FOLIES DIVERSES
déterminantes varie'es font germer les divers e'tats psycliopathiques. Cela est évident chez les héréditaires prédisposés à la folie et chez les hystériques ; chez les individus même les plus étroitement enchaînés à la fatalité morbide de leur affection mentale, chez les circulaires et les intermittents, des causes extérieures physiques ou morales peuvent précipiter ou retarder l'explosion des accès.
Pour le traitement, il faut également tenir compte de la forme symptomatique et de l'espèce nosologique. Les principales indications se déduisent de l'une ou de l'autre suivant les cas. Quelle que soit la nature de la maladie, les règles générales du traitement de la manie et de la mélancolie restent les mêmes. Que l'épilepsie soit idiopathique ou symptomatique, elle peut être modifiée avantageusement dans l'un et l'autre cas par un traitement approprié, abstraction faite des indications tirées de la maladie principale. Est-il besoin d'ajouter que l'affection cérébrale qui constitue la folie paralytique est la source d'indications spéciales? que dans les folies par intoxication, la connaissance de la cause principale de la maladie permet cTagir d'une manière particulièrement efficace ?
Les questions relatives à l'étiologie, au diagnostic, au pronostic et au traitement des formes élémentaires des maladies mentales ont été traitées aux articles Manie, Lypémanie, et Monomanie. Pour les espèces nosologiques, je renvoie aux mots Hérédité, Hystérie, Alcoolisme, Paralysie générale, Folie circulaire, Épilepsie, Délire de persécution. Folies diverses. Enfin les troubles psychiques qui surviennent quelquefois dans le rhumatisme, la goutte, la chorée, le diabète, l'état puerpéral, la syphilis, la pellagre, les fièvres intermittentes, dans la convalescence des fièvres graves, etc., seront étudiés en même temps que ces dernières affections. J. Cotard.
Bibliographie. — Ne traitant de la folie dans cet article qu'à un point de vue très-général, nous n'avons pas cru devoir donner de liste bibliograpliique. Nous nous contentons de renvoyer aux ouvrages cités dans le coui'S de l'article et aux articles spéciaux. C.
FOLIEIS DIVERSES. En nosologie, le terme de folie s'emploie pour désigner un gejire de maladies, comprenant un grand nombre d'espèces distinctes. Parmi celles-ci, les unes ont reçu des noms spéciaux, telles que la manie, la mélancolie, la démence, etc. ; aux autres, au contraire, ont été imposées des dénominations, composées du terme générique (folie) suivi d'un adjectif ou d'un membre de phrase spécifiques : telles sont la folie à double forme, la folie hystérique, hypochondriaque, épileptique, etc. On comprend sans peine que le nombre de ces espèces est relativement considérable, si l'on tient compte des points de vue différents auxquels se sont placés et se placent encore les auteurs des diverses classifications de la folie. Celles-ci ayant le plus ordinairement pour base, tantôt la symptomatologie, tantôt l'étiologie, toutes les formes ou espèces qui ont été créées sont ou étiologiques ou symptomatiques. H ne nous appartient pas de discuter ici la valeur de ces classifications, ni les caractères qui ont servi à les fonder. Encore moins chercherons-nous à leur en substituer une nouvelle, craignant trop d'encourir le reproche que faisait Bûchez aux médecins voués à l'étude des maladies mentales : « Lorsqu'ils croient avoir fini leurs études, dit-il quelque part, les rhétoi'iciens font une tragédie et les aliénistes une classification. » D'ailleurs, cette question a été traitée avec tous les développements qu'elle comporte aux articles Aliénation mentale et Folie. Mais un ouvrage de la nature de ce Dictionnaire étant à la fois historique et dogmatique,
k lecteur doit pouvoir y trouver des renseignements sur toutes les folies admises parles diflérents auteurs. Nous allons en faire une énumcration aussi complète que possible, donnant des unes une description détaillée, renvoyant pour les autres à leurs synonymes ou aux articles qui leur sont spécialement consacrés.
An T. RiTTi.
FOLIE DES ACTES. Voy. Mame, Monomanie, Héréditaire (Folie).
FOLIE ALCOOLIQUE. VoiJ. AlGOOLISME et DiPSOMANIE.
FOLIE AMBITIEUSE. Voy. DÉLIRE DES PERSÉCUTIONS, MoNOMANIE et PaHA- LYSIE GÉNÉRALE.
FOLIE CHORÉIQLE. Voy. Danse DE Saint-Guy.
FOLIE COMMUNIQUÉE. Voy. DÉLIRE DES PERSÉCUTIONS et ÉpiDÉJIIQUES
(Folies).
FOLIE AVEC COXSCIEXCE. Nous rangeons dans cotte catégorie : la folie du doute, l'hypochondrie morale avec idées de suicide, l'agoraphobie, les impulsions homicides avec conscience-
Depuis longtemps on donne comme caractères pathognomoniques de la folie, l'automatisme et l'irrésistibilité d'une part et d'autre part l'inconscience de l'état maladif. Aussi Spurzheim a-t-il pu, avec raison, donner de la folie la définition suivante : « La folie est l'état d'un homme qui est incapable de distinguer les dérangements de ses opérations mentales, ou qui agit irrésistiblement « (Observations sur la folie, Paris, 1818, p. 75). Ce que Baillarger a caractérisé dans la formule suivante : « La folie est une infortune qui s'ignore elle-même, n Mais une observation clinique plus attentive, une analyse plus précise des faits, ont fait ressortir ce qu'avait de trop absolu ce caractère de l'inconscience dans l'état de folie. D'ailleurs, en lisant les auteurs qui ont écrit sur l'aliénation mentale on trouve par-ci par-là quelques observations de malades qui non-seulement présentent certaines perturbations psychiques bien déterminées, mais en même temps ont conscience de leur trouble mental et sont capables de discorner et même de décrire les dérangements de leurs fonctions intellectuelles ou morales. Ainsi Spurzheim, que nous avons déjà cité, admet que « quantaux sentiments j 'homme est fou lorsqu'il ne s'aperçoit pas de l'état dérangé de ses sentiments • ou lorsqu'il connaît les dérangements de ses sentiments, mais qu'il a perdu l'influence de la volonté sur ses actions » [Observations sur la folie, p. 72). Mais ce n'est pas uniquement des perturbations de ses sentiments ou émotions ou des ti-oubles des actes ou impulsions que l'aliéné peut avoir conscience, il peut encore se rendre un compte juste des conceptions délirantes auxquelles il est en proie, mais dans le courant desquelles il se sent irrésistiblement entraîné. Gela est si vrai que M. Delasiauve a cru devoir créer une classe spéciale d'aliénés, qu'il a nommés les pseudomonomanes et dont le signe psychique distinctif est la conscience de leur état [Des pseudo-monomanies ou folies partielles diffuses, Paris 1859). Cette forme de folie a occupé à deux reprises différentes, en 1869 et en 1875, la Société médico-psychologique. Les discussions intéressantes qui ont eu lieu sur ce sujet dans cette société savante ont été provoquées par d'intéressantes communications de J. Falret. C'est à ces différents travaux et à quelques autres cités dans le courant de cet article, qu'ont été prises les considérations suivantes
Dans ce genre de folie, que Baillarger a, je crois, le premier appelé folie avec conscience ou plutôt monomanie avec conscience, deux caractères essentiels sont à noter : 1° la conscience du trouble des pensées, des sentiments ou des actes ; ou autrement dit, l'aliéné, atteint de cette affection, possède la notion positive de la nature morbide des phénomènes cérébro-psychiques plus ou moins bizarres dont il se sent oKsédé; 2° l'irrcsislibilité de ces mêmes actes, sentiments ou conceptions délirantes ; ils envahissent en effet le cerveau du malade, sans que sa volonté puisse leur opposer aucune barrière; ils s'imposent à lui et le malheureux assiste, conscient mais impuissant, à ce despotisme morbide.
Avant d'aborder l'énumération et la description des différentes variétés de folie avec conscience, il est utile de résoudre une question préjudicielle. Les différentes classes de faits, qui entrent dans le cadre de cet article, ont été longtemps confondus avec ce que l'on a appelé folie raisonnante, monomanie, folie morale, etc. On sait ce qu'ont d'artificiel toutes ces formes d'aliénation mentale dont on a voulu faire des types morbides bien distincts et bien dessinés. Quoi qu'il en soit, il s'agit, étant donnée la séparation entre la folie avec conscience et ces diverses variétés de folie, de bien établir leurs caractères distinctifs. La conscience de son état et l'envahissement involontaire de l'esprit malade par des conceptions délirantes variées et par des impulsions instinctives multiples, constituent, avons-nous dit, les caractères distinctifs de la folie avec conscience. Ces caractères existent-ils dans la folie raisonnante, dans la monomanie, etc.? Les malades, atteints de ces deux affections, présentent, il est vrai, des perversions des sentiments et des instincts, accomplissent des actes désordonnés, et tout cela d'une façon involontaire, impulsive même; mais, et c'est là ce qui les distingue des fous avec conscience, loin d'avoir la conscience de leur état maladif, ils ont au contraire la conviction profonde de l'intégrité de leur raison. Ils éprouvent des idées fausses, des impulsions involontaires, quelquefois même des illusions et des hallucinations, sans se rendre compte de leur caractère morbide et sans en apprécier la fausseté. Il n'en est pas de même de la folie avec conscience; aussi faut-il admettre qu'il existe un caractère pathognomonique, permettant de rassembler dans un groupe commun les aliénés jouissant de la faculté d'apprécier les phénomènes insolites qui se produisent dans leurs centres nerveux. En outre, et nous terminerons par là ces généralités, nous ferons observer que l'influence de l'hérédité, en matière d'aliénation, n'est nulle part plus manifeste et plus constante que chez les aliénés avec conscience de leur état.
L'étude clinique des faits de folie avec conscience est de date, pour ainsi dire, récente ; aussi les vaiiétés qu'elle péUit présenter ne sont-elles encore pour la plupart que vaguement déterminées. En tenant compte de nos connaissances actuelles sur ce sujet, on peut classer la folie avec conscience en trois groupes principaux, suivant qu'il y a lésion des fonctions intellectuelles, des sentiments ou émotions, enfin des actes. Ce groupement psychologique doit être considéré comme provisoire et ne reflétant qu'un moment de l'élude de cette forme de folie , les découvertes cliniques ultérieures devant nécessairement amener des modifications importantes et dans la manière de concevoir les différentes espèces morbides et dans la manière de les classeï-. Si nous nous en tenons à notre classification, nous trouvons le trouble des fonctions intellectuelles avec conscience, dans une forme de folie bien déterminée et qui a reçu le nom de folie du doute avec délire du toucher; celui des sentiments ou émotions, dans Vliypochondrie
FOLIE AVEC CONSCIENCE. ôOli
morale avec idées de suicide et clans \ agoraphobie ou peur des espaces et eafia celui des actes, dans les impulsions homicides. A ces quatre variétés se réduisent aujourd'hui les faits connus de folie avec conscience. Nous allons décrire ici les trois dernières, renvoyant pour la première à l'article spécial qui lui est consacré et que nécessite l'importance des travaux qui lui ont été récemment consacrés {voy. Folie du doute avec délire du toucher).
1. Hïpochondrie morale avec idées de suicide. J. Falret a le premier donné de cette affection une description complète; le tableau qu'il en a tracé fait connaître non-seulement les symptômes moraux, mais encore les signes physiques de cette maladie, et ce que nous allons en dire est en grande partie emprunté à son travail (J. Falret, De la folie raisonnante ou folie morale, Paris, 1866, p. 57).
