FOIE (pathologie
Historique. L'hépatite, ainsi définie, est une maladie relativement rare dans nos contrées, mais qui, grâce à sa fréquence dans les pays chauds, a été connue et sif^nalée dès la plus haute antiquité. On retrouve dans plusieurs passages des livres hippocratiques l'indication d'abcès du foie consécutifs , les uns à une diarrhée prolongée, les autres à la dysenterie {Épid., liv. 111 et Vil, § 55). Galieu et Celse, plus explicites encore, nous ont laissé des descriptions de la maladie qui, sans être complètes, offrent une remarquable précision, et qui ont été reproduites par tous leurs successeurs.
Le moyen âge a vécu exclusivement sur les traditions de la médecine antique, et n'a rien ajouté à nos connaissances sur l'hépatite. Il faut arriver à une époque très-rapprochée de la nôtre pour trouver des documents sérieux sur cette maladie. Les Anglais, appelés, grâce à leurs possessions dans l'Inde, à observer les inflammations du foie sur une large échelle, ont les premiers ouvert cette voie, et les travaux de Twining, de Morehead, et surtout l'admirable ouvrage d'Annesley, ont fixé définitivement la symptomatologie des abcès hépatiques. îSos médecins de l'armée et de la marine n'ont pas été non plus étrangers à ce progrès. En Algérie, les noms de MM. Haspel, Cambay et Catteloup, sont inséparables de l'histoire de cette affection ; M. Rouis a publié sur l'hépatite une des monographies les plus complètes que nous possédions, et M. Dutroulau a consacré à cette maladie un des meilleurs chapitres de son ouvrage ; enfin, dans ces dernières années, d'innombrables observations de détail sont venues s'ajouter à nos connaissances, et nous ont fait mieux pénétrer le mécanisme de la suppuration hépatique.
Il résulte de tous ces documents que l'hépatite est l'une des mieux connues parmi les affections intertropicales.
Anatomie pathologique et pathogésie. Lorsqu'on examine le foie d'un individu mort d'hépatite aiguë, on constate toujours des lésions considérables, et le plus souvent la transformation du tissu hépatique en une ou plusieurs poches purulentes. Il en résulte que l'apparence extérieure de l'organe est extrêmement variable, suivant que l'abcès ou les abcès siègent vers la surface du parenchyme ou dans la profondeur, selon le degré d'hyperémie de la glande, et la participation des organes voisins à la phlegmasie primitive.
Le premier des caractères anatomiques qui frappe les regards est précisément Vhyperémie du foie, lésion qui peut être aussi bien secondaire que primitive, et qui dans l'une et l'autre hypothèse est intimement liée à la présence de la suppuration. A la vérité il est rare d'assister au début des lésions, et les premiers stades de l'hépatite suppurative échappent presque toujours. Mais ce serait une exagération de n'admettre avec Valleix l'existence de l'inflammation que lorsque le pus est déjà reconnaissable. D'après le témoignage de tous les médecins qui ont vécu dans les pays intertropicaux, la fluxion sanguine du foie, à elle seule, offre une importance considérable, attendu qu'en ces contrées la pathologie hépatique est peu variée, et que l'hépatite l'emporte en fréquence sur toutes les autres affections du foie. Aussi, rien n'est plus fréquent que de rencontrer à l'autopsie des sujets morts de la dysenterie un état du foie qui trèsvraisemblablement représente le premier degré de l'inflammation du tissu glandulaire. M. Foiret, qui a pu faire de nombreuses nécropsies à l'hôpital de Saigon (Thèse de Paris, 1870), a constaté que dans ces circonstances le foie est toujours gros, très-lourd, gorgé de sang, de couleur lie de vin plus ou moins foncée, et surtout excessivement friable, indépendamment de toute décomposition cadavé-
FOIE (pathologie). 25
rique. 11 est vraisemblable que c'est là le premier caractère apparent de l'inflammation du tissu.
