ARRONDISSEMENTS. COMMINES. CRÉTINS. GOITREUX. TOTAL
Strasbourg 16 99 160 239
Schelestadt 17 26 635 681
Wissembourg 1 » » 8
Saverne 4 ? 50 50
Totaux 38 125 875 998
FRANCE (pAinoLOGiE).
Le goitre et le crétinisme sont fort communs dans les Alpes françaises, particulièrement dans la vallée de l'Isère (Grange) ; si les circonstances ne sont pas améliorées depuis 1848 (ce qui est peu probable), les goitreux de la Maurienne formeraient encore les 30 centièmes de la population totale. « Dans certains districts de la Tarentaise, tels que ceux de Bozel et de Yillard- Goîtreux, la proportion des malheureux est plus forte encore, et lorsque le voyageur traverse un des villages à l'heure où la plupart des habitants valides sont occupés aux travaux des champs, il risque fort de ne rencontrer que des idiots » (El. Reclus). A cette époque, il y avait en Savoie 12 566 goitreux et crétins. Dans les cantons de Guilleslre et de l'Argentière, un quart de la population est goitreux (Bories, in Rec. de mém. de méd. milit., 2« série, t. XII, 1853).
L'endémie goitreuse se montre encore assez commune dans les Pyrénées
(Boulinière, Marchand, Rousse), particulièrement entre les sources du Gave
et de la Garonne; plus rare dans les vallées du Béarn. Les localités les plus
malheureuses sont Lourdes, Argelès, Pierrefitte, Luz, les cantons de Vie et de
.Rabaslans, les vallées de Luchon et d'Aran.
Les deux formes sont extrêmement communes dans la haute Auvergne, particulièrement sur le versant sud du massif, à Aurillac, Polminhat, Marmanhat, JBoisset, Leocamp, etc. : « il est peu de hameaux, disait Brieude, peu de vallées «ur nos montagnes, où l'on ne rencontre de ces êtres qui paraissent dépourvus de facultés intellectuelles et qui ne font que végéter. » Miral-Jeudy (1851) note l'existence de l'endémie dans plusieurs communes des environs de Clermont-Ferrrand. M. Vacher {Gazette méd. 1874, p. 246) la trouve à Raudanne, à Saulzet (1550 mètres d'altitude), dans la vallée* de Chambon, à Murols ; elle manque dans les vallées du Mont-Dore et de La Rourboule.
Les plaines de la zone septentrionale n'en sont pas exemptes. Lacordaire (1841) l'observe à Bussières-lez-Belmont (Haute-Marne) ; Mahue (1852), à Faucoucourt et Suzy (Aisne), dans les départements de l'Oise, de la Somme, de la Seine-Inférieure ; Vingtrinier (1854) à Rouen et sur les bords de la Seine, aux environs.
Nous reproduisons ci-après un tableau dressé par Boudin, alors que la Savoie m'était pas encore réunie à la France. Il est extrêmemant probable qu'il est passible des réserves énoncées par Hirsch et par M. Lunier, à l'égard des confusions que la statistique a commises plus d'une fois, en englobant, sous une même rubrique, des goitreux, des crétins vrais, des idiots de n'importe quelle cause, des goitres sporadiques, etc.
NOMBRE ANNUEL DES EXEMMIONS POUR CAUSE DE GOITRE SUR 100000 EXAMINES DANS LES 86 DÉPARTEMENTS, DE 1857 A 1849 INCLUSIVEMENT
Finist^re
Morbihan
■lUe-et-Vilaine. . .
Cô(es-du-Nord . .
Manche
Indre-et-Loire , .
Gironde
Deux- Sèvres . . . , Loir-et-Cher . . . .
Mayenne
Charente-Inférieure .
Indre
Vendée. .
Loiret
Vienne
Loire
Yonne
Pas-de-Calais . . .
Lot-et-Garonne. .
Maine-et-Loire . .
Corse
Eure-et-Loir . . . Bouches-du-Rhône
Hérault
Loire-Inférieure. .
Seine-et-Marne . .
Gers
Sarthe
Seine-el-Oise. .
Tarn-et-Garonne
Calvados 107
Cher 120
Seine-Inférieure. . . . 126
Landes 162
Somme i''^
Nièvre 188
Tarn 189
Charente 216
Côte-d'Or 217
Ardennes 400
Vauclusel 425
îleuse 459
Allier 461
Doubs 556
Lozère 556
Orne
'reuse. . . .
Marne . . . .
Haute-Vienne.
lEure
Gard
Var
Nord
Aube
Aude
FRANCE (pathologie).
Saône-et-Loire .... 735
Moselle 764
Haule-Marne 765
Haute-Garonne .... 810
Pyrénées-Orientales. . 832
Haute-Saône 916
Basses-Pyrénées. . . . 936
Oise 952
Puy-de-Dôme 978,3
Haute-Loire. 978,9
Lot 1019
Corrèze 1039
-Ua 1050
Cantal 1113
DordojTne 1148
Meurthe 1256
Aisne 1277
Aveyron 1315
Bas-Rhin 1539
Drôme 1634
Jura 1681
Ardèche 1781
Haut-Rhin 1817
Loire 1895
Vosges 2653
Basses-Alpes 3259
Ariége 3263
Rhône 3301
Isère 3385
Hautes-Pyrénées. , . . 3854
Hautes-Alpes 88,32
Sauf les confusions précédemment indiquées, les dénombrements opérés en
France, en 186i et 186G, ont donné, le premier : 41 125 idiots et crétins, ou
1,H sur 1000 habitants, et le' second, 39 955 seulement, soit 1,05 sur
1000 habitants. En 1872. on n'en trouvait même plus que 55 648 (voy. plus
Jdrs, les renseignements contradictoires).
« L'enquête de 1864, limitée aux 65 départements oiî l'on avait tout lieu de croire que le goitre et le crétinisme étaient endémiques au moins sur quelques points, a fait connaître que les 12 départements le plus fortement atteints dans ^'ensemble étaient ceux de
IDIOTS ET CRETINS
jur lOOO habitants.
La Savoie
Les Hautes-Alpes . . .
La Haute-Saône ....
L'Oise
La Haute-Savoie. . . .
Les Hautes-Pyrénées. .
La Moselle
L'Aveyron
Les Pyrénées-Orientales
Le Cantal
L'Isère
L'Ariéee
« Dans un certain nombre de communes de la Savoie, la proportion des crétins atteint encore aujourd'hui la proportion de 50, 40, 50 et jusqu'à 115 sur 1000 habitants. » (Lunier.)
