‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales v.38Chapitre 80 sur 113 · FLUTEAU · texte numérisé non relu

FLUTEAU

Fluostannates. Ces combinaisons, étudiées par M. Marignac {Annales des mines (5), t. XII), sont isomorphes avec les fluosilicates. Les sels à'avmionium, (le potassium, de sodium, de lithium, de baryum, de strontium, de magnésium, ciistallisent tous facilement et sont solubles dans l'eau. Le sel de plomb cristallise difficilement et est décomposé par Teau.

Fluotitanates et Fluozircornates. Ils présentent la plus grande analogie avec les fluosilicates et les fluostannates. Nous ne croyons pas avoir à décrire ici ces sels, quoique leur fonction chimique soit parfaitement définie.

Ed. W.

FLURARIT (Claude). j\é à Lyon le 18 juillet 1721, descendait d'un Flurant, ancien apothicaire-major des armées du roi Louis XIV, ami de Molière, et dont le nom a été transmis à la postérité par le grand comique, dans la scène qui sert de début au Malade imaginaire. La famille des Flurant s'était divisée en deux branches, l'une qui s'était élevée à la noblesse, l'autre fixée dans la bourgeoisie, dont était issu Flurant, maître en chirurgie à Lyon, père de Claude.

Après de bonnes études au collège des Jésuites de Lyon, il fut placé à seize ans à l'hôpital général de la Charité et étudia la chirurgie sous la direction de Charmetton. Il fit de rapides progrès, et à l'âge de vingt ans se rendit à Paris pour se perfectionner sous la direction des professeurs de la capitale ; il fut l'élève de Foubert, alors chirurgien en chef de l'hôpital de la Charité. En 1745, Flurant se rendit en Savoie et servit pendant un an dans les armées, puis revint à Lyon où il fut nommé chirurgien ordinaire du grand Hôtel-Dieu et, peu après, chirurgien en chef de l'hôpital général de la Charité. Il fit avec un éclatant succès un cours public d'anatomie en 1 748 ; la même année il se fit recevoir maître es arts à l'Université de Valence, et en 1749 fut couronné par l'Académie de chirurgie pour un mémoire sur les remèdes détersifs ( Traité des médicaments détersifs. In Rec. des pièces qui ont concouru pour le prix de VAcad. roy. de chir., t. 11, p. 459, 1757); il obtint peu de temps après le titre d'associé correspondant de cette Société. En 1752 Flurant publia un ouvrage ayant pour titre : Splanchnologie raisonnée, rédigée en démonstrations où Von traite de Vanatomie et du mécanisme des viscères du corps humain. Paris, 1752, in-12, 2 vol., lequel obtint toute l'approbatiou de l'Académie de chirurgie, à laquelle il en fit hommage. Agrégé ensuite au Collège de chirurgie de Lyon, il se livra, à partir de ce moment, presque exclusivement à la pratique. Cependant il n'avait pas déposé pour toujours sa plume et inséra en 1757 divers mémoires sur la ponction vésicale, la lithotomie, la néphrotomie, etc., dans les Mélanges de chirurgie de Pouteau (Lyon, 1760, in-8").

Flurant réussit particulièrement dans les accouchements; en 1768, il fut nommé professeur en cette science par sa compagnie, mais le Collège des médecins lui fit opposition et l'empêcha d'enseigner. 11 fut également en butte pendant de longues années aux attaques de Hecquet, médecin de Port-Royal. Enfin le 16 janvier 1779 la mort vint le délivrer de toutes ses tribulations; on raconte que les clientes inconsolables de Flurant avaient pris entre elles l'engagement de ne plus faire d'enfants, puisqu'il ne serait plus là pour les accoucher; on ne <iit pas si elles y ont été fidèles. L. Hn.

FLUTEAU. Nom donné à I'Alisma plaktago L. {Voy. Alisma). Pl.

FLUX. Voy. Fluxion.

FL€XlO!%l. Un article fluxion n'a de raison d'être que quand on prend ce mot dans son sens traditionnel, clinique. Si on cédait aux tendances de la nomenclature contemporaine, il n'y aurait qu'à renvoyer purement et simplement à l'article Congestioî*.

C'est donc la fluxion comme l'entendaient les anciens, comme l'entend encore aujourd'hui l'école de Montpellier, que nous étudierons ici. Il y a du reste tout intérêt à conserver toujours le même sens aux mots scientifiques. Le progrès de la science peut faire abandonner ou faire discuter certaines doctrines , mais c'est toujours une mauvaise chose de débaptiser les faits et de détourner le sens des mots au bénéfice des théories nouvelles; on crée ainsi des logomachies regrettables. Avec les fluctuations qu'a eues le sens des mots apoplexie, fluxion, etc., on est obligé de spécifier, quand on les emploie, l'époque dont on adopte le dictionnaire.

Ce qui a souvent détourné les esprits des questions de pathologie générale, comme la fluxion, c'est qu'on les considère comme des à prioi'i, des abstractions au xquelles les anciens s'efforçaient de faire plier les faits. C'est l'inverse qui est vrai. La pathologie générale est la conséquence et la conclusion des observations cliniques synthétisées. C'est le résultat de l'induction et non une matièi'e à déduction.

Ainsi compris, les problèmes de pathologie générale intéressent tous les praticiens, parce qu'ils ont tous une origine et un but cliniques.

Le principal objet de cet article sera de démontrer qu'il en est ainsi de la fluxion; que ce n'est pas là un dogme conçu de toutes pièces, un à priori abstrait; que c'est au contraire la synthèse de l'observation clinique ; que ce qu' on appelle la doctrine de la fluxion est un ensemble de connaissances utiles au médecin pour l'étude des maladies et surtout pour leur traitement.

On peut discuter la doctrine de la fluxion, telle que la comprenaient les anciens, mais je ne crois pas qu'on puisse lui refuser le caractère clinique.

La meilleure manière de mettre la chose en évidence, c'est d'abord de monti'er la notion de fluxion dans son évolution et son développement historiques. On verra que c'est sur la clinique qu'elle a été édifiée et que ce sont en quelque sorte les nécessités de la thérapeutique qui ont formé les fondements mêmes de cette doctrine.

Nous diviserons cet exposé historique en trois parties : 1° historique avan Barthez; 2° Barthez et l'École de Montpellier; o" les contemporains.

L'exposé doctrinal de la notion de fluxion, telle que nous la concevons, sera la conséquence et la conclusion toute naturelle de cette revue historique.

L IIisTORiQUF.. {° Historique avant Barthez. Nous trouvons déjà dans les livres hippocratiques tous les grands faits cliniques qui font la base de la notion de fluxion.

Pour bien comprendre la médecine pratique d'Hippocrate, il faut se pénétrer de ce précepte qu'il donne textuellement : « En général, pour toutes les maladies, il faut examiner où en est la nature ; c'est avec un tel examen et en saisissant le commencement des maladies que vous commettrez le moins de fautes » [des Affect., iv> 25). D'après ce principe, qui domine toute sa thérapeutique, quand il constate un flux, une obstruction, un engorgement, il ne se contente pas de conslaLer ce fait accompli, mais il recherche et étudie

le mouvement humoral qui l'a produit, il remonte à l'origine de ce mouvement et il s'efforce de le détourner vers un autre point moins dangereux. Là est toute la doctrine de la fluxion. Ne pas considérer seulement les congestions, les inflammations, les états anatomiques réalisés, mais rechercher le mouvement fluxionnaire qui a produit tout cela, savoir d'où il vient et s'occuper de le détourner; c'est là toute la notion de fluxion. On voit qu'on ne pouvait pas imaginer à cette notion une origine plus foncièrement clinique.

Voici quelques passages, entre mille, pour montrer comment Hippocrate développe cette doctrine :

(( Quand les narines sont gonflées et remplies de phlegme coagulé, il faut dissoudre ce phlegme coagulé, soit par des étuves, soit par un évacuant, mais ne pas le détourner ; si en effet le flux se porte ailleurs, où que ce soit, il y causera une maladie plus grande » {Des Lieux dans Vhomme, 11).

Voilà cette notion de la hiérarchie des organes qui est inséparable de celle de fluxion : il faut détourner la fluxion de tel organe et sur tel organe, mais non de tel autre sur tel autre, à cause de l'importance relative de ces différents points. Si la fluxion se porte au contraire sur les oreilles, on cherchera à l'attirer par une ventouse du côté opposé. Si malgré cela la maladie persiste et devient ancienne, on rapprochera les attractifs; on placera un errhin dans la narine, afin que le flux se porte vers la narine et ne rétrocède pas vers la tête.

C'est la première idée de la dérivation et de la révulsion. 11 nomme tout à fait la révulsion qu'il appelle antispase dans le passage suivant des Épidémies : « Faire révulsion, si le mouvement des humeurs ne se fait pas du côté qu'il faut.» Passage qu'il faut compléter par les deux aphorismes suivants : « Ne pas mettre en mouvement ce qui se juge ni ce qui est jugé complètement, et n'innover ni par les évacuants, ni par d'autres excitations, mais laisser les choses en l'état. » « Les humeurs qu'il faut évacuer, les évacuer du côté où elles tendent le plus par les voies convenables. »

On voit là tout le traitement de la fluxion, dont il avait posé la loi fondamentale dans le célèbre aphorisme : Duobus laboribus, etc. On voit donc nettement que pour Hippocrate la notion de fluxion est entièrement distincte de la notion de flux et de congestion ; c'est le mouvement intérieur qui aboutit à ces lésions. Et c'est là une notion essentiellement clinique, d'où il tire d'importantes conséquences thérapeutiques. 11 étudie également l'origiue de ces fluxions et montre le froid produisant une fluxion intérieure générale, tandis que le chaud produit une fluxion périphérique générale, et il cherche à s'expliquer ces grands mouvements en disant que « le corps communique partout avec lui-même et saisit le liquide en quelque lieu que ce soit. »

Ensuite il y a les fluxions locales. Et ici il a nettement vu cette sympathie curieuse qui fait que la fluxion quitte souvent un organe pour se porter sur un autre ; et cette idée de métastase et de sympathie aboutit, comme toujours chez lui, à une idée thérapeutique : « Si vous voulez arrêter les règles d'une femme, dit-il, appliquez sur les mamelles une ventouse aussi grande que possible. »

Ainsi, sans être obligé d'admettre avec Hippocrate tout son vieil humorisme qui n'a trait qu'au mécanisme de la fluxion, on trouve dans ses œuvres admirablement définies la notion clinique de la fluxion et son importance en thérapeutique.

D'Hippocrate à Galien, nous n'avons rien de bien nouveau à mentionner. Gelse admet la contre-fluxion à peu près à la manière d'Hippocrale ; seulement il

emploie le mot evocare au lieu de revellere, dont la latinité aurait choqué un esprit comme le sien. Arétée, qui n'est pas humoriste, invente le vésicatoire à la cantharide pour satisfaire pratiquement aux indications que lui fournit la fluxion qu'il méconnaît. Erasistrate se pose en adversaire déclaré de la fluxion et de la contre-fluxion. Quand la saignée agit, dit-il, ce n'est pas comme attractif; c'est comme déplétif. Et alors il remplace la saignée par l'abstinence. C'est le véritable adversaire de la fluxion et de la médication antifluxionnaire dans l'antiquité.

L'œuvre d'flippocrate, méconnue et un peu falsifiée par ses successeurs immédiats, est l'eprise et développée par Galien au point de vue qui nous occupe. La fluxion est toujouz-s le mouvement par lequel les humeurs, le sang en particulier, s'accumulent dans telle ou telle partie. Galien distingue dans les effets de la fluxion la simple congestion de l'inflammation, surtout lorsqu'il s'agit de tirer du sang.

Mais le point sur lequel Galien apporte le plus de précision, c'est certainement le traitement, ce but constant de la théorie des fluxions. Il distingue soigneusement la dérivation et la révulsion. « On détourne, dit-il, le sang et on l'attire vers d'autres points, tantôt par une dérivation vers le voisinage, tantôt par révulsion vers les points contraires ; ce que les Grecs appellent dans le premier cas napoyjzzxtat-)), dans le second àvno-Trâo-w. Car ce sont là des moyens inventés par Hippocrate contre toute évacuation immodérée. Par exemple, attire-t-on vers les narines ce qui s'évacue par la gorge, c'est une dérivation vers le voisinage; l'attire-t-on vers le siège, c'est une révulsion. De même les flux par le rectum ; nous les dérivons par la vulve, nous les révulsons par le vomissement. Car c'est ainsi que la nature elle-même' a coutume d'agir. » Galien fixe aussi les indications relatives de ces deux moyens d'action suivant l'époque de la maladie. « Si le flux, dit-il, coule encore avec violence, nous ferons une révulsion ; mais s'il a déjà cessé et s'il s'est fixé dans la partie, il vaut mieux dériver. »

Voilà la notion de fluxion définitivement établie et complétée par Hippocrate et Galien, entièrement fondée sur la clinique et dans un but exclusivement thérapeutique.

Tout le moyen âge se contente de discuter les textes des auteurs et les obscurcit souvent en développant la partie théorique et hypothétique aux dépens de la partie clinique et pratique. C'est ainsi qu'on discuta à perte de vue sur le sens du mot /.aT'ïÇw employé par Galien dans la prescription de la saignée, les uns soutenant que cela s'appliquait à la veine du bras correspondant, d'autres à celle du bras opposé ; d'autres encore à celle du pied correspondant ou du pied opposé. Une observation clinique sévère aurait bien mieux et plus vite résolu la question que tous ces stériles commentaires.

C'est la clinique qui ramena à la saine doctrine des fluxions. Les Arabes, oubliant les anciens principes d'Hippocrate et de Galien, en étaient venus à préconiser presque exclusivement la révulsion, quelle que fût l'indication. Pierre Brissot osa, en 1514, protester, au nom des faits observés, contre ces doctrines erronées, et ramener aux principes hippocratiques ; il cita les succès obtenus par la saignée dérivative dans une pleurésie épidémique qui sévit à Paris. 11 souleva des colères terribles, fut forcé de s'expatrier. Mais le retour se fit peu à peu.

Fernel, que l'on a appelé le restaurateur de la médecine, restaura en particulier l'ancienne doctrine des fluxions. « Fluxio autem, dit-il, est hianoris in-

cursio concitatior atque copiosior quam parti alendœ sit ex usu. » La fluxion est un apport d'humeurs plus accéléré et plus abondant que ne le comportent les besoins d'un organe. On remarquera les termes employés : la fluxion est mi acte, un mouvement, une impulsion. C'est bien là la tradition hippocratique. Fernel reproduit également et très-exactement la distinction de Galien entre la dérivation et la révulsion : Estrevulsio illabentis humoris in contrarium tractus. Derivatio est humoris illapsi tractus in vicinum latus.

A peu près vers la même époque, Laurent Joubert fait, à Montpellier, les mêmes observations, et rappelle les indications galéniques de l'un et de l'autre moyen. « L'on use volontiei'S d'icelle (la révulsion), dit-il, lorsque les maladies commencent, afin que l'humeur ia esmeue se retienne, ou pour le moins qu'on la destourne de ne se ruer si furieusement sur les membres qu'elle cerche et semble vouloir saisir. L'autre moyen et le second est la dérivation, que les Grecs appellent parocheteusis, laquelle se fait lorsque l'on arrache l'humeur qui est descendue desja en la partie, laquelle on rameine aisément encore d'un lieu en autre voisin de cestuy-là. »

La restauration est complète : la doctrine de la fluxion et de son traitement, fondée par la clinique entre les maius d'Hippocrate et de Galien, obscurcie par la théorie et la métaphysique entre les mains de leurs successeurs et des Arabes, est rétablie encore par la clinique entre les mains de Bressot, Fernel et Laurent Joubert, au seizième siècle.

Au dix-septième et au dix-huitième siècles, nous voyons trois grandes doctrines s'emparer de la fluxion et la défigurer plus ou moins, suivant les besoins de la cause; c'est le mécanicisme, le solidisme et l'animisme, qui semblent se substituer tous les trois à l'humorisme ancien. Un mot sur la notion de fluxion dans chacune de ces grandes écoles nous fixera sur l'état de la science à l'époque où Barthez parut.

La découverte de la circulation du sang, au commencement de ce siècle, est le point de départ des doctrines mécaniciennes les plus bizarres. On constate les faits de dérivation et de révulsion, mais on ne veut plus voir là que la déplétion, que l'acte de détourner un courant d'un point vers un autre, et d'évacuer au dehors le liquide qui obstrue l'organe malade. C'est alors que Boerhaave, qui avait été précédé dans celte voie par Sylvius de Le Boë, calcule le degré d'action des vésicatoires d'après la quantité de sérosité qu'il trouvait sous la cloche formée par eux. C'est la reproduction des idées de Botal, quand il disait : Dicemus plus interesse quantum detrahis quam unde. La nature de la fluxion, l'existence même de ce phénomène est entièrement méconnue et les règles de son traitement absolument rejetées.

Cette école aboutit à Hecquet, Sylva, Martin, Helvétius et Qucsnay, qui, dans son livre sur la saignée, « s'étend, avec une complaisance toute particulière, sur un ruisseau divisé en deux bras, par l'un desquels il soustrait plusieurs seaux d'eau, qui lui donnent la quantité de sang extrait par la saignée révulsive d'un vaisseau, qui lui représente l'un des bras du ruisseau, etc. »

En face de cette doctrine qui cherche à tout expliquer dans la fluxion et son traitement par les lois de l'hydraulique la plus ordinaire, est le solidisme qui explique tout par l'irritabilité, l'irritation, la lésion des solides. Cette école ne méconnaît pas l'existence de la fluxion et de la contre-fluxion ; seulement elle en donne une théorie particulière et fort hypothétique. Hoffmann et Cullen déjà font jouer à la contraction, au spasme des vaisseaux, le principal rôle dans

la fluxion. Haller précise un peu plus en de'couvrant l'irritabilité', etc. C'est l'école qui, plus tard, aboutira à Hunter et à Broussais. Pour ces médecins, la fluxion se réduit à l'irritation locale, la contre-fluxion fait cesser l'irritation en un point en provoquant une nouvelle irritation artificielle sur un autre point. Le fait clinique de la fluxion et de la contre-fluxion n'est pas nié dans son ensemble , mais il manque cependant un grand élément de la doctrine hippocratique, c'est la notion d'unité de l'organisme, de solidarité des organes. Cette école ne voit dans la fluxion qu'un fait local, alors que les anciens y voyaient un mouvement général. Nous trouvons donc là le début de ce système qui arrivera à nier entièrement la fluxion en la confondant avec l'état anatomo-pathologique local.

Le caractère essentiellement général du mouvement fluxionnaire frappe, au contraire, profondément l'école animiste. Pour Stahl, l'âme immatérielle est le principe de la vie comme de l'intelligence; toute maladie a un but conservateur et, au milieu de ses désordres apparents, la nature est toujours essentiellement médicatrice. Et par suite le médecin doit s'attacher uniquement à suivre ces tendances de la nature, et il n'y a rien de plus pernicieux que de troubler la nature dans ses efforts conservateurs.

