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FRANCE (pathologie). 777
Nous terminons ce chapitre par un tableau dont les éléments ont été empruntés à M. E. Besnier et qui reproduit la physionomie, dans les hôpitaux de Paris, de la pathologie influençable par les circonstances climatiques.
IV. Pathologie de la FRA^'CE d'après les influences ethniques. Les Français actuels proviennent, comme on sait, de trois grandes souches ethniques et d'un grand nombre de familles moins importantes, détachées de groupes humains dont la masse nous est restée étrangère. De ces éléments divers, grâce aux croisements, au climat, à la communauté des besoins, des ressources et des habitudes alimentaires, s'est formé un peuple d'une certaine homogénéiié, ayant comme tel ses attributs et ses aptitudes propres, tout en laissant percer, sur tel point particulier et quand on compare les fractions du peuple les unes aux autres, des différences en rapport avec les distinctions d'origine. En d'autres termes, il y a des aptitudes qui distinguent le peuple français des autres peuples et, dans le peuple français lui-même, des aptitudes qui différencient entre eux les groupes fondamentaux, d'origine ethnique distincte.
En principe, ces aptitudes ethniques, considérées soit chez la nation, soit de la nôtre aux voisines, continuent à s'exercer dans le règne pathologique ; mais, en pratique, leur portée est extrêmement limitée. Il est bien rare qu'elles impliquent des immunités absolues ou des dispositions exclusives; tout au plus, peut-on leur rapporter çà et là un degré particulier de fréquence des maladies ou une modalité digne d'intérêt. Si l'on tient compte, en outre, de l'intervention incessante d'autres éléments capables de fournir une grande part dans les attributs que l'on croyait d'abord ethniques, tels que le climat, les habitudes d'hygiène, on reconnaîtra que l'influence de la race est le plus souvent incertaine et, non moins souvent, serait à peu près impuissante, si elle était seule.
A un autre point de vue, l'espèce humaine, qui se montre aux anlhropologistes d'une diversité embarrassante, se retrouve d'une singulière homogénéité vis-àvis de la souffrance. C'est par là surtout que chacun des membres de celte gi*ande famille peut dire avec vérité : Homo sum et ynhil humani à me alieniim piito. Les nègres sont généralement réfractaires à la fièvre jaune ^ le béribéri n'a que peu de prise sur les Européens; ce sont des faits assez bien établis. Mais, hors de là, quand une race humaine, une nationalité surtout, paraît indemne d'une forme morbide, d'une endémie ou d'une épidémie, il faut toujours s'assurer que ce n'est pas une simple question d'acclimatement, d'assuétude à certain miasme, ou encore de manière de vivre, d'hygiène locale^.
Les hygiénistes n'ont jamais pu tirer un grand parti des distinctions de races, sur lesquelles il semble au premier abord que l'on devrait pouvoir asseoir des déductions sérieuses, permettant de déterminer à priori certaines tendances dangereuses, ou au contraire telle ou telle chance de résistance aux causes des maladies. Michel Lévy effleure à peine le sujet [Traité d'hygiène puhl. et
• Cela même est contesté. {Voxj. k Corre, de l'influence de la race dans les maladies infectieuses; in Gazette hebdom., t809, n°» 37 et 38).— 0. Saint-Vel, De l'influence des races et des climats sur le traumatisme; in Gazette hebdom., 1877, n" 17.)
2 Les anthropologistes restés fidèles au vieux dogme de l'unité de l'espèce humaine n'ont pas manqué de noter cette large impartialité des maladies vis-à-vis des représentants de l'humanité, à quelque type qu'ils appartiennent. On peut leur accorder que ce n'est pas sur le terrain pathologique que se rencontrent les dissidences les plus formelles. [Yoij. de Quatrefages, VEspèce humaine, Paris, 1877. — J.-C. Prichard, Histoire naturelle de l'homme; trad. de l'anglais par le docteur Pioulin. Paris, 1843, t. II. )
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priiK, 1857, t. II) et finit par l'abandonner parce que ses réflexions le ramènent toujours aux circonstances multiples qui ont effacé les attributs de races ou qui en ont créé de nouveaux. Le danger est même de prendre ces derniers, absolument acquis, pour des attributs ethniques. C'est ainsi que la stagnation physique et morale de certaines familles restreintes des vallées profondes de nos pays montagneux, la longue nullité de la culture intellectuelle, les mariages sur place et souvent entre consanguins, ont multiplié les goitreux, les ci'étins, les •sourds-muets, tellement que l'on croirait à une race particulière, restée en arrière ou dégénérée. Il n'y a rien de pareil, comme on sait, il n'y a que la création par l'homme d'une haute puissance de la transmission héréditaire; ce sont des attributs qui ne tendent qu'à se peindre, dès que l'on ne fera plus rien pour les entretenir.
Nous ne chercherons pas à édifier pour, le peuple français actuel, sur ces bases si fragiles, un cadre étiologique qui se romprait au premier effort. Au point où nous en sommes de notre étude, on a déjà vu que notre nation jouit d'une trèslarge réceptivité et que ses divers éléments ethniques la partagent sans se distinguer beaucoup les uns des autres, soit par une propension marquée, soit par une répulsion mani teste. Au lieu de faire reposer les nuances saisissables sur des considérations théoriques, nous leur donnerons l'expression qu'elles tiennent de travaux précis, entrepris dans le but même de fixer la portée de l'intluence étiologique des races ; quant au reste, nous laisserons à telle ou telle application particulière de cette vue, d'ailleurs fort légitime, le caractère qu'elle a jusqu'à présent, c'est-à-dire celui d'une thèse discutable.
Naturellement, les dispositions ethniques se révèlent mieux dans les maladies constitutionnelles et organiques que dans les maladies spécifiques. Les hommes sont tous égaux devant les virus et les miasmes; s'ils sont quelquefois protégés, c'est par des conditions extérieures : le climat, l'accoutumance, l'imprégnation à petite dose, une vaccination naturelle ou méthodique. Mais les modalités qui font partie de l'être, les déviations de la nutrition générale ou locale, que l'on appelle plutôt infirmités que maladies, ces attributs fâcheux compatibles jusqu'à un certain point et jusqu'à un certain moment avec l'existence et même avec le travail et la reproduction des familles, sont en rapport plus intime et plus logique avec les qualités originelles et antiques des races, transmises d'âge en âge avec le sang, des pères aux fils. Les miasmes et les virus, agents extérieurs, sont en définitive des accidents. On naît, au contraire, avec des dispositions à la scrofule, à la tuberculose, à telle infériorité organique ou fonctionnelle, comme la myopie, la carie dentaire, les hernies, etc.
Infirmités dont la fréquence est attrihuahle à des dispositions de race. Ce sont surtout les opérations du recrutement qui ont permis de remarquer les différences qui existent, d'une région de la France à une autre, sous le rapport de la fréquence de la plupart des vices de constitution, généraux ou déterminés. Des documents, dont on pouvait d'abord ne pas prévoir toute la signification, ont été ainsi accumulés et ont pu fournir un jour des conclusions importantes sur la question qui nous intéresse ici. Ce sont d'abord les médecins militaires qui les ont formulées. C'est ainsi que, dans des travaux trop connus pour qu'il soit nécessaire d'en reproduire les titres. Boudin, MM. Dévot, Sistach, ont mis pour une grande part au compte des prédispositions ethniques la fréquence relative, en divers points de notre territoire, des infirmités qui rendent impropre au service militaire. M. Broca, de même, a fondé sur l'anthropologie, les prin-
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cipales distinctions physiques qui peuvent servir à catégoriser les éléments du recrutement en France.
M. G. Lagneau [Remarques ethnologiques sur la réparlilion géographique de <;ertaines infirmités en France : in Mém. de VAcad. de méd., t. XXIX. Paris, 1869-1870), se servant encore des renseignements précis, quoique incomplets, fournis par les opérations du recrutement, a noté les particularités qui suivent.
La fréquence de la myopie varie de 51 (Indre-et-Loire) à 1181 (Bouches-du- Rhône) sur 100 000 examinés. Elle paraît l'emporter, en France, dans la partie située au sud de la Durance, du Tarn et ^de la Garonne, c'est-à-dire dans la région occupée par les Aquitains et les Ligures. Viennent ensuite quelques groupes normands el gallo-belges. La moyenne de myopes étant de 166 pour 100 000 examinés, dans les départements armorico-bretons de l'ouest, elle devient 175,6 dans les Celtiques du centre, 592 dans les départements belgesnormands, 517,8 dans les aquitains-ligures du sud, à condition que l'on ne comprenne pas parmi ceux-ci le département des Landes, peuplé au nord de descendants des Boies (149 myopes sur 100 000 examinés).
Nous faisons ici, avec M. Morache, nos réserves sur les causes qui peuvent provoquer la myopie acquise ou en conduire à la réalisation parfaite les dispositions héréditaires. Il est, en effet, absolument certain que tout travail, qui oblige à regarder de près et à voir des objets de petites dimensions, comme c'est particulièrement le cas dans les Ecoles (professeur H. Cohn, de Breslau; docteur Finkelnburg, de Berlin, docteur Maerklin, de Wiesbaden; M. Briant : Hygiène scolaire, Paris, 1874), fait éclater la myopie ou l'aggrave. Il y aurait donc lieu de contrôler les résultats précédents par quelques recherches sur l'état des établissements et des procédés d'instruction, sur les occupations physiques les plus habituelles, dans les régions que l'on compare ainsi, avec la pensée de déceler des attributs ethniques.