Une Commission nommée en 1851 par le gouvernement français a déposé son rapport en 1875; l'enquête a donc duré vingt-trois ans. Ses résultats (voy. enquête sur le goitre et le crétinisme. Rapport par le docteur Baillarger. Paris, 1875) sont autrement inquiétants et désagréables que ceux des recensements administratifs. La Commission estime à environ 500 000 (!) le nombre des personnes atteintes de goitre. — Ce chiffre surprend à bon droit .M. Vacher, et en surprendra bien d'autres. — Elle en a reconnu l'existence dans 60 départements, dont 45 sont gravement atteints dans un ou plusieurs arrondissements. Il y a des variations, selon les époques, dans le nombre des personnes atteintes, ce qui élève ou abaisse le chiffre des goitreux, sans que l'on puisse en saisir la raison étiologique. Depuis cinquante ans, l'endémie a augmenté dans 26 départements et diminué dans 17. Elle aurait augmenté, à l'ouest, dans le pays compris entre les départements de l'Eure et de l'Orne ; à l'est, entre le Doubs et la Haute-Saône ; au nord, entre les Ardennes et la Meuse, et au midi, entre la JVièvre et la Gôte-d'Or; enfin, dans l'Ain, la Savoie et la Haute-Savoie. L'aug-
mentation a varié du simple au double. La diminution, qui oscille dans d'aussi vastes limites, porte sur les groupes territoriaux suivants : Meurthe, Haut et Bas-Rhin ; Charente , Dordogne , Corrèze , Haute-Garonne , Pyre'ne'es-Hautes ,. Basses et Orientales, Ariége.
Les 10 départements où le goUre est le plus répandu sont, dans l'ordre de fréquence : Savoie, Hautes-Alpes, Haute-Savoie, Ariége, Basses-Alpes, Hautes- Pyrénées, Jura, Vosges, Aisne, Alpes-Maritimes. Ils ont de 51 à 154 goitreux pour 1000, au-dessus de vingt ans. Dans 23 autres départements, la proportion est de 49 à 20 pour 1000; dans 12 autres, de 17 à 10. Huit départements n'ont presque pas de goitreux, 4 sur 10 000 habitants; les plus favorisés sont : Côtes-du-Nord, Manche, Morbihan, Deux-Sèvres.
Le grand massif des Alpes occupe le premier rang quant à l'intensité des deux endémies. Les montagnes de l'Auvergne, Lozère, Ardèche, ont plus de crétins que de goitreux. La chaîne des Pyrénées compte le même nombre des uns et des autres ; l'Ariége, plus de goitreux que de crétins, de même que les Vosges, le Jura, les Ardennes.
Les régions maritimes, qui étaient presque toutes exemptes de goitre, ont révélé à la Commission la présence d'une endémie assez intense dans la Somme, la Seine-Inférieure, le Calvados, la Manche (?), le Finistère, les Landes et surtout la Vendée.
Le nombre des crétins et idiots atteint la proportion de 22,5 sur 1000 dans les Hautes-Alpes et 16 dans la Savoie. Les départements qui en comptent le moins, 2 pour 1000, sont : la Seine, la Corse, les Bouches-du-Rhône, le Nord,. la Gironde, les Côtes-du-Nord.
Le nombre total des crétins et idiots est évalué par la Commission à 120 000. Encore une fois, ces chiffres sont navrants, s'ils sont exacts.
Goitre aigu épidémique. Cette forme a pour caractéristique d'être absolument indépendante du crétinisme, d'être par conséquent une affection purement locale, d'apparaître brusquement sur des groupes et d& céder sans grande difficulté au traitement iodique et, mieux encore, au déplacement des malades. Pour un peu, eu égard aux relations qui en existent, fort nombreuses, on pourrait la regarder comme une maladie militaire. Nous allons, en effet, donner une liste de ces épidémies, dont des corps de troupes ont fait tous les frais et dans laquelle les observateurs sont tous des médecins d'armée, sauf M. Nivet (de Clermont) et M. Michaud (de Saint-Etienne) qui, toutefois, observe aussi sur un régiment. Mais ce n'est qu'une illusion, qui fait honneur au soin avec lequel les médecins mihtaires relèvent les faits épidémiologiques ; dans les mêmes points où nos confrères de l'armée voient le goitre aigu chez les soldats, il est fréquent d'assister à des épidémies identiques sur des groupes analogues, séminaires (Hédoin), lycées (Clermont, 1822 : docteur Lavort), pensionnats ; de plus, très-communément, le goitre est endémique dans la localité.
Épidémies de goitre aigu dans Varmée. (Nous empruntons le tableau cidessous à M. A. Laveran, en le modifiant légèrement. Les faits étant presque tous tirés du Recueil des mém. de méd. milit., nous n'indiquerons que la série et le tome de cette publication, avec les noms d'auteurs.)
Briançon
Etnhrun .
FRANCE (pathologie). 745
De 1812 à 1826. Quatre épidémies (2" série, t. XU).
1826. Chevalier (1" série, XXIX).
1843-1846. Jacquier (2% XII).
1830. Duroutgé {ibid.).^
1852. Co\hn {ibid.}.
1830-18.59. Pastoret et Larivièrc (3% II).
186f). CoUin (5% VI).
1863. Rozan (3% X).
1832-1833. CoUin, Pastoret (2', XII|.
1865. Hédoin (3% XI).
Gap 1869. Ribadieu (3% XXV, p. 67).
( 1831. Gérard (l'% Xlli).
^•^^anÇO" i 1853. .\rtigues (2-, II).
Î1839. Hansen (3% XI).
1861 . Gouget (3% VII).
1863. Gouget (3', X).
i 1847. Bernier (2% XII).
^euf-Ensach \ ^ggg Tellior (3-, III).
i' 1845-1846. Jacquier (2', XII).
1831. JNivet (Revue méd.chirurg. deParis, 1832). 1880-1862. Halbron(3%XI).
1862. Courcelle (3% XI).
1862. Morelle (ibid.).
( 1843-1846. Jacquier (2% XII).
**""" \ 1862. Morelle (3% XI).
. . ( 1864. Bresson (5", XII) .
Saint-Etienne | 1873. Michaud (G«. »nérf. rfe Pam, 1874, u" 2-6).
Annecy, Thonon, Belleville. 1866. Worbe (3% XVIIl et XIX).
(Voy. De l'étiologie du goîlre ; in Recueil de mém. de méd. milit., 3* série, t. XXV, 1871, p. 60, — article d'ensemble oiî l'on trouve d'autres noms de médecins militaires : Baëlen, Bresson, Lanel , Delon. — Nivet, Note sur les goitres estival, épidémique et variqueux, observés dans le départ, du Puy-de- Dôme ; in Revue méd. chir. de Paris, 1852. — Du même. Études sur le goitre épidémique. Paris, 1873. — Michaud, Observ. sur le goitre épidémique de la garnison de Saint-É tienne, in Gaz. méd. de Paris, 1874).
