‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.40Chapitre 17 sur 75 · CC · texte numérisé non relu

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De Sénarmont, en opérant avec l'aide de la chaleur et de la pression, a multiplié encore l'énergie de ces actions.

Des expériences postérieures, de Ch, S. -G. Deville, ont fait voir qu'il suffit de faire passer, pendant un temps suffisant, sur une roche fedspathique à base de soude, un courant de vapeur d'eau à 100 degrés et d'acide sulfhydrique, pour obtenir, au contact de l'air, tous les éléments minéraux des eaux sulfureuses. M. J. Bonis a confirmé cette manière de voir par l'examen des produits déposés par la belle source d'Olette.

L'acide chlorhydrique agirait dans les mêmes circonstances avec plus d'énergie encore.

On voit donc que l'eau, à l'aide de ces trois puissants réactifs que l'on rencontre encore dans les émanations actuelles, acide carbonique, acide sulfhydrique, acide chlorhydrique, est en mesure de former de toutes pièces et d'entraîner avec elle tous les matériaux que nous avons reconnus dans les trois classes d'eaux naturelles.

Mais la nature des terrains avec lesquels elles auront été en contact influera nécessairement sur la nature et l'abondance des éléments dissous et entraînés. De là un rapprochement bien indiqué entre la composition des sources et leur gisement.

Alex. Prongniart, dans son remarquable article Eaux minérales, du grand Dictionnaire d'Histoire naturelle, a cherché à faire un classement rationnel des sources, d'après les terrains qui leur donnent naissance. Il établit, par cette considération, sept groupes, suivant que les eaux proviennent des terrains cristallisés inférieurs, des terrains de transition, des terrains de sédiments inféineurs, moyens ou supérieurs, des terrains de porphyre, trachyte et basalte, enfin des terrains volcaniques. Néanmoins, ce savant géologue, après avoir cherché à poser un certain nombre de conclusions générales, où l'on distingue quelques aperçus tout à fait nouveaux, est obligé de reconnaître : « qu'il résulte de ces règles mêmes, déduites en partie des faits connus, que les généralités qu'on peut établir sur la position des eaux minérales ne présentent quelque espoir de vérité que pour les terrains les plus inférieurs et pour les plus supérieurs. »

Ajoutons de suite qu'à l'époque où écrivdt Brongniart, non-seulement on ne possédait pas les analyses dont Berzélius, Berthier et les nombreux chimistes qui les ont suivis, ont enrichi l'hydrologie minérale, mais que les circonstances de gisement de la plupart des sources n'étaient 'que très-imparfaitement connues : d'où résultaient pour la classification une double difficulté et de nombreuses causes d'erreur.

Ces difficultés, ces incertitudes, sont loin encore d'avoir disparu; en outre, l'étude attentive du phénomène est venu prouver que le problème était plus complexe qu'il ne le semblait. Il y a peut-être peu de questions qui exigent plus de finesse et de sagacité que la détermination des vraies conditions de gisement d'une eau minérale; ce n'est qu'avec doute et réserve qu'il est permis d'aborder ce sujet délicat et obscur.

Une des circonstances dont il faut, dans ce genre de recherches, tenir le plus grand compte, est incontestablement la température; cette considération permettra, dès le début, de séparer assez nettement les sources ordinaires de celles qui présentent les caractères généraux que nous avons reconnus aux sources minérales, en même temps qu'elle aidera à parquer, pour ainsi dire, ces dernières dans les régions physiques où elles se trouvent de préférence.

Des grandes régions physiques dans lesquelles nous avons été amené à diviser

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la France, au point de vue de ses sources, le groupe des Pyrénées, le massif central, le groupe formée par les Alpes et la Corse, enfin celui qui réunit le Jura, les collines de la Haute-Saône et les Vosges, présentent des sources dont la température moyenne dépasse notablement celle du sol superficiel.

Les autres régions, comprenant le massif du N.-E. ou des Ardennes, le massif du N.-O. ou de la Bretagne, et les deux grandes régions de plaines, Neustrie et Aquitaine, qui entourent circulairement, au nord et au midi, la gibbosité centrale, présentent à peine quelques sources dont la température s'élève au-dessus de la température moyenne, et, en même temps, la teneur moyenne en sels fixes de celles de ces sources qu'on a rangées parmi les eaux minérales, c'est-à dire de celles qui sont le plus chargées dans ces divers groupes, ne dépasse pas la somme des matières tenues en dissolution par l'eau d'Arcueil. Cette teneur, comparée à celle des sources des premières régions, n'en constitue guère respectivement que le tiers, un peu plus du quart, un peu moins du cinquième et même moins du septième. Pour les éléments constitutifs, même antagonisme : duns les régions à sources froides, les carbonates l'emportent généralement sur les chlorures et les sulfales, mais surtout l'élément calcaire sur l'élément sodique. Les régions à sources chaudes ont des physionomies bien dessinées et des caractères tranchés : dans l'une prédomineront les carbonates, dans une autre les chlorures, dans une troisième, ce sera le soufre qui fournira essentiellement les éléments électro-négatifs; mais, dans toutes, on remarquei'a la prééminence absolue de la base alcaline sur la base calcaire.

On peut donc dire, d'une manière générale, que toutes les eaux minérales de la France sont confinées dans les premières régions montagneuses et montueuscs. Et remarquons qu'ici l'expression d'eaux minérales, prenant une acception plus particulièrement géologique, acquiert en même temps quelque chose de mieux défini que lorsque nous l'employions dans le sens vulgaire ou médical.

Cette séparation une fois établie entre les régions riches en eaux minérales et celles qui en sont privées, il ne nous reste plus, pour atteindre le but que nous nous proposons, qu'à rechercher si ces régions ne seraient pas aussi douées de caractères orographiques et géologiques distincts et, pour ainsi dire, opposés.

Or, c'est ce qui résulte des remarques suivantes : des régions dénuées d'eaux minérales ou, si l'on veut, d'eaux thermales, les deux dernières, Neustrie et Aquitaine, consistent en deux grands bassins dont le fond est formé par des dépôts tertiaires, entourés d'une façon plus ou moins régulière, de couches crétacées et jurassiques se dégageant d'au-dessous d'eux et se relevant presque en amphithéâtre. Ainsi dans tout cet ensemble, qui constitue les portions les moins saillantes du sol français, les eaux ne s'enfoncent presque jamais assez profondément pour revenir naturellement au jour douées d'une température supérieure de plusieurs degrés à la moyenne du sol superficiel. Et lorsque la sonde artésienne va les chercher profondément, elles sortent, à la vérité, avec la chaleur qui correspond à cet enfoncement, mais dissolvant souvent, comme à Grenelle, très-peu de matières fixes. Les plus chargées sont celles qui ont rencontré, à une petite distance du sol, un sel notablement soluble, le sulfate de chaux, par exemple, les sources qui descendent aux portes de Paris, des plateaux de Belleville et de Ménilmontant. Celles d'entre elles qui sont considérées et utilisées comme eaux minérales sont des sources qui ont, à la faveur d'un léger excès d'acide carbonique, dissous une très-petite quantité de fer, qu'elles déposent aussitôt arrivées à l'air libre.

Il serait assez naturel de penser que nous allons trouver des conditions analogues aux précédentes dans les deux massifs du N.-E. (Ardenne) et du N.-O. (Bretagne). Il n'en est rien. Au lieu de terrains modernes, nous trouvons ici, des deux côtés, les terrains sédimentaires les plus anciens, et cependant pas plus de sources thermales; il y a même, en moins, ces sources fortement chargées de gypse que nous signalions tout à l'heure; mais, en revanche, les sources carbonatées ferrugineuses sont plus abondantes et sont les seules utilisées.

