‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.41Chapitre 141 sur 163 · ÉPIDÉMIES · texte numérisé non relu

ÉPIDÉMIES

Seine-et-Oise 10

Haute-Saône, Côte-d'Or, Morbihan 9

Cliareiite-Inforieuro, Nièvre, Ille-et-Vilaine 8

Finistère, Sarthe, Meurthe o

Somme, Côles-du-Nord 6

Cantal, Dordogne, Doubs, Deiix-Sèvros, Meuse, Seine-et- Marne, Marne, Loire, Haute-Vienne, Haut-Rbin ... A Ariége, Allier, Drôme,Gers, Indre-et-Loire, Loir-et-Cher, Loire-Inférieure, Haute-Marne, Maine-et-Loire, Eureet-Loir, Vienne, Tarn, Vosges 3

Moselle, Lot-el-Garonne, Puy-de-Dôme, Pas-de-Calais,

Aisne, .\ube, Loiret, Lozère 2

Aveyron, Jura, Loire, Haute-Loire, Ardèche, Manche, Vendée, Nord 1

Ces épidémies ont donc sévi sur 5i départements, sans qu'on puisse assurer qu'il n'y en ait pas eu davantage. Les départements élevés et secs des Alpes et des Pyrénées ont été respectés. Ces épidémies ont débuté 16 fois au mois d'août, 17 fois en septembre, 6 fois en octobre, 3 fois en juillet et en novembre.

Les causes alléguées ont été à peu près p;irtoul les mêmes : Tusage de mauvaises eaux, l'abus des boissons froides durant les chaleurs, le voisinage d'eaux sales et stagnantes, les refroidissements brusques, l'air humide. Personne, y compris le rapporteur, ne paraît frappé que la plus grande fréquence des épidémies se présente en août et en septembre, c'est-à-dire au moment où les économies, surchauffées et alanguies par les chaleurs de l'été, sont plus sensibles aux abaissements, même faibles, de la température, qui soni, au surplus, la climatérie normale dans nos pays. En Afrique (Algérie), c'est octobre et novembre qui sont les mois favorisés par la dysenterie, pour des raisons identiques.

« La communication de la dysenterie, dit M. B/iquet, a été constatée de la manière la plus évidente. L'importation s'est manifestée plusieurs fois ; ainsi, un malade atteint de dysenterie arrive dans sa famille, et en peu de temps tous les membres de cette famille sont atteints ; dans quelques cas, la maladie s'était étendue dans le voisinage des premiers malades, et de là dans toute la commune. Dans un village, elle s'est exclusivement bornée aux habitants d'une rue. » Cette dernière circonstance, au moins, implique tout autant l'infection que la conta-

FRANCE (pathologie). 769

gion. S'il fallait absolument admettre la spéficité de la dysenterie, ce que nous ne pensons pas utile, on la rangerait dans la classe des infectieuses, à côté de la fièvre typhoïde, du typhus, de la fièvre jaune et peut-être du cholérj. Sans être plus contagieuse que la fièvre typhoïde (qui ne l'est pas), elle naîtrait, comme celle-ci, de foyers auxquels les malades ne fournissent que les éléments d'infection dont ils disposent; dans ces éléments pourrait se trouver le principe infectieux, non régénéré par l'organisme, mais capable de se multiplier, extérieurement au malade, au sein de la putridité ordinaire. Le fait est, nous le répétons, qu'en Algérie, ni ailleurs, nous n'avons jamais vu de cas intérieur de dysenterie. Dutroulau et Haspel, imaginant un miasme dysentérique, voisin du miasme de la malaria ou même identique à celui-ci, affirmaient par là même la non-contagion de la dysenterie et se rattachaient à cette théorie générale de sa nature infectieuse, qui serait plus conforme aux faits, mais que nous n'acceptons pas davantage.

Nous ne l'acceptons pas, parce que l'on voit incessamment et partout des cas sporadiques de dysenterie ; parce que la distinction que quelques clinici ■ns ou épidéniiologistes voudraient établir entre la dysenterie sporadique etla dysenterie épidémique est tout à f,iit artificielle et condamnée par l'anatomie pathologique moderne, parfaitement renseignée ; parce qu'enfin la gravité et la malignité de la dysenterie sont exactement proportionnées à la profondeur des lésions, cellesci étant elles-mêmes en rapport avec l'intensité d'action des agents étiologiques, de la chaleur çurtout, sans oublier, bien entendu, la part qui reste aux dispositions propres de l'économie.

