‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.40Chapitre 71 sur 75 · POPULATION TOTALE. ISRAÉLITES · texte numérisé non relu

POPULATION TOTALE. ISRAÉLITES

Habitants pour i naissance 37,48 40,11

JNaissauces pour 100 haliilanls 2,63 !2,49

Enfants naturels pour 100 naissances 7,31 3,3'i

Mariages pour 100 habitants 0,82 0,62

Enfants par mariage 3,05 3,86

( Ictiitimes. . . 105,31 111,25

Garçons pour 100 filles, naissances < naturelles. . . 102,93 96,19

I totales. . . . 103,13 110,66

Habitants pour 1 décès 41,84 56,80

Décès pour 100 habitants 2,59 1,76

Décès pour 100 naissances. 89,34 70,30

Aussi Legoytdéduit-ildecesnombresproportionnels : l°que la fécondité générale des Juifs est moindre que celle de l'ensemble de la population; 2" que leur fécondité légitime est supérieure; 5" qu'ils se marient en moindre nombre; 4" que leur taux mortuaire est exceptionnellement faible; 5° qu'à naissances égales ils ont moins de décès, par suite que leur accroissement est plus rapide (Legoyt, /. c. Joiirn. de statist., p. 91, 115, etc. — Voir aussi : Vitalité de la race juive. Igea, novembre 1806, et Gaz. méd. de Lyon, p. 21, 1'='' janvier 1867).

Les Juifs, selon Boudin, auraient joui d'une remarquable immunité dans les épidémies de peste. M. Lombroso, cité par M. Legoyt, a également signalé le bon état sanitaire des Juifs de Vérone comparés à celui des autres citadins.

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Dans les épidémies de choléra, selon Boudin et L. A. Gosse, les Juifs auraient presque toujours été atteints dans des proportions très-différentes, soit beaucoup moindres, soit très-supérieures à celles présentées par les autres habitants (Lombroso, /. c. — Legoyt, loc. cit., broch., p. 57, etc. — Boudin, Gosse. Bull.de la Soc. d'anthrop., t. II, p. 410-412, etc.).

Boudin comparant les Israélites aux chrétiens catholiques ou protestants, a fait remarquer que, d'après Martini, dans plusieurs États de l'Allemagne ils présentaient une proportion double d'aliénés, remarque que les documents relatifs au grand-duché de Bade, rappelés par M. Bertillon, viennent complètement confirmer (Bertillon, Bade : Dict. encijcl. des se. méd., t. YIII, p. 57, 1868).

D'après M. Liebreich qui a fait des recherches statistiques à l'établissement des sourds et muets de Berlin, et d'après divers autres documents, les Juifs offriraient très-fréquemment de la surdi-mutité, moins attribuable à l'influence ethnique qu'à la consanguinité des procréateurs, question très-justement contestée par M. Daily (Boudin, Daily, Bull. Soc. d'anthrop., t. II, p. 411; t. III, p. 99, 172, 195, etc., 526 ; t. IV, p. 586, 526-559 et 682. — Voir aussi Gaz. des Hôp., 31 mars, 1870, p. 149.

M. Dropsy de Cracovie, M. Pietra Santa et quelques autres médecins ont également signalé la grande fréquence de la phthisie chez les Juifs de Yolhynie, chez ceux d'Algérie et de divers autres pays (Dropsy, Congrès méd. intern. de Paris, en 1867, p. 108, etc. — Pietra Santa, Climat d'Alger : Gaz. heb. de méd., 14 juin, 1861, p. 591. — De l'influence du climat d'Algérie sur la phthisie. Rapp. de Barth, Bull, de Vacad. de méd., 2 nov. 1870, t. XXXV, p. 891).

En Algérie, selon MM. Grellois, Furnari, Boudin, les Juifs sembleraient plus que les autres habitants prédisposés à l'éléphantiasis des Arabes et à l'hydrophthalmie (Boudin, Bull. Soc. d'anthrop., t. I, p. 499, 1860. — Traité de géogr. et st. méd., t. II, p. 140).

Inutile d'insister davantage sur les particularités biostatiques, pathologiques spécialement étudiées par M. Legoyt et M. J. Stockton Hough (Longevity and other Biostatik Pecularities of the Jewish Race : Médical Record. New York, 15 mai 1875), car, différenciant les Israélites des autres habitants de divers pays, pour la plupart elles ne peuvent nullement être considérées comme des particularités ethniques, puisque elles se montrent aussi bien chez les Israélites de race sémitique ou syro-arabe, que chez ceux de races tatare, slave et germaine. Ces particularités biostatîques et pathologiques, que tout récemment encore au Congrès international de démographie constataient plusieurs statisticiens allemands et polonais, entre autres M. Finkelnburg de Berlin, paraissent tenir principalement aux conditions hygiéniques spéciales dans lesquelles, par le fait même de leur religion, de leurs coutumes traditionnelles, se trouvent ces Juifs vivant plus ou moins à l'écart, au milieu des autres populations, sans en adopter les us et les coutumes, ayant parfois un habitat spécial dans un faubourg séparé, dans un ghetto comme à Rome, et une alimentation notablement différente de celle des autres habitants. D'après Christophi Bernouilli, Neufville, Glatter, Mayer, Dieterici, Legoyt, leur faible morbidité, leur faible mortalité et leur longévité paraissent tenir à la régularité habituelle de leur vie, aux soins donnés aux enfants, aux malades, aux vieillards, par suite du grand développement des sentiments affectueux, des

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devoirs de famille. Les Juifs ne s'enivrent que très-exceptionnellement, aussi leur sobriété semble-t-elle les préserver parfois de certaines maladies épidémiques. Si leur alimentation parcimonieuse, insuffisante, jointe à leur habitat principalement urbain, à leur vie sédentaire, dans de petites boutiques, paraît paz'fois les prédisposer à la phthisie, ainsi que cela aurait lieu en Volhynie, elle les met à l'abri des excès de tous genres qui lors des épidémies favorisent souvent le début de la maladie. Quelquefois aussi leur aisance générale et leur éloignement de professions périlleuses, comme l'observe M. Lombroso, semblent dans d'autres pays leur procurer certaines immunités morbides.

RACES GRECQUES ET ROMAINES : Pélasges, nùcc^yz;, Pelasgi; Hellènes, "EllrrJti, Hellènes. — Sahins, Sabini, Sabelli; Latins, Latini. — Tyrrhènes, Tvppn-joi, Tyrrheki; Etrusques, Etkvsci; Toscans, Tusci.

Grecs : Pélasges, Hellènes; ns^ao-yî;, 'eUïivîç, Pelasgi, Hellènes. — Après avoir parlé des peuples de races syro-arabes ou sémitiques, dont faisaient partie les Phéniciens qu'on a vus précédemment, dans des temps reculés, avoir des colonies, des comptoirs commerciaux sur les côtes occidentales de la Méditerranée, en Hispanie, ainsi que dans notre pays, il importe de parler de colons d'autres races, également venus du Midi, également sortis des pays baignés par la Méditeri'anée, des colons grecs et romains.

Les Rhodiens paraissent avoir été les premiers, après les Phéniciens, étant venus se fixer sur ces côtes occidentales. Suivant Scymnos de Chio, au nord-est de l'Ilispanie l'Espagne, ils auraient eu pour première colonie ou comptoir commercial, 'Etxirôpio-j VEinporium Emporiœ, de Tite-Live et des auteurs latins, actuellement Ampurias. Leur seconde colonie aurait été Rhodes, 'Pô^rj, Rhoda.

IliiMTri pàv 'Ep-TTÔoiov, 'Pôiî/j Sï Sevripa'

TauTïjv §ï Tzph) vawv zparoûvTSç IxTiirav 'Pô5toi.. ..

'A'/âQïjv 'Po^avoufffav tî 'Po§a.wç r>v p.éyaç

UQTxpLQç TTa.pa.ppîï, . . . (Scymnos de Chio, vers 204-209, p. 20-4, coll. Didot.)

« ...inde Rhodam ventum; et praesidium Hispanorum,quod in castello erat,vi dejectum. Ab Rhoda secundo vento Emporias perventum. » (Tite-Live, 1. XXX1\ , cap. VIII, t. H, p. 466, texte et trad. de Bureau de Lamalle et Noël).

Cette Rhodes que Tite-Live dit avoir un château fort occupé par des Espagnols, paraît différer de la Rhoda Rhodiorum, de la Rhodes des Rhodiens, de "Po^avouo-tâ, Rhodanusia, construite, selon Pline et Scymnos de Chio, près des bouches occidentales du fleuve, qui conserva le nom de Rhodanus, le Hhône, sur un territoire vraisemblablement occupé, non par des Libyens, mais par des Ligures, Libici, qui auraient donné leur nom à ces embouchures occidentales ara libica, et qui, avec les Sahji habitant sur la rive orientale de ce fleuve, seraient passés en Italie auprès de VerceUce, Verceil, où Pline indique également leur présence. « Atque ubi Rhoda Rhodiorum fuit : unde dictus multo Galliarum fertilissimus Rhodanus amnis. . . Libica appellantur duo ejus ora modica. » (Pline, H. n., 1. III, cap. v, p. 159; voir aussi cap. xxi, p. 175. texte et trad. de Littré).

Vers le commencement du sixième siècle, vers 599 avant notre ère, alors qu'à Rome régnait Tarquin l'Ancien, des navigateurs partis de Phocée, ville grecque d'ionie ou Lydie maritime, actuellement Fokia (à 42 kilomètres nordouest de Smyrne) en Asie Mineure, sous la conduite d'Euxène ou Protis, et de

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Simos, selon Aristote, Plutarque et Justin abordèrent à notre littoral méridional, sur le territoire de Celtes de la petite tribu des Ségobriges, établis auprès de la mer au milieu de la grande tribu ligure des Sallyes ou Sallaves. La fille de Nann, le roi des Ségobriges, appelée nhra, Petta, suivant Aristote, Gyptys suivant Justin, ayant clioisi Euxcnc pour époux, ce Grec, avec les Phocéens ses compagnons, fondèrent Uxcrcoàio., Massilia, actuellement Marseille, où longtemps, selon Aristote, sous le nom de Protiades se perpétuèrent les descendants de Protos, fils d'Euxène et de Potta, surnommée par les Grecs Aristoxène, c'est-à-dire la meilleure hôtesse.

... wç xal Ma(7(7a).ta; Upù-n; vtto KsÎiTôjv tgov TZEpi TÔv 'PoSavov ùyxiTrMîç •

(Plutarque, Vie de Solon, cap. ii, p. 95, coll. Didot).

Temporibus Tarquini régis, ex Asia Phocœensium juventus... Massiiiam inter Ligures et feras gentes Gallorum condidit..., Duces classis Simos et Protis fuere. Itaque regem Segobrigiorum, Nannum nomine in cujus finibus urbem condere gestiebant, amicitiam petentes conveniunt. Forte eo die rex occupatus in apparatu nupliic Gyptis filise erat... (Justin, 1. XLIII, § 3, p. 548, coll. Nisard).

^uy.xcïç oi Èy 'lojvta lu.T^opîcç ^|Owp,îvoi ïV.titov Maaffa/îav. Evïcvo; Sb <I>w/.«£Ùç Nâvw Ttô pa(7i)iïï,... -^v Çévo;... Kaî £(7Tt "yâvoç sv Ma(7(7a)ia àizb t?/; àvGpwTrou p-iy^oi vjv ïlpuridSat •/«),oiJ!/£vov. ITpwToç yàp ïyi-JSTO vioi EuÇïvou '/.ad rfiÇ 'ApioroEévï;;

(Aristote, Fragmenta, t. IV, p. 276, coll. Didot, fragment Xlll apud Athénée).

De nombreux colons grecs vinrent se fixer auprès des compagnons d'Euxène, et, malgré les combats qu'ils eurent à soutenir contre les tribus celtiques et ligures du voisinage, en particulier contre les Salyes, selon Tite-Live, la prospérité de la nouvelle ville ne fit que grandir (1. V, cap. xxxiv, p. 150-133). Vers le milieu du sixième siècle avant Jésus-Christ, lorsque Ilarpagus ou Harpale, général de Gyrus, roi des Perses, s'empai'a de Phocée ; ainsi que l'indique Hérodote, de nombreux Phocéens, plutôt que de se soumettre à la domination étrangère, s'enfuirent alors sur leurs vaisseaux à cinquante rames. Après avoir vainement cherché un asile dans les Œnuses appartenant aux habitants de Chio, ils vinrent d'abord se fixer à 'A.la.lL(i, Alalia, actuellement Aléria, sur la côte oi'ientale de la Corse, qu'ils avaient fondée vingt ans

auparavant. ... oi ^w-zaiscî Icrri'D.ovTo kç Kvpvov £v yàp T/j Kùpvw... àvcu^rtcravro

To^tv, xYi ovvop.(x. h "Aloàiri (Hérodote, 1. I, cap. clxv, p. 54, coll. Didot. Voir aussi cap. xlxiv).

Après avoir soutenu contre les Tyrrhènes ou Étrusques et contre les Carthaginois une guerre navale dont ils sortirent victorieux, mais affaiblis (Diodore de Sicile, 1. V, cap. xiii, p. 261, coll. Didot), de ces Phocéens fugitifs, les uns se portèrent vers le sud-ouest de l'Italie dans la Lucanie, où, selon Ammien Marcellin, ils fondèrent Velium; les autres se fixèrent à Marseille, qui bientôt essaima de nombreuses colonies grecques. sur divers points de notre littoral méditerranéen, ainsi que le disent ce soldat historien et Scymnos de Chio.

A Phocaea vero Asiaticus populus Harpali inclementiam vitans, Cyri régis prœfecti, Italiain navigio petiit. Cujus pars in Lucania Vehum; alia condidit n Viennense Massiiiam : dein sequutis setatibus oppida aucta virium copia, instituere non pauca (Ammien Marcellin, 1. XV, cap. is, p. 41, coll. Nisard).

Au nombre des principales villes grecques de notre littoral méditerranéen, mentionnées par Scymnos, Strabon, par César, Pline, Pomponius Mêla, Ptolémée, Stéphane de Bysance et maints autres auteurs, on peut rappeler 'Rpa/Aloç Movotzo;, PoHus HercuUs Monœci, le Port de la Maison-isolée

FRANCE (anthropologie). 681

d'Hercule, actuellement Monaco ; NtV.^ta, JSicœa, la Victorieuse, actuellement Nice; 'Ai(Tt7ro)vt;, AntipoUs, la Citadelle, actuellement Antibes; Athenopolis Massiliensliim, la ville marseillaise de Minerve ; 'O/Sia, l'Heureuse, aujourd'hui Eaube, selon Am. Thierry; 'kpôv, le Sanctuaire, actuellement Hycres ; Kvp-flvyj, et Tpot^fl, Cyrène et Troezène, peut-être actuellement Correns et Tretz ; Lacydon, Lacydon ; Ktôapîora, Citharisla, Citharislen, la Joueuse de harpe, actuellement la Giotat ; Ta.Dpoivrio-j, Taupo=tç, Tauroin, Tauroenta Castellum Massiliensium, le fort marseillais da Taureau, actuellement le bras de Saint- Georges et de l'Evescat; 'Hpax)ia, Heraclea, la ville d'Hercule, près d'une des embouchures du Rhône, aujourd'hui Saint-Gilles ; "Pàn 'AyaQô, 'AyaOv? Tùyj,, Agatha Massiliensium, la Bonne-Fortune, la fortunée^ actuellement Agde à l'embouchure de l'Hérault; et enfin en Ibérie, au sud des Pyrénées, 'Ey-rrépiov, Emporium, le Marché, actuellement Ampurias. Arelatus, Arelate, Arles, reçut des colons qui s'y étaient fixés le nom de Qr.î^ûvo, Thdine la Nourricière, la Féconde, mentionnée par Feslus Âvienus. Par suite de la présence de nombreux immigrants grecs, certaines villes de peuplades celtiques ou ligures, du sud-est de notre pays, entre autres des Cavares, comme 'Aousvtwv, Avenio, Avignon, et KaëîX).icôv, Cabellio, Cavaillon, fuirent considérées comme des villes fondées par les Marseillais. Il en fut de même de NÉuauc-oç, ISemausus, Nîmes, dont on a vu précédemment la fondation, être attribuée à Nemausos, hls d'Hercule, adoré par les ^ Grecs autant que par les Phéniciens (Scymnos de Chio, vers 215-216. — César, De Bello civili, 1. H, cap. iv. — Strabon, 1. IH, cap. iv, g 8, p. 132 ; 1. IV, cap. I, § 4 et 5, p. 148 et 149, coll. Didot. — Phne, 1. IH, cap. v et VII, p. 159 et 161 da texte et trad. de Littré. — Pomponius Mêla, 1. II, cap. V, t. I, p. 65; voir les annotations, t. YI, p. 465-488 de H. Tzschuck, Lipsias, 1806. — Ptolémée, Géogr., 1. II, cap. x, p. 145 et 146, texte et trad, lat. de Wilberg, 1838. — Stéphane de Bysance, éd. de Westermann. LipsicC, 1839. — Festus Avienus, Orse maritimae, v. 682, etc., p. 144, texte et trad. de Despois et Saviot, coll. Panckoucke. — Voir Am. Thierry, Hist. des Gaulois, I. IV, ch. I, p. 537, etc.

Important au milieu des Celtes et des Ligures une civilisation beaucoup plus avancée que la leur, les Grecs répandus sur le littoral de la Méditerranée, quoique ne paraissant avoir que des comptoirs commerciaux peu nombreux dans l'intérieur de notre pays, virent bientôt leur écriture, leurs caractères graphiques adoptés par les habitants de cette côte et de régions bien plus septentrionales. Non-seulement César nous dit que, lors de l'incursion des Helvètes dans les Gaules, il trouva dans leur camp des tablettes écrites en caractères grecs indiquant le nombre des immigrants de chaque tribu (De Bell. Gall., 1. I, cap. XXIX) ; mais des médailles gauloises recueillies jusque dans le nord de notre pays y témoignent également de l'usage des lettres grecques.

Si de la description taile d'une crâne grec par Fred. Biumenbach, si des mensurations prises sur trois autres par M. Pruner-Bey, on rapproche les observations recueillies soit sur les statues antiques, soit sur certaines populations de la Grèce actuelle, par A. Relzius, Bory de Saint-Vincent, Pouqueville, Prichard, ainsi que les remarques faites par MM. Dareste, Graliolet, Boudin, de Quatrcfages, Cordier, Girard de Uialle, Alex. Bertrand, Broca et Hamy, il semble résulter qu'avec l'anthropologiste suédois on doit distinguer deux races différentes principales constituant l'ancienne population grecque, la race pélasge et la race hellène (Fred. Biumenbach, Decas coll. craniorum

diversarum gentium illustrata. Goltingue, 6*= décad., p. 6, 1790-1828. — Pruner-Bey, Ciiiniométrie : Mém. de la Soc. d'anthr., t. II, tabl. 3, i865. — And. Retzius, État actuel de l'Ethnol. trad. par Claparède, Biblioth. univers. : Rev. suisse et étrangère., LXV^ année, nouv. pér, n" 26, 20 fév. 1860 ; Archives, p. 155. — Bory de Saint-Vincent, l'Homme, t. I, p. 114, Race pelage, 1827. — Pouqueville, Voy. en Morée, à Gonstantinople et en Albanie, p. 245, 249, et t. III, p. 153, etc., 1805, 3 vol. et Voy. de la Grèce, t. III, 1. VIII, ch. VI, p. 313 et suiv., et ailleurs, 6 vol. Paris, 1826-1827. — Prichard, Hist. nal. de l'homme, trad. de Boulin, t. I, p. 269. Paris, 1845).

La race pélasge, ayant très-anciennement occupé la région péninsulaire, plus tard appelée la Grèce, ainsi que l'Italie, paraît s'être fait remarquer par sa brachycéphale, son front large et vertical, son cou assez court et surtout volumineux, ses formes puissantes, son système musculaire très-développé. Les caractères de cette race auraient été reproduits par les sculpteurs de l'antiquité dans les statues d'Hercule, de Jupiter, de Socrate. Beaucoup d'habitants de l'ancienne Épire, beaucoup d'Albanais actuels appartiendraient à cette race brachycéphale. Pouqueville qui, par la constatation de certaines homonymies d'anciennes peuplades caucasiennes et de tribus albanaises actuelles, est amené à attribuer à des Schypetars Arnaoutes ou Albanais actuels une origine orientale, signale leurs yeux noirs, leurs dents fortes et courtes, leur barbe épaisse, leur vigueur, leur structure athlétique, le développement de leur charpente osseuse, leur stature élevée, la beauté, l'élégance de leurs formes (Voy. de Gr. t. IH, I. VIH, ch. IV et VI, p. 196, 213, 219, etc.). Pareillement M. Obédénare, rattachant aux Pélasges les Thraces ou Grecs brachycéphales de l'intérieur des terres et les Albanais, assigne à ces derniers une taille moyenne, ou au-dessus de la moyenne, des formes athlétiques, une ossature fortement développée, des muscles vigoureux, un système pileux noir, touffu, roide, très-développé. Les femmes se feraient remarquer par l'écartement des seins portés en dehors. (Obédénare, Bull. Soc. d'anthr., 2« série, t. XH, p. 167, 168, 175, etc., 1877).

Arrivée par le nord-est vers le commencement du quinzième siècle avant .lésus-Christ, ayant occupé d'abord l'Hémonie, la Phlhiotide, régions situées à l'ouest du golfe actuel de Saloniqae, la race hellène, après s'être divisée en quatre peuples principaux les Doriens, les Eoliens, les Âchéens et les Ioniens, se serait portée vers l'ouest et le midi. Tout le pays aurait reçu le nom de Grèce de celui d'une tribu hellénique, les rpa.i/.oi. De ces Hellènes, les Ioniens, après avoir occupé l'Ogygie et l'Egialé, région plus tard appelée l'Attique, et l'Achaïe à partir du milieu du douzième siècle avant Jésus-Christ se portèrent en grand nombre sur la portion des côtes de l'Asie Mineure comprise dans la Lydie et la Carie. Ce fut dans cette contrée asiatique, dans l'Ionie si renommée dans l'antiquité par son luxe et sa civilisation artistique et i^affmée, que se trouvaient Milet, Ephèse et Phocée, dont furent originaires les navigateurs, les exilés fondateurs de Marseille.

Cette race hellène conquérante, qui vraisemblablement ne constituait soit en Europe soit en Asie qu'une proportion minime de la population ambiante, selon la plupart des ethnographes, est considérée comme ayant été et étant dolichocéphale. L'indice cràniométrique de 78 pour 1 00, obtenu par Pruner-Bey, cependant est un indice de mésaticéphalie, non de dolichocéphalie; mais aussi cet anthropologiste désigne les trois crânes mesurés par lui comme étant grecs, mais ne les rapporte pas spécialement à la race hellène. D'ailleurs les mensurations crâniomé

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triques étant encore insuffisantes, il se pourrait que ces Hellènes en apparence dolichocéphales ne fussent que sous-dolichocéphales.

Les principaux, caractères anthropologiques de cette race hellène seraient les suivants : crâne régulièrement ovale, à région frontale, large, verticale et élevée, sans bosses apparentes, sans saillies sourcilières notables ; cheveux bouclés, brillants, souples ; sourcils fins, longs, bien arqués; yeux grands, vifs, allongés, de couleur souvent foncée, nez droit faisant suite au front, sans saillie appréciable des os carrés, sans dépression à la racine, à extrémité antérieure plus ou moins l'égulièremcnt cai^ée, peu saillante, par suite de la verticalité du maxillaire supérieur parfaitement orthognathe ; bouche petite à lèvres bien accentuées ; dents complètement verticales formant une double arcade parfaitement régulière ; menton arrondi, visage allongé, régulièrement ovale, sans aucune saillie jugale ; parfaite régularité des traits fins et déliés, et suivant M. Cordier, développement harmonique de toutes les parties de la face, la distance de la racine des cheveux à la ligne sourcilière, celle de cette ligne au bord inférieur du nez et enfin celle de ce bord inférieur à celui du menton étant exactement égales; cou cylindrique, assez long, sans saillie des muscles sterno-cleido-mastoïdiens ; thorax élevé, haut, limité à la partie inférieure de sa face antérieure, ainsi que l'a fait observer Boudin, par le rebord des fausses côtes formant un plein cintre régulier, une ligne concave inférieurement, très-différente de la ligne biconvexe, ou convexe de chaque côté de l'appendice xyphoïde, limitant le thorax chez d'autres races européennes ; belles proportions du corps et des membres, le tronc étant souvent svelte, élancé, les membres plutôt grêles que volumineux, doigts peu différents de longueur ; petit orteil très-court ; stature moyenne ; air noble, grande élégance de forme, fière prestance; esprit vif, grande aptitude aux lettres et aux arts. Cette belle race hellène aurait fourni à la statuaire antique les modèles de l'Apollon du Belvédère, de la Vénus de Milo. Selon Pouqueville, selon MM. Bertrand et Girard de Rialle on retrouverait encore en Grèce, principalement en Morée, à Sparte, sur le Taygète, mais aussi dans l'Attique, voire même en Asie Mineure de beaux représentants de cette noble et belle race.

Les Phocéens qui, avec les Khodiens et d'autres Grecs, prirent principalement part à la colonisation du littoral noi'd-ouest de la Méditerranée, Ioniens d'origine et conséquemment de race hellène, outre de nombreux émigrants de race pélasge, durent également entraîner avec eux quelques émigrants asiatiques, quelques Lydiens composant la majorité de la population de l'iouie.

Dans les localités soit de la Corse, soit de notre littoral méditerranéen, oii l'on a vu les Grecs fonder de nombreuses et importantes colonies, on doit donc s'attendre à rencontrer plusieurs types distincts, notablement différents de celui présenté par la population circonvoisine.

En Corse, bien qu'ainsi qu'il a été dit précédemment, les Phocéens d'Alalia actuellement Aléria, après leur guerre avec les Étrusques, aient été obligés de chercher une demeure, soit au sud de l'Italie, soit sur notre littoral méridional, d'autres Grecs, soldats et colons, selon Jacobi, à une époque beaucoup moins reculée, à partir de 554 après Jésus-Christ, durant la domination oppressive des Grecs de l'empire d'Orient se seraient fixés dans cette île (Hist. gén. de Corse, t. I, 1. 74 et 85. Paris, 1835).

Vers la fin du dix-septième siècle, en 1676, des Grecs Maïnotes originaires des environs de Vitilo, ville du Maina ou Magne, situé au sud de la Morée entre

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l'ancienne Laconie et l'ancienne Mcssénie, entre les golfes de Kolokythia et de Coron, vaincus dans un mouvement insunectionnel contre la domination turque, sous la conduite de leur chef, Jean Stephanopoli, descendant des Comnèncs, anciens empereurs de Bysance et de Trébizonde, au nombre de sept cent trente individus des deux sexes, obtinrent des Génois, alors maîtres de la Corse, le territoire de Paomia, près de l'ancienne ville de Sagone, dépendant alors des communes de Yico et de Coggia au nord d'Ajaccio, sur la côte occidentale. Mais vers 1731, lors d'une révolte des Corses contre la domination génoise, forcés d'abandonner les cinq hameaux de Paomia, ils se réfugièrent à Ajaccio restée au pouvoir des Génois. Enfin en 1774, en dédommagement du territoire qui leur avait été enlevé, ils reçurent des terres sur le promontoire de Pontiglione entre le grand golfe de Sagone et le petit golfe de Pero, là où s'élève Cargèse, dans le canton de la Pianaet l'arrondissement d'Ajaccio. Les descendants de ces colons grecs, par leur activité et leurs mœurs particulières, se feraient remarquer au milieu de la population circonvoisine (Stephanopoli, Mém. hist. sur l'émigration de la colonie grecque de la Morée en Corse, 24 août 1 820. — Nicolaos Stephanopoli, Hist. de la colonie grecque établie en Corse. Paris, 1826. — Yemeniz, le Magne et les Maïnotes : Rev. des Deux Mondes, l"^"" mars 1865, p. 28, etc. — Matlei, Habitants de la Corse : Bull. Soc. d'anthr., 1^ sér., t. XI, p. 607, 1876. — Jacobi, /. c, t. H, p. 14).

Dans le département des Bouches-du-llhône, avec M. Henri Martin, M. Charles Martins, MM. de Quatrefages et Broca, tous les observateurs ont remarqué à Arles, Tarascon, Beaucaire, Saint-Bemy, Orgon et quelques autres petites villes et bourgades, le beau type des habitants offrant une grande pureté des lignes du visage et du corps, une certaine noblesse du port et du geste. Cette belle population descend-elle des colons grecs fixés dans l'ancienne Théliné (0ï5),yv/;)? Telle, paraît être l'opinion de 31. Ch. Martins. M. Henri Martin, tout en reconnaissant que ce type est voisin du type grec, ne paraît pas porté à lui attribuer cette origine. Un nouvelliste, M. J. Canonge, semblerait disposé à admettre la descendance grecque de certaines Arlésiennes à la stature élancée, aux traits réguliers, au profil droit, au teint blanc et vermeil, se distinguant elles-mêmes sous les dénominations locales de Hauturenques et de Placenques, des Boquettières gracieuses habitantes, aux yeux pétillants, du faubourg de la Boquette. Dans le département de l'Hérault, à Agde, l'ancienne 'Ayaôa ■^•^yjo, actuellement encore suivant M. de Quatrefages, on serait frappé de la beauté 'des filles des pêcheurs présentant le type grec dans toute sa pureté (Henri Martin, les Baces brunes et les Races blondes : Rev. nationale et étrangère, 1. Hl, p. 124-125. — Cliarles Martins, Rev. des Deux Mondes, 1" février 1870, p. 650. — De Quatrefages, Broca, Bull. Soc. d'anlhrop., t. H, p. 408, 1861, et 2« sér., t. HI, p. 19, 22, 1868. — Canonge, Arles en France, p. 4-8, 1861).

Romains, Bomani, Poaaioî, Sahins, Sabini, Sabelli; Latins, Latini; Thyrrhenes, Étrusques, ThyrrheiM, Etrusci, Tusci. — De même que les Grecs s'étaient substitués aux Phéniciens dans la colonisation de notre littoral méditerranéen, de même les Bomains se substituèrent aux Grecs. Appelés par les Marseillais vers l'an 125 avant notre ère, les Bomains ne tardèrent pas à former la province qui s'étendit bientôt des Alpes à Toulouse. Lorsque Pompée eut enlevé cette province aux lieutenants de Sertorius, le proconsul Fonteius expulsa une partie des habitants de Tolosa Toulouse, de Rouskino Perpignan, de Biterrœ Béziers,

FRANCE (amhropologie). 685

pour donner ces villes à des colons militaires (Hist. de France, par Guizot. — Aug. Thierry et de Barante, t. I, p. 72, 1854).

Par les conquêtes de César de 57 à 50 avant Jésus-Christ la domination des Romains s'étendit sur tout notre pays, qui la supporta, non sans peine, jusqu'au cinquième siècle après Jésus-Christ, lors de la grande invasion îles peuples de Germanie.

Quoique les Romains aient eu longtemps dans les Gaules de nombreuses armées, une administration considérable; quoique leur commerce y fût trèsétendu, quoiqu'ils aient imposé aux habitants non-seulement leurs institutions, mais voire même en partie leur langue, leurs caractères graphiques, surtout dans les villes et les régions méditerranéenne et rhodanienne ; bien qu'ainsi que les Grecs, leurs prédécesseurs, ils aient fait adopter plus ou moins leur religion en assimilant les divinités gauloises aux dieux du paganisme par eux adorés, l'influence anthropologique des Romains sur notre population paraît avoir été minime, soit par suite de leur dissémination extrême au milieu des nombreuses populations des vastes contrées qui composaient leur empire, soit aussi par la diversité des éléments ethniques de ce peuple dominateur, mélange de Pelages, de Sicules, d'Étrusques, de Ligures, de Grecs, d'Ombres, etc.

Si la Corse n'avait eu primitivement à peu près les mêmes origines ethniques que l'Italie centrale, l'influence des Romains eût dii être plus manifeste sur la population de cette île, que non-seulement ils soumirent et occupèrent à la suite de huit expéditions successives, de 259 à 154 avant Jésus-Christ, mais aussi qu'ils colonisèrent à différentes époques. En effet, les Tyrrhènes ou Étrusques que Paolo Limperani croit être les premiers habitants de l'île, en furent au moins les très-anciens colonisateurs. (Hist. délia Corsica dà Tirreni suoi primi abitatori, 2 vol. in-4°. Bonn, 1779).

Entre autres villes les Tyrrhènes y possédèrent isUaix, Nicœa sur la côte nord-ouest, ainsi que l'indique Diodore de Sicile (1. V, g 13, p. 262). Marins y fonda Mariana à l'embouchure du Golo, et par les ordres de Sylla, Aleria, ancienne ville phocéenne, reçut aussi des colons romains, ainsi que le dit Pline « Corsica, habet Marianam A. C. Mario deductam, Aleria, a dictatore Sylla. » Pline, Hist. nat., 1. III, cap. xii, p. 167, texte et trad. de Littré.

Des éléments ethniques si multiples composant le peuple romain, plusieurs, eu particulier les Ligures, les Sicules, les Ombres et les Grecs, eux-mêmes mélange de Pélasges et d'Hellènes, ont précédemment attiré notre attention; il n'importe donc de parler actuellement que des Étrusques et surtout des habitants du Lalium et de la Sabine, paraissant le mieux mériter la dénomination de Romains, 'PoumoI, Romani, Sabini,Sabelli, Latini ; Tvpprivoi, Tyrrheni Etnisci, Tusci.

Principalement par suite de considérations linguistiques, tour à tonr les Étrusques ont été considérés, soit avec Paolo Limperani, MM. Stickel, Chavée, Pruner-Bey, comme se rattachant aux peuples sémitiques ou syro-arabcs plus ou moins parents des Phéniciens, venus en Italie de la Lydie, soit avec MM. Prichard, Corrsen et Ferdinand Levé, comme un peuple italiote parlant une langue aryenne ou indo-européenne (Paolo Limperani, /. c, t. I, liv. I, g 51, p. 5, et 52, p. 56, 2 vol. in-4", 1779. — Stickel, « Etruskische durch Erkhcrung von Inschriften und Namen als semitische Sprache erwiesen », 1 vol. in-S". Leipzig, 1858. — Chavée, Pruner-Bey, Sur les origines étrusques : Bull. Soc. cVcmt/ir., t. ni, p. 445-448, 1862; t. IV, p. 515, 1863, et 1. Y, p. 571, etc.,

686 FRANGE (anthropologie).

1864. — Prichaid, Ilist. nat. de l'iiomme, t. I, p. 256, trad. de Roulin, 1843. — F. Levé, Bull. Soc. (Vanthr., 2^ sér., t. YII, p. 565, 1872).

Sans nullement prétendre trancher cette question d'ethnogénie encore insullisamment élucidée, par suite de la multiplicité des races de l'ancienne Étrurie, on peut néanmoins remarquer que cette dernière opinion, rattachant les Étrusques ou Tyrrhènes aux anciens peuples italiotes, semblerait peu éloignée de celle de Denys d'Halicarnasse qui, tout en rapportant certains passages de Thucydide et de Sophocle pouvant faire croire que les Tyrrhènes étaient des Pélasges venus de Grèce, réfute cette assertion et n'admet pas davantage la provenance lydienne des Tyrrhènes, dont la langue aurait différé de celle parlée en Lydie (1. I., § XXIX, p. 75; g XXX, p. 78 du t. I du texte et trad. lat. et annot. de Reiske, H. Stéphane, Sylburg, Casaubon. Lipsi«, 1774).

Bien que M. de Baër ait cru reconnaître la brachycéphalie des descendants des anciens habitants des Alpes Rhétiques, des Romans actuels du sud-est de la Suisse, contrairement M. His, par des études ultérieures plus étendues, en constatant que la population de cette région est principalement dolichocéphale, a permis de la rapprocher des Étrusques, également dolicliocéphales, dont Pline signale les rapports ethniques avec les Rhètes (De Baër, Ueber den Schâdelbau der Bhâtischen Romanen, ci Bull. Soc. (Vanthr., t. 1, p. 80-82, et t. V, p. 588, 1864. — His, Sur les crânes de la population rhétique : Bull. Soc. d'anthr., t. IlL p. 879, 1864).

M Rhoetos Thuscorum prolem arbitrantur. » (Pline, H. n., l. Ill, § xxiv, p. 177, texte et trad. de Littré, coll. INisard).

En effet, la dolichocéphalie des Etrusques paraît avoir été assez généralement observée par M. de Baër, par M. Ilis, par 51. Giustiniano-Nicolucci, qui donne aux crânes étrusques un indice sous-dolichocîphale de 76 pour 100, et voire même par M. Calori qui, de l'étude de neuf crânes de l'Étrurie et seize de Felsina, l'ancienne ville plus tard devenue Bologne, après avoir attribué à l'élément ethnique ligure certains brachycéphales , est également amené à regarder les Étrusques comme étant dolichocéphales, ou plutôt sous-dolichocéphales, presque sur la limite de la mésaticéphalie, avec un indice moyen de 77,50 pour 100. (Gust. ^'icolucci, Sui crani rinvenuti nclle necropoli di Marzabotto e di Yillanova nel Bolognese, p. 8, extr. de : Di un antica necropoli a Marzabotto... par le comte Gozzadini. Bologna, 1865. — Luigi Calori, « Délia stirpe che ha populata l'antiche necropoli alla Certosa di Bologna. » Bologne, 1875, in-folio. — Paul Broca, Les Ombres et les Étrusques : Bev. d'anthrop., t. lll,

D'api'ès des mensurations prises par M. Topinard sur six têtes étrusques, cet ancien type aurait été notablement prognathe [Bull. Soc. d'anthr., 2" sér., t. Vlll, p. 46, 1875). Enfin si, avec M. N. J. Perier, ainsi que je l'ai fait également, on cherche à déterminer le type ethnique le plus ordinairement reproduit par les statues sépulcrales et par les peintures céramiques des anciens Étrusques, si l'on cherche à letrouver à différentes époques ce même type dans les œuvres d'art de la Toscane, si enfin on regarde avec attention les habitants de races mêlées de Florence, de Fiésole, de Yolterra et de la région circon voisine, on est amené à penser que les Tyrrhènes ou Étrusques avaient la tête allongée, la face longue, le nez mince, long, droit ou un peu courbe, à extrémité anguleuse et pointue, sans dépression naso-froutale , la stature assez élevée, le corps assez élancé, quoique parfois l'eplet, le bassin assez volumineux.

FRANCE (anthropologie). 687

les cuisses fortes, charnues, les extrémités des membres assez grêles, les os étant longs sans être massifs (Perier, Lagneau, Sur les Étrusques : Bull. Soc. d'anthr., t. III, p. 449, 1862 ; t. Y, p. 326, 1864).

La figure longue, les traits allongés, expressifs, que les artistes donnent au Dante, à Pétrarque, paraissent rappeler cette ancienne race. D'après les récentes mensurations prises par M. Caneslrini sur le crâne et les os longs de ce dernier poëte, rappelant « le type étrusque ancien », Pétrarque avait un indice céphalique de 74,07 pour ICO : il était donc dolichocéphale, sa capacité crânienne était de 1662 centimètres cubes, sa taille d'environ 185 centimètres, ses membres inférieurs étant proportionnellement plus développés que les supérieurs, etc. (G. Caneslrini, « La ossa di Francesco Petrarca, 1674 », extr. dans Rev. d'anthr., t. IV, p. 729, 1874). On rencontre encore à Florence des femmes aux beaux yeux, à la belle chevelure, au visage oblong, à la stature élevé, aux formes élancées, représentant encore cet ancien type.

Ces anciens Étrusques qui, après la réunion des habitants de l'Étrurie à ceux du Latium, devinrent un des éléments constitutifs du peuple romain, conquérant des Gaules, paraissent avoir eu, antérieurement à cette époque, des relations commerciales avec les habitants de notre pays, voire même avec ceux de la région septentrionale, répondant actuellement au département de la Marne, où M. Joseph de Baye paraît avoir découvert de nombreux bracelets, colliers, œnochoës, coupes et autres objets archéologiques de provenance ou d'imitation étrusque; opinion que semblerait partager M. le comte de Gozzadini, l'explorateur des cimetières de Marzabotto et de Vilianova dans les environs de Bologne (Joseph de Baye, l'Art étrusque en Champagne, extr. du Bull, monumental, 5° sér., IIF vol., 1875, Tours, 1875. — J. Gozzadini, l'Élément étrusque de Marzabotto : Matériaux pour Vhistoire de l'homme, 2'= sér., t. lY, p. 30 à 57, extr. dans ileu. d'anthr., t. II, p. 520, 1875).

Mais parmi les Ligures, Sicules, Ombres, Pélasges, Hellènes, Tyrrhènes ou Étrusques ayant concouru à la formation du peuple romain, les habitants de l'ancienne Italie, qui paraissent avoir présenté le type spécial méritant le mieux d'être appelé type romain, semblent être ceux de race sabeliique : car les patriciens de Rome, dont la statuaire antique nous a principalement conservé les traits, étaient, suivant J. Ampère, presque exclusivement des Sabins, anciens habitants de la partie centrale et montagneuse de l'Italie, à l'est du haut Tibre, autour des villes de Cures, Reate, etc., montagnards dont se rapprochaient vraisemblablement, au point de vue ethnologique, quelques autres peuplades voisines parlant le latin, ainsi que paraît le penser M. Pruner-Bey (J. Ampère, i'Hist. romaine à Rome, t. 1, p. 245, et t. Il, p. 20, etc., 2 vol. 1862. — Pruner-Bey, Bull. Soc. d'anthr., t. lY, p. 514, 1865).

Des mensurations prises par cet anthropologiste sur deux crânes romains seulement, on pourrait être porté à inférer la sous-dolichocéphalie de ce type ethnique (Pruner-Bey, Mém. de la Soc. d'anthr., t. II, p. 452, tabl.). Mais des descriptions données de cette race par F. Blumenbach, Gérard Sandifort, William Edwards, Anders Retzius, Barnard Davis et Thurnam, par M. Maggiorano, M. Pruner-Bey lui-même, MM. Rochet, Bonté et maints autres observateurs, soit d'après l'étude de quelques crânes anciens, soit d'après l'examen attentif des statues représentant des Romains des époques reculées, alors que leur sang n'était que peu mêlé à celui de tant de peuples divers plus tard par eux conquis, il semble permis de regarder ce type romain, cette race sabeliique

688 FRANCE (anthropologie).

comme caractérisée par un crâne non pas allongé, dolichocéphale, mais bien long et large, plus ou moins carré, sinon globuleux comme les brachycéphales, mais de grand volume, de grande capacité, ayant un diamètre transversal très -considérable, le diamètre antéro-poslérieur étant loin d'être court; conformation mieux exprimée peut-être par la dénomination d'euricépliale {ziipûcc y.efal/1, large tète) déjà employée par M. Broca dans la description d'autres races (Fréd. Blumenbach, « Decas lY" coUectionis suœ craniorum gcntium illustrata ». Gotting., 1790 à 1824, p. 7. — Gérard Sandifort, « Tabulée craniorum diversarum nationum ». Lugduni-Batavorum, 1858 : « Cranium Romani. » — \V. Edwards, Mém. de la Soc. elhnol. Paris, 1841, p. 43. — And. Retzius, État actuel de l'etlmol. : Bibliotli. vniv.; Rev. suisse et élrang.. Archives, LXY« année, nouv. période, t. Yll, n» 26, 20 févr. 1860, p. 154. — Barnard Davis et John Thurnam, « Grania britannica, 1-4 décad., 1856 », — Maggiorano, « ?suovo saggio de studii cranologici sull'antiqua stirpe romana e suUa elrusca. Roma, 1862 ». — Pruner-Bey, Rapp. sur ce Mém. de Maggiorano : Bull. Soc. d'antlir., t. IV, p. 514; voir aussi p. 171. — Rochet, Du type romain ancien : Mém. delà Soc. d'anthr., t. III, p. 127-145, novembre 1866. — Bonté, Bull. Soc. d'anthr., t. Y, p. 283, 1864. — Ducom et 3Iorpain, Bull. Soc. d'anthr., t. II, p. 655, 1861. — Broca, Bull. Soc. d'anthr., t. II, p. 647).

