‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.41Chapitre 130 sur 163 · FIÈVRE TYPHOÏDE DANS LES HOPITAUX DE PAP,IS · texte numérisé non relu

FIÈVRE TYPHOÏDE DANS LES HOPITAUX DE PAP,IS

Moyennes 1866 1867 1868 1869 Total. annuelles.

Malades 1771 1731 1691 1115 6608 1652

Décès ôU 52-i 358 368 138i 346

Pour 100 18,24 18,65 21,19 26 » 21,02

Ce calcul indique un décès pour 5 malades, et non pour 7 ou 8 ; mais il est vraisemblable que la mortalité typhoïde des hôpitaux, où se rendent naturellement les malades les plus graves et les plus pauvres, c'est-à-dire les moins résistants, est supérieure à la moyenne de toute la ville. Pourtant, en 1876, M. E. Besnier, calculant sur le chiffre de 1645 décès dus à la fièvre typhoïde pendant le second semestre de cette année, porte seulement et d'une façon approximative le nombre des atteints à 8 ou 9000. C'est, encore, comme on voit, la multiplication du chiffre des décès par 5 ou 6. Nous estimons qu'en général le résultat ainsi obtenu est trop faible ; mais le savant médecin des hôpitaux peut bien avoir été dans le vrai pour le cas d'une épidémie comme celle qu'il envisage, aussi sévère par la rudesse que par la multiplicité de ses coups.

M. Ély trouvait encore, pour la période 1865-1869, que sur 100 décès typhoïdes à Paris il y en a 19,05 de 20 à 25 ans; c'est-à-dire près d'un cinquième du total. Or, les individus de 20 à 25 ans ne représentent guère que le dixième de la population ; ils sont donc moyennement deux fois plus frappés que le reste des habitants. Les hommes sont plus mal partagés que les femmes, et les mois les plus chargés sont : octobre, 3,72 décès typhoïdes par jour; août, 3,65 ; septembre, 5 59.

Sur l'ensemble, il y a 21, 6 décès typhoïdes sur 1 000 décès de toute cause, à Paris.

Le tableau ci-dessus de M. E. Besnier porte sur des années pendant lesquelles le typhus abdominal n'a guère varié, à Paris, de fréquence ni de gravité. L'histoire du deuxième semestre de 1876, qui à lui seul atteint au chiffre des décès de quatre ans, montre que l'endémicité du mal dans la grande ville n'empêche pas de temps à autre la marée épidémique. Paris, dans cette occasion, a été traité comme une petite ville. A son grand étonnement, M. L. Colin a même reconnu que les militaires d'âge mûr et nullement nouvecnix-venus dans la capitale étaient englobés dans la catastrophe commune. Ce sont de tels incidents qui font croire à une activité propre de l'épidémicité, variable comme l'intensité des phénomènes de nutrition chez les êtres vivants, et qui prêtent à la conception du génie épidémique. En réalité, la raison de ces oscillations doit être cherchée, tantôt dans les dispositions des sujets, tantôt dans les circonstances du monde extérieur qui peuvent aider ou gêner l'élaboration miasmatique dans l'économie.

Lyon a, comme Paris, les groupes condensés sous abris clos, l'infection animale du sol et de l'atmosphère. Plus d'un tiers de ses rues (Fonssagrives) manquent encore d'égouts, ce qui ne nous semble pas un avantage, bien que ce soit un sur moyen de ne pas être exposé aux émanations de ces canaux d'immondices. Les égouts qui existent présentent de graves défectuosités et, au rapport de M. Cliappet, l'obturation de leurs bouches, dans les nouveaux quartiers, est absolument insuffisante. La fièvre typhoïde est endémique à Lyon, comme à

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Paris. Elle y a de même, chaque année, une exacerbalion estivo-automnale, d'intensité variable. Il y aurait là un embarras pour la ihéorie tellurique des origines des épidémies typhoïdes, si les théories (celle-là surtout) pouvaient être embarrassées de quelque chose ; on sait que le sol lyonnais s'est montré jusqu'ici assez réfractaire à la propagation du choléra; il accepte, cependant, la fièvre typhoïde. D'où vient ce singulier choix de certains germes et cette répulsion pour d'autres, si la fièvre typhoïde et le choléra ont l'une et l'autre des germes et si leurs épidémies sont également dues à la pullulation de ces germes dans les couches perméables du sol ?

