‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.40Chapitre 56 sur 75 · TEMP. MOYENNE · texte numérisé non relu

TEMP. MOYENNE

PnESSION MOYENNE

PLllK

li9,73

Janvier est habituellement le mois le plus froid, juillet le plus chaud ; décembre le mois le plus humide, mai le plus sec. Pour les pluies, la localité appartiendrait au régime V, zone atlantique (prédominance vers l'automne). Lille est un climat extrêmement mobile ; on dirait que c'est le point oîi les influences continentales se rencontrent, pour produire de rudes gelées en hiver, de forts coups de soleil en été, avec les influences maritimes, dont l'expression est le brouillard, ou cette pluie fine, odieuse, qui mouille sans donner d'eau, ou parfois une large et courte averse. Le résultat de la lutte est un ciel maussade et bas, avare de soleil, montrant surtout les inconvénients des deux climats trancs entre lesquels il est situé, et ne permettant de compter sur les avantages d'aucun des deux. Il y a, par an, à Lille, près de deux cents jours de pluie et davantage de brouillard. A Dunkerque, Landrecies, Avesnes, il tombe plus d'eau qu'à Lille.

Les météorologistes rattachent à ce climat Chàlons, qui ne ressemble guère à Lille pour son ciel. iJans les trois années 1865-1867, l'hôpital militaire du camp de Chàlons a fourni des observations que nous résumons ci-dessous :

Température

moyenne de l'année

de l'hiver

du printemps

de TiHé

de l'automne

n barométriav

le moyenne

Eau tombée par an 562 millim.

Vents dominants S. et S.-O.

Eu nous reportant à l'extrême opposé, nous trouvons le type du climat marin en France dans la « vieille Armorique », par les promontoires de laquelle le Gulf-stream aborde l'Europe. C'est là aussi qu'est renvoyé le bras qui a tournoyé dans le golfe de Gascogne. La Bretagne, cette « terre de granit, recouverte de chênes « , tout en profitant des tièdcs vapeurs amenées par la mer des zones tropicales, a dans son climat quelque chose de la monotonie grandiose et sombre de la lutte des éléments, qui s'accomplit sur ses bords. A côté de « la roche puissante et de l'arbre robuste », elle a « les vastes landes, rouges de bruyères

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ou dorées par les fleurs des genêts et des ajoncs, les chemins sinueux entre les haies vertes », mais aussi : « souvent un ciel bas et sombre pèse sur l'espace et donne à la nature entière une physionomie de tristesse et de désespoir. Pendant les beaux jours, la mélancolie de la terre et du ciel fait place à une joie intime et contenue, si discrète qu'elle ose à peine se révéler ; on la sent, mais elle ne se montre pas. » (El. Reclus). Sur le territoire de Saint-Pol-de-Léon (Finistère), le laurier-tin ( Yihurniim linus) croît en pleine terre, comme dans le midi, et c'est à Pioscolf, le petit port de la contrée, que déploie ses rameaux grands comme un bosquet le plus beau liguier du monde. Malgré cela, comparez Brest et Toulon ; celle-ci riante encore et aimable sous son ciel éclatant, dans sa ceinture de canons et de batteries ; celle-là brumeuse, houleuse, presque sinistre; et vous comprendrez qu'il y a loin, après tout, de la Bretagne à la Provence.

La plaine normande (Basse-Normandie), arrosée par l'Orne, la Dives et la Touques, grâce à l'humidité du climat, ressemble à l'Angleterre ou aux prairies hollandaises; c'est, par excellence, le pays des « herbages ».

Climat Girondin. On lui assigne 12°, 7 de température moyenne annuelle; 16" entre la moyenne de l'hiver (5") et celle de l'été (20", 6). A La Rochelle, le minimum moyen est descendu à — 12", le maximum moyen s'élève à 35", ce qui constitue déjà un climat assez excessif et différencie les caractères d'ensemble de celui-ci d'avec le climat séquanien.

On peut admettre que le climat girondin, dans la zone septentrionale du territoire qui lui appartient, est le climat moyen de la France.

La moyenne d'eau de pluie y est de 586 millimètres par an, selon Ch. Martins ; (0'",820 in El. Reclus et 0'",875 in Fonssagrives). Les pluies d'automne prédominent, quoique Berghaus rattache ce climat aux régions des pluies d'été. On y comprend environ 150 jours de pluie; 15 à 20 orages. Les vents dominants sont de sud-ouest. Dans le département du Loiret, Masure a établi une légère prédominance des pluies de printemps : 0"',193 sur une moyenne de 0'",628.

Poitiers : moyenne annuelle 11", 62. Moyenne de l'hiver 4",'4 ; du printemps 11",2; de l'été 18", 5; de l'automne 12",4. Le 26 janvier 1812, on a observé dans cette ville — 12", 4 ; le 5 juillet 1813, 31", 5.

En rapprochant les conditions climatiques de Poitiers de celles que nous constaterons tout à l'heure pour Toulouse, on s'aperçoit tout de suite combien ces grandes divisions sont artificielles et combien il serait peu pratique de raisonner sur le convenu. On sent mieux encore cette vérité quand on envisage un lieu situé aux limites géographiques d'un de ces vastes départements de la climatologie française, Bourges, par exemple, qui confine à la fois au climat girondin et au climat séquanien et qui, mieux encore, est à peu près le centre géographique du pays. M. le D'^ Morgon a écrit la topographie médicale de cette localité. De 1858 à 1863, la température moyenne annuelle y a été de 11", 55. Moyenne du printemps : 13", 88 ; de l'été 18", 82 ; de l'automne 7", 74 ; de l'hiver 5", 8. Le climat se distingue par de désagréables caprices du printemps; en 1865, le 31 mars, M. Morgon observait 5" au-dessous de zéro et le 7 avril 28" au-dessus. Les gelées blanches sont extrêmement communes et se représentent pendant la plus grande partie de l'année : d'ailleurs, la température s'abaisse rarement au-dessous de — 8" ou 9° ; cependant, dans l'hiver de 1 688-89. le thermomètre descendit au-dessous de — 13" et, l'an III, il marqua — 16". Les maxima extrêmes ne franchissent guèi'e 29° et les grandes chaleurs ne durent pas plus de 15 jours. Le froid est surtout humide; il y a moyennement

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128 jours de pluie et de nombreux brouillards; le vent du nord souffle rarement plus de 8 jours sans interruption pendant l'hiver; le vent presque propre à cette saison est le vent du nord-ouest, appelé ^a/e/'ne. Les vents dominants sont ceux de l'ouest, du nord-ouest et du sud-ouest. La moyenne d'eau tombée (pluie ou neige), de 1858 à 1863, a été de 924 millimètres. En somme, il est aisé de reconnaître que le climat de Bourges prend déjà fortement la physionomie de climat continental.

Bordeaux a pour moyenne annuelle, d'après Berghaus, 15*',6. Hiver 5", 6; printemps 15°, 6; été 21°, 6 ; automne 15 ,5. La couche d'eau tombée y atteint 750 millimètres (peut-être 900) en 14 jours de pluie.

A Pau, la température moyenne annuelle serait de 13", 59; la moyenne de l'hiver (Pietra-Santa) de 7",7 ; celle du mois de janvier 4°; août 25°, 47. Le 8 janvier 1842, le minimum absolu fut de — 12°, 5; le 4 août 1858, il y avait eu l'extrême opposé 35°, 8. Il tombe dans cette localité 1,085 millimètres de pluie annuelle. Le baromètre y est moyennement à 745""", 3. Le climat de Pau, calmant et même énervant, a acquis une belle réputation dans la nation anglaise, depuis le travail estimable de Taylor. Le climat béarnais, dans son ensemble, jouit des mêmes qualités; c'est un agent thérapeutique dont un maniement habile peut tirer bon parti dans le traitement de la phtliisie.

Dax, dans les Landes, est une découverte pour la science climatologique, dit Ed. Carrière [Union médicale, 1876, n° 150). Cette découverte est due à l'auleur du Journal humoristique d'im médecin phthisique. Elle constate que Dax peut rivaliser avec Alger comme station d'hivernage, c'est-à-dire que pendant la saison froide la température ne s'y abaisse jamais d'une façon sérieuse et que les oscillations diurnes y sont peu étendues. Toutefois, le D"" Labat, dans une brochure sur Arcachon, a cru devoir jeter quelques objections sur cet enthou siasme et « combattre les prétentions exagérées du climat dit aquitanien au détriment de la côte méditerranéenne » [Arc. gén. deméd., juillet 1877, p. 95).

11 y a véritablement, dans le climat général, quelque chose de très-particulier à la portion de territoire limitée au sud par les Pyrénées et, au nord, par une ligne qui, partant des landes de la Gascogne, passerait sur Toulouse et aboutirait à la Méditerranée. Les géographes considèrent cette bande de terre connne un ancien détroit ; le continent vient à peine d'émerger du côté de l'Océan ; la dépression du sol y est au maximum et la plaine des Landes a l'horizontalité d'une nappe d'eau. Les habitations et les cultures en seraient à chaque instant bouleversées et recouvertes par les sables venant de l'ouest si les Landais, de temps immémorial, ne recouvraient les dunes d'arbres, de forêts, composées surtout de pins. Ces bois protecteurs modifient les mouvements de l'atmosphère et épuisent peu à peu les nappes d'eau laissées dans le pays par la mer; le bassin d'Arcachon, seul, communique encore avec l'Océan; le courant marin qui s'y précipite et qui en sort peut être assimilé à un fleuve énorme. C'est en effet un petit bras du Gulf-stream, qui se replie du nord au sud au fond du golfe de Biscaye ; il contribue à dou:ier à ce climat ses caractères d'égalité et de tiédeur moite, si salutaires aux phthisiques pendant la saison froide, et qui leur seraient fort nuisibles en été, en les débilitant, s'ils y prolongeaient leur séjour. Ce sol, resté à fleur d'eau et que l'Océan cherche à reprendre en rongeant ses bords, qu'il reprendiait sans la défense de l'homme, reflète le plus possible les influences marines associées aux caractères thermiques, déjà accentués, d'une latitude qui se fait méridionale.

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Petit {Études sur le climat de Toidouse; remarques sur quelques conséquences, etc.; in Réunion des Sociétés savantes à la Sorbonne, 1863) estime qu'à Toulouse on doit compter moyennement par année contre environ 95 beaux jours, 14-7 nuageux, dSS couverts, 56 débrouillard, 35 de gelée, 9 de neige, 5 de grêle ou de grésil, 51 d'éclairs, 21 de tonnerre et 145 jours de pluie ; que la température moyenne est un peu inférieure à 13°; qu'il pleut le jour plus fréquemment que la nuit; enfin que la quantité annuelle d'eau pluviale est égale à 580 millimètres, les plus violentes averses fournissant 50 à 55 millimètres d'eau. Les vents dominants sont ceux de nord-ouest, qui font monter le baromètre, et de sud-est, qui le font baisser. Les bauteurs extrêmes du baromètre sont 0,715 et 0,765; le degré bygrométrique 78 (demi-saturation) est celui par lequel on aperçoit le mieux les Pyrénées, de Toulouse, c'est-à-dire qui amène la plus grande diaphanéité de l'atmosphère.

M. Rives a étudié la climatologie de Toulouse pendant les années 1862 à 1865. Selon cet observateur ,la température moyenne, sur 5,012 observations, a été de 15%8. Cb. Martins indique, pour cette même moyenne, 12°, 5. La différence moyenne maxima d'un jour à l'autre a été de 4°, 2 ; et la moyenne des écarts journaliers maxima, de 9°, 2. Les plus forts maximum ont été observés dans les mois de juillet et d'août, et les plus bas minimum en novembre, décembre et février. Les variations journalières ont atteint 10 à 12 degrés pendant l'été ; les mois de juillet et de février se sont trouvés les plus variables. La moyenne de juillet, le mois le plus chaud, est de 23°, 9 ; celle de février, le plus froid, 5°, 9. Printemps 14°, 6; été 22°, 6; automne 14°, 7; hiver 6°,1. — La pression barométrique moyenne est de 752 millimètres, avec des écarts journaliers de lU millimètres en moyenne. L'état moyen du ciel a été de 4,3 (nuageux); l'intensité moyenne dos vents, de 1,6 (entre faible et modéré). Comme d'habitude, les vents de nord et d'est font hausser le baromètre ; ceux de sud et d'ouest le font baisser. Les vents de nord et nord-ouest ont soufflé 57 fois sur 100; ceux de sud et sudest ou sud-ouest, 27 fois ; d'est 7 fois ; d'ouest 28 fois. Les vents du sud et de l'ouest amènent presque toujours la pluie, dont Gh. Martins évalue la quantité annuelle à 561 millimètres ; c'est là une grande différence avec Pau. La saison la plus pluvieuse à Toulouse est le printemps. M. Hives signale l'influence remarqua- Ide qu'exerce à Toulouse le vent du sud-est, dit d'aidan, sur le baromètre et le thermomètre. Celte influence se fait généralement sentir douze heures à l'avance sur le baromètre, et elle est tellement régulière qu'en voyant celui-ci baisser subitement par un ciel serein, l'on peut prédire sûrement que le vent d'autan soufflera le lendemain. L'opinion des médecins est que toutes les maladies graves sont exaspérées pendant que ce vent d'autan souffle.