Conclurons-nous de ces deux exemples que les sources minérales paraissent étrangères aux dépôts stratifiés? Nous ne le pourrons, si nous venons à remarquer que, dans le groupe qui comprend le Jura, les collines de la Haute-Saône et les Vosges, c'est précisément du milieu des terrains de sédiment que sortent les eaux minérales : nous citerions Bourbonne, Luxeuil. Guillon, Jouhe, Soulz-Ies- Bains, iNiederbronn, Bade et une foule d'autres ^

Mais ce qui caractérise ces eaux au point de vue chimique, c'est la prédominance du chlorure de sodium. Or, les terrains stratifiés qui abondent dans cette région sont tous liés avec les terrains de marnes irisées qui, comme on sait, renferment des dépôts considérables de sel gemme. Ces sources s'expliquent donc très-bien par l'entraînement de cette substance; et. pour que les eaux sortent avec une haute température, il suffit qu'elles aient pénétré à une profondeur de quelques centaines de mètres. Les montagnes voisines des Vosges et du Jura légitiment parfaitement cette supposition.

Il en est tout autrement des régions montagneuses, de celles particulièrement où les phénomènes de dislocation se sont manifestés le plus récemment et avec apparition de roches ignées.

C'est ainsi que, dans le massif central, c'est principalement au voisinage des grands centres basaltiques et trachytiques du Mont-Dore, du Cantal et du Vivarais, que se retrouvent d'innombrables sources acidulés alcalines.

Quant au groupe pyrénéen, ses eaux minérales se partagent en deux types distincts : l'un, où prédominent les acides du soufre, mais où se retrouvent aussi le carbonate de soude et des proportions notables de silice, et qui paraît être en rapport de gisement avec la chaîne principale des Pyrénées, tandis que l'autre, caractérisé par la prédominance du chlorure de sodium, se trouve évidemment en rapport avec les éruptions des ophites qui ont apparu, suivant Dufrénoy, à une époque récente, et qui s'alignent aux deux ailes de la chaîne des Pyrénées, dans la direction du système des Alpes principales.

On retrouve aussi dans les Alpes les deux types sulfureux et chlorurés, mais moins nettement dessinés que dans les Pyrénées, bien que, là aussi, ils semblent appartenir à deux phénomènes distincts et à deux âges différents.

En résumé, dans les terrains régulièrement stratifiés et peu accidentés, absence d'eaux minérales proprement dites, à moins que leurs couches ne recèlent des matières solubles, susceptibles d'être amenées au jour par les eaux d'infiltration.

Mais une circonstance bien remarquable et bien instructive, c'est que ces émanations singulières paraissent liées, dans les régions de montagnes, à l'existence des roches ignées modernes, bien plutôt qu'au voisinage des masses plutoniqucs le plus anciennement apparues. Pour ne pas sortir de la France, le massit du nord-ouest contient aussi des granités, des syénites, des roches amphiboliques, mais il n'y a pas de sources minérales ; dans les Vosges, ce n'est pas ordinaire-

* Plombières serait presque la seule exception, et elle s'explique d'ailleurs très-bien par la différence de composilion.

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nieiil des terrains granitiques que sortent les sources ; dans le massif central, ce n'est pas non plus sur la lisière occidentale où se trouvent les granités, mais sur la lisière orientale, où se montrent les trachytes, les basaltes, les volcans modernes. En Italie, en Grèce, en Boliême, en Islande, dans les Andes, dans les Antilles, presque partout enfin, la même remarque peut s'appliquer.

Dans les Pyrénées et dans une foule de points, les sources sulfureuses se trouvent, à la vérité, placées généralement vers le contact des roches ignées et des roches de transition; mais ceci est plutôt une confirmation de la règle, car tout indique que les vapeurs produites par un phénomène plus récent ont clierché et trouvé la ligne de contact qui leur offrait une issue plus facile.

Pour l'origine et le gisement des eaux salées et des eaux de mer, les causesphysiques qui produisent les sources salées étant vraisemblablement les mêmes que celles qui chargent les eaux minérales de quantités plus ou moins considérables de chlorure de sodium, il serait impossible d'établir une séparation absolue entre les eaux minérales salines chlorurées et les eaux salées, dont l'industrie tireur» parti si avantageux. Cela est surtout vrai des eaux minérales chlorurées fi'oides.

C'est, après tout, à peu près exclusivement la teneur en sel marin qui pouvait guider dans ce choix. Telle eau qui n'avait été appréciée que pour les applications thérapeutiques a reçu récemment une destination industrielle ; telle autre souvent plus chargée de sel, mais placée dans des conditions moins favorables peut encore être sans emploi sous ce dernier rapport.

On le sait, d'ailleurs, l'art a sa grande part dans l'industrie des salines, et, avant d'être exploitées comme telles, certaines eaux ont dû subir une concentration artificielle; bien plus, on fait de toutes pièces une eau salée en mettant en contact les eaux douces de la surface avec les dépôts de sel gemme que recèlent certaines couches de l'intérieur. Or, en pareil cas, il est clair qu'on ne fait que répéter le procédé même qu'emploie la nature dans une foule de circonstances.

Les sources chlorurées thermales semblent, au premier abord, former un type à part et s'éloigner considérablement de ces émanations d'eaux froides qui se sont chlorurées au contact des amas de sel gemme; mais cette distinction est peut-être plus apparente que réelle. Quelques-unes de ces sources proviennent, en premier lieu, des eaux superficielles, et ne doivent leur thermalité qu'à des circonstances particulières qui leur ont permis de s'infiltrer à de grandes profondeurs avant de rencontrer les amas de sel qu'elles dissolvent; et celles mêmes auxquelles leurs caractères ne permettent pas d'assigner une telle origine peuvent être aussi rattachées aux premières : il suffirait, en effet, de concevoir que, pour les créer encore aujourd'hui de toutes pièces, la nature eût conserve là, comme dans les phénomènes volcaniques, quelque chose de ces forces énergiques sous l'infiuence desquelles se sont effectués les amas de gypse et de sel oemme du trias en Lorraine, et des terrains tertiaires dans les Pyrénées.

Les sources salées exploitées en France, comme les eaux minérales chlorurées, sont toutes parquées dans deux régions très-distinctes : le groupe de l'Est, que M. Becquerel a divisé en trois bassins, savoir : le bassin du Rhin, le bassin de la Lorraine et le bassin de la Franche-Comté, et le groupe du Sud-Ouest ou des Pyrénées, qui se partage aussi très-naturellement en deux bassins placés à chacune des extrémités de la chaîne des Pyrénées, et que nous avons désignés sous les noms de bassin des Basses-Pyrénées et de bassin des Pyrénées-Orientales.

