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OBSERVATIONS

Cours d'eau des hautes montagnes.

Isère . . .

Durance. .

Ariége. . .

Neste. . .

Adour. . .

Bonneville. .

Seyssel. . '. .

Lyon

Valence. . .

Grenoble . .

le Pei'luis. .

Foix . . . .

Sarrancolin .

Bacnères-B..

Cours d'eau des basses montagnes.

Roanne . .

Moulins. .

Les Vignes.

Crest . . .

Ajaccio . .

Cours d'eau des plateaux et plaines.

Verdun . . .

Picquigny. .

Paris . . . .

Lavdl . . . .

Châteaiiroux .

Le Blanc . .

Caliors.. . .

Gignac. . .

Cours d'eau des montagnes traversant des plaines.

Alpes |Rliône. .

Pyrénées Garonne.

(Adour. .

Plateau CENTRAL. Loire. .

Beaucaire .

la Béole. .

Dax. . . .

Saùmur.

o,io

Les grandes crues sont dues aux pluies torrentielles ou à celles de longue durée, dont les eaux s'écoulent rapidement à la surface du sol, dès que les parties superficielles de celui-ci sont suffisamment imbibées. La fonte des nei"-es des hautes montagnes paraît seulement grossir les cours d'eau qui en descendent, mais moins subitement et pendant une plus longue durée. Les crues torrentielles peuvent avoir lieu en toutes saisons, mais elles ne font pas un effet considérable sur la partie basse des rivières quand elles sont seules.

Aux crues torrentielles succède, pour chaque cours d'eau, une crue moyenne, tranquille, beaucoup plus basse, due à l'égouttement lent du sol et aussi au gonflement des sources : elle dure par conséquent plus longtemps. Ces crues moyennes, en s'ajoutant à chaque confluent, finissent par produire dans bipartie basse du cours d'eau une crue qui ne s'écoule que lentement et qui est moins

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élevée que la crue torrentielle qui est passée quelques jours auparavant. Les crues tranquilles ont lieu en hiver et au printemps, pour les rivières des pays de plaines, lorsque les sources ont leur plus grand débit. Mais pour les rivières des pays de montagnes, c'est pendant le printemps et la première moitié de l'été, lors de la fonte des neiges. Si, dans ces moments, un orage violent augmente leur débit, on a les longues crues.

Les rivières sujettes à de ijrandes crues inondant la prairie ne sont favorables ni aux marais, ni aux tourbières; car, d'une part, leurs lits profonds, encaissés, facilitent l'égouttement et le dessèchement des alluvions perméables, à l'époque des bassese aux; et, d'autre part, les crues torrentielles, chargées de sédiments boueux, s'opposent aussi à leur établissement, tant en les empâtant au'en les dégradant constamment. Les cours d'eau sans crues, au contraire, dont les eaux toujours limpides ne sont pas encaissées et coulent à pleins bords dans un terrain perméable , y entretiennent l'humidité nécessaire à la végétation tourbeuse.

Les cours d'eau de la France se répartissent dans les cinq grands bassins hydrographiques précités et leurs annexes ; leurs particularités seront indiquées dans le même ordre.

De même qu'il y a des bassins hydrographiques qui ne sont séparés les uns des autres, dans certaines parties de leur contour, que par des lignes de partage presque insensibles : les bassins de la Seine et de la Loire dans les plaines de la Beauce, dites plateau d'Orléans ; les bassins de la Garonne, de la Leyre et de l'Adour, dans la plaine des Landes, de même il y a des sources qui donnent naissance à des ruisseaux ou à des rivières qui se bifurquent, et dont les bras vont se rendre dans des rivières ou des fleuves appartenant à des bassins différents, de second ou de premier ordre.

Le premier exemple, signalé par Al. de Humboldt, lors de son voyage dans le continent américain, est la bifurcation de l'Orénoque, dont le bras septentrional va directement à l'Océan sans changer de nom, et dont l'autre sous le nom de Cassiquiare va se jeter dans le Rio-Negro, un des affluents de l'Amazone. En France un fait semblable existe, mais sur une petite échelle : le Grand-Morin. qui prend sa source à environ 10 kilomètres au N. de Sézanne (Marne), s'y divise à 167 mètres d'altitude en deux branches dont l'une, continuant à porter ce nom, va se jeter dans la Marne en aval de Meaux, à 46 mètres, tandis que l'autre, moins considérable, va, sous le nom de rivière des Auges, se perdre dans l'Aube, à 80 mètres, un peu en amont de son confluent avec la Seine. La Marne et la Seine ont leur continent en amont de Paris par 50 mètres d'altitude.

BIlin et affluents. Annexes. Le Rhin, qui naît dans les Alpes des Grisons, alimente le lac de Constance (Boden-See), s'y éclaircit, et un peu en aval de Schaffhouse occasionne la chute de Laufen, de 15 à 20 mètres. A Bâie, à son entrée en France, il débite en moyenne 1000 mètres cubes d'eau par seconde; là il entre dans le bassin moyen et sa navigation commence à devenir régulière, quoique difticile encore. Ses eaux abondantes et rapides jusqu'à Strasbourg sont plus lentes en aval jusqu'à la Lauter ; il enveloppe de ses bras une nailtitude d'îles basses qu'il ronge ou modifie incessamment par de nouvelles alluvions.

L'iU, qui a sa source au pied du Glassberg, sur les dernières pentes du Jura,

se perd sous terre et reparaît peu après, près de Lingsdorf. Elle entre à

240 mètres d'altitude dans la plaine d'Alsace à laquelle elle a donné son nom.

Elle y coule mollement, en se divisant surplusieurs points en divers canaux et en

DICT. ENC. .r S. IV. 2i

570 FRANCE (GÉoGhAPiuK.),

recueillant sur sa rive gauche les torrents des vallées vosgiennes ; elle arrose Allkirch, Mulhouse, Colmar, Schélestadt, et altemt le Rhin en aval de Strasbourg.

La Moselle, qui a sa source au col de Bussang, à 755 mètres, devient en partie souterraine pendant 1 kil. A Remiremont elle reçoit à 569 mètres la Moselotte, renommée par l'abondance de sa principale source et par la beauté de ses cascades. Avant Épinal elle rejoint la Yologne descendue des Vosges par une série de chutes, en emportant avec elle les eaux des lacs pittoresques de Relournemer, de Lon^emer et de Gerardmer; elle arrose Toul. Son principal affluent, la Meurtlie, formée de deux ruisseaux près du col de la Schlucht, roule presque autant d'eau que la Moselle, au confluent de Frouard. D'autres affluents plus petits sont la Seille, l'Orne et la Sarre.

Les annexes du Rhin sont : la Meuse, qui naît à la fontaine de Meuse par 409 mètres, disparaît sous terre au village de Bazeilles, à l'époque des basses eaux, pour reparaître, à 5 kilomètres de là, près de >'eufchâteau; elle arrose ensuite Commercy, Verdun, Sedan et Mézières. KUe a pour affluents : le Chiers de Montmédy, la Semoy de Belgique, dont les eaux sont d'une limpidité remarquable. La Sambre, qui naît à 210 mètres, est rendue navigable presque aussitôt par le canal de la Sambre à l'Oise ; elle ne rejoint la Meuse qu'à Naraur en Belgique. La superficie de la partie fri<nçaise est de 7800 kilomètres carrés.

V Escaut, à quelques kilomètres au-dessous du Catelet, reçoit le canal de Saint-Quentin, qui sort de son long souterrain, et il devient ainsi presque à son origine une ligne de navigation importante. Il arrose Cambrai et Valenciennes, reçoit à la frontière la Scarpe, d'Arras et Douai, et seulement à Gand la Lys. L'Yser traverse la région marécageuse des Moères. Enfin ïAa de Saint- Omer atteint la mer à-Gravelines. La superficie atteint 8700 kil. carrés.

Seine et affluents. Annexes. La Seine, dont la triple source est à 471 mètres dans le pelit vallon boisé dit Combe de la Douix, se grossit tout d'abord de quelques sources importantes ; elle disparaît bientôt près de Chanceaux, pour reparaître dans le pré de la Chapelle, près de Billy. A Chàtillonsur-Seine, son lit asséché par un terrain calcaire, poreux, est rempli de nouveau par l'abondante source de la Douix. Son premier affluent, la Laignes, qui naît sur le même plateau, se perd bientôt aussi dans un gouffre, mais reparaît 20 kilomètres plus loin. A Bar-sur-Seine, la rivière, qui a reçu quelques affluents notables, commence à être navigable à l'aide du canal de la Haute- Seine. Bien au delà de Troyes, elle reçoit l'Aube, qui a arrosé Bar-sur-Aube et Arcis-sur-Aube.

L'Yonne, qui a sa source dans les étangs de Belle-Perche, au pied du mont Prénelay, se rend dans la Seine à Montereau, apportant plus d'eau que la Seine elle-même et bien plus sujette qu'elle à des crues rapides, à cause du sol imperméable et boisé dans lequel elle naît ainsi que ses premiers affluents. Elle arrose Château-Chinon, Glamecy, Auxerre, Joigny et Sens, et reçoit successivement la Cure et le Cousin d'Avallon, le Serein de Chablis, et l'Armançon de Semur et Tonnerre.

La Seine reçoit à Moret le Loing de Montargis, passe à Melun et Corbeil et reçoit l'Yères qui, malgré d'abondantes sources, n'a pas beaucoup d'eau, parce qu'elle en perd une grande partie en traversant des terrains poreux. JJa peu avant l'entrée dans Paris s'y déverse la Marne, qui prend sa source à la fontaine de Marnotte par plus de 580 mètres. Cette rivière passe au pied de Langres et

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tle Chaiimont, arrose Yltrv-le-François, Chàlons, Epernay, Cliàteau-Tliierry et Meaux, en recevant la Biaise de Wassy, la Saulx et l'Ornain de Bar-le-Duc, le Petit-Morin, lOurcq et le Grand-Morin de Coulomtniers.

11 y a sur le cours de la Marne huit petits canaux ou dérivations d'une longueur totale de 29 kilomètres, destinés à faciliter la navigation, sans compter le canal latéral d'une longueur de J37 kilomètres, A Saint-Maur, près de son confluent, elle roule à l'étiage 15 mètres cubes et 1500 mètres cubes dans les grandes crues. Elle forme là un dernier méandre, dit boucle de Marne, dont un cauid souteri'ain épargne le détour à la navigation.

La Basse-Seine commence à Paris, où l'altitude du fleuve à l'étiage du Pont- Royal, à l'époque des plus basses eaux, est de 24'", 50. La Seine, à Paris, ne débite jamais moins de 44 mètres cubes d'eau ; souvent elle ne descend pas audessous de 75 mèti'es cubes à l'étiage, et la moyenne est d'environ 50 mètres. Dans les plus grandes crues elle ne donne jamais plus de 2000 mètres cubes d'eau, et 250 mètres constituent son débit moyen.

En aval, où son cours est lent et sinueux, elle reçoit l'Oise, qui prend sa source en Belgique, et arrose successivement La Fère, Compiègne et Pontoise en recevant successivement la Serre des environs de Vervins, l'Aisne de Sainte- Ménehould, Vouziers, Relhel et Soissons, laquelle avait reçu l'Aire de Clermonten-Argonne, puis la Yesle de Reims et enfin le Tliérain de Beauvais.

Après Mantes et les Andelys, et avant Bouen, la Seine reçoit l'Eure, qui passe à Chartres et à Louviers, où elle devient navigable après avoir reçu l'itop d'Evreux, qui en amont se perd dans les sables pendant 15 kilomètres. Ln affluent plus supérieur est l'Avre. La Bille, dernier affluent direct de la Seine, reçoit la Charentonne deBernay et passe à Pont-Audemer.

A Bouen commence la navigation maritime ; la marée se fait sentir même au delà, jusqu'à Pont-de-l'Arche. C'est ce qui a fait de Rouen le grand port de la Seine, lorsque les chemins de fer n'existaient pas et que le commerce employait des bâtiments d'un faible tonnage. De Rouen à l'embouchure, le fleuve devient plus large et plus profond. A Quillebœufil a près de 2 kilomètres 1/2 et au S.-O. s'étend le vaste marais Yernier; mais des bancs de sable mouvants obstruaient son coui's et, à marée basse, ne lui laissaient pas 1 mètre de profondeur ; cet obstacle, joint à la barre qui, à marée haute, remonte avec furie jusqu'au delà de Jumièges, nuisait à la navigation ; on y a remédié par de grands endiguements qui ont approfondi le chenal et fixé les grèves de Quillebœuf, qu'on livre peu à peu à la culture. Au delà de la pointe de Tancarville, commence l'estuaire de la Seine qui a 10 kilomètres entre Ilonfleur et le Havre, qui est à l'extrémité de la rive droite et dont le port s'ouvre sur k mer. Le baiSin de la Seine a une superficie de 78 000 kilomètres carrés.