Il serait encore d'une grande utilité d'ajouter ici des notions un peu précises sur la climatologie des localités tout à fait pyrénéennes, dont quelques-unes sont des stations visitées par les valétudinaires, dans le but d'y faire un traitement à quelqu'une des sources sulfureuses dont le pays est si riche. Nul doute que le ciel de Barèges, d'Amélie, de Cauterets, l'altitude, la configuration de la contrée, ses courants aériens généraux ou particuliers à la montagne, comptent dans les résultats du séjour à ces stations thermales, soit que les influences climatologiques s'ajoutent aux propriétés curativcs des eaux, soit qu'il faille, au contraire, aviser à ce qu'elles ne contrebalancent pas l'impulsion du traitement minéral. Malheureusement, nous ne possédons guère sur ce point que des connaissances rentrant dans les généralités : l'air vif des

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montagnes, les grandes oscillations diurnes du thermomètre, la dépression barométrique, etc.

Dans rarrondissément de Bagnères-de-Bigorre, se trouve le plateau de Lannemezan, où le ministère de la guerre a établi un camp, en 1868. L'altitude moyenne du plateau est de 650 mètres; il est largement ouvert aux vents, qui soufflent le plus souvent de l'ouest et du sud-ouest. Les oscillations de la température y ont lieu dans d'assez larges limites et avec quelque brusquerie. La surface du plateau, dit Bourncria, entièrement découverte, s'échauffe considérablement pendant le jour, sous l'induence des rayons solaires, et se refroidit très-rapidement le soir, par l'effet du rayonnement vers les espaces célestes. En mai 1868, la température maximum a été de 55°, le minimum 4°, 5; «n juin, maximum 56", minimum 15°.

Climat méditerranéen. Les auteurs s'accordent à le représenter comme le plus tranché de tous nos climats partiels. Cependant, nous avons déjà reconnu ■qu'il n'est pas absolument homogène de l'ouest à l'est, de Perpignan à ISice. De ce côté-ci, il y a l'abri des Alpes maritimes au nord, tandis que, dans la vallée de l'Aude, l'abri est au sud (les Pyrénées).

La température moyenne relevée par Ch. Marfins, de cent quatre-vingt-deux années d'observations recueillies à Alais, Avignon, Marseille, Montpellier, Nice, Orange, Perpignan et Toulon, y serait égale à 14", 8 (trop forte de près de 1°, pour les raisons déjà indiquées); — la moyenne de l'été étant de 22', 6; celle de l'hiver 6°, 5; la moyenne des minima — 11°, 5 ; celle des maxima

Nous savons déjà que le ciel bleu des rivages méditerranéens n'est rien moins (|u 'inaltérable ; il est bon d'emprunter aussi à l'histoire météorologique les faits démontrant que ce climat, l'espoir des malades à qui les hivers du Nord donneraient le coup de grâce, n'a pas une mansuétude invariable et n'échappe pas absolument aux poussées glaciales.

Marseille, en vingt ans, a vu le thermomètre descendre à — 8°, 8 (1800), à

— 6°,5 (1814), — 17°,5 (1820). Le 15 janvier J820, Risso, à Nice, vit son thermomètre marquer — 9^7 au lever du soleil, et le 11 du même mois il descendait à — 11", 9 à Hyères.

En l'an 400, le Rhône est gelé dans toute sa largeur. En 462, le Yar est couvert de glace. En 822, le Rhône et l'Adriatique gèlent. En 860, 874, 895, 11 55, le Rhône gèle. En 1216, le Rhône et le Pô sont pris ; en 1502, le Rhône, en 1554, tous les Ileuves de la Provence. En 1564, le Rhône gèle à Arles, à la profondeur de 5 mètres; les arbres périssent. Les années 1590, 1450, 1400, sont signalées par des désastres semblables. Le port de Gènes est pris par les glaces, les 25 et 26 décembre 1495. En 1507, c'est le port de Marseille. Le 11 décembre 1560, les charrettes traversent le Rhône sur la glace. En 1601, 1605, 1608, 1621, 1658, 1658, 1659, 1680, les oliviers périssent en plus ou moins grand nombre par le froid. En 1709, année du gros hiver, les ports sont pris, les arbres périssent. En 1740, 1768, 1776, 1789, 1799, les ohviers souffrent de la gelée à des degrés divers.

La moyenne annuelle de pluie, d'après deux cent soixante-treize ans d'observations, serait sous ce climat de 651 millimètres. Tel est, du moins, le chiffre auquel correspond la courbe liyétométrique de Berghaus. Ch. Marlins doute qu'il soit exact. 11 y a, en moyenne, cinquante-trois jours de pluie ; les pluies dilu-

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viales sont assez communes. Sur 100 pluies, il y en a 25 en hiver, 24 au printemps, 11 en élé, 40 eu automne.

La disposition du sol, dans le territoire de ce climat, un littoral assez peu profond dominé au nord par des montagnes élevées, explique le régime des vents et des pluies méditerranéennes. Le mistral, dont il va être question, vent de terre, souffle des sommets froids des Cévennes sur l'extrême bord de la mer; les vents marins, plus chauds, passent au-dessus des campagnes sans y précipiter les vapeurs, qu'ils déchargent seulement à la rencontre des montagnes, en grosses et subites averses. Mais si la température baisse, les vents marins soufflent plus bas, le mistral plus haut ; il y a conflit entre les vents opposés et entre les nuages chargés d'électricité de nom contraire (terrestre positive; marine négative). De là, des orages qui éclatenf dans les hauteurs de l'espace, des pluies soudaines et abondantes, tout à fait inattendues et dont la loi des retoiu's est insaisissable, sauf que l'on peut dire, en général, que la quantité d'eau pluviale peut varier du simple au double dans une même localité et, tantôt septembre, tantôt, octobre ou novembre, tantôt même février ou mars, sont les mois les plus riclies en eaux d'averse (Cb. ftJartins ; Répartition des pluies dans iHéraidt; in Mém. de VAcad. de Montpellier, t. VIII, 1872). A ce qui a été dit dans l'exposé général (pag. 450 et suiv.), ajoutons le résultat local que voici : M. Ch. Martins recueille pendant dix ans, de J852 à 1861, la pluie tombée au Jardin des plantes de Montpellier {Acad. des scienc. et lettres de Montpellier, 1862). La moyenne de l'hiver est de 255 millimètres, celle du printemps 260; de l'été 97; de l'automne 526; celle de l'année 920 millimètres, répartis en cinquante-huit jours de pluie. Mais Leverrier fait remarquer que le chiffre des jours de pluie indiqué ici est inférieur à celui qu'avaient donné trente années d'observations à la fin du siècle dernier.

Les vents dominants sont ceux du nord-ouest; c'est le Mistt^al (le « maître », magistraou), descendu des Cévennes, « à qui le grand bras du Rhône doit peut-être sa direction dans le sens du sud-est » (El. Reclus); le a/.ïpov, Circiiis, Dlelamboreas, bien connu des anciens. Strabon (Géographie), Aulu- Gelle (lib. H, cap. xxii), Sénèque [Quesl. natural. lib. Y, cap. xvii), Pline, Diodore de Sicile, en ont parlé. Sans doute commettait-il déjà, connue aujourd'hui, de lugubres exploits. Le 50 octobre 1782 (Burel), il jeta l'abbé Portails pardessus la terrasse du mont Sainte-Victoire et le tua ; sa force était telle qu'il soulevait un poids de 5 kilogr. en soufflant sur une surface de 104 millimètres carrés. 11 parcourt assez souvent 20 mètres par seconde. A Marseille, il est aussi commun en été qu'en hiver. A Toulon et à Avignon, il se fait surtout sentir en hiver. C'est dans la vallée de la Durance qu'il atteint sa plus grande intensité. Il y a de 1 1 à25 orages par an ; leur maximum de fréquence est au printemps. La pression atmosphérique est en moyenne de 0,762,14. Le mistral déprime le baromètre.

On a supposé que le mistral datait de la dénudation forestière des Cévennes; c'est une erreur, le mistral est de vieille date; seulement, le déboisement a pu contribuer à augmenter sa fureur. Plus le contraste est grand entre la température des deux couches atmosphériques , de la montagne au littoral, plus il règne en maître. Il se calme la nuit, quand le rivage se refroidit; on le sent peu à une faible distance au large, déjà même aux îles d'Hyères, à cause de la fraîcheur des eaux marines. Les points du littoral abrités par de fortes collines ou des montagnes du côté du nord, comme certains quartiers de Nice,

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comme Menton, le ressentent à peine ou l'ignorent entièrement. Il est \Tai que, sur ces points, la ventilation par les courants marins doit suppléer aux puissants coups de balai du mistral, à peine d'insalubrité. Beaucoup de villes de Provence, trop peu soucieuses de propreté et d'hygiène intérieure, seraient des foyers pestilentiels sans les visites de ce rude ventilateur, le mistral. Ainsi, Avignon : « Avignon la venteuse, — avec le vent fastidieuse, — sans le, vent vénéneuse. »

Marseillea pour moyenne thermi({ue 14f°, 08 ou 14",o (Stephan). Hiver 7", 42; printemps, 12°, 8; été, 21M1; automne, 14°, 96. — De 1852 à 1876, c'est-àdire en 25 ans, le thermomètre n'y est pas descendu au-dessous de — 11°, 3 (en 18 72). La moyenne de pluie est de 512 millimètres par an, avec un maximum d'automne et un minimum d'été; il n'y a que 55 jours de pluie, année moyenne. En 1772, une seule averse fournit 325 millimètres d'eau. La pression barométrique, à 4r)'".6 au-dessus de la Méditerranée, y est de 757'"™, 62. 11 y eut en 1834 un maximum de 0,775,8 et, en 1823, un minimum de 0,725.

Un savant travail de M. Didiot {Le choléra à Marseille en 1865), qui compte dans la science à d'autres titres que la climatologie, débute par d'intéressants détails sur la météorologie de Marseille. D'après M. E. Maurin, il faudrait élever de 0,18 la moyenne thermique annuelle 14", 08, indiquée par Valz (Patria), ce qui donne 14°, 26. M. Didiot lui-même a trouvé 15°, 53 pour les quatre années antérieures à 1865. La plus grande différence entre le mois le plus chaud et le mois le plus froid a été de 16°, 19; la plus grande différence moyenne entre deux mois consécutifs, de 5°, 69; d'un jour à l'autre, les différences en amplitudes parcourues quotidiennement mesurent jusqu'à 17°, 08. La température maxima a été, en 1861 , de 53°, 3 et la température minima en 1864 de — 6°, 9. En février 1865, il y a eu — 11°, 2 et 35° en août. « Les variations brusques et instantanées de la température constituent un des principaux caractères du climat de Marseille, comme de celui du littoral méditerranéen. »

Annuellement, il tomberait 585"'", 5 d'eau, en soixante à soixante-dix jours, à Marseille; les pluies sont de printemps et d'automne. Le vent dominant est le nord-ouest (mistral), qui règne 141 fois par an. Le vent d'est est humide; les vents de sud et sud-est, chauds et humides. Cependant l'est sud-est. qui ne se remarque qu'en hiver, est très-froid parce qu'il se forme à la chute des neiges sur les monts de Corse. Il y a environ dix-neuf jours d'orage.

La pression barométrique moyenne serait de 0'", 758,88 (Maurin) à 0'", 759, 94 (Didiot). Les variations annuelles sont très-considérables, et même les oscillations diurnes. L'état moyen de l'humidité a été de 59 centièmes; la quantité d'eau vaporisée, de 77""" de novembre 1864 à octobre 1865. [Recueil de mémoires de méd. milit. Janvier 1866).

Alais a pour température moyenne 15°, 1. En août 1818 et en juin 1822, on observa le maximum 36°, 5; en janvier 1820, le minimum — 12°, 25.

Orange : température moyenne annuelle 13°, 3. Minimum (1826) — 15° ; maximum (1830) 40°, 2.

La température moyenne de Nîmes est de 13°, 7; celle d'Avignon, 14,42. A Perpignan, clleest de 14°, 1 (docteur Fine); à Hyères, 15° ; à Toulon, 14°, 4; à Nice, 15°,68 (Tesseyre).

La température, à Montpellier (moyenne annuelle 13°, 6), se répartit comme il suit, selon les saisons: hiver, 5°,8; printemps, 12°, 6; été, 22°; automne, 14°, 3. En 1709, on y observa le minimum — 16°. Même minimum, le 21 jan-

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vier 1855 -, — 15", 9 le 31 décembre 1870. Il gèle tous les hivers à Montpellier ; la moyenne des minima absolus est de — 9", 25.

A Carcassonne, le thermomètre descendit à — 12° en 1789; à Narbonne, à — 12%o en 1805. Dans l'hiver de 1819-1820, il y eut à Hyères un minimum de — H", 9. A Nice, Ch. Martins indique le maximum absolu 53",4 et le minimum — 9", 6. Dans cette dernière localité, les moyennes des saisons seraient: hiver, 9°, 3; printemps, 13%3; été, 22°, 5; automne, 17°, 2.

