‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales v.38Chapitre 6 sur 113 · DICT. EXC. 4° S. IL · texte numérisé non relu

DICT. EXC. 4° S. IL

Les préparations précédentes, mieux encore que les injections, montrent dans ces cloisons des capillaires de première, deuxième et troisième variété. Ils forment des réseaux d'un aspect remarquable par la forme polygonale à angles arrondis de leurs mailles, devenant plus étroites, plus serrées, plus nombreuses en un mot à mesure qu'on approche des surfaces synoviale et externe des ligaments. La largeur de l'espace limité par ces mailles est très-variable de l'une à l'autre, même parmi celles qui sont rapprochées l'une de l'autre. Cette lai'geur égale de une à dix fois l'épaisseur des capillaires limitants.

Dans les ménisques du genou, ces vaisseaux s'avancent jusque dans la moitié au moins de leur largeur ; mais la partie tranchante en est dépourvue. Après avoir formé des mailles très-petites, limitées par des capillaires si;.ueux à côté d'autres étroites et allongées, les capillaires se terminent du côté du centre articulaire par une anse simple allongée, onduleuse. Dans les disques des articulalions claviculaire et maxillaire les réseaux se terminent d'une manière analogue sans atteindre le milieu de l'organe.

Les cloisons interfasciculaires aponévrotiques renferment moins de nerfs et de vaisseaux que celles des ligaments proprement dits, mais les cloisons et les faisceaux sont plus riches en fibres élastiques. {Voy. l'art. Lymphatiques, p. 415.)

Les faisceaux nerveux {voy. Ligament, p. 560 et 561) siègent toujours le lon'j^ des capillaires et dans les cloisons seulement. Ici, comme pour les tendons, on n'en voit jamais dans les faisceaux propres. Les plus gros fascicules nerveux n'ont guère que 0°^'",10. On suit bien leurs subdivisions jusqu'à ce qu'ils soient réduits à trois ou quatre tubes nerveux, toujours pourvus d'un périnèvre nettement visible, sans qu'on puisse suivre des tubes isolés. Les lascicules formés de huit à dix tubes environ s'anastomosent par places, en plexus élégants, très-nets.

Les tubes de ces faisceaux sont des tubes minces, sans les tubes larges qu'on voit au contraire dans les branches nerveuses des muscles de la peau.

Le tissu cellulaire entourant les ligaments ne montre point de fascicules semblables dans ses faisceaux propres. Il en est de même du tissu cellulaire entourantes troncs nerveux et le nerf optique, tandis que le névrilème, l'enveloppe fibreuse de ce nerf et ses cloisons en montrent nettement, ainsi que l'a signalé M. Sappey.

On n'en voit pas non plus, ou on n'en voit qu'à des intervalles très-éloignés dans la dure-mère, bien que les artères, les veines et les capillaires y soient nettement apercevables, avec toutes leurs tuniques, dont l'externe est immédiatement contiguë au tissu fibreux.

Nous avons déjà indiqué que ces cloisons manquent dans les anneaux fibreux du cœur, dans les valvules et dans la dure-mère.

Si l'on compare l'ensemble des particularités de texture qui précèdent à celles que présente le tissu lamineux {voy. Lamineux, p. 228 et suivantes), on remarquera qu'il ne serait pas exact de répéter avec De Blainville et beaucoup de ceux qui l'ont imité depuis, que le tissu fibreux nest autre chose que du tissu cellulaire condensé et serré (De Blainville, Cours de physiologie, Paris, 1829, n« S, t. II, p. Ho).

On reconnaîtra aussi que ne pas décrire du tout ce tissu, ainsi que le font les histologistes allemands et leurs imitateurs , qui eux-mêmes suivent ici l'exemple de De Blainville, c'est réellement laisser une lacune à combler.

Caractères physico- chimiques du tissu fibreux. Inutile de revenir sur ce

que nous avons déjà indiqué touchant la couleur de ce tissu et les particularités de texture qui font que cetle couleur varie sensiblement de l'un à l'autre des organes qu'il forme, soit en raison de cette texture, soit en raison de leur épaisseur.

Sa souplesse quand il est en couches minces, sa dureté si souvent comparée à celle du cartilage, quand il est en cordons ou en masses épaisses, sont à rappeler. Même remarque en ce qui touche sa ténacité si considérable. L'intime juxtaposition de ses éléments fait qu'il n'est pas hygrométrique, qu'il ne se gonlle pas au contact de l'eau comme le tissu cellulaire et ne participe pas comme celui-ci à l'état d'infiltration observé dans les œdèmes morbides ou artificiels.

Parmi les particularités physiques méritant d'être notées, il faut signaler sa densité qui est notablement moindre que celle des tendons (1125 à 1152, voy. Musculaire, p. 615) et que celle du tissu élastique (1121). Cette densité n'est en effet que de 1071 (Engcl) à 1076 (Krause et Fischer).

Quant à la composition immédiate de ce tissu, on ne sait rien de plus que ce qu'on peut lui attribuer dans ce qui a été indiqué à la page 335 de l'article Lamineux.

Le tissu fibreux, comme l'a déjà remarqué Bichat, résiste plus à la macération que le tissu des tendons, y compris le tendon rotulieu ; mais les phases de l'altération sont au fond les mêmes {voy. Musculaire, p. 615-616). Cela tient à la fois à ce qu'il renferme un plus grand nombre de fibres élastiques et plus ou moins de matière amorphe, tenace et résistante, interposée aux fibres mêmes et aussi aux faisceaux dans les disques inter-articulaires et dans les bourrelets. En tout cas, on peut constater que ce sont les fibres lamineuses qui s'altèrent d'abord, qui se changent en une pulpe mollasse, blanchâtre, d'aspect plus ou moins homogène, séparant des filaments ou faisceaux blanchâtres; ils sont encore ainsi plus ou moins résistants, alors que tous les autres tissus sont réduits en putrilage plus ou moins mou et fétide. Quand ils macèrent séparés de ceux-ci, les produits de leur putréi'action sont manifestement moins infects que ceux qui proviennent des divers tissus, autres que les tendons.

Plongé dans l'eau bouillante ou dans de l'eau portée rapidement à l'ébullition, le tissu fibreux se durcit par coagulation, avec diminution de volume, due soit à la compression et au retrait des vaisseaux de ses cloisons, soit peut-être à une perte d'eau. Sa souplesse disparaît en même temps. De là ce rapprochement des surfaces articulaires et leur immobilité, et même la séparation du ligament et de l'os, si bien décrits par Bichat.

Par suite de ce durcissement, le tissu prend une élasticité qu'il n'avait pas, et plus ou moins comparable à celle des cartilages minces. La prolongation de l'action de l'eau bouillante ramollit peu à peu le tissu en le rendant jaunâtre, demi-transparent, puis pulpeux, avec gonilement et liquéfaction plus ou moins complète en gélatine. Si les ligaments ont été mis dans l'eau froide portée lentement à l'ébullition, le durcissement préalable est bien moins prononcé et de plus courte durée {voy. Ligament, p. 562).

Tous ces phénomènes sont, du reste, plus lents à se produire sur les ligaments que sur les tendons. Comme l'a remarqué aussi Bichat, les disques interarticulaires sont de tous les organes fibreux ceux qui mettent le plus de temps à subir ces diverses modifications. Ce fait tient certainement à la ténacité et à la dureté spéciales que leur donnent les minces cloisons cartilagineuses qui entrent dans leur constitution.

L'examen, à l'aide du microscope, des résidus de sa digestion, montre que sa digestibilié, moindre que celle des tendons, des muscles, etc., signalée souvent depuis Spaljanzani, est proportionnelle à la quantité des fibres élastiques des organes fibreux observés. Ce fait est frappant lorsqu'on voit certaines aponévroses débarrassées de leurs fibres lamineuses, par la digestion, ne montrer plus que leur trame élastique périfasciculaire et intra-fasciculaire.

Rôle physiologique du tissu fibreux. Les attributs appartenant en propre au tissu fibreux sont tous d'ordre physique et mécanique, mais ne sont nullement négatifs, contrairement à ce «ju'admet Bichat, d'après ce fait qu'il n'est ni contractile, ni doué de l'activité propre au tissu nerveux.

Les propriétés essentielles du tissu fibreux, celles auxquelles les organes qui en sont formés doivent de pouvoir remplir leurs usages spéciaux, sont d'abord la ténacité et l'inextensibilité très-prononcées, jointes à un assez haut degré de flexibilité. Comme pour les tendons, ces attributs [voy. Muscclaire, p. 637-658) sont portés à ce point qu'ils l'emportent sur leurs analogues dans le tissu osseux et qu'une portion du tissu osseux peut être arrachée au point d'insertion d'un liganlent ou d'un tendon plutôt que n'a lieu la rupture de ceux-ci (voy. Articulation). •

L'inextensibilité de ce tissu fait, par contre, qu'au lieu de s'étendre en diverses circonstances, comme le font les muscles, le tissu cellulaire, etc., ils se déchirent, ainsi qu'on le voit pour les ligaments dans les cas de luxations {voy. Luxations).

Pour les ligaments et les aponévroses d'enveloppe qui concourent à relier au tronc les membres et les unes aux autres les pièces de ceux-ci, plusieurs particularités méritent d'être signalées. Toutes montrent que la résistance du tissu fibreux est considérable quand toutes les parties sont simultanément soumises à une traction; mais il n'en est plus de même, comme on le saisit aisément, lorsqu'une portion seulement de tel ou tel organe fibreux est tiraillée {voy. Ligament, p. 565, et Luxation, p. 256 et suiv.), cette résistance aux effets de la traction est plus considérable que celle des muscles à volume égal des deux tissus ; mais elle est bien moindre dans les conditions anatomiques naturelles. Aussi les arrachements des membres, c'est-à-dire la déchirure des ligaments, puis des muscles, des aponévroses et de la peau, ont-ils lieu sous l'iniluence de tractions relativement faibles quand celle-ci s'exerce sur ces trois ordres de parties successivement; ce qui a lieu, par exemple, lorsque les muscles sont à l'état de repos {voy. Musculaire, p. 652-655). La résistance devient énorme au contraire quand la contraction intervenant ajoute, en l'associant, la solidité des ventres musculaires à celle des ligaments et des aponévroses. Et pourtant l'expérience prouve que la ténacité, la résistance des muscles à la rupture n'est pas plus considérable pendant qu'ils sont soit contractés soit contractures, que durant leur état de repos [voy. Musculaire {pathologie, p. 91) et Sarcode]. Malgaigne a montré aussi que, sur l'animal vivant, il faut un même poids pour amener la rupture des muscles dont les nerfs sont coupés que pour déterminer celle des muscles de l'autre membre dont les nerfs sont laissés intacts {A7iatomie chirurgicale, 1859, t. 11, p. 155); fait qui étonnait Makaione, parce qu'il était encore de ceux qui croyaient que la contractilité est une force que les muscles reçoivent du cerveau par les nerfs. Notons ici que la ténacité des tendons est plus grande que celle des muscles, car dans ces expériences, bien qu'ils soient plus petits que ceux-ci, la rupture porte sur les masses rouges et non sur les tendons qui leur correspoiulont.

La contraction musculaire amène cet accord dans les résistances, et surtout elle fait intervenir la ténacité ou résistance propre à la vitesse musculaire, que son état d'extension par relâchement laissait jusque-là de côté, si l'on peut ainsi dire, bien qu'elle fût la même en soi. Par là l'effet des contractions et des contractures des muscles, lorsqu'il s'agit de ramener en place une extrémité osseuse luxée durant cette action, est facile à saisir comparativement à ce qui a lieu lorsque ces actions cessent.

Il faut se garder de considérer comme un signe d'extensibilité réelle du tissu fibreux les cas dans lesquels la dure-raère, la sclérotique, l'albuginée testiculaire, les capsules articulaires, etc., sont dilatées plus ou moins par des liquides ou par des tissus morbides. Il n'y a là rien d'analogue à ce qu'on observe lors de la dilatation de la vessie ou de l'intestin par exemple {voy. Musculaire, p. 527 à 528). Dans le cas des faisceaux musculaires, en effet, ces derniers glissent les uns sur les autres, autant que le permettent les flexuositésdes vaisseaux, des fibres du tissu cellulaire et l'extensibilité propre aux fibres élastiques qui les accompagnent. Dès que la cause de la distension cesse d'agir, ces fibres et celles qui donnent aux vaisseaux leur élasticité ramènent peu à peu le tissu dans l'état où il était. Mais, particularité essentielle, le glissement des faisceaux musculaires fait qu'ils échappent à la rupture, et là est la raison d'être de la possibilité des distensions si considérables de l'intestin, de la vessie, de l'urèthre de la femme, etc., avec retour à leurs dimensions et à leurs contractions, telles qu'elles étaient avant, ou à peu près.

Dans le cas des fibreuses, le fait est de même ordre au fond que celui qui amène l'agrandissement de la cavité crânienne dans l'hydrocéphalie, ou des lames des maxillaires inférieurs dans les cas de tumeurs du canal dentaire ou des alvéoles. La dilatation de tous ces organes inextensibles est due à une augmentation du nombre des éléments constitutifs amenant le développement réel du tissu, l'accroissement de sa masse, non-seulement en étendue superficielle, mais ordinairement aussi avec épaississement. 11 en est de même lors de la formation et de l'agrandissement de la paroi fibreuse des kystes. De là celte lenteur des phénomènes précédents sur lesquels avait déjà insisté Bichat, qui croyait à un effet de véritable extensibilité.

Ce que nous venons de dire de l'inextensibilité du tissu fibreux s'applique en tous points à sa retractilite, bien qu'inversement en quelque sorte. Celle-ci est nulle en effet dans ce tissu. Lors du retrait que subissent les organes fibreux primitivement distendus par le mécanisme qui vient d'être indiqué, il n'y a pas là un effet de l'élasticité ou de la contractilité comme dans les artères, l'intestin ou la vessie. Ce retrait est dû à la résorption de la matière amorphe interposée aux fibres et à une atrophie des cellules fibro-plastiques, et sans doute aussi de leurs dépendances fibrillaires.

Il se produit là une succession de phénomènes de même ordre au fond que ceux qui amènent la rétraction des cicatrices. Ils se manifestent, du reste, dans celles des ligaments, des aponévroses, etc., qui ont été déchirés. Cette atrophie avec résorption et retrait plus ou moins prononcés peut ensuite s'étendre parfois aux portions de l'organe qui, primitivement, n'avaient pas été atteintes ; dans nombre de cas morbides cette particularité s'observe sur la sclérotique, les aponévroses, les ligaments, etc.

On sait d'autre part, comme l'a spécifié depuis longtemps Bichat, que, lorsque par transsudation exosmotique et par congestion des capillaires, le tissu

cellulaire surtout et d'autres encore viennent à augmenter de masse, sous Fmfluence de l'afflux incessant des liquides, les phénomènes dits A' étranglement surviennent, si des organes fibreux s'opposent à la distension des organes. C'est là une des conséquences de l'inextensibilité des aponévroses pour les organes I refonds et de celle des faisceaux fibreux allant de celles-ci ou du périoste au derme pour les tissus sous-cutanés.

Mtrition du tissu fibreux. Le peu de vascularité de ce tissu, qui a pour élément fondamental, l'emportant de beaucoup sur les autres, les fibres lamineuses, permet de constater une particularité importante. C'est qu'en fait, ces fibres lamincuses non-seulement sont tenaces et inextensibles, mais encore elles s'altèrent et se régénèrent lentement, comparativement aux épithéliums, par exemple, dès qu'elles ne se trouvent pas au voisinage des capillaires.

C'est ainsi qu'en raison du peu de vascularité du tissu fibreux les phénomènes de nutrition s'y accomplissent lentement, contrairement à ce qui se passe dans le tissu lamineux même.

Lorsque dans ses capillaires surviennent les troubles caractéristiques de l'inflammation, en raison du petit nombre des vaisseaux, ces troubles y prennent la marche dite chronique, la production du pus y est lente et peu abondante, les faisceaux s'y altèrent et s'y détruisent aussi avec bien plus de lenteur que dans le tissu cellulaire.

Ce peu de vascularité fait encore que, comme dans les tendons, la régénération est plus lente également que celle du tissu cellulaire, détruit par un phlegmon, etc.

C'est encore ce peu de vascularité et la ténacité des fibres qui rendent lente l'atrophie jusqu'à résorption complète des aponévroses, des capsules articulaires et autres membranes fibreuses devant le pus qui les distend en augmentant de quantité, devant les tumeurs dites cancéreuses et autres qui grossissent en raison de la multiplication de leurs éléments. Là est la raison organique de ces faits notés depuis longtemps déjà parles chirurgiens, et dont il importe de savoir se rendre compte.

Là aussi est la raison qui fait que les organes fibreux, comme les tendons, se retrouvent longtemps avec leurs caractères de ténacité et de blancheur au milieu des fongosités que forme le tissu cellulaire de nouvelle génération, très-vasculaire, des tumeurs blanches, et au milieu des tissus devenus plus ou moins mous et pultacés dans diverses formes de gangrènes, ou plus ou moins durs ou brunâtres dans la gangrène sénile.

Quant à la sensibilité des organes fibreux elle ne fait plus de doutes aujourd'hui, pas plus que celle des tendons. La distribution des nerfs dans leurs cloisons interfasciculaires rend compte de ces particularités. Seulement ce n'est pas ' la sensibilité au toucher, aux sections nettes, ni à la brûlure, dont ils sont doués. Ils sont sensibles à la distension, à la déchirure, à la compression directe ou par torsion. Ils le sont surtout à la compression intime, due à la turgescence des capillaires voisins des nerfs et aux exsudations inflammatoires diverses amenant une compression du dedans vers le dehors comme dans les cas d'étranglement {voy. p. 37-38). C'est ce qu'on observe dans le rhumatisme et dans la goutte en particulier.

Ce qui a été dit de cette sensibilité à l'art. Ligasient (p. 543) s'applique du reste aussi aux disques intervertébraux, à la dure-mère, à la sclérotique, à l'albuginée testiculaire, aux aponévroses, etc. Les données concernant ce sujet

ont été remarquablement exposées, comme on le sait, par Bichat, au paragraphe de son traité relatif aux propriétés vitales du tissu fibreux.

Génération et développement du tissu fibreux. Les premières parties du tissu fibreux qui se montrent dans l'embrjon sont les disques intervertébraux, puis la dure-mère, avec la sclérotique et successivement l'albuginée testiculaire, les ligaments des grandes articulations, le péricarde fibreux et les aponévroses péri-musculaires ou intermusculaires, les enveloppes fibreuses du foie, du rein, de la verge, etc.

Il est très-vrai, comme le remarque Bichat, que les organes fibreux disposés en membranes se présentent sous forme de toiles transparentes. Les autres semblent être homogènes, uniformes, sans l'aspect fibreux caractéristique à l'œil nu, lequel n'apparaît que vers le septième mois.

Mais dans ce qui semble être uniforme le microscope montre l'état fibreux réel, avec prédominance toutefois de la masse des cellules fibro-plastiques ou du tissu cellulaire sur la masse des fibres mêmes qui en partent {voy. Fibre, p. 26). A mesure que celles-ci augmentent de nombre et de longueur, sans multiplication proportionnelle des cellules mêmes, les faisceaux blancs se distinguent mieux, deviennent plus rares, moins écartés les uns des autres.

Bien que d'abord notablement plus mous, plus faciles à déchirer qu'ils ne le seront plus tard, les organes fibreux sont inextensibles dès leur apparition et tenaces comparativement aux tissus cellulaire et musculaire si mous de l'embryon. De l'aspect grisâtre qu'ils ont d'abord ils passent au blanc perlé un peu demi-transparent avant d'arriver au blanc nacré caractéristique qui se montre en même temps que la ténacité qui leur est propre.

Leur transparence ou demi-transparence est due à la cause indiquée plus haut (p. 30-31) et aussi à la prédominance des cellules à contenu grisâtre, finement grenu sous le microscope, par rapport aux fibrilles fasciculaires.

La souplesse et l'extension de ces organes restent facilités jusque-là par la mollesse des fibres, par leur glissement que favorise la mollesse de la substance amorphe qui leur est interposée. Mais graduellement cette dernière diminue de quantité, au moins d'une manière relative, et augmente de consistance, pendant que les fibres deviennent par suite plus intimement cohérentes et augmentent de nombre. Ce sont là aussi les particularités organiques qui font que le tissu ne se laissant plus pénétrer par la lumière, celle-ci est réfléchie par les faisceaux de fibres ; que de plus la minceur des fibres à la surface des parties mises à nu, se prête à la production des phénomènes d'interférence donnant les tons nacrés ou irisés que présentent beaucoup d'organes fibreux.

De là les différences entre les caractères physico-chimiques, anatomiques, physiologiques et pathologiques des ligaments, etc., observés comparativement sur les enfants et les adultes, si bien décrites par Bichat. De là l'augmentation de leur ténacité avec celle du nombre des années, mais aussi avec apparition de la roideur et de la difficulté des mouvements {voy. aussi Laminecx, p. 248, et MuQCEux, p. 430-431).

Régénération et développement accidentel du tissu fibreux. Dans les cas de section et de déchirure du tissu fibreux accidentel, sa régénération suit d'une manière remarquable les mêmes phases que lors de la cicatrisation du derme et du tissu cellulaire (voy. Lamineux, p. 242 à 249), ou encore des tendons {voy. McscuLAiRE, p. 617 à 620) jusqu'à l'époque oii la cicatrice de ceux-ci devient blanchâtre.

Mais ainsi que Gœlz (1798), Meckel et d'autres l'ont bien noté, la cicatrice des organes fibreux n'arrive pas à être formée par un tissu semblable au leur. Ce tissu cicatriciel ou modulaire est moins dur, moins tenace, bien qu'il le soit assez pour résister presque autant que les organes normaux qu'il remplace.

Il est blanc ou d'un gris blanc, mais non brillant et d'une coupe plus ou moins homogène qui n'a pas ou n'a qu'imparfaitement l'aspect fibreux ordinaire. Ce tissu a en d'autres termes l'aspect et la texture du tissu des cicatrices {voy. Cicatrice et Lamineux, p. 248). Il en a les propriétés, celle de se rétracter surtout et d'après la même cause. Toutefois dans les cas de régénération des ligaments, après réduction des luxations, les mouvements suscitent la génération plus prolongée de nouvelles fibres remplaçant la matière amorphe qui se résorbe et faisant que la rétraction, en fait, n'a pas lieu. Toujours ce tissu manque de fibres élastiques ou n'en renferme qu'à l'état de petites cellules étoilées à courts prolongements fibrillaires, mêlées aux cellules fibro-plastiques et aux fibres lamineuses. Celles-ci sont en nappes quand on les voit groupées parallèlement, mais elles ne sont pas nettement fasciculées. Les capillaires y sont au moins aussi rares que dans le tissu normal. Ils ne sont plus logés dans des cloisons de tissu cellulaire. Ils sont flexueux, leurs capillaires sont irréguliers, comme variqueux, moins fins qu'à l'état normal et ils forment des mailles irrégulièrement circulaires, de largeur très-inégale de l'une à l'autre.

Ces particularités de composition et de texture se retrouvent au fond les mêmes dans le tissu de la paroi fibreuse des kystes, dans le tissu fibreux des cloisons blanches tenaces de certains lipomes, de diverses tumeurs mammaires et autres, dans le tissu fibreux plus grisâtre des squirrhes, dans celui des tumeurs fibreuses périostiques, dermiques, etc.

Dans ces circonstances, plus le tissu est demi-transparent plus y abonde la substance amorphe hyaline, molle, interposée aux faisceaux. Plus les tumeurs sont dures, plus cette matière y offre de fermeté, de ténacité avec de fines granulations grisâtres ou graisseuses dont elle est pai'semée, en quantité variable, d'un point à l'autre. Toutefois, partout où le tissu est blanc, on voit que cela tient à la prédominance des prolongements fibrillaires sur les noyaux et les cellules et à leur intime juxtaposition parallélique en nappes ou en faisceaux mal limités.

Malgré l'absence des fibres élastiques, pleinement ou partiellement développées, la texture de ces tumeurs a une certaine analogie sous le microscope avec celle des anneaux fibreux du cœur. Toutefois les nappes ou faisceaux de fibres y sont plus épais, mais toujours mal limités.

Les noyaux isolés ou siégeant dans les cellules "fibro-plastiques y sont plus nombreux, plus gros et souvent plus irréguliers que dans le tissu fibreux normal. Mêmes remarques pour les tumeurs souvent dites fibreuses, ayant l'apparence du tissu des cicatrices et des kéloïdes cicatricielles développées sous le derme cutané et des muqueuses à épithélium paviraenteux, ou même dans toute l'épaisseur de ce chorion {voy. l'art. Lamineux, p. 248). Dans ce dernier cas, du reste, on trouve la trame élastique à grosses fibres, dissociée en quelque sorte, mais non détruite. De plus alors les cellules fibro-plastiques et les noyaux l'emportent beaucoup en quantité sur les fibres pleinement développées.

Rien de plus frappant dans les portions fibreuses des tumeurs fibro-iiiusculaires de l'utérus, de l'ovaire et de la prostate, que les différences existant entre ces portions et les parties musculaires de la masse. Ici les fais-

ceaux de fibres-cellules, bien limités, plus ou moins nettement prismatiques, sont enchevêtrés comme dans l'utérus, bien qu'ils soient en général plus gros. Les noyaux allongés et souvent flexueux des fibres, ou leur coupe transversale, les font distinguer très-nettement, tant d'après leur aspect propre qu'en raison de l'uniformité de leur groupement et des intervalles qui les séparent. Dans les parties fibreuses on trouve les noyaux du tissu cellulaire courts, souvent à contours un peu dentelés, écartés les uns des autres par places, rapprochés ailleurs soit en groupes, soit en tramées, et plus courts que les précédents. Ils sont même souvent alors sphéroïdaux, plus petits que ceux du tissu cellulaire normal. Toutes ces particularités distinguent nettement les tumeurs réellement constituées par des éléments du tissu cellulaire, qu'ils soient peu ou au contraire fortement cohérents, de celles qui sont entièrement ou partiellement formées par des faisceaux de fibres-cellules, tumeurs encore appelées souvent fibromes, même par ceux qui les examinent sous le microscope sans comparaison avec les tumeurs fibreuses proprement dites, étudiées ici. Cela se voit surtout lorsqu'il s'agit de ces myomes qui se sont développés sous le péritoine ou au voisinage de la prostate, des vésicules séminales, etc., sans connexions avec ces organes, ou avec l'utérus, l'ovaire, etc.

On peut dire du reste sans exagération que l'étude des tumeurs fibreuses est encore à faire au point de vue de la distinction de celles qui ont les caractères indiqués p. 30 et 51 et de celles qui, tout en ayant des caractères extérieurs analogues, ont la texture du tissu cellulaire régénéré ou cicatriciel.

Dans l'épaisseur des faisceaux et entre eux, on trouve, dans certaines de ces tumeurs, dans celles qui sont grosses surtout, et particulièrement vers leur centre, des groupes de granulations jaunâtres. Elles tendent à donner au tissu un ton plus ou moins mat, jaunâtre quand elles sont plus abondantes et même jaune comme du tubercule {phymatoïde) . Dans ce dernier cas elles rendent friable le tissu et susceptible de ramollissement avec le temps. Partout où elles existent ainsi en quantité considérable elles déterminent l'atrophie des fibrilles. En général les noyaux persistent, mais il en est plus ou moins qui sont chargés de granulations et qui sont devenus irréguliers.

Il est inutile du reste d'insister davantage ici sur les données de cet ordre ; car toute la pathologie et l'anatomie pathologique générale du tissu fibreux sont à refaire. Tous les auteurs qui en traitent confondent en effet dans une même description ce qui se rapporte aux organes réellement fibreux, aux tendons, aux organes élastiques, aux parois artérielles et même aux fibro-carlilages. Mais il y a de telles différences de composition anatomique, de texture et de propriétés physiologiques entre ces diverses parties, qu'on ne saurait confondre davantage la description de leurs lésions avec celle de leur constitution normale. Or cette confusion encore souvent faite exige des recherches spéciales pour que les descriptions puissent attribuer exactement à chaque tissu ce qui est dit des caractères propres à son hypertrophie, son atrophie, ses indurations, incrustations, etc., etc.

§ II. Du SYSTÈME FIBREUX. Lcs parties similaires formées par le tissu fibreux, constitué comme nous venons de le voir, sont des plus nombreuses. On en trouve dans presque tous les appareils, aussi bien dans ceux de la vie animale que dans ceux de la vie végétative.

De ces parties il en est qui, à elles seules, forment des organes proprement dits, comme le péricarde fibreux, la dure-mère, la sclérotique, les ligaments arti-

culaires, etc.. Ce sont même les portions les plus nombreuses du tissu fibreux qui sont dans ce cas. Rien de pareil n'existe dans le système tendineux. Ses parties similaires ne forment jamais à elles seules un organe proprement dit et ne sont partout que des organes premiers associés à des organes premiers musculaires pour former les muscles par cette association. Au contraire, les parties similaires du système fibreux, qui représentent des organes premiers associés à d'autres pour former tel ou tel organe proprement dit, sont les moins nombreuses ; tels sont les anneaux fibreux du cœur, les enveloppes du rein, de la rate,

du foie, etc.

On voit déjà par là que ce système, est un des plus importants de l'économie, tant par le nombre et par l'étendue des parties similaires, dont l'ensemble le constitue, que par le rôle de soutien ou de protection qu'il remplit. De ce fait il faut rapprocher cet autre, consistant en ce que la plupart de ces organes premiers sont conformés en membranes presque toutes d'une grande étendue ; ceux, au contraire, qui ont la figure de disques ou de cordons, sont en nombre bien moindre.

Quant à la tunique dite fibreuse de l'intestin {voy. Muqueux, p. 414, 415) au fascia superficialis et au périoste {voy. Lamineux, p. 269 et 276-277), nous savons déjà que leur texture est celle du tissu lamineux et non du tissu fibreux. Il n'y a, par conséquent, plus à discuter l'opinion de Bichat, souvent remise en honneur depuis, qui consistait à considérer le périoste comme le centre du système fibreux, en ce sens que tous les organes fibreux seraient liés étroitement avec lui et communiqueraient ensemble par son intermédiaire d'une part ; en ce sens, d'autre part, qu'à l'endroit où les articulations séparent le périoste en autant de couches distinctes qu'il y a d'os, les capsules fibreuses et les ligaments serviraient à les réunir les unes aux autres.

On sait du reste aujourd'hui, par l'embryogénie et l'histologie, que cette tendance à vouloir relier toutes les parties d'un même système organique à un autre, parce que cette liaison est réelle dans les appareils nerveux et circulatoire, n'est fondée sur aucune donnée supportant l'examen.

Pour décrire plus aisément les nombreuses parties similaires du système fibreux, Bichat les divisait en membraneuses et en fasciculées ou ligamenteuses. Mais cette classification fondée sur la forme des parties le conduisait à décrire loin les uns des autres les ligaments en forme de cordons et ceux qui sont membraneux ou capsulaires.

Certaines particularités secondaires de texture, jointes à des dispositions morphologiques et à des connexions organiques corrélatives entraînant aussi des différences correspondantes dans les usages, conduisent à des subdivisions plus rationnelles de ce système, dont alors les nombreuses parties viennent se classer en trois sous-systèmes distincts. Ce sont :

A. Le système ou sous-système fibreux proprement dit. Dans ce groupe de parties similaires se classent : 1° les portions de ce système qui forment des organes fibreux proprement dits membraneux, tels que la duremère, la sclérotique, le péricarde fibreux, l'albuginée testiculaire et épididymaire, l'enveloppe des corps caverneux, celles du rein, de la rate et du foie.

2° Celles qui représentent des organes fibreux diversement configurés, servant généralement de points d'insertion, tels que les anneaux fibreux du cœur [voy. toutefois à cet égard, p. 29), les organes palpébraux dits cartilages tarses (p. 32-33) et autres analogues.

5° Les gaines, anneaux ou coulisses de glissement des tendons, dont la texture est du reste plus analogue à celle des ligaments qu'à celle des précédents.

B. Le système ou soiis-sijstème ligamenteux, nettement défini anatomiquement et pliysiologiquement, ses attributs n'étant plus relatifs à la protection d'organes sous-jacents, comme dans la division précédente, mais à l'union de parties distinctes, contiguës ou séparées. Dans ce groupe se classent :

\° Les capsules articulaires ou ligaments capsulaires.

2° Les ligaments proprement dits ou cordons, et lames ou feuillets ligamenteux.

3° Les bourrelets, disques et ménisques articulaires et inter-articulaires, qu'avec Bichat la plupart des auteurs rangent à tort parmi les fibro-cartilages sous le nom ligaments fihro-cartilagineux .

C. Le système ou soMS-sysfème aponeiTOiiçzie comprenant : 1 " les aponévroses proprement dites, organes d'enveloppe, de protection et de glissement musculaires tant superficiels que profonds ; 2" les feu"\lets fibreux ou aponévrotiques de protection de quelques gros vaisseaux artériels et veineux au cou, à l'aisselle,

'à la cuisse, de quelques glandes, telles que la thyréoïde, etc.

Dans toutes les autres subdivisions de ce système si intéressant, les parties similaires offrent toutes nettement la texture caractéristique décrite plus haut, sauf quelques particularités d'importance secondaire; mais dans cette dernière sont rangées des membranes dont la texture demande aussi à être encore plus nettement déterminée pour bien savoir si ce sont soit des organes réellement fibreux, soit, au contraire, des organes qui devraient rentrer dans le système du tissu cellulaire à côté de la pie-mère cérébrale et spinale, du périoste, du fascia super ficialis.

Sur les adultes du poids de 75 à 80 kilogrammes, le poids de l'ensemble de ces parties est de 1500 à 2000 grammes environ.

A. Organes fibreux proprement dits. 1° Les organes membraneux ou membranes fibreuses, non aponévrotiques de Bichat et de ses successeurs déjà énumérés plus haut, sont presque toutes en forme de sacs. Jls composent l'enveloppe flexible la plus extérieure des organes placés au-dessous d'eux. Ce ne sont naturellement pas des sacs absolument clos comme ceux des séreuses. Tous comme la dure-mère, la sclérotique, le péricarde, la capsule du rein, l'albuginée, l'enveloppe du corps caverneux, etc., présentent des orifices que traversent, en les remplissant, les vaisseaux, les nerfs ou des conduits excréteurs.

Quelques-uns de ces organes se prolongent sous forme de cloisons plus ou moins étendues, semblables à la membrane dont elles partent, comme on le voit pour la dure-mère, ou plus ou moins minces, comme le montrent l'albuginée testiculaire, l'enveloppe des corps caverneux, etc. Ces prolongements peuvent être de simples faisceaux plus ou moins gros ou simplement filamenteux, comme ceux que la face externe de la dure-mère rachidienne envoie au périoste intra-vertébral ou comme ceux que la face interne de la fibreuse splénique répand dans le parenchyme qu'elle entoure.

L'épaisseur de ces membranes varie non-seulement d'un organe à l'autre indépendamment de toute relation avec le volume de ceux-ci, comme on le voit pour la sclérotique, l'albuginée, etc., comparées à l'enveloppe du rein, delà rate, du foie, au péricarde, etc. La situation extérieure des organes coexiste général avec cette plus grande épaisseur et vice versa. Nous avons déjà vu u'elle varie avec Lâge et le volume des animaux.

Le tissu glandulaire de la l'ate et du foie adhère faiblement à la face interne de ces membranes, en raison de sa mollesse propre, bien qu'il les touche directement. Une mince couche de tissu cellulaire lâche sépare les membranes fibreuses du parenchyme sous-jacent dans le testicule, l'épididyme et le rein.

Bichat, d'autre part, a bien montré que les trabécules du tissu érectile n'ont pas la texture fibreuse, ne sont pas des prolongements de l'enveloppe, ni de la cloison des corps caverneux.

On trouvera dans l'article Séreuse les particularités qui concernent l'union intime de ces membranes avec les fibreuses qu'elles tapissent, comme on le voit pour le péricarde fibreux, la dure-mère, etc., d'oii le nom de fibro-séreuses donné à tort par Bichat à ces dispositions. Les séreuses ne glissent pas en effet sur ces dernières, comme elles le font sur les couches musculaires, tendineuses, et autres organes. Les fibreuses, d'autre part, se moulent exactement sur les organes qu'elles tapissent et s'opposent à leur distension dès qu'elle atteint un certain degré maximum, en raison de leur inextensibilité et de leur ténacité (sauf les cas morbides notés p. 57-58). Elles les suivent ensuite dans leur retrait, en raison de l'élasticité que leur donnent les fibres élastiques plus ou moins nombreuses de leur trame (rate, corps caverneux, etc.), mais sans présenter, à proprement parler, des plis, ainsi que Bichat l'a déjà signalé.

2" Les organes fibreux d'insertion, comme les anneaux du cœur, les organes dits cartilages tarses des paupières et autres organes analogues, offrent un certain nombre de caractères généraux intéressants à noter, lorsqu'on les compare d'une espèce animale à l'autre ; mais le plan de cet article ne permet pas de les exposer ici.

5° Gaines et coulisses fibreuses des tendons. Elles sont formées par une couche ou membrane de tissu fibreux, dont l'épaisseur très-réduite au niveau des articulations phalangiennes, par exemple, peut atteindre un millimètre ou environ dans les intervalles, et même plus en certaines régions. Elles s'étendent sur une longueur variable d'une région à l'autre, d'une crête ou saillie cartilagineuse d'abord, osseuse ensuite, à une autre qui est parallèle sur une même pièce squelettique. Elles s'insèrent là de la même manière absolument que le font les tendons membraneux {voy. Musculaire, p. 656 à 658) sur d'autres crêtes. Les faisceaux superficiels seuls s'entre-croisent avec ceux du périoste (p. 657) et non tous, comme le dit Bichat. Ces gaines fibreuses ne sont pas non plus des expansions de quelque autre partie, comme l'a pensé Meckel. Elles forment delà sorte une portion plus ou monis grande de la paroi d'un canal cylindroïde dans lequel glisse un tendon. Le reste de la paroi est formé par une gouttière osseuse, ou mieux directement par le périoste même qui la tapisse ; d'où le nom de canal ostéo-fibreux qui leur est souvent donné.

La portion périostique de ce canal est tapissée, comme la portion fibreuse et avec intime adhésion, par la synoviale {voy. Séreuse). Bichat note à juste titre que celles des tendons fléchisseurs s'unissent par leurs extrémités avec la terminaison d'insertion osseuse des tendons, avec entre-croisement fibreux. 11 spécifie également que ces gaines sont plus solides, proportionnellement à la pression que les tendons peuvent exercer sur elles, que les capsules articulaires ne le sont par rapport aux impulsions diverses que les muscles peuvent communiquer aux os avec traction sur ces capsules.

La disposition transversale parallélique des faisceaux fibreux tertiaires, ou avec entre-croisement, surtout dans les portions minces au niveau des articula-

lions, a depuis longtemps été décrite sur ces organes premiers si remarquables. On signale avec soin, en anatomie descriptive et chirurgicale, leur volume et leur solidité dans les gaines des péroniers, etc. 11 existe incontestablement une cei'taine quantité de matière amorphe, tenace, donnant un peu de demi-transparence et diminuant l'éclat nacré du tissu par interposition à ses faisceaux le long de leur insertion aux crêtes osseuses, surtout dans celles des doigts, dès malléoles et du pied.

Au lieu de correspondre à toute l'étendue de la face concave des phalanges ou des coulissses malléolaires, etc., ces organes fibreux peuvent n'avoir qu'une telle brièveté qu'ils ne forment plus qu'un anneau, tel est celui du grand oblique de l'œil.

Ces gaines sont, pour la plupart, simples ou uni-tendineuses, comme on le voit pour les fléchisseurs des doigts et des orteils. Les tendons extenseurs en sont dépourvus tout le long de la main et du pied. ,

D'autres de ces gaines sont composées ou communes, c'est-à-dire donnent passage à plusieurs tendons [ligaments annulaires) et sont à tort dites générales par quelques auteurs. Les ligaments annulaires du carpe et du tarse sont, à proprement parler, de grandes gaines de cet ordre. Celles de la main ont généralement servi de type pour leur description et pour celle de leurs synoviales {voy. Main, p. 26 et suiv.), pour celles de ces gaines, qui, simples ou composées, se trouvent aux faces dorsale et latérale du poignet {voy. l'art. Poignet).

Le pied et les malléoles sont remarquables par le nombre de leurs gaines fibreuses tant simples que composées, tant ordinaires que représentées par des ligaments annulaires [voy. Pied). Elles sont remarquables par leur épaisseur, leur solidité, le volume et le mode d'entre-croiscmenl de leurs faisceaux, par l'éclat nacré de leur tissu, ce qui en fait des organes premiers importants anatomiquement et surtout chirurgicalement.

C'est particulièrement dans les traités d'anatomie des régions qu'il faut chercher la description spéciale de ces organes premiers dont l'ensemble forme une des subdivisions les plus nettement caractérisées du système fibreux. Nous avons déjà dit que, contrairement à ce que répètent encore beaucoup d'auteurs, les organes qu'elles enveloppent et protègent, c'est-à-dire les tendons pas plus que les synoviales, n'appartiennent à un même système, c'est-à-dire au système fibreux.

B. Système ou sous-système ligamenteux. Cette division du système fibreux est une des plus nettement caractérisées sous tous les rapports, des mieux délimitées, des plus étudiées. Elle renferme toutes les parties similaires du tissu fibreux qui servent soit à relier les os les uns aux autres avec ou sans mobilité réciproque, soit à rendre leur coaptation plus parfaite. Ces derniers, comme on le voit aisément, ayant la forme soit de bourrelet, soit de ménisque, tout en conservant très-nettement la texture caractéristique (p. 28 et suiv.), n'ont pas, à proprement parler, la constitution de liens, de moyens d'union d'un os avec un autre. Ceux qui établissent réellement cette liaison ont soit la forme membraneuse, soit exactement celle de cordons ou de filaments plus ou moins épais, offrant des variétés de dispositions réellement sans nombre, surtout lorsqu'on vient à les suivre dans la série des vertébrés.

Quant aux adhésions de toutes ces parties avec l'os elles ont lieu absolument comme celles des tendons [voy. Cartilage, p. 724 et xMusculaire, p. 656 et 637). Leurs usages sont étudiés à l'article Articulation.

1° Les ligaments proprement dits ou fascicules sont des parties similaires ayant la forme de cordons soit cylindriques, soit irrégulièrement prismatiques, et de lames ou rubans, de largeur, de longueur et de configurations les plus diverses. Leur tissu est généralement d'un blanc nacré des mieux caractérisés.

Les cordons ligamenteux sont les uns extérieurs, les autres à l'intérieur des cavités articulaires. Les premiers sont généralement latéraux, c'est-à-dire placés sur les côtés des surfaces articulaires et se rendent d'une saillie osseuse à une autre. Ils sont tapissés ou non sur leur face interne par la synoviale, tandis que des tissus cellulaire ou adipeux, des aponévroses, des muscles ou des tendons couvrent le reste de leur superficie. Certains d'entre eux, comme plusieurs de ceux du bassin, du cou-de-pied, etc., s'étalent en membranes vers l'une de leurs extrémités. Les nombreuses articulations condyliennes en offrent des exemples.

Ceux qui sont intra-articulaires, comme au genou, sont libres dans une portion de leur étendue que tapisse la synoviale.

Il en est qui, se rattachant à ce groupe plutôt qu'aux autres, sont cependant plus larges qu'épais et s'insèrent l'un sur l'autre par une de leurs extrémités, ou même se contournent en portion d'anneau. C'est ce que l'on voit aux articulations radio-cubitale et radio-bumérale, pour les ligaments odontoïdiens et le ligament transverse de l'articulation occipito-odontoïdienne.

D'autres encore se rattachent aux précédents plutôt qu'à 'ceux dont il va être question, en raison de leur solidité, malgré leur épanouissement vers leurs extrémités ou leur brièveté. C'est ce dont les ligaments sacro-sciatiques, le sacroiliaque vertical postérieur, plusieurs ligaments du carpe et du tarse, de ce dernier surtout, les ligaments interosseux de ces régions, etc., présentent de nombreux exemples.

Quant à l'organe appelé ligament rotulien, ce n'est pas plus un ligament que le tendon du triceps brachial {voy. Musculaire, p. 611 et suiv.). C'est le tendon des muscles homologues de la cuisse ; c'est spécialement la portion qui s'étend de la tubérosité du tibia au bord inférieur de la rotule, os sésamoïde qui occupe presque toute l'épaisseur du tendon et le divise ainsi en portion sus-rotulienne et en portion sous-rotulienne.

Les ligaments rubanés, lamellaires ou membraneux sont les plus nombreux et ceux qui offrent les plus grandes variétés de conformation et d'étendue.

Les types des ligaments rubanés sont les surtouts ligamenteux vertébral, antérieur et vertébral postérieur ; le ligament latéral interne du genou, le ligament de Weitbrecht, etc., en offrent des exemples.

D'autres fort nombreux, minces ou épais, sont courts, simplement membraneux, avec ou sans faisceaux de renforcement. Les ligaments inter-épineux et les costo-transversaires des vertèbres, les ligaments occipitaux atloïdiens antérieurs, les ligaments postérieur du genou, antérieur du coude, avec faisceaux de renforcement, les ligaments fémoro-rotuliens interne et externe, ligaments intercaililagineux costaux, plusieurs de ceux des articulations du poignet, du pied, et d'autres encore, sont des organes premiers de cette sorte.

A côté de ces parties similaires viennent les nombreux ligaments analof^ues dits rayonnes, en raison de la manière dont s'écartent en éventail leurs faisceaux à partir d'un de leurs bords, plus étroit et plus épais. Presque toutes les articulations des côtes, plusieurs de celles des métatarsiens, des métacarpiens, des os du carpe et du tarse, etc., etc., en offrent des exemples bien connus, sans parler des faisceaux superficiels analogues, si larges et si puissants, que montrent les

deux articulations sacro-iliaques [ligamenU iléo-lombaire et sacro-iliaque supérieur, etc.). {Voy. LiGAMEiMs.)

Parmi les ligaments de ce groupe comptent les ligaments ou membranes (et à tort aponévroses) interosseux radio-cubital et tibio-péronier. Qu'ils se prêtent ou non à des mouvements, ils établissent une union servant à la consolidation des portions les plus minces des os qu'ils relient, et donnent, en même temps, insertion à des muscles. Quelques auteurs les rangent parmi les ligaments non articulaires, parce qu'il n'y a pas de surface articulaire entre les faces des deux os qu'ils relient, et parce qu'il n'y a pas de mouvements re'ciproques de certains de ces os, comme le tibia et le péroné. Mais ce sont aussi bien des ligaments que ceux de certaines articulations symphysaires étroites.

Les véritables ligaments non artictilaires sont les membranes ou ligaments obturateurs, l'acromio-coracoïdien et les cordons fibreux formant un pont sur certaines échancrures osseuses comme aux bords supérieurs de l'orbite, de l'omoplate, etc.

