MALADES
tS7i.
tS93.
Phtliisie pulmonaire. . . .
Pneumonie
Bronchitp
Pleurésie
Le cadre des bronchites est suspect à bien des égards. Il renferme probablement bon nombre des cas de grippes, affection saisonnière, de la période hiémovernale, de peu de gravité, mais dont la statistique des hôpitaux ne peut donner les allures réelles, attendu que l'immense majorité des malades ne viennent pas à l'hôpital pour si peu.
FRÂ.NGE (cLisiiTOLOGiE). 555
Le rhumatisme, qui passe si généralement pour une des inflammations propres aux pays froids et par conséquent à la saison froide des climats tempérés, le rhumatisme s'observe à Paris et à Lyon aussi bien en juillet qu'en janvier. Les affections rhumatismales sont signalées pour le troisième trimestre 1874 « avec une fréquence et une gravité tout exceptionnelles », donnant lieu à une mortalité dont on ne retrouve pas l'analogue dans les années antérieures. Cependant, la température moyenne de juillet, août et septembre (18°, 8) avait été un peu plus élevée que celle des années précédentes ; à la vérité, les écarts thermométriques entre les minima et les maxima d'une même journée (12^5) avaient aussi été plus étendus que dans les périodes correspondantes des années moyennes; l'atmosphère avait donc été essentiellement variable. Les degrés hygrométriques étaient de même plus élevés qu'au printemps. Pour le premier trimestre 1875, alternativement doux et humide, puis sec et froid, les affections rhumatismales sont « remarquables surtout par certaines particularités cliniques et la fréquence de certaines formes plutôt que par le nombre absolu, qui varie peu, ou au moins dans des proportions moins étendues qu'on ne serait porté à le penser ». Quand on songe combien le rhumatisme apparaît dans nos contrées comme affection héréditaire et diathésique, on comprend que l'influence climatique sur ces manifestations soit d'ordre secondaire.
La pathologie saisonnière de divers autres points de la France, de nuances climatiques différentes de Paris et différant entre elles, serait pleine d'enseignements. Il y aurait lieu à des comparaisons sur place des saisons les unes avec les autres, et à des comparaisons avec des stations éloignées, le tout mis en regard de la météorologie dûment établie. Mais les « aperçus » dont M. Besnier a tenu à faire suivre ses comptes rendus personnels, suffisent à montrer le peu de parti qu'il y a à tirer de ces observations sommaires et faites dehaut. Aufond, la pathologie climatique, en France, ne change peut-être absolument de caractère que dans la mince bande territoriale qui borde la Méditerranée. 11 nous semble, en effet, voir signaler plus particulièrement dans la saison chaude (3^ trimestre) de 3Iarseille, Toulouse et même Bordeaux, les affections gastro-intestinales, et nous serions étonné qu'il n'y ait pas par là, en été et au commencement de Fautomne, un nombre élevé de ces fièvres sans gravité, que l'on appelle à Paris: catarrhe gastrique aigu, et que j'ai chei'ché, avec d'autres médecins d'Afrique, à dégager de la masse des fièvres d'Algérie et des pays chauds, en en faisant le le groupe de la « fièvre climatique » (Yoy. J. Ârnould : Archiv. gén. cleméd., avril et mai 1874).
Maladies chroniques. Diathèses. Les maladies chroniques ne sont pas des (( maladies régnantes », parce que leur règne est au-dessus des fluctuations de l'état atmosphérique ; aussi ne cherche-t-on pas, d'habitude, leurs rapports avec la climatologie. Il y a une exception pour la phtbisie pulmonaire, dont les vicissitudes saisonnières influencent l'évolution et l'issue ; mais on ne se préoccupe pas de la part que ces agents ont pu avoir dans son origine. Remarquez pourtant que cette origine est quelquefois saisissable et que les débuts du mal sont bruyants. La plupart . des autres maladies chroniques ont l'invasion sourde et insidieuse ; les diathèses s'établissent sans bruit ; on naît parfois avec l'une d'elles. C'est pour cela que les médecins répugnent à en rechercher l'origine dans les accidents de la météorologie. Cette abstention est rationnelle pour ce qui est des circonstances mobiles des climats; mais il n'en est plus de même si l'on considère leur manière d'être habituelle, leur dominante météorique. Là,
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peut-être, il y aurait une mine à exploiter et qui se trouverait riche de révélations, si l'on appréciait à cette mesure la pathologie des zones climatiques nettement accentuées de notre pays, si l'on comparait par exemple les vices morbides incorporés à nos familles du nord avec les dégénérescences plus spéciales aux générations de notre midi. Il n'est pas impossible de mettre en rapport avec les hivers longs et humides, le degré hygrométrique élevé de l'air, le lymphatisme et l'extension de la scrofule chez nos populations du nord et du nordouest ; tandis que le nervosisme, l'anémie, les cachexies palustre et pellagreuse, relèveraient directement ou secondairement de la continuité et du degré de la chaleur chez les Français du sud et du sud-ouest.
Mais nous retombons aussitôt dans les généralités, dans les jugements traditionnels que l'analyse et la statistique des faits n'étayent pas suffisamment ; nous prenons par un côté unique une étiologie qui est probablement des plus complexes. Mieux vaut s'abstenir et attendre que l'on ait, non-seulement démontré l'influence des agents cosmiques telle qu'on la présente, mais encore établi numériquement les divergences, annoncées jusqu'aujourd'hui par pure intuition, et précisé contrjidictoirement lapart des aptitudes ethniques, des influences héréditaires, des habitudes d'hygiène.
3° Influences thérapeutiques ou prophylactiques. Nous ne croyons pas pouvoir ajouter quelque chose aux développements que M. Fonssagrives a consacrés, dans ce Dictionnaire, aux ressources préventives et curatives des climats en général et de celui de la France en particulier, qui lui a servi de texte avant tout autre, au grand bénéfice des lecteurs. En reprenant ce sujet, nous ferions beaucoup moins bien et commettrions un double emploi. On se reportera à l'article général (Climat ; art. V et VI). Jules Arnodld.
Bibliographie. — Des observations météorologiques ont été ou sont encore recueillies, avec des mérites divers, dans cinq ou six cents stations françaises. Bon nombre d'entre elles sont publiées annuellement ou par séries d'années dans des recueils ou bulletins locaux, dont il nous est naturellement impossible de donner la liste. Il en a été communiqué plus ou moins régulièrement de très-intéressantes à la Société météorologiqde de Fhance (Bulletins et Annuaii'e, depuis 1855; Nouvelles méléorologiques. Paris, 18G8-1872) et au Bulletin de statistique ynunicipale. Le Recueil de mémoires de médecine, de chirurgie et de pharmacie militaires donne de même les résumés mensuels des hôpitaux militaires, delSCS à 1868. Sauf quelques cas où il s'agit de monographies, nous serons forcé de borner nos indications aux travaux portant sur l'ensemble de la climatologie française, ou même sur toute la climatologie, mais avec de larges applications à la France.
