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LA RACE FRANÇAISE

Ërysipèle, fièvre tranmalique, infection purulente, septicémie, fièvre puerpérale, pourriture dliôpital. Nous réunissons dans un même chapitre toutes ces affections, qui ne sont certes pas identiques, mais dont les principes spéci-

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fiques forment une classe des plus homogènes. Tous ces principes ont pour traits communs : 1° de paraître capables d'une genèse véritable ; 2» de se former dans l'organisme, ou même dans le milieu atmosphérique, le plus communément à l'occasion de traumatismes (l'érysipèle ne fait pas tout à fait exception); 3° d'être transportables à la fois selon le mode des virus fixes (contagion) et selon le mode des virus diffusibles (infection); l'érysipèle n'a peut-être que ce dernier.

Nous ne saurions aller plus loin dans la question de genèse de ces formes morbides qui, d'ailleurs, ne sont pas spéciales à la France et n'ont rien, dans leurs allures, de propre à notre pays. Seulement, il nous semble que dans les discussions modernes on s'entendra difficilement tant que les uns oublieront obstinément qu'il s'agit de l'homme et de la vie, pour ne songer qu'aux solutions données par la chimie et l'expérimentation sur les lapins, et que les a-utres, au contraire, s'enveloppant dans l'animisme, fût-il modernisé, refuseront de descendre dans l'élude des agents extérieurs. Bien que nous inclinions plutôt vers les derniers, nous croyons que le progrès durable résultera de la collaboration des deux écoles lorsqu'elles voudront bien se rapprocher et se reconnaître leur mérite et leur puissance réciproques. Surtout, pas de dogmes, pas de prétentions à l'infaillibilité dans la science {Voy. les discussions de VAcad. deméd. J869, 187J, 1872, 1875, 1875, 1878 : Em. Chauffard, De la fièvre traumatique et de V infection purulente. Paris, 1875; Richet, Trclat, Gosselin, Verneuil, Léon Le Fort, Pasteur, dans la discussion sur la désarticulation coxo-fémorale, in Bulletin de V Académie deméd., 1877-1878).

L'érysipèle pourrait passer pour le type le plus mitigé de ces infectieuses d'origine humaine et comportant des rapports plus ou moins manifestes avec le traumatisme. C'est à lui que suffit la moindre porte d'entrée, par solution d(^ continuité du tégument; l'éraillure épidermique ou épithéliale est tout ce qu'il faut, si même il ne peut s'en passer. L'érysipèle est encore jusqu'à un certain point soumis aux influences climatiques et saisonnières ; on ne le voit pas dans la zone intertropicale (îlirsch) et, chez nous, les saisons intermédiaires, le printemps particulièrement, sont les époques de ses manifestations les plus communes. Il provient surtout des milieux encombrés, casernes, ateliers, pensionnats, maisons malpropres; il y a, chaque année, un certain nombre de cas nés dans les hôpitaux, quelques-uns par contagion, véritables cas intérieurs.

Toutes ses formes nous sont familières : érysipèle simple, érysipèle des nouveau-nés, érysipèle malin ou typhoïde, érysipèle gangreneux, érysipèle traumatique.

Pour les hôpitaux de Paris l'érysipèle occupe le huitième rang par ordre de fréquence, le neuvième par ordre de gravité absolue, le dixième, pour la gravité relative. Il est fort voisin de la pleurésie, comme cause de mortalité. Ces chiffres prouvent ce qui vient d'être dit de l'influence étiologique du milieu et sont fort au-dessus de ce qui se passe au dehors des hôpitaux. Dans les cinq années de 1865 à 1809, M. Ely relève une moyenne annuelle de 294 décès parisiens par érysipèle; soit 6,28 pour 1000 décès généraux et 1,61 pour 10 000 habitants. Les mois les plus chargés sont février, mars et décembre.

Lyon est dans des conditions fort voisines de celles de Paris et, sans doute, de nos autres grandes villes. Cependant M. Lombard, qui a résumé le mémoire de MM. .Marmy et Quesnoy {Topographie niéd. du département du Rhône et de la ville de Lyon. Lyon, 1866) et la statistique de M. Mayet pour 1872, ne

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mentionne pas l'érysipèle. 31. Fonteret, dont les comptes rendus de M. E. Besnier se sont annexé plusieurs rapports, note seulement « quelques érysipèles » dans les saisons (hiver et printemps) à qui cette affection est familière. Les bulletins de décès de la ville de Lille (docteur Castiaux) pour 1876 ne comportent que 8 décès pai' érysipèle; celui de 1877, 7 décès, dont les plus fréquents sont en automne (5). Si l'on suppose que la mortalité relative y est de 1 sur 8 cas, comme dans les hôpitaux de Paris, nous pouvons admettre au moins 60 cas annuels dans Lille; ce qui est, à coup sur, une proportion modérée. Mais nous pouvons avoir affaire à deux années bénignes; l'érysipèle procède volontiers par bouffées épidémiqucs.

La fièvre puerpérale est attachée à tous les établissements où l'on réunit les femmes en couche, aux maternités par conséquent, et plus aux grandes q\i'aux petites (Tarnier, Le Fort, Gallard). Tarnier estime que, dans les hôpitaux, il y a 545 décès chez les femmes en couche de ])lus qu'il ne devrait y en avoir si la proportion des décès y était la même qu'à domicile. La mortalité des nouvelles accouchées étant de 1 sur 212 dans les villes, elle est de 1 sur 52 dans les hôpitaux et les maternités (Le Fort, Dumontpallier). L'origine du mal est donc évidente; c'est une maladie infectieuse. Quant à la contagion, on n'en est plus anjourd'hui à la démontrer. On peut, d'après la statistique des décès pueipéraux d'une ville, juger de l'organisation des secours qu'elle fournit aux femmes en couche, et la signification, comme la dépendance, de cette face particulière de la pathologie française est parfaitement claire. (Voy. Bull, et mém. de la Soc. méd. des hôpitaux de Paris pour 1870. Paris, 1871.)

En 1870, M. Besnier évaluait à 4 pour 100 la mortalité des nouvelles accouchées dans les hôpitaux et maternités de Paris. En 1874, il paraît y avoir une légère amélioration, provenant surtout des maternités, moins insalubres à cette époque que les salles des hôpitaux généraux réservées aux femmes en couche. Voici, toutefois, un tableau significatif.

Aî(KEE 1874

Dans

Chez

les hôpitaux.

les sages-femmes.

A. domicile.

Arf oiirîiemcnls . ....*.

Décès ...•.

Décès pour 100 accouchemenls .

Ajouter 50 décès de femmes admises dans les hôpitaux, après accouchement en ville : ce qui relèverait un peu les derniers chiffres, si fort à l'avantage de l'accouchement hors des hôpitaux.

A Lille, la mortalité puerpérale totale, en 1876, est de 50 décès. En 1877, 54 décès ainsi répartis : l"*' trimestre 18; 2% 11; 5% 15; 4% 10.

Nous lisons ce qui suit dans une Note sur les maladies régnantes de la ville de Lyon, par M. Fonteret, pour le 1*' trimestre 1875 : « Dans le service de la maternité de la Croix-Rousse, plusieurs cas de complications graves, relevant de la septicémie puerpérale, y ont été signalés avec décès. Le service de la maternité de l'hôpital de la Charité a eu une épidémie de fièvres puerpérales, toutes, moins une, constituées par des métro-péritonites. Dans l'espace de deux mois, du 28 décembre à fin février, date de sa cessation, elle a fourni 25 décès sur 200 accouchements. » A la fin de 1874 « quelques accidents puerpéraux

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graves venaient affliger la maternité de l'hospice de la Charité, qui était depuis quelques mois dans un état satisfaisant. »

Cette dernière constatation et d'autres reproduites plus liaut sembleraient indiquer une relation entre les accidents puerpéraux et la modalité climatique, une prédominance de la maladie dans la saison froide. 11 ne faut l'admettre, sans doute, qu'avec réserve. A la vérité, on a noté l'immunité presque absolue des pays intertropicaux à cet égard, de la Martinique en particuHcr (Rufz de Lavison). Mais nous ne saurions négliger ce fait propre à nos conj^'ées, que l'aération est beaucoup plus facile en été qu'en hiver, puisqu'elle est même twcée. C'est une garantie contre la densité du miasme.

Quelqu'une des formes deï infection putride, de quelque nom qu'on l'appelle, insidieuse ou foudroyante, légère et curable ou irrémédiablement fatale, se montre un jour où l'autre dans les salles où des blessés sont réunis en nombre un peu considérable, dans les hôpitaux qui comptent une succession non interrompue d'années de service. Elle se fait moins attendre dans les abris improvisés, vastes habitations appropriées à ce besoin ou ambulances de tout mode, dans lesquels l'urgence fait admettre, en temps de guerre, des rangs entiers de soldats, avec de larges blessures, le système nerveux épuisé par l'angoissante tension du combat, affaiblis par l'hémorrhagie, ébranlés dans tout leur être par le choc des projectiles. Il paraît que des vibrions s'introduisent par ces plaies béantes, et qu'il en est une espèce si mauvaise qu'elle peut empoisonner un homme en 24 ou 48 heures. Si, pourtant, l'on considère que ces vibrions vivent pour tout le monde et que, néanmoins, ils ne réussissent bien dans leur œuvi'e meurtrière que sur les vastes mutilations et les grands ébranlements, on sera tenté de maintenir que la vie, que l'homme lui-même est bien pour quelque chose dans la façon dont ces vibrions produisent leur effet. Et si l'action des agents extérieurs est subordonnée à l'état de l'économie qu'ils rencontrent, estil sage de ne voir que ces agents, de ne poursuivre que les moyens de les chasser, de les annuler ou de les détruire? Est-il même sage de les placer au premier rang des préoccupations du chirurgien?

Quel que soit le rôle des vibrions, il est certain que l'atmosphère des blessés prend vite les caractères de l'imprégnation putride et qu'elle devient le véhicule d'un véritable principe spécifique avec lequel le chirurgien doit désormais compter. Ce sont les propriétés nouvelles et étranges qui vont compromettre incessamment ses succès, les résultats du moindre coup de bistouri, et rendre particulièrement périlleuses et incertaines les grandes opérations, amputations

de membres volumineux, désarticulations coxo-fémorales , que la théorie ne

présentait pas cependant comme impossibles, étant fixées les règles du procédé et du manuel opératoire.

Médecin, nous ne voulons pas nous avancer sur un terrain que nous connaissons mal ; nous n'essayerons pas d'esquisser la physionomie des affections septicémiques ou pyohémiques en France. Aussi bien, dans cette grande et lamentable occasion d'observer sur notre sol, qui fut la guerre de 1870, les circonstances n'étaient pas favoi'ables aux relevés de chiffres et la statistique n'a pas suffisamment profité des éléments qui s'offraient.

Au fond, nous n'en avons pas besoin ici. Les statistiques qui existent, même quand elles ne portent que sur une opération déterminée, donnent en réalité le bilan des accidents d'infection dont il s'agit ; c'est bien à eux qu'appartiennent l'immense majorité des insuccès et des chiffies funéraires.

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D'une antre façon l'état des choses est suffisamment accusé par les efforts des chirurgiens français, en face d'efforts semblables d'ailleurs des chirurgiens étrangers. Que visent donc, sinon cette infection désastreuse, Vocclusion pneumatique de 31. Jules Guérin, le pansement ouaté de M. Alphonse Guérin, le pansement à Valun de M. Parise, les diverses imitations du pansement de Lister, adoptées dans quelques-uns de nos hôpitaux et qui donnent, à Lille, de beaux i^ésultats à 31. Houzé de l'Aulnoit? n'est-ce pas en raison d'une longue expérience, autant que d'une parfaite initiation à ce qui se rapporte au sujet, que 31. Verneuil veut, dans la désarticulation coxo-fémorale, une plaie béante dans laquelle toute rétention de fluides putrides soit impossible? (voy. Bull. deVAcacL, 30 octobre 1877). N'est-ce pas, enfin, parce que les chirurgiens français se savent entourés d'un contagium redoutable que tous, aujourd'hui, recommandent et observent les plus minutieuses précautions contre le transport des principes septiques par les instruments, le linge, les mains et même les vêtements de celui qui opère, aide ou panse?

Spécifiques exotiques. Choléra et fièvre jaune. Le transport d'un principe morbide à de grandes distances des lieux oii il a son berceau; où il est chez lui et se renouvelle sans cesse, est une expérience à laquelle l'humanité n'a rien à gagner, mais qui est d'un grand intérêt dans l'histoire naturelle des maladies. Toutefois, en la suivant avec l'esprit philosophique qui devrait toujoiu^s animer les études d'épidéniiologie, on arrivera probablement à en tirer quelques déductions tendant à atténuer le plus possible les suites de cette expérience, que l'humanité accomplit d'ailleurs elie-même, involontairement à la vérité. Tout au moins, on éclairera les intéressés, on formulera d'avance des prévisions bonnes à connaître, on indiquera quelques mesures à prendre. Ces résultats de l'observation scientifique et médicale protègent aujourd'hui même, dans de certaines limites, nos pays d'Europe, précisément contre les deux fléaux dont le nom sert d'en-tète à ce chapitre.

Le transport d'un fléau exotique donne la mesure de l'activité de son principe et révèle quelques-unes de ses propriétés. On tait naturellement la comparaison entre son point de départ et le point géographique où sa puissance vient mourir; on aperçoit les étapes intermédiaires. Telles contrées, dans des conditions de sol, d'atmosphère, d'hygiène locale, très-analogues à celles des parages qui ont le funeste privilège de régénérer ce principe, se montrent comme pouvant devenir des foyers secondaires plus ou moins persistants ; d'autres, déjà plus différentes et mieux douées, ne se prêtent qu'à la constitution éphémère d'un foyer qui s'éteint sous l'influence d'une alternative saisonnière, par ses tendances propres ; un peu plus loin, le mal va rencontrer une zone qui ne lui est pas absolument réfractaire, mais où ses cas resteront isolés et stériles et où il ne parviendra pas à former un foyer ; enfin il abordera à une latitude ou à une terre qui le repoussera tout à fait.

Le choléra nous a fait de funèbres visites, à divers intervalles, et ses foyers se sont multipliés sur notre sol. Cependant, il a été bientôt visible qu'il n'était pas chez lui en France et qu'il ne s'y acclimaterait jamais. De notre pays surtout on peut dire que le mal indien y est toujours venu par importation ; il est même remarquable que l'épidémie de 1854, qui, pour l'Europe dans son ensemble, fut la continuation de celle de 1848-1849, ait été pour la France une véritable épidémie nouvelle. C'est l'Europe du Nord-Est, et non la France, qui a

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pu donner à M. ïliolozan les bases de sa doctrine de la reviviscence des germes cholériques (voy. Tholozan, Durée du choléra asiatique en Europe et en Amérique, etc. In Gazelle hebdomadaire, 1871 et 1872). De 1849 à 1853, le choléra fournissait des épidémies locales à Halberstadt (1850), en Suède, en Norwége, en Danemark, au Schleswig-Holstein; en 1851 à la Bohème, à la Pologne, à la Silésie; en 1852, d'abord à Seeradtz, dans le gouvernement de Varsovie, puis à une grande partie de la Pologne, au duché de Posen, au nord de la Russie, à la Silésie, au Brjndebourg ; en 1853, reparlant vers l'ouest, il se montre en Russie, en Suède, en Norwége, en Danemark, en Silésie, dans le nord de la Prusse, puis en Hanovre, en Hollande et dans la Grande-Breta^^ne. Ce côté de l'Europe paraissait être devenu l'équivalent des Indes, où le choléra n'a pas non plus, en tout temps, ni même chaque année, l'extension et la sévérité épidémiques. Hirsch, vers 1860, pouvait encore, d'après les faits familiers à l'orient de l'Europe, en Allemagne oià il écrivait, se figurer que le choléra avait pris le caractère des maladies telles que la peste, la variole et d'autres, qui, longtemps contenues dans les étroites limites de leur patrie, se répandent au dehors pendant un temps plus long ou plus court et jouent le rôle. de maladies universelles.

En France, on n'a jamais rien vu de pareil, ni dans cette période particulièrement intéressante, ni dans d'autres. Sans doute, des cas isolés de choléra ont été observés, tous les étés, un peu partout dans le pays, à Paris particulièrement (Grisolle, Woillez). S'agissait-il de choléra indien ou de choléra nostras?ll s'agissait vraisemblablement de ce dernier, qui, d'ailleurs, ne se distingue pas en soi de son redoutable congénère. On songeait au choléra asiatique, parce que les événements retentissants de 1852, 1849, etc., ramenaient vers lui la pensée. En réalité, ces cas sporadiques ne tendaient en aucune façon à faire de la France une Inde en miniature ; ce qui le prouve, c'est l'absence de tout lien de ces accidents épars avec les épidémies ultérieures, qui toutes sont venues du dehors, sinon toutes de l'Inde, comme le formule un peu hardiment Daremberg {Journal des Débals, 1856 et 1867, cité par Tholozan).

L'histoire de ces dernières années et particulièrement de 1873 semblerait prouver, n'étaient lus précautions doM on entoure aujourd'hui le choléra à ses points d'embarquement, que l'Europe entière, et non la France seule, est foncièrement antipathique à ce fléau. Il ne persiste pas, à coup sûr, dans nos contrées» avec la même aisance que la variole. Néanmoins, il convient d'affirmer et de conserver le souvenir de la supériorité réelle qu'a montrée notre patrie vis-à-vis de l'acclimatement de cette sombre espèce. Que cet avantage repose sur la supériorité des conditions hygiéniques dans lesquelles vivent nos populations, nous n'avons aucune raison d'y contredire.

M. Tholozan paraît supposer qu'il y a des variétés de choléra, comme il y a des variétés dans une même espèce botanique. Aurions-nous eu l'heureuse chance de tomber sur une variété moins vivace et moins maligne que celle de nos voisins de l'Est? Cette conception est un peu bien subtile. Nous croyons qu'il faut chercher dans des faits plus palpables la raison de l'antipathie relative du choléra pour notre sol français.

A. La France s'ouvre au choléra par sa situation géographique et climatologique. Le principe choléri(iue a la vie dure, si l'on nous passe cette expression. Originaire d'une contrée tropicale, il prospère au mieux dans celles qui ressemblent à sa patrie classique par la latitude, l'altitude et la température moyenne

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(Guadeloupe, New-Orléans) ; mais il ne répugne nullement aux pays septentrionaux et aux climats froids : Saint-Pétersbourg, la Scandinavie, lui ont donné asile et, en 1850, il ne quitta pas Moscou, malgré un froid de 20 degrés audessous de zéro. A ces divers égards, la France, type des pays tempérés et des climats intermédiaires, ne pouvait offrir aucune difficulté à son implantation, dès que le transport en aurait lieu.

Or, ce transport ne pouvait manquer à une nation industrieuse, commerçante, qui attire les marchands, les denrées, les voyageurs, de toutes les parties du monde, qui a des ports sur deux mers et pas de frontières du côté du Nord-Est, c'est-à-dire du côté par où elle se rattache à la masse continentale. En 1832, le choléra entra par Calais ; en 1854 par Agde et Marseille, remontant d'Espagne ; en 1837, par Marseille encore, retour d'Italie; en 1845, par Dunkerque; en 1850, par Marseille; en 1854, par les départements de la Haute-Marne et de l'Aisne, arrivant d'Allemagne; en 1865, par Marseille; en 1875 par le Havre.

Une fois débarqué, les grandes voies du transit humain lui étaient offertes pour sa dissémination dans l'intérieur du pays ; fleuves navigables, routes ordinaires, bientôt les chemins de fer. L'homme, son véhicule favori, est dans un mouvement incessant sur notre sol; il s'opère en particulier sur la capitale une convergence énorme et il en émane un puissant rayonnement humain : aussi Paris a-t-il toujours été l'une des premières victimes et la plus éclatante. Rappelons que cette ville, non plus que d'autres en France, aux premières visites du choléra, n'avait le degré d'hygiène, pourtant encore insuffisant, qu'elle possède aujourd'hui. « Le choléra, par les visites qu'il a suscitées (dans Paris), a fait faire de cruelles découvertes ; des dénuements sans nom ont apparu dans de misérables taudis. » Or, dans la partie basse du quartier de la Sorbonne, où sont les vues étroites, la population indigente et entassée, il y a eu 1 décès sur 32 habitants (Littré). H y a telle ville où le choléra a sévi exclusivement sur les classes pauvres, et partout il a commencé par elles. Le sol des villes qui, en immense majorité, sont bâties sur un terrain perméable, n'était pas l'objet de travaux de canalisation souterraine, de précautions contre l'infection organique, comme il l'est devenu depuis (pas encore assez). Et, quant à l'ensemble du pays, l'hygiène des individus ou des groupes, la constitution géologique du sol, prédestinaient des points nombreux à êli^e des foyers de choléra. Les maisons religieuses, si nombreuses chez « la fille aînée de l'Église », les prisons les hôpitaux, les casernes, s'offraient tout naturellement. Les divers corps de l'armée, mobiles même en paix, l'arrivée des recrues, le départ des hommes libérés, contribuaient largement à sa diffusion, de même que les groupes militaires l'alimentaient d'une façon remarquable, partout où il y a des garnisons (voy. sur ce point particulier et sur beaucoup d'autres questions soulevées dans le présent article, L. Laveran : Choléra: in Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales).

La confusion des idées sur l'origine et la propagation du choléra ne contribua pas peu à maintenir les populations désarmées contre lui et, par conséquent, favorisa ses progrès chaque fois qu'il se présenta. On se rappelle les discussions interminables sur la contagion du choléra, les disputes de mots, les théories étranges qui se firent jour. Quelques-uns allèrent jusqu'à proclamer sa spontanéité en France. Nous constatons à regret que plusieurs de nos confrères de l'armée, du plus grandj mérite d'ailleurs, se sont trouvés cette fois du côté du DICT. ENC. 4" s. V. 45

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paradoxe (voy. Desnos : article Choléra asiatique, in ISouv. dict. de méd. et de chir. pratiques).

B. La France résiste au choléra et tend naturellement à s'en débarrasser, à lui interdire racclimatement et la permanence; en raison, nous semble-t-il, des circonstances suivantes.

l» V alternance bien marquée des saisons et surtout, l'opposition franche de la saison chaude et de la saison froide. Le choléra est, en somme, une espèce qui se trouve bien de la chaleur. Son extension dans l'espace l'a fait comparer à la variole, qui prend aussi jusques aux terres glaciales; mais il diffère beaucoup de cette virulente indiscutée, quant à son extension dans le temps. Ce n'est plus la saison des contacts qui favorise le principe cholérique, mais la saison propice à toute végétation, bonne ou mauvaise, et celle qui paraît disposer le mieux l'économie à recevoir les impressions toxiques. Peu de choléra en hiver et à la suite de l'hiver; beaucoup en été et à la suite de l'été; telle est la loi qui régit le fléau hors de la région d'endémie. Tout le monde a reproduit le tableau de Hirsch, qui, sur 341 épidémies, en trouve seulement 25 dans le premier trimestre de l'année, 82 dans le second, 154 dans le troisième, 80 dans le dernier. Les aptitudes ou, si l'on veut les faiblesses, révélées chez le choléra par cette vaste opération, ont toujours été manifestes en France; le fléau a régulièrement fait un plongeon plus ou moins profond et plus ou moins durable pendant nos hivers ; c'est dans cette saison qu'il s'est éteint dans notre Midi, en 1855, dans tout le pays, en 1854-55. Ces espèces morbides, qui ne sont pas virulentes et, par conséquent, ne procèdent pas d'une élaboration et d'une régénération humaine, ont besoin d'une sorte de complexus étiologique dans lequel plusieurs agents extérieurs réunissent et combinent leur action ; si l'un d'eux fait défaut, le principe morbide perd sa vitalité et sa puissance d'imprégnation. Il n'est pas dit, pour cela, qu'il s'éteindra; mais si quelque autre circonstance nécessaire vient à manquer aussi, sa disparition apparaît de plus en plus probable.

2^ La nature et la configuration du sol franais. Nous avons, en d'autres occasions, reconnu la valeur de l'opinion de M. de Pettenkofer sur le rôle du sol, comme substratum de la multiplication de certains principes morbides et nous avons dit que la loi posée par l'illustre hygiéniste de Munich est vraie el pratique si l'on veut bien ne pas s'attacher à la lettre et à la rigueur de sa formule. Les conditions favorables, en général, à l'incubation et à la reviviscence des principes morbides paraissent être : la superposition d'une couche perméable, d'épaisseur modérée, à un sous-sol imperméable ; la proximité de la surface et la mobilité dans le sens vertical de la nappe d'eau souterraine ; l'imprégnation du sol parles détritus organiques, humains surtout et, au besoin, pathologiques. (Voy. Decaisne : De Vétiologie tellurique du choléra. Acad. des sciences, 1875 et 1878).

Or, ces conditions, remplies çà et là, en France, ne le sont pas assez uniformément, ni assez complètement, pour y faire durer un miasme d'importation étrangère, encore que l'état où elles sont suffise à nos miasmes indigènes.

a. C'est sur des faits constatés en France que Nérée Boubée {Acad. des sciences, 25 juillet 1832 et 23 octobre 1854) a établi sa remarquable loi de la propagation du choléra selon la nature des terrains. A l'époque de la première invasion, le fléau s'était répandu avec la plus grande rapidité et de la f.içon la plus générale sur les contrées appartenant au terrain tertiaire et à l'alluvion ;

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au contraire, il avait avancé lentement, avec une malignité moindre, et s'était rapidement éteint sur les terrains primitifs, à moins que les détritus des roches n'aient fait à ceux-ci une couche superficielle humectable. En 1849, Fourcault [Gaz. méd. de Paris, 1849, n°^ 18 et 19), range dans l'ordre suivant les terrains qui se prêtent le mieux à l'extension du choléra : en tête, l'alluvion, puis le calcaire grossier, l'argile, le terrain carbonifère, le calcaire magnésien; ceux sur lesquels l'épidcmie gagne le plus malaisément sont le grès, les conglomérats siliceux, la craie, les terrains de transition et les terrains primitifs; elle ne prend jamais sur ceux-ci à moins qu'ils ne soient devenus accessibles à l'humidité. Le choléra, remarquait-on, s'était développé dans les trois grands bassins tertiaires de la France; en 1852 dans ceux de Paris et de la Gironde, en 1854 et 1855 dans le delta du Rhône après avoir suivi le littoral de la Méditerranée. A la première époque, progressant du nord au midi ; à la deuxième, allant en sens inverse, après avoir frappé 31arseille, il s'est chaque fois arrêté au pied des montagnes de l'Auvergne et du Cantal, le vrai boulevard de la France contre l'étranger et contre le choléra. Il n'a point franchi le plateau central, formé de roches primitives. Vers le Nord-Est, il s'est arrêté au pied des Vosges, formées également de terrains anciens et qui peut-être ont préservé le bassin de terrain moderne de l'Alsace. Telle paraît aussi avoir été l'influence du terrain de transition des Ardennes, de la Bourgogne et de la Normandie. Les formations tertiaires et carbonifères encaissées dans des roches primitives, comme celles du plateau central, ont été préservées. Le choléra sévit, au contraire, avec la plus grande intensité, sur les formations carbonifères du nord de la France, qui ne sont point protégées ou isolées par de semblables roches.