L'hypochondrie morale avec conscience de son état est une variété de la mélancolie. Les malades qui en sont atteints présentent d'abord le fond commun de la mélancolie : « ils ont ime anxiété vague et indéterminée, une disposition générale à tout voir en noir, en eux-mêmes et dans le monde extérieur, et une grande prostration des forces physiques et intellectuelles. Tout leur paraît décoloré et sans attrait ; ils sont profondément découragés, et souvent même la vie leur est à charge. Ils sont, au moral, ce que les hypochoudriaques sont au physique. Ayant parfaitement conscience de leur état, ils s'en affligent et s'en alarment, et en exagèrent même tous les symptômes. Ils sentent que tout est changé en eux et au dehors, et se désolent de ne plus apercevoir les choses à travers le même prisme qu'autrefois. Ils ont honte, ou même horreur de leur propre personne, et se désespèrent en songeant qu'ils ne pourront jamais retrouver leurs facultés perdues. Se croyant atteints d'une maladie incurable, contre laquelle on ne peut rien, ils regrettent leur intelligence évanouie, leurs sentiments éteints, leur énergie disparue ; ils ont peur de devenir complètement aliénés et de tomber dans la démence et dans l'idiotisme. Devenus insensibles et indifférents à tout, ils prétendent qu'ils n'ont plus de cœur, plus d'affection pour leurs parents et leurs amis, ni même pour leurs enfants. La mort de leurs proches ou des personnes anciennement aimées les laisse sans émotion; ils ne peuvent plus pleurer, disent-ils, et n'ont de sensibilité que pour leur propre malheur. Profondément égoïstes, ils abusent de la bonté de tous ceux qui les entourent, et ils déplorent eux-mêmes cet égoïsme sans parvenir cependant à faille renaître en eux les bons sentiments » (J. Falret, loc. cit., p. 57 et 58).
Après ce tableau général de la maladie, il faut entrer dans quelques détails sur les différents symptômes. Et d'abord l'intelligence de ces malades n'est pas aussi troublée que celle d'autres mélancoliques. Ce fond de tristesse, qui les caractérise, n'est pas accompagné des conceptions délirantes de ruine, de culpabilité, de damnation, d'humilité ou de persécution; en un mot, ils n'ont pas de conceptions délirantes proprement dites. On ne peut, en effet, considérer comme telles la peur de faire du mal, la crainte de la mort ou de la folie. Tout se réduit, pour ainsi dire, à une sorte de vague et de confusion dans les idées, à une certaine lenteur dans les conceptions. Ainsi eux-mêmes accusent un grand vide dans leur intelligence, qui est devenue complètement incapable de s'appliquer à des sujets étrangers à leur propre personne ou à leur santé morale. Le moindre travail les fatigue; suivre une conversation, écrire une lettre, lire même, leur devient une fatigue. Arrivés à ce point, ils sont absorbés et distraits;
ils se contentent de répéter mentalement ou de vive voix les mêmes idées tristes, ne cessent de parler d'eux-mêmes et ne prêtent qu'une faible attention à tout ce qui se passe autour d'eux. On comprend facilement l'action d'une pareille vie intellectuelle sur la volonté. Celle-ci, en effet, semble devenir complètement impuissante. Ces malbeureux veulent et ne veulent plus. Ils se senteut bien poussés à agir, mais ils n'ont pas la force de prendre une décision quelconque. Sans initiative et sans énergie, ils restent le plus souvent dans l'immobilité.
L'explication de cette inertie mentale se trouve dans le trouble des sentiments, dans l'exagération de ce que l'on a appelé l'émotivité; II existe, en effet, chez ces malades un sentiment de crainte indéterminé, sous l'influence duquel ils ressentent des émotions involontaires et des terreurs instinctives, qui semblent les harceler nuit et jour. Elles sont provoquées ou par l'appréhension d'un grand malheur qui va leur arriver, ou par la crainte d'être menacés, eux et leurs familles, d'une catastrophe ou d'un événement inattendu. Enfin, ces malades ont des impulsions instinctives à faire ou à dire du mal, à proférer des paroles injurieuses et obscènes, ou bien à se faire du mal à eux-mêmes, à se jeter par la fenêtre ou dans la rivièi'e. « Il se produit alors chez ces mélancoliques, dit à ce sujet J. Falret, un phénomène psychologique très-singulier, mais qui a son analogue dans l'état normal : il consiste à se sentir à la fois repoussé et attiré par une idée ou par une action, de même que cela a lieu souvent pour un précipice, lorsqu'on est placé sur le sommet d'une montagne ou sur une tour élevée. C'est, en effet, une loi de l'esprit humain que les contraires s'attirent comme les semblables. Par cela même que ces malades ont la crainte d'être poussés malgré eux à faire du mal et qu'ils songent constamment à l'objet de leur crainte, ils s'y sentent comme invinciblement attirés » (loc. cit., p. 39). Les impulsions au suicide, parfois à l'homicide, naissent surtout chez ces mélancoliques, semblent être provoquées à la vue d'un couteau ou d'un autre instrument quelconque. Ils ressentent alors à la fois le désir très-vif de s'en emparer et la crainte d'être poussés à s'en servir , semblables à ces individus qui, en se rasant, ont peur d'être poussés involontairement à se couper la gorge. Il en est de même à la vue d'une rivière ou d'une fenêtre ouverte. Aussi ces malheureux, dans la peur de succomber à la tentation, supplient-ils instamment qu'on éloigne d'eux les objets vers lesquels ils se sentent attirés ou qu'on les maintienne eux-mêmes pour les empêcher d'accomplir l'acte qu'ils redoutent.
Cette maladie s'accompagne presque toujours de signes physiques : ce sont des anesthésies et des liyperesthésies, des sensations douloureuses dans diverses parties du corps, certains svmptômes d'hystérie et d'hypochondrie, de l'anxiété précordiale — ce phénomène est presque constant, — un sentiment de vacuité ou de pression à la tête, des palpitations, du malaise et de l'anxiété générale, un besoin incessant de mouvement, en un mot tous les symptômes physiques .lés à un sentiment moral d'angoisse et de désespoir.
L'hypochondrie morale revêt le plus souvent la forme intermittente et se reproduit ordinairement plusieurs fois, sous forme d'accès, dans la vie d'un même malade. Quand l'accès est guéri, on voit disparaître comme par enchantement tous les symptômes physiques qui le rendent si pénible. Ajoutons enfin que cette affection est le plus souvent héréditaire et qu'elle est souvent liée à d'autres maladies nerveuses.
. Agoraphobie {Peur des espaces de Legrand du Saulle, Platzangst de
FOLIE AVEC COISSCIENCE. 311
Cordes). Hidorique. Sous le nom d'agoraphobie, Weslphal a, le premier {Archiv fur Psychiatrie, 1872), décrit une manifestation névropatliique, vaguement entrevue par Morel {Du délire émotif, in Aixhives génér. de méd., 1866), présentant les caractères suivants : état d'angoisse ou sentiment de crainte exagérée en traversant une place, un pont, une église, un endroit désert, etc.; cette terreur irrésistible est le plus souvent accompagnée de tremblement et de faiblesse des membres inférieurs. Les malades, persuadés qu'ils ne pourront traverser l'espace, qui se présente devant eux, se refusent à marcher; néanmoins l'angoisse diminue et cesse même complètement s'ils sont accompagnés, s'ils peuvent prendre le bras d'un passant, même s'ils ont l'appui d'une canne ou d'un parapluie.
L'attention une fois portée sur cet état morbide étrange, de nombreuses observations ne tardèrent pas à être publiées ; les mémoires succédèrent, pour ainsi dire, aux mémoires. L'année où parut le travail du professeur Westphal, Cordes publie un travail sur le même sujet {Archiv filr Psijchialrie, 1872). Les Anglais, à leur tour, — S. Webber, Williams, Brown-Séquard, — s'occupent de la question; enfin M. Perroud, dans le Lijon médical (1873), et M. Legrand du Saulle à la Société médico-psychologique (séance du 31 juillet 1876), et dans une série d'articles publiés dans la Gazette des hôpitaux (1877 et 1878), ont fourni sur cette question d'intéressants documents ; ce dernier même, s'appuyant sur les causes diverses qui provoquent cet état névropatliique, propose de l'appeler peur des espaces. Déjà M. Dechambre, en en citant un exemple, avait vivement critiqué l'expression d'agoraphobie {Gaz. hebd. 1875, p. 525).
Sijmptomatologie. Pour mieux faire saisir ce que les auteurs entendent par agoraphobie, nous croyons devoir analyser une des observations publiées par Westphal. Il s'agit d'un voyageur de commerce, âgé de trente-deux ans,' d'une santé physique robuste, s'exprimant facilement et ne présentant aucun trouble de la motilité. Ce malade se plaint de se trouver dans l'impuissance de traverser une place et de ressentir dans ces moments un sentiment d'angoisse dont le siège est plutôt dans la tête que dans le cœur. Ainsi, s'il doit traverser une des grandes places de Berlin, il a le sentiment que cette distance est de plusieurs milles, que jamais il ne pourra atteindre le but, et en même temps l'angoisse le saisit ainsi qu'un tremblement général. Ces symptômes sont bien moindres ou disparaissent complètement, soit qu'il tourne la place en suivant les maisons, soit qu'il donne le bras à quelqu'un ou qu'il cause avec les personnes qui l'accompagnent ; même une canne ou un parapluie suffisent pour le rassurer. Le malade présente encore d'autres phénomènes curieux. La même angoisse le saisit dans la rue quand les magasins sont fermés, les dimanches et jour fériés ; toute peur, au contraire, se dissipera quand il pourra suivre de près une voiture qui traverse une place. Son malaise est bien plus prononcé à jeun qu'après un repas. Un ou deux verres de vin ou de bière atténuent la crise. Interrogé sur ce qu'il ferait si on l'abandonnait subitement dans une grande prairie, il avoue que rien que la pensée de se trouver ainsi seul l'effraie. Quant à savoir ce qu'il ferait, il l'ignore; peut-être se jetterait-il la face contre terre et se cramponnerait-il à l'herbe.
On trouve chez ce malade tous les symptômes indiques dans notre définition de l'agoraphobie : la terreur irrésistible à la vue d'une place, le sentiment d'angoisse, le tremblement général, et enfin la disparition de tous ces phénomènes au moindre appui. Ce qu'on observe chez ce malade se voit chez beaucoup
d'autres : l'usage d'un vin généreux ou un bon dîner atténue la peur. Cependant ce trouble psychique ne se manifeste pas seulement à la vue des rues et des places publiques; en lisant les observations des auteurs on constate que les malades sont pris de la même peur au théâtre, à l'église, à un étage un peu plus élevé, à une fenêtre donnant sur une grande cour ou sur la campagne, dans un omnibus, dans une barque ou sur un pont ; en un mot, ils ont peur de l'espace, du vide. Ainsi Westphal raconte d'après Brucke, Ihisloire d'un curé qui se trouvait assailli d'une profonde terreur lorsqu'il était dans un lieu sans voûte ou sans plafond ; à la campagne, il avait soin de marcher le long des taillis, de rechercher l'abri des arbres; en plaine, il ouvrait sou parapluie, sous lequel il était plus rassuré : cet abri faisait disparaître toute angoisse. Legrand du SauUe {Gazette desliôpitaux, n" du mardi 23 octobre 1877) cite le fait d'un jeune lieutenant d'infanterie qui était saisi de peur quand il traversait une place publique en habits bourgeois, mais qui reprenait toute son assurance quand il traversait la même place en unifoi'me, le sabre au côté. Ce malade était saisi des mêmes troubles quand il apercevait le vide soit du haut d'une colline, soit d'une terrasse, soit d'une fenêtre d'un étage élevé. Aussi, après avoir souvent changé de logement, était-il arrivé à louer une boutique dont il laissait les volets fermés; en tout temps il allumait une bougie, couchait dans l'arrière-boutique, sortait et rentrait par la petite cour de la maison.