Cela posé, c'est la pléthore qui est la cause de tous les maux. Il y a de la fluxion et de la congestion à l'origine de toutes les malaaies. Stahl, dit Dubois (d'Amiens), « a fait jouer le rôle principal dans toute la pathogénie à la fluxion et à la congestion ; il a presque partout vu comme source du mal ou une trop grande quantité de sang, c'est-à-dire la pléthore ou la congestion, ou bien il a vu une inégalité dans sa distribution, c'est-à-dire des mouvements fluxionnaires.» La direction habituelle des fluxions varie suivant l'âge et le sexe. Dans le jeune âge, elle affecte plutôt la tète et les fosses nasales ; chez les jeunes gens, les poumons ; chez les jeunes filles, l'utérus ; à un âge plus avancé, les vaisseaux hémorrhoïdaux. De là les diverses maladies par déviation des fluxions naturelles et leur curation par le retour aux fluxions normales.

Cette école comprend, mieux que les précédentes, la fluxion envisagée comme un mouvement. Mais il y a une notion profondément erronée, surajoutée à la tradition hippocratique, c'est l'idée de cette direction intelligente et curatrice constante, qui est en opposition avec les faits.

Ainsi, pour résumer cette époque, dix-septième et dix-huitième siècles, trois écoles conçoivent la fluxion à leur manière, mais aucune ne représente la notion clinique ancienne et hippocratique. Les iatromécaniciens voient bien l'accumulation humorale dans un organe, mais ils méconnaissent la contre-fluxion en ne l'envisageant que comme un phénomène purement physique et hydraulique. Les solidistcs ne voient dans la fluxion que l'état local réalisé naturellement ou artificiellement et n'ont pas la notion de ce mouvement antérieur, qui est le fondement même de la vraie fluxion. Les animistes admettent bien le mouvement fluxionnaire, mais ils attribuent à sa cause une intelligence qui en fausse entièrement la conception.

La doctrine hippocratique, obscurcie au moyen âge et restaurée par les cliniciens du seizième siècle, était donc encore une fois obscurcie par l'esprit de système, quand parurent les travaux de Barthez.

2. Barthez et l'École de Montpellier. Le titre même des mémoires de Barthez sur les fluxions montre le but exclusivement clinique qu'il poursuivait en étudiant cette question. Ce n'est pas un exposé dogmatique et théorique de la

fluxion, c'est simplement un exposé du traitement méthodique des fluxions. C'est en partant des faits et des nécessités de l'analyse clinique qu'il est arrivé à sa notion de fluxion, qui est résumée dans les passages suivants :

(i J'appelle fluxion tout mouvement qui porte le sang ou une autre humeur sur un organe particulier, avec plus de force ou suivant un autre ordre que l'état naturel... La fluxion est un élément essentiel dans la formation d'un nombre indéfini de genres de maladies, tant aiguës que chroniques, particulièrement de celles qui constituent les obstructions, les inflammations, les ulcères et les divers flux. Dans ces maladies, l'élément de la fluxion présente très-communément des indications distinctes et majeures. Par cette raison, il est avantageux, pour établir plus parfaitement les méthodes de traitement de ces maladies, d'avoir bien déterminé les règles du traitement spécial qui convient à la fluxion considérée en elle-même. » Et alors Barthez distingue, comme Galien, la dérivation et la révulsion, et pose les grandes règles qui doivent présider à leur emploi et qui sont énoncées dans les cinq principes suivants :

« i . Lorsque dans une maladie la fluxion sur un organe est imminente, qu'elle s'y forme et s'y continue avec activité, comme aussi lorsqu'elle s'y renouvelle par reprises périodiques ou autres, on doit lui opposer des évacuations et des attractions révulsives par rapport à cet organe.

« 2. Lorsque la fluxion est parvenue à l'état fixe, dans lequel elle se continue avec une activité beaucoup moindre qu'auparavant (dans les maladies aiguës), ou lorsqu'elle est devenue faible et habituelle (dans les maladies chroniques), on doit, en général, préférer les attractions et les évacuations dérivatives qui se font dans les parties voisines de l'organe qui est le terme de la fluxion.

« 3. Après avoir fait précéder les révulsions et les dérivations qui sont indiquées, il faut souvent recourir à des attractions et à des évacuations qu'on appelle locales, parce qu'elles se font dans les parties les plus voisines qu'il est possible de celle où se termine la fluxion et oià elle est comme concentrée, l'affection forte de cette partie l'isolant en quelque manière de tout le reste du corps.

« 4. Les principes précédents se rapportent aux cas où la fluxion qui se porte sur un organe vient de diverses parties du corps qui ne sont connues que vaguement, et où l'organe qui reçoit cette fluxion est le seul bien déterminé. Mais dans les maladies où l'organe dont vient la fluxion peut être assigné ou bien connu, il faut établir une dérivation constante, non auprès de l'organe où la fluxion se termine, quoiqu'il soit principalement affecté, mais auprès de l'organe d'où cette fluxion prend son origine.

« 5. L'utilité de la dérivation, dans les cas où elle est indiquée, tient à cette sympathie particulière et puissante que les pariies du corps vivant exercent entre elles à raison de leur voisinage. »

Barthez parle ensuite avec plus de détails des différents moyens employés : les saignées dans le premier mémoire, les épispastiques et les cautères dans le second.

On voit immédiatement que Barthez restaure complètement, au nom de la clinique, la notion hippocratique de la fluxion. Ce n'est pas une irritation, un phénomène local, comme le veulent les solidistes, c'est un mouvement, c'est l'acte qui précède et amène les congestions, les flux, etc. De plus, il admet la distinction de Galien entre la dérivation et la révulsion, mais il ajoute les lois cliniques de l'emploi de ces moyens ; et ceci lui appartient en propre. Personne avant lui n'avait posé ces règles avec la même précision et la même netteté.

C'est pour cela que M. Pécholier l'appelle « le grand législateur des enseignements hippocratiques », titre que d'autres lui contestent gratuitement. Enfin, Barthez précise un autre point bien obscur avant lui ; c'est le rôle de la fluxion dans les maladies. La fluxion était trouvée partout par les anciens, et on ne démêlait pas bien si c'était une maladie, une' cause ou une complication. Barthez, toujours pénétré de la nécessité de l'analyse clinique, considère la fluxion comme un élément de maladie.

C'est dans cette notion de l'élément qu'est la clef de tout l'enseignement clinique de l'École de Montpellier. Les maladies ne sont pas, en général, simples; elles ne sont simples ni dans leur étiologie, ni dans leur expression symptomatique, ni dans leurs indications thérapeutiques. Pour instituer un traitement rationnel de ces états complexes, il faut les analyser, les décomposer, les soumettre à Y analyse clinique. Or, pour Barthez et ses élèves, la fluxion est un de ces éléments de maladie, qui deviennent les sources principales des indications. Cette conception, qui domine toute la doctrine de Barthez, est déjà indiquée dans le titre même de ses mémoires : Du traitement méthodique des fluxions, qui sont des éléments essentiels dans divers genres de maladies.

Yoilà tout ce qu'il impoiie de savoir sur la signification doctrinale et clinique de la fluxion. Nous ne croyons pas devoir nous arrêter sur l'extension donnée à ce mot par quelques disciples de Barthez, qui ont admis une fluxion nerveuse ; et nous ne dirons que peu de mots de l'interprétation de la fluxion dans la médecine moderne.

3. Les contemporains. Le caractère dominant de la science médicale, à notre siècle, est la tendance à augmenter de plus en plus l'importance de la lésion locale dans les maladies. Les progrès si remarquables de l'histologie et de l'anatomie pathologiques expliquent facilement cette direction des études, qui a fait souvent négliger des questions latérales non moins importantes. C'est ainsi que les travaux sur la congestion, en particulier, sur son anatomie et sa physiologie pathologiques, ont peu à peu absorbé l'attention ; on a négligé la fluxion pour ne voir que ses conséquences locales, et peu à peu on est arrive à identifier la fluxion avec la congestion. On trouvera le développement complet de ces idées dans les articles Fluxion de Benaudin dans le Dictionnaire en 60 volumes et de Martin-Solon dans le Dictionnaire en 15. Il y a pourtant quelques retours à l'ancienne doctrine. Ainsi, en 1840, Dubois (d'Amiens), ayant à traiter comme sujet de concours de la fluxion et de la congestion, a séparé nettement et avec beaucoup de justesse les deux choses; c'est, à ce point de vue, un travail très-remarquable pour l'époque où il a été écrit. « Appuyé sur l'esprit général des doctrines de l'antiquité et même sur les tendances de notre propre époque, je considérerai la fluxion comme un acte de l'économie vivante, tandis que la congestion sera pour moi un état anatomique, une condition naturelle. » Tout en distinguant ainsi la fluxion de la congestion, Dubois (d'Amiens) ne trouve pas nettement le côté clinique de la fluxion. Ce n'est pas un élément morbide comme pour Barthez. Au fond, l'étude de la fluxion est pour lui l'étude du mécanisme de la congestion, de la physiologie pathologique de la congestion, ce qui n'est pas le vrai sens traditionnel et hippocratique. Si nous acceptions ce sens pour le mot fluxion, un article à part n'aurait pas de raison d'être, car on ne peut pas séparer de l'étude de la congestion l'étude de son mécanisme et de son mode de production, et la pathogénie de cet état a été traitée à l'article Co]ngestion.

En 1863 et en 1866, M. Maurice Raynaud a dû traiter, dans ses thèses d'agrégation, des questions très-voisines de la fluxion, qui l'ont amené forcément à parler de cet élément morbide. M. Raynaud distingue la fluxion de son aboutissant, la congestion, comme on distingue l'effet de sa cause ; mais il ne se prononce pas autrement et plus explicitement sur ce qu'il entend par fluxion.

II. Notion générale de la fluxion considérée comme élément morbide. La question de la fluxion n'est pour nous ni une question d'anatomie pathologique ni même une question de physiologie pathologique. C'est une question de clinique pure, une question d'analyse clinique.

Ceux qui pensent que pour poser un diagnostic complet et pour instituer un traitement rationnel il suffit d'avoir déterminé par nos diverses méthodes d'exploration physique le siège et la nature de la lésion locale, ceux-là n'ont pas besoin de la notion de fluxion ; ils ne peuvent pas la comprendre, et de fait, ils peuvent s'en passer.

Mais ceux qui estiment que la science est beaucoup plus compliquée que cela, que la détermination de la lésion anatomique est très-importante, mais nullement suffisante, qu'il faut le plus souvent, pour poser les indications, décomposer la maladie en ses éléments; ceux, en un mot, qui comprennent que la base de toute pratique médicale est l'analyse clinique, ceux-là comprendront la notion de fluxion et l'importance de cet élément comme source d'indication thérapeutique.

Il ne s'agit donc pas ici de discuter les théories anciennes de l'humorisme et du solidisme, ou leurs transformations récentes parj'hématologie moderne et la physiologie des vaso-moteurs. Ce côté de la question n'est pas achevé ; ce que l'on'^peut en dire a été dit à l'article Congestion. Nous voulons simplement ici rappeler les principes de l'analyse clinique, nous entendons essayer de démontrer que la fluxion est un élément morbide {voy. Elément) et par suite un sujet d'indication qu'aucun praticien ne doit négliger. Les théories changent et passent ; les faits restent. Voilà pourquoi nous voudrions, autant que possible, dégager dans la notion de fluxion tout ce qui n'est pas théorie, tout ce qui par conséquent doit rester.

Il arrive quelquefois en clinique que l'on se trouve en présence d'une maladie simple, à laquelle on peut adresser un traitement simple. Ainsi dans un cas de fièvre intermittente absolument simple, sans complication aucune, on peut n'avoir qu'une indication à remplir par le sulfate de quinine, par exemple. Ces cas très-rares, mais que l'on conçoit nettement, donnent une idée de ce qu'est un élément morbide. Un élément est une maladie simple, une source d'indication simple. La plupart des maladies sont complexes, c'est-à-dire susceptibles d'être décomposées en affections élémentaires simples, en éléments. Or, je dis que la fluxion est un de ces éléments, qu'elle n'est pas l'accumulation du sang dans une partie ; qu'elle n'est même pas le mouvement hydraulique, matériel du sang se rendant vers tel point particulier. C'est ce qu'il y a derrière tout cela. C'est la cause de tout cela.

Chez un rhumatisant, il y a congestion d'une épaule, demain d'un genou ou du coude. Derrière les congestions variées et diverses, derrière les mouvements du sang qui s'accumule ici ou là, il y a une cause. Il y a quelque chose que je ne connais pas dans son essence, mais dont je ne peux nier l'action, quelque chose qui fait que des congestions se réalisent ainsi tantôt ici, tantôt là, et cela pendant un certain temps. 11 y a là une modification particulière de l'organisme qui

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tient tous ces mouvements sous sa dépendance. C'est cette modalité particulière de l'organisme, de la vie, de l'unité vivante, que j'appelle fluxion et qui est un élément important du rhumatisme.

L'élément fluxion est donc pour moi une modalité pathologique, élémentaire, de l'unité vivante, en vertu de laquelle l'équilibre habituel de distribution des liquides dans l'économie est rompu au profit d'un organe donné ou d'une série d'organes.

La fluxion ainsi considérée est un élément important dans beaucoup d'états pathologiques, et par suite une source d'indication dans beaucoup de maladies. Cela dit sur la notion de fluxion prise dans sa plus grande généralité, il faut étudier maintenant les différentes espèces de fluxion. Pour les diviser et les classer, on peut adopter plusieurs points de vue. Nous n'en choisirons que deux, qui nous paraissent les plus importants au point de vue clinique.

D'abord il y a des fluxions qui sont des éléments normaux et naturels de certaines maladies, il y en a qui sont des complications dangereuses, il y en a au contraire qui sont des solutions heureuses pour la maladie ; il y en a de physiologiques, il y en a de thérapeutiques. 11 est d'une importance capitale pour le médecin de connaître ces différentes espèces de fluxion. En second lieu, la fluxion aboutit, suivant les cas, à la congestion, à l'inflammation, à l'hémorrhagie, aux flux, etc. Il est encore intéressant de connaître les rapports de la fluxion avec ses divers aboutissants.

Ce n'est qu'après l'étude de ces deux chapitres que nous pourrons aborder enfin l'étude du traitemejit de la fluxion.

III. Différentes espèces de fluxion. Nous considérerons successivement : les fluxions physiologiques, les fluxions pathologiques ou symptomatiques, les fluxions critiques et les fluxions thérapeutiques.

1. Des fluxions physiologiques. Il y a des fluxions physiologiques comme il y en a de pathologiques. Il est du reste tout naturel que, la maladie n'étant qu'une modalité anormale de cette même unité vivante, dont le fonctionnement régulier constitue la vie physiologique, nous retrouvions les mêmes éléments dans la vie ordinaire et dans la vie pathologique. La fluxion physiologique, comme la fluxion pathologique, doit être soigneusement et rigoureusement distinguée de la congestion ou de l'hémorrhagie à laquelle elle aboutit, qui en est la résultante extérieure. C'est dans cette notion de l'état général, précédant les congestions et les hémorrhagies physiologiques, qu'est tout l'intérêt et toute l'importance de l'étude des fluxions physiologiques.

Nous développerons cette idée à propos de la fluxion mensiruelle que nous prendrons comme exemple et comme type.

On se ferait de la menstruation une idée incomplète, fausse et dangereuse, au point de vue médical, si on ne voulait voir dans cette fonction que le fait local : la congestion de l'appareil utéro-ovarien, allant jusqu'à l'hémorrhagie. Le fait local est sans doute considérable, mais il est préparé par un grand mouvement général, auquel prend part l'organisme tout entier, qui agite et pénètre toute l'économie avant de réaliser cette hémorrhagie dans l'appareil génital, qui est, suivant l'expression de Pidoux, « l'organe exécutif » de ce grand mouvement fluxionnaire.

Tout le monde connaît ces signes précurseurs des règles, que l'on appelle le molimen congestif, le molimen menstruel, et qui pour nous est la manifestation du mouvement fluxionnaire : le caractère de la femme change, il y a de la fati-

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gue générale, de la prostration, des palpitations, des sensations d'étouffement, etc., en un mot, un état général au milieu duquel des phénomènes locaux se dessinent, soit du côté du bassin, soit du côté des seins, qui sont reliés par une sympathie si étroite au reste de l'appareil génital. Ce malaise général cesse précisément quand l'hémorrhagie s'établit ; l'état général est jugé en quelque sorte par l'apparition du phénomène.

Le point de départ premier de tout ce mouvement fluxionnaire est certainement dans l'appareil utéro-ovarien ; mais l'ovulation n'attire pas mécaniquement le sang vers ces parties, comme une ventouse attire le sang sur le point de la peau sur lequel elle est appliquée. Le phénomène est beaucoup plus complexe que cela. 11 y a une fonction locale, particulière, l'ovulation ; cette fonction provoque un mouvement général, un état général de l'organisme tout entier, une fluxion ; et finalement cette fluxion aboutit à l'hémorrhagie locale. Ce que cliniquement on appelle le molimen menstruel est la manifestation symptomatique du mouvement fluxionnaire.

Ce qui prouve bien que la fluxion est absolument indépendante de l'hémorrhagie et la précède, c'est que dans certains cas la fluxion peut exister sans que l'hémorrhagie cataméniale ait lieu, la fluxion peut aboutir à autz^e chose qu'à son résultat normal. Supposez une femme tuberculeuse, en imminence tuberculeuse ou au début de la diathèse ; l'excitation paii de l'ovaire comme toujours ; s'il n'y avait là qu'un phénomène local et restant local, le sang affluerait comme toujours à l'ovaire et les parties supérieures du corps, comme le poumon, se trouveraient plutôt anémiées. Or, ce n'est pas là ce qui se passe. L'excitation ovarienne provoque un état général, une fluxion. Cet état général une fois réalisé, il y a deux épines qui attirent cette fluxion : l'ovule et le tubercule. Et alors la fluxion se localise à la fois sur ces deux points si opposés. Et la femme a une hémoptysie à l'époque de ses règles, en même temps que l'écoulement menstruel qui est un peu diminué.

Si la lésion pulmonaire s'aggrave, l'épine sur ce point finit par devenir dominante; et toute la fluxion se porte sur le poumon; les règles sont supprimées et à chaque mois il y a une poussée congestive ou hémorrhagique dans l'appareil respiratoire. Ainsi dans ces cas le point de départ de la fluxion est toujours dans l'ovaire, la fluxion (état généi\il) se réalise toujours; seulement le troisième temps est dévié : la localisation de la fluxion, au lieu de se faire sur l'appareil utéro-ovarien, se réalise sur le poumon où il y a une épine plus forte.

On comprend bien, par cet exemple, la pars mandans des anciens (l'ovaire), la fluxion qui en résulte et la. pars attrahens (le poumon) où se locahse cette fluxion.

Ces faits, que l'observation clinique présente tous les jours, me paraissent inexplicables, si entre l'ovulation et l'hémorrhagie menstruelle on n'admet pas un état général intermédiaire, un acte de l'organisme vivant tout entier, si, en d'autres termes, on n'admet pas entre Vovulalion et la congestion hémorrhagique la fluxion provoquée par la première et aboutissant à la seconde.

Quand une cause extérieure, comme un refroidissement brusque, par exemple, vient arrêter le cours des règles, la femme tombe malade et il se produit souvent sur un autre point une hémorrhagie supplémentaire. L'état général, la fluxion, est l'intermédiaire constant entre les règles supprimées et l'autre hémorrhagie provoquée.

