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IV M

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suivant en cela un conseil déjà donné par M. Hervey, enduit la peau, partout où elle doit être en contact avec l'appareil, d'une couche de gomme arabique, afin d'assurer une union intime entre elle et la ouate. De cette façon, ni l'air ni le pus ne peuvent s'insinuer entre la ouate et la peau. Il n'y a aucune raison pour que l'occlusion déterminée par l'appareil de M. A. Guérin ne produise pas dans les fractures compliquées de plaie, à condition que la fracture et la plaie soient simples, les heureux résultats que son emploi a amenés dans le traitement des amputations et des résections, résultats sur lesquels M. Oliier a insisté dans une communication importante au congrès médical de Lyon, 19 septembre 1872.

Cependant cet appareil participe des inconvénients des appareils inamovibles employés dès le début des fractures, en ce que d'une part il ne donne pas de -Taranties suffisantes contre toute malformation du cal et tout raccourcissement, et en ce que, d'autre part, il ne permet pas la surveillance directe

de la plaie.

La première objection est indéniable, mais ici elle perd l'importance qu'elle avait dans les fractures simples : celles-ci, en effet, ne font courir aucun danger à l'existence : aussi l'idéal poursuivi par le chirurgien est-il le rétabhssement pai'fait des formes ; les fractures compliquées au contraire mettent la vie en péril, et la conservation de cette dernière ne saurait être mise en balance avec un raccourcissement possible, mais non certain, ou une déviation angulaire qui, sous la direction d'un habile chirurgien, n'arrivera jamais à rendre un membre impotent.

Le défaut de surveillance directe de la plaie est considérablement atténué par l'épaisseur même de la couche de ouate qui prévient les fâcheux résultats de l'étranglement qui peut résulter du gonflement du membre ; la ouate agit ici comme dans l'appareil deBurggraeve, mais avec plus de puissance, en raison de son volume plus considérable.

D'ailleurs, avec le secours du thermomètre, un observateur attentif peut diagnostiquer les complications qui se produisent sous un appareil de Guérin, pour ainsi dire, aussi bien que s'il voyait et touchait la plaie. Si la température ne dépasse pas 57», 5, l'observateur peut être d'une tranquillité absolue: aucun fait grave ne se produit, car ici les gangrènes locales résultant de la pression, gangrènes pouvant, comme l'affirme Malgaigne, se produire sans réaction, sont impossibles. Si la température atteint 58 degrés, des accidents sont à craindre; si elle dépasse 58 degrés, les accidents sont déclarés, et alors il devient indispensable de faire une fenêtre à l'appareil et d'examiner ce qui se passe.

Le plus souvent alors on trouvera que l'inflammation suppurative a déterminé l'élévation de la température. De deux choses l'une : la fièvre tombera après que le pus aura trouvé une issue, ou elle persistera. Dans le premier cas on pourra conserver l'appareil avec sa fenêtre, dans le second cette conduite serait imprudente, car il est à craindre que l'élévation de la température ne soit entretenue par des abcès, des fusées purulentes, etc. 11 faudra donc enlever l'appareil ouaté et mettre le membre dans un appareil permettant un examen complet et aussi répété que les circonstances le peuvent demander. Si ce changement est fait dès que l'élévation de la température l'a commandé, la situation n'est pas plus mauvaise qu'elle ne l'eût été sans l'application de l'appareil de Guérin, qui n'est certes pas la cause des accidents.

On n'a pas à craindre ici, comme dans les appareils inamovibles ordinaires, de voir les tissus se boursoufler et s'engager dans la fenêtre de manière à

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former obstacle au passage du pus; ce boursoullernent est rendu impossible par un pansement convenable, qui consiste à remplir la fenêtre, dès que l'on a donné -issue au pus, par une couche de ouate aussi épaisse que celle qui a été enlevée, et à assujettir le tout par un tour de bande: on exerce ainsi une compression douce qui prévient le boursouflement des tissus. Bien entendu, en cas d'abondance extrême de la suppuration, cette conduite serait impossible, et le plus sage serait de renoncer à l'appareil ouaté; mais ces faits sont rares dans les cas -de fractures simples accompagnées de plaies simples elles-mêmes.