La différence des conditions du sol, dans les départemenls français le plus souvent atteints de dysenterie, repousse suffisamment l'idée d'un miasme tellurique. Qu'y a-t-il de commun, sous ce rapport, entre le Morbihan, la Côte-d'or, la llaute-Saône et Seine-el-Oise? Si les départements bretons ont paru entretenir le mal avec une sorte d'affinité particulière, il est vraisemblable que les vices d'hygiène alimentaire, les habitudes de malpropreté intérieure et extérieure, ont eu plus d'importance que le sol granitique de la contrée. Ce sont des causes préparantes, merveilleusement appropriées.

La dysenterie compte moyennement 172 cas annuels dans les hôpitaux de Paris, fournissant 19 décès; mais il y a une grande inégalité d'une année à l'autre ; en 1869, on reçoit 126malades; en 1872, 301. Ce sont les mois d'août de septembre et d'octobre qui ont les chiffres les plus élevés. La répartition, non plus que le nombre des cas, n'implique à aucun moment une épidémie véritable.

Cette alfection ne saurait, non plus, être regardée comme une endémie française ; ses manifestations, sporadiques ou épidémiques, n'ont rien de réguHer et ' ne se relient pas entre elles. Les points du territoire, signalés autrefois comme plus particulièrement soumis au règne de la dysenterie, ne paraissent pas avoir gardé ce fâcheux privilège. Ces points étaient :

Valence d'Agen (Guyon, in Joiirn. de méd. de Toulouse, juin,' 1844). Toulon (Cai'ihonye, Recueil d'obs. des h<g)ii. milit., I, 152). Marseille (Raymond, Hisl. de la Soc. de méd. de Paris, IIJ. La Loiraine (Jadelot et Didelol, ihid., t. ! et II).

Roclie-Blanche [Puy-de-Dôrae] (Peghoux, Journ. génér. de méd., t. XXXIX). La Sologne (Boullet, in Annales d'hygiène, 1858, n" 57).

Veisailles [l'armée] (Périer, in Journ. de méd. de Beau, 1845. — Masselol et Follet, in Arcli. génér. de méd., avril et mai 1845).

L'importance des causes générales dans la genèse de la dysenterie, lui a pei-

DICT, ENC. 4° S., V. 49

770 FRANCE (pathologie).

mis de simuler en quelque sorte les allures épidémiques des maladies spécifiquesvraies, infectieuses ou contagieuses ; elle semble avoir la puissance d'expansion dans l'espace et dans le temps. Cette considération fournit à Hirsch la base d'une sorte de classement des épidémies dysentériques.

Tantôt la maladie envahit, successivement ou simultanément, une série de localités de toute une l'égion, s'étendant en surface dans une direction linéaire, plus rarement d'une façon rayonnante. Sa propagation, toutefois, est généralement irrégulière et capricieuse ; telles villes sont frappées, telles autres épargnées, qui cependant se trouvaient aussi sur son chemin. A ce mode se rattachent les épidémies suivantes, en France :

16'23. Lorraine. Le Pois {Discowa de la nature des maladies populaires, etc. Pont-

à-3Iousson, ll>23j. 1773. Boi'ds de la Vengenne. Chamboii de Moiilaiix {Traité de la fièvre maligne, etc.

Paris, 1787, IV, 278).

1775. Channpsur (Dauphiné). Villar {Ilist. de la Soc. de méd., II, mcm. 152). 1777. Province de Bigorre. Delourde (in Joiirn. de méd., XLIX, 222). 1815. Départemonts de la Mayenne et de l'Yonne. Lcmercier, Pioche (in Fodéré,

Leçons, 11).

1825. Maine-et-Loire. Lacheze {Bull, des se. méd., XI, 207).

1826. Finistère. Montagnier (Jûin-H. génér. de méd., XCIX, 9û). 1828. Loiret. Lanoi.\ (lievi/e méd., 1829, IV).

1830. Canlon de Mornant. Monin (Joiirn. clin, des hûp. de Lyon, octobre 1850).

1840. Arrondissement de Loudun. Mondière {Rev. méd., avril 1842).

1811. Arrondissement de Metz. Bastien (Soc. des se. méd. du départ, de la Moselle,

ISol. Département de l'Aisne. Corlieu (Gaz. des hôp., 1852, 467).

D'autres fois, la dysenterie occupe brusquement ou par envahissement progressif une grande étendue de pays et, fréquemment, y détermine des manifestations épidémiques pendant plusieurs antices consécutives, llirsch fait remarquer que ces circonstances se sont reproduites plus souvent au siècle dernier que dans le nôtre. Cependant, nous venons de voir que, de 1858 à 1868, c'était encore le cas pour nos départements bretons. En 1750, nos provinces du Nord subissaient cette grande extension en surface de l'épidémie dysentérique (Desmileville, Rec. (Vobs. de méd. I, 180, — Larsé, Marteau; Jour, de méd. LXYUl et XVllI).

Enfin, la France prit sa part des expansions à peu près pandémiques de k' dysenterie sur l'Europe entière en 1538 (Fernel,De abdit. rerumCausis, lib. 11, cap. 13. Francfort, 1581); de 1779 à 1783 (Caille, Durand, Hist. de la soc. de méd. III et IV. — Vétillard, Hist. de la malad. dysentériq. Paris, 1779); de 1854 à 1836 (Guéretin in Arch. gén. de méd. 1835 ; — Thomas ibid. 1855, avril; — Verger et Chauvin in Revue méd. 1855 et 1857 ; — Agnès in Rec. de mém. de méd. milit. XL, 520. — Gély in Gazett. méd. de Paris, 1859; — Maréchal in Soc. des se. méd. du dépt. de la Moselle, 1831-1858 ; ~ Bessières • in Soc. de méd. de Toulouse, 1855). L'explosion de 18-46-1848, sur le reste de l'Europe, lui est au contraire restée presque inconnue. A vrai dire, il ressort de l'exposé de Hirsch que la dysenterie, dans cette dernière époque, s'associa au typhus exantématique, dont notre pays resta indemne. Nous avons dit ailleurs les rapports du typhus avec la dysenterie ; ils n'ont rien de spécifique et la nature du premier ne prouve rien pour celle de la seconde. La dysenterie est un Irait d'union banal entre la famine et le typhus. La faim elle-même, par les tentatives extraordinaires et sordides d'alimentation auxquelles elle provoque, est une cause directe de dysenterie, les vicissitudes atoiosphériques faisant le reste.

FRANGE (pathologie). 771

Cette sorte de pandémicité de la dysenterie ne démontre pas plus la nature infectieuse ou contagieuse du mal. 11 n'y a rien d'étonnant à ce quo la plus grande partie de l'Europe subisse dans la même année les mêmes épreuves de la part des intempéries atmosphériques, desquelles dépend la réussite des récoltes et l'abondance du pain, et de la part des influences climatiques d'oij procédera la lésion intestinale sur des économies convenablement préparées.

Affections hépatiques et biliaires. Le foie est « le poumon des pays chauds.» Toutes proportions gardées, il est aussi le poumon de la saison chaude des pays tempérés, c'est-à-dire qu'il s'hypérémie normalement d'une façon passagères sous l'influence de la chaleur et qu'il expulse, sous formede bile, en plus grande abondance que de coutume, les matériaux hydro-carbonés que le poumon évite de brûler.

En France, on le conçoit de reste, les choses ne vont pas jusqu'à l'inflammation, jusqu'à l'hépatite suppurative. 11 n'y a pas d'occasion de voir, sur notre sol, entre la dysenterie et l'hépatite, ce rapport que l'on constate dans les pays chauds ; rapport dont la constance a, d'ailleurs, été exagérée et que l'on n'interprète pas, selon nous, de la meilleure manière. Nous pensons, en effet, qu'il est de simultanéité et non de filiation ; l'hépatite ne procède pas de la dysenterie, mais la même cause provoque l'une et l'antre.

Avec ou sans dysenterie, l'hépatite se terminant par abcès du foie, en dehors de la métastase, est extrêmement rare en France, à moins qu'on ne l'apporte d'Afrique ou de l'Inde. Elle n'est pas inouïe, toutefois (Broussais, Andral, Gruveilhier, Frerichs) ; nous-même avons communiqué à la Société de médecine de Lille l'observation d'un cas qui, sauf l'origine, ressemblait exactement aux ajjcès hépatiques d'Algérie (F. Bull, médical du Nord, 1877, n°ll). Mais ces accidents n'accentuent nullement les traits de la pathologie française. Envisageons des circonstances d'une réalisation plus commune.

Elément bilieux dans les maladies de l'été. Le fait général de l'hypersécrétion biliaire pendant les chaleurs se retrouve naturellement dans les maladies de la saison, tantôt comme élément morbide prédominant, tantôt comme élément associé. 11 est probable que les théoriciens exagèrent un peu son rôle en le représentant comme le dominateur essentiel de la scène morbide ; il se pourrait que les manifestations bilieuses fussent tout simplement le résultat de la mise à im de la biliosité normale de la saison par l'intervention d'une maladie quelconque, &yaut sa constitution propre. Dans l'état de santé, on ne voit pas la biliosité, parce que l'excrétion et l'emploi de la bile équilibrent sa séci étion ; un catarrhe gastrique, intestinal, angéiocholéique, survient-il, la dépense est troublée pendant que l'apport continue encore quelque temps ; c'est ainsi que la biliosité se révèle. Il est possible que la diffusion biliaire ajoute quelque chose à la gravité d'une maladie locale ou générale ; assez souvent il n'en est rien. Ce phénozuène surajouté n'en frappe pas moins le vulgaire, il ne saurait en être autrement, et, depuis Stoll, il a préoccupé un grand nombre de cliniciens ou pathologistes purs.

Fièvres bilieuses simples. La maladie à laquelle la biliosité se joint comme par la force des choses, c'est la fièvre simple, la fièvre climatique, qui a la même origine que riiypérémie estivale du foie. Quand les conditions climatiques, d'où elles procèdent l'une et l'autre, sont à un certain degré d'accentuation, on voit apparaître des formes d'allures un peu plus sévères que la synoque, auxquelles on a donné le nom de fièvres bilieuses.

772 FRANCE (pathologie).

Le cadre de ces fièvres bilieuses est, du reste, fort vague. Elles confinent, à la faveur de la biliosilé même, à des affections beaucoup moins simples, quelquefois d'origine spécifique. On ne fait bien la démarcation qu'à l'aide d'une étude attentive de l'étiologie.

Si l'on sépare absolument de ces fièvres climatiques 1° le typhus à rechutes, que Monneret réunissait aux lièvres bilieuses, 2° la fièvre bilieuse palustre, ou encore rémittente bilieuse, il restera deux formes, qui évidemment n'en font qu'une, savoir :

a. la fièvre bilieuse des pays chauds, ou rémittente non palustre,

b. la fièvre bilieuse rémittente nostras.

Nous disons que ces deux dernières n'en font qu'une. En effet, étant éliminés le miasme palustre et le principe typbique, il ne reste pour cause des deux dernières fièvres bilieuses que l'agent climatique, la cbaleur ; et, pour l'étiologie, ce n'est pins qu'une question de degré, de même que, pour la symptomatologie, la fièvre bilieuse des pays chauds n'est autre que l'expression la plus complète de la fièvre bilieuse nostras, ou des pays tempérés. Cela est si vrai que la fièvre bilieuse nostras est fort rare sous la latitude de Paris, tandis qu'ello est familière aux médecins de Montpellier. Bien plus, dans notre Midi, on l'appelle fièvre méditerranéenne, ce qui emporte l'assimilation que nous indiquons ici, puisque de Gibraltar à Malte et aux îles Ioniennes, des côtes de France et d'Espagne à celles d'Algérie, c'est toujours la Méditerranée. Pourquoi faire une différence entre la fièvre du bord africain et celle du bord français, due au même soleil? Dans la réalité des choses, il n'y a aucune différence dénature, mais des nuances de |iodalité.

La fièvre bilieuse vraie, celle qui n'est ni palustre, ni typhique, existe en France; elle est même assez commune dans notre Midi et on la retrouverait dans la description de Fuster {Clinique) des affections de l'été, si cet auteur ne supprimait de parti pris la fièvre typhoïde, qui, dès lors, se trouve nécessairement confondue sous sa plume avec les maladies saisonnières. Elle existe même dans notre zone septentrionale et, à son état de plus grande simplicité, sous la forme sporadique ; mais, ç-i et là, dans des conditions connexes qui s'élèvent à une importance au moins égale à celle de l'influence climatique, on en voit éclater des épidémies à physionomie très-accentuée, complexe d'ailleurs et d'une analyse assez délicate.

Fièvre bilieuse épidémique en France. Les exemples les plus achevés et les plus éclatants de cette forme sont les deux épidémies observées en 1865 dans l'armée de Paris, la première, en mai et juin, sur les troupes casernées à S;iinl- Cloud, dont les malades furent traités au Gros-Caillou (Worms, Rapport sur la maladie qui a régné pendant le mois de mai 1865 sur les troupes casernées à Saint-Cloud, in Rec. de mém. de méd milit. 1865, III* série, t. XIV) ; la seconde, sur un régiment de Paris (L. Laveran, Relation d'une petite épidémie de fièvre rémittente bilieuse qui s'est déclarée à la caserne de Lourcine pendant les mois de juillet et d'août 1865. In Rec. de mém. de méd. militaire, 1865, 5^ série, t. XVI).

Mais, pour quiconque n'est pas décidé à priori à introduire dans l'étiologie une simplicité qui n'y est pas et qui ne correspondrait plus avec la physionomie des affections, il est impossible de ne pas voir que des éléments nouveaux, d'extrême importance, se sont ajoutés à l'influence climatique d ans la genèse de ces épidémies. Celles-ci sont apparues, soit au début des chaleurs (mai), soit dans

FRANCE (pathologie). 773

les mois les plus chauds de l'année (juillet-août) ; mais elles ont été alimentées exclusivement par des groupes militaires, c'est-à-dire imprégnés de l'atmosphère de la vie en commun, dans des locaux loin d'être irréprochables. Les soldats, sans doute, sont forcés, pour les exercices, de supporter pendant plusieurs heures la chaleur du jour, d'être exposés aux rayons du soleil ; mais que d'ouvriers des champs et d'autres subissent la même influence sans en rapporter de fièvre bilieuse à physionomie inquiétante ! Ce qui est spécial aux soldats, dans ce cas, c'est l'imprégnation par l'atmosphère animalisée des habit;itions. iN'y aurait-il pas eu là un miasme, une infection véritable? Nos fièvres bilieuses toucheraient donc encore par ce côté à la fièvre jaune, maladie infectieuse, dont le miasme plutôt humain que tellurique exige cependant, pour manifester son activité, une haute températui-e, une moyenne thermique annuelle d'au moins 20 degrés. Slous verrons tout à l'heure que des formes, plus accentuées encore et accusant davantage la nature infectieuse, ont légitimement reçu le nom de fièvre jaune nostras : natura non facit saltus.

Les maladies de Lourcine et de Saint-Cloud ont été visiblement des fièvi-es. Chaque cas avait une période d'invasion, une d'état, une de décroissance ; il y avait des frissons répétés et des courbatures douloureuses, dans la première; la fièvre, marquée par l'accélération du pouls et une élévation modérée de la température, avait des exacerbations vespérales. A la fin de la période fébrile, qui durait de quatre à huit jours, le pouls tombait à des chiffres très-bas, comme dans les typhus et dans la plupart des affections où la dispersion biliaire dans le sang constitue un élément notable.

A la fin de la période fébrile, presque tous les malades ayant eu des vomissements bilieux et éprouvé une inappétence complète, apparaissaient des hémorrhagies, épistaxis, hématurie, pétéchies, puis, dans la moitié des cas (Laveian), ictère plus ou moins grave, d'une durée toujours assez longue.

Ce qui caractérise encore ces accideuts et reporte l'esprit à leur nature banale et à leur oi igine climatique, c'est que, malgré les apparences graves, masque d'emprunt, dû selon nous à une influence miasmatique, qui pourtant n'entrait pas dans l'essence de l'affection, les malades n'en moururent pas, sauf un, chez qui l'on trouva en outre des tubercules et même des cavernes.

Dans les deux cas, à Paris et à Sainl-Cloud, les observateurs mirent en cause la mauvaise quahté de l'eau à l'usage des soUUits. Cette influence ne suffirait pas à expliquer la physionomie de ces petites épidémies ; mais il s'ajoute bien à l'élément climatique, comme l'exprime d'ailleurs M. L. Laveran lui-même, et agit dans le même sens, au point de vue du trouble gastro-hépatique. Hors de 15, il ne semble devoir être pour rien dans les dehors de spécificité que ces affections ont revêtus. Plus tard, M. Alph. Lavei'an a émis l'hypothèse d'une intoxication phosphorique, dont les agents seraient les rats, empoisonnés par la pâte phosphorée et qui seraient tombés dans les réservoirs d'eau des casernes. Cetle supposition, dont il n'était pas absolument besoin, n'est pas tout à fait en rapport avec les symptômes et la bénignité des affections dont il vient d'être parlé.

Ictère liémorrhagique grave. Quand on envisage dans leur ensemble les maladies bilieuses essentielles, ou mieux primitives, on est frappé de leur diversité de type, mais aussi de la difficulté que l'on éprouve à en établir théoriquement les formes distinctes. Il y a entre elles une véritable hiérarchie ; mais, d'un degré à l'autre, la transition est peu sensible ; les formes intermédiaires pour, raient elles-mêmes passer pour n'être que des transitions entre les extrêmes.

774 FRAiNCE (pathologie).

Elles iormeiit un tout, dont les parties sont nuancées de la façon la plus diverse.

Cet aspect révèle la nature de leur cause et sa complexité ordinaire. Celte cause ne saurait être un agent spécifique, au moins agissant seul ou d'une façon dominatrice, comme les virus. C'est bien plutôt une influence exiérieuie, d'intensité variable et dosable, en quelque sorte, comme celle des agents météorologi(iues. Mais une telle influence, précisément parce qu'elle est banale, s'associe sans difficulté et se combine avec un élément infectieux. Tel est le cas de la fièvre jaune ; tel paraît être le cas de ces formes redoutables de nos fièvres bilieuses que l'on appelle plus particulièrement Ictère grave.

Encore une fois, nous ne voulons pas faire l'étiologie plus simple qu'elle n'est et présenter comme certains des rapports qui sont obscurs ou douteux. Mais il nous semble que Monneret et Trousseau s'engageaient dans la meiUeure voie, eu traitant l'ictère grave comme une fièvre et même comme une maladie infectieuse, soumise pourtant dans son apparition, à des conditions météorologiques particulières (V. Trousseau, Clinique méd. de V Hôtel-Dieu, 2^ éd. Paris, 1865, t. III, p. 268 et suiv.).

A la vérité, tous les cas rapportés et qualifiés d'ictères graves ne se ressemblent pas exactement. Mais nous nous défions beaucoup de ceux dans lesquels l'autopsie a révélé l'intégrité du foie et seulement la dégénérescence graisseuse du rein ; le contraire caractérise plutôt l'ictère grave légitime. 11 ne faut pas appeler grave un ictère parce que le malade en meurt ; les observations de M. Vulpian semblent prouver qu'un ictère simple peut devenir mortel (grave pour cette raison, mais non pour la nosologie), si les reins, impressionnés par la nature anormale des substances à éliminer, viennent à être envahis par la dégé-

nérescence graisseuse.

En fin de compte, les altérations anatomiques peuvent varier dans une maladie générale infectieuse, et la caractéristique est ici donnée par la symptomatologie et par le rapport de ces sj^mptômes avec les causes, plutôt que par les lésions. S'il pouvait y avoir des doutes, à cet égard, sur quelques-uns des nombreux cas sporadiques relatés jusqu'aujourd'hui, il n'en serait plus de même des circonstances dans lesquelles l'ictère grave s'est montré en série épidéniique, comme dans la maladie de la prison de Gaillon, (1859) décrite par M. CarviIle(De l'ictère grave e'pidémiqtie ; in Archiv. gén. de méd. 1864), et comme dans celle que nous avons observée récemment (1877) sur les militaires occupant la caserne Saint -André, à Lille (J. Arnould, Me'm. Sîir une série de cas d'ictère grave; in Recueil de niém. de méd. milit. 1878. 5^ série, t. XXXIV).

