due à la dissolution de la graisse, des chairs et des humeurs qui découlent par les voies de la sueur, des urines ou par l'anus ; elle dépend d'une matière ténue, acre .et bilieuse, quelquefois maligne et pestilentielle ; 5° fièvre horrifique ou phricode produite par un mélange de bile, de pituite et de sérosité, d'oiî les frissons répétés qui la caractérisent; 4° fièvre assode ou avec inquiétude, agitation extrême, nausées et vomissements, par l'effet d'une humeur bilieuse, acre et mordante qui agit sur l'orifice ou les tuniques de l'estomac ; 5° fièvre élode, caractérisée par une sueur très-abondante ; 6° fièvre syncopale due soit à une bile ténue, acre et vénéneuse, soit à une grande abondance de pituite et de crudités ; 7° fièvre épiale, dans laquelle le malade éprouve à la fois de la chaleur et du froid dans toutes les parties du corps, et qui provient du mélange de la pituite vitrée avec une bile amère, ou de la pituite vitrée seulement.
Les fièvres symptomatiques, dues à la putridité des humeurs dans une partie déterminée du corps, suivent et accompagnent la pleurésie, la péripneumonie, la phrénésie, l'angine, l'hépatite ou toute autre inflammation, ulcère ou abcès des parties internes. On doit les distinguer des fièvres essentielles qui précèdent ces inflammations, et les occasionnent lorsque l'humeur putride qui était répandue dans les veines vient à se fixer sur une partie faible ou plus apte qu'une autre à la recevoir. Toute fièvre qui, soit primitive, soit syniptomatique, accompagne une inflammation, est phlegmoneuse si l'inflammation est sanguine, typhode si l'inflammation est bilieuse, a son siège dans le foie et tient de l'érysipèle ; lipyrienne, si l'érysipèle réside dans le ventricule ou les intestins. Dans ce dernier cas, les parties extérieures frissonnent et les parties intérieures sont brûlantes. La fièvre syniptomatique est lente, quand elle dépend d'une obstruction latente ou d'une humeur putride depuis longtemps adhérente aux viscères; on doit y rapporter la fièvre des cachectiques et la fièvre des chlorotiques.
Les fièvres intermittentes sont tierces, quotidiennes ou quartes. Les premières sont légitimes, quand l'accès ne dure pas plus de deux heures, alors elles sont produites par une bile non surabondante, mais putride ; elles sont fausses ou bâtardes, quand l'accès dure plus de douze heures, et dans ce cas elles proviennent d'une quantité surabondante de bile putride ; quand l'accès atteint vingt-quatre heures, elles sont dites prolongées et sont causées par la bile putride, en quantité ordinaire, mêlée à la pituite. Ces fièvres peuvent être simples, doubles ou triples selon que les accès qui les caractérisent se montrent tous les
deux jours, tous les jours en se correspondant à un jour d'intervalle, ou que, se manifestant ainsi tous les deux jours, il y ait tous les deux jours deux accès. L'humeur qui produit la fièvre tierce, quelle qu'elle soit, réside dans la vésicule du fiel, l'estomac, le mésentère, le pancréas et les veines de ces parties. Les lièvres intermittentes quotidiennes sont occasionnées par la présence d'une pituite putride dans les premières voies, lorsque cette humeur est épaisse ; les fièvres intermittentes quartes proviennent d'une humeur mélancolique ayant pour siège les premières voies ; lorsque cette humeur est épaisse ou plus ténue, la fièvre est légitime ou fausse ; comme la fièvre tierce elle peut être simple, double ou triple.
Les fièvres composées ou compliquées sont, par exemple, Vhémitritée ou demitierce composée d'une continue et d'une tierce, l'hectique putride, etc.
La fièvre pestilentielle ne dépend pas seulement d'une intempérie ou d'une chaleur putride, mais encore d'une qualité maligne et vénéneuse d'une humeur; elle est ordinairement épidémique, quoiqu'elle soit sporadique dans un petit nombre de cas.
« D'après ce résumé, nous dit Pinel, on voit à quoi se réduisait la doctrine des Galénistes sur la nature et le siège des fièvres ; sous le rapport des symptômes et du pronostic, ils ajoutèrent peu à ce qu'en avait dit Hippocrate, et les descriptions laissées par ce grand homme furent une sorte de canevas sur lequel ils brodèrent sans relâche, et de mille manières, tout ce que l'imagination put leur fournir. »
Jusqu'à la fin du dix-septième siècle les idées doctrinales seules se ressentirent de l'esprit de système ; les ouvrages consacrés à l'étude des fièvres et la pratique médicale ne différaient guère. On restait fidèle à l'observation liippocratique. Cependant des progrès sérieux étaient accomplis dans ce sens. C'est ainsi que Willis, dont nous avons déjà signalé les idées relatives à la nature de la fièvre, et que nous aurons à citer encore, en parlant de la distinction à établir entre les fièvres symptomatiques des phlegmasies et les fièvres essentielles, a certainement fait preuve d'une grande sagacité clinique en rapprochant, comme nous le verrons, les fièvres éruptives des fièvres malignes et en faisant remarquer l'existence des ulcérations intestinales, que l'on observe parfois dans le cours de celles-ci ; mais ses classifications ne diffèrent guère de celles de ses prédécesseurs, et nous n'avons point à discuter des assertions comme les suivantes : l'effervescence des esprits vitaux produit les fièvres quotidiennes ; celle du sel et du soufre donne naissance aux fièvres continues ; les ferments externes de nature maligne produisent les fièvres malignes, etc.
Quant à Bellini, il admet, nous l'avons vu, que la fièvre dépend de la viscosité du sang ; mais il fait remarquer que, ne pouvant connaître les causes des différentes espèces de fièvres, il importe de ne point maintenir une division « qui suppose la connaissance de la cause de ces fièvres : l'inflammation des esprits dans les éphémères, l'inflammation ou la putridité des humeurs dans les humorales, la phlegmasie des parties solides dans l'hectique — 11 nous faudra, dit-il, suivre un ordre qui, s'il doit être joint à une division des fièvres, ne contienne aucune supposition sur leurs causes ; nous voulons donc, par l'examen des phénomènes qui sont accessibles aux sens dans chacune des fièvres, arriver à la connaissance de ces causes, comme si elles étaient complètement ignorées, et nous arrangerons notre énumération des affections fébriles d'après deux phéno-
mènes, qui non-seulement ne supposent pas les causes, mais ne peuvent pas même les faire supposer le moins du monde ; ce sont la continuité et l'intermittence. » Bellini admet par conséquent trois ordres de fièvres : les continues, les rémittentes et les intermittentes. Les continues renferment Véphémère, le synochus simple, le sijnochus putride, le causus ou fièvre ardente sans rémission. Les fièvres rémittentes comprennent : la tierce rémittente ou causus rémittent, la quotidienne rémittente, la quarte rémittente, la fièvre maligne, la suette anglaise, la peste, les fièvres symptomatiques, qui ne devraient pas se trouver à cette place ; enfin les fièvres éruptives. Les fièvres intermittentes sont divisées en cjuotidiennes, tierces, quartes, e!c.
Mieux encore que la plupart de ses contemporains, Stalil, dont la doctrine médicale a été si célèbre, si retentissante, et plus tard si justement critiquée, s'applique à décrire avec la plus scrupuleuse exactitude les différents types de fièvre qu'il observait. Au point de vue séméiologique et diagnostique, au point de vue de l'heureuse influence que peut exercer sur la marche des fièvres une médication purement symptomatique, les écrits de Slahl seront toujours consultés avec fruit. Mais en confondant les fièvres symptomatiques avec les fièvres essentielles, en ne se préoccupant que de l'influence que lui paraît exercer le mouvement fébrile sur la marche de la maladie, en affirmant que « non-seulement la fièvre, en général, est produite par une utile intention de la nature, mais encore que tous ces phénomènes qui, du consentement des autres médecins, sont regardés comme purement morbides, sont des actes positifs de la nature, qu'elle destine à une fin salutaire et qu'elle proportionne à l'expulsion des matières nuisibles », Slahl n'a que fort peu contribué, par ces doctrines vitalistes, à fonder une théorie pyrétologique acceptable. Son scepticisme thérapeutique pourrait aussi être attaqué. D'ailleurs Stahl, s'il décrit bien les fièvres synoque, éphémère, ardente, hectique, pctéchiale, etc., ne donne qu'une idée assez incomplète des fièvres intermittentes, puisqu'il omet de signaler les fièvres pernicieuses, déjà connues au commencement du dix-huitième siècle, et désignées sous le nom d'intermittentes malignes.