Concluons donc, en généralisant les idées émises par Berzélius etÉlie de Beaumont, que les eaux minérales ne paraissent être que les représentants, plus ou

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moins affaiblis, des émanations qui ont laissé les traces de leur existence dans toutes les périodes géologiques et dont les fumerolles de nos volcans nous présentent encore une image aujourd'hui. Remarquons, à l'appui de cette conclusion, que les éléments minéralisateurs de nos sources, l'acide carbonique, l'acide sulfhydrique, l'acide chlorhydrique, sont précisément ceux qui paraissent s'être dégagés en abondance à toutes les époques secondaires, comme ils constituent encore les principes acides des émanations volcaniques. Ajoutons que si, comme il est naturel de le penser et comme tous les faits tendent à l'établir, c'est principalement au moment où une dislocation de la croûte terrestre venait à ouvrir des issues nouvelles aux gaz intérieurs que se sont d'abord établis ces centres ou plutôt ces alignements jalonnés par les émanations, ce sera nécessairement aussi dans le voisinage, dans l'axe même ou au pied des chaînes de montagnes qui présentent les traces les plus modernes d'éruptions ou de grandes commotions, que devront se rencontrer les derniers vestiges de ces phénomènes, les sources minérales. En France, ce sera autour des massifs volcaniques du centre, ou dans les chaînes des Alpes et des Pyrénées, que seront groupées les sources thermales chargées de sels alcalins. Dans les terrains paléozoïques de la Bretagne et de l'Ardenne, oià l'on ne trouve que les indices des plus anciennes dislocations, point d'eaux thermales ; seulement quelques sources où l'acide carbonique dissout un peu de fer. Les plaines tertiaires du Nord et du Midi, où rien ne rappelle l'apparition déroches ignées, offriront moins de traces encore de véritables sources minérales.

Il y a, à la vérité, des sources qui semblent, au premier abord, échapper à cette loi, parce qu'elles appartiennent, comme les eaux salées de la Lorraine et du Jura, comme les eaux gypseuses de certains plateaux tertiaires, à des régions oîi rien n'annonce la présence de roches ignées. Mais on voit bientôt que les éléments solubles — gypse ou sel gemme — dont les eaux se sont chargées par leur infdtration dans les terrains sous-jacents n'étaient eux-mêmes, en définitive, que les restes de<; phénomènes d'émanation qui ont accompagné ou suivi de près le dépôt de ces terrains.

Enfin, pour la classification au point de vue thérapeutique, les eaux minérales devant être rangées principalement en vue de leur utilité thérapeutique, c'étaient aussi des considérations du même genre qui devaient nous guider dans le choix de l'ordre le meilleur à suivre.

Malheureusement, si le géologue éprouve des embarras sans nombre quand il essaye de coordonner les connaissances fournies par la chimie sur les éléments constitutifs des eaux minérales avec les données qui résultent de l'étude de leur gisement, les difficultés sont bien autres encore pour le médecin qui cherche à établir des rapports rationnels entre la composition des eaux et leurs effets thérapeutiques.

Les obstacles sont ici de deux ordres. Ils dépendent, à la fois, de l'imperfection des données chimiques et des dilficullés spéciales qui entourent incessamment tout ce qui a trait à l'organisme humain.

Une classification des eaux minérales, faite au point de vue de la thérapeutique, chercherait à faire ressortir l'élément efficace dont les proportions pourraient être tellement faibles que l'analyse aurait quelque peine à en déceler la présence. Quelquefois, il est vrai, la substance médicatrice se manifeste, quelle que soit sa rareté, par des indices certains, comme le fer qui se précipite entièrement par l'exposition à l'air, ou l'acide sulihydrique qui se trahit par

son odeur. Mais il n'en est pas ainsi de toutes, et l'on peut aisément concevoir quelles seraient les difficultés et les incertitudes qui pèseraient encore aujour d'hui sur une telle classification.

Nous rangerons les diverses sources minérales en six groupes principaux, qui nous paraissent répondre d'une manière suffisante aux lumières actuelles, et qui s'éloignent peu à la fois des grandes divisions que nous avons établies au point de vue chimique et des divisions généralement adoptées dans l'hydrologie thérapeutique. Ces six classes sont :

f thermales.. . .( Vichy Mont-Dore, Lamalou.

Eaux acidulés alcalines j ' Plonibreres.

I froides ^ Pont-Gibaud, Vic-sur-Cère,

' t Vais.

Eaux acidulés calcaires ou acidulés simples. . toutes froides. .\ Pougues Sainl-Galmier, Con-

•^ ( dillac, Chaleldon.

„.,,,. I thermales . . . Svlvanès, Rennes.

Eaux acidulés ferrugineuses .■ • i„ n A p

° I Iroides Orezza, Bussang, rorges.

thermales.. . .1 Les Pyrénées , Barbotan ,

Eaux sulfureuses ou plutôt sulfurées 1 * Uriage, la Corse.

froides i Labassère , Bourg d'Oisans, I Pierrefonds, Enchien.

thermales.. . ) Bj-nères -de -Bigorre, Bains,

Eaux salines sulfatées l I Sainl-Amand (Nord).

froides Contrexéville, Passy, Miers.

thermales.. . .) P'°5'="' t'""' Conrhonne, Nie- Eaux salines chlorurées } ' deiiuonn.

froides. ... ' Sougraigne, Jouhe, les bains ' de mer.

Victor Raulin.

'^11. Cliniatologie. Le plan du travail que nous consacrons à cet important élément de l'histoire médicale de notre pays, de même que les principes auxquels il fallait nous conformer en le rédigeant, nous étaient pour ainsi dire imposés par les bases établies dans l'article Climat., où la question est traitée au point de vue général. Bien loin de nous plaindre de cette obligation, nous ne pouvions tfue suivre en toute confiance le guide offert par un maître. Il ne nous en coûte pas, d'ailleurs, de reconnaître que l'esprit dans lequel le sujet est développé dans l'article de Fonssagrives nous semble être essentiellement celui avec lequel il convient aux médecins d'aborder l'étude de la climatologie, et que les formules capitales qui y sont exprimées sont celles auxquelles nous aurions également abouti, en supposant, toutefois, que nous soyons capable d'approfondir suffisamment la matière et d'interpréter ce qu'elle fournit à la science

Il est donc nécessaire de rappeler d'abord les points de doctrine dominants de l'article auquel il est fait allusion, sans préjudice du retour à l'article lui-même auquel il est à peine besoin de convier le lecteur. Pour M. Fonssagrives, « le climat est la manière d'être habituelle de l'atmosphère d'un pays, sa formule météorologique; » sauï \si pureté de V air ou {^présence de miasmes t^Ius, ou moins délétères, conditions qui n'entrent pas logiquement dans les éléments constituants du climat, c'est la conception même de de Humboldt. La définition de ce grand climatologiste comprend, en effet : la température, l'humidité, les changements de la pression barométrique, le calme de l'atmosphère, les vents, l'électricité atmosphérique, l'état du ciel. Nous nous attacherons donc à reproduire le plus complètement possible la physionomie de la météorologie française, au moins dans ses aspects caractéristiques. Mais, bien que l'esprit, en pareille matière, recherche la généralisation et la simplicité des traits, nous ne perdrons pas de DICT. ENC. 4" s. IV. 26

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vue la nécessité, sur laquelle insiste également Fonssagrives, de descendre d'abord dans l'analyse et, pour rester vrai et utile, de multiplier les descriptions particulières, de fixer les climats de localité. Encore n'est-ce point la dernière division possible et devrait-on aller jusqu'au climat (Vhabitat pour obtenir des formules inflexibles.