En 1874, l'épidémie annuelle de Lyon fut des plus sévères. On en attribue la gravité à l'infection fécale et cloacale, aggravée par la chaleur et la sécheresse qui régnèrent cette année-là. « A Lyon, l'opération des vidanges de la ville s'opérait en 1874 avec une telle incurie que, chaque nuit, les principales rues de la ville étaient infectées de leurs émanations. De plus, beaucoup des fosses communiquaient avec les égouts, qui n'offrent aucune des conditions voulues pour le rapide transport de ces matières; ils ne reçoivent qu'une quantité d'eau complètement insuffisante, qui fut réduite encore par les sécheresses exceptionnelles des mois de mars et d'avril 1874 ; on n'avait pas su utiliser les ressources admirables fournies par les deux fleuves qui traversent la ville. » (L. Colin). Et M. Marmy, signalant les défectuosités des égouts de Lyon : « le nivellement laisse à désirer dans plusieurs points, les pentes ne sont pas convenablement ménagées; de là, stagnation souterraine des produits de tout genre, qui passent dans les égouts, et exhalaisons de gaz délétères par les regards qui sont en contre-bas des trottoirs et par les bouches des égouts qui restent à sec le long des cours d'eau, quand les eaux sont très-basses. » M. Rollet {Lyon médical, 6 décembre 1874) s'exprime dans le même sens ; il accuse « le lavage insuffisant des égouts, la communication de certaines fosses avec les égouts, les infiltrations fournies par d'autres fosses et les infiltrations des puits perdus ».

Nous empruntons à M. Ernest Besnier {Appendice aux comptes rendus) les éléments du tableau suivant, qu'il doit lui-même à MM. Meynet et Mayet, de Lyon, relatifs à la fièvre typhoïde dans cette ville, en 1875, qui peut passer pour une année moyenne.

FIÈVRES TYnillÏDES DANS LES HOPITAUX DE LYON EN 1873. • MOIS. MALADES. DÉCÈS.

Janvier 6 ?

Février 2 ?

Mars 1 '1

Avril o 2

Mai 5 fJ

Juin 9 »

Juillet 19 o

Août 21 5

Septembre 34 3

Octobre 23 5

Novembre 13 1

Décembre 7 3

Totaux 145 51 (?)

Le pour cent des décès, si leur chiffre est exact, se trouve être plus élevé que moyenne ; mais il s'agit d'hôpitaux qui reçoivent les cas les plus graves et les malades pauvres.

La statistique mortuaire de MM. Marmy et Quesnoy {Topographie médicale

du département du Rhône et de la ville de Lyon. Lyon, i866), porte la fièvre typhoïde au quatrième rang des maladies causes de la mortalité ; elle reconnaissait alors les 27 millièmes de tous les décès, à peu près comme à Strasbourg (23 millièmes). En 1872, M. Mayet trouve seulement 26 typhoïsants pour 1000 malades de toute provenance; mais il y a 49 décès sur 185 cas*. Ce sont probablement encore des cas hospitalisés.

La plupart de nos grandes villes, Marseille, dont l'hygiène laisse tant à désirer au point de Yue qui est aujourd'hui le plus ordinairement en cause vis-à-vis des épidémies typhoïques, Bordeaux, Nantes, Rouen, Lille, Toulouse, Le Havre, Nancy, etc., copient plus ou moins exactement, sous le rapport qui nous occupe, Paris et Lyon. Malheureusement, les renseignements précis sont une rareté ; ceux qu'on trouve dans les appendices joints, avec une extrême bonne volonté, par M. E. Besnier à ses Comptes rendus, ne sont qu'une vue d'ensemble très-large et très-vague. M. Lombard ( Traité de climatologie médicale. Paris, 1877, t. Il) estime ((u'en Europe, si l'on en excepte Glascow, « les villes françaises occupent le premier rang quant à la fréquence et à la gravité de la fièvre typhoïde. 11 y a, toutefois, des nuances d'une ville à l'autre. La moyenne des décès typhoïdes pour toute la France ayant été, de 1855 à 1857 (3 ans), 72 pour 1000 décès généraux, les Bouches-du-Rhône, à cause de Marseille, ont 88,4 décès typhiques pour 1000 de toute provenance; le Var en a 80,4, par la participation de Toulon; la Seine 68,5 à cause de Paris; le Gard 68,2 ; le Rhône 58,8, à cause de Lyon. En revanche, la Seine- Inférieure n'a que 50,8 décès typhiques pour 1000, la Gironde 50,4, l'Hérault 47,7, le Nord 46,1, la Somme 41,4 et le Finistère 33,3, malgré Rouen, Bordeaux, Montpellier, Lille, Amiens, Brest.

