FIBRO-CARTILAGE
ou d'oxygène. Elle se dissout aussi dans un excès d'eau chargée d'acide carbonique, dans les alcalis étendus, l'eau de chaux, les sels neutres alcalins, les carbonates alcalins, le phosphate de soude, l'acide acétique étendu, quoique moins facilement que dans les alcalis étendus, enfin dans les acides minéraux étendus, mais entre certaines limites de concentration.
Ici encore, comme à propos de la fibrine, les conditions de milieu jouent un rôle important et presque prépondérant. Ajoute-t-on à de la paraglobuline une quantité d'alcali étendu insuffisante pour la dissoudre complètement, on obtient alors une solution tout à fait neutre qui ne précipite pas quand on étend d'eau, qui supporte l'ébullition sans se troubler, mais se trouble alors si on ajoute un peu de sel alcalin. La solution précipitée dans ces conditions présente une réaction alcaline, et le coagulum formé exige pour se redissoudre des quantités d'alcalis, de sels alcalins ou d'acide acétique, plus considérables que sous sa première forme.
La solution neutre de substance fibrinoplastique est précipitée par des additions ménagées d'acide acétique, chlorhydrique, sulfurique ou nitrique. Un excès des trois premiers acides redissout le précipité formé. Avec l'acide nitrique, la redissolution est incomplète, et est accompagnée d'une coloration jaune et d'une décomposition. On peut aussi employer, comme précipitants de ia paraglobuline en solution neutre, le tannin, le nitrate d'argent, les sels de mercure, de plomb ou de cuivre. Avec le sulfate de cuivre, le précipité se redissout dans un excès de réactif en donnant un liquide bleu.
Les solutions neutres très-étendues de substance fibrinoplastique sont encore précipitées par l'alcool, et le précipité obtenu, après une longue digestion dans l'alcool, devient insoluble dans l'eau et les sels neutres.
L'acide carbonique précipite incomplètement la paraglobuline, quand la solution est très-étendue ; quand on a ajouté à la liqueur son volume de solution saturée de sel marin, la précipitation n'a plus lieu, elle est incomplète pour des teneurs en sels moins considérables, et n'est complète que lorsque la quantité de sel tombe au-dessous de 0,05 pour 100.
Quand on prépare une solution de paraglobuline avec un excès d'alcali, on obtient un liquide limpide, non opalescent, qui ne trouble pas à l'ébullition et ne donne alors un précipité que si on ajoute une certaine quantité d'un sel neutre. Mais il en faut davantage que lorsqu'on opère avec une solution neutre de substance fibrinoplastique.
Enfin, il n'est pas jusqu'aux solutions de paraglobuline dans les sels neutres qui ne présentent, avec les acides, des réactions différentes, suivant leur teneur en sel. Les dissolutions dans un liquide à moitié saturé de sel marin sont complètement précipitées par l'acide acétique ou les acides minéraux, ajoutés jusqu'à réaction acide bien nette. Le précipité est alors insoluble dans un excès de réactif.
Tous ces faits témoignent qu'il ne faut pas attacher une grande importance aux caractères distinctifs que la science a établis jusqu'ici entre les diverses substances albuminoïdes, et qui reposent en majorité sur des phénomènes aussi peu nets et aussi variables que ceux que nous venons de passer en revue.
DcCLAUX.
FIBRO -CARTILAGE et FIBRO-CARTILAGIIVEUX {tissil et système). Bichat formait un tissu et un système distinct des parties organiques offrant la
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consistance et la demi-transparence du cartilage, unies à un aspect fibreux plus ou moins prononcé. Tous ses successeurs l'ont imité. L'observation des éléments constitutifs de ces organes et celle de leur évolution embryogénique ont montré que les uns étaient constitués par du tissu fibreux seulement {voy. Fibreux, p. 32-33), et les autres par du cartilage dont la substance fondamentale est bien réellement parcourue pas des fibres. Mais ces études ont prouvé en même temps que celte variété de texture ne permet pas de séparer le fibro-cartilage du cartilage vrai {voy. Cartilage). Elles ont montré spécialement que les organes autrefois appelés ligaments fïbro-cartilagineux sont principalement fibreux, avec une mince couche superficielle de fibro-cartilage, et encore sur ceux d'entre eux seulement qui sont intei'-articulaires [voy. Fibreux, p. 48).
Elles ont prouvé encore que dans les fibro-cartilages normaux et des tumeurs, on doit distinguer ceux qui sont dits réticulés, c'est-à-dire dont la substance fondamentale englobe des fibres élastiques, de ceux dans lesquels cette substance doit son aspect strié à la présence dans son épaisseur de fibres lamineuses en nappes {voy. Cartilage, p. 716 à 717). L'acide acétique, en attaquant ces dernières, ramène ces cartilages à l'état hyalin {voy. Fibreux, p. 48-49), tandis que ceux qui contiennent une trame élastique conservent tous leurs caractères.
En outre, l'hématoxyline ou héraatine colore en bleu violacé le cartilage, sans teinter les fibres lamineuses du tissu fibreux.
Ces réactions différencient très-nettement le cartilage et le tissu fibreux d'une part; elles facilitent notablement, d'autre part, la distinction de l'un et de l'autre lorsqu'on étudie sous le microscope les nombreux et remarquables modes d'association de ces deux tissus dans les disques intervertébraux {voy. Fibreux, p. 60-61), et dans d'autres organes squelettiques des Reptiles, des Batraciens, des Poissons et même des Mollusques céphalopodes. Ch. Robin.