Nous ajoulerons que les mêmes procédés, la même pénétration dans les détails, ont besoin d'être apportés dans les observations sur lesquelles on s'appuie pour en tirer ces formules. Certes, la climatologie d'un lieu est une résultante, découlant de lois invariables; ses accidents mêmes, les troubles apparents de lois qui passaient pour bien établies, dépendent d'autres lois qui supposent les premières et les confirment, loin de les contredire; mais la science consiste précisément à pouvoir trouver le rapport de ces accidents avec les lois dont la manifestation est le fait ordinaire pour un lieu donné. On n'atteint à ce degré de sûreté que par la multiplication et la longue durée des observations. Il ne s'agit pas seulement de constater les phénomènes : il importe au moins autant d'en saisir le mode d'apparition et de succession, le « régime » des faits météorologiques, comme dit encore l'éminentliygiéniste de Montpellier. Peut-être résulte-t-il de là un côté ingrat pour la météorologie : Un infatigable savant, avec une patience que n'ébranlent ni les événements domestiques, ni les commotions extérieures, a observé quatre fois par jour, pendant trente ans de sa vie : il possède à fond les allures de la météorologie de sa localité; malbeureusement, c'est ce qu'il lui est le plus difficile d'exprimer d'une façon brève et simple pour le public. La vérité est dans les immenses tableaux qu'il a dressés et dans leur étude jour par jour. Or, ce que l'on croit trop souvent devoir lui demander, ce sont des moyennes, des chiffres peu nombreux, des formules courtes; justement ce qui nous voile la vraie physionomie du régime météorologique et peut nous causer les illusions les plus fâcheuses. Pourtant, les observateurs ne peuvent guères s'empêcher de céder à ce besoin des non-initiés; ils livrent à la circulation leurs moyennes, ces expressions tout à fait fictives ; tous les traités s'en servent et il faut avouer qu'il est difficile de faire autrement, car le travail qui extrairait fidèlement tous les enseignements contenus dans trente années d'observations serait autrement considérable que le cidcul des moyennes. Nous-même, dans cet article, nous serons forcé, pour ne pas atteindre à des proportions exagérées, de nous contenter souvent des moyennes. Mais, du moins, nous avons signalé les défauts de ce mode d'exposition et la façon de consulter fructueusement la météorologie; de plus, nous ne manquerons pas de mettre particulièrement en relief les circonstances capitales du mode météorologique de notre pays, toutes les fois qu'il existe un rapport important entre elles et quelque trait saillant des modes biologiques suivant lesquels évoluent nos populations, en santé ou en maladie.

Au fond, le monde animé, sans être absolument soumis, l'homme surtout, aux facteurs climatologiques, en donne assez régulièrement l'expi'ession ; c'est une indication dont il faut tenir compte, autant que de celle des instruments, et M. Fonssagrives n'a eu garde de la passer sous silence. Je pense, toutefois, que la meilleure manière d'utiliser les « réactifs » vivants, animaux et plantes, ne consiste pas à les associer aux moyens instrumentaux pour arriver à la formule du climat, à les mettre à côté des investigations physiques ; il semble plus rationnel d'envisager leurs modalités spéciales comme des conséquences et d'y chercher l'empreinte vitale des agents cosmiques. Là est, en eflet, si je puis dire, la morale des recherches de météorologie pure, l'âme d'une science fort élevée.

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sans doute, mais qui a besoin de dépouiller le caractère spéculatif. De nos jours, elle entre vigoureusement dans la voie des applications en s'évertuant à fournir des indications à la navigation et à l'agriculture, en poursuivant la prévision du temps; au point de vue médical, elle n'obtient ce côté pratique qu'autant que l'on peut saisir les modifications que ses aspects divers impriment à la vie, les relations des faits qu'elle suit minutieusement avec certains caractères de la physiologie générale et de la pathologie. Telle est pour nous la sanction des études météorologiques ; en y regardant de près, on s'aperçoit aisément que là aussi en est le contrôle. C'est ce qui légitime l'épreuve à laquelle on soumet la climatologie en lui demandant des ressources thérapeutiques; ce n'est qu'étendre un peu la sanction et le contrôle dont nous venons de parler.

§ l. Historique. Les recherches météorologiques ont besoin de se rattacher aune organisation d'ensemble, ayant son centre et des rayons convergents; la météorologie d'un pays, surtout, comporte de véritables institutions. C'est pour cette raison qu'il est possible et qu'il est utile de jeter ici un coup d'oeil sur les origines et les progrès de cette science dans notre patrie. Sa page est assez belle dans l'histoire de la science française. Le Père Cotte, prêtre de l'Oratoire, curé de Montmorency et savant de premier ordre, rapporte à Picard, en 1666, les premières observations météorologiques faites en France. Toutefois, Ch. Martins cite le mémoire de Pingre sur les grands hivers de la France {Mém. de VAcad. des sciences pour 1789), dans lequel l'auteur a utilisé une série d'observations manuscrites, dues à Ismael Bouillau, et qui s'étendent de 1655 à 1676. Ces observations coustatent en particulier la rigueur des hivers de 1655, 1656, 1657, 1658, 1662, 1663, 1670, 1676, 1677. Les recherches de Picard datent de l'époque de l'établissement de l'Académie des sciences ; antérieurement, « quelques curieux, » dit Cotte, avaient noté la quantité d'eau de pluie et de neige qui tombe chaque année, soit à Paris, soit à Dijon, ce qui s'en évapore et ce qui s'en imbibe dans la terre. Évidemment, on manquait d'un plan et d'une impulsion centrale.

A peu près à la même date que Picard, le D"" Morin, de la Faculté de Paris, ■observait trois fois par jour, de 1670 à 1709, le baromètre, le thermomètre, la direction du vent. Le P. Cotte a consulté son journal. Voici, d'après lui, ce que Fontenelle en dit dans l'Histoire de l'Académie pour 1701 : « M. Morin fit voir à la compagnie un journal qu'il tient de tous les changements de l'air, trèsample, très-exact, et où une grande quantité de choses sont enfermées avec beaucoup d'ordre en peu d'espace, ce qui est le grand art de ces sortes d'ouvrages. Toute l'histoire de l'air, depuis trente-trois ans, est contenue dans le journal de M. Morin, jusqu'aux moindres particularités. » De l'isle, de 1748 à 1760, et Messier, jusqu'à 1784, dont les travaux ont encore été analysés par Cotte, peuvent être regardés comme les continuateurs de Morin dans ces observations qui constituent la phase de tâtonnements de la météorologie.

Les observations faites à l'Observatoire de Paris à partir de 1666 débutèrent dans des conditions médiocres. J. D. Cassini, ou Cassini I, selon la désignation dynastique de l'Observatoire, venant occuper cet établissement en 1671, déclare que les premiers thermomètres employés n'offrent aucune garantie; « ce n'est qu'à partir de 1682, dit-il, que j'ai trouvé tout ce qui était nécessaire à mes recherches. » Il ne faudrait pas en conclure que la météorologie commence à lui; delallire consultait, dès 1669, un thermomètre à alcool qui, depuis, en 1694, iut placé à demeure dans la tour découverte et orientale de l'Observatoire, her-

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métiquement fermé, scellé à la muraille et mis à l'abri du vent et du soleil. Cet instrument fut observé jusqu'en 1754 par La Hire d'abord, puis par J. Ph. Maraldi, neveu de Cassini, par Grandjean de Foucby et probablement par l'abbé Cliappe d'Auteroclie. On ignore l'époque à laquelle il fut cassé et comment arriva cet accident. En même temps que La Hire faisait ses observations, J. D. Cassini se servait d'un thermomètre de Fahrenheit qu'il avait installé à la fenêtre nord de la tour orientale de l'Observatoire, au premier étage, et à 25 pieds au-dessous de celui de la Hire. Dès le début, en lôSS, ce thermomètre avait été descendu au fond des caves de l'Observatoire où il marqua 55 divisions (12°, 7 C); la même observation, répétée en 1702, donna la température de 54°, 7 Fahrenh. (12°, 6 C). L'instrument éclata parla chaleur en 1705 et occasionna une interruption des travaux de Cassini. On peut juger par ce fait de la rareté des instruments et du mérite des savants à poursuivre ce genre de recherches. De 1706 à 1752, le thermomèti'c employé fut celui d'Amontons. Toutes ces observations étaient mises en ordre par les soins de l'Académie des sciences; Sédileau, les de La Hire, père et fils, les deux Maraldi, Cassini, Fouchy, l'abbé Chappe, en furent successivement chargés. Malheureusement, la plupart des registres qui contiennent les détails ont été égarés et il n"eii reste que les résultats succincts. C'est une perte regrettable, malgré l'imperfection des moyens que les savants d'alors avaient à leur disposition.