En outre, ce type romain serait caractérisé par l'aplatissement du veitex, la voûte crânienne étant large et peu bombée, conformation platicépbale {■Kldnia. v.i'fylr), large ou plate tête) selon M. Davis ; par la voussure considérable des régions pariétales et temporales sus et rétro-auriculaires, telle que les oreilles, sans être écartées de la tête, sont dirigées en avant ; par le développement des apophyses mastoïdes, et le grand diamètre bizygomatique; par la saillie delà protubérance occipitale ; par le peu de hauteur du front, très-large, droit et lisse, par une légère dépression naso-frontale, par le nez assez fort, droit ou légèrement aquilin, à saillie modérée, de longueur moyenne, le bord inférieur étant horizontal ; par des arcades sourcilières larges, mais non saillantes au-dessous du front, par les yeux grands, par la face large sans que les os malaires soient très-saillants, par la brièveté de la lèvre supéi'ieure, par la bouche bien accentuée, par les dents courtes, par le menton court et arrondi, par le peu de hauteur des branches montantes et la forme carrée des angles du maxillaire inférieur dont le bord est horizontal ; en général, par le peu de hauteur du visage, d'apparence plus ou moins quadrangulaire, la tète, vue de face ou même de profil, ayant une forme cuboïde à angles arrondis ; par le cou assez court et musclé, par une poitrine tjès-large, par des membres forts et peu longs, par un système musculaire trèsdéveloppé, par une ossature courte et massive, par une stature moyenne ou peu élevée.

En parcourant les musées d'Italie et celui du Louvre on retrouve ces caractères sur la plupart des statues de Néron, de Germanicus, de Claude, de Caracalla, de Géta et de beaucoup d'autres personnages des premiers temps de l'empire, de familles romaines, quoique parfois nés loin du Latium. Touteibis on les observe encore, mais exceptionnellement, à une époque plus avancée de l'empire, sur les statues de Gallien, de Constantin I", etc., alors que les Romains de race sabellique ne formaient plus qu'une minime proportion du peuple romain.

Par suite de la diversité des éléments ethniques précédemment indiqués con-

FRINCE (anthropologie). 689

stituant le peuple romain, les rares descendants de Romains de race sabellique, voire même d'Étrusques, dans les diverses régions des Gaules, doivent être fort disséminés, bien que les soldats, les administrateurs, les commerçants romains ayant habité, s'étant fixés dans notre pays, paraissent avoir été nombreux, surtout dans la région méditerranéenne et dans quelques villes de l'intérieur.

Certaines Ârlésiennes actuelles rappelleraient cependant, par la régularité de leurs traits, les matrones romaines (J. Canonge, /. c, p. 5). Certains habitants des plaines du Tarn, au nez fortement déprimé, à la tète courte, moins petits et moins bruns que les Espagnols, moins grands et moins blonds que les habitants des montagnes de cette région, ont également été regardés comme les descendants de Romains (A. Hugo, France pittor., t. Il, p. 77, Hérault; et t. III, p. 185 et suiv., Tarn, d'après Lamarque et Vaudreuil). Rien que cette région ait été fortement romanisée, bien que Réziers, dans le département de l'Hérault, paraisse avoir du son surnom de Betterœ Septimanorum au séjour de la septième légion dans l'une des sept principales villes de la partie de la Narboimaise comprise dans la province plus tard appelée la Septimanie (Pline, l. III, ch. v, p. 169, t. et tr. de Littré), il est bon de remarquer que la plupart des soldats et colons romains habitaient les villes, non les campagnes. Or de ces villes plusieurs, et des plus importantes, virent leur population décimée par la guerre. Nonseulement Béziers, Besara, nous est montrée par un écrivain de la fin du quatrième siècle ap. J. C, par Festus Avienus, comme bien déchue de son antique renommée (Orse marit., p. 158, texte et trad. de Despois et Saviot, coll. Panckoucke); mais on sait que prise par les Goths au cinquième siècle, puis par les Arabes et ensuite par Charles Martel au huitième, et par Simon de Montfort en 1219, lors de la cruelle guerre des Albigeois, elle vit la plus grande partie de sa population périr dans ces sièges successifs, principalement à la suite de ce dernier.

Dans une commune de l'ancienne Franche-Comté il existerait encore, suivant M. de Quatrefagcs, des descendants de colons romains se mêlant peu avec les habitants des localités voisines, et se faisant remarquer par leurs noms propres d'origine latine, par exemple, par__ celui de Lentule {Bull. Soc. d'anthr., t. II, p. 407, 1861).

Bien que je sache qu'au commencement du cinquième siècle, après l'occupation de la partie sud-est des Gaules par les Burgondions, de la partie sud-ouest et centrale par les Wisigoths, de la partie nord-est par les Francks, les Romains purent maintenir encore quelque temps leur autorité sur la région nord-ouest, sur l'ancienne Armorique, je ne pense pas, avec M. Halléguen, que l'on doive considérer les habitants de cette province comme ayant été plus romanisés que ceux d'autres provinces plus méridionales [Bull. Soc. iFanthr., t. II, p. 597). La domination romaine a pu s'y maintenir un peu plus longtemps; mais l'influence ethnique des soldats ou colons de races sabellique, étrusque ou autres, composant le peuple romain, me paraît y avoir dû être faible, et trèsminime.

A des époques plus récentes, des habitants de diverses régions de l'Italie vinrent se fixer en France. Depuis le quatorzième jusqu'à la fin du dix-huitième siècle, de 1509 à 1791, le séjour des papes ou de leurs légats à Avignon attira en Provence beaucoup de familles italiennes.

On a aussi rapporté à des colons anciennement venus d'Italie certaines petites populations qui semblaient différer par le costume ou les mœurs des popu-

nirT vTiC. A« s. IV 44

690 FRANCE (anthropologie).

lations circon voisines. C'est ainsi que les Polletais, aux anciens costumes méridionaux, à la prononciation molle, efféminée, habitant un faubourg de Dieppe, dans le département de la Seine-Inférieure, ont été considérés comme Vénitiens d'origine, ainsi que le rappellent MM. Feret, Vitet, Ludovic Lalanne, Arist. Guilbert et J. Cauvain (Ludovic Lalanne, Ethnol. de la France ; Patria, 1847, col. 1540. — Feret, Notice sur Dieppe, 1824. — L. Vitet, Hist. de Dieppe, p. 550, etc., 184i. — Aristide Guilbert, Hist. des villes de France, t. V, p. 535. Dieppe. — J. Cauvain, Dieppe : le Siècle, 14 août 1865).

Vu la similitude des origines ethniques des Corses et des Italiens, il est inutile de faire remarquer que de nombreux Italiens durent se fixer dans cette île, anciennement comprise dans le patrimoine de Saint-Pierre, depuis 754, et successivement possédée par les Pisans à partir de 1091, puis par les Génois jusqu'en 1768 (Jacobi, Hist. g, de Corse, t. I, p. 95, et t. II, 1855, Paris).

RACES GERMANIQUES : Galates, Toàâtai, Galli; Cimbres, Cimbri, KiiJLjjLépioi; Belges, Bslya.t, Belg^ ; Germains, Wehr-mann, Germani ; Suèves, loûflêot, Suevi ; Burgundions, Boupyoyçîw;;;, Bdrguxdiones; Wisigoths, O-jtirt'/oxQot, Visigothi ; Francks, ^pa.jpi, Frajsci ; Allemands, 'A),(Zf;iavot, Alamani ; Saxons, liqonç, Saxones, Sachsen; f /«mcmc/s, Vlaemings ; Normands, Nordsiann, etc.

Après avoir passé en revue les races de Néanderthal et de Cro-Magnon qui paraissent être les plus anciennes de notre Occident ; après avoir parlé des Ibères, des Ligures, des Aquitains qui ont peuplé principalement le sud-ouest de l'Europe ; après avoir étudié les Celtes qui constituent l'élément ethnique, le plus nombreux de notre nation ; après avoir mentionné les Phéniciens, les Sarrasins, les Juifs de races sémitiques ou syro-arabes, puis les Grecs et les Romains, peuples divers venus dans notre pays par le Midi, par le bassin de la Méditerranée ; il importe de s'occuper actuellement des races septentrionales venues dans nos contrées occidentales, soit en traversant le Rhin, soit par mer, races dont les premières migrations remontent aux temps préhistoriques.

Galates, Cimbres, Kimmériens, Galli, Cimbri, TalkroLi Tôdloi, Ki^uf^spioî, Ki^xêpot. Longtemps les ethnographes qui se sont effoi'cés d'étudier les éléments constitutifs de notre nation paraissent avoir regardé comme un seul et même peuple les Celtes dont il a précédemment été parlé, et les Gaels ou Galates qui semblent avoir été dans notre occident les premiers immigrants des peuples venant par le Nord-Est. Cependant dès 1846, dans son Histoire des peuples bretons (t. I, introd., ch. i, p. 1 à 7), cette distinction ethnique avait déjà été indiquée par M. Aurélien de Gourson, qui posait nettement la question : Les Celtes et les Gaulois étaient-ils le même peuple ? Par mes propres recherches je fus également amené à admettre cette distinction comme très-vraisemblable, sinon incontestable (Des Gaels et des Celtes : Bull. Soc. d'anthrop., 1. 1, p, 514, 8 novembre 1860; et Mém. de la Soc. d'anthr., t. I, p. 257-249, 1861. — Celtes : Dictionn. encycl. des sciences méd., p. 698-782, 1875, et Bull. Soc. d'anthr., ^^ sér., t. VH, p. 728-754, 1872).

Depuis d'intéressants travaux d'abord de 51. P. L. Lemière, ensuite de M. Alex. Bertrand s'appuyant principalement sur divers passages de Polybe, sont venus corroborer cette dualité ethnique (P. L. Lemière, l^^ et 2« Et. sur les Celtes et les Gaulois, 1874. Paris, 1876. — Alex. Bertrand, les Gaulois, Compt. rend.

FRANCE (aisthropologie). G91

de l'Acad. des inscriptions, 4'^ sér., t. Ilî, p. 119 et 1875, et Rer. d'archéol., 1870; et Archéologie celtique et gauloise, Paris, 1876).

Fig. 16. Aire géographique et migratioa des Kitnmciieas-Cimbres-Galaics.

Sur cette carte les pays occupés ou parcourus par les Kiraériens ou Ciml]res, dont les Galates auraient été les émigranls les plus occidentaui, sont indiqués par de petits traits. Habitant au nord du Pont' Euxin, mer Noire, où la Crimée rappelle encore leur nom, ces Kimraériens firent plusieurs invasionsen Asie Mineure; ils s'y fixèrent au nord vers Sinope, ils attaquèrent Sardes à l'onesl. Cliassc's' par les Scythes du littoral du Pont-Euxin et des bords du Tyras, le Dniester, ces Kimmériens n'en continuèrent pas moins à occuper en grand nombre les immenses forêts qui s'étendaient au nord jusque vers la mer Extérieure, la mer du Nord, où le nom de Chersonèse Cijnbiique porté par le Jutlan actuel, rappela longtemps la présence de ces Cimbres. Les Galates, auxquels se seraient rattachés les Baslarnes, habitant cuire lister, le bas Danube et les monts Karpallies orientaux, paraissent avoir coubtitué principalement les tribus les plus occidentales de ces peuples kimmériens. Ces Galates auraient envahi le littoral septentrional de notre pays, dès lors appelé Gaules. Unj portion des Galales-Cimbrcs ou Cambrienscouiinentaux, passés dans les Iles-Britanniques, paraissent avoir [leuplé une partie de la Calédonie, l'Ecosse, et laissé leur nom à la Cambrie ancienne, au Cumberland actuel. Les anciens Cullaici et la Gallice actuelle semblent rappeler l'immigiation dans le nord-ouest de la péninisule Hispanique, l'Espagne, de trilius gaéliques ou galatiques. Mais la plupart des émigranls galates, sortis de notre pays, se portèrent vers le .-ud-est, soit en Italie, ^oit dans la Germanie méridionale, en entraînant avec eux des peuplades ligures et celtiques occupant anférieurement notre territoire. Les Galates, établis dans la haute Italie, dès lors ajipelée Gaule cisalpine, saccagèrent Rome. Les Galates-Celles établis dans de nombreux pays du bassin du Danube et des montagnes situées au nord de la Grèce, mêlés de Germains, s'avaucèienl jusqu'à Delphes. Quelques-unes de leurs tribus, les Teclosages, les ïrocmes, les Tolistoboies franchissant l'Hellespont, le déltoit des Dardanelles, allèrent fonder la Galalie au centre de l'Asie Mineure.

Parmi les pays occupés par les Kimmériens, ceux habités par les Énétes et Vénètes sont indiqués par de petits traits barrés, tels sont au nord de ^.\^ie Mineure, aux environs de Sinope, le pays dos Énètes, dans les Gaules, en Armorique, celui des Vénètes, les environs de Vannes, et en Italie, le pays des Véuètes, la Vénitie actuelle.

Cette question de la dualité des Celtes et des Galates ayant éttî et étant encore en discussion, commençons donc d'abord par citer quelques auteurs anciens, dont certains passages, quoique n'ayant pas suffisamment attiré l'attention, paraissent l'établir assez positivement.

Selon Diodore de Sicile, il faut faire une distinction que beaucoup de personnes n'ont pas faite. Le nom de Celtes appartient aux peuples qui liabitent

692 FRANCE (axturopolocie).

au-dessus de Marseille dans l'intérieur des terr(|s, et auprès des Alpes.... celui des Galates aux peuples qui sont établis au delà de la Celtique, soit dans les contrées inclinées vers le midi ou vers l'Océan, soit sur les monts Hercyniens, enfin qui occupent, à la suite les uns des autres, tout ce vaste espace jusqu'à la Scythie. Mais les Romains ont confondu ces nations sous une même dénomination et leur donnent à tous le nom de Galates (...Toù; yàp v-rrip Mannoilloiz

xaxof/.oOvxaç Èv Tw fxSfT&yîîw.... K£),toùç ovo^â^ouo-i* Toùç 3'v-ïp TaO--/;; rô; Kî),tiz^ç Eiç Ta npoQ vÔTOV veOovTa pifïj Ttccpi te tôv £ize«vôv y.cci ih 'Eox.Oviov opoç v.ocOi^pvuivouç, y.al Tzâyra; toùç é^ï;ç ij.éy^pi Tiiç 2zu9taç r«)>âT9:; izpoaor/opzvovdi-i... Diodore de

Sicile, Hist. univ^, t. V, ch. xxxii, p. 275, texte et trad. lat. de Dindorf et MuUer, coll. Didot).

Cet historien distingue donc les Celtes des Galates de la manière la plus positive, et montre que ces derniers occupaient au nord des Celtes les vastes contrées s'étendant le long des mers du Nord, depuis l'océan Atlantique, bien au delà des montagnes du Harz, jusque vei's la Russie actuelle.

En outre, Dion Cassius que, précédemment, on a vu signaler la présence des Celtes des deux côtes du llhin dans les temps reculés, remarque que « depuis qu'ils ont pris des noms différents, 5i«yopov twv ÈTnz/fio-ewv, ce fleuve coule ayant à sa gauche la Galatie ou Gaule et ses habitants (Dion Cassius, Hist. rora. 1. XXXIX, cap. xLix, texte et trad. de Gros, t. III, 1851).

Appien parle également « des Celtes actuellement appelés Galates et Galls

(... K£).TOc, ôc-ot Tvlà-OLi TE y.cà IV./loi vOv 7rpo(7ayop£-Jo«Tat. Appien, De rebus

Hispaniensibus, ^ 1, p. 51, coll. Didot).

Pausanias nous dit que « le nom de Galates ne prévalut que très-tard ; et qu'anciennement ils portaient celui de Celtes ; nom que les autres peuples leur

donnaient aussi » (oi^^e Si ttôte aÙTOu; xa^EÎo-ôai Taki-za.- ïlvjiyTiUZ- KeItoî yip zaTa

Ts aoàç TÔ apyjAo-j v-alizapà. -zoiç cD.loiç wvOjUâ^ovTo. Pausauias, Dcscrip. de la Grèce, Attique, ch. m, p. 22, trad. de Clavier.

Ces divers textes semblent démontrer que les Celtes habitant anciennement notre pays situé à l'occident du RI) in abandonnèrent leur nom pour prendre celui de leurs vainqueurs Galates venus du nord de la Germanie, où Diodore de Sicile vient de nous les montrer s'étendant jusqu'à la Scythie.

Ces conquérants galates, en imposant le nom de Gaule, Gallia, Tala-zia. à notre pays antérieurement occupé par les Celles, ne purent empêcher les habitants de la partie centrale comprise entre la Seine et la Garonne, l'Océan et les Alpes, de continuer à donner à cette région le nom de Celtique, à eux-mêmes celui de Celtes, Celtœ, alors que les étrangers leur donnaient celui de Galls, Galli; ainsi que le dit César (« Qui ipsorum lingua CeltTc, nostra Galli appellantur ». César, de Dello Gallico, 1. I, cap. i.) D'ailleurs jusqu'au quatrième siècle de notre ère, malgré la coexistence des Celtes et des Galates, Julien l'Apostat témoigne en plusieurs passages de ses écrits de la persistance de la distinction des K-ù.tqI et des ra/âxai, de la Kù.tLoo. et de la TaXocTta (Première harangue sur l'empereur Constantin, p. 29-54-56, et troisième, p. 124 de l'éd. grecque-latine de 1696). Pareillement, à la fin de ce même quatrième siècle, Sulpice-Sévère met à même de reconnaître que les deux langues celtique et gallique différaient encore notablement, puisqu'il montre un auditeur disant à un orateur s'exprimant avec difficulté : Parle celtique ou, si tu le préfères, parle gallique : Vel celtice aut si mavis gallice loquere (Dialogue \, n° 20).

Distincts des Celtes, ces Galates, que Diodore de Sicile dit occuper le littoral

FRA.NCE (iNTHRoroLOGiE). 69

septentrional de l'océan Atlantique à la Scythie, anciennement étaient considérés par quelques écrivains comme ne différant pas du peuple qui avait ravagé l'Asie Mineure sous le nom de Kimmériens, noni plus tard changé en

celui de Cinabres (.. çpa^i twî; iv toïç iralatoî; ^phwL^ Toù; (raAKTa;) tï]v 'Affiav ânotaocj xara^paj/ovraç, ôvof/a£oaÉvou; Si Ktwptspfo'jç, toutou; stvzt, §p(x.yy TOÛ -^pà-iiou Tflv )i^iv (jjQîtpavTOç èv tïj t&jv y.Klo\)p!.ivorj Kîy-êpwv rzoofr-nyopix. Diodorc

de Sicile, 1. Y, ch. xxxii, p. 275, texte et trad. lat. de Dindorf et 3Iùller, coll. Didot).

Ces Galates ne seraient alors que les plus anciens cmigrants vers l'occident de ces Kimmériens, qu'Homère, Hérodote, Strabon, Pline, Denys le Périégète et maints autres auteurs nous disent occuper le midi de la région plus tard envahie par les Scythes, la Ktpaépia, la Crimée, au sud de la Russie actuelle, auprès du Bosphore Gimmerien, Bdo-n-opoç KLapApio;, au nord du Pont-Euxin et du Palus Méotide, c'est-à-dire auprès du détroit de Zabache, au nord de la mer Noire et de la mer d'Azof (Homère, Odyssée xi, v. 14-15, p. 591, coll. Didot. — Hérodote, Hist. 1. IV, ch. XII. —Strabon, 1. YH, cap. ii, § 2, p. 244, coll. Didot. —Pline, Hist. nat. 1. VI, cap. vi, p. 241 et cap. vu, coll. A'isard. — Denys le Périégète, vers 166-168, texte et trad. lat. Geogiaphi Graeci minores, God. Bernhardy, Lipsise, 1828).

Les Galates seraient les plus occidentaux de ces Kimmériens que Posidonius, Strabon, Diodore de Sicile, Plutarque nous disent avoir pris le nom de Cimbres (Posidonius, Strabon, 1. YII, cap. ii, § 2, p. 244. — Diodore de Sicile, 1. V, ch. XXXI I. — Plutarque, Marins, § ix).

Longtemps, même dans l'Europe orientale, les Bastharnes, anciens habitants de la région voisine des monts Karpathes et de l'Ister, le Danube, paraissent avoir conservé le nom de Galates, ainsi que l'indique Plutarque (Kaî Tccldzocç Toû; Tvjpt Tôv "larpo'j wx.vîy.£voy; |3a(7T£pv«i x.«),oOvTai.. Plutarque, Paul Emile, g IX, p. 510).

De ces Kimmériens, selon Plutarque, les plus belliqueux, les plus nombreux habitaient près de l'océan Extérieur ou Hyperboréen, c'est-à-dire près de la mer Baltique et de la mer du Nord, une contrée sombre et couverte d'arbres s'étendant jusqu'à la forêt Heicynienne (t6 Sï Tilzia-ov ahrJrj (Kiaaspiwv) y.ccl

^cx.^iy.à'ca.TOV inlfr^âTOi; otx.oûv 7r«p« t/jv ê'^co 6o[>ai7(7«v yrjv.. x.«î Tzuy.vô-rnzx Spvuùv,

o\>ç }>-iy^pi Twv 'Ep/yvtwv eî'ffw Sifi/.îiv. Plutarque, Marius, § xi, texte et trad. lat. de Dœhner, coll. Didot).

A la présence de ces Galates Kimmériens dans la Germanie septentrionale, sont dus les noms de Chersonèse Cimbrique, Kiu^pUr, XeptJovnGoç, de promontoire des Cimbres, Promoiitorium Cimbrorum, qui, mentionnés par Ptolémée et par Pline furent longtemps donnés au Jutland actuel (Ptolémée, 1. Il, cap. x, p. 148. — Pline, 1. IV, cap. xxvii, p. 201).

Vraisemblablement ces Galates Kimmériens se portèrent vers notre pays, à diverses époques plus ou moins reculées, par migrations successives. Peut-être ces premiers émigrants kimmériens vers l'occident, ces Galates s'avancèrent -ils à l'ouest du Rhin dès l'époque néolithique, dès l'âge de la pierre polie. Certains ossements de dolichocéphales de taille élevée recueillis par Serres, par MM. le Jeune, Sauvage et Ilaignéré dans les allées couvertes, dans les tumuli et autres sépultures néolithiques de l'isle Adam, ainsi que d'Escalles et d'Equihen dans le département du Pas-de-Calais devraient-ils être attribués à ces Galates dont la haute stature a été signalée par tant d'auteurs anciens?

eu FRANCE (anthropologie).

(Serres, Paléontologie humaine : Compt. rend. deVAcad. des sciences, t.XXXlX, p. 514, 1854. — Bull. Soc. d'anthr., t. IV, p. 587, 1865. — Le Jeune, Sur les sépultures préhist. du cap Blanc-Nez à Escalles : Congr. intern. d'anthrop. et d'archéol. de Bnixelles, p. 299-509. — Sauvage, Sur une sépulture de l'âge de la pierre polie des environs de Boulogne : B«//. Soc. d'anlhr.,^' série, t. m, p. 179-185, 18G8).

M. Alex. Bertrand croit pouvoir fixer approximativement à 4000 ans avant notre ère l'introduction en Occident de l'usage de la pierre polie, dont d'ailleurs l'importation est contestée par M. Dupont, de Bruxelles. Pareillement le savant conservateur du musée de Saint-Germain rapporte à 1900 ans avant notre ère l'introduction de l'usage des armes de bronze, et est porté à regarder les Galates comme les introducteurs du 1er dans nos pays occidentaux; fer, si^-npoç, que d'ailleurs, jusqu'à leur invasion en Italie, les Gaulois paraissent avoir fort mal trempé, à en juger d'après certain passage de Polyen (Dupont, Congr. vit. d'anthr. et d'arch. de Bruxelles, 1872. p. 459 et de Stockholm, 1874, p. 821. — A. Bertrand, Bev. d'arche'oL, 6 mars 1874, p. 16; et les Gaulois, Compt. rend, de VAcad. des inscript., Â" sér., t. 111, p. 125, 1875; Bev. d'archéol. et broch., p. 25, 1875. — Polyen, Camille, 1. Ylll, cap. vu, p. 707 texte et trad. de Casaubon, Lugduni Batavorum, 1690. — Voir aussi Polybe, 1. II, cap. xxxiii, p. 91, éd. Didot).

Cependant, sans rien préjuger delà détermination des époques des premières migrations galatiques à l'ouest du Rhin, on peut remarquer que cette dolichocéphalie néolitiiique tendrait à démontrer que ces premières migrations se seraient effectuées alors que les métaux n'étaient pas encore en usage parmi les Galates ou Kimmériens occidentaux, quoique peut-être les Kimméi^iens orientaux s'en servissent déjà depuis longtemps, et que ces premiers émigrants galates •occidentaux n'auraient connu l'usage du fer que bien longtemps après s'être iîxés dans notre pays.

A ces premières émigrations kimmériennes vers l'occident paraissent en avoir succédé d'autres, vraisemblablement plus nombreuses. Vers le treizième siècle avant J.-C, après la guerre de Troie, à laquelle selon Homère, Strabon et maints autres auteurs, sous les ordres de Pylsemène, prirent part des Enètes, 'Evetoî, anciens habitants de la Paphlagonie, au nord de l'Asie Mineure, ces Asiatiques, conduits par Antenor, traversant la Tlirace, allèrent se fixer sur les bords de l'xVdrialique, dans la région depuis appelée Vénétie (Homère, Iliade, 1. H, v. 852, coll. Didot. — Sophocle, Fragmenta, n° 147, p. 274, coll. Didot. — Strabon, 1. V, cap. I, § 4 ; 1. XH, cap. m, § 8 et 25; 1. XIH, cap. i, § 55, etc. — Pline, 1. IH,"§ xxin, p. 176 et 1. VI, § ii, n" 1, p. 258-9 texte et trad. Littré, coll. Nisard. — Scymnos de Chio, ou anonyme vers 587-590, Geograp. Grseo min,, t. 1, coll. Didot).

Or ces Vénètes, voisins des Cappadociens, ne se seraient expatriés auprès de l'Adriatique, selon Strabon, qu'après avoir entrepris une expédition avec les Kimmériens qu'on a vu habiter au nord du Pont-Euxin (où yàp §d/.wijQa.i fa.171

fj-izà Kiuy-spiMV, zW ky.maûv elç tov 'A(îpîav. Strabou, 1. Xll, cap. III, § 8, p. 465,

coH. Didot).

Cette expédition se diri gea-t-elle vers le nord-ouest ainsi que paraissent le penser Jean Reinaud et M. Henri Martin? (Henri Martin, Sur la première émigrations des Cimmériens : Bull. Soc. d'anthr., t. VI, p. 575, 1865). Il est

FRANCE (anthropologie). 695

toutefois curieux devoir ce même auteur, Strabon, signaler la parenté desYénètes OusvETol, habitants dans la pai'tie occidentale de notre pays, sur les bords de l'Océan, le pays de Vannes actuel, avec ces Vénètes de l'Adriatique (Toûtou; oI^m

Toù; OliVJîTovç (Trapw/saviToyç) otV.icTàç sïvat twv y.'/.zà. tov 'A§piav. Strabon, I. IV,

cap. IV, g 1, voir aussi 1. V, cap. i, g -4).

Les Kimmériens restés au nord du Pont-Eiixin n'en continuèrent pas moins, par leurs incursions fréquentes du dixième au septième siècle avant notre ère, à jeter l'épouvante parmi les populations de l'Asie Mineure (Hérodote, 1. I, ch. XV, XVI et cîiï; 1. IV, cli. xi, xii, etc. coll. Didot. — Strabon, 1. I, ch. ii, § 9 et ch. m, § 21, 1. III, ch. ii, § 12, etc. coll. Didot. — Eisebii Csesariensis Chronicon, fol. M in-4» Henric Stephanus, 1518. — Pauli Orosii, Adversus paganos hist., 1. I, cap. xxi, p. 52, Coloniœ, in-12, 1582).

Mais l'époque à laquelle vraisemblablement les Kimmériens durent refluer en plus grand nombre vers l'occident fut sans doute le commencement du septième siècle av. J.-C, alors que, chassés du sud-est de l'Europe par les Scythes venant par le Nord-Est, ils furent contraints d'abandonner les plaines baignées par le cours méridional du Tyras, actuellement le Dniester, alors qu'ils s'enfuirent également en partie vers l'Asie Mineure.

Inutile d'insister davanta^fc sur ces migrations vraisemblablement multiples

Do X

et successives des Kimmériens ou Cimbres du sud-est au nord-ouest de l'Europe, de la Crimée vers la Chersonèse Cimbrique, Ki,t/.§pî/v3 Xspc-ôvïjo-oç, le promontoire des Cimbres, Promontorium Cimhrorwn, et des Galates Kimmériens vers le littoral septentrional de notre pays.