La Bretagne, sans doute, cette « terre de granit », a été atteinte, mais surtout par le littoral; ouverte du côté de la mer, elle ne pouvait éluder absolument les assauts répétés du fléau. Mais il n'était pas là sur son terrain et ne pouvait y prospérer. M. Dechambre [Gazette hebdomad., 1854-1855) montre qu'en Bretagne et en Poitou le choléra reste bénin et ne prend aussi que peu d'extension dans la contrée à terrains de transition qui s'étend de Ploermel à Chàteau- Neuf et de Laval à Angers.

Trois foyers s'étaient formés : le premier, dès le commencement de mai, à l'est (Haute-Marne, Marne, Meuse, Aisne, Moselle) ; puis, deux autres presque simultanément, en juin, l'un à l'ouest (Vendée, Deux-Sèvres, les Charentes), l'autre au sud, par les Bouches-du-Rhône. Ces deux derniers s'avancèrent dans l'intérieur à la rencontre du premier, mais en faisant de remarquables exceptions. Le choléra de l'Ouest suivit un trajet oblique vers le Nord-Est, laissant à droite et à gauche des départements peu ou point envahis : au nord-ouest, Ille-et-Vilaine, Mayenne, Sarthe, C6tes-du-Nord, Orne; au sud-est, Vienne, Haute-Vienne, Creuse, Allier, Puy-de-Dôme, Corrèze, Dordogne, Lot, Cantal. A la mesure des lois qui viennent d'être formulées, on s'expliquera le privilège de la plupart de ces départements. De même, le troisième foyer passait pardessus l'Isère, la Drôme, les Hautes-Alpes et les Basses-Alpes, pour aller rejoindre le premier dans la Côte-d'Or. Le choléra toucha au Morvan sur ses quatre points cardinaux, mais n'y pénétra point. Les Vosges ne furent pas absolument respectées celte fois, mais elles n'ont pas du granit partout, ni même du grès vosgien ; Dompaire, qui fut excessivement maltraitée, repose sur un grès bigarré, riche en dépôts stratiformes et en matière argileuse.

11 y eut, du reste, des exceptions positives Yial (de Saint- Etienne) mentionne

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le fait d'un bond accompli par le fléau, dans le bassin de Saint-Étienne, par dessus la barrière rocheuse qui sépare Rive-de-Gier du hameau de Bâchasses, lequel souffrit exceptiomielleraent; mais, dès lors, le choléra se mit à descendre les bords du canal et de la petite rivière de Gier, frappant successivement Assailly, Lorette, le Sardon, envoyant à peine quelques prolongements affaiblis sur les hauteurs, à Saint-Paul et à Saint-Genis. Somme toute, le département de la Loire fut relativement épargné et, sans doute, dut son immunité au sol de granit du mont Pila et de la cliaîne du Forez, tandis que l'épidémie fusait sur le terrain tertiaire et d'alluvion de la Gironde, et prospérait dans le delta du Rhône.

Dans cette même épidémie de 1854, Nérée Boubée habitait les Pyrénées et constatait que, cette fois encore, toutes les contrées à sol granitique demeuraient indemnes, mais que leur immunité cessait dès qu'une mince couche d'alluvion ou de détritus des roches recouvrait le sol. Cette circonstance l'emportait même sur la vertu préservatrice de l'altitude, de même que son absence y suppléait dans les lieux bas. Deux localités sur l'alluvion, à 160 età 300 mètres au-dessus du niveau de la Garonne, furent en proie à l'épidémie, tandis qu'une autre, au bord même du fleuve (Saint-Béat), mais reposant sur des l'ochers calcaires nus, ne participa en rien aux désastres qui, à plusieurs reprises, désolèrent les localités environnantes.

En écrivant ces lignes, nous avons sous les yeux la carte géologique de la France de la Géographie de M. E. Reclus. Deux faits y sautent aux yeux. D'une part, c'est l'étendue absolue des terrains primitifs, volcaniques et cristallins, que possède notre territoire ; d'autre part, c'est la disposition et la répartition de ces terrains par rapport aux autres. Ils n'occupent pas tout un côté, toute une zone et ne sont pas continus à eux-mêmes ; ils s'enchevêtrent aux autres formes à tous les points cardinaux du pays et coupent, sur des espaces multiples et divers, la masse totale de notre sol. De telle façon que le choléra, dans sa course néfaste, est forcé de se heurter plusieurs fois à des obstacles invincibles. Ce n'est pas, d'ailleurs, un accident de mince importance que le centre même du pays soit occupé par le massif volcanique ou granitique de l'Auvergne ; c'est bien là une forteresse contre les fléaux étrangers, pour être le refuge de l'intégrité de la vie nationale, toutes les fois qu'elle sera assaillie par les passages de notre nord-est sans frontière, ou que l'une ou l'autre de nos deux mers aura laissé débarquer quelque peste sur la terre française.

Les terrains secondaires eux-mêmes ne sont pas tous du même âge et de même constitution. Notre sol offre une succession irrégulière de types variés et nombreux. En partant, par exemple, du terrain cristallin des Vosges pour gagner la presqu'île armoricaine, nous rencontrons : le trias lorrain, le terrain Jurassique de Toul à Bar-le-Duc, la craie en Champagne, le terrain tertiaire du bassin de la Seine et de l'Oise, de nouveau la craie aux approches du Mans, une langue de terrain jurassique, le terrain paléozoïque du centre de la Bretagne et enfin nous retrouvons le granit. (La carte de M. El. Reclus est d'après celles de MM. Dufresnoy, Elie deReaumont, Dumont et Delesse.) Les maladies virulentes, comme la variole, ne s'embarrassant pas de ces changements de nature et de structure du terrain et progressant quand même. Il en est autrement, selon toute apparence, de celles des maladies transportables dont la genèse ou les retours d'activité sont plus ou moins intimement subordonnés à certaines conditions du sol, comme est vraisemblablement le choléra. Le passage d'un terrain

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à un autre est un trouble véritable dans sa marche à travers un pays ; il est forcé de se modifier sans cesse, de s'y reprendre, de changer son allure, jusqu'à ce qu'un jour il trébuche, pour le salut de la contrée. M. Briquet constate que le choléra enjambe fréquemment par-dessus des départements entiers. En fait, sa propagation n'a jamais été franche, intense et continue, que le long des vallées fluviales où le terrain d'alluvion est également ininterrompu.

b. L'ossature de la région agit dans le même sens que sa constitution géologique, étant connues les mille preuves de l'antipathie du choléra pour les lieux élevés, même d'altitude médiocre. Nous avons donné, dans la partie climatologique, un aperçu des altitudes françaises; sauf les villes du littoral, les localités au niveau de la mer ou peu au-dessus sont, en France, le petit nombre. Les grandes plaines basses n'y existent que vers le Nord et dans quelques espaces encore trop étendus, d'ailleurs mal famés en raison de leurs endémies palustres. Des saillies accentuées et parfois énormes caractérisent la région du Sud-Est, le Centre et la partie continentale du Sud. Presque partout, le terrain ondule plus ou moins vivement, jamais d'une façon monotone, rompant, çà et là par des accidents inattendus l'aspect uniforme du relief terrestre. Les dépressions de terrain y ont rarement la brusquerie des vallées alpestres; les vallées larges et ouvertes sont de beaucoup les plus communes; les lieux bas ne manquent pas, mais les « lieux encaissés » sont assez rares. Notre admirable pays, avec ses sites diversifiés de mille sortes et tels que le Français né dans n'importe quel canton emporte pour toujours avec lui une impression profonde et une image inaltérable, a encore sur la zone plate et fangeuse qui borde la mer du Nord et la Baltique, sur les steppes immenses de la Russie, cette supériorité qu'il ne saurait constituer un asile durable au choléra. Si des menaces d'acclimatement en Europe devaient se manifester de sa part, c'est là-bas qu'on les entendrait ^ On les y entend, d'ailleurs, et peut-être ont-elles un commencement de réalisation. Les agents infectieux qui ont besoin de se retremper dans le sol n'aiment pas le changement et la mobilité de ce milieu.

Il a été visible que le choléra se fatiguait, s'il nous est permis d'employer cette expression, à mesure qu'il avançait sur la terre de France. Les trois foyers

* « Vers la Caspienne et la nier Noire, descendent la Wolga, le Don, le Dnieper, le Dniester, qui arrivent du cœur de la Russie européenne avec des pentes presque nulles et un courant insensible. Aussi une masse d'eau, relativement médiocre, permet-elle souvent aux fleuves russes de porter de véritables navires. Au printemps, la carapace de neige glacée qui avait fait de toute la Russie un immense plancher glissant, sillonné de traîneaux, de voyageurs, de marchandises, et rapprochant comme un chemin de fer naturel les extrémités de l'empire, cette carapace blanche se fond en quelques jours et, transformant la plaine en boue profonde, s'écoule lentement vers les fleuves, dont elle grossit le cours. Alors les navires de huit cents tonneaux peuvent, sans rompre charge, naviguer de la Baltique à la mer Caspienne, porter à Nijni-Novgorod les fers de l'Oural, à Saint-Pétersbourg les blés de la Russie méridionale, à Astrakan les bois d'Archangel ou de Wiborg. Nulle part l'établissement d'un système de canaux n'était plus facile qu'en Russie ; là nature l'avait déjà préparé ; au printemps ou après les pluies d'automne on pouvait franchir eni;anot l'isthme Ponto-Caspien, à travers les lagunes et les étangs ; le marais de Pinsk se déversait à la fois dans la mer Noire par le Pripet et le Dniepr, et dans la Baltique par les affluents supérieurs de la Yistule. De même, le cours supérieur de la Wolga se confondait presque avec plusieurs tributaires des lacs de Finlande, et l'un^des premiers soins de Pierre-le-Grand fut d'établir un réseau de canaux navigables entre les grands fleuves de son empire. Ce réseau, graduellement complété, permet aujourd'hui de traverser la Russie dans toutes les directions, et, sans la barrière (le l'Oural et des déserts aralo-caspiens, on aurait pu établir une communication ininterrompue de la mer Blanche auKamtschatka. » (Franz Schrader, La Russie: territoire, population, ressources, avenir. In Journal : la République française, 15 mars 1878.)

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de 1854, dont parle M. Dechambre (voy. plus haut), « s'affaiblissaient d'une manière graduelle en s'étendant et les ravages du choléra devenaient d'autant moins intenses qu'il s'éloignait davantage de son point de départ, Ce n'est pas de lui qu'on peut dire : Vires acqidrit eundo ; et si, comme Antée, il ne retournait embrasser sa terre maternelle, il sei^ait bientôt à bout de forces dans sa lutte contre nous.

Nous n'avons pas besoin de faire remarquer que, très-ordinairement, les avantages de l'élévation ^e combinent avec ceux de la nature du sol et en sont même une conséquence.

0° Les ressources naturelles de la France et son hygiène moderne. Nous relevons dans l'important travail de M. Dechambre, déjà mis à profit plus haut [Coup-d\eil sur le choléra dans les départements : Gazette hebdomad., 1854, ïi°^ 62, et suiv.), quelques faits qui, selon nous, ne sont pas suffisamment mis en lumière dans les articles généraux sur le choléra. C'est que ce ne sont pas toujours les villes, malgré leur population plus nombreuse et plus dense, qui ont le plus souffert. Autour de Grenoble, par exemple, de petites localités rurales, Bourg-d'Oisans, Bulles-en-Oisans, Mens, La Mure, Lalley, furent plus maltraitées que Grenoble même. Dans la Haute-Marne, la Meurthe, les Vosges {Ancelon, Félix Jacquot), la Meuse, la Moselle, le Bas-Rhin, l'Yonne, on observa des faits semblables. Il est possible que les influences atmosphériques et surtout les influences telluriques, dans les villages où le sol est à peine modifié par le séjour de l'homme, aient en ceci une grande importance. Mais l'on ne saurait négliger cet autre fait, que l'aisance, le confort, les habitudes de propreté sur les personnes et dans les logements, sont tx'ès-généralement à un degré plus avancé dans les villes que dans les campagnes. On peut même dire qu'en ce temps là nos localités rurales étaient absolument, sous ce rapport, dans un lamentable état d'infériorité. Le choléra y prospérait et ravageait comme dans les quartiers malheureux de Paris, comme dans les pénitenciers qu'il faut évacuer, une fois qu'il y a pénétré, sous peine d'en voir disparaître toute la population.

Les choses n'auraient-elles pas changé depuis? Personne ne le soutiendrait. Cette date de 1854 marque précisément une phase d'évolution considérable dans les habitudes nationales en France. Les chemins de fer, qui cependant pouvaient servir à transporter le choléra, allaient modifier puissamment la vitalité des petits centres, les faire entrer dans le mouvement des groupes plus éclairés, leur apprendre à mieux utiliser leurs propres richesses. L'affluence vers les villes et la diminution de la population rurale s'en suivirent aussi, ce qui est mauvais à d'autres points de vue ; mais il n'en est pas moins vrai que le degré de bien-être, d'hygiène journalière, d'instruction générale, s'élève du coup d'une façon sensible. Autant d'obstacles nouveaux pour les futures invasions du choléra. Car nous avons tout à notre disposition en France ; il n'y a qu'à savoir s'en servir. Quand, ici encore, l'on compare nos campagnes françaises à ces vastes contrées de l'Europe du Nord-Est, où vivent dans la misère et l'abrutissement des peuplades méprisées de ceux-là mêmes qui les dominent et les gouvernent, on est forcé de se dire que les conditions intimes, locales, personnelles, des individus et des familles, sont la vraie raison pour laquelle le choléra, le typhus et d'autres fléaux se sont indigénisés ici et ne s'implantent pas définitivement en France.