Les observations udométriques se faisaient dans des conditions aussi défectueuses que la thermométrie. Philippe de la Hire, en 1689, avait installée l'Observatoire un udomètre dont le réservoir, situé dans un cabinet de la tour orientale, ne recevait l'eau que par l'intermédiaire d'un tuyau de 21 mètres de longueur. On s'en servit jusqu'en 1805.

Cependant, en 1750, Réaumur avait enseigné à construire les thermomètres et publiait lui-même des observations, dans ses mémoires de 1 750 à 1 740. A côté du thermomètre de La Hire on plaça un thermomètre de Réaumur qui donnait la température des caves à 10° et ^4 R- (12°, 8 C). En 1778, un thermomètre à mercure de Réaumur, construit par Mossy, remplaça le thermomètre à alcool ; cet instrument donnait la température des caves de l'Observatoire à 8°. 9 R. (11°, 1 C). L'un des nouveaux thermomètres de ce constructeur, vérifié par Lavoisier en 1782, fut installé par ordre de l'Académie à l'Observatoire et observé jusqu'en 1792, époque à laquelle il fut cassé et lemplacé par un autre, du même Mossy, qui marquait exactement zéro au point de congélation et 9", 3 R. (11°, 6) à la température des caves. Au mois de juiHet 1785, Cassini IV et Legentil avaient placé un thermomètre à mercure dans la cave de l'Observatoire, à 28 mètres au-dessous du sol, précédés en cela par Messier, qui observait à l'hôtel Cluny de 1765 à 1785, et dont un thermomètre, installé en 1776 à l'Observatoire, à 29 mètres au-dessous du sol, marquait d'une manière permanente 1 1»,76, Arago y lut encore 11°, 71 en 1817^

C'est à cette époque que Cassini IV réorganisa les observations météorologiques sur un plan plus étendu et plus complet : « J'ai proposé et il a été accepté^ écrit-il (1785) dans ses Mémoires : 1° d'établir et de faire suivre désormais à l'Observatoire un cours complet d'observations astronomiques... ; 2° de joindre à ce premier cours un cours d'observations météorologiques et physiques faites-

* Toutes les fois que l'on trouvera le chiffre exprimant les degrés thermométriques écrit sans indication particulière, il s'agira de degrés centigrades.

FRANCE (climatologie). 405

avec les meillcuis instruments et par des observateurs qui, toujours en exercice, marqueraient et tiendraient registre du matin au soir de l'état des variations de l'atmosphère avec uu détail que, jusqu'ici, aucun observateur isolé n'avait pu prendre. »

C'est qu'en effet des efforts, peu fructueux parce qu'ils étaient sans lien et sans uniformité, étaient tentés depuis assez longtemps sur divers points du territoire et n'attendiiient que d'être réunis en faisceau et plies à une impulsion commune. C'est le lieu d'en parler.

A Montpellier, le président Bon faisait des observations thermométriques, de •1705 à 1709. De Montvallon, à Aix en Provence, eu J729, observait la pluie. Bouillet et Andoque se livraient au même travail à Béziers, de 1725 à 1733. Cossigny et Gautier, médecins du roi à. Québec, observaient aux colonies. Les observations Botanico-météorologiques de Duhamel du Monceau, recueillies au château de Denainvilliers, près de Pithiviers, entre la Beauce et le Câlinais, méritent une mention particuhère; elles contiennent très-expressément [Mém. de l'Acad. des sciences, 1741) l'application de la météorologie à l'agriculture, qui est aujourd'hui le but avéré du fonctionnement de l'Observatoire de Montsouris. Les recherches de Malouin, mentionnées par Cotte, comme les précédentes, sont d'un caractère encore plus élevé et plus intéressant au point de vue médical ; « elles avaient pour objet de faire connaître l'effet des variations de l'air dans les différentes maladies... Il les continua pendant neuf ans, c'est-à-dire depuis 174-6 jusqu'en 1754. » [Mém. de l'Acad. des sciences, 1746 et années suivantes.)

Complétons cette liste par les noms suivants, empruntés à Ch. Martins : de Sarreau,àBordeaux,1714àl770;Baux,àNîmes,1745àl780;Marcorelle,àToulouse, analysé par Cotte, 1747 à 1756; Jacques Poitevin, à Montpellier, déterminant la quantité mensuelle de pluie, 1767 à 1801; Burel, de la marine, à Toulon, barométrie et thermométrie, de 1749 à 1781 ; Tully, à Dunkerque, 1758 à 1768.

Bien que Cassini IV ait pensé réorganiser les observations météorologiques en 1785, de même que Cassini I croyait avoir réuni, cent ans auparavant, « tout ce qui était nécessaire » à ce genre de recherches, il se trouve encore cette lois que quelqu'un avait indiqué avant lui la façon de donner un corps aux travaux épars et irréguliers. Ce précurseur, à qui il semble qu'on doive rendre cette justice, fut le Père Coite, dans son Traité de météorologie, paru en 177 i. Il ne ■serait pas étonnant que cette œuvre, remarquable pour l'époque, eût été l'origine de l'inspiration en vertu de laquelle le contrôleur général des finances, poursuivant des vues d'ordre économique, suscita, de la p;irt des observateurs de tout le royaume, des rapports sur la météorologie des années 177!2 à 1775. Un grand nombre de mémoires répondirent à cet appel. Ils allaient, cependant, rester -encore lettre morte, s'ils n'avaient été recueillis par une institution scientifique, qui, dans ce cas, ne fut pas l'Observatoire, mais la Société royale de médecine, <;onstituée le 29 avril 1776. Dans aucune autre occasion le besoin d'un plan général et uniforme ne pouvait mieux se faire sentir. A l'instigation de Cotte, {juien faisait partie, la Société, se proposant de conserver et d'élaborer les recher- -ches particulières, donna des instructions générales surl'emploi des instruments, le mode d'observation, etc. La France fut occupée déjà par un réseau météorologi(pie et, dès 1779, Cotte put publier une série de mémoires qui fixaient les résultats locaux. Les Mémoires de l;i Société royale de médecine donnèrent chaque année, à partir de 1 784, concurremment avec la Connaissance des temps, journal <ie l'Observatoire, le résumé mensuel et annuel des observations météorologiques

406 FRANCE (climatologie).

faites à Paris, ou qui parvenaient de l'intérieur aux centres scientifiques. Toutesfois, ces études revêtirent, à cette époque, un caractère international, "vraiment conforme aux tendances scientitîques et qui contrastait d'avance avec les luttes prochaines sur les champs de bataille. Nous devons à des étrangers, à la Société météorologique de Manheim, la conservation d'observations recueillies sur un grand nombre de points, dans notre pays, de 1781 à 1787, et en particulier celles de Seignette à La Rochelle, de Maret à Dijon, de Silvabelle à Marseille [Ephemerides Societatis meteorologicce palatinœ).

Ce grand mouvement allait se heurter aux agitations de la Révolution française, on ne peut plus antipathiques à la calme périodicité et à la continuité des observations qu'exige la culture de la météorologie. De 1787 à 1803, de pénibles lacunes se remarquent dans les registres de l'Observatoire aussi bien que dans la série des documents envoyés de province. Lavoisier, qui voulait créer un vaste système d'observations en vue de la prévision du temps, fut emporté lui-même par la tourmente (1793) et son projet ajourné. Plus heureux ou plus tenaces que leurs confrères, La Mazière à Poitiers, Flaugergues à Viviers, obser-^ vèrent même en pleine Révolution.

Delamarck reprit les idées de Lavoisier, en y portant l'empreinte des siennes, qui manquèrent souvent de justice et s'égarèrent dans de fausses théories. Marié Davy cite un extrait du rapport de ce savant au Ministre de l 'intérieur Ghap-^ tal, le 10 fructidor an X, duquel ressort l'importance que Delamarck attachait à l'observation des météores, non-seulement eu égard à la prévision du temps, mais encore relativement « aux influences que les météores exercent sur les animaux, sur les végétaux », en même temps que l'auteur désigne formellement les sociétés médicales et les médecins comme aptes à lournir ces observations. Le maître d'alors ne paraît pas avoir favorisé la mise en œuvre des plans de Delamarck ; l'hygiène publique soucie peu ces destructeurs d'hommes. Cependant,, dès 1803, les observations météorologiques avaient été reprises régulièrement àl'Observatoire, oîi elles se sont continuées sans interruption jusqu'à nos jours.

C'est en 1805 que l'antique udomètre de Philippe de la Hire, observé successivement par lui et son fils, par Maraldi, de Fouchy, Jeaurat, J. M. Bouvard, fit place à une machine bien calibrée et soigneusement divisée, de façon à donner rapidement et sans déperdition le chiffre très-approché de la quantité de pluie tombée entre deux observations. On installa celle-ci sur le haut du cabinet de l'Observatoire. Ce n'est qu'en 1817 qu'on jlui en adjoignit un autre, situé dans la cour et seulement à deux mètres au-dessus du sol. Ainsi qu'il arrive constamment, ces deux udomètres sont en désaccord et le plus élevé reçoit moins d'eau que l'autre ; à l'Observatoire, la différence, de niveau e>t de 27 mètres et la différence dans les indications pluviométriques était d'environ? milliin. par an (Ârago et Pouillet, cités par Ch. Martins). Mais, depuis 1854, des peuplieis ayant été plantés dans la cour, la quantité d'eau indiquée par l'udoraètre inférieur diminue à mesure que ces arbres grandissent.

Au rapport de Marié Davy, « après Delamarck (depuis 1809), les études météorologiques générales furent à peu près suspendues en France. » Celte stagnation s'étendrait jusqu'à l'époque où. les découvertes du lieutenant Maury réveillèrent l'Europe et oîi fut fondée la Société météorologique de France (1852). Nous inclinons à admettre cette appréciation, en ce sens que les études climatologiques n'atteignirent pas, dans cette période, à la généralisation, à la simultanéité d'efforts continus et solidaires les uns des autres, qui seules peuvent les rendre fé-

coudes. Les noms illustres ne manquent pas, cependant, même à cette phase sans éclat de l'histoire de la météorologie : Alexis Bouvard, qui, eu outre d'observations personnelles, calcula, d'après les registres de l'Observatoire, les moyennes therniouiétriques, barométri'iues, udométriques, de Paris, pour une série d'années (1806 à 1826); son fi ère Joseph-Marie Ijouvard, qui continua les observations du précédent (1826-1828) ; Arago, entré à l'Observatoire à cette époque, à qui l'on doit des observations jusqu'en 1855 et des cnlculs complétant les tableaux de Bouvard pour les années antérieures, y compris la période de 1787 à 1805, dont on put combler les lacunes à l'aide des Philosophical Transactions. Nous avons, de la sorte, les moyennes et les extrêmes thermométriques pour Paris depuis 1699 *, les hauteurs mensuelles et annuelles de pluie à partir de 1688, les hauteurs moyennes et les moyennes dos écarts du baromètre de 1816 à 1826, établies par A. Bouvard (reprises par Le Verrier, de 1856 à 1869).

En province, Gh. Martius signale spécialement: Thulis, Blaupain, Gampard, Valz, à Jlarseilîe; d'Honibres-Firmas à Alais(1802) ; Guérin à Avignon, jusqu'en 1839; Tardy de la Brossy, à Joyeuse, de 1804 à 1829; Valz à Nîmes; Herrensclineider à Strasbourg (1811-1834) ; de Gasparin à Orange, depuis 1813; à Toulouse, Marqué-Victor, d'Aubuisson, de Carney, Assiot, Petit; Nell de Bréauté, à La Chapelle (près Dieppe) ; Schuster à Metz ; Abria à Bordeaux ; Fournet à Lyon; Delezenne à Lille, etc. Il est trop juste d'ajouter à ces noms celui de Gh. Martius lui-même et de ses collaborateurs en diverses occasions, A. Bravais, Delcros, Peltier. Après deux voyages en Norvège et au Spitzberg (1838 et 1839) et trois semaines de séjour sur le Faulhoru avec Bravais, Ch. Martius tit connaître en France les tiavaux du météorologiste de Halle, L. F. Kaeratz, par une traduction largement annotée (1843) de celui de ses ouvrages qui présentait l'utilité la plus immédiate, et, plus tard, rédigea, dans Patru, l'article Climatologie, où nous avons souvent puisé pour la présente étude.

Aumoisde mars 1848, s'accomplit un événement qui allait avoir une grande influence sur le développement des études météorologiques et leur donner une activité nouvelle. Sous l'inspiration de l'esprit utilitaire américain, le lieuleuant Maury, qui depuis 17 ans poursuivait l'application des données météorologiques à la navigation, venait d'et't'ectuer, en 24 jours, par la pratique de ses théories des courants, la traversée de Baltimore à l'équateur, qui habituellement en exigeait 41. Ge fut comme la révélation de la manière dont la météorologie allait rendre les services si longtemps attendus aux navigateurs, les gens le plus à la merci du temps, au commerce et, par une extension facile, à l'agriculture, La condition de réussite était la constitution d'un réseau météorologique international dont les stations sei'aient reliées par le télégraphe électrique, permetlant la transmission et l'échange instantané des observations. On sait quelle part prit Le Verrier (1855) à la création d'un pareil réseau en France et sa mise en communication avec les stations étrangères. Marié Davy (1862) s'occupe de l'interprétation des données météorologiques vis-à-vis des probabilités du temps à venir et de la construction de cartes sur lesquelles, à l'aide d'une écriture convenue, on inscrit les phénomènes qui doivent permettre de reconnaître les lois météorologiques. En 1864 et 1865, le ministre de l'instruction publique asso-

*■ Dans l'Annuaire du bureau des longitudes pour 1825, Arago a aussi donné la liste des jours auxquels on a observé des maxima de chaleur et de froid à l'Observatoire de Paris, depuis 16ij5 jusqu'à 1823 (Gh. Martins).

