‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.39Chapitre 83 sur 89 · FOURÉ · texte numérisé non relu

FOURÉ

la natiae comparée de l'ivoire frais, de l'ivoire fossile, et de l'émail des dents, 1806, 1" semestre, p. 95-98 (avec Yauquelin). — Expériences cldmiques pour servir à l'histoire de la laite des poissons, 1807, 1" semestre, p. 42-67 (avec Yauquelin). — Rapport sur les draps fabriqués à la manufacture de Monloiieu, 1807, 1" semestre, p. 295-299 (avec Desmarest). — Essai sur les propriétés et les usages du mucus animal, 1808, p. 2Ô6-250 (avec Yauquelin).

Dans les annales du Muséum d'histoire naturelle. — Notice sur l'analyse de l'alumine de Hall, en Saxe, t. 1, 1802, p. 43. — Mémoire sur le nombre, la nature et les caractères distinctifs des différents matériaux qui forment les calculs, les bézoars, et les diverses concrétions des animaux, t. 1, 1802, p. 93.— Sm?- la nature chimique des fourmis et sur l'existence de deux acides végétaux dans ces insectes, 1. 1, 1802, p. 553. — Recherches chimiques sur le pollen du dattier d'Egypte, t. 1, 1802, p. 407. — Observations sur les calculs des animaux, comparés à ceux de l'homme, t. II, 1805, p. 201. — Analyse de Veau du grand puits du Jardin des plantes, t. II, 1805, p. 427. — Mémoire sur les pierres tombées de l'atmosphère, t. III, 1804, p 101. — Premier résultat des nouvelles recherches sur le platine brut, t. III, 1804, p. 149. — Analyse des calculs urinaires de la vessie d'une chienne, t. III, 1804, p. 304.

— Mémoire sur un nouveau minéral de l'île de France, t. III, 1804, p. 405. — Mémoire sur la nature chimique et la classification des calculs connus sous le nom de bézoards (avec Yauquelin), t. IV, 1804, p. 329. — Expériences comparées sur l'arragonite d' Auvergne et le carbonate de chaux d'Islande (avec Yauquelin, t. lY, 1804, p. iQ^.— Analyse de l'ichtyophthalmite (avec Yauquelin), t. Y, 1805, p. 517. — De la nature chimique du blé carié, t. VI, 1806, p. 352. — Noie sur l'existence du phosphate demagnésie dans les os, t. YI, 1806, p. 597.

— Mémoire pour servir à l'histoire chimique de la germination et de la fermentation des graines et des farines (avec Yauquelin), t. YII, 1807, p. 1. — Notice sur les propriétés comparées des quatre métaux découverts dans le platine brut (avec Yauquelin), t. VIII, 1807, p. 401. — Analyse du suc du bananier (avec Yauquelin), t. IX, 1807, p. 501. — Expériences sur l'acide du tartre (avec Yauquelin, t. IX, 1807, p. 405. — Expériences faites sur les os retirés d'un tombeau du onzième siècle (avec Yauquelin), t. X, 1807, p. 1. —Extrait d'un mémoire ayant pour titre : Expériences chimiques pour servir à l'histoire de la laite des poissons (avec Yauquelin), t. X, 1807, p. 109. — Description d'une analyse, d'une concrétion calculeuse tirée d'un poisson (avec Yauquelin), t. X, 1807, p. 179. — Extrait d'un Mémoire sur l'analyse chimique de l'oignon (avec Yauquelin), t. X, 1807, p. 535. — Extrait d'un Mémoire sur l'urée (avec Yauquelin), t. XI, 1808, p. 226. — Extrait d'un Mémoire sur le mucus animal, t. XII, 1808, p. 61. — Mémoire sur l'existence du fer et du manganèse dans les os (avec Yauquelin), t. XII, 1808, p. 156. — Mémoire sur l'existence de l'oxalate calcaire dans les végétaux, et sur l'état oh se trouve la chaux dans les jetantes (avec Yauquelin), t. XIII, 1809, p. 1. — Expériences sur les os humains, j)our faire suite au Mémoire sur les os du bœuf (avec Yauquelin), t. XIII, 1809, p. 267. — Mémoire sur l'existence d'une combinaison de tannin et d'une matière animale dans quelques végétaux (avec Yauquelin), t. XV, 1810, p. 77. — Analyse de l'urine d'autruche, et expériences sur les excréments de quelques autres familles d'oiseaux (avec Yauquelin), t. XVII, 1811, p. 310. — Analyse d'une espèce de madrépore (avec Yauquelin), t. XVII, 1811, p. 354.

Dans le journal de l'Ecole polytechnique. — Cours préliminaire de chimie [i" cahier, germinal an III, p. 129). — Des propriétés de l'acide sulfureux et de ses combinaisons avec les bases terreuses et alcalines, t. I, an III, p. 445. — Sur l'esprit recteur de Boerhaave, l'aronie des chimistes français, ou le principe de l'odeur des végétaux, t. II, an VI, p. 82. — Discours sur les avantages de l'étude de la chimie, et sur la manière dont elle est enseignée à l'École polytechnique, t. II, p. 219. A. C.

FOL'RÉ (Jean). Médecin distingué de Nantes, naquit vers 1770. Il fit des études très-brillantes à Angers et montra tout d'abord de grandes dispositions pour les mathématiques. Plus tard il étudia la médecine, et, très-jeune encore, il partit pour Saint-Domingue, oià il se fit nommer médecin de l'amirauté. Il serait certainement arrivé à une position élevée et à une grande fortune dans cette colonie, sans la Révolution. Il sut néanmoins mettre largement son temps à profit et revint ruiné, il est vrai, mais riche d'observations sur les maladies tropicales. C'est probablement à son séjour dans les colonies qu'il faut attribuer en partie la supériorité qu'il a toujours conservée dans le diagnostic et la connaissance des affections intermittentes. De retour en France, Fouré alla continuer ses études médicales à Paris, où il se lia d'amitié avec des hommes tels

que Dupuytren, Riclierand, Caillaud, Dubois, Alibert, Pariset. Après avoir soutenu sa thèse inaugurale, en 180'i, il alla s'établir dans sa ville natale, à Nantes, oià il ne tarda pas à se créer une position brillante.

Il devint successivement médecin de l'Hôtel-Dieu de Nantes, professeur des cours d'instruction médicale établis dans l'Hôtel-Dieu. 11 prit une part active aux travaux de la section de médecine de la Société académique du département de la Loire-Inférieure qu'il présida en 1826. Membre correspondant de la Société médicale d'émulation de Paris, il lui envoya également quelques observations. Dans l'hiver de 1854, il fit des leçons de clinique qui firent regretter que dans l'enseignement il n'eût pas été chargé de ce cours préférablement à celui qui lui avait été confié. Gomme médecin des épidémies, il parcourut de 1851 à 1855 un grand nombre de localités visitées par le choléra ou la dysenterie, et établit d'importantes statistiques sur la mortalité due à ces maladies, à l'aide des chiffres que lui fournissaient les maires des communes ; il étudia surtout les phénomènes dus à la coïncidence des deux épidémies. Peu avant sa mort, en 1 854, il fut nommé directeur honoraire de l'Ecole préparatoire de médecine et de pharmacie de Nantes.

Fouré avait pour les sciences un amour si passionné qu'il travailla jusqu'à son dernier jour avec une ardenr toute juvénile. Il mourut en 1855, et c'est à la séance du 11 janvier 1856 de la Société médicale de Nantes que M. Mahot lut l'éloge de cet ami de la science et de l'humanité, éloge auquel nous avons emprunté quelques-uns des détails qui précèdent.

Nous connaissons de Fouré :

I. Dissertation sur la fièvre adi/namique. Paris, an X (1802). — II. Coyijectures sur l'explication des phénomènes attribués au calorique. In Mémoires de la Société médicale d'émulation, G° année, p. 419, 1806. — III. Compte rendu des cours d'instruction médicale établis dans l Hôtel-Dieu de Nantes, et discours prononcé dans la séance publique du 8 sejjtembre \^{%, pour la distribution des jjrix aux élèves. Extrait in Nouveau Journal de médecine, t. III, p. 364, 1818. — lY. Discours à la séance du 12 mai 1826 de la section de médecine de la Société académique. In Journal de médecine de Nantes, t. II, p. 173, 1826. — Y. Extraits des docianents adressés au conseil de salubrité de Nantes par le conseil de salubrité d'Ancenis sur l'épidémie des fièvres intermittentes qui a régné dans cet arrondissement. Ibid., t. III, p. 187, 1827. — VI. Rapport sur le traité de la cyanose de E. de Gintrac. Ibid., p. 100. — VII. Histoire de l'épidémie dysentérique qui a régné dans l'arrondissement de Nantes en 1834. Ibid., t. XXX, p. 220, 1854.

Nous trouvons une dissertation d'un Fonré (de Nantes) , Sur la nécrose des os, Paris, an XI (1802). Est-ce une dissertation chirurgicale du précédent, ou appartient-elle à un auteur différent?