Nous avons relevé pour Perpignan trois années (1865-1867) d'observations de l'hôpital militaire. La moyenne thermique de ces trois années est de 15", 22, sensiblement la même que celle de Ch. Martins ^ La moyenne de l'hiver est de 9°, 9; celle du printemps, 18",21; de l'été, 22", 16; de l'automne, 11", 64. Le maximum moyen a été de 32,6; le minimum moyen — 4", 5. Le minimum absolu depuis 25 ans, a été — 7", 5, le 4 janvier 1864 (observation du docteur Fine). La pression barométrique moyenne (altitude 30 mètres) est de 759""", 09. La moyenne d'eau tombée 340""", 72. État moyen du ciel 3,6. Le vent, de beaucoup le plus fréquent, fut celui de nord-ouest. Ce climat, comme on voit, ne laisse pas que d'avoir un caractère excessif; la région, bien exposée au nord et à l'est, en même temps qu'abritée contre les vents du sud et même de l'ouest, est assurée d'une sécheresse habituelle, d'un ciel presque toujours serein, par conséquent de grandes chaleurs dans le jour et d'un rayonnement nocturne puissant. On a acclimaté à Perpignan un certain nombre d'espèces végétales de provenances exotiques : agaves, cactus, nerium, bambusa, chamserops, phœnix dactylifera, citronniers, pamplemoussicrs, oi'angers ; mais il n'est pas rare que quelques-unes de ces plantes aient leurs feuilles rôties en décembre ou en janvier et perdent leurs rameaux, sinon même le tronc tout entier.

Draguignan, altitude 192 mètres, a offert les moyennes suivantes en deux années d'observation (1857-1859): température moyenne 15", 1 (Hcnou estime ce chiffre trop fort). Baromètre moyen 744""",04. (Astier : Bulletin de la Société d'études scientifiques et archéologiques de la ville de Draguignan 1858-1860.)

Nice fait contraste avec les villes de l'extrémité occidentale de la bande méditerranéenne. Une petite plaine entoure la ville, admirablement protégée du côté du nord par des montagnes (massif des Maures) s'élevant brusquement. Là, on cultive pendant tout l'hiver la violette de Parme, les roses, les jasmins, l'acacia de Farnèse, les orangers, citrons doux, jujubiers, dattiers, cactus, agaves, palmiers, lauriers-roses. De 1849 à 1876, les minima absolus observés par M. Tesseyre ont été — 5°, 4 (14 février 1 854) et — 3" (18 janvier 1864).

Et pourtant, Nice ménage, comme on l'a vu, d'amères déceptions aux touristes et aux malades. Le mistral la visite encore. La vraie « perle de la France » , c'est Menton, beaucoup mieux abritée, et tout à fait au bas des pentes des montagnes. On y aperçoit partout la verdure ; « près du rivage, celle des citronniers, des orangers, des arbres exotiques ; plus haut, celle des oliviers ; plus haut encore, celle des pins... Les bosquets de citronniers, qui fournissent en moyenne aux expéditeurs de Menton quarante millions de Iruits chaque année, fleurissent et mûrissent en toute saison ; les froidures de l'hiver et les ardeurs de l'été ne s'écartent pas assez pour arrêter dans les plantes le mouvement continu de la vie. » (El. Reclus.)

* La moyenne plus faible du docteur Fine, inscrite plus haut, a été obtenue aux environs de Perpignan, et non dans la ville, qui s'abrite elle-même.

FRANCE (climatologie). 495

Climat rhodanien. Quand on considère, sur une carte, la configuration et l'étendue de la région de notre pays à laquelle on assigne cet ensemble de caractères que l'adjectif Rhodanien pourrait faire prendre pour une sorte de lypeclimatologique, on est forcé de reconnaître qu'il s'agit ici plus que partout ailleurs d'une unité essentiellement artificielle. N'aurait-on en vue que la vallée du Rhône, à laquelle la désignation spéciale fait songer, il est déjà évident que le climat est tout autre de Lyon à Valence que de Genève à Lyon. L'absence d'homogénéité est bien plus sensible encore quand l'on constate que les limites de ce climat s'étendent jusqu'au Morvan, englobent nos départements du Jura et, de l'ouest à l'est, rapprochent le Beaujolais, le Forez, du Grésivaudan, de la Tarentaise et de la Maurienne; qu'enfin, il confine du côté du sud-est au climat méditerranéen, par les deux départements alpestres et les plus pauvres de la France, les Hautes-Alpes et les Basses-Alpes. En descendant le Rhône, à partir de Lyon, on sent peu à peu l'approche du Midi et, par une succession graduée de régions heureuses où rien ne change que les aspects du sol et le mode de fertilité, on passe insensiblement des coteaux à vignes aux champs de mûriers et d'oliviers. Combien différents sont les changements d'horizon, quand on remonte le Rhône, la Saône ou les affluents de l'un et de l'autre : ici le Doubs, l'Ain, [l'Arve; plus au sud, l'Isère, la Drômc, la Durance. En gagnant le Jura, c'est le climat continental ; en regardant vers la mer, à partir des limites sud du département des Basses-Alpes, c'est le climat méditerranéen sans transition, la colline revêtue d'oliviers au bas de laquelle la « gracieuse » Manosque se livre au commerce du vin, de l'huile, de la soie. J'estime qu'il convient à un haut degré d'ouvrir une place, dans le cadre ciimatologique de notre pays, à ces régions montagneuses qui sont assurément dans des conditions météorologiques très-spéciales et très-caractérisées. Depuis l'époque où Ch. Martins a établi sa division devenue classique, l'annexion de la Savoie a étendu la région alpestre de la France et légitimé la création du nouveau type que nous proposons. De nombreuses observations existent déjà sur diverses particularités de cq climat de montagnes ; il ne reste qu'à les compléter et à en constituer un ensemble méthodique.

Dans les pages qui précèdent, nous avons çà et là indiqué les influences de la montagne sur chacune des faces de la météorologie. Nous crevons utile de reproduire ici le résumé d'ensemble présenté sous forme de conclusions par le docteur Lombard (de Genève), qui observait précisément dans la région alpestre dont il est question en ce moment :

(( 1° La température diminue avec la hauteur dans la proportion de un degré centigrade pour 1 66 mètres ; cette proportion varie suivant les localités et peut être considérée comme une moyenne assez exacte pour l'ensemble des .\lpes. Elle est plus rapide pour la chaîne du Jura ;

« Les variations mensuelles et annuelles sont moins grandes sur la hauteur que dans la plaine;

(f 2" La pression atmosphérique diminue à mesure qu'on s'élève ; elle présente plus de fixité dans l'espace d'une journée et moins de variations dans le cours de l'année sur la hauteur que dans la plaine.

« 5° Quant à l'état hygrométrique des couches supérieures de l'atmosphère, nous avons vu que les hautes sommités étaient remai'quablement sèches, comparées aux autres régions ;

« Enfin, nous avons reconnu l'existence d'une zone moyenne (environ

494 FRANCE (climatologie).

1500 mètres dans nos contrées) dont l'humidité est plus prononcée que celle des régions supérieures et inférieures ;

« La limite de ces régions diverses est assez difficile ù fixer et varie avec la latitude, la configuration du sol et quelques autres circonstances locales ; en ce qui concerne les Alpes, l'on ne serait pas très-éloigné de la vérité en plaçant la zone humide entre cinq ou six cents et mille ou quinze cents mètres ;

« 4" 11 existe une zone moyenne nuageuse qui diminue la clarté du ciel dans cette région, conparée à celles qui sont situées au-dessus et au-dessous ;

« 5" La même remarque s'applique à la prédominance de l'électricité et à la fréquence des orages qui affectionnent aussi la zone moyenne, comparée aux deux autres. » (Lombard : les Climats de montagnes considérés au point de vue médical. Genève, 1873.)

Ch. Martins assigne au climat rhodanien une température moyenne annuelle d'environ 11°; moyenne d'hiver, 2°, 5; d'été, 21°, 3. C'est un climat excessif. Les pluies prédominent en automne; le versant français des Alpes ne fait pas exception à cette règle. Raulin (de Bordeaux), étudiant le régime pluvial des Alpes françaises, constate que ces montagnes, qui contribuent à établir la séparation entre les grands bassins du nord de l'Europe et de la Méditerranée, ont un régime pluvial semblable, non pas à celui de l'Europe septentrionale et de la Sibérie, mais bien à celui de la région méditerranéenne adjacente, caractérisé par la faible quantité des pluies d'été et la prépondérance de celles d'automne. C'est ce qui résulte des séries d'observations faites an grand Saint-Bernard, à Embrun, Gap, Serres, Die, Barcelonnette, Digne, Manosque et Castellane {Bévue des Sociétés savantes, 2^ série, tome V, 1870). 11 y ay sous ce climat, 120 à 130 jours de pluie par an, fournissant 720 millimètres d'eau (E. Reclus), ou peut-être 946 millimètres (Martins), ou même l'",27 (Fonssagrives d'après Ddlesse). Les pluies sont quelquefois très-abondantes en peu de temps. Le 9 août 1807, il en tomba, à Joyeuse, 250 millimètres; au même lieu, le 9 octobre 1827, 792 millimètres en 22 heures. 11 pleut surtout par le vent de sud-ouest.

Les vents dominants sont, dans un ordre décroissant, ceux du nord, du sud, du nord-ouest, de l'ouest. Il y a annuellement 25 à 30 orages (Berghans).

J. Marmy et Ferdinand Quesnoy résument ainsi qu'il suit, d'après Drian, ingénieur civil attaché à l'Observatoire, la météorologie de Lyon pour la période de dix ans, de 1855 à 1864. — Moyenne barométrique : ()™,744; amplitude des oscillations annuelles: 18'"'",1. Lyon est isobarométrique de Montpellier, Turin, Mantoue. — Température moyenne annuelle: 11", 87 (Ch. Martins indique 11", 8 ; à l'hôpital militaire, pour les trois années 1865-1867, on a obtenu 12", 8, ce qui est conforme à cette règle: que les bâtisses et l'atmosphère des grandes villes élèvent la température). Température moyenne de l'hiver, 2",1 ; du printemps, 11", 1 ; de l'été, 20",3 ; de l'automne, 11", 4. La différence la plus forte a été entre 33", 9, le 17 juillet 1860, et — 20", 2, le 31 décembre 1859; soit 54", 1 parcourus en moins d'un an. Le mois habituellement le plus froid est janvier; le plus chaud, août (le thermomètre de l'Observatoire est à 195 mètres d'altitude; l'hôpital militaire est sur le quai). Les variations de température sont d'ailleurs brusques et s'opèrent dans une grande étendue. L'humidité relative a pour moyenne 0,71,7. La moyenne de pluie est de 713""", 17 avec le maximum (255 millimètres) en automne. Les brouillards sont fréquents, intenses, mais

FRANCE (CLIMATOLOGIF.). 495

locaux; la neige, rare. Le vent dominant est celui du nord, observation conforme à celle de Fournet; puis, viennent le vent d'est et celui du sud, ce dernier manifestant d'ordinaire une influence malsaine. 11 pleut par les vents de sud-ouest et d'ouest.

Perrey [Mém. de r Académie des sciences, arts et belles-lettres de Dijon, 1858-1860) a fait, à Dijon, quinze années d'observations (1845-1859). La moyenne thermique obtenue des minima et maxima diurnes a été de 10", 5, ce qui peut donner une moyenne vraie de lO''^, conforme à la moveime il", 5, obtenue de 1777 à 1785 par Maret, trop forte d'au moins 1 degré par vice dans le procédé de calcul. Renou pense que Dijon, altitude 246 mètres, se trouve sur l'isotherme de 10°, 6 et par conséquent devrait présenter une moyenne de ^^,0 seulement. D'après Perrey, nous aurions : hiver, 2'>,47 ; printemps, 10", 7; été, 18", 68; automne, 10", 60. Climat plus continental que Paris. Les vins de Bourgogne n'atteignent toute leur qualité que quand l'été est très-chaud; en 1846, la moyenne de cette saison fut de 21",!. Moyenne de pluie: 661 millimètres (ilaret), ou 696 millimètres (ingénieurs des ponts et chaussées), ou 700 millimètres (Perrey). iM. Piaulin donne 656 millimètres, comme moyenne de 1851-1870.

Tandis que Fournet note que les moyennes de pluie, dans le bassin de la Saône, varient de 625 millimètres (Bourbonne) à 600 millimètres (Saint- Rambert), la moyenne de l'École d'agriculture de la Saulsaie, non loin de Lyon, altitude 284 mètres, est de 850 millimètres. Les mois les plus pluvieux y sont mai et juin ; la localité est sur l'isotherme de 11°, qui va de Cherbourg, par Vendôme, sur Màcon et Genève [Annales des Scienc. phys. et natur., d\iyriculiure et d'industrie, publiées par la Soc. d'agricult. de Lyon, 1859-1860).

Nous mettons en regard de la climatologie, déjà assez divergente, de Lyon et de Dijon, un aperçu de celle de Briançon, que" l'on rattache géographiquement au même climat rhodanien, parce qu'il faut bien le rattacher à quelque chose, mais qui représentei'ait au mieux le type du climat alpestre. Nous disposons des observations de l'hôpital militaire pour les trois années 1866-1868. La pression barométrique moyenne, à cette hauteur, est de 0'",647, avec une oscillation annuelle de 13 millimètres. La température moyenne a été de 8°, 02, estimation probablement trop élevée, à cause de la situation de l'observatoire hospitalier. Moyenne de l'hiver, 0°,44; du printemps, 11 0,55; de l'été, 15", 75; de l'automne, 4", 50. Le minimum moyen, — 16°, 1, appartient au mois de janvier 1867; le maximum moyen, 50", au mois d'août 1865. La moyenne d'eau tombée est de 620 millimètres; il y a ici, comme on l'a dit, une exception à l'Iiyétométrie ordinaire des hauteurs. Peutêtre la neige n'a-t-elle pas été exactement évaluée en eau : car je remarque, rien que pour le mois de janvier 1868, le chiffre 0'",515 d'eau tombée sous forme de neige ; cette circonstance doit se reproduire fréquemment. L'état moyen duciel est marqué par 0,6. Les vents les plus habituels sont nord-est et nnvd-ouest La moyenne thermique de Barcelunnette en 1871-1872, observée à l'École normale, a été 5°, 5; la pluie tombée dans l'année, 712 millimètres; à Gap, on indique 678 millimètres.