L'étiologie de ces singuliers accidents n'a pas été moins discutée que celle du goitre endémi'jue, dont il y a quarante-deux théories (Baillargcr). 11 nous semble qu'il est fort important de remarquer que toutes les épidémies groupées dans le tableau ci-dessus appartiennent : 1° aux régions de l'Est et du Centre, réputées pour être des foyers de goitre endémique ; 2° à des localités généralement élevées et situées en pays de montagnes. Il est donc vraisemblable, d'abord, qu'elles relèvent d'influences identiques à celles qui provoquent l'endémicité et la dégénérescence goitreuse. L'acuité qu'elles revêtent s'explique, sans doute, par l'inaccoutumance des soldats « nouveaux venus » (L. Colin) aux influences locales. Il est évident que ces influences consistent en quelque chose qui se rencontre plus habituellement dans les montagnes qu'en plaine. Est-ce simplement l'altitude? Ce serait un fait de dépression barométrique, un résultat d'oxygénation insuffisante du sang, selon l'idée de M. Lombard {Étude sur le goitre et le crétinisme endémiques et sur leur cause atmosphériques, in Rull. de la Soc. méd. de la Suisse romande. Janvier-février, 1874.). M. Michaud a interprété d'une autre façon l'influence des montagnes : les alternatives de montée et de descente, l'acte fréquent de gravir, déterminent la congestion du corps thyroïde. Nous ne nous engagerons pas dans cette discussion. Il nous suffit que les rapports, si indécis qu'ils soient, du goitre avec le sol nous aient permis d'esquisser à cette place le rôle de cette affection dans la pathologie française.
746 FRANCE (pathologie).
Asthme d'été; fièvre de foin. Nous nous bornerons à une simple mention de cette maladie, peu connue en France, et dont la description nous est généralement venue d'Angleterre {hay-fever), d'Allemagne {Heu-fieber, Heu-Asthma), ou même d'Amérique. Voici ce qu'en disait M. E. Besnier dans son compte rendu pour 1872 : « Parmi les formes diverses de catarrhe des voies respiratoires, une des plus intéressantes est celle que les médecins anglais désignent sous le nom de hay-fever (fièvre ou asthme de foin, catarrhe d'été, de la première partie de l'été, Frûhsommer Allem.) et dont, à part l'observation de Gazenave {Gaz.méd. de Paris, 1857), il n'a guère été publié de relations qu'à l'occasion des recherches de Piiœbus (de Giessen) {Voy. aussi : Union méd., 17 décembre 1859. — Abeille médicale, 50 janvier 1860. — Gazette hebdomad. 1860, Dechambre; ibid. 1862, Hervier, et p. 750, analyse du traité de Phœbus par Dechambre). Cette affection se détache du groupe des bronchites ou des coryzas communs par l'époque à laquelle elle se développe ; par sa ténacité exceptionnelle et sa résistance ordinaire à tous les moyens thérapeutiques employés; par l'intensité de la sécrétion catarrhale intermittente (ophthalmique, nasale, pharyngée ou bronchique) coïncidant avec des phénomènes spasmodiques parfois très-intenses;., par son extrême sensibilité aux influences météorologiques de l'été, peut-être aussi à quelques émanations végétales ou telluriques; par cette singulière particularité, enlin, de récidiver chaque année au moment des premières chaleurs, quelquefois pendant toute la durée de la vie. »
C'est à cause de cela, et des succès qu'a souvent obtenus vis-à-vis de la fièvre de foin le sulfate de quinine que nous plaçons à la suite des maladies telliiriques cette forme, d'étiologie fort incertaine. Les médecins de Paris, il faut le dire, la soupçonnent à peine, ce qui est encore une présomption en faveur de l'origine tellurique. M. Leudet, de Rouen, en écrivait, à cette époque, à M. Besnier ; ce qui serait une preuve d'un antre sens et dans le sens positif. [Voy. Ilirscb, ouvr. cit., tome II, p. 14 et suiv.) M. E. Decaisne {Acad. des sciences, 25 août 1873) nie tout rapport de la fièvre de foin avec le sol et le foin lui-même; c'est pour lui un catarrhe banal, de provenance atmosphérique. Par contre, M. Guéneau de Mussy [Sur la rhino-bronchite spasmodique ou fièvre de foin, in Gazette hebdomad., 1872, n" 1) croit devoir mettre l'asthme de foin au compte de l'arthritisme.
Suette miliaire. Nous ne faisons que rappeler le nom de cette maladie, pour remplir le cadre. Des développements suffisants lui ont été consacrés dès le début de cet article (î;oî/. p. 621).
Maladies dont Véclosion ou la propagation sont favorisées par des propriétés du sol. L'hygiène, ou, pour mieux dire, l'étiologie possède un assez grand nombre de formules générales, relatives à l'influence indirecte du sol sur la genèse ou la propagation des maladies. Les terrains bas et humides déterminent le lymphatisme et provoquent la scrofule ; une altitude modérée est favorable à la vigueur des individus; une altitude plus considérable est peut-être antipathique à la phthisie. Les terrains dont les couches superficielles sont perméables, le sous-sol à proximité ne l'étant pas, deviennent aisément des foyers de décomposition putride, soit spontanément, soit par le séjour de l'homme ; les émanations qui s'en échappent contribuent à la souillure de l'atmosphère et semblent assurer pour une part la vitalité des principes spécifiques (fièvre typhoïde, typhus, choléra), même de ceux qui ne sortent pas du sol. Les terrains imperméables, au contraire, ou perméables à toute profondeur, sont une garantie pour la pureté
FRANCE (pathologie). 747
de l'air et manquent, en quelque sorte, sous le pied des fléaux. La nature géologique du sol détermine souvent le genre de récoltes que l'homme peut lui demander; d'où la nuance spéciale des maladies d'alimentation. Cette propriété règle également un certain nombre des propriétés de l'eau de boisson; d où la possibilité de relations entre la nature du sol et la carie dentaire, par exemple, les calculs rénaux ou vésicaux (très-douteuses). De même, l'inliltration de matières organiques, banales ou humaines et spécifiques, dans le sol, i)eut communiquer à l'eau de boisson un pouvoir d'irritation générale, contribuer à la fréquence des troubles digestifs, diarrhées ou autres; à la rigueur, faire de cette eau le véhicule des miasmes et des virus.
Le sol de la France n'a rien qui se refuse à l'exercice de ces influences générales, indirectes. Nous en avons donné des preuves et des exemples à l'occasion de la fièvre ty{)hoïde et surtout du choléra. Malheureusement, pour le reste, la solution ne saurait être donnée sous forme précise qu'à la suite d'une topographie médicale complète, d'une élude de chaque localité, qui n'est pas encore faite, bien qu'il en existe quelques éléments épars. On tolérera donc que nous nous bornions à indiquer ici la partie du cadre qui serait à remplir.
liï. Aspects de la pathologie française d'après les inf'ldences climatologtques. A moins de caractères extrêmes et en dehors de l'action directe de la chaleur ou du froid, du sec ou de l'humide, d'une pression atmosphérique exagérée, ou, ce qui est plus ordinaire, d'une dépression considérable, le climat nous a toujours paru capable bien moins de susciter des maladies par lui-même que de préparer les aptitudes morbides des individus et d'accentuer dans un certain sens les traits des maladies venues de n'importe quelle source. Malgré des lectures variées et attentives, et bien que l'on finisse souvent par s'exagérer la valeur d'un objet que l'on a beaucoup étudié, nous avouons ne pas avoir remporté des fruits très-appréciables du travail, dans la direction de la climatologie médicale, auquel la rédaction de quelques-unes de ces pages nous a obligé. La climatologie pure peut satisfaire l'esprit, comme ensemble de connaissances, comme possession de faits curieux dont tout le monde ne dispose pas ; mais la climatologie médicale est une science de rapports et d'applications; or, ces rapports, au moins en ce qui concerne la France, sont vagues et fuyants à désespérer l'esprit le moins positif.