Quelques-uns de ces malades, après avoir traversé une place, ne peuvent regarder dei'rière eux, ni revenir sur leurs pas, sans être repris aussitôt de la même terreur. D'autres même, très-tranquilles chez eux, peuvent, en excitant le souvenir des accès antérieurs, en y concentrant toute leur attention, provoquer une scène d'angoisses identique à celle qu'ils ont éprouvée à un endroit déterminé. Cet accès, bien 'qu'artificiel et volontaire, présente les mêmes caractères d'angoisses et de durée que l'accès accidentel et mvolontaire. Le fait suivant, cité par Morel, dans son travail sur le délire émotif (p. 16), semble rentrer dans la catégorie des cas de ci^ainte des espaces par réminiscence. Il s'agit d'un M. de X... qui, comme le lieutenant dont nous venons de raconter l'histoire, ne pouvait habiter d'autre milieu qu'un l'ez-de-chaussée ; montait-il, par distraction, au premier étage, il était piis de vertiges, d'étourdissements, et se sentait comme entrahié dans un précipice. Un soir, ce malade s'était couché tranquillement, et, après quelques instants, avait demandé discrètement à son domestique ce que signifiaient les planches et les matériaux qu'il avait remarqués accumulés dans un coin du jardin, voisin de sa chambre à coucher. Le domestique ayant répondu sans mystère que c'était un puits que l'on avait fait boucher, M. de X... fut pris d'une sorte de crise des plus intenses; il criait et sanglotait, se cramponnait à son domestique qu'il étouffait de ses étreintes. Morel remarque avec raison que le simple fait d'association morbide entre l'idée d'un précipice et l'impression qui en fut le résultat immédiat, avait suffi chez cet homme émotif pour provoquer cet accès d'affolement et d'angoisses.
Aussi Legrand du Suulle, en présence de cette complexité du phénomène, a-t-il proposé de substituer à la dénomination d'agoraphobie celle de peur des espaces.
Mais outre cette peur du vide, il existe d'autres symptômes dont il faut tenir compte. Cette angoisse, qui caractérise l'agoraphobie, se manifeste presque toujours par un serrement de cœur instantané; le cœur bat avec violence et le visage rougit. Nous avons déjà parlé du tremblement général et du sentiment
FOLIE AVEC CONSCIEîiCE. 513
de faiblesse qui se déclarent dans les membres inférieurs ; souvent aussi les malades accusent des fourmillements et comme une sensation d'engovu'dissement et de froid. Sous l'empire de cetle crainte inopinée, on a vu naître des sueurs profnses. La plupart de ces malades, en sentant leurs jambes se dérober sous eux, croient marcher sur des pavés mobiles, mous et gras. Il semble à une malade, dont Legrand du Saulle publie l'observation, qu'elle s'enfonce dans de l'argile, que le sol rebondit, puis qu'elle s'enfonce encore. Un malade de Westpbal assure que, dans ces moments, les pavés paraissent « couler en torrent sous ses pas ».
Quant à l'état mental de ces malades, nous ferons observer d'abord qu'ils ont tous conscience de leur état et qu'on peut avec raison les classer dans la catégorie des aliénés ou mieux des névropathiques avec conscience. Ce qui les tourmente surtout, c'est qu'on puisse les considérer comme aliénés; tous s'appliquent à chercher des explications de leurs attaques et s'ingénient à trouver des moyens pour les éviter. Dans l'observation de Westpbal, citée plus haut, on voit le malade, pour traverser une place ou une rue, longer les murs, se glisser derrière les voitures, accoster les passants, fixer les yeux sur une lanterne, etc. Un fait digne de remarque, c'est que les réflexions profondes, une distraction passagère, une conversation absorbante, tout ce qui, en un mot, détourne l'attention du malade, arrive aussi à empêclier la crise de se produire. Mais quelles explications ces malades donnent-ils de leur état, de quoi ont-ils peur? Les uns diront qu'ils craignent de divaguer, de pleurer, de crier, de tomber, d'avoir un élourdissement, de s'évanouir; d'autres de mourir subitement, d'avoir une attaque d'apoplexie foudroyante ou une syncope mortelle ; d'autres encore, d'être considéré comme un poltron, de servir de risée, de passer pour un fou, d'avoir envie d'aller à la garde-robe; quelques-uns, de disparaître à jamais, d'entrer dans le néant; presque tous enfin ont surtout peur... d'avoir peur, suivant l'expression de Legrand du Saulle.
Ces malades, ayant conscience de leur état, luttent le plus souvent très-énergiquement contre leurs craintes exagérées ; ils se raisonnent, se blâment, s'adressent à eux-mêmes d'énergiques encouragements. Quelquefois, il arrive au commencement de la maladie, qu'ils parviennent à se vaincre ; mais avec le temps, rien n'y fait, la peur est devenue irrésistible et, malgré les luttes intérieures les plus violentes, les malades sont vaincus et demeurent cloués en place.
On comprend facilement que les malades atteints de cette affection aiment, en général, peu sortir. « Ils se créent volontiers des habitudes sédentaires, dit Legrand du Saulle, et comme ils appartiennent pour la plupart aux professions libérales et aux classes intelligentes et élevées de la société, il en résulte qu'ils ont une certaine propension à écrire et qu'ils mettent avec une satisfaction relative leur médecin au courant de leurs angoisses, de leurs émotions et de leurs aventures. La correspondance des agoraphobes est une auto-biographie psychique, scrupuleusement exacte, sans redites bien nombreuses et sans interprétations trop fantaisistes. Les névropathes, après un accident, sont surpris, déconcertés, et, dans l'impossibilité où ils se trouvent de donner de leurs impressions anxieuses une explication valable, ils se contentent de l'exprimer avec précision et d'appeler la lumière. Dans la rédaction de leurs confidences, ils sont raisonnables, honnêtes et mesurés. Ils savent se limiter, ne parlent que de leur effroi non motivé et teri'ifiant, et déclarent qu'ils ge portent du reste à merveille » {Gazette des hôpitaux, 1877, n° 128). Ils diffèrent en cela des
hypochondriaques qui, dans leurs écrits, se livrent à toutes les exagérations de lanfra^e, sont d'une prolixité désespérante dans la description de leurs souffrances imaginaires, et dans des lettres de plusieurs pages ont de la peine à passer en revue tous leurs maux.
Quelle est la genèse de ce trouble psychique, de cette peur des espaces? De la lecture des observations, on peut conclure que ce phénomène morbide, qui peut quelquefois se déclarer d'une manière brusque, est le plus souvent préparé, lentement et graduellement, par des manifestations de nature diverse. Ainsi prenons le cas le plus fréquent : celui d'un malade qui, à la suite d'une affection débilitante, est sujet à des vertiges, à des sortes de défaillances dans les membres inférieurs. Cet homme hésitera à sortir de chez lui; il craindra de s'aventurer loin des objets qui peuvent lui servir de point d'appui ; il appréhendera de quitter les maisons qu'il a pris l'habitude de raser, pour traverser une place. Enjamber un ruisseau, descendre un trottoir deviendront bientôt pour lui des actes au-dessus de ses forces. Dès lors aussi, les appréhensions sont devenues maladives; la terreur, l'angoisse envahissent tout son être quand il s'agit de traverser une rue ou un endroit découvert ; il voit l'espace s'allonger à l'infini, dans une perspective démesurée; il reste alors cloué sur place et ne peut plus ni avancer, ni reculer; l'individu est agoraphobe.
D'après ce que nous venons de dire de la genèse de cette affection, l'agoraphobie peut être idiopathique ou deutéropathique. Dans le premier cas, le début de la maladie est brusque; il est lent, au contraire, quand l'état morbide est secondaire. Ainsi, lorsque les malades ne sont pas surpris subitement et en pleine santé par la peur des espaces, c'est que celle-ci a été précédée et est souvent encore accompagnée de tout un cortège de symptômes divers. Ce sont des migraines, des éblouissements, desbluettes, des névralgies périodiques, des tremblements passagers, des palpitations, de l'insomnie, des suffocations, des troubles de la sensibilité générale, des demi-défaillances, des bourdonnements d'oreille, des scrupules, des remords de conscience, des appréhensions lugubres, des frayeurs de toute nature ; mais il est important de constater que l'inlelligence est conservée, les aptitudes viriles normales, qu'il y a intégrité de l'accommodation et absence de dyspepsie, de vomissements et de diarrhée.
Étiologie. Dans l'étude de l'étiologie de l'agoraphobie, il faut distinguer suivant qu'elle est idiopathique ou deutéropathique. Certes, dans l'une et l'autre, on rencontre toujours une prédisposition nerveuse, le plus souvent héréditaire. Mais la première surtout s'observe chez les descendants d'apoplectiques, de convulsifs, de suicidés, d'aliénés ou d'épileptiques ; une seule fois on a constaté l'Jiérédité directe de l'agoraphobie.
Quant au sexe, la proportion varie suivant les auteurs. Les cas de Westphal et de Brown-Séquard se rapportent à des hommes; ceux de Perroud à des hommes et à des femmes en égale proportion. Sur vingt-neuf cas observés par Cordes, il y a vingt-huit hommes et une femme. Les observations de Legrand du Saulle concernent des hommes quatre fois sur cinq. L'agoraphobie est donc une affection qui, comme on le voit par les chiffres, s'observe surtout chez les hommes. L'âge varie entre vingt-cinq et cinquante ans. Quant aux professions, nous avons déjà indiqué, dans le courant de cet article, que la peur des espaces semble être le monopole des hommes intelligents, lettrés, exerçant des professions libérales.
Enfin Legrand du Saulle a remarqué que, lorsque la peur des espaces est pri-
mitive, elle s'observe la plupart du temps chez les hommes; la forme secondaire est, au contraire, beaucoup plus fréquente chez la femme et se retrouve confondue au milieu d'une foule de manifestations névropathiques. « Le sexe du malade, dit-il, sauf de rares exceptions, révèle donc d'avance, en quelque sorte, l'espèce de la névrose. L'homme est, en général, agoraphobe primitif et la femme agoraphobe secondaire. »
Cordes, qui a spécialement étudié les questions d'étiologie, a constaté chez deux de ses malades la maladie de Basedow; pour tous, il indique des causes déterminantes multiples, généralement de nature débilitante, telles que le travail cérébral exagéré, des préoccupations morales très-vives, des maladies aiguës, des affections chroniques de l'estomac, l'abus du mercure, les excès vénériens, l'onanisme, la spermatorhée, etc. Toutes ces causes, il croit devoir les réduire à trois catégories : les fortes contensions d'esprit, les excès de toute sorte, enfin les troubles gastriques prolongés (Cordes, Die Platzangst. in Archiv fur Psychiatrie, t. m, 540).
Diagnostic. Le tableau qui a été tracé de l'agoraphobie permet facilement d'en établir le diagnostic; néanmoins il importe de différencier cette affection de certaines autres avec lesquelles elle pourrait être confondue, telles que le vertige simple, le vertige épileptique, le vertige stomacal, l'hypochondrie, le délire émotif et la névropathie cérébro-cardiaque. Ce diagnostic différentiel a été fait avec soin par les différents auteurs qui ont écrit sur l'agoraphobie et en particulier par Legrand du Saulle.
a. Le vertige, comme on sait, est un état dans lequel il semble que tous les objets tournent et que l'on tourne soi-même. Dans le vertige simple, il existe un tournoiement apparent des objets, sans que la vue en soit obscurcie; dans le vertige ténébreux, appelé encore scotomie, au tournoiement apparent des objets se joint un obscurcissement tel de la vue que le malade a peine à conserver l'équilibre. Dans l'agoraphobie ou peur des espaces, on ne constate ni tournoiement, ni obscurcissement de la vue. Jamais, même dans les moments de plus profonde angoisse, l'agoraphobe ne se plaint de tourner lui-même ou de voir tourner les objets autour de lui. En outre, le vertige, qu'il soit simple ou ténébreux, peut se manifester dans une chambre, à table, lorsqu'on est couché dans son lit; l'agoraphobie, au contraire, pour se produire, demande des conditions spéciales.
h. Dans le vertige épileptique, le malade éprouve, avec ou sans aura, un étourdissement soudain avec perte momentanée de la notion des objets extérieurs; s'il est assis, il ne tombe pas; parfois même, quoiqu'il soit frappé étant debout, il a le temps de pi-endre un appui et de prévenir ainsi sa chute. Dans certains cas, on voit ces malades, au milieu d'une conversation, d'une occupation quelconque, s'arrêter soudainement, pâlir, conserver les yeux fixes, et rester ainsi immobiles pendant plusieurs secondes ; puis ils poussent un soupir, achèvent ce qu'ils disaient, sans se douter qu'ils viennent d'être malades. Rien de pareil chez l'agoraphobe. L'individu qui est saisi de la peur des espaces ne perd jamais connaissance; ayant conscience de son état, il apprécie les angoisses qu'il lui suscite au point que le souvenir de l'émotion peut rappeler l'émotion elle-même et tous les phénomènes qui l'accompagnent.
c. On sait ce que Trousseau entendait par le vertige stomacal ou vertigo a stomacho lœso. Ce sont des étourdissements, un sentiment de vide, de vague dans la tête, ou bien il semble au malade que ses tempes soient violemment
étreintes dans un cercle de ier. Il éprouve un sentiment de froid glacial , voit les objets qu'il regarde colorés de diverses nuances souvent confondues ; quelquefois il semble apercevoir comme une grande roue noire qui se meut devant lui avec une excessive rapidité. S'il est debout, tout tourne autour de lui; il est obligé de fermer les yeux et de se tenir dans la plus complète immobilité, car il sent ses jambes vaciller, fléchir sous lui ; il va tomber et tombe même quelquefois. S'il est couché, il croit voir son lit tourner suivant un axe qui le traverserait de la tète aux pieds, ou c'est lui-même qui se voit entraîné dans un mouvement de rotation. Ces phénomènes vertigineux sont habituellement accompagnés d'un état nauséeux, que les malades comparent au mal de mer. '( La moindre circonstance, ajoute Trousseau (Clinique médicale, t. 111, p. 4), peut devenir l'occasion du développement de ces vertiges. Un mur treillage, une file de barreaux, une tenture rayée dans un appartement, les font naître : treillage, barreaux, raies de la tenture se confondent entre eux, dans une sorte de brouillard, et la vue s'obscurcit. 11 suffit même d'un mouvement un peu brusque, il suffit que le malade lève la tète pour qu'ils surviennent. Une particulaiité intéressante à noter, c'est que rien de semblable n'arrive, en général, quand le malade baisse la tête, contrairement à ce qui a lieu lorsque le vertige dépend d'un état congestif de l'encéphale. » En dehors de cet état vertigineux, les malades souffrent de troubles gastriques divers : ce sont des douleurs d'estomac, un sentiment de pesanteur, des crampes, des flatuosités, des éructations acides ordinairement non nidoreuses, des vomissements glaireux ou muqueux, de la constipation ou quelquefois de la diarrhée, etc. Ce tableau ne ressemble en rien à celui que nous avons tracé de la peur des espaces, et il nous semble même inutile, après les avoir rapprochés l'un de l'autre, d'en faire ressortir les dissemblances.
d. Nous avons déjà indiqué plus haut la différence qui existe au point de vue des écrits, entre l'agoraphobe et l'hypochondriaque. La préoccupation constante de son état de santé, sa sollicitude à examiner sans cesse sa gorge, sa langue, ses organes génitaux, à se tâter, à se palper, à examiner ses urines, ses excrétions de toute nature, ses exagérations dans le choix du régime, sa passion de la lecture des ouvrages de médecine : tout cela ne suftit-il pas pour caractériser le nosomane et le distinguer de l'agoraphobe, dont la souffrance n'est pas imaginaire et qui épouve des angoisses effrayantes dans des circonstances déterminées et presque toujours identiques.
e. Nous ne rappelons ici que pour mémoire le délire émotif. Sous ce nom, Morel a décrit une classe disparate de faits, présentant comme caractère com mun une impressionnabiHté anxieuse exagérée. On y trouve des cas de folie du doute avec délire du toucher, des cas de panophobie et même un fait de peur des espaces, que nous avons cité plus haut. En somme, ditLegrand du SauUe, le délire émotif n'est rien autre chose que la résultante de toutes les impressionnabilités anxieuses possibles, tandis que la peur des espaces se limite à une angoisse pénible, terrifiante, en face du vide ou dans les conditions absolument spéciales.
f. On connaît la névropathie cérébro-cardiaque, décrite ici même par Krishaber. Voij, Cérébro-cardiaque (Névropathie). Cet auteur admet pour cette unité [lathoîogique quatre groupes de symptômes constants : des troubles des sens, de la locomotion, de la circulation, et quelques phénomènes secondaires. Les troubles sensoriels consistent en conceptions fausses ou perverties, pouvant aller
FOLIE AVEC CONSCIEiNCE. oH
jusqu'à un état analogue à l'ivresse alcoolique, mais qui n'est jamais le délire réel. Les troubles de la locomotion sont les suivants : abolition du sentiment d'équilibre causée par du vertige ou des étourdissements, quelquefois paraplégie jusqu'à complète résolution des membres, d'autres fois simple parésie. Dans certains cas, on observe des impulsions involontaires, et le malade marche maliïré lui dans des directions déterminées. Comme troubles de la circulation, on note l'augmentation du pouls, de fréquentes et violentes palpitations. Enfin, quand aux phénomènes secondaires, ce sont des nausées, des vomissements, de la diarrhée, de l'anorexie, des dyspepsies, des sueurs, de la lassitude générale, des frissons avec tremblements, etc. Il est impossible de confondre la névropathie cérébro-cardiaque avec la peur des espaces. Dans cette dernière, pas de troubles des sens, ni amblyopie, ni photophobie, ni hyperesthésie d'aucun sens; pas de vertige, ni de paraplégie, encore moins d'impulsions involontaires ; mais un état spécial qui se produit à la vue du vide et qui semble clouer sur place le malade, en lui faisant subir toutes les angoisses de la terreur la plus profonde.
Pronostic. Nous dirons peu de chose du pronostic de cette affection. Tous les observateurs sont d'accord pour reconnaître que l'agoraphobie n'est pas une maladie qui compromette l'existence. Mais si elle n'est pas dangereuse par ellemême, le pronostic en est presque toujours assez grave. En effet, les guérisons sont rares ; les récidives et les rechutes fréquentes.
Lorsque la peur des espaces est idiopathique, elle peut guérir assez rapidement ou même brusquement, soit par suite de la disparition de la cause qui l'a produite, soit sous l'influence d'un traitement approprié, soit après une grave maladie comme la fièvre typhoïde ou le choléra, soit même après une vive émotion ou une grande douleur morale. Quand l'agoraphobie est secondaire, qu'elle se lie à des manifestations néviopathiques de nature diverse, son pronostic est variable; il est en grande partie celui de l'affection dont elle est un symptôme.
Traitement. Legrand du Saulle donne, sur le traitement de l'agoraphobie, quelques conseils généraux qu'il nous paraît utile de reproduire ici. « Il impolie au premier chef, dit-il, de ne point prendre les agoraphobes pour des malades imaginaires, car on les exaspère et on les décourage inutilement. La raillerie est ipi d'autant moins une arme de la tliérapeutique qu'elle s'adresse à une situation pathologique réelle, pénible et digne d'égards.... Une sollicitude attentive, sympathique et consolante provoque toutes les confidences et fait taire l'amour-propre. Le malade se livre, avoue ses craintes et confesse ingénument ses petitesses, ses ridicules, ses angoisses et ses terreurs. C'est aux médecins qu'il appartient de détruire avec autorité certains préjugés et certaines appré- Iiensions, de démontrer que les menaces d'apoplexie imminente ne reposent absolument sur rien, que la mort subite n'est pas à redouter, que la vie n'est aucunement compromise, et qu'il ne saurait être un seul instant question d'un signe avant-coureur de la folie. Lorsque cela est possible, on doit remonter ensuite à la cause première et essayer de la combattre. Dans tous les cas, il ne faut jamais désespérer, et il flmt toujours se tenir prêt à la lutte » {Gazette des Hop., 1878, n-J5).
Le traitement de l'agoraphobie est physique ou moral. Le traitement physique diffère suivant que l'affection est idiopathique ou deuléropathique. Lorsque la peur des espaces est secondaire, son traitement doit nécessairement se subor-
donner et se combiner avec tous les agents thérapeutiques employés contre l'état pathologique prédominant. Quant à l'agoraphobie primitive, puisque les causes principales qui la provoquent sont le travail intellectuel exagéré, les abus génésiques et les troubles gastriques, les premières indications thérapeutiques doivent consister dans un repos cérébral absolu, ou tout au moins relatif, dans l'emploi des toniques généraux, dans le séjour à la campagne et les bains de rivière, ainsi que, suivant les cas, dans l'usage des amers, des eaux minérales alcalines, du lait froid, de la bière et de certaines préparations pharmaceutiques réputées digestives. Legrand du SauUe a obtenu de très-bons résultats par l'administration de bromure de potassium à la dose de 2, de 3 ou 4 grammes par jour, soit isolément, soit concurremment avec l'hydrothérapie. Cette dernière est néanmoins le moyen thérapeutique le plus puissant ; mais on n'en obtient d'heureux résultats que s'il est suivi longtemps et avec persévérance. Westphal a employé, mais sans grand succès, l'électricité, sous la forme de courant continu, en l'appliquant en différents endroits, sur le cou, au niveau du grand sympathique, sur la tête et aux vertèbres cervicales supérieures.
Quant au traitement moral, il consiste surtout dans la persuasion morale; il faut que le médecin impose sa volonté et ne cesse de démontrer avec conviction l'inanité du péril. De son côté, le malade ne doit pas rester passif. « L'agoraphobe, dit avec raison Perroud {Note sur V agoraphobie, in Lyon médical, 1875, p. 90), doit s'habituer à vaincre ses terreurs ; qu'il commence par franchir malgré ses angoisses des espaces restreints, pour aborder ensuite des espaces plus étendus. Aujourd'hui c'est une rue étroite dont il franchira la chaussée, demain ce sera un square, plus tard une place plus vaste ; dans ces essais, le malade se fera d'abord accompagner à une certaine distance, puis la distance à laquelle se tiendra son compagnon sera peu à peu augmentée ; progressivement l'agoraphobe s'habituera à avoir confiance en ses propres forces, et son affection disparaîtra. » Cette sorte de gymnastique ayant réussi à l'auteur chez une de ses malades, il y a tout profit à l'utiliser.
Théories. Quelques mots en terminant sur les théories ou explications de physiologie pathologique que les observateurs ont essayé de bâtir pour rendre compte de cet état névropathique.
Benedikt, le premier {Wiener med. lahrb, 1870), s'appuyant sur un seul fait, l'explique par un trouble de la vue. Le malade qui lui sert de preuve présentait, ea effet, une grande faiblesse du pouvoir convergent et de la vue latérale ; il avait de la diplopie quand l'œil obliquait de 30 degrés. De là résultait, suivant l'auteur, un manque d'équilibre entre les incitations produites sur les muscles convergents par les images latérales et celles qu'excite la tache jaune. Ce n'est qu'en fixant avec attention un objet quelconque, par exemple une voiture qui marche devant eux, que les individus arrivent à supprimer les incitations musculaires provenant des parties latérales de la rétine, et à se rendre maîtres du phénomène. A cette théorie, un peu absolue, Westphal objecte avec raison qu'il existe des irritations des parties latérales de la rétine et des mouvements visuels de côté dans une rue étroite, dans une chambre aussi bien que sur une place, dans une plaine, etc. Pourquoi ces prétendues irritations ne produiraient-elles alors de résultat pathologique que dans ces derniers cas? D'ailleurs, la peur des espaces est un trouble d'ordre psychique ; les malades accusent, non point du vertige, mais de l'anxiété, et s'ils éprouvent du soulagement à la vue dune voiture, c'est qu'elle leur procure un degré de sûreté relatif, loin
de jouer le rôle mécanique d'un point qui fixe leurs regards. Ne se contentant pas de ces objections, Westplial chargea un oplithalmologiste de pratiquer avec soin l'examen de trois de ses malades ; mais rien ne vint confirmer la théorie de Benedikt.
Westphal se demande s'il n'y a pas lieu d'attribuer à l'épilepsie cette peur des espaces. 11 discute avec soin toutes les raisons qui pourraient affirmer ou infirmer cette théorie ; mais il croit devoir conclure que dans l'état actuel de la science il est préférable, avant de conclure, de bien observer les phénomènes et d'en faire une analyse approfondie.
Se plaçant sur le terrain physiologique. Cordes, qui a été agoraphobe luimême, a institué une théorie qui a pour elle une grande apparence de vérité {Die Platzanyst, in Archiv fur Psychiatrie, 1872). Partant de ce point de vue que l'agoraphobie est un symptôme d'épuisement parésique du système nerveux moteur, il conclut qu'elle n'est qu'une perturbation du sens musculaire ou de la musculation ; qu'il s'agit dans ce cas d'un trouble pathologique de cette portion du cerveau qui préside, non-seulement à la locomotion, mais aussi à la sensation musculaire; que cette perturbation modifie l'état psychique au point d'amener un sentiment de peur. Celui-ci, à son tour, réagissant sur la musculation, amène dans les cas ordinaires un simple tremblement ; mais, quand il y a angoisse, il se produit une véritable parésie musculaire.
III. Impulsions homicuies avec conscience. Les observations d'impulsions homicides avec conscience sont nombreuses dans les annales scientifiques. SpJirzheim cite le fait suivant : « A Vienne, un homme mélancolique ayant vu l'exécution d'un criminel, éprouva une émotion si forte de l'âme, que tout à coup il sentit un pencliant irrésistible à tuer. // conserva néanmoins la conscience nette de sa situation, et la plus grande aversion pour un pareil crime. Il pleurait, et il avait des angoisses extrêmes ; il se tordait les mains ; il exhortait ses amis à prendre garde, et les remerciait quand ils le menaçaient » {Observations sur la folie, p. 71). Marc a recueilli et enregistré beaucoup de cas de folie homicide avec conscience. Le suivant en est un exemple bien connu et souvent cité. « Dans une maison respectable, en Allemagne, une mère de famille rentre chez elle; une domestique, contre laquelle on n'a jamais eu de motifs de plainte, paraît dans une grande agitation ; elle veut parler seule à sa maîtresse, se jette à ses genoux, et lui demande en grâce la permission de quitter la maison. La maîtresse, étonnée d'une semblable prière, veut en connaître le motif, et elle apprend que, toutes les fois que la malheureuse domestique déshabille l'enfant, et qu'elle est frappée de la blancheur de ses chairs, elle éprouve le désir presque irrésistible de l'éventrer. Elle craint de succomber, et préfère s'éloigner. Cet événement s'est passé, il y a une vingtaine d'années, dans la famille de M. de Humboldt, et cet illustre savant me permet d'invoquer son témoignage » (De la folie considérée dans ses rapports avec les questions médicojudiciaires y t. II, p. 101). Le même auteur cite encore le fait d'une dame qui prévenait elle-même quand l'idée de tuer quelqu'un allait la saisir, demandait à être maintenue avec une camisole de force, et annonçait ensuite le moment où l'on pouvait lui rendre, sans danger, la liberté de ses mouvements; enfin, celui d'un chimiste qui, sollicité de même par des désirs homicides, se faisait attacher les deux pouces avec un ruban, et trouvait dans ce simple obstacle le moyen de résister à la tentation.
Dans tous ces faits, on trouve les deux caractères essentiels de toute folie avec conscience : 1° la notion positive de la nature morbide de l'impulsion ; 2° l'irrésistibilité de cette dernière. Dans tous ces cas aussi, on voit les malades repousser bien loin d'eux l'idée de commettre le crime ; ils résistent à l'instinct qui les pousse, et, s'ils n'ont pas assez de force de volonté pour dominer leur funeste penchant homicide, ils invoquent un secours étranger. Mais il existe des cas où l'impulsion est tellement dominante que les malheureux qui en sont possédés ne peuvent plus lui opposer aucune résistance ; alors ils mettent au service de l'acte horrible qu'ils vont accomplir toutes les ressources de leur esprit. Les annales judiciaires contiennent un grand nombre de crimes horribles exécutés par des malades de cette catégorie. Ils ne doivent pas être confondus avec les épileptiques, dont tous les actes, criminels ou autres, sont marqués du cachet de l'inconscience [voy. Legrand du Sanlle, Étude médico-légale sur les épileptiques,V avis, 1877, et Falret, État mental des épileptiques, in Archiv. gén. de rîîeV/., 1860-1861).
On comprend sans peine l'importance qu'il y a à séquestrer tous les malades atteints de cette variété de folie, et toutes les difficultés qui peuvent se présenter au médecin légiste appelé à résoudre le problème médico-légal de l'irresponsabilité de l'homicide commis. Toute question de médecine légale est une question clinique; chaque cas devra donc être étudié avec soin, non-seulement dans l'acte en lui-même, mais encore quant à la marche des symptômes physiques et moraux qui ont précédé ou suivi cet acte. L'impulsion homicide est, en effet, souvent accompagnée d'autres manifestations secondaires qui peuvent éclairer le diagnostic et indiquer les circonstances morbides qui ont poussé le malade à l'action {voy. Falret, art. Responsabilité légale des aliénés).
Ant. Ritti.
Bibliographie. — Sporzheim. Observations sur la folie ou sur les dérangements des fonctions intellectuelles et morales de V homme, 1818. — Esquikol. Des maladies mentales considérées sous les rapports médical, hygiénique et médico-légal. Paris, 1858. — Mauc. De la folie considérée dans ses rapports avec les questions médico-judiciaires, 2 vol. Pari<, 1840. — Delasiauve. De la monomanie au point de vue psychologique et légal. In Annales médicopsijchologiques, 1855 el 18o4. — Dn même. Ces pseudo-monomanies ou folies partielles diffuses. In Annales médico-psyckologiques, 1859. — Falret et Delasiauve. Discussion à la Société médico-psychologique sur les aliénés avec conscience. In Annales médico-psychologiques, 1869. — Maddsley. Le crime et la folie, traduction française. Paris, 187 i. — Foville. Article Folie instinctive ou folie des actes. In Nouveau dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques. — Falp.et. De la folie raisonnante ou folie morale Paris, 1866. — Falret, LuxiER, Delasiauve, Fodrxet, Baillarger, etc. Discussion à la Société médico-psychologique sur la folie avec conscience. In Annales médico-psychologiques, 1875 et 1876.
Agoraphobie. — Morel. Du délire émotif, névrose du système nerveux ganglionnaire viscéral. In Arch. gén. de méd., 1806. — Bexedikt. Platzschwindel. In Allg. \V/en. med. Zeit., 1870, n° 40. — AYestphal. Die Agoraphobie, eine neuropatische Ersclieinung. In Archiv fiir Psychiatrie iind Nervenkrankheilen, t. III, 1872. — Du même. Nachtrag lu dem Aufsaize a Ueber Agoraphobie. » In Archiv. fiir Psychiatrie, t. III, 1872. — \Veuber(J.). Agoraphobia. In Boston Med. and Surgical Journ., novembre 1872. — ^VlLLIA>l. Agorapiiobia. In Boston Med. and Surg. Journ., décembre 1872. — Coudes. Die Platzangst [Agoraphobie], Sympfom einer Erschôpfungsparese. In Archiv fiir Psychiatrie, t 111, 1872. Anal, par Boucmereau, in Bevuc de Hayem, 15 janvier 1875 — Brown-Séqlard. Agorapiiobia. In Archives of Scient i fie and Praclical Med., 1875, n' 2. — Perroud. I^ote sur l'agoraphobie- In Lyon médical, 1875, n" 11. — Dlcha.mbre. De l'agoraphobie. In Gazette hebdomadaire, 1875, p. 525. — Legrasd du Saulle, Delasiauve, Falret et Fournet. Discussion sur l'agoraphobie ou peur des espaces à la Société médico-psychologique. In Annales medico-psychologiques, 1876. — BiTTi. De l'agoraphobie. In Gazette hebdomadaire de médecine, 1877, n» 45. — Legrand du Saulle. La peur des espaces [Agoraphobie des Allemands). Névrose émotive. In Gazette des hôpitaux, 1877 et 1878. — Bongraxd. Bcflexions à propos de trois cas d'agoraphobie. Thèse de Paris, 1878. A. R.
FOLIE DÉMOXOM.WI.VQIE. VoiJ. DÉMONOMAME.
FOLIE A DEL^X. VoiJ. DÉLIRE DES PERSÉCOTIONS.
FOLIE DIATHÉSIQUE. Oïl a donné ce nom aux phénomènes délirants coexistant avec une diathèse. P. Berthier, qui s'est spécialement occupé de celt^ question, admet que le rhumatisme, la goutte, l'herpétisme, la syphilis, le cancer, la scrofule et même la lithiase, peuvent occasionner la Iblie, coexister et souvent même alterner avec elle. La vcsanie, dans ces cas, peut se présenter sous la forme dépressive et sous la forme expansive. Son pronostic est en rapport avec la diathèse elle-même ; ainsi la folie rhumatismale présente moins de gravité que la folie syphilitique. La syphilis, en effet, produit surtout les formes paralytiques et démentes, tandis que le rhumatisme ne produit guère que de simples accès vésaniques. Nous n'entrerons pas dans plus de détails sur ce sujet, qui appartient surtout à l'étude de l'étiologie de la folie, ou à celle des folies sympathiques. Voy. Sympathiques (folies).
AkT. RiTTl.
BiDLioGRAPHiE. — Bep.thier (P.). De la folie diathcsique, 1859. — Du même. De la folie cancéreuse. In Annales mcilico-psychologiques, 1869. — Du même. Des névroses diathcsiqiies. ou les maladies nerveuses dans leurs rapports avec le rhumatisme, la goutte, etc. l'aris, 1875.
FOLIE A DOLBLE FOR.^E (PATHOLOGIE ET MÉDECINE légale). Définition. On donne ce nom à un genre de folie dont les accès sont caractérisés par la succession de deuv périodes régulières, l'une de dépression et l'autre d'excitation ou réciproqnement (Baillarger).
Synonymie, l'^olie circulaire (Falret) ; folie à double phase (Billod) ; folie à formes alternes (J. Délaye) ; délire à formes alternes (Legrand du Saulle).
Historique. Ce n'est pas d'aujourd'hui que l'on observe chez certains aliénés celle alternance de la manie et de la mélancolie; mais aucun médecin, avant Baillarger et Falret, n'a vu là un type morbide particulier. On trouve, en effet, chez la plupart des manigraphes, quelques indications et même des faits de cette succession des deux formes de folie, les plus anciennement décrites; il est donc intéressant de rechercher dans les textes les descriptions qu'ils en donnent et Jes conséquences qu'ils en tirent.
Chez les anciens auteurs on ne trouve que peu de chose sur ce sujet; tous s'accordent, il est vrai, à regarder la mélancolie comme le prélude ou le premier état de la manie. Ainsi, Alexandre de Tralles (sixième siècle de notre ère) dit que la manie n'est autre chose que la mélancolie poussée à sa dernière période, et {jue le rapport de ces deux affections est si intime que rien n'est plus aisé de passer de l'une à l'autre. Cette idée, qui avait déjà été soutenue par Arétée de Cappadoce, fut admise par la plupart des nosologistes, et on la retrouve encore dans les œuvres de Fréd. Hoffmann, Boerhaave, Gullen, etc. Tous ces auteurs considèrent la manie comme une sorte de dégénérescence de la mélancolie.
Avec le célèbre médecin anglais Thomas Willis (1622-1670), nous arrivons à une théorie plus exacte sur les rapports de la mélancolie et de la manie. Pour lui, la cause de cette dernière vésanie ne consiste plus seulement dans l'accroissement de la première ; il considère aussi comme possibles des transformations de la mélancolie en la manie. Voici, en effet, ce qu'il dit à ce sujet dans les cliapitres De mania et De 7nelancoliâ de son traité De anima hrulonnn DICT. EXC. i." s lU. 21
(Lyon, 1676) : « }JeIancholia diutius protracta non raro in uôjooo-iv, quandoque item in maniam transit.... La mélancolie, qui dure très-longtemps, se transl'onne fréquemment en stupidité, quelquefois même en manie » {Oper. cit., p. 2io). Plus loin (p. 255) se trouve le passage suivant, qui paraîtra encore plus explicite : « Post melancholiam, sequitur agendum de mania, quœ isti in tantum affinis est, ut hi affectus sœpe vices commutent, et alteruter in alterum transeat; nam diathesis melanclwlica in pejus erecta furorem accersit; atque furor defervens non raro in diathesin atrahilariam desinit. Sœpe hcec duo quasi fumus, et flamma, se mutuo excipiiint, cediintque. Et quidem, si in melancholia cerebrum et spiritus animales, fumo, et densâ calicjine ohfuscari dicantur, mania, istis apertum quasi incendium accersere videtur.... Après la mélancolie, il faut traiter de la manie, qui a tant de rapports avec elle, que ces deux maladies se succèdent souvent, et que la première se transforme en la seconde, et réciproquement. La mélancolie, en effet, portée à son plus haut degré, détermine la fureur; puis celle-ci, en se calmant, se termine fréquemment en mélancolie (diathèse atrabilaire). Souvent on voit ces deux affections, comme la flamme et la fumée, s'exclure et se remplacer mutuellement. Si l'on peut dire, en effet, que dans la mélancolie le cerveau et les esprits animaux sont obscurcis par la fumée et par de noires ténèbres, la manie peut être comparée à un incendie destiné à les dissiper et les illuminer. »
Pi'esque à la même époque où écrivait Willis, un médecin allemand, Michel Eltmuller (164i4-168û), insiste aussi, dans le chapitre sur la Manie de son Collegium practicum doctrinale, sur cette fréquence de la transformation de la manie en mélancolie et réciproquement. « Nam quod non différant [mania et melancholia) in radice, patet, quod nonnunquam amho hœc inter se transmutentur, cum videamus, quod mania confabulationes et cantus, similiaque hilaritatis phœnomena, nonnunquam interjecta habeat, et melancholicos fieri maniacos,et melancholicos subinde manere, qui ante fuerunt maniaci. » (T. 11, pars. 1 des Œuvres complètes, p. 878.)
Les auteurs du dix-huitième siècle pourraient nous fournir des citations nombreuses sur le même sujet ; mais nous avons hâte d'arriver à Pinel et aux traités et travaux modernes sur l'aliénation mentale. Le fait qui nous occupe n'avait pas échappé à la sagacité du célèbre Pinel. Ainsi il consacre un paragraphe de son Traité médico-philosophique sur l'aliénation mentale (2^ édition, p. 167) à cette question : « La mélancolie peut-elle, après quelques années, dégénérer en manie? » Plus loin (p. 186) il prouve que « l'idiotisme, espèce d'aliénation fréquente dans les hospices, guérit quelquefois par un accès de manie. » « Quelques malades, dit-il à ce sujet, surtout dans la jeunesse, après avoir resté plusieurs mois, ou même des années entières, dans un idiotisme absolu, tombaient dans une sorte d'accès de manie qui durait vingt, vingt-cinq ou trente jours, et auquel succédait le rétablissement de la raison, par une sorte de réaction interne. )) On sait que ce médecin, sous le nom d'idiotisme, décrivait un grand nombre de faits que l'on a distingués depuis sous le nom de démence aiguë, de stupidité, de mélancolie avec stupeur.
Jacquelin Diibuisson, dans un ouvrage intitulé Des vésanies ou maladiesmentales (Paris, 1816), traitant de la mélancolie, dit qu'elle peut être compliquée avec la manie, u Cette complication est assez fréquente, ajoute-t-il, et beaucoup d'auteurs, depuis Arétée jusqu'à nos jours, en ont rapporté des exemples : alors la manie est ordinairement périodique ou par accès. » Il admet en outre
une terminaison de la mélancolie par métaptose, c'est-à-dire par changement de cette forme de vésanie en manie. « Lorsque la mélancolie se change en manie, alors le délire, de partiel et exclusif qu'il était, devient général; il s'y joint de l'agitation, de la loquacité et des emportements furieux. » (P. 132.) Dans son* chapitre sur la Manie, Dubuisson est plus explicite. Parlant de la manie périodique, il dit qu'elle n'est pas toujours simple, c'est-à-dire que les accès n'ont pas toujours des intervalles lucides de raison, quand il y a complication, soit avec l'hypochondrie, la mélancolie, la démence ou l'idiotisme, soit avec l'épilepsie ou l'hystérie. Dans ces cas, les symptômes propres à ces diverses maladies se manifestent entre les accès maniaques. » (P. 187). Comme pour la mélancolie, il admet une terminaison de la manie par métaptose, par sa conversion en mélancolie.
Pour tous les auteurs que nous venons de citer, la mélancolie peut succéder à la manie, ou vice versa ; mais la seconde affection n'est toujours qu'une sorte de réaction, une crise de la première et non pas une autre période de la même maladie. Toutefois, il est juste de faire remarquer que Dubuisson avait su observer les symptômes propres à la mélancolie se manifestant entre les accès de manie périodique. Avec Esquirol, nous faisons un pas de plus. Non-seulement cet observateur parle des transformations de la lypémanie en manie et monomanie, des alternatives de la manie avec d'autres maladies; mais encore il insiste sur la très-grande régularité de ces alternatives, quand il dit : « Il n'est pas rare de voir la manie alterner d'une manière très-régulière avec la phthisie, l'hypochondrie et /a /î/pe/?ifln/e. )) {Des maladies mentales, i. II, p. 170.) C'est là un progrès important dans la question et il n'est pas douteux, comme le prouvent d'ailleurs plusieurs faits cités par lui, que cet illustre aliéniste n'ait observé souvent la folie à double forme ; seulement il contiime, avec ses prédécesseurs, à ne voir dans ces faits que deux maladies différentes déjà connues. Outre la régularité des alternances, Esquirol a bien jugé un autre point ; il a remarqué, au moins dans certains cas, qu'entre l'accès de mélancolie et l'accès de manie, il n'y a que de simples rémiltences et non des intermittences complètes, ainsi que l'ont cru après lui quelques auteurs. « La rémission, dans quelques cas, n'est que le passage d'une forme de délire à une autre forme ; ainsi un aliéné passe trois mois dans la lypémanie, les trois mois suivants dans la manie, enfin quatre mois plus ou moins dans la démence, et ainsi successivement, tantôt d'une manière régulière, tantôt avec de grandes variations. Une dame, âgée de cinquante-deux ans, est un an lypémaniaque et un an maniaque et hystérique. » (T. I, p. 79.) On a le droit d'être étonné que, dans le passa"-e précité, Esquirol admette des périodes de démence ; mais de même que Pinel, sous le terme générique idiotisme, décrivait plusieurs formes de folie aujourd'hui mieux classées; il distinguait plusieurs variétés de démence et entre autres une démence aiguë, qui n'est que la stupeur.
Les mêmes faits frappèrent Griesinger, et, dans la première édition de son traité, publiée en 1845, on remarque les passages suivants : a La transition de .la mélancolie à la manie et l'alternance de ces deux formes sont très-ordinaires. Il n'est pas rare de voir toute la maladie consister dans un cycle des deux formes qui alternent souvent très-régulièrement. D'autres observateurs, et nous-même avons vu des cas dans lesquels une mélancolie survenue en hiver est remplacée par une manie au printemps, qui, en automne, se transforme en mélancolie.... etc. » Dans la seconde édition de son ouvrage (traduite en français par
Doumic, Paris, 1865), Griesinger accepte la nouvelle forme de folie, que deux alie'nisles français venaient de décrire. C'est en effet à Baillarger et à Falret père que revient l'honneur d'avoir institué et bien délimité cette nouvelle espèce morbide. Dans la séance de l'Académie de médecine du 51 janvier 1854, le premier de ces aliénistcs lut un mémoire important dans lequel il établit nettement l'existence d'une espèce spéciale de folie, qu'il appelle folie à double forme. Tout en décrivant succinctement les symptômes de cette affection, il s'applique surtout, dans ce travail, à bien faire ressortir les types divers que peuvent présenter les accès. Falret père, qui semble s'être toujours beaucoup préoccupé de la marche et de l'évolution des maladies mentales, avait, dès 1851, admis un type circulaire à côté des types continu, intermittent et rémittent. En 1854, le même auteur revint sur la même question, mais d'une manière plus explicite, dans ses Leçons cliniques de médecine mentale (p. 249) et, le 14 février de la même année, il vint à l'Académie lire un mémoire sur la folie circulaire , qui, sur beaucoup de points, complète celui présenté quinze jours auparavant par Baillarger. On peut dire que ces deux mémoires ont créé l'espèce morbide nouvelle ; mais depuis lors a-t-elle été acceptée sans conteste par les différents manigraphes? Morel et Dagonet n'en parlent que d'une façon incidente, à propos de la marche des maladies mentales ; Marcé l'admet et la décrit comme forme distincte; Foville enfin lui a donné une place à part dans son Essai de classification (article Folie du Nouveau Dict. de méd.). A notre avis, il n'est pas douteux que la folie à double forme ne soit une espèce morbide bien distincte, présentant des symptômes pour ainsi dire pathognomoniques, dont la marche et l'évolution sont bien déterminées.
Symplomatologie. La folie à double forme est, suivant la définition donnée plus haut, constituée par des accès présentant deux périodes régulières, l'une d'excitation et l'autre de dépression. L'excitation d'un côté, la dépression de l'autre, tels sont donc les éléments opposés dont la description est l'objet de ce paragraphe.
Période d'excitation. Cette période peut se présenter sous les formes les plus variées de l'excitation, depuis la simple exaltation maniaque jusqu'à la manie aiguë proprement dite. Pour bien faire comprendre en quoi consiste l'exaltation maniaque si caractéristique de la folie à double forme, nous ne saurions mieux faire que de reproduire le tableau si exact et si vivant qu'en a tracé Jules Falret : (( Ce qui caractérise essentiellement cet état mental, dit cet aliéniste, c'est la surexcitation générale de toutes les facultés, l'activité exagérée et maladive de la sensibilité, de l'intelligence et de la volonté, ainsi que le désordi'e des actes, sans trouble considérable de l'intelligence et sans incohérence de langage. Ces malades, en effet, examinés superficiellement, ne semblent pas présenter de délire ; leur langage paraît suivi et raisonnable ; ils étonnent même par l'activité et la fécondité de leurs idées, par leur esprit et par leur imagination pleine de ressources, mais ils frappent également par la violence de leurs sentiments et de leurs impulsions instinctives, ainsi que par le désordre et la bizarrerie de leurs actes.
« Ces aliénés sont sans cesse en mouvement et ont une activité physique correspondant à leur activité intellectuelle et morale. Ils dorment peu, se lèvent la nuit pour se promener dans la campagne; ils entreprennent des courses exagérées, des promenades, des voyages. Leur intelligence est comme en fermentation et conçoit mille entreprises, mille projets, souvent aussitôt abandonnés
que conçus. Les idées pullulent dans leur esprit, et de celte production rapide des pensées résulte naturellement un certain désordre qui n'est pas comparable, sans doute, à rincobérence de la manie, mais qui représente cependant une succession -plus irrégulière d'idées qu'à l'état normal.
« La mémoire est surexcitée comme les auti-es facultés. Les idées anciennes se présentent en foule à leur esprit, et les malades s'étonnent eux-mêmes de la facilité avec laquelle ils retrouvent des souvenirs multipliés relatifs à des faits souvent insignifiants qu'ils croyaient depuis longtemps effacés de leur mémoire. Ils se rappellent de longues tirades des auteurs classiques qu'ils avaient apprises dans leur enfance, et dont ils n'auraient pu retrouver que des fragments isolés avant leur maladie. Ils composent des discours, des poésies. Ils parlent et écrivent sans cesse, et souvent avec une variété de termes et un bonheur d'expressions qu'ils n'auraient pas eus à l'état normal. Ils causent ainsi sans interruption et racontent des histoires interminables, et en même temps ils se livrent aux actes les plus bizarres et les plus excentriques. Sont-ils en liberté, ils passent leur temps à faire des visites, s'installent pendant des heures entières chez des parents, chez des amis, ou même chez des personnes qu'ils connaissent à peine, et s'imposent à elles, sans aucune gêne et sans aucun respect des convenances ni des usages sociaux.
« Sous l'influence de l'exaltation qui les domine, ils sont devenus téméraires et entreprenants, souvent même insolents et grossiers. Ils prennent, avec les personnes qui les entourent, des libertés ou des familiarités qui leur étaient inconnues autrefois. Rien ne les choque ni ne les révolte dans leur propre conduite, dans leur manière d'être avec les autres hommes, et d'un autre côté, ils se blessent avec une extrême facilité, pour les plus simples observations qu'on leur adresse. Ils veulent tout se permettre à l'égard des autres personnes et ne peuvent rien supporter d'elles. Ils sont, en un mot, susceptibles, irritables, disposés à la discussion, aux contestations et même aux querelles pour les motifs les plus futiles. Leurs sentiments et leurs instincts se trouvent ainsi métamorphosés en même temps que leur intelligence est surexcitée. Ils sont devenus méchants, difficiles à vivre, disposés à nuire, à taquiner, à faire des niches, ou même à faire le mal. Leur langage reflète ces dispositions nouvelles de leur caractère ; il devient mordant, et ils ont souvent des réparties vives et spirituelles mais ordinairement très-blessantes. Ils saisissent avec une extrême facilité les ridicules, les travers ou les défauts de ceux avec lesquels ils sont en relation, et choisissent toujours les paroles qu'ils savent leur être les plus pénibles pour les leur jeter à la face. Ils inventent ainsi mille histoires, mille mensonges; ils collectionnent tous les faits qu'ils entendent raconter autour d'eux, et, passant avec habileté de la médisance à la calomnie, ils dépeignent les personnes avec lesquelles ils vivent sous les couleurs les plus fausses et les plus malveillantes, donnant à leurs récits mensongers ou singulièrement travestis, toutes les apparences de la vraisemblance. Ils parviennent ainsi à établir partout la guerre et le désordre autour d'eux, et à rendre toute vie de société impossible. Il faut avoir vécu avec de pareils malades pour se faire une juste idée des histoires infernales qu'ils sont capables d'inventer, du trouble et des luttes intestines qu'ils répandent dans leur entourage. En résumé, leurs sentiments et leurs instincts sont entièrement transformés par la maladie; des êtres auparavant doux et bienveillants deviennent violents, emportés, méchants, vindicatifs, et , sont souvent entraînés au mensonge, au vol et au cynisme en paroles et en actes.
526 FOLIE A DOUBLL; FORME.
Ils acquièrent, en un mot, des défauts et des vices qui n'étaient pas dans leur nature première, et qui rendent toute vie commune impossible avec eux. » [De la folie raisonnante ou folie morale, Paris, 1866, p. 20.)
Entrons dans quelques détails sur les actes que commettent les malades durant cette période, afin de mieux en faire ressortir la bizarrerie et l'excentricité. Pour user le besoin d'activité dont ils sont dévorés, les uns — ceux qui possèdent des propriétés — s'appliquent à modifier la distribution de leurs appartements, bousculent leurs jardins, veulent entreprendre de grands travaux d'utilité publique, remuent leurs terres, en un mot mettent tout sens dessus dessous; d'autres font des achats immodérés, souvent peu en rapport avec l'état de leur fortune ; ou bien, sans se rendre compte de la gravité de l'acte, ils prennent sans hésitation et volent ce qu'ils convoitent. D'autres encore entreprennent des spéculations , font des transactions comnieixiales qui peuvent amener leur ruine et celle de leur famille. Ainsi un malade, cité par Baillarger, faisait, au plus fort de son excitation, une masse d'affaii'es ; un soir, sa femme arrive à temps pour déchirer un contrat de vente que son mari venait de passer dans un restaurant des environs de Paris. Elle put sauver ainsi l'avenir de ses enfants. Le même auteur cite l'histoire d'un autre malade qui, atteint de folie à double forme, avait de singulières idées délirantes pendant la période d'excitation, entre autres celle de vouloir tanner les pieds de tous nos soldats, ce qu'il considérait comme un projet très-ingénieux. Cet individu, en 1848, acheta, alors qu'il était aussi dans sa période d'excitation, beaucoup de terrains sans s'enquérir des moyens de remplir ses engagements, et mit ainsi sa famille dans le plus grand embarras pour payer. Heureusement que les événements vinrent plus tard favoriser ce malade, qui, en somme, fit une assez bonne spéculation.
A cette surexcitation des fonctions intellectuelles, à cette activité pour ainsi dire dévorante, viennent se joindre, chez quelques malades, une véritable dipsomanie et chez presque tous une véritable perturbation des instincts génitaux, allant parfois jusqu'à la nymphomanie et au satyriasis. L'impulsion à boire des liqueurs foiies, la dipsomanie, n'est pas rare dans la période d'excitation de la folie à double forme. Ainsi Esquirol (t. I, p. 968) rapporte le cas d'une dame atteinte d'accès périodiques à intermittences régulières, qui, pendant la période d'excitation, avait un « besoin de boire du vin porté à l'excès. » De ce besoin instinctif, de cette impulsion, quasi convulsive, à se livrer à la boisson, résulte un état presque continuel d'ivresse et alors, aux symptômes déjà décrits, peuvent venir s'ajouter ceux de l'alcoolisme aigu ou suljaigu. Quant aux impulsions erotiques, aussi impérieuses que le besoin de boire, elles se présentent à des degrés divers chez la plupart des malades. Parfois tout se borne à un plus grand goût pour la toilette et pour le monde, à quelques coquetteries; c'est le cas le plus rare. Le plus souvent, en effet, la retenue et la pudeur brillent par leur absence; les femmes, même les jeunes filles, lancent des regards provocants, tiennent un langage obscène, prennent des postures lascives, se livrent à un onanisme effréné et se jettent dans les bras du premier venu. Baillarger en cite un exemple bien intéressant. 11 s'agit d'une jeune fille qui, après être restée six mois mélancolique à Charenton, en sort dans un état assez satisfaisant et sur les instances de sa tante. Au bout de quelques jours, celle-ci s'aperçoit d'un certain changement chez sa nièce, qui commence par se décolleter de plus en plus, par causer de mariage, d'amour, puis peu à peu a des idées lubriques et finit par disparaîti^e et suivre un homme d'un certain âge, avec lequel elle reste deux ou
trois mois. Abandonnée alors par lui, elle a des accès de nymphomanie, et ne tarde pas à se livrer à mille actes d'inconduite pour tomber dans la prostitution la plus abjecte. Chez l'homme, cette excitation génitale se manifeste soit par des excès vénériens, soit par l'onanisme ou le priapisme.
Westphal a décrit récemment une perversion de l'instinct sexuel qu'il appelle : Die contràre Sexiialempfindung {Archiv fur Psychiatrie, [%10), termes que nous traduirons par ceux de « attraction des sexes semblables ». Cet auteur considère cet état psychopatique comme une perversion (une sorte d'interversion) congénitale de l'instinct sexuel, en ce sens qu'une femme est physiquement femme, mais psychiquement homme, et un homme au contraire physiquement homme et psychiquement femme. En 1875, Gock, et Servaes, en 1876 {'m Archiv fur Psychiatrie) , publièrent plusieurs faits du même genre, et il ressort de l'étude des diverses observations publiées par ces auteurs, qu'elles se rapportent presque toutes à des cas de folie à double forme, et que c'est pendant la période d'excitation que les malades présentent, à l'état de paroxysme, cette curieuse perversion sexuelle. Citons un exemple emprunté au mémoire de Servaes. Il s'agit d'un homme de trente-quatre ans, qui présente une période d'excitation de huit à quinze jours, à laquelle succède une courte période de dépression mélancolique. Ces deux périodes, constituant un accès, sont séparées de l'accès suivant par un intervalle lucide de quelques jours. C'est, comme nous venons de le dire, pendant la période d'excitation que le malade offre, à l'état de paroxysme, cette attraction vers les personnes de son sexe. Ainsi il parle beaucoup, et tous ses discours se rapportent à l'objet de ses préoccupations ; ses regards passionnés se fixent avec insistance sur les médecins, les infîrmieTs qui entrent dans sa cellule; il poursuit de ses provocations tout homme qui l'approche. Cet état cesse avec la phase de mélancolie; alors le malade montre des sentiments de i^epentir, verse des larmes, manifeste le désir de guérir. Entin arrive l'intervalle lucide : la malheureux alors cherche à s'occuper pour se soustraire à ses mauvaises pensées; mais, fait curieux, ce sont des travaux de femme qu'il recherche surtout.
Toute cette exaltation des fonctions intellectuelles, cette activité désordonnée, ces perturbations des instincts, s'accompagnent d'autres symptômes qu'il nous reste à examiner. L'aspect extérieur de ces malades, leur manière de se vêtir, leur tenue, méritent d'être observés. La face est ordinairement colorée; les yeux sont brillants, animés; les traits du visage présentent la plus grande mobilité. « Les femmes s'habillent d'une manière voyante, disparate, qui jure avec leur âge et leur position ; ou bien elles s'affublent d'accoutrements ridicules, mettent leurs jupons par-dessus leur robe, ôtent et remettent sans cesse leurs chaussures, leurs bas, leur bonnet; arrangent et dérangent leurs cheveux; décousent leurs vêtements pour les retailler, y ajouter, en guise d'ornements, les oripeaux les plus vulgaires, rallonger par ici, raccourcir par là et toujours toucher à tout. Les hommes retournent leurs habits, retroussent leurs manches et leurs pantalons, arracheiil leurs boutons, et quelquefois déchirent en menus morceaux leurs meilleure vêtements. » (Foville, art. Folie à double forme du ISouv. Dict.)
Cette prodigieuse activité existe parfois nuit et jour ; d'où insomnie complète. D'ordinaire, le sommeil est court, léger et entrecoupé de rêves. Malgré cela, les malades éprouvent le sentiment d'une santé physique parfaite; souvent même les états maladifs antérieurs se suspendent pendant cette période d'excitation.
L'appétit est augmenté; toutes les fonctions organiques paraissent avoir une
activilé plus grande : la digestion est l'apidc, la circulalion vive et pleine, la respiration ample et pi'ofonde. Soui l'influence de ces divers phénomènes, il se produit connne une sorte d'iiypernutrition, il y a augmentation de poids du corps, contrairement à la règle d'Esquirol, qui établit que, dans la manie comme dans la mélancolie, le poids du corps diminue. Dès le commencement de lexcilalion, cette augmentation fait rapidement des progrès considérables et pouvant aller jusqu'à 2 kilogrammes par semaine. Vers le milieu de l'accès, le poids reste quelque temps stationnaire, puis revient graduellement à son chiffre normal. Le docteur Meyer (in Archiv fur Psychiatrie, 1873) s'est fondé sur cette particularité pour attribuer la folie circulaire à des troubles trophiques spéciaux, pour en faire une sorte de tropho-névrose.