Nous disposons de la statistique des décès de la ville de Lille pour 1876 et 1877, due à M. le docteur Castiaux. Il est remarquable que la fièvre typhoïde ait été d'une extrême bénignité dans cette ville en 1876, au moment même oii elle éprouvait Paris si rudement, et, plus encore, qu'elle soit en somme peu fréquente dans une grande cité industrielle où l'hygiène des latrines, de la vidange et des égouts est, intentionnellement, à l'état le plus primitif. H y a peu de canalisation souterraine à Lille et l'on y nettoie encore les égouts avec des seaux, à la main. Quelques-uns des canaux à faible pente, qui sillonnent la ville, sont en revanche des égouts à ciel ouvert et l'administration des hospices, tout récemment, a songé à combiner avec le système " diviseur le déversement des excréments liquides de son nouvel hôpital (Sainte-Eugénie) dans un de ces canaux, qui traverse toute la ville. La vidange chez les particuliers se fait presque en plein jour, sans grande précaution, et d'une façon outrageante pour la vue et l'odorat. Uengrais flamand s'étale, d'ailleurs, aux portes de la ville et en parfume déplorablement les alentours, déjà si peu réjouissants comme but de promenade pour les habitants. Malgré cela, et ceci vaut la peine d'être médité, la fièvre typhoïde est loin d'être sévère à la ville de Lille. En 1876, il y a seulement 66 décès de cette cause sur un total de 5116, soit 12,9 pour 1000. Ce qui, de plus, à raison de 1 décès pour 7 malades, suppose 462 typhoïsants dans l'année. Dans le premier trimestre de 1877, nous comptons

* ÎSous trouvons ailleurs, pour la même année et empruntés au même médecui, les chiffres suivants qui paraissent plus acceptables : Cas de fièvre typhoïde (hôpilaui de Lyon), 233; décès, 49; 21, iô p. 100 (E. Besnier, Bull, et mém. de la Soc. mcd. des hôp. de Paris jjour 1875, p. 27. Paris, 1876).

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16 décès typhoïdes (sur 1521 décès généraux) ; dans le deuxième, 15 (sur 1204) ; dans le troisième, 12 (sur OoG); pour le quatrième, 11 (sur 1285). En tout 54 décès typhoïdes sur i766 décès géae'raux. Nous savons d'autre part, à titre de médecin de l'aimée, que la garnison de Lille a partagé avec la population cette immunité relative. L'effectif moyen de cette garnison estdeoooO hommes; en 1875, 1 décès de tièvre typhoïde ; 1874, 1 décès; 1875, 4 malades, 1 décès; 1876, 28 malades, 5 décès. En 1877, nous avions le service des fiévreux : nous reçûmes i typhoïsanls, qui fournirent encore 1 décès {voy. J. Arnould, Considération!^ sur t atmosphère de la ville de Lille. In Ann. d'hyg. pub. 1879).

Depuis 1870, le compte rendu des épidémies, dû à M. le professeur Pilat {Rapports du conseil central de salubrité du département du Nord), n'indique pour la ville de Lille qu'une seule épidémie de fièvre typhoïde; celle qui régna pendant l'été de 1875, rue de Juliers, un quartier de Wazemmes, hahité par des ouvriers, dont beaucoup de nationalité belge. Il y eut 86 décès. Les localités de la banlieue paraissent plus maltraitées que Lille même.

Quant à nos localités rurales, elles n'élaborent que trop sûrement l'infection des locaux' habités, de l'air, du sol et des eaux, d'où sort la fièvre typhoïde, quel que soit le mécanisme dont elle en procède. Nous ne reviendrons pas s^ur les iuQuences propres du sol, si souvent accusées par nos médecins d'épidémies ; nous n'insisterons pas sur la mauvaise alimentation, les fatigues, la misère quelquefois, mises en cause sur divers points, et dont l'action à coup sur n'est que très-éloignée et indirecte. Rappelons plutôt les lacunes d'hygiène rurale en rapport avéré avec le développement de l'infection animale et humaine : l'éfroitesse, la non-aération, la malpropreté des habitations ; les écuries et leur mauvaise disposition; les fumiers tout contre la maison, les mares à purin; l'absence de latrines et, par conséquent, les latrines imprévues un peu partout; les cimetières mal situés ; les rues sans pavage, la malpropreté personnelle des paysans. La putridité animale les environne, et si leurs travaux ne les obligeaient à rester aux champs pendant la plus grande partie de l'année, les catastrophes seraient communes et terribles (voy. J. Arnould, LHygièae rurale dans ses rapports avec le cantonnement des troupes. Paris, 1876, Et l'article Rurale (hygiène) de ce Dictionnaire, par Alexandre Layet).