Pour la bibliographie, voy. celle de l'article Cartilage, et Tood, Bowman et L. Beale [Phijsiol. Anat. London, 1871, in-S", p. 218). La première édition de ce livre (1845) contient déjà une bonne description et d'excellentes figures des fibro-cartilages et des cartilages.
FIBRO-CARTILi&GE DE M'RISBERG. Voy. Larynx.
FIBROCTSTIQUE. Voy. FiBROME.
FlBROll\'E. Ce mot a été employé quelquefois, mais à tort, pour désigner des corps analogues à la fibrine, obtenus en soumettant à des épreuves variées les matières albuminoïdes. On doit réserver le nom de fibroïne à un des matériaux essentiels de la soie, et que Mulder a isolé le premier en faisant bouillir la soie avec de l'acide acétique concentré, et en lavant le résidu à l'eau. Il est préférable de se servir aujourd'hui du procédé donné par M. Emile Cramer. On épuise six fois par l'eau dans la marmite de Papin, à une pression de 3 atmosphères, c'est-à-dire à une température de doo", de la soie grége jaune, séchée à 120°. On enlève ensuite la matière colorante par de l'alcool concentré, les matières grasses avec de l'éther, et on soumet une dernière fois à la pression de 4 atmosphères avec de l'eau. On obtient ainsi une substance blanche, brillante, facile à déchirer, qui se dissout dans les acides forts concentrés, et se précipite, lorsqu'on étend d'eau, sous la forme de filaments analogues à ceux que donne donne la fibrine. C'est ce caractère qui lui a fait donner son nom, mais il est d'ailleurs sans importance, car la cellulose du papier, dissoute dans le réactif de Schweitzcr, peut être aussi précipitée sous forme de filaments.
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La fibroïne constitue environ les | du poids de la soie du Bombyx mori. On en trouve aussi dans les fils de la Vierge, constitués, comme on sait, par la soie que fournissent les Aranéides {voy. Araignées). On ne l'a encore signalée nulle part chez les animaux supérieurs. Ses propriétés sont du reste assez mal connues, et la formule chimique qu'on en donne d'ordinaire, et qui est C''«fl*^Az^O'*, est trèsincertaine. DUCLAUX.
FIBRO.tlE. La dénomination de fibrome, que M. Verneuil a le premier inaugurée dans la science, servait encore, il y a quelques années, à designer des tumeurs qui doivent être aujourd'hui distraites de ce genre de néoplasmes. Aussi voyons-nous se restreindre tous les jours dans les recueils périodiques le nombre des productions morbides auxquelles est assigné le nom de fibrome. Nous n'admettrons pas non plus dans cet article, comme synonymes de ce mot, les dénominations de : Tumeurs du tissu cellulaire, tumeurs du tissu connectif ou fibrillaire, tumeurs cellulo-fibreuses, dermoïdes, fibroïdes, etc. Sans doute ces mots ont servi souvent à désigner de véritables fibromes, mais souvent aussi on les a employés pour la description des sarcomes et des tumeurs musculaires. Quant aux termes de collonema et de stéatome, qu'on peut lire dans les ouvrages de J. MuUer, nous ne croyons pas devoir les conserver, car ils ne se rapportent qu'à certaines transformations que les tumeurs fibreuses subissent quelquefois sous l'influence de l'inflammation, et non à un genre de tumeurs.
Il importe donc, avant toute description, de définir nettement le sens qui doit être attaché au mot fibrome, et sur ce point nous allons rencontrer nombre de divergences parmi les auteurs. Ainsi, dans un très-i^emarquable travail publié en 1856 dans les Mémoires de la Société de biologie, Verneuil en a donné la définition suivante qui est, pour ainsi dire, une véritable description :
« 1° Toutes les tumeurs constituées par les éléments parfaits ou imparfaits du tissu cellulaire, à l'état d'homogénéité ou de mélange avec une petite portion d'autres éléments anatomiqucs normaux, constituent, au point de vue anatomique, une famille très-naturelle ;
« 2° On doit comprendre dans cette famille des tumeurs fibreuses, fibro-plastiques, à éléments fusiformes ou à noyaux, fibro-coUoïdes , fibro-celluleuses , fi bro-va seul aires, les tumeurs dites fibroïdes, chondroïdes, dermoïdes, les sarcomes, les tumeurs fibro-nucléées, les récurrent fibroïd tumours, les tubercules sous-cutanés douloureux, la plupart des névromes, quelques cxostoses dites fibreuses, quelques tumeurs de la peau, des indurations du tissu cellulaire souscutané (dans quelques cas d'éléphantiasis partiel) ou sous-muqueux, etc.. » {Quelques propositions sur les fibromes, in Mémoires de la Société de biologie, 1856, p. 183).
On peut faire à cette définition le reproche de comprendre un trop grand nombre de tumeurs et de créer une famille dont les membres sont quelque peu disparates. Ce sont pourtant ces idées qui ont prévalu dans nombre d'écoles, et lorsque nous ouvrons le Traité d'histologie pathologique de Rindfleisch, nous voyons encore les fibromes rapprochés des sarcomes. Mais l'auteur allemand, à l'inverse du professeur de Paris, fait du fibrome une simple variété du genre sarcome, confusion d'autant plus regrettable que l'on a déjà tellement multiplié les espèces comprises sous cette dernière dénomination, qu'elle n'aura bientôt plus aucune signification pour le clinicien.
Pour les mêmes raisons, nous repousserons aussi la définition donnée par
FIBROME. 75
Yircliow dans son Traité des tumeum, et d'après laquelle il faudrait considérer comme une des variétés du librome l'élépliantiasis {voy. ce mol) qui se trouverait ainsi classé dans la même catégorie que les polypes naso-pharyngiens !