2" Capsules articulaires ou ligaments capsulaires. Ce sont des ligaments sous forme de gaines membraneuses, cylindroides, ouvertes à leurs deux extrémités, plus ou moins régulières, dont la circonférence s'insère sur une crête rugueuse de chacun des os qu'elles unissent. Leur tissu est généralement d'un blanc g risàti'e bien moins bi'illant que celui des autres ligaments. Ce fait tient au mode d'entre-croisement des faisceaux et à la présence d'un peu de matière amorphe entre eux.

On trouve ces capsules autour des articulations énarthrodiales, où elles sont longues, et autour de l'articulation réciproque des apophyses vertébrales, où elles sont très-courtes.

Elles sont minces sur les points où des muscles puissants glissent sur elles. Là même parfois elles sont percées et laissent communiquer leur synoviale sousmusculaire (psoas-iliaque au-devant de l'articulation coxo-fémorale, etc.). Elles offrent d'ailleurs des épaississcments fascicules plus ou moins forts ou des insertions tendineuses ; en les comparant d'une espèce animale à l'autre on les voit aussi d'autant plus minces que les articulations sont plus mobiles, soumises à de plus grands mouvements par des muscles plus puissants, comme sur les chevreuils et autres animaux coureurs et sauteurs.

Ces capsules sont entourées d'un tissu cellulaire lâche partout où elles ne reçoivent pas des insertions tendineuses de l'enforcement, comme on le voit à l'épaule.

Les particularités précédentes relatives à leurs corrélations avec les muscles font que leurs déchirures avec luxations ne surviennent guère que lorsque l'un des os se trouve chassé au moment où ces muscles sont à l'état de relâchement.

3" Des bourrelets, disques et ménisques articulaires et inter-articulaires.

Les bourrelets articulaires sont des organes à peu près circulaires, dont la coupe a la forme d'un triangle à angles plus ou moins mousses.

Ils entourent et rendent plus profonde la cavité ou la surlace concave qui reçoit la tête osseuse des articulations énarthrodiales et des cavités glénoïdes des phalanges.

Rien de plus net que leur constitution fibreuse sans éléments du cartilâo^e contrairement à ce qu'avancent les auteurs qui les nomment des fibro-cartilao-es Rien de plus net que leur surface de jonction avec les synoviales (voy. Séreuse) d'une part, avec l'os d'autre part, ou avec le cartilage avant le complet achève-

ment de l'ossiticatioii du squelette, sans intromission de cartilage dans leur épaisseur. Mais toutefois une mince couche cartilagineuse ou fibro-cartilagineuse, épaisse de un à quelques dixièmes de millimètre, telle que celle qui tapisse les ménisques, s'étend sur la face de glissement articulaire de ces organes, mais sur celle-ci seulement.

Les ménisques sont en quelque sorte des bourrelets adhérents aux ligaments et non à l'os, et étalés complètement (articulations de la mâchoire inférieure, sterno-claviculaire, radio-cubitale inférieure), ou incomplètement (genou), entre les deux surfaces articulaires cartilagineuses de glissement opposées.

En fait, ce ne sont pas plus des organes fibro-cartilagineux que les bourrelets articulaires. Ce sont des organes fibreux, qui, comme les portions articulaires des os, sont tapissés par du cartilage. Mais ici elles sont tapissées par du lîbro cartilage, dont la substance fondamentale est rendue fibroïde par des fibres lamineuses uniquement. 11 forme une couche de glissement ou articulaire, épaisse de un à quelques dixièmes de millimètre seulement, et c'est à elle qu'adhère la synoviale qui manque ici de vaisseaux [voy. Séreux (Système)].

Cette lame fibro-cartilagineuse n'est pas pénétrée par les vaisseaux ni par les nerfs interfasciculaires de l'organe fibreux. Dans ceux qui, comme au genou, ont un bord libi^e et tranchant, il est représenté par la l'éunion, en une seule couche en quelque sorte, de celle de chaque face de l'organe; les vaisseaux, par suite, s'arrêtent ici relativement assez loin du bord tranchant même.

Lorsqu'au lieu d'être semi-lunaire comme au genou, l'organe forme un ménisque complet, comme à l'articulation sterno-claviculaire, la portion médiane mince, transparente, est uniquement fibro-cartilagineuse et sans vaisseaux. Notons que sur ce dernier ménisque, cette couche lîbro-cartilagineuse est plus épaisse, les chondroplastes y sont plus nombreux, plus grands, plus allongés, plus élégamment disposés que sur ceux du genou. Les cellules y sont plus régulières et souvent plus grenues. Les chondroplastes y sont multi-cellulaires pour la plupart et allongés au lieu d'être seulement uni ou bi-cellulaires, transparents et sphéroïdaux comme sur ces derniers. Dans les uns et les autres, ils sont bien plus minces que larges, fait important à connaître pour l'étude des coupes. Ils sont plus difficiles à voir sur celles venant de pièces durcies que sur les préparations fraîches, surtout lorsqu'il s'agit des ménisques du genou.

Spécifions ici que toutes les particularités relatives au grand volume, à la forme, à l'aspect des plans de juxtaposition des faisceaux (p. 50-51) se voient plus nettement encore sur les coupes fraîches des ménisques naturellement durs, que sur celle des mêmes organes durcis.

Ces coupes fraîches permettent encore de constater plusieurs faits importants. En suivant sur elles l'action de l'acide acétique, on voit les fibres lamineuses se gonfler en formant une masse hyaline, transparente, ne montrant que des noyaux du tissu cellulaire et les fibres élastiques décrites (p. 29), sans aucune cellule du cartilage dans ces faisceaux, ni entre leurs plans ou surfaces de juxtaposition. Sur les couches fibro-cartilagineuses et les prolongements cylindroïdes, fusiformes, villiformes, etc., qu'elles portent chez les sujets âgés {voy. Cartilage, p. 755), sur les filaments onduleux ou finement plissés en lesquels on les divise par dilacération, on constate que l'acide acétique fait disparaître les fibres lamineuses qui rendent striés ces fibro-cartilages ; mais de plus on constate que non-seulement il n'y montre pas des fibres élastiques, mais qu'il ne les gonfle pas, comme il le fait pour les faisceaux lamineux, bien qu'il les rende hyalins et transparents comme

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ceux-ci. On distingue par suite nettement ce qui est fibro-cartilage de ce qui est tissu fibreux ; on voit que les ménisques sont essentiellement et principalement des organes fibreux et non des fibro-cartilages, bien que dans ceux qui sont gros, comme ceux du genou, il y ait des cloisons fibro-carlilagineuses qui s'étendent de l'une et de l'autre des couches superficielles libro-cartilagineuses. Tantôt elles traversent toute leur épaisseur, tantôt elles sont incomplètes. Elles peuvent atteindre jusqu'à un demi-millimètre d'épaisseur, et l'acide acétique les met en évidence parfois, alors qu'on ne les voyait pas d'abord.

Notons que l'absence des fibres élastiques dans ces minces couches de fibrocartilage montre, comme l'embryogénie [vo^j. Cartilage, p. 720), que les fibres élastiques ne dérivent pas plus ici des cellules cartilagineuses que dans les artères, etc., quoi qu'en disent certains auteurs.

Disques intervertébraux. Sur l'homme et la plupart des autres vertébrés, ces organes se composent : 1° d'une portion périphérique, qui est la principale, et fibreuse comme les ligaments ordinaires ; 2» d'une cavité centrale tapissée d'une couche fibro-cartilagineuse ; 5° des restes de la corde dorsale {voy. Rachis), remplissant cette cavité et qui ne sont aucunemnnt de la synovie. Sur les vieillards, et dès l'âge fœtal sur les rimiinants, les équidés, etc., ces deux dernières parties constituantes disparaissent, et il ne reste qu'un ligament ou disque purement fibreux, ne se prêtant plus qu'à des mouvements très-restreints d'inclinaison des vertèbres les unes sur les autres ; parfois même il se résorbe à mesure que les corps vertébraux osseux voisins s'épaississent et se substituent à lui.

On voit par là que le nom A'anneaux fibreux donné aux parties similaires ligamenteuses des disques intervertébraux n'est pas absolument exacte.

Sur les poissons et sur les mammifères à colonne vertébrale très-flexible, cette partie ligamenteuse reste mince pendant toute la vie, et représente une véritable capsule courte, analogue à celle de l'articulation sterno-claviculaire, mais dont la cavité est remplie par le tissu de la corde dorsale. Cette disposition demeure au fond la même chez l'homme, etc., tant qu'il y a de ce tissu entre les vertèbres ; seulement l'épaisseur de cette capsule devient considérable et son tissu fibreux forme une masse plus grande que celle qui représente la portion pulpeuse centrale.

Le tissu de ces ligaments est d'un blanc mat, un peu jaunâtre même, au lieu d'être nacré. Les fibres y sont extrêmement fines, à peu près rectilignes, parallèles dans les faisceaux qu'elles forment. Ces derniers sont polyédriques, intimement juxtaposés en faisceaux secondaires, assez gros pour être visibles à l'œil nu, mais juxtaposés eux-mêmes d'une manière immédiate. Nulle cloison de tissu cellulaire ou vasculaire noir n'existe entre ces faisceaux ou entre leurs groupes, contrairement à ce qui est dans les autres ligaments. Là est la'cause de l'aspect fin et serré du tissu de ces disques, vu à l'œil nu ou à la loupe.

Les coupes n'y montrent pas les nerfs ni les vaisseaux qu'on voit pourtant dans les surtouts vertébraux ligamenteux qui leur adhèrent. Les faisceaux fibreux de ces disques ne renferment qu'un très-petit nombre de fibres élastiques, nombre bien plus petit que dans tous les autres ligaments, et toutes y sont des plus fines. Ces ligaments offrent à cet égard des différences les plus tranchées à côté du périoste vertébral et des surtouts ligamenteux. Quelques cellules élastiques étoilées, à prolongements fins et courts, se rencontrent dans ces faisceaux. Les noyaux du tissu cellulaire y sont visibles, mais peu abondants.

Le tissu fibreux de ces ligaments ainsi constitué est disposé par couches concentriques autour de l'axe du corps des vertèbres. Les plus épaisses de ces couches

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attei-^nenl un millimètre et ne dépassent presque jamais cette épaisseur; elles sont plus minces sur le chien, sur le chat, etc., que sur l'homme. La plus extérieure de ces couches, plus épaisse que les suivantes, est formée de faisceaux circulaires ; ils sont toutefois un peu obliques, de manière qu'après un trajet de (|uelques centimètres à partir de leur insertion à la vertèbre placée au-dessous, l'autre bout rencontre la vertèbre qui est au-dessus, et s'y insère.

En dedans est une autre couche qui tapisse en quelque sorte la précédente dans toute l'étendue de sa face interne ; mais elle est formée de fibres verticales croisant les précédentes presque à angle droit, allant directement d'une face articulaire vertébrale à l'autre. Les deux bouts de ses faisceaux s'inclinent toutefois un peu vers l'axe du corps vertébral, auprès de leurs insertions. Cette couche est plus mince du quart à la moitié que la précédente. Les couches suivantes deviennent un peu plus minces à mesure qu'elles deviennent plus internes ; il n'y a toutefois pas une rigueur mathématique sur ce point, quelques-unes de ces couches se montrant plus épaisses que celles qui les circonscrivent, et cela soit sur toute leur étendue, soit sur une portion seulement de celle-ci.

Cette disposition de couches concentriques contiguës, les unes à fibres obliquement circulaires, les autres à fibres verticales alternant avec une grande régularité se continue jusqu'auprès de la partie molle centrale, d'aspect homogène wrisâtre, sans couches alternantes, qui limite la cavité pleine des résidus de la corde dorsale. Elle n'apparaît qu'au fur et à mesure du développement des prolongements fibrillaires des cellules fibro-plastiques (voy. Cartilage, p. 720).

Il n'y a pas de cloisons de tissu cellulaire entre ces couches concentriques, dont celles à fibres verticales sont toujours les plus minces, tantôt avec quelque entrelacement, tantôt sans confusion ni mélange des faisceaux de l'une avec ceux de l'autre vers les plans de contact.

On sait que dès qu'on coupe les disques en travers, la surface de section montre une alternance de sillons séparés par des saillies circulaires dans la moitié au moins de l'étendue du demi-diamètre de chaque disque, à partir de la périphérie de celui-ci . Les coupes transversales font constater nettement que le sillon est dû au retrait des couches à fibres verticales, et que la saillie est formée par les faisceaux circulaires.

Les coupes verticales montrent des sillons analogues, mais dont la dépression est inversement disposée et due ici au retrait des couches à faisceaux circulaires. En d'autres termes, le retrait de ces faisceaux a lieu dans le sens de la tension des fibres.

L'absence de cloisons lamineuses interfasciculaires fait que les liquides employés après ou avant le durcissement de ces ligaments, pour rendre leurs coupes transparentes, font disparaître les plans limitant les faisceaux quand ils gonflent les fibres. En même temps, la distinction entre les couches concentriques devient moins nette sous le microscope, surtout chez l'homme.

Ce sont les couches, dont les faisceaux sont vus suivant leur longueur, qui sont blanches ; les faisceaux dont on voit la section transversale ou oblique sont grisâtres, demi-transparents au contraire, parce que cette section laisse pénétrer la lumière au lieu de la réfléchir, comme lorsqu'on les observe dans la direction opposée, c'est-à-dire suivant la longueur des fibres.

Mais, comme l'a déjà notéLuschka [voy. Cartilage, p. 726), il n'y a pas là deux substances ligamenteuses distinctes, alternant pour donner l'aspect damassé que montrent les sections de ces ligaments. Ces dispositions se retrouvent aussi bien

sur les coupes minces après durcissement, soit à l'œil nu, soit surtout à la loupe, que sur les organes frais, mais avec d'autres aspects, en raison de la transparence des préparations. Elles se retrouvent aussi nettement que sur l'homme, sur les disques intervertébraux du chien, comme je l'ai constaté sur des pièces de M. Tourneux.

La portion centrale de ces ligaments est épaisse de plusieurs millimètres, à coupe grisâtre, d'aspect homogène; ses fibres ou nappes sont concentriques circulairement autour du centre des disques ; bien qu'il n'y ait plus alternance des fibres verticales, ces nappes se détachent assez aisément les unes des autres smles pièces durcies. Elles forment ainsi la paroi de la cavité à face interne floconneuse, que remplit le résidu visqueux ou pulpeux de la notocorde, tant qu'il existe encore; paroi aussi épaisse en haut et en bas que sur les côtés de la cavité. (Voy. p. 60 à 61 pour la disposition du cartilage dans ces couches.}

Les coupes montrent qu'elle est représentée en quelque sorte par une seule des couches à faisceaux fibreux obliquement circulaires, offrant là une grande épaisseur, et s'étant étendue en haut et en bas de la cavité aussi bien que sur ses côtés. Au lieu de faisceaux proprement dits, ce sont ici des nappes de fibres qui ne s'insèrent plus sur les faces osseuses, et dont les plus internes se prolongent soit en forme devillosités dans la cavité, soit en trabécules traversant celleci de part en part (voy. Cartilage, p. 720).

Il résulte de ce qui précède, comme on le voit, que les faisceaux de fibres, jouant le rôle de ligament, de moyen d'union, par leurs insertions sur les faces articulaires vertébrales, sont celles de la circonférence seulement de ces surfaces, et cela sur une étendue variable d'une espèce animale à l'autre et d'une vertèbre à l'autre sur un même animal. Ce sont celles, en un mot, qui sont disposées en couches concentriques alternantes, visibles à l'oeil nu ou à la loupe. C'est ainsi que le diamètre transversal du disque de la quatrième vertèbre lombaire étant sur un sujet âgé de quarante à quarante-cinq ans de 50 millimètres, ces couches forment une épaisseur ligamenteuse de 15 à 17 millimètres de chaque côté ; celui qui sépare la onzième de la douzième vertèbre dorsale, mesurant 42 millimètres sur le même sujet, les couches ensemble avaient une épaisseur de 14 à 16 millimètres de chaque côté. Par suite, sur une largeur de 14 à 16, 18 et même 20 millimètres, la portion fibreuse centrale du disque ne s'insère pas sur les corps vertébraux. Ses fibres concentriques ne font que raser cette surface, si l'on peut ainsi dire, sans adhérences d'insertions réelles ; elles se prêtent par suite avec le résidu de la notocorde, quand il existe encore, aux mouvements d'inclinaison autour de ce centre mou, mais incompressible (voy. Ch. Robin, Comptes rendus des séances de V Académie des sciences, Paris 1867, t. LXIII).

L'importance qu'a la distinction entre la portion ligamenteuse et la partie jouant un rôle dans la sustentation et les mouvements, ne saurait échapper au point de vue des usages de la colonne vertébrale. Les parties molles centrales de chacun des disques sont, en effet, autant de centres de locomotion par simple inclinaison des vertèbres les unes sur les autres, à laquelle se prête la compression de la portion ligamenteuse de ces organes faisant transversalement une saillie cylindroïde intervertébrale du côté où penche le tronc. Ces parties molles, non ligamenteuses représentent d'autre part des centres de sustentation, à équilibre instable, il est vrai, mais très-réels. Elles le remplissent en raison de leur incompressibilité propre, plus prononcée encore que celle des corps vertébraux;

le rôle d'organe de sustentation est proportionnel à la résistance de l'épaisse partie ligamenteuse du disque, qui s'oppose à l'aplatissement et à l'écoulement par pression de la masse demi-liquide. Aussi voit-on l'épaisseur des disques diminuer, et par suite la hauteur de la colonne vertébrale et de la taille, dès que cette portion demi-liquide passe à l'état fibreux par le mécanisme indiqué ciaprès, au fur et à mesure des progrès de l'âge des animaux à station verticale, comme l'homme. D'autre part, la partie ligamenteuse du disque reste relativement mince sur ceux des quadrupèdes et des poissons sur lesquels le rôle de la partie molle, comme organe de sustentation, est presque nul, le rôle d'organe de locomotion réciproque des vertèbres persistant seul ou à peu près. Au contraire, cette portion molle disparaît dès l'âge fœtal, et la portion ligamenteuse forme prescjuc tout le disque sur les quadrupèdes à colonne vertébrale rigide et résistante, tels que les ruminants et les équidés.

Le contenu des disques intervertébraux est une matière gluante, visqueuse, transparente ou un peu trouble, bien moins coulante que la synovie ; elle remplit la cavité des disques intervertébraux et mérite d'être étudiée plus attentivement aujourd'hui qu'on ne le fait en général. Malgx'é quelques analogies d'aspect extérieur, elle n'est pas assimilable à la synovie. Elle représente les restes de la corde dorsale devenus un centre de mouvement, sphéroïdal, incompressible en raison de sa liquidité, et, par suite aussi, susceptible de très-légers déplacements, qui suffisent à l'accomplissement des usages de la colonne vertébrale en tant que tige flexible et de sustentation à la fois. La portion fluide du corps ffélaliniforme tilant que renferment ces cavités est le résidu du liquide de même nature que nous verrons exister entre l'enveloppe et le cordon celluleux de la corde dorsale ou notocorde.

Cette matière est alcaline, miscible à l'eau et ne coagule par la chaleur, ni par les acides acétique, tannique, ni par le sublimé et l'alcool. L'acide nitrique la trouble et la jaunit. Chez les poissons, la densité de cette matière est, d'après M. Chevreul, de 1027. En raison de sa provenance embryogénique et anatomique, il est probable que ce liquide renferme de la mucosine.

Ainsi que l'a montré Ë. van Beneden, ce n'est ni d'un groupement de cellules du mésoderme, ni de cellules provenant de l'involution ectodermique cérébrospinale que dérive la notocorde ; elle provient des cellules siégeant dans l'axe de l'endoderme. Ce n'est pas par involution, telle que celle qui donne lieu à la formation du névraxe, qu'elle se produit ; c'est comme par gemmation cellulaire à la face adhérente de l'endoderme jusqu'alors composé, ici comme ailleurs, d'une seule rangée de cellules. Pour parler plus exactement, elle naît par suite de ce que les cellules placées sur la ligne médiane antéro-postérieure de l'endoderme, au lieu de se multiplier par scission en se groupant les unes à côté des autres et à étendre en surface seulement ce feuillet, ces cellules, disons-nous, se segmentent de manière à former deux, puis trois rangées, superposées suivant cette ligue. D'abord rayonnant chacune à partir de leur point d'adhérence à la cellule dont elles dérivent, elles se segmentent elles-mêmes ; elles forment d'abord dans un épaississement, bien figuré par Kôlhker, un disque ou une portion de cylindre et bientôt un cylindre complet, alors dépourvu d'enveloppe. Celui-ci ne touche plus la face adhérente du mésoderme que par une lif^ne d'arête, et, par celle qui est diamétralement opposée, il touche la ligne médiane profonde de l'involution cérébro-spinale. La notocorde partage ainsi complètement en deux moitiés, droite et gauche, le mésoderme, excepté toutefois en avant de l'cxtré-

inité antérieure do ce cylindre, où ce feuillet reste en continuité avec lui-même. Mais sur toute sa longueur même, ce cylindre attenant encore à l'endoderme touche la bandelette ou portion de cylindre creux qui représente alors le névraxe, lequel est attenant encore de son côté à l'ectodcrme. Ces deux feuillets blastodermiques se touchent ainsi suivant l'axe longitudinal de l'aiie embryonnaire par l'intermédiaire de leurs provenances axiles homologues ci-dessus. C'est du huitième au neuvième jour après la fécondation que sur le lapin naît la notocorde.

La manière dont plus tard le cristallin dérive d'un point circonscrit des cellules de l'ectoderme n'est pas sans analogie avec celle dont la notocorde, organe épithélial aussi, provient de l'endoderme.

Autour du groupe de cellules ectodermiques constituant le cristallin originel, on voit se produire, aussitôt après son isolement, une enveloppe, tenace et relativement épaisse, la capsule du cristallin. C'est là une production de l'ordre des pièces squelettiques externes, ayant lieu comme celle des couches chitineuses des insectes, etc., par exsudation molécule à molécule à la surfice libre d'épitliéliums disposés sur une ou plusieurs i^angées (Ch. Robin, Leçons sur les systèmes atiatomiques, dans le journal l'École de médecine, Paris, 1875, p. 76). Autour de la notocorde, une enveloppe homogène, tenace également, malgré sa minceur, est produite d'une manière analogue ; elle est produite par ce cylindre cellulaire épithélial, aussitôt après son isolement; cylindre d'origine endodermique qui joue le rôle d'organe squelettique, mais d'organe squelettique interne, temporaire sur certains vertébrés, permanent sur d'autres.

Comme les organes d'origine ectodermique et endodermique, celui-ci ne renferme jamais de tissu cellulaire et ne s'ossifie jamais ; ses cellules ont les caractères généraux des cellules épithéliales, tant physiques que chimiques ; comme ces cellules, celles d'origine endodermique surtout, elles se creusent rapidement de vacuoles dès qu'elles se trouvent dans certaines conditions soit naturelles, soit accidentelles, évolutives ou cadavériques; dans des conditions de même ordre, elles se gonflent aisément, deviennent sphériques et vésiculeuses.

Ainsi née, Vànotocorde (voto;, dos; -/.opS/], corde), dont il a été déjà question à l'article Rachis, au point de vue du développement de celui-ci, se présente sous la forme d'un filament ou cordon, d'abord cylindrique, puis toruleux, déstructure celluleuse. Cet organe a été appelé Corde dorsale ou spinale, chorda dorsalis (Baer, Entwickelungsgeschichte der Thiere, Kœnigsberg, 1 828, in-4° ; erster Tbeil, p. \ 5, et zweiter Theil, p. 208, et Développement des oiseaux dans Burdach, P%siologie , traduction française, Paris, 1858 , in-8^ t. III, p. 208) ; Corde de substance molle que les vertèbres entourent comme des anneaux chez l'esturgeon, le polyodon, la chimère, la lamproie, etc. (Cuvier, Anatomie comparée, 1800); Chorde ou corde dorsale et cordon gélatineux de la colonne vertébrale, de divers auteurs; Corde vertébrale (Valentin, Bischoff, etc.); Notocorde (Richard Owen, Principes d'ostéologie comparée, Paris, 1855, in-8", p. 181 ; et Ch. Robin, Mém. sur révolution de la notocorde, in Mémoires de V Académie des sciences, Paris, 1870,in-4% t. XXXVI,p. 410).

La corde dorsale est terminée en pointe mousse à ses deux bouts chez les poissons, les batraciens et les reptiles. Son extrémité antérieure, un peu plus grosse que l'autre, tout à fait mousse sur un certain nombre d'espèces, s'avance jusqu'au niveau du milieu de la base du crâne chez ces animaux. L'autre extrémité correspond au bout de la queue. La partie antérieure s'atrophie au niveau de la base du crâne dans tous ces animaux et ne se retrouve qu'à partir de la

deuxième vertèbre du tronc ou cervicale cliez ceux qui conservent des restes de la notocorde pendant toute la vie, tandis que l'autre extrémité se retrouve entre les deux dernières vertèbres coccvgiennes ou dans la dernière.

Baer (dans Burdach, loc. \it., 1838, t. III, p. 208, et Entwickelunysgeschichte, Kœnigsberg, 1828, in-4°, p. 15) s'exprime ainsi, à propos du développement des oiseaux : « Avec les lames dorsales se forme encore une autre partie que je nomme corde dorsale ou spinale. C'est une bandelette qui suit l'axe de la colonne vertébrale future, et, par conséquent, de l'embryon entier. Elle se compose d'abord d'une simple série de globules foncés en couleur qui sont plus serrés du côté de l'extrémité antérieure, et plus écartés les uns des autres à l'extrémité postérieure. Elle acquiert ensuite plus d'épaisseur et de solidité, parce que le nombre des globules qui la constituent va toujours en augmentant. L'extrémité antérieure prend de bonne heure la forme d'un bouton arrondi, beaucoup plus épais, de sorte que, dès la fin du premier jour, la corde dorsale ressemble à une épingle très-déliée, munie d'une petite tète. Elle conserve aussi cette apparence plus tard, tout en devenant peu à peu plus forte et en se courbant comme l'embryon entier. Cette corde correspond évidemment à la colonne cartilagineuse qui se trouve pendant toute la vie dans le rachis de quelques poissons cartilagineux. Dans le poulet aussi, de même que chez ces derniers, les corps vertébraux s'appliquent autour du cylindre, de sorte que, jusqu'à la moitié du développement, époque à laquelle celui-ci devient peu à peu plus fort, on peut le retirer des corps vertébraux comme un ruban — Or, la' corde dorsale est ce que tous les observateurs qui prétendent avoir vu la moelle épinière de très-bonne heure, ont pris pour cet organe ; car il n'y a aucune trace de moelle épinière comme corps solide, avant la soudure des lames dorsales. »

Sur divers mammifères la notocorde est légèrement renflée en massue à son extrémité céphalique, qui s'étend jusqu'au niveau des vésicules auditives, à la place qu'occupera le cartilage de l'apophyse basilaire de l'occipital, immédiatement en arrière de celle qui sera occupée par le cartilage du corps du sphénoïde. Un peu aminci à son extrémité postérieure ou caudale, cet organe forme un cordon parfaitement cylindrique et d'une épaisseur qui reste à peu de chose près de 5 centièmes de millimètre dans toute sa longueur, à moins que son extrémité céphalique ne soit un peu renflée comme sur le mouton, etc.

Le corps cartilagineux de l'apophyse basilaire, celui de l'apophyse odontoïde et celui de chaque vertèbre naissent autour de la corde dorsale comme axe central, de telle sorte que jusqu'à l'époque de l'ossification du corps des vertèbres, tous ces centres vertébraux sont traversés par* ce cordon jusqu'à la dernière vertèbre coccygienne inclusivement, comme un fil traverse les grains d'un chapelet. Les cartilages du corps de chaque vertèbre sont séparés les uns des autres par des espaces réguliers occupés par le tissu des disques intervertébraux.

Lors de la génération de ce tissu, la notocorde se renfle vers le centre de ces disques, sa gaine se dilate sous forme de gonflements ovoïdes ou lenticulaires, réguliers ; en sorte que cet organe, qui représente alors l'axe réel de la colonne vertébrale et s'allonge en même temps qu'elle, est d'une manière régulière alternativement renflée et parfaitement cylindrique. Ici, son diamètre ne change pas. La notocorde constitue ainsi un filament grisâtre, renflé au niveau des disques intervertébraux, et qui reste mince, dans ses portions qui traversent les cartilages du corps des vertèbres, comme il était partout auparavant.

Bientôt Fossification du centre des vertèbres interrompt la continuité des portions restées cylindriques de la notocorde, et ne laisse plus de cet organe que les cavités intervertébrales, qui ne cessent pas de s'agrandir ; mais ils disparaissent ensuite plus ou moins tôt, suivant les espèces de maramifèi'es, au sacrum, au coccyx et même dans tous les espaces intervertébraux chez quelques-uns.

Sur de très-petits embryons de l'homme et autres mammifères tels que ceux de vache, etc., longs de 4 à 5 centimètres, à compter de la tête jusqu à la racine de la queue, on peut constater que l'apparition des points d'ossification offre les particularités suivantes. Le dépôt de granules phosphaliques, plus opaques que le cartilage, se fait dans les interstices des chondroplastes, dont les dimensions sont encore petites. L'époque à laquelle commencent à se former les ostéoplastes est celle où ce dépôt représente un amas central ovoïde en travers ou arrondi, d'abord grenu, pâle, puis apercevable à l'œil nu, opaque sous le microscope, et qui interrompt la notocorde. Avant cette époque, il a, vers le milieu de la hauteur de la vertèbre, l'aspect d'une petite tache demi-transparente, mais notablement moins translucide que le reste du cartilage; elle est due au dépôt de phosphate calcaire à l'état de granules entre les chondroplastes, sans qu'il y ait encore d'ostéoplastes formés ; on ne peut, par conséquent, pas les nommer des points d'ossification. Cette tache est plus claire dans l'axe de la vertèbre, au niveau de la notocorde, que sur ses côtés, et paraît ainsi double ou hilobée, surtout si l'on comprime la préparation {voy. Rachis). Jusqu'à cette époque, cet organe se compose :

1° De la. notocorde proprement dite, filament plein, grisâtre, demi-transparent, composé de cellules nucléées, polyédriques finement granuleuses, trèsadhérentes les unes aux autres par juxtaposition immédiate.

12" Ce cordon est lui-même entouré d'une gaîne mince, transparente, résistante [gaine ou tunique de la notocorde), séparée du filament celluleux par un petit intervalle plein d'une substance demi-liquide, hyaline, assez tenace, dans laquelle est plongé et flotte en quelque sorte le cordon celluleux ou notocorde proprement dite. Avant l'apparition de ses renflements intervertébraux, on peut retirer intactes la notocorde et sa gaîne des organes qu'elles traversent ; alors on constate que ces derniers ne naissent pas par transformation de la substance de cette tunique en leurs tissus cartilagineux là et fibreux ici (voy. p. 59-60).

Remplissant le rôle de soutien squelettique du nouvel être durant la phase blastodermique de son évolution, on voit à cet égard d'autres organes se substituer à elle, et, loin de se transformer en quelque autre, la corde dorsale continue à augmenter de masse; mais en changeant de disposition morphologique, •ce qui entraîne des différences dans les usages relatifs aux mouvements du nouveau squelette, usages que ses portions intervertébrales remplissent jusqu'à l'époque de son atrophie sénile, avec substitution d'un autre tissu, qui est ici du tissu fibreux. Enfin ce petit appareil offre un exemple frappant des cas de remplacement d'un organe transitoire par un autre , sans que jamais le tissu du second soit une transformation du premier, sans qu'il y ait de lien généalogique direct des éléments de celui-ci avec ceux de celui-là.

Les cellides composant la notocorde ont un diamètre de O^^.OSb à 0'"'",040 environ. Chez les mammifères et les oiseaux elles sont polyédriques, grisâtres, assez transparentes, finement granuleuses, à granulations fines et grisâtres ; toutes renferment un noyau sphérique, quelquefois un peu ovoïde, très-transparent avec un nucléole brillant et peu volumineux.

Dès qu'on vient à mettre ces cellules au contact de l'eau, elles se gonflent et prennent rapidement un volume presque double de celui qu'elles avaient avant; en même temps elles deviennent sphériques. Cette remarque est très-importante, parce que, dans presque toutes les descriptions de ces cellules, on les décrit telles qu'elles sont après le contact de l'eau ; d'où il résulte qu'on les dit être de grands globules sphériques, transparents, offrant un noyau très-clair et dépourvu de granulations, tandis qu'elles sont en réalité grisâtres, finement oranuleuses et polyédriques. Ce n'est qu'au contact de l'eau qu'elles deviennent sphériques et que leurs granulations se dissolvent, ce qui les l'end tout à fait hyalines.

Chez les vertébrés à température variable, il n'y a'pas de liquide hyalin visqueux entre le cordon celluleux etiagaînecomme sur les mammifères; celle-ci est immédiatement appliquée contre les cellules les plus superficielles, qui seules parfois sont un peu grenues, à fines granulations grisâtres pâles, dans une portion seulement de leur masse. L'eau et la glycérine les gonflent légèrement. L'acide acétique ne les dissout pas ; il les resserre notablement en les rendant plissées. Quelques-unes seulement, vers la surface surtout, restent avec un petit noyau nettement sphérique, à peine grenu, avec ou sans nucléole.

Celles des cellules qui forment les petits amas du tissu de la notocorde remplissant les cavités intervertébrales, ces cellules, disons-nous, sont en général du volume des plus petites de celles dont il vient d'être question. Mais elles sont toujours plus grandes que les cellules cartilagineuses. {Voy. Cartilage.)

Aucun élément anatomique, tel que fibres lamineuses ou autre, n'est interposé aux cellules dans l'épaisseur ni à la surface du cordon gélatiniforme, épais d'un demi-millimètre au moins, qu'elles forment par leur juxtaposition immédiate sur les têtards de batraciens. Les dispositions qui viennent d'être décrites se retrouvent à peu de chose près sur les jeunes poissons. Sur ces animaux adultes, les cellules n'ont plus de noyaux ni de granulations. Leur diamètre est de 7 à 10 centièmes de millimètre ; elles sont régulièrement polyédriques par pression réciproque. Aucun élément anatomique n'est interposé aux cellules qui sont immédiatement contiguës les unes aux autres. Aucun liquide, chez ces animaux, n'est interposé au tissu gélatiniforme qu'elles composent et aux parois de la cavité qui les renferme.

La cellulose manque complètement dans les cellules de la notocorde, dont en même temps la paroi est bien plus mince que celles des cellules végétales. Sur les embryons des oiseaux et des mammifères, la corde dorsale s'étend de l'extrémité antérieure de l'apophyse basilaire jusqu'à la dernière vertèbre coccygiennc ou caudale, en traversant le sacrum, de telle sorte qu'elle est très-longue chez les rats, les carnassiers, les ruminants, etc., qui présentent un grand nombre de vertèbres coccygiennes.

Lorsque les points d'ossification apparaissent au centre des vertèbres et dans l'apophyse basilaire, elle s'atrophie à ce niveau et disparaît, de telle sorte qu'elle se trouve interrompue autant de fois qu'il y a de corps vertébraux s'ossifiant. Il importe de savoir qu'il n'y a qu'un seul noyau d'ossitication au centre de chaque corps vertébral ou de l'apophyse basilaire de l'occipital, et que le noyau unique apparaît un peu en arrière de la notocorde qu'il entoure bientôt et dont il envahit la place en déterminant l'atrophie de sa gaîne et de ses cellules.

Une disposition digne d'être notée est que ce filament traverse de part en part l'apophyse odontoïde de l'axis et passe en arrière de l'arc antérieur de

l'atlas, de sorte que l'atlas n'est traversé dans aucune de ses parties par la corde dorsale. Ce fait se rattache à cette particularité importante en anatomie descriptive, que l'apophyse odontoïde naît toujours par un corps cartilagineux distinct qui représente en réalité le corps de l'atlas, et qui au lieu de s'unir à l'arc antérieur de cette vertèbre se soude, quoique assez tard, au corps de l'axis; cette soudure est tardive, parce qu'il reste un renflement de la corde dorsale entre l'apophyse odontoïde et le corps de l'axis. Lors de l'ossification des vertèbres, la notocorde ne forme donc plus un filament continu ; elle ne se trouve plus représentée que par les dilatations intervertébrales dont une existe entre le corps de l'axis et l'apophyse odontoïde représentant le corps de l'atlas.

Ainsi la portion de ce cordon qui traverse l'apophyse basilaire de l'occipital s'atrophie graduellement ; il en est de même plus tard, de la 2^ à la 6'' année chez l'homme, pour la portion qui traverse l'apophyse odontoïde et de celle qui traverse le corps de l'axis sur lequel l'apophyse odontoïde représente une partie atloïdienne surajoutée. Lors de l'ossification des corps vertébraux, on ne renconti'e plus le tissu de la notocorde qu'à partir du disque qui sépare la seconde de la troisième vertèbre cervicale, et dans tous ses homologues jusqu'à l'extrémité du coccyx. Mais bientôt on voit la portion du cordon qui traverse le sacrum subir une atrophie telle, que la dilatation qui est inteiposée à chaque vertèbre disparaît complètement. Chez l'homme, c'est vers l'âge de neuf à douze ans qu'ont lieu ces derniers phénomènes. Il en est bientôt de même pour la partie qui occupe l'intervalle des vertèbres coccygiennes. De telle manière qu'au bout d'un certain temps, ce cordon celluleux est subdivisé par la production des noyaux d'ossification en autant de parties distinctes ou d'organes similaires qu'il y a de disques intervertébraux ; après avoir ainsi occupé toute l'étendue de la colonne vertébrale, depuis l'apophyse basilaii'e jusqu'à l'extrémité du coccyx, on le voit s'atrophier dans l'apophyse basilaire, dans les deux premières vertèbres cervicales, dans les disques intervertébraux du sacrum et du coccyx, pour ne plus occuper que la colonne vertébrale proprement dite. Là même on ne retrouve son tissu qu'au centre des disques intervertébraux, où il est accompagné d'une certaine quantité de la matière demi-liquide gélatiniforme dont nous avons parlé. Plus tard, dans les disques intervertébraux cervicaux, dorsaux et lombaires, aussi bien que dans le sacrum, ce tissu s'atrophie graduellement en suivant les phases de cet ordre évolutif indiquées ci-après. Sur l'homme l'atrophie commence vers l'âge de soixante ans environ. A partir de ce moment, la cavité des disques intervertébraux, au lieu de renfermer une substance molle, élastique, est graduellement envahie par du tissu fibreux, de telle manière que chez les sujets très-âgés on n'observe plus trace du tissu de la corde dorsale, formé par les cellules juxtaposées, ni du liquide visqueux qui les accompagne. Cette atrophie, dans les disques intervertébraux, suit toutes les phases qu'on observe durant l'atrophie du tissu de la portion de la notocorde qui occupe l'intervalle des vertèbres sacrées {voy. p. 62). Ces phénomènes sont ainsi les mêmes aussi bien vers la neuvième ou la douzième année, époque où ils ont lieu dans le sacrum, que vers l'âge de soixante ans environ, où elle commence à survenir entre les autres vertèbres. Quoi qu'il en soit, ce tissu a une existence temporaire chez les mammifères ; mais celle-ci se prolonge cependant jusqu'à une période avancée de l'existence pour un certain nombre de disques intervertébraux, et en particulier pour ceux de la région lombaire où l'atrophie se fait en dernier lieu quand la mort ne la prévient pas.

Il y a des animaux sur lesquels cette atrophie graduelle du tissu de la notocorde s'accomplit beaucoup plus tôt que chez l'homme. Ainsi, sur les oiseaux, les ruminants et sur les solipèdes, qui ont une colonne vertébrale très-rigide, l'atrophie s'achève avant la naissance; dans quelques espèces elle a lieu quelque temps après la naissance, tandis que chez les carnassiers, qui ont une colonne vertébrale trcs-flexible, comme le chien et le chat et beaucoup d'autres carnassiers, on retrouve ce tissu gélatineux de la notocorde dans les cavités des disques intervertébraux pendant toute la durée de la vie.

Pendant que se produisent les cavités intervertébrales par dilatation de la notocorde, dès le troisième mois au plus tard de la vie intra-utérine de l'homme, ou à des époques correspondantes, selon la durée de la gestation des mammifères, tels que les Rongeurs, on voit ses cellules présenter des modifications importantes. D'abord la corde dorsale proprement dite cesse de former en ce point un renflement ou amas celluleux homogène ; ce renflement se subdivise en fragments ou petits groupes larges de 0""", i ou environ, apercevables déjà à l'œil nu, comme de petits points grisâtres, de configurations très-variées et souvent d'aspects bizarres sous le microscope. Des cellules de la portion du tissu de la notocorde qui existe dans les cavités intervertébrales des Raies, prennent parfois des dispositions analogues, contrairement à ce qu'on voit chez les autres poissons ; mais les amas qu'elles forment sont transparents, flottants dans un liquide très-mobile. Les cellules de ces amas sont devenues les unes hyalines, les autres finement grenues et de dimensions très-diverses.

Ces amas offrent cette particularité, que les cellules dont ils sont formés se creusent petit à petit de cavités que remplissent des gouttelettes d'un liquide rosé ou jaunâtre. Ces cellules deviennent alors tantôt ovoïdes, tantôt arrondies, et jusqu'à deux ou trois fois plus grosses que dans les premiers mois de leur existence. Leur contour est quelquefois difficile à distinguer au premier abord, mais il devient très-apparent, dès qu'on ajoute de l'eau à la préparation. L'aspect de ces cellules est complètement changé par la présence de ces gouttelettes rosées ou jaunâtres, et quelques partisans de la théorie de la génération endogène ont décrit ces gouttelettes comme des cellules incluses, tandis qu'elles représentent un fluide peu coulant qui s'est produit dans l'épaisseur de la substance des cellules en vertu de modifications évolutives et relativement séniles. Ces gouttelettes sont complètement dissoutes par l'eau après une demi-heure de contact ou environ, et les cellules reprennent alors les caractères qu'elles offrent pendant l'âge embryonnaire lorsqu'on les a traitées par l'eau. Ce fait prouve que ce sont là des gouttes d'un liquide particulier qui se forme dans la substance des cellules de la notocorde ; substance qu'elles distendent et repoussent sans se mêler avec elle. Mais ce ne sont pas des cellules incluses dans d'autres cellules. Enfin des gouttes semblables existent aussi dans la matière hyaline visqueuse qui est interposée aux amas de cellules; elles semblent avoir exsudé de l'épaisseur de ces éléments dans lesquels elles sont produites.

Chez le chien, les cellules sont immédiatement contiguës les unes aux autres, mais peu adhérentes ensemble, sphériques ou ovoïdes, à peine déformées par pression réciproque, rarement au point de devenir polyédriques. Elles ont en moyenne 50 à 35 millièmes de millimètre.

Ces modifications diffèrent, du reste, un peu d'un groupe à l'autre parmi les mammifères. Elles sont particulièrement plus prononcées chez Ihomme et les rongeurs que dans les carnassiers. De plus, sur ces derniers, la quantité de li-

<juide visqueux qui accompagne les cellules est nulle ou beaucoup moindre que dans les cavités intervertébrales des animaux précédents.

La gaine ou enveloppe de la notocorde a été décrite d'abord par Baer (dans Burdach, lac. cit., 1838, t. III, p. 209). Il a vu exactement, sur le poulet, comment elle naît : a Comme la corde dorsale, dit-il, commence à se former par une série simple de globules d'une couleur foncée, de même aussi on voit cette ligne entourée d'une bordure claire, et plus la corde est foncée, plus la bordure est claire, jusqu'à ce qu'elle acquière la diaphanéité du verre. Mais, attendu qu'on la distingue de tous les côtés, elle est, à proprement parler, une gaine de la corde dorsale. Dans le principe, elle ne fait qu'un avec la corde — Il n'y a de remarquable à la corde dorsale que la solidité de la masse diaphane, car, en procédant avec précaution, on peut, dès le troisième jour de l'incubation, séparer la corde de sa gaîne.... La gaine entoure aussi le bouton de la corde dorsale, et c'est là que les extrémités antérieures des lames dorsales s'appliquent l'une contre l'autre. {Voy. aussi Entwickelungsgeschichte, 1828, in-4°, p. 46.) II ne parle pas de ses modifications évolutives ultérieures. Quant à la corde dorsale des mammifères, il se borne à noter qu'elle est très-mince chez ces animaux {loc. cit., 1828 ; zweiter Theil, p. 208.)

La surface extérieure de l'enveloppe est nette, lisse, régulière, et les éléments anatomiques qu'elle entraîne, lorsqu'on l'isole des tissus ambiants, s'en détachent sans trop de difficulté à l'aide des mouvements causés par des pressions alternatives exercées des lamelles de verre. Il en est ainsi tant que le cartilage des corps vertébraux est assez mou pour être écrasé par la pression de manière à mettre ainsi en liberté la notocorde sur toute sa longueur ou sur une partie seulement de son étendue, selon les hasards de la préparation. Plus tard, lorsque ce tissu est devenu plus ferme, si les dilatations intervertébrales n'existent pas encore, on peut retirer du centre des corps vertébraux et des disques cette enveloppe avec le cordon celluleux qu'elle renferme, sur une longueur plus ou moins considérable. Sa surface extérieure n'entraîne pas les éléments qui auparavant restaient adhérents çà et là contre elle, mais la gaîne elle-même reste semblable à ce qu'elle était dans les périodes antérieures du développement.

Quant aux corps vertébraux, ils offrent un canal à surface nette qui les traverse de part en part et que la gaîne de la notocorde touche directement, sans forte adhérence.

La substance de cette enveloppe est tout à fait incolore, homogène, sans granulations, ni noyaux, ni fissures ou perforations. Elle se plisse parfois dans le sens longitudinal, surtout vers l'extrémité céphalique ou renflée de l'organe; mais elle ne présente pas de stries proprement dites. Son épaisseur est seulement de trois à quatre millièmes de millimètre.

Quand apparaît le point osseux à peu près central du corps de chaque vertèbre, elle disparaît , comme nous l'avons déjà dit (p. 55), dans le petit canal du corps vertébral correspondant qui la logeait, en s'atrophiant graduellement de là vers les cavités des disques intervertébraux voisins.

C'est à tort que quelques auteurs ont supposé que les corps vertébraux cartilagineux proviennent d'une chondrificationde la gaîne delà notocorde ou d'une transformation de celle-ci même en cartilage, tandis que les disques intervertébraux résulteraient du passage à l'état fibreux de ces mêmes parties. C'est encore une hypothèse contredite par l'observation embryogénique qui a fait donner le nom de membrane externe de la corde dorsale à lu portion axile des

vertèbres primoidiaJes qui bientôt forme les corps vertébraux et leurs disques. Ces organes naissent chacun à des époques et d'une manière différente autour de cette enveloppe, mais celle-ci ne prend aucune part à ce phénomène. On ne voit nullement qu'après avoir eu les caractères ci-dessus, elle soit le siège d'un épaississement et d'un changement de nature , de manière à devenir cartilage ici, et tissu fibreux ou fibro-cartilagineux ailleurs.

Au niveau des disques, la gaine disparaît lorsque surviennent les changements de la notocorde même, décrits plus haut. Elle n'est pas non plus, à proprement parler, une colonne vertébrale rudimentaire, ni la hase embryonnaire de la colonne vertébrale, en tant que point de départ de la génération des pièces cartilagineuses, osseuses et fibreuses de celles-ci, contrairement à ce qu'admettent encore beaucoup d'auteurs.

Luschka, qui lo premier a bien montré que la notocorde ne disparaît chez l'homme qu'au niveau des corps des vertèbres et que ce sont ses restes qu'on trouve dans la cavité des disques intervertébraux, a aussi noté que \a gaine de la corde dorsale disparaît peu à peu sans laisser de traces (Luschka, Die Halbgelenke der menschUchen Kcerpers, Berlin, 1858, in-4°, p. 45 et suiv., pi. I et II, et analyse dans le Bulletin de V Académie de médecine de Paris, 1859, t. XXIV, p. 599). Le noyau gélatineux qui résulte de l'augmentation de masse du tissu et du liquide visqueux de la notocorde touche alors immédiatement le tissu du disque intervertébral; tissu appelé parfois annidus fibrosus et réellement réduit à un simple anneau fibreux plutôt qu'il ne forme un disque chez les poissons, divers carnassiers, etc. Les couches internes de cet anneau fibreux limitant la cavité pleine de la substance ou noyau gélatineux sont plus molles que les autres et forment avec cette substance ce que quelques auteurs ont appelé nucleus pulposus de la cavité centrale des disques intervertébraux de l'homme et d'autres mammifères.

Malgré sa mollesse, la portion des ligaments formant la paroi de cette cavité centrale est parsemée de chondroplastes uni- ou multicellulaires, soit isolés, soit réunis en couches ou traînées élégantes, par de la substance fondamentale du cartilage, que ne modifie pas l'acide acétique et que colore l'hématoxyline. En outre, les deux ou trois des couches ligamenteuses les plus internes à fibres allant droit d'une vertèbre à l'autre, présentent ordinairement aussi cette particularité et sont même purement fibro-cartilagineuses, sur une assez grande portion de leur étendue {voy. Rachis).

On sait que jusqu'à un âge très-avancé chez l'homme, et jusqu'aux époques correspondantes dans les autres mammifères, il reste sur les surfaces osseuses vertébrales une couche cartilagineuse épaisse de quelques dixièmes de millimètre à un miUimètre, et que c'est sur elle que s'insèrent les fibres ligamenteuses.

Cette mince couche de cartilage hyalin a déjà été décrite par Tood et Bowman (The physiological anatomy, etc., London, in-8», 1845, t. I, p. 85). Sa substance fondamentale est homogène, finement grenue. Ses chondroplastes ont leur grand diamètre parallèle à la surface articulaire. Cette couche conserve cette texture, alors même que, vers le milieu du disque, ce sont les couches fibreuses (p. 60) et celles du fibro-cartilage mentionné en dernier lieu qui lui adhèrent. Les coupes minces vues à la loupe dessinent nettement cette lame. Le microscope montre les vaisseaux de l'os s'ari étant à quelques centièmes de millimètre d'elle, sans s'avancer dans le ligament. Cette non-pénétration est tout

aussi évidente, du reste, lorsque, par les progrès de l'ossilication, ce cartilage a disparu ou s'est extrêmement aminci sur les vieillards ou dans les cas de gibbosité.

Le mécanisme de l'adhésion des faisceaux iibreux aux cartilages est ici le même que celui qui a été indiqué aux articles Cartilage, p. 724-725, et Musculaire (système), p. 656. Chez l'homme, surtout, les chondroplastes de la couche cartilagineuse de ces surfaces d'insertion ligamenteuses sont minces et allongés parallèlement aux surfaces mêmes. Ils tranchent sur la forme élargie des chondroplastes et sur la figure sphéroïdale de leurs cellules composant les tramées inlerfasciculaires dans le tissu des disques.

C'est vers la fin du deuxième mois de la vie intra-utérine que la face interne de la cavité des disques cesse d'être lisse ; elle devient aréolaire et présente déjà des prolongements villeux, soit fibreux, soit fibro-cartilagineux, offrant les dispositions les plus variées et les plus élégantes {voy. Cartilage), et déjà signalés et figurés par Tood et Bowman. Ces prolongements plongent dans la cavité, au sein de la substance gélatiniforme, entre les amas de cellules, et on enlève souvent le tout en même temps. En outre, la substance pulpeuse de la notocorde et ses cellules propres remplissent les aréoles de la périphérie de la cavité. Ces aréoles sont circonscrites soit par des faisceaux, les uns fibreux, les autres fibrocartilagineux, dont se détachent ou non des villosités de même nature, soit par des fibres lamineuses isolées, entre-croisées de diverses manières.

Ces aréoles, qui à partir de cet âge se retrouvent tant que la cavité persiste, offrent des dispositions d'une grande élégance et d'une grande délicatesse. A mesure que le sujet avance en âge, elles deviennent plus nombreuses, plus profondes, par rapport au centre de la cavité, et lorsque celle-ci se rétrécit, les fibres et faisceaux de fibres qui les limitent empiètent de plus en plus dans la profondeur.

Jusqu'à la fin du deuxième mois, il n'y a pas de différence entre les cavités intervertébrales du sacrum et celles des lombes ; mais sur les embryons de trois mois on trouve les cavités plus petites qu'aux époques antérieures. Laro-es de. I de millimètre aux lombes, elles n'ont plus que {- de millimètre entre la deuxième et la troisième sacrée, puis entre celle-ci et la quatrième ; on les retrouve plus grandes et à contours plus nets dans les vertèbres placées au-dessous, jusqu'à la cinquième coccygienne, où elles cessent d'être apercevables.

A une période plus avancée, entre le troisième et le quatrième mois environ de la vie intra-utérine, les cavités intervertébrales commencent à se combler et à disparaître chez les fœtus de vache ; cette disparition débute par celle du contenu du troisième et du quatrième disque intervertébral du sacrum. Ce sont en effet, les premières pièces qui se soudent ensemble. L'oblitération de ces cavités suit les mêmes phases que les cavités du sacrum de l'embiyon humain. Cette oblitération s'étend peu à peu aux autres cavités des disques de toute la colonne vertébrale, de telle façon qu'au sixième mois de la vie intra-utérine de ces animaux, il n'y a plus de cavité dans quelque disque interarticulaire que ce soit. Aus'.;i voit-on que chez le veau comme sur le bœuf et le cheval, les disques intervertébraux sont fibreux dans toutes leur étendue et ne présentent plus de cavité pleine de la matière gélatiniforme de la notocorde.

Vers la deuxième année, dans le coccyx humain la cavité des disques intervertébraux est plus grande qu'elle n'était à la naissance, mais plus petite que dans les disques qui séparent les pièces du sacrum.. A partir de cette époque, jusqu'à celle de la soudure de ces pièces ensemble, la cavité se trouve de plus

en plus proche de la face antérieure du coccyx. Son contenu est moins mou, plus élastique, plus grisâtre qu'auparavant. Il est formé des cellules de la corde dorsale déjà signalées, contiguës, rapprochées, un peu plus grandes vers le centre qu a la circonférence ; le tissu du disque se prolonge entre elles et leur est immédiatement contigu, comme il vient d'être dit pages 60-61.

Des libres lamineuses, d'autant plus abondantes que l'enfant est plus âgé, et bientôt accompagnées de matière amorphe finement granuleuse, traversent çà et là la masse des cellules et remplacent la matière amorphe demi-liquide dans laquelle plongeaient les amas de cellules à un âge moins avancé. De la sorte, la cavité est à peu près comblée, et son contenu remplacé par du fibro-cartilage semblable à celui qui est interposé aux pièces du coccyx, fibro-cartilage que l'os envahira 'et remplacera peu à peu plus tard. Vers cinq ou six ans, on trouve les cavités des disques des trois ou quatre dernières pièces du sacrum s'oblitérant de la même manière, et leur contenu arrivé au même état. A mesure que l'enfant avance en âge, ou sur un même sujet, en prenant des pièces du sacrum de plus en plus rapprochées du coccyx, les fibres de ce fibro-cartilage, qui remplace le contenu des cavités, circonscrivent des espaces de plus en plus étroits, polyédriques et irrégulièrement anguleux. Les bords des fragments de ce tissu dilacéré sous le microscope montrent que ces espaces sont pleins d'une substance amorphe, homogène , finement granuleuse , transparente. Dans cette substance se trouvent une ou plusieurs cellules cartilagineuses, arrondies ou irrégulières.

Les fibres de ce fibro-cartilage sont fines, pâles, isolées ou rapprochées plusieurs ensemble, mais non contiguës sous forme de faisceaux. Parfois des traînées de fines granulations les accompagnent.

Plus tard, à partir de l'âge de vingt ans, ou au delà selon les sujets, on voit que plus les individus approchent de l'état adulte, plus la substance des cavités intervertébrales devient grisâtre, friable, demi-solide. On reconnaît alors que cette particularité tient en partie à ce que les prolongements fibreux et fibrocartilagineux en forme de villosité se sont multipliés et entre-croisés dans la cavité. Mais on constate aussi que ce changement d'aspect est dû à la production de fibro-cartilage jusqu'entre ces prolongements purement fibreux traversant le centre de la cavité ; celle-ci se trouve peu à peu comblée par ce tissu grisâtre, plus ou moins mou. Nous venons de voir que c'est ainsi que s'oblitèrent les cavités interposées aux pièces du coccyx et du sacrum avant l'ossification des disques qui les séparent, ossification amenant la soudure de ces pièces vertébrales. Les phases de cette oblitération et de la production de ce fibro-cartilage sont les mêmes que les précédentes. On voit en effet se produire une substance fondamentale amorphe, granuleuse, mais plus abondante que dans la cavité des disques du sacrum, parcourue par des fibres isolées ou en faisceaux entre-croisés ; çà et là entre elles, dans la substance amorphe grenue, existent de grandes cellules cartilagineuses, isolées ou réunies plusieurs ensemble dans un même cbondroplaste.

Lorsque la substance qui remplit la cavité intervertébrale, au lieu d'être encore gélatiniforme est déjà grisâtre, friable, demi-solide, sans avoir encore le degré de consistance qu'elle aura plus tard, il reste un peu de matière visqueuse, homogène, transparente (mais très-peu, et çà et là seulement) entre les faisceaux du tissu fibro-cartilagineux signalés précédemment. Dans cette matière, il y a aussi quelques cellules de la notocorde, mais alors toutes plissées, grisâti'es, généralement irrégulières. Elles sont granuleuses et ne renferment plus de gouttes sar-

codiques, mais on trouve un grand nombre de ces gouttes, très-petites généralement, dans la substance gélatiniforme qui reste encore.

Ainsi, on voit par cette analogie, facile à constater, entre le mode d'oblitération des cavités intervertébrales du coccyx et du sacrum, vers l'âge de six à douze ans, et celui des cavités chez l'adulte, que dans leur évolution les disques interposés à ces os sont vieux, sous ce rapport, dès le bas âge de chaque individu. Ils nous montrent là de bonne heure un état du tissu des disques intervertébraux que, pour les autres de ces organes, ou est forcé de chercher sur les vieillards.

Une fois disparue la cavité centrale des disques intervertébraux sur les vieillards, l'épaisseur de ceux-ci diminue plus ou moins par résorption, d'où une diminution proportionnelle de la taille. Parfois le centre solide, plus ou moins friable, grisâtre, fibro-cartilagineux, est remplacé par du tissu purement fibreux, comme sur le bœuf. Parfois aussi, soit pathologiquement, soit comme phénomène sénile, l'os envahit le cartilage (p. 60) et le tissu fibreux ; il se substitue à lui (comme il a été dit à l'art. Lamijneux, p. 291 et suiv.) en déterminant une augmentation de la hauteur du corps des vertèbres ou amenant même parfois une soudure complète, comme on le voit normalement dans le sacrum.

Les articulations simphysaires pubiennes, sacro-iliaques et du manche avec le corps du sternum présentent des ligaments propres, autres que ceux qui, membraneux plus ou moins épais ou fascicules, forment les moyens d'union superficiels. Ces ligaments propres ou interosseux, bien plus minces que les intervertébraux, sont constitués au fond comme eux. Ils existent vers la circonférence seulement des surfaces osseuses. Ils sont formés aussi de faisceaax concentriques à direction oblique des uns par rapport aux autres, ce qui fait que leur «oupe donne en quelques points les effets optiques indiqués page 50, c'est-à-dire de parties grisâtres demi-transparentes, alternant avec celles qui sont nacrées.

L'union de la plus grande partie des surfaces symphysaires est étabhe par un fibro-cartilage d'interposition offrant une mince cavité, plus ou moins exactement centrale. Les foces iibro-cartilagineuses limitant cette cavité sont contiguës et chargées de saillies villiformes {voy. Cartilage, p. 723-726).

G. Système ou sous-système aponévrotique. Cette division du système fibreux comprend toutes les parties similaires formées par ce tissu, qui ont la forme de membranes ou de lames, séparées des organes qu'elles enveloppent, ou qu'elles recouvrent, par du tissu cellulaire généralement lâche.

Rien de plus net à cet égard que la différence existant entre ces deux tissus ; quelque minces et transparentes que soient les aponévroses, leur inextensibilité et leur texture les différencient du tissu cellulaire de la manière la plus tranchée. Toutefois les différences de texture si faciles à saisir sur les pièces fraîches disparaissent sous le microscope, et aussi l'extensibilité du tissu cellulaire, quand il s'agit des coupes de pièces durcies {voy. p. 55).

Les anatomistes qui ne connaissaient pas les différences de texture mentionnées plus haut (p. 36), considéraient les aponévroses comme de simples condensations du tissu cellulaire et les divisaient en fascia celluleux et en fascia fibreux, aponévrotiques ou aponévroses proprement dites (Velpeau) . Nous avons vu que les fascia celluleux sont des organes premiers du système cellulaire {voy. Fascia). Il ne doit être question ici que de ce qui manque sur les aponévroses dans l'article qui leur a été consacré au tome Y.

Rien de plus net que la subordination de presque toutes les aponévroses à la disposition de chaque muscle, en tant que muscles longs, larges et courts.

Rien de plus net encore que ce fait, savoir que les organes premiers aponévrotiques sont comme autant de compléments organiques des parties similaires rouges du système musculaire.

D'après leur disposition et leur conformation, les aponévroses se divisent depuis Bichat en générales et en partielles ou de cloisonnement ; elles s'associent les imes aux autres par continuité de leurs bords et par insertion sur les os pour former à chaque muscle et par places, soit aux veines, soit aux artères et aux nerfs, autant de gaines isolant ces organes les uns des autres, lors de leurs contractions ou de leurs glissements, et s'opposant souvent à la propagation de leurs lésions hors de cette gaine. On sait avec quel soin ont été décrites celles-ci, chacune en particulier, depuis Gerdy {thèse, Paris, 1823, in-4°, n" 143). Çà et là en outre, celles qui sont épaisses, comme quelques-unes du pied et de la main, donnent insertion à des portions de certains muscles aussi bien que les os.