Nous avons déjà exposé les idées de Hoffmann et celles de Boerhaave sur la fièvre considérée en général. Boerhaave, nous apprend Van Swieten, recueillait avec le plus grand soin les observations de ses malades ; il écrivait ainsi l'histoire des maladies qu'il avait l'occasion de traiter, puis, comparant ses descriptions à celles d'Hippocrate et de Galien, il s'efforçait d'en tirer quelques conclusions nosologiques. Cette méthode, excellente lorsqu'il ne s'agit que de bien connaître une maladie bien définie et déjà classée, ne pouvait lui servir à mieux distinguer les unes des autres les différentes espèces de fièvres. Aussi Boerhaave se borne-t-il à classer les fièvres en continues et intermittentes. Les fièvres continues comprennent les espèces suivantes : éphémère, dans laquelle le corps est sain et pur, les symptômes légers, la crise prompte et qui guérit en quelques jours. Lorsqu'elle dure plus longtemps, elle prend le nom de continue simple non putride ou synoque simple. Celle-ci ne diffère de h synoque putride que par sa bénignité. La synoque putride est provoquée par des causes plus graves, une acrimonie plus aiguë, des humeurs dégénérées.
La division des fièvres établie par Linné est assez singulière et tout artificielle.
Il divise les fièvres en exanthématiques, critiques et phlogistiques.
Les fièvres exanthématiques sont contagieuses (peste, variole, rougeole
fièvre pétéchiale, syphilis); sporadiques (miliaire et aphthes) ou solitaires (érysipèld).
Les fièvres critiques sont continentes (e'phémère, synoque, fièvre lente) ; critiques intermittentes (quotidienne, tierce, quarte, double, irrégulière) ; critiques et exacerbantes {amphimérine ou dont les accès reviennent tous les jours, sans intermission complète ; tritœophie, fièvre continente unie à une tierce ; tétratophie, continente unie à une quarte ; hémitritée, hectique).
Les fièvres phlogistiques sont : 1" la fièvre membraneuse (phrénésie, paraphrénésie, pleurésie, gastrite, inflammation du rectum et de la vessie) ; 2" la fièvre parenchymateiise (inflammation du cerveau, du gosier, du poumon, du foie, de la rate, des reins, de l'utérus) ; 5" la fièvre musculaire (phlegmon) ; A° la fièvre accompagnée de douleurs internes (céphalalgie, hémicrânie, pesanteur de tête, ophthalmie, otalgie, odontalgie, angine, soda, cardiaJgie, gastralgie, entéralgie, colique intestinale, hépatique, splénique, pleurétique, pneumonique, néphrétique, utérine, douleur de la vessie, des parties génitales, de l'anus) ; 5" la fièvre accompagnée de douleurs externes (rhumatisme articulaire et musculaire, douleurs ostéocopes, etc.).
Cette division des fièvres n'est pas celle d'un médecin. Outre la confusion totale des phlegmasies et des pyrexies, on y voit toutes les maladies aiguës, des symptômes tels que la douleur qui accompagne une crise néphrétique ou hépatique, servir de hase à la spécification d'espèces fébriles déterminées.
Cependant elle ne mérite pas beaucoup plus de critiques que celle de Vogel, qui est cependant l'un des nosographes les plus célèbres de l'Allemagne au dixhuitième siècle.
Vogel, en effet, divise les maladies en neuf classes distinctes : 1° les fièvres [fehres] ; 2" les flux (profluvia), divisés en flux hémorrhagiques [hemorrkagiœ] et flux catarrhaux {apocenoses) ; 3" les maladies dues à la suppression d'une évacuation naturelle [epischeses); 4° les maladies douloureuses [dolores) ; 5" les spasmes [spasmi) ; 6" les adynamies [adijnamiœ) ; 7" les hyperesthésies {lujperœsthises) ; 8° les -cachexies (cachexiœ) ; 9" les maladies mentales {morbi mentis) .
La première classe, celle des fièvres comprend :
\. Les fièvres intermittentes [febres intermittentes) ; subdivisées en quotidienne, tierce, quarte, quintane, sextane, octane, nonane, décimane et vague.