Enfin, un autre Fouré (G. G. F.), natif du département de l'Orne, reçu médecin à l'Université de Pavie, a également présenté sa thèse inaugurale à la Faculté de Paris : Essai inaugural sur l'influence de l'exercice sur l'économie animale dans l'état de santé et dans celui de maladie, Paris, 1808, in-4°. Tout ce que nous savons de lui, c'est qu'il a été médecin de l'hospice et de la prison de Mortagne. L. Hn-

FOL^RSII. Voy. Fourmis.

FOURMIUERS {Myrmecophaga). Les Fourmiliers, animaux vivant principalement de fourmis [Ant Eater des Anglais), sont des Mammifères édentcs d'une structure très-singulière et qui se distinguent de tous les autres par quelques-unes de leurs particularités anatomiques. Leur principal caractère est de

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manquer de dents. On ne les rencontre qu'en Amérique, et c'est seulement dans les contrées les plus chaudes de ce continent qu'ils vivent. Les trois espèces que l'on connaît parmi eux sont assez différentes entre elles pour que l'on en ait fait trois genres distincts : celui des Myrmecophaga {M. juhasta), qui a pour type le Tamanoir ou grand Fourmilier; celui des Tamandua, constitué par l'espèce de ce nom {M. telraducUjla) et celui du Myrmidon {Mynnidon, Wagler; Didactyles, F. Cuvier; Dionyx, Is. Geoffr., Cyclothurus , Gray) dont l'espèce essentiellement arboricole est à peu près de la taille d'un écureuil, mais a la forme à la fois bien différente de celle de ce rongeur et de celle des Fourmiliers tamanoir et tamandua; c'est le M. didaclyla de Linné.

Le tamanoir est beaucoup plus fort, et sa queue n'est pas préhensile. Quant au Tamanoir, il est sensiblement plus grand que le renard, dont il diffère d'ailleurs considérablement des deux autres genres de la même famille par son apparence extérieure; son museau est très-allongé; sa queue est grande et garnie de longs poils formant panache ; en outre la forme de ses pieds lui donne une tout autre apparence que celle des Edentés de la même catégorie.

Les Fourmiliers sont du nombre des Mammifères dont certaines artères, soit dans la région sacrée, soit aux membres, se réunissent à la manière des veines après avoir formé des plexus.

On ne connaît pas encore de représentants fossiles de ce groupe de Mammifères. P. Gerv.

FOLRmiLiOX. Genre d'insectes névroptères, formant le type de la famille des Myrméléontides, et intéressant par les larves, qui attendent leur proie consistant souvent en fourmis, au fond d'un entonnoir de sable qu'elles ont creusé, ou bien qui chassent à découvert.

Les Fourmilions à l'état parfait sont des insectes d'assez grande taille ressemblant aux Libellules, vulgairement connues sous le nom de Demoiselles. Leurs antennes sont courtes, minces à la base, épaissies au sommet, les yeux sont globuleux, le corps long et grêle. Les quatre ailes très-nervulées ou réticulées, sont hyalines, avec des marques noires ou brunes; les pattes peu fortes. Ces insectes n'ont pas le vol agile des Libellules, ils progressent assez lentement dans l'air; leurs espèces sont extrêmement nombreuses et répandues sur l'ensemble du globe.

Le Myrmeleo formicarius Vallisnieri est le Fonnicaleo de Poupart, le Fourmilion de Geoffroy. C'est l'espèce la plus anciennement connue, décrite par Rœsel et Réaumur. La longueur du corps est de 16 à 26 millimètres. Le corps est d'un oris noirâtre avec la tète et le thorax à taches jaunes, l'extrémité des segments abdominana annelée de jaune. Les ailes ont une tache (pterostigma) blanchâtre à la côte, elles sont hyalines, à nervures brunes, variées de blanc, les antérieures ont six mai-ques brunes oblongues, les postérieures offrent aussi quelques taches. Le Formicaleo (Poupart, Mémoires de V Académie royale des sciences, p. 255, pi. Vni, fig. 146, 1704) se trouve dans l'Europe centrale, il est commun à Fontainebleau, mais ne dépasse pas au nord les environs de Paris.

La seconde espèce de nos contrées est le Myrmeleo formicalynx Fabricius ou Myrmeleo innotatus Rambur, long de 22 à 26 millimètres, d'une couleur brunâtre, couvert d'un duvet léger, les pattes jaunâtres, les ailes hyalines, irisées, sans taches, n'ayant que les pterostigma jaunâtres. Cette espèce que j'ai prise, avec le Formicaleo, à Fontainebleau remonte vers le nord; c'est la seule qui existe en Suède, elle n'a pas été trouvée encore dans les Iles-Britanniques.

750 FOURMILION.

Dans le midi de la France et de l'Europe, on rencontre d'autres espèces, entre autres le M. distinguendus de Rambur, et le M. telrammicus de Pallas.

La larve des Mijrmeleo formicarius et M. formicahjnx est grisâtre ou jaunâtre, ramassée, avec des faisceaux de poils courts ; la tête est large et carrée, les ocelles au nombre de six sont posés sur un tubercule, les mandidules très-grandes sont tridentées. On trouve facilement ces larves dans les terrains secs, légers, sablonneux, au bord des talus, dans les endroits chauds, abrités, et les carrières de sable. Elles sont tapies au fond d'entonnoirs très-régulièrement creusés, de grandeur variable suivant leur taille, ayant de 2 à 3 millimètres et jusqu'à 5 et 6 centimètres de diamètre. Leur profondeur est à peu près des trois quarts de l'ouverture; ils ne sont habités que pendant quelques jours, et la larve en sort dès que les parois sont trop peu inclinées par suite d'éboulements. La construction d'un nouvel entonnoir, ou piège de chasse, est moins difficile alors que la réparation de l'ancien.

La larve des Fourmilions dont il s'agit ne marche bien qu'à reculons et ne saurait atteindre facilement une proie agile. Elle construit un entonnoir en marchant à reculons et en décrivant ime spirale dont les tours internes s'enfoncent régulièrement au-dessous du plan de la circonférence externe. Après avoir déblavé le terrain, elle s'arrête, charge de sable sa large tête carrée, puis la soulevant brusquement jette, comme avec un ressort, le sable qui la couvrait hors de la circonférence de l'enceinte. La jambe droite de la première paire de pattes sert à la larve comme une main pour pousser constamment le sable sur sa tête. L'ouvrier occupé à creuser im fossé, dit Maurice Girard, ne jette pas plus sûrement hors de ses bords et pas si vite, la terre coupée par la bêche, que la tête du Fourmilion ne lance hors de l'entonnoir la terre dont elle a été couverte. L'animal fatigué sait retourner en sens opposé, alors c'est la patte gauche qui agit et remplace sa congénère.

Les entonnoirs étant bien creusés, la larve se place au fond, cachée dans le sable, ouvrant ses mandibules et observant avec ses stemmates ce qui se passe. Dès qu'un insecte, Fourmi ou autre, s'aventure sur les bords de l'entonnoir, ce sable cède et la Fourmi roule au fond. Si pouvant se cramponner aux parois, elle cherche à remonter, la larve du Fourmilion se sert de sa tête comme d'une pelle et l'accable d'une pluie de sable du fond de son trou. Enfin, dès que l'insecte étourdi est à la portée de son ennemi, celui-ci le prend avec ses mandibules, l'entraîne dans le sable et le suce à loisir. On peut très-bien élever des larves de Fourmilion en captivité en les nourrissant avec des mouches à ailes coupées. Du, reste, les petites Chenilles, les Diptères, les Cloportes, les Araignées, même les individus de leur propre espèce tombés dans un entonnoir sont dévorés sans pitié. Il faut seulement que la proie soit vivante. La larve du Fourmilion refuse un insecte mort, même tué récemment, et d'un coup brusque de sa tête elle le rejette hors de son entonnoir, absolument comme la proie dont elle a vidé les sucs. Des insectes vigoureux et bien armés comme des Abeilles sont la proie des larves de Fourmilions qui parviennent à les enfouir sous le sable après les avoir criblées

de celui-ci.

Un intéressant parasite des larves du Myrmeîeo formicarius est un petit Hyménoptère chalcidien {Bylothorax Graffii Ratzeburg, = EalticeUa myrmeleonis, Léon Fairmaire. Voy. Annales de la Société enthomologique de France, 1875; Bulletin, p. cciv; 1877, p. 194 et Bulletin, p. cxviii et cxix) qui parvient malgré la résistance probable de la larve à lui inoculer son œuf.

Peut-être le Chacidite ne dépose-t-il cet œuf que dans la coque de la nymphe.

C'est au fond de l'entonnoir ou sur les côtés dans le sable que la larve du Fourmilion éprouve la nymphose. Elle file un cocon sphéroïde à l'aide d'une filière placée à l'extrémité du corps. Les boules sablonneuses qu'on trouve, en bouleversant le sol où sont les entonnoirs, renferment la nymphe du Fourmilion dans une loge finement satinée en dedans et de couleur gris de perle.

J'ai déjà dit que les ailes fines et peu résistantes des Fourmilions adultes ne leur donnent qu'un vol lent et peu soutenu. La femelle pond dans le sable. {Voy. Névroptères.) A. Laboulbène.

FOURMIS. (En grec, f/ûou-fl? ; en latin, formica). Insectes remarquables de l'ordre des Hyménoptères, correspondant au genre Fprmica de Linné, connus dès l'antiquité, offrant une reproduction polymorphe et des mœurs variées, qui ont appelé sur eux l'attention de beaucoup d'observateurs.

1 1. Caractères, zoologiques. Les caractères généraux des insectes de la famille des Formicides sont les suivants : des milles, des femelles et des neutres. Antennes de cinq à treize articles, coudées entre le scape et le premier article du flagellum, souvent terminées en massue. Yeux elliptiques, parfois presque circulaires; trois ocelles disposés en triangle, mais manquant dans beaucoup d'espèces chez les neutres. Mandibules fortes, larges, aplaties avec le bord interne denté, rarement étroites, arquées et sans bord interne masticateur. Pronotum séparé du mésonotum par un sillon distinct, mésonotum convexe, métanotum variable de forme. Ailes des sexués non plissées au repos, n'ayant qu'une ou deux cellules cubitales et une seule discoïdale, au plus. Jambes ayant à l'extrémité interne un éperon pectine aux antérieures, tandis qu'il est tantôt simple, tantôt épineux ou pectine aux pattes intermédiaires et postérieures. Tarses constamment de cinq articles. Abdomen ayant le premier ou les deux premiers segments rétrécis en forme de pétiole : le pétiole monoarticulé est disposé en lame perpendiculaire au corps et en forme d'écaillé, le pétiole biarticulé est nodiforme ; le reste de l'abdomen ovale, allongé. — Mâles, distincts par des ailes fortement articulées au corps, un segment de plus à l'abdomen, point d'oro-anes vénénifiques, yeux et ocelles proéminents. Taille moyenne et intermédiaire entre les femelles et les ouvrières ou neutres. — Femelles, ayant des ailes faiblement articulées, yeux intermédiaires entre ceux des mâles et des ouvrières, ainsi que les ocelles qui ne man(juent jamais. Organes vénénifiques à l'extrémité de l'abdomen. Taille supérieure à celle des autres formes Neutres, taille

moindre ordinairement que celle des mâles et surtout des femelles. Nombre énormément supérieur dans un même nid, ou fourmilière, que celui des Fourmis reproductrices, qui ne s'y montrent ordinairement qu'à certaines époques de l'année. Jamais d'ailes ; mésonotum simple, sans articulations alaires, pronotum proéminent. La tête des Fourmis neutres est beaucoup plus forte que celle des mâles, plus allongée, appendices plus massifs, mandibules plus robustes, mais yeux aplatis, ocelles petits ou nuls. Des organes vénénifiques. Appareil génital pareil à celui des femelles, mais avorté, et avec ses organes beaucoup moindres ou réduits. Les Fourmis neutres sont ordinairement ouvrières ; dans certains genres, surtout exotiques, on trouve des soldats, de taille plus forte, à tête voluineuse et munie de grandes mandibules.

752 FOU|RMIS.

Les Formicides forment une famille des insectes hyménoptères à abdomen pétiole. Leurs mœurs presque exclusivement sociales, ainsi que je vais l'exposer, et leur reproduction polymorphe les ont fait comparer avec raison aux Termites {Voy. Termites et NÉvROPiÈnEs), appelés pour cette raison : fourmis blanches.

Les Hyménoptères tels que les Abeilles et les Guêpes ont comme les Fourmis des m;\les, des femelles et des neutres, mais ces derniers ne sont que des femelles avortées offrant des ailes ainsi que la forme complète des femelles fécondes, sauf l'atrophie des organes génitaux. On sait que parfois même une fécondité adventive de parthénogenèse est observée chez ces femelles incomplètes d'Abeilles et de Guêpes ; les œufs d'où proviennent ces neutres et les larves au début sont pareils à ceux des femelles ; une nourriture particulière peut leur l'endre la fécondité complète. Au contraire, les neutres des Fourmis sont toujours aptères et sont des femelles qui présentent, avec l'avortement des organes sexuels, une configuration extérieure particulière et bien distincte de celle des femelles. Jl peut s'en présenter de plusieurs sortes même en Europe et surtout parmi les espèces exotiques : les unes de ces Fourmis neutres sont de véritables ouvrières nourrices, d'autres sont des récolteuses et architectes des nids ; enfin il y a dans plusieurs genres des soldats à forte tète et à grandes mandibules. 11 est probable que l'on trouvera encore d'autres formes ainsi qu'on le voit chez les Termites.

Les mâles des Fourmis sont constamment ailés (à part de rares exceptions) ; les femelles ont également des ailes au moment de l'essaimage, elles les perdent et même les arrachent aussitôt après la fécondation. Tantôt la taille est la même pour les deux sexes, mais souvent les màles sont plus petits que les femelles et parfois beaucoup plus {Lasius flavus). Les femelles non fécondées et des ouvrières peuvent offrir des cas de parthénogenèse ; on a signalé des éclosions de Fourmis sexuées de taille différente, à diverses époques, comme les grands et petits màles, les grandes et petites femelles des Bourdons. 11 y a de petits màles et de petites femelles dans les générations antumnales des Formica rufa et pratensis. Enfin, les ouvrières peuvent manquer, par exemple dans les Anergates, genre oii la femelle seule est ailée, le mâle restant aptère. Il reste encore de nombreux faits à constater et beaucoup d'autres à découvrir chez les Formicides. Toutefois, ces insectes sont, à mon avis, des Hyménoptères réels, par la forme du corps, la réticulation des ailes, la bouche propre à lécher, ne pouvant absorber que des substances liquides ou à demi fluides, les métamorphoses complètes pour les diverses formes, à nymphes inactives, nues ou plus souvent enveloppées de coques, filées par les larves.

Les femelles et les ouvrières des Fourmis ont toujours des organes vénénifîques produisant de l'acide formique, pouvant être lancé au dehors et plus ou moins abondant suivant les espèces, à tel point que les chimistes ont d'abord préparé cet acide en mettant les Fourmis dans l'appareil distillatoire. Ce venin accompagne la piqûre de l'aiguillon, mais parfois ce dernier est rudimentaire ou vestigiaire et ne blesse point. En outre, les Fourmis sécrètent diverses essences volatiles, dont l'odeur est manifeste à la suite de leur passage, ou quand on bouleverse une fourmilière ; ces odeurs, surtout celle qui est musquée, varient pour les genres et les espèces, on les retrouve chez d'autres insectes.

§ II. Physiologie des Formicides. Les Fourmis ont un régime omnivore, mais avec la réserve d'une alimentation fluide ou semi-fluide. Un petit

nombre, du moins en Europe, attaque les insectes vivants, tels que chenilles, pucerons, etc. ; beaucoup d'espèces mangent ou sucent les insectes morts ou blessés en achevant de les tuer; de plus, les viandes molles, les matières sucrées leur sont particulièrement agréables. Les matières amylacées, gommeuses, demifluides, les exsudations des végétaux, etc., leur servent également pour se nourrir. Si quelques espèces de Fourmis sont errantes, la plupart ou presque toutes dans nos climats ont des habitations communes placées sous les pierres et les écorces des arbres. Mais le plus souvent les fourmilières, c'est-à-dire les habitations communes des Fourmis, consistent en des trous creusés dans la terre, ou sont formées de terre maçonnée, d'excavations dans le bois, de matières végétales amoncelées soit au-dessus soit au-dessous du sol ; elles peuvent même consister en nids placés sur les arbres et formés, chez des espèces exotiques, par une sorte d'amadou végétal, ou de feuilles et de brindilles.

Les fourmilières ont des rapports de ressemblance avec les termitières; elles sont pourvues de galeries, de loges ou chambres d'aération, de couvoirs, de uomTiceries pour les œufs et pour les nymphes, et enfin quelquefois seulement de magasins de provisions.

A une époque déterminée, mais variable suivant les espèces, les Fourmis mâles, très-nombreuses, sortent des fourmilières en même temps que les femelles aptes à la fécondation. Les mâles s'envolent à leur suite et se réunissent à elles dans l'atmosphère ; ils foi^ment autour de la fourmilière un nuage ailé que le vent peut emporter au loin. Les essaimages ont lieu ordinairement par un temps chaud, mais à des heures différentes : le matin pour la Formica sanguinea, vers midi pour le Pohjergus rufescens, dans l'après-midi pour le Lasius flavus, le soir et même la nuit pour les Lasius emarginatus, L. fuliginosus, etc. Quand le mâle est très-petit par rapport à la femelle, la copulation a lieu en l'air et le mâle est emporté par la femelle. Lorsque le mâle est volumineux, il saisit la femelle au vol, mais l'accouplement a lieu à terre; parfois la femelle est posée sur un monticule du sol, .sur un mur, un arbre ; les mâles poursuivent souvent les femelles à la course. Une fois le pénis introduit, le mâle reste immobile lâchant prise des six pattes à la fois. La femelle reste calme ou bien elle court de côté et d'autre entraînant le mâle. Souvent l'accouplement ne dure que quelques minutes et un autre mâle vient aussitôt féconder la même femelle. Les mâles ne tardent pas à périr après l'accouplement, et ceux qui n'ont pas été accouplés ne rentrent pas dans la fourmilière, ils ne savent pas récolter la nourriture. Les femelles fécondées retombent sur le sol ou s'arrachent leurs ailes faiblement articulées.