On dit quelquefois que l'arrêt de l'hémorrhagie menstruelle détermine une augmentation de tension sanguine dans tout le système vasculaire; de là la

production d'une congestion ou d'une hémorrhagie sur un autre point du corps. Si cette explication, toute mécanique, était la vraie, il suffirait, pour guérir ces accidents, d'ouvrir une voie quelconque au sang qui est de trop. Et des sangsues appliquées, à l'apophyse mastoïde produiraient autant d'effet que des sangsues appliquées aux grandes lèvres. Or, il n'en est rien. Pour guérir les accidents qui succèdent à une suppression des règles, le meilleur moyen est de provoquer autant que possible le rétablissement de la fonction menstruelle. Preuve nouvelle qu'il y a là un état général, une fluxion, qui a ses lois, son aboutissant naturel, et non pas seulement un fait d'hydraulique pure.

Sans considération théorique d'aucune sorte, les faits nous montrent doue qu'il y a des fluxions physiologiques ; que dans la menstruation, par exemple, entre l'ovulation et la congestion hémorrhagique il faut considérer l'état général intermédiaire, le mouvement Huxionnaire, et qu'il est indispensable au médecin de connaître cette fluxion et ses lois pour traiter les accidents auxquels donnent lieu les troubles de cette fonction.

11 est absolument inutile et impossible de parler en détail de toutes les fluxions physiologiques. Il suffit d'avoir établi leur existence et leur véritable caractère par l'exemple précédent.

Je l'appellerai seulement qu'il faut ranger dans la même classe et considérer de la même manière deux espèces de fluxions : 1° celles qui se présentent chez tout individu bien portant, par le fonctionnement naturel et régulier de son organisme ; telle est la fluxion menstruelle chez la femme ; telles sont encore la fluxion qui aboutit à l'estomac pendant la digestion et d'une manièi^e générale tous les mouvements fluxionnaires que provoque le fonctionnement même de chaque organe : cerveau, glandes, muscles, utérus, etc. ; 2*' celles qui ne se présentent que chez un nombre restreint d'individus, mais qui par suite d'une complexion particulière de leur organisme et d'une espèce d'habitude prise par l'économie ont fini par prendre droit de domicile chez eux et par faire ainsi partie intégrante de leur vie physiologique ; telles sont les fluxions hémorrhoidaires, etc.

11 est aussi une troisième classe de fluxions créées par la thérapeutique ou laissées par la maladie, qui doivent préoccuper le médecin, lorsqu'elles sont invétérées dans la vie physiologique de l'individu ; tels sont les exutoires anciens, les vieilles plaies, les flux rebelles.

On a beaucoup exagéré à une autre époque les dangers que présente la suppression brusque des vieux exutoires, des ulcères anciens, des diarrhées rebelles, etc. Mais il ne faut pas se jeter dans l'excès opposé et traiter trop légèrement les habitudes fluxionnaires contractées par l'organisme. Il faut les traiter, essayer de les modifier, mais lentement, chroniqucment, en quelque sorte. Le mieux encore est de les créer le moins possible.

Quoi qu'il en soit du reste de cette dernière catégorie, les véritables fluxions physiologiques des deux premiers groupes doivent être connues du médecin et lui inspirer deux grands principes généraux :

1» Éviter de troubler par une thérapeutique turbulente le cours naturel des fluxions physiologiques ; de là la contre-indication de certains moyens violents pendant la période menstruelle, de certains traitements inopportuns des flux hémorrhoïdaires, de la sueur des pieds, etc. ;

2" Quand une fluxion physiologique a été entravée et détournée de son cours normal par une cause quelconque, se rappeler que le meilleur traitement du

malaise on de la maladie qui en résulte est souvent de rétablir la iluxion naturelle avec ses lois et ses aboutissants habituels, en se rappelant que ce qu'il faut, c'est la fluxion elle-même, plus encore que ses conséquences extrêmes, et que souvent quelques gouttes de sang par le vagin ou par le nez font plus quand ils terminent une fluxion salutaire qu'une abondante liémorrhagie terminant un mouvement fluxionnaire anormal.

Ces principes pourront paraître des vieilleries aux uns, des banalités aux autres; vieilleries ou banalités, ils sont cliniques et trop souvent oubliés par d'éminents praticiens.

2. Des fluxions pathologiques ou symptomûtiques. Je le répète une fois de plus : je n'ai pas à étudier les congestions, les hémorrhagies, etc., qui se produisent dans les maladies, mais seulement les mouvements fluxionnaires qui précèdent et déterminent ces altérations, l'état général qui préside à leur développement.

D'une manière générale, dans les maladies qui présentent un élément fluxionnaire important, on trouve le plus souvent, au début, une période où la maladie existe déjà et où la fluxion n'est pas encore localisée, n'a pas abouti à la congestion, où, en d'autres termes, la fluxion existe sans la congestion.

Dans le rhumatisme, par exemple, cette maladie si éminemment fluxionnaire, on trouve très-souvent une phase caractérisée parla fièvre, le malaise, l'état général, et qui précède l'apparition des congestions douloureuses des articulations. Le malade souffre de partout et de nulle part ; il est endolori, se plaint tantôt d'un muscle, tantôt d'un autre. Ce n'est que plus tard que la fluxion se localise plus spécialement sur une articulation où on voit apparaître le gonflement, la chaleur, la rougeur, etc. Cette période clinique, qui ne se trouve pas dans tous les cas, mais dans un grand nombre, représente précisément l'élément fluxion avec ses caractères d'état général, encore indécis dans ses localisations, qui détermine plus tard les congestions articulaires.

Il en est de même dans cette maladie saisonnière, que nous appelons, à Montpellier, affection catarrhale. Un individu est pris de malaise, de courbature, de frissons superficiels alternant avec des bouffées de chaleur. Il est malade, mais pas d'un organe plutôt que d'un autre. 11 n'y a qu'un état général assez vague, mais incontestable. Le lendemain ou le surlendemain, la fluxion se localise et on voit apparaître une angine, une bronchite ou un vulgaire coryza. La fluxion a abouti à une congestion locale.

On connaît également l'état général qui précède la congestion locale du gros orteil dans la goutte, la détermination pulmonaire dans la tuberculose, etc.

On voit donc que cliniquement il est indispensable de séparer la congestion de l'état général qui la précède, de l'élément fluxion qui la détermine. Voilà une première phase de la maladie dans laquelle il est possible et utile d'étudier la fluxion et de la distinguer de ses conséquences anatomiques.

Quand une fois les congestions se sont réalisées dans les maladies, il est encore nécessaire d'étudier le mouvement fluxionnaire lui-même, toutes les fois que les congestions sont variables ou mobiles. Les lois de cette variabilité même appartiennent à l'élude de la fluxion et non à celle de la congestion.

11 y a d'abord un premier groupe de maladies dans lesquelles l'élément fluxionnaire n'aboutit en général à aucune congestion particulière et détermine seulement un mouvement plus ou moins considérable du sang, qui s'accumule tantôt à la périphérie, tantôt dans les organes profonds. Telle est, par exemple, la

fièvre intermittente ; dans le premier stade il y a mi mouvement de concentration qui fait affluer le sang vers les viscères, et dans les deux autres stades il y a au contraire un mouvement d'expansion qui pousse le sang à la périplicrie. C'est de la connaissance de ces lois du mouvement fluxionnaire dans la fièvre intermittente que se tirent les règles du traitement de l'accès de fièvre, quand il y a lieu d'intervenir. Quelquefois ces fluctuations sanguines du centre à la périphérie et de la périphérie au centre, au lieu de se produire régulièrement comme dans la fièvre intermittente, se succèdent sans ordre et s'entremêlent comme au hasard. C'est ce qui arrive dans la fièvre catarrhale et ce qui explique les alternatives de frisson et de bouffées de chaleur que ressentent les malades. Dans tous ces cas-là, on voit que la fluxion est en quelque sorte à son maximum d'activité, ne réalisant nulle part que des localisations d'un instant, des congestions tout à fait passagères. On ne saurait rien de ces maladies, si on étudiait à part ces diverses congestions fugaces. La caractéristique de ces états morbides est dans l'étude de la variabilité et de la succession de ces phénomènes, dans l'étude de la cause permanente de ces phénomènes changeants, dans l'étude de l'élément-fluxion lui-même.

Dans un second groupe de cas morbides, la fluxion se localise d'une manière plus accentuée sur un organe ou sur un autre ; mais elle ne s'épuise pas sur le premier point atteint. Il persiste dans l'économie un état particulier qui tend à mouvoir le sang, à déplacer la localisation. Ce sont les maladies à congestion mobile et variable, dans lesquelles l'élément-fluxion joue encore un rôle considérable.

Le déplacement de la congestion, sous l'influence de la fluxion persistante, peut alors se faire suivant plusieurs modes différents, qu'il est bon de connaître.

a. Dans l'érysipèle, par exemple, on voit l'état fluxionnaire persister pendant toute la durée de la maladie et déterminer des localisations successives dans des points voisins les uns des autres. C'est par continuité de tissu que se fait la propagation de la congestion.

De même dans l'affection catarrhale, on voit souvent la localisation débuter par le nez ou par la gorge, de là se propager au larynx, à la trachée, aux bronches, au poumon lui-même. C'est cette marche progressive et envahissante qui est un des caractères les plus importants de la fluxion de poitrine catarrhale.

h. Dans d'autres cas, les congestions peuvent se produire d'une manière discontinue, mais en affectant toujours un même grand appareil. Tel est le rhumatisme articulaire aigu, par exemple. La fluxion semble se faire sur le système articulaire tout entier avec des localisations successives en différents points de ce grand système, tantôt au genou, tantôt à l'épaule. Ces diverses manifestations articulaires peuvent du reste être simultanées ou successives ; en tout cas elles ne s'influencent pas mutuellement.

Le rhumatisme articulaire est le type des maladies dans lesquelles les localisations fluxionnaires se font ainsi successivement ou simultanément sur les diverses parties d'un même système. Mais ce n'est pas la seule maladie où les choses se passent ainsi.

Les autres espèces de rhumatisme se comportent de la même manière ; la diphthérie également pour les muqueuses, etc.

c. D'autres fois, la fluxion se déplace d'une manière discontinue sans se limiter à un appareil donné, à un système particulier. Dans ces cas, les localisations peuvent être déterminées par différents éléments. Ainsi, si le malade a

déjà eu antérieurement une maladie d'un organe donné, s'il s'est ainsi créé un lociis minoris resistentiœ, le mouvement fluxionnaire se localisera facilement sur ce point. C'est ainsi qu'un individu déjà plusieurs fois atteint d'angine verra se localiser sur ce point un mouvement fluxionnaire d'origine quelconque.

d. En dehors de cet élément, qui tient au sujet, il y a des habitudes fluxionnaires qui tiennent à la maladie elle-même. Ainsi, on sait que la rougeole détermine facilement des mouvements fluxionnaires sur l'appareil respiratoire ; la scarlatine porte plutôt son action sur l'appareil urinaire, etc. On retrouve ce même élément particulier à la maladie elle-même dans certains cas où l'on voit les localisations se succéder sur divers organes dans un ordre à peu près fixe. C'est ainsi que dans les oreillons on voit la localisation sur les testicules accompagner ou suivre fr-équemment la localisation sur la région parotidienne.

e. Les éléments précédents de la localisation fluxionnaire tiennent ou aux antécédents du malade ou à la maladie elle-même ; un autre élément peut se tirer des simples connexions physiologiques qui unissent les organes entre eux. Les anciens appelaient cela des sympathies ; depuis, on en a fait des actions réflexes. Quoi qu'il en soit, le fait clinique est incontestable et reste. Ainsi, nous avons vu qu'Hippocrate avait noté la sympathie qui unit les diverses parties de l'appareil génital. Et, en effet, une fluxion utérine comme il s'en produit dans la menstruation, dans la grossesse, entraîne une fluxion vers les mamelles. De même entre la tête et l'estomac, il y a des relations intimes, qui rendent ces deux appareils en quelque sorte solidaires et connexes dans les localisations fluxionnaires. La méningite et d'autres affections encéphaliques produisent le vomissement et le moindre embarras d'estomac entraîne de la céphalalgie et des vertiges.

/". Il y a enfin dans l'histoire des localisations fluxionnaires un processus très-important et qu'il est indispensable de bien connaître en clinique : c'est la métastase, mais nous n'y insistons pas, la métastase ayant été déjà traitée dans ce Dictionnaire {voy. Métastase). J'ajoute seulement qu'il ne faut pas confondre sous ce nom tout changement brusque.

D'après ce qui précède et pour envisager les choses à un autre point de vue, on voit que la fluxion doit être cliniquement considérée dans trois phases des maladies, dans la constitution desquelles elle a une importance très-différente.

Dans la première phase, les localisations ne se sont pas encore produites ; il n'y a ni congestion localisée, ni flux d'aucune sorte. Toute la symptomatologie observée se rapporte précisément à l'élément fluxion, à cet état général, à ce mouvement fluxionnaire qui précède les déterminations locales.

Cette phase est très-nette dans le rhumatisme, l'affection catarrhale, la diarrhée, etc., beaucoup de maladies générales.

Dans la deuxième phase, les localisations se font, mais elles ne sont pas fixes. Elles changent de place ou se propagent. La fluxion se retrouve encore trèsnette là. Elle n'est pas tout le tableau morbide, mais elle contribue puissamment à le former. C'est elle qui préside aux déplacements, aux propagations des localisations, aux déterminations successives suivant les différents modes que nous avons étudiés. Cette phase se retrouve dans tous les cas où la maladie n'est pas purement locale et locale d'emblée.

Dans la troisième phase enfin, la fluxion se fixe d'une manière définitive sur

un organe et s'y épuise entièrement. Alors, l'élément fluxion disparaît complètement; on n'a plus à considérer que la lésion locale qui s'est émancipée de sa cause. L'élément fluxionnaire général s'est épuisé et éteint dans la lésion locale. Cette phase se présente tout de suite dans les maladies purement locales ; mais elle peut se rencontrer à certains moments dans les maladies qui présentent à d'autres moments l'élément fluxionnaire à son plus haut degré. Ainsi, on peut voir le rhumatisme produire dans certaines conditions une hydarthrose et s'épuiser là, en tant qu'état général. On n'a plus devant soi qu'une maladie locale, l'élément fluxionnaire a disparu. De même quand l'affection catarrhale a produit, par exemple, un épanchement pleurétique et que le liquide accumulé dans la plèvre est la seule trace de la maladie.

Examinées au point de vue de leur origine et de leur point de départ, les fluxions pathologiques peuvent être divisées en deux grandes catégories : celles qui succèdent à im état local, celles qui sont la manifestation directe d'un état primitivement général. Dans ce dernier type rentre, par exemple, la fluxion dans le rhumatisme, dans la goutte, dans les diathèses, etc. Dans le premier type, il faut établir une subdivision. Il y a une lésion locale en un point, des tubercules, par exemple, au sommet d'un poumon. Cette lésion provoque un mouvement fluxionnaire. Cette fluxion peut aboutir au point même qui en a été le point de départ ; c'est ainsi que s'entretient et s'augmente la lésion, mais aussi cette même fluxion qui a eu son point de départ dans le poumon peut aboutir ailleurs, à la muqueuse nasale, par exemple, et produire une épistaxis ; de même que chez une tuberculeuse l'ovulation peut produire une hémoptysie au lieu d'une hémorrhagie utérine. En d'autres termes, quand le point de départ de la fluxion est local, cette fluxion peut aboutir au point même d'oii elle est partie ou bien elle peut aboutir à tel autre point vers lequel elle est sollicitée par une cause quelconque.

On vérifiera tous les jours en clinique la réalité de ces distinctions et leur utilité thérapeutique.

3. Des fluxions critiques. Nous ne voulons pas empiéter sur l'article Crise^ qui aura sa place ; disons seulement que la crise, au sens historique, suppose deux principes :

Le principe de l'imité de la maladie, considérée comme une modalité particulière, anomale, de l'unité vivante, et le principe de la marche régulière de la maladie vers une terminaison heureuse, de sa marche cyclique vers la guérison. Pour guérir, comme pour évoluer, la maladie exige le concours simultané de toutes les parties de l'organisme ; la crise est précisément l'ensemble de tous les actes synergiques de tout l'organisme qui jugent la maladie ; c'est un acte terminal de l'unité vivante pour repasser de l'état pathologique à l'état physiologique.

Ainsi comprise, la crise ne réside pas dans la congestion, l'hémorrhagie, le flux qui se produisent, mais bien dans l'acte vital qui précède et détermine ces phénomènes locaux. En d'autres termes, la crise est à proprement parler une fluxion, dans le sens que nous avons attribué à ce mot. Et la meilleure preuve que la crise est une fluxion et non un flux, c'est que la valeur de la crise n'est nullement en rapport avec l'intensité même du flux. Un mouvement fluxionnaire opportun ne produisant que quelques gouttes de sang fera crise, tandis qu'un flux abondant après une fluxion non critique ne constituera qu'une complication.

4. Des fluxions thérapeutiques. La connaissance des fluxions salutaires, des fluxions critiques, devait faire naître l'ide'e des fluxions thérapeutiques. En voyant la nature juger et guérir certaines maladies par des mouvements fluxionnaires dirigés vers la peau ou l'intestin, le médecin devait penser à provoquer des actes semblables.

La nature, du reste, réalise elle-même da-ns certains cas des fluxions thérapeutiques. Ainsi, après une fracture, il y a une fluxion qui aboutit à la plaie et qui est l'origine de la formation du cal.

Ces fluxions thérapeutiques, le médecin peut aussi les provoquer artificiellement.

Les actions thérapeutiques sont d'une manière générale la reproduction artificielle des actes physiologiques ou de certains actes pathologiques naturels. C'est la conséquence forcée de l'identité bien connue des lois physiologiques et des lois pathologiques ; on comprend ainsi que les agents thérapeutiques doivent avoir une action analogue à celle des causes de maladie. Un agent thérapeutique, pas plus qu'une cause de maladie, n'agit localement et physiquement sur le point où on l'applique. Le plus souvent, il met en jeu les propriétésvitales de l'organisme, et ce n'est que par cette réaction vitale de l'économie que s'explique son action.

Il y a sans doute des exceptions : l'acide sulfurique ou la potasse ont un effet purement chimique, comme un instrument tranchant peut agir mécaniquement sur le membre qu'il divise, mais en dehors de ces cas, qu'on pourrait presque appeler de force majeure, en général les agents thérapeutiques provoquent l'organisme à réaliser tel ou tel acte qui est précisément l'action thérapeutique cherchée. C'est ainsi qu'il faut comprendre l'action des agents fluxionnants. Le vésicatoire lui-même' qui paraît à beaucoup n'avoir qu'une action physique ou chimique a une action à proprement parler vitale. Le même vésicatoire agira plus rapidement sur tel individu que sur tel autre; il pourra même ne pas agir du tout dans certains cas. En d'autres termes, on retrouve dans son action cette contingence dans les effets qui est le caractère même des actes vitaux. Les agents fluxionnants agissent en général comme nous avons vu, par exemple, l'ovulation produire une fluxion physiologique sur l'appareil utéro-ovarien. Ils produisent une irritation locale, soit à leur entrée dans le corps, soit à leur sortie de l'économie, et cette irritation locale produit un mouvement fluxionnaire qui a précisément pour aboutissant le premier tissu atteint.