En principe, il n'est pas possible que des agents comme ceux de la météorologie n'exercent pas une influence profonde sur la vie et la santé des hommes. Cette conclusion, qui s'impose, a poursuivi tous les médecins depuis Hippocrate (voy. les travaux de Fuster, de Montpellier) jusques et y compris ceux de notre époque, de médecine anatomique, physiologique et expérimentale. Des pages sans nombre ont été écrites, une incroyable dépense d'esprit philosophique a été faite; les hardiesses de la théorie et les méthodes plus modestes, mais plus sûres, de la statistique, ont été tour à tour mises en jeu. Pour quel maigre résultat !
Les maladies du printemps, dit-on, empruntent leurs caractères à la pléthore. (( L'affection catarrhale est la plus considérable... Elle fait les frais de la plupart des affections apyrétiques qualifiées de coup d'air, de refroidissement, de rhumes, et que l'on rapporte aux tissus affectés, sous les noms de coryza, bronchite, ophthalmie, otite, névralgies, rhumatismes, etc. Les phlegmasies fébriles, angines, bronchites, pleurésies, pneumonies, méningites, dysenteries,
748 FRANCE (pathologie).
arthrites, se développent sous ses auspices, naissent, marchent et se terminent à la manière des catarrhes. » (Fuster, Clinique méd. de Montpellier, 1875, tome I, p. 199.) Accordons le coryza, dont personne ne meurt et qui appartient bien autant à l'hiver. 11 est certain que le rhumatisme articulaire aigu « se développe aussi souvent dans la saison chaude que dans la saison froide, » dit M. A. Laveran, en étudiant justement les maladies saisonnières de l'armée. La pneumonie ne relève ni de la saison froide, ni des climats froids : c'est aux mois de juillet, mars, avril, septembre, que M. L. Colin a soigné dans ses salles le plus de pneumonies; le mois d'été a le pas sur les autres, puis im d'hiver^ un de printemps et enfin un qui touche à l'automne; on ne saurait avoir une répartition plus équitable et moins de partialité pour le printemps en particulier. La pleurésie a une légère préférence pour la saison froide; c'est tout ce qu'on peut dire. On en jugera par le court tableau suivant que nous extrayons de ceux de M. Ern. Besnier.
PLEURESIE DANS LES HOPITAUX DE PARIS 1" Trimestbe. 2° Trimestre.
Mouvement. Décès. Mouvement. Décès.
Totaux . . . 1855 152 (82 p. 1000) 1499 141 (94 p. lOOO)
Moins fréquente en été, à Paris, la pleurésie y est plus grave*.
Les bronchites simples, de l'aveu de tout le monde, sont des affections de la saison froide et résultent de l'impression de l'air froid sur la muqueuse aérienne; mais, pour cette raison même, notre printemps aigrelet n'a pas de supériorité marquée sur l'hiver, dans l'étiologie de la bronchite. Prenons une des années moyennes de la pathologie de Paris, 1872 ; en groupant les mois par trois, de façon à représenter à peu près l'agencement des saisons médicale , nous trouvons :
DÉCÈS PAR BRONCHITE DANS LES HÔPITAUX DE PARIS (l872)
Janvier. . . .
Février. . . .
Décembre. . .
Mars.
Avril.
Mai .
Juin. .
Juillet .
Août. .
Septembre Octobre .
Novembre .
L'influence de la « pléthore » printanière s'est 'donc bornée à augmenter du cinquième au quart les décès par broncliite de la saison d'biver ou de celle d'automne. La différence est modeste. Elle devient considérable entre le chiffre de l'été et ceux de chacune des autres saisons ; cette fois, l'action climatologique est évidente. Mais ce n'est plus précisément une influence de saison; c'est simplement la différence d'action entre la partie chaude et la partie froide de l'année. Ce qui nous ramène une fois de plus à cette largeur de l'étiologie climatique, qui la rend si peu profitable.
* On verra plus loin que la part de la pleurésie dans la mortalité générale est aussi plus élevée dans les départements du Midi que dans ceux du Nord. .^ , ,
FRANCE (pathologie). 749
Ajoutons que l'élévation du chiffre des décès de bronchite, duquel nous induisons le mouvement des malades, est dû à l'adjonction de quelques éléments qui pourraient bien en fausser la signification. N'a-t-on pas appelé Conclûtes quelques phthisies, auxquelles le froid imprime une recrudescence d'allures, quelques grippes, quelques rougeoles frustes? La fin de l'hiver et le commencement du printemps sont l'époque des rougeoles ; il y a de bonnes raisons de croire que certaines bronchites coïncidentes se rattachent à l'épidémie éruptive.
« Parmi les éruptions aiguës, ajoute Fuster, la variole, la rougeole, la scarlatine, l'érysipèle, se reproduisent au moyen d'un germe ou d'un virus, principe de lous les actes morbides, agent nécessaire de leur transmission. Ce virus ou ce germe imprègne l'économie, fomente la fièvre, engendre l'exanthème, se propage par contagion. En outre, il peut être conservé, transporté, inoculé, détruit ou neutralisé. Une spécificité aussi tranchée mérite certes de figurer au nombre des principes immédiats de la constitution printanière. » Si cette dernière phrase signifie quelque chose, c'est une erreur capitale. La spécificité en soi est fort indépendante des saisons et les virus les plus avérés, comme la variole, sont précisément ceux qui s'accommodent de tous les temps et de lous les lieux. En général, ce n'est point aux virus que le froid est favorable, mais à leur transmission par contact, à l'aide du rassemblement des humains et du rapprochement forcé des individus.
Et l'intermittence, comme type de prédilection des maladies du printemps? Les fièvres intermittentes vernales ne suffisent, certes, pas à justifier cette manière de voir, lorsqu'on sait que, dans notre pays, l'intermittence caractérise beaucoup plus des maladies d'été et d'automne, nées du sol et dans lesquelles l'action climatique ne joue qu'un rôle surajouté.
Toutes réserves faites, nous désirons cependant reconnaître le travail et le mérite des médecins qui ont poursuivi ce problème décevant des rapports de la climatologie avec la pathologie.