Les annexes de la Seine peuvent être répartis en trois groupes : du Pas-de- Calais à l'embouchure de la Seine, de celle-ci au Cotentin, enfin de celui-ci à l'extrémité de la Bretagne, vis-à-vis de l'ile d'Ouessant. Leur superficie totale est de 59 000 kil. carrés.

Du Pas-de-Calais à l'embouchure de la Seine se trouvent successivement la Canche de Montreuil ; YAuthie de Doullens ; la Somme, qui arrose Saint-Quenlin, Péronne, Amiens et Abbeville. Cette rivière est ensuite doublée d'un large canal qui rend cette dernière ville accessible à la navigation maritime ; elle débouclie dans une baie vaseuse tout endiguée. Yiennoit enfin la B>'es]e d'Eu et YAraueS' Béthune de Neufchàtel.

572 FRANCE (géographie).

De l'embouchure de la Seine au Cotentin viennent successivement : h Tûucques fie Lisieux, la Dires du pays d'Auge, VOrne, qui passe à Argentan et à C;ien et qui est remplacée par un canal de cette ville à la mer; puis la SeuUes et enfin la Vire, qui a pour aifluent l'Aure qui, après s'être grossie de la Dromme,. se perd par une suite de crevasses qu'on appelle Fosses-du-Soucy, et reparaît en partie sur la grève de Port-en-Bessin, en partie dans l'Aure inférieure, qui commence 1 kilomètre plus loin ; à l'époque des crues, l'Aure supérieure coule par-dessus les Fosses.

De la pointe du Cotentin à celle de Corsen et à l'île d'Ouessant, on rencontre la Sienne près de Coutances, le Sée d'Avranchcs, la Sélune, le Couesnon de Falaise, dont l'accès de l'embouchure ensablée est facilité par un canal qui n'en rend pas la navigation plus fréquente ; la Rance de Dinan et Saint-Malo, dont le canal d'Ille-et-Rance emprunte une partie du cours, le Trieux de Guingamp, le Gner de Lannion, etc.

Loire et affluents. Annexes. La Loire est le plus long fleuve de France elle seul dont le bassin tout entier soit en France. Elle naît à 1408 mètres, au pied du Gerbier-de-Jonc, qui a 1551 mètres, descend en tondent pendant 5 kilomètres et n'est plus qu'à 1234 mètres; après avoir reçu un torrent plus long venu de la Croix-de-Mûutouse. Après être passée devant le lac d'issarlès et devant le Puy, elle traverse par deux chutes la gorge de Saint-Victor avant de déboucher à Saint-Rambert dans la plaine de Montbrison, parsemée de nombreux étangs. Elle traverse de nouveau une gorge étroite, le Saut-de-Pinay, et entre dans la plaine. Sa pente moyenne est jusqu'ici de 4'", 50 par kilomètre. A Roanne la navigation commence avec le canal latéral, quoiqu'elle soit nominalement navigable depuis le pont de la Noirie. Elle reçoit successivement le Lignon, la Reconce, l'Arroux,. dont un affluent, la Bourbince, est suivi par le canal du Centre, puis la Besbre et enfin l'Aron longé par le canal du Nivernais.

L'Allier, qui naît à 1426 mètres, dans un ravin de la forêt de Mercoire, débouche près de Brioude par 426 mètres dans la plaine de la Limagne ; il passe ensuite près d'Issoire et à Moulins. C'est une rivière capricieuse, sujette à des crues non moins redoutables que celles de la Loire et bien médiocrement navigable; elle reçoit la Senouire, l'Alagnon de Murât, le Dore et la Sioule.

Après Nevers et le confluent de l'Allier le fleuve, passant à Cosne et Gien,. s'étale dans un lit beaucoup trop large pour lui à l'époque des basses eaux, renfermant des îles verdoyantes et des bancs de sable jaunâtre. Tantôt il y serpente en filets, et à l'étiage, c'est-à-dire aux plus basses eaux, il ne débite au-dessous du confluent de l'Allier que 50 mètres cubes d'eau par seconde; tantôt il l'emplit et y roule impétueusement une énorme masse d'eaux limoneuses que des digues, souvent impuissantes, empêchent seules d'monder les campagnes voisines; dans la grande crue de 1856, il débitait 9000 mètres cubes par seconde.

Dans son cours supérieur, coulant en grande partie, ainsi que l'Allier, sur des terrains imperméables et à pentes rapides, la Loire a ses eaux de suite ramenées dans le thalweg et elle est le plus variable de nos grands fleuves.

A Orléans, dans un lit deux fois grand comme celui de la Seine à Paris, elle ne débite guère à l'étiage que le tiers de l'eau qui passe- sous les ponts de Paris en été. Un affluent de 12 kilomètres seulement de longueur, le Loiret, naît de deux sources toutes voisines, donnant même dans les plus basses eaux prèsdun hectolitre par seconde. 11 est pnbablc qu'elles sont produites par des

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infiltrations de la Loire elle-même, dont une partie des eaux se perdrait sous le sol au coude de So.ndillon et reparaîtrait 7 kilomètres plus loin.

Le Cosson et le Beuvron de la Sologne atteignent la Loire à Candé au-dessous de Blois. Le Cher entre dans la plaine d'alluvion à Montluçon par 202 mètres, où commence un embranchement du canal du Beny ; il est redoutable par ses débordements et la navigation y est peu active ; il passe à Saint-Amand-Mon- Irond, reçoit successivement l'Yèvre de Bourges suivie par le canal du Berry, rArnon, la Sauldre de Boraorantin, puis débouche dans la Loire près de Tours ; mais il continue dans la vallée jusqu'au conOuent de l'Indre qui descend de Chàteauroux et de Loches.

La Vienne, sujette à de grandes crues dans sa partie supérieure, passe à Limoges, Confolens, Chàtellerault et Chinon, et débouche dans la Loire àCandes, après avoir reçu le Clain de Poitiers, la Creuse d'Âubusson et du Blanc, qui avait reçu la Gartempe de Bellac et Montmorillon et son afiluent le Langlin, enfui la Glaise de la Brenne. A Saumur, le Thouet de Parlhenay se perd dans la Loire et aux Ponts-de-Cé l'Authion, qui courait parallèlement.

Un peu au-dessous d'Angers, la Loire reçoit la Maine, continuation de la Mayenne qui passe à Mayenne, Laval et Château -Gontier, après avoir reçu la Sartlie d'Alençon et du Mans, laquelle a elle-même pour grand affluent le Loir deChâleaudun, Vendôme et La Flèche.

Enfin la Loire reçoit à Nantes l'Erdre et au devant la Sèvre-Nantaise, et plus bas l'Acheneau qui porte le nom de Boulogne au-dessus du lac de G-rand-Lieu. Le cours du fleuve est semé d'une multitude d'îles et de bancs de sable qui font varier le chenal et contribuent avec les eaux, tantôt trop hautes et tantôt trop basses, et les vents souvent contraires, à rendre la navigation toujours difficile ; en amont du confluent de la Vienne, elle est presque nulle ; en aval elle est un peu plus considérable; les bâtiments même d'un tonnage moyen ne peuvent remonter jusqu'à Nantes. Dans cette ville, le fleuve, plus régulier dans son régime depuis qu'il coule dans les plaines, débite au moins 300 mètres <iubes d'eau par seconde, et n'en fournit jamais plus de 6,115. C'est pour éviter les inconvénients de ce port qu'on a construit récemment à l'embouchure le port de Saint-Nazaire mieux situé que l'ancien port de Paimbœuf. La Loire débouche à rOcéan entre la pointe de Chémoulin et celle de Saint-Gildas, distantes de 12 kilomètres. Son bassin a une superficie de 116 600 kil. carrés.

Les annexes sur le golfe de Bretagne sont : la Vilaine, qui passe à Vitré et ireçoit à Rennes l'ille, qui par le canal est mis en communication avec la Rance de Dinan et Saint-Malo; à Redon elle reçoit au N.-E. l'Oust, et un peu plus bas, duS.-E, l'isac; tous deux sont suivis par le canal de Nantes à Brest. ?]nfm elle se termine par un vaste estuaire.

Le Blavet, dont une partie du cours, de Goarec à Pontivy, est suivie par le canal précédent; il aboutit ainsi que le Scorff à un estuaire vaseux dans lequel se trouve cependant Lorient, un de nos grands ports militaires.

Viennent ensuite la rivièie de Quhnperlé qui termine l'EUé, VOdet de Quimper et enfin l'Aulne continué par la rivière de ChâteauUn, qui se termine au fond de la rade de Brest. La superficie de toutes ces annexes atteint 18 000 kil. carrés.

Garonne et afjluents. Annexes. La Garonne prend sa source en Espagne dans le val d'Aran par 2000 mètres près du port de la Hourquette. La Garonne occidentale plus forte, mais moins longue, naît à plus de 1400 mètres, de plu-

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sieurs sources dites Oueil-de-Jouéou (Œil-de-Jupiter) ; très-abondantes à l'époque de la fonte des neiges, ces sources paraissent alimeutées par les glaciers de la Maladetta, dont le torrent après A kilomètres se perd avec fracas dans le trou de Toro. La rivière grossie de plusieurs autres torrents s'abîme en partie dans le goulfre de Clèdes (750 mètre?) et entre en France par l'étroite gorge du Pont-du-Roi (590 mètres) ; c'est là qu'elle devient flottable : elle reçoit d'abord la Neste de la vallée d'Aure, puis le Salât de Saint-Girons, après lequel elle Devient navigable et entre dans une plaine d'alluvion monotone, mais riche, où elle reçoit l'Ariége qui de sa source dans le pic Nègre descend en torrent rapide,, arrose Foix et Pamiers et reçoit l'Herz avant de se terminer en aval de Muret. A Toulouse débouche l'Erz suivi par le canal du Midi.

Le Tarn, un des trois grands affluents provenant du Plateau central, naît sur le flanc méridional du mont Lozère et pénètre dans les calcaires jurassiques des Causses; là il coule dans une gorge profonde de 580 mètres dont l'ouverture au sommet a 1500 mètres à peine de largeur; il s'y grossit de sources abondantes qui filtrent à travers le calcaire et sourdent dans son lit même. Après avoir reçu la Jonte et la Dourbie, il repasse de nouveau près de Millau sur les terrains primitifs où il est beaucoup moins encaissé et oià il reçoit le Dourdou et le Rancé. Après avoir formé la belle chute du Saut-de-Sabo, haute de 19 mètres, il débouche dans la plaine d'Albi où il est rejoint par l'Agout, dont les chutes ont occasionné l'industrieuse ville de Castres. Après Montauban il reçoit l'Aveyron qui arrose Rodez et Yillefranche, et il finit peu après Moissac.

Les affluents de la rive gauche de la Garonne n'ont qu'une médiocre importance ; ils descendent presque tous, disposés en éventail, du plateau de Lannemezan et des collines de l'Armagnac. Le Louge, le Touch, la Save de Lombez, la Gimone, l'Arrats, malgré la longueur de leur cours, ne sont en été que de très-minces filets d'eau bourbeuse, quelquefois des flaques d'eau stagnante.

Le Gers, qui arrose Auch et Lectoure, n'est guère plus important, et sans le canal de Lannemezan qui lui verse une partie des eaux empruntées à la Neste, il serait à sec une partie de l'année. La Baïse qui arrose Mirande, Condom et Xérac, est aussi pauvre en eau que les précédentes rivières; comme elles, elle ne doit de couler en été qu'à la dérivation de la Xeste, par le canal de Lannemezan.

Le Lot, deuxième grand affluent du Plateau central, prend sa source par 1500 mètres dans la montagne du Goulot, passe à Mende et Espalion, reçoit la Truyère à Entraygties, puis le Dourdou (un autre), le Celle de Figeac, arrose Cahors et Villeneuve et se perd dans la Garonne devant Aiguillon.

La Garonne reçoit encore l'Avance près de Marmande, le Diot après La Réole, enfin le Ciron des Landes, qui est plus régulier et plus abondant. Depuis le confluent du Tarn elle coule à pleins bords, inondant quelquefois sa riche vallée sur de vastes espaces. A Bordeaux c'est déjà un fleuve profond et large d'environ 600 mètres, dans lequel la marée montante et descendante se fait sentir jusqu'à Laiigon, au-dessus de l'embouchure du Ciron.