11 faut toujours se préoccuper de ces conditions d'hygiène du groupe parti-

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culier quand on parle d'immunité cholérique. M. de Pettenkofer a certainement raison de mettre à la base des aptitudes d'une ville, d'une contrée, à recevoir le choléra épidémique, cet ensemble des propriétés naturelles ou acquises du sol, des circonstances atmosphériques, des habitudes d'hygiène, qui constitue et spécialise ce qu'on entend en liygiène par la localité. C'est en se plaçant à ce point de vue que l'on s'expliquera le privilège comnmn de certaines villes, d'ailleurs assez différentes au premier abord sous le rapport des conditions connues pour être antipathiques au choléra, telles que Lyon, Versailles, Bellevue, etc.

Mais il y a une hygiène qui vise spécialement la prophylaxie du choléra. Nous l'avons aussi, en France, sinon parfaite, au moins instituée en principe et en voie d'extension.

Quant à l'hygiène internationale, rappelons seulement les dispositions quarantenaires qui protègent nos côtes, les règlements sanitaires de 1855 (Voy. L. Colin : article Quarantaines de ce dictionnaire), de 1874 (voy. A. Proust, Trailé (Vhygiène imhlique et privée. Paris, 1877, p. 815), et les vuesexprimées par les représentants de la police sanitaire française, MM. Fauvel et Proust, à la Conférence sanitaire internationale, de 1874. Il y eut quelque chose d'assez étrange dans les discussions de cette réunion scientifique; la clarté, au moins dans la forme, ne fut pas le caractère dominant des idées qu'y exprimèrent en particulier les épidémiologistes de la nation éminemment éclairée et philosophique, qui a aujourd'hui la prépondérance en Europe. Le besoin qui se traduisit tout d'abord fut celui de la suppression des quarantaines, au moins sur les côtes Européennes ; pourquoi ? il eut été difficile de le dire en termes clairs, si l'on n'invoquait que des raisons de nosologie et des observations vraiment médicales. La majorité des délégués paraissait cependant tenir pour bons les motifs qu'elle ne comprenait pas et allait voter dans le sens de M. Hirsch, lorsqu'arrivèrent les délégués français. M. Fauvel mit les Allemands au pied du mur en se tenant rigoureusement sur le terrain scientifique, les convainquit d'être, au fond, du même avis que lui sur les caractères et les propriétés du choléra, sauf les obscurités de forme, peut-être voulues, et finalement ramena l'assemblée à voter dans le sens qu'il avait déjà fait prévaloir à la conférence de Gonstantinople en 1866. La conférence de Vienne n'aura pas fait une œuvre positivement utile, soit pour la science, soit pour la pratique; mais, au moins, elle n'a pas touché au principe des quarantaines. M. de Pettenkofer, à la vérité, qui se vante d'avoir décidé le sens des principaux articles des conclusions adoptées par cette réunion, n'en proclame pas moins, dans sa récente brochure : Neiin œtiologische undprophylactische Saetze aus den amtlichen Berichten uber die Choleraepidemien in Ostindien und Nordamerika {Deutsche Vierteljahrsschrift fur œffentliche Gesimdheitspflege, BandlX, 2les Heft, 1877), la complète inutilité des mesures quarantenaires, en vertu de cette fameuse objection, déjà bien vieillie, qu'il est puéril de fermer au fléau une porte, celle de la mer, quand il y en a cent autres qu'il faut laisser ouvertes.

Cette considération, heureusement, ne paraît pas toucher fort les épidémiologistes, nos compatriotes. N'y eùt-il que le souvenir des entrées du choléra par Marseille, Agde, le Havre, Calais, Dunkerque, les Français auraient raison de se protéger. Peut-être même le danger est-il plus positivement sérieux du côté de la mer, de la part d'une maladie qui n'est probablement pas de celles dont les malades régénèrent le principe, mais qui a besoin de se constituer en foyers

pour rayonner épidémiquement. Le navire, en effet, se prête admirablement à cette constitution du foyer; il n'est pas de meilleur réceptacle d'infection. Les individus voyageant par chemins de fer n'ont pas la même puissance de dissémination, ni le même danger, parce que c'est un groupemcment qui se dissocie de lui-même. D'un côté à l'autre d'une frontière, bien que les relations soient actives, on se surveille naturellement et, dans un moment d'épidémie, les localités restées saines en deçà visitent moins les localités infectées au delà. C'est une garantie relative, car la localité malade est un foyer qui ne se déplace pas. Il peut en provenir des fragments de foyer, par le fait des individus qui en partent ; mais ces foyers si réduits sont toujours moins dangereux que la population entière d'un navire apportant à la ville du port l'atmosphère nautique énergiquement infectée. En lait, le choléra n'est pas souvent entré en France par terre et même, dans son grand voyage de 1817 à 1832 par les routes continentales, il a fallu la création de réels foyers, d'étapes en étapes, tout le long de ce chemin immense, pour assurer sa progression jusqu'aux limites septentrionales de l'Europe. Nous renvoyons aux journaux de médecine del'époque (L. Colin, B. Bail, in Gazette hebdomad. 1874. — De Ranse, in Gazette médicale, 1874) pour l'expression de l'avis des médecins français surces questions, et au Bulletin de r Académie, pour la formule des idées de M. Fauvel.

Les Allemands ne se consolent pas de nous voir rester fidèles à la pratique des quarantames et naguère encore, au sein de l'association allemande d'hygiène publique, réunie à Nuremberg (septembre 1877), le docteur Paul Bœrner (de Berlin) s'écriait « que dans cette question, au moins, le voisin de l'Ouest ne marche pas à la tête de la civilisation. » Laissons prêcher ce bon apôtre.

La prophylaxie à l'intérieur, ou nationale, repose également, chez nous, sur la base solide de la transmissibilité du choléra, admise à peu près par tout le monde, quelles que soient les idées particulières relativement à l'essence de cette propriété (contagion ou infection) , relativement à son mode, à son véhicule, à la nature du principe cholérigène et aux matières qui le renferment. Nous, qui ne croyons pas à la contagion vraie du choléra, c'est-à-dire qui ne voyons pas la repi'oduction de son principe par le malade, à la façon de la variole, nous sommes des premiers à approuver et à pratiquer l'isolement des cholériques, comme M. Cazalas le pratiqua si heureusement pendant la funèbre expédition de la Dobrudscha, en 1854 (voy. Recueil des mém. de méd. milit., 2^ série, t. XV. — Chenu. Rapport au conseil de santé des armées sur les résultats du service méd. chir. pendant la campagne d'Orient. Paris, 1865); comme eurent soin de l'assurer les médecins d'Algérie (Alger, Constantine, 1867), et enfin comme le demandent et le réalisent, dans la limite de leurs moyens, les médecins des hôpitaux civils ou militaires de Paris et de nos grandes villes. Nous ne pouvons négliger de mentionner à cet égard ï Instruction pour les corps de troupes et les hôpitaux militaires en prévision d'une épidémie de choléra, émanée du Conseil de santé de l'armée (1" décembre 1863).

Ce ne sont pas des malades contagifères que l'on isole, mais des foyers que l'on circonscrit, que l'on entoure d'un cordon sanitaire; cela revient au même pour la sécurité des populations. Ce n'est pas, selon nous, un agent contagionnant que l'on réduit à l'impuissance, lorsqu'on désinfecte les déjections cholériques, les effets souillés par les malades, que l'on protège l'air et l'eau du contact de ces matières ; mais qu'importe ? on fait de l'hygiène et une hygiène excellente, particulièrement en rapport avec les garanties contre le choléra, puis-

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que tous les foyers infectieux vivent de l'imprégnation organique de l'air et du sol.

Ajoutons les conseils généraux, les lumières répandues, les efforts faits pour prévenir la débilitation des économies, pour augmenter la résistance individuelle, pour éteindre les préjugés absurdes, les peurs meurtrières, et nous comprendrons pourquoi la France est réfractaire à l'acclimatement du fléau asiatique.

Maintenant, faisons un court résumé de son histoire dans notre pays.

Le choléra asiatique épidémique a visité six fois, de 1852 à 1855, la France continentale et cinq fois l'Algérie (Briquet, Rapport sur les épidémies de choléramorhus, de 1852 à 1854 : in Méni. de VAcad. de méd., t. XXYIII. 1568). La première épidémie a débuté en mars 1852, à Calais; elle était l'extension de l'épidémie venue du nord de l'Europe. La seconde a éclaté en décembre 1854, en apparaissant à quelques jours d'intervalle à Agde et à Marseille ; c'était un retour vers la France de l'épidémie de 1852, passée au midi (Espagne et Algérie) . La troisième éclata en mai 1857, en débutant par Marseille, à une époque où les principales villes d'Italie étaient encore en proie au choléra de 1852. La quatrième apparut à Dunkerque le 15 octobre 1848, extension, comme la première, de l'épidémie du Nord (Allemagne, Angleterre). La cinquième apparut à Marseille en 1850 (juillet), retour d'Algérie. La sixième, en octobre 1855, après que toute l'Allemagne avait été ravagée ; elle pénétra néanmoins par le Havre ; mais en 1854 (mai), le fléau entra par l'Est.

Jamais les épidémies n'ont commencé par la partie centrale de la France. Celles de 1852, 1849 et 185*4 sont venues du Nord ; elles envahirent 52, 54 et enfin 69 départements, faisant mourir de 100 000 à 120 000 personnes. Les trois autres, venues du Midi, ont marché du sud au nord et n'ont envahi que quelques départements.

L'épidémie de 1852 gagna de proche en proche; celle de 1849 sauta huit fois au-dessus d'un ou de plusieurs départements; mais, en 1854, il n'y eut presque plus d'ordre régulier dans la progression de l'épidémie. Un mois après l'invasion de l'Aisne, le département de 1 Yonne était atteint en même temps que Seine-et-Oise ; la Meurthe et l'Oise furent frappés simultanément ; l'Eure, le Haut-Rhin, la Nièvre et la Vendée, envahis ensemble. Le progrès des moyens de locomotion a dû être pour beaucoup dans ces différences. Paris a toujours paru, comme les grandes capitales, être un centre d'attraction et a été envahi dès les premiersjours.

Onze départements (à l'époque où écrit M. Briquet, c'est-à-dire en 1865) n'ont jamais été atteints. Ce sont : le Cantal, la Corrèze, la Creuse, la Dordogne, le Gers, les Landes, le Lot, la Lozère, la Vienne, la Haute-Vienne et les Hautes- Pyrénées.

N'ont été atteints qu'une fois : Ain, Hautes-Alpes, Ariége, Aveyron, Corse, Doubs, Jura, Haute-Garonne, Loire, Basses-Pyrénées, Sarthe, Tarn, Tarn-et- Garonne (total : 14).

Ont été atteints deux fois : Alher, Ardèche, Aude, Basses-Alpes, Calvados, Isère, Indre, Lot-et-Garonne, Mayenne, Puy-de-Dôme, Bas-Rhin, Haut-Rhin, Rhône, Saône-et-Loire, Vaucluse (total 15).

Les trente-neuf départements de la moitié septentrionale de la France, ainsi que ceux qui bordent l'Océan et la Méditerranée, ont été envahis par les trois épidémies.

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Cinq ont accueilli quatre fois le fléau, à savoir : l'Hérault, la Charente-Inférieure, le Gard, le Morbihan, le Var.

Un seul département l'a eu six fois, celui des Bouches-du-Rliône.

Il est visible que la situation centrale a été une protection et que la situation littorale ou frontière a été un danger. Cependant le déparlement des Ardennes, ceux du Finistère et de l'Indre, n'ont toujours été atteints qu'à la fin des épidémies jusqu'en 1850.

Les départements épargnés sont plutôt parmi les plus pauvres : Creuse, Lozère, Corrèze, ou même les plus insalubres : Landes, Indre, Ain.

Eu 1848-1849. sur oo millions d'habitants, il y a eu 250 000 malades et IIGGGO décès; soit 1 malade sur 150 personnes et 1 décès sur 514. Cette épidémie a une double origine : par Dunkerque, le 15 octobre 1848, et par Lunel (Hérault), le 15 juin 1849. Les départements maritimes furent bien plus maltraités que ceux de l'intérieur. De Bordeaux à Bayonne, où sur une ligne de 50 lieues il n'y a pas de port, le choléra ne parut nulle part. De Perpignan à Agde, 25 lieues sans port, il ne se montra pas davantage.

Les Pyrénées ont toujours été un obstacle à la propagation du choléra de la France à l'Espagne ; c'est peut-être à titre de région élevée et sèche, mais ce pourrait être simplement en qualité de barrière opposée aux relations entre humains.

Lyon eut le choléra en 1849, apporté par le 19^ de ligne, de l'armée des Alpes. Mais il n'y eut presque que des décès luililaires (51) ; le seul décès civil fut celui du buandier de l'hôpital.

Dans l'immense majorité des localités atteintes, l'importation a été évidente et saisie sur le fait; l'homme, malade ou non, a été le véhicule ordinaire du principe infectieux. Les docteurs Lemaire (Dunkerque), Bogros (Chateau-Chiuon), Denis (de Toul) ont nié la transmissibilité ; ce sont des protestations rares au milieu de l'opinion dominante.