Climat Vosgien. Ce climat correspond au pays qui s'étend entre le Rhin et la Côte-d'Or, des Ardennes à la Haute-Saône, de Mézières à Auxerre. La vallée du Rhin s'y rattache, et aussi une partie de celle de la Moselle. Il y a trop peu de temps que ces dernières régions ont cessé d'être françaises pour

496 FRANCE (climatologie).

que nous les retranchions de la climatologie de notre pays; le changement de nationalité, d'ailleurs, n'est peut-être que dans les actes officiels, et nous ferions injure aux Alsaciens-Lorrains si, dans un article de science pure, souverainement dominé par l'ethnologie et la géographie physique, nous les traitions en étrangers, sous prétexte d'accidents politiques récemment survenus.

Le climat vosgien est la plus haute expression, en France, des influences continentales ; c'est dire qu'il est excessif. Toutefois, les influences océaniques se font encore sentir sur le versant occidental ; elles ne disparaissent que sur les pentes de l'est, celles que l'Allemagne s'est appropriées et qui, sous le rapport climatologique, lui ressemblent le plus. C'est là surtout qu'à des étés aussi chauds que ceux de l'embouchure de la Loire, succèdent des hivers semblables à ceux du Holstein.

La température moyenne assignée à ce climat est de 9°,6.La moyenne de l'hiver est de0°,6 ; celle del'élé 18°,6.ÂStrasbonrg, la plus grande différence moyenne entre les minima et les maxima est de 44°, 7, celle de Paris n'étant que 4'2%d. Les plus grands froids à Metz, Strasbourg, Epinal, Mulhouse, Belfort, sont en moyenne de — 23°,2. A Nancy, Épinal, il y a annuellement 70 jours de gelée (à Paris, 52).

La moyenne de pluie est de 669 millimètres \ supérieure à celle des bassins de la Seine, de la Loire et peut-être de la Gironde. Le maximum est en été: sur 100 jours de pluie, il y en a 19 en hiver, 25 au piùntemps, 51 en été, 27 en automne. Année moyenne : 157 jours de pluie. C'est sous ce rapport que le contraste est le plus frappant entre les deux versants des Yosges. « Il pleut beaucoup plus sur les déclivités occidentales des grandes Vosges que sur les pentes tournées vers l'orient. Des deux côtés, l'abondance des pluies s'accroît avec régularité de la base des montagnes aux escarpements supérieurs; mais de part et d'autre les proportions se maintiennent de manière à donner constamment l'avantage des pluies aux déclivités occidentales. En comparant seulement les villes de la plaine d'Alsace et celles un peu plus élevées qui se trouvent au pied du versant de l'ouest, on constate des différences de précipitation du double ou même du triple. La raison de ce contraste est de toute évidence ; les vents océaniques ne peuvent remonter les vallées occidentales des Vosges sans s'alléger en grande partie de leur fardeau de vapeurs. » Le ciel est parfois brumeux sur la Lorraine. Tandis que les vignes prospèrent du côté de l'Alsace jusqu'à une altitude de 400 mètres sur les pentes des coteaux exposés au inidi, elles réussissent mal sur le] versant lorrain, et sur les déclivités tournées vers Belfort, à cause de la rigueur du climat. De juillet 1866 à juillet 1867, d'après Charles Grad,

A l'est des Vosges,

Strasbourg- (141 mètres d'altitude) a rrçu Û",!^!! d'eau Colmar (-200) — ' 0, o5-2 —

A l'ouest des Vosges,

Mirt'comt ('276 mètres d'altitude) a reçu ["j^iOl d'eau Veboul ("257) — - i, 600 —

Les vents dominants sont de sud-ouest et de nord-est. II pleut par le premier ; il fait sec par le second et le ciel, d'un bleu intense, est d'une sérénité remarquable. En général, l'atmosphère de Lorraine est lumineuse et transparente ; même par la pluie, il y a une certaine diaphanéité de l'air et, sous ce

1 l^onssagrives {loc. cit.) dit: 0"',712 et E. Reclus; O^.SOO.

FRANGE (climatologie). 497

rapport, les plus beaux jours des climats du nord n'approchent pas de sa limpidité moyenne. Les hivers sont intenses, les froids durables, la neige et le givre occupent des semaines et des mois ; par contre, les longs jours de juin et de juillet manifestent presque chaque année des ardeurs extrêmes. Le printemps est aigrelet, capricieux ; l'automne y est d'ordinaire d'un grand charme et la plus belle saison de l'année. Les obstacles les plus habituels à la culture de la vigne et des plantes exotiques, en Lorraine, sont les gelées tardives de mai et les gelées blanches de la fin de septembre, dues à l'intensité du rayonnement nocturne par la grande pureté de l'atmosphère.

Il y a environ 24 orages par an.

Les variations barométriques diurnes sont moindres que dans le midi et plus forte que dans l'ouest : moyenne 0'""',82. C'est le contraire pour l'oscillation mensuelle dont la moyenne est de 21 millimètres, tandis qu'elle est de 23""", 9, à Rouen.

Strasbourg a pour moyenne thermique annuelle 9°, 8. Hiver : 1°,1 ; printemps \0° ; été 18", 5 ; automne 10 °. Le mois le plus froid est janvier; le plus chaud, juillet. Maximum moyen 52°, 5 ; minimum moyen 11°, 1. L'oscillation mensuelle varie entre 10°, 8 et 29°, 4. Le 15 juillet 1807, le thermomètre atteignit 55°, 8 ; le 5 février 1850, il descendit à — 25°, 4. La pression barométrique moyenne y est de 749""™, 20 ; la moyenne déploie 685 millimètres.

Le 3 février 1850, à Mulhouse, il y eut un froid de — 28°, 1.

Metz a une pression moyenne de 746'"™. La température moyenne y est de 9°7.

Nancy eut — 26°, 5 le 5 février 1830. La moyenne y est de 9°, 5. Le maximum absolu a été de 57°, 5. C'est donc 65 degrés parcourus pendant la série des années d'observation. Les registres des hôpitaux militaires nous ont fourni pour les trois années 1865-1867 les moyennes suivantes :

Altitude 200 mètres :

Pression barométrique. . . 741 millim. 77

Température moyenne. . . 10*, 11

Eau tombée 0, 648

Moyenne de l'hiver 3°,70 ; du printemps 14°,07; de l'été 17°,14 ; de l'automne 5°, 55. (Nous avons pris l'année astronomique, qui constitue l'hiver des trois mois de janvier, février et mars, et non l'année météorologique, qui commence l'hiver par le mois de décembre). La plus faible moyenne des minima est de — 14°, 2, pour janvier 1867; la plus forte pour les maxima est celle de juillet 1865, 54°, 6. Les vents dominants ont été nord-est, sud-ouest, ouest. Etat moyen du ciel 5°, 5.

Le docteur Simonin père, qui a observé régulièrement la météorologie de Nancy pendant 18 ans (1841-1859), donne comme moyenne thermique 9°,3 ; comme pression moyenne O'",7o7 (un peu trop faible suivant Renou; la moyenne vraie se rapproche de 0™,743). La moyenne de pluie (neige comprise, apparemment) a été de 0'",810. Nancy est sous le régime des pluies d'été; le mois le plus pluvieux est avril, puis mai, juin, juillet, comme à New-York. Maillet avait observé, àNancy, — 22°,1 le 1" février 1776 ; l'observation— 2 6°,5, en 1830, est rapportée par Arago.

Les moyennes déploie pour l'année météorologique 1871-1872 ont été les suivantes dans cinq localités du département de Meurthe-et-Moselle : Amance 614'""',5; Bellefontaine 6 47'»'", 1 ; Cinq-Tranchées 731»>'",7 (Mathieu), Nancy 591'»"',2 (Faculté des sciences), Vézelise, 682""", 8.

DICT. ENC. i' s. lY. 32

i98 FRANCE (climatologie).

Allaire a étudié le climat deThionville (1861), conquise depuis par l'Allemagne, mais qui ne tient pas plus que Metz à cette patrie de hasard et de violence, antipathique. La moyenne thermique y est de 9", 7, comme à Metz; la moyenne de l'hiver 1°, celle de l'été 18", 2. C'est donc un climat variable, mais modérément excessif, La plus grande excursion annuelle comprend 54°, 7, en 1827 ; la plus faible, 56°,8, en 1832. Le maximum des jours de gelée est de 76 (en 1840), et le minimum, de 55 (en 1841). La pression barométrique moyenne est de 745, 5. Le sud-ouest est le vent dominant; il est toujours humide. Les vents du nord sont beaucoup moins fréquents que ceux du midi et plus secs. L'humidité relative est entre 70 et 100; le ciel presque toujours nuageux ou couvert. Les pluies les plus abondantes sont en été, quoiqu'il y ait moins de jours pluvieux en été qu'en hiver. Il y a, année moyenne, 14 jours de neige, donnant une couche de 1"',50 d'épaisseur. En résumé, « Thionville se rapproche de la limite occidentale de la région vosgienne et reçoit déjà quelques-uns des caractère^ du climat séquanien. »

Les moyennes obtenues par Henriot, pour les cinq années 1855-1859, à Barle-Duc, 246 mètres d'altitude, sont les suivantes : Température moyenne 9°, 85 (trop forte d'au moins 1 degré : Renou) ; moyenne de l'élé 19°, 25; pluie 751""», 4, ou, selon Renou, 760. Le thermomètre y est descendu à — 18°, 5, le 19 janvier 1855, et a marqué 57° en 1858 et 1859. Les observations de l'année 1871-1872 donnent deux moyennes pluviométriques, 805 millimètres et 761, 9. Dans cette même année il est tombé 594 millimètres à Commercy, 776 à Âuzéville, 699 à Chalaines, 664 à Keurs, 611 à Spincourt ; toutes localités du département de la Meuse.

g IV. Variations et variabilité du climat français. Le climat d'un lieu quelconque, le climat de la Fi-ance en particulier, est-il susceptible de changements, ou plutôt : peut-on démontrer que tel climat s'est réellement modifié depuis les temps historiques S depuis une date quelconque à laquelle se rattachent des observations satisfaisantes, fussent-elles rétrospectives, et doit-on s'attendre ultérieurement encore à des modifications plus ou moins régulières et nécessaires? Voilà une question qui passionnait les esprits, il y a une trentaine d'années, et dont il est difficile cependant d'apprécier la portée. A priori, elle est résolue dans le sens de l'affirmative : le globe terrestre évolue suivant les lois d'une sorte de vie propre à tous ces corps énormes qui gravitent dans l'espace ; il a eu son premier âge, puis sa jeunesse ; il a peut-être aujourd'hui sa maturité, il aura sa vieillesse, jusqu'à ce qu'un jour il s'éteigne et promène dans son orbite invariable sa masse glacée, comme le fait aujourd'hui la lune, que les astronomes comparent à un cadavre.

Nous ne pouvons rien sur ces transformations, non plus que sur les lois dont elles sont la traduction ; par bonheur, la vie du globe est d'une ampleur pro. portionnée à la taille de ce vaste corps ; ses âges s'étendent sur des temps qui confondent l'esprit humain ; une seule génération d'hommes ne saurait l'apercevoir vieillir; bien plus, l'humanité, dans ses propres phases de développement, prise en masse et d'une époque à l'autre de son histoire, ne garde pas le souvenir de ces changements, si lents qu'ils sont insensibles à moins d'une longue période, et les savants sont obligés d'en découvrir les traces ensevelies pour refaire l'histoire des âges écoulés de notre planète.

1 II va sans dire que la question n'a pas besoin d'être posée relativement aux époques géologiques. (Voy. l'ius loin § V, Le climat e>i rapport avec la flore et la faune.)

FRANCE (climatologie). 499

C'est donc surtout par déférence pour nos devanciers et pour nous conformer à une sorte d'usage que nous consacrons un court paragraphe à cette question. Elle soulèvera, d'ailleurs, une question subsidiaire intéressante, qui est, par certain côté, du domaine de l'hygiène et de la démographie, et dont la discussion fera paraître moins oiseuse celle de la variabilité du climat français, je veux dire : l'influence que les habitants eux-mêmes sont maîtres d'exercer sur la climatologie d'une contrée.

En 1845, Fuster, peu satisfait du succès à l'Académie des sciences d'un premier mémoire sur cette question, publia un volume des plus savants et écrit avec infiniment de vei've pour forcer le scepticisme de l'Académie, dont de Gasparin s'était fait l'interprète quelque peu railleur. La thèse soutenue était que le climat de la France a changé et change encore. Le professeur de Montpellier accumule les preuves, même sans remonter bien avant dans le passé. La Gaule, au temps de César, avait un climat rude et excessif, remarquablement humide, grâce aux forêts immenses. Elle subissait l'action de vents impétueux et de réputation fâcheuse, le nord-ouest, entre autres [circius de Justin), le melamboreas (mistral). La Lorraine appartenait en entier à la forêt des Ardennes et l'Alsace disparaissait sous l'ombrage réuni de cette même forêt avec la forêt Hercynie ; le tout, entrecoupé de lacs, d'étangs et de marécages. La Bourgogne était un centre du culte druidique. Il y avait en Gaule plus de quarante millions d'hectares de forêts et seulement vingt-quatre millions d'habitants. Un tel pays et un pareil climat se refusaient à la culture de la vigne et de l'olivier.