Il est, d'ailleurs, constant que notre pays se prèle, ou doit se prêter, mieux que tout autre aux distinctions étiologiques et pathogéniques empruntées à cette source. Nous avons, de notre mieux (voy. Climatologie), fait ressortir les caractères d'oscillation et d'alternance qui appartiennent en propre à la plupart des climats français, l'atténuation de ces caractères sous notre climat marin, son exagération dans nos climats continentaux ; enfin, celte remarquable coïncidence, dans notre pays, d'un climat qui confine de très-près aux climats chauds, le climat méditerranéen, avec de véritables climats froids, nos climats de montagne; de telle sorte que l'Afrique et la Sibérie se donnent la main par-dessus nos têtes. Dans l'ensemble, les climats français sont des types parfaitement réussis de l'alternance et de la périodicité des saisons [voy. ce mot) ; c'est ici qu'il foudrait chercher ces retours réguliers de certaines maladies, cette physionomie qu'elles revêtent selon l'époque de l'année, en un mot ce qui a fait ouvrir le cadre des maladies saisonnières; si déjà le nombre quatre n'était un peu considérable pour les différences qui sont dans la nature des choses et si, dans nos quatre saisons, il n'y en avait deux qui sont beaucoup plus des interméliaires et des trails-d'union que des modalités climatiques sur lesquelles on puisse asseoir des distinctions étiologiques sérieuses.
A vrai dire, quelques auteurs, qui ont fait des rapports du climat avec les formes morbides leur étude de prédilection, ont trouvé moyen de rendre ces
750 FRANCE (pathologie).
rapports à la fois si subtils et si étendus qu'on n'a pu les suivre dans leurs de'ductions. On sait quel talent Fuster a dépensé en pure perte pour créer Vaffection catarrhale, unité bizarre que l'on ne voit jamais et dont les modalilés sensibles sont les formes les plus bétérogènes, qui est présentée comme dépendant du climat, mais en réalité régnant par tous les temps et toute l'année, puisque, à part les lésions chirurgicales et les accouchements, elle englobe toutes nos fièvres et toutes nos affections locales. M. le docteur Henri Bourru, médecin de la marine [De Vaffection catarrhale à propos de l'endémie catarrhale qui règne dans la vallée de la Touvre. Paris, 1878), vient d'essayer, avec distinclion et courage, de reprendre ces vieilles habitudes de théoriser et de dogmatiser où se plaisaient nos pères, sans grand bénéfice ; de réduire à une seule entité morbide aux mille formes tout le complexus pathologique soumis à son observation, dans quelques localités de la Charente. Nous ne voulons pas reprendre une cause jugée ; pour M. Bourru, l'affection catarrhale est le fond, les déterminations locales sont la forme; pour nous, c'est le contraire ; le trouble local est l'essentiel, les influences climatiques en sollicitent la fréquence, en modifient les allures, la modalité symptomatologique, etc. Nous montrerons çà et là certaines affeclions catarrhales, mais en les isolant. C'est le moyen, d'ailleurs, de sauver « l'affection catarrhale; » on la perd en y mettant trop de choses.
M. Lombard donne comme expression de la périodicité saisonnière générale, dans nos climats tempérés : l'épuisement de la vitalité à la fin des chaleurs de Tété, hypoémie; la réparation et la renaissance de l'activité vitale en automne; l'accumulation de celte activité pendant l'hiver; d'où la pléthore qui, rencontrant le printemps à son début, commence déjà à être dépensée à la fin de cette saison : hyperémie en hiver, pléthore au printemps, hypoémie en été, anémie en automne. On peut jusqu'à un certain point prévoir les conséquences et le caractère des accidents qui résulteront du choc de l'économie dans l'un de ces états par un des agents climatiques, froid, chaud, humide. « Le froid augmente la MORBIDITÉ et celle-ci est diminuée par la chaleur. A une température froide et prolongée succède une forte morbidité, tandis qu'à une température chaude et prolongée succède une faible morbidité. — Si la i;arta&i/i7e exerce une grande influence sur certaines maladies, elle ne paraît pas avoir une action bien prononcée sur l'ensemble des maladies. — La rareté des pluies et leur peu d'abondance augmentent la morbidité, tandis que la fréquence et l'abondance des pluies la diminuent d'une manière notable. — Une forte morbidité correspond à une faible pression, tandis qu'à une forte pression atmosphérique correspond une faible morbiilité. La morbidité et la tension électrique suivent une marche identique. »
Qaehjues-uns de ces résultats heurtent peut-être les idées reçues ; voici ce qui concerne la mortalité. Sauf dans les pays à malaria, « le froid augmente la mortalité et la chaleur la diminue. — L'intensité du froid augmente l'étendue des variations mensuelles de la mortalité. — L'humidité et une température modérée exercent une action favorable, tandis que la sécheresse et une température extrême, surtout quant au froid, exercent une action défavorable et augmentent la mortalité. » Ou, autrement : « Là où l'hyperémie prédomine, comme pendant et après les froids secs et rigoureux, l'on observe une forte mortalité; néanmoins dans certaines régions l'intensité de la chaleur produit les mêmes conséquences, surtout là où règne l'influence paludéenne. Mais partout
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aiileiu's, là où rhypoémie et l'anéniie [uédominenl, la mortalité est à son minimum. »
Il est bon de noter que, pour ce judicieux savant, il n'y a pas de maladies de printemps, de maladies d'été, etc. ; il ne prononce même pas le mot de 'maladiea saisonnières, qui a donné lieu à un certain nombre de tliéories aventurées, à des cadres artificiels, du reste sans grand bénéfice pour l'étude, ni pour la pratique.
D'ailleurs, ces études ne sont encore qu'à leur début, surtout en ce qui concerne la France. Ce ne sera qu'après de nombreuses années d'observations faites selon les bonnes méthodes que l'on pourra en faire sortir quelques lois désormais utilisables. M. E. Besnier, qui poursuit ce but pour Paris, on sait avec quel zèle et quel talent, ne désespère pas de « pouvoir, par une étude attentive et suffisamment prolongée, par des observations numériques faites conformément au procédé scientifique, tiacer un jour la carte normale des maladies épidémiques, comme on cherche aujourd'hui à tracer la carte des vicissitudes de l'atmosphère, comme on a tracé depuis longtemps la carte céleste. » 11 va sans dire qu'il s'agit des maladies épidémiques, considérées dans les années et les saisons.
Descendons, cependant, sur le terrain des faits.
Accidents du froid. Les faits de congélation, locale ou asphyxique, sont rares en France et isolés. L'observation, toutefois, prouve qu'ils sont possibles, non-seulement dans le nord ou plutôt dans notre Nord-Est, où se montrent nos plus grands hivers, mais même dans le lAIidi. Les épidémiologistes militaires, à côté de 1 histoire des troupes de Charles-Quint, gelées au siège de Metz en 1552, racontent celle des gardes du corps de Louis XIII, dont seize moururent de froid, en 1652, entre Montpellier et Béziers.