Les exemptions pour carie dentaire ou perte de dents ont été en moyenne de 785 sur 100 000 examinés pour toute la France; 56 dans le Puy-de-Dôme, 6760 dans la Dordogne. Selon M. Magitot [Recherches ethnologiq. et statistiq. sur les altérations du système dentaire, in Bulletin de la Société d'anthropologie, 2*^ série, t. II, 1867), les départements occupés par les descendants les plus purs des Gallo-Celtes, soit de la Bretagne, soit de la région qui, du centre, s'étend jusqu'aux Alpes, sont les plus favorisés sous le rapport de la denture. Au contraire, les départements du nord-est, peuplés par les descendants des Belges et des Normands, présentent une proportion considérable de jeunes gens exemptés pour mauvaise denture. En général, ces derniers sont ceux qui ont le moins d'exemptions pour insuffisance de taille. La carie dentaire est plus fréquente chez les populations blondes que chez les brunes.
EXEMPTIONS POUR 100 000 EXAMINÉS (PERTE DE DENTs)
Dé|iarfements Bretons (Moyenne) 124
— Celtiques du Centre aux Alpes 177
— Ligures 319
— Belges-Normands 1917
Les exemptions pour hernies varient de 217 (Meuse) à 5120 (Vendée); la moyenne est de 2104 pour la France entière, sur 100 000 examinés. Les départements bretons forment le groupe ethnique le plus favorisé, en y joignant la Manche qui, normande pour la taille, les dents, le goitre, se rapproche de la
Bretagne sous le rapport des hernies ; et en en retranchant la Loire-Inférieure, anciennement peuplée, en outre des Bretons, par des Saxons, des Normands et autres immigrants.
EXEMPTIONS POUR 100 000 EXAMINES (hERNIEs)
Départements Dreton S 1025
— Celtiques du Centre 1500
— Normands 2190
Le varicocèle (Sistach) est une cause d'exemption pour 317 jeunes gens sur 100000 examinés dans la Lozère et de 2882 dans les Ardennes. Sa héquence, chez nos populations kymriques ou belges, atteint presque au double de ce qu'elle est chez les descendants des Celtes et des Aquitains. Moyenne d'exemptions, sur 100 000 examinés : Bretons 453; Celtes 570; Normands 1785.
La proportion des varices est de 641 exemptés sur 100 000 examinés en Corse et de 4649 dans les Ardennes (Sistach). Les départements normands en on encore plus du double des Bretons et des Celtiques ; moyenne des exemptions : Bretons, 1224; Celtiques du centre, 1370; Normands, 5007.
Pour les infirmités en général, les départements bretons ont 216 exemptions pour 100 000 examinés; les Normands, 527.
Donc, les Bretons et les Gallo-Celtes du centre, quoique occupant une situation géographique très-différente les unes des autres, se ressemblent fort par les prédispositions pathologiques, tandis qu'ils se distinguent nettement, sous ce rapport, des populations de races différentes. Les départements méridionaux, peuplés anciennement de Ligures, présentent beaucoup de myopes. Les départements anciennement occupés par les Belges différent des Bretons, non-seulement par la taille élevée de leurs liabitants, mais encore par la fréquence delà myopie et de la carie dentaire. Enfin, les départements normands, quoique voisins des Bi'etons et maritimes comme eux, s'en distinguent par une laille plus élevi^e, une mortalité moindre, mais aussi par une plus grande proportion d'infirmes, de hernieux, de variqueux, de gens affectés de carie dentaire.
M. G. Lagneau voit avec raison, dans cette prédisposition pathologique des races, « la conséquence plus générale de la transmission héréditaire morbide si souvent observée dans les familles. »
Contrairement à ce que l'on aurait pu supposer à priori, la scrofule, en France, ne s'est pas montrée distribuée d'une façon qui trahisse ses rapports avec des dispositions de race. Il suffit, pour s'en convaincre, de jeter les yeux sur la carte que Boudin a tracée de sa distribution géographique, dans nos départements, d'après les exemptions prononcées à ce titre, de 1851 à 1855. A vrai dire, les conseils de révision ne voient que la population masculine de vingt ans. Le sexe féminin pourrait être l'expression la plus élevée de la scrofule héréditaire ou de race; les enfants nés scrofuleux ont pu succomber en bas Age, non en proportion de leur nombre, mais selon que les parents ont l'habitude de soigner plus ou moins leurs enfants. Du reste, la scrofule s'acquiert aussi. D'après les relevés de Boudin, la moyenne des exemptions pour ce motif étant de près de 10 pour 1000 examinés, le minimum appartient au Pas-de-Calais, 1, 18 exempt, pour 1000, le maximum à la Nièvre, 29,01. A côté du Pas-de-Calais, le département du Nord, qui lui ressemble tant d'ailleurs, touche au maximum, avec 29 exemptions pour 1000 examinés. Six départements du centre, Rhône, Loire. Haute-Loire, Cantal, Corrèze, Aveyron, forment un groupe oii les exemptions
FRiNGE (pathologie). 781
dépassent la moyenne; les départements méditerranéens ont des teintes claires. Les moins chargés sont : Pas-de-Calais, Corse, Pyrénées-Orientales, Gironde, Var, Basses-Alpes, Gers, Indre, Charente, Eure. Dans ces dix privilégiés, il y a de toutes nos races fondamentales. Rien ne saurait mieux prouver que l'intervention des agents extérieurs et l'usage que l'homme en fait priment de beaucoup l'ori" gine ethnique dans les manifestations de la scrofule.
On a dit, à ce propos, que la race juive promène la scrofule partout avec elle, dans le monde entier. C'est vrai des Juifs des villes, obligés encore sur certains points à habiter des quartiers à part et. les moins avantageux. Quand les Juifs pratiquent l'agriculture et la vie des champs, ce qui est rare, ils sont de fort belle constitution et fort sains ; nous en avons connu dans ces conditions ; il y en a en France, en Alsace et en Lorraine.
Il y a probablement à faire, pour la phthisie pulmonaire, les mêmes réserves et les mêmes remarques que pour la scrofule, au moins en ce qui concerne les révélations du recrutement. L'influence ethnique est fort peu visible dans la répartition des exemptions par départements pour cette cause. Les départements blancs, dans la carte de Boudin, appartiennent à la presqu'île de Bretagne (toutefois, celui des Côtes-du-Nord est noir), ou au centre, sans régularité; maison en retrouve aussi à l'est. Les régions méridionales sont fortement teintées; pourtant, M. Lombard est arrivé à ce résultat contradictoire que « la phthisie est d'environ un tiers moins fréquente dans les villes du Midi que dans celles du Nord. »
Ainsi, les dispositions de race, considérées sur les divers tronçons ethniques qui ont fourni la population française, n'interviennent guère dans les grands traits de notre pathologie. Nous croyons qu'elle s'amoindrit encore beaucoup, dès que l'on y regarde altentivemeut, là oij l'on avait l'habitude de l'admettre, sur la foi des traditions, comme dans la maladie suivante.
Affection calculeuse. Les faits relevés en France semblent établir que la fréquence des calculs (il s'agit essentiellement, bien entendu, des calculs vésicaux), est l'apanage spécial de certains rameaux parmi notre population. Ce n'est pas ce que l'on peut appeler une question de race, comme les dispositions physiques propres aux grandes branches fondamentales (Gaëls, Celtes, Ibéro- Ligures) ; il semble plutôt que des familles restreintes, de provenance variable et complexe, sans attribut ethnique saillant, se soient fait à elles-mêmes, dans des temps relativement modernes, des aptitudes morbides, que les voisines, fussent-elles du même sang, n'ont pas au même degré. Il va sans dire que des habitudes particulières de régime, des circonstances mal définies dans l'hygiène générale, ont été l'origine de cette disposition. Elle a été acquise. Et ce qui le prouve, c'est qu'elle se perd, sans que le peuple change, non plus que le sol qu'il habite.
Voulant établir une statistique des maladies calculeuses en France, Civiale avait fait appel aux médecins et aux administrations des départements pour en obtenir des renseignements numériques et autres. Le résultat de cette enquête fut modeste. Dix départements seulement répondirent par des tableaux statistiques, souvent fort incomplets. Cela ne veut pas dire que les autres ignorent la pierre dans la vessie; mais, au moins, peut-on en induire que cet accident n'y €st pas d'une fréquence frappante. A la vérité, il serait possible que la bonne volonté des premiers ait contribué à leur faire une réputation qu'ils ne méritent pas plus que les voisins restés muets.
782 FRANCE (pathologie).
La pierre parut être très-fréquente dans les départements qui correspondent aux anciennes provinces de Lorraine et Barrois. Le docteur Castera, de Lunévilie, fournit le tableau de 1527 calculeux lorrains, traités dans l'espace de quatrevingt-dix ans {de 1738 à 1828), dont 103 appartenaient à Nancyet90àLunéville. On sait que le roi-duc, Stanislas, de Pologne, avait cru devoir fonder, dans cette dernière localité, un établissement particulier pour le traitement des calculeux indigents de la contrée. Le plus grand nombre provenaient des villes et communes situées au sud du département de la Meurthe. Il importe de remarquer le mouvement décroissant de ces malades ;!les 90 calculeux inscrits au compte seul de Lunéville pour quatre-vingt-dix ans, se répartissent ainsi : 56 pour les 30 premières années, 30 pour les 50 suivantes et 4 pour les 30 dernières. A l'heure qu'il est, on ne parle pas plus de la pierre en Lorraine qu'ailleurs ; il y a cinquante ans, les paysans en faisaient encore peur à ceux de leurs enfants qui, par suite de l'instinct qui pousse cet âge à tout porter à la bouche, maneeaient du sel à même la salièi^e.
Les autres départements ont fourni les chiffres suivants pour la période de 1820 à 1830 :
Var 51
Haute-Marne 59
Deux-Sèvres 24
Aube. 25
Seine-et-Marne 22
Pour les hôpitaux de Paris, Civiale rassemble 11 13 cas admis. Mais les chiffres qui constituent ce total appartiennent à des périodes d'inégale durée et ne sont pas comparables entre eux. D'ailleurs, les chiffres recueillis à Paris en pareille matière ne sauraient rien prouver; l'immense majorité de ces malades ne sont pas des Parisiens, mais des gens de province qui viennent se faire traiter
à Paris.