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FRANCE (climatologie). 557
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558 FRANCE (anthropologie).
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Voy. aussi, dans cette Encyclopédie, les articles : Races, Celtes, Mésologie, Constitutions médicales, Morbidité, Mortalité, Menstruation, Saisons, etc. J. A.
§ III. Anthropologie. L'antliropologie de la France, la science de l'homme ("AvepwTroî) , l'étude des races humaines de notre pays n'a jusqu'à ce jour attiré l'attention que de rares savants, d'observateurs peu nombreux.
Cependant, dès 1828, dans son Histoire des Gaulois, Amédée Thierry s'est efforcé de distinguer les principales races ayant concouru à la formation de la population des Gaules. Depuis, plusieurs de ces races, diversement dénommées, sont successivement devenues l'objet d'intéressantes recherches anthropologiques et historiques. William Edwards, dans son Mémoire sur les Gaëls {Mém. de la Soc. ethnologique, Paris, 1845, p. 13, etc.), M. N.-J. Périer, dans ses Fragments ethnologiques sur les Gaëls et les Cymris {Bull, de la Soc. de Géographie, 1857), cherchèrent à déterminer leurs caractères anthropologiques. M. Lemière, dans ses Études sur les Celtes et les Gaulois (1874), M. Alex. Bertrand, dans ses recherches sur la valeur des expressions Ke).Toî et Toàixai (Rev. arche'ol., 1876) ont distingué historiquement et chronologiquement ces deux peuples. M. d'Arbois de Jubainville a étudié les Liguses vulgairement dits Ligures, les Ibères et divers autres peuples (Les Liguses: fiei;. archéol., t. YIl, p. 211 , etc., 1875; et Les premiers habitants de l'Europe d'après les auteurs de l'antiquité et la linguistique, 1877).
Pareillement l'ensemble des races anciennes de notre pays et des peuples ultérieurement immigrés a aussi attiré l'attention de quelques érudits, de quelques anthropologistes, entre autres de M. Ludovic Lalanne, du baron Rocket de Belloguet, de M. Broca, de M. Roujou, auxquels sont dues une Ethnogénie gauloise, des Ethnologies de la France, des Recherches sur les races humaines de France (L. Lalanne, Ethnol. de la France : Pattia, 1847. — Baron de Belloguet, Ethnog. gauloise. Paris, 1861. — Broca. Rech. sur l'ethnol. de la France : Mém. de la Soc. d'anthrop., t. I, 1860-1865, p. 1-56. — A. Roujou, Rech, sur les races humaines de la France : Thèse de doct. es sciences, janvier 1874. Paris) .
Plus que toute autre science, l'anthropologie de notre pays doit nous sembler digne d'intérêt, car ayant pour objet, non l'homme en général, mais l'homme de
notre Europe occidentale en particulier, elle est l'étude des populations au milieu desquelles nous vivons, elle est l'étude de nous-mêmes, c'est-à-dire la réalisation, au point de vue des sciences naturelles et historiques, de la sage et antique maxime inscrite à l'entrée du temple de Delphes, rvôiôi o-eaurôv, connais-toi toi-même. Cette science, en nous révélant les éléments ethniques qui concoururent anciennement à la formation de notre nation et la composent encore actuellement, permet d'apprécier la diversité de leurs aptitudes physiologiques et de leurs prédispositions pathologiques, si utiles à déterminer, nonseulement pour le médecin, conseiller sanitaire de ses compatriotes, mais aussi pour tout liomme appelé, à un titre cpielconque, à s'occuper comme législateur, comme militaire, comme administrateur, des questions sociales, si vastes, si multiples et si complexes, et surtout si importantes pour la prospérité future de notre nation.
L'amplitude et la complexité d'une pareille étude doivent légitimer les tentatives même défectueuses faites pour l'entreprendre. Pour notre anthropologie nationale, comme pour toute science en voie de formation, l'insuffisance des premiers essais, leurs erreurs, leurs lacunes disparaîtront chaque jour dans les œuvres plus complètes des savants de l'avenir.
Bien que ce travail porte le titre d'anthropologie, compréhensif de tous les documents anatomiques, historiques, archéologiques, linguistiques pouvant concourir à éclairer la connaissance de l'humanité; bien que ce titre d'anthropologie, dans son sens le plus restreint, serve à désigner plus spécialement l'histoire naturelle de l'homme, son étude zoologique, dans celte étude je m'attacherai surtout à déterminer à l'aide de ces diverses sortes de documents les races constituant notre population, à les différencier ethnologiquement; je m'occuperai donc principalement de notre Ethnologie ("Eâvoî, race); car pour arriver à bien connaître notre nation, il faut d'abord savoir de quelles races ou éléments ethniques elle se compose.
Comme, parmi ces éléments ethniques, les uns existent depuis les temps préhistoriques, tandis que les autres ne sont immigrés dans notre pays que depuis les temps historiques, il importera d'essayer de les étudier successivement depuis les temps les plus l'eculés jusqu'à nos jours, en indiquant pour chacun de ces éléments son apparition, ou sa provenance et son immigration, sa disparition, son extinction ou son état actuel, en délimitant son aire géographique ancienne et actuelle, eu décrivant ses caractères anthropologiques et les mettant en évidence par le dessin, par les mensurations, en signalant ses facultés intellectuelles, ses aptitudes physiologiques et ses prédispositions morbides, etc., etc. Alors seulement on sera à même d'aborder les considérations générales relatives à l'ensemble de notre nation actuellement constituée par la plupart de ces éléments ethniques. Malgré l'insulfîsance des documents anthropologiques jusqu'à ce jour l'assemblés, mais chaque jour de plus en plus nombreux, nous chercherons donc d'abord, par une sorte d'analyse ethnologique, à étudier successivement les populations préhistoriques multiples révélées par la paléontologie humaine, et les nombreux peuples, à ethnogénie parfois complexe, mentionnés par l'histoire. Ensuite, par une sorte de synthèse ethnologique, nous chercherons à étudier l'ensemble de notre population actuelle, en montrant que les différences qu'elle présente suivant les régions dans ses caractères anthropologiques, dans ses mouvements démographiques, dans sa morbidité relative, etc., dépendent plus ou moins de la diversité des éléments ethniques la constituant. Ce
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travail comprendra donc deux divisions principales. La premici^e, la plus étendue, sera une étude spéciale de chacune des races ayant composé notre population. Ce genre d'étude, parfois désigné sous le nom d'ethnogénie, me semble mériter plutôt celui d'ethnologie analytique. La deuxième division relative aux considérations ethnologiques générales sur l'ensemble de notre population constituera Vethnologie synthétique ou démographique.