Les circonstances les plus importantes de l'étiologie et qui se rapprochent le plus, dans ces deux épidémies, sont : 1° la nature du milieu qui devint foyer; à Gaillon, une prison; à Lille, une caserne; 2" la saison; à Gaillon, l'épidémie règne de mai à septembre ; à Lille', elle occupe le mois de juin, remarquable cette année-là par une température au-dessus de la moyenne ordinaire du mois (moyenue de juin 1877, 18", 15; moyeune habituelle de juin, 15", 95; d'après M. Y. Meurein). Donc, milieu humain, atmosphère animahsée, peut-être miasmatique, d'une part; de l'autre, saison chaude, température exceptionnellement élevée. Bien que cette association étiologique ne nous donne pas le dernier mot de la genèse de ces épidémies, elle doit être retenue jusqu'à présent et, probablement, servir de point de départ à des recherches ultérieures.

Les symptômes dominants, dans les deux épidémies, ont été l'ictère biliaire

FRANGE (pathologie). ^75

•et les hémorrhagies. Nous pensons, pour ce qui concerne notre série, avoir montré que le pouls et la température étaient véritablement fébriles ; mais on ne saurait nier que les altérations d'organes et les troubles delà constitution du sang n'interviennent de bonne lieure pour modifier les tracés ; ce qui se conçoit, -du reste, étant connue la physiologie pathologique de ces sortes d'affections. ' Dans un cas, nous avons noté des allures rappelant au mieux l'évolution propre des cas mortels de fièvre jaune, et nous avons, avec Monneret, accepté les raisons qui mériteraient à cette forme le nom de fièvre jaune 7io$tras, comme Graves a -qualifié de « fièvre jaune adoucie {mild yellow fever) » des accidents semblables observés à Dublin.

Ictère simple ou catarrhal. D'autres fois, la diffusion biliaire paraît être le seul trouble qui occupe l'économie; c est V ictère bénin, apparemment la plus simple des affections bilieuses. Il suffit, en effet, d'un incident de courte durée,

■ d'une impression rapide, pour provoquer l'ictère. Aussi, le froid peut -il compter dans son étiologie, aussi bien que la chaleur. Cependant, il est démontré que la raison anatomique de sa présence est assez souvent un catarrhe des voies biliaires, d'excrétion ou même de sécrétion. 11 se rattacherait donc, par ce côté positii, soit au catarrhe gastrique aigu, soit à la congestion hépatique, affections plus particulièrement liées à la saison chaude et aux climats chauds.

11 y a comme une sorte d'habitude de rattacher les jaunisses simples à la constitution ca(arrhale; mais nous ne sachions pas que l'on ait fait, à cet ■égard, des statistiques bien rigoureuses. Le fait est que l'ictère simple est de toutes les saisons; seulement, il nous semble que les saisons intermédiaires, printemps et automne, lui sont plus familières; ce qui indiquerait une relation avec les variations météorologiques plutôt qu'avec un élément climatique déterminé.

En relevant pour six années les décès par ictère dans les hôpitaux civils de (Paris, on obtient les chiffres mensuels suivants : janvier, 52; février, 24; mars, 21 ; avril, 22 ; mai, 18 ; juin, 24 ; juillet, 26 ; août, 25 ; septembre, 24 ; octobre, 55; novembre, 16; décembre, 20. D'après un autre tableau de M. E. Besnier, la mortalité étant de 10,39 pour 100 cas, il est facile de calculer le mouvement des malades de cette provenance. 11 en résulterait que l'ictère, familier à tous les mois de Tannée, affecte cependant plus particulièrement janvier et octobre et ménage relativement le mois de mai. Mais nous craignons que l'on n'ait englobé sous la rubrique Ictère des affections fort divergentes, dont quelques-unes beaucoup plus graves que la jaunisse vulgaire.