11 n'est pas prouvé qu'une seule femelle féconde puisse élever et soigner les œufs qu'elle pond comme une mère femelle Guêpe et devenir, à elle se nie, l'orio-ine d'une nouvelle fourmilière. Les femelles sont recherchées, recueillies et entraînées par les ouvrières ou neutres de la fourmilière d'où elles sortent, peut-être par des ouvrières d'autres fourmilières de même espèce. Ces femelles sont suivies d'une vraie troupe d'ouvrières qui les lèchent, les nourrissent et ramassent les œufs qu'elles pondent. Il faut remarquer expressément que les diverses femelles fécondes d'une seule fourmilière, au nombre parfois de vingt à trente, ne sont point rivales comme les femelles ou reines des Abeilles, mais ([u'clles vivent en paix les unes avec les autres. Une femelle fécondée est très probablement productive toute sa vie ; la ponte finie, elle n'est point tuée, ni chassée par les ouvrières; elle vit pendant une année, comme les Fourmis ou-

DicT. Ejic. 4° s. m. 48

vrières de nos climats. Les fourmilières nouvelles sont dues ordinairement à une femelle féconde rencontrée à terre et loin du nid par des ouvrières de la fourmilière d'où elle est sortie, qui l'entourent, recueillent les œufs, élèvent les larves écloses et construisent tout de suite un nouveau nid, parce qu'elles se trouvent à une trop grande distance de l'ancien pour y ramener la mère Fourmi,

On remarque parfois, dans les nids, des femelles qui n'ont pas les ailes arrachées et qui les perdent seulement par usure ou déchirure; ces femelles ont des allures d'ouvrières et travaillent comme elles, formant ainsi le passage des sexués aux neutres. 11 est prouvé aussi que des ouvrlci-es pondent des œufs féconds d'où naissent des larves, par exemple chez les Formica sanguinea, et probablement chez les Formica cinerea, fusca et le Polyergiis rufescens. On peut supposer, par analogie avec les Abeilles, que tous les œufs qui produisent des Fourmis mâles sont dus par parthénogenèse à des femelles vierges, ou à de vieilles Fourmis femelles dont le receptaculum seminis ne renferme plus de spermatozoïdes, ou enfin à des ouvrières fertiles. Ces questions si intéressantes pour la zoologie générale ne sont pas encore résolues expérimentalement et doivent stimuler l'attention des médecins qui habitent la campagne.

Huber assure que des ouvrières peuvent être fécondées par des mâles et que leur ponte est capable de produire non-seulement des mâles, mais encore des femelles et des ouvrières. Le fait me paraît douteux et devrait être vérifié de nouveau à plusieurs reprises pour être bien établi.

Quoi qu'il en soit, les œufs féconds des Fourmis sont recueillis par les ouvrières de la fourmilière qui les disposent en petits tas ou paquets, et qui sont constamment occupées à les lécher, ce qui explique l'accroissement réel que les œufs éprouvent après avoir été pondus, grâce à une nutrition endosmotique produite par ces soins continuels. L'œuf récemment pondu est allongé, blanc ou jaunâtre, et opaque. En augmentant de volume, il devient translucide. L'éclosion a lieu quinze jours après la ponte. La larve est variable de forme suivant les genres, mais toujours apode, aveugle, blanche, assez courte, composée de la tête et de douze segments peu distincts. L'extrémité buccale est étroite, recourbée en arc et pointue, l'extrémité anale est arrondie et renflée. Ces larves sont mobiles chez les Lasius et les Camponotus , elles sont raides et ne remuent même pas la tête chez les Tapinoma, Solenopsis, Leptothorax. La tête offre deux mandibules vestigiaires, des mâchoires réunies ou soudées en une pièce médiane, molle, échancrée en avant; au-dessous de l'ouverture buccale, on trouve la lèvre inférieure molle et rétractile. Les larves sont incapables de se nourrir sans le secours des ouvrières; les plus agiles ne peuvent changer de place, elles se tordent plus ou moins et s'agitent, mais ne sauraient prendre le miel placé à côté d'elles, ce que font les larves des Apides mellifères solitaires. Les ouvrières des fourmilières leur dégorgent de la miellée absolument comme elles le font à leurs compagnes, aux femelles et aux mâles, et les larves n'ont qu'à la lécher avec leur langue. De plus, les ouvrières nettoient constamment ces larves, elles les transportent d'un endroit dans un autre du nid suivant les heures de la journée, les soustrayant au froid, à l'humidité en excès, aux rayons d'un soleil trop chaud. Quand les larves sont très-petites, une seule Fourmi en emporte plusieurs, de même que les paquets d'œufs, mais une seule leur suffit si la larve est arrivée au terme de sa croissance ou s'il s'agit d'une nymphe, soit nue, soit entourée de son cocon. Les larves et les nymphes sont emportées à la hâte, puis mises en sûreté, si la fourmilière est bouleversée ou au moment des émigra-

tions. On connaît communément sous le nom d'oeufs de fourmis ces larves et ces nymphes et pas du tout les véritables œufs ; de plus, ce sont les larves et les nymphes qui servent à nourrir les oiseaux des faisanderies.

Les œufs des Fourmis mâles, des femelles ainsi que des neutres ouvrières sont identiques pour la couleur, la forme et la taille ; les larves à la fin de leur croissance sont à peine différentes. On ne peut encore prouver qu'une nourriture spéciale influe sur le développement sexuel chez ces larves toujours libres et non placées dans des alvéoles, il est impossible d'invoquer pour les différencier l'influence d'une quantité plus grande de miellée, puisqu'il y a des espèces de Fourmis oii les femelles ne dépassent guère la taille des ouvrières.

La durée de la vie des larves varie; chez la même espèce, les larves printanières et de l'été croissent plus vite que celles écloses en automne, qui passent l'hiver sans grossir et deviennent nymphes au mois de juillet de l'année suivante, par exemple celles du Solenopsis fiigax.

Les larves des Tapinoma croissent très-vite : car écloses en avril, elles sont transformées en nymphes vers la fin de mai ; les larves des vraies Formica se développent vite, celles des Lasius très-lentement. Les lai'ves deviennent nymphes, tantôt après avoir filé une enveloppe de soie, ou cocon, tantôt sans abri et nues. L'épaisseur du cocon des larves fileuses est mince; à l'une des extrémités, on trouA^e une tache noire formée par les excréments de la larve avant la nymphose et la dépouille de la peau de larve. Les coques laissées à elles-mêmes resteraient fixées aux corps envii-onuanls, couvertes de détritus ou de terre, mais les ouvrières qui les préparent à être transportées les lissent et les détachent. La nymphe blanchâtre ne se meut point, les yeux sont les organes qui se colorent les premiers, le corps n'est brunâtre que peu de jours avant réclusion. Certaines espèces présentent, dit-on, des cocons ou bien restent nues, tandis que d'autres Fourmis ont des larves toujours fileuses, et tandis que d'autres ne filent jamais.

Les nymphes des deux sexes ainsi que des diverses formes de neutres ne grossissent point et sont distinctes dès le début. Elles ne prennent aucune nourriture. Les ouvrières les nettoient, les lèchent, les transportent comme les larves. L'éclosion de ces nymphes se prolonge longtemps ; ce sont toujours les ouvrières qui déchirent les cocons et qui en tirent les nymphes. Les cocons déchirés sont amoncelés autour des issues des fourmilières de certaines espèces {Formica fusca, Lasius niger, etc.,), ou bien dispersés, ou restent dans la fourmilière [Formicarufa, Camponotus). Le plus souvent, mais non toujours, les ouvrières aident l'insecte adulte à sortir de sa peau de nymphe et à étendre ses ailes, s'il est sexué.

11 me faut actuellement exposer plusieurs points de la biologie de ces curieux insectes leur manière de vivre, de former leurs sociétés, d'émigrer. Je donnerai aussi un aperçu rapide des espèces les plus communes de nos climats et des espèces exotiques célèbres par leurs mœurs.

Swammerdam, Christ, Latreille, Huber et d'autres éminents observateurs ont reconnu et affirmé que les Fourmis ne font pas de provisions et s'engourdissent ou périssent pendant l'hiver avec une basse température. Cependant les léo^endes anciennes, notamment les proverbes hébreux (Salomon, chap. VI, versets 6, 7, 8), disent que les Fourmis amassent pendant la moisson leur nourriture pour l'hiver, et notre la Fontaine a célébré celte coutume dans sa première fable. Les deux assertions, en apparence contradictoires, se concilient quand on

connaît les mœurs des fourmis du nord et celles des Fourmis du sud de l'Europe. Ce qui était vrai pour les espèces des contrées boréales ou tempérées cesse de l'être pour les Fourmis du midi et surtout pour celles des contrées tropicales. Ainsi les Atta barbara et Atta structor sont réellement des Fourmis moissonneuses, faisant des provisions d'hiver : la seconde espèce est du midi de la France et des Charentes. Ces Âttes amoncellent dans leurs greniers des graines de céréales, de plantes potagères, et nuisent parfois considérablement aux semailles des champs ou des jardins. VAtta stnictor aiendu la culture du trèfle presque impossible en Corse en détournant pour ses réserves les graines des semis, et ces graines servent de nourriture aux Fourmis pendant le printemps quand leur amidon se transforme en sucre par la germination.

Les Fourmis ont besoin d'humidité; il faut, si l'on élève ces insectes dans des bocaux de verre, pour étudier leurs mœurs ou pour nourrir des oiseaux, y placer des éponges mouillées. Aux premières gelées, on voit les Fourmis s'engourdir; mais dans une chambre chauffée les Fourmis ne s'engourdissent pas, et il en est de même dans les pays chauds. Au contraire, dans les régions boréales, les Fourmis sont presque toute l'année endormies. Dans nos climats, les Fourmis sont engourdies pendant la nuit, même le matin et le soir dans les journées où la température ne s'élève suffisamment qu'au milieu du jour; ainsi sur les hauts pâturages des Alpes, l'activité des Fourmis se borne à quelques heures de la journée pendant deux ou trois mois au plus. Les Fourmis supportent plusieurs degrés de température au-dessous de zéro. Les fourmilières de Leptothoi'ox, Hypoclinea, qui ne se composent sous une écorce, dans une tige de ronce, ou sous une pierre, que d'une quarantaine d'ouvrières, avec une seule femelle, ne dégagent pas de chaleur sensible; mais il en est autrement dans les grandes fourmilières. On voit le thermomètre monter de 2 à 8 et même 10 degrés centigrades au-dessus du terrain voisin dans les agglomérations de ces insectes. 11 faut savoir que ces expériences varient suivant l'insolation de la surface et des matériaux diversement conducteurs du nid. La chaleur trop sèche est nuisible aux espèces ciaignant les rayons solaires directs, aux Fourmis à vue faible : Solenopsis fugax, Ponera contracta, Lasius flavus. On observe au printemps et en automne la Formica pratensis recherchant la chaleur du soleil qu'elle fuil en juillet, où elle marche à l'ombre au milieu du jour. D'autre part, les Fourmis travaillent pendant les nuits chaudes, et la même Formica pratensis, qui sort à peine pendant le jour dans les grandes chaleurs, a le soir des colonies d'ouvrières qui sont en quête de Pucerons sur les arbres. Les Fourmis souterraines à vue très-réduite ne sont influencées que par la température, sans distinction du jour ou de la n\iit. Les Fourmis exocellées comme les Myrmica et Tapinoma erraticum sortent le jour et la nuit avec la même allure mesurée, tandis que les Fourmis à ocelles, comme Pnlyergus rufescens, Formica rufa, etc., paraissent de préférence pendant le jour avec des allures brusques et saccadées contrastant avec leur marche lente pendant la nuit.

Le travail intérieur de la fourmilière, les soins des larves ont lieu nuit et jour avec une activité diurne plus grande, parce que la chaleur solaire oblige les Fourmis neutres à changer plus souvent de place les larves et les nymphes. Les Fourmis maçonnes préfèrent pour leurs constructions la nuit ou un jour pluvieux, parce que la terre est alors plus cohérente et se dessèche moins vite. Bien au contraire, les Fourmis qui mettent en œuvre les végétaux, feuilles, petites branches ou brindilles, travaillent de jour.

On connaît depuis longtemps les fourmilières mixtes, dont l'histoire constitue une des i)arties les plus intéressantes de la biologie des Fourmis. L'espèce principale de la Fourmilière y est représentée comme dans le nid simple par une ou par plusieurs femelles fécondées, privées d'ailes, par des ouvrières ; puis, à une époque de l'année variable suivant les espèces, par des mâles ainsi que des temelles ailés. De plus, une ou même plusieurs autres espèces dites auxiliaires sont associées et vivent avec l'espèce principale. Je préfère, avec Maurice Girard, ce mot d'auxiliaires à celui d'esclaves : car les associations reproductives des insectes sociaux ne montrent que des individus soumis à leur instinct, accomplissant une tâche invariable, sans la dépendance capricieuse des serviteurs humains. Les espèces auxiliaires n'ont jamais à aucune époque des mâles ou des femelles ; elles n'offrent que des ouvrières servant de constructeurs, de maçons ou de nourrices sur lieu à l'espèce principale, pourvue ou dépourvue d'ouvrières de son type- Cinq espèces à fourmilières mixtes se rencontrent en Europe. La Formica sanguinea forme parfois à elle seule des fourmilières ou colonies simples ; mais le plus souvent elle s'associe des ouvrières de la Formica fusca ou de la F. rufibarbis, soit ensemble, soit séparément, quelquefois encore de la Formica gagates et du Lasius aliemis, cette dernière espèce de bien moindre taille que l'espèce principale. Le Polyergusrufesce7is ne \)ent vivre sans auxiliaires, la structure de ses mandibules l'empêche de creuser lui-même les galeries souterraines nécessaires au développement de la fourmilière sociale. On prétend qu'il ne saurait manger seul, il sollicite ses ouvrières auxiliaires ordinaires. Formica fusca et rufibarhis, seules ou réunies, en les frappant de ses antennes; elles lui dégorgent la liqueur sucrée qu'elles ont dans le jabot comme elles le font à ses larves, qui mourraient sans leurs nourrices étrangères. Le Strongylognathus Huberi, espèce de Fourmi vivant sous les pierres, a pour auxiliaires les ouvrières du Tetramorium cœspilum et ne peut subsister sans elles pour les mêmes raisons. Ce sont ses ouvrières auxiliaires qui bâtissent le nid et nourrissent le Strongylognathus, dont les mandibules sont pointues et arquées comme celles du Polyergus. UAnergates atratulus ou Tomognathus sublœvis est toujours réuni aux ouvrières du Tetramorium cœspitum; la colonie est composée seulement de mâles sans ailes, de femelles, de leurs larves et nymphes sans ouvrières. L'accouplement des Anergates a lieu forcément dans le nid.

Les Formica sanguinea et le Polyergus rufescens ont des expéditions de chasse qui sont légendaires dans la science et qui ont fait donner à ces Fourmis le nom de Fourmis-amazones. Quand elles ont découvert une fourmilière d'une de leurs espèces auxiliaires, elles s'y introduisent malgré une résistance souvent énergique. Les Polyergus avec leurs mandibules pointues percent le cerveau des Fourmis qu'ils attaquent et leur présence terrine ces dernières. Les nymphes contenues dans les cocons sont enlevées et apportées dans la fourmilière de l'envahisseur. Celui-ci ne s'empare pas des adultes qui sauraient, qui pourraient se sauver, reconnaître le chemin et regagner leur ancien logis ou le refuge de la colonie envahie de leur espèce. Les auxiliaires issus des nymphes ne sauraient avoir de souvenir, ils creusent les galeries, ils soignent et nourrissent les larves ainsi que les insectes parfaits de l'espèce principale ; mais, je le répète, sans contrainte et obéissant à un instinct aveugle qui leur fait croire à des opérations effectuées dans leur propre fourmilière. Enfin, l'espèce principale, non contente

d'avoir enlevé les nymphes d'une lourmilière, y transporte plus tard son domicile •lorsque cette fourmilière lui paraît préférable à la sienne.

11 est encore utile de signaler, outre ces fourmilières mixtes, des rapprochements contraints ou fortuits d'espèces différentes, mais sans dépendance pour la construction du nid et l'éducation des larves, La Stenamma Westwoodi vit avec la Formica rufa et quelques autres espèces acervicoles, ces espèces restant distinctes. La fourmilière souterraine de la Ponera contracta communique souvent avec le monticule delà Formica rufa; mais, les deux espèces gardent leurs colonies particulières, et chacune d'elles a trois sortes d'individus, les mâles, les femelles et les neutres. Quand on soulève une large pierre aplatie, il est fréquent d'y trouver réfugiées les colonies de deux ou trois espèces différentes. Dans le premier moment, les espèces séparées se mélangent ; mais, au lieu de la réunion calme des fourmilières mixtes placées sous une même pierre, on voit les Fourmis accidentellement réunies montrer leur profonde antipathie en se 'livrant à des luttes acharnées.

Un grand nombre d'espèces d'animaux articulés sont myrmécophiles, et, d'autre ipart, les Fourmis recherchent la plupart de ces animaux qui deviennent commensaux ou qui servent de vaches à lait. De tous les insectes, ce sont les Pucerons •ou Aphidiens qiii sont les privilégiés des Fourmis, ceux qu'elles affectionnent le plus. Réaumur, De Géer, Christ et beaucoup d'autres en ont fait la remarque expresse. Linné appelle les Pucerons : les vaches des Fourmis ; Huber compare les Fourmis aux peuples pasteurs. La Fourmi frappe le Puceron avec ses deux antennes comme elle frappe le chaperon céphalique d'une autre Fourmi pour lui demander à manger. Le Puceron fait sortir de son corps, en arrière, un liquide sucré qui est léché par la Fourmi dont le jabot se gonfle quand elle a, pour ■ainsi dire, teté plusieurs Pucerons. La fourmi dégorge ensuite une partie du liquide sucré à d'autres Fourmis ou à des larves. Les Coccidés ou Cochenilles {voy. Cochenilles) sont de la même manière sollicités par les Fourmis qui recueillent leur miellat sucré. C'est ainsi que s'expliquent les voyages continuels des Fourmis sur les végétaux chargés de Pucerons ou de Cochenilles, c'est pour se I nourrir des sécrétions de leur bétail que les Fourmis grimpent sans cesse sur les arbres des vergers, les orangers, mais non pas directement pour les fruits, qu'elles n'entament jamais quand ils ne sont pas fendus ou entr'ouverts.

Les Lasius sont habiles pour transporter les Pucerons d'un endroit de la plante sur un autre plus propice et pour soigner ces insectes. J'ai trouvé plusieurs fois des fourmilières souterraines de Lasius flavus établies autour des racines de graminées chargées d'Aphidiens terricoles; le bétail est ainsi conservé àl'étable. D'autres Fourmis, telles que les Lasius niger, hrunneus et emarginatiis, les Myrmica lœvinodis et scabrinodis savent construire autour des tiges de plantes couvertes de Pucerons des tuyaux ou des pavillons de terre pour protéger leur bétail placé de la sorte à l'abri; les Fourmis s'y établissent avec des larves et se trouvent ainsi tout à fait à portée de leurs animaux domestiques. Au mois d'août, les Pucerons du plantain se retirent sous les feuilles radicales, les Fourmis les suivent et s'enterrent avec eux ; elles murent avec de la terre humide les vides entre le sol et le bord des feuilles, puis elles creusent le terrain pour avoir de l'espace et visiter à l'aise les Pucerons. Finalement, elles tracent des galeries couvertes se rendant des feuilles du plantain à leur fourmilière. Les boules de terre qu'on trouve sur les tiges des plantes sont fort souvent des nichées de

Pucerons entourées d'un abri par les Fourmis, qui entrent et sortent par une ouverture étroite, habilement ménagée.

Les Camponotus exploitent les larves des Tettigomètres, insectes hémiptères comme les Pucerons, et en recueillent le miellat; dans les régions tropicales, les Fourmis sollicitent les larves des Cercopides, des Membracides, qui remplacent aussi les Pucerons. "

On connaît des genres de Fourmis, mais en petit nombre, qui ne recherchent pas les Aphidiens et les Cochenilles : ce sont les Pheidole, Tapinoma, Tetramorium,k mœurs carnassières ; les Leptothorax, les Colobopsis, qui lèchent directement les sucs des fleurs et des arbres; enfin les Atta dont j'ai déjà parlé {voy. page 756), qui savent approvisionner leurs nids de graines qu'elles laissent germer à moitié pour sucer la matière sucrée dont elles se nourrissent.

Les insectes ou les animaux articulés myrmécophiles qui vivent dans les fourmilières, s'y trouvent à des titres variés. Les uns sont des commensaux véritables, traités en amis, et résidant presque exclusivement avec les Fourmis ; d'autres sont accidentels, leur rôle est encore mal connu. On y voit enfin des ennemis. Des Coléoptères commensaux soignés par les Fourmis sont transportés par elles au fond du nid en cas de danger. Les Claviger aveugles sont nourris par les Fourmis et sécrètent sûrement quelque humeur qu'elles lèchent ou quelque odeur qui leur plaît. D'autres Coléoptères en assez grand nombre sont myrmécophiles à divers titres, Paussides, Psélaphiens, Choleva, Catops, etc. D'autres sont des ennemis ou des parasites : Histérides, larves de Clythra , larves de Cétoines, etc. (E. André, Revue et magasin de zoologie, p. 152, 1874. — II. Lvcxs, Aiinales de la Société entomologique de France, Tp. 217,1875.) Une larve de Coléoptère soignée par les Fourmis, allongée, cylindrique, blanche, annelée, à bouche cornée, hexapode, a été signalée par Forel avec les Formica rufa, sanguinea, rufibarbis etPohjergus rufescens ; cette larve est traitée par les Fourmis avec autant de soin que leurs propres larves, car elles la traînent partout et lui dégorgent de la miellée. Forel n'a jamais pu voir ni la nymphe, ni l'adulte ; je soupçonne qu'elle pourrait bien appartenir à un Claviger dont j'ai moi-même inutilement cherché avec Charles Aube, aux environs de Vernon, à connaître les premiers états.

Une petite espèce d'Orthoptère, le Myrmecophila acervorum, est un commensal exclusif des Fourmis. La chenille d'un Microlépidoptère, Myrmecocella ochracella, se nourrit des substances qui se trouvent dans le nid des Fourmis. Des Thysanoures habitent les fourmilières, ainsi chez les Lasius flavus et Formica rufa, en France et en Algérie ; la Lepisma mynnecophila H. Lucas, en Espagne, la Lepisma aurea Léon Dufour. UAtelura formicaria Heyden se trouve dans les nids du Tetramoriimi cœspitnm.

Les Fourmis ont encore dans leurs retraites un petit Cloporte blanc, crustacé isopode du genre Platyarthrns. Il est fréquent chez les Formica rufa, Myrmica scabrinodis , Leptothorax acervorum , etc. C'est le Platyarthrus Hoffmanseggi Brandt.

Des Névroptères {voy. Fourmilion) , des Braconides {Pachylomma buccata et Cremieri Brébisson (z;o?/. GmxvD, Annales de la Société entomologique de France., p. 299-302, 1871), ainsi que de petits Diptères, sont des ennemis des Fourmis ; ces derniers cherchent à pondre leurs œufs dévastateurs des larves en choisissant le moment des combats entre les différentes espèces. Les Araignées

du ^renre Emjo sont de vrais parasites, et VEnyo elegans Eug. Simon établit sa petite coque dans les brins de paille des fourmilières de VAtta harbara. Les Enyo, souvent en très-grand nombre, sont plus petites que les Fourmis, elles n'attaquent que les individus blessés ou incapables de défense. Enfin, des Acariens courent au milieu des Fourmis sans exciter leur colère ou être inquiétés; j'en ai vu, mais rarement, cramponnés au corps des Fourmis, peut-être pour se faire transporter d'un lieu à un autre.

Outre leurs petits ennemis de la classe des animaux articulés, les Fourmis sont détruites par des mammifères des genres Fourmilier, Raton et Pangolin, par des oiseaux américains, tels que les Fourmiliers {Mynnothera Vieillot), voisins de nos Merles, par les Pics et les Torcols à langue extensible.

Ce qui précède est surtout applicable aux Formicides de nos climats, mais avant de rechercher quelles sont les Fourmis nuisibles ainsi que les Fourmis utiles, je tiens à indiquer brièvement quelques espèces exotiques, de mœurs très-remarquables et connues sous les noms de Fourmis de visite, Fourmis tête de nègre. Fourmis manioc, etc.

Les Fourmis de visite, Visiting Ants, Chasseurs, appartiennent aux Ponérides du genre Anomma Schuckard. Les espèces de ce genre se trouvent dans l'Afrique occidentale, Sierra-Leone, cap Palmas, Vieux Calabar, etc. ; elles ont la tête large, des mandibules longues, recourbées en tenailles, le thorax allongé, les pattes grêles, les segments abdominaux un peu resserrés. Une exposition directe aux rayons du soleil leur est fatale ; mais elles sortent par les jours couverts, le soir et la nuit, elles forment alors des colonies et des légions formidables. Si en raison de l'abondance du butin, les Fourmis de visite sont surprises par l'aube du jour, elles savent construire des chemins voûtés; quand un cours d'eau se présente sur leur route, elles forment un pont eu s'accrochant les unes aux autres, et toute l'armée en marche passe sur ce radeau vivant. Quand l'inondation les surprend à la base d'une colline, dans la saison des pluies, elles se tassent en masse arrondie, placent au centre les larves et les nymphes et flottent jusqu'à une plage de salut, si elles ne peuvent attendre la baisse de l'inondation.

Leur entrée dans une habitation est aussitôt accompagnée d'une luite rapide et universelle des rats, des souris, des blattes, etc., etc., et de toute la nombreuse vermine infestant le logis; leur visite est souvent désirable. Des ouvrières de grande taille et formidables par leurs mandibules en croc ; d'autres moindres, plus effilées, plus plates, dont les mandibules ont le tranchant finement denticulé en scie et très-approprié pour déchirer les fibres musculaires, se mettent à la besogne. Les habitants des villages nègres sont fréquemment obligés d'abandonner leurs huttes en emmenant les enfants et d'attendre que les légions des Fourmis de visite aient passé. D'après Savage, ces Fourmis feraient périr sous leur nombre des animaux d'assez grande taille, tels que des poules, des cochons, des singes, de gros lézards et même des serpents pythons.

Les Fourmis tête de nègre, espèces brésiliennes de Myrmicides, appartiennent au genre Creinatogaster. Elles font des nids sur les branclif s des arbres ressemblant à une sorte de perruque noire, ce qui leur a fait donner le nom qu'elles portent. L'aspect des nids rappelle celui des guêpes arbusticoles, mais l'intérieur est bien différent de ces derniers, car il se compose de ramifications recourbées, enchevêtrées et donnant accès aux chambres ou aux galeries intérieures.

Le«; Cryptocerus des Guyanes, du Brésil et du Mexique ont des mœurs trèsdifférentes des autres Fourmis. On en connaît vivant dans les branches seules des arbres, s'en échappant ou en tombant, si l'on brise ces branches, et alors mordant les hommes qui sont au-dessous, leur aiguillon étant faible.

Ces Fourmis chassent isolément, elles sont immobiles sur les feuilles pendant plusieurs heures, les pattes repliées sous le corps, guettant comme des Araignées les insectes qui viennent à leur portée. Si on inquiète les Cryptocères, ils s'enfuient en courant de côté comme les Crabes et se cachent sous les feuilles.

Les Eciton sont des Fourmis américaines dont les morsures et l'aiguillon sont redoutables. Une des espèces les plus communes à la Guyane et au nord du Brésil est V Eciton hamatum Fabricius, nommée FoMn?«" Palicoiir ou de visite de la Guyane française. Les expéditions de ces Fourmis rappellent celles de la côte d'Afrique. Leurs légions grimpent sur les arbres et fouillent les amas de végétaux disséminés sur la terre. Une panique saisit les animaux qui se trouvent sur leur passage : les Araignées, les larves de Blattes et les autres insectes nombreux sous les feuilles mortes prennent la fuite devant les Myrmicides carnassières. Les chenilles, les larves de Diptères sont pour les Eciton une proie aisée; de plus, les Guêpes, les lourdes espèces du genre Formica, sont mises en pièces. Une colonne immense se meut dans une direction déterminée, avec des colonnes qui s'y rattachent et le butin est cherché dans tous les sens. Des neutres éclaireurs et avertisseurs vont et viennent en estafettes sur les côtés de la colonne; ils font communiquer avec celle-ci toutes les colonnes partielles. Ces éclaireurs transmettent les renseignements, commandent au besoin la retraite, si un ennemi puissant vient troubler la marche de l'armée. Les soldats neutres, reconnaissables à leur grosse tète blanchâtre et globuleuse, ne portent rien dans leurs mandibules et ils trottent sur les flancs de l'armée en frappant le sol à coups de tète dans les inégalités de la route. Ces soldats entrent pour un vingtième dans la proportion du total des autres ouvrières qui portent les larves et les nymphes. Bâtes ayant rencontré une de ces expéditions, faisant une étape temporaire sous un amas de feuilles dans un grand chemin, bouleversa l'armée. Les petites ouvxières enlevèrent rapidement les amas d'oeufs, de larves et de nymphes; mais beaucoup d'autres, parmi lesquelles un nombre considérable de soldats, se jetèrent sur Bâtes et l'attaquèrent avec furie.

Tous les Eciton sont des Fourmis agiles, intelligentes et carnassières; ces insectes voyagent continuellement en quête de butin et ne nidifient pas. La ponte des femelles et les soins donnés aux larves ont lieu dans les haltes ; cellesci sont prises dans un creux du sol, dans un trou d'arbre, un abri.

La colonie s'ébranle bientôt et disparaît, voyageant de nouveau. G. Bar a vu, à la Guyane, une colonne à'Eciton obligée de traverser une légion des OEcodoma dont il sera bientôt question, légion en activité de marche avec les feuilles coupées qu'elles portent. Au moyen d'ouvrières cramponnées au sol par leurs pattes et sur lesquelles montèrent par étages d'autres Fourmis, les Eciton formèrent deux murailles à cinq ou six centimètres l'une de l'autre, la marche des Œcodoma fut ainsi rompue et la file des Eciton passa triomphalement entre ces deux murailles vivantes.

Il me reste à parler des Œcodoma exclusivement phytophages dont la principale espèce de la Guyane est V Œcodoma cephaloles, que nous venons de voir aux prises avec VEciion hamatum. Cette espèce n'a qu'un aiguillon faible ou

rudimentaire et porte le nom de foMrmz-manzoc parce qu'elle mange les graines de cette plante alimentaire ; elle abonde dans les plantations. L'Œcodoma creuse sous terre de vastes fourmilières indiquées par un monticule de terre de couleur plus claire que le sol avoisinant et dont l'entrée est reliée par des canaux souterrains avec le centre. D'immenses colonies de butineuses sont occupées sans relâche à dépouiller de leurs feuilles tous les arbres voisins, surtout les espèces <iultivées. Les feuilles sous la dent d'ouvrières à tète énorme sont sectionnées au pétiole et tombent comme de la pluie, d'autres ouvrières les découpent en morceaux et les emportent, cheminant ainsi sous des morceaux de feuilles souvent dix fois plus grandes que leur corps ; elles ne négligent pas les petites branches. Finalement, l'arbre dépouillé ressemble, dit S. Mérian, plutôt à un balai qu'à un arbre. Les feuilles sont amoncelées dans des dômes de terre et servent à nourrir les Fourmis ainsi que des morceaux de fruits et des graines. Les ouvrières qui vont butiner sont dix fois plus petites que les soldats et celles qui ne quittent pas le terrier sont six fois plus petites. Toutes ces ouvrières manquent d'ocelles. Les soldats, de taille énorme, ne coupent pas de feuilles et ne vont pas aux provisions, ils se tiennent à l'intérieur de la fourmilière. Si l'on y enfonce un bâton ou si l'on remue les trous d'entrée, on voit sortir les gigantesques soldats dont la tête volumineuse porte un ocelle au milieu du front et qui ressemblent à des Cyclopes émergeant de leurs souterrains. Les soldats gardent l'entrée des ti'ous, comme des sentinelles, avec leurs mandibules écartées. C'est en juin, juillet et août qu'ont lieu les grandes migrations causées par le manque de nourriture. La troupe des OEcodomes est suivie de bandes d'oiseaux; elle se meut dans tous les sens et parait confuse, mais en réalité elle avance lentement dans une direction déterminée.

§ III. Fourmis nuisibles. Nous trouvons pour Içs Fourmis les mêmes faits que pour beaucoup d'autres insectes qui, suivant les espèces, sont ou nuisibles, ou utiles, ou indifférents pour l'homme.

Les Fourmis moissonneuses, VAtta structor, répandue dans le tiers méridional de la France et en Corse, et VAtta barbara d'Algérie sont très-nuisibles en enfouissant beaucoup de semences {voy. pag. 756), des grains de blé, de riz, des graines de fourrage artificiel et de plantes potagères.

Les espèces de Formicides qui recherchent les émissions sucrées des Aphidiens et des Cochenilles excitent ces Hémiptères fixés aux végétaux par leur suçoir à retirer le suc des plantes pour une nutrition plus considérable, et les plantes sont épuisées plus vite. A ce ppint de vue, les Lasius niger, alienus, emarginatus, sont nuisibles aux jardins, ainsi que les Foi^mica cinerea et fusca. Le Lasius flavus, à nid souterrain, est nuisible pour les prairies en élevant des Pucerons radicicoles qui épuisent les plantes graminées.

On accuse fréquemment les Fourmis d'être préjudiciables aux fleurs et aux fruits. Les Formica fusca et rufibarbis vont lécher dans les corolles la matière sucrée des nectaires, mais sans nuire à ces fleurs plus que les Abeilles et les Bourdons. Quant aux fruits, les Fourmis ne peuvent entamer ceux dont l'enveloppe est saine et ne lèchent que les fruits déchirés par les oiseaux ou crevassés après la pluie. Les Fourmis qui grimpent sur les arbres fruitiers ne sont donc incommodes que par leur visite aux Pucerons et aux Gallinsectes ; elles ne sont préjudiciables qu'aux fruits trop mûrs et fendus.

Dans les forêts, il est incontestable que certaines Fourmis lignicoles causent

des dommages : ainsi le Lasiiis fuliginosus qui établit sa fourmilière sur les arbres, les Camponotiis Ugniperdus et C herculeanus qui minent la base des vieux troncs. Parfois les Fourmis mineuses du bois attaquent les poutres et les planchers de nos maisons ; mais les travaux faits à découvert sont accessibles à la vue, on peut y pourvoir, eu empêcher l'extension, en réparer les effets. Ils n'ont pas le danger du travail caché des Termites [voy. Termites).

Les provisions des cuisines et des offices sont parfois infestées par les Fourmis errantes qui pillent les denrées alimentaires, les biscuits, les confitures ou gelées, etc., et dont les essaims sexués viennent s'abattre le soir dans les appartements. Ce sont principalement le Lasius emarginatus et le Pheidola pallidula du Midi. Dans les grandes villes de toute l'Europe, une minuscule Fourmi jaune à bande noire, la Fourmi de Pharaon [Monomorium Pharaonis Linné) établit dans les maisons ses fourmilières profondément cachées. Cette petite espèce détruit rapidement les viandes conservées ou cuites, les provisions de sucre, de chocolat, les insectes des collections qu'elle réduit en poussière; ses dégâts sont extraordinaires, au point d'obliger certains commerçants à changer de magasins. J'ai éprouvé les ravages de cette espèce pendant le siège de Paris, au coin des rues de Lille et du Bac, et je n'ai jamais pu découvrir sa fourmilière; les colonies innombrables dévoraient les provisions et tout ce qu'elles trouvaient à leur gré, pénétrant dans les armoires, les tiroirs, les boîtes en apparence bien fermées ; je les ai rencontrées dans toutes les parties de mon appartement. Les insufflations de poudre de Pyrèthre n'ont eu qu'un médiocre succès.