Nous avons eu l'occasion de recourir assez souvent à ce mode d'appareil ; nous n'avons jamais eu d'accident à lui imputer et nous lui avons dû des résultats remarquables parmi lesquels nous citerons le suivant. Au printemps de l'année 1877 est entré dans notre service à l'hôpital de Milianah un employé du chemin de fer qui s'était endormi sur les rails dans les environs de la gare d'Affreville ; une locomotive venant à passer (très-petite vitesse) l'atteignit et le rejeta hors de la voie en lui brisant l'humérus à l'union du tiers supérieur avec le tiers moyen. Le blessé fut mis sur une charrette, sans aucun pansement, bien qu'il eût été relevé sous la direction d'un médecin, et envoyé à l'hôpital (11 kilomètres). A son arrivée nous trouvâmes un déplacement prononcé et un chevauchement tel que le fragment supérieur faisait une saillie de 8 millimètres environ hors d'une plaie transversale située au côté externe du bras et mesurant une longueur de 4 centimètres environ. La plaie était très-légèrement contuse; pas d'esquilles; réduction des plus faciles. Le membre fut aussitôt enveloppé dans un bandage ouaté s'étendant depuis le bout des doigts du côté blessé j usque sur l'épaule du côté opposé, qui fut complètement enveloppée ainsi que la partie supérieure du bras correspondant; le bandage ouaté fut recouvert, à son tour, d'une bande silicatée.

L'appareil fut maintenu en place pendant cinquante-cinq jours sans que le blessé ait jamais manifesté la moindre douleur. Le thermomètre, interrogé trois fois pai- jour, ne dépassa jamais 57^ Quand l'appareil fut enlevé, le membre était complètement consolidé et cicatrisé, satis la plus légère fistule. Mais le rétablissement des formes n'était pas parfldt ; il existait un léger déplacement angulaire qui, du reste, ne gêna en- rien les fonctions du membre, puisque le blessé reprit sa place au chemin de fer. Ce déplacement eût été fâcheux dans une fracture simple, mais ici il devenait plus qu'insignifiant comparé aux périls auxtjuels le malade venait d'échapper grâce à l'emploi de l'appareil de A. Guérin.

Le plus souvent il est indispensable d'ouvrir des fenêtres aux appareils, mais, chose remarquable, cette ouverture ne devient nécessaire, habituellement du moins, que tardivement, vers le septième ou le huitième jour, ainsi que cela a eu lieu dans une de nos observations insérées dans les Bulletins et mémoires de la Société de chirurgie (t. 1", année 1875, p. 772).

La suture et l'occlusion, que celle-ci soit faite avec du collodion ou avec un appareil de Guérin, ne sauraient transformer en fracture simple une fracture compliquée de plaie, s'il existe des esquilles ou si la plaie est étendue et contuse fortement.

Des esquilles nombreuses peuvent exister en même temps qu'un délabrement énorme des parties molles, ou, au contraire, avec des lésions presque insignifiantes de ces mêmes parties.

Le premier fait se présente quand la cause vulnérante est constituée par un corps lourd et de grande masse, tel qu'un éboulement de terre, une roue de

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voiture, un boulet de canon, etc. ; le second, quand la cause vulnérantc est un corps petit, mais pesant et animé d'une grande vitesse, une balle, par exemple.

Dans l'un et l'autre cas la question de l'amputation immédiate se présente souvent. Cette opération est la seule ressource dans les cas extrêmes où, en même temps qu'une fracture comminutive, existent des lésions graves des parties molles, en particulier des vaisseaux et des nerfs ; elle s'impose aussi quand, alors même que les parties molles sont peu atteintes, les dégâts osseux sont énormes, envahissent la totalité d'un os, pour ainsi dire, surtout si l'on peut acquérir la conviction que des éclats ou des fêlures s'étendent aux articulations voisines.

En dehors de ces cas extrêmes, le chirurgien se trouve souvent dans une "^rande perplexité. Comme l'a fort bien dit Desault, il existe et il existera probablement toujours des cas où le génie du chirurgien peut seul prononcer. Mais le génie n'est pas donné à tout le monde; il fait nécessairement défaut aux jeunes chirurgiens, et par jeunes nous entendons ici tous les chirurgiens qui n'ont pas soigné un très-grand nombre de iractures compliquées. En eiïet le génie qui ne serait pas appuyé sur une grande expérience persœmelle ou sur une grande connaissance de la pratique des chirurgiens expérimentés et des résultats de cette pratique ne pourrait engendrer que des erreurs retentissantes.