Cela dit sur la notion générale de la fluxion thérapeutique, nous pouvons énumérer rapidement les grandes espèces de fluxion thérapeutique que le médecin peut provoquer suivant les cas. Nous devons naturellement nous borner à une nomenclature générale, chacun des moyens et chacune des médications indiquées devant être l'objet d'un article spécial dans le Dictionnaire.

a. Les moyens sont nombreux pour provoquer un mouvement fluxionnaire aboutissant à la peau.

Il y a d'abord des moyens qui déterminent une fluxion sur un point donné de la peau, sur lequel on les applique. Tels sont les rubéfiants, qui, comme le cataplasme chaud, le sinapisme, déterminent l'hyperémie de la région où on les applique. Tels sont encore les vésicants, qui, comme l'ammoniaque, les cantharides, irritent plus profondément la partie atteinte et y produisent des phlyctènes, des bulles. Telles sont encore les substances qui, appliquées sur la peau, y déterminent une éruption de forme quelconque, comme l'huile de

croton tiglium, la pommade stibiée, etc. Tels sont enfin les cautères et les sétons qui ont une action plus durable et plus énergiquement spoliatrice que les agents précédents.

Il y a ensuite des agents qui déterminent une fluxion généralisée vers tout le système cutané. Ce sont les sudorifiques, tels que la chaleur, les bains de vapeur, le jaborandi, qui est peut-êti'e le seul sudorifique interne positif. Ces agents déterminent un mouvement expansif général, une fluxion sur toute la surface de la peau.

On peut enfin ranger encore dans cette catégorie les substances qui, comme le nitrite d'amyle, produisent l'hyperéraie de la peau et en particulier de la face. Il suffit d'indiquer cet ordre de moyens, dont l'action thérapeutique est encore incomplètement élucidée.

b. Les purgatifs sont, à proprement parler, les agents fluxionnants de l'intestin. Les différentes espèces de purgatifs possèdent cette propriété à des degrés divers, mais ils la possèdent tous. La théorie qui attribuait l'action des purgatifs salins à de simples phénomènes d'exosmose, soutenue, puis abandonnée, puis reprise encore assez récemment, doit être, je crois, définitivement remplacée par celle que soutient Vulpian et d'après laquelle il y a toujours irritation et hyperémie, catarrhe de la muqueuse intestinale. Il n'en est pas moins vrai qu'au point de vue particulier du mouvement fluxionnaire aboutissant à l'intestin, les purgatifs végétaux sont plus énergiques.

c. A côté de ces agents qui fluxionnent le tube intestinal d'une manière générale, il faut mentionner spécialement ceux qui font aboutir la fluxion à l'extrémité inférieure de l'intestin, et qui-doivent tout particulièrement être employés, quand on veut provoquer une fluxion hémorrhoïdale. Ce sont les hémorrhagogues de M. Fonssagrives : l'aloès, le capsicum, les suppositoires stibiés.

d. Ces mêmes moyens, ou des moyens très-analogues, peuvent, dans d'autres cas, déterminer un mouvement fluxionnaire qui aboutira, non aux plexus hémorrhoïdaux, mais à l'appareil utéro-ovarien. Ce sont les drastiques en général et les emménagogues directs, comme le safran, l'armoise, la rue, la sabine, l'apiol. C'est en déterminant une fluxion intempestive vers l'utérus gravide que ces agents peuvent, dans une certaine mesure, avoir quelquefois une action abortive.

e. Les muqueuses qui sont directement accessibles à nos agents peuvent devenir facilement l'aboutissant d'un mouvement fluxionnaire. Telles sont la conjonctive et la muqueuse nasale, vers lesquelles on peut diriger des fluxions par les irritants directs, comme l'ammoniaque, le chlore, etc.

f. Les diurétiques peuvent enfin d'une certaine manière être considérés comme provoquant une fluxion qui aboutit à l'appareil urinaire.

A côté de ces agents qui déterminent des fluxions thérapeutiques ayant une certaine durée, il y en a d'autres qui provoquent des fluxions tout à fait passagères et fugaces. Ainsi les vomitifs pi^oduisent, au début de leur action, pendant la période nauséeuse, un mouvement fluxionnaire vers les organes internes, un spasme avec concentration, qui est remplacé ensuite par un grand mouvement expansif avec fluxion vers la périphérie. Il y a là une sorte de fluxion oscillante, comme on en voit dans l'accès de fièvre et qui peut être utilisée en thérapeutique.

Avant de terminer ce paragraphe, il est bon de faire remarquer que tous les agents dont nous venons de paiier ne déterminent pas fatalement une fluxion abou-

FLUXION. 'i^S

tissant dans tous les cas au même organe. Ainsi tout le monde sait qu'un vomitif administré dans certains cas ne produira qu'une purgation, tandis que chez un autre un purgatif produira des vomissements. L'aloès pourra à la même dose produire dans un cas une purgation, dans un autre un flux hémori'hoïdal, dans un autre encore une fluxion utéro-ovarienne, etc. Ce qui montre bien, comme conclusion, que ces différents agents provoquent l'organisme à réaliser une fluxion vers tel ou tel organe, mais que la production effective de l'action dépend essentiellement de la spontanéité de l'unité vivante.

Il nous reste à déterminer les actions thérapeutiques et les indications de ces fluxions artificielles, de ce que l'on peut appeler la médication fluxionnaire ou fluxionnante.

a. Tout d'abord cette médication sera indiquée toutes les fois qu'il faudra provoquer, rétablir ou faciliter une fluxion naturelle utile, c'est-à-dire une fluxion physiologique ou une fluxion critique. Ainsi pour faciliter l'établissement de la menstruation, pour provoquer l'apparition ou la réapparition de cette fonction en retard ou supprimée, pour rendre plus abondantes des règles insuffisantes, etc., on emploiera les médicaments qui provoquent une fluxion vers l'appareil utéro-ovarien. Seulement il faut toujours se rappeler qu'on ne doit pas employer ces médicaments au hasard et à un moment quelconque. Il faut se rappeler que ces médicaments ne font que pi^ovoquer l'organisme à réaliser la fluxion que l'on recherche et par suite il ne faut agir que quand l'organisme est, pour ainsi dire, disposé à répondre. Pour la menstruation, par exemple, on agira à l'époque du mois où on présume que les règles reviendront, ou bien quand quelques signes semblent indiquer un commencement de molimen utéro-ovarien. On perdrait son temps et même d'une manière dangereuse pour la malade, si on employait les mêmes moyens à un moment quelconque et en dehors de toute invitation de la nature.

11 faut encore se baser sur les mêmes principes quand on veut provoquer une fluxion critique. 11 faut tenir compte de la nature de la maladie, du jour où l'on est et des tendances spéciales du cas particulier à se juger par telle ou telle fluxion. Ainsi provoquer des sueurs dans le rhumatisme est souvent inutile parce que les sueurs sont plutôt symptomatiques que critiques dans cette maladie. Chercher à provoquer une ci^ise au deuxième ou troisième jour d'une pneumonie est parfaitem^ent inutile et sera, au contraire, très-bien indiqué au septième ou au huitième. Chercher enfin à provoquer une crise par l'intestin quand la maladie a des tendances à se juger par la peau peut être une pratique très-dangereuse. En un mot, dans l'emploi des fluxions thérapeutiques, pour provoquer des fluxions salutaires, il faut toujours tenir compte des tendances de la nature et savoir que les médicaments ne font que provoquer l'organisme à réaliser tel ou tel acte donné.

h. Les fluxions thérapeutiques peuvent aussi être employées pour combattre les fluxions pathologiques, et cela de deux manières. On peut substituer une fluxion thérapeutique à une fluxion pathologique; ou bien on peut détourner la fluxion pathologique en provoquant dans une autre direction une fluxion thérapeutique. Ce sont là deux indications capitales de la médication fluxionnaire. Seulement, comme nous retrouverons ces questions à propos du traitement de la fluxion, nous renverrons à ce dernier chapitre les développements sur ce sujet.

c. La fluxion thérapeutique provoque souvent un flux ou une hémorrhagie,

iU FLUXION.

une perte de substance. Elle a donc, dans une certaine mesure, une action spoliatrice sur l'économie. De là la quatrième indication de l'emploi de ces moyens. Ainsi les purgatifs, les diapliorétiques, les diurétiques, etc., sont fréquemment employés comme spoliateui^s. En résumé, provoquer ou faciliter des fluxions physiologiques ou critiques, détourner une fluxion pathologique, substituer une fluxion thérapeutique à une fluxion pathologique, spolier l'économie par les flux qu'elle provoque, telles sont les quatre grandes actions thérapeutiques de la médication fluxionnante, dont on peut facilement déduire les indications.

Il y a un dernier moyen dont nous n'avons pas encore parlé, pour produire des fluxions thérapeutiques ; ce sont les émissions sanguines. Pour en bien comprendre l'action il fallait connaître les différentes actions thérapeutiques de la médication fluxionnaire que nous venons d'énumérer. 11 faut, suivant le but que l'on poursuit, varier le mode de l'émission sanguine. Si on ne veut que provoquer le mouvement fluxionnaire, sans chercher de spoliation, si, par exemple, on veut provoquer une fluxion physiologique ou critique, ou bien si on veut détourner sur un point donné une fluxion pathologique, on appliquera un petit nombre de sangsues sur le point oij on veut attirer la fluxion , ou bien on pratiquera une toute petite saignée ; ce que l'on peut appeler une saignée révulsive ou dérivative. C'est dans ces cas que le lieu oîi il faut pratiquer la saignée n'est pas indifférent. Le choix doit être fait d'après les principes généraux du traitement des fluxions. Si, au contraire, on se préoccupe peu du mouvement fluxionnaii'e et si on ne désire exclusivement que l'action spoliatrice, alors il faut mettre un grand nombre de sangsues à la fois ou bien encore faire une large saignée ; et, dans ce dernier cas, le choix de la veine à piquer est à peu près indifférent.

Je ne fais qu'indiquer ces considérations qui se déduisent de la connaissance même de la fluxion. On se reportera pour les détails aux articles particuliers sur les différents agents fluxionnaires.

IV. Des conséquences locales de la fluxion. Nous pouvons dire que nous venons d'étudier les conséquences générales de la fluxion, c'est-à-dire que nous avons distingué celles qui sont utiles, dangereuses, salutaires, etc. II nous reste à étudier leurs conséquences locales, c'est-à-dire à passer en revue les diverses déterminations locales qui peuvent être l'aboutissant et comme l'expression visible de la fluxion.

Les conséquences locales les plus habituelles et les mieux connues de la fluxion sont : la congestion, l'hémorrhagie, l'hydropisie, l'inflammation et les flux.

Mais avant de dire un mot de ces grandes déterminations, il faut mentionner certains cas où la fluxion, tout en se localisant, ne correspond encore à aucune lésion bien définie; c'est" ce qu'on appelle quelquefois les fluxions nerveuses.

1. Douleur [fluxion nerveuse) . On voit souvent dans le rhumatisme articulaire la douleur précéder tous les signes de lésion locale : la rougeur, la tuméfaction, etc.; quelquefois même la douleur disparaît, ou diminue quand les signes de lésion locale apparaissent. Très-souvent un individu vient consulter pour une douleur pleurodynique ; on examine avec beaucoup de soin ; on ausculte et on percute; il n'y a aucun signe de lésion locale, la douleur persiste et quelque temps après on constate facilement un fort épanchement pleurétique.

Dans la fluxion de poitrine catarrhale, quand la fluxion commence à se localiser sur le côté, il y a une période où on ne trouve que de la pleurodynie sans signe de lésion locale.

D'une manière générale, quand on observe un mouvement fluxionnaire qui se localise sur un point, on constate souvent une période dans laquelle il n'y a aucun afflux effectif de liquide, aucune trace de congestion ou d'inflammation, où il n'y a localement que des phénomènes nerveux. C'est là ce que l'on peut appeler des fluxions nerveuses.

D'autres fois on voit ces espèces de fluxion nerveuse ne pas précéder des fluxions sanguines, mais les remplacer, se substituer à elles dans la manifestation d'une maladie donnée. Ainsi on peut voir des névralgies, des pleurodynies remplacer les lésions articulaires dans la marche d'un rhumatisme. Or, on ne peut pas affirmer, au moins encore, que dans la pleurodynie ou la névralgie il y ait inflammation ou seulement congestion des muscles ou des nerfs. La clinique démontre donc qu'il y a des cas où la fluxion en se localisant sur un point ne produit aucune lésion bien connue. Elle y accumule de la force, du mouvement, y produit une altération interne que nous ne pénétrons pas. C'est ime fluxion purement nerveuse, une fluxion sans matière, ou, pour mieux dire, une fluxion sans matière connue.

Cette question, qui peut d'abord paraître une subtilité inutile, est d'un intérêt clinique capital, parce que le traitement de la fluxion est indépendant de la matière de la fluxion, comme nous le verrons, et par suite il faut savoir l'appliquer même à ces cas où il n'y a pas de congestion encore réalisée.

2. Congestion. La conséquence locale la plus habituelle de la fluxion est la congestion. C'est même la fréquence de ce fait qui a entraîné chez quelques esprits la confusion de l'effet et de la cause et a fait identifier la fluxion et la congestion. C'est là une erreur contre laquelle notre article tout entier cherche à protester et sur laquelle nous n'avons pas par conséquent à revenir ici. Aussi €st-ce par suite d'une saine vue de thérapeutique que l'article Fluxion n'a pas été confondu dans ce Dictionnaire avec l'article Congestion (voy. ce dernier mot). Nous nous bornons à rappeler ici, en fait, que la congestion est un des produits du mouvement fluxionnaire proprement dit et tel que nous l'entendons. La considération du processus local, du mécanisme particulier de production d'une congestion donnée, est certes très-intéressante; mais, pour pouvoir tirer des conclusions pratiques, il faut faire un pas de plus dans l'histoire pathogénique : il faut rechercher le mouvement général qui a précédé et entraîné cette congestion, et de là sortiront d'importantes indications thérapeutiques.

3. Hémorrhagie. Tout ce que nous venons de dire de la congestion peut s'appliquer à l'hémorrhagie. On néglige entièrement le rôle de la fluxion dans la pathogénie de l'hémorrhagie et on ne se préoccupe souvent que du côté mécanique et local. On divise, par exemple, les hémorrhagies en hémorrhagies traumatiques et ulcéreuses, hémori'hagies par altération des vaisseaux, hémorrhagies mécaniques et hémorrhagies adynamiques. C'est très-bien à de certains égards, mais il faut encore au point de vue thérapeutique envisager la pathogénie de plus haut et analyser soigneusement dans chaque cas d'hémorrhagie le rôle de la fluxion. On séparera ainsi les hémorrhagies dans lesquelles l'élément fluxionnaire est nul ou très-effacé, comme cela arrive dans les traumatismes, les ulcérations, cas où la lésion locale prime tout. Dans les autres cas, où la fluxion joue un certain rôle, on s'attachera à distinguer si cette fluxion a un point de départ local, si elle aboutit ou non à l'organe même d'où elle est partie, si elle est au contraire la manifestation directe et immédiate d'un état primitivement général. On étudiera les lois, les tendances de cette fluxion, pour savoir si elle

est symptomatique, critique, etc. Enfin, on trouvera dans la considéralion de cet élément la source des principales indications que l'on remplira à l'aide des règles que nous exposerons au chapitre du traitement {voy. Hémorrhagie).

A. Hydropisie. 11 serait fastidieux de l'épéter les mêmes choses à propos des hydropisies ; il suffit de savoir qu'elles leur sont entièrement applicables. Il y a même des cas où l'élément fluxionnaire est le seul à considérer pour expliquer certaines accumulations de liquide dans des cavités données. Ainsi c'est une erreur trop généralement répandue de croire que tous les épanchements pleurétiques sont cliniquement de nature inflammatoire ou mécanique.

Tous les praticiens ont vu de ces vastes collections pleurales qui se développent insidieusement avec ou sans pleurodynie antérieure, sans fièvre, sans aucun signe de la pleurésie vraie et en même temps sans qu'il y ait au cœur ou dans les vaisseaux une cause mécanique de l'épanchement. Ce sont des accumulations liquides analogues à certaines hydarthroses qui peuvent aussi se développer, dans le genou, par exemple, sans inflammation d'aucune sorte.

5. Inflammation. Dans les cas où une inflammation est entièrement réalisée, fixée sur un point et n'est plus le siège ni d'accroissement ni d'extension, l'élément fluxionnaire est à peu près nul et ne joue en tout cas qu'un rôle bien secondaire. Mais tant qu'une inflammation s'accroît, s'étend ou se développe sur place, cet accroissement est entretenu par un mouvement fluxionnaire qui a son point de départ et son aboutissant dans l'organe emflammé. Dans ces cas il faut toujours tenir compte de la fluxion dans l'analyse clinique du cas et pour l'institution du traitement. Il y a même des inflammations qui, par nature, ne dépassent pas les premières étapes de leur développement ; qui sont constamment susceptibles de déplacements, de disparition, de réapparition, d'extension. Dans ces cas-là la fluxion toujours présente et actuelle pendant toute la durée de la maladie devientle sujet principal des indications. C'est ce que l'on observe, par exemple, dans la pneumonie paludéenne, la pneumonie intermittente. L'inflammation pulmonaire reste toujours sous l'influence de la fluxion qui l'a produite et obéit à toutes les lois de cette fluxion. Elle est intermittente comme cette fluxion et justiciable du sulfate de quinine comme cette fluxion. Il est donc de première utilité de tenir compte de la fluxion dans l'histoire clinique et dans le traitement de ces inflammations. C'est ce qui arrive encore dans les inflammations thoraciques produites par l'affection catarrhale. C'est précisément pour exprimer ce fait que la fluxion persiste, actuelle, pendant toute la durée de la maladie, que la considération de cette fluxion prime toutes les autres et que l'indication majeure vient de la notion même de cette fluxion beaucoup plus tôt que de la lésion locale elle-même; c'est pour tout cela que les anciens avaient adopté la dénomination, qui paraît encore bonne à conserver cliniquement, de fluxion de poitrine catarrhale.

Le même élément se présente encoz^e dans certains cas d'infection purulente. C'est une idée clinique très-incomplète que de ne voir dans cette maladie que les diverses lésions locales s'engendrant mutuellement et en quelque sorte mécaniquement. 11 y a un état général derrière toutes ces manifestations locales, un état fluxionnaire qui domine et prime toutes les déterminations. Ce qui le montre, ce sont ces périodes où le malade présente des douleurs articulaires, des symptômes viscéraux qui correspondent si peu au développement d'un abcès métastatique que dans les cas bénins tout peut rapidement disparaître sans laisser de trace.

Les inflmimations du rhumatisme, de la goutte, de la plupart des diatlièses, présentent de la même manière un élément fluxionnaire prédominant.

6. Flux. Le mot de flux est trop général et s'applique à trop de choses pour être scientifiquement précisé.

Ou attache souvent à cette expression le sens de tout écoulement anormal et même quelquefois physiologique, et alors l'hémorrhagie menstruelle, la diarrhée, la dysenterie, etc., sont des flux au même titre.

Les hémorrhagies constituant un groupe très-naturel, il nous paraît indiqué de les séparer des flux proprement dits. Nous ne comprendrons donc sous le nom de flux que les écoulements dus à une hypersécrétion, en y ajoutant toujours l'idée d'écoulement à l'extérieur, pour les distinguer des épanchements, des hydropisies.