La définition donnée par M. lleurtaux dans \q Nouveau dictionnaire demédecine et de chirurgie pratique, t. XIV, p. 673, est sans doute plus restrictive : « Les fibromes sont des tumeurs constituées par des cléments de tissu conncctif, à un état de complet développement et à un degré de condensation plus ou moins prononcé. » Mais je préfère encore celle qui a été adoptée dans le Manuel d'histologie pathologique de Cornil et U.mvier. Pour eux, les fibromes sont des tumeurs constituées par du tissu fibreux, c'est-à-dire par « une substance fondamentale fasciculée au milieu de laquelle sont disposées des cellules plasmaliques anastomosées les unes avec les autres, possédant un noyau et une masse de protoplasma. » Pour comploter leur définition, ces histologistes ajoutent qu'il existe encore une forme de tissu conjonctif spéciale dans larjuelle les cellules plasmatiques anastomosées sont plongées dans une substance fondamentale amorpbe ou à peine fibiillaire, comme cela se rencontre dans la membrane interne des artères.
De cette définition il résulte que l'on doit diviser le genre fibrome en deux espèces, le fibrome amorphe et le fibrome fiisciculé. Les fibromes amorphes appelés aussi fibromes cornéens par Rindlleiscli, parce que le tissu qui les forme ressemble à celui de la cornée, ne sont connus que depuis un petit nombre d'années. On les avait jusqu'ici confondus soit avec des enchondromes, soit avec de simples exsudais amorphes. C'est qu'en effet cette forme de tumeur se rencontre, comme ces derniers, à la surface des séreuses. Dans l'abdomen, le fibrome cornéen est fréquent et siège soit sur la face convexe du foie, soit plus rarement au niveau du centre phrénique. Il se présente sous la forme de pla([ues blanches, très-dures, élastiques, dont l'aspect est celui des cartilages fibreux. Ces plaques sont quelquefois végétantes, mais alors les végétations ne sont pas arborescentes, mais au contraire bosselées, duies, arrondies. Dans l'épaisseur de ces fibromes le scalpel est souvent arrêté par des plaques très-dures, calcaires, qui ont été improprement appelées ossifications. Ces incrustations calcaires sont loin d'être rares dans la cavité pleurale. Gruveilhier, dans son analomie pathologique, les avait déjà signalées; il avait surtout indiqué comment, à un moment donné, elles peuvent devenir mobiles à la surface de la séreuse, ou au-dessous d'elle dans le tissu cellulaire qui la sépai"e des côtes.
En dehors des cas où il y a incrustation calcaire, les fibromes cornéens sont, avons-nous dit, très-durs. Toutefois, celte dureté est plus apparente que réelle, et dépend surtout de la direction suivant lacjuelle l'observateur saisit la tumeur pour en apprécier la consistance. C'est que ces fibromes sont formés par un certain nombre de couches stratifiées et parallèles les unes aux autres, disposées comme les couches de fibrine qui se déposent à la surface des poches anévrysmales ; la masse morbide est plus épaisse vers sa région centrale, et sa coupe a la foime d'un croissant. Eh bien, lorsqu'on saisit une coupe de la tumeur entre deux doigts, de manière à la presser, non plus perpendiculairement à sa surface, mais bien parallèlement, on constate une certaine mollesse, une certaine élasticité qui contraste singulièrement avec l'extrême dureté qu'une première exploration avait fait sentir tout d'abord.
Pour étudier le fibrome amorphe dans sa structure intime, il faut le faire durcir soit par une macération plus ou moins prolongée dans l'alcool ou dans
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des solutions d'acide chromique ou de bichromate de potasse, soit par simple dessiccation. C'est sur ces substances durcies que l'on pratiquera des coupes très-minces, soit parallèles à la surface, soit perpendiculaires. Elles seront ensuite colorées au carmin suivant les procédés indiqués par M. Ranvicr. Il est indispensable de pratiquer ces coupes et de les colorer ainsi, car si l'on se bornait à étudier ces tissus en raclant la tumeur ou en dissociant ses éléments avec des aiguilles, on s'exposerait à de nombreuses erreurs. Ainsi, il pourrait se faire que l'instrument n'amenât que des éléments déformés ou des noyaux isolés. Le raclage ne donnerait alors qu'un amas de détritus, dont les caractères simuleraient ceux du suc cancéreux. Sur les coupes pratiquées à l'état frais et non colorées, les éléments figurés sont d'une coloration si paie qu'on ne les voit pas. L'observateur, en présence de ces couches stratifiées de substance amorphe, pourrait donc être tenté de conclure à l'existence d'un exsudât fibrincux ; la 'coloration au carmin fait, au contraire, apparaîtie avec une grande netteté les éléments figurés ; la coupe alors ressemble à celle du tissu de la cornée ou à celle des fibro-cartilages. Mais d'une part il n'y a pas de fibrilles comme dans la cornée, et d'autre part il n'y a pas de chondrine dans les fibromes, qui sont probablement formés par de la gélatine, tandis que tous les tissus cartilagineux sont formés par de la chondrine en proportions plus ou moins considérables.
Au point de vue clinique nous n'aurons rien à ajouter à la description qui vient d'être faite, car on ignore encore sous quelle influence se forment les fibromes cornéens, et nous ne savons absolument rien non plus sur leur marche, sur leur durée, sur leurs terminaisons. Aucun symptôme ne vient, en effet, révéler leur présence pendant la vie. Bornons-nous donc à répéter avec la plupa'^t des auteurs que très-probablement les fibromes sont d'origine irritative, ou, pour mieux dire, inflammatoire, que par conséquent ils doivent reconnaître pour cause ordinaire la péritonite, la pleurésie, la péricardite.
Les fibromes fascicules ont une tout autre importance en clinique, car ils forment de véritables tumeurs dont il importe d'étudier avec soin les symptômes. Anatomiquement leur aspect est, même à l'œil nu, tout à fait caractéristique. Ce sont des tumeurs ordinairement très-dures ou, pour mieux dire, très-résistantes, car, alors même qu'elles ont pu donner pendant la vie la sensation de fluctuation, elles ne se laissent diviser que difficilement, crient sous le scalpel, et si l'on cherche à les déchirer, on n'arrive qu'à grand peine à en dissocier les éléments. Lorsqu'on y parvient, il est facile de constater qu'elles sont constituées par des lobules conglomérés qui ne sont autres que des pelotons de fibrilles enroulées concentriquement, d'une façon plus ou moins irrégulière ; c'est au milieu de ces fibrilles qui leur servent de substance fondamentale que le microscope permettra de retrouver les éléments figurés anastomosés, ou, pour mieux dire, les espaces et les éléments plasmatiques. Cette structure lobulée donne à la coupe de ces tumeurs un aspect tout spécial. La surface de section est inégale, car les lobules y font autant de saillies isolées. Autour de ces lobules, et les enveloppant comme une gangue, se trouvent des travées d'un tissu conjonctif beaucoup plus lâche, analogue à celui qui se rencontre autour des éléments spéciaux dans les organes parenchymateux (autour des culs-de-sac glandulaires dans le sein, par exemple).
Tels sont donc les éléments constitutifs des fibromes : 1° des fibrilles plus ou moins ténues, plus ou moins serrées, disposées en lobules et servant de substance fondamentale ; 2" des éléments anastomosés ; 3" des travées de tissu conjonctif
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lâche, analogue à celui que l'on trouve dans le reste de l'organisme. Ce dernier élément peut du reste manquer. Nous aurons à étudier plus loin un autre élément qui acquiert parfois une grande importance, je veux parler des vaisseaux. Nous n'avons pas à beaucoup insister dans cet article sur les caractères microscopiques des éléments constitutifs du fibrome, car les fibrilles qui servent de substance fondamentale à la masse morbide ont été décrites déjà, et avec de nombreux détails, dans un autre article {voy. Lvmiineux, p. 2'20). Quant aux éléments figurés anastomosés et aux cellules plasraatiques, dont les rapports réciproques ont donné lieu à tant de contestations, ils ne présentent rien d'anormal dans les tumeurs fibreuses et sont de tout point assimilables à ceux que l'on rencontre dans les tissus fibreux normaux de l'organisme. Mais là aussi ils obéissent à cette loi en vertu de laquelle les éléments anatomiques se déforment sous l'influence des pressions qu'ils subissent; ainsi par exemple, vers la périphérie des tumeurs fibreuses qui sont pressées contre un plan osseux, on trouvera des éléments plasmatiques aplatis parallèlement au plan résistant, comme ces mêmes éléments le seront par la pression sanguine dans la membrane interne des artères. Nous insistons tout particulièrement sur ce point, car on serait tenté parfois de méconnaître l'identité de nature de certaines cellules, voire même de certains tissus, dont les dissemblances ne doivent être rapportées qu'à des questions de siège.
Les vaisseaux présentent dans ces tumeurs des caractères très-variables, soit au point de vue du volume et du nombre, soit au point de vue de la structure. Ainsi, dans les fibromes de la peau qui ne sont le plus ordinairement que des tumeurs primitivement papillaires, on retrouve, quand le néoplasme n'a point encore pris un développement considérable, des anses vasculaires constituées par une artériole afférente et une veinule cfférente ; mais quand la croissance du tissu morbide est rapide, quand le fibrome est volumineux, il faut s'attendre à rencontrer aussi un développement vasculaire en rapport avec son volume. Et cependant, à l'œil nu, lorsque le fibrome vient d'être enlevé, il semble dépourvu de vaisseaux, sa coloration est pâle et blanche, à peine aperçoit-on quelques artérioles au niveau de son pédicule. 11 faut donc avoir recours à des injections pour les étudier. Elles nous permettront de voir, au niveau des travées de tissu cellulaire lâche qui séparent les lobules fibrillaires, un réseau quelquefois très-serré et très-abondant dans lequel on distinguera des veines, des artères et des capillaires, parfaitement développés dans les tumeurs anciennes et à marche lente. Mais ce parfait développement, on ne le retrouvera plus dans les fibromes à évolution rapide. Là, le système sanguin est constitué par des vaisseaux à parois embryonnaires, véritables sinus qui sont en quelque sorte creusés dans le tissu morbide ; aussi restent-ils béants comme les veines hépatiques, quand la tumeur vient à subir une solution de continuité. De là des hémorrhagies d'une extrême gravité puisqu'elles ne s'arrêteront jamais spontanément, hémorrhagies fréquentes, et qui, dans nombre de circonstances, ont eu une terminaison fatale.
La structure de ces vaisseaux est resté longtemps ignorée, et, comme immédiatement après l'extirpation de ces tumeurs, ils disparaissent en vertu de la rétractilité des tissus qui efface leur lumière, on soupçonnait à peine leur existence. C'est surtout à Muron qu'est due leur description {Comptes rendus des séances de la Société de Biologie pour l'année 1869, Paris, 1870) ; c'est lui'> qui le premier a démontré, microscope en main, que les fibromes naso-pharyn-
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gieiis, les plus durs, les plus blancs de tous, sur la table de dissection, sont sillonnés d'un nombre infini de vaisseaux, artériels et veineux en certains points, mais dont la plupart n'ont pas à pioprement parler de tunique, et le sang circule là, contenu par de simples rangées d'éléments cellulaires légèrement fusiformes, éléments se touchant tous et constituant une paroi d'une excessive fragilité. Les liémorrhagies auxquelles doinient lieu les polypes naso-pharyngiens n'ont donc pas pour sources les veines dilatées qui sillonnent la surface de la muqueuse nasale dans leur voisinage, mais bien ces réseaux de vaisseaux embryonnaires. D'autant qu'on les rencontre dans toute l'épaisseur de la tumeur, car les fibromes naso-pharyngiens n'ont pas une structure nettement lobuléc : on y trouve au contraire de nombreux faisceaux de fibres parallèles, très-épais, très-compactes, et qui ne sont pas séparés par des travées de tissu conjonclif plus lâche.
Si le système vasculaire des fibromes à l'état normal, ou pour mieux dire en dehors de toute complication, est parfois très-dé veloppé, il peut sous l'intluence de l'irritation prendre dans certaines circonstances des proportions tellement considérables, tellement exagérées, qu'on me passe l'expression, qu'il y a lieu de se demander si la production morbide doit être considérée comme un simple fibrome, ou s'il faut au contraire la classer dans le genre Angiome. Anatomiquemcnt, la question serait absolument insoluble, mais la clinique a démontré que chez les sujets jeunes, à la suite de l'extirpation de polypes franchement fibreux,, très-durs et peu vasculaires en apparence, il se développe, comme récidive, des néoplasmes dont les vaisseaux sont tellement abondants que le doigt perçoit leurs battements, et qu'ils sont animés de mouvements d'expansion conmic des anévrysmes. Ces tumeurs cependant n'ont pas la malignité des angiomes, encore moins celle des sarcomes Iclangieclasiques, dont elles ont les caractères symptomatiipies. Ce ne sont que des fibromes qui ne se généralisent jamais, qui ne s'accompagnent pas d'invasion ganglionnaire et dont la marche semble s'arrêter au moment où les sujets sortent de l'adolescence. Ce sont ces tumeurs qui ont été désignées par Uindlleisch et Lùcke sous le nom de fibromes caverneux (pour plus de détails consulter les articles où est traitée la question des polypes nasopharyngicns).
Au point de vue de la forme, les fibromes présentent de nombreuses variétés. 11 en est de même de l'aspect des tissus qui les forment, et ces différences, qui de prime abord semblent si tranchées, sont dues à des modifications accidentelles qui ne changent absolument rien à leur nature. Ainsi : 1" le tissu des fibromes se présente sous l'aspect d'une masse molle, œdémateuse. La coupe, que l'on ne pratique qu'avec une certaine difficulté, laisse suinter im liquide séreux abondant, riche en albumine. Cet état que présentent surtout les fibromes cutanés et en particulier ceux qui sont connus sous le nom de Moli.uscum pendulum [votj. ce mot) n'est autre chose que de l'œdème vrai. C'est ce même aspect que prendront à de certains moments des tumeurs primitivement dures, si la circulation veineuse vient à être gênée dans le département où elles siègent. C'est encore cet aspect que l'on pourra faire prendre au tissu fibromateux dur en le laissant macérer dans de l'eau pure. Par contre, en plongeant dans de l'alcool à 90" les fibromes œdémateux, ils seront déshydratés, ils se dessécheront et prendront les caractères des fibromes durs. Et ce ne sont pas seulement les espaces qui séparent les fibrilles et les travées de tissu conjonctit' lâche qui recèlent celte sérosité, elle imbibe, elle gonfle les éléments eux-mêmes. C'est ce dont il est facile
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de se rendre compte en examinant au microscope les fibrilles desséchées, au moment où l'on ;ijoute une goutte d'eau pure sur le porte-objet. Le raolluscum pendulum, malgré son extrême mollesse, n'a donc pas une structure autre que celle des libronies durs. Il ne s'agit donc, en somme, que d'un phénomène pathologique accessoire, d'un œdème.
2° La mollesse des fibromes cutanés est due, dans d'autres cas, à une surcharge graisseuse. Des vésicules adipeuses, analogues à celles du tissu cellulaire souscutané, se développent dans les interstices des faisceaux fibreux. La coupe de la tumeur rappelle alors celle des lipomes. Il est du reste difficile de se prononcer sur la dénomination qu'il convient de donner en pareil cas. Devons-nous écrire lipome fibreux ou fibrome graisseux; c'est ce que la marche clinique de la tumeur pourrait seule nous apprendre, et malheureusement le chirurgien ne verra presque jamais ces tumeurs à leur début (voy. l'article Lipome, p. 655).
5" A côté de la surchage graisseuse, nous devons signaler la dégénérescence graisseuse qui, au lieu d'amener une augmentation dans le volume de la tumeur, est au contraire un phénomène régressif, dont le dernier terme peut être sa disparition complète. La dégénérescence graisseuse des fibromes est d'une grande l'areté. On ne l'observe guère que sur ces néoplasmes franchement fibreux, nés sous l'influence de la syphilis, et qu'il ne faudrait pas confondre avec les gommes dont la structure est tout autre. Cette dégénérescence frappe tous les éléments en même temps (fibrilles, cellules, vaisseaux). Et si nous parlons ici de ces fibromes syphilitiques, ce n'est que sur la foi des auteurs, et non sans arrièrepensée, car nous pourrions citer les lignes suivantes signées par Liicko et qui feront assez comprendre nos réticences : « On a aussi pensé que les fibromes peuvent prendre naissance sous l'influence de la diathèse syphilitique, et qu'ils seraient alors le dernier terme dans le développement du syphilome. Je ne puis donner à l'appui de cette opinion que l'observation de Senftleben, citée à ce sujet par Virchow. Mais le malade qui en fait l'objet a été entre mes mains, et j'ai pu suivre jusqu'à sa mort l'évolution de sa maladie. C'était un mélancolique et un syphilophobe, qui durant toute son existence n'avait eu d'autre maladie vénérienne qu'une seule blennorrhagie. »
4° La dégénérescence muqueuse des fibromes est un phénomène assez fréquent. Elle frappe simultanément tous les éléments de la tumeur, qui sont pour ainsi dire liquéfiés, et c'est de la sorte que prennent naissance des cavités kystiques qvù peuvent acquérir, dans certaines circonstances, des dimensions considérables. Ce serait même, selon Virchow, un mode de formation fi'cquent pour les kystes ovariques. Malheureusement l'obseination clinique est venue prouver que les vues de l'illustre professeur allemand ne sont pas vraies dans la plupart des cas ; les kystes muqueux de l'ovaire ont bien, à la vérité, une enveloppe fibreuse et un contenu muqueux, mais il s'agit alors presque toujours de véritables myxomes, qui ont toule la malignité des tumeurs de cet ordz'e, et qui, même après extirpation complète, peuvent récidiver avec généralisation dans les viscères.
11 faut donc se garder de confondre la dégénérescence muqueuse des fibromes avec ce que l'on pourrait appeler leur dégénérescence myxomatcuse. Au reste, dans une classification rigoureuse on ne doit pas admettre cette dégénérescence.
C'est que le myxofibrome de Virctiow, ou pour mieux dire le fibrome myxoraateux n'existe pas en réalité, et l'on pourrait en dire autant de toutes les tumeurs mixtes, car il ne faut pas donner le nom de fibrome aux masses
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fibreuses accessoires qui se développent au voisinage des tumeurs de toute nature sous rinduence de l'irritation, au niveau de leur zone de prolifération. Les fibromes mjxomateux ne sont donc en réalité que des myxomes, c'est-à-dire des cancers colloïdes dans lesquels la charpente fibreuse a acquis un développement exagéré. Il ne saurait donc en être question dans cet aiticle.
La dégénérescence muqueuse, qui est un processus régressif, s'observe surtout dans les tumeurs volumineuses. Elle est très-fréquente dans les fibromes vrais de l'utérus. C'est à ce phénomène que Gruveilhier avait donné le nom de transformation géodiforme.
5" La calcification {fihroma petrificum des Allemands) se produit presque toujours dans les tumeurs fibreuses anciennes. Dans les fibroïdes utérins qui ont eu une longue durée, elle est la règle. J'ai observé des tumeurs de cet ordre qui avaient un véritable squelette pétrifié. Après macération prolongée dans l'eau, leur masse ressemblait à un morceau de tuf. 11 n'est pas rare non plus de voir se crétifier les fibromes nés sous l'influence d'une irritation chronique tels que ces tumeurs à parois épaisses' qui prennent naissance au niveau de la rotule chez les individus qui se tiennent longtemps à genou, tumeurs qui, en clinique, sont considérées comme des hygromas.
Celte calcification se produit aussi dans les fibromes amorphes. Telle est, comme nous l'avons dit, l'origine des plaques dites osseuses de la plèvre. 11 est difficile de se rendre un compte exact de ce phénomène; mais, selon toute vraisemblance, le processus d'incrustation calcaire des tissus fibreux doit être assimilé à celui de la crétification des infarctus. En effet, c'est surtout dans les lobules durs, loin des travées de tissu conjonctif lâche, et par conséquent trèsloin des vaisseaux, que ces dépôts crétacés commencent à se produire. C'est donc probablement parce qu'ils sont pri\és de vaisseaux que ces éléments subissent ces transformations. On peut, du reste, s'en assurer en greffant sur un animal un fragment de tissu fibreux. Si l'on enlève cette greffe au bout de quelques mois, on trouve dans sa partie centrale un noyau calcifié.
Ces transformations donnent aux fibromes superficiels des caractères cliniques qui permettent de les reconnaître facilement ; ils sont durs, leur surface est inégale, hérissée d'aspérités dont les pointes aiguës sont plus ou moins saillantes sous la peau. Ce n'est cependant que dans des circonstances exceptionnelles que l'on voit la calcification commencer à la périphérie et envahir les couches superficielles de la tumeur avant sa région centrale. En tout cas, ce qu'il importe de noter ici et ce qui est, au point de vue anatomique, la cai'actéristique du phénomène que nous venons d'indiquer, c'est qu'alors les éléments anatomiques ne sont pas modifiés dans leur forme et leur structure par cet apport d'une substance nouvelle. Ils sont incrustés de sels calcaires, mais ils ne sont pas transformés en sels calcaires. Aussi, en ajoutant aux préparations de fibromes calcifiés quelques gouttes d'acide chlorhydrique, peut-on décaper les éléments constitutifs de la tumeur et leur rendre leur aspect primitif.