11 a donc été nécessaire de chercher une solution sinon absolue pour chaque cas particulier, du moins générale, dans l'étude d'un nombre considérable de faits antérieurs; comme ces faits ne pouvaient être tous rapportés in extenso, on est arrivé à les réduire en groupes similaires, puis à exprimer ces groupes par des chiffres, en un mot, à appliquer les règles de la statistique.

La statistique, à la condition de n'être pas exagérée et d'être constituée par des groupes composés d'unités de même nature (c'est-à-dire par des unités formées de blessures survenues sous l'influence d'une même cause et chez des hommes du même âge, dans des conditions de climat, de température, d'hygiène identique), a reçu l'approbation des plus hautes autorités chirurgicales de notre époque et a rendu d'incontestables services à la chirurgie moderne. « Quels que soient, dit M. Legouest, les reproches plus ou moins fondés que l'on adresse aux statistiques, la tendance actuelle des esprits, en médecine comme en chirurgie, est de restreindre le vague des expressions collectives et d'y substituer une sorte d'individualité qu'on appelle le résultat moyen. C'est un pas fait vers la vérité scientifique; bien qu'il soit impossible, en effet, de soumettre à un calcul exact les chances de l'événement naturel le plus simple, bien que les faits médicaux et chirurgicaux soient variables, bien qu'ils ne soient pas tous observés avec une égale précision, le résultat moyen qu'ils donnent par la statistique est néanmoins plus probable que des allégations faites avec plus ou moins de sincérité sous l'impression de souvenirs plus ou moins exacts. »

Tous les auteurs classiques de nos jours ont accordé une grande importance à la statistique; nous citerons plus particulièrement Malgaigne, Nélaton, Follin et M. Duplay, et plus récemment M. Félix Guyon dans ses Éléments de chirurgie clinique ; ce dernier n'hésite pas à dire que c'est à cette méthode que sont dus les progrès les plus sérieux de la chirurgie moderne en fait de chirurgie d'armée.

Cependant cette méthode a été battue en brèche par quelques bons esprits; c'est ainsi que nous trouvons dans un travail important de l'un de nos jeunes collègues (article Jambe, Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratique) la phrase suivante: «Notre confrère (Spillmann), aux travaux duquel nous attri-

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buons une grande importance, part île ce principe : Il y a eu X fractures traitées par la conservation qui fournissent une mortalité A. Un autre nombre X de fractures traitées par l'amputation a donné une mortalité B. A étant plus petit que B, il vaut mieux conserver qu'amputer. » Sans doute on fait ce calcul dans toute statistique, mais ce calcul est nécessairement appuyé de réllexions qui précèdent, accompagnent ou suivent, de façon à préciser autant que possible la valeur du chiffre. 11 n'est venu jusqu'ici à l'idée de personne au monde, à notre connaissance du moins, de décider de l'opportunité d'une amputation avec l'aide de la méthode numérique seule. Ainsi, par exemple, dans le travail attaqué par M. Poucet, l'auteur fait remarquer (page 6) qu'il n'a nullement l'intention de poser des règles générales et détinitives. Son but infiniment plus modeste est tout simplement, en faisant passer sous les yeux du lecteur un grand nombre de chiffres et, en les commentant, d'apporter quelques éléments à la solution d'un problème depuis longtemps agité. Pou7' aller plus loin, ajoute-t-il, il faudrait posséder non-seulement des chiffres, mais encore des observations déiaillées. Le même auteur fait encore remarquer que les chiffres, même avec la restriction qu'il vient de faire, n'ont de valeur qu'autant qu'ils sont composés d'unités aussi analogues que possible. Il est probable en effet que des différences individuelles disparaissent dans un résultat d'ensemble quand il s'agit de lésions dues à une même cause, observés chez des sujets du même âge, de la même race, placés dans des conditions d'existence et de climat identiques. Un seul des termes du problème changé, les chiffres peuvent prendre une tout autre signification. Cela est tellemenl vrai que, pendant que les chiffres proclament d'une manière générale la supériorité de la conservation dans les fractures de la jambe par armes à feu, en ce qui concerne l'armée française de Crimée, ils proclament la supériorité de l'amputation en ce qui concerne l'armée anglaise opérant aussi en Crimée.