ETHNOLOGIE ANALYTIQUE, ou Étude spéciale de chaenne des races ayant concouru à la formation de la population de la France. Lorsqu'on veut faire l'étude spéciale d'une race humaine, non-seulement il importe de décrire ses caractères anthropologiques, mais, remontant aussi loin que possible dans le passé, il faut également déterminer sa provenance, les pays qu'elle a habités ou habite encore, et depuis quand elle les habite. Pour les races venues dans notre Europe occidentale depuis les temps historiques, les documents graphiques, les récits des auteurs anciens permettent souvent d'indiquer l'époque de leur immigration, et l'étendue de leur aire géographique. 11 n'en est plus de même pour les peuples fixés dans notre pays dans des temps plus reculés ; à défaut de l'histoire, on a recours à la géologie, à la paléontologie, à l'archéologie.
Dans l'obscurité des temps préhistoriques, en l'absence de tous documents écrits, trois sortes de documents permettent d'évaluer, d'une manière sinon approximative, du moins relative, l'époque plus ou moins reculée à laquelle remontent les débris humains recueillis dans le sol. Ce sont les documents géoloo-iques, les documents paléontologiques et les documents archéologiques.
Selon plusieurs savants, l'homme paraîtrait s'être montré dans notre Europe occidentale dès les strates géologiques de la période tertiaire. Mais jusqu'à présent son existence, à cette époque reculée, évaluable par milliers de siècles, ne serait attestée que par des entailles sur les os des animaux dont il se nourrissait, ou par des instruments de silex ayant fait ces entailles. A Thenay, près de Pontlevoy, dans le département de Loir-et-Cher, M. l'abbé Bourgeois, dans des couches de marne et d'argile, situées sous le calcaire de Beauce appartenant au miocène moyen, étage moyen des terrains tertiaires moyens, a trouvé de nombreux silex qu'il regarde comme ayant été travaillés. M. l'abbé Delaunay en a également recueilli à la base de ce calcaire, avec des ossements de deux rhinocéros, d'un tapir, d'un crocodile, àBilly, près Selles-sur-Cher, dans le même département, et a observé des incisions profondes sur des côtes et sur un humérus d' Halitherium extraits des faluns du miocène supérieur, de la carrière de la Barrière, commune de Chaze-le-Henri, aux environs de Pouancé, dans le département de Maine-et-Loire (Bourgeois, Compt. rend.deCAcad. des sciences, 7janv. 1867. — Congrès intern. d'anthr. etd'archéol. préhist. de Paris, 1867, p. 67-75, 1868, et de Bruxelles, 1872, p. 81-94, 1873). MM. Farge et du Laudreau ont aussi observé de nombreuses incisions sur un radius et un cubitus d'halithérium, extraits de la mollasse coquillière et des faluns meubles de Chavagnes-les-Eaux, près de Doué-la-Fontaine, dans ce dernier département (Bull, de la Soc. d'anthr., 2* sér., t. VI, p. 412, 1871). M. Desnoyers, qui le premier a signalé l'existence de l'homme à la période tertiaire, a recueilli dans le pliocène ou terrains supérieurs de cette période géologique, à Saint-Prest, près de Chartres, des os d'Elephas meridionalis, de Rhinocéros leptorhinus, d'Hippopotamns major, présentant des incisions, stries, coupures, paraissant témoigner d'un travail humain.
FRANCE (axturopologie). 561
(Indices matériels de la coexistence de l'homme avec ÏElephas meridionalis. Pavis, 1865, in-4*'. — Compt. rend, de l'Acad. des se, 8 juin 1863, p. 1075- 1085. — Bull, de la Soc. d'anthr., t. lY, p. 564, 1865).
Pareilles incisions ont été observées depuis par M. Capellini sur les ossements du Balœnotiis insignis des terrains pliocènes de Poggianone en Toscane {Congrès int. d'anthr. eM'arc/«eo/. de Buda-Pesth, 4 sept. 1876. — Rev. d'anikr.^ t. VL p. 433, etc., 1877. — Bull, de la Soc. d'antkr., 2« sér., t. XI, p. 522, 1876).
Loin de reconnaître le travail de l'homme sur ces ossements ou ces silex, quelques observateurs, entre autres Ch. Lyell, M. Delfortrie, MM. Farge et du Laudreau, et M. Magitot considèrent les entailles comme produites par la dent de carnassiers, de rongeurs, de poissons carnivores, en particulier du Trogontherium, du Carcharodon megalodon, du Sargiis serralus, et regardent les silex comme brisés par les chocs naturels auxquels sont soumis la plupart des silex évidemment non travaillés {Ch. Lyell, L'ancienneté de l'homme; l'homme fossile en France, appendice, p. 6, 1864. — Farge, loc. cit. — Delfortrie, Ossements taillés et striés du miocène aquitanien. Bordeaux, 1869 : Bull. Soc. iVanthr., 2^ sér., t. V, p. 58, 1870. — Magitot, Sur l'homme tertiaire : Bull. Soc. d'anthr., 2^ sér., t. XI, p. 52. — Congr. int. anthr. et archéol. de Bruxelles,
Si l'existence de « l'homme pliocène que tout le monde accepte, » selon M. Hamy [Gaz. hebd. de méd., janv. 1868, p. 3), si voire même l'existence soit de l'homme miocène admise par MM. Garrigou et Filhol fds (Acad. des se, 20 avril 1868 : Gaz. hebd. de méd., 1" mai 1868, p. 280), soit d'un précurseur de l'homme, d'un anthropoïde miocène comme le pense M. de Mortillet, semble être rendue vraisemblable par la découverte de nombreux silex paraissant avoir été travaillés, et de beaucoup d'ossements fossiles diversement incisés, elle attend encore sa confirmation de la découverte d'ossements humains authentiques se rapportant à cette période géologique tertiaire (G. de Mortillet, Assoc. pour l'avanc. des sciences. Lyon, 22 août 1875, p. 007, etc. — G. de Mortillet, Roujou, Boyer, etc.. L'homme tertiaire : Bull. Soc. d'anthr., 2" sér., t. 11, p. 658, 1867, ett.Ylll,p. 671, etc., 1873. — Voir Alph. Favre, L'homme à l'époque tertiaire, ext. dans la Rev. d'anthr., t. I, p. 154, 1872),
Quoique, selon M. Arthur Issel, quelques débris de fossiles humains aient été extraits d'une marne pliocène compacte à Colle del vento dans la ville même de Savone, MM. G. Vogt et Hamy croient devoir faire remonter à une époque moins ancienne l'enfouissement de ces ossements (Arth. Issel, L'ancienneté de l'homme en Ligurie : Congr. int. d'anthr. et d'arche'ol. pre'hist. Paris, 1867 p. 76 et p. 156, discussion. Pruner Bey, Broca, G. Vogt. — Hamy, Sur les ossem. hum. du pliocène inf. de Savone : Arch. des se; Biblioth. iiniv., fév. 1870, î^iBull. de la Soc. d'anthr., 2^ sér., t. H, p. 550, etc., 1867).