A 25 kilomètres en aval de Bordeaux, au Bec-d'Ambès s'y réunit la Dordogne^ presque l'égale de la Garonne par la longueur de son cours et par l'abondance de ses eaux. Près de la base du Puy-de-Sancy, par 1094 mèlres, naît le petit torrent de la Dore, qui reçoit bientôt le ruisseau de la Dogne ; ces deux torrents réunis forment la Dordogne qui n'est d'abord qu'un petit torrent. En face des beaux rochers basaltiques, dits les Orgues de Bort, s'y jette la lihue, torrent connu par la cascade du Saut de la Saule. Elle reçoit la Diège d'Ussel, la Gère d'Au-

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rillac, la Vézère qui, grossie par la Corrèze de Tulle et de Brive, parcourt une des vallées de France des plus pittoresques par ses gorges rocheuses et ses chutes. Enfin l'Isle, qui double de volume au confluent de la Haute-Vézère, dont le cours rapide foit mouvoir de nombreuses usines ; elle double encore de nouveau à Coutras par le confluent de la Dronne de Ribérac aux belles eaux limpides; elle se perd dans la Dordogne à Libourne où la marée se fait lortement sentir.

Apres le Bec-d'Ambès, le fleuve prend le nom de Gironde. C'est dès lors un estuaire, large de 4 à 15 kilomètres, qui débouche dans la mer entre la pointe de la Coubre au N. et la pointe de Grave au S,, au milieu de grands bancs de sable entre lesquels le phare de Cordouan aide les marins à se diriger. Le bassin de la Gironde a une superficie de 79 500 kilomètres carrés.

Les annexes de la Gironde sont au N. la Vie; le Lay avec son affluent de La Roche-sur-Yon ; la Sèvre-Niortaise, qui peu après sa source se perd dans un gouffre entre Brieuil et Bagnaux, et reparaît à un demi-kilomètre plus loin; elle passe à Niort et dans son cours inférieur elle reçoit l'Autize, et la Vendée de Fontenay.

La Charente, née sur le bord du Plateau central, se dirige au N.-O. à Civray, d'oià elle reprend au S. par Ruifec et Angoulême; de là elle roule ses eaux claires à l'O.-N.-O. par Cognac et Saintes à Rocbefort, l'un de nos grands ports militaires. Un affluent, la Tardoire, a sa source dans les granités du Limousin, mais parvenue dans les cilcaires juiwssiques elle a un régime bizarre : la rivière qui devrait être son principal affluent, le Bandiat, rencontre une suite de gouffres et s'y perd complètement, n'amenant que dans les grosses eaux son tribut à la Tardoire ; un peu plus loin celle-ci subit le même sort et ne porte guère à la Charente que l'eau de son dernier affluent, le Bonnieure. Mais ces deux rivières ne sont pas perdues pour la Charente : elles reparaissent à 10 et 20 kilomètres à rO. de Bois-Blanc par deux sources magnitîques qui forment immédiatement une grosse rivière de 10 kilomètres, la Toiivre.

La Seudre enfin, qui se perd sous terre sur une longueur de 2 kilomètres, court au N.-O. et forme devant Marennesun long et large estuaire dont l'embouchure est en-ablée.

Les annexes au S. de la Gironde sont la Leyre, d'un cours limpide, brunâtre comme toutes les rivières des Landes, qui se jette au fond du bassin d'Arcachon qui lui-même s'abouche avec le golfe de Gascogne au travers de la barrière des dunes.

L'Adouj^ descend en torrent rapide dans la vallée de Campan, où l'on admire sa grande cascade, et sort de la région montagneuse à Bagnères-de-Bigorre ; il passe à Tarbes, reçoit le Garros et, après Saint-Sever, le Gabas et le Luy, formé de la réunion du Luy-de-France et du Luy-de-Béarn ; ce dernier roule peu d'eau, mais cependant convertit toute sa plaine inférieure en marais dans ses débordements.

Le Gave de Pau prend sa source dans les glaciers voisins de la brèche de Roland, à 2550 mètres, tombe au fond du cirque de Gavarnie par une chute de i22 mètres, court en bouillonnant et en formant plusieurs cascades dans une suite de gorges pittoresques jusqu'à Lourdes, où il sort des montagnes; à Peyrehoradc, où il devient navigable, il se grossit du gave d'Oloron presque aussi fort que lui, et apporte peu après à l'Adour plus d'eau que n'en roule le fleuve lui-même.

576 FRANCE (géographie).

L'Adour reçoit encore la Bidouze, et à Bayonne la Nive de Saint-Jean-Piedde-Port. Il devient un fleuve facilement navigable après avoir reçu les gaves réunis de Pau et d'Oloron, et il se jette dans le golfe de Gascogne par une emboucnure qui a souvent varié, et qui, malgré de grands travaux d'endiguement, est toujours embarrassée par une barre dangereuse. L'estuaire de Vieui- Boucau, navigableà 7 kilomètres, était devenu, à la suite d'une tempête en 1260, et est resté jusqu'en 1579 l'emboucbure de l'Adour.

Le Dernier cours d'eau enfin est la Bidassoa, qui sépare la France de l'Espagne dans la partie inférieure de son cours. La superficie de toutes ces annexes atteint 43 000 kilomètres carrés.

Rhône et affluents. Annexes. Le Rhône, qui arrive trouble dans le lac de Genève, en sort clair et d'une limpidité qui étonne toujours le voyageur ; mais l'Arve lui rend bien vite des troubles qu'il ne perd plus ; peu après il entre dans une gorge entre les Alpes et le Jura et aussitôt après la jonction de la Valserine le sol calcaire est excavé, et, durant les basses eaux, il se précipite et disparaît dans le souterrain qu'il a creusé : c'est la perte du Rhône. L'industrie modezne a profité de cette force naturelle pour faire fonctionner, à l'aide d'un canal de dérivation, des turbines, et par suite des usines, au confluent même des deux cours d'eau. La grande pente de lArve (environ 18 mètres par kilomètre) en fait un des torrents les plus impétueux des Alpes, d'un maigre débit en liiver, d'un volume considérable à l'époque de la fonte des neiges.

Le Bnône de Genève à Lyon, sur une longueur de 200 kilomètres, a une pente moyenne de 1 mètre par kilomètre. Toutefois celle-ci, de la sortie dos gorges du Jura à Lyon, n'est que de 62 centimètres par kilomètre ; de Lyon à Arles elle est encore de 55 centimètres par kilomètre.

Les principaux affluents sur la rive droite sont : l'Ain, qui forme deux belles cascades en passant d'un étage du Jura à un autre.

La Saône, dont le cours est lent et n'a guère que 1 1 centimètres de pente en moyenne, depuis son point de navigabilité jusqu'au confluent, arrose Gray, Chalon-sur-Saône, Màcon, Villcfranche, Trévoux, et se perd à Lyon. Elle reçoit sur sa nve droite plusieurs petites rivières parmi lesquelles la Dheune, suivie quelque temps par le canal du Centre ; sur sa rive droite rOignon, qui descend des Vosges en passant au bas de Lure, puis le Doubs, dont la plus grande partie du cours se fait dans l'intérieur ou sur le bord du Jura.

Le Doubs, au-dessous du lac de Saint-Point et de Pontarlier, retenu par un étranglement de la vallée, perd dans le calcaire une partie de ses eaux; puis il s'étale de nouveau et forme un lac (lac de Cliaillexon ou des Brenets), à l'extrémité duquel il Mt une chute de 27 mètres, le Saut du Doubs. Il descend ainsi au N.-E. sur le territoire suisse jusqu'au pied du mont Terrible, à Sainte- Ursanne, d'oij il revient à l'O.-S.-O., puis au N., pour reprendre près de Montbéliard sa direction au S.-O. par Baume-les-Dames, Besançon et Dôle, jusqu'à Verdun. La Saône reçoit encore la SeiUe de Louhans et la Beyssouse de Bourg, sans compter plusieurs gros ruisseaux provenant de l'écoulement des étangs de la Bombes.

Après la jonction de la Saône, le Bhône reçoit encore sur sa rive droite les petites rivières suivantes, qui descendent du Plateau central :

La Doux à Tournon et l'Erieux, sujets à des crues dévastatrices; l'Ardèche, plus redoutable encore par les nombreux torrents du Vivarais qui la grossissent ; elle roule quelquefois plus d'eau dans ses débordements que le Bhône tout entier

FRANCE (hydrographie). 377

en temps moyen; dans d'autres saisons elle est presque à sec. La Cèze, torrent capricieux, est surtout remarquable par la pittoresque série de ses chutes désignées sous le nom de cascade du Sautadet. Les Gardons d'Alais et d'Anduze et le Gard sont des torrents terribles, presque sans eau à certaines époques, mais se gonflant tout à coup et dévastant leurs campagnes.

Sur la rive gauche les Alpes fournissent au Rliône les rivières suivantes :

L'Isère, qui arrose Moutiers et Grenoble, est dans sa partie supérieure un torrent qui reçoit l'Arc de laMaurienne, torrent impétueux; puis leDi'ac, non moins i.upétueux et plus dévastateur, grossi par la Romanche alimentée par les glaciers du massif du Pelvoux et renommée par les cascades de ses torrents et par les sauvages beautés de la gorge de l'Infernet et du Val dOisans.

La Drôme dans la partie supérieure, arrêtée par un ébouleuient, forme deux lacs d'où elle s'échappe par des cascades, avant de rencontrer Die : l'Eygues de iVionset d'Orange. L'Oiivèze reçoit la Sorgues, qui doit sa naissance à \ai fontaine de Vaucluse. Au pied d'un cirque de roches calcaires et perméables, coupées à pic sur une hauteur d'environ 120 mètres, cette célèbre fontaine sourd tout à coup en bouillonnant ; même à l'époque des sécheresses, elle débite un volume d'eau à peu près égal au quart de la Seine à Paris. La Sorgues se divise en plusieurs branches, reçoit la Nesque qui coule à un niveau plus élevé et dont les infiltrations dans le terrain calcaire alimentent probablement la fontaine de Vaucluse.

La Durance, grossie de divers torrents, passe à Briançon et Embrun, reçoit rUbaye de Barcelonnelte, torrent capricieux et dévastateur, le Buech à Sisteron, la Bléonne de Digne, l'Asse, le Yerdon de Castellane, formé de la réunion de trois torrents et grossi des eaux qui s'écoulent souterrainement du lac d'Allos (2259 mètres) par le Chadourin ■ enfin le Galavon d'Apt, qui possède des cascades renommées.

Tous ces cours d'eau, comme la Durance elle-même, sont des torrents impraticables à la navigation et presque au flottage , courant sur de très-larges lits de galets semés d'îlots, tantôt en minces filets, tantôt en flots précipités et dévastateurs ; sur certains points, la Durance, toute mouchetée d'îles, a jusqu'à 2 kilomètres de largeur et son lit est composé de bancs de sable formant dos d'àne. Cepcndaut le Yerdon et la Durance sont devenus, grâce aux canaux de ■dérivation qu'ils alimentent, les bienfaiteurs des campagnes et même des villes ; le Yerdon donne son eau à Aix; la Durance donne son eau à Marseille, par le magnifique aqueduc de Roquefavour, et plus bas aux canaux de Craponne, de Garpentras, de Boisgelin. Aux basses eaux, la Durance débite de 80 à 100 mètres cubes par seconde ; elle a des crues fréquentes pendant lesquelles son débit atteint 300 à 1000 et même 5000 mètres cubes par seconde.

Le Rhône à Beaucaire coule lentement dans une plaine basse formée par des alluvions. En amont d'Arles, où il n'est plus qu'à 5 mètres au-dessus du niveau de la mer, il se divise en deux branches très-inégales : \e petit Rliône qui se jette dans la mer au milieu de marais et d'étangs, en se subdivisant en Rhône vif débouchant au grau d'Orgon et en Rhône mort, et le grand Rhône qui emporte les 6/7^^ de l'eau. Ge dernier se dirigeau S.-S.-E., entre la plaine pierreuse de la Crau formée par les galets de la Durance et l'île marécageuse de la Camargue formée par le limon du llhône et occupant une étendue d'environ 1100 kilomètres carrés ; il se jette dans la mer à l'entrée du golfe de Fos en envoyant à rO. «ne petite branche dite le Bras-de-Fer, terminée par le vieux Rhône, et

378 Fr.ANCE (géographie).

en formant des graus ou bouches, et des theys ou barres que ses alluvions modifient sans cesse.

Grossi par les eaux de plusieurs glaciers, le Rhône est le fleuve de France qui a le débit le plus considérable ; il verse à la mer, en moyenne, plus de 2600 mètres cubes d'eau par seconde. Malheureusement son cours est torrentueux jusqu'à Lyon, et depuis cette ville il est sujet à des crues trèsbrusques, et trop rapide pour que la remonte y soit facile ; de plus, ses embouchures ensablées par lui-même et continuellement modifiées par ses atterrissements sont peu praticables, et les bancs de sable de son cours moyen ne permettent pas d'y naviguer avec des bateaux d'un fort tonnage. Le bassin du Hhône a en France une superficie de 90 600 kil. carrés.