II. Les fièvres continues {febres continuée), qui se divisent en simples, exanthématiques et inflammatoires.
Les continues simples comprennent :
L'éphémère {febris diaria) ; la synoque {synochus simplex, febris quotidiana continua, sijnochus putrida, febris nervosa); la fièvre phrénitique {phrenitis) ; la fièvre léthargique {lethargus) ; la fièvre ardente {febris ardens, causas) ; la fièvre bilieuse {f. biliosa) ; la fièvre hémitritée [hemitritœus) ; la fièvre élode [elodes) ; la peste {pestis) ; l'hydrophobie (hydrophobia) .
Les fièvres exanthématiques comprennent la variole {febris variolosa) ; la rougeole {febris morbillosa) ; la miliaire [f. miliaris) ; la fièvre pétéchiale {f. petechialis) ; la scarlatine {f. scarlatina) ; la fièvre ortiée {f. essera) ; l'urticaii-e {f. urticata) ; la fièvre huileuse {f. bullosa, pemphigodes recentiorum) ; la fièvre aphtheuse {f. aphthosa).
Parmi les fièvres inflammatoires, Vogel range toutes les inflammations (l'otalgie, l'ophthalmie, l'inflammation de la langue, la péripneumonie et la pieu-
rite, rinflammalion du cœur, de la rate, du pancréas, des inleslins, du foie, du rein, de la vessie) ; enfin, la fièvre érysipélateuse.
Si, dans cette classification, les fièvres intermittentes continues et exanthématiques constituent des groupes naturels auxquels on ne peut reprocher que de contenir des types trop nombreux et qui ne répondent qu'à des symptômes complexes des mêmes maladies, la dernière classe, celle des fièvres inflammatoires, qui comprend toutes les phlegmasies, tend à confondre sous le nom de fièvres presque toutes les maladies connues.
Borsieri critique avec un grand bon sens les classifications des fièvres qui s'appuient sur des considérations tirées de la gravité ou de la rapidité de leur marche, de leur bénignité ou de leur malignité ; il déclare que « c'est mal diviser les fièvres que de les distinguer en ophthalmiques, angineuses, phrénétiques, péripneumoniques, pleurétiques, arthritiques, de les faire provenir enfin de l'inflammation de chaque partie. La maladie primitive, dans ces cas, dit-il, n'est pas la fièvre , mais l'inflammation. » Il critique aussi « cette coutume des anciens qui ont agrandi le nombre et les genres des fièvres d'après un symptôme spécial qui se manifesterait dans elles d'une façon plus notoire » et il rejette ainsi les qualifications de fièvre épiale, lypirique, assode, typhode, ardente, élode, phrycode, lingode, etc. Borsieri a été moins heureux en niant l'existence des fièvres éruptives : « Les exanthèmes, dit-il, sont ou primitifs, autrement dit essentiels, ou secondaires. Dans la première catégorie, il faut placer la variole, la rougeole, la scarlatine, l'urticaire, parfois la miliaire et les taches pétéchiales, le plus souvent l'érysipèle et bien d'autres maladies exanthématiques. La fièvre tantôt précède ces maladies, tantôt les accompaone, et tantôt ne fait ni l'une ni l'autre chose. Souvent même l'éruption exanthématique opérée, la fièvre qui avait précédé fait défaut, et cependant l'exanthème, la maladie primitive persiste, suit sa marche et se termine comme le veut sa nature. Les maladies de cette sorte, quoique fébriles pour la plupart, ont été à bon droit exclues de la classe des fièvres par les cliniciens prudents et les nosologistes habiles. » « Tontes les fièvres quelles qu'elles soient, dit enfin Borsieri, ou persistent pendant toute la durée de leur course, ou se suspendent durant un certain espace de temps. Les premières ont été appelées assidues par Celse Qi continues par notre école; les dernières ont reçu le nom d'intermittentes. La première et la plus générale division des fièvres sera donc en continues et en intermittentes. » Il n'y aurait rien à reprendre à cette division si Borsieri n'avait presque méconnu les fièvres continues et s'il n'avait cherché à décrire des fièvres dont l'existence est fort douteuse. Mais malgré ces critiques, l'œuvre de Borsieri reste l'une des meilleures du dix-huitième siècle (son livre parut en 1781). Voici sa classification des fièvres :