Le choléra nous avait absolument quittés pendant dix ans, lorsque le 23 juillet 1865, il éclata de nouveau à Marseille. Bien des allégations et des contradictions ont été échangées entre les partis médicaux, à l'occasion de cette origine d'une nouvelle poussée cholérique dans notre pays. Le choléra parut à M. Didiot {le Choléra à Marseille en 1865. Paris, 1866) s'être développé spontanément dans notre grande cité maritime méditerranéenne. Cette opinion est au moins hai'die, en face de ce que nous savons des inaptitudes du sol français, non pas à engendrer, mais à conserver seulement le choléra. Elle est plus qu'ébranlée par le fait qu'une grande exacerbation épidémique venait de se manifester dans l'Arabie, en a ril 1865 ; que la maladie s'était dès lors successivement montrée à Djeddah, Suez, Alexandrie, le Caire, suivant exactement la marche des hadjis au retour de la Mecque. La simultanéité d'invasion du fléau en France, en Italie, en Espagne, en Turquie, par les ports, cadre ou ne peut mieux avec cette notion sur la provenance ; le choléra se serait-il développé spontanément sur tous ces points à la fois?

Mais nous n'avons pas à rentrer dans une discussion heureusement épuisée. De Marseille, le choléra de 1865 rayonna rapidement sur Avignon, Toulon, Arles, Paris (22 septembre), oii le premier cholérique du Val-de-Gràce fut reçu dans le service que nous dirigions. Paris devint lui-même un foyer pour les départements environnants : Seine-et-Oise, Seine-et-Marne, Seine-Inférieure, de la même façon que les Bouches-du-Rhône, l'Hérault, le Vaucluse recurent de Marseille la

nouvelle épidémie. Celle-ci ne contredit, d'ailleurs, aucune des lois reconnues, lors des invasions antérieures ; mais elle fut beaucoup moins meurtrière; on ne compta, en France, que 14 661 décès. L'immunité de Lyon persista.

L'année 1875 ne fut pour nous qu'une occasion de constater mieux que jamais que le choléra avait de plus en plus la mine de s'acclimater à l'orient de l'Europe, tanJis que sa vigueur éoidémique vient expirer aux rivages de France. On ne sait si la poussée cholérique de cette époque, en tout cas fort bénigne à notre égard, fut le fait d'une nouvelle importation venant de Perse, ou bien le résultat d'une rei^iviscence de la maladie en Russie, où elle n'était pas entièrement éteinte depuis 1865. C'est à cette dernière alternative que se rattacha M. Lenz, au sein de la conférence de Vienne (A. Proust). Selon ce médecin, l'épidémie de 1865 n'était pas entièrement éteinte en 1867 dans toute la l'.ussie ni la Pologne ; l'année suivante, 1868, une petite épidémie cliolérique eut liuu dans deux villages du gouvernement de Kiew, et c'est dans ce même gouvernement qu'au mois de mai 1869 débuta l'épidémie qui devait prendre tant d'extension et envahir une grande partie de l'Europe, Cependant M. Fauvel, à qui paraît répugner l'idée de l'acclimatement définitif du choléra sur quelque point que ce soit de l'Europe, prend en considération des renseignements parvenus à Constantinople d'après lesquels l'épidémie russe de 1869 serait de provenance persane et aurait été importée en Russie par les marchands qui s'étaient rendus à la foire de Nijni- Nowgorod. Or M. Proust étant à Nijni-Nowgorod le 22 août 1869, il n'y était pas question de choléra ; notre compatriote ne le rencontra qu'à Kasbine, le 14 septembre, après avoir descendu le Volga et traversé la mer Caspienne.

Paris se montra, comme d'habitude, le champ d'activité par excellence du choléra (E. Besnier). L'épidémie débuta pendant le courant du mois de juillet dans la ville du Havre, où elle avait été importée par les paquebots de Hambourg; dès le commencement du mois d'août, elle avait pénétré à Rouen, et avant la fin du mois elle entrait dans Paris, où elle se généralisa assez rapidement, puisque l'explosion épidémique proprement dite s'y produisit pendant les premiers jours de septembre. Cette épidémie est la plus brève qui ait été observée à Paris; le choléra avait duré 7 mois en 1852, 8 mois en 1849, 14 mois en 1855-1854,

5 mois en 1865, 6 mois en 1866 ; il a à peine duré 5 mois en 1873. Il y eut 855 décès seulement, mais uniquement par suite du petit nombre de cas, car la mortalité dépassa 50 pour 100. Ces 855 décès se décomposent ainsi qu'il suit : 566 décès en ville, 259 dans les hôpitaux civils, 24 pour les hôpitaux militaires,

6 pour les prisons.

A Rouen, dans le troisième trimestre de 1875, le choléra se partagea la pathologie avec la fièvre typhoïde. M. Leudet, en août, a 20 cas, 5 morts ; en septembre, 21 cas, 7 morts. Le choléra n'a pas paru à Dieppe. Aux Grandes-Ventes, dans le département, il y en a eu trois cas ; la maladie était apportée par un homme venant de Rouen. Caen participa à l'épidémie (E. Besnier). A Rouen, comme à Paris, l'épidémie fut remarquable par sa durée, plus courte que celle d'aucune des épidémies précédentes ; le choléra a été circonscrit aux mois d'août et de septembre, mais il a frappé d'emblée et simultanément un nombre de malades plus considérable. M. Leudet n'a vu que des cas ou très-graves ou très légers. La propagation du choléra en 1875 ne fut pas marquée plus que dans les épidémies antérieures; l'administration hospitalière de Rouen n'isola pas les cholériques et cependant, soit en 1866, soit en 1875, il y eut peu ou point de cas intérieurs à l'Hôtel-Dieu. INous ne faisons aucune réflexion sur ce détail, après

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ce que nous avons dit de la contagion du choléra et du danger des foyers vis-àvis de sa transmissibilité.

Indépendamment des diverses circonstances d'étiologie spéciale que cette dernière épidémie de 1875 a mises en lumière, elle nous semble fort intéressante en ce sens qu'elle a prouvé une fois de plus et d'une façon particulièrement frappante l'antipathie du sol français pour le choléra. Tout le monde s'accorde à reconnaître que plusieurs foyers apparurent simultanément dans Paris ; ce fut comme un ensemble de petites épidémies locales. Cependant elles restèrent stériles pour la capitale même et surtout pour les pays environnants.

Fièvre jaune. La fièvre jaune est, sans contredit, l'espèce palhologique la plus comparable aux espèces animales ou botaniques qui ont une patrie fixe qui caractérisent la géographie biologique d'une contrée, ne sauraient en être détachées et ne s'acclimatent pas ailleurs. Même dans l'autre hémisphère, il n'est pas certain que la fièvre jaune se conserverait sur les côtes de l'Atlantique, s'il n'y avait des transportations réitérées du fléau sur divers points, si le principe morbide ne se retrempait fréquemment à sa source, les rives du golfe du Mexique. On a pu le débarquer maintes fois sur les rives d'Europe, jusqu'à une certaine latitude, comme on montre à nos contrées un animal exotique vivant ou une plante des tropiques enlevée à son habitat naturel, sans en èlre morte du coup. Les parties méridionales de l'Europe se prêtent à ces dépaysements. Mais, en fin de compte, la fièvre jaune n'est pas chez elle, même en Espagne ; elle y fleurit sans porter de fruits, de même que les animaux ou les plantes intertropicales vivent à la rigueur en Europe, mais ne s'y reproduisent pas.

A plus forte raison, le vomito est-il toujours un étranger chez nous et réfractaire (heureusement) à l'acclimatation en France.

On sait que, de 1741 à nos jours, la fièvre jaune toucha plus d'une fois à la rive espagnole et y leva un lourd tribut : elle fut successivement importée à Malaga (1741), à Cadix (1764 et 1788), dans l'intérieur de l'Espagne, de 1800 à 1804, rayonnant de Cadix, où un navire l'avait déposée en aovit 1800 ; à Cadix, Carthagène, Gibraltar, de 1810 à 1813, d'où elle se répandit sur la côte d'Andalousie, de Murcie et de Valence ; de nouveau à Cadix, à Xérès, Séville, Malaga (1819-1820), d'où elle gagna la Catalogne et frappa non-seulement Barcelone (1821), mais même des villes de l'intérieur ; enfin, au port du Passage (1823), à Gibraltar en 1828, à Barcelone en 1870, mais sans s'étendre. Somme toute, l'Espagne manifeste des dispositions malheureuses à recevoir la fièvre jaune, mais n'est point apte cependant à la conserver, à l'indigéniser chez elle, bien que le vomito espagnol ait pu lui-même servir de foyer pour le transport duprincipe spécifique, de Cadix à Livourne en 1804, d'Espagne à l'île Majorque, en 1823. Mêmes réflexions au sujet de la fièvre jaune du Portugal (Lisbonne, 1723 et 1857).

La fièvre jaune ne dépassait pas, à titre d'épidémie populaire en Europe, la latitude de l'Espagne. Elle avait jeté l'ancre jusque dans le port de Marseille, dans la rade de Brest, en 1836, dans celle de Southampton, en 1852; mais, soit grâce aux mesures quarantenaires, soit en raison de son inaptitude climatique, elle n'avait point pris quai ^ et, par conséquent, n'était pas devenue une maladie de la population générale,* comme cela s'était vu à plusieurs reprises dans la péninsule Ibérique.

En 1861, en juillet-août, il se passa, sur un point de notre côte française et à

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quelques kilomètres dans l'iatérieur, des événements d'im grand intérêt et qui permettent, sauf le contrôle naturel que pourraient apporter des faits nouveaux, de juger assez bien des dispositions de notre sol et de notre atmosphère vis-àvis du développement et de l'implantation de la fièvre jaune, ^^ous voulons parler de la petite épidémie apportée à Saint-Nazaire par le navire de commerce V Anne-Marie, qui atteignit les équipages de plusieurs bâtiments mouillés au voisinage du vaisseau foyer, le Chastang enlre autres, dont l'épidémie particulière alla évoluer au port d'Indret, et qui pénétra jusqu'à une certaine distance dans la campagne, où le docteur Cliaillou, domicilié au Montoir, à 10 kilomètres de Saint-Nazaire, la prit d'un de ses malades et en mourut. Tous les détails en furent soigneusement recueillis et interprétés par Mèlier (Relation de la lièvre jaune de Saint-Nazaire, en 1861 : Mémoires de VAcad. de médecine, 1863), qui paraît toutefois s'être trop peu embarrassé de la logique nosologique et avoir laissé, sans qu'il y ait lieu, s'introduire des idées de reproduction par le malade du principe de la fièvre jaune. Le cas de notre malheureux confrère Chaillou, si honorable d'ailleurs pour la profession, a été, comme on pense, l'appoint que l'on a cru devoir concéder aux opinions contagionnistes. Ce fait eùt-il été plus probant qu'il n'est, qu'il eût encore convenu de s'arrêter, en face d'une maladie dont la prétendue contagiosité échoue au moindre obstacle, qui a besoin d'une altitude nulle et d'une température déterminée pour montrer sa transmissibilité; mais la transmission par le malade du docteur Cbaillou ne prouve pas plus que les cas dans lesquels la maladie a été propagée par des effets ayant appartenu à des malades ou même ayant simplement séjourné dans le foyer, comme les morceaux de voiles, les cordages des bâtiments infectés. Un malade transporte avec lui quelque chose de l'infection du foyer dans lequel il a pris la fièvre jaune; cette infection peut parfaitement se développer ensuite, moins chez le malade lui-même, comme terrain, que dans la maison oii il se réfugie; l'économie y reste toujours étrangère, si ce n'est pour en subir l'impression.

Dans tous les cas, la fièvre jaune de Saint-Nazaire n'eut qu'une faible extension; les équipages de navires, les hommes des ports, fournirent presque tout le contingent des victimes. Le fléau transatlantique parut encore bien plus dépaysé chez nous que sur la terre d'Es] agne. On prit des mesures, s.ins doute, pour annuler le foyer et protéger la population maritime ou côtière. Mais, comme d'habitude, l'activité administrative se montra assez tard et, sans aucun doute, s'il se fût agi d'une maladie capable de se plier à nos habitudes et à notre milieu, nous eussions vu la fièvre jaune dans quehjue autre port que Saint-Nazaire et Indret, avant que la sollicitude des autorités se fût mise à travers.

Ce n'est pas, on le sait, par un privilège d'ordre anthropologique que les Français chez eux sont réfractaires à la fièvre jaune. Leur qualité d'Européens de la zone tempérée leur assure, au contraire, une réceptivité parfaite. L'expédition malencontreuse que l'empire fit au Mexique (1865-1866) en a donné la preuve expérimentale.

Notre sol, non plus, n'a probablement rien d'antipathique à la fièvre jaune. Une des conditions que l'on pent supposer favorables à cette maladie, le conflit de la terre et de l'eau marine, se trouve réalisée sur notre littoral, le long d'une ligne immense. Quant au reste, il est plus que douteux que les circonstjnces telluriques, desquelles procède d'ordinaire l'impaludisme, aient rien de

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commun avec la fièvre jaune (A. Hirscli, Fiizier). Elle-même n'est vraisemblablement point une espèce tellurique.

Si son origine participe, comme c'est probable, du mode familier aux typhus, nous sommes déjà relativement protégés de ce côlé-là par les progrès généraux de l'hygiène, sur lesquels nous ne voulons pas revenir ici, et qui, malheuieusemcnt, n'ont pas encore sul'fisamment pénétré dans les hibitudes du commerce nautique et ne se remarquent pas, surtout dans les quartiers aussi mal famés que mal aérés, peuplés de cabaretiers et de fille?, que fréquentent le plus volontiers les gens de mer, dans les villes qui sont des ports. De ce que la fièvre jaune réussirait dans cet élément et ce milieu, il ne faudrait pas conclure qu'elle peut s'implanter dans toutes les villes, ou dans toutes les parties des villes maritimes,

La raison péremploire de la répulsion de la fièvre jaune pour la France, c'est notre climat, ou même, d'une façon plus précise, notre situation thermique.

Aux Antilles, la fièvre jaune éclate en tout temps et en toute saison, et il n'est aucune époque de l'année qui entraîne la fin des épidémies. Tout autrement en est-il des Etats de l'Amérique du Nord ; les épidémies y sont d'autant plus étroitement liées aux mois de la chaleur que la latitude devient plus septentrionale. En Espagne, c'est toujours entre juillet et septembre que les épidémies de vomito apparaissent; de même, à Lisbonne, à Livourne. Réciproquement, en Europe comme en Nord-Amérique, elles ne dépassent jamais guère novembre ou décembre. C'est que la fièvre jaune est essentiellement fille des pays chauds, sinon des climats torrides, et que la moyenne thermique annuelle du lieu classique de son berceau, la Yera-Cruz, oscille à peine autour de 25°. Il serait téméraire, quoiqu'on l'ait essayé, de fixer l'isotherme au delà de laquelle son principe ne conserverait plus la faculté de nuire ; mais plus on s'éloigne des conditions thermiques de son origine,, plus il y a de chances d'en paralyser l'activité. Les médecins de marine, et nous l'avons entendu de la bouche de Riou-Kérangal, n'hésitent pas, quand la fièvre jaune apparaît en mer sur leur équipage, à prescrire au commandant du bord de mettre immédiatement le cap au nord et, à mesure que l'on franchit les degrés de latitude, les cas nouveaux se font plus rares, l'épidémie s'apaise et prend fin.

En Allemagne, on compte aussi, vis-à-vis des ports de la mer du Nord et de la Baltique, sur l'immunité que les bâtiments ont la chance d'acquérir en quittant les eaux chaudes et en passant au nord de l'isotherme de 20°, ou plutôt des lignes où la température moyenne de juillet, août et septembre est aux environs de ce taux (Voy. J. J. Reincke, de Hambourg : Veber die Bedeiitung des Gelhfiehers fur den ISorden Europas, speciell f. Deutschland. lu Deut.Vierteljahrsschriftf.œffentl. Gesundheitspflege. 1875, VII, p. 559.)

En effet, l'isotherme que l'on a cru pouvoir indiquer comme la limite nord des lieux où peut se manifeste}' la fièvre jaune est celle de 20° (Baraliier, de Toulon : Art. Fièvre jaune du Nouv. Dictionnaire de méd. et de chir. pratiq.) Les faits ont prouvé que cette limite n'est pas infranchissable. On se rapprocherait de la vérité en disant isothère, au lieu d'isotherme; mais ce serait encore une faute que de compter une fuis sur une loi absolue en matière d'épidéraiologie. Ne voyons que l'expression générale des observations ; cela nous suffit pour ce que nous voulons établir.

Nous n'avons pas de lieu en France dont la moyenne annuelle s'élève à 20 degrés [Voy. dans cet article, la section Climatologie). Mais, sur nos côtes (que la

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fièvre jaune menace les premières), nous avons plusieurs ports dont la moyenne de l'été s'approche de 20 degrés ou dépasse ce chiffre. Cette moyenne est : à la Rochelle, de 19»,22; à Bordeaux, 21%72; à Marseille, 22%72; à Nice, 22°,57. 11 y a évidemment des maxima journaliers en rapport avec cette moyenne élevée. Voilà des points qui ne seront pas réfractaires à la fièvre jaune, au moins pendant une saison, celle de l'été, puisque la maladie s'est contentée, à Saint-Nazaire, d'une moyenne d'été inférieure à 18 degrés. Marseille, par exemple, ne diffère pas extrêmement de Barcelone, sous ce rapport, et a besoin de veiller à sa sécurité. Mais déjà quelle différence entre les épidémies meuririères, tenaces et expansives, de l'Espagne, y compris celle de Barcelone, et la courte épidémie de Saint-Nazaire, si limitée et bientôt « morte sur place n , selon l'expression de M. Barallier !

La fièvre jaune n'a donc aucune chance de prospérer et de s'étendre sur notre terre. Mais aurait-elle réussi à végéter un moment dans les circonstances difficiles que nous venons de dire, qu'elle ne s'étendrait probablement pas sur plusieurs années consécutives, c'est-à-dire qu'elle ne parviendrait pas à ébaucher une acclimatation. Notre hiver viendrait saisir ce miasme d'origine intertropicale et le réduire à l'impuissance. Non-seulement noire pays a une moyenne thermique peu élevée, mais il est encore assuré partout, même dans ses climats partiels les plus constants, de notables oscillations saisonnières. C'est là notre réelle garantie.

On n'a pas moins bien fait d'instituer aussi, chez nous, la prophylaxie internationale; quelques-unes de nos villes maritimes sont assez populeuses pour que le simple passage de la fièvre jaune, dans l'une d'elles, même pendant une courte saison, puisse y prendre les proportions d'une catastrophe. Nous avons ici les mêmes raisons qu'en matière de choléra, quoique un peu moins pressantes. Le prochain article Fièvre jaune de ce dictionnaire complétera le travail de M. L. Colin sur les Quarantaines en reproduisant, sans doute, le règlement de 1874 (annexe n'* 2), en ce qui concerne les Mesures sanitaires applicables aux provenances de fièvre jaune, A. dans les ports de la Méditerranée ; B. dans les ports de la Manche et de l'Océan. Nous nous bornerons à résumer ici ce document.

Navires suspects. Si la traversée a duré plus de quatorze jours, sans fièvre jaune à bord, les navires peuvent être admis à libre pratique (ports de l'Océan), ou la quarantaine peut être de trois à cinq jours (Méditerranée). Si la traversée a duré moins de quinze jours, les passagers sont soumis à une quarantaine de un à cinq jours (Océan) , ou à une quarantaine qui peut être portée à sept jours pleins (Méditerranée).

Navires infectés. La quarantaine est de rigueur, à bord ou au lazaret ; elle dure de sept à dix jours pleins, sur la Méditerranée, de trois à sept jours sur l'Océan. Cependant, si la terminaison des derniers accidents remonte à plus de quatorze jours, la quarantaine peut être réduite à vingt-quatre heures (Océan) ou à cinq jours (Méditerranée). On procédera à la désinfection du navire et de son chargement, dans tous les cas.

Ophthalmie gramdeuseK 11 est certain que cette affection existe en France à

* Nous reproduisons presque intégralement, dans les lignes qui suivent, une communication manuscrite due à la bienveillance de M. le docteur Cuignet, dont on connaît la compétence parfaite en matière d'ophthalmologie et surtout <ï oplitlialmie granuleuse. En ce qui concerne les principes d'étiologie et leur application à la France, les vues de M. Cuignet sont

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un degré notable et qu'elle est répandue dans notre colonie algérienne à un degré très-prononcé. 11 est donc utile que nous en fassions l'étude d'abord générale, comme maladie, pour en reconnaître l'origine, le développement, les formes ; puis, spéciale, pour établir les similitudes ou les différences qu'elle offre sur les deux terrains géographiques voisins et importants que nous venons de nommer.

Il nous sera impossible, dans une description même abrégée, mais aussi complète que possible, de cette maladie, d'omettre ce qui concerne l'Iîurope et, nous dirons même le monde entier, car elle s'est répandue partout, mais nous aurons soin de nous attacher particulièrement à ce qui concerne la France et notre arande colonie africaine.

A. La maladie en question a été étudiée et décrite sous les noms successifs d'ophthalmie d'Egypte, méditerranéenne, belge, des armées; sous ceux de conjonctlvite granuleuse, purulente; toutes dénominations ayant le tort de ne représenter qu'un des côtés, celui-ci anatomique, celui-là géographique et historique, d'un même mal, ou l'une des formes principales sous lesquelles il peut s'offrir. Le terme générique d'ophthalmie granuleuse est celui qui représente le mieux son caractère anatomique, sa forme compliquée et sa différence d'avec les autres maladies du même genre. Il comprend, en effet, lagranulite simple; celle qui est suraiguë primitive et antérieure aux graimlations ; celle qui est suraiguë consécutive et succédant aux granulations; celle qui est purulente, et enfin toutes les complications du côté des annexes et les éléments principaux de l'œil, grâce auxquelles elle mérite le nom général d'ophthalmie.

11 est certain également que cette affection est caractérisée par la formation, l'extension et la permanence d'un élément dit granideux, constitué par des noyaux uniformes, ainsi que l'a démontré dans son Traité M. Guignet [Ophthalmie d'Algérie. Lille, 1872); qu'elle l'est encore par sa contagiosité, par son origine exotique, par sa spécificité; enfin, par sa gravité et sa propriété funeste de se compliquer d'altérations variées et progressives sur les éléments composants de l'organe oculaire.

Il importe de savoir d'où elle vient, comment elle s'est répandue, quelles sont les conditions de son extension en France et en Algérie, quelle est sa gravité, son action sur les populations et enfin comment on peut arrêter ses progrès et même arriver à l'éteindre.

L'opinion générale et la mieux soutenue est que cette affection nous est arrivée d'Egypte, avec les troupes françaises d'une part, anglaises de l'autre, qui ont pris part à cette campagne aventureuse. M. Guignet croit avoir montré, mieux que n'avaient pu le faire Larrey, Desgenettes, et autres médecms français et anglais de l'expédition, que la première explosion dans les armées rivales date du séjour fait au Gaire pendant un certain temps, séjour qui a été aussi fécond en transmission de granulations qu'en transmission de maladies vénériennes, à cause, naturellement, des rapports multiples et intimes des soldats avec les indigènes. En sortant d'Egypte, la maladie marchant et se transportant comme à dos d'hommes a suivi deux voies principales; celle des Français, par Malte et la France; celle des Anglais, par l'Espagne et l'Angleterre.

Il appert, de la manière la plus sijre, que l'apparition du mal sur les groupes nombreux d'hommes date de cette époque; que jamais, auparavant, dans aucun

trop conformes aux nôtres pour que nous ne nous soyons pas empressé d'accepter un si précieux auxiliaire.

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cas de ces guerres, longues ou courtes, qui ont tant mêlé et même confondu les races, on n'a observé rien de semblable et que le fait de son invasion épidémique est bien précisément fixé au retour des troupes d'Egypte, troupes portant avec elles les ophthalmies dont ont parlé tous les médecins qui ont écrit les relations médicales alors ou plus tard. Dans les vingt et trente années qui suivirent, on signale la même explosion dans toute l'Europe, d'abord au sein des groupes ai'més, puis au sein des populations envahies par le fléau, successivement, après le retour des malades dans leurs familles.

C'est bien là une marche s'effectuant au moyen des rapprochements, des contacts, des mélanges et de la promiscuité des militaires sur les champs de bataille, dans les hôpitaux, en captivité, en permutation d'un corps à un autre, en mouvements perpétuels d'un bout à l'autre de l'Europe.

Le fait d'une première imprégnation par le mal, dans un milieu essentiellement granuleux, d'hommes jusqu'alors indemnes, son transport avec eux et par eux, sa transmission le long des voies suivies pour le rapatriement; sa translation à d'autres troupes au fur et à mesure du rapprochement et de la communauté de vie, son passage dans les familles locs de la libération des militaires, sa division en groupes divergents à dater de 1815 et du retour de chaque armée dans ses foyers, c'est là une marche historique et sociale qui témoigne essentiellement de la contagion. Les innombrables cas isolés de contamination observés depuis, dans leurs traits principaux, ne peuvent que corroborer cette opinion; enfin, l'absence de tout autre moyen de transmission, même celui de l'infection soutenue si mal à propos par quelques médecins belges, appuient ce sentiment jusqu'au degré de la certitude la plus complète.

Une fois introduite en France, la maladie s'est propagée aux familles, nous dirons plus justement : à un certain nombre de familles; elle se conserve encore un peu partout, mais nulle part à un degré très-prononcé, si ce n'est dans deux endroits qui portent naturellement en eux les conditions d'une propagation el d'nn entretien particuliers; nous voulons parler de Paris et du Nord de la France.

Paris est le point de convergence et de station de toutes les personnes et de tous les incidents. On ne saurait s'étonner que les cliniques spéciales de la capitale y accusent un assez grand nombre de granuleux.

Le nord de la France est dans une situation plus favorable encore sous ce rapport; les familles belges affluent dans les fabriques, conséqiiemment dans les villages frontières et dans les faubourgs des grands centres manufacturiers. Elles amènent avec elles de nombreux enfants, qui contaminent les nôtres dans les crèches, les écoles, dans des logements où ils se rencontrent, jouent, se touchent, à tous les instants du jour. Or, la population belge, du moins celle des classes pauvres, est affreusement entachée de granulite oculaire ; de sorte que les groupes denses qu'elle forme sur la frontière française sont très-granuleux et servent de loyers très-actifs de propagation.

Néanmoins, l'ophthalmie granuleuse ne s'est pas sensiblement répandue en France. On croit avoir vu à Strasbourg, du temps du professeur Stœber, le premier granuleux. Il y a des villages, des contrées même, ainsi la Bretagne, qui comptent un très-petit nombre de ces malades. On a observé des épidémies d'ophthalmie aiguë dans quelques pensionnats, dans quelques casernes ou couvents même dans quelques villes et dans des groupes plus restreints, tels que les familles. Mais à aucun moment, le mal n'est devenu chez nous, comme en Bel-

DICT. ENC. 4° S. V. 46

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gique, un fléau décidé. Jamais, il n'a quitté les classes pauvres pour s'attaquer ou s'attacher aux riches, première preuve des bons effets de l'hygiène et de la prophylaxie. Quand il a touché à ces classes, il a été atteint aussitôt par les efforts médicaux, preuve de la sûre efficacité du traitement. L'oiihthalmie granuleuse en est encore là maintenant; peu commune dans les provinces, plus répandue et se maintenant à Paris à cause de l'arrivage continuel de granulifères, plus répandue et à propagation lente, mais continue, dans le Nord où elle a dépassé les premières lignes frontières, pour s'étendre à des centres déjà intérieurs, tels que Lille, Douai, Arras, Amiens, et autres villes manufacturières, plus ou moins voisines de la Belgique. Mais les populations de Rouen et de la zone envi ronnante n'en sont pas encore atteintes. On peut prévoir que des émigrations d'ouvriers et de familles belges, attirés de ce côté par l'appât des bénéfices, y porteront quelque jour la granulation.

En pratique, il est facile de se rendre compte des modes et moyens de la transmission. En Egypte, le séjour des troupes dans les grandes villes, surtout au Caire, l'intimité des soldats avec les indigènes, ont déterminé la transmission de la granulation par les contacts, les soins réciproques, les linges, les lavages et surtout, dirons-nous volontiers, par l'énorme quantité de mouches qui assaillent les malades et en sucent la sécrétion oculaire, qu'elles reportent sur des yeux sains.

La même intimité des relations entre les militaires revenus de cette expédition et leurs camarades de France, d'Espagne ou d'Angleterre, intimité de caserne ou d'hôpital, la communauté des lavages, des linges, ont fait passer la granulation dans d'autres troupes et au sein des populations traversées. Aussi, grâce à l'effroyable pêle-mêle de soldats et de peuples du premier Empire, l'Europe entière fùt-elle peu à peu envahie. On a de nombreux exemples de transmission d'un groupe de soldats à un autre ; on en possède un trop fameux de transmission par les soldats à la population civile, celui qui se réalisa en Belgique, en 1834, lorsque, sur l'avis des médecins spontanéistes ou infectionnistcs et malgré les protestations de M. Fallot, le ministre de la guerre renvoya tout à coup dans leurs foyers 4494 granuleux. Au bout de quelques années, ce fut un fléau général, qui, malheureusement, s'est trop peu atténué depuis dans la population civile.

En France, il est peu de médecins spécialistes qui n'aient enregistré des observations de contagion dans les familles entre parents, d'une famille à une autre par suite de mariage, du rapprochement entre enfants, dans les crèches, les ■écoles, les pensionnats, les hôpitaux. Tout se rencontre, même l'extension récente et progressive dans une troupe : en 1876, la conjonctivite granuleuse a ■été signalée dans le 75* régiment d'infanterie, occupant les garnisons de Bé- •thune. Aire etilesdin (Pas-de-Calais) ^ Dans une revue soigneuse de tous les militaires de ce régiment, M. Cuignet a constaté la présence d'une centaine d'hommes atteints de granulations simples, ou compliquées de catarrhe, de kératite; la transmission du mal d'un premier à un second, de ceux-ci à d'autres, avait eu lieu par l'intermédiaire de serviettes et de draps de lit employés à des essuyages communs. La suppression de cette dangereuse habitude et le traitement méthodique des malades ont, en moins d'un an, effacé toute trace de cette épidémie.

* Le mémoire de M. Duinoutier, médecin-major au IZ' de ligne [Relations d'une épidémie de conjonclivile granuleuse], récompensé d'une médaille d'argent par la commission des épidémies de 187(5, se rattache aux faits présentement signalés.

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En Algérie, l'ophllialmie granuleuse s'étend encore et menace d'apporter des •entraves à la colonisation même.

Les Kabyles (sédentaires) sont presque tous granuleux; les Arabes de la tente ne le sont presque pas.

L'armée n'est point atteinte dans sa partie active; en revanche, elle l'est, pour ainsi dire exclusivement et à un degré prononcé, parmi les douaniers, les gendarmes, les portiers-consignes, en un mot parmi les hommes mariés et possesseurs d'enfants, lesquels sont un des véhicules les plus communs du principe contagieux.

Les colons français, indemnes à leur arrivée et dans les premières années de séjour, ont été envahis dès que, par eux-mêmes mais surtout par leurs enfants, ils sont entrés en relations avec les Espagnols, les Italiens de la Sicile ou de la basse Italie, les Maltais, tous infectés depuis longtemps. C'est là surtout qu'on voit la granulation se transmettre d'un groupe étranger aux groupes français, mais non des indigènes aux colons, parce que les relations entre ces deux races différentes sont presque nulles, parce qu'elles n'ont pas de mariages entre elles, pas d'habitation, pas de crèches, pas d'écoles en commun, pas de jeux entre enfants. Dans la marche géographique et historique de la granulite, la fréquence et l'intensité du mal sont toujours en rapport avec la multiplicité des rapprochements et la promiscuité des relations entre humains. Il n'y a rien autre chose à accuser : ni l'âge, ni le climat, ni la saison, ni la latitude, ni les vents, ni la poussière, ni l'influence marécageuse, ni le pollen des fleurs, ni le coucher à la belle étoile; il n'y a que le rapprochement des hommes et le dépôt d'un virus. Ce virus provient évidemment des yeux et exclusivement des yeux granuleux, c'est un virus -fixe. Mais d'où vient la granulation elle-même? Est-elle, à son origine, le privilège d'une race distincte, d'une localité spéciale et exotique, de i'Égypte par exemple? Nullement. La granulation a existé de tout temps et en tous lieux, car elle a deux origines qui emportent l'idée de cette ubiquité dans le temps et dans l'espace. Elle naît avec l'ophthalmie purulente des nouveaunés ; tout le monde le sait, l'a vu et pourra le voir. Elle naît aussi de l'ophthalmie purulente blennorrhagique. Or ces affections, sans conteste possible, sont de tous les lieux et de tous les temps, toutes deux sont contagieuses, font et transmettent tantôt la même purulence, tantôt les granulations ^ Il n'est donc pas étonnant que les historiens anciens, grecs, romains, que les auteurs du moyen âge et que les modernes antérieurs à la campagne d'Egypte, aient laissé dans leurs livres des descriptions où l'on retrouve la trace de l'affection granuleuse. Pas n'était besoin de se mettre en frais d'érudition et d'exhumer des archives de la ville de Gand une charte de l'an 1330, pour prouver que l'ophthalmie granuleuse n'est pas absolument égyptienne, puisqu'elle n'est pas plus absolument belge.

Mais il n'en reste pas moins à rechercher pourquoi la maladie n'a pas régné aussi de tout temps à l'état d'endémie reconnue, avec des poussées épidémiques intercurrentes; comment, en particulier, la France a pu échapper au lléau, tandis que d'autres nations en sont infestées au degré d'une véritable calamité

* Ces transformations spontanées de formes, le facile passage de la purulence à l'état granuleux et réciproquement, la physionomie bénigne de la granulite simple, donnent la clef des difficultés et des faits que M. Gosselin a étudiés dans son Mémoire sur l'origine par contagion des conjonctivites catharrales [Arch. gén. de méd. Avril, 1869). Il y a, d'ailleurs bien des faits qui porteraient à croire que tout catarrhe des muqueuses, même simple:' peut à un moment donné fournir une sécrétion inoculable. *

724 FRANCE (pathologie).

publique, comme la Belgique, notre colonie africaine, l'Espagne, les Baléares,

la basse Italie et l'Egypte, qui a passé pour en être le berceau et le foyer/.

Règle générale, la maladie a pris facilement racine, s'est étendue et généralisée au sein des populations très-concentrées, peu soucieuses de l'hygiène, encore moins de la thérapeutique, vivant dans des logis étroits et humides, préférablement sous un climat chaud et sous un ciel à vives réverbérations solaires. Pour quiconque sait comment vivent les habitants des villes d'Egypte, les Kabyles, les Espagnols, Maltais et Siciliens, il n'y a rien d'étonnant que ces tribus soient la proie de tous les virus, de tous les parasites, de toutes les contagions et qu'elles entretiennent les maladies spécifiques par la permanence des conditions mêmes qui les ont livrées à la contamination. Au contraire, les habitants moins serrés, comme les Arabes de la tente, les populations arrivées à un niveau de civilisation élevé, les classes intelligentes et riches, les gens soucieux de l'hygiène et de la santé, les groupes surveillés par des chefs attentifs, ne sont que peu atteints par la contagion et, s'ils le sont, ne la gardent pas longtemps. C'est ainsi que l'armée anglaise, l'armée belge, s'en débarrassent; que l'armée française s'en est rapidement dégagée et qu'elle reste indemne en Algérie, malgré la vie de campagne, sur les routes, dans les vastes espaces sablés, avec ou sans abri, et malgré le voisinage de familles granulées, circonstance bien plus dangereuse ^. C'est ainsi, encore, qu'un régiment de l'armée du Nord a pu, ces dernières années, s'entacher de granulations, mais que dès le 1" avril 1876, le mal a été reconnu, arrêté et éteint sur place.

Ces mêmes faits de contamination d'un côté, de préservation ou d'extinction de l'autre, se sont reproduits dans toute l'Europe et, si notre France a été un théâtre limité pour l'affection granuleuse, du moins elle fournit un double témoignage : l'un de la propagation exotique, l'autre de la limitation par les défenses de l'hygiène contre les envahissements du fléau. L'Algérie, d'autre part, et inversement, montre la diffusion du mal par les étrangers, à la laveur du manque des moyens convenables de lutte contre lui et par l'activité des causes excitantes, chaleur, soleil, vive lumière, poussières, qui ravivent l'inflammation granuleuse et multiplient ses manifestations aiguës. Enfin la Belgique nous a laissé une preuve dans le même sens, par cette sorte d'expérience involontaire et terrible de 1834, qui fut due à une énorme erreur étiologique (l'étiologie par le col militaire et le shako, de Wleminckx) et à la précipitation des gouvernants.

En résumé, l'ophthalmiedes nouveau-nés et l'ophthalmie dite blennorrhagique ont été l'origine des granulations et dès lors, quoique contagieuse mais par inoculation seulement (virus fixe), cette affection spécifique s'est répandue de temps immémorial sur toute la terre, mais ici individuellement et dans des

* Il est certainement remarquable que le littoral méditerranéen français échappe tout à fait au fléau, malgré de constantes communications avec l'Algérie et un climat presque identique.

- Ce fait, s'il ne prouve pas l'immunité ethnique des Français, montre au moins le peu de réciptivité de l'armée française pour l'ophlhalmic purulente. Il peut servir, avec quelques autres, à faire contester le transport en Europe, par nos soldats, de rophthalmie d'Egypte. M. Léon Colin {Traité des maladies épidc'miques. Paris, 1879), qui le relève expressément, note aussi que nos troupes ne prirent pas l'ophthalmie au contact des Belges, dans l'expédition de 18ûO-'I831, non plus qu'au contact de l'armée napolitaine à Gaëte, de 1849 à 1866. Il pense que de 1801 à 1815 « la plupart des troupes étrangères trouvaient le germe de l'affection dans leur propre pays, germe dont les conditions d'activité étaient centuplées par le lait même de ces grandes agglomérations. »

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proportions très-restreintes ; là, au contraire, sur des groupes nombreux, en raison des circonstances d'hygiène, de mœurs, de climat.

Nous ne saurions croire que la considération de race doive intervenir eu ceci. 11 n'y a pas de race rebelle à cette contagion, non plus qu'à d'autres. Parmi les indigènes d'Algérie, Sémites, une moitié est très-éprouvée, l'autre très-peu; en Europe, les Anglais, les Belges, les Prussiens, les Russes, les Espagnols, ont été envahis; les Français, peu maltraités en France, le sont beaucoup en Algérie; ies Flamands français sont relativement épargnés, tandis que les Flamands belges paraissent entretenir l'endémie.

B. Les formes revêtues par l'ophthalmie granuleuse sont les mêmes en France que dans toutes les autres contrées. On y rencontre la granulite simple, primitive ou secondaire, l'une contractée par inoculation, l'autre <;onsécutive à une conjonctivite aiguë des nouveau-nés, blennorrhagique ou granuleuse; on y rencontre la granulite aiguë parfois exaltée au degré de l'ophthalmie purulente primitive ou secondaire, la première par inoculation, la seconde se superposant à des granulations persistantes. De toutes ces formes, la plus commune est celle que l'on intitule la granulite primitive ou consécutive. Rare dans la plus grande partie de la France, elle se rencontre plus fié(|uemment à Paris, plus encore dans la partie des départements du Nord et du Pas-de-Calais qui emprunte ses ouvriers à la Belgique; elle est commune en Algérie.

Quant à l'ophthalmie purulente, elle est aussi rare en France, sous forme cpidémique, qu'elle est commune en Algérie, oii il en éclate chaque année plusieurs épidémies. Encore faut-il déduire des soi-disant épidémies françaises celles de conjonctivite catharrale, que l'on a prises]fpour la granuleuse. Cependant le département du Nord a déjà, au moins une fois, souffert d'une violente épidémie d'ophthalmie purulente granuleuse, qui a surtout frappé la ville de Lille. Pour l'Algérie, les occasions d'étudier ces épidémies ne se font pas attendre; dans une seule année, M.Cuigneten a observé trois à quelques lieues d'Alger : une à Ben-Acknoun, sur les quelque douze cents orphelins arabes recueillis par l'archevêque ; une autre à l'orphelinat des filles de Mustapha-Supérieur ; une troisième à Bouffarick. Elles ont atteint par inoculation quelques personnes antérieurement exemptes de granulations; mais elles frappèrent surtout des enfants et des habitants de ces établissements, porteurs de granulations préalables comme on s'en assura dès le début de ces épidémies.

C. Quel est l'avenir de l'affection granuleuse en France et en Algérie? D'après le passé, on voit que le mal ne s'est pas sensiblement répandu chez

nous, après le retour des soldats qui l'avaient contracté en Egypte. Ce résultat doit dépendre de la mort rapide de beaucoup de ces militaires, de leur rareté (si même il en restait) après les traités de 1815, et de leur traitement dans les hôpitaux et dans les familles ; de la modération en France des causes excitantes capables de faire passer la granulite de l'état simple à l'état inflammatoire ou purulent, de la densité médiocre des populations qui écarte les contacts, et des mœurs assez soigneuses et délicates, qui préviennent les ablutions à la même eau et avec des linges communs. Il n'y a donc pas lieu de se préoccuper beaucoup, au moins en ce qui concerne la masse de la nation.