Les épidémies de fièvre typhoïde ne paraissent qu'à de longs intervalles dans les villages ; mais elles sont presque toujours meurtrières et par le nombre et par la gravité des cas. On croirait y voir le double effet de la lente accumulation des matériaux putrides et de l'universelle réceptivité de la génération, ces deux circonstances arrivant ensemble à leur réalisation la plus complète.

M. Lombard, calculant sur les trois années 1855, 1856, 1857, relève 50 584 décès typhoïdes pour toute la France ^ Sur ce nombre il y a 18 191 décès masculins (60 p. 100) et 12 595 décès féminins (40 p. 100). Ces décès typhoïdes représentent 72 pour 1000 de tous les décès, ou même 80 pour 1000, si l'on y joint, comme c'est assez rationnel, les décès imputes à la fièvre continue, (Toutefois, ces proportions nous semblent bien élevées).

1 D'après le dixième volume de la Statistique officielle de la France. Ce sont les seules années pendant lesquelles on ait essayé la répartition de la mortalité par genre de maladies. Les résultats de cette opération sont des plus suspects, à cause de la façon dont les diagnostics ont été fournis et l'on a dû renoncer jusqu'à nouvel ordre à l'introduction dans la statistique de ces relevés qui seraient précieux s'ils étaient bien faits. Kous nous servirons, cependant, en mainte occasion, de ces chiffres tels qu'ils sont, en prévenant ici, une fois pour touies, des limites dans lesquelles ils méritent confiance,

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674 FRANCE (pathologie).

Les neuf départements septentrionaux qui suivent ; Aisne, Pas-de-Calais, Nord, Somme, Ardennes, Meurthe, Meuse, Moselle, Bas-Rhin, qui ont ensemble 56 969 décès généraux, n'ont que 3196 décès typhoïdes, ou 56,1 pour 1000 ; tandis que 11 départements du Midi : Landes, Basses-Pyrénées, Ilautes-Pjrénées, Pyrénées-Orientales, Aude, Hérault, Gard, Bouches-du-Ilhône, Var, Vaucluse, Corse, sur un total de 58 241 décès, en ont 4086 de fièvre typhoïde, soit 70,6 pour 1000. La fièvre typhoïde serait donc plus répandue (ou plus meurtrière) dans le Midi que dans le Nord de la France. C'est, d'ailleurs, une loi que l'on retrouve autre part (armée).

Treize départements de l'Est : Moselle, Meurthe, Haut-Rhin, Bas-Rhin, Vosges, Jura, Doubs, Ain, Haute-Saône, Isère, Basses-Alpes et Var, sur 43 477 décès de tout genre, ont compté 2 896 décès de fièvre typhoïde : 66,6pour 1000. D'autre part, 19 départements de l'Ouest : Pas-de-Calais, Aisne, Somme, Seine- Inférieure, Eure, Oise, Calvados, Sarthe, Mayenne, lUe-et-Vilaine, Gôtes-du- Nord, Finistère, Loire-Inférieure, Vendée, Charente-Inférieure, Gironde, Dordo^ne, Landes, Basses-Pyrénées, sur 115425 décès, en comptent 5956 dus à la iièvi^e typhoïde, 51,6 pour 1000. Les régions occidentales de la France seraient donc moins visitées que les orientales par la fièvre typhoïde, quoique les o-randes villes soient moins nombreuses dans les treize départements de l'Ouest mis en comparaison.

Dans les départements du Centre, la léthalité typhoïde est de 61 pour 1000 décès, et d'autant plus prononcée que l'on va plus vers l'Est.

Nous terminons ce chapitre par un tableau de l'ensemble des épidémies typhoïdes pendant trente ans, qui serait fort instructif s'il renfermait vraiment tous les faits, ce dont on peut douter.

TABLEAU )NDIQUANT LE NOMBRE d'aNKÉES DURANT LE COURS DESQUELLES CHAQUE DÉPARTEMENT

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