Les bassins dépendant du Pdiône ou bassins secondaires de la Méditerranée occupent une superficie de 28 400 kilomètres. A l'E. on trouve successivement les cours d'eau suivants : l'Arc, qui passe près d'Aix, se jette dans l'étang de Berre, irrigue par des saignées les campagnes qu'il ravage quelquefois par ses débordements. h'Argens naît d'une belle et forte source et se gros-it de plusieurs sources non moins abondantes sur les plateaux calcaires, on les eaux se perdent dans des gouffres dits embues, puis reparaissent plus loin ; il reçoit le Calami de Brignolles et le Nartuby de Draguignan.

Le Var sort d'une source abondante située à l'E. du lac d'Allos, dont les infiltrations, dit-on, l'alimentent; c'est à Puget-Théniers un torrent redoutable qui fiprès le confluent de l'Estéron débouche dans la plaine où il s'étend sur un large lit qu'il ne remplit qu'à l'époque des hautes eaux, époque oii il verse dans la mer 4000 mètres cubes d'eau, tandis qu'il en porte 30 à peine dans les basses eaux.

A rO. du Rhône, on trouve successivement :

La Vistre, maigre cours d'eau qui descend des Garrigues et reçoit les eaux de la fontaine de Nimes. Le Vidourîe est aussi un maigre cours d'eau ; mais les orages le transforment quelquefois en un torrent très-large et terrible par ses

ravages.

WHérault descend rapidement dans des gorges étroites, reçoit le Vis et finit par déboucher dans la plaine. L'Orb a un cours tourmenté avant de descendre dans la plaine au pied de Béziers, où il est traversé par le canal du Midi.

L'Aude naît dans un petit lac au pied du roc d'Aude et passe à Limoux. Depuis Carcassonne elle coule dans la plaine, où elle reçoit l'Orbieu, et se jette en partie directement dans la mer, en partie dans l'étang de Sijean par la Bobine de Narbonne.

Viennent enûnVAgly, qui est un petit cours d'eau naissant dans les Gorbières et fertilisant par des irrigations la plaine du Roussillon. La Têt, qui prend sa source au pic Prigue, est un torrent qui tantôt s'élargit en manière d'étang, tantôt descend pai- une suite de rapides entre les rochers qui l'étranglent; il passe à Prades et fertilise aussi la campagne du Roussillon autour de Perpignan. Le Tech se rend aussi dans la plaine après Céret en longeant les Albères.

La Corse n'a pas de cours d'eau navigables, mais des torrents capricieuA, dans lesquels débouchent d'autres torrents plus petits et desséchés pendant une parlie de l'année. Les deux principaux sont le Golo et le Tavignano.

Navigation fluviale et canaux. Les rivières sont des chemins qui marchent, a dit Pascal, c'est-à-dire des voies sur lesquelles, à la descente, le courant pousse

FRANCE (hydrographie). 579

et coadiiit de lui-même les fardeaux : aussi l'homme, dans les sociétés les moins avancées, a-t-il toujours su en profiter et est-ce le long des fleuves et des côtes que le commerce a commencé. Les inconve'nients des voies fluviales consistent dans l'irrégularité du régime des eaux, dans la difficulté de remonter un courant rapide et dans l'impossibilité de faire passer les bateaux de la partie supérieure d'un fleuve dans celle d'un autre ; on y a remédié par la construction des canmx à écluses qui sont dits latéraux lorsqu'ils doivent parer aux deux premiers, &i de jonction lorsqu'il s'agit du dernier. Ce sont les seconds dont on s'est d'abord occupé eu France. En effet, le premier ouvrage de ce genre, commencé sous Henri IV et terminé eu 1642, est le canal de Briare qui réunit la Loire à la Seine. Le second est le canal du Languedoc ou du Midi construit par Riquet de 1666 à 168 i pour réunir l'Océan à la Méditerranée par la Garonne et l'Aude. A la fin du di\-huitième siècle, la longueur des canaux ouverts à la navigation était d'environ 1000 kilomètres. C'est surtout depuis 1850 que la navigation des rivières a été améliorée.

La plupart des canaux ont été établis dans l'intérêt de la France septentrionale et surtout de Paris, siège du pouvoir central ; aujourd'hui encore les nombreux projets que l'année 1878 a vus éclore sont loin de donner satisfaction à tous les besoins de la partie méridionale.

Nous allons énumérer pour chacun des cinq grands bassins les différents canaux qui y ont été établis, tant les canaux latéraux qui facilitent la navigation des cours d'eau dans l'intérieur du bassin que les canaux de jonction qui établissent la navigation d'abord entre les subdivisions d'un même bassin et ensuite entre les divers bassins.

Dans les bassins de la Manche et en particulier dans les annexes septentrionales de la Somme et de ÏEscaut, la navigation se fait par le canal latéral de l3 Somme (140 kilom.) de son embouchure par Abbeville, Amiens et Péronne, jusqu'à Saint-Quentin; là commence le canal de Saint-Quentin (96 kilom.) qui. après le seuil d'Etreux, à 151 mètres, suit l'Escaut jusqu'à Cambrai où il se rattache par la Scarpe à une foule de canaux secondaires qui sillonnent la plaine des Flandres jusqu'à Dunkerque et Calais. — La jonction avec le bassin de la Seine est établie entre Péronne et Saint-Quentin, à Saint-Simon, par le canal Crozat.

Dans le bassin de la Seine, la navigation se fait par le lit même du fleuve divisé en Seine-Mari tijiie (125 kilom.), de la mer à Rouen; en Basse-Seine (242 kilom.), de Rouen à Paris; en Haute-Seine (212 kilom.), de Paris au confluent de lAube ; elle est continuée par le canal latéral à la Haute-Seine jusqu'à Yillebertin (46 kilom.) en amont de Troyes.

Pour les divers grands affluents : le Loing est longé par son canal latéral (49 kilom.) de Moret à Montargis, où il atteint deux canaux de jonction à la Loire. L'Yonne est canalisée jusqu'à Auxerre (112 kilom.), où commence un canal latéral et de jonction à la Loire. L'Aube est navigable jusqu'à Arcis (45 kilom.). La Marne est canalisée (178 kilom.) à partir do Paris où se trouvent diverses petites ramifications qui se rattachent au canal de l'Ourcq (107 kilom.) en partie latéral ; il y. a quehjues coupures jusqu'à Dizy devant Epernay ; elle est continuée par le canal latéral jusqu'à Donjeux (157 kilom.). A Vilry-le- François commence le canal de joncfion au Rhin. L'Oise est canalisée (105 kilom.) jusqu'à Janville où commence le canal latéral (51 kilom.) qui aboutit à deux ou trois canaux de jonction à la Sarabre, à la Somme et à l'Escaut; son affluent

5S0 FRANGE (géographie).

principal, l'Aisne, est canalisé (56 kilom.) jusqu'à Coudé sous Yailly, où commence le canal latéral (65 kilom.) qui remonte à Youziers et sur lequel aboutit un canal de joticlion à la Meuse.

Il n'y a qu'un seul canal de jonction intérieure, le canal de l'Aisne à la Marne (58 kilom.) de Berry-au-Bac par Reims, à Coudé et Châlons.

Les canaux de jonction extérieure sont : pour le bassin de la Somme, puis de l'Escaut, le canal Crozat, qui joint le canal latéral de l'Oise au canal latéral de la Somme, de Chauny à Saint-Simon ; pour le bassin de la Sambre et de la Meuse, le canal de la Sambre à l'Oise (69 kilom.), qui fait suite au canal latéral de l'Oise, de La Fère à Landrecies, et aussi le canal des Ardennes (88 kilom.), qui fait suite au canal latéral de l'Aisne, de Semuy à Pont-à-Bar près de Donchery. Pour les bassins de la Meuse et du Rhin, le canal de la Marne au Rhin, qui quitte la Marne à Yitry-le-François , remonte Ja vallée de la Saulx et de rOrnain, par Bar-le-Duc, passe le seuil de Demange-au\-Eaux, pour traverser les bassins de la Meuse et de la Moselle et aboutir au Rhin près de Strasbourg. Pour le bassin du Rhône : le canal de Bourgogne (242 kilom.), qui quitte l'Yonne à Laroche, remoate la vallée de l'Armançon, passe le seuil de Pouillyen-Auxois à 575 mètres et par Dijon atteint la Saône à Saint-Jean-de-Losne. Pour le bassin de la Loire, le canal du Nivernais (174 kilom.), qui remonte l'Yonne à partir d'Auxerre, passe à Clamecy, a son seuil à la Collancelle, à 260 mètres, et atteint la Loire à Decize; à partir de Montargis, le canal de Briare (59 kilom.) et le canal d'Orléans (75 kilom.), qui vont atteindre la Loire près de ces deux villes et dont les points de partage sont à 169 mètres et 126 mètres.

Dans les petits bassins annexes, l'Orne est remplacée par un canal latéral jusqu'à Caen. La Rance est continuée à Dinan par le canal d'Ille-el-Rance qui conduit dans le bassin de la Yilaine.

Dans les bassins du golfe de Bretagne : sur la Loire, la navigation se fait par le lit même du fleuve, la Loire-Maritime (57 kilom.) de Saint-Nazaire à Nantes, et ensuite jusqu'à Decize (528 kilom.); il y a toutefois un c;mal latéral (192 kilom.) de Briare à Digoin , et le canal de Roanne à Digoin (56 kilom.) ; elle est plus difficile en amont de Roanne à la Noirie (101 kilom.). Pour les divers grands aflluents : sur la rive droite, à partir de la Muiue, qui a 9 kilom., la Mayenne est canalisée (125 kilom.) jusqu'à Brives; la Sarthe l'est (152 kilom.) jusqu'au Mîins; le Loir est navigable (115 kilom.) jusqu'au pont de Coëmont ; il en est de même pour l'Authion (50 kilom.) jusqu'au pont de Yivy. Sur la rive gauche, sont navigables : l'Acheneau (24 kilom.) jusqu'au lac de Grand-Lieu ; la Sèvre-Nior taise (21 kilom.) ; le Tliouet (50 kilom.) prolongé (42 kilom.) par le canal de Dive et Thouet jusqu'à Pas-de-Jeu ; la Yienne (74 kilom.) jusqu'à Chàtellerault ; le Cher (95 kilom.) jusqu'à Noyers, mais prolongé par le canal de Berry jusqu'à la Loire près de Nevers; enfin l'Allier (248 kilom.) jusque près de Brioude.

Il n'y a qu'un seul canal de jonction intérieure, le canal de Berry, qui remonte le Chrr jusqu'à Yierzon, l'Yèvro jusqu'à Bourges, l'Auron jusque dans les parties supérieures à la bifurcation, une branche allant par la Marmaude rejoindre le (-lier qu'il remonte jusqu'à Montluçon, l'autre suivant l'Aubois qui l'amène à la Loire en aval de Nevers.

Les camiux de jonction cxtérienre sont, pour le b issin de la Seine, les canaux d'Orléans, de Briare et du Nivernais précités ; pour le bassin du liliône, le canal

FRANGE (hydrographie). 581

du Centre (120 kilom.) par le Cliarollais, qui de Digoiii remonte la Bourbince, a sou seuil à l'étang de Longpendu à 509 mètres, puis redescend la Dheune et la quille pour aller aboutir à Chalon-sur-Saône.

Les petits bassins annexes de la Bretagne sont reliés à la Loire et entre eux par le canal de Nantes à Brest (560 kilom.), qui remonte l'Erdre, traverse un seuil à 22 mètres, descend par l'isac à Redon sur la Vilaine d'oii il remonte l'Oust, passe un seuil à 120 mètres, remonte le Blavet à partir de Poiitivy, passe un nouveau seuil à 182 mètres, redesci^uàV Aulne et par la rivière de Chàteaulin aboutit à la rade de Brest ; à Redon, il communique par la Vilaine-Inférieure avec le golfe de Bretagne et par la Vilaine supérieure canalisée à Rennes avec le canal d'Ille-et- Rauce qui alleinl la Manche à Saiiit-Malo. APontivy, par le canal du Blavct latéral à ce cours d'eau, il communique de nouveau avec le golfe de Bretagne à Lorienl.

Dans les bassins du golfe de Gascogne: sur la Garonne, la navigation se fait par le lit du fleuve (472 kilom.) jusqu'au Pont-du-Rol ; elle est maritime dans la Gironde et jusqu'à Bordeaux, et se continue aisément jusqu'à Castets où commence sur la rive gauche le canal latéral qui passe sur la rive droite à Agen, traverse le Tarn à Moissac et se termine à Toulouse où s'y abouche le canal de jonction du Midi.

Pour les divers grands affluents, la Dordogne (592 kilom.) a une navigation maritime jusqu'à Libourne ; elle est canalisée de Castillou à Bergerac et elle reste navigable jusqu'au pont de Vénéjoux ; de ses affluents, l'isle (145 kilom.); est canalisée jusqu'à Pcrigueux, et la Vézère est navigable (65 kilom.) jusqu'au moulin de la Cave. Le Dropt est canalisé (65 kilom.) jusqu'à Eymet, le Lot est canalisé jusqu'à Bouquiès et navigable jusqu'à Entraygues (505 kilom.) ; le Tarn l'est jusqu'à Arlhez (147 kilom.). Sur la rive gauche, la Baïse seule est canalisée (85 kilom.) jusqu'à Saint-Jean-Poutge.