Si quelques doutes subsistent encore relativement à l'existence de l'homme tertiaire, on n'en est plus à contester l'existence « de l'homme fossile ». H \ a vingt ans déjà, Isidore Geoffroy Saint-Hilaire disait très-justement que les nombreux faits relatifs à l'homme fossile seraient considérés « comme concluants s'il s'agissait de tout autre animal que l'homme « {Bull. Soc. d'anthr., t I p. 49, 1859).
Jusqu'à ce jour, les ossements humains fossiles les plus anciens se rapportent à la période quaternaire. Les uns ont été trouvés dans divers terrains de cette
DICT. ENC. 4. S., IV. 3(5
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période géologique. Un crâne a été retiré par M. Ami Boue en 1823 du Lehm du PJiiu près de Lahr [Annales des sciences naturelles, 1829 ; bibl. p. 150). Un autre a été recueilli également par M. Faudel dans le Lœss, à Eguislieim, près deColmar (Acad. des se, 22 octobre 1866. — Soc. d'bist. nat. de Colmar, in-8, 1867. — Soc. géol., janv. i861. — Bidl. Soc. d'anthr., 2'' sér., t. III, p. 405, 1868). La célèbre mâchoire de Moulin-Quignon, a été extraite par M. Boucher de Crèvecœur de Perthes du diluvium d'Abbeville. [Compt. rend, de T Acad. se, t. LVI, 20 avril 1865; notes et rapports de Quatrefages, Milne Edwards, Pruner Bey. — Procès-verbaux du congr. réuni à Paris et Abbeville, Delesse, Mém. Soc. d'anthr., t. II, p. 37-68, 1865). Le crâne de l'Olmo a été retiré par M. Cocchi de l'argile lacustre post-pliocène inférieure du val d'Arno, aux environs d'Arezzo en Toscane, en même temps que des ossements d'éléphant ; il a été étudié par MM. Vogt, Hamy, Pruner Bey, Broca, de Mortillet [Bull. Soc. d'anthr., 2« sér., t. I, p. 82 et 92; t. II, p. 672-4, 1867; t. 111, 40-2, 112-8, 400-4, 1868).
D'autres ossements humains tossiles proviennent de grottes, cavernes, abris, sépultures, stations ayant présenté pour la plupart des ossements fossiles de grands mammifères caractéristiques de la péi-iode quaternaire. Des débris humains ont été recueillis par Spring à Chauvaux près de Namur(BM//. de l' Acad. de Belgique, 16 déc. 1853), par Schmcrling à Engis (Ossements fossiles de la province de Liège, t. 1, ch. m, p. 55, etc. Liège, 1835) ; par M. Ed. Dupont au trou de la Naulette, à celui du Frontal, et autres cavernes de la province de Namur {Bull. Soc. d'anthr., t. VI, p. 81, 1865. — Et. sur les cavernes de la Lesse en 1865-1866 : Bull, de VAcad. de Belgique. — La période quaternaire dans la province de Namur : Congr. int. anlhr. préhist. de Paris, 1867, p. 61» et de Bruxelles, 1872, p. 555-566). MM. Fuhlrott et Scliaaffhausen ont étudié le fameux crâne trouvé dans la caverne de Neanderlhal (Fuhlrott, Der fossile Mensch aus dem Neanderthal. Duisburg, 1865. — Schaaffhausen, Zur Kentniss der aeltesten Bassenschsedel : Archiv fur Analoniie, von Muller, 1858, p. 455- 477, et pi. XYII. — Sur le crâne de Neanderthal : Bull. Soc. d'anthr., Paris, t. lY, p. 514et518, 1865. — Sur la forme primitive du crâne humain : Congr. int. anthr., archéol. préhist. Paris, 1867, p. 409 et 416). Quelques ossements humains d'une gi'otte sépulcrale ont été recueillis par M. Ed. Lartet à Aurignac (Sur une ancienne station humaine contemporaine des grands mammifères fossiles, 1861 ; et Nouv. rech. sur la coexistence de l'homme et des grands mammifères, 1862). M. L. Lartet a recueilli les remarquables ossements de Cro- Magnon, sépulture de troglodites située aux Eyzies, en Périgord [Bull. Soc. d'anthr., 2^ sér., t. III, p. 335-350, 1868). M. de Yibraye, dans la grotte d'Arcysur-Cure, avec d'autres ossements fossiles, a trouvé une mâchoire humaine [Bull, de la Soc. géol. de France, 2' sér., t. XVll, p. 462, etc., 1860). D'autres ossements humains ont été trouvés par M. Alph. Fontan dans les grottes de Massât [Compt. rend, de l'Acad. scienc, t. XLVI, p. 900, 10 mai 1858), par M. de Christol, dans les cavernes du département du Gard (Acad. des se, 29 juin 1829, notice. Montpellier, 1829), par M. Garrigou, dans celles du département du Lot et par beaucoup d'autres savants dans diverses excavations [Bull. Soc. d'anthr., t. IV, 1865, p. 174, 651, etc.; t. Y, p. 924-940, 1865. — Garrigou et Duporlal, Bidl. Soc. d'anthr., 1' sér., t. lY, p. 185, etc., 1864).
Enfin d'autres crânes et ossements humains ont été recueillis au milieu d'os-
sements d'animaux, non dans des grottes, mais dans des sépultures, non abritées, dans des stations, tels sont ceux trouvés par JBl. Ferry, Arcelin, Ducrost dans les sépultures ou stations de Solutré, près de M.àcon (H. de Ferry et A. Arcelin, L'âge du Renne dans le Maçonnais. Ann. de VAcad. de Mâcon. — Ducrost et Lortet, Station préhist. de Solutré : Arch. du muséum d'hist. not. de Lyon, t. I, 1872 et Ann. de la Soc. ge'ol., t. 11, n" 4, 1871-1872. — Arcelin, Ducrost, Broca, etc.. Assoc. pour l'avanc. des scienc. Lyon, 1875 : Rev. d'anthr., t. Il, p. 306, etc., 1873).
Cuvier, qui ne croyait pouvoir admettre prématurément la coexistence, dans les mêmes localités, de l'homme et des animaux antédiluviens, regardés comme caractéristiques de la dernière période géologique, disait déjà : « Je ne veux pas conclure que l'homme n'existait point du tout avant cette époque; il pouvait habiter quelques contrées peu étendues d'où il a repeuple la terre » (Discours sur les révolutions de la surface du globe, avec notes de Hoefer, p. 90). En effet, de même que les strates diluviennes sont parfois multiples dans la même région, comme à Saint-Acheul où M. Delanoue a constaté un diluvium gris ancien et un diluvium rouge situé sous le lœss [Bull. Soc. d'anlhr., t. III p. 68, etc., 6 fév. 1862), de même aussi ces couches, paraissant en rapport avec les soulèvements des diverses chaînes de montagnes, sont partielles et limitées, contrairement aux traditions bibliques, qui signalent le déluge comme ayant été universel [Genèse, 1. 1«'', chap. vu, g 19 à 25). Selon Ed. Lartet il aurait suffi d'une faible élévation pour que certaines régions de la Fi'ance, entre autres celle oîi est située la caverne d'Aurignac fussent à l'abri de l'invasion soit du drift pyrénéen, soit du diluvium des bassins de la Seine, de la Somme, etc. Les premiers humains ont donc parfaitement pu se trouver à l'abri des phénomènes diluviens et par suite continuer cà vivre et à se perpétuer durant et après les périodes diluviennes. Ils ont également pu traverser la longue crise chmaténque de la période glacière qui, selon ce même paléontologiste, n'a rien bouleversé, rien détruit, mais a cessé graduellement, par un affaisement de nos contrées' (Nouv. rech. : /. c, p. 205,248, etc.).
(( Ce ne sont pas des révolutions violentes, dit M. Charles Martins, ce sont des changements lents et successifs qui ont causé la mort de tous les êtres et épargné ceux qui se sont adaptés aux nouvelles conditions d'existence qui leur étaient imposées » (Voyage scient, du Challenger : Fiev. des deux Mondes, p. 778, 15 août 1874). Suivant M. de Mortillet, durant la première période des temps quaternaires le climat aurait été très-chaud et très-humide; les bassins de la Seine et de la Somme auraient présenté im affaissement graduel, et par suite des couches énormes de 20 et 50 mètres d'alluvions auraient rempli les vallées creusées durant l'époque tertiaire. Au contraire, durant la seconde période des temps quaternaires, le climat serait devenu froid, le sol se serait exhaussé et les cours d'eau auraient creusé les couches alluviales antérieurement déposées (Division des alluvions quaternaires en deux grandes périodes : Bull. Soc. d'anthr., 2''sér., t. Xll, p. 48, etc., 1877). Entre cette période chaude et cette période froide, il paraît avoir existé un climat intermédiaire, les modifications géologiques et athmosphériques s'étant opérées lentement.
En effet, la période pré-glacière paraît avoir été tempérée. L'existence à cette époque géologique du figuier, du laurier des Canaries, du cercis ou bois de .ludée, de certaines coquilles récemment découvertes par M. E. Chouquct dans un tuf de la Celle-sous-Moret, près de Fontainebleau, et étudiés par MM. Gaston de
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Saporta, Tournouer et Gab. de Mortillet témoigne d'un climat analogue à celui du Midi de notre pays, à celui de la Lombardie (Gaston de Saporta, Sur le climat présumé de l'époque quaternaire dans l'Europe centrale : Congr. inter. (Vanthr. et cVarch. de Stockholm en 1874, p. 81, et Assoc. pour l'avanc. des sciences, sess. de Clermont-Ferrand, 1876, p. 640-654).
La période "lacière elle-même, suivant plusieurs géologues, paraîtrait avoir été caractérisée moins par un climat très-froid et très-rigoureux que par une o-rande humidité très-favorable à l'état brumeux de l'athmosphère et à Texten-
sion des glaciers.
Ouan*. à la cessation de cette période glacière, plusieurs naturalistes, entre autres M. Charles Marlins, sont portés à l'attribuer à l'immersion de l'Atlantide, continent ou archipel, dont Platon, Strabon, Elien et autres auteurs de l'antiquité, signalent l'ancienne existence à l'ouest [des colonnes d'Hei^cule, c'est-àdire du détroit de Gibraltar, dans la vaste mer qui conserve encore le nom d'océan Atlantique (Platon : Timée, t. II, p. 202, Critias, t. II, p. 251, coll.
Di(jot. Strabon, 1. Il, ch. m, § 6, p. 84, coll. Didot. — Elien, De natura
animcdium, 1. XV, ch. ii, p. 252, coll. Didot).
Aussi le professeur de Montpellier s'exprime-t-il ainsi :■ « Tant qu'un continent occidental dont l'Atlantide de Platon nous a gardé le souvenir unissait l'Irlande à l'Espagne et aux Açores, les eaux chaudes sorties du golfe du Mexique arrêtés par ce barrage ne pouvaient atteindre les côtes de Norwége, de là un climat plus rigoureux, et par suite l'extension des glaciers. » .... « L'hydrographie, la o-éoloo^ie, la botanique s'accordent pour nous apprendre que les Açores, Madère, les Canaries sont les restes d'un grand continent qui jadis unissait l'Europe à l'Amérique du Nord. Supposez ce continent exondé. le Gulf-Stream est arrêté, n'atteint plus les parages septentrionaux de l'Europe et un climat plus froid amène l'extension des glaciers » (Un tour de naturaliste dans l'extrême Nord : Rev. des Deux Mondes, 15 aoiit 1863, p. 542. — Sur les glaciers et sur la période glaciaire : Rev. des Deux Mondes, 1" mars, 1867, p. 220).
Si l'on remarque avec M. Charles Martins que dans l'évaluation du temps nécessaire à la formation des diverses strates terrestres, « les géologues sont habitués à compter par centaines de siècles » {Bidl. Soc. d'antkr., t. II, p. 040, 1861). Si l'on se rappelle que selon M. Delanoue, indépendamment des terrains modernes, les diverses couches quaternaires peuvent atteindre jusqu'à 25 mètres de puissance ou d'épaisseur {Bull. Soc. d'anthr., t. III, p. 70, 1862), l'immensité des temps écoulés durant celte période géologique quaternaire engage l'anthropologiste à rechercher, non-seulement dans les strates géologiques, mais aussi dans les pièces paléontologiques et dans les objets archéologiques en pierre, en os, en coquilles, les moyens de déterminer l'ancienneté relative des ossements humains de cette période quaternaire.
Antérieurement à notre faune actuelle, la chronologie paléontologiqoe indiquée par Ed. Lartet distinguait successivement depuis les premiers temps de la période quaternaire : l'âge du grand ours des cavernes, Ursus spelœus; l'acte du mammouth, Elephas primigenius, et du rhinocéros à narines cloisonnées, Rhinocéros tichorhimis contemporains de l'époque glaciaire dans l'Europe centrale; l'âge du renne, Cervus tarandus; et l'âge de l'aurochs, Biso Eiiropœus. Ces âges paléontologiques, caractérisés par la prédominance de telle ou telle espèce animale, mais nullement limités par l'apparition et la disparition de chacune de ces espèces, dont quelques-unes coexistèrent longtemps ensemble,
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peuvent se diviser en deux groupes principaux : 1" Vâge des grandi mammifères éteints ou ayant depuis longtemps cessé d'exister, comme l'ours des cavernes, le rhinocéros à narines cloisonnées, le mammouth, etc., animaux paraissant avoir été plus ou moins contemporains, mais avou' seulement dilléré d'habitats, l'ours vivant Surtout dans les régions boisées et montagneuses, le mammouth et le rhinocéros dans les régions herbeuses et humides; 2° Vâge des grands mammifères émigrés, comme le renne et l'aurochs.
Toutefois, quoique d'une manière générale les animaux éteints aient précédé les animaux émigrés, cette division au point de vue chronologique est loin d'avoir une valeur absolue. En effet, de nombreux animaux depuis longtemps éteints ont coexisté avec des animaux actuellement émigrés. Suivant M. de Mortillet, durant la première période des temps quaternaires, alors que notre Europe occidentale avait un climat chaud, avec YEÎephas antiquus comparable à l'éléphant d'Afrique, avec le Bhinoceros Merkii, animaux éteints, coexistaient l'hippopotame, certains félins que, contrairement ta d'autres observateurs, entre autres à M. Reboux {Bull. Soc.d'anthr., 2«sér., t. XII, p. 90, 1877), il pense avoir émigré vers le sud. Durant la seconde période des temps quaternaires, période de froid intense, avec ÏElephas primigenius ou mammouth couvert d'une laine épaisse, avec le Rhinocéros tichorhiaus également recouvert de fourrure, animaux éteints, coexistaient VUrsus ferox, le renne, le bœuf musqué, le saïga, le glouton, animaux émigrés vers des latitudes septentrionales, et VUrsns ardas, le bouquetin, le chamois, la marmotte, animaux émigrés vers des altitudes plus élevées, de nos plaines vers nos montagnes (De Mortillet, /. c, Bull. Soc. d'anthr., 1^ sér., t. XII, p. 48 et 89, 1877).
M. Ch. Martins, qui admet l'existence de deux époques glaciaires successives, semble considérer la seconde comme étant surtout caractérisée par les animaux émigrés constituant actuellement la faune arctique : renne, bœuf musqué, glouton, renard lileu et autres animaux contemporains de l'homme taillant les silex trouvés par MM. Desor, Escher de la Linth et Schœnbein dans les moraines de l'ancien glacier du Rhin à Schussinried entre Frederischshafen et Ulm (Glaciers : Rev. des Deux Mondes, i8Ql,etBull. Soc. d'anthrop., 2^ sér. ,i.U,^. 295,18^1).
Donc tout en admettant qu'en général les animaux éteints sont plus anciens que les animaux émigrés, et que parmi les animaux éteints et émigrés ceux constitués pour vivre sous un cUmat chaud paraissent être plus anciens que ceux constitués pour vivre sous un climat froid, ou voit que la coexistence de plusieurs de ces animaux empêche de pouvoir baser sur les données paléontologiques des indications chronologiques très-positives.
Le Renne dans notre occident existait déjà avec le Mammouth à l'âge des animaux éteints ; mais, selon M. Fraas, il aurait existé en Germanie à l'époque de la pierre polie {Archiv. fur AnthropoL, t. IV-V, 1870-2, et Rev. d'anikrop., t. III, p. 112). César, peut faire supposer que cet animal existait encore dans l'Europe centrale au [iremier siècle avant J.-C, lorsqu'il montre les Germains couverts de peaux de rennes [...pellibus aut parvis rhenonum tegimentis utuntur : De Bell. Gall., 1. VI, cap. xxi). Toutefois le Renne, Cervus tarandus, distinct du Cervus pnlmatus, cerf à grandes palmures, existant encore au troisième siècle de notre ère, suivant Capitolin (Hist. Auguste, Les Gordiens, cap. m, p. 499, coll. Nisard), et certainement diffèrent de ÏAlces, VAlchis de César [De Bell. Gall., 1. XI, cap. xxvii), de Pline {Eist. nat. 1. Ylll, §. XV), et d'autres auteurs anciens, de l'Elch, Elk ou Elg des Celtes, du Cervus Alces de Linné,
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c'est-à-dire de l'Elan également émigré vers le nord-est, dès le premier siècle de notre ère paraît avoir surtout habité la Scythie, c'est-à-dire la Russie actuelle, où Pline dit alors qu'il se trouvait {Hist. nat., 1. YllI, § 52). Actuellement le renne n'existe plus qu'en Laponie, au nord de la Norwége et de la Suède, et dans la pazlie septentrionale de la Russie. Cependant il est bon de remarquer que dans les œuvres de Buffon annotées par Cuvier et A. Richard, ces naturalistes, tenant compte d'un passage de l'ouvrage de Gaston Phœbus sembleraient disposés à admettre la survivance du renne dans notre Europe occidentale, en particulier dans nos Pyrénées, non-seulement jusqu'au premier siècle après J.-C. mais voir même jusqu'au quatorzième siècle (Bufl'on, Œuvres compL, publ. par A. Richard et Cuvier, t. XVII, p. 106, et in-8°, 1826, t. IV, p. 529, éd. in-f°, 1840). En effet, dans le Traité cynégétique du comte de Foix, il est parlé du Rangier, c'est-à-dire du Renne, appelé Hreingyr par les Norvégiens, et voire même encore appelé Ranger dans notre blason, ainsi que l'indique M. Littré (Dict. de la lang. franc. : Ranger). Gaston Phœbus aurait eu occasion de voir cet animal en Morienne, peut-être la Maurienne, région alpestre froide, où l'on comprendrait que les rennes eussent pu vivre plus longtemps que dans nos plaines à température plus douce. Il s'exprime ainsi : (( Cy devise du Rangier et de toute sa nature... il a la teste plus grande que le cerf et plus chevillée... Je ay veu en Morienne et prendre oultre mer, mais en rommain pais en ay plus veu... » (Le Myroir de Phebus des deduitz de la chasse aux bestes saulvaiges et des oyseaulx de proye; ch. ii, éd. rapportée à 1509). En tous cas, il ne semble pas admissible, ainsi que le pense Jacques du Fouilloux, que Gaston Phœbus ait chassé le Rangier à force non en Maurienne, mais en Mauritanie, dans les états barbaresques (G. du Fouilloux, seigneur de Gastine en Poitou : La Vénerie, f. 2, 1610). M. Joseph Lavallée pense que Gaston Phœbus aurait connu le Renne dans un voyage qu'il aurait fait vers 1557 avec le Captai de Buch dans le nord de l'Europe (J. Lavallée, La chasse de Gaston Phœbus, ch. n, p. 24, note).