Somme toute, la France n'est pas affectée d'une prédominance particulière de l'affection calculeuse et, puisque ce regrettable privilège pathologique se perd même en Lorraine, nous n'avons pas de portion du territoire, pas de tribu dans la grande famille nationale, qui se distingue sensiblement à cet égard. Nous justifierions pour le moment l'opinion de Kern {Die Steinbeschiverden), que la pierre existe à peu près également partout.
M. de Pietra-Santa {Essai de climatologie, Paris, 1865), énumère les endémies suivantes, comme propres à certaines fractions de notre population ou à certaines portions du territoire :
Suette (Picardie, Seine-cl-Oise).
Goilre (Lorraine, Allier, Savoie, Alpes-JIaritimes, Pyrénées',
Crétinisme (Alpes, Savoie).
Maladies de la peau : Ictlnjose (Côtes de Bretagne).
Dartres et gale (Champagne).
Gangrène sèche (Orlcarjais, Soiogue, Romorantin).
Pustule maligne (l3ourgogne, Beauce).
Pian (Nérac).
Malvat, éruption carbonculeuse (Languedoc).
Diphthérite (Touraine).
Fièvres intermittentes (La Rociielle, Bresse, Sologne.
Pellagre (Landes, Champagne [?] ).
FRANCE (pathologie). 78S
On pourrait ajouter :
Dtjsenterie et typhus (Bretagne).
Mais il est évident que cette liste pourrait être dressée à tout autre point dfr vue qu'à celui des aptitudes populaires respectives. Pour quelques-unes desmaladies qu'elle embrasse, c'est surtout le sol qui fait l'endémie. Pour les autres, c'est le peuple, mais à l'aide d'habitudes non nécessaires, qu'il pourrait abandonner du jour au lendemain et dont la suppresion entraînerait celle de l'endémie. C'est une distribution géographique de hasard et qui, à proprement parler, ne donne aucun secours à une tentative de pathologie ethnique. A vrai dire, elle ne nous eùtipas servi davantage à caractériser les propriétés pathogéniques du sol.
Aptitudes ou immunités morbides des Français comparés aux autres nationalités. Les épreuves que nous avons essayées dans le but d'éclairer ce sujet nous ont montré, non-seulement qu'il n'y a jamais lieu à des lignes de démarcation absolue, mais même que les aptitudes ou les immunités relatives sont rares et peu marquées.
On a cité le fait singulier de la suette anglaise, qui, régnant en Espagne et en Flandre, à Calais même, sur notre sol, encore au pouvoir de l'étranger, n'y atteignait que les Anglais et point nos compatriotes. Seulement, il reste à démontrer qu'il y ait jamais eu une suette exclusivement anglaise. L'immunité des Français n'est probablement qu'une aptitude différée, si toutefois l'observation de Jean Kaye est exacte et si la participation réelle des Français avoisinant les foyers ne lui a pas échappé (Voy. Historique, p. 622).
Au sujet de la scarlatine, nous avons relevé en son lieu ce que dit M. Ernest Besnier de la fréquence relative de ses épidémies à Paris et à Londres. Aujourd'hui Paris est épargné et Londres est au contraire, d'année en année, aux prises avec des poussées quelquefois sévères de cette fièvi'e éruptive. Mais qui peut répondre qu'il en sera toujours de même? L'Angleterre aussi a eu ses époques de scarlatine bénigne; Sydenham a pu la dédaigner et dire d'elle : Hoc morbi nouen {vix enim altius assurgit); Graves rapporte qu'après avoir ravagé l'Irlande de 1800 à J804, la maladie redevint inoffensive de 1804 à 1851, pour ensuite couvrir l'Irlande de deuil, de 1851 à 1854. En revanche, la France a eu ses épidémies de scarlatine meurtrière; ainsi, celle de 1824 à Tours et aux environs observée par Bretonneau (Trousseau : Clinique^ t. l).
L'absence actuelle de la lèpre en France n'est assurément pas une question de race, puisque nous l'avions jadis. Le progrès, l'hygiène, les habitudes de propreté, l'alimentation meilleure, ont emporté la lèpre et les feux du moyen âge, sans que la race ait changé.
Transportés dans les pays chauds, les Français y prennent les maladies propres à la région et au climat de la même façon que les autres Européens. Quelques-unes de ces maladies frappent les Européens plus que les indigènes, noirs ou non, en raison de l'assuétude de ceux-ci aux influences morbifiques ; d'autres, au contraire, le parasitisme particulièrement, sont plus fidèles aux indigènes; d'ordinaire, c'est affaire d'hygiène personnelle. Mais rien, à ces divers égards, ne distingue les Français.
Les deux grands fléaux des pays tempérés, la phthisie pulmonaire et la fièvre typhoïde, se comportent un peu différemment en France et dans le reste
784 FRANCE (pathologie).
de l'Europe. Nous n'en concluons pas qu'il y ait là des privilèges inhérents à noire essence ethnique.
La phthisie est moins meurtrière, c'est-à-dire moins commune, en France qu'en Angleterre, en Ecosse, en Hollande, en Allemagne; et elle l'est moins dans notre Midi qu'au nord, à l'est et à l'ouest du pays. Nous en chercherons ultérieurement la raison ; elle ressort peu des conditions de races.
La fièvre typhoïde, la grande endémie du continent européen, soumise aux exacerbations estivo-automnales que nous avons indiquées, est plus commune en France qu'en Angleterre et même qu'en Allemagne, sur l'ensemble du pays. M. Lombard compte 80 décès par fièvre typhoïde pour 1000 décès généraux chez nous, et moins de 60 pour l'Allemagne, bien que Vienne, Munich, Paris, se ressemblent infiniment pour les chiffres obituaires proportionnels, de cette provenance. On a dit, et la chose paraît vraie si l'on s'en rapporte à la physionomie des traités classiques, que la fièvre typhoïde est pour la France ce que le typhus exanthéraatique est pour la Grande-Bretagne.
Est-ce là une manifestation d'aptitudes ou d'immunités de race ? C'est un point sur lequel il convient peut-être d'émettre ici quelques réflexions, en raison des idées doctrinales qui se sont fait jour en France, il y a quelques années, précisément dans le sens de l'antipathie des races françaises pour le typhus.
Les races françaises et le typhus exanthématique. Ce fut à une époque qui ne justifiait que trop de pareilles préoccupations, que Chauffard formula sa doctrine de l'inaptitude des Français à la génération du typhus. On était en janvier 1871. Paris, étroitement fermé, encombré et affamé, voyait les blessés et les malades se multiplier dans ses ambulances ; divers foyers d'infection devenaient menaçants ; les maladies de tout ce monde, quelles qu'elles fussent à l'origine, ne lardaient pas à revêtir un cachet uniforme, une physionomie qui révélait à la fois la dépression des économies par les souffrances alimentaires et leur imprégnation par l'atmosphère animalisée. Les médecins en étaient frappés et, en face de cette adynamie de plus en plus générale et plus profonde, il y avait lieu de se demander si Paris n'allait pas reproduire jusqu'au bout l'histoire des sièges le plus tristement fameux et joindre à toutes ses gloires une mémorable épidémie de typhus.
La Société médicale des hôpitaux n'avait pas cessé de se réunir. Ce fut M. Raynaud qui, le premier, manifesta la sombre direction des pensées communes et montra, comme une forme encore vague et indécise, le typhus qui se levait à l'horizon obsidional. Beaucoup n'en voulurent pas convenir (Laboulbène, Bergeron, Lorain, Yillemin) ; d'autres, au contraire (H. Roger, Féréol), avaient déjà mis le nom redoutable sur certains cas de leur observation. A vrai dire, les incrédules ne l'étaient pas de parti pris ; ils réservaient leur diagnostic et l'on peut voir, dans l'expression même de leur dissidence, comme un soupçon qu'ils pour raient bien avoir, sous peu, à s'incliner devant des faits plus nombreux et plus décisifs. Chauffard, seul, protestait au nom d'un principe et déclarait que le typhus ne pouvait se faire à Paris : « Il me semble que le typhus est une maladie qui ne naît pas spontanément sur le sol français, mais qui peut y être importée. Elle ressemble sous ce rapport, à la peste bovine. » Heureusement qu'à l'heure même où l'éminent professeur parlait dans ce sens, entraînant sur ses pas Isambert et M. Vidal, l'expérience involontaire, essayée sur notre capitale, était déjà interrompue par l'ouverture des portes et un large ravitaillement. On ne saura jamais à qui les événements ultérieurs eussent donné raison et nous sommes forcé
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sans regret d'ailleurs, de continuer à traiter théoriquement cette grave et intéressante question.
Dans la citation que nous venons de faire, on n'aperçoit que la mention du sol. Le fait est qvie Chauffard visait un complexus étiologique, la race, le sol et le climat, qui, selon ses vues, seraient antipathiques, en France, à la genèse du typhus et n'admettraient que son importation; mais il nous semhle que le premier de ces éléments, celui auquel il était disposé à accorder la prépondérance, au point de vue de la distinction des aptitudes, était la constitution ethnique du peuple français. On ne s'expliquerait pas autrement le soin avec lequel il insiste sur (( les émanations caractéristiques des diverses races d'hommes », qui pourraient n'être pas sans quelque influence sur les maladies particulières à chacune des races humaines, et sur cette odeur que les Prussiens laissaient derrière eux, laquelle, à vrai dire, selon M. Bourdon, pouvait, chez nos vainqueurs et pendant cette guerre, n'être autre chose que l'odeur de cuir graissé, de bottes, d'équipement. On sait que les Arabes, autre race et générateurs assez apparents de typhus, quand ils s'y mettent, ont aussi une odeur très-spéciale, un peu par émanations cutanées, beaucoup par malpropreté du corps et des vêtements, le reste par l'usage du musc arabe, fait avec les crottes de gazelle.