11 n'existe aucun canal de jonction intérieure. Le seul canal de jonction extérieure est pour le bassin du Rhône, le canal du Midi (240 kilom.), qui de Toulouse remonte le vallon de l'Erz, passe à Villefranche, franchit le seuil de Naurouse à 189 mètres, redescend à Castelnaudari, Carcassonne, d'où il suit l'Aude jusque non loin de Narbonne, où se détache la Robine de Narbonne (26 kilom.) qui aboutit à la Nouvelle ; il contourne l'étang de Capestang, traverse l'Orb à Béziers, l'Hérault à Agde, et se termine dans l'étang salé de Thau qui s'ouvre à la mer à Cette.

Dans les bassins annexes, la Sèvre-lSiortaise, canalisée (71 kilom.) jusqu'à Niort, a pour ramifications le canal de Luçon (1 i kilom.), le canal de Marans à La Rochelle (24 kilom.) et la Vendée canalisée jusqu'à Fontenay-le-Comte. La Charente esl canalisée (159 kilom.) jusqu'à Angoulcme;le canal de la Charente à la Seudre (55 kilom.) rejoint cette dernière qui est navigable jusqu'à Ribeirou (22 kilom.).

VAdour est navigable (155 kilom.) jusqu'à Saint-Sever ; ses affluents sont la. Nive (22 kilom.) jusqu'à Cambo, le Gave (9 kilom.) jusqu'à Pcyrehorade, la Midouze (55 kilom.) jusqu'à Mont-de-Marsan.

Dans les bassins de la Méditerranée : sur le Rhône, la navigation du Bas- Rhône se fait par le lit même du fleuve dans le petit et le grand bras qui se séparent à Arles, l'entrée du second étant facilitée par le canal Saint-Louis ;maiï^ on leur préfère souvent le canal d'Arles à Bouc qui débouche à l'entrée de l'étang de Bene; vient ensuite le Rhône inférieur (551 kilom.) de la mer h» Lyon et le Rhône supérieur (158 kilom.) de Lyon au Parc, extrêmement rapide.

582 FRANCE (géographik).

Pour les divers grands affluents, l'Isère, très-rapide (156 kiloni.), est cependant navigable jusqu'à Montmélian. La Saône est canalisée (514 kilom.) jusqu'à Ray; un petit affluent, la Seille, l'est (59 kilom.) jusqu'à Louhans; son grand affluent, le Doubs, est navigable (75 kilom.) jusqu'à Dôle ; un peu en aval de cette ville commence en face de Saint-Jean-de-Losne le canal du Rhône au Rhin, qui emprunte très-souvent le lit du Doubs pour arriver en Alsace ; enfin l'Ain (91 kilom.) est navigable jusqu'à Coudes.

Un canal de jonction intérieure est le canal de Beaucaire (77 kilom.) qui du Rhône conduit à Aiguesmorles, d'oiî une ramification atteint l'étang de Mauguio ; à celui-ci commence le canal des Etangs (44 kilom.) qui aboutit à Cette et communique par l'étang de Thau avec le canal du Midi.

Les canaux de jonction extérieure sont pour le bassin de la Loire le canal du Centre précité ; pour le bassin du Pdiin, le canal du Rhône au Rhin (195 kilom.) jusqu'à Valdieu, souvent confondu avec le lit du Doubs, qui passe à Besançon, Baume-les-Dames, Montbéliard, et qui après Belfort entre en Alsace oîi se trouve le seuil de Yaldieu à 544 mètres.

Les petits bassins annexes de la Provence et du Languedoc sont dénués de navigabilité.

Dans les bassins de la mer du Nord se trouve celui du Rhin actuellement ravi à la France ; le fleuve très-rapide est d'une navigation difficile de la Lauter à Bàle, le long de la frontière ; son affluent l'ill est navigable jusqu'à Colmar. Il y a un canal de Strasbourg à Soulz.

La Sarre, navigable de la frontière à Sarreguemines, est prolongée par le canal des Houillères qui la rattache au canal de la Marne au Rhin.

La Moselle (l!20 kilom.) est navigable de la frontière près Sierck à Frouard, et la Meurthe (12 kilom.) jusqu'au delà de Nancy.

Les canaux de jonction extérieure sont pour les bassins de la Meuse et de la Seine le canal de la Marne au Rhin, qui du Rhin et de l'Ill à Strasbourg va à Saverne, remonte et passe le col d'Arschwiller à 551 mètres, traverse ensuite la région des étangs de Gondrexange et de Lindre où il s'abouche au canal des Houillères de la Sarre ; puis il descend la vallée du Sanon, passe à Nancy, à Toul, traverse le seuil de Pagny, la vallée de la Meuse, le seuil de Demange-aux- Eaux, et se continue par la vallée de l'Ornain. Pour le bassin du Rhône, le canal du Rhône au Rhin (170 kilom. jusqu'à Yaldieu) qui de Strasbourg suit plus ou moins l'Ill, arrive à Mulhouse d'où il remonte au seuil de Valdieu pour redescendi'e dans la vallée du Doubs.

C'est pour remplacer en partie ces deux lignes perdues que l'on a commencé à creuser un canal qui de Nancy et de Toul, sur la Meurthe et la Moselle, gagnera, en fi anchissant un seuil de 561 mètres, le bassin de la Saône à Port-sur-Saône.

Lacs et étangs. Ce sont des dépressions sans issue, naturelles ou artificielles, occupant le fond des vallées ou vallons, et dans lesquelles s'arrêtent les eaux, soit des cours d'eau, soit simplement pluviales; elles se rencontrent dans chaque région naturelle, dans chaque bassin.

Dans les montagnes et sur les plateaux, ces amas d'eau sont souvent profonds, isolés, tandis que dans les plaines ils sont peu profonds, réunis souvent en nombre considérable dans les parties basses où les eaux pluviales ont un écoulement lent et difficile par suite de l'horizontalité du sol et aussi de son imperméabilité, et surtout quand ces deux conditions sont réunies. Enfin, au voisinage

FRANCE (hydrograpiuk). 585

des mers, il en existe, parfois disposés en cliapelet parallèlement à la côte, et dont les eaux sont douces ou salées.

Les i/|)es présentent quelques petits lacs dans leur intérieur : ceux du Mont- Cenis, de Laffrey au S. de Grenoble, et d'Allos près de la naissance du Verdon.

Plusieurs grands lacs existent sur leur pourtour immédiat : le lac de Genève ou Léman, dont les trois quarts de la circonférence appartiennent à la Suisse, est courbé de l'E. au S.-S.-O. en arc de cercle dont le centre est au S.-E. dans le vallon du Giffre, affluent de l'Arve, entre Sixt et Taninges; sa longueur est de 65 kilom., sa superficie de 655 kilom. carrés, son altitude de 575 mètres et sa profondeur semblable, son fond atteignant ainsi le niveau de la mer. Il reçoit fort trouble le Rliône qui s'y épure et en sort extrêmement limpide et aussi une Dranse, la Yénoge et quelques très-petits ruisseaux. Le plein, en été, arrive du 16 juillet au 29 septembre et s'élève quelquefois à 2 m. 95 au-dessus du plus bas niveau.

Les eaux du lac de Genève présentent deux pliénomènes spéciaux : celui des Ladières, pendant lesquelles elles acquièrent subitement des mouvements qui entraînent les bateaux, malgré les efforts des rameurs, tantôt dans une direction et tantôt dans une autre; mouvements qui n'ont aucun rapport avec le courant des eaux du Valais, à Genève. L'autre est celui des Seiches, qui consiste dans des variations fortuites de la hauteur du lac; l'amplitude des oscillation dépassant quelquefois 2 mètres, et la durée des mouvements étant alors de pluii^ieurs heures, l'amplitude des mouvements décroît après la montée et la descente de chaque oscillation. Les dénivellations sont beaucoup plus sensibles à l'extrémité occidentale du Léman qu'à son extrémité orientale ; elles sont presque insensibles dans la partie moyenne. Les Seiches commencent toujours par l'exhaussement des eaux; il y a exhaussement ou abnissement en même temps aux deux bouts du lac ; il n'y a pas de seiches pendant les gelées, et il y en a principalement depuis le mois de mars jusqu'à la fm de septembre; elles sont très-communes dans les temps orageux et après de forts orages.

M. Vallée a étudié ces pliénomènes et a reconnu, d'après les débits du Rhône à l'entrée et à la sortie du lac et celui des autres ruisseaux, que le lac doit recevoir du fond une alimentation égale à peu près aux 57/100 en été, et aux 56/100 en hiver, des volumes d'eau qu'il débite à son extrémité inférieure. Il suppose que les eaux des sources de fond proviennent des pluies et de la fonte des neiges, et que les canaux intérieurs qui conduisent ces eaux piî-ennent leur origine à d'assez grandes hauteurs dans les vallées des montagnes voisines. Ces canaux intérieurs roulent nécessairement des débris qui viennent s'accumuler à leur débouché dans le lac quand les eaux sont faibles. Une pluie, un orage, une fonte de neige extraordinaire survenant, les canaux s'emplissent d'eau à une hauteur de 50, 100, 200 mètres au-dessus du niveau du lac; celle-ci exerce une pression de plus en plus grande sur les dépôts qui obstruent les embouchures, et elle les chasse pour se faire un plus large passage; les eaux se faisant jour tout à coup ont une vitesse qui peut être fort grande, qui sera dirigée dans un certain sens, selon la direction de la bouche qui sera ouverte ; il se produira alors une ladière.

L'écoulement subit ainsi causé peut amener dans le Léman un produit d'eau considérable, lequel cause nécessairement une iatumescence à la surface des eaux. Or, cette intumescence est le centre d'une suite d'ondes circulaires qui se transmettent jusqu'aux rives, et qui, sur tous les points du lac, donnent des

Ô8i FRANCE (GÉoGiiAPuit).

alteriKilives d'élévation et d'abaissement d'eau qui sont la seule propriété observée sûrement des seiches de toutes les sortes. Si les seiches provenaient de l'action du vent, il devrait y en avoir à peu près sur tous les grands lacs, tandis qu'on n'en connaît que sur le lac de Genève, et peut-être sur le lac de Ladoga.

Le lac d'Annecy, allongé du S.-E. au N.-O., de 28 kilom. carrés, est traversé par le Fier qui atteint le Rhône en aval de Seyssel.

Le lac du Bourget, allongé du S.-S.-E. au N.-N.-O., de 75 kilom. carrés, reçoit l'Albane de Chambéry et se déverse dans le Rhône à Chanaz par le canal de Savières. Il y a encore le lac d'Aiguebelette à VO. de Chambéry qui, par le Guier, atteint le Rhône à sa sortie du Jura, et le lac de Paladru dont le Fure conduit les eaux à l'Isère.

La Provence renferme dans la plaine de la Grau, autour d'Arles, plusieurs étangs dont les principaux sont ceux du Gomte, du Grand-Clar, de Meyrane à 2 et 5 mètres, de Dézeaumes à 47 mètres, de Scamandre à i mètre.

Le Jura renferme les petits lacs de Saint-Point près de Pontarlier, alimenté par les sources du Doubs, des Rousses qui se déverse en Suisse, de Silan qui atteint le Rhône par la Valserine, et de Nantua, dont l'eau va rejoindre l'Ain.

Dans le large fossé qui limite à l'O. ces deux régions montagneuses, au devant de la partie méridionale du Jura, est un petit pays, la Bombes, à 400 mètres environ d'altitude, qui renferme une immense quantité de petits étangs, que l'on met souvent en culture, et qui sont sur de petits cours d'eau dirigés au N., au N. 0. et à l'O., allant tous déboucher à la Saône, entre Mâcon et Trévoux.

Les Vosges renferment, dans un des hauts vallons du bassin de la Moselle, les tz'ois petits lacs de Longemer, de Retournemer et de Gérardmer, dont les eaux, par la Vologne, vont rejoindre la Moselle. Sur le versant alsacien, il y a les deux petits lacs Noir et Blanc.

La Lorraine, dans ses dépressions argileuses triasiques, renferme à l'est de Nancy les étangs de Gondrexange, de Stock et de Lindre, dont les eaux se déversent dans la Sarre ou dans la Meurthe et la Moselle. Entre Metz et Yerdim, dans la plaine oxfordienne de la Woëvre, se trouve l'étang de la Ghaussée.

Le Plateau central présente quelques petits lacs en connexion avec les volcans anciens, les lacs d'Issarlès, Saint-Andiol, du Bouchet, Ghanibon, d'Aydat et Pavin. La plaine intérieure tertiaire de Montbrison renferme un grand nombre de petits étangs.

Le Languedoc renferme l'étang de Capestang à PO. de Béziers.

Les Pyrénées renferment une vingtaine de petits lacs situés tous à de grandes altitudes et dont les principaux sont ceux de Lanoux à la source de l'Aude, à 2154 mètres d'altitude; d'Oo, près de Bagnères-de-Luchon ; de Gaube, près de Gauterets, à 1788 mètres. Au pied de la chaîne et au bord de l'Aquitaine se trouve le lac de Lourdes, à 421 mètres.

La Neustrie présente divers étangs dans la Brie, située entre la Marne et la Seine, au S.-O. d'Epernay. Autour de Paris il y a les étangs d'Armainvilliers, d'Enghien, de Saclay, de Trappes, etc. 11 y a aussi des étangs dans la partie méridionale argileuse de la Champagne, de Sainte-Ménehould à Troyes.

La JSeustrie, dans la partie qui dépend du bassin de la Loire et qui est contiguë au Plateau central, compi'end entre la Loire et le Cher, au S. d'Orléans, une plaine basse, la Sologne, qui renferme une grande quantité de marécages en partie asséchés et d'étangs. Entre l'Indre et la Creuse, à fO. de Chàteauroux, se

FRANGE (hydrographie). 585

trouve un autre petit pays dans les mêmes conditions, la Brenne, qui renferme plus de 400 étangs.

La Bretagne renferme dans sa partie S.-E. les marais de la Grande-Brière, à rO. de Savenay, entre la Vilaine et la Loire, et au S.-O. de Nantes, le lac de Grand- Lieu, de 70 kilomètres carrés, mais sans profondeur; tous sont à une altitude de quelques mètres.

Sur les côtes, les apports vaseux et surtout sableux de la mer, chassés dans l'intérieur par les vents du large, forment des dunes considérables sur l'océan Atlantique par suite de l'ampleur des marées, et faibles sur la Méditerranée par suite de l'exiguïté de celles-ci.

Sur l'Océan, entre la Gironde et l'Adour, les sables sont poussés jusque sur la côte et viennent y former un cordon élevé» arrêtant tous les petits ruisseaux de la lande que la pente insensible du terrain dirige vers l'O. et occasionnant au pied des dunes un long chapelet d'étangs, plus profonds à l'O. qu'à l'E. et élevés d'une vingtaine de mètres au-dessus du niveau de la mer ; les principaux sont ceux :

D'Hourtins et Carcans.

De Lacanau.

Bassin d'Arcachon.

De Cazau et Sanguinet.

De Biscarosst.j D'Auieilljan.

De Saint-Julien et De Léon.

De Soustons.

Lit.

Sur la Méditerranée les sables viennent former des cordons dans la mer à quelque distance de la côte, et occasionnent ainsi la formation d'étangs salés de niveau avec la mer et communiquant souvent avec elle par des ouvertures appelées Grau. — Ln phénomène analogue a produit, sur les côtes de la Prusse, les îles de Wollin et d'Lsedom qui séparent de la mer Baltique le Gross-Haff de l'Oder ; le Frisch-Nei ung qui Imiite le Frisch-Haff de la Vistule , et le Gurisch- Nerung qui occasionne le Curisch-Haff du iNiemen.

Ces étangs s'étendent de Marseille à Port-Vendres. Les principaux sont ceux :

Du Pesquier.]

Des Landes.

De Gloria.

De Giraud.

De Bcauduc.

De Valcaics.

Du Roi et de la Ville.

Du Repausset.

De Mauguio, De Pérols.

Du Prévost.

De r.Arnel.

De Peyreblanquo.

De Vie.

D'Inpril.

De Thau.

De Vendres.

De Gruissan.

De Sijeaii et Bages.

De Lapalrac.

De Leucato et Salées.

De Canet et Sainl-JSazaire.

Mers. Les eaux qui baignent les côtes de France appartiennent soit à la grande mer ou l'océan Atlantique, pour les golfes de Gascogne et de Bretagne, soit à un golfe proprement dit, comme la Manche, soit enfin à une mer intérieure, la Méditerranée. Dans ces diverses situations, Peau présente de légères différences dans sa densité ei dans sa salure.

L'océan Atlantique possède la composition normale ; mais des modifications se produisent au voisinage de l'embouchure des grands fleuves, la Gironde et la Loire. Celle de la Manche est aussi modifiée par la Seine. En outre, les estuaires de ces fleuves ont une salure qui va en diminuant rapidement, à mesure qu'on les remonte.

Pour la Méditerranée, les fleuves qui s'y rendent n'apportant pas une quantité d'eau égale à celle qui est perdue par l'évaporation, il y a au détroit de Gibraltar un couiant qui amène continuellement des eaux salines de l'Océan dans cette mer. Aussi sa salure et sa densité sont-elles un peu supérieures à celles de l'océan Atlantique. Toutefois, au débouché du Rhône, il y a aussi une diminution dans la salure.

DICT. ENC. 4° s. IV. 25

386 FRANGE (géographie).

Ces différences sont établies par le tableau d'analyses suivant:

Océan atlantique. Gironde.

MATiÈnEs D1S30DTES. Arcaclion. Cordouan. Le Verdon. La Jlarécliale. Manche.

Chlorure de sodium . . . 27,965 27,265 26,525 9,930 25,70i

— de potassium

— dema-nésium. . 5.785 2,892 2.18.^ 0.760 2,905

— de calcium... 0,325 0,630 0,425 0,525

Sulfate de magnésie. .. . 5,775 4,210 5,210 1,520 2,462

de chaux 0,223 0,315 0,505 0,265 1,210

de soude 0,485 0,225 0,192 0,055 0,094

Carbonate de chaux . . . ) ^ j^g ^ -^g ^^^g ^ ^^g ^ ^.^ — de magnésie . .\ '

Matière organique anima-

lisée 0,052 0,043 0,052 0,027

lodure et hromure .... traces traces traces traces 0,133

Vase ' 0,15.=; 0,580 0,017

Total .... 58,727 55,905 55,475 15,767 32,657

Mer Méditerranée.

Les eaux des mers sont agitées par trois causes différentes : les vagues, les marées, les courants.

Les vagues sont des agents puissants, soit pour dégrader les portions des côtes qui font saillie dans la mer, soit pour déposer des matériaux dans les parties rentrantes, telles que les petits golfes, les baies, les anses. Mais les vagues n'ont d'action qu'à une faible distance au-dessus et au-dessous du niveau moyen de la mer. Leur action dégradante, si puissante vers ce point, cesse à 5 ou 6 mètres au-dessous, la mer n'étant plus agitée que fort doucement par les marées et les courants. Les matériaux arrachés par les vagues aux falaises, ou bien ceux qui sont mis à leur disposition par les fleuves et les torrents, subissent sur la plage un mouvement de va-et-vient qui les atténue en donnant aux gros fragments la forme de galets, c'est-à-dire de disques à contours arrondis. 11 résulte donc de l'action des vagues, des argiles, des sables et des galets dont une partie reste dans le lit de la mer et dont l'autre est rejetée dans les parties rentrantes de la côte.

Les marées résultent des attractions combinées de la lune et du soleil sur les mers. On nomme unité de hauteur de la marée la quantité dont s'élève la marée syzygie moyenne au-dessus du niveau moyen de la mer. Sur la côte de l'Atlantique entre la Bidassoa et l'île d'Ouessant la marée est de force moyenne. Son unité de hauteur varie de 2 à 5 mètres, elle grandit rapidement en s'avançant dans la Manche, acquiert son premier maximum au fond de la baie de Cancale où son unité est de 6 mètres; un minimum de 2"S75 a lieu à Cherbourg, d'où elle grandit de nouveau jusqu'à Dieppe, où un second maximum atteint -4'", 50. De là, décroissant graduellement, elle n'atteint plus que 5'", 14 à Calais et même l'",95 à Nieuport. Les étranglements produits par le Cotentin et la côte de Picardie sont les causes de ces variations dont les principales sont les suivantes :

Océan atlantique.

Arcachon 2,50

Cordouan 2,56

lioyan , 5,29

llordeaux 2,50

lie d'Aix 2,87

lled'Veu 2,45

Saint-Nîjzaire 2,64

Bel!.-l:le ....... 2,47

lledeSeius .,.-.. 2,87

Manche occiDENiALE.

Ouessant 5,19

Aher-Vrach 5.75

lioscoff 4,11

Ile Bréhat 4,93

Saint -Malo 5,72

Graiiville 6,13

Jersey 5,14

Diélette 4,48

Goury 4,45

Manche oiuemale

Cherbourg 2,75

LaHougue 2,98

Port-en-Bessin 5.32

Le Havre 5; 79

Rouen 0..S5

Dieppe 4,.\;0

Boulogne 4.04

Calais 5,1 i

Dunkerqua 2,71

FRANGE (hydrographie).

Les grandes marées de Saint-Malo, du Mont Saint-JIichel et de Granville, sont prodigieuses. L'amplitude de l'oscillation y dépasse quelquefois 15 mètres. Après Annapolis sur la baie de Fundy, dans la Nouvelle-Ecosse, c'est le point du globe qui présente les plus hautes marées connues. Sur la plage du Mont Saint-Michel un cheval au galop ne peut lutter de vitesse avec la marée montante.

Dans la Méditerranée, les marées ne sont pas nulles, comme on le dit ordinairement, mais très-faibles. En elfet, l'unité de hauteur est seulement de 0"',H à Toulon. Les marées donnent lieu dans l'Océan à des ondes ayant plusieurs milliers de kilomètres et se propageant avec une très-grande vitesse.

On appelle lignes colidales ou de marées contemporaines celles qui passent par les points pour lesquels la mer devient haute, c'est-à-dire atteint le plein, à un même moment. Le faîte de la grande onde des marées se déplace successivement comme le montrent ces lignes et en suivant les heures croissantes. Sa marche, qui est très-rapide dans les parties profondes des océans, se ralentit au contraire beaucoup près des côtes.

Pour la France en particulier, l'onde des marées vient frapper directement toutes nos côtes occidentales entre la frontière d'Espagne et le Finistère. Elle pénètre ensuite dans la Manche, qu'elle traverse. A sa sortie du Pas-de-Calais, elle longe les Pays-Bas et le Danemark. Elle marche ainsi du S.-S.-O. au N,-N.-0. Sa vitesse au delà d'Ouessant et dans l'Atlantique s'élève à 176 mètres par seconde, tandis qu'elle se réduit à 21 mètres d'Ouessant à Boulogne, la Mancae ne présentant qu'une faible profondeur. Aussi met-elle le même temps, c'està-dire huit heures, à s'avancer dans la Manche, de son extrémité occidentale au Pas-de-Calais, que dans l'Atlantique de l'extrémité S.-O. de l'Irlande au cap Nord. En effet, l'onde partie à 0'' de 35 degrés de longitude occidentale atteint successivement les points suivants :

Man'che.

IV" 7' ôO' long. 0.. . . enlrée occidentale c!e la Manclie.

Xlk l» — ... Pas-de-Calais.

XII = Qi" 0° 50' long. E. Oslendo.

Vl>' Sô" lai. N avant le HeWer.

Ml' o;i°ôO'lal. i\. . . moitié largeur du Danemark.

OcÉAS ATLANTIQUE ET GLACIAL.

IVk lO'ÔO' long. G.. . pointe S.-O. d'Irlande. Vil» 10° — . . îles occident. d'Ecosse.

l\^ 2° long. E. . . . côle de Norvège. XII=:0i> 22° long. E. . . avant le cap Nord. IXi» iU° — . . emliouchure de la niii

Dlanche.

Des courants permanents, à la fois dans la mer et dans l'atmosphère, sont déterminés par réchauffement que le soleil produit dans les régions équatoriales. Mais les courants permanents de la mer sont réglés par les vents réguliers et réciproquement. Ils dépendent de la configuration des bassins marins et de la rotation de la terre. Us s'observent d'ailleurs sur d'immenses étendues. Les uns transportent les eaux chaudes de l'équateur vers les pôles, tandis que les autres ramènent, au contraire, les eaux froides des pôles vers l'équateur.

Les courants permanents sont, du reste, animés d'une vitesse assez faible. Pour le Gulf-Stream de l'océan Atlantique, elle atteint au [plus 2'", 57 par seconde, et en moyenne elle ne dépasse pas 0"S77. De plus ces courants sont ordinairement éloignés des côtes ou du moins ils y sont rarement appréciables lorsque la mer a peu de profondeur. On 'admet trois courants marins permanents dans les mers de France.

Autour des côtes de France, les courants permanents ne sont pas très-accusés; ils peuvent même être masqués et disparaître sous l'action des marées et des vents irréguliers. Malgré leur faible vitesse, les courants permaneiUs transpor-

388 FRANCE (géograpihe).

tent des corps flottants et des débris microscopiques. D'abord, ils entraînent à de grandes distances les vég.^laux marins ou terrestres. On sait que le €ull- Stream apporte les arbres de l'Amérique centrale jusque sur les côtes d'Islande. Maintenant les courants d'eau froide descendant des régions polaires charrient des glaces flottantes qui enchâssent des blocs quelquefois énormes ; et à mesure qu'elles se fondent, elles les déposent dans l'Océan.

1» Une des branches du Gull-Slream se dirige vers l'ouest de la France et contourne le golfe de Gascogne en le remontant à distance des côtes; c'est le courant dit de Rennell. Il longe le nord de l'Espagne, se relève d'abord vers le N., puis s'incline vers le N.-O. et vers la pointe méridionale de l'Irlande. Sa vitesse moyenne, à 100 kilomètres d'Ouessant, est de 0'",64 par seconde. Sa largeur le long des côtes occidentales de la France est environ de 55 kilomètres et il s'élargit de plus en plus en remontant vers le i\.

Le fait suivant, qui est bien constaté, dit Thore, atteste irrévocablement l'existence de ce courant : un jour, par un temps calme, la côte de Biarritz et de Capbi'eton fut jonchée de pommes : on en ignora pendant quelque jours la cause ; mais la semaine suivante on sut que deux gabarcs, chaigées de ce fruit, avaient fait naufrage devant Bilbao et à 8 kilomètres au large à peu près. L'effet de ce courant est de transporter vers le N. tous les sédiments vaseux très-fins, amenés par la Garonne et la Dordogne, et qui peuvent rester plus longtemps en suspension, et de les laisser déposer soit dans le fond de la mer, soit dans les nombreuses anses et entre les îles des côtes de la Charente- Inférieure. Les sables au contraire, plus grossiers et plus pesants, sont accumulés soit sur les barres, soit en dehors, et alimentent la formation des dunes de la côte. Ce courant de Rennell engendre d'ailleurs un faible contre-courant qui est littoral et suit les côtes occidentales de la France, depuis Ouessant jusqu'au fond du golfe de Gascogne.

2" Il est encore possible, comme l'observe M. de la Roche-Poncié, qu'une autre branche très-peu importante du Gulf-Stream remonte la Manche, traverse le Pas-de-Calais, et longe les côtes orientales de la mer du Nord. Dans la Manche, son existence est peu appréciable par suite des courants alternatifs de marée ; mais dans le Pas-de-Calais elle paraît indiquée par une prédominance des courants qui sont dirigés de la Manche vers la mer du Nord.

3° Dans la Méditerranée, il existe aussi un courant qui est permanent, bien que les vents puissent quelquefois le masquer. II est fermé et longe le littoral ; au N et sur les côtes de France en particulier, il se dirige de l'E. à l'O., tandis qu'au S. et près de l'Algérie il marche en sens contraire. Sa vitesse sur les côtes de France est seulement de 0'",07 par seconde dans les anses, et au plus de O^jSO près des caps.

Parmi les courants permanents, il y a ceux que les fleuves engendrent dans la mer. Ils sont sujets à des variations qui dépendent de la quantité d'eau débitée par ces fleuves, de leur régime, ainsi que de l'action des vents et des marées. Ils sont formés par des eaux plus ou moins saumâtres. Leur débit est assez variable et de plus extrêmement petit, relativement aux masses énormes que les courants marins mettent en circulation;' mais comme ils apportent une grande quantité d'alluvions, ils réclament une attention spéciale, particulièrement dans les mers intérieures.

Eaux souterraines. L'hydrographie souterraine ou la connaissance des circonstances dans lesquelles les sources se forment, et de leur distribution à la sur-

FRANCE (uïDKOGRiPHiE). 589

face du sol, constitue l'une des applications les plus importantes de la géologie. Celte science offre également un guide sur pour la recherche des eaux jaillissantes.

Ces sources doivent leur existence aux eaux météoriques. Celles-ci, en ruisselant à la surface du sol, rencontrent dans leur parcours des couches fissurées ; elles s'y infiltrent et y circulent, jusqu'à ce qu'étant arrêtées par des assises imperméables, elles forment des nappes qui coulent à leur surface et s'épanchent aux points où ces assises viennent affleurer. Ces nappes sont souvent fort étendues; elles constituent des réservoirs souterrains inépuisables qui alimentent les sources, les puits ordinaires et enfin, dans des circonstances favorables, les puits artésiens; c'est ce qu'on appelle les niveaux d'eaux.

Dans les plaines et sur les parties basses des plateaux, on ne se contente pas toujours des eaux qui forment la nappe la plus rapprochée de la surface; on va en chercher de plus profondes qui sont souvent plus abondantes, qui tarissent beaucoup plus rarement et qui ont en outre la faculté soit de s'élever plus ou moins dans les puits, soit même de venir se déverser à la surface. On pratique à cet effet, à l'aide de la sonde, soit des sondages^ soit des puits dits artésiens dont le diamètre est généralement de U'°,10 à 0,50 et qui sont ainsi nommés parce qu'ils sont très-usités dans le Pas-de-Calais (ancien Artois) où leur profondeur moyenne varie entre 50 et 50 mètres.

La condition de se trouver retenue par un fond imperméable est suffisante pour qu'une nappe d'eau ordinaire puisse s'établir d'une manière constante dans l'épaisseur de la croûte terrestre; mais, pour avoir une nappe susceptible de fournir une eau jaillissante, il faut encore deux autres conditions. Il est nécessaire : 1° que les eaux qui forment cette nappe descendent d'une certaine hauteur, afin qu'elles exercent une pression sur les couches qui la retiennent supérieurement; "2" que ces dernières couches ne permettent pas à ces eaux de se perdre à travers mille fissures et de se gaspiller, ce qui exige que les couches dont il s'agit soient imperméables comme celles qui supportent la nappe inférieurement. En un mot, des eaux artésiennes ne' peuvent provenir que d'une nappe ayant la liberté de circuler entre deux assises imperméables, tout en exerçant d'ailleurs sur l'assise supérieure une pression due à la hauteur de laquelle elle est censée être descendue.

Pour savoir maintenant si l'eau puisée dans une nappe semblable pourra jaillir par un trou foré jusqu'à son niveau, il ne s'agit plus que de chercher la zone du terrain superficiel par laquelle ont pu s'opérer les infiltrations, et de s'assurer si cette zone est plus élevée que le point où l'on veut exécuter le forage. Quant à la composition de cette zone elle-même, il est évident qu'elle doit occuper à la surface ^du sol, du côté opposé aupendage général des couches, l'intervalle compris entre les affleurements des deux assises imperméables qui comprennent entre elles la nappe aquifère.

Le sol étant constitué intérieurement par de grandes assises alternatives, les unes argileuses ou marneuses imjjerméables et les autres sableuses ou calcaires perméables, les eaux superficielles qui pénètrent entre deux assises bien imperméables peuvent parvenir à des profondeurs fort grandes. Lorsque par un sondage on arrive à l'assise aquifère, la pression considérable à laquelle elle est soumise lait remonter l'eau par le trou de sonde à une hauteur plus ou moins approchée à celle de son point d'entrée dans le sol, soit au niveau de celui-ci, soit à une hauteur plus ou moins grande au-dessus ou au-dessous.

Le Bassin de Paris, ou partie septentrionale de la France, se trouve dans d'ex-

590 FRANCE (GÉoGRAP)riE).

cellentes conditions pour la réussite des sondages artésiens. En effet, du N.-E. ;iu S.-O. , de la frontière de Belgique jusque dans le département de la Vienne, et du S.-E. au N.-O., des Vosges et de la Côte-d'Or en Bretagne, l'existence de plusieurs assises perméables disposées régulièrement et renfermant des nappes d'eau superposées permet la recherche d'eaux jaillissantes presque partout avec de grandes chances de succès, tantôt à une profondeur médiocre et tantôt à une profondeur considérable, suivant les lieux et suivant la nappe d'eau que l'on veut atteindre. Ainsi, celle des sables de l'argile plastique, vers la base du terrain tertiaire, est partout atteinte, même dans les parties centrales du bassin, à une profondeur qui varie de 50 à dOO mètres, et qui va bien rarement au delà. Mais, lorsqu'on veut obtenir les eaux des sables verts situés au-dessous de la craie, les profondeurs sont d'autant plus grandes que de la périphérie du bassin on se rapproche davantage de Paris, qiii est à peu près au centre ; tandis que dans le département du Pas-de-Calais les sondages ont une cinquantaine de mètres et même moins, à Tours, ils atteignent de i20 à 170 mètres, et au centre, à Grenelle et à Passy, il a l'allu descendre à 547 mètres et 580 mètres. (Cette dernièi'e profondeur n'est pas la plus grande que l'on ait atteinte; près de Mindcn, dans le N.-O. de l'Allemagne, on est allé chercher des eaux salées à 640 mètres de profondeur, il y a plus de vingt ans.)

Dans un certain nombre de localités, on profite de la perméabilité des assises qui forment le sol sous-jacent pour établir des sondages dont la fonction est de débarrasser la surface du sol d'eaux qui sont stagnantes par suite de sa configuration, ou qu'il serait nuisible de laisser se répandre à l'air ou dans les cours d'eau. Ce sont les puits absorbants que l'on fore d'abord au travers des couches imperméables supérieures, et ensuite jusque dans les parties .supérieures ou moyennes d'une grande assise perméable.

Le Bassin du Sud-Ouest de la France, ou la grande plaine du S.-O. de la France, comprise entre les montagnes de la Vendée, du Limousin et du Bouergue, du N. au S.-E., et les Pyrénées au S., ne paraît pas se trouver dans des conditions aussi favorables sous le rapport de la composition et la disposition des assises du sol. Les terrains tertiaires ne paraissent pas renfermer dans leur intérieur de nappe d'eau importante, c'est-à-dire susceptible de fournir un écoulement abondant et constant à une hauteur de quelques mètres au moins audessus des points oii les sondages ont été effectués ; leur épaisseur est telle que, dans la plupart des points où ceux-ci ont été entrepris, on s'est arrêté avant d'être arrivé à leur partie inférieure et sans avoir obtenu les résultats cherchés. C'est ce qui est arrivé à Beychevelle en Médoc, à 98 mètres de profondeur et à 14"S50 d'altitude, à Peujard près BJaye à l!29 mètres et 45 mètres, à Bordeaux à '200 mètres et 17 mètres, à Liposthey à 108 mètres et 60 mètres, à Agen à 118 mètres et 45 mètres, à Toulouse à 154 mètres et 146 mètres. Cependant, le 5 mars 1866, la reprise du sondage, commencé en 1854 à l'hôpital de la marine à Rochefort, a été couronnée de succès ; on a rencontré au-dessous du terrain jurassique une nappe d'eau jaillissante, mais à une profondeur jusquelà inconnue en France, celle de 817 mètres !

11 ne serait toutefois pas impossible que ces grands sondages, réalisés il y a une trentaine d'années et plus, n'eussent pas été exécutés avec le soin qu'on y mettrait aujourd'hui, que les précautions nécessaires pour capter les eaux eussent été trop négligées, et que, par suite, l'on obtînt des résultats moins défectueux, si l'on avait à les recommencer maintenant.

FRANCE (hydrographie). 591

Dans tous les grands sondages artésiens qui ont été tentés dans le S.-Û. de la France, on s'est toujours arrêté trop tôt dans le terrain tertiaire. Pour savoir ce vfu'on pourrait espérer du bassin tertiaire du S.-O., il faudrait, à notre avis, être à l'avance déterminé à descendre la sonde, quelle que puisse être la profondeur, jusqu'à ce qu'elle ait rencontré des nappes jaillissantes, ou bien jusqu'à ce que l'on ait atteint le terrain crétacé sous-jacent. Sans ce parti-pris, on sera toujours exposé à des mécomptes semblables à ceux qui viennent d'être rappelés.

Eaux minérales. Un savant chimiste, M. Ghevreul, appelle eau minérale toute eau qui, dans son cours souterrain, a été placée dans des circonstances qui lui ont permis de se charger plus ou moins de gaz, de sels, de substances organiques même, et d'acquérir par là une saveur et d'autres propriétés que ne possèdent pas les eaux naturelles qui s'approchent de l'état de pureté. Si ces eaux peuvent avoir quelque action sur l'économie animale, soit par les corps qu'elles ont dissous, soit par leur température, elles prennent le nom à' eaux médicinales .

Les eaux pluviales, par leur séjour et leur infiltration dans les couches du sol, s'y chargent plus ou moins de sels minéraux. Ces substances peuvent, d'ailleurs, être solubles par elles-mêmes ou ne le devenir qu'à la faveur des gaz dissous par l'eau dans son parcours; elles pourraient enfin préexister dans le sol, ou bien ne s'être formées que par suite d'actions cliimiques dues à l'eau ellemême ou aux gaz entraînés par elle.