Pareillement l'aurochs, qui, selon E. Lartet, est représenté sur deux médailles gauloises des Santons et des Bellovacs de la collection de M. de Saulcy {Noiiv. Rech., p. 229), existait en Germanie au temps de Pline, et quelques siècles après [Germania insignia tamen boum ferorum gênera, jubatos bisonlets, excellentique vi et velocitate uros. Pline : H. N., l.Vlll, § 15, p. 524). Actuellement il habile encore la forêt de Bialowicz en Lithuanie, et le Haut-Ouroup, dans le Caucase, d'après MM. Chodzko et Grabowski, Viennot et Issakoff (Chodzko et Grabowski, La Pologne, t. I, p. 52. Paris, 1835-1836. — Viennot et Michel Issakoff, L'Aurochs ou Bison d'Europe : Bull, de la Soc. d'acclimatation, l'^ sér., t. IX,p. 842, oct. 1862, et 2'=sér., t. V, p. 145, avril 1868).
Quant à la chronologie archéologique, elle a pour première période, la trèslongue période de la pierre. Généralement on divise cette période en deux grandes sous-périodes , celle de la pierre taillée, archéolithique ou paléolithique, et celle de la pierre polie ou néolithique. Cependant , quelques archéologues, avec M. Rebon\{Bull. Soc. d'anthr., 2^ sér., t. Vlll, p. 525-551, 1875) croient devoir diviser la longue période de la pierre en trois sous-périodes, celle de la pierre éclatée ou paléolithique, celle de la pierie taillée ou mésolithique, et celle de la pierre polie ou néolithique; les deux premières sous-périodes répondant alors à la première sous-période de la division généralement adoptée.
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M. Gabriel de Mortillet, dans la longue période de la pierre, divisée en deux sous-périodes principales, celle de la pierre taille'e, archéolithique ou paléolithique et celle de la pierre polie ou néolithique, croit devoir distinguer cinq subdivisions différant entre elles par des types archéologiques divers, dont il a soin de montrer les relations avec les âges paléontologiques. De ces cinq subdivisions, quelques-unes, selon M. l'abbé Bourgeois, MM. Franks et Hamy auraient été synchrones, soit dans les mêmes tribus, soit dans des tribus voisines plus ou moins habiles à tailler le silex. Ces cinq subdivisions sont, à partir des temps les plus reculés : 1" Vacheidéen, type de Saint-Acheul : grands instruments de pierre en forme d'amande; 2" le moustierien, type du moustier; pointes de silex retaillées d'un seul côté, et racloirs ; 3° le solutréen, type de Solutré, pointes de silex en feuille de laurier taillés des deux côtés ; 4" le magdalénien, type de la Madeleine, flèches bardelées en os et lames de silex; 5° le robenhausien, type de Robenhausen, haches polies en pierre et flèches barbelées en silex (G. de Mortillet, Classification des diverses périodes de l'âge de la pierre : Rev. d'anthrop., t. I, p. 452-445, 1872. — Bourgeois, Franks, Congr. d'anth. et d'arch. de Bruxelles en 1872, p. 452 et 444. — Hamy, Bidl. Soc. d'anthrop., 2« sér., t. VI, p. 173, etc., 1871).
Suivant la classification chronologique des cavernes habitées et stations sous abri donnée par M. G. de Mortillet, les plus anciennes seraient de l'époque du Moustiers. Viendraient ensuite celles de l'époque de Solutré. Les cavernes comme celle d'Aurignac, contenant de nombreux instruments d'os ou bois de rennes entaillés à leur base, seraient intermédiaires aux stations ou grottes de Solutré et de la Madeleine. Enfin les dernières seraient de l'époque de la Madeleine. Elles présenteraient de nombreuses extrémités de flèches ou de lances en os ou bois de rennes, à partie inférieure en pointe ou en biseau {Compt. rend, de YAcad..des sciences, mars 1869, p. 555, etc.).
Quoique l'usage des instruments de pierre taillée ou polie se soit prolongé fort longtemps dans les pays du nord, en particulier dans les États Scandinaves; quoique dans notre pays, récemment MM. Moreau et Millescamps aient rapporte quelques faits, en particulier ceux observés à Caranda, près de Fère-en-Tardenois, dans le département de l'Aisne, tendant à témoigner de l'usage des objets de pierre durant les époques de bronze, du fer, jusqu'à l'époque mérovingienne, ■ d'une manière générale, longtemps avant les temps historiques, aux instruments de pierre avaient succédé des instruments de bronze, puis de fer, métaux dont la présence permet donc également d'assigner parfois une date approximative à certaines sépultures (Millescamps, Bull. Soc. d'anthr., 2"^ sér., t. ÎX, p. 506- 515, 1874, et t. X, p. 169-182, 1875; et Congr. int. d'anthr. et d'arch. préh. de Stockholm, 1874, p. 650-658).
Intermédiaire à l'époque de la pierre polie et à celle du fer, l'époque du bronze dans notre occident a été mise en doute par M. Alex. Bertrand, qui paraît la considérer comme ayant été simultanée avec l'époque du fer, dont il ne serait pas possible de la différencier; l'apparition du fer en Gaule remontant au moins au septième siècle avant notre ère. Cette opinion assez généralement oontestée par MM. Desor, Worsaaî et autres archéologues, ne paraît tenir nul compte des trèsnombreux objets de bronze trouvés sans aucun objet de fer. Aussi, tout en constatant la coexistence des objets de bronze et des objets de pierre dans des temps anciens et la coexistence du bronze et du fer dans des temps plus récents, avec MM. Chantre, G. de Mortillet et la plupart des archéologues français et étran-
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gers, on est amené à admettre une époque intermédiaire où les objets de bronze prédominaient ou étaient seuls employés. Cette époque paraît mériter le nom d'âge ou d'époque du bronze. Suivant ces archéologues, cette époque du bronze pourrait même se subdiviser en trois périodes successives. La première serait, d'après M. Chantre, celle (ï importation ou des trésors, les objets de bronze étant alors trouvés réunis on grand nombre, principalement sur les cols des Alpes, voies par lesquelles ces objets étaient importés d'Italie dans les Gaules. Après l'introduction dans notre pays de l'industrie du bronze, dans les premiers temps le bronze était uniquement coulé. M. de Mortillct appelle cette époque celle du fondeur. Alors s'observent d'abord des haches de petites dimensions, dont la partie plate opposée au tranchant est étroite, et peut être serrée et liée dans un manche fendu. Ensuite s'observent des haches plus volumineuses à larges ailerons, à douille recevant l'extrémité du manche. Dans les derniers temps de l'époque du bronze, outre la fusion on employait le martelage, on savait faire des casques et autres pièces volumineuses. M. de Mortillet appelle cette époque celle du marteleur ou du chaudronnier (G. de Mortillet, Assoc. pour l'avanc. des sciences, session de Lille, 1874, p. 537. — G. de Mortillet, Ernest Chantre, Al. Bertrand, Desor, etc., Congr. int. danthr. et d'arch. préh. de StockJwIm, 1874, p. 408, 411, 423, 451, 435, 442, 595, etc. — Ernest Chantre, L'âge du bronze en France et notamment dans le bassin du Rhône, 1875, 1876).