Influence des climats français sur la marche et la fréquence des maladies. Le climat influence encore certainement les m.aladies qui ne sont ni saisonnières ni climatiques, et crée des nuances pathologiques, soit entre la France et d'autres

■ contrées, soit entre les diverses parties de la France. C'est même, selon nous le côté le plus positif des influences climatiques, qui sont si rarement causes directes et isolées de maladies. Si l'on ne traitait que du climat, comme élément étiologique, il faudrait développer ici le titre que nous venons d'écrire. Mais on a pu remarquer que nous tenions compte des modalités provenant des circonstances climatiques pour toutes les maladies, alors même que la prépondérance radicale d'un autre élément de l'étiologie nous obligeait de les inscrire dans un cadre spécial. Ce serait donc faire double emploi que de reprendre maintenant des considérations que l'on a dià placer ailleurs pour ne pas multiplier indéfiniment les divisions et pour ne pas éparpiller l'attention du lecteur.

FRANCE (pathologie).

•sea 00 ^ -mod

Eh

tu

Cd

•g lU9UJ9Anoj([

•luaraaAnoK

•)uaui3Anojî

•luauiSAnojç

•saoad

•]uaui9Anoj\[

•^^'^__'>i<Z!i'^^~» -^ ^ ■r^^i-' ^ 1^ lo i/i -^ (Zi -^ (X oi o -=* th <ç o — œ to T^ co «o lïi" o r^ o" 5/5 ;n œ »^

Ç0 1ÇOO-"S^O~*t~înO-*0(MOi^05-<*C5tO

OJOtooo-*;.':— 'Ooo-^ooirai-oo iïi^in

1^ (74 co tO T-t ^^ ^H ^H to

00 o — t 1-- lO -r^ 00 — ïi^ Ci -^ co CD o 'î'i co :o r^ lo

J0-*C5OCÛI'5-rH00t^i0i0-*t<îtCir''^'rHT-i-H in ~* (TJ <î( T" T^ >r^

S-1 O ---t lO GC '5-1 C5 — t C:) 1^ -H Ci 00 GO ce 00 -^ '5'1 C5

Ti o o if3 CD ;,o -^ i^ 1:0 co oc -* th --1' o OT iO œ '-0

050iOIO-rHSOC30l^O^Ï/3tOOOlC -thqO l^GCCD

«# l^ (M GO (S-l 10 "^ CO 10 l-^ CO IC -^ Ol r-H tO Oï

■«^c0t-l:^':Dt--00-^^0:)(^OC:'C0'rHCïl0OS^

^r^ Èl^. /Si ^mt v^ mmt

, • oc .

an IC s^

:n':Dco-*ooO'**t^o^^t^^-t^QOTHOi©i Oin

o G^ l^ te (M T-i ^

oooot~8'ian-05 5''0'^ooi— (Nr-TH-*0O'^co^ ocM-^în-^i^Oîn-çHCit^oo — r^T-icjqtcG^os

(NOC-^in-^Ol'5C3t^^-3'->S'«*0'l(M(M<îJ-r^ CD ->» te (N ^ SJ ^

oooo5SQOO-Hicû~*(ïJinîn--<N(?>ooo-* — t^

--" o o o — < 01 ■»)' 00 l^ CD S^ IC ^1 o le CD 5-1 t~ te

tcoioicc:>;': — ^^ccsoie-rN-*i<oooo:n — ii^ oo-^-^f>ïcr'05^oooOiniOmteieiOT^T^G^-rH

SO -^ (^ (^ï -^ -r^ -r^

— '•«5i(^s.-i ii««t^joOîO-— :ooo-»i'THC5ooC3»i snoocfiosa-^os — -*(îiC3;ns^(?i t"

■juatnaAnopT

ç2 00 >e o — ' te le o :e 00 <îJ en :n -? o le -^ CD -• ^G<ir-i-'i':20(5^i0C0 50rer-û0c:>«*Q0 0COO

sn -^ te ^H T-< ^ri

ocDo:>'^-^coo-H''^CDr^cci— "*(>ïoe:e'Tï-^

«î o (îj 30 te o C5 — CD •«1' o s-j 0^ o te ^ (?i

"•O^ CDte-T- T- Tl^ (M

■lU9UI9AnOJ([

oooooœ— icDOOît^— <ooQO-^oecr-H-H(ïio ■^i:--cDCii^CïieGqH*cD— <cDGC — ae^^:e-^te t--"3cçor^ie — i^oocDin-*<MteT<— <-:-■«— •

■^ "^ S^ Ol -r* -r^ •«—

Ed

o. sa

Page 1