Quoi qu'il en soit, après avoir cité les principales statistiques connues, entre autres l'importante statistique de l'un de nos élèves les plus distingués, M. Robuchon, M. Poncet s'exprime ainsi : « Nous ne voulons accepter ni ses conclusions, ni celles de Spillmann, qui penche pour l'amputation dans les complications graves, et nous demandons quel est le chirurgien qui, en présence du malade, aura recours à ces chiffres pour tracer sa ligne de conduite ; il examinera la blessure, les délabrements, la perte de substance des os, Fétat des vaisseaux, il fera surtout entrer en ligne de compte l'hygiène du malade, et il décidera. » Ici c'est à la statistique en général que s'attaque M. Poncet.

Oui, certes, un chirurgien tiendra compte de toutes ces conditions, mais il ne dédaignera parles résultats acquis par la statistique. Si j'étais blessé et entre les mains d'un chirurgien hors ligne par son génie et son expérience comme Dupuytren, Velpeau, Malgaigne, pour ne citer que des morts, je me livrerais entièrement à son inspiration; mais, si j'étais entre les mains d'un chirurgien qui ne serait qu'un homme instruit et de très-grand talent, d'un ciiirurgien qui n'aurait pas vu un nombre immense de fractures compliquées (et c'est là le fait le plus général), je lui dirais : Dans les cas analogues au mien par l'âge du blessé, par la nature de la blessure, par les conditions hîjgiéniqiies, je sais que l'on a réussi 90 fois sur 100 en agissant de telle façon, 50 fois seulement en agissant de telle autre façon; je vous en conjure, adoptez la première manière de faire. Pas un seul chirurgien ne refuserait de tenir compte, dans une juste mesure, de ce calcul qui, on ne saurait trop le répéter avec M. Legouest, est plus

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probable que des allégations faites avec plus ou moins de sincérité sous l'impression de souvenirs plus ou moins exacts.

La statistique ne peut pas prétendre à elle seule à régenter la chirurgie, mais elle apporte, dans le cas qui nous occupe, un élément précieux à la solution d'un problème des plus délicats ; elle sera utile et indispensable tant que tous les chirurgiens ne seront pas des hommes d'un génie et d'une expérience consommés.

Quoi qu'il en soit, les faits établis par les statistiques considérées dans leur ensemble sont en général en faveur de la conservation.

Entre la conservation proprement dite et l'amputation prend place la résection dans la continuité; les indications de cette dernière opération sont des plus rares, sauf quand elle est indispensable pour permettre la réduction d'un fragment qui a traversé l'aponévrose et la peau.

Nous nous bornons à ces indications sommaires sur l'amputation et la résection, car ces questions se trouvent traitées d'une manière générale dans d'autres parties de ce Dictionnaire, en particulier dans l'article si complet de M. Legouest {voy. Amputations). Les indications des résections dans la continuité ont été étudiées à l'article Résections. De plus, les questions relatives à l'opportunité de la conservation, de l'amputation ou de la résection, sont examinées avec grand soin dans ce qu'elles peuvent avoir de spécial à chaque section des membres aux articles Bhas, Avant-bras, Jambe, etc. ; en écrivant l'article Cuisse, l'auteur de cet article a cru devoir donner une grande étendue à la discussion, puisjue c'est surtout au sujet de la cuisse que les chirurgiens se sont partagés.

Si l'on se décide en faveur de la conservation, il faut avoir soin d'enlever toutes les esquilles, tous les corps étrangers, même au prix d'un agrandissement de la plaie extérieure.

Depuis Dupuytren, les esquilles ont été divisées en trois catégories : esquillesprimitives, c'est-à-dire complètement séparées de l'os et des parties molles; esquilles secondaires, c'est-à-dire tenant encore aux parties molles; esquilles tertiaires résultant de la nécrose de l'os. Pour le moment, nous n'avons à nous occuper que des esquilles primitives et secondaires.