408 FRANCE (climato\,ogie).

ciait au travail météorologique général les e'co/es raorma/es primaires, bien placées? pour faire bénéficier l'agriculture des acquisitions nouvelles '. Des commissions furent en même temps instituées dans chaque canton, avec le but spécial de l'observation des orages; des instruments furent envoyés par l'Etat aux stations ûe province *. Lx guerre vint troubler profondément le jeu de ce mécanisme ; cependant, api es nos désastres, on se remit courageusement à l'œuvre; ministres et directeurs de l'Observatoire reprirent de conserve le développement des institutions météorologiques, créées dans des temps meilleurs. Le mouvement continue de no> jours; des observatoires nouveaux, comme ou sait, s'élèvent sur des points signalés comme devant offrir un intérêt particulier aux remai ques de cet ordre, sur le pic du Midi, sur le Puy-de-Dôme '. L'Observatoire de Paris, qui avait déjà séparé en deux services distincts l'astronomie et la météorologie, devait finir par ne plus suffire à la besogne ; on lui donna une annexe et une aide dans l'observatoire de Montsouris, régulièrement doté à partir de 1871 et rendu indépendantle 15 février 1875. Les noms de Dumas, Ch. Sainte-Claire Deville, Delaunay, et du directeur actuel, M. Marié Davy, resteront attachés à cette utile création.

Sans doute, ce remarquable entrain vers une branche trop peu cultivée jusqu'alors a pour point de dépiirt et pour soutien une idée de mercantilisme et ne parait viser tout d'abord que les intérêts du commerce ou tout au plus ceux de l'agi iculture, qui est aussi une industiie et un commerce. Cependant, protéger parla science le commerce et l'agriculture est déjà autre chose qu'une faveur de plus aux puissants négociants et aux grands propriétaires terriens : il n'est pas difficile de voir qu'au fond c'est de la philanthropie du meilleur aloi et que le grand nombre de ceux qui naviguent ou labourent pour les négociants et lés maîtres du sol tueront les pi emiers à profiter des lumièx'es nouvelles et de la sauvegarde offerte par la science. En allant un peu plus loin, n'est-il pas évident que la masse des connaissances humaines s augmente quand même de ces recherches muUiplii'es et de ces acquisitions, quel qu'en ait été le mobile primitif? La vérité pour elle-même, ce ser.dt un stimulant suffisant ; nul ne trouvera mauvais que, dans des cas particuliers, elle Sirve à quelque chose. Du reste, elle ne saurait jamais être inutile; ici, la connaissance plus complète, plus détaillée, des phénomènes et des lois météorologiques, mèneia nécessairement à une entente plus parfaite des conditions et des modalités biologiques, surtout en ce qui concerne les humains. Ne nous voilà-t-il pas revenus sur le terrain médical? Ce

* Cette tentative n'a pas donné les résultats espérés. Après douze années d'expérience, sur 87 écoles normales exislant en trance, 11 seulement peuvent fournir des observations à peu près convenables (Piche, au Congrès de ClernwiU-Ferrand, 25 août 1876).

'^ D'après M. l'iclie [Congrès de ClemionL-Ferrand], il n'y a guère qu'une quarantaine de Commissions météorologiques « vivantes et agissantes ».

5 Une récente brochure de M. R. Radaii [Les observatoires de monlagnes. Paris, 1876) a appelé particulièrement l'attention sur ces installations qui ont pour but de faire échapper les observations ;iux inlluences locales. Le pi^ojet d'établir un observatoire sur le sommet du Puy-de-Dôme est dû à l'initiative de M. Alluard, professeur de physique à la Faculté des sciences de Clerinont-Ferraad. Le pavillon météorologique, rêvé depuis huit ans par ce savant, s'élève aujourd'hui à l'endroit même où expérimenta Pascal. L'observatoire du Pic du Midi de Bigorre se dresse, depuis 1875, sur le mamelon Plantade, à l'altitude de '2,570 mètres, non loin de l'hôlellerie du col de Sencours. Malheureusement, cet endroit est inhabitable en hiver et, deux années de suite, de courageux observateurs, au nombre desquels se trouvait le général de Nansouty, y ont coiu'u de sérieux dangers. On pense que l'observaloire sera mieux au sommet du pic, où il ne sera exposé qu'aux vents du sud, et l'on s'occupe de l'y transporter. — Nommons ici, parmi les observateurs de hauteurs, MM. Hébert, à Limoges, el de Touchimbert, à Poitiers.

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sera encore la même chose sous un autre aspect, si les améliorations apportées dans les transactions commerciales, dans les procédés de culture, augmentent le bien-être des peuples et intlnencent les caractères de l'anthropologie, ou tout au moins la vitalité des groupes, leur coefficient sanitaire.

Phis avant encore dans les choses de notre ressort, ne pouvons-nous profiter, pourrétude des rapports des agents météoriiuesavecles maladies, de ces observations "jui vont avoir le nombre et la durée? Comme nous le disions avec M. Fonssagrives en commençant, le climat d'un pays se compose de tous les climats de localité : or, si nous possédons aujourd'hui les traits principaux du climat de la France, nous n'en aurons la vérité intime, et prête pour les applications médicales, que quand des observatoires et des observateurs répandus sur tous les points pourront fournir les éléments innombrables de cette climatologie idéale, seule compatible avec des déductions rigoureuses. Un des médecins qui ont tenté avec le plus de succès de mettre les aspects de la pathologie en rapport avec les circonstances météorologiques, Ernest Besnier, collaborateur de ce Dictionnaire, montre en ce moment même comment la méddcine peut bénéficier de ciéations scientifiques qui n'ont pas précisément été faites à son intention ; c'est à Montsouris, établissement à destination agricole, que ce laborieux et éminent médecin des hôpitaux de Paris emprunte les relevés météorologiques, caractéristiques des mois, des saisons, des années, qu'il sait présenter comme donnant la note dominante des constitutions médicales de chaque époque.

11 faut dire, d'ailleurs, que les médecins se trouvent tout naturellement associés à cette généralisation du travail. Les traditions de l'Académie royale de médecine, celles du père de la médecine, à vrai dire, ne se sont pas perduts. On est toujours sûr de trouver dans les départements un certain nombre de médecins qui étudient la climatologie locale, même sans attache avec les institutions centrales de l'Etat. La preuve en est qu'on a fréquemment pu faire entrer un médecin, quelquefois plusieurs, dans les commissions départementales, lors de la constitution de ce mécanisme; il arrive que la commission s'adjoint ainsi un initié de longue date, comme MM. Bérigny à Versailles, de Valcourt à Cannes, Duboué à Pau, etc. Les administrateurs, selon le conseil de Delamarck, songent instinctivement aux médecins dès qu'il s'agit d'étendre à tout le pays la pratique des observations météorologiques.