Les choses changèrent de face après la conquête, lorsque les populations neuves des Gaules furent entrées dans le mouvement du monde romain. Au temps de Strabon et de Pline, cette vieille terre chevelue n'était plus reconnaissable. Le climat de la Leucèce de Julien était plein de charmes ; le poëte Ausone chantait les douceurs et la fécondité de celui de Bordeaux, sa patrie, il est vrai; ce qui peut laisser entrevoir quelque indulgence filiale. Au sixième siècle, le progrès continuait, si l'on en croit le témoignage de Grégoire de Tours.

A partir du dixième siècle, selon Fuster, commence pour notre pays une longue période de dégradation climatique, qui n'est pas encore à son terme. Les principales causes du retour de notre climat vers sa rudesse primitive ont été les vicissitudes éprouvées par la culture et l'entretien du sol et de ses productions naturelles. Ce sont d'abord les invasions normandes, qui font déserter les plaines fertiles, raréfien h population et la poussent vers les lieux agrestes oîi la défense est facile. Puis viennent les croisades. Cette époque, qui a peut-être servi au progrès moral et intellectuel par les frottements de peuple à peuple, a eu pour premier résultat d'enlever au sol français des bras et des propriétaires qui se fussent intéressés à sa fécondité; de développer dans toutes les classes le goût de cette vie errante, accidentée et très-inutile, qui fit le bonheur de tous les soudards du moyen âge, gentilshommes et valets d'armes. Pendant ce temps-là, on cultivait furtivement, le moins possible, et avec quels procédés! Aux seizième et dix-septième siècles, les Français s'entre-tuaient du nord au midi, sous le grand prétexte de réformes et de dissidences religieuses ; ces questions théologiques, qu'il était si important de résoudre (quoique ce soit impossible), h'oublaient l'agriculture au moins autant que l'industrie et ensanglantaient les régions de notre pays les plus heureusement douées d'ailleurs, aimées du soleil et toutes prêtes à produire. Enfin, sous Louis XIV et Louis XV, s'ouvrit l'ère des déboisements aveugles et du défrichement indéfini, que l'on a eu peine à fermer

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de nos jours et dont l'influence climatologique a été si funeste par points et à certains égards.

Le nord-ouest de la France, fait remarquer Fuster, avait encore des vignes au treizième siècle ; on récoltait du raisin à Dieppe en 1200, à Beauvais en 1228, à Gaillon en 1262, à Couches en 1270. Il y avait des vignobles à Louvain, à Liège, à Namur, en 1575. En 1555, les huguenots burent du vin muscat à Lancié, où ce raisin ne mûrit plus. En 1561, dans le Yivarais, il y avait des vi'T^nes à 585 mètres d'altitude, où l'on n'en voit plus aujourd'hui. Les orangers, limoniers, citronniers, portaient des fruits en pleine terre en Languedoc, dans le Roussillon, en Provence; la canne à sucre était domestiquée sous ce climat. Le dix-huitième siècle acheva d'emporter les vendanges de Normandie et de Bretao^ne, décria les vins des environs de Paris (Suresnes, Argenteuil), appauvrit les vignobles du Maine, relégua parmi les produits médiocres les vins d'Anjou, d'Orléans, de Sens, refoula l'olivier au-dessous de Carcassonne, réduisit les palmiers de la Provence à ne produire aucun fruit mangeable, repoussa les orano-ers du Roussillon et du Languedoc pour les confiner au delà de Toulon. L'olivier ne s'arrêtait au nord qu'à Montélimart ; il a rétrogadé de cinq lieues au sud. Plusieurs se sont attaqués avec raison aux arguments de Fuster, lesquels ne sont, en effet, nullement invincibles, bien que la thèse du savant climatologiste soit foncièrement juste. Ch. Martins discute ingénieusement les preuves tirées de l'histoire et relatives à certains crus de vins, fameux autrefois, dédaignés aujourd'hui. Le sujet prête à des considérations multiples, sans aucun doute; les vins sont peut-être soumis aux caprices de la mode et ont, comme les auteurs dramatiques, leurs jours de vogue et les revirements pendant lesquels on les abandonne. Nous n'insisterons pas. L'argument invoqué par Foissac paraît devoir suffire à contre-balancer la valeur des conclusions tirées par Fuster de la disparition des vignes en certaines régions. Si l'on ne cultive plus le raisin dans quelques provinces de France où la vigne existait autrefois, en Bretagne, en Normandie, par exemple, ce pourrait être simplement parce que les produits ont toujours été médiocres et que les agronomes, plus intelligents, plus éclairés, plus sûrs de relations faciles avec des départements bien partagés en viticulture, ont reconnu qu'il y avait mieux à faire chez eux que de produire de mauvais vin, sans valeur vénale ; on cultive la viande là où les prairies prospèrent naturellement ; espérant qu'en échange on trouvera aisément d'excellent vin chez les habitants des contrées où le sol est plus heureusement accidenté, l'atmosphère plus sèche, le soleil plus généreux. Il ne faut pas qu'une contrée limitée cède à la gloriole de se suffire à elle-même ; le bon sens veut qu'on y cultive ce qui peut y atteindre au développement le plus considérable et aux qualités les plus étendues ; il est ridicule de s'obstiner à entretenir une vigne dont le raisin mûrit une année sur quatre ou cinq, dans un terrain où peut se créer une grasse prairie ou naître une riche moisson de céréales. Avec la facilité moderne des échanges, la Normandie peut faire venir du vin de Bordeaux qu'elle paye d'une partie de ses bénéfices dans la production du bétail ; à quoi bon poursuivre sur place l'obtention d'un vin qui ne vaut pas du cidre ?

Foissac n'est pas persuadé que la température d'une région inculte soit plus rigoureuse que celle d'un pays cultivé, alors qu'il semblait à Fuster que les cultures entretiennent l'humidité, diminuent l'évaporation, élèvent la température, favorisent les météores aqueux. Les forêts, pense-t-il, abritent contre les vents, froids ou chauds ; elles donnent de la fraîcheur en été, conservent de la

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chaleur en hiver, et tendent ainsi à équilibrer la température en atténuant les extrêmes. Par elle-même, la destruction des forêts ne lui semble pas une cause suffisamment démontrée d'inondation, non plus que de sécheresse. Il est possible qu'un terrain couvert de végétaux exhale annuellement assez d'eau pour former une couche d'un mètre de profondeur et d'étendue égale à ce terrain même ; mais le phénomène varie-t-il selon que ces végétaux sont grands ou petits ? Les arbres l'influencent-ils plus ou moins que des graminées, qu'un simple gazon ? En supposant que les allures des saisons aient pu être quelque peu modifiées, que les phénomènes météorologiques aient changé de physionomie, il n'est pas dit que la température moyenne ait réellement varié. Ausone, enfant de Bordeaux, a vanté le climat de son pays :

« 0 Patria, insignera Baccho, fluviisque, virisque, Moribus ingeniisque hominum »

En a-t-il observé la météorologie d'une façon suivie, précise, mathématique, et avec quels instruments ? Du reste, Burdigala n'a pas cessé, apparemment, d'être le brillant pays des grands vins, des esprits pétillants, des génies souples et persuasifs; elle a laissé dans notre histoire les Girondins de 1792, après Michel Montaigne et après Montesquieu, que l'on peut nommer ici d'autant plus justement qu'il a agité une des grandes questions de la climatologie: l'influence des climats sur les mœurs politiques des sociétés.

S'il nous est permis de reprendre un moment le côté général de la question, nous rappelons qu'Arago crut prouver que la température moyenne de la Palestine n'a pas varié depuis 50 siècles et se trouve être toujours 21", 5, parce que, aujourd'hui comme au temps des Juifs, la limite au nord de laquelle les dattes ne mûrissent plus et la limite méridionale de la culture de la vigne coïncident sur les bords du Jourdain. C'est un calcul ingénieux, mais probablement illusoire ; ce pays « où coulaient le lait et le miel » n'a même pas d'eau de notre temps ; il est peu vraisemblable que les conditions climatiques d'autrefois n'y aient pas varié, encore que la température moyenne puisse être restée la même.

Dans notre Occident, le régime de la température s'est probablement altéré depuis les temps historiques ; Arago était porté à le croire. En outre des considérations dans lesquels Fuster est entré, Kerner évalue à 100 mètres de hauteur verticale le mouvement de retraite de la végétation forestière sur les Alpes (pins) dans les deux ou trois derniers siècles. Selon Hann {Zeitschrift fur Météorologie von Cari Jellinek, 1867, tome I), les climats se font peut-être excessifs suivant un mouvement lent vers l'ouest, sans que la température totale diminue.

J. Bourlot {Variation des climats dans la région française et recherche de sa cause) rapporte des changements, qu'il expose dans le même sens que Fuster, au phénomène de la précession des équinoxes. En raison de l'oscillation de l'axe du monde, les conditions astronomiques les plus favorables se seraient réalisées pour notre pays vers l'an 1248 de notre ère, tandis que les plus mauvaises auraient existé 1 2 000 ans auparavant ; à cette époque, le l'enne foulait notre sol, des Ardennes à la Méditerranée. Il y a là une base d'argumentation qui échappe à notre compétence.

Jourdanet reprend le raisonnement d'Ârago et n'a pas de peine à expliquer que la vigne et le dattier peuvent parfaitement croître tous deux dans la même contrée, sur des points peu éloignés les uns des autres, mais distincts et d'un niveau différent, ce qui emporte une différence dans les températures moyennes

et peut offrir, par conséquent, à chaque plante les conditions thermiques qui lui conviennent ; il est clair, en effet, que des bouches du Jourdain (400 mètres au-dessous de la Méditerranée), jusqu'à Jérusalem (780 mètres d'altitude), « on passe par des climats qui ne paraissent nullement appartenir à la même contrée. » Mais l'auteur va plus loin ; non-seulement il pense que le climat de n'importe quel point du globe a varié et varie encore, mais il prétend que cette variation s'opère dans le sens d'une augmentation lente et progressive de la température, liée à une augmentation de la pesanteur de l'atmosphère. Pour rester sur le terrain choisi par Arago, il fait remarquer que là où existèrent les villes voluptueuses et corrompues de Sodome et de Gomorrhe, favorisées sans doute par un heureux climat et un sol de large fécondité, on rencontre aujourd'hui un pays des moins séduisants et, en particulier, affligé d'une chaleur étouffante. Quant à nos contrées, il est vrai que Strabon (liv. lY), d'après Arago, « présente la ligne des Cévennes comme la limite septentrionale où le froid arrête les oliviers. Cette limite est aujourd'hui à la même place. «Mais Diodore de Sicile, en parlant des Gaules, insiste souvent sur la solidité des glaces de ses fleuves, que les chariots des équipages traversaient aisément. Les poètes romains parlent de rivières gelées, même dans le sud de l'itahe, comme d'événements qui n'étaient pas fort rares. Théophraste et Pline mentionnent les hêtres qui couvraient la campagne des environs de P»ome. Or la température moyenne sous laquelle ces arbres prospèrent le mieux est celle de 10° ; ce pays, auquel on assigne actuellement la moyenne de 15°, aurait donc rapidement gagné sous ce rapport et dans des limites considérables. Pline parlait aussi du myrte et du laurier de la plaine de Rome, ce qui supposerait une chaleur moyenne de 15"; mais Pline le Jeune, dans sa lettre à Apollinaire, dit que les lauriers y meurent fréquemment. Bref, pour d'autres raisons encore qui nous entraîneraient hors de notre cadre, Jourdanet pense que la chaleur centrale du globe a cessé d'en influencer la surface, mais que celle du soleil tend à s'y accumuler graduellement et que l'atmosphère, en s'alourdissant, tend à la retenir et à la concentrer sous nos pieds.

Il n'y a pas lieu d'insister sur ces vues dans lesquelles la théorie tient une si grande place. On est aujourd'hui calmé et fixé sur cette question. Ceux qui ont aflirmé les variations du climat de la France avaient raison, avant d'aller plus loin, et plus peut-être qu'ils ne le supposaient ; c'est un principe beaucoup moins contestable que les faits invoqués à l'appui. Elisée Reclus a nettement formulé cette loi, dont l'idée ne saurait se séparer de l'histoire du monde. Elle est dans le titre même de son livre : La Terre. Description des phénomènes de la vie du globe. « On ne saurait douter, dit-il, que les climats ne se modifient incessamment, » puisque les phénomènes physiques, desquels dépend en partie l'inégale répartition de la température, ne cessent de changer eux-mêmes. Les montagnes surgissent ou s'effondrent, les fleuves changent de cours, les continents s'abaissent ou se soulèvent, des îles apparaissent ou s'engouffrent; 'homme même travaille et modifie le globe ; comment la météorologie et le climat, qui tiennent de si près à la configuration du sol, ne se moditieraient-ils pas? Nous avons, en France, des fleuves qui amènent, des montagnes où ils sont nés, des alluvions qui obstruent leur propre embouchure et, de siècle en siècle, gagnent du terrain sur la mer et élargissent la marge du continent. Ce travail lent, mais sûr, s'observe sur le littoral français du golfe du Lion et se reconnaît aux changements de configuration dans la foi'me des étangs qui caractérisent

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cette portion du territoire. Évidemment, il y a eu un temps où les conditions climatiques de ce sol nouveau n'étaient pas ce qu'elles sont aujourd'hui ; Astruc a fait remarquer que les villes des hauteurs ont presque toutes des noms celtiques, tandis que celles du bord de la mer sont désignées, sans exception, par des mots latins ou grecs. « IN'est-ce pas là, dit El. Reclus, une preuve que les campagnes riveraines de la Méditerranée n'ont commencé d'être habitables qu'à une époque relativement récente? » Aujourd'hui encore, le travail de l'homme est maître de rendre plus ou moins salubres les bords des étangs de Thau, de Vie, de Mauguio. Sans doute, il s'agit surtout ici de conditions hydro-telluriques ; mais ces conditions s'allient au mieux avec les intluences climatiques, n'agissent quelquefois que par la prédominance de celles-ci. En s'emparant des premières et en les modelant suivant ses besoins, l'homme atteint positivement jusqu'aux secondes, règle la façon dont elles peuvent impressionner son économie et les moditîe jusque dans leur essence purement physique.

Fonssagrives a déjà noté (article Climat) que le drainage du sol, tel qu'il est pratiqué en Angleterre, par exemple, agit dans le sens de l'élévation de la température des vallées humides et brumeuses, et que les grandes agglomérations humaines assurent aux villes un degré thermique constamment supérieur à celui des campagnes environnantes.

Influence du déboisement. Une des modifications qui sont le plus au pouvoir de l'homme, vis-à-vis du sol et, par suite, du climat local, c'est l'entretien ou la destruction des grands arbres et des forêts sur une étendue plus ou moins vaste. Le déboisement, en ce qui concerne la France, est aussi la circonstance le plus souvent mise en cause, toutes les fois que s'est agitée la question de la variabilité de notre climat ; cet objet se rattache doue directement au point où nous sommes arrivé de ce travail.

On ne s'attend pas à ce que l'influence des arbres et des forêts soit reprise ici au point de vue général, que tous les hygiénistes ont abordé (Boudin, Michel Lévy, Chevreul, Jeannel, Marvaud, Fonssagrives, etc.) ; sans être parvenus, d'ailleurs, à donner une formule inflexible. Nous chercherons à rester dans une étude absolument topique.

11 est avéré que, de 1791 à 1852, l'on a détruit en France 485 000 hectares de forêts (Chevandier). Avant de savoir ce que cette manie de déboisement a pu produire quant au régime des pluies, à l'humidité de l'atmosphère, aux inondations et surtout quant à la résistance du sol vis-à-vis des puissances météoriques, on peut accorder, avec la plupart des savants qui se sont arrêtés à cette circonstance, que la destruction des arbres et même des broussailles à végétation spontanée a été meurtrière pour les pays montagneux dont les habitants ont eu l'imprudence d'attaquer par cupidité, ou de laisser s'amoindrir par négligence CL'tte protection contre la fougue des éléments. A ces hauteurs et vis-à-vis de forces aveugles qu'il faut tourner, diviser, et ne jamais heurter de front, rien n'est indifférent ; non-seulement, les troncs pressés des arbres déjà volumineux, mais encore de très-petits arbustes, les rhododendrons, les myrtilles, les bruyères et jusqu'aux herbes les plus humbles, peuvent contribuer à retenir la neige, par fixation sur place d'abord, puis en fragmentant les masses de glissement et les empêchant d'acquérir, dans la descente, un volume redoutable. Les petits agissent par le nombre et c'est ainsi que des brins d'herbe peuvent prévenir ou retarder les avalanches les plus dangereuses [areins), rendre inoffensives les avalanches normales [lavanges et chaUanches).\]ne montagne qui s'élève axi

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sud du village pyrénéen d'Aragnonet ayant été partiellement déboisée, une avalanche s'abattit du haut d'un plateau, en 1846, et rasa plus de 15 000 sapins. En Suisse et, en France, à Barèges, on dirige contre les avalanches des remparts armés de forts éperons, derrière lesquels on a planté de jeunes arbres ; quand les arbres seront grands et serrés, on n'aura plus besoin de rempart.

Les bois protecteurs dans les Pyrénées, la Suisse, le Tyrol, étaient autrefois sous la sauvegarde d'une sorte de religion, de ban national, « taboues )> pour ainsi dire {Bédats, dans les Pyrénées; Bannwaelder, dans les Alpes). Au val d'Andermatt (Saint-Gothard), la peine de mort était prononcée contre tout individu coupable d'avoir attenté à la vie d'un arbre qui protégeait les habitations.

Les habitants de nos départements des Hautes-Alpes et des Basses-Alpes sont accusés de n'avoir pas compris cette importance vitale de la végétation des hauteurs. Dans les montagnes du Dauphiné et de la Provence, les pentes aujourd'hui si nues étaient autrefois recouvertes d'arbres et de plantes qui relardaient les eaux superficielles provenant de la pluie ou de la fonte des neiges, absorbaient une grande partie de l'humidité et retenaient la couche de terre végétale sur les assises friables du rocher. Les arbres ont été coupés par des spéculateurs avides et par des agriculteurs insensés, qui voulaient ajouter quelques parcelles aux champs de la vallée et aux pâturages des sommets. En détruisant la forêt, ils ont détruit le territoire lui-même. La population de la contrée diminue rapidement et, à la fin de chaque automne, reflue vers les villes de la plaine. Le département des Basses-Alpes est le moins peuplé de France : 20 habitants par kilomètre carré, et celui où la vie moyenne est la plus courte (El. Reclus, Bertillon). Celui des Hautes-Alpes, quoique plus élevé, est proportionnellement un peu plus peuplé, grâce à une meilleure conservation de ses bois et de ses pâturages.

Les monts de la Maurienne tiennent le milieu entre les beaux sommets de la Suisse, aux pentes vertes de pâturages et de forêts, et les cimes pelées des Basses- Alpes. Dans quelques-unes de leurs vallées, il reste des lambeaux de forêts ; mais les arbres se protègent les uns les autres ; plus ils se raréfient, plus les survivants ont peine à se défendre contre le froid et les neiges. Par suite du déboisement, la limite supérieure de toute la végétation a graduellement baissé. Peutêtre aussi, selon Hudry-Ménos {La Savoie depuis V annexion), y a-t-il eu réellement, de siècle en siècle, une diminution de la température locale qui a rapproché de la plaine le niveau supérieur des sapinières, sur les pentes septentrionales, et des mélèzes sur le versant qui regarde l'Italie.

On a attribué au déboisement des montagnes la fréquence des inondations en France et particulièrement les débordements du Rhône et de la Loire en 1856. Le boisement régulariserait le débit fluvial par les couches de feuilles mortes, qui font en quelque sorte l'office d'épongés, et par le chevelu des racines; il empêche en d'autres termes le glissement des eaux {Voy. H. Rey, art. Marais, in Nouv. Dictionn. de méd. et de chir. pratiq., t. XXI, p. 619). L'homme sait encore, à de grandes hauteurs, tirer parti de la plus mince couche de terre si les neiges, les pluies, les torrents, ne l'emportent pas. Le plus haut village de la Maurienne, à 1798 mètres, s'appelle Bonneval, par gratitude à l'égard des terres qu'arrose le torrent d'Arc ; on y sème l'orge et le seigle, en juillet, et les habitants en attendent stoïquement la maturité, qui a lieu quatorze mois plus tard.

Marié Davy fait observer que les arbres à feuilles caduques n'enlèvent rien au sol pendant l'hiver et y laissent arriver toute l'eau des pluies ; en été, ils retardent sans doute l'évaporation par le sol, mais ils empêchent aussi la pluie

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d'y arriver intégralement, en l'évaporant eux-mêmes. « La seule utilité réelle du reboisement par les essences à feuilles caduques est donc de faire obstacle au ravinement des terres et de rendre productifs des terrains qui ne le sont pas. » C'est bien quelque chose, encore que l'état boisé puisse être indifférent à la crue des fleuves. Mais cette indifférence n'existe probablement pas; le savant météorologiste reconnaît que les arbres résineux, à feuilles ■persistantes, peuvent avoir une influence réelle pour prévenir les inondations ; or, les arbres des montagnes sont assez communément des essences toujours vertes.

Il est constant « que le débit moyen des sources en pays cultivés diminue à mesure que la culture fait de nouveaux progrès ; aussi voit-on, depuis une trentaine d'années, des ruisseaux disparaître dans l'Eure par l'effet des défrichements et de la suppression de la jachère dans un pays depuis longtemps déboisé » [Ann. de Montsouris, 1877). Cela ne prouve pas, au contraire, que les forêts ne retenaient pas aussi l'eau quand elles existaient. Depuis que l'on plante l'eucalyptus dans les terrains marécageux, n'a-t-on pas reconnu que cet arbre « boit le marais? »

Il y a autre chose à considérer que l'action des feuilles et des feuilles tenant à l'arbre. M. Surell {Études sur les torrents des Hautes-Alpes) a montré que l'immense dévastation causée par les torrents dans les Alpes françaises tient à deux causes : le déboisement et la destruction de toute végétation herbeuse par l'abus du pâturage. Sans doute que les arbres et même les herbes retardaient par une action mécanique la fonte des neiges *.

Ailleurs que dans les montagnes, le déboisement n'a peut-être pas la même funeste influence sur les crues des rivières ; il n'en aurait même aucune, d'après les observations de M. Belgrand sur deux rivières torrentielles, le Cousin, dont le bassin est boisé au tiers, et le Ru de la Grenetière, dont le bassin est entièrement boisé, lesquelles ont fourni des résultats identiques. Cependant, Lacassagne {Précis d'hygiène privée et sociale, Pai'is, 1875) pense que les déboisements augmentent la sécheresse d'un pays : « M. Mathieu, sous-directeur de l'Ecole forestière de Nancy, estime que la quantité de pluie qui tombe dans une région boisée, est de 6 pour 100 supérieure à celle qui tombe dans une région dénudée. » Voilà un autre élément dans le problème : l'attraction des nuages, la précipitation des vapeurs, par les grands arbres. M. Masure, observant dans le Loiret, constate que les forêts achèvent de résoudre en pluie les nuages que les vents de sud-ouest fout passer au-dessus d'elles ; c'est à l'est des forêts que se trouve la bande de précipitation minimum.

Mais la question des rapports du déboisement avec la température d'une localité donnée n'en subsiste pas moins. Il est probable qu'on ne saurait la résoudre par une formule unique et générale et qu'il faut varier l'appréciation de cette influence selon les zones climatiques, selon la météorologie des lieux, la configuration du sol, peut-être selon les essences forestières; en dernier ressort, sans influencer au fond la température moyenne d'une contrée, la présence ou l'absence de forêts pourrait simplement égaliser le climat ou le rendre excessif. Michel Lévy déclare que les forêts refroidissent l'atmosphère : 1" en protégeant la terre contre les rayons du soleil ; 2° en évaporant de l'eau ; o" en

* Les habitants du pays commencent à se repentir de leur imprudence, et à tenter de la réparer : de 1861 à 1870, il a été reboisé 95 000 hectares de terrain dans les .^Ipes françaises, En Vaucluse et dans les Basses-Alpes, on a trouvé le moyen d'amener les habitants à reconstituer la protection de leur sol dans l'avenir, par la séduction d'un bénéfice immédiat ; on leur a enseigné à reboiser avec les chênes truf fiers.

multipliant par les feuilles les surfaces de rayonnement. Néanmoins, quelques lignes plus bas, il constate avec Cli. Bœrsc (de Strasbourgh) « que le déboisement considérable de l'Alsace a eu pour résultat d'imprimer aux saisons de fréquentes irrégularités, de rendre la vallée du Rbin plus accessible au vont du nord, qui est humide et glacial, d'agrandir en un mot l'échelle des variations thermométriqufts. » Rien qui prouve que la température moyenne annuelle du pays ait positivement changé.

Pour résumer cette discussion, on peut admettre la formule suivante. Le climat de la France est nécessairement modifiable et se modifie en effet ; il est probable que ces variations portent sur le régime de la température et des pluies, mais rien ne prouve que la température moyenne d'aucune zone du territoire ait positivement varié dans les temps historiques ; surtout, il est actuellement impossible de déterminer dans quelles limites ces inflexions ont pu s'opérer.

§ V. Le climat français mis en évidence par le monde vivant. Ce paragraphe se divise naturellement en trois sections, à savoir : 1° les rapports du cHmat français avec le règne végétal ; 2" ses relations avec la faune ; 5° son influence sur l'homme. L'étude des deux premières est une préparation utile, sinon indispensable, à la discussion de la troisième, qui s'éclaire des faits acquis sur un terrain analogue, mais en dehors du règne humain. Cette troisième section se subdivise nécessairement, dans un travail médical, en deux ordres de considérations : d'une part les influences qui modifient la physiologie, ou si l'on veut les aspects de l'homme sain ; de l'autre, les influences qui se traduisent par des maladies ou donnent à la pathologie un caractère spécial. Nous n'insistons pas, puisqu'il s'agit là des divisions naturelles de la climatologie générale elle-même. A. La végétation en rapport avec les climats français. Malgré nos efforts pour éviter les thèses générales, nous y sommes ramené à chaque page de cet article. Il faut bien, cependant, que nous rappelions ici les limites dans lesquelles la végétation peut servir à caractériser un climat et les modes divers suivant lesquels on peut y chercher une expression climatique. Les conditions propres à la France, sous ce rapport, méiitent que l'on s'y arrête.

Les plantes peuvent caractériser un climat par la présence de certaines espèces, spontanées ou même cultivées; quelquefois, négativement, par l'absence de certaines autres. Mais ces caractères, de l'aveu des botanistes comme des climatologistes, ne sont pas d'une réalisation fréquente, ni rigoureuse. Ils peuvent servir à différencier entre elles de grandes zones climatiques ; mais on les retrouve malaisément lorsqu'il faut spécialiser les flores partielles dans un pays de médiocre étendue relative. Nous différencions le climat de la France de celui de l'Afrique par la présence des chênes, des hêtres, des bouleaux, et par l'absence de palmiers; remarquons toutefois que ces caractères sont ceux du climat européen, tout autant que du climat français ; mais combien le travail ne devient-il pas plus délicat, si nous essayons de tracer les démarcations botaniques entre les climats vosgien, séquanien, rhodanien, etc. . Et si, d'une autre façon, étant donnée la flore du pays dans son ensemble, on cherche à la distinguer de la flore des pays continentaux voisins, ou à la répartir elle-même en flores locales, en flores de climats partiels, quel labeur n'entreprend-on pas et à quelles illusions ne s'expose-t-on point! Serait-on parvenu à découvrir quelques grands traits généraux, il faudrait encore étabhr que l'existence, ou simplement la prédominance, de tels végétaux dans telle région relève du climat exclusivement ou plus que de toute autre circonstance,

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comme la constitution du sol, les habitudes même des populations, les importations botaniques voulues ou accidentelles. Nous avons, en divers points de nos côtes, des plantes marines que l'on ne revoit pas d'ordinaire dans l'intérieur; ce n'est pas le climat marin qui est la condition de leur présence, mais l'accès d'une façon quelconque de l'eau salée ; on trouve de ces mêmes plantes dans les prairies de la vallée de la Seille, où le sel gemme aflleure à la surface du sol en maints endroits. Sans compter qu'il est des plantes qui s'accommodent à peu près de tous les climats et qu'on trouve partout [Leontodon taraxacum, Capsella bursa-pastoi^is, Thymus serpyllum), on doit reconnaître que, pour la grande majorité de nos plantes indigènes, les conditions climatiques, dans les étroites limites de variations qu'offre l'étendue de notre territoire, sont presque indifférentes. Les végétaux caractéristiques? on les cherche vraiment.

Il est une autre manière d'utiliser en ceci la botanique, c'est de comparer, d'une localité à une autre, dans l'espace restreint d'une même contrée comme la France, « les particularités de la végétation de la même plante spontanée ou cultivée » (Fonssagrives). Ce moyen peut être « excellent » ; malheureusement, il nous semble avoir été jusqu'ici d'une application peu généralisée et surtout peu méthodique ; dans tous les cas, il aura besoin de comprendre des observations portant sur une série d'années avant de s'être acquis des titres sérieux à la confiance des climatologistes.

Il y a, sans doute, les plantes cultivées, qui révèlent certainement des circonstances climatiques spéciales dans les territoires où leur culture respective réussit; on ne les cultiverait pas si le climat était un antagoniste inflexible, réservant au cultivateur des pertes plutôt que des profits. Nous utiliserons, pour notre sujet, la répartition des cultures en France. Mais, ici encore, on se heurte à un écueil. Les végétaux, que l'on peut dire au pouvoir de l'homme, le sont précisément en raison de hautes aptitudes à l'acclimatement universel, qui troublent beaucoup les conclusions que l'on pourrait tirer de leur prospérité sur des points particuliers. L'homme, du reste, les entoure de tous les artifices de son industrie, les protège de toutes façons, leur choisit intelligemment le sol, le prépare et le modifie au besoin. L'absence de tel ou tel de ces végétaux dans un territoire est loin de prouver que le climat du lieu lui soit antipathique. Peut-être, en dernière analyse, dépend-elle simplement de ce fait qu'il y a plus à gagner à cultiver autre chose.

Nous avons déjà, précédemment, fait valoir cette considération. Il est encore des surprises d'un autre genre contre lesquelles il importe de se mettre en garde. Le sol français a été foulé par bien des peuples et visité par bien des civilisations successives; je ne sais combien d'efforts variés de la culture le tourmentent depuis un temps immémorial. Ce n'est pas une terre vierge ou récemment connue, qui puisse oftrir à l'observateur ses productions naturelles, telles que la climatologie spéciale du lieu les provoque et les entretient. La plupart des plantes utiles ne peuvent plus guère nous renseigner sur les propriétés spécifiques du climat. L'homme a justement insisté sur la culture de celles qui sont douées d'une extrême malléabilité en matière d'acclimatement. Le blé, par exemple, possède cette malléabilité à un point tel qu'il s'est étendu jusqu'à des latitudes très-élevées et qu'il est presque impossible aujourd'hui d'en retrouver le berceau. De nos jours, du reste, des plantes sont transportées d'un lieu à un autre, des graines semées loin des parages où elles ont mûri, à la faveur des hasards infinis du mouvement humain, des déplacements rapides et variés, que

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l'industrie et le commerce modernes suscitent et que le perfectionnement des moyens de locomotion favorise. Au grand étonnement des botanistes, ces transplantations réussissent souvent et d'une façon très-inattendue ; des graines ou des plantes exotiques s'emparent du sol français avec une vigueur et une expansion vitale que l'on n'eût pas soupçonnées. C'est ainsi que M. A. Giard [Bulletin scientifique, historique et littéraire du nord de la France, 1873 et 1875) signale la dispersion, dans les cours d'eau du département du Nord, de deux plantes de la famille des Hydrocliaridées, Elodea Canadensis et Stratiotes aloïdes, foncièrement étrangères au pays et qui, néanmoins, à l'heure qu'il est, opèrent une véritable invasion et conquièrent le terrain sur les plantes palustres indigènes. Le même savant soupçonne que les Centaurea solstitialis , Amni majus, Barkhausia setosa, plantes du midi, sont fréquemment apportées dans le nord avec les graines de luzerne. La guerre de 1870 a introduit chez nous certaines plantes étrangères; peut-être des plantes méridionales sont-elles arrivées jadis dans le nord à la suite des armées d'Espagne. D'autres fois, les botanistes eux-mêmes, après avoir exploré des contrées lointaines, rapportent précieusement des graines ou des pieds de plantes exotiques; on cultive avec des soins infinis le végétal nouveau venu, dans une serre ou dans un jardin botanique, jus(|u'à ce qu'un jour il s'échappe dans la campagne et va prendre possession du sol, où il prospère parfois d'une façon malheureuse. A Montpellier, le Jussiœa grandiftora, plante originaire d'Amérique, a conquis depuis longtemps son droit de cité^.

C'est alors qu'avec une observation attentive on parvient à saisir dans les mœurs des plantes quelques traits de leur physionomie étrangère et que l'on s'aperçoit que le climat sous lequel on les trouve pour le moment n'est point le leur ; qu'elles se sont acclimatées peut-être, mais sans s'approprier absolument le climat nouveau. D'ordinaire il leur manque une de leurs fonctions et souvent la plus importante; elles ne fleurissent pas ou, tout au moins, ne portent pas de graines. Le Stratiotes et V Elodea du nord sont stériles; le Jussiœa grandiflora donne des fleurs à Montpellier, mais pas de graines ; il se reproduit par drageons. Les Centaurea solstitialis, Amni majus, Barkhausia setosa, fleurissent plus ou moins bien chez nous, suivant que l'été est plus ou moins chaud, mais produisent des ovules qui, le plus souvent, ne peuvent arriver à maturité (A. Giard).

Les céréales se plient tellement bien aux climats où la culture les implante qu'elles modifient leur modalité vitale selon les exigences du climat qui leur est imposé. L'orge d'Alten (Norvège) n'est plus l'orge de France; M. Tisserand sème la première à Yincennes le 7 avril et obtient la récolte le 18 juin, en avance de 37 jours sur l'orge de France; réciproquement, le professeur Scliùbeler (de Christiania) constate que des semences tirées du 40^ au 50^ degré de latitude arrivent à maturité en Norvège beaucoup plus tard que les plantes norvégiennes. Mais ces différences disparaissent à la quatrième ou cinquième génération ; l'acclimatement de la plante est fait.

Quelques plantes cultivées dans notre pays sont de celles dont l'homme doit recueillir et conserver les graines pendant l'hiver, pour ne les confier à la terre qu'à la saison favorable, sans quoi elles cesseraient de se reproduire; le maïs, par exemple, et plusieurs légumineuses (pois, lentilles, haricots), qui gèleraient

* En 1860, les botanistes cultivaient soigneusement dans les serres de Hambourg VAnacharsis alsinastnnn du Canada ; dix ans après, celte espèce était devenue la « peste des eaux ï dans toutes les rivières du nord de la Prusse (El. Reclus : La Terre).

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si on les abandonnait à la reproduction spontanée. Le maïs, fait remarquer Aug. Pyr. de CandoUe {Physiologie végétale, tome III), se cultive en grand dans des pays où chaque année l'hiver le tuerait à l'état sauvage. Mais l'homme s'en mêle et infléchit à son profit les lois naturelles.

Le marronnier d'Inde est répandu par toute la France et y donne des fruits, grâce à une prodigieuse aptitude d'acclimatation. C'est un arbre originaire des pays méridionaux, il est parvenu jusqu'en Suède. VAukuba et le Pœonia montan partagent cette flexibilité vitale; après avoir été cultivées en serre, ces plantes ont passé dans l'orangerie et sont aujourd'hui en pleine terre.

Le régime de la température, du reste, explique des faits qui paraîtraient surprenants si l'on ne songeait qu'aux moyennes thermiques annuelles et saisonnières, ou même aux chiffres bruts des maxima et des minima. Pourquoi les sommités de l'ailante ont-elles gelé à 20° (au-dessous de zéro) à Berlin, et seulement à 25° à Tubingue (A. P. de Candolle) ? Comment VAsi77iina triloha gèlet-elle à Carlsberg à 5° ou 1° et reste-t-elle intacte à Berlin, par la même température? 11 y a là, probablement, une raison de refroidissement plus ou moins progressif dans une localité que dans l'autre. C'est une considération qui devra souvent se représenter vis-à-vis défaits analogues d'observation sous notre climat. \° Végétation spontanée. La France possède plus de 6000 espèces botaniques on 140 familles (Grenier et Godron : Flore de France, 1848-1856). L'immense majorité de ces végétaux se retrouve dans le reste de l'Europe et, à cet égard, on ne peut définir l'influence botanique du climat français autrement que par les espèces données comme caractéristiques du climat européen lui-même. A cet égard, Michel Lévy applique à la France la division en régions indiquée par Schouw, basée sur la nature des essences forestières et qui ne correspond pas précisément à la répartition climatique que nous avons adoptée ; c'est la suivante : 1° région des arbres à feuillage toujours vert; 2" région du châtaignier et du chêne ; 5° celle du chêne et du hêtre ; 4° celle du pin et du bouleau. Les ormeaux et les hêtres caractérisent la haute végétation en France (El. Reclus). Le professeur Griesbach comprend la France, sauf la bande méditerranéenne, dans la « zone forestière asiatique-européenne, » qui s'étend de la France, à travers la Russie, jusqu'au fleuve Amour. Cette zone, plus froide à l'est qu''à l'ouest, parce qu'elle y est plus continentale, s'arrête au nord sur la ligne où cesse la végétation arborescente, en raison de la brièveté de la période annuelle de végétation ; au sud, elle est bornée par des steppes, des déserts ou des montagnes (les Alpes, les Pyrénées, en ce qui nous concerne). Elle se subdivise en 7 zones particulières : celles des arbres toujours verts, des châtaigniers, de l'orge, du froment, de la vigne, etc., indépendamment du climat des hauteurs. La France méridionale se rattache à la région méditerranéenne et en présente la flore, laquelle possède quelques caractères de la flore des tropiques^et, en particulier, la prépondérance des arbres à feuilles étalées, toujours verts (A. Griesbach : Die Végétation der Erde, Leipzig, 1872). Au point de vue forestier, M. Martin, sous-directeur à l'Ecole forestière, admet quatre grandes zones climatériques ; 1° la région méditerranéenne ou chaude, du niveau de la mer à 600 mètres; 2° la région moyenne ou tempérée, de 600 à 1000 mètres; 0° l'alpestre ou froide, de 1000 à 1800 mètres; ï° l'alpine ou très-froide, de 1800 à 5000 mètres.

Le climat de la première zone, caractérises dans le bassin de la Méditerranée par l'olivier (qui atteint 600 mètres d'altitude), est l'habitat naturel

des pins d'Alep, pinier et maritime, des chênes verts, yeuse, liège et kermès.

Le climat tempéré est par excellence celui des chênes (rouvre et pédoncule) ; le châtaignier, les peupliers, le frêne, l'orme et l'érable plane y abondent ; dans les parties élevées paraissent le pin sylvestre, le hêtre et rarement le sapin.

Le climat dit alpestre n'est point propice aux massifs feuillus; ses massifs principaux sont fournis par les résineux, le pin à crochets, le sapin, l'épicéa, le mélèze. Enfin, le climat dit alpin se caractérise par l'absence complète de ces massifs ieuillus, qu'on trouve encore quelquefois dans les zones alpestres; ou ne voit plus d'autres essences que le mélèze et le pin cembro ; on les trouve jusqu'à une hauteur de 3000 mètres au-dessus du niveau de la mer dans les Alpes françaises.

Cet ordre de succession, qui tient au climat général, se modifie localement et en raison de la topographie particulière de la région, de la nature des vents dominants, de l'exposilion (Journal le Temps, 25 février 1879).

Il y a deux des climats partiels français dont les propriétés se dessinent d'une façon assez marquée par la végétation ; c'est le climat méditerranéen et le climat de montagnes. Les autres ont les traits moins saillants et sont plus difficiles à distinguer entre eux.