De cette manière, il y a autant de flux que de sécrétions normales, qui par leur exagération peuvent devenir un symptôme et un sujet d'indication. Les flux sont en général des hypersécrétions chroniques que l'on désigne par la terminaison rhée : diarrhée, bronchorrhée, sialorrhée, spermatorrhée, etc.

Il est inutile d'insister pour montrer le rôle de la fluxion dans le développement de ces flux ; c'est admis de tout le monde. Je ferai remarquer seulement que ces flux correspondent d'une manière générale à une fluxion ancienne localisée, fixée, épuisée en quelque sorte sur l'appareil glandulaire qui est le siège de l'hypersécrétion.

Le principal fait à retenir de ce chapitre sur les conséquences locales de la fluxion, c'est que dans tous les actes morbides que tout le monde connaît et que l'on est habitué à considérer à part, les congestions, les hémorrhagies, les hydropisies, les inflammations, les flux, il y a quelque chose de commun, un élément pathogénique commun, la fluxion, qu'il est important de reconnaître et d'analyser dans tous les cas, parce qu'il a ses lois, sa marche, et qu'il constitue un puissant sujet d'indication ayant une thérapeutique particulière, dont nous allons aborder maintenant l'étude.

V. Traitement de la fluxion. En présence d'une fluxion, le médecin a un double problème à se poser et à résoudre : Faut-il ou non combattre cette fluxion? Par quels moyens faut-il la combattre?

En d'auti'es termes, nous devons étudier d'abord les indications de la médication antifluxionnaire et ensuite les agents de cette médication.

I. Il est tout naturel de poser d'abord en principe qu'il ne faut pas combattre les fluxions physiologiques ou critiques ; ce sont des actes utiles, les uns au maintien, les autres au rétablissement de la santé. Faut-il avoir le même respect pour certaines fluxions anormales qui, par suite des circonstances, sont devenues en quelque sorte physiologiques, comme les exutoires, les leucorrhées, etc.? Ici on peut discuter et, en tout cas, il faut se garder de toute exagération.

On a évidemment trop mis de cautères autrefois, et on réagit avec juste raison contre cet usage qui était devenu banal. Un des principaux motifs de la réaction est précisément le danger qu'il y a souvent à se débarrasser plus tard de ces exutoires incommodes. Un individu bien portant, qui n'a eu son cautère en quelque sorte que pour satisfaire à la mode de sa jeunesse, peut s'en débarrasser sans inconvénient. Mais un individu qui a une tare héréditaire, une épine dans quelque organe, aura tort de supprimer cet exutoire, s'il l'a déjà. Tout^le monde sait la révulsion qu'une leucorrhée, qu'une diarrhée, qu'un flux quel-

conque, produisent sur une maladie pulmonaire. Il est donc naturel que la suppression de l'exutoire entraîne souvent une nouvelle poussée du côté de l'organe malade.

Je pose donc en principe que les fluxions thérapeutiques anciennes doivent être respectées chez les individus atteints de fluxions pathologiques redoutables. Notez que je ne parle pas des indications du cautère, mais seulement des contreindications de sa suppression.

Faut-il avoir le même respect, dans des cas analogues, pour des flux pathologiques, comme la leucorrhée, la diarrhée, etc. ? Je ne le crois pas. 11 faut soigneusement surveiller ces flux, afin de les enrayer dès qu'ils prennent une importance telle qu'ils exercent sur l'organisme une action spoliatrice et débilitante marquée ; quand on se décide à les traiter, il faut du reste le faire doucement, en s'opposant à leur exagération et à leurs écarts, plutôt qu'à leur existence même, en combattant surtout la cause générale qui les produit et les entretient, et en ayant toujours présente à l'esprit l'idée des dangers que pourrait provoquer leur brusque suppression.

La notion de l'utilité des fluxions physiologiques et critiques a deux corollaires naturels : l'utilité du rappel des fluxions physiologiques et l'utilité de la provocation des fluxions critiques. Ainsi, toute fluxion morbide produite par suppression et déviation d'une fluxion physiologique doit être combattue par le seul traitement possible qui tend à ramener et à reproduire la fluxion physiologique supprimée. C'est ainsi qu'on cherchera à rétablir le flux menstruel, le flux hémorrhoïdaire et même la sueur des pieds dans certains cas de fluxions pathologiques qui paraîtront produites par la suppression de ces flux normaux.

Les fluxions qui ont une marche cyclique, régulière, qui se jugent normalement à un moment donné, par une fluxion critique, ne doivent pas être combattues. II faut se contenter de les observer, de les surveiller, de garder vis-à-vis d'elles cette paix armée que l'on appelle l'expectatiou. On favoiisera la fluxion critique dès que quelques signes en indiqueront l'approche ; on réprimera les écarts de la marche naturelle, qui empêcheraient la crise de se produire, et la maladie guérira seule. C'est ce qui arrive, par exemple, dans beaucoup de pneumonies, dans la fluxion de poitrine catarrhale. Ces maladies, quand elles sont régulières, guérissent toutes seules, et l'intervention intempestive du médecin ne réussirait qu'à compromettre le succès.

Toutes les règles que nous venons de rappeler, relatives à l'intervention et à la non-intervention dans le traitement de la fluxion, se déduisent toutes de la notion, telle que nous l'avons acceptée, des fluxions physiologiques et des fluxions critiques.

Passons maintenant aux fluxions pathologiques, qui sont absolument indépendantes des fluxions critiques ou physiologiques.

Celles-là mêmes ne doivent pas être traitées dans tous les cas.

Dans toutes les maladies où il peut y avoir des métastases ou des répercussions internes, il faut se garder de combattre trop énergiquement les fluxions qui aboutissent à la périphéi'ie, au systèmii cutané. Ainsi, dans la goutte, il serait fort dangereux de chercher à faire disparaître par un traitement violent la fluxion sur le gros orteil. Dans la variole, la rougeole, la scarlatine, il faut se garder de contrarier, et on est souvent obligé d'aider la fluxion qui se fait vers la peau et aboutit à l'éruption. Il en est de même de l'érysipèle, qui risque de rétrocéder et de produire des accidents cérébraux graves. Pour le rhumatisme, le danger

FLUXION. Ai'J

est moindre parce que les métastases y sont plus rares. Cependant, il faut éviter les perturbateurs et les révulsifs trop énergiques; ce pourrait devenir dangereux.

Voilà donc toute une catégorie de fluxions qui ne doivent pas être traitées violemment, parce que leur disparition exposerait le malade à de sérieux dangers. La maladie n'est pas épuisée par sa manifestation externe, et si on supprime cette localisation, il risque de s'en produire une autre plus périlleuse que la première.

11 y a enfin une dernière catégorie de maladies dans lesquelles on n'a pas besoin de traiter la fluxion ; ce sont des maladies dans lesquelles la fluxion est un élément normal et dans lesquelles cette fluxion se répand sur un certain nombre d'organes sans prendre une grande intensité sur aucun.

Ainsi, dans la fièvre typhoïde, il est normal d'avoir au début une fluxion qui se porte à la fois sur les bronches, l'intestin et le système nerveux ; tant que la fluxion reste ainsi un peu généralisée et ne dépasse pas la congestion, comme résultat local, il est parfaitement inutile d'agir. Si, au contraire, la fluxion s'accentue sur un point, sur la poitrine, par exemple, et y produit des congestions plus fortes, des inflammations, etc., elle devient une source d'indication majem'e.

De même les fluxions normales, viscérales ou périphériques, de l'accès de fièvre intermittente, n'ont pas besoin de traitement quand elles ne se fixent pas et ne dépassent pas les limites habituelles. Le contraire ari-ive quand la fluxion s'accuse fortement sur un organe et y produit de véritables lésions par sa reproduction même.

Yoilà un aperçu des principaux éléments qui doivent aider le médecin pour résoudre ce difficile problème : étant donné une fluxion dans un cas donné, faut-il ou non la traiter?

D'une manière générale, quand on a analysé un cas clinique en ses éléments, il faut distinguer parmi ces éléments ceux qui sont utiles et qu'il faut par suite favoriser, ceux qui sont réguliers dans la maladie et qu'il faut surveiller de près, pour les réprimer, s'ils prennent trop d'importance, et enfin ceux qui sont franchement nuisibles et qu'il faut combattre.

L'élément fluxion peut, suivant les cas, rentrer dans chacune de ces trois catégories, et ce n'est qu'après avoir sainement apprécié sa place et son rôle dans l'histoire générale de la maladie que l'on saura s'il faut ou non la traiter.

C'est alors seulement que l'on se posera la seconde question, que nous allons aborder maintenant. Comment faut-il traiter la fluxion ?

II. On peut quelquefois, quoique dans une mesure restreinte, combattre directement une fluxion pathologique et essayer de la réduire par des moyens thérapeutiques appropriés. Mais le plus souvent on emploie une méthode plus efficace, qui consiste à provoquer sur un autre point une fluxion thérapeutique, une contre-fluxion, qui détourne la fluxion vicieuse.

Nous nous occuperons d'abord de ce dernier procédé ; nous dirons ensuite quelques mots du premier.

a. Le principe du traitement de la fluxion est un fait clinique formulé par Hippocrate dans son fameux aphorisme : Duobus lahorihus . . . . Deux fluxions ne peuvent pas coexister ; de deux fluxions simultanées, la plus forte fait disparaître ou détourne la plus faible. D'où le précepte de détourner une fluxion pathologique en provoquant une fluxion thérapeutique sur un autre point. Comme

DICT. ENC. 4° s. II. 29

4b0 FLUXION.

toujours, c'est la nature qui a indiqué au médecin la voie à suivre. « Un catai'rhe bronchique guérit sous l'influence d'un flux intestinal; un érysipèle fait disparaître une ophliialmie ; l'invasion d'une pneumonie, d'une pleurésie, d'une entérite, au milieu d'une rougeole ou d'une scarlatine, entrave ou suspend même la marche de l'éruption. «

Ces exemples, choisis par M. Raynaud, montrent bien l'influence réciproque des fluxions.

Les faits thérapeutiques sont du même ordre. Tout le monde sait l'utiUté des sinapismes, des purgatifs, etc., dans les cas de congestion cérébrale; on détomne vers la peau ou vers l'intestin, oii elle est inoffensive, la fluxion qui se portait vers le cerveau, où elle constituait un danger.

Pour appliquer ulilemeuL l'aphorisme hippocratique, il iaut considérer la fluxion elle-même, telle que nous la concevons, et non le simple phénomène local, la congestion, par exemple. Dans le rhumatisme, la congestion et la tuméfaction apparaissant au genou ne dégagent nullement le coude qui était pris la veille. Ce n'est pas là une objection à l'aphorisme. C'est simplement une preuve qu'il ne faut pas l'appliquer à la congestion, mais à la fluxion.

Car la fluxion existe ici, comme état général, avec localisations sur diverses parties du système articulaire. Si vous attiriez cette fluxion sur une articulation non encore envahie, vous ne la détourneriez pas du tout, vous ne feriez que l'aider, au contraire, dans une localisation de plus. Si vous voulez efficacement détom'ner la fluxion, il tant l'attirer sur un système ou un appareil qui n'est pas son aboutissant naturel, sur le tube intestinal, par exemple.

C'est là un fait vulgaire d'observation clinique qu'il me pai'ail impossible de comprendre, si on confond la fluxion et la congestion.

Nous trouvons là une application de plus du principe que nous avons déjà invoqué, à savoir qu'une médication ne s'adresse pas habituellement à l'état local, mais bien à l'état général, à la modalité de l'unité vivante qui est derrière cet état local. La maladie est un acte vital pai" excellence. Le traitement doit s'adresser à cet acte vital.

La dérivation et la révulsion ne s'adressent donc pas à la congestion, à l'état local réalisé, mais à la fluxion elle-même qui tient ces altérations sous sa dépendance, et cherche à lui imprimer une autre direction dans un sens plus utile ou moins nuisible à l'économie.

Cela posé, nous reproduirons la distinction de Galien et de Barthez entre la révulsion et la dérivation.

Quand on attire la fluxion vers im point éloigné de celui où aboutit la fluxion pathologique, quand on met, par exemple, des sinapismes aux pieds dans une congestion cérébrale, on fait de la révulsion. Quand au contraire on attire la fluxion vers un point voisin du point où aboutit la fluxion pathologique, quand on met, par exemple, un vésicatoire sur le côté dans un cas. d'épanchement pleurétique, on fait de la dérivation.

Cette distinction me pai-aît importante à conserver.

11 n'est pas indifférent, je suppose, dans un épanchement plem'étique, de mettre le vésicatoire sur le côté malade ou sm- la jambe ; il v a donc là, suivant le lieu d'application de l'attractif, deux procédés différents, deux moyens d'action!diflerents, pour lesquels il est bon d'avoir deux mots. Les anciens avaient ces deux mots et donnaient à chacun d'eux un sens spécial très-précis. Pom'quoi ne pas les accepter ?

Ce n'est cependant pas là l'avis de tout le monde. On peut même dire qu'actuellement l'opinion la plus généralement répandue, en dehors de Montpellier, est la confusion complète de la révulsion et delà dérivation. Ce seraient là deux expressions absolument synonymes.

« Comme Hanter et comme la presque universalité des auteurs modernes, je repousse la distinction fondamentale établie par les anciens entre la révulsion €t la dérivation. » C'est ainsi que s'exprime M. Raynaud dans sa thèse d'agrégation en 1866.

Examinons les arguments invoqués en faveur de cette opinion.

La distinction entre les révulsifs et les dérivatifs, dit M. Raynaud, s'appuie « non sur ce que nous faisons, mais sur ce que nous avons intention de faire; ce qui est, hélas ! très-différent, quand il s'agit de médication, et ce qui amène une perpétuelle logomachie. » Mais en réalité toutes nos distinctions thérapeutiques en sont là ; nous classons les médicaments et les médications d'après les effets que nous cherchons à obtenir avec ces médicaments et ces médications. De ce que l'ipéca ne fait pas vomir tout le monde et purge quelques-uns, s'ensuit-il qu'il faille rayer la médication vomitive, comme n'exprimant que nos intentions thérapeutiques? Un vésicatoire appliqué sur le côté de l'épanchement diffère d'un vésicatoire appliqué sur la jambe et il en diffère plus que par l'intention thérapeutique, il en diffère par l'action elle-même dans l'immense majorité des cas.

« Je donne du calomel à un malade atteint de méningite, poursuit M. Raynaud : si le calomel amène des évacuations alvines, j'aurai fait une révulsion: si au contraire il produit de la stomatite avec salivation, j'aurai fait de la dérivation; et enfin, si mon médicament échoue contre le mal, je n'aurai fait en réalité ni l'une ni l'autre, quoique j'aie obtenu les effets locaux les plus prononcés. » Mais tout le monde sait que chaque médicament peut, suivant les cas et les doses, avoir des actions différentes, appartenir par suite à des médications différentes, et personne n'en conclut qu'il faille confondre ces médications. Le tartre stibié, suivant les cas, peut produire des vomissements ou de la diarrhée, et tout en produisant ces effets locaux il peut échouer contre le mal que Ton veut traiter. Est-ce à dire que la médication vomitive et la médication purgative n'existent pas et ne sont pas distinctes l'une de l'autre ?

Continuant son argumentation, M. Raynaud ajoute : « Trois éléments, au moins, entrent dans La définition barthezienne : l'époque de la maladie, l'intensité du remède et son lieu d'application. Or, ces éléments pouvant s'associer ensemble deux à deux, suivant des combinaisons diverses, il en résulte qu'à chaque instant la définition se trouve en défaut. »

Il y a là une erreur : Barthez ne fait intervenir dans la distinction de la dérivation et de la révulsion que le lieu d'application de l'attractif. L'époque de la maladie vient ensuite dans les indications des méthodes, mais nullement dans leur définition et leur caractéristique.

({ Je donne aux évacuations et aux irritations attractives considérées par rapport à un organe particulier (d'où naît la fluxion, ou bien auquel elle se termine) le nom de révulsives, lorsqu'elles se font dans des parties éloignées de cet organe, et le nom de dérivatives, lorsqu'elles se font dans des parties voisines de cet organe. »

Voilà le passage textuel de Barthez (p. 6 de son Mém.), qui est une réponse péremptoire à l'objection de M. Raynaud.

« D'ailleurs, ajoute enfin M. Raynaud cojTinie dernier argument, la distinction instituée entre la révulsion et la dérivation i^estera toujours illusoire, tant qu'on n'aura pas établi ce qu'il faut entendre par distance du point malade, tant que l'on ne pourra pas dire où cesse la révulsion, où la dérivation commence. » Certainement, à cause de la continuité de tous les tissus et de toutes les fonctions, on peut établir une échelle graduée entre la révulsion et la dérivation. Mais dans la plupart des cas l'hésitation ne sera pas sérieuse et, je le répète, personne ne doit indifféremment appliquer un sinapisme aux pieds ou sur la poitrine. Du reste, comme les indications peuvent, elles aussi, dans certains cas, présenter de ces intermédiaires, on réservera pour les remplir les applications d'attractifs dans des points plus rapprochés, qui sont comme des transitions entre la révulsion et la dérivation.

Tout récemment M. Lereboullet a encore repoussé toute distinction entre la révulsion et la dérivation dans l'article Révulsion de ce Dictionnaire : « Nous admettons, avec la plupart des médecins contemporains, dit-il, que les mots révulsion et dérivation doivent être considérés comme à peu près synonymes, et nous n'attachons pas une grande importance aux discussions qui ont eu pour objet de les définir en les opposant l'une à l'autre. »

Nous regrettons très-vivement d'être obligés d'être ici d'un avis contraire à celui de deux hommes comme MM. Raynaud et Lereboullet ; mais en vérité la question nous semble avoir de l'importance et il nous paraît grave de dire à un élève : Il faut chercher à détourner les fluxions par tel ou tel moyen, mais le point du corps où vous placerez votre vésicatoire ou votre sinapisme est parfaitement indifférent. Je sais personnellement qu'au lit du malade M. Lereboullet, dont j'ai été heureux de recevoir les enseignements cliniques, distingue pratiquement la dérivation et la i-évulsion, et n'applique pas indifféremment l'une ou l'autre médication.

La nature d'un agent thérapeutique ne changera pas, dit M. Lereboullet, si on le rappi'oche ou si on l'éloigné de l'organe malade. Mais la nature du purgatif ne change pas non plus quand on l'emploie dans une maladie cérébrale ou dans une maladie intestinale, et cependant dans un cas il pourra être révulsif et dans l'autre substitutif, tout simplement parce qu'il est plus ou moins rapproché de l'organe malade : la médication substitutive est pourtant bien différente de la médication révulsive.

J'ai insisté peut-être trop longuement sur cette discussion, mais j'ai tenu à ne rien dissimuler des objections parce que l'opinion que je maintiens est aujourd'hui abandonnée par la presque universalité des médecins, comme s'il y avait jamais avantage à rendre synonymes deux expressions distinctes et par suite à priver d'un mot utile la langue scientifique.

J'ai du reste jusqu'à présent simplement réfuté les objections faites à la distinction galénique et barthezienne ; il faut maintenant démontrer son utilité clinique ; c'est ce que nous essaierons de faire en étabhssant, à grands traits, les indications respectives de ces deux espèces de contre-fluxion.

La première indication, la plus nette, la plus importante, est formulée dans les deux premiers principes de Barthez.

« Lorsque dans une maladie la lluxion sur un organe est imminente, qu'elle s'y forme et s'y continue avec activité, comme aussi lorsqu'elle s'y renouvelle par reprises périodiques ou autres, on doit lui opposer des évacuations et des attractions révulsives par rapport à cet organe. Lorsque la fluxion est parvenue

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à l'état fixe, dans lequel elle se continue avec une activité beaucoup moindre qu'auparavant (dans les maladies aiguës), ou lorsqu'elle est devenue faible et habituelle (dans les maladies chroniques), on doit en général préférer les attractions et les évacuations dérivatives qui se font dans les parties voisines de l'organe qui est le terme de la fluxion. »

Voilà la loi fondamentale de la médication contre-fluxionnaire. On peut dire (jue pratiquement tous les médecins l'appliquent, quelquefois sans s'en rendre compte.

Au début d'une fluxion de poiti'ine, quand le thorax est menacé de la localisation, mais non encore atteint, on mettra des sinapismes, des attractifs aux extrémités inférieures ; le vésicatoire sur le côté ne ferait à ce moment-là que du mal. Lorsqu'au contraire la fluxion se sera franchement et positivement localisée sur la plèvre ou sur le poumon, le vésicatoire sur le côté pourra être alors employé, si d'autre part on le juge utile.

11 ne faut pas dire que la révulsion est utile au début des maladies et la dérivation à la fin. C'est là une formule trop approximative et souvent fausse, parce qu'il y a des maladies qui se localisent très-rapidement et dans lesquelles la dérivation peut être indiquée dès le début. 11 faut conserver la formule de Barthez : la révulsion est utile quand la localisation est imminente, quand la fluxion est encore en pleine activité et que par suite la localisation est en train ou de se produire ou de s'accroître.

Les exemples qui peuvent servir de preuves cliniques sont nombreux et viendront à l'esprit de tous les médecins. Au début d'une ophthalmie, on fait de la révulsion sur les extrémités inférieures ou sur l'intestin; quand l'ophthalmie est définitivement constituée, c'est le moment des attractifs plus rapprochés, des vésicatoires, par exemple, employés comme dérivatifs. Quand un poumon est menacé dans le premier stade de l'accès de fièvre grave ou au début de la fièvre typhoïde, on se garde bien de mettre un vésicatoire sur la poitrine, on pousse à la peau, tant que l'on peut, et surtout sur celle des extrémités inférieures. Quand au contraire la localisation s'est positivement faite, on dérive par de l'huile de croton tiglium ou un vésicatoire sur le point le plus rapproché possible de l'organe malade. C'est encore d'après les mêmes principes que l'on institue le traitement nécessaire après certaines opérations chirurgicales.

Ainsi, après une opération de cataracte, M. le professeur Courty fait placer les pieds du malade sur une chaufferette, les jambes enveloppées d'une couverture de laine ; le soir du même jour, il fait prendre un bain de pied sinapisé et un lavement purgatif. Il continue les purgatifs légers pendant deux ou trois jours. Si l'on redoute des accidents inflammatoires du côté de l'œil, on insiste sur les purgatifs. Si le danger continue et augmente, on applique alors des dérivatifs, des sangsues à la région temporale ou mastoïdienne. Si enfin l'inflammation tend à passer à l'état chronique, on fait d'épaisses applications d'onguent napolitain sur la région orbito-frontale.

M. Courty, en développant ce mode de traitement, dans ses cliniques, ne manque pas de faire remarquer que c'est une application des principes posés par Barthez pour le traitement méthodique des fluxions.

Les principes dont nous venons de démontrer la vérité clinique doivent être complétés par le suivant, qui est le quatrième de Barthez : « Les principes précédents se rapportent, dit-il, aux cas où la fluxion qui se jette sur un organe vient de diverses parties du corps qui ne sont connues que vaguement, et où

l'oigane, qui reçoit cette fluxion, est le seul bien déterminé. Mais dans les maladies où l'organe dont vient la fluxion peut être assigné ou bien connu, l'affection de cet organe présente un autre ordre d'indications essentielles. Dans ce cas, il faut établir une dérivation constante, non auprès de l'organe où la fluxion se termine, quoiqu'il soit principalement affecté, mais auprès de l'organe d'où cette fluxion prend son origine. »

D'une manière générale, cela veut dire qu'étant donné une congestion, une inflammation, une hémorrhagie, un flux, il faut étudier la fluxion qui a entraîné cet accident et en particulier les origines de cette fluxion. Si on trouve ainsi que le point de départ de la fluxion est dans un organe donné et si d'autre part il y a lieu de traiter cette fluxion, c'est du côté de l'organe point de départ qu'il faut diriger son traitement.

Ainsi, par exemple, un jeune homme tuberculeux aura de fréquentes épistaxis. S'il y a lieu de faire de la contre-fluxion, il faudra se préoccuper surtout du poumon tuberculeux qui est le point de départ de la fluxion, et c'est sous la clavicule qu'il faudra appliquer les dérivatifs. Si au contraire l'épistaxis se produit chez un malade atteint de lésion hépatique ou de lésion splénique, c'est du côté des hypochondres qu'il faudra appliquer l'attractif.

Je n'insiste pas ; obligé de rester dans les généralités, je ne puis que rappeler les grands principes de la médication contre-fluxionnaire, que tout le monde applique au lit du malade et qui sont la preuve pratique la plus éclatante de l'utilité qu'il y a à étudier la fluxion en elle-même, en dehors de ses manifestations locales, et à distinguer dans la contre-fluxion la dérivation et la révulsion.

Je ne dirai rien des théories invoquées pour expliquer la révulsion et surtout la dérivation. Les anciens y voyaient des sympathies, les modernes appellent cela des actions réflexes. On trouvera dans la thèse de M. Raynaud tout le développement des hypothèses relatives aux actions réflexes vaso-motrices.

Pour nous, nous ne voulons voir là, pour le moment, que des faits cliniques. Les théories ne sont pas encore assez avancées et assez positives pour être utiles au praticien.

h. Si la contre-fluxion est la méthode la plus usitée et la plus efficace pour combattre la fluxion, ce n'est cependant pas la seule. 11 nous faut dire un mot des autres.

Dans certains cas, au lieu de chercher à détourner vers un autre point une fluxion pathologique, on essaye simplement de lui substituer sur place une fluxion thérapeutique. Ainsi dans une diarrhée négligée, qui s'accompagne de quelques phénomènes dysentériques, on verra quelquefois échouer tous les astringents, si l'on ne commence pas le traitement par un purgatif salin. Le sulfate de soude, dans ce cas, a provoqué une fluxion thérapeutique vers l'intestin, qui était déjà le siège d'une fluxion pathologique. C'est la médication substitutive. Quand on cautérise avec le crayon de nitrate d'argent la paupière d'un nouveau-né atteint d'ophthalmie purulente, on cherche à substituer une fluxion thérapeutique à la fluxion pathologique persistante.

Le principe de cette médication, sur laquelle il est inutile d'insister, est que : étant donné une fluxion pathologique, qui ne marche pas naturellement vers une solution heureuse, on cherche à provoquer vers le même organe une fluxion artificielle, qui se substitue à la première et dont on connaît les tendances habituelles à la guérison.

Il y a enfin des agents médicamenteux qui ont la prétention de diminuer directement et localement la fluxion. Ainsi Pécliolicr a vu l'ipéca anémier le poumon chez les animaux auxquels il l'administrait. On peut conclure de ce fait l'action directement antifluxionnaire qu'aurait cet agent dans les diverses maladies fluxionnaires de l'appareil respiratoire.

De la même manière agiraient les agents dits fondants ou résolutifs, comme les préparations de ciguë, l'onguent mercuriel...

Je renvoie aux articles spéciaux pour ces divers points, qu'il me suffit d'indiquer. J. Grasset.

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FLUXIOX DEl%T/tlRE. On (loiine vulgairement le nom de fluxion au gonflement des parties molles de la face et des régions voisines qui survient sous l'inlluence de certaines lésions de l'organe dentaire. Dans cette acception, la fluxion dentaire rentre dans la classe des fluxions symplomatiqiies, suivant la division adoptée dans l'article précédent {voy. Fluxion). C'est donc un symptôme, une manifestation extérieure et objective de lésions profondes dont il convient tout d'abord de déterminer la nature.

Or les altérations de l'organe dentaire, qui dans leur processus symptomalologique présentent la fluxion, sont assez diverses, et nous allons, sous ce rapport, les énumérer, en suivant chronologiquement les phases de l'évolution de l'organe dans le temps, et en fixant ainsi la succession des altérations qui peuvent amener cette conséquence.

C'est ainsi que nous signalerons, en premier lieu, la fluxion qui précède ou accompagne l'éruption des dents temporaires chez le nouveau-né. Elle représente un accident de dentition et se manifeste par un simple gonflement léger de la joue avec rougeur soit générale, soit par plaques limitées. C'est un phénomène qui est loin d'être constant et qui, de même que la plupart des accidents dits de dentition, éprouve les plus grandes diversités de forme et d'intensité.

Considérée sous ce premier aspect, la fluxion résulte essentiellement d'un certain état congestif de la gencive avec propagation au tissu cellulaire de la face; l'accident est toutefois fugace et passager, car, apparaissant dans les quelques jours qui précèdent la sortie des dents, il cesse d'ordinaire aussitôt après l'éruption de la couronne hors des mâchoires. C'est, en un mot, un léger phénomène pathologique accompagnant parfois un acte de l'ordi'e purement physiologique.

Les diverses phases de la première dentition y sont indifféremment sujettes ; celles de la seconde dentition peuvent aussi en devenir l'origine, mais bien plus l'arement, sauf toutefois l'évolution de la dent de sagesse ou dernière molaire, qui en est, au contraire, une cause fréquente ; mais, dans ce dernier cas, la fluxion est le fait d'un processus spécial sur lequel nous reviendrons plus loin.

En dehors de la catégorie des accidents de dentition proprement dits, la cause la plus ordinaire de la fluxion est la périostite alvéolo-dentaire, et l'on peut dire que cette complication représente un phénomène presque constant de cette maladie.

11 faut remarquer toutefois ici que la production de la fluxion, quelle qu'en soit d'ailleurs la cause, tient à certaines dispositions générales et surtout à des circonstances individuelles : ainsi tel sujet sous l'influence du moindre désordre dentaire sera pris de fluxion, tandis que tel autre n'en sera que très-difficilement atteint ou pourra même y échapper entièrement.

Nous n'avons pas à tracer ici l'histoire de la périostite alvéolo-dentaire ; disons seulement que la fluxion, lorsqu'elle se produit, varie d'intensité et de gravité suivant l'état même de la lésion primitive. Une affection assez voisine de celle-ci, et que nous avons décrite sous le nom d'ostéo-périostite alvéolo-dentaire, devient assez fréquemment l'origine de la fluxion ; les altérations organiques du périoste, les fongosités, les kystes, les tumeurs, sont dans le même cas, ce qui d'ailleurs est très-explicable, attendu que ces diverses lésions ne sont, le plus ordinairement, que des modes d'état ou des complications de la périostite simple.

Nous signalerons encore, dans l'énumération des lésions occasionnelles de la

FLUXION DENTAIRE. ^ô7

fluxion, certaines altérations plus profondes de l'organe dentaire : nous voulons parler d'abord de ces troubles profonds de nutrition ou odontomes, dont la fluxion représente ainsi un épiphénomène, et ensuite des maladies organiques du cément, bypertrophies ou tumeurs diverses. Mais il est utile de remarquer que, dans ces dernières circonstances, la fluxion perd la physionomie aiguë et brusque qu'elle a d'abord, par exemple, dans la périostite franche, pour revêtir l'aspect d'un accident latent, subaigu, parfois presque permanent ou chronique, et affectant la marche tantôt d'un œdème avec ou sans noyau induré, tantôt d'un véritable abcès par congestion.

Siège et nature anatomiques. Quoi qu'il en soit de ces premières remarques sur les formes variées de la fluxion, nous devons nous arrêter un instant sur son siège anatomique.

Le lieu le plus ordinaire de cet accident est le tissu cellulaire de la face ou des régions voisines , soit qu'il survienne directement ou d'emblée , soit qu'il résulte de la propagation par continuité d'une lésion initiale. C'est alors l'état congestif, le phlegmon simple. L'abcès étant ainsi relativement bénin, constituant la forme élémentaire de la fluxion, celle-ci appartient en propre tantôt à une phlegmasie temporaire du bord alvéolaire, tantôt à une périostite sub-aiguë simple. Mais il en est une autre non moins fréquente, et dans laquelle la congestion des parties molles repose sur un état inflammatoire plus profond et aussi plus intense, consistant en un certain degré d'ostéite et de péi'iostite simultanée de l'os maxillaire. Dans ce dernier cas, la fluxion devient la manifestation d'une ostéo-périostite phlegmoneuse du bord alvéolaire. C'est la forme grave.

Enfin, à ces complications par propagation aux tissus osseux et périostiques des mâchoires peut s'ajouter un élément nouveau : c'est l'envahissement de l'inflammation aux gaines musculaires, c'est-à-dire à certains muscles moteurs de la mâchoire inférieure, mais plus fréquemment aux muscles élévateurs et, en particulier, aux masséters et aux ptérygoïdiens. Cet accident peut à son tour revêtir toutes les formes, depuis la simple raideur par empâtement jusqu'à la rétraction complète et à l'occlusion absolue de la bouche.

La nature anatomique de la lésion connue sous le nom de fluxion doit être étudiée suivant les différents ordres de tissus qui sont frappés.

i\ous mentionnerons tout d'abord le gonflement du tissu gingival, lorsque la fluxion reste localisée à la muqueuse, dans la région correspondante à l'altération dentaire ou alvéolaire primitive. Deux formes se présentent alors : la première consiste dans l'œdème simple du derme muqueux sans douleur ni rougeur des parties; c'est le premier degré du phlegmon, accident passager qui se dissipe d'ordinaire par résolution. La seconde forme est le phlegmon gingival proprement dit, avec gonflement franchement inflammatoire, tension douloureuse et l'ougeur des parties.

Dans ces deux formes, la gencive peut rester isolément le siège des accidents, et la fluxion est alors exclusivement gingivale. Ne se traduisant par aucun signe extérieur, il faut l'examen de la cavité buccale pour en révéler l'existence; ce n'est point là, àproprement parler, la fluxion vraie. Celle-ci, qui occupe la joue, affecte d'ailleurs encore les deux formes que nous venons d'indiquer : tantôt l'œdème simple du tissu cellulaire sous-cutané avec tension et transparence des tissus, mais indolence complète ; tantôt gonflement phlegmoneux avec chaleur, élancements ou battements isochrones aux battements artériels, douleur à la pression, etc.

Les lésions intimes des tissus sont ici ce qu'on les retrouve dans les formes analogues des autres fluxions quelconques.

L'œdème se caractérise par l'infiltration albumineuse du tissu cellulaire qui, de feutré qu'il était, devient lâche et se pénètre d'une sorte de masse tremblotante gélatiniforme. Seulement au milieu de ces éléments on n'observe aucune altération de substance, aucune modification du diamètre et du contour des vaisseaux, aucune trace de leucocytes. Elle a pour physionomie particulière de se produire avec une extrême rapidité, en quelques heures, par exemple, et de se dissiper parfois avec la même rapidité.

Appliqués ici à la formation de la fluxion dentaire, ces phénomènes de l'œdème empruntent un aspect assez spécial à la disposition des parties, à l'extrême laxité du tissu cellulaire de la face, à sa relation avec les couches de même composition anatomique qui occupent les paupières, les. lèvres et la région du cou. C'est ainsi qu'indépendamment de sa gravité et de sa terminaison, l'œdème peut acquérir et acquiert ordinairement un volume considérable, de sorte qu'une fluxion œdémateuse peut envahir et déformer la face, et se dissiper en vingt-quatre ou quarante-huit heures, et nous devons dire tout de suite que la forme phlegmoncuse grave ne sera pas, à son début du moins, sensiblement différente .

L'inflammation phlegmoncuse dans la fluxion comprend en effet plusieurs périodes : dans la première c'est précisément la forme œdémateuse précédente, mais celle-ci est rapidement suivie des phénomènes ordinaires des phlegmasies en général : augmentation de température, douleur à la pression ou spontanée; distension des faisceaux des fibres cellulaires, congestion vasculaire et immédiatement compression des filets nerveux étranglés, en quelque sorte, au sein de la masse épaissie et turgescente. A ces premiers faits s'ajoutent bientôt une production plus ou moins active de leucocytes et un exsudât fibrineux qui semble se solidifier pour donner à la masse cette sensation spéciale de dureté et de résistance. Enfin, lorsque la formation des globules purulents s'est accusée, il se forme autour de ces foyers de rassemblements un état d'induration, lequel est dû à la prolifération des éléments cellulaires eux-mêmes qui végètent, se compriment dans une espèce de feutrage et subissent, si la phlegmasie se prolonge, un degré plus ou moins marqué de transformation graisseuse.

A cette forme franchement phlegmoncuse de la fluxion s'ajoute ordinairement cette complication dont il convient ici de spécifier la lésion anatomique. Nous voulons parler de la rétraction des mâchoires.

Cet accident, sur lequel nous aurons à revenir en traitant des complications de la fluxion, a, comme nous l'avons dit, pour siège presque exclusif les muscles élévateurs de la mâchoire inférieure. Aussi ne se rencontre-t-il que dans les fluxions consécutives à une lésion de l'arcade alvéolaire inférieure, à l'exclusion (ie la supérieure. Nous ne voulons cependant pas conclure de là que la fluxion ne se présente pas aussi bien sous l'influence des altérations supérieures ; loin de là, et celles-ci peuvent causer des fluxions tout aussi étendues et non moins graves. Mais des raisons anatomiques bien connues n'entraînent pas ici la propagation du processus inflammatoire aux gaines musculaires dont les rapports sont éloignés et indirects.

Quoi qu'il en soit, le muscle qui est presque invariablement le siège de la rétraction est le masséter, dont les insertions inférieures sont très-souvent directement en rapport avec les lésions dentaires initiales de l'arcade correspondante.

On comprend, en effet, que les autres muscles élévateurs, le temporal et les ptérygoidiens, ne sauraient être envahis que dans les cas où les accidents inflammatoires se seraient étendus soit à l'angle de la mâchoire, soit à la branche montante et jusqu'à l'apophyse coronoïde avec production d'ostéite ou d'ostéopériostite de ces parties. Le fait est en tous cas fort rare.

Quant à la lésion anatomique qui frappe un muscle dans ces circonstances, elle consiste dans la propagation pure et simple du processus inflammatoire au tissu lamineux qui sépare les faisceaux secondaires, c'est-à-dire àupérymisium. L'immobilisation des éléments musculaires et la rétraction sont alors immédiates et persistent tant que dure l'état inflammatoire de ce pérymisium.

Etiologie. Nous avons déjà indiqué au début de cet article quelles sont les affections du système dentaire dont la fluxion est une complication ordinaire, mais il convient ici de reprendre cet exposé avec quelques détails et en insistant surtout sur le mécanisme pathogénique de la lésion. '■' La plus commune de ces affections est, ainsi que nous l'avons dit, la. périostile alvéolo-dentaire, c'est-à-dire l'inflammation de cette membrane fibreuse qui tapisse dans l'intérieur de la cavité alvéolaire la surface de la racine. Nous n'avons pas ici à décrire cette maladie dont l'histoire a été tracée tout dernièrement dans une excellente monographie (voyez Pietkiewiez, thèse de Paris, 1877). Nous dirons seulement que de toutes les formes que revêt cette maladie, l'état simple et subaigu est le seul qui échappe à cette complication. Dès que l'inflammation a gagné une notable étendue de la membrane et qu'elle a acquis une certaine acuité, la fluxion apparaît. Il faut remarquer encore que la périostite, n'est pas nécessairement liée à la carie ; elle peut être spontanée ou traumatique. La seule forme de cane qui se rattache, mais indirectement, à la périostite est celle qui se complique d'un état inflammatoire profond de la pulpe dentaire dont la lésion se propage par continuité au faisceau vasculo-nerveux du canal radiculaire et au sommet de la racine.

Nous ne saurions donc nous élever avec assez d'insistance contre une assertion qui se trouve répétée dans la plupart des livres classiques et par laquelle la fluxion est attribuée sans plus d'examen et d'attention à des dents cariées. Jamais la carie n'en peut devenir une cause directe. C'est donc là une erreur fort grave, car en l'absence de carie reconnaissable l'apparition si commune cependant d'une fluxion resterait, dans une telle théorie, absolument inexpliquée et son origine méconnue.

Il est cependant une certaine circonstance dans laquelle des manœuvres exercées sur une carie provoquent une fluxion rapide. Nous voulons parler de ces caries pénétrantes ayant fait disparaître le contenu de la cavité de la pulpe et des canaux radiculaires et compliquées d'un état inflammatoire du périoste au sommet avec produits séreux ou purulents s'écoulant par la carie elle-même. Mais il s'agit encore ici, comme on voit, d'une périostite dont la carie n'est que la cause éloignée. Dans ces cas, le suintement restant souvent insensible et l'état local tout à fait indolent, il suffît alors de pratiquer l'obturation de la cavité ou simplement un pansement quelque peu compressif pour voir apparaître une fluxion qui, suivant la quantité de liquide excrété et sa nature séreuse ovi purulente, prend la physionomie d'un œdème ou congestion simple, ou la forme phlegmoneuse. On pourrait donner dans ce cas à l'accident le nom de fluxion par rétention.

C'est de la sorte qu'une simple obturation immédiate pratiquée ainsi sans

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traitement ni précautions préalables entraîne la formation d'un véritable phlegmon de la face avec désordre plus grave parfois des parties profondes. Les caries de ce genre sont précisément celles pour la cure desquelles nous avons proposé un mode spécial d'obturation avec addition du drainage permanent (voy. Bulletin de thérapeutique, 1867, n" du 50 août).

Il résulte de ces considérations que la fluxion par rétention est invariablement le résultat de la simple interruption dans l'écoulement de produits inflammatoires. Cette remarque se confu^me de ce fait que, dès que spontanément par un abcès de la gencive ou artificiellement par une ouverture ou une ponction appropriées les liquides sécrétés prennent une issue au dehors, la fluxion ne se produit pas.

C'est d'ailleurs là un mécanisme qui se produit très-fréquemment d'une manière spontanée, lorsqu'une ou plusieurs fluxions aboutissent à une fistule permanente ou a répétition. Le trajet permanent ou intermittent qui en résulte exclut immédiatement tout retour de fluxion.

Le rôle de la périostite proprement dite étant ainsi déterminé dans la pathogénie de la fluxion, nous devons maintenant signaler l'intervention possible de certaines formes plus complexes ou hybrides de cette maladie. Ainsi, Vostéopériostite alvéolo-dentaire, que nous nous sommes efforcés de distinguer de la périostite, donne souvent lieu à des fluxions gingivales ou faciales, et cela par un mécanisme analogue (voy. Archives générales de médecine, 1867, t. 1, p. 678). Citons encore certaines altérations organiques du périoste, les fongosités, les tumeurs, les kystes, et dans ces derniers cas la fluxion correspond ordinairement aux périodes aiguës, aux congestions accidentelles qui surviennent parfois dans le cours de ces altérations.

Après les diverses lésions du périoste considérées comme causes les plus fréquentes des fluxions, nous reviendrons encore sur les accidents dits de dentition. On a vu déjà ce que nous avons dit à l'égard de la première dentition, il n'y a pas lieu d'insister, mais dans les phases diverses de l'évolution des dents permanentes il en est une qui est très-fréquemment cause de cet accident, c'est la sortie de la dernière molaire ou dent de sagesse.

On sait aujourd'hui d'une manière bien nette que toute la série des accidents dus à l'évolution de la dent de sagesse ont pour mécanisme invariable la compression dont cette dent est à la fois l'objet et la cause dans l'espace si souvent insuffisant qui lui est réservé en arrière de l'arcade inférieure entre la base de la branche montante et la face postérieure de la deuxième molaire.

Ces accidents consistent, dans leur physionomie la plus simple, en un soulèvement de la muqueuse suivi immédiatement de sa contusion par la dent supérieure, de l'inflammation superficielle ou profonde et par suite de l'ulcération et de la gangrène des lambeaux. Ce sont des phénomènes qui, souvent isolés et locaux, prennent dans certains cas une extension aux régions voisines, et la fluxion soit œdémateuse, soit phlegmoneuse, en est la conséquence.

Mais il est une autre forme dans ces accidents qui est plus fréquemment compliquée de fluxion. C'est lorsque la dent de sagesse éprouve dans son mouvement d'ascension un obstacle matériel au sein de la cavité alvéolaire. Le tissu osseux lui-même est alors frappé d'ostéite par compression : cette ostéite reste très-rarement localisée ; elle se transforme bientôt en une ostéo-périostite aiguë du maxillaire. Ces accidents se propagent dans l'intérieur du bord alvéolaire en suivant le centre spongieux de l'os dans la branche horizontale ou dans la

branche verticale, quelquefois dans les deux simultanément, en prenant pour centre de production la région de l'angle de la mâchoire. La fluxion est alors inévitable et c'est ainsi qu'elle s'empare très-promptement des gaines musculaires du masséter et parfois des ptérygoïdiens.

Ici, comme on voit, la fluxion est le fait de l'extension par continuité de tissu de l'ostéite initiale au périoste du maxillaire et aux parties molles de la face. C'est la fluxion par propagation. Ce qui prouve l'exactitude de ce processus, c'est que, lorsque dans un cas de ce genre on vient à pratiquer l'extraction de la dent de sagesse, on la trouve entièrement dépourvue de toute atteinte de périostite ou d'une lésion appréciable quelconque. Elle a donc été l'agent, sans participation aucune de sa substance, des accidents qui se sont pi'oduits.

On comprendra par suite que, s'il survient au sein d'un maxillaire et sans intervention directe des dents une ostéite spontanée ou traumatique, la même série d'accidents aboutissant à la fluxion se reproduira exactement. Ces cas sont toutefois fort rares, car il est aujourd'hui surabondamment démontré que l'immense majorité des affections des mâchoires sont la conséquence des désordres de l'appareil dentaire, soit sous la forme d'accidents de l'évolution, soit sous celle de lésions de tissu à l'état adulte.

Mécanisme et processus. Afin d'exposer avec le plus de précision possible le mécanisme déformation de la fluxion, nous allons en suivre l'évolution à partir du lieu de son origine, qui est invariablement un point fixe de l'arcade dentaire. Qu'il s'agisse en effet comme lésion initiale d'une périostite alvéolo-dentaire simple ou d'un accident de dentition ou bien encore d'une ostéite par compression (dent de sagesse), le bord alvéolaire en est constamment le foyer primitif.

Si nous supposons maintenant le cas le plus fréquent, c'est-à-dire la périostite d'un sommet radiculaire, le premier phénomène de propagation à partir de ce point consiste dans l'ostéite du fond même de l'alvéole et bientôt après la périostite de l'une des faces de l'os ou des deux faces simultanément. C'est généralement dans la direction de la paroi externe des maxillaires que se porte le processus, surtout à la mâchoire inférieure où les abcès et fistules aboutissent l'arement sur le plancher de la bouche. A la mâchoire supérieure, au contraire, la présence de ces accidents à la face interne de l'arcade et jusque sur la région palatine est assez fréquente. Dans ces dernières circonstances, du reste, la fluxion proprement dite de la peau n'appai^aît pas.

C'est donc dans une direction centrifuge que marchent d'ordinaire les phénomènes, soit que le point d'arrivée corresponde à la gencive, soit qu'il aboutisse à la peau de la face.

Ici se place au point de vue spécial du trajet que nous indiquons une distinction qui permet d'expliquer et, dans quelques circonstances même, de prévoir quel sera précisément le point d'arrivée vers la gencive ou sur la peau, en d'autres termes, si la fluxion sera gingivale ou faciale.

Cette distinction repose sur une détermination du niveau de la lésion initiale, relativement à la profondeur du vestibule de la région. Nous avons déjà développé ce point dans un autre article de ce Dictionnaire [voy. Bouche, t. X, {■•^ série, p. 185) ; nous y reviendrons brièvement ici.

Chez l'adulte, la profondeur du vestibule mesurée du bord libre des dents au fond du sillon est en moyenne de 20 millimètres pour la gouttière inférieure et de 25 millimètres pour la supéiieure. Cette mesure, prise à la partie anté-

462 FLUXIOiN DENTAIRE.

rieure de la bouche au voisinage du frein des lèvres, augmente notablement au niveau des canines pour diminuer ensuite insensiblement jusqu'à la dent de sagesse. On. peut ainsi dire que par une corrélation anatomique constante elle suit sensiblement dans ses ondulations et sa courbe une direction parallèle à une ligne virtuelle qui passerait par tous les sommets des racines dentaires. C'est cette remarque qui a une grande importance chirurgicale en ce qu'elle donne l'explication du siège et de la pathogénie des abcès et des fistules d'origine dentaire. Or, si la périostite siège sur les côtés d'une racine dentaire et non loin du collet, les complications phlegmasiques auxquelles elle donnera lieu seront simplement gingivales, et les abcès, s'ils se produisent, auront leur ouverture dans la cavité du vestibule à une hauteur variable du bord alvéolaire. Si, au contraire, la périostite occupe le sommet d'une racine, l'issue des accidents ultérieurs pourra être infiniment plus sérieuse et dépendra absolument du rapport de niveau entre le point affecté du périoste et le fond de la gouttière : lorsque le sommet de la racine correspondra à la cavité du vestibule, l'abcès s'ouvrira encore dans ce dernier; mais dans beaucoup de circonstances ce sommet répond à un niveau plus profond, et les phénomènes inflammatoires dont il est le point de départ, cherchant leur issue la plus directe, se porteront vers le tégument extérieur de la joue au travers du tissu cellulaire lâche de la région. Le phlegmon est alors facial et l'ouverture cutanée. Ces particularités anatomiques expliquent pourquoi les fistules extérieures ou faciales résultent principalement des altérations des molaires dont les racines longues dépassent presque toujours un peu le fond du vestibule, tandis que les canines et les incisives qui y sont ordinairement contenues dans toute leur hauteur ne donnent que rarement lieu à ces accidents. La disposition spéciale à la dent de sagesse inférieure donne aussi la raison de la fréquence relative des accidents de cet ordre ; la muqueuse du vestibule se relevant presque toujours au niveau de son collet pour se continuer avec celle qui tapisse l'apophyse coronoïde, il en résulte que la totalité de la partie radiculaire de cette dent se trouve répondre à un point inférieur du fond du sillon. C'est ainsi que se rencontrent si fréquemment les phlegmons et fistules des régions cervicale et faciale dans l'histoire des accidents de la dent de sagesse inférieure.

Ce point de vue étant fixé, ainsi qu'on vient de voir, le processus inflammatoire se portera donc, tantôt vers la bouche, tantôt vers l'extérieur ; ce n'est que dans les cas de désordre plus graves et plus étendus que l'issue pourra être double, à la fois gingivale et faciale. Nous passons bien entendu sous silence d'autres modes de terminaison vers le sinus maxillaire, le plancher des fosses nasales, etc., ces variétés n'entraînant pas la fluxion.

Lorsque les phénomènes prendront la direction du vestibule, le gonflement ou la fluxion de la gencive pourront revêtir les différentes formes que nous avons indiquées ; mais la terminaison affectera ici encore deux aspects, c'est-à-dire que la fluxion gingivale et l'abcès s'ouvriront directement dans le vestibule ou bien aboutiront au collet, au niveau du bord d'insertion de la gencive après en avoir décollé les adhérences. Cette dernière issue est d'ailleurs un indice que la périostite initiale s'est propagée par continuité depuis le sommet jusqu'au collet, ou qu'elle a pris naissance sur le voisinage même de ce dernier point.

Dans le cas où le processus inflammatoire se dirige vers la peau, c'est en raison du passage de la phlegmasie au périoste du maxillaire que le tissu cellulaire de la face est envahi par continuité directe. Alors se détermine, suivant l'intensité

de la lésion primitive, la fluxion œdémateuse ou le phlegmon aigu de la face. Nous ne reviendrons pas sur la première forme, mais nous suivrons encore la seconde dans les diverses variétés qu'elle peut présenter.

Le tissu cellulaire de la peau étant envahi et la fluxion produite, elle a toujours pour centre d'action le point de passage au travers de l'alvéole, mais la laxité toute spéciale du tissu conjonctif de la région et ses communications avec les couches celluleuses voisines entraînent rapidement une extension parfois considérable du gonflement. Dans le cas où la fluxion est due à une lésion de l'arcade supérieure, elle s'étendra au tissu cellulaire palpébral ou à la région temporale. Si la lésion est causée par une périostite d'une canine ou d'une incisive, c'est la fosse canine, l'aile correspondante du nez, qui seront le siège du gonflement. Pour la région inférieure, le gonflement s'étend au cou, au-dessous du bord inférieur de la mâchoire, à la région sus-hyoïdienne et parfois jusqu'à la clavicule et au sternum. La face, dans tous les cas, est absolument déformée. La tuméfaction, dure, renitente, traduit par son intensité et l'ensemble des symptômes la nature des désordres profonds. Les lésions consistent essentiellement dans le décollement inflammatoire du périoste du maxillaire soulevé par le foyer en voie de formation. L'abcès, qui dans ces circonstances est presque toujours inévitable, aura donc pour parois d'une part la face dénudée du maxillaire, d'autre part la surface profonde du périoste doublé des tissus congestionnés et épaissis qui représentent la fluxion.

Tel est le phlegmon limité de la face, la fluxion simple abcédée, forme déjà plus grave que la fluxion œdémateuse dont l'issue est la résolution simple. Mais cet abcès sous-périostique du maxillaire ne s'ouvre pas nécessairement sur la peau; cette terminaison est en définitive la moins fréquente, car dans son décollement et son soulèvement le périoste osseux arrive ordinairement à former au fond du vestibule de la bouche une saillie en forme de bourrelet qui, en raison de la moindre résistance des parties, s'amincit et s'ouvre spontanément. C'est alors que l'exploration directe du foyer au moyen d'une sonde ou du doigt permet de constater la dénudation osseuse dans une étendue variable. Cette dénudation n'a pas d'ailleurs l'importance et la gravité qu'on serait tenté de lui attribuer ; si elle ne dépasse pas quelques centimètres de surface, si le sujet n'est porteur d'aucune disposition pathologique particulière, il ne surviendra pas même de nécrose superficielle de la table de l'os ; les tissus se recouvrent et se réparent rapidement, et si la cause productrice est vigoureusement traitée ou supprimée, il ne restera pas d'induration profonde, source si ordinaire des retours aigus de la fluxion.

C'est à cette forme phlegmoneuse, lorsqu'elle a pour point de départ le maxillaire inférieur, que correspond essentiellement le phénomène de la rétraction musculaire, d'où l'occlusion de la bouche. Cet accident, toujours en proportion avec l'intensité du processus inflammatoire, n'est ordinairement ni tout à fait complet, ni très-redoutable dans la fluxion phlegmoneuse ordinaire ; il prend fin, d'ailleurs, aussitôt que la collection purulente s'est fait jour au dehors : mais là où il devient véritablement grave, soit par son développement extrême, soit par les complications qu'il apporte au traitement, c'est dans la forme qu'il nous reste à indiquer, c'est-à-dire le phlegmon diffus de la face.

Cette dernière variété a pour début les phénomènes ordinaires, et la phlegmasie ne prend d'ailleurs ce caractère de haute gravité que dans les lésions profondes des dents ou des bords alvéolaires et chez les sujets spécialement pré-

4(i4 FLUXION DENTAIRE.

disposés. La fluxion revêt ainsi tous les caractères connus au phlegmon diffus en général : le décollement osseux est très-étendu, la collection purulente n'occupe pas seulement la face propre du périosie, elle a franchi les plans musculaires et aponévritiques, et a envahi le tissu cellulaire sous-cutané; de là elle se propage dans une étendue considérable ; la compression qu'éprouvent les tissus amène leur gangrène ; l'ostéite et la nécrose de l'os sont inévitables. C'est particulièrement dans les accidents graves de la dent de sagesse que s'observe cette forme, laquelle se complique encore d'une rétraction musculaire complète. Alors, dans les circonstances de ce genre et en l'absence d'une intervention énergique, les désordres les plus considérables et des complications parfois mortelles peuvent survenir : l'ostéite et la nécrose généralisées à toute une moitié de la mâchoire, des fusées purulentes que nous avons observées jusqu'à la fosse temporale, la partie supérieure du cou, le voisinage de la clavicule et de la fourchette sternale, et comme conséquences ultimes des pertes de substances considérables, des déformations osseuses indélébiles ou une terminaison fatale.

En résumé, l'histoire du processus de la fluxion se réduit à trois termes : œdème simple, dont l'issue est la résolution ; phlegmon circonscrit, d'une gravité moyenne; phlegmon diffus très-graves. Ajoutons cependant que ces trois états, ou pour mieux dire ces trois phases d'évolution de la même lésion, bien que pouvant se produire en séries successives et régulières, apparaissent aussi isolément et d'emblée. On observe même ce caractère dans la dernière forme ou phlegmon diffus, qui peut apparaître brusquement, affectant à son début même toute son intensité et sa gravité.

Enfin, il nous faut signaler encore une dernière physionomie de la fluxion. C'est en quelque sorte la forme chronique.

A la suite d'une ou de plusieurs fluxions phlegmoneuses simples ou même d'une série de gonflements œdémateux, on observe que les tissus profonds de la joue au contact de la surface osseuse sont le siège d'une induration notable, parfois limitée en forme de noyaux du volume d'une olive ou davantage, d'autres fois étalée sous forme de plaque variable d'étendue et d'épaisseur.

La constitution de ces indurations varie suivant diverses circonstances, mais surtout d'après leur ancienneté. En effet, elles peuvent être composées d'un simple dépôt fibrineux de lymphe plastique coagulable ; d'autres fois, cette masse est devenue avec le temps le siège d'un développement d'éléments cellulaires qui en font une masse de tissu conjonctif véritable. Enfin, c^est parfois un nodule cartilagineux ou osseux, sorte d'ostéophyte qui succède aux phénomènes d'ostéite dont le maxillaire a été le siège.