Les chirurgiens s'accordent généralement à prescrire l'enlèvement des esquilles primitives, suivant en cela la conduite que A. Paré dictait à son chirurgien Richard Hubert après s'être brisé la jambe. « Que si la playe n'estoit suffisante, qu'il l'accreust avec un rasoir, pour remettre plus aisément les os en leur position naturelle, et qu'il recherchast diligemment la playe avec les doigts, plustost qu'avec autre instrument (car le sentiment du tact est plus certain que nul autre instrument), pour oster les fragments et pièces des os qui pourraient estre du tout séparées : mesmes qu'il exprimast et feist sortir le sang qui estoit en grande abondance aux environs de la playe. »

Les opinions sont au contraire partagées au sujet des esquilles secondaires : les uns veulent que l'on ne touche pas aux esquilles qui ont conservé une adhérence, quelque légère qu'elle soit, avec les parties molles, adhérence qui se fait nécessairement par l'intermédiaire du périoste. Percy, beaucoup plus sage, pense que l'on doit conserver seulement les esquilles qui ayant de larges adhérences ont des chances sérieuses de vivre et de contribuer efficacement à la consolidation. Quant aux autres, elles seront, ajoute Percy, séparées des adhé- ■ reuces qui les retiendraient et regardées comme corps étrangers incapables de

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vivre. M. Sédillot, à la suite delà dernière guerre, est revenu à l'opinion des chirurgiens qui conseillaient de respecter toutes les esquilles adhérentes : « Les esquilles isolées et libres doivent être extraites, mais nous conseillons de laisser en place et même de rapprocher de la diaphyse osseuse celles qui sont encore adhérentes, et qu'on ne pourrait détacher sans blesser les parties molles et sans perte de sang. Ces esquilles sont vivantes et peuvent être absorbées en partie ou en totalité ou se recouvrir de granulations et se réunir au cal, soit même contribuer à fortifier ce dernier. L'extraction en serait inutile, et comme il faudrait, pour l'exécuter, recourir à l'emploi du bistouri et des ciseaux et causer des délabrements et une aggravation du traumatisme, il paraît plus sage de s'abstenir. »

Baudens veut au contraire que toutes les esquilles soient extraites sans aucune distinction. Suivant lui, toute esquille peut entraîner des suppurations interminables, puis se nécroser, être englobée dans le cal et entretenir des fistules dont on ne peut avoir raison, après la formation du cal, que par une opération qui n'est pas sans faire courir de nouveaux risques au patient.

Ces raisons ont une grande valeur, aussi la plupart des chirurgiens militaires enlèvent-ils aujourd'hui toutes les esquilles, à l'exemple de Guthrie, de Roux, etc. M. Legouest adopte entièrement cette pratique, en ce qui concerne la chirurgie d'armée, et évidemment les règles applicables à cette dernière le sont à toutes les fractures compliquées de plaies et d'esquilles. « Si, dans quelques rares circonstances, dit M. Legouest, les esquilles adhérentes se réunissent au corps des os, la plupart du temps elles sont frappées de mort, ordinairement enveloppées dans des productions osseuses nouvelles formées par le cal, elles constituent au milieu de lui des corps étrangers et de véritables séquestres; elles peuvent mettre obstacle à la consolidation de la fracture; elles entretiennent dans son foyer une irritation sourde s'exaspcrant de temps à autre ; elles provoquent des abcès avec le pus desquels elles sortent en totalité ou en partie et nécessitent pour leur extraction une succession d'opérations trèsfâcheuses, qui, dans les os volumineux, peut se perpétuer comme le mal pendant des mois et des années.

« Hutin, alors qu'il était chirurgien en chef des Invalides,, et par conséquent si bien placé pour observer les résultats de l'une et de l'autre pratique, a consigné ses recherches sur ce sujet dans un mémoire présenté à l'Académie de médecine. Elles démontrent que l'élimination des esquilles secondaires est toujours douloureuse, souvent dangereuse et quelquefois funeste, tandis que leur extraction immédiate est suivie d'une guérison plus prompte.

« Toutes les esquilles appelées secondaires par Dupuytren doivent donc être extraites le plus tôt possible, à un très-petit nombre d'exceptions près. 11 est de la dernière évidence que, si de violents efforts ou des délabrements étendus sur des membres volumineux étaient nécessaires à leur extraction, leur élimination serait remise aux soins de la nature, ou leur enlèvement retardé jusqu'à leur plus grande niobihsation ou leur libération complète. Dans les cas oiî il est possible de les enlever immédiatement, il faut avoir soin de le faire sans violence, avec la réserve que la prudence commande, en prenant garde de dépouiller les os restants de leur périoste et de préparer des nécroses. L'arrachement, les déchirures, les torsions, ne doivent jamais être employés : c'est donc avec le bistouri ou les ciseaux que l'on doit couper les tissus qui retiennent les esquilles en place. »

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Ces préceptes doivent être suivis ponctuellement en règle générale; cependant il est permis de faire une réserve en faveur des très-grandes esquilles ayant conservé des adhérences complètes avec les parties molles ambiantes par l'intermédiaire du périoste; des esquilles réunissant ces conditions sont peu communes dans les plaies par armes à feu, aussi l'on comprend que les chirurgiens qui ont écrit spécialement au point de vue de la chirurgie d'armée s'en soient peu ou point préoccupés.