Dans nos désastres de 1870-1871, les congélations s'ajoutèrent aux autres souffrances de nos soldats. On en vit aux armées de la Loire et de l'Est et sous Paris. Un successeur de Charles-Quint prenait Metz ; les soldats français étaient gelés sur leur propre sol et les Allemands tenaient bon contre l'hiver. On se rappelle que Larrey avait remarqué, dans la retraite de Russie de 1812, que les Méridionaux de la grande armée, les Français par conséquent, résistaient mieux au froid que les hommes du Nord, Beiges, Saxons, etc. Cette fois, les rôles parurent renversés ; les médecins allemands [voy. Roth et Lex, Handb. der milit. Gesundheitspflege, t. I, p. 556) ont fait remarquer avec un certain orgueil que leurs soldats supportaient merveilleusement la rigueur de cet hiver, tandis que les Français enfermés dans Paris n'osaient tenter les sorties, tant ils redoutaient le froid. La cause qui empêcha de sortir ne fut peut-être pas celle-là; mais les accidents du froid sur nos troupes n'ont été que trop réels. On a dit que la différence de l'ésistance des gens du Nord et des hommes du Midi, dans la reti'aite de Russie, n'était qu'une question de sobriété; les Allemands seraientils devenus tempérants et cesseraient- ils d'avoir un appétit exigeant, tandis que les Français seraient devenus ivrognes et gros mangeurs? Nous n'inclinons pas encore vers cette conclusion. Les troupes allemandes, admirablement pourvues et victorieuses, avaient de quoi satisfaire leurs vastes besoins ; l'armée assiégée, au contraire, était rationnée et s'affamait peu à peu. Elle dut recourir assez largement aux boissons alcooliques, ce qui manquait le moins dans Paris investi; mais, si l'alcool peut-être incriminé dans cette circonstance, c'est moins pour ses propres effets que parce qu'il ne remplace pas les aliments vrais.
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Accidents de la chaleur. Sous nos latitudes tempérées, on peut observer, dans de certaines conditions et avec des caractères un peu spéciaux, des accidents fort analogues, sinon identiques, à ceux qui atteignent assez fréquemment les Européens dans les régions tropicales ou simplement chaudes. Nous voulons parler des divers modes de Vinsolation {Heat apoplexy, Sun-slroke, Sonnenschlag, Hitzschlag, Sonnenstich, etc.). Il est à remarquer que ce sont surtout les médecins militaires qui observent et relatent de tels accidents dans notre pays ; en France, ou cite l'histoire d'un bataillon de chasseurs à pied (1857) qui, arrivant de Nogent à Paris, par une chaude journée d'été, semait ses insolés le long du faubourg Saint-Antoine; il faut y joindre les faits variés dont M. Lacassague a récemment entretenu la Société médicale des hôpitaux (A. Lacassagne, De V insolation et des coups de soleil. Paris, 1878). Toujours il s'agit de militaires. Il y a certainement des raisons de ce fâclieux privilège : l'uniforme, assez chaud, toujours un peu trop exactement appliqué sur le corps; la prolongation, quelquefois, de l'immobilité sous les armes, en plein soleil ; le groupement des hommes, dans lequel chacun contribue à échauffer les autres, etc. Cependant, il serait extraordinaire que les médecins civils n'aient pas l'occasion d'apporter leur contingent de faits à ce chapitre de pathologie. Il est vraisemblable que les observateurs jusqu'ici n'étaient pas suffisamment prévenus ^
M. Lacassagne pense que les formes d'insolation de nos pays méritent plus que d'autres le nom de « coup de soleil », et il introduit la distinction suivante, qui nous paraît parfaitement fondée : « Le coup de chaleur est une maladie des pays chauds ; sa fréquence augmente en s'approchant de l'équateur ; ses accidents sont de même ordre que ceux qui sont produits chez les ouvriers exposés à une source puissante de calorique : l'organisme entier se trouve surchauffé. — Le coup de soleil est une maladie qui peut s'observer partout, et qui est peutêtre plus fréquente dans les climats tempérés. Les accidents ou les lésions produites par l'action des rayons solaires coïncident avec le point d'incidence de ces rayons. La température du corps ne s'élève pas toujours, et lorsque les individus succombent, c'est toujours à des accidents cérébraux et à leurs conséquences. »
Les faits relevés par M. Lacassagne ont eu lieu au voisinage de Paris.
Maladies de la saison froide. Nous ne disons pas : maladies de l'hiver; l'hiver médical est plus long, en France, que l'hiver astronomique; d'autre part, si nous ne consentons pas à attribuer à la saison en elle-même quelque vertu mystérieuse, inexplicable, il faut bien que nous considérions le froid comme la raison capitale des influences raorbigènes de l'hiver; le froid encore, et probablement plutôt les alternances brusques du froid avec des températures douces, comme l'élément saisissable des influences du printemps. Cela nous permet d'annexer à ces maladies celles de nos régions froides, de nos climats de montagnes.
Le froid a des relations immédiates avec la genèse de certaines maladies, indirectes avec celle de quelques antres; vis-à-vis d'un plus grand nombre encore, aiguës ou chroniques, il a le pouvoir d'influencer en divers sens la marche ou la terminaison des cas particuliers ou de l'ensemble épidémique, quand il y a lieu. Comme nous indiquons, chemin faisant, à l'occasion de
* On trouve toutefois, dans le Compte rendu de l'Académie des sciences, t. L, 1860, la relation, par Duclaux, d'accidents d'insolation éprouvés, dans l'élc très-chaud de 1859, par plusieurs personnes de rarrondissement de Villelranche (Haute-Garonne).
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chaque type, les modifications que celui-ci peut recevoir du climat, nous n'envisageons maintenant que les rapports directs de la météorologie avec les maladies.
Les conséquences du froid durable, tel qu'il se présente dans les climats froids ou dans la saison froide des pays tempérés, passent pour êti^e des inllammations aiguës, particulièrement des membranes muqueuses et séreuses. Que cet effet dépende de la nature de l'excitant ou des dispositions de l'économie, ne cherchons pas à en approfondir outre mesure le mécanisme pathogénique. Bornons-nous à reconnaître qu'en France un certain nombre de maladies inflammatoires sont effectivement plus nombreuses ou plus graves dans la saison froide qu'en été, dans nos climats continentaux (excessifs) que sous noti'e climat maritime, dans le Nord que dans le Midi, sur les hauteurs que dans la plaine; toutes conditions homologues.
Les moins contestables de ces inflammations à frigore sont les affections des organes respiratoires. Nous allons essayer d'apprécier la l'igueur et le sens des rapports de ces maladies avec les qualités climatiques du milieu.
Bronchites aiguës. La bronchite est une maladie si commune en France qu'elle y est banale. Et cependant, il est certain que l'on soustrait encore de son dossier un grand nombre de cas, traités de grippe ou même de coqueluche, en raison d'une accentuation un peu prononcée des phénomènes fébriles, ou de . l'intervention sans spécificité d'un élément spasmodique, bien que la spécificité soit le propre de la coqueluche, et bien que l'on voie assez rarement, de nos jours, ces épidémies véritables de grippe, avec leur rapidité et leur immensité d'extension, circonstances qui leur avaient tout de suite assuré une place nettement définie dans le cadre épidémiologique.