Le degré d'hyperémie détermine la coloration du foie. Tantôt elle est uniforme, et alors la glande tout entière apparaît avec une teinte d'un brun foncé rougeâtre, plus ou moins vineuse ; d'autres fois, elle est portée à un degré excessif, et à travers la capsule de Glisson le tissu hépatique se présente comme une vaste ecchymose, d'un noir violet ; l'atlas annexé à l'ouvrage d'Annesley montre des spécimens de ce genre. Telle n'est pas cependant l'apparence habituelle. D'ordinaire, et c'est un point sur lequel Cambay a insisté avec raison, la congestion sanguine est localisée, soit par plaques irrégulièrement distribuées, soit à la périphérie des points abcédés. 11 peut même se faire que le reste du tissu hépatique ne se montre pas plus gorgé de sang qu'à l'état normal, et qu'il offre des îlots de couleur variable depuis le jaune pâle jusqu'au vert olive ou au gris ardoisé. Ces différences sont dues à l'inégale répartition du sang dans les vaisseaux du foie, et au degré d'altération du parenchyme hépatique proprement dit.
Lorsque l'abcès proémine au voisinage de la Su.rface du foie, il donne lieu à une saillie globuleuse, arrondie, de couleur plus pâle que le reste de l'organe, et entourée d'une zone de tissu très-congestionné. En ce point, le parenchyme du foie est friable et ramolli, de façon à ressembler au tissu splénique. Andral a signalé ce ramollissement rouge au voisinage du foyer de suppuration hépatique comme ayant une grande valeur [Clinique méd., Il, p. 385-592, 4" édit.). Et de fait, bien plus que la coloration rouge de l'organe, il indique que des changements profonds se sont produits dans les éléments cellulaires de la glande. Même à l'oeil nu, en effet, on peut surprendre cette phase intermédiaire entre la congestion simple et la destruction des lobules hépatiques. Sur une coupe, on reconnaît que les granulations du foie sont beaucoup moins prononcées ; elles sont en partie effacées, à contours indistincts ; de la surface de section s'écoule un liquide sanguinolent, mêlé de sérosité jaunâtre, et parfois déjà purulente ; c'est le stade d'infiltration qui précède la formation du pus en foyers.
La façon dont se produisent les abcès du foie n'a pas été envisagée de la même manière par les différents auteurs, ce qui semble indiquer que le processus n'est pas toujours identique. Tandis que Stokes admet comme la règle cette phase d'infiltration purulente diffuse précédant l'abcès, Budd déclare qu'il n'a jamais pu la constater, et qu'au contraire les foyers purulents se forment séparément, dans des régions distinctes. C'est en effet ce qui semble se produire le plus habituellement. On compte les observations où la suppuration diffuse du foie a été signalée; Haspel en a cité deux exemples [Mal. de V Algérie, p. 126) ; Catteloup un troisième ; Hardy et Béhier en rapportent un de leur côté. La preuve que cette disposition anatomique est exceptionnelle, c'est que dans l'ouvrage si complet d'Annesley il n'en est fait aucune mention, et que sur un total de 146 autopsies Rouis ne l'a signalée que trois fois.
Lors même qu'on trouve dans la glande hépatique des foyers de suppuration bien circonscrits, leur mode de formation ne paraît pas non plus toujours comparable. On peut discuter la question de savoir si un volumineux abcès s'est constitué par le fait de la continuité de la sécrétion purulente dans une région limitée, ou par la coalescence de plusieurs foyers adjacents. La détermination de ce processus anatomique ne serait pas sans importance, eu égard aux théories pathogéniques que l'on a invoquées relativement à la suppuiation du foie, et
26 FOIE (pathologie).
particulièrement à riiypolhèse de la phlébite. 3Iais jusqu'ici, les divergences sont trop considérables parmi les auteurs pour qu'il soit possible de se faire une opinion. D'après Frerichs, la suppuration débuterait par points isolés, au centre des lobules ; ces points deviendraient confluents, et l'abcès serait formé. Mac Lean, dans un récent article sur les abcès hépatiques, semble se rallier à cette opinion. Mais elle ne paraît pas d'accord avec tous les faits et il est notamment assez difficile de comprendre d'après ce mécanisme comment, dans l'immense majorité des cas, l'abcès reste unique, sans que les tissus circonvoisins présentent la moindre trace de foyers purulents disséminés. Aussi Dutroulau nie-t-il que ceux-ci se forment par la réunion de petits îlots inflammatoires.
C'est en effet un caractère presque spécial aux abcès de l'hépatite d'être en petit nombre et souvent fort volumineux. Anneslcy avait déjà fait la remarque que très-rarement on trouve plus de deux à trois foyers purulents dans le foie. Les observations ultérieures sont venues confirmer cette loi de la façon la plus évidente. Voici quelques chiffres qui sont très-instructifs à cet égard :
KN Auciis.
DEUX ADlÈS.
mois ABciis.
davamage.