Il faut suivre, autant que possible, dans notre Occident, ces nombreux conquérants galates qui imposèrent leur nom à notre pays, la Gaule, à la région septentrionale de l'Italie, la Gaule cisalpine, et peut-être à quelques provinces de la Grande-Bretagne, comme la Calédonie et la Cambrie, le Cumberland, et à quelques régions et localités occidentales de la péninsule Hispanique, comme la Gallœcia, la Galice actuelle, anciennement habitée par les CaUaici, Koàlxï-A.oi, signalés par Strabon (1. III, chap. m, § 5, p. 126), comme la ville de Portus Galliœ, Porto Calle, actuellement Oporto. Toutefois, dans cette invasion antéhistorique des conquérants galates au milieu des peuples de races celtique, ibérienne et ligure, par suite du refoulement, du fractionnement et de la division de nombreuses peuplades, soit fugitives, soit victorieuses, il est presque impossible de discerner l'origine ethnique des diverses ti^ibus, dont la dissémination topographique semble permettre de reconnaître la voie suivie par ces divers émigrants. Ainsi que l'ont fait remarquer M. Alfred Maury et M. Max. Delochc, Tacite, en indiquant des Lemovii, au nord de la Germanie, près de la mer, non loin des Rugii qui ont laissé leur nom à l'île de Rugen, dans la Baltique, César, en parlant d'une petite peuplade de Lemovices habitant auprès des Venètes de l'ancienne Armorique, c'est-à-dire auprès des habitants du pays de Vannes, et d'autres Lemovices, peuple important, habitant au sud-est des Piétons, aux environs de Limoges, qui rappelle encore leur nom, semblent témoigner de la direction suivie par certains émigrants qui, du nord de la Germanie, se portèrent dans l'ouest et le centre de notre pays (Alf. Maury, les Etud. celtiques en Allemagne : Rev. german., t. Vlll, p. 14, 1859. — Max. Deloche, Étud. sur la géogr. hist. de la Gaule, p. 40, 1861 ; et De l'existence en Gaule de deux peuples Lemoviques : Congrès scient, de France à Limoges, p. 337, etc. ; et Mém. de la Société des antiquaires de France, t. XXIIl.

69G FRÂISCE (anthropologie).

Protinus deinde ab oceano Rugii et Lemovii : Tacite, De mor. germ., XLIII.

Totidem Lemovicibus : octona Pictonibus...; universis civitatibus, quae oceanum attingunt, quaeque eorum consuetudine Ai'moricae appellantur (quo sunt in numéro Guriosolites, Rhedones, Ambibari, Gaietés, Osismii, Lemovices, Yeneti, Unelli sex. , César, De bello Gallico, 1. VII, cbap. lxxv).

Peut-être pareillement devrait-on voir une nouvelle preuve de cette migration de Germanie vers notre pays, d'une part, dans les passages de Strabon et Tacite, relatifs au Boies de race gallique, habitant au delà des Helvètes, alors fixés près du Mein, au delà de la forêt Hercynienne, dans le pays depuis lors appelé le Boiemum, la demeure des Boïes, Boies Heim, la Bohême; d'autre part, dans les passages de Saint-Paulin et de l'itinéraire d'Antonin, relatifs oux Boies, Boii Picei ouBoates, les Bouges Résiniers, exploitant, comme actuellement encore, les forêts de pins auprès de l'océan, au sud de Burdi^a/a, Bordeaux, aux environs de la Teste de Buch (Elisée Reclus, Le littoral de la France, bassin d'Arcachon, Rev. des Deux Mondes, 15 novembre 1865, p. 463. — Magas. pittor., 1841, p. 566).

... Boîouç TGV 'Epxûvtov SpDfxôv otxeiv TrpÔTepov Strabon, 1. VII, cap, II, § 2,

Hercyniam silvam, Bhemimque etMœnum amnes, Helvetii, ulteriora Boit Gcdlica ulraque gens, tenuere. Manet adhuc Boie^yii nonien, significavit que loci veterem memoriam. Tacite, De Mor. Germ., XXVIII, voir aussi XLII).

Aquis {Auguslis) Tarbellicis, Segosa, Losa, Boios, [al. Boates),Burdigalam : Anton. Aug., Itinerarium £W\, Ah Asturia Burdigalam : Rec. des itinéraires anciens, par M. le marquis Fortia d'Urban et le colonel Lapie, p. 156, 1845. — Voira ussi Saint-Paulin : Opéra omnia, p. 477, épist. IV Auson, 1622, Antverpiœ.

Toutefois, Tacite en disant les Boies de Bohême de race gallique, aurait-il voulu indiquer, au contraire, qu'ils sortaient de notre pays, de son temps appelé les Gaules, ainsi que paraît le penser M. Maximin Deloche? [Acad. des inscript., 1877).

En tout cas, ces Boies de Bohême et du sud-ouest de notre pays étaient les homonymes et sans doute les frères, d'une part, des Boies qui, selon Polybe et Tite-Live, de conserve avec les Lingons et les Senons, habitants des environs de Langres et de Sens, se portèrent dans l'Italie septentrionale, et, d'autre part, des Boies auxquels Gésar accorda des terres en Gaule auprès des Eduens, ainsi qu'il a été dit précédemment à propos des Helvètes et des Raurac (Polybe, Hist., i. H, § 17, p. 80, coll. Didot. — Tite-Live, Hist., 1. V, cap. XXXV. — Gésar, De bello Gallico, 1. I.. cap. xxviii).

Au nombre des émigrants qui, soit en laissant des peuplades dans les pays qu'ils ont antérieurement habités, soit en essaimant le long de la voie par eux parcourue des tribus plus ou moins nombreuses, permettent de suivre leurs migrations, on peut encore indiquer les Ambivarites, les Éburons et les Gentrons, sans qu'il soit facile de déterminer s'ils sont des Celtes refoulés ou des Galates envahisseurs. On peut toutefois remarquer que les Éburons sont rangés par César au nombre des peuples germains émigrés à l'occident du Rhin (De bell. GalL, 1. Il, cap. IV), ce qui les rapprocherait des Galates ou des Belges de race germanique, ainsi qu'on le verra ultérieurement. Quant aux Gentrons placés, suivant ce même auteur (1. V, cap. xxxiv), sous la dépendance des Nerviens de race germanique, il est vraisemblable qu'ils étaient des Celtes.

FRANCE (anthropologie). 697

Ces trois peuples, Ambivarites, Éburons, Centrons, selon César, habitaient au nord-est des Gaules, sur le bord de l'Escaut et de la Meuse, les Ambivarites, au delà de ce dernier fleuve, les Éburons, Eburones, plus au sud, principalement entrées fleuve et le Rhin, dans la province actuelle de Liège, les Centrons, Centrones, plus au nord-ouest, vraisemblablement près de l'Escaut.

(... Ad Ambivaritos trans Mosam. César, De bell. Gall., 1. IV. cap. ix.

Eburones, quorum pai's maxima est inter Mosam et Rhenum. César, De bell. gall., 1. V, cap. XXIV, voir aussi 1. YI, cap. xxxii et s.).

Or deux de ces peuples, les Ambivarites et les Éburons, semblent avoir des tribus plus ou moins homonymes dans la région des Gaules située à l'ouest de la Seine. En effet, dans celte région. César (1. YII, cap. lxxv) mentionne les Ambibares, Anibihari, voisins des Rhedons qui ont laissé leur nom à Rennes et à Redon. Pline, Ptolémée et bien d'autres auteurs parlent des Éburovices, fraction du grand peuple Aulerc, Aulerci Eburovices, AùXtpixot ot 'Eêoypaï/.ot habitant autour de Mc^toXàvov, actuellement ^Évreux, non loin des Aulercs Cénomans, Aulerci Cenomani, Avlipxioi oi Ksvofzâvot, habitant autour de OuhSiwj, actuellement le Mans, et des Aulercs Diablindes, Aulerci Diablindi, Avlipy.ioL oi Aix^lizai habitant autour de Noid^oyvov, vraisemblablement Jublains (Ptolémée, Géogr., 1. II, cap. vu, p. 137, texte et trad. de Wilberg., 1858).

Aulerci qui cognominantur Eburovices, et qui Cenomani; DiahUndi. Pline, 1. IV, cap xxxii, text. et trad. de Littré).

Plus au sud sur les deux bords de la basse Saône, auprès des Œduens, au nord des Ségusiaves et des AUobroges, César mentionne également, d'une part, des Ambivaretes, Ambivareti, des Ambarres, Ambarri qui paraissent avoir laissé leur nom à Ambérieux et à quelques autres villes ou villages de la Bresse et du Beaujolais, d'autre part, des Aulercs Brannovics, Aulerci Brcmovices ou Brannovii.

... Quod Œduos, quod Ambarros, quod Aliobrogas vexassent. César, De bell. gall., 1. I, cap. XIV.

Imperant Œduis atque eorum clientibus, Segusianis, Ambivaretis, Aulercis Brannovicibus millia XXXV. César, De bell. Gall., 1. Vil, cap. lxxv).

Tandis que dans les Hautes-Alpes, dans la Tarentaise et le haut Faucigny actuels, au nord des Caturiges, auprès des Nantuates, des Octodurenses, anciens habitants de Martigny, des Yéragres, César (1. I, cap. x), Strabon (1. IV, chap. VI, § 6) Pline (1. III, cap. xxiv, p. 177) indiquent des Centrons homonymes de ceux des bords de l'Escaut ; plus au sud, sur la rive occidentale du bas Rhône, Caton et Pline signalent des Cénomans habitant auprès de Marseille dans le pays des Volces (Auctor est Cato, Cenomanos juxta Massiliam habitasse, in Yolcis. Pline, 1. III, cap. xxiii, p. 176).

Enfin Tite-Live, parmi les nombreux émigrants Bituriges, Arvernes, Éduens, ayant successivement franchi les Alpes pour se porter de Gaule en Italie, sous la conduite de Bellovèse et d'Elilovie, lait figurer, d'une part, des Ambarres et des Aulercs, d'autre part des Cénomans qui se seraient fixés au nord du Padus, le Pô, dans le riche pays où s'élèvent encore Brescia, Brixia, et Vérone, Verona, territoire antérieurement occupé par les Libui.

Is.... Bituriges, Arvernos, Senones, Œduos, Ambarros, Carnutes, Aulercos, excivit, Ïite-Live, Ilist., 1. V, cap. xxxiv.

Alia subinde manus CenomanorumEIitovioduce... ubi nunc Brixia ac Verona urbes sunt (locas tenuere Libui) considunt. Tite-Live, Ilist,, 1. V, cap. xxxv).

098 FRANCE (anthropologie).

Par cette migration qui semble être tracée des bords de la Meuse à ceux du Pô par l'homonymie plus ou moins complète des Ambivarites, Ambibares, Ambibarites, Ambarres, des Éburons, Aulercs Eburovics, Aulercs Cénomans, Aulercs Diablinlhes, Aulercs Brannovics, Cénomans du bas Pihône, Aulercs et Cénomans d'Italie, et des Centrons des bords de l'Escaut et des Alpes; par cette migration qui, du nord-est de notre pays, se dirigea par les bassins de la Seine, de la Saône et du Rhône, et par les passages des Alpes occidentales jusqu'en Italie, bien d'autres peuples paraissent avoir été soit refoulés, soit entraînés à un déplacement plus ou moins considérable, à une émigration plus ou moins étendue.

On a vu précédemment que les Sequanes, Seqiiani, i-o-Mmoi, ainsi que l'indique George Altmann, paraissent avoir habité anciennement les bords de la Seine, Sequana, 2fly.o«v«. (Dissert. litt. de origine nominis Sequanorum, eorum moribus, numiniim cultu, regiminis foi"ma atque limitibus antiquam César Galliam subegisset, p. 8, Bernse, 1754).

Strabon (1. IV, chap. ni,§ 2), Artcmidore et Stéphane de Byzance(éd. de Jac. Gronovius. Amstelod. 1678) disent que ce fleuve porte le même nom que le peuple dont il traverse le pays. Ces Sequanes auraient donc été refoulés ou se seraient spontanément portés plus au sud-est, car lors de la conquête romaine, ils habitaient à l'est des Éduens, et, ainsi que le disent César (1. I, cap. xxxviii), Ptolémée (1. II, chap. viii, p. 145) avaient pour capitale la grande et forte place de VesoHlio, oùtG-ovTtov, Besançon.

Pareillement des Bituriges qui, sous le nom de Bituriges Cubes, Bituriges Cubi, BiToOpr/s; ot KoOGot, habitaient autour d'Avaricum, actuellement Bourges, une fraction se serait portée plus au sud-ouest, près de l'embouchure de la Garonne. Sous le nom de Bituriges Yivisques, Bituriges Vivisci, Bizoûpiyzç Oi(7/.oi, ces émigrants, de race peut-être celtique, quoique Strabon les confonde sous la dénomination commune de race gaiatique, ra^anxwv ievwv, alors appliquée à tous les peuples des Gaules, se seraient fixés au milieu des Aquitains de race ibérienne. Leur ville était Burdigala, BoupSiyalx, actuellement Bordeaux (Strabon, 1. IV, chap. ii, § 1, p- 157). Le nom de cette ville située auprès de peuples aquitains, selon Isidore de Séville, aurait signifié leBurg, Je château fort gaulois, Burdigalam... hurgos gallos (Epistola Isidore Junioris hispalensis episcopi, 1. XI, cap. i, p. 55, au verso i"^ col., 1495). Tandis qu'une partie des Bituriges se portaient des bords du Cher, vers la Garonne et l'Océan, on a vu précédemment que d'autres Bituriges se dirigeaient vers l'Italie ainsi que divers émigrants, fractions d'autres peuples mentionnés la plupart par Tite-Live, quelques-uns par Polybe et Strabon.

Ces émigrants étaient, outre les Bituriges, outre les Aulercs, les Cénomans, les Ambarres précédemment indiqués, des Carnutes, Carnuti, Kapvoùrat, anciens habitants du pays chartrain et de l'Orléanais; peut-être des Venètes, Veneti, Onévcxoi, population maritime des environs de Vannes ; des Senons, Senones, 2£vov£î, homonymes de ceux que Florus dit habiter le Norique au sud de la Germanie, à côté des Vendéliciens (1. IV, cap. x-ii, p. 704 coll. Nisard), mais habitant aussi les environs de Sens ; des Lingons, Lingones, Aîyywvs; des environs de Langres ; des Insubres, Insubres, "lo-o^ugpsç du pays des Œduens ; des Arvernes, Arver7ii, 'Apouîpvot qui ont laissé leur nom à l'Auvergne ; des Boies, Boii, ^oiol, dont on a vu Saint-Paulin (Opéra oninia, p. 477, éd. 1622) signaler la présence dans les forêts de pins situées au sud de Bordeaux ; des Segusiaves,

FRANCE (aktiiropologie). 699

Segusiani, Ss'/oyo-iavot anciens habitants du Forez, à l'ouest du confluent du Rhône et de la Saône; des Yoconces, Vocontii habitant à l'est du Rhône, au sud des Allobroges ; divers peuples qui envahirent la plus grande partie de l'Italie septentrionale au nord et au sud du Pô, jusqu'à l'Apennin et jusqu'à l'Œsis actuellement le Gesano.