Elle relève aussi bien du froid lui-même que des oscillations brusques de la température. Hirsch ajoute encore l'humidité au fi'oid et l'influence la plus positive serait même celle de l'humidité relative. 11 semble digne de remarque, dit-il, que ces maladies (bronchite et catarrhe pulmonaire) soient propres aux époques de l'année oij la température moyenne et le point de rosée se rapprochent le plus l'un de l'autre. Cette formule s'adapte bien d'ailleurs à la patholoffie des hauteurs, où la bronchite est très-fréquente et où il pleut beaucoup, précisément à cause de la précipitation par refroidissement des vapeurs océaniques. {[ nous a semblé, sans avoir recueilli de chiffres à cet égard, que les bronchites, effectivement assez rares tant que les journées d'hiver se maintenaient au froid sec, éclataient en nombre indéfini, quelque temps après le dégel. Or, ce que le dégel apporte de changement, c'est surtout la précipitation d'une certaine quantité de vapeurs, puisque la température est encore basse, quoique n'étant plus au-dessous de zéro. Nous avions cru aussi qu'à l'irritation causée par le froid humide pouvait bien se joindre celles des émanations ammoniacales et autres des foyers putrides entretenus dans l'habitation et ses abords, et que la gelée avait pendant quelque temps rendus inoffensifs. Mais comment démêler la part de chaque espèce d'irritants?
La bronchite a été signalée pour sa fréquence dans la haute Auvergne (Brieude, îiist. delà Société de méd., t. V), dans les vallées du Jura (Germain, Annales d'hygiène, 1850), dans le Roussillon [bonaîos, Piecueil d'obs. de méd. dellautesierck).
Cette maladie, d'après M. Lombard, a enlevé en trois ans (1855-1857), en France, 28 455 personnes ; ce qui représente les i8,5 millièmes de Ja mortalité DICT. ENC. 4* s. V. 43
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totale. Si l'on envisage séparément la mortalité du Nord et celle du Midi, les décès par bronchite dans les départements du Nord sont de 49,5 pour 1000 décès généraux, et seulement de 32,2 pour 1000 dans les départements du Midi. La différence de gravité est donc d'un tiers. Il ne faudrait pas immédiatement en «endure à la différence de fréquence.
A Paris, où il y a, année moyenne, 4400 bronchites traitées dans les hôpitaux civils, la mortalité est de 205 décès, soit 4,60 pour 100 cas. Ce chiffre est assurément plus élevé que celui de la mortalité par bronchite dans l'ensemble de la popiilation, puisqu'il ne vient à l'hôpital que les bronchites graves et celles des pauvres. Dans tous les cas, la bronchite vient au second rang, par ordre de fréquence, des maladies traitées dans les hôpitaux de Paris; elle fournit deux fois plus de malades que la pneumonie et presque trois fois autant que la pleurésie.
La bronchite simple, très-fréquente dans l'armée, y « tue rarement » (Laveran). 11 serait pourtant curieux de savoir dans quelle proportion et quelle est la part de cette affection- dans les journées de traitement. Malheureusement, la statistique englobe sous une même rubrique les « affections de l'appareil respiratoire ». Nous serons aussi forcé de les envisager d'ensemble, quoique toutes ne soient pas, comme le prétend Ely, par tradition sans doute, « soumises aux mêmes influences. »
Voici la répartition des décès par bronchite, dans les hôpitaux de Paris, su r les divers mois et saisons : moyenne de 7 années (Besnier) :
Janvier. . . .
Février. . . .
Mars
Avril. . . . .
Mai
Juin
2" Trimestre .
Juillet ....
.\oût
Septembre . .
5° Trimestre .
Octobre . . .
Novembre . .
Décembre. . .
4' Trimestre .
1" TlUMESTRE .
Il est impossible de ne pas voir, dans la disposition de ces chiffres, la traduction des influences saisonnières. Le fait est encore plus saillant si, au lieu de cette fragmentation à limites indécises de l'année en saison, on oppose les six mois froids, novembre-avril, aux six mois tempérés ou chauds, mai-octobre. 11 y a 116 décès d'un côté contre 74 de l'autre.
Remarquons toutefois que la bronchite semble ne disparaître à aucun moment de l'année. Bien plus, on a signalé à Paris et ailleurs des grippes d'été, c'est-à-dire des bronchites pénibles et remarquablement nombreuses pour l'époque.
Bronchite capillaire [catharre suffocant). Un certain nombre des affections thoraciques de la saison froide, particulièrement mortelles aux enfants et aux soldats, revêtent la forme grave, aussi bien caractérisée par les lésions anatomiques que par la symptomatologie, que les auteurs ont décrite sous le nom de bronchite capillaire (De la Bei^ge, in Compendium de méd. — Rilliet et Barthez, 1858-1841. — Foucart, 1842. — Legendre et Bailly, Archiv. gén. de méd. 1844, etc.).
Cette maladie tire une importance incontestable, au point de vue actuel, de ce fait qu'elle a paru sévir parfois sous la forme épidémique, affectant des groupes nettement limités, et qu'elle a réellement, dans des cas de ce genre, été qualifiée d'épidémie. M. A. Laveran n'hésite pas à reconnaître à quelques-unes de ces manifestations une origine absolument spécifique : « L'influence épidé-
FRANGE (pathologie). 755
miqne qui a provoqué l'épidémie de Nantes (dont nous allons faire mention) •était tout simplement la rougeole. »
Il n'est pas illégitime de qualifier d'épidémie une maladie quelconque, qui se distingue à un moment donné par le nombre des cas, relevant tous d'une même cause générale, lors même que celle-ci ne serait ni un miasme, ni un virus. Nous acceptons donc les « épidémies » de bronchite capillaire, et nous ne contestons pas d'ailleurs les « rougeoles frustes ». Mais, au point de vue où se place M. A. Laveran, c'est souvent l'épidémie elle-même qui est fruste; circonstance assez extraordinaire et que l'on n'entrevoit qu'à l'aide d'hypothèses assez hardies. Un fait est constant ; c'est que les bronchites capillaires sont toujours entourées d'une foule de bronchites simples et qu'elles sont, comme celles-ci, étroitement liées à la saison froide et aux pays froids ou tempérés ; tandis qne la rougeole, en sa qualité de virulente, en est essentiellement indépendante et ne s'y rattache qu'indirectement {voy. plus haut : Rougeole et scarlatine). 11 suffit bien que l'irritant ait atteint un haut degré de puissance, ou ait rencontré des économies plus impressionnables (enfants, soldats), pour que l'on s'explique la fréquence et la gravité plus grandes de ses coups , dns certains hivers. L'anatomie pathologique, du reste, n'accuse pas autre chose qu'une inflammation locale et des désordres mécaniques, pour ainsi dire, conséquences nécessaires du rôle des surfaces lésées.