La sériation de toutes ces divisions et subdivisions archéologiques, quoique plus ou moins variable suivant les régions, peut être ainsi indiquée d'une manière générale ; mais jusqu'à ce jour, il est fort difficile de reconnaître quelle a été la durée de chacune de ces divisions et subdivisions. Depuis les premières périodes de la pierre taillée des milliers de siècles se sont écoulés ; car de nombreuses et puissantes strates géologiques se sont superposées, et de nombreuses espèces animales se sont éteintes. Quant aux objets de la pierre polie, dont l'usage, selon M. Alex Bertrand, n'aui'ait été importé dans notre occident que quatre mille ans environ avant l'ère chrétienne ; quant aux objets de bronze dont l'introduction ne remonterait qu'à dix-neuf cents ou deux mille ans avant J.-C. ; aucune déduction scientifique, à ma connaissance, ne paraît autoriser à fixer ainsi ces dates minima approximatives (Alex. Bertrand, Le Renne de Thaingen, Acad. des inscript., 6 mars 1874; Rev. archéoL, ann. 15% XXVII'^ vol., p. 303, etc., 1874).
Sans insister sur les données chronologiques fournies par les instruments de fer, sans insister davantage sur les documents archéologiques de toutes sortes, qui, depuis les temps historiques conservent encore une si grande importance dans la détermination des dates approximatives, je me bornerai à rappeler que ce dernier métal, le fer, longtemps ne reçut qu'une préparation bien imparfaite, car Polybe et Polyen nous montrent les Gaulois d'Italie armés d'épées , soit de bronze, soit de fer aiSnpoç se tordant au premier choc (Polybe, 1. II, cap. xxxiii , p. 91, coll. Didot. — Polyen, 1. VIII, cap. VII : Camille, p. 707, texte et trad. lat. de Casaubon, Lugdunum Batavorum, 1690).
Le tableau suivant, empruntant la plupart de ses indications aux classifications géologiques, paléontologiques et archéologiques de MM. Lyell, Hébert, Belgrand, Haray et de Mortillet, permet d'apprécier approximativement les relations des docunaents que la géologie, la paléontologie et l'archéologie fournissent à
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l'évaluation chronologique des anciens débris humains (Hébert, Classif. des terrains tertiaires, p. 9 de Ch. Lyell, V Ancienneté de V homme. Paris, 1870. — Belgrand, l'Epoque quaternaire dans le bassin de Paris : Congr. inst. (Vanihrop. et d'archéol. de Bruxelles, en 1872, p. 152 et 144; voir aussi Dupont, Hébert, p. 110, 149, etc. — Hamy, Précis de paléontologie humaine, p. 7. Paris, 1870. — G. de Jlortillet, 1. c. : Rev. d'anthrop., t. 1, p. 432, 1872 ; Congr. anth. de Bruxelles, 1872, p. 432, etc., et Tableau archéologique de la Gaule, éd. Leroux, etc.).
11 est bon de remarquer que les données géologiques, paléontologiques et archéologiques permettent d'évaluer, non pas l'ancienneté absolue de tel ou tel tbssile humain, mais uniquement son ancienneté relative, son antériorité ou postériorité par rapport à telle ou telle strate géologique, à tel ou tel débris fossile.
Relativement à cette ancienneté relative, adoptant l'opinion d'Anders Retzuis relative à l'antériorité dans notre Europe des peuples brachycéphales {^px^yceia. ■/.vfoli], courte tète) ou à crânes courts et arrondis sur les peuples dolichocéphales à crânes longs dans le sens antéropostérieur [SalL^oi, long), M. Pruner Bey ainsi que d'autres anthropologistes avaient pensé retrouver dans les fossiles humains les plus anciens de notre occident le type brachycéphale. Mais parmi les ossements fossiles, peu nombreux, et la plupart fragmentés des hommes contemporains des grands mammifères éteints, de l'ours des cavernes, du mammouth et du rhinocéros, comme ceux d'Aurignac, de Moulin-Quignon, de la Naulette, d'Engis, d'Eguisheim, de Cro-Magnon, etc., les uns ne consistent guère qu'en dents, débris osseux, fragments de mâchoire ne permettant guère d'inférer avec certitude la conformation céphalique des humains dont ils proviennent. Quant aux autres ils ont appartenu à des races dolichocéphales. Donc, ainsi que l'a fait ressortir M. Broca, dans l'état actuel de nos connaissances, et sans rien préjuger des solutions diverses pouvant être apportées à cette question d'antériorité par des découvertes paléontologiques ultérieures, dans notre Europe occidentale les peuples dolichocéphales paraissent avoir précédé les peuples brachycéphales (Pruner Bey, Broca, Congr. int. d'anthr. et d'archéol. préhist. Paris, 1867, p. 545, 367, etc., et ailleurs).
Ces peuples dolichocéphales de l'époque géologique quaternaire, de l'âge paléontologique des grands mammifères éteints et de la période archéologique de la pierre taillée ou paléolithique, paraissent avoir présenté de notables différences ostéologiques, et conséquemment semblent avoir appartenu à plusieurs races distinctes.
Avant d'étudier successivement et conséquemment de dénommer chacune des races dolichocéphales anciennes, et diverses autres races ayant peuplé notre pays, il faut remarquer que pour désigner les différentes races humaines on s'est servi, soit des noms des grottes, cavernes, stations, oîi ces races ont été observées pour la première fois, soit des noms des localités oiiont été recueillis, les spécimens les plus caractéristiques de ces races, soit des noms des peuples représentant le mieux les types de ces races ; soit des noms à étymologie grecque ou latine exprimant les principaux caractères anthropologiques de ces races. Il est donc utile, au commencement de l'étude de chaque race, d'indiquer la synonymie où les dénominations diverses antérieurement employées pour désigner cette race. Cette synonymie de chaque race sera complétée par l'indication des peuples paraissant appartenir à cette race.
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