Penniuo deinde Boii Lingones que transgressi, cum jam inter Padum atque Alpes tenerentur, Pado ratibus trajecto, non Etrusco modo, sed etiam Umbros agro pellunt; intra Apenninum tameu sese tenuere. ïum Senones recentissimi advenarum, ab Utente llnmine usque ad Œsim fines habuere. Tite-Live, Hist., 1. V, cap. XXXV, voir aussi xxxiv.

... "laouÂpiç y.a-MV-riryocj . . . kïf,ç §k roûrot; Trao^ zb'j -rroTv.'J.ÔJ To-joud-joi... T« oî 7cipoc-j Tox) nâ^Gu Tx moi tôv 'Attîvvî-jov, TtoM-zoï u.ïv "A'jcozç, f/srà d£ toxi-omç Botoi xaT&r/ïjo'av zziôç §s toùtwv &J; Ttpo; côv 'A^oiâv Atyywvî;" Ta oï te^suzoûv. Ttphç 6a)iârT-/j

irrjoô^jsç. Polybe, Hist., I. II, § 17, p. 80, coll. Didot. — Voir aussi Strabon, 1. IV, cap. IV, § 1, p. 162 et 1. V, cap. i, § 4, coll. Didot).

Les Senons, les derniers arrivés en Italie, s'étaient fixés au nord du Gesano, dans la partie la plus méridionale de la Gaule Cisalpine, Gallia Cisalpina, divisée en Gaule trans et cispadane, Gallia transpadana et cisjmdana au nord et au sud du Pô. Ils avaient Sena, lr,ii-n pour capitale ainsi que l'indiquent Polybe et Silius Italicus, ville qui porte encore le nom de Sinigaglia, Sena Gallica. (Senonum de nomine Sena. Silius Italicus, 1. VIII, v. 455. p. 558, coll. Nisard, voir aussi 1. XV, v. 556. p. 452. — Polybe, 1. II, § 19).

Du sud au nord, le long de l'Adriatique habitaient les Boies, les Lingons, les Venètes. Les Cénomans possédaient Vérone et Brescia, les Insubres avaient Milan, Mediolanum, les Voconces occupaient Novare, Novaria, ancienne ville des Vertacomacors, selon Pline (H. n., 1. III, cap. xxi, p. 175), et les Segusiaves ou Segusiens possédaient Suse, Sîyoûa-tov lzyo\>fn«-jù-j, suivant Ptolémée (1. III, chap. I, p. 179). Tels étaient les territoires occupés par les principaux émigrants celtiques et galatiques étant venus se fixer en Italie, à côtés des Salives. ou Salluves, des Libices et des Levés transalpins, de race ligure, établis aux environs de Verceil et sur les bords du Tessin, ainsi qu'il a été dit précédemment.

Tandis que des émigrants nombreux sortaient des Gaules pour se porter en Italie, d'autres, selon Tite-Live, sous la conduite de Sigovèse, se portaient vers la forêt Hercynienne, où l'on a vu précédemment les Boies être établis, vers le sud-ouest de la Germanie, vers le haut bassin du Danube, qu'Hérodote, Dion Cassius disent être occupés par les Celtes (Hérodote, 1. II, § xxxiii. — ■ Dion Cassius. 1. XXXIX, chap. 49, texte et trad. de Gros, 1851).

Au nombre des émigrants, sortis des Gaules, Strabon (I. IV, cap. i, § 15, p. 155) et César indiquent les Volces Tectosages, Volcce Tectosages, TEZToo-âyeç, anciens habitants des environs de ToJosa, Toulouse, qui allèrent en Germanie se fixer dans une contrée fertile, voisine de la forêt Hercynienne.

Galli... trans Bhenum colonias mittercnt. Ilaque ea, quoe fertilissima sunt, Germanise loca circum Hercyniam silvam... Volcae Tectosages occupaverunt atque ibi consederunt. César, De bello Gallico, 1. VI, cap. xxiv).

Ce sont quelques tribus belliqueuses de ces peuples celtes et galates que Justin dit avoir pénétré en Pannonie, actuellement l'Autriche, l'Esclavonie, en massacrant les habitants (..., 1. XXIV, §4, p. 495, coll. Dubochet). Ce sont quelques tribus de ces peuples de la Germanie méridionale, du bassin du Danube,

700 FRANCE (anthropologie).

qui envahirent la Grèce, pillèrent le temple de Delphes, l'an 278 av. J.-C, passèrent en Asie Mineure où, conservant le nom redouté de Galates, ils donnèrent à la contrée où ils se fixèrent celui de Galatie, actuellement les Sandjakats d'Angourieh et de Kiankari.

La plupart de ces envahisseurs de la Grèce qui ne passèrent pas en Asie, d'après Athénée, d'après Tite-Live, sous la conduite de leur brenn Bathanat, sembleraient s'être retirés dans les montagnes situées au nord de l'Épire où ils auraient constitué les peuples belliqueux des Scordisques Galates iy.opSi<7y.oi TulâTxt, ainsi que les appellent Strabon et maints autres auteurs (Athénée, 1. VI, p. 2oi texte et trad. lat. de Gasaubon, 1598, voir aussip. 256, cap. v des Animadversiones, Gasaubon 1600. — Tite-Live, Hist. quod exstatcum integris Freinshemii supplementis, t. 11, p. 1, 1. LXIII, § 1. — Strabon, 1. VII, cap. ii, § 2, p. 2M).

Parmi ces envahisseurs de la Grèce et de l'Asie, se trouvaient des Tectosages. Quelques-uns, selon Justin, retournèrent de Grèce à Toulouse leur ancienne patrie (iectosagi autem, quum in antiquam Tolosam venissent, Justin, 1. XXXII, cap. III, p. 518; — voir aussi Strabon, 1. IV cap. i, § 13, p. 156).

Mais, suivant Strabon, Pline et Tite-Live, d'autres Tectosages fixés au milieu de l'Asie Mineure, à côté des Trocmes et des Tolistoboies, dans la Grande Phrygie, devenue Galatie, eurent pour villes principales Ancyre, actuellement Angora ou Angourieh, et Pessinonte (Tex.Too-âye; Si rà Trpôç tç y.zyâlr, ^p\)yix Tfl xaTà IIsa-o-tvoûvTa zat 'Opy.(x.6py.ovç. Strabon, 1. XII, cap. v, ^ 2, p. 485, coll. Didot.

.... uberrimam parlem occupavere Tectosages : Tectosagum, Ancyra... Pliae, I. V, cap. xLii p. 254.

Tectosagi mediterranea Asise sortiti sunt, Tite-Live, H. Rom. I. XXXVlll, § XVI, texte et trad. de Dureau de Lamalle et Noël).

Selon M. le baron de Gaujal qui pense retrouver dans les Ruthènes de Gallicie les descendants des Ruthènes de l'ancien Rouergue, ces derniers, déjà mentionnés à propos des peuples celtiques, ces blonds Ruthènes, flavi Rutheni, chantés par Lucain (Pharsale, 1. 1, p. 26, coll. iNïsard), auraient pris part à cette émigration de Celto-Galates de notre pays dans le bassin du Danube et au delà (Et. hist. sur le Rouergue : Mém. sw les Ruthènes de Gallicie et de Hongrie, t. III, p. 117, 4 vol. in-8, 1858-1859, Paris). Segodiimim, actuellement Rhodèz, où, suivant M. Durand de Gros, presque toutes les vieilles familles nobles du Rouergue se distingueraient encore des autres habitants par leur blonde chevelure {Bull. Soc. d'anthr., 2'sér. t. XII, p. 94, 1877). Segodun, maintenant Nuremberg, Segodin ou Szegedin sur la Theiss, au nord de Singedunum, actuellement Belgrade, seraient les diverses étapes qui rattacheraient les Ruthènes des Gaules aux Ruthènes actuels de la Gallicie, des bassins du Prouth et du Dneiper. On verra ultérieurement à propos des peuples slaves venus du sud-est dans l'occident de l'Europe combien il est difficile de déterminer la direction de cette migration, nullement démontrée des Ruthènes.

Toutefois il est bon d'observer que les rapports existant entre les peuples celtes et galates des Gaules et ceux de diverses régions du bassin du Danube, semblent encore confirmés par Dobrosky, Safarik, Miklosih, qui, selon M. E. Picot, regarderaient le nom de Valaques donné à certains riverains du bas Danube comme très-analogue à ceux de Gwals, de Wallons, et servant comme ces derniers à désigner des peuples celtiques, ou plus vraisemblablement celto-

FRANCE (anthropologie). 701

galatiques (E. Picot, les Roumains de la Macédoine : Rev. cVanthr., t. IV, p. 586, 1875).

Mais occupons-nous actuellement de rechercher quels étaient les caractères anthropologiques des Galates. Plus tard la comparaison de leurs caractères et de ceux des autres peuples ultérieurement immigrés permettra de rapprocher ou de distinguer ethnologiquement ces Galates de ces différents peuples.

Diodore de Sicile, qui distingue si nettement les Celtes des Galates, assigne à ces derniers, dans l'enfance, des cheveux blancs, c'est-à-dire d'un blond trèspâle; à l'âge adulte, une taille très-élevée, une carnation molle, une peau blanche et des cheveux naturellement blonds, rendus encore plus blonds par des lotions avec l'eau de chaux.

Ta Sï ■Ko.i^ia. Tzxp' avron; ■j'Evîtvj; xijvûpyjt iro'kià v.a-à xh 7r),et!7Tov ; Dlodore de Sicile, 1. V, ch. XXXII, p. 275, texte et trad. lat. de Mulleret Dindorf, coll.Didot.

Ot §ï Yakàxoii Toîç ptèv crûtj.a.iTL-j ziaiv E'j^igx.ât; radç §é (jxp'^i y.<kQ\jypot v.rd. ).£uzol, rat; ^£ y.ôpia.iç oh uo'Jo-j ex. ©OfTîw; ^av9ot a),),a y.cà Six xrii y.aTxuy.zuiôç éizix-nSivovn'J

«j^Eiv Tïjv yu(7i/./3v T/jç xpôaç îrîtôT/îTa — Diodore de Sicile, 1. V, ch. xxviii, p. 270).

L'aspect des Galathes aurait été terrifiant ; leur voix aurait été bruyante et extrêmement rauque, 7r«vTî),&jç rpxy^-ùfuvoi. (1. V, cap. xxxi.) Suivant cet auteur, les femmes galates non-seulement étaient d'aussi grande taille que les hommes, mais étaient également fortes (1. Y, ch. xxxii, p. 275).

Le poète Claudien chante la Gaule blonde, flava Gallia, et les blonds Gaulois aux yeux farouches (Invectives contre Rufm, 1. II, p. 575 et Éloge de Stilicon, 1. II. p. 651, coll. Nisard). Selon Ammien Marcellin, les Gaulois, jeunes ou vieux, à tous âges, aptes au service militaire, bravant avec leurs membres endurcis par la gelée et par le travail assidu, d'un cœur également ferme, les plus grands périls, se seraient presque tous fait remarquer par leur stature élevée, la blancheur de leur teint, leur chevelure rouge, leur regard farouche, leur caractère querelleur et extrêmement arrogant. Leurs femmes, douées d'une grande force, auraient eu des yeux verdàtres, de larges épaules d'un blanc de neige.

Celsioris staturse et candidi psene Galli sunt omnes, et rutili, luminumque torvitate terribiles, avidi jurgiorum et sublatius insolescentes. Nec enim eorum quemquam adhibita uxore rixantem, multo fortiore et glauca, peregrinorum ferre potei it globus : tum maxime cum illa intlata cervice suffrendens , ponderansque niveas ulmas et vastas, admistis calcibus emiltere cœperit pugnos, ut catapultas tortilibus nervis excussas.... Ammien Marcellin, 1. XV, cap. xii, p. 45, coll. Nisard. »

Strabon mentionne également leur ardeur belliqueuse et querelleuse, leur propension à se battre, ainsi que leur franchise et leur bonté. 11 insiste aussi sur la fécondité de leurs femmes, très-aptes à allaiter (Strabon, 1. IV, cap. i, § 2, p. 147, et cap. iv, § 2, p. 162).

Les Galates d'Italie et ceux d'Asie Mineure, de même que ceux de notre pays sont décrits comme des hommes à l'aspect terrifiant, à la stature très-élevée, gigantesque. Aussi Tite-Live leur appliquait-il l'expression insultante de Bellua, généralement usitée pour désigner les animaux extrêmement volumineux, comme les éléphants (1. YII, § x, gxxiv, t. III, p. 414 et 470). Ces hommes, selon cet historien, avaient le teint blanc, étaient d'une constitution charnue» molle, mais riche en sang, d'un [caractère irascible, emporté, incapable de se maîtriser, mais peu persistant; ils résistaient facilement au froid et à l'Iiumi-

702 FRA?\XE (anthropologie).

dite, mais ne pouvant supporter ni Ja chaleur, ni la soif, ni la fatigue, ils ne tardaient pas à succomber.

...Aspectus virorum terrebat, qui eximia specie et magnitudine corporum.. Tite-Live, 1. XX, § xli, t. VI, p. 454, texte et trad. de Bureau de Lamalle et Noël.

Labor et gestus moUiaet fluida corpora Gallorum, et minime patientia sitis... Tite-Live, 1. XXXiV, § xlvii, t. XII, p. 12.

Procera corpora, promissae et rutilatae comae... Tite-Live : 1. XXXVIII, § xvn, t. XIII, p. 50 et 52...

Sunt fusa et candida corpora, Tite-Live, 1. XXXVIII, § xxi, t. XllI, p. 66. — Voir aussi 1. V, gxxxvii, t. 111, p. 140 ; § xlviii, p. 178 ; 1. VII, § ix et x, p. 414.

Virgile, Silius Italiens et bien d'autres poëtes et historiens insistent sur la blancheur lactée de peau, lactea colla, et la chevelure blonde et dorée, flava et aurea cœsaries, des Gaulois d'Italie (Virgile, Enéide, 1. VIII, vers 658-060, p. 560 coll. Nisard. — Silius Ilalicus, les Puniques, 1. IV, vers 201-203, p. 360, coll. Nisard).

Tite-Live paraît regarder comme identique la conformation et la haute stature des Gaulois et des Germains, (1. XX, § lv, t. VI, p. 476). Enfin Strabon dit que les hommes de race gallique fu)vov VoX).tv.m, ressemblent aux Germains sous le rapport physique, ont les mêmes institutions, et reconnaissent la

même origuie, ...x.«t y«p tvj y-jast x.«t toîç 7ro^tTeû|nac-iv iaisîpzîç si(n ffyyysvEt?

akl-hy^fjLç ovzoï. Strabon, 1. IV, § iv, g 2, p. 163, coll. Didot.