Mais, en général, il sera plus sur et plus commode à la grande majorité, des médecins de prendre, pour les interpréter selon leurs connaissances propres et leur besoin, les observations toutes faites des établissements outillés pour ce but, au lieu de les poursuivre eux-mêmes. La pratique du métier, voire les longues méditations et les recherches de la science toute pure, ne sont pas favorables à l'observation, à la fois intermittente et continue, qu'il convient de consacrer aux phénomènes météorologiques. Sans doute, il y a une école qui tend, en climatologie médicale, à réduire le rôle de la météorographie au profit de l'appréciation physiologique et individuelle, dùt-elle s'égarer dans le système et les idées préconçues: ([ui n'a pas les siennes ? M. de Pietra-Santa propose: « de sacrifier l'abus de l'instrumentation météorologique à l'usage intelligent de l'observation personnelle. » L'abus, personne n'y contredira. Mais où commence l'abus? Au siècle où nous vivons, les choses passent pour être d'autant mieux faites que la précision instrumentale leur a imprimé sa marijue. Les impressions personnelles ne valent qu'en raison de la sagacité de celui qui les recueille, et rien n'est plus facile que de s'en faire accroire en cette matièi'e. Je veux bien

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qu'on s'cii rapporte jtis m'a un certain point à elles pour les observations dans les petits centres, à la campagne, dans les expéditions militaires, c'est-à-dire quand on ne peut faire autrement; cela vaut mieux que rien. Partout ailleurs, on fera bien de s'en rapporter aux instruments : Pietra-Santa lui-même finit par les proposer, tout en les voulant « simples, précis, comparables. » Autant vaut convenir que le mieux est de demander les observations météorologiques à ceux qui sont mis eu position de les faire, et les font complètes parce (piils ne s'occupent que de cela. Dans la médecine de l'armée, sous la direction du ministre de la guerre, cette pratique a conservé son but exclusivement médical. Les observations barométriques, thermométriqiies, hygrométriques, anémométriques, sont recueillies dans les hôpitaux mililaires depuis longtemps, d'une façon réglementaire. 3îais la décision ministérielle du 27 juillet 1841 comprenait le soin de prendre ces observations dans les attributions du chirurgien de garde, relayé chaque jour et, par conséquent, peu entraîné à cette besogne intermittente, lors même que sa jeunesse n'auiait pas ouvert la porte à de nombreuses distractions. De plus, les instruments employés et l'uniformité des procédés laissaient à désirer. En 1865, le (lonseil de santé des armées avait pour secrétaire .\l. le médecin principal Greliois, un des membres 1rs plus zélés de la Société météorologique de France. 11 n'est pas douteux que le mérite des réformes proposées par le Conseil au ministre de la guerre, relativement aux travaux météorologiques des médecins de l'armée, ne revienne pour la plus grande part à ce savant. Une décision ministérielle du 50 octobre 1865 plaça les observations météorologiques des hôpitaux militaires de France et d'Algérie sous la direction et la responsabilité du médecin en chef et régla la composition du matériel, la forme des tableaux et registres, etc. Le matériel comprenait les instruments suivants :

1° Thermomètre à maxima de Negretli.

Thermomètre à minima de Rutlierford.

( Deux lliermomotres ordinaires au mercure. Psychroraèlre d'August... ] Tube en verre pour mouiller le thermomètre destiné

f aus observations hygrométriques.

Tous ces instruments disposés sur un cadre en laiton et renfermés dans; une boite recouverte d'un treillage en laiton.

2° Baromètre de Fortin.

5° Pluviomètre, décuplant à vue la quantité d'eau tombée.

Le modèle réglementaire des tableaux à remplir comportait : 1" l'indication rie la pression barométrit|ue, notée une fois par jour, à 9 heures du malin (ce qui, comme on sait, est un maximun) et l'amenée à zéro ; 1° l'observation, au même moment, de la température à l'ombre, maximum (de la veille) et minimum, à l'aide des thermomètres à indications fixes, avec la moyenne obtenue en prenant la demi-somme des extrêmes; on y joignait la différence maxima d'un jour à l'autre, circonstance intéressante ; 3" l'hygrométrie: tension de la vapeur d'eau et humidité relative ; \° l'état du ciel ; 5" la quantité en millimètres de pluie ou de neige tombée; 6" la direction et l'intensité moyenne du vent; 7° un aperçu de la constitution médicale.

Tous les mois, la feuille des observations journalières du mois précédent était copiée sur le registre de l'hôpital et envoyée au ministère de la guerre pour être transmise au Conseil de santé, qui publiait, dans le Recueil de mémoires de médecine et de chirurgie mililaires, le Résumé mensuel des observations recueillies dans les établissements de l'intérieur et de l'Algérie.

Les procédés adoptés par le ministre de la guerre n'étaient pas, comme on voit,

FRANCE (climatologie). 411

(l'une exactitude qui pût satisfaire uue science rigoureuse ; mais il ne s'agissait pas de la météorologie pour elle-même, on en cherchait seulement les grands traits, les accidents considérables, susceptibles d'être mis en rapport avec la physiologie et la pathologie humaines, sans laisser prise à la contestation ; ce qui ne manquera pas d'arriver toutes les fois que l'on voudra aller trop avant dans les détails et édifier des conclusions sur des nuances trop délicates. Les observations, telles qu'elles étaient, eussent pu être utilisables en se prolongeant; elles étaient poursuivies, d'ailleurs, dans tous les hôpitaux militaires de quelque importance et, sauf des accidents locaux, inévitables, arrivaient régulièrement au ministère. Il est à peine utile d'ajouter que leur publication dans le Recueil de mémoires de médecine et de chirurgie militaires devait être la garantie de leur accessibilité à tous et le bon moyen de ne pas les égarer, ni les enfouir dans les bureaux où tant de documents s'enterrent à tout jamais. Malheureusement, le numéro de janvier 1869 du Recueil précité renferma une note qui annonçait la supression de la publication des résumés météorologiques. La décision du 30 octobre 1863 subsistait quand même ; les médecins en chef devaient continuer à envoyer leurs observations et le tout serait l'objet d'un travail d'ensemble, destiné à paraître ultérieurement. Cliacuu sent que le bénéfice de ces investigations allait être fort compromis. Les tableaux météorologiques, paraît-il, arrivent encore de plusieurs points, notamment d'Algérie; beaucoup d'hôpitaux en ont perdu l'habitude. Comment la besogne se fait-elle là où l'on n'y a pas renoncé? Si elle est bonne, tint mieux! mais il manque la sanction de h publicité. Quant « au travail d'ensemble », nous n'avons pas appris qu'il ait vu le jour, ni même qu'on le prépare. Et c'est fâcheux ; il y avait là, probablement, une mineléconde à exploiter sans grands frais.

Nous avons, dans le présent travail, cherché à tirer parti des observations militaires de quelques localités. En général, nous n'avons pu obtenir complète que la série de trois années consécutives, et encore avons-nous du, çà et là, opérer une interpolation. Les résultats absolus diffèrent assez souvent des données admises d'autre part par les météorologistes officiels, sans doute parce que les conditions matérielles de l'observation n'ont pas été identiques. D'ordinaire, l'hôpital militaire est un mauvais observatoire; sa situation dans une ville assez populeuse, ses hautes murailles, les cours fermées « à la Vauban», modifient beaucoup la température vraie du lieu et, en général, l'élèvent et l'égalisent ; circonstance grave. Cependant, les oscillations capitales de la climatologie ne sont pas pour cela entièrement dissimulées ou foncièrement altérées, et l'on peut en retrouver les traits essentiels. Au demeurant, ce serait encore une lumière que d'arriver par cette voie à soupçonner ou même apprécier le fait des modifications climatologiques dues aux habitations urbaines massives. C'est peut-être moins la climatologie vraie de la contrée que cette climatologie modifiée des rues, des maisons, de l'hôpital, qui intéresse les babitants et les malades. M. le docteur Vacher, à propos de la station de Davos, où la différence entre le minimum à l'ombre et la température au soleil joue un si grand rôle, pense qu'il est indispensable de faire les observations non-seulement à l'ombre, mais encore au soleil, près ou loin des maisons, en se plaçant autant que possible dans les conditions atmosphériques mêmes au milieu desquelles vivent les malades {Une visite à la station de Davos (Suisse) ; in Gazette médicale de Paris, 1875).

La météorologie militaire, si elle était reprise et étendue, aurait de temps à autre l'occasion, rare partout ailleurs, de s'exercer tout à fait en dehors des

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