L'épidémicité, disons plus, la spéciiicité de la bronchite capillaire tend à s'établir comme une tradition en épidémiologie militaire. II est peut-être utile d'enrayer cette tendance, qui n'a pas toutes les apparences de légitimité. Les dates que l'on va trouver ci-dessous, dans l'énumération des épidémies de bronchite capillaire, montreront que cette forme a des droits particuliers à rester rangée parmi les maladies banales de la saison froide.
Épidémie sur la garnison de Nantes, en novembre et décembre 1840 et janvier 1841 (Mahot, Bonamy, Marcé et Malherbe, Relation d'une épidémie de bronchite capillaire observée à l'Hôtel-Dieu de Nantes, in Archiv. cjén. de méd., 1845). Hiver très-froid ; beaucoup de rougeoles, mais aussi beaucoup de bronchites simples.
Épidémie de Metz ; 1840; hiver: mêmes coïncidences morbides (L. Laveran, Rech. sur les causes de mortalité de Varmée servant à l'intérieur, m Annales d'hygiène, 1860).
Épidémie de Lyon, 1840, dans le même hiver et avec les mêmes co'incidences, racontée par M. Armand, sous le nom d'une des lésions consécutives : Concrétions poly pi for mes du cœur développées pendant la vie (Mémoire reproduit in Traité de climatologie gén. du globe. Paris, 1875 ; du même).
Épidémie de Saint-Omer, en janvier 18il, par un hiver très-rigoureux (J. Périer, Étude complémentaire des observations du docteur Pringte sur les maladies des armées. Paris, 1865). L'auteur repousse l'hypothèse de la rougeole fruste et rapproche le catarrhe suffocant de la fièvre typhoïde, sans en affirmer la spécificité.
Épidémie de Paris, en novembre 1841, sous l'influence d'un froid vif: constitution catarrhale riche en bronchites et en flux abdominaux (J. Périer, ib'id.).
Épidémie des camps de Boulogne, 1854-1856 ; temps humide et froid (J. Périer, Hist. médic. du camp de Boulogne, 1854-1856, in Rec. de méd. milit. 1856).
Qu'on nous permette d'ajouter une observation africaine : l'épidémie de
75a FRANCE (pathologie).
Milianah, 1864-1865, décrite par M. Widal [Études sur diverses épidémies et particulièrement sur une épidémie de catarrhe suffocant, qui ont régné exclusivement dans la garnison de Milianah (Algérie), in Rec. de mém. de méd. milit. 1866). Il y avait aussi d'autres affections thoraciques et des rou"-eoles, par « un hiver des plus rigoureux pour le climat, et comme de mémoire d'homme on n'en avait vu à Milianah. » La rougeole, qui régnait aussi dans la population civile, n'y faisait pas de bronchites capillaires; chez les soldats, elle a paru à l'auteur une simple prédisposition, ou une préparation anatomique, puisque le catarrhe suffocant n'est généralement survenu que 8 à 10 jours après le début de l'éruption, et alors que celle-ci avait complètement disparu. C'est évidemment une maladie surajoutée à la rougeole et, par suite, distincte de celle-ci; on ne comprend pas que M. A. Laveran invoque ces faits pour sa théorie, qui comporte une substitution de la bronchite à la rougeole.
Par ailleurs, il est difficile de négliger cette sorte d'aptitude spéciale des soldats, c'est-à-dire d'hommes jeunes, vivant en groupes, que M. Widal met surtout en lumière. Ces circonstances ne sont pas nécessaires à la l'ou^eole puisque la population civile, qui souffre de celle-ci, réuni tous les âges ; mais elles sont merveilleusement propres à déprimer banalement les économies et à j-endre graves des bronchites qui eussent été bénignes sur des sujets mieux armés de réactivité.
C'est pour cela aussi, pensons-nous, que le froid hiver du siège de Paris 1870-71, provoqua chez les gardes-mobiles un certain nombre de catarrhes suffocants, mêlés et associés parfois à la rougeole, ce qui est tout simple [voy. Brouardel, Les maladies pendant les sièges de Paris et de Meti, in Revue des cours scientifiques, 1872).
Pneumonie. Si la pneumonie montre quelques préférences climatiques, ces préférences semblent bien s'adresser aux climats tempérés et particulièrement à ceux qui sont soumis aux variations météorologiques brusques, plutôt qu'aux climats marqués par la prédominance décisive du froid (régions polaires) ou de la chaleur (Sénégal, Egypte, Martinique, etc.). A ce titre, la plus grande partie de notre territoire est apte à la pneumonie et, de fait, « la France est un des pays dans lesquels la pneumonie fait le plus de victimes. » (Grisolle.)
Parallèlement à la façon dont elle se comporte vis-à-vis des climats, la pneumonie ne répugne à aucune saison. Nous la plaçons parmi les maladies de la saison froide, beaucoup pour nous conformer à l'habitude, un peu parce que nous ne saurions où la mettre plus logiquement; au fond, si le froid n'en est pas une cause démontrée, les refroidissements jouent un rôle étiologique parfois manifeste. Dans tous les cas, le bilan funèbre de \à pneumonie grossit chaque année, à l'époque des froids, par les ravages qu'elle fait chez les enfants et surtout chez les vieillards, sous forme de broncho-pneumonie ; ici, l'influence de l'irritant climatique, au moins au point de départ, est incontestable; de plus, il est certain que la rigueur de la saison rend la maladie plus grave chez les faibles et chez ceux qui sont débilités par l'âge, la misère, l'alcoolisme, les excès de tout genre.
La France, pour la fréquence de la pneumonie, tiendrait le milieu entre la Belgique, l'Angleterre, qui en ont moins, et l'Italie, qui en a davantage. Mais, à l'exemple de Crisolle, qui montrait à l'égard des statistiques une défiance extrême, il est bon de ne pas s'en rapporter dès aujourd'hui aux apparences et de ne pas établir de formules sur des renseignements encore trop isolés
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et incomplets {voy. Grisolle, Traité de la pneumonie; 2« éd. Paris, 1864. — A. Ilirsch, loc. cit., t. II).
Les statistiques officielles, civiles ou militaires, ont l'habitude fâcheuse d'englober sous un seul titre toutes les affections des organes respiratoires ; il est donc impossible de faire la part de l'une d'entre elles.
Dans les hôpitaux de Paris, la pneumonie vient au quatrième rang par ordre de fiéquence, et au deuxième pour la gravité. Le mouvement moyen est de 2070 malades (à l'époque de Grisolle, il n'allait pas à 1500), fournissant 684 décès, soit 35,04 pour 100 malades. Voici la répartition de ces décès par mois et par trimestre; nous nous sommes servi des documents de M. Besnier, en modifiant les dispositions des tableaux.