Plus à loisir, en 1872 {Bull, de VAcad. de méd., séance du 15 octobre 1872), Chauffard crut devoir reprendre sa thèse sur un théâtre plus retentissant et y intéresser l'Académie de médecine. 11 rappelle les dates mémorables dans les fastes du typhus en France, 1815 et 1855, où le typhus entra chez nous, soit avec nos armées en retraite, soit avec les malades de notre armée de Crimée, toujours selon le mode de l'impoiiation ; dans aucun de ces cas, le mal n'a pu s'acclimater et a disparu après avoir frappé des coups plus ou moins violents. Chose remarquable : dans cette funeste guerre de 1870, les Allemands autour de Paris et de Metz avaient le typhus et en mouraient par milliers ; ilsne l'on cependant pas implanté en France, et l'on a vu, contrairement aux habitudes de guerres, les assiégeants en proie au fléau et les assiégés indemnes, malgré la réunion de toutes les circonstances qui font naître le typhus, sauf qu'ils étaient en France et Français. Quant aux petites épidémies des prisons, des bagnes, de localités diverses, qui paraissent militer en faveur de l'origine spontanée en France, ce sont peut-être bien des erreurs de diagnostic, et si, par hasard, quelques-unes ont été le vrai typhus, c'est qu'on n'a pas su retrouver l'importation à leur origine!
Chauffard, d'habitude, revendiquait avec une grande hauteur de talent les droits de la spontanéité de l'organisme et l'intervention de la vie dans la création de la spécificité. Cette fois, il a employé le même talent à faire ressortir les difficultés de la génération par l'homme d'un principe infectieux et a plaidé la cause du développement continu d'une maladie spécifique. C'est bien ainsi, du reste, que l'ont compris ses contradicteurs de l'Académie.
Nous n'aurions pas le droit de blâmer ceux qui font, de ce développement continu, la base inflexible et universelle de toutes leurs doctrines. A plus forte raison ne pouvons-nous reprocher à Chaulfârd de s'être mis, dans un cas particulier, du bord de ses adversaires habituels. Mais la force des choses nous oblige à être étonné que ce soit justement dans l'occasion oii l'impossibilité de démontrer la filiation des épidémies s'allie le plus souvent avec une extrême facilité de reconnaître leur formation sur place et par le groupe qui alimente les foyers.
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Écartons d'abord, comme chacun le fit à cette époque, un des chefs d'argumentation, qui était une erreur involontaire. C'est par un abus de mots, dont les nosolo"istes allemands sont seuls coupables, que l'on a dit que les armées prussiennes étaient en proie au typhus; ce typhus -là n'était autre que la fièvre tvpboïde, typhus abdominal, presque toujours désignée, en Allemagne, sous le nom de typhus, sans adjectif; quand il s'agit de l'autre, on ajoute régulièrement exantliematicus. Non, les masses étrangères de l'invasion n'avaient pas le typhus, ce qui prouve justement que l'on s'en débarrasse sans trop de peine, fùt-on une légion levée au coeur de la Silésie.
Exista-t-il en France (par conséquent, fut-il créé, puisque les Prussiens ne l'apportaient pas), à Metz, à Paris, ou ailleurs, à l'occasion des misères que la guerrede 1870-1871 réalisa sur divers points? Accordons qu'il n'ait pas existé. Mais on conviendra que les Français du siège de Paris, bien que du même sang que les Français du siège de Torgau, se trouvaient dans des conditions qui différaient de celles de Torgau, en 1815, par quelque autre chose encore que la terre et le climat. On n'a pas vu, à Paris, en 1871, l'effroyable amoncellement fécal dans les locaux, qui se produisit dans la forteresse de l'Elbe; on ne vit pas les malades si nombreux que le personnel d'assistance était absolument débordé et que des malheureux, mourant de soif, ne recevant aucune boisson, buvaient l'urine de leurs voisins d'ambulance. L'armée de la défense ne s'était pas jetée dans Paris, déjà accablée de fatigue, courbée par la défaite, en proie à la dysenterie, comme celle de Torgau, et n'avait pas à côté d'elle une population non française, plutôt liostile que secourable. Il y eut, dans Paris, par places, des souffrances individuelles profondes ; la masse de l'armée et de la population passa par quelques jours d'angoisses ; nous ne voulons pas diminuer la grandeur du sacrifice qui fut fait dans cette occasion à l'honneur national. Mais, en vérité, ces misères n'ont pas approché des longues années de privations et d'horreur que traversèrent, par exemple, la Lorraine, de 1632 à 1640, les Arabes de 1866 à 1868.
Après tout, supposons que les conditions étiologiques aient été suffisantes à Paris et à Metz. Ce serait simplement une expérience manquée, négative, si l'on veut. Cela ne prouve pas que l'élaboration typhique n'ait pas réussi, ou ne réussirait pas une autre fois, dans des circonstances semblables, ou paraissant telles (car les expériences qui ne réussissent pas, quoique légitimement instituées, cachent toujours une condition nouvelle que l'on n'avait pas aperçue). Nous énumérerons tout à l'heure des cas dans lesquels cette élaboration paraît bien s'être accomplie chez nous avec plein succès.
Si nous ne i-ecevions le typhus que par importation, il différerait singulièrement des autres maladies essentiellement exotiques, qui ne nous arrivent que par cette voie, comme le choléra, la fièvre jaune, auxquelles d'ailleurs on l'a comparé, pour compléter cette doctrine. Celles-ci n'ont qu'un seul et vaste foyer qui les régénère incessamment et les exporte au moment favorable; le typhus est en permanence dans cinq ou six régions du globe, dont trois ou quatre, c'est à noter, sont à nos portes.
Le typhus est à demeure en Irlande, à notre occident, en Silésie à notre orient ; c'est un fait vulgaire. De 1814 à 1845, il a régné endémiquement dans la haute et la moyenne Italie ; Hirsch ne met pas en doute que telle ne soit la conclusion à tirer des travaux d'Omodei, de Palloni (1819), de Menis (Toscane), Giacomo (Bre:>cia, 1835), Raikem et Bianchi, Berti et Fracastor,
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Orolino (18o8),Pelrmi (1859), Cenni (i845),Montarsolo (1842), Massazza (1845)^ Cette endémicité concorde avec l'histoire des désastres qu'éprouvèrent de la part du typhus les armées autrichienne et française, de 1796 à 1800. A l'occasion de la discussion soulevée par Chauffard, à la Société des hôpitaux, 31. Bernutz rappela que le typhus « règne endémiquement en Belgique ». L'allégation était, croyons-nous, un peu hasardée et prenait sa source dans le souvenir des épidémies de 1846-1848, à Bruxelles, Gand, Bruges, etc., toutes fortement entachées de l'origine que de Mersseman révélait par l'épithète de fièvre de famine; ce qui nous porte à croire, la Belgique ne parlant plus de typhus aujourd'hui, que nos voisins du nord avaient simplement, à cette époque, fait le typhus pour leur propre compte, comme tant d'autres, et par le procédé le plu? infaillible.
Nous avons donc des foyers de typhus sur toutes nos frontières, ou peut s'en faut. Dans tous les cas, cela fait beaucoup de foyers. Ajoutons-y les foyers algérien, mexicain, nord-américain. On conviendra que voilà une maladie infec. tieuse fort complaisante et fort indifférente sur les conditions de lieux, quant à la foi-mation de ses loyers. Ce qui serait étonnant, c'est que, au milieu de ce contrées si diverses, le sol de France eût positivement des propriétés différentes d'elles toutes et répulsives du typhus. Pour bien dire, le typhus ne serait exotique que pour nous.
Une maladie qui a tant de foyers jouit d'un cosmopolitisme assez énergique. Elle se rapproche bien plus de la fièvre typhoïde, qui est ubiquitaire, que du choléra et de la fièvre jaune. Nous croyons effectivement que l'homme fait et entretient, à peu près partout, le typhus aussi bien que la fièvre typhoïde. Seulement les conditions de sa genèse se spécialisent et sont un peu plus difficiles à réaliser.
Remarquons que, dans ces prétendus foyers, l'endémie serait fortement interrompue par les phases de calme, peu fournie même de cas sporadiques, si le peuple en possession du fléau ne maintenait les causes auxquelles il doit son origine, et que l'on en attendrait longtemps les poussées épidémiques, si de temps à autre une année de disette ne venait porter ces causes à leur plus haut degré d'accentuation, La malpropreté et la misère sont tellement frappantes chez les peuples qui entretiennent le typhus, et les qualités du sol, de la race, le sont tellement peu, qu'il vient invinciblement à l'esprit l'idée que le typhus disparaîtrait d'Irlande et de Silésie si l'on pouvait donner aux Irlandais et aux Silésiens la propreté et l'abondance indéfinies, tout en les laissant dans leur pays respectif, absolument Silésiens et Irlandais. Cette idée nous semble plus féconde que les théories imaginées pour expliquer le long sommeil des épidémies, la génération alternante des germes, etc., qui ont tant besoin de la complaisance des disciples.
Cette indifférence du typhus pour les localités, en tant qu'elles se caractérisent par le sol et le climat, emporte avec elle une indifférence non moins grande vis-à-vis des races. A la vérité, la distinction des races est moins facile à saisir que celle des latitudes et des terrains, et il serait bien à désirer que les anthropologistes se fussent une bonne fois mis d'accord pour que les médecins pussent trouver, de ce côté, des bases solides aux variations de la pathologie qui proviennent peut-être de cette source. Quand on pense que nous ne savons pas encore ce qu'étaient les CeUes, d'où ils sont sortis, quels ont été leurs rapports avec les Gaels! Mais il n'importe; on admettra bien que Silésiens, irlandais, Belges, Itajiens, Arabes, Mexicains, forment au moins cinq ou six de
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ces types humains distincts , que les uns appellent races, d'autres : variétés. Or chacun de ces types se montre apte k entretenir des foyers de typhus !
A quel type appartenons-nous donc, nous, sang mélangé s'il en fut, pour avoir dans notre fibre quelque propriété antipathique au typhus?
On ne conteste pas pourtant que nous ne soyons aptes à recevoir le typhus, à prendre part à une épidémie venue du dehors et à lui fournir notre contingent de victimes. Eh bien ! on aurait pu apercevoir quelque différence entre les épidémies d'importation et les épidémies nées sur place ; ce qui prouverait la réalité des unes et des autres. Les épidémies d'importation frappent à coups pressés et sévères là où elles passent, mais sans diffusion et, à peine nées, tendent à s'éteindre; ainsi, l'épidémie rapportée de Crimée jusqu'à Paris, en 1855-1856. Les épidémies nées sur place, au contraire, épuisent la réceptivité des individus, dans le groupe où elles éclatent; comme font celles des bagnes, des prisons. C'est que, dans le premier cas, il n'y a pas de vrais foyers, mais seulement des foyers artificiels, formés par la réunion de plusieurs individus tvphisés ; l'infection est superficielle. Tandis que, dans le second, le foyer est complet; il est dans les choses aussi bien que dans les hommes ; son activité est indéfinie, tant qu'on ne l'annulera pas par la dispersion des individus. La vérité est qu'en France nous avons tantôt du typhus importé, tantôt du typhus
né sur place.
Pourquoi, dans un cas comme dans l'autre, ne s'étend-il pas ni ne dure ? Parce que le typhus n'est pas contagieux, dans le vrai sens du mot, mais se propage seulement par infection; on le prend dans le foyer, le malade isolé a toutes les chances du monde de rester cas stérile. Cette propriété évidente et capitale échappait entièrement à M. Laboulbène, lorsqu'il proclamait le typhus « aussi contagie'ux que la variole » [Société des hôpitaux, 15 janvier 1871) et qu'il niait la présence possible de quelques typhiques, en raison de ce que les médecins et les infirmiers n'étaient pas encore atteints. Ce ne ne sont pas quelques typhiques qui donnent le typhus à un grand nombre de médecins ou infirmiers ; c'est le contraire : beaucoup de typhiques réunis sont capables d'infecter les quelques hommes sains qui pénètrent dans leur milieu. Cependant, la connaissance de ce principe, qui explique le peu de durée et le peu d'extension des épidémies de typhus, là où les conditions de ses foyers ne sont pas préparées aurait pu rendre les auteurs réservés vis-à-vis de l'hypothèse d'une importation, chaque fois que nous avons eu des foyers typhiques limités, et, selon les apparences, nés d'eux-mêmes. Même dans un hôpital, même dans un baone, milieux si favorables, il n'est pas si facile qu'on croit d'introduire le typhus avec un ou deux individus en puissance de la maladie.
Il faut être dans une singulière disposition d'esprit pour chercher une importation introuvable dans les quelques épidémies autochthones dont nous allons parler, alors que les conditions de la genèse typhique y foisonnent.
Le bagne de Toulon a eu le typhus en 1829, 1855, 1845, 1851. {voy. Barallier : Du typhus épidémique et histoire des épidémies de typhus obs. au bagne de Tow/on. Paris, 1861.)
Le bagne a peu de relations avec l'extérieur ; cependant, on peut faire remarquer que ses hôtes y entrent d'une façon successive, intermittente, et venant de points fort divers. Quelqu'un d'eux a pu y arriver avec le typhus. Ce n'est pas impossi])le; mais justement les années d'épidémies au bagne ne correspondent pas avec les années connues de grandes épidémies en Europe. D'ail-
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leurs, il faudrait que les criminels eussent voyagé préalablement, puisque le typhus n'est pas endémique en France. Dans tous les cas, il y eut une singulière différence, vis-à-vis de l'importation supposée, entre les aptitudes des forçats et celles de la population. L'auteur d'une de ces relations, Fleury (1833), qui n'ose appeler la maladie par son nom parce que c'est un mot qui répand la terreur, constate que les aumôniers, médecins, infirmiers, qui prirent le typhus en soignant ces malades, au nombre de i050, et qui furent traités en ville, ne répandirent pas le typhus dans leurs familles et ne contaminèrent pas les personnes de leur entourage. Qu'est-ce à dire, sinon que le typhus n'est pas contagieux et qu'il est plus facile d'en constituer un foyer que de le propager par véhiculation humaine? Des malades assez nombreux ne pouvaient donner le typhus à la population, et quelqu'un l'aurait apporté au itagne, sans qu'on s'en aperçût?
En 1827, le typhus était à la prison de Beaulieu (Raisin, in Journ. de méd., C. 102) ; en 1859, à la prison de Reims (Landouzy, in Arch. gén. de méd., 1842). Dans la même année 1855, assez dure aux pauvres gens, en France, on l'observait dans les prisons de Strasbourg (Forgel, in Gaz. méd. de Paris, 1855, nos 4,245) et de Nancy (Parisot, in Mém. de VAcad. de méd., — compte rendu pour 1855) ; à la grande rigueur, on pourrait trouver à ces deux dernières épidémies quelque lien avec le typhus de Crimée; cependant, à Nancy, ni à Strasbourg, on ne peut ressaisir la filiation par les malades de l'armée, les médecins, les infirmiers, les sœurs, comme ce fut si évident à Marseille, Avignon, Paris. De même, pour le typhus de la prison d'Amiens, en 1848, dont M. Bucquoy fait une vague mention [Soc. méd. deshôp., 1871, séance du 24 mars), il n'est pas impossible qu'on ne songe à une ramification du typhus de Belgique (1846-1848), quoique Amiens ne touche pas précisément à la Belgique et que la route ne passe pas par la prison.
Le typhus endémique en Bretagne. Nous avons voulu laisser à part cette constatation, d'ailleurs récente, de l'endémicité du typhus sur une portion de notre territoire. La signification de ce fait fâcheux est assez importante pour qu'on cherche à la mettre en lumière, d'autant plus que jusqu'aujourd'hui les personnes qui s'en sont occupées paraissent s'être engagées dans la voie qui mène à ne pas comprendre ou même à faire un contre-sens étiologique.
Le coin de la France dont il est question en ce moment est la Bretagne. Il y a trois épidémies bretonnes particulièrement signalées dans ces derniers temps : celle de Riantec, en 1870, décrite par M. Gillet [Quelques considérations sur le typhus de Riantec [Morbihan). Thèse de Paris, 1872); celle de Rouissan, près de Brest, en 1872 et 1873, observée par M. le médecin en chef, Gestin, dont le mémoire (commission des épidémies pour 1874) a reçu la médaille d'or en 1877 ; enfin, celle de la petite île de Molène en 1876-1877, que M. Rochard a fait connaître à l'Académie de médecine [Bulletin, n" 31, juillet 1877), d'après les renseignements fournis par l'observateur de visu, M. le docteur Danguy-Desdéserts.
Ce sont ces épidémies qui ont conduit M. Gestin à rechercher les caractères et les origines du typhus en Bretagne. Le résultat de son enquête a été de constater rexistence,']à l'état endémique, du typhus exanthématique dans le Finistère, dans le Morbihan et dans les communes les plus voisines du département des Gôtes-du-Nord. D'oij est venu ce typhus? M. Gestin et, avec lui, M. Rochard inclinent à le regarder comme importé; pour M. Chauffard, faut-il le dire? l'im-
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portation ne fait pas de doute. Cette importation, personne ne l'a vue, mais elle a pu se faire par l'un des modes suivants.
a. Il y a plus d'un siècle, en 1758, l'escadre de l'amiral Dubois de Lamothe apporta le typhus à Brest et dans les environs ; les victimes se comptèrent par milliers. Le fait est de l'histoire; du reste, il s'est reproduit assez souvent en d'autres lieux pour que nous l'enregistrions sans controverse. De cette époque jusqu'à 1870, nous n'entendons point parler de typhus en Bretagne, bien que les rapports de nos commissions des épidémies, antérieures à 1870, mentionnent dans ce pays d'autres affections qui ne sont pas plus faciles à reconnaître. M. Gestin, plus lieui^eu.v et plus habile que les médecins des épidémies, a découvert que, « au moins depuis un demi-siècle, une quinzaine d'épidémies » se sont produites à intervalles de plus en plus rapprochés dans les petites villes et dans les campagnes de la presqu'île Armoricaine. Nous nous garderons d'amoindrir le mérite d'un vaillant chercheur; mais en admettant que les épidémies retrouvées pour le dernier demi-siècle soient authentiques, voilà toujours une soixantaine d'années pendant lesquelles la filiation échappe. C'est un long sommeil pour des germes, même en Bretagne, au pays des fées, où n'a pas été inventée pourtant la doctrine des générations alternantes. Néanmoins, il a paru « possible et même probable » que les épidémies actuelles ont toujours pour origine celle de l'amiral Dubois, venue, elle, on ne sait d'où, si elle n'a pas été fabriquée de toutes pièces, par des Français en fin de compte, sur le sol.... des navires et sous des climats variables, comme il arrive aux marins. La preuve de cette filiation, c'est le développement continu qui se révèle entre les épidémies de Rianlec, de Rouissan, de Molène, échelonnées à elles trois sur cinq ou six ans.