Cette forme chronique de la fluxion est toujours l'indice de la permanence d'une cause productrice, sorte d'épine inflammatoire entretenant un état congestit persistant et centre futur du développement d'une fluxion ordinaire.

A cet état chronique, dont le siège anatomique est constamment le voisinage immédiat de l'os, correspond encore quelquefois une rétraction musculaire permanente ; celle-ci peut alors conserver pendant quelque temps le caractère inflammatoire propre, mais, si elle se prolonge, les éléments mêmes du muscle rétracté sont le siège de raccourcissement des fibres musculaires, d'atrophie, et même de certaines transformations graisseuses qui donnent au phénomène de la rétraction un caractère définitif et parfois même irrémédiable sans une opération chirurgicale particulière (procédés d'Esmarch et de Rizzoli).

Ce sont ces particularités de la forme chronique de la fluxion qui se réunissent dans certaines affections graves du bord alvéolaire, comme, par exemple, la nécrose phosphorée des mâchoires, quelques tumeurs du périoste, certains kystes ou odontomes compliqués d'accidents de voisinage.

SïjipTOMATOLOGiE. Termi^aisoiNs. Nous uous sommcs Suffisamment étendu, à propos du processus de la fluxion, sur l'ensemble des phénomènes objectifs qu'elle peut présenter ; il nous suffira d'indiquer quelle est la série des symptômes auxquels elle peut donner lieu.

S'il sagit de la fluxion œdémateuse simple, c'est l'indolence parfois complète; à peine une sensation douloureuse légère à la pression et parfois exclusivement sur le centre même qui répond au début de la phlegmasie ; le gonflement a apparu subitement sans aucun accident qui en fît prévoir la production. Quelquefois même l'altération alvéolaire primitive reste enlièrement méconnue, de sorte que la fluxion en représente réellement le premier signe extérieur et appréciable.

La forme phlegmoneuse se présente avec moins de simplicité : ordinairement le bord alvéolaire a été le siège de certains phénomènes ; une périostite alvéolodentaire, par exemple, a offert son cortège habituel de symptômes. Toutefois, les accidents se sont bornés à l'état local et reposent le plus communément sur une lésion bien définie. La fluxion, dans ce cas, est l'occasion d'un certain cortéire de douleurs ; la pression sur la tuméfaction est très-pénible, il y a des battements avec sensations de chaleur et de tension, parfois même quelques phénomènes généraux, de légers frissons, du malaise, de la céphalalgie, c'est-à-dire les symptômes ordinaires de la formation d'un foyer purulent. Ces accidents sont d'ailleurs encore assez bornés, et ils cessent aussitôt que la collection est constituée. Ils en accompagnent ainsi le développement et font place, bien avant la disparition du gonflement, cà un calme parfois absolu. Ils coïncident avec la période ascendante et s'effacent pendant les phases d'état et la décroissance. Cet ensemble d'accidents est entièrement subordonné à l'état local lui-même.

C'est dans la forme grave, dans le phlegmon diffus de la face, que les symptômes prennent une forme très-accusée :■ d'abord apparaît le frisson initial attestant souvent par sa violence la gravité de l'état ultérieur, puis la douleur devient aiguë, lancinante; enfin apparaît toute une série de phénomènes locaux et généraux qu'il nous paraît inutile de décrire ici, car ils ne diffèrent en rien de ceux qui accompagnent tout phlegmon diffus en général. Disons seulement que la sensibilité particulière de la région faciale et l'espèce d'étranglement que subissent rapidement les tissus enflammés, soit au sein du bord alvéolaire, soit dans les gaines aponévrotiques, sont cause de douleurs particulièrement aiguës.

Cependant la rétraction musculaire en particulier n'est pas l'occasion de symptômes spéciaux ; quelquefois, même lorsqu'elle survient dans la forme phlegmoneuse simple, elle est absolument indolente et les malades ne s'en aperçoivent qu'aux troubles des mouvements de la mâchoire. Celle des ptérv"^oïdiens peut à plus forte raison survenir brusquement et sans aucun signe précurseur.

L'indolence de la rétraction est très-remarquable dans la forme chronique. Il en est de même dans le cas de l'existence d'un noyau induré profond, et l'on peut dire précisément que ce fait particulier constitue une condition insidieuse et un danger au point de vue du retour des périodes aiguës. Ce noyau dont nous avons étudié plus haut les caractères peut, au lieu de devenir le siège d'un retour à l'état aigu, persister indéfiniment avec sa physionomie indolente ou se DICT. EXC. A' s. II. 30

compliquei' de certains accidents également de forme clu'oniquc. Ainsi nous avons observé, par exemple, la production d'un cordon fibreux induré, sorte de canal fistuleu.x se dirigeant vers l'extérieur avec les apparences d'un petit abcès froid.

C'est dans les cas de ce genre que nous avons conseillé et pratiqué dans la bouche au fond du vestibule la section du cordon lui-même, afin de rétablir le trajet fistuleux dans la cavité buccale et conjurer par là l'ouverture extérieure cutanée.

Traitement. Le traitement de la fluxion consiste en deux ordres de moyens : c'est d'abord la thérapeutique des accidents immédiats; ensuite, la guérison de la lésion initiale. Le choix et l'appropriation de ces divers moyens sont d'ailleurs subordonnés à la nature des accidents à combattre et à l'époque précoce ou tardive où on est appelé à intervenir.

Si l'on assiste à un début de fluxion, il est nécessaire tout d'abord d'apprécier exactement l'état de la phlegmasie locale et la nature des accidents généraux. En l'absence de ces derniers et si la fluxion est purement œdémateuse, des précautions banales et des applications émollientes aideront à la disparition d'un gonflement dont la tendance naturelle est la résolution.

Dans un cas de fluxion phlegmoncuse simple, il est absolument indiqué tout d'abord d'établir le diagnostic de la lésion primitive ; c'est sur cette notion qu'est basé le choix des agents à appliquer. Si la maladie initiale est reconnue curable, on devi'a commencer par combattre les accidents locaux, pratiquer l'ouverture du foyer, son drainage ultérieur, la compression modérée et méthodique des parties, et diriger, aussitôt après, les moyens thérapeutiques sur la lésion alvéolaire ou dentaire.

Lorsqu'on reconnaît cependant l'existence d'un débris de racine dentaire, d'un fragment alvéolaire nécrosé, d'un corps étranger enfin, dont la présence est une source incessante d'accidents, il faut immédiatement en pratiquer la suppression. Mais ce cas est loin d'être la règle, et très-souvent on constate l'existence soit d'une lésion plus profonde des mâchoires, soit une carie dentaire, ordinairement pénétrante, mais encore curkble avec conservation de l'organe et retour à ses usages. Une dent, même dépourvue de carie, mais affectée de périostite, , devient souvent cause de fluxion ; c'est quelquefois une incisive ou une canine ayant éprouvé un traumatisme antérieur et dont la conservation est en tous cas fort importante et très-désirée par le malade. 11 est donc nécessaire, comme on voit, de peser avec attention les avantages et les inconvénients de l'extraction lorsqu'on se trouve en présence d'une fluxion symptomatique de lésion dentaire franche.

Nous n'hésitons pas toutelbis à déclarer que, dans notre pensée, l'apparition d'une fluxion phlegmoncuse n'est pas suffisante pour établir la nécessité de la suppression d'une dent, pour peu que celle-ci présente la moindre chance de curabilité. Or l'on sait aujourd'hui combien sont nombreuses et variées les ressources de la thérapeutique contre les affections les plus avancées de l'organe dentaire ; le traitement de la carie pénétrante par les applications directes peut suffire à éteindre un degré déjà notable de périostite concomitante. Si cette dernière lésion est plus ancienne, s'accompagnant de suintement séreux ou purulent, le drainage de la carie dans la masse obturatrice assure encore bien souvent une guérison complète. Enfin, iU n'est pas jusqu'aux lésions plus profondes du périoste, avec décollement, fongosités, nécrose du sommet radiculaire, qui ne

soient encoi'e curables, et c'est précisément aux cas de ce genre que nous avons appliqué, avec un succès presque constant, cette méthode si curieuse de greffe consistant dans la résection de ce sommet lui-même, précédée de l'extraction et suivie de la réimplantation immédiate.

Tenant donc un compte exact de cet ensemble précieux de ressources thérapeutiques, on devra, si l'on a reconnu la possibilité de leur emploi, soit en commencer immédiatement l'application, soit l'ajourner au moment où les accidents extérieurs seront calmés. On procédera, dans ce dernier cas, au traitement pur et simple de la fluxion, en s'efforçant d'en limiter l'extension et d'en éviter les complications. C'est le traitement ordinaire des phlegmasies simples et circonscrites.

Si maintenant nous envisageons au point de vue thérapeutique la dernière forrne de la fluxion, la forme grave, le phlegmon diffus, l'appréciation des moyens sera fort différente : soit qu'il s'agisse d'une lésion profonde du bord alvéolaire, une nécrose, par exemple, soit que les accidents graves appartiennent à la sortie de la dent de sagesse, c'est sur la cause primitive, au lieu initial du processus morbide, que le chirurgien doit diriger ses ressources, et cela avec une précision et une rapidité que commandent la violence des symptômes et le danger que courent les malades.

Supposons, si l'on veut, ce cas, qui est précisément l'un des plus communs, de la compression de la dent de sagesse et ime fluxion grave, accompagnée d'accidents généraux; l'indication est formelle : extraire la dent de sagesse. 3Iais il faut dire tout de suite qu'un procédé si nettement formulé est bien souvent plus théorique que pratique : car la dent en question, en raison même de son inclusion dans la mâchoire et par suite aussi de la rétraction musculaire, parfois absolue, qui en est la conséquence constante, reste absolument inabordable aux instruments. Ce* n'est pas là toutefois un aveu absolu d'impuissance, car il reste toujours la ressource extrême de pratiquer, avec l'aide de l'anesthésie générale, l'ouverture artificielle de la cavité buccale, et de pénétrer jusqu'à la région malade. Mais il faut bien savoir que dans le cours d'une telle tentative le chirurgien a en quelque sorte la main forcée. 11 serait de la plus grande imprudence, après une telle manœuvre préalable, d'abandonner l'opération malgré toutes ses difficultés et de laisser la fluxion reprendre son cours, singulièrement aggravé par une tentative infructueuse. Il est donc de toute nécessité de débrider à tout prix le foyer. Or la dent de sagesse elle-même peut se soustraire absolument à toute manœuvre d'extraction, et c'est alors qu'il faut songer à cette ressource qui consiste dans l'ablation de la dent précédeiite. C'est là un moyen depuis longtemps conseillé par les auteurs et qui est toujours, très-heureusement, palliatif, quelquefois même curatif, en ce sens que la dent de sagesse, désormais délivrée de toute compression, reprend son évolution régulière et achève sa sortie. Ajoutons encore que ce résultat, relativement assez heureux, ne peut toutefois se réaliser que si l'on intervient au début des accidents inflammatoires et avant que la dénudation du maxillaire et l'extension du foyer pui-ulent aient désorganisé les tissus jusqu'à en amener la mortification.

Il semble résulter de ce qui précède que nous conseillons l'intervention constante et directe sur la dent de sagesse elle-même. Ce ne peut être là cependant une règle absolue, car bien souvent on est contraint par une impossibilité complète de borner le traitement au phlegmon diffus lui-même. Les moyens ne diffèrent en rien de ceux qui sont conseillés dans les cas analogues ; larges et

468 FOCK.

profonds débvidemenls, drainage, elc. ; puis, lorsque le processus inflammatoire est apaisé, c'est à la cause première des accidents qu'on s'attaque alors directement.

Si donc il nous fallait résumer en quelques mots les méthodes thérapeutiques applicables à la fluxion, nous pourrions les formuler de la manière suivante :

i° Dans la fluxion œdémateuse, méthode banale des émollients et traitement de la lésion primitive ;

2° Dans la fluxion phlegmoneuse, traitement du phlegmon simple par les moyens ordinaires, ouverture du foyer, drainage, etc., puis guérison de la maladie jirimitive, ou extraction en cas de débris ou de corps étrangers dont la conservation est reconnue impossible ;

3° Pour la fluxion phlegmoneuse diffuse, l'intervention directe et énergique sur la cause initiale est foimellement et impérieusement indiquée.

E. Magitot.

FLYGARE (Axel). Né à Upsal, en Suède, le 11 novembre 1792, fit ses études dans sa ville natale, servit pendant plusieurs années dans la médecine militaire, puis, en 1816, se fit recevoir à l'examen de la licence médicole ; en 1817, il prit le bonnet de docteur à Upsal ; successivement médecin à l'hôpital général de la garnison de Stockholm, médecin de la cour, il fut nommé en 1819 médecin du Stora Kopparbergs Liin, dans le district de Fahlu ; puis, après avoir servi derechef dans l'armée, il se fit recevoir maître en chirurgie (1820), et prit sa retraite en 1825. Il devint à cette époque médecin de la ville de Stromstad, et en 1828 médecin de la province de Sunnerbo-Ilàrad (Kronoborgo Liin). Ses compatriotes font gi^and cas de ce médecin dont nous ne connaissons que la dissertation inaugurale :

Di/<s. inaug. Stb'phmD'n Guinea medicinalium species cognilœ. Fasc. I. Upsalise, 1S17, in-8°. I'- Un-

FOCILLOX (Pierre). Ce médecin est né à Rimbert-sous-Salmaise, dans le déparlement de la Cùte-d'Or, en 1797, et est mort à Paris en 1870. H a été reçu docteur en médecine cà la Faculté de Paris (9 juin 1821) et y a soutenu une thèse sur Quelques acciderds qui peuvent résulter de l'emploi des sondes dans les rétrécissements de l'urèthre ; il devint par la suite médecin adjoint cà l'hôtel des Invalides, trésorier de la Société médicale du YI^ arrondissement, médecin de l'école municipale de Colbert. Elève de Chaussier et de Hibes, il puisa dans ces modèles l'esprit d'observation des lois de la nature, et une dignité, une loyauté de caractère dont il ne se départit jamais. Nous ne lui connaissons qu'un seul ouvrage, encore le fit-il en collaboration avec son fils, et avec M. Dcschanel : Dictionnaire général des sciences théoriques et appliquées, 2 vol. gr. in-8», 1867. A. C.

FOCK (Carl). Chirurgien allemand de mérite, naquit le 28 octobre 1828 à Schwarbe, dans l'île de Riigen; il fit ses humanités au gymnase de Stralsund, ses études universitaires à Bonn en 1848, les continua en 1851 à Wùrzbourg et à Berlin, et prit le grade de docteur en médecine dans cette dernière université le 9 août 1852. Après un voyage à Prague et à Vienne, il entra à la clinique chirurgicale de Langenbeck à Berlin comme assistant et se distingua dans cet emploi par son habileté manuelle autant que par les soins dévoués qu'il prodiguait aux malades. Il fut reçu membre de la Société d'accouchement de Berlin,

FODÉRA. ^69

le 24 iiiviei- 1854. Eu 1856 il quitta cette ville pour accepter la direction de ja se-ioii chirurgicale de l'hôpital civil de Magdebourg ; dans sa nouvelle rési- Jcn'î, Fock acquit très-rapidement une grande clientèle, justifiée par sa mor- Yg/Icuse dexlérilc ; il obtint dans un grand nombre d'opérations, telles que la tachéotomie pour le croup, les résections de la hanche, l'extraction des corps

jrticulaires, etc., des résultats vraiment inespérés.

Cet habile chirurgien, sur lequel se fondaient tant d'espérances, fut enlevé

prématurément à la science le 22 octobre 1865, à l'âge de trente-cinq ans. Il a

publié :

I. Zur Diagnose dev sclunerzhaftcn Geschwiilste. In DciUsc/ie Klinik, t. VII, 1853. — II. Exstirpatio et resectio scapulœ, nebst Miltheilung betreffender Bcobachlungen ans Langenbeck's /{/îh/A:. Ibid., t, VIII, 1850. — III. Zur Anwendung des permanenten W'asserbades. Ibid., 1855. — IV. Ueber dus écrasement linéaire, nebst Mittheilung betreffender Beobachtungen aus Langenbec/c's Klinik. Ibid., 1856. — V. Ueber die Uescctioii von linochengcschwûlsten, mit Hillfe des von Laugenbeck zur subcutanen Ostéotomie angebenen Knochenbohrers. Ibid., 185G. — VI. Zur Aetiologie des Hospitalbrnndcs. Ibid., 1856. — VII. Bericlit iibcr 24 im letzten Stadium des Croup ausgefûhrte Luftrôhrenschnitte. Ibid., t. XI, 1859. — VIII. Ueber die operative Behandlung der Ovariencysten, insbesondere iiber den Nutzen der lodinjectionen zur Radicalhei lung des Hydrops ovarii. In Monatsschr. f. Geburtsk., t. VII, p. 532, 1850. — IX. Bemerkungen und Erfahrungen iiber die Besectior. ini Hùftgelenke. In Archiv f. Klin. Chir. Bd. I, 1801. — X. Bemerkungen iiber Enlstehung und Opération der Gelenkkôrper. Bd. 11,1801. L. H.\.

FOCOT (Baume). Sous le nom de Beaume Focot ou de Tacamaque ordinaire, Guibourt décrit une matière oléo-résineuse qui se présente en masses jaunâtres ou rougeâtres, formées par l'agglomération de petites larmes molles et transparentes et mêlées de débris d'une écorce jaune, très-mince, à fibres apparentes très-serrées, droites et parallèles. Cette résine est amère, sans odeur bien marquée, sauf lorsqu'on l'écrase ; elle se réduit alors en une poudre blanche, et a un parfum qui rappelle un peu celui de l'Angélique.

La substance décrite ainsi se rapproche du Tacahamaca orientalis des auteurs

allemands, dont on rapporte l'origine au Calophyllum inophyllum L. , de la famille

des Guttifères. Il est très-probable que c'est en effet à cette espèce qu'il faut

rapporter le Baume Focot. Les prétendues écorces qu'il renferme ne sont pas

autre chose que des morceaux de feuilles de Calophyllum {voy. G-vlâ.ba.).

Otto Berg. Pharmazeufische Waarenkunde, édit. 1803, p. 572. — Guibourt. Drogues simples, 1" édit. III, 535. — G. Pl\nchon. Traité pratique de la détermination des drogues simples. II, 254. Pl.

FODÉRA (Michel). Né en Sicile vers la fin du dernier siècle, docteur en médecine et en philosophie de l'Université de Catane, passa la plus grande partie de son existence à Paris, et y fut accueilli dans un grand nombre de sociétés savantes : il était membre correspondant de l'Institut royal de France, membre de l'Académie de médecine de Paris, des sociétés philomathique, médicale d'émulation, linnéenne, etc. Lors de la restauration des Bourbons à Naples, il devint pensionnaire du roi des Deux-Siciles ; à Paris, il était protégé et aidé par la duchesse d'Orléans et par le chevalier de Bréval, secrétaire du duc d'Orléans.

Fodérà a été un auteur d'une certaine valeur ; il a savamment discuté la doctrine de Broussais, mais il est surtout connu par ses travaux de physiologie ; son mémoire sur l'absorption et l'exhalation a été couronné par l'Académie des sciences. Cependant, dans son discours sur la biologie, qui parut sans nom d'au-

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