Ces vastes esquilles ont une grande vitalité ; il est peu probable qu'elles se nécrosent, à moins que le foyer de la fracture ne devienne le siège d'une suppuration considérable, cas dans lequel il devient facile de les enlever secondairement. Si elles vivent, elles formeront un élément important du cal et préviendront un raccourcissement que leur enlèvement prématuré eût rendu inévitable.

M. Champenois, dans un travail fort remarquable, travail basé sur des observations sérieuses et détaillées des fractures du membre supérieur, conseille formellement de respecter les fragments pourvus de larges adhérences diaphysaires ou autres, quelle que soit leur mobilité. L'expérience, dit ce chirurgien distingué, l'a confirmé dans l'idée d'assurer avant tout la consolidation, au risque d'avoir à extraire plus tard des fragments dépouillés des adhérences qui avaient pu faire croire à leur viabilité (Champenois, Importance du rôle de la chirurgie conservatrice dans le traitement des fractures les plus graves des membres supérieurs. In Recueil des mémoires de médecine et de pharmacie militaires, \%1^).

Les travaux modernes sur les opérations sous-périostées ont inspiré la pensée de ménager soigneusement le périoste pendant l'extraction des esquilles. Cette pratique est excellente en principe, elle n'a contre elle que la difficulté de son application quand l'opération est faite primitivement, c'est-à-dire avant le développement de l'inflammation. Pour éviter ces difficultés, M. Ollier conseille de retarder l'opération. Une pareille règle sera admise bien difficilement, car la présence des esquilles irritant les parties molles est de nature à augmenter considérablement les phénomènes inilamtuatoires que l'on redoute à juste titre. Beaucoup de considérations militent en faveur du retard demandé par M. Ollier, quand il s'agit d'une résection proprement dite (voy. Résections), mais ces considérations ne nous semblent pas applicables à l'extraction des esquilles.

Non contents d'enlever toutes les esquilles, adhérentes ou non, des chirurgiens éminents ont proposé de réséquer l'extrémité des fragments, pour peu que ces extrémités fussent pointues et irrégulières ; ils pensent qu'en sciant transversalement les fragments pour y établir des surfaces planes semblables à celles que présentent les fractures dites en navet ils simplifieront la blessure et obtiendront une guérison plus prompte.

Ou ne conçoit pas facilement le but d'une pareille opération. Pourquoi augmenter le traumatisme en fatiguant les os par l'action de la scie? Pourquoi surtout diminuer de parti-pris la longueur d'un membre qui n'est déjà que trop raccourci par l'extraction indispensable des esquilles? La seule raison plausible que l'on puisse invoquer est la crainte de l'irritation que pourra déterminer l'aspérité du fragment ; mais ce danger disparait dès que le membre est placé dans une bonne situation et dans un appareil convenable. Nous n'insisterons pas sur cette question, car nous avons essayé, dans une autre partie de ce Dictionnaire, de démontrer le danger et surtout l'inutilité habituelle des résections j^r/mj^ii^es

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dans la continuité à la suite des fractures compliquées (voy. 3^ série, tome III, pages 477 à 483).

Il n'est pas besoin de dire que les corps étrangers qui peuvent exister dans la plaie doivent être extraits avec le même soin que les esquilles libres.

Les'esquilles et les corps étrangers enlevés, il convient de rapprocher les parties molles par un pansement convenable; le pansement de Cliassaignac, avec ses bandelettes imbriquées, peut rendre ici de réels services. Nous ne nous occuperons pas du pansement proprement dit, car cette question qui a, aujourd'hui plus que jamais, pris une importance considérable, nous entraînerait beaucoup trop loin; d'ailleurs, elle sera traitée dans ce Dictionnaire {voy. Plaies, Pan-

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