Si par une téméraire et funeste ostentation, les Gaulois d'Italie et les Galates d'Asie Mineure se présentaient nus aux coups des soldats romains couverts de fer, ainsi que le dit Tite-Live (1. XX, § xlii, t. VI, p. 457 et 1. XXXVIII, § xxi, t. XIII, p. 66), par un courage que la mort seule pouvait abattre, les Galates étonnaient les Grecs, lorsqu'après le sac de Delphes, les plus grands, les plus vigoureux compagnons du Brenn, la plupart blessés, opposaient une opiniâtre résistance aux assaillants les entourant de toutes parts (Pausanias, Phocide, 1. X, cap. xxiii, § 2, n° 12, p. 523-524, Dindorf, coll. Didot). Si Pausanias, comme bien d'autres, a signalé le caractère belliqueux, le courage téméraire des guerriers Galates, Plutarque a aussi rapporté quelques traits de l'héroïque vertu, de la farouche chasteté de femmes galates, comme Gamma, comme Chiomara vivant cependant au sein de la voluptueuse Asie (De rauherura virtutibus, XX et XXI, p. 318-319, coll. Didot).

Sans insister sur ces caractères moraux, modifiables suivant les temps et les circonstances, de ce court exposé des caractères anthropologiques indiqués par les auteurs anciens chez les Galates, il semble bien résulter qu'ils étaient de très-grande taille, qu'ils avaient les cheveux blonds, le teint remarquablement blanc, et maints autres caractèi'es, qui sembleraient encore rappelés sur les bords du- Danube et dans le nord de la Grèce, selon 3IM. H. Belle et Obédénare, par les descendants des Galates Scordisques, les nomades bergei's vlaques, à la stature élevée, aux longs cheveux blond roux, au visage allongé, etc. (H. Belle, Tour du monde t. XXXII. — Obédénare: Bull. Soc.d'anthr., 2*^ sér., t. Xîl, p. 176, 1877. — Voir aussi Burnouf, le Brigandage en Grèce : Rev. des Deux Mondes, p. 995, 15 juin 1870).

Bien dans la description donnée par les anciens des peuples galates ne révèle leur conformation céphalique; cependant, à propos des premières émigrations des peuples galatiques dans l'occident de notre Europe, contrairement à M. Alex. Bertrand, qui est porté à les regarder comme les importateurs de

FRANCE (antiikopologie). 703

l'usage du fer, j'ai été amené à penser que les premiers flots de ces immigrants galates remontaient à l'âge de la pierre polie. En effet, indépendamment des deux races dolichocéphales paraissant avoir habité le plus anciennement l'occident, indépendamment de la race de Néanderthal et de la race de Cro-3Iagnon, précédemment décrites, à diverses races brachycéphales venues sans doute ultérieurement, paraissent avoir succédé dans la série des immigrations ethniques de notre pays, des dolichocéphales que M. Hamy a cru devoir désigner sous le nom de dolichocéphales néolithiques, parce que, dans les temps préhistoriques, ils semblent faire leur apparition à l'époque de la pierre polie [Bull. Soc. d'anthr., 2^ sér. t. IV, p. 92, 1869; et Cong. intern. d'anthr. etd'arch. preh. de Stockholm, 1874, p. 256). Peut-être même leur apparition remonterait-elle plus haut encore dans les temps reculés, car ainsi que je l'ai fait remarquer, certaine voûte crânienne de forme allongée extraite par M. Ed. Dupont, avec des crânes sous-brachycéphale du trou de Frontal àFurfooz près de Dinant dans la province de Namur, en Belgique, pourrait faire supposer que cetle race humaine dolichocéphale avait quelques rares représentants dès les temps paléontologiques où le renne et le hamster vivaient dans nos pays (G. Lagneau, Ethnog. des popul. du nord-est de la France : Rev. d'anthr., t. 111, p. 581- 582, 1874. — Sur les crânes de Furfooz, voir : Dupont, Yirchow, Hamy, Lagneau, etc. Cong. intern. d'anthr. et d\irchéol. de Bruxelles en 1872, p. 549-566). M. Broca paraît également porté à faire remonter ces dolichocéphales néoliliques à une époque antérieure à celle de la pierre polie, car ainsi que M. Topinard, il voit dans les caractères anthropologiques de ces dolichocéphales néolithiques, non des caractères spéciaux à une race distincte mais des caractères légèrement atténués de ceux présentés par la race dolichocéphale de Cro-Magnon [Bull. Soc. d'anthr., 2*^ sér. t. Xll, p. 256 etc. 1877). Quoique en assistant aux fouilles, faites par M. le comte de Lavaulx, de l'allée couverte de Chamant, près de Senlis, j'aie, ainsi que M. Broca, été étonné de la remarquable platycnémie des tibias retirés (Bull. Soc. d'anthr., t. lY, p. 513, 652, 1865; t. V, p. 656, etc., 1864); quoique tout récemment j'aie également eu l'occasion d'observer parmi les ossements extraits avec des haches de pierre polie par M. le comte Des Cars de la grotte de Bovillon, à Nanteuil-Yichel près de Neuilly Saint-Front dans le département de l'Aisne, un fémur à ligne âpre formant pilastre et quelques tibias platycnémiques assez caractéristiques de la race de Cro-Magnon [Bull. Soc. d'anthr., 2« sér. t. XllI, p. 20, 1878) ; avec M. Hamy je suis disposé à admettre le croisement des dolichocéphales de la race ancienne de Cro-Magnon avec les dolichocéphales néolithiques, moins anciens dans notre pays [Bull. Soc. d'anthr., 2'= sér. t. XII, p. 256), mais ie ne crois pas que ces derniers doivent être considérés comme appartenant à la race de Cro-magnon que sa face à ossature massive et large, aux larges orbites, ainsi que les conformations ci-dessus rappelées des os des membres semblent différencier des dolichocéphales néolithiques.

A cette race dolichocéphale néolithique, au crâne allongé, mais régulièrement ovale, à indice céphalique moyen d'environ 75 pour 100, à diamètre antéro-postérieur de 200 millimètres , à occipital saillant, à écaille frontale présentant une belle courbure, un beau développement antéro-postérieur , à capacité crânienne considérable d'environ 1680 centimètres cubes, à face étroite, on pourrait peut-être rapporter le crâne très-dolichocéphale, à indice 71 pour 100, extrait, par M. Soreil, de la caverne de Chauvaux, près de Rivière, entre

704 FRANCE (anthropologie).

Namur et Dinant (Soreil, Virchow, Congrès internat, d'anthrop. et d'archéol. de Bruxelles, p. 381, 567, etc.), le crâne, présentant le même indice, retiré par M. le Jeune d'un des tumuli du cap Blanc-Nez, à Escalles, dans le déparlement du Pas-de-Calais {Congr. intern. d'anthrop.. de Bruxelles, p. 299- 309); celui à indice de 75 pour 100 extrait par MM. Sauvage et Haignéré, de la sépulture de l'époque de la pierre polie fouillée à Equihen, près de Bou- Icgne-sur-mer (Bull. Soc. d'anthr., 2' sér. t. III, p. 179-185, 1868), et maints autres crânes dolichocépliales trouvés dans des tumuli, dans des allées couvertes, soit séparément, soit réunis dans des grottes avec des crânes d'autres types, comme quelques-uns de ceux du monument mégalithique de Yauréal près de Pontoise étudiés par MM. Caix de Saint- Aymour et Pruner-Bey {Bull. Soc. d'anthr., 2' sér., t. II, p. 664-668, et 680-691, 1867), comme l'un des deux crânes à indice de 70 pour 100 recueilli par M. Robert sous le dolmen de Meudon {Bidl. Soc. rZ'ani/ir., t. III, p. 520-522, 1862), commedeux des crânes à indice 71 et 75 pour 100 extraits par M. Leguay de la sépulture de Maintenon, (Leguay, Broca, Bull. Soc. d'anthr., t. YI, p. 25-25, 1865), comme le crâne de Brézé près deSaumur, à indice 72, 48 pour 100 recueilli et étudié par MM. Joly Leterme et Yerneau [Bull. Soc. d'anthr., 2" sér., t. XII, p. 95, etc., 1877), voire même comme le crâne, à indice céphalique de 73 p. 100, extrait par M. Bruzard du tumulus néolithique de Genay dans le département de la Côted'Or (Bruzard, Hamy, Bull. Soc. d'anthr., 2« sér., t. lY, p. 89, 91-98, 1869), enfin comme ceux de la caverne de Gravanche-Belfort étudiés par M. Bernard, dont l'un a un indice de 72,70 pour 100, {Bull. Soc. d'anthr., 2^ sér., t. XII, p. 251, etc., 1877). Malgré les mélanges avec les représentants d'autres types ethniques, on ne doit donc pas s'étonner que cinquante-quatre crânes de l'époque de la pierre polie, recueillis dans la France septentrionale et mesurés par M. Broca aient présenté un indice céphalique moyen de 75 pour 100 sur la limite de la dolichocéphalie et de la sous-dolichocéphalie {Bev. d'anthr., t. I, p. 425, 1872, tableau).

Ces dolichocéphales néolithiques me paraissent pouvoir être regardés comme les premiers immigrants galates, d'abord parce qu'ils s'observent principalement dans la région septentrionale de notre pays, région située au nord des Celtes, où Diodore de Sicile dit qu'ils habitaient (1. V, ch. xxxii) avant de se déverser sur les pays plus méridionaux ; ensuite parce qu'en général ces dolichocéphales paraissent avoir été de grande stature, or on vient de voir que les auteurs anciens s'accordent à regarder les Galates comme étant de grande taille; enfin parce que cette conformation dolichocéphalique est assez comparable à celle qu'on verra avoir été présentée par les immigrants ultérieurement venus des pays d'outre-Rhin, des contrées du Nord-Est; immigrants germains ou francks, dont les cheveux blonds, les yeux bleus, la peau blanche et les autres caractères anthropologiques sont également identiques à ceux qui viennent d'être signalés chez les Galates.

Ce rapprochement des dolichocéphales néolithiques des peuples dolichocéphales immigrés ultérieurement et successivement d'outre-Rhin pourra paraître contestable à plusieurs anthropologistes. En effet, M. Hamy non-seulement admet l'existence d'au moins trois races dolichocéphales préhistoriques, celle de Néanderthal, celle de Cro-Magnon et la race dolichocéphale néolithique, mais en outre paraît également distinguer de ces trois races dolichocéphales préhistoriques au point de vue ostéologique, les Francks, et les Scandinaves ayant envahi la région

maritime du nord de notre pays. {Bull. Soc. d'cmthr., t. X, p. 84, 1875.) Selon M. Piette, la race dolichocéphale néolithique, la race dolméniqne, dont on retrouve le type à l'âge du fer, en particulier à Ghassemy, présenterait une face plus allongée, un diamètre bimalaire moins considérable, des saillies [usales moins fortes que les dolichocéphales ultérieurement immigrés. [Bull. Soc. d'anthr., 2^ sér., t. XI, p. 264, 1876.) Pareillement M. Roujou, M. Chavée et quelques autres anthropologistes pensent devoir admettre l'existence de plusieurs races blondes dolichocéphales distinctes, la race néolithique, la race kymrique ou galatique, la race germanique, etc. (Roujou, Chavée, etc.. De l'existence de races blondes antérieures aux Germains sur le sol de la Gaule : Bull. Soc. d'anthr., 2* sér., t. VIII, p. 495-515, 1875.) Quoique, ainsi que M. Georges Pouchet (Bull. Soc. d'anthr., t. I, p. 27, 4 août 1859), je sois assez disposé à rattacher ethnologiquement les Kimris ou Galates aux Germains du nord, comprenant les Francks et maints autres peuples d'outre-Rhin, je ne conteste pas que, dans notre Europe occidentale, indépendamment des races de Neanderthal et de Cro-Magnon, il ait pu exister plusieurs races dolichocéphales et blondes. M:iis provisoirement, à défaut de caractères anthropologiques différentiels suffisamment reconnus, je crois pouvoir faire ce rapprochement entre les dolichocéphales néolithiques et les peuples dolichocéphales plus tard immigrés d'outre-Rhin. Toutefois je ne veux nullement préjuger des divisions ethnologiques que pourront un jour démontrer des connaissances plus complètes. Après avoir indiqué les migrations des Galates refoulant devant eux ou entraînant avec eux les Celtes anciens occupants de notre pays, après avoir suivi ces migrations du nord des Gaules en Italie, dans la Germanie méridionale, en Grèce, en Asie, il faut rappeler l'invasion moins ancienne des Cimbres: car sous le rapport ethnologique, les Galates ne différaient pas, selon Diodorc de Sicile, des Cimmériens ou des Cimbres, dénominations également synonymes suivant Posidonius, Strabou et Plutarque. (Diodore de Sicile, 1. V, ch. xxxn, p. 275. ■ — Strabon, 1. VII, cap. ii, g 2. — Plutarque, Marins, g xi.)

Ces Cimbres, dont les Galates n'auraient été que les premiers émigrants vers l'occident, ces Cimbres que Straiion, Pline , Tacite , Pomponius Mêla , Claudien rangent au nombre des peuples germains , habitaient au milieu do vastes marais sur le littoral de la mer du Nord et du golfe Codanus, la Baltique, à côté des Teutons, Teutoni, des Chauques, Chaud, des Sycambre^ , lovyay.èpoi, et des Chérusques. Twv SïTepiia-vii-j..., oi fASv TTpoffâîXTtoi 7T«£.oi-/.oO(Tt rôj oj/.îKVw, ...S'sLcri -/•JbipL^ÛToaoi Zov^a^^poi tî /.«t Kt'fxêjsoi. (Strabon, I. VII, cap. II,

« Germanorum gênera quinque... alterum genus, Ingœvones, quorum pars Cimbri, Teutoni ac Chaucorum gentes. Proximi autem Rheni, Istœvones; quorum pars Cimbri. » (Pline, 1. IV, cap. xxviii, p. 202, coll. Nisard.)

(( Eodem Germanise situm proximi Oceano Cimbri tenent, parva nunc civitas. sed gloria ingens. » (Tacite, De Mor. Germ., XXXVIII.)

« Super Albim Codanus, ingens sinus..., in eo sunt Cimbri et Teutoni. » Pomp. Mêla, De situ orbis, 1. III, cap. m, p. 648-649, coll. Nisard. — Claudien, Sur le quatrième consulat d'IIonorius, p. 599, coll. Nisard.)

Une nombreuse horde de ces Cimbres chassée par une grande inondation, au deuxième siècle avant notre ère, remontant le cours de l'Elbe, se porta vers le sud-est. Repoussés parles Boiesdela Bohème, de la Ibrét Hercynienne, ainsi que le dit Strabon, ces Cimbres se dirigèrent vers le midi, traversèrent le Danube, eu-

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