Rien d'étonnant à ce que le climat méditerranéen tranche d'une façon si formelle sur la physionomie de l'ensemble. La bande territoriale étroite à laquelle nous l'attribuons, ressemble à l'autre bord de la mer intérieure ; elle est africaine, à bien des égards, surtout dans sa partie orientale où les saillies accidentées du rivage ajoutent un trait de plus aux caractères communs. On dirait que le grand golfe qui commence à Gibraltar s'est formé un jour par irruption dans une terre où les productions naturelles vivaient de la même vie ; au nord et au sud, il est resté une bande terrestre et ces deux portions, séparées par les eaux, ont gardé quand même les marques de l'unité primitive. La flore de la Provence et celle du Tell algérien confinent l'une à l'autre et leurs aspects communs, si frappants, constituent pour la première des caractères distinctifs de premier ordre dans la flore française. Les Alpes provençales rappellent les roches arides de l'Arabie Pétrée et du Sahara ; elles n'ont de végétation que les taches de broussailles roussàtres, appelées par les Italiens macchie (maquis).

Dans un récent travail, Ch. Marlins rapproche sous un même point de vue un certain nombre de végétaux qui lui semblent les derniers représentants européens d'espèces appartenant désormais à la paléontologie végétale pour nos contrées dont ils proviennent, directement ou par des transformations dont les lois sont connues. Ces végétaux persistent à l'état spontané sur cette étroite zonedenotre Midi (Perpignan, Montpellier, Collioure, Marseille, Nice, etc.), à la faveur de conditions climatiques, d'une température surtout, qui conservent à ces espèces un souvenir assez approché de la météorologie des époques tertiaire et quaternaire, dont les formations géologiques représentent les fossiles de leurs ancêtres. Ces espèces, absolument méditerranéennes, sont exotiques pour le reste de la France et ont, en réalité, leurs congénères en Afrique, en .isie ou dans le nouveau monde. Nous pouvons y voir aussi la transition de l'Afrique à l'Europe et l'un des traits curieux de ce littoral méditerranéen, qui font ressembler si fort, à tous égards, la rive septentrionale à la rive africaine, Marseille à Alger.

Ces plantes ont pour caractère particulier d'être plus sensibles au froid que celles de notre flore propre, de geler jusqu'auxi'acines dans les hivers rigoureux, d'être par là fort compromises dans leur existence comme espèces, au point que

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quelqu'une de celles-ci disparait parfois sous cette influence. L'auteur donne comme types, et à bon droit, les végétaux suivants, rangés dans l'ordre de leur impressionnabilité par le froid :

Caroubier, Ceratonia siliqua,

* Euphorbe en arbre, Euphorbia dendroïdes. Charme d'Italie, Ostrya carpinifoUa, Laurier rose, Neriiim oleander, Palmier nain, Chamcerops humilis.

Myrte commun, Myrtus communis,

^ Anthyllide barbe de Jupiter, Anthyllis barba Jovis , Laurier d'Apollon, Laurus nobilis,

* Anagyre fétide, Anagyris fœtida.

Grenadier, Piinica yranatum, Olivier cultivé, Olea Eiiropœa, Figuier commun, Ficus carica, Redoul, Coriaria myrtifolia, Salsepareille d'Europe, Smilax aspera.

Pistachier lentisque, Pistacia lentiscus.

Laurier-tin, Viburnum Tinus,

Chêne vert, Qiiercus ilex,

* Ciste de Montpellier, Cistus Monspeliensis, Vigne cultivée, Yilisvinifera.

Le caroubier est la seule espèce européenne de la tribu des Cassiées ; toutes les autres sont intertropicales. Le palmier nain est le seul palmier d'Europe ; il a, du reste, disparu de France dans l'époque moderne : le dernier chamœrops de pleine terre est mort en 1841 à Beaulieu, près de Nice, de froid probablement, et de l'indiscrétion des botanistes. Le laurier-rose est la seule plante européenne de la tribu des Echiteœ (famille des Apocynées) ; les autres sont asiatiques ou africaines. Le myrte, seul survivant de douze espèces européennes, aujourd'hui fossiles, se rattache à une grande famille exotique, surtout américaine.

La même réflexion s'applique au grenadier, au laurier d'Apollon. L'olivier est la seule espèce européenne des 54 du genre Olea ; toutes les autres appartiennent à l'Asie et à l'Afrique tropicales. Nous n'avons que le Ficus carica sui' 600 espèces de figuiers réparties dans les quatre parties du monde ; que le seul Smilax aspera sur 200 espèces répandues depuis l'équateur jusqu'au Canada ; que le seul redoul, parmi les 5 espèces de Coriaria, dont les autres sont dispersées dans l'Himalaya, au Japon, dans la Nouvelle-Zélande, l'Amérique du Sud. Le chêne vert appartient à un genre qui est exotique puisqu'il se compose de 281 espèces dont 7 seulement se trouvent dans l'Europe moyenne. La vigne est la seule espèce du genre vitis qui existe en Europe, où les trois autres genres des Ampélidées n'ont point de représentants. Le Viburnum tinus est le premier exemple d'un arbrisseau délicat du midi de la France qui n'appartienne ni à un genre, ni à une famille exotique. Les quatre espèces qui n'ont pas encore été trouvées à l'état fossile se joignent néanmoins aux précédentes par des caractères analogues. U Euphorbia dendroïdes, qui a le port d'une euphorbe exotique, se rattache au groupe des euphorbes arborescentes des Canaries, des

1 Cette espèce n'a pas encore élé constatée à l'état fossile.

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Açores et des îles du Cap Vert ; VAnagyris fœtida est la seule légumineuse du groupe des Podalyriées qui soit spontanée en Europe. VAnthyllis barba Jovis et le Cistus Monspeliensis sont bien des plantes méditerranéennes et ne rappelant point une origine étrangère; le Cistus est commun dans toute cette région et VAntliyllis rare, mais tous deux gèlent dans les grands hivers ; il y a donc lieu de rechercher néanmoins des caractères exotiques.

Ch. Martins fait une réOexion d'une certaine portée climatologique, au sujet de la floraison de quelques-unes des ces plantes. UAnagyris fœtida perd ses feuilles en juin ; celles-ci commencent à repousser en octobre, la plante fleurit en janvier ou février et mûrit ses fruits en septembre. Le laurier-tin fait de même. Ne voit-on pas là les mœurs d'une plante qui a les habitudes de Vhivernage et du renouveau des terres tropicales ? La plante fleurit en hiver malgré le froid, sous l'impulsion de la modalité propre de son existence. A Nice, le froid n'est pas assez vif pour empêcher la floraison de nombreux arbres et arbustes également exotiques et qui continuent les allures de leur patrie : Acacia de la Nouvelle-Hollande, Eucalyptus, Dryandra, Grevillea, Hackea, Abutilon, Habrotamnus, Fuchsia, Pimelea, etc. D'où la profusion de fleurs à Nice, en hiver.

Aux végétaux qui caractérisent ainsi le climat méditerranéen, on peut en joindre quelques autres qui habitent une zone plus septentrionale, mais avec cet état précaire d'existence que les précédents présentent eux-mêmes par rapport à notre littoral du Midi. Ainsi, l'arbre de Judée {Cercis siliquastrum] vit à Paris et dans d'autres lieux du même climat ; mais sa vraie patrie est le midi de la France, aux environs de Montélimart, de Montpellier, de Narbonne, le midi du Tyrol, les bords du Tibre. Dans ces régions, il ne gèle jamais, tandis qu'un certain nombre de pieds ont péri à Paris, dans l'hiver de 1870. Le cercis siliquaslrum est donc exotique à Paris par rapport au midi de la France, où il est indigène. Le châtaignier [Castaneavesca) est également indigène dans la région méditerranéenne, où il forme des forêts. Sa limite septentrionale se trouve en Alsace et en Belgique ; dans l'Amérique du Nord, au iô" degré de latitude. Plus au nord, il ne réussit plus, tandis que dans la France méditerranéenne il ue souffre jamais du froid : les marrons de la Garde-Freinet, dans le Var, sont les plus gros et les meilleurs de France. Il y a quelques raisons de supposer que les celtis, les ormes, le noyer, certains chênes, le hêtre, sensibles au froid dans les latitudes moyennes de l'Europe, ont cette même origine paléontologique, qui équivaut à une origine exotique (Gh. Martins). La terre de France telle qu'elle était à l'époque miocène n'est-elle pas vraiment exotique, un climat intertropical, relativement à la France d'aujourd'hui ?

Ges derniers faits montrent combien les transitions sont délicates à saisir, dans la géographie botanique, lorsque l'on ne vas pas au delà des distinctions possibles des climats partiels d'une même contrée entre eux. La difficulté, dans nos climats variables, se complique encore du peu de rigueur des moyennes et des inégalités climatiques d'une année à l'autre. Telle plante peut passer longtemps pour apte à vivre dans un pays, parce que le degré thermique qui la tue ne s'est pas réalisé. Un jour, cette réalisation a lieu et la plante trahit seulement alors son origine étrangère et son inaptitude à l'acclimatement.

On sait, en climatologie générale, que gravir une haute montagne c'est passer par des climats de plus en plus froids et, au point de vue de la végétation, parcourir une série de zones botaniques très-analogue à celle que l'on traverserait

en partant du lieu de l'observation pour se rapprocher du pôle ; « la végétation des montagnes nous présente en petit l'image de celle de la terre, considérée dans son ensemble. » (Ch. Marlins.) Toutefois, il est essentiel de rappeler que la moyenne thermique de chaque zone d'altitude n'a pas une influence exclusive, ni même décisive, sur la constitution de la flore correspondante ; d'auties circonstances interviennent en ceci, dont quelques-unes appartiennent encore à la climatologie, telles que l'orientation, les vents dominants, la fréquence des pluies, mais dont un certain nombre y sont étrangères, comme la nature et la configu ration du sol. 11 est des plantes qui semblent aimer la montagne pour elle-même, qui sont montagnardes par- tempérament, si l'on peut ainsi parler.

Au pied des Alpes, on trouve des plantes de la hauteur, px'ovenant de graines amenées par les torrents et qui n'ont pas d'analogues dans l'intérieur du pavs : Exemples : Pyrelhrum alpitium^ Lepidium alpinum, Liiiaria alpina. Puis se présenlent les belles forêts de hêtres, de sapins, de pins. Si l'on s'élève de cinq à six cents mètres, on trouve (Kaemtz) l'oreille-d'ours [Primula auricula), qui recouvre les rochers de ses fleurs d'un jaune soufré ; la gentiane sans tige {Gentiana acaulis), dont la grande corolle, d'un bleu d'outremer, s'incline vers le sol ; l'aconit napcl (iconitwm na;je//as), le Raniuiculus aconitifolius, le Trollhis Europœus, etc. Vers la hauteur de 100 mètres, lasoldanelle {Soldanella alpina) croît dans les bas-fonds arrosés par la neige fondante, qu'elle encadre dans une bordure violette. Le Crocus vernus se trouve dans les mêmes localités. Les pentes sont couvertes de rhododendrons (Rhododendron ferrugineum et R.hirsiitum), arbrisseaux chargés de fleurs rouges du plus bel effet.

On peut appliquer aux Alpes françaises les lois générales de végétation formulées par Kaemtz pour la Suisse. La vigne ne s'élève pas au-dessus de 550 mètres en moyenne, ou 650 mètres sur les pentes méridionales, à moins d'une exposition particulièrement favorable. Le versant méridional a toujours, sous ce rapport, quelque avantage sur le versant septentrional. Les céréales ne donnent de récolte certaine que jusqu'à 900 mètres ; le maïs mûrit encore à 870 mètres. Les arbres fruitiers cessent à 880 mètres dans les Alpes du nord; à 1070 mètres dansquelques localités favorisées. Le châtaignier [Castanea vesca) n'existe plus à 780 mètres ; le noyer [Juglawi regia), à 800 mètres ; le cerisier à 950 mètres. Le hêtre s'élève jusqu'à 1300 mètres ; l'épicéa s'arrête à 1800 mètres. Sur le versant méridional du Mont-Rose (Suisse), les arbres montent jusqu'à 2270mètres', les derniers sont des méièzes, {Larix Europœa), des. éfictsis, [Abies excelsa), le cembro [Piniis cembro), des aunes [Alnus viridis) et des bouleaux [Betida alha). Sur le revers méridional des Pyrénées, les sapins [Âhies peclinata) finissent à 2570 mètres, tandis que, sur le versant nord, les pins {Pinus sylvestris) s'arrêtent à 2420.

Au-dessus delà région des forêts, on trouve dans les Alpes celle des pins rabougris, le pin mugho {Pinus mugho), au tronc contourné, si bien nommé en Suisse : Krummhoh ; des rhododendrons, des saules herbacés [Salix herhacea, S. reticidata, S. serpyllifolia), des aunes {Alnus viridis) ei des genévriers {Juniperus communis). Déjà les derniers arbres évitent d'élancer leur cime dans la froide atmosphère et multiplient les rameaux à leur base; puis, « toute végétation se fait liumble » pour échapper au souffle glacial du vent et s'assurer la protection de la neige en hiver. Le pin mugho disparaîtdansles Alpes à 2270 mètres ; à 2600, on n'observe plus que des herbes : les androsaces (Androsace alpina, A. helvetica, A. pennina, etc.,) le « charmant » carnillet-moussier DICT. ENC. i,' s. IV. 35

VEBSANT SUD

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