Sera-ce Fabondance de ces sels qui caractérisera plus spécialement une eau minérale? A la vérité, les eaux minérales, et principalement celles qui contiennent des carbonates ou des chlorures alcalins, sont souvent chargées de sels solubles ; mais il suffira, pour prouver que cette abondance des sels n'est pas une condition essentielle des eaux minérales, de laire observer que, dans la source de Baréges, le poids des substances en dissolution est le même à peu près que dans l'eau de la Seine, à Paris, et ne représente que les deux cinquièmes des matières dissoutes dans les eaux d'Arcueil.

Si l'on tient compte en même temps de la nature des sels dissous, on aura certainement une donnée plus caractéristique; cependant elle ne sera pas suffisante encore : car certaines eaux, comme celles de Bagnols, n'offrent aucun élément qui ne se trouve dans les eaux communes, et ne doivent sans doute leur emploi en thérapeutique qu'à une température élevée; d'autres, comme celles de Gontrexéville, ne présentent pas même cette dernière condition.

Il est vrai que, dans ces dernières années, l'analyse chimique a fait découvrir dans une foule d'eaux naturelles l'existence de principes tels que l'iode , l'arsenic, qui, bien qu'en proportions extrêmement faibles, leur communiquent peut-être une portion de leur efficacité ; mais, là encore, rien d'absolu, car ces éléments sont étrangers à un grand nombre de sources dont l'efficacité ne paraît pas douteuse, et l'un d'eux, l'iode, se retrouve dans la plupart des eaux et paraît même être une des conditions les plus essentielles à leur salubrité.

De toutes ces considérations, il faut conclure que l'expression à! eaux minérales, telle qu'elle est employée habituellement et comme elle le sera forcément dans cet article, ne répond peut-être pas à un ensemble de propriétés caractéristiques qu'on puisse limiter d'une manière très-précise. L'idée qu'elle éveille repose à peu près exclusivement sur l'emploi de ces eaux dans la thérapeutique, et serait plus exactement traduite par la dénomination ancienne à' eaux médicinales, aquœ medicatœ.

392 FRANCE (géographie).

l'ne classification des eaux minérales ne peut guère porter que sur l'un de ces trois points de vue généraux :

Les propi'iétés physiques et la composition de l'eau considérée en elle-même: c'est le point de vue chimique ;

L'origine de cette eau et ses relations avec l'âge ou la nature des terrains dont elle émane : c'est le point de vue géologique;

Enfin les applications à l'hygiène et à la thérapeutique : c'est le point de vue médical.

Ce dernier point de vue n'est pas de notre compétence. En ce qui concerne les deux premiers, nous serons obligé d'entrer dans quelques considérations inséparables de notre étude des eaux minérales de la France, sans préjudice de ce qui pourra être dit à l'article Eaux minérales ; nous les empruntons à M. Ch. Sainte-Claire Deville.

Vouv la classification au point' de vue chimique, le nombre des substances qui entrent habituellement dans la composition des eaux naturelles de France est assez re^reint. On y rencontre un Tort petit nombre d'acides et un fort petit nombre de bases se saturant réciproquement, au moins pour l'ordinaire. Quand la saturation n'est pas complète, ce sont toujours les acides qui sont en excès, jamais les bases. Les acides sont : l'acide carbonique, les acides sulihydrique et sulfurique, l'acide chlorhydrique et ses acolytes, les acides bromhydrique et iodhydrique, les acides azotique, phosphorique et arsénique. Les bases sont : parmi les alcalis, la soude, très-rarement la potasse ; parmi les terres, la chaux, la magnésie; parmi les métaux, les protoxydes de fer et de manganèse. Il faut ajouter à cette liste des éléments habituels des eaux minérales deux gaz, qu'elles empruntent vraisemblablement à l'atmosphère : l'oxygène et l'azote ; deux corps que l'on doit probablement considérer comme indifférents : ce sont l'acide silicique et l'alumine; enfin des matières azotées, dont quelques-unes jouent le rôle d'acides *.

Mais, comme dans tous les mélanges qui peuvent résulter de l'action de causes diverses, tous les éléments que nous venons d'énumérer sont loin d'avoir, dans les eaux naturelles, une égale importance, il faut, pour les classer chimiquement, tenir compte seulement de ceux de leurs éléments que leur abondance permet de considérer comme essentiels : ceux-là se réduisent à deux bases, la soude et la chaux, qui entraîne, pour ainsi dire, avec elle la magnésie, et à quatre acides, l'acide carbonique, l'acide chlorhydrique, les acides sulfhydrique et sulfurique. Encore ces deux derniers acides, dont le premier n'existe jamais sans l'autre, et qui, dans tous les cas, dérivent toujours l'un de l'autre, peuvent être réunis sous un même titre, ce sont : les acides du soufre.

Plusieurs considérations géologiques, qui ne peuvent trouver place ici. conduisent, d'un autre côté, à reconnaître que les acides du chlore, du soufre, du carbone, sont les réactifs qui ont joué, aux époques anciennes du globe, et jouent encore, dans la période actuelle, un rôle prépondérant dans tous les phénomènes d'émanation, si intimement liés avec ceux qui ont produit les eiaux minérales.

Il est, d'ailleurs, aisé de concevoir que les bases que nous avons citées, et qui

* On compléterait l'énumération des substances que l'on peut rencontrer dans les eaux, en ajoutant les corps suivants, qui n'y sont qu'en bien faibles proportions : les acides borique et lluorhydrique, la litbine, la baryte et la strontiane; enfin, parmi les métaux; le cuivre, te nickel, le cobalt, le titane.

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accompagnent habituellement ces acides dans les eaux naturelles, n'y sont que par suite de l'action de ces acides eux-mêmes sur des minéraux dëcomposables.

On est, par conséquent,' tout à fait conduit, lorsqu'on se place au point de vue purement chimique, à établir les grandes divisions dans les eaux minérales d'après la nature de l'élément acide dominant. D'où résultent trois grandes classes, suivant que cet acide dominant est l'acide carbonique, l'un des deux acides du soufre, ou l'acide du chlore : c'est-à-dire, suivant que les sels dominants sont des carbonates, des sulfures et sulfates ou des chlorures.

On voit de suite que les deux sous-divisions, dans chacune de ces trois grandes coupures, s'étabhront par la prédominance de la soude, base alcaline, ou des bases terreuses, chaux et magnésie. Enfin, comme le protoxyde de fer se trouve souvent associé, à la vérité en fort petites quantités, soit à l'une, soit à l'autre de ces sous-divisions, on créerait dans chacune d'elles un groupe correspondant.

Toutes ces distinctions se justifient, d'ailleurs, très-bien, comme nous le verrons, par les conditions de gisement qui se rapportent à chaque genre de sources.

Enfin, l'acide carbonique lui-même pourrait aider à constituer des variétés, suivant qu'il se trouverait ou non en excès, c'est-à-dire, suivant que l'eau dégagerait ou non des bulles de ce gaz. Remarquons néanmoins que la chaux , la magnésie, le fer, ne peuvent se trouver dissous en quantité notable qu'à l'étal de bicarbonates, ou qu'à la condition que le gaz acide soit en excès dans Teau : tout fait penser que la soude elle-même y est aussi à l'état de bicarbonate. Il est donc naturel d'admettre que toutes les eaux où dominent les carbonates étaient primitivement des eaux acidulés, c'est-à-dire, des eaux où l'acide carbonique se trouvait en excès, et que, s'il est de ces sources (ce qui n'est pas bien démontré) qui ne contiennent pas à leur point d'émergence un certain excès d'acide carbonique, cela provient de ce que cet excès de gaz s'est dégagé dans les dernières portions de leur cours souterrain. Cette proposition a, du reste, été, comme on sait, vérifiée pour un grand nombre de sources de cette classe, auxquelles les travaux de recherclies plus profonds et de meilleurs aménagements ont donné, ou plutôt restitué, cette teneur en gaz qui est, à si juste raison, appréciée dans les eaux minérales. De sorte qu'un excès d'acide carbonique serait ici, non pas un caractère différentiel , mais une propriété générale pour toutes les eaux de cette classe '.

Il est une autre circonstance qui se lie intimement à la nature et à l'origine des eaux minérales et dont il est impossible de ne pas tenir compte, surtout quand on les envisage au point de vue de leurs propriétés physiques et chimiques : c'est leur température. Une source est thermale lorsque la température est sensiblement supérieure à la température moyenne de son point d'émergence. Cette condition ne peut évidemment exister qu'autant que la source aura fait, dans son parcours, la rencontre d'eaux ou de vapeurs déjà échauffées, ou qu'elle sera descendue, avant de reparaître au jour, à des profondeurs suffisantes pour lui faire acquérir à elle-même cette température élevée. Mais de ces circonstances elles-mêmes résultent nécessairement l'entraînement et la dissolution de matériaux très-différents, par leur nature et par leur abondance, de ceux que peuvent amener au jour des eaux dont l'infiltration n'aura pas dépassé une légère profondeur au-dessous de sa surface, et dont la température ne

* L'oxyde de fer se trouve aussi dans ces sources comtiiné avec les acides crénique, apocrénique. Mais il est clair que c'est un résultat de réactions postérieures; le dissolvant primitif était l'acide carbonique.

•39i FRANCE (géographie).

s'éloignera, par suite, que d'une manière à peu près insensible de celle du sol superficiel. Aussi remarque-t-on , dans chacune des trois grandes classes que nous avons été conduit à établir, des différences notables entre la composition jnoyenne des eaux thermales et celle des eaux que l'on peut appeler froides.

Dans la classe qui nous occupe, par exemple, presque toutes les sources alcalines sont thermales, tandis que toutes les sources calcaires sont froides. Ces dernières ne sont jamais considérées comme eaux minérales, à moms qu'elles ne soient en même temps ferrugineuses ; mais elles constituent la grande majorité des sources répandues à la surface du globe.

Le tableau ci-joint résume les divisions principales que nous venons d'établir dans les eaux naturelles, considérées au point de vue de leur composition ■chimique. La dernière colonne réunit les exemples que nous avons choisis, ■en général, parmi les sources de notre territoire :

Cette classification a quelque chose d'artificiel, parce qu'elle est basée sur l'existence d'un élément qui prédomine, à la vérité, mais n'est pas l'élément unique; elles montrent, en même temps, que les phénomènes qui ont donné naissance aux eaux minérales n'ont pas été simples, et que des émanations de nature <liverse, provenant peut-être de foyers différents, ont dû concourir à leur production ; elles nous amènent ainsi naturellement à examiner les eaux d'après leurs conditions géologiques.

Pour la classification au point de vue géologique, l'idée la plus simple et la plus naturelle que l'on puisse se faire d'une source consiste à l'envisager comme Je résultat de l'infiltration, dans les couches perméables du sol, d'une certaine portion des eaux pluviales qui trouvent enfin une couche imperméable et ont suivi le plan supérieur jusqu'à ses affleurements*.

Dans son parcours souterrain, l'eau se chargera nécessairement de toutes les substances qu'elle pourra dissoudre. Quelques-uns de ces éléments solubles se présentent tout formés dans les terrains, par exemple, le sulfate de chaux et le ■chlorure de sodium. D'autres de ces substances, qui sembleraient d'abord devoir leur résister, sont facilement entraînées par elles, lorsqu'une haute température •et peut-être une forte pression viennent ajouter à son pouvoir dissolvant. Les expériences de Damour ont fait voir que l'eau distillée, à ia température de l'ébullition, dissout une quantité notable d'acide silicique et de certains silicates naturels.

Mais cette faculté dissolvante de l'eau est accrue dans une proportion considérable, lorsqu'elle vient à se charger de certains gaz. Non-seulement l'eau emprunte à l'acide carbonique la faculté de dissoudre à l'état de bicarbonates les bases terreuses et métalliques, mais on sait comment Fournet et Ebelmen ont montré l'action de l'eau ainsi acidulée, à froid et sous la pression ordinaire sur les minéraux silicates, et, par suite, l'entraînement opéré par elle de bicarbonates et d'acide silicique-.

* Ajoutons néanmoins que certains phénomènes indiquent la présence, dans l'intérieur, de courants de vapeur d'eau, à une température plus élevée, et il n'est pas bien certain que cette eau soit toujours un produit superficiel, descendu à une profondeur sullisaiite pour acquérir normalement celte température, ou venu au contact de masses ignées non encore refroilies. M. Elle de Beaumont a, depuis longtemps, l'ait pressentir qu'on pouvait la considérer comme ayant l'ait primitivement partie essentielle d'une roche ignée, dont elle se serait détachée à un moment donné.

^ Il en laut dire autant de l'acide borique, que les recherches de MM. Filhol et Jules Bonis ont signalé dans les eaux pyrénéeimes.

FRANCE (hydrographie).

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