Cependant les faits actuels, les cas disséminés de Paris et les épidémies du Nord ne permettent pas de rester dans une sécurité complète, au moins sur les points particulièrement menacés. Mais pour l'Algérie, la situation est urgente ; il n'y a plus seulement à' prévenir une extension indéfinie du fléau, mais

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à couper dans ses racines un mal qui compromet positivement l'avenir de la colonie, autant qu'a pu le compromettre autrefois l'impaludisme. Travail d'instruction, d'apprentissage, développement physique et professionnel, aptitude ultérieure au service militaire et même aux travaux industriels ou agricoles, tout est entravé et souvent ruiné définitivement chez les enfants en proie à l'affection granuleuse. Après des dépenses en soins et en médicaments, fort lourdes au budget paternel, ces malheureux, définitivement infirmes, quelquefois aveugles, vont grossir la liste d'inscription parmi les indigents; et si la contagion a gagné la famille entière, comme ce n'est pas rare, c'est l'abandon de la pi'ofession, la ruine et la misère pour tous.

Lorsqu'on est bien convaincu que le mal ne se transmet que par contagion,, on a beau jeu pour y mettre un obstacle difficilement franchissable, à l'aide des seules précautions qui empêchent le passage du virus d'un œil dans un autre. Or ce passage s'opère par les linges, mouchoirs, draps de lit, serviettes, compresses, coins de tablier, éponges; ou encore par des caresses manuelles, desbaisers figure contre figure, des jeux de main, à main; enfin, dans les temps chauds, il faut prendre garde aux mouches. Il y a mille petits moyens de transmettre ou de s'inoculer le virus. C'est surtout lorsqu'il provient d'une granulite aiguë ou d'une ophthalmie purulente qu'il est dangereux. Il l'est encore quand les ardeurs de l'été en Algérie, ajoutent un élément catarrhal aux granulations^ préexistantes.

D'autre part, il faut mettre les malades en traitement, non pas seulement ceux qui souffrent d'un état aigu, mais plutôt encore, peut-être, ces quelques granuleux de France, latents, dissimulés, d'autant plus dangereux qu'ils ont l'air inoffensif, et ces granuleux innombrables d'Algérie, Espagnols, Italiens, Maltais, •enfants de coloos français qui constituent l'endémie et sont le foyer où s'élaborent les épidémies d'ophthalmies aiguës, purulentes, point de départ à leur tour de nouvelles contaminations. Une grande part d'action bienfaisante, humanitaire, est réservée en ceci au corps médical. Il est nécessaire que les médecins apprennent à bien reconnaître l'ophlbalmie granuleuse, à la traiter sous toutes ses formes, et qu'ils avertissent partout les populations en vulgarisant les moyens dj se préserver.

Nous résumerons cet aperçu de l'oplithalmie granuleuse en France et en Algérie, en disant que celte affection est de nature spéciale, qu'ayant existé et existant de tout temps, elle s'est cependant constitué des foyers d'où elle s'est échappée pour se répandre dans des contrées lointaines ; que cette dispersion a lieu par contagion, mais que les conditions propres à la contagion n'étant pas les mêmes partout, on a vu le mal s'introduire, se borner ou s'étendre différemment ; qu'il est peu développé en France, excepté dans le Nord et à Paris, qu'il l'est beaucoup plus en Algérie, peu dans nos troupes actives et qu'il y a lieu d'espérer que les moyens de prophylaxie et de traitement en auront raison dans un délai plus ou moins prolonge.

Voy. Ant. Savaresy : Description et traitement de Vophthahnie d'Éyypte (an. nexé à ÏHistoire de l'armée d'Orient, de Desgenettes) . — Desgeneltes : Lettre circul. aux médecins de l'armée d'Orient. — J. D. Larrey : Mém. de chirur. militaire, I. — L. Laveran : Art. Algérie in Diction, encyclop. des sciences médic. — L. Laveran et Lustreman : Rapport in Rec. de mém. de méd. mil., 2* série, XX. — Archives belges de méd. mil., passim. — Vleminckx : Rapport au ministre de la guerre sur l'oplithalmie des armées, Bruxelles, 1854. — Fal-

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lot et Variez : Considérations sur la Blépharophthalmie catharrhale des armées qui règne sur les troupes belges. Louvain, 1836. — Warlomont et Testelin in Traité des maladies des yeux, trad. de Mackensie, I. — A. Laverau : Traite des maladies et épidémies des armées. Paris, 1875.

II. Pathologie française d'après les influences telluriques. Les circonstances par lesquelles le sol peut influencer la santé publique sont, objectivement, assez claires et distinctes pour l'hygiène. Ce n'est plus tout à fait le cas pour la pathologie, ou plutôt pour la relation qui peut exister entre les maladies et certaines conditions du sol; ici, la complexité des causes, l'association des influences, les modifications qu'elles exercent les unes sur les autres, compliquent et obscurcissent le problème. 11 faut absolument se résigner à ne pas voir des types identiques sortir uniformément de conditions nettement définies et invariables. Pour l'hygiène, le sol présente à considérer : sa constitution naturelle ou géologique, sa configuration, sa nature, les propriétés accidentelles qu'il acquiert par la culture ou par le séjour des humains. Pour l'étiologie, ces éléments s'associent en toutes proportions; tantôt ils provoquent directement des maladies ; tantôt il ne faut que favoriser l'activité ou l'extension d'autres agents pathogéniques. Notons, de plus, que l'action du sol lui-même est d'ordinaire subordonnée à l'adjonction d'une influence d'un autre ordre ; on dirait plus exactement que le sol n'est qu'un substratum indifférent, un réceptacle immense, servant d'étoffe et de foyer passif aux conflits infiniment variés qui ont lieu entre les êtres vivants et les forces physiques. Ai isi les fièvres palustres, par lesquelles nous allons commencer et que l'on a l'habitude de regarder comme les maladies le plus incontestablement telluriques, ne naîtraient pas du sol sans un certain degré de chaleur, sans matière organique en fermentation , et sans l'accès d'une certaine quantité d'air, destinée peut-être à faire vivre des êtres mystérieux qui sont les agents de cette décomposition et les producteurs réels du miasme palustre (en attendant qu'on prouve qu'ils sont le miasme lui-même).

Maladies nées du sol. Impaludisme en France. La situation géographique et la climatologie de notre pays lui valent d'être presque à égale distance de la zone froide (vers 60 degrés de latitude N. en Europe), où les fièvres de malaria disparaissent, et des contrées torrides où l'intoxication tellurique revêt ses formes les plus redoutables. Notre soleil est assez généreux pour atteindre à cette fâcheuse fécondation du sol, un peu plus aisément dans nos départements méditerranéens, un peu moins vite dans ceux du Nord. C'est tout ce que nous voulons fixer à cet égard.

Quant aux dispositions intrinsèques du sol, elles sont de trois ordres. On trouve, chez nous; soit 1" le marais type; soit 2" le marais mixte; soit 3° le sol inculte.

Les savants articles de M. Yallin, dans ce Dictionnaire, et de M. Rey, dans le Nouv. Dictionn. de méd. et de chir. prat., ont indiqué l'étendue et la répartition des marais en France. Ils occupent officiellement une surface de plus de 500 000 hectares, principalement à l'O. et au S. dans les départements du littoral atlantique ou méditerranéen, sauf quelques exceptions fameuses, sur lesquelles nous nous arrêterons.

Dans les départements du Nord et du Pas-de-Calais, on signale à juste titre le pays des Wateringues et des Watergands, Hollande en miniature, d'environ 70 000 hec-

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tares d'étendue, véritables polders, découpés dans tous les sens par plus de 500 canaux. Selon les géographes [Voy. Elisée Reclus : Géographie de la France, Paris, 1877), c'est l'emplacement d'un ancien golfe, au fond duquel était Saint- Omer et dont les bords, sur des bourrelets de dunes, supportaient Calais, Grave- Unes, Dunkerque, Nieuport. Aujourd'hui encore, l'altitude générale de la campagne est au-dessous du niveau des hautes mers d'équinoxe et, sans les efforts incessants de l'industrie humaine, ce vaste espace ne ferait que passer par les alternatives de submersion et de dessèchement ; il serait inhabitable. Dans l'état actuel, les canaux sont presque tous soigneusement entretenus, parce qu'ils sont des l'outes et des chemins, aussi bien que des moyens d'assèchement. Cependant, la contrée n'évite pas toujours les inondations à la suite des pluies d'hiver et, çà et là, quelques canaux secondaires, abandonnés par les riverains, deviennent des réceptacles d'eau croupissante ; on en voit même de tels sous les murs des fortifications de Saint-Omer.

Néanmoins, la réputation de ce pays, au point de vue des fièvres, n'est pas mauvaise et la population y est belle ; nous l'avons personnellement constaté. La mortalité de Saint-Omer paraît seulement en être influencée en automne ; c'est sur cette saison que tombe le chiffre le plus fort. Les alentours de Lille, particulièrement au S. 0., pèchent de même par la présence de canaux sans profondeur, très-négligés et odorants. Les environs d'Armentières ont le rouissage dans les eaux de la Lys et de nombreux canaux pour les besoins de l'industrie de la toile, quelques-uns mal entretenus. Entin, les bords de la Somme, d'Amiens à Abbevilie et d'Abbeville à la mer, qui sont aussi un terrain récemment abandonné par les eaux, présentent les tourbières les plus vastes, les plus profondes et de beaucoup le plus activement exploitées du territoire français. Tous ces cantons ne passent pas, cependant, pour être en proie aux fièvres, bien qu'il en existe des cas, quelques-uns graves et d'autres particulièrement tenaces. Les populations n'y portent pas l'empreinte de la cachexie palustre. Amiens a sa plus grande mortalité en août (Lombard), mais, à Abbevilie, la prédominance des décès automnaux n'est pas permanente.

Quelle est la raison de cette faible nocuité des marais du nord de la France? Elle nous échappe complètement. On a allégué l'absence des grandes chaleurs, la faible moyenne de l'été. Ce serait une explication de l'atténuation des formes, mais non point de la rareté ni même de la bénignité des fièvres. La Zélande, les rives allemandes de la mer du Nord n'ont pas une plus haute température et sont maltraitées par l'impaludisme. Nous supposerions volontiers que la généralisation et l'intensité de la culture, en Flandre au moins, est pour quelque chose dans celte immunité relative. Il semble que là, où la culture vient jusqu'au bord du marais, celui-ci étant d'ailleurs fragmenté et entrecoupé d'une végétation voulue, l'activité malsaine des ferments hydro-telluriques puisse être accaparée, c'est-à-dire annulée, par la vie des plantes que l'homme entretient.

Les marais ne manquent pas absolument à l'embouchure de la Seine (marais Vernier au S. 0. de Quillebeuf) et le reflux, en barrant les petits cours d'eau qui se jettent dans l'estuaire du fleuve, en ferait chaque jour si les riverains n'apportaient un soin extrême à entretenir la liberté des communications fluviatiles.

Néanmoins, les accidents palustres n'ont pas d'intensité particulière dans le pays et n'en influencent pas sensiblement la mortalité.

Sur les bords de la Loire, à partir de Nantes et des deux côtés, le terrain est encore en état de formation géologique ; les lacs et les golfes récemment séparés

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de la mer, sont en voie de se combler par les alluvions. Au N- de Saint-Nazaire, se trouve un vaste marais à tourbe, la Grande-Brière, traversée par l'Elier de Méan et entourée à distance d'autres « brières » moins étendues. Les Brièrons en retirent chaque année plus de 20 000 tonnes de tourbe. Sur la rive gauche, au S. 0. de Nantes, le lac de Grand-Lieu représente une petite mer de Harlem. Paimbeuf est bâti dans le voisinage immédiat de nombreux marais. Mulgré des conditions si accentuées, la mortalité dans le département de la Loire-Inférieure n'a pas de répartition saisonnière spéciale; contrairement à ce qui se passe dans nos autres départements à marais, le printemps y est la saison la plus meurtrière et- l'automne la plus favorable : on dirait d'une sorte d'immunité (Lombard).

Il est loin d'en être de même de la Charente-Inférieure, le premier de nos départements, il est vrai, pour l'étendue des marais (50551 hectares). « De la Seudre à l'estuaire de la Loire, la côte est bordée de salines, où l'eau de mer est promenée de compartiments en compartiments, jusqu'à ce qu'elle dépose le sel. )) Mais, en raison de la difficulté du travail, « les marais salants sont abandonnés les uns après les autres et se changent en marais gâts », c'est-à-dire gâtés pour la production du sel. Quand l'eau douce venue de l'intérieur se mêle à l'eau saline, dans les anciens marais, l'air s'y empoisonne, et les populations du voisinage sont décimées. « C'est pour avoir méconnu ces règles de l'hygiène du climat que les habitants des districts de Rochefort et de Marennes ont eu si longtemps à souffrir des fièvres endémiques. Jadis certaines communes ne pouvaient fournir une seule recrue aux armées, to\is les jeunes gens étaient infirmes ou malades. Des bourgs et des villages entiers avaient été dépeuplés par le fléau ; la fièvre, non moins que le retrait de la mer, a fait de Brouage ce qu'il est aujourd'hui, un misérable hameau que l'on s'étonne de voir fièrement entouré de remparts et de bastions. Mais, grâce aux efforts, longtemps mal secondés, d'un homme de dévouement, M. Le Terme, toute la région de Marennes a été parfaitement assainie, les fièvres ont disparu, la vie humaine a repris sa moyenne normale. » (El. Reclus).

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