Quelquefois on observe, dans la période d'exaltation de véritables paroxysmes présentant le caractère du délire maniaque ; et dans certains cas, enfin, la période d'excitation tout entière consiste en un véritable accès de manie aiguë, souvent avec illusions et hallucinations très-intenses et très-prononcées; il s'y ajoute en outre des conceptions délirantes et surtout des idées de grandeur. Celles-ci peuvent se borner à une satisfaction générale ou à l'espoir de quelque grand héritage; mais elles ne restent pas toujours dans cette zone modeste. Souvent, en effet, on entend ces malades se vanter de leurs aptitudes extraordinaires pour tous les arts, se dire grand poète, grand musicien, grand orateur, etc.,; quelquefois même ils se croient arrivés aux plus hautes dignités et parlent alors de leurs vastes propriétés.
Période de dépression. De même que la période d'excitation, la période mélancolique peut présenter des degrés divers, depuis la simple dépression jusqu'au délire mélancolique proprement dit, et même à la stupeur la plus complète. 11 est même des malades qui, pendant cette période de leur accès, traversent successivement ces trois phases qu'il nous reste à examiner.
L'état de dépression est caractérisé par des symptômes diamétralement opposés à ceux de l'exaltation maniaque. Les malades sont tristes, indifférents, ne se plaignent de rien, d'une humilité excessive, d'une résignation presque orientale, exagérant les soins qu'on leur prodigue, négligeant leur toilette et parcimonieux à l'excès; ils deviennent même avares, de prodigues qu'ils étaient pendant la période précédente, oubliant de se procurer ou de remplacer les objets de première nécessité. Ils sont, en un mot, entièrement passifs, n'ont plus aucune volonté, et, ce qui plus est, ne manifestent aucun désir. Ils cherchent à s'effacer, s'enferment chez eux, fuient la société. S'ils s'occupent encore, c'est aux choses les plus simples, mais sans y mettre la moindre initiative, sans entrain, d'une façon molle et routinière.
La période de dépression peut ne pas dépasser le cercle de ces manifestations , mais souvent à cet état d'affaissement succède un véritable délire mélancolique, avec tout sou cortège de symptômes : craintes sans motif, idées de défiance, de persécution et même d'empoisonnement, culpabilité imaginaire, hallucinations terrifiantes troublant au dernier point le repos du malade. Quand cet état est arrivé à ce degré de paroxysme, il peut arriver, ou bien que le malade cherche dans le suicide un terme à ses angoisses, ou bien qu'il tombe dans la stupeur la plus complète. Dans ce dernier cas, on constate alors du mutisme et une immobilité absolue; le malade est comme transformé en une statue; il faut l'habiller, le déshabiller, l'entraîner où l'on veut le conduire, etc. L'instinct de conservation est affaibli au point que le malade n'aurait pas l'impul-
FOLIE A DOUBLE FORME. o29
^ion suffisante pour aller chercher les aliments ou pour les demander, s'ils ne lui étaient offerts; quelquefois même il existe de la sitiophohie {voy. ce mot). En outre, les évacuations sont involontaires, et dans certains cas on observe du ptyalisme; la sécrétion de la salive et du fluide muqueux buccal est tellement abondante qu'ils s'écoulent de la bouche entr 'ouverte du malade d'une façon continue.
Si, dans cet état de stupidité, le cours des idées est très-ralenti, il n'y a pas néanmoins suspension complète de l'intelligence, car certains malades ont trèsbien su rendre compte, et de ce qu'ils avaient fait, et de ce qui s'était passé autour d'eux durant cette période.
Quel que soit le degré de la dépression, le regard de ces malades est terne, la physionomie morne et sans expression ; le corps est amaigri ; s'ils parlent, leur voix est tellement basse et sourde que l'on a souvent de la peine à comprendre ce qu'ils disent. Ils évitent la lumière; le moindre bruit leur est douloureux. L'appétit est très-diminué, la digestion pénible, la constipation souvent opiniâtre. En même temps, il y a un ralentissement sensible de la circulation et de la respiration : le pouls surtout devient petit et lent, et peut descendre jusqu'à 50 et même 25 pulsations, ainsi que l'a observé Verrou [Arch. clin, des malad. mentales, 1861) ; dans ce cas même, il y avait cyanose de la face et de tout le corps ; la menstruation parfois s'arrête ; en un mot, toutes les fonctions organiques paraissent subir une diminution dans leur activité. Le sommeil est meilleur que pendant la période d'excitation , mais il n'est ni régulier ni prolongé ; cependant il peut être troublé par les inquiétudes, les angoisses dans lesquelles vivent certains malades. On conçoit que dans un tel trouble de toutes les fonctions, l'amaigrissement arrive rapidement, et qu'on peut constater, pour ainsi dire, chaque jour la perte de poids que font les malades. Baillarger cite une malade ciiez laquelle, en raison de la quantité insuffisante d'aliments qu'elle prenait, la perte a été une fois de 12 livres en quinze jours.
Les symptômes intellectuels de la paralysie générale présentent quelquefois la forme circulaire, et sont alors caractérisés par des alternatives d'excitation et de dépression. Cette marche spéciale des symptômes a permis de créer une variété spéciale de paralysie générale, la folie parahjtique circulaire [voy. art. Paralysie générale).
Comment s'opère le passage de la période d'excitation à celle de dépression ou vice versa? Que faut-il entendre par intervalle lucide? Ce sont là des questions qui seront résolues dans le paragraphe suivant, qui traite de la marche et (le l'évolution de cette affection.
Marche et durée. La folie à double forme étant caractérisée par la succession de symptômes différents, l'étude de sa marche devra présenter le plus grand intérêt. L'évolution des diverses phases de cette affection n'a pas lieu au hasard, et l'on peut s'assurer qu'il existe des rapports, quelquefois pi-esque mathématiques, entre la durée et l'intensité des deux périodes, l'une de dépression, l'autre d'excitation.
La maladie ne débute pas toujours d'emblée ; elle est souvent précédée de plusieurs accès isolés ou de manie, ou de mélancolie; mais une fois qu'un accès de folie à double forme s'est produit, ceux qui lui succèdent présentent presque toujours les mêmes caractères, ou, si quelque modification se produit, ce n'est guère que quant à la durée de l'une ou de l'autre période. Ainsi, lorsque ce premier accès a commencé par la période d'excitation, il est rare que ceux qui sui-
vent, même après de longs intervalles lucides, débutent par la période de dépression, et réciproquement. D'ailleurs, que l'accès commence par la période d'excitation ou par celle de dépression, rien ne change dans la manière d'interpréter les faits.
Les auteurs décrivent deux degrés ou deux variétés de la folie à double fonne. Au premier degré, elle présente pour la période d'excitation de la simple exaltation, telle qu'elle est décrite plus haut ; quant à la seconde période, elle consiste en une simple dépression, sans délire proprement dit. Au second degré, au contraire, c'est le délire maniaque avec hallucinations et illusions de la vue et de l'ouïe, l'incohérence, les conceptions délirantes, qui caractérise la période d'excitation ; ce sont les hallucinations de nature triste, souvent terrifiantes, puis les idées de défiance, les craintes d'empoisonnement, etc., qui différencient la période de dépression de celle de la variété précédente.
Un autre point à étudier est celui de la durée des deux périodes. L'observation des malades, l'étude des faits publiés, permettent d'établir que rien n'est plus variable que cette durée. Certains auteurs, Morel entre autres, ont publié des cas dans lesquels on a pu constater de la mélancolie pendant un jour, le lendemain de la manie, et cela pendant des années. Ces faits sont rares ; habituellement les périodes sont plus longues et peuvent durer trois jours, huit jours, quinze jours, un mois, six mois, une année même. Quelquefois — mais ces cas sont plus rares — chaque période peut avoir une durée de plusieurs années. Souvent, à mesure que la maladie devient plus ancienne, les périodes qui n'avaient d'abord eu qu'une durée de quelques jours augmentent de longueur et se prolongent plusieurs mois. Griesinger [Traité des maladies mentales) a pu observer des cas où régulièrement, à une saison, par exemple en hiver, il survient une profonde mélancolie; puis, au printemps, celle-ci fait place à la manie, qui, à son tour, en automne, dégénère peu à peu en mélancolie. Baillarger et Foville ont eu l'occasion de confirmer ce fait.
Mais les périodes d'un même accès peuvent-elles présenter la même durée? Oui, et M. Baillarger a fait remarquer que la durée des deux périodes est d'autant plus égale que les accès sont plus courts ; dans les cas, au contraire, où l'inégalité de durée existe, on constate que la période de dépression est plus longue que la période d'excitation. On peut donc classer ces faits en deux catégories : ceux dans lesquels les périodes sont irrégulières, ce sont les plus fréquents, et ceux dans lesquels elles sont régulières (diurnes, hebdomadaires, mensuelles).
11 y a peu de chose à dire sur l'intensité des deux périodes d'un même accès; à une excitation très-vive peut succéder une stupeur profonde, et réciproquement, mais souvent aussi à une période d'excitation très-légère peut correspondre une période de stupeur très-profonde, et à un état mélancolique léger une exaltation très- vive. On n'a pu jusqu'ici poser aucune règle générale sur les rapports qui existent entre le degré d'intensité des deux phases de la maladie. Aussi ne peut-on accepter qu'avec réserve la distinction de la folie à double forme en deux degrés ou variétés, suivant l'intensité des périodes, que nous avons indiquée plus haut.
Quant au passage d'une période à l'autre, il peut s'effectuer de deux manières. La transition d'une forme à l'autre ne s'effectue pas, il est vrai, d'une manière fixe et invariable pour tous les cas. Tantôt, en effet, elle est brusque; tantôt, au contraire, elle s'opère avec lenteur. Elle est brusque quand les accès sont courts, et alors la transition se fait ordinairement pendant le sommeil ;
ainsi le malade qui s'est couché mélancolique ou maniaque se réveille maniaque ou mélancolique. 11 n'en est plus ainsi lorsque les périodes se prolongent cinq ou six mois ; alors la transition a lieu très-lentement et par degrés insensibles.
Les symptômes du début s'atténuent petit à petit ; l'agitation se calme, les idées prennent plus de stabilité, le malade est moins porté à l'action. Si, au contraire, c'est la dépression qui a ouvert l'accès, le malade sort de sa stupeur, s'intéresse à ce qui l'environne, et, s'il a présenté de la sitiopbobie, recommence à se nourrir d'une façon régulière. « Il arrive même un moment, dit à ce propos Baillarger, où une sorte d'équilibre s'établit, et le malade, qui ne donne plus de signes de délire, paraît entrer en convalescence. Lorsqu'il s'agit d'un premier accès, il pourra alors arriver qu'on croie à la guéi'ison. » Marcé a vu des digestions difficiles, de l'embarras gastrique, de la diarrhée signaler quelquefois le passage d'une période à l'autre.
Après cette description de la marche de l'accès de folie à double forme, il reste à étudier l'enchaînement des accès. Ici se présente la grande divergence entre la manière de voir de Baillarger et celle de Falret père. Ce dernier admet que l'affection qu'il a appelée du nom de folie circulaire est caractérisée par la succession continue d'accès de mélancolie et d'accès de manie séparés entre eux par de courtes intermittences ; Baillarger, au contraire, affirme que les intermittences n'existent qu'après la révolution complète des deux périodes, la manie et la mélancolie, constituant une seule et même maladie, et qu'il est imppssible de considérer comme un intervalle lucide cet état d'équilibre instable des facultés qui forme la transition d'un état à un autre. Le tableau suivant permettra de bien saisir ces différences.