6" Ossification. 11 est incontestable que les fibromes peuvent s'ossilier, mais ce phénomène est rare dans les tumeurs qui se sont développées aux dépens des parties molles. On ne l'observe guère en dehors des fibromes qui ont leur point d'implantation sur le périoste ou dans le tissu osseux. Ces ossifications, au point de vue topographique, n'ont pas la même distribution que les incrustations calcaires. Elles apparaissent sous forme de traînées irrégulières ou d'aiguilles ténues et allongées. Quelques auteurs ont avancé que dans les fibromes les ostéoplastes
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se forment d'emblée, par calcitication des cellules plasmatiqucs. Mais une observation plus rigoureuse est venue démontrer qu'il n'en est rien, et toutes les fois que l'on a pu prendre la nature sur le fait, on a vu les éléments adultes du tissu fibreux pathologique revenir à l'état embryonnaire, et les ostéoplastes se former aux dépens de ces cellules embryonnaires. Les fibromes dans lesquels se produisent ces phénomènes doivent-ils conserver cette dénomination? devonsnous, au contraire, les classer dans le genre ostéoine? C'est ce qu'il est assez difficile de déterminer. En tout cas, ce qu'il importe de noter, c'est que les fibromes qui s'ossifient n'ont pas cliniquement la même évolution que ceux qui secalcifient. Ceux-ci sont, en effet, dans une période régressive, ils tendent à disparaître; ceux-là, au contraire, ne sont point arrêtés dans leur accroissement, aussi leur a-t-on vu parfois acquérir des proportions énormes. Les libromes ossifiés ont été signalés assez souvent au niveau des maxillaires.
7° Linflammation. Parmi les transformations que subissent les fibromes, il n'en est pas de plus importante à signaler que leur inflammation, car elle change d'une manière presque complète leur aspect et moditie singulièrement leurs symptômes. S'il s'agit, en effet, de tumeurs superficielles, l'inllammation les ramollit tout en augmentant leur volume. Elles deviennent alors rouges,
douloureuses, tendues Ces phénomènes inllammatoires se termineront, soit
par résolution, et, en pareil cas, la tumeur prendra après leur disparition une marche plus rapide, soit par induration, soit par suppuration, soit par gangrène, soit enfin par dégénérescence, s'il faut en croire certains auteurs. iNous n'aurons pas à beaucoup insister sur l'induration des fibromes. Elle précédera souvent la calcification, elle en sera même, en amenant roblitéralion des vaisseaux, la cause déterminante. Quant à la suppuration, elle n'est pas rare. Ilistologiquemcnt, le pus se forme là comme à la surface des aponévroses, comme dans l'épaisseur des tendons. JN<>us n'insisterons pas sur ces phénomènes, nous bornant à rappeler que si cette suppuration a pu dans quelques cas très-rares amener la disparition du néoplasme, dans bien des cas aussi elle a été le point de départ des accidents les plus graves, et en particulier des hémorrhagies dont il a été question plus haut.
Lorsque les phénomènes inflammatoires sont assez intenses pour qu'il y ait dans la tumeur étranglement, pour que la circulation y soit entravée absolument dans certains points, il peut y avoir guérison spontanée. La tumeur, en effet, se gangrène ou se flétrit, se puliéfie ou se dessèche suivant les régions qu'elle occupe, et finit par se détacher. Cette heureuse terminaison n'est pas très-rare pour les fibromes utérins ; on l'a également signalée pour ceux des fosses nasales. La gangrène peut aussi résulter de la compression dont le pédicule de certaines tumeurs devient le siège, c'est alors en bloc que le néoplasme se gangrène et s'élimine {voy. pour plus de détails les articles où il est question des polypes utérins et naso-pharyngiens).
Nous avons dit plus haut que l'inflammation peut avoir pour conséquence la dégénérescence de la tumeur, c'est-à-dire la transformation en une tumeur maligne. INous avons naguère exprimé notre scepticisme au point de vue de la transformation des fibromes en myxome. Je crois que l'on peut également nier leur transformation en carcinome mais pour ce qui est de leur transformation en sarcome et en épithéliome il faut être plus réservé. En clfet, qu'il soit difficile de prouver qu'une tumeur qui prend la marche clinique d'un sarcome n'était primitivement constituée que par du tissu fibreux,
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je veux bien l'admettre , mais ce que l'on ne saurait nier , c'est que les cliéloïdes {voy. ce mot), qui ne sont en réalité que des fibromes, se transforment souvent, très-souvent même, en cancroïdes, et ces épithéliomes qui émanent réellement de fibromes, ne le cèdent en rien au point de vue de la malignité à ceux qui naissent primitivement dans les tissus, sur la lèvre inférieure, par exemple. Il y a donc réellement dégénérescence, et c'est sous l'influence de l'inflammation chronique qu'elle se produit [voy. aussi l'article Cicatrice).
Après cette étude sur les caractères anatomiques des fibromes et sur les transformations que leurs tissus peuvent subir, jetons un coup d'oeil général sur leurs caractères cliniques. Nous aurons à les diviser en deux grandes catégories : \° les fibromes durs; 2" les fibromes mous. L'histoire de ces derniers, le lecteur la trouvera dans d'autres articles (Papillome, Moluscum, Chéloïde, ËLÉPiiANTiASis, Cicatrice), car d'une manière générale les fibromes mous appartiennent au système tégumentaire. Ils se développent soit dans le derme, soit dans le tissu sous-muqueux, n'ont aucune tendance à envahir les ganglions lymphatiques, aucune tendance non plus à se généraliser aux viscères. Le plus souvent ils sont isolés, et alors leur accroissement est continu; aussi leur a-t-on vu parfois acquérir un volume énorme. Ainsi l'on cite d'ordinaire le cas de Virchow, qui observa un fibrome de 32 livres, et celui de Dardel qui rapporte l'observation d'un patient porteur d'une tumeur de 16 livres; mais ce ne sont pas là des faits exceptionnels, et pour ma part j'ai vu dans les hôpitaux de Lyon des tumeurs qui ne le cédaient en rien à celles-ci pour le volume.