Beaucoup de Fourmis laissent une odeur désagréable sur les objets qu'elles ont touchés, elles s'introduisent dans les vêtements à la campagne et mordent avec fureur ou piquent assez fortement. La Formica cinerea surtout, les F. rufiharbis, exsecta, divers Lasius et Myrmica, le Tetramorium cœspitum sont dans le premier cas. La piqûre de la Myrmica ruhida est douloureuse, celle des Myrmica kevinodis et ruginodls connues sous les noms de Fourmis rouges, l'est pareillement. Les fourmis exotiques ont une morsure violente, et de ce nombre est VOEcodoma cephalotes {voy. pag. 761), mais ses, morsures ont été employées comme moyen thérapeutique : car ses mandibules servent de serres-fines pour les plaies.

Les Fourmis de nos bois et forêts, des genres Camponotus et Polyergus, ont une morsure douloureuse, accompagnée d'une salive acre. De plus, certains Formicides éjaculeut à distance de l'acide formique fort pénible s'il atteint les yeux, telles sont les Formica rufa, pratensis et truncicola; l'acide formique d'une fourmilière peut produire un érythème des téguments, même de petites vésicules ou bulles. Les Fourmis exotiques, celles qu'on appelle Flammants, des bois de Gayenne, les Fourmis de feu, de Surinam, occasionnent par leurs morsures de la fièvre et des rougeurs érysipélateuses. Adanson a éprouvé la nocivité des Fourmis rouges du Sénégal, logées dans les branches d'un Chrysobalaue, et qui se jettent sur les personnes qui les approchent ; il a eu le visage et les mains couverts d'ampoules semblables à des brûlures.

Pour empêcher les Fourmis de grimper sur les arbres fruitiers, on peut recouvrir le tronc d'une couche de blanc de craie friable où leurs pattes ne peuvent tenir et qui s'éboule sous l'insecte, ou mieux encore, comme résistant à la pluie, d'un anneau de goudron ou de glu. La laine fortement cardée produit un effet préservatif analogue.

Les Fourmilières nuisibles seront détruites par l'eau bouillante, par l'essence de térébenthine, le pétrole; je n'oserais pas conseiller l'arsenic et le sublimé. Ou doit rechercher dans le midi les Nids des Atta et les traiter de la sorte. Les Fourmis qui envahissent les maisons et dont la fourmilière est introuvable seront prises avec des appâts , dans une assiette à bords relevés et garnie de miel, ou bien au fond de vases à goulot étroit, remplis en partie de liqueur sucrée. Les Fourmis qui s'y rendent ne peuvent en sortir. De plus, on place, sur le parcours habituel des colonies des éponges ou des linges imbibés de mélasse, de miel, de liqueur sucrée, et ces éponges seront jetées dans l'eau bouillante quand elles seront couvertes de Fourmis. Les insufflations de poudre de Pyrèthre ne m'ont point semblé très-efficaces. On a recommandé aussi la fumée de tabac, la décoction de cette plante, la suie, etc.

. Un affreux supplice a été en usage dans les peuplades méridionales à l'aide des Fourmis. On enterrait à demi le condamné, il était ensuite frotté de miel et restait exposé aux atteintes des insectes qui envahissaient toutes les parties découvertes de son corps, le faisant ainsi périr lentement.

§ IV. Fourmis utiles. Un assez grand nombre de Fourmis nous rendent des services indirects en détruisant des insectes nuisibles ; elles mettent à mort des Chenilles, des Criquets, etc., et empêchent même des insectes dévastateurs de s'abattre sur les végétaux qu'elles occupent déjà. Les entomologistes savent que les insectes autres que les myrmécophiles sont rares dans les endroits où se trouvent beaucoup de Fourmis. Dans le» forêts, les arbres occupés par les Formica rufa et exsecta sont préservés des Scolytes nuisibles.

Les Fourmis dissèquent en quelque sorte les petits cadavres d'animaux mammifères, oiseaux, lézards, et ne laissent que le squelette ; celui-ci est dépouillé de ses parties molles.

Les espèces chasseresses de petits articulés sont des Formica, des Myrmica surtout, des Tetramorium, Tapinoma, Lasius. Les grandes espèces de Formicides transportent des insectes blessés ou morts par les chemins.

La récolte des larves et nymphes de Fourmis pour les jeunes oiseaux des faisanderies est connue de tous les éleveurs de ces oiseaux. Les personnes qui récoltent les larves des Fourmis ont les mains et les bras couverts de morsures spéciales. Vernois et Tardieu ont insisté sur les signes médico-légaux que présentent les récolteurs des faisanderies.

On trouve au Mexique le très-curieux genre de Fourmis produisant le miel et nommé par Wesmael : Myrmecocystiis. Ces Fourmis ont le premier segment abdominal pourvu d'un nœud, des mandibules triangulaires et très-dentées. Les ouvrières seules du Myrmecocystus meUigerus Llave sont connues; ces ouvrières de deux sortes ont, les unes l'aspect des Fourmis ordinaires ; mais les autres, que l'on mange, sont immobiles, demeurent accrochées et serrées les unes contre les autres à la voiîte souterraine des fourmilières de l'espèce. Leur abdomen est extrêmement gonflé, de la grosseur d'un grain de groseille ou de petit raisin, transparent comme du cristal, n'offrant plus trace de segments. Ces insectes ressemblent à de petites bouteilles sphériques dont le goulot serait représenté par la tête et le thorax. Ces Fourmis portent au Mexique les noms vulgaires de busileras, de hornigas mieleras ou mochileras, c'est-à-dire Fourmis à miel ou à poche. Le miel est d'un goût agréable, les enfants déterrent les fourmilières et sucent les gros abdomens sucrés de ces Fourmis incapables de se mouvoir. Le

thorax et la tête étant arrachés, on sert comme friandise ou entremets les ahdomens de ces Fourmis sur une assiette. De Normann a observé que ce miel est dégorgé dans des réservoirs spéciaux qui rappellent les alvéoles à miel des Abeilles.

La Myrmica riifa laisse en marchant une trace rouge sur le papier de tournesol, due à l'acide formique, et plus marquée lorsque l'animal est irrité. L'acide formique peut être recueilli dans la fourmilière sur un morceau de sucre jeté dans l'intérieur et qui bientôt renferme assez de cet acide pour pouvoir faire une limonade spéciale. Les naturels des contrées chaudes placent, dit-on, une calebasse pleine d'eau sur une fourmilière ; cette eau se charge d'acide formique et sert alors à divers usages domestiques.

V Œcodoma cephalotes. Latreille, qui est si nuisible à la Guyane et au Brésil {voy. pag. 761) par ses colonies dévastatrices et qui mord si fortement qu'on peut arracher le corps sans que la tète lâche prise, a été utilisée. Les naturels du Brésil l'emploient encore aujourd'hui pour les sutures chirurgicales. La tète pourvue de fortes mandibules agit comme les serres-fines. '( Les sauvages emploient la même espèce pour retenir rapprochés les bords d'une plaie; ils font mordre par cet insecte les deux bords , puis lui arrachent l'abdomen et le thorax et ne laissent par conséquent que la tête, qui maintient ainsi les lèvres de la plaie rapprochées. Il n'est pas rare de voir des Brésiliens indigènes qui ont ainsi une plaie en voie de cicatrisation au moyen de sept à huit tètes de cette Fourmi .» (L. Reiche, Annales de la Société entomologiqiie de France, 2« série, t. n, bull. p. LXYII.)

De Humboldt, dans son voyage dans l'Amérique équinoxiale, parle d'une Fourmi dont on emploie les nids, formés d'une sorte d'amadou spongieux d'origine ligneuse, pour étancher le sang : c'est la Formica spinicollis Latreille, des bords de FOrénoque. Une autre espèce voisine, Foi-mica fungosa Fabricius, construit un nid, à Surinam, avec les poils feutrés des Bombax, et ce nid de couleur roussâtre sert aux mêmes usages hémostatiques.

Je noterai seulement pour mémoire que l'alcool et la distillation enlèvent aux Fourmis fauves, avec l'acide formique, une huile acre qui servait à la composition de la préparation connue sous le nom d'Eau de magnamité d'Hoffmann, et qui passait pour aphrodisiaque.

8 V. Classification des Fourmis. Les Formicides ont été divisées en trois grandes sections : les Formicides vraies, les Ponérides, les Myrmicides.

Les Formicides vraies sont caractérisées par l'état rudimentaire ou l'absence de l'aiguillon chez les femelles et les neutres, un seul article au pédicule abdominal, pas de rétrécissement après le premier segment proprement dit de l'abdomen. Les nymphes sont tantôt nues, tantôt entourées d'une coque ou cocon soyeux. Genres principaux : Formica, Lasius, Camponotus, Colohopsis, Polyergus.

Les Ponérides ont un aiguillon chez les femelles et les ouvrières, un seul article ou pédicule abdominal , une coarctation ou un resserrement à l'abdomen après le premier segment ; nymphes contenues dans un cocon. Genres principaux : Ponera, Anomma.

Les Myrmicides sont armées d'un aiguillon chez les femelles et les ouvrières, pédicule de l'abdomen avec deux articles ou nœuds; nymphes toujours nues, sans cocon. Genres principaux : Myrmica, Telramorium, Crematogaster, Eciton, Daceton, Atta, Œcodoma, Cryptocerus, Myrmecocystus {voy. Cochenilles, Insectes, HïMÉNOPTÈRES, Pucerons). A. Laboulbène.

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