Gomme nous l'avons déjà vu, toutes les aponévi'oses ont les caractères les plus nets du tissu fibreux, et leur couleur d'un blanc nacré se montre dès qu'elles sont un peu épaisses, et elle est d'autant plus prononcée que cette épaisseur est plus grande. Même remarque naturellement pour ce qui concerne leur résistance. Dans les aponévroses d'enveloppe générale, comme dans les autres, ces particularités d'épaisseur et de minceur avec opacité et transparence correspondantes peuvent se rencontrer sur une même membrane, suivant telle ou telle portion de son étendue. Leur face externe est presque partout d'un blanc nacré plus prononcé que la face interne. Gelle-ci, d'un blanc relativement plus ou moins terne, donne insertion soit à d'autres aponévroses, soit à des fibres musculaires à l'avant-bras, à la jambe, au pied, etc.

Aponévroses générales d'enveloppe. Ge sont particulièrement celles des membres qu'on décrit sous ce nom. Elles forment sous leur tissu cellulaire une grande gaîne ou enveloppe, commençant à la racine du membre et se terminant aux extrémités. Elles sont, d'une manière générale, plus épaisses du côté externe que du côté interne du membre, plus épaisses en haut qu'eu bas, étant sur quelques points limitées, comme vers le milieu de la paume des mains et de la plante des pieds. Çà et là elles offrent des orifices de passage pour des artérioles, des veines et des nerfs.

Au niveau des articulations elles adhèrent à la plupart des saillies osseuses, à l'olécrane et aux deux tubérosités humérales vers le coude, à la partie antérieure des tubérosités iibiales du genou. Mais ce sont là des adhérences au delà desquelles elles se continuent, et non des insertions ; sur les côtés de ces adhérences elles passent directement d'un segment à l'autre du membre, sans trace de démarcation jusqu'aux doigts et aux orteils. 11 n'y a par suite pas, à proprement parler, des segments de ces gaines qu'on puisse attribuer à chacun des segments des membres et leur correspondant.

Les gaines aponévrotiques générales des membres ont des muscles tenseurs, c'est-à-dire qui, directement ou par leur tendon, s'insèrent sur elles. Cette insertion a lieu comme il a été dit à l'article Musculaire (système), p. 656 et 637; mais l'étude de la texture des tendons et de celle des aponévroses montre que celles-ci ne sont pas intégralement des expansions tendineuses. Les faisceaux d'un prolongement tendineux s'entre-croisent simplement avec ceux d'e l'aponévrose qu'ils renforcent sur toute l'étendue de cette insertion, et cela par le fait même de l'entre-croisement.

Ges divisions tendineuses à insertion aponévrotique sont au bras celle du ten-

don du grand pectoral; à l'avant-bras celle du tendon bicipital qui est plus forte que la précédente ; à la paume de la main se voit l'insertion plus puissante encore de tout le tendon du palmaire grêle. A l'aponévrose de la cuisse, le tendon du grand fessier donne une expansion; il y a de plus et surtout le muscle tenseur propre de cette aponévrose, le fascia lata {voy. Fascia lata), dont tout le tendon s'insère sur la face externe de cette enveloppe en lui donnant son aspect tendineux, en la renforçant considérablement, mais sans se confondre absolument avec elle. L'aponévrose jambière est tendue tantôt par trois, tantôt par quatre dépendances des muscles couturier, demi-membraneux, biceps et droit interne.

Au tronc et au cou, avec des muscles larges plutôt que longs, comme aux membres, les aponévroses deviennent minces, si bien que quelques auteurs les ont soit négligées, soit confondues avec les tendons membraneux. Avec la minceur se montre une résistance un peu moindre, et leur éclat nacré est remplacé par une grande transparence, ou au dos et à la nuque par un ton d'un blanc terne dû à la présence de fibres élastiques, avec adhérence de cellules adipeuses à leur surface. En général, elles s'accolent avec adhésion par contact immédiat aux larges et minces tendons d'insertion de ces muscles dont elles augmentent l'épaisseur et la résistance. En outre, de leur face profonde partent des fdaments ou des feuillets fibro-aponévrotiques qui vont eux-mêmes rejoindz'e la face correspondante de l'aponévrose profonde sous-jacente.

Il en résulte ainsi un cloisonnement intercalaire pour les faisceaux musculaires entre lesquels passent ces feuillets.

Le tissu cellulaire péri-musculaire ou périmysium est ordinaii'ement alors réduit à peu de chose, et l'aponévrose adhère aux faisceaux rouges au lieu d'en être aisément séparable comme ailleurs.

Sur les bords libres des muscles du tronc et du cou, ces aponévroses se continuent les unes avec les autres.

En diverses régions des membres et de leurs extrémités du tronc, de la nuque et du dos particulièrement, la face externe de ces aponévroses donne des faisceaux fibreux plus ou moins irrégulièrement prismatiques, cylindroides ou aplatis qui gagnent la face profonde du derme. La dissection à l'œil nu les montre aisément traversant le fascia superlicialis et les loges incomplètes que remplit le tissu adipeux.

Nous avons déjà vu que de la face profonde de ces mêmes aponévroses se détachent de véritables cloisons se dirigeant vers l'axe des membres.

Ces filaments véritablement fibreux par leur texture et leur inextensibilité deviennent la cause des phénomènes de l'étranglement inflammatoire des lobules adipeux dans le panaris, les furoncles, les anthrax et les phlegmons de la main, de la nuque, etc.

Partout au contraire oii ces filaments sont faibles ou absents, le tissu adipeux avec la peau glisse aisément sur les aponévroses par l'intermédiaire du fascia superficialis. Ici les contusions par glissement et froissement violent d'un corps étranger, au lieu de causer une ecchymose ou une plaie contuse, déterminent un décollement plus ou moins étendu entre l'aponévrose d'une part et les tissus cellulaire et adipeux de l'autre ; du sérum plus ou moins sanguinolent s'y accumule alors.

Aponévroses d'enveloppe partielles. Ces aponévroses, dites aussi profondes et de séparation ou de cloisonnement^ ne diffèrent des précédentes que par leur

DICT. ENC. 4° s. II. 5

moindre étendue, leur situation et leurs insertions, elles se détachent à angle plus ou moins ouvert de la face interne des précédentes le long des membres ; elles leur sont à peu près parallèles au cou, au tronc et en certains points des extrémités. Ces cloisons sont généralement plus minces que les aponévroses superficielles.

Aux membres elles sont longitudinales, avec le bord prolond inséré du côté de l'axe de ces parties. Les plus épaisses s'étendent jusqu'aux os et s'insèrent sur le périoste. Elles séparent les principaux groupes musculaires. D'autres plus - minces, dites de second ordre, passent entre les divers muscles d'un même groupe et se continuent entre elles et avec les précédentes. Sous la gaine aponévrolique 'générale on retrouve ainsi plusieurs gaîncs de capacité et de résistance décroissaules de la surface vers la profondeur et de haut en bas.

Vers les pieds et les mains ces gaines deviennent plus petites, mais plus nombreuses encore, en raison de la présence de feuillets aponévrotiques se joignant aux autres pour former des loges à certains tendons et à certains groupes vasculo-nerveux. De là une grande complication dans la disposition de ces parties similaires, exigeant une description spéciale pour chacune des gaines qu'elles^ forment et faite au moins au point de vue des applications médico-cliiiurgicales. Contre les os, ces derniers, ou mieux leur périoste, forment une portion des parois de certaines de ces gaines.

Entre la face interne des feuillets aponévrotiques et la surface des organes qu'ils séparent les uns des autres le tissu cellulaire est lâche et extensible. Ces organes, les muscles particulièrement, sont ainsi reliés les uns aux autres et aux leviers osseux sans rien perdre de leur indépendance. De plus les feuillets qui, directement ou par plusieurs insertions successives les uns sur les auti-es, s'étendent des os à la gaine générale superficielle, consolident celle-ci et font qu'elle maintient les muscles superficiels. D'autre part il résulte de là que, sous les couches ccllulo-adipeuses accidentellement déformées par l'œdème et par l'obésité, la dissection fait retrouver la forme générale des membres, du cou, etc., conservée par les aponévroses inextensibles, dans lesquelles celles qui sont profondes viennent en aide aux superficielles.

Si l'on excepte les muscles styliens, ceux de la langue et les lombricaux, tous les autres muscles profonds sont soit séparés, soit engaînés par des aponévroses. Il en est ainsi, soit que malgré leur petitesse les muscles aient la structure des muscles longs, comme ceux de l'oeil, les prévertébraux, les inlerosseux, etc., soit qu'il s'agisse des véritables muscles courts, comme le carré pronateur, les obturateurs, etc. Tous ces muscles et ceux qui prolongent la masse sacro-lombaire sont séparés par des aponévroses assez minces pour être transparentes, avec çà et là quelques faisceaux nacrés plus épais. Certaines des gaines formées par ces aponévroses sont autant ou plus formées par des os que par ces membranes. Telles sont celles des interosseux, du pédieux, du carré-pronateur, du temporal, du masseter même, du psoas-iliaque, etc.

Prcs([ue toutes ces aponévroses et celles dont il va être question sont séparées du muscle sous-jacent par une mince couche de tissu cellulaire lâche. Celles d'entre elles au contraire qui forment des gaines aux vaisseaux, aux veines surtout, à la base du cou spécialement, adhèrent à celles-ci et empêchent leur affaissement sous l'influence de la pression atmosphérique à chaque inspiration.

Les autres aponévroses profondes sont celles qui, abstraction faite des sé- , reuses tapissant une portion de leur étendue, limitent avec les os les cavités du

tronc. Telles sont les aponévroses intei-costales profondes, celles du carré lombaire, du psoas et du bassin {voij. Bassin) qui n'olfrent rien de spécial à nuler ici.

Attributs physiologiques du système fibreux. Tous sont d'ordre physique. Ils sont relatifs à la protection des organes doués de la vie animale; tels sont les muscles, le système nerveux central, la rétine etc. Ils sont relatifs aussi à la protection d'organes végétatifs, comme le rein, la rate, le foie, le testicule, le cœur, certains vaisseaux, etc.

D'autres attributs physico-mécaniques également sont relatifs à l'union d'organes les uns avec les autres, au maintien de leurs connexions permettant des mouvements imprimés par les contractions musculaires. C'est ce dont le système li<Tamenteux offre des exemples dans toutes les articulations, les gaines tendineuses, etc.

Du reste autant sont réduits dans leur généralité les attributs de ce système dérivant uniquement de la ténacité, sans extensibilité ni élasticité du tissu fibreux, autant sont variés les cas particuliers des usages remplis par chacun des organes premiers qu'il forme. La description de chaque région, de chaque articulation et de nombre d'autres organes devant les faire connaître, il n'y a pas lieu d'en parler ici. Ch. Robin.

BiBLioGn\i'iiiE. — Outre les écrits des auteurs cités dans le cours de cet article, voy. les Traités d'aiiatornie générale, les Trailéa d' anatomie chirurgicale, surloul le Traité d'anatoinie descri/Hive de M. Sappey, 2° et 5' édition, t. 1 et II, l'aiticle Aponévrose du Dictionnaire de tnédccine dit en trente volumes, t833, t. NI, et les excellents chapitres sur le tissu cellulaire (Areolar tissue), sur le tissu fibreux et les tendons, de Tood, Bowinan et Beale l^T/ie Physiological Anatomij. London, 1871, in-8°, t. I, p. 184). - Cu. U.

FIBRI\E. On nomme fibi^iue la matière solide élastique qui se sépare spontanément du sang, de la lymphe ou d'autres exsudations séreuses, lorsque ces liquides se trouvent abandonnés à eux-mêmes en dehors de l'organisme. C'est du sang qu'on retire d'ordinaire la fibrine, et on peut employer pour cela deux procédés.

Dans le premier, on bat le sang au sortir de la veine, à l'aide d'un petit balai, ou d'un bâton de verre ou de bois. La fibrine se sépare sous la forme de filaments qui s'attachent en partie à l'agitateur. Elle renferme encore dans ses mailles des corpuscules du sang et un peu de sérum. Pour l'en débarrasser, on l'enferme dans un sachet de toile, qu'on malaxe entre les doigts sous un filet d'eau distillée, tant que celle-ci se colore. On enlève ensuite les matières grasses par un lavage soigné à l'alcool et à l'élher.

On peut encore abandonner le sang à lui-même, et attendre que la contraction du caillot soit assez avancée pour qu'on puisse décanter la plus grande partie du sérum. On coupe alors la couenne en tout petits morceaux que Ton introduit dans un sac et que l'on tiaite comme il a été dit plus haut.

Aucun de ces procédés ne fournit du reste la fibrine pure, et elle reste toujours mélangée de corpuscules blancs ou de corpuscules rouges privés de leur matière colorante. Elle se présente sous la forme d'une masse jaunâtre ou blunc-griïàtre, élastique, de structure filamenteuse, insoluble dans l'eau, l'alcool et l'élher. Lorsqu'on la dessèche, elle prend l'aspect général des matières albuminoïdes sèches, et il est alors presque impossible de lu distinguer des aulies corps qui forment ce groupe complexe et encore mal connu.

A l'état humide, son seul caractère distinctif réside dans son aspect extérieur. On ne peut plus compter pour cela sur sa propriété de décomposer l'eau oxy-

-Ténée, propriété absente chez la caséine. M. (îernez a montré que cette action était due à l'air physiquement condensé dans les pores de la fibrine. Elle constitue, par suite, une propriété de structure, et non de fonction. Elle n'existe plus, d'ailleurs, dans la fibrine soumise à l'ébuUition ou bien digérée dans l'alcool.

Quant à la fibrine en dissolution dans le sang, elle est encore plus difficile à distinguer des autres matières albuminoïdes solubles. Son seul caractère est sa coao^uïation spontanée, et comme d'après les idées actuelles qui ne semblent pas dénuées de vraisemblance elle ne préexiste pas dans le sang, on pourrait dire qu'on ne sait pas ce que c'est que la fibrine.

Si on l'envisage en effet à l'état solide, on ne lui trouve aucun caractère chimique caractéristique. Elle se dissout comme les autres matières albuminoïdes coagulées dans l'acide acétique, les alcalis. Elle se dissout aussi en partie ou donne, au moins, une masse gélatineuse dans certains sels métalliques à base alcaline, tels que l'azotate de potasse, le chlorure de sodium à 6 ou 10 pour 100. Celte solution salée présente quelques caractères qui avaient fait attribuer une existence distincte à la fibrine, et l'avaient fait envisager comme intermédiaire entre la caséine et l'albumine. Comme la première, la fibrine ainsi dissoute précipite par le sulfate de magnésie en poudre ou l'acide acétique étendu. Comme la seconde, on peut la séparer par la chaleur ou l'action des acides minéraux.

Mais l'action de ces réactifs est loin de présenter le caractère absolu qu'on est en droit d'exiger d'une réaction réellement chimique, et dépend dans une notable proportion des substances présentes ou absentes dans le liquide où on l'a produit. Si l'on veut trouver des phénomènes analogues, ce n'est pas dans la chimie qu'il faut les chercher, mais bien dans ces faits d'adhésion moléculaire auxquels on peut rapporter les phénomènes de teinture, l'absorption des sels en solution par les corps poreux, et, ce qui se rapproche plus de notre sujet, les phénomènes de destruction d'équilibre dans un mélange complexe par introduction de quantités minimes d'une substance nouvelle.

Dans un travail intéressant, M. Arm. Gautier est arrivé, en effet, à rapprocher de l'albumine la fibrine dissoute dans l'eau salée, en montrant que les réactions qui les séparaient tenaient uniquement à la présence du sel marin. On élimine ce sel en soumettant à la dialyse la solution de fibrine, maintenue dans un bain froid, et préservée de la putréfaction grâce à une trace d'acide cyanhydrique. Quand la liqueur louchit à peine par le nitrate d'argent, on la concentre rapidement dans le vide, à une température de 45" environ, et on obtient une solution neutre qui jouit de la plupart des propriétés de l'albumine ordinaire. Elle se coagule comme elle par la chaleur, les acides minéraux, le sublimé corrosif, elle possède sa composition centésimale, ainsi que l'indiquent les chiffres suivants :

MATIERE ALBDMIN.

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