Quand, au contraire, on a affaire aux fibromes multiples de la peau, on les voit quelquefois s'arrêter dans leur évolution, et pendant des années conserver le même volume. Les fibromes cutanés mous sont quelquefois diffus; c'est ce qui rend incertaine la ligne de démarcation de cette espèce morbide d'avec l'éléphanthiasis, et c'est ce qui a amené la confusion dont nous avons parlé au commencement de cet article. Mais le plus souvent ces fibromes sont, au contraire, pédicules, et leur pédicule renferme des vaisseaux volumineux que l'opérateur doit se tenir prêt à lier lorsqu'il enlève ces tumeurs.
C'est surtout dans les fibromes mous que l'on observe la surcharge graisseuse et l'infiltration œdémateuse. Les fibromes cutanés multiples sont quelquefois en nombre très-considérable. C'est ce qui a fait admettre par quelques auteurs une diathèse fibromateuse. 11 paraîtrait même, suivant Virchow, que l'hérédité ne serait pas sans influence sur leur production.
Les fibromes durs, au contraire, sont le plus souvent uniques ; ils se présentent sous la forme de tumeurs nettement limitées et le plus souvent arrondies et lobulées. Ils sont mobiles sous la peau qui n'est que rarement altérée à leur niveau, à moins que distendue par une masse énorme elle ne s'ulcère sous l'influence des frottements ou des traumatismes. Nous devons noter, à ce propos, le phénomène de l'enkystement, qui a, au point de vue clinique, une grande importance. II ne s'agit pas seulement de la facihté avec laquelle les fibromes peuvent, en général, être énucléés, mais des formations kystiques qui se produisent à leur niveau et par un tout autre mécanisme. Il se forme, en effet, au pourtour des fibromes anciens des bourses séreuses accidentelles, quelquefois assez spacieuses, et dont la cavité se remplit d'un liquide séreux plus ou moins analogue à de la synovie. La tumeur est alors soulevée par cette collection liquide et donne une sensation de fluctuation très-manifeste, et comme la tumeur liquide
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accessoire devient plus volumineuse que le fibrome qui a déterminé sa production, sa véritable origine peut être dissimulée.
Tel est le phénomène qui se produit souvent au niveau du genou, et voilà pourquoi l'on a vu récidiver certains hygromas, sous forme de tumeurs solides, qui semblaient cliniquemcnt identiques à ceux de la bourse séreuse prérotulienne et n'étaient autres que des fibromes de la rotule.
Ceci nous amène à parler de la prétendue malignité de ces tumeurs. Et d'abord il est incontestable que les fibromes sont sujets à récidiver localement, et cette faculté de repuUulation est d'autant plus accentuée, qu'ils se sont développés dans des tissus plus différents, qu'en un mot ils sont plus hétérotopiques. Les fibromes les plus malins à ce point de vue sont ceux des os et du périoste. Il faut bien dire que là leur extirpation présente souvent les plus grandes difficultés et qu'elle est rarement complète, à moins que l'on n'ait enlevé l'organe malade tout entier. En tout cas, ce qu'il importe le plus d'atteindre et de détruire, c'est leur point d'implantation. C'est ce que nous démontre très-nettement l'étude des tumeurs péripelviennes. Ces énormes fibromes qui ont leur point de départ dans le squelette du bassin, mais qui n'adiièrent à l'os que par un pédicule extrêmement ténu, ne s'accroissent que par l'intermédiaire de ce pédicule. 11 suffit de le diviser poui enrayer leur développement. Ce fait est d'une grande importance, car il démontre que si l'on a détruit leur point d'implantation, on peut impunément laisser une partie de ces tumeurs, lorsque l'on en pratique l'extirpation, et cela sans avoir à trop redouter la récidive. Mieux vaudrait donc peut-être pratiquer en pareil cas une opération incomplète, que de s'exposer à la blessure d'un organe important ou à l'ouverture du péritoine ; et les tumeurs péripelviennes sont cependant de celles qui acquièrent le plus de développement, et leur évolution est en général très-rapide.
Ajoutons enfin qu'au point de vue de la récidive l'âge du sujet paraît avoir une influence considérable. Ainsi les fibromes naso-pharyngiens développés chez les jeunes gens récidivent avec une déplorable ténacité jusque vers la vingtième ou vingt-cinquième année. A partir de cette époque, leur guérison peut être considérée comme certaine. Quelque chose d'analogue a lieu au moment de la ménopause, mais sur ce point on ne saurait rien affirmer. Malgré cette malignité locale, qu'on me passe l'expression, les fibromes doivent cependant être considérés comme des tumeurs essentiellement bénignes, car jamais ils n'amènent d'infection, jamais ils ne se reproduisent dans les ganglions lymphatiques, jamais non plus ils ne se généralisent aux viscères. Je sais bien que l'on opposera à ces affirmations certaines observations, qui sont du reste trop connues pour ne pas être exceptionnelles. Je fais allusion aux faits de Paget {Lectures on Surgery, II, p. 151), de Yolkraann {Ahhandl. d. natur. ges. zu Halle, 1858) et de Barth {Virchow's Arch., XXXIV, 154), enfin, au cas rapporté par Yirchow, dans lequel il est question d'un fibrome utérin qui se serait généralisé au péritoine, à l'épiploon, au mésentère et à la plèvre. Mais l'auteur lui-même émet des doutes sur la nature de ces néoplasmes. Ajoutons que dans l'observation de Barth il s'agit d'un fibro-carcinome, et nous avons indiqué plus haut quelle interprétation il convient de donner, selon nous, aux tumeurs mixtes. Nous pouvons donc bien affirmer que le fibrome, tel qu'il a été défini au commencement de cet article, n'est pas susceptible de se généraliser.
Au point de vue du pronostic, la gravité du fibrome dépendra donc exclusivement de son siège. Mais la description des fibromes dans les organes et les tissus