La théorie se contente de peu. Nous croirions, au contraire, que les épidémies s'engendrant d'une année à l'autre prouvent que la gestation typhique n'a pas pour habitude de durer soixante ans ; en bonne logique, s'il y a filiation dans un cas, il n'y en a plus dans l'autre.
b. On a craint que cette relation entre les épidémies de notre siècle et celle de 1758 ne parût un peu osée, et M. Rochard pense que « il serait tout aussi facile d'expliquer l'importation du typhus en Bretagne par les rapports de chaque jour qui unissent notre littoral avec les ports de l'Angleterre et de l'Irlande. » Aussi facile, sans doute. Mais l'explication ne nous satisfait pas plus que l'autre. Le typhus d'Irlande peut parfaitement venir à la côte de Bretagne, puisqu'il est allé en Amérique ; il reste seulement à démontrer qu'il ait débarqué et pris pied. Les années 1826-1828, 1856, 1843, 1846-1848, étaient pleines de chances particulières à cet égard ; y a-t-il des typhus bretons à des dates correspondantes ? Et puis, quel choix bizarre que celui de ces localités parfaitement ignorées jusqu'ici, Riantec, Rouissan, Molène, qui n'attirent probablement guère le transit, tandis que le typhus dédaigne les grands ports de mer, comme Brest, où il y a cependant tout ce qu'il faut pour le recevoir et où la présence de nombreux médecins ne l'eût pas laissé passer inaperçu ! Ce qu'il y a de remarquable dans ces épidémies importées, c'est qu'on retrouve toujours le premier cas BRETON, mais qu'au delà le fil conducteur se brise et qu'on ne retrouve pas le cas étranger, le cas importateur.
La théorie se heurte à une grosse difficulté, dont Chauffard s'est rendu compte : « Comment se fait-il que le typhus exanthémalique, importé à plu sieurs reprises parmi nous, s'y soit toujours éteint, tandis qu'il semble se pro-
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pager et s'acclimater, en quelque sorte, sur ces populations de l'extrême Bretagne? » Les Irlandais, en effet, doivent bien aborder ailleurs encore que sur les côtes du Finistère et du Morbihan. Cependant, on ne signale pas le typhus en Normandie, ni sur notre côte rocheloise ou bordelaise. C'est que le climat et surtout la population de la Bretagne sont les mêmes que le climat et les populations d'Irlande et du pays de Galles. Chauffard émet sous forme dubitative cette explication, qui est cependant toute sa doctrine.
Eh bien [ oui, le climat et le peuple de notre Bretagne sont identiques à ceux du pays de Galles et d'Irlande ; mais les Bretons, ayons le courage de le dire, se rapprochent encore des Irlandais par quelque autre chose : à côté de tant de vertus, les habitants des côtes de la pi'esqu'île sont pauvres, malpropres et ivrognes, comme les Irlandais. C'est ceci qui a de l'importance et non le climat, puisque tous les climats sont bons au typhus ; et non la race, puisque les Auvergnats, tout aussi Celtes que les Bretons, n'ont pas le typhus, lequel est au contraire endémique chez les Silésiens et les Polonais, qui ne sont pas Celtes.
A notre avis, il n'y a qu'une formule qui réponde à tout et qui tienne un compte exact des circonstances étiologiques ; c'est que les Bretons ont fait euxmêmes leur typhus et en entretiennent l'endémicité. Dans ce cas. à la vérité, c'est encore un attribut pathologique de race dont il faut faire le sacrifice.
Nous avons dit maintes fois que l'encombrement n'est pas nécessaire à la genèse du typhus; aussi est-il bien inutile de comparer les campagnes bretonnes aux villes assiégées, pour s'embarrasser dans la différence que l'on va naturellement remarquer. La misère, les privations alimentaires, l'alimentation •de mauvaise nature, provoquent chez les Bretons des excrétions plus abondantes, plus disposées à la putridité, contre lesquelles leur malpropreté ne les protège pas ; il ne faut pas oublier que depuis vingt-cinq ou trente ans, la dysenterie est à demeure dans le Morbihan et le Finistère, sans préjudice d'une excessive fréquence de la variole et de bien d'autres maladies. Voilà de quoi préparer le typhus, le rendre toujours imminent et le faire apparaître çà et là, au temps et au lieu où les conditions de sa genèse se pressent particulièrement, en hiver par exemple, dans une ferme, un village.
Les faits bien observés redressent d'eux-mêmes les écarts des théories. M. Rochard, dirigé par l'idée de l'importation, poursuit les traces de la contagion du typhus. Or, les observations mêmes sur lesquelles il s'appuie sont opposées à cette doctrine, a Dans une même maison, il suffit souvent, pour préserver une partie de la famille, de l'isoler, en la logeant dans une pièce différente et en supprimant les communications. Le typhus, du reste, ne se contracte pas aussi facilement que la scarlatine ou la variole. Il ne suffit pas d'approcher des malades, il faut passer un certain temps près d'eux. 11 est surtout dangereux d'y séjourner pendant la nuit. La plupart des femmes atteintes à Molène avaient veillé des parents ou des amis frappés par la maladie. » En d'autres termes, on prend le typhus dans le foyer et pas ailleurs. Parlez donc, après cela, de l'activité considérable du ];rmc<jje contagieux ! C est, évidemment, du principe infectieux qu'il faut entendre ces formules.
Une autre preuve c'est la lenteur de ces épidémies à se constituer et leur bénignité. M. Rochard voit dans cette lenteur un témoignage en faveur de l'importation; c'est une interprétation contraire à tous les faits. Une contagion réelle, iipportée dans un milieu vierge, y frappe rapidement des coups multipliés et sévères ; le typhus est, au contraire, long à se former sur place ; à Constantine ,
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nous l'avons attendu pendant un an, le voyant venir et ne le tenant pas. La bénignité des épidémies bretonnes repose sur les mêmes conditions ; quand un groupe est pénétré d'un miasme, il s'y acclimate relativement; en 4868, le& Arabes, qui faisaient le typhus, l'avaient bien moins que les Européens. Dans l'épidémie de Rouissan, on ne voit que six cas du 9 juillet au 25 septembre ; six cas en six semaines, ce sont presque des cas sporadiques et ceci trahit l'endémie plutôt que l'épidémie.
C'est encore un singulier argument que celui que l'on tire des collèges « où rien n'a changé depuis un siècle, ni les régies, ni le régime, ni même le mode d'enseignement. » Ne s'agirait-il pas là de maisons ecclésiastiques, trop fidèles, c'est vrai, au méphitisme séculaire des locaux et à l'hygiène moyen âge? Dans tous les cas, lorsque l'on ne progresse pas, l'on stagne, l'on croupit et ça n'a jamais été une garantie contre la genèse du typhus autochthone. Ce qui n'est pas arrivé au début peut parfaitement se réaliser après cent ans de stagnation.
Du reste, comme les localités, les maisons même, toutes prêtes à devenir des foyers, se sont rencontrées un peu partout dans la région, l'éclosion de petites épidémies localisées s'est produite le plus facilement du monde sous l'influence directe ou indirecte d'un premier malade : ce qui a donné le change aux observateurs et a fait croire à la contagion lorsqu'il n'y avait que le parachèvement de la constitution d'un foyer. Un typhique seul, amené dans un milieu salubre, est bien peu dangereux ; dans une ferme de Bretagne, il semble contaminer tous les habitants.
Les Bretons, pas plus que le reste des Français, ne sont réfractaires au typhus, spontané ou importé; mais, pas plus que les autres, ils n'ont d'aptitude spéciale, de race, vis-à-vis de cette maladie. Quand ils auront acquis le degré d'hygiène qui règne sur la généralité du territoire, non seulement ils ne feront plus le typhus, comme il est apparent qu'ils le font de nos jours, mais ce fléau, s'il débarque chez eux, y trouvera les mêmes difficultés d'acclimatement qu'à l'est, au nord ou au midi. Comme chez tous les peuples dans l'aisance, qui mangent, boivent et respirent salubrement, il s'épuisera de lui-même dès ses premiers coups. Car telle est la loi de ses migrations et, si l'on nous permet cette modification de texte : decrescit eundo.
Résistance au traumatisme chez les races françaises. Les Français supportent moins bien le traumatisme que les nations d'origine germanique, y compris les Anglo-Saxons d'Amérique. C'est ce qui semble ressortir des statistiques, en supposant que celles-ci aient toujours comparé des faits comparables, chose difficile. Cette fâcheuse inégalité peut bien avoir sa source dans une modalité spéciale de la nutrition chez les Français, dans la texture propre de leur fibre, dans la constitution de leur sang et, surtout, |dans la susceptibilité de leur système nerveux ; en un mot dans les attributs physiologiques de ce que l'on peut appeler la race française actuelle. Celte considération a été légitimement introduite dans les discussions relatives aux statistiques à la mesure desquelles les chirurgiens ont prétendu juger la valeur de tel procédé opératoire, de telles installations hospitalières. Avec Yelpeau, Legouest et d'autres chirurgiens. Chauffard a insisté sur la convenance de ne pas perdre de vue ces différences dans les dispositions respectives des nationalités vis-à-vis du traumatisme et, cette fois, nous inclinons à croire avec lui que la raison capitale de ces différences a sa base dans l'ethnologie. Résister au traumatisme, c'est surtout de la physiologie, bien que le cas soit exceptionnel, et il est clair que la modalité
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Ibnctionnelle est intimement liée aux ressources organiques. On diffère par cette fonction comme par la taille, par l'ampleur de la poitrine, etc. Il n'est pas plus e'trange que les Allemands résistent mieux au traumatisme que les Français qu'il ne l'est qu'ils fassent plus d'urée.
En dehors de cet à priori, il n'y a plus guère de démonstration péremptoire. Les statistiques sont à faire. Bien entendu, il faudra tenir compte du genre de blessure, du mode opératoire, quand il s'agira du traumatisme chirurgical, des méthodes de pansement, des systèmes hospitaliers et de beaucoup d'autres circonstances.
Il est bon de noter tout de suite que cette infériorité de résistance des Français vis-à-vis des Anglais et des Allemands est contradictoire d'un autre résultat d'après lequel le traumatisme serait d'autant plus grave que l'on se rapproche davantage des climats polaires (Jules Rochard, Influence du climat et de la race sur la marche des lésions traumatiques et la gravité des opérations chirurgicales ; in Bull, de l'Acad. de méd., 24 avril 1877). L'influence des climats chauds serait même si heureuse qu'elle efface toute différence de race et que là, blancs ou nègres, guérissent des blessures et des opérations avec rapidité et dans une mesure égale (0. Saint-Vel, DeVinfluence des climats et des races sur le traumatisme; in Gaz. hebdomad., 1877, n°19).
Cependant, lorsque le fait sera bien établi et que l'étendue en sera nettement fixée, il y aura encore cette remarque à faire : que ce sont peut-être moins les dispositions transmises par les souches ethniques, qui se révèlent en cette occasion, que les aptitudes, ou les faiblesses, acquises d'âge en âge par les générations successives et confirmées par l'hérédité. La vie physique et morale, suivant un courant uniforme, de siècle en siècle et dans les différentes grandes fractions du peuple, émousse les nuances primitives que chacune de celles-ci apportait et tend A'ers un type nouveau et commun, que chaque génération transmet à son héritière, plus accentué et plus fixe. Les Celtes, les Gaëls, les Ibères, nos ancêtres, ont possédé respectivement une certaine dose de résistance que nous ne pouvons connaître; ce qui est probable, c'est que celle des Français d'aujourd'hui n'est pas la même, et c'est de celle-là qu'il s'agit.
Maladies selon les âges. L'Enfance. Nous pensons pouvoir légitimement annexer cet ordre d'influences pathogéniques à celle de la race, surtout comprise comme il vient d'être dit. En effet, la mortalité des enfants, par conséquent l'élément essentiel de leur pathologie, dépend beaucoup plus de l'état du milieu social, comme le démontre M. Bertillon, appuyé en ceci par M. Fonssagrives, que du milieu géographique ou climatique, auquel M. Lombard accorde au contraire, sa principale attention. La France est justement le pays qui fournit le mieux la base de cette formule. Dans notre doux pays, la mortalité de 0 à 1 an est plus élevée qu'en Suède, dans le rapport de 216 à 146. Il semble facile d'admettre que cette dépendance du milieu social prime encore l'étiologie par l'alimentation ; celle-ci intervient, malheureusement trop, mais elle n'est pour ainsi dire que le côté matériel, l'application, le moyen, des influences du milieu social; ce ne sont pas les ressources alimentaires qui manquent en France, mais l'intelligence et la moralité dans la manière de s'en servir ; les nourrices mêmes seraient moins rares si le niveau moral se relevait, et celles qui ne sont que médiocres deviendraient bonnes, si les procédés d'éducation de la femme se souciaient davantage des besoins de la nature et que.
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dans la pratique de la vie, la femme reprît sa destination de mère de famille au lieu d'être un objet de luxe, instrument et victime du plaisir.
C'est encore, pensons-nous, à l'aide des dispositions ethniques acquises plutôt qu'en vertu des aptitudes primitives et transmises, que l'on peut s'expliquer la prédominance des chiffres de mortalité enfantine (1 à 5 ans et 5 à 15 ans) dans quelques départements bi^etons et du centre. M. Bertillon semble se rattacher à cette idée d'influences ethniques, en raison de ce fait que le Limousin et la Bretagne se ressemblent infiniment sous le rapport de la mortalité par groupes d'âges, à partir de cinq ans, et que le Limousin diffère sensiblement de la Guyenne, sa voisine. Mais alors, pourquoi le Morbihan se séparet-il, à ce point de vue, des autres départements armoricains, tandis que les Bouches-du-Rhône et l'Hérault (Ligures, Grecs) s'y adjoignent ?I1 y a, sans doute, nous le répétons, quelques dispositions acquises, moins générales que la répartition des rameaux élémentaires de notre race, presque localisées. En supposant, d'ailleurs, que le genre de travail journalier, les habitudes alimentaires, les ressources naturelles, les traditions en matière d'éducation des enfants, ne suffisent pas à rendre compte des nuances de la démographie.
Le climat reparaît quand on considère la mortalité de l'enfance dans l'ensemble d'une nation à peu près identique à elle-même dans tous ses éléments, comme milieu social. Nos départements méditerranéens ont une mortalité de un à cinq ans triple de celle des dix départements les moins chargés (Bertillon). La chaleur des étés, dont l'influence est incontestable, est assurément pour beaucoup dans cette aggravation de mortalité. Mais cet agent a-t-il été isolé et n'entrait-il pas, comme c'est si souvent le cas, en association avec le miasme palustre? Il faut dire, toutefois, que par toute la France, excepté Paris, le maximum de mortalité de la première enfance tombe sur le mois d'août et se continue en septembre, ayant commencé en juillet. M. Bertillon lui-même reconnaît pourtant que l'élément palustre doit intervenir dans ce maximum estival à Rochefort, où M. G. Maher l'a démontré numériquement. Dans les premières semaines d'existence c'est au contraire le froid qui entraîne la plus haute mortalité ; elle tombe sur les mois d'hiver (Lombard, Marmisse, Maher, Bertillon).
Les maladies qui caractérisent la pathologie infantile, dans nos pays tempérés, sont : les fièvres éruptives, variole, varicelle, rougeole, scarlatine; la diphthérie; la syphilis, congéniale avec le pemphigus malin, ou la syphilis insontiuni, la méningite tuberculeuse, des lésions cérébrales ou médullaires se manifestant sous forme i^ hydrocéphalie, de paralysie spinale, de paralysie pseudo-hypertrophique, d'éclampsie, d'épilepsie, de chorée, de tétanos; le rachitisme, le muguet, la stomatite ulcéreuse, la dyspepsie et Vathrepsie, Yenfe'n'fe (formes simples et choléra infantile), l'ictère; la tuberculisation entérique, mésentérique, péritonéale, pulmonaire ; la laryngite striduleuse, la bronchite et particulièrement la forme suffocante ou broncho-pneumonie ; le sclérème des nouveau-nés, le purpura hémorrhagique ; Vophthalmie purulente. Nous en passons, qui sont moins spéciales à l'enfance. La plupart de celles qui viennent d'être énumérées ne lui sont pas exclusives. Aucune ne l'est à l'enfance française.
Les enfants fournissent un contingent très-élevé aux maladies éruptives et à la plupart des affections spécifiques, en raison de leur réceptivité entière; ils n'ont pas d'abord l'immunité conférée par une première atteinte, ni l'acclima-
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tement à l'atmosphère miasmatique. La fréquence de ces affections chez eux, en France, est Aibordonnée au degré de perfection des moyens prophylactiques (vaccine, isolement), aux soins et à l'intelligence des parents, des tuteurs, des administrations secourables. Il y a donc encore, sur ce point, du chemin à faire pour la nation dans son ensemble et des lacunes ^jIus ou moins grandes à remplir, variables selon les points du territoire. Les caractères, la marche, la terminaison de ces maladies dépendent quelque peu des conditions climatériques, de la constitution épidémique (?) du moment; mais beaucoup de l'état d'enti'etien préalable et actuel des enfants {voy. le paragraphe des Influences SPÉCIFIQUES : Variole, rougeole, diphthérie).
Il est difficile d'indiquer un rapport étiologique tant soit peu précis, en ce qui concerne les maladies nerveuses infantiles et leur fréquence relative en France. En général, ces formes diverses de paralysies, de convulsions, de déviations morales ou intellectuelles, fournissent l'occasion de remonter un courant pathologique chez les ascendants. Quand on fait cette enquête avec soin, il est rare qu'on ne puisse prendre l'hérédité sur le fait, transmission immédiate ou atavisme. ?s'on pas que le même type se reproduise invariable, des générateurs plus ou moins reculés aux descendants ; les maladies nerveuses, on le sait, ont l'air de former un tout, une sorte de circuit, qui présente successivement, sous l'influence de circonstances peu connues, telle ou telle de ses parties. L'hérédité avec transformation des maladies nerveuses (Moreau, de Tours, Morel) est plus ordinaire que la transmission identique. Elle s'exerce, du reste, sur les déviations acquises, par l'alcoolisme par exemple, aussi bien que sur les lésions constitutionnelles.
La pathologie nerveuse des enfants, dans notre pays comme ailleurs, est donc le reflet delà santé nerveuse, si l'on peut dire, de la nation même. Elle résume, €n atténuant les nuances, l'état cérébral, les déviations morales ou intellectuelles, les vices mêmes, qui prédominent dans l'être collectif. C'est donc du tableau, que nous essaierons plus loin, des maladies mentales en Finance, qu'il faut rapprocher celte face [)articulière de la pathologie des premiers âges.
Chorée. Il y a lieu de faire une mention particulière de la chorée qui, dans un bon nombre de cas, procède de la diathèse rhumatismale, personnelle ou héréditaire, et ne relève des dispositions nerveuses qu'autant que celles-ci sont elles-mêmes provoquées par le rhumatisme (G. Sée, Trousseau, H. Roger, J. Simon, etc.). 11 est bien entendu que nous n'envisageons ici que la chorée des enfants et nullement la chorée épidémique du moyen âge, la « grande danse de Saint-Guy » {Tanzwuth), maladie cérébrale, à coup siàr, mais d'un tout autre genre que la chorée moderne {voy. l'Introduction).
La chorée a son maximum de fréquence de six à quinze ans ; les filles y sont trois fois plus sujettes que les garçons. Voici ce que pense M. J. Simon de l'influence AtV hérédité : « On peut dire que souvent la chorée se manifeste chez des enfants dont les parents sont doués d'un tempérament nerveux, sujets aux névralgies, aux affections douloureuses des nerfs de la vie organique, à l'hystérie, à l'épilepsie, aux convulsions, à l'aliénation mentale. L'état nerveux a changé de forme chez les descendants et prend les caraclères de la chorée. Enfin, dans un certain nombre de faits authentiques, la chorée provenait en hgne droite du père ou de la mère de l'enfant choréique, et tous présentaient les caractères de la diathèse rhumatismale. » {Nouv. dictionn. de méd. et de chirur. prat., t. YII, article Chorée.)
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Le même auteur, en raison de l'incontestable lien de la chorée avec le rhumatisme, attribue à notre climat une bonne part de la fréquence de la maladie; nous partagerions ce privilège avec l'Angleterre, l'Allemagne, et d'autres pays froids ou même tempe'rés, mais qui, par l'alternance des saisons, ramènent chaque atuiée l'époque du froid humide. Malheureusement, l'étiologie du rhumatisme par le froid humide repose sur une base des plus chancelantes, et la chorée se trouve devoir le suivre aussi dans la fragilité de ce rapport. Elle appartient, en effet, aux pays chauds aussi bien qu'aux autres. Sauf la Martinique, la Guadeloupe, les Antilles, où il paraît que la chorée est inconnue che? les blancs comme chez les gens de couleur (Rufz, Dariste, Chervin, Rocheux), les pays iiitertropicaux eux-mêmes n'ignorent point cette forme morbide. On la voit à Alger, même chez les Arabes (Berthérand), à Gonstantinople (Rigler), en Egypte (Pruner), sur la côte occidentale de l'Afrique (Clarke), sur les hauts plateaux du Mexique (Jourdanet).
Maladies des enfants relevant de V alimentation. Les affections du tube digestif possèdent a[)paremment l'importance capitale vis-à-vis de la pathologie et de la mortalité de la première enfance. Les documents statistiques par lesquels M. Bertillon, M. Brochard (de Nogent-le-Rotrou, Eure-et-Loir) en 1859, M. Monot (de Montsauche, Nièvre) en 1866, ont attiré l'attention des Académies et de l'autorité sur ce point si grave, n'ont pas porté sur la forme des maladies qui enlèvent tant d'enfants à la première période de la vie ; mais il est facile d'induire, de l'étiologie qu'ils signalent, les modes dont s'est servie la Mort pour accumuler les chiffres funéraires. Sans doute, un enfant confié, loin de sa famille, à des mains étrangères, peut mourir d'une maladie du froid ou de la chaleur, contractée peut-être dans le transport même ; il peut être victime d'accidents traumatiques, grâce au défaut de surveillance ; il est particulièrement exposé aux contacts infectants, etc. Mais il est évident que ce sont tout d'abord des affections digestives qui résultent directement des circonstances particulièrement dénoncées :
a. La nourrice mercenaire, naturellement moins attentive que la mère, mais surtout donnant peu de lait et un lait médiocre, parce qu'elle est déjà à une période avancée de la lactation, parce qu'elle est pauvre et se nourrit mal {la misère nourrit la misère, Fauvel) ; parce qu'elle se soucie modérément de ses nouveaux devoirs et ne relève pas pour la circonstance un degré de moralité habituellement inférieur. Le groupe de départements autour de Paris constitue, en raison du nourrissage, un vaste foyer de haute mortalité de zéro à un an (Bertillon). Sur 53 000 naissances annuelles, la capitale envoie 2500 nourrissons en province, dans plus de 5000 communes; alors que la mortalité de ce groupe d'âge pour toute la France est de 21,6 pour 1000, les petits Paris éprouvent un déchet de plus de 53 pour 1000. (Voy. Bull, de l'Acad. de méd., 1866, 1867, 1869, etc.; les Congrès de médecine ou d'hygiène.)
h. La nourrice au biberon ou au petit pot ; cette dernière pratique est très en faveur en Normandie (Denis Dumont, de Caen) ; l'autre, un peu partout (Beaugrand, Boudet, Perron, Willemin et Stolz, Gréquy, Le vieux), et réussit quelquefois, à la campagne, dans les familles oià il y a une vache, lorsque la nourrice ne recule pas devant des soins minutieux de propreté et qu'elle prodigue les précautions intelligentes. Hélas ! ceci n'arrive que quand la nourrice au biberon est la mère elle-même; lorsque ce procédé déjà anormal et dangereux est manié par une mercenaire, c'est un désastre. Nous l'avons vu fonc-
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tionner dans quelques communes du département de Seine-et-Oise, dans ces dernières conditions, et atteindre à ses effets ordinaires. A vrai dire, là aussi, nous avons souvent surpris la complicité tacite des parents et cet ensemble de dispositions qui permettent de supprimer une existence sans heurter trop carrément le code pénal ^.
c. L'alimentation prématurée, dont M. Jules Guérin (1867) a si expressément signalé et démontré les conséquences meurtrières. C'est un usage trèsrépandu dans les familles d'ouvriers des villes et des campagnes et, en général, partout où la mère a une besogne active, soit dans le ménage, soit à l'atelier ou aux champs. L'allaitement exclusif dure peu, parce qu'il fatigue la femme et prend du temps; les soupes, les panades, ont cette malheureuse séduction qu'elles paraissent tout d'abord satisfaire l'enfant; et puis, dans leur ignorance, les gens des classes ouvrières calculent qu'un aliment doit nourrir d'autant plus qu'il est épais! Ce préjugé est ordinaire chez les femmes du département du Nord et entraîne sur leurs enfants une énorme mortalité.
d. L'alimentation insuffisante ou de mauvaise qualité. M. Jules Guérin l'a soigneusement distinguée de la précédente et ajuste titre. Mais, si elle n'a pas les mêmes effets, elle en a d'autres qui ont aussi leur caractère funeste et même, par les manifestations immédiates, se rapprochent souvent de ceux de l'alimentation prématurée : nous voulons parler de l'action directe sur les fonctions digestives.
Nous ne prétendons pas que ces désastreuses habitudes soient propres à notre pays. Il convient, d'ailleurs, de reconnaître qu'il est loin d'être un des plus maltraités par la mortalité infantile; il vient après la Suède, la Norvège, la Belgique, l'Angleterre, mais avant la Prusse, l'Espagne, l'Italie, et bien avant l'Autriche, la Russie, la Bavière. Mais elles y sont constatées et délinies sur plus d'un point; eu égard à notre faible natalité, nous avons moins que toute autre nation les moyens de perdre quelque chose sur nos ressources de restitution démographique; il importe donc d'établir leur rapport avec les modes morbides qui moissonnent si largement sur nos enfants du premier âge.
Ce sont ces lacunes de l'alimentation, associées ou isolées, qui trompent l'impérieux besoin de digestion et d'assimilation que la nature a imposé au nouveau-né et aboutissent en définitive à cet état, qui est plus que l'inanition et que M. Parrot a justement désigné sous le nom à'athrepsie [a. privatif, ôpÉi|/iç action de se nourrir), et dont le muguet est un des symptômes les plus caractéristiques, ainsi que l'avait observé Valleix, se trompant toutefois sur le rôle de cet accident ; ce n'est pas le muguet qui provoque les désordres ultérieurs, il les annonce; Voïdium prospère parce que le terrain est devenu favorable. La dyspepsie, la diarrhée, Ventérite, dérivant des mêmes erreurs alimentaires, mènent à l'athrepsie ou même en font partie. Puis, vient Vérythème des fesses, dû aux liquides diarrhéiques ; les ulcérations, h pemphigiis, suivent de près; la peau se colore en jaune, ou en bleu, devient lisse et dure, comme accolée au tissu cellulaire sous-jacent, induré ; la stéatose viscérale se généralise.
' Nous ne pouvons omettre de noter ici qu'une loi, dite de protection des enfants du pt^emier âge, a élé volée le 25 dccenfibre 1874, par l'Assemblée nationale, sur la proposition d'un représentant qui appartient à notre profession, M. Théophile Roussel. CeUe loi place d'une façon spéciale, sous la sauvegarde de l'Etcit, la vie des enfants à qui les soins maternels font défaut. (Art. 1". Tout enfant, âgé de moins de deux ans, qui est placé, moyennant salaire, en nourrice, en sevrage ou en garde hors du domicile de ses parents, devient, par ce fait, l'objet d'une surveillance de l'autorité publique ayant pour but de protéger sa \ie et sa santé.)
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Nous avons déjà reconnu le rôle de la chaleur dans les diarrhées et entérites infantiles d'été. Le choléra infantile, à peu près exclusivement attaché à cette saison, frappe si rapidement et quelquefois de si heaux enfants que des auteurs ont pu croire à une sorte d'intoxication miasmatique (A. d'Espine et G. Picot, Manuel pratique des maladies de Venfance. Paris, 1877). Il est certain, aussi, que les enfants sont, comme les adultes, exposés aux répercussions intestinales. Néanmoins, il nous a toujours paru que, parmi ces victimes, c'étaient encore les enfants dont l'alimentation avait été mal conçue ou mal dirigée qui succomhaient en plus grand nombre. La mauraise alimentation n'était pas telle qu'elle eiit causé la catastrophe à elle seule ; un élément nouveau survient, qui comhle la mesure et trouve les ressources de la jeune économie insuffisantes.
Nous relevons dans le bulletin annuel des décès de la ville de Lille pour 1876 (docteur Castiaux) les chiffres suivants, qui, tenant compte des groupes d'âge, ont une grande signification.
Décès par diarrhée-entérile, en tout 755
— — de 0 à 1 an L89
— — de 1 à 5 aDS 156
— cholérine, en tout 112
— — de 0 à 1 an 94
— — de 1 à 5 ans 14
La mortalité totale de zéro à un an est de 1534 décès ; de un à cinq ans 960; soit 2494 décès au-dessous de cinq ans sur un total de 5111 décès de tout âge. Pour 1877, nous avons la répartition des décès par trimestre :
TRIMESTBE.
TRIMESTBE.
TBIME3TRE.