DEPARTEMENTS CELTIQUES DU CENTRE
Tarn 814
Ardèche 973
Haute-Loire 1112
Puy-de-Dôme 1115
Loire 1117
Aveyron 1135
Lozère 1130
Haute-Yienne 1388
Lot 1448
Allier 1348
Corrèze 1597
Creuse IGll
Dordogne 1638
Indre 1694
Vienne 1725
Canlal 1845
DEPARTEMENTS NORMANDS
Manche 2452
Calvados 2364
Seine-Inférieure 2845
Orne 5333
Eure 5860
Moyenne 5Ù07
Moyenne 1370
Au point de vue ethnologique, il est difficile de comparer la fréquence relative dans les divers départements des infirmités considérées dans leur en-
ï semble ; car deux races très-diverses peuvent être sujettes à des infirmités com-
I plétement différentes, mais également nombreuses. Néanmoins certains groupes
,i ethniques paraissent jouir d'une immunité, ou présenter une prédisposition plus
if ou moins grande à l'égard d'un grand nombre d'infirmités. De 1850 à 1858, inclu-
I sivement, la proportion des exemptions pour infirmités en général, qui de 171 sur
II 1000 examinés dans le département del'Ardèche s'élève à 386 dans celui de l'Orne, ^ d'après le tableau donné par M. Sistach, n'est que de 216 pour le groupe i breton y compris le département de la Mayenne, tandis qu'elle atteint 327 pour ||i| les départements normands, qui d'ailleurs en général, sous le rapport patholoi gique, comme sous celui de la taille, ont de grandes analogies avec les départef ments des régions anciennement occupées par les peuples galates-belges. [Rec.
de méd. chir. et pharm. milit., 5^ série, t. YI, p. 353 et 368.)
EXEMPTÉS POUR mFlRMITÉS GÉNÉRALES, SUR 1000 EXAMINÉS.
DÉPARTEMENTS AEMORJCO-BRETONS.
Morbihan 178
Côtes-du-Nord 205
Loire-Inférieure 211
Finislerie 223
Mayenne 231,8
Ille-et-Villaine 248
DEPARTEMENTS NORMANDS
Calvados 270,3
Manche 515,6
Seine-Inférieure 555
Eure
Orne
Moyenne 216,3 i
Moyenne 527,
Cherchons actuellement à résumer les faits trop peu nombreux qui ressortent de la comparaison des différents groupes ethniques au point de vue de la répartition des infirmités. Parmi ces groupes, deux, celui des départements de la Bretagne et celui des départements du Centre, quoique différant complètement l'un de l'autre par leur situation géographique, présentent entre eux de grands rapports ethnologiques : car tous deux faisaient partie de la Celtique, du pays des
92 FRANCE (anthropologie).
Celtes. Or les populations de ces deux groupes présentent entre elles les plus grandes analogies, non-seulcraent sous le rapport de la taille généralement peu élevée, mais ausssi sous le rapport de plusieurs infirmités généralement peu fréquentes, comme la myopie, la mauvaise denture, les hernies, les varices et les varicocèles.
Le département des Landes, compris dans l'ancienne Aquitaine, par la proportion assez considérable de ses exemptés pour défaut de taille, par la proportion assez faible de ses exemptés pour myopie, varices et varicocèles, semble beaucoup se rapprocher des départements compris au centre de l'ancienne Celtique. Quoique devant être principalement peuplé d'anciens Aquitains de race ibérienne, ce département est vraisemblablement habité, dans sa partie nord-est, par les descendants des Boies, homonymes des Boies des bords de l'Allier, et de ceux qui ont laissé leur nom à la Bohême ; mais la présence des descendants de ces Boies ne seml)le pas suffisamment rendre compte de ces diverses analogies, dans les proportions d'exemptions.
Les départements méridionaux anciennement peuplés de Ligures, d'Aquitains, présentent beaucoup de myopes.
Les départements de la région anciennement occupée par les Belges diffèrent des déparlements dn Centre et de la Bretagne, non-seulement par la taille élevée de leurs habitants, mais aussi par une notable proportion de myopes et déjeunes hommes exemptés pour perte de dents.
Enfin les départements normands, qui, limitrophes des départements bretons, se trouvent comme eux sur le littoral, dans des conditions climatologiques analogues, mais sont partiellement occupés par les descendants des INormands d'origine Scandinave mêlés aux populations gallo-celtiques antérieures, se distinguent de ces départements bretons, ainsi que de ceux du Centre de la France, non-seulement par la taille plus élevée de leurs habitants, mais aussi par une plus grande proportion d'infirmes en général et de jeunes gens affectés de mauvaise denture, de hernies, de varices, de varicocèles en particulier.
On voit donc que les races composant notre population présentent une inégale prédisposition morbide, et que parmi ces races les descendants des Celtes se font remarquer par une immunité relative.
Par suite de la prédisposition morbide notablement différente des différentes races peuplant le territoire de la France, les exemptions pour infirmités ont l'inconvénient de porter très -inégalement sur les populations des divers départements, puisque l'on a vu que sur 100 000 examinés le département d'Indre-et-Loire ne compte que 51 myopes, alors que celui des Bouchesdu-Rhône en a 1181, soit 25 fois plus, et que, pareillement, le département du Puy-de-Dôme ne compte que 36 jeunes gens exemptés pour mauvaise denture, alors que celui de la Dordogne en a 6760, soit 187 fois davantage.
En outre, ces exemptions du service militaire pour infirmités ont pour conséquence de laisser dans leurs foyers les infirmes, tandis qu'elles en éloignent les hommes reconnus sains. Dès lors, on donne ainsi aux infirmes toutes facilités pour se faire une position et se marier promptement, tandis qu'on retarde de cinq années et plus le mariage des hommes sains i-etenus sous les drapeaux. On favorise donc ainsi la reproduction des infirmités souvent héréditaires; fâcheuse sélection, qui aurait dû tendre à accroître de plus en plus le nombre des infirmités, si les conditions d'hygiène générale ne s'étaient notablement améliorées.
FRANCE (anthropologie). 95
Les conséquences de celte sélection militaire sur la population sont ainsi appréciées par )I. Ilœckel : « On choisit par une rigoureuse conscription tous les jeunes hommes sains et robustes. Plus un jeune homme est Yigoureux, bien portant, normalement constitué, plus il a de chances d'être tué par les fusils à aiguille, les canons rayés et autres engins civilisateurs de la même espèce. Au contraire, tous les jeunes gens malades, débiles, affectés de vices corporels, sont dédaignés par la sélection militaire; ils restent chez eux en temps de guerre, se marient et se reproduisent. Plus un jeune homme est infirme, faible, étiolé, plus il a de chance d'échapper au recrutement et de fonder une famille. Tandis que la fleur de la jeunesse perd son sang et sa vie sur les champs de bataille, le rebut dédaigné, bénéficiant de son incapacité, peut se reproduire et transmettre à ses descendants toutes ses faiblesses et toutes ses infirmités... Il résulte nécessairement de cette manière de procéder que les débilités corporelles et les débilités intellectuelles, qui en sont inséparables, doivent non-seulement se multiplier, mais encore s'aggraver. >; (Hseckel, La création : ext. dans Rev. cVanthrop., t. IV, p. 178, 1875.)
M. Tschouriloff, dans une étude sur la dégénérescence des peuples civilisés, a également insisté sur l'influence nocive de celte sélection militaire tendant à. accroître la proportion des infirmités. De même qu'on a vu précédemment la proportion des jeunes gens exemptés pour défaut de taille s'élever à la suite des nombreuses guerres de la première République et du premier Empire; de même à la suite de cette meurtrière époque durant laquelle les infirmes étaient seuls laissés à la procréation, la proportion des infirmes de 25,-1 pour 100 visités en ISIQ se serait élevée à 33,25 de 1831 à 1835; conséquemment il y aurait eu un accroissement de 8 infirmes par 100 visités ou d'un tiers de la proportion qui existait pour la classe de 1816. (Tschouriloff, Rev. cVanthrop., t. V, p. 607, 1876.)
Pour restieindre autant que possible les conséquences fâcheuses de celle sélection militaire sur la population, M. Broca, M. Bergeron, M. Giraud-Teulon, ont cru devoir insister pour que de nombreuses infirmités ne fussent plus considérées comme des motifs d'exemption du service militaire. « Il n'y a plus de raison pour maintenir le pied plat au nombre des cas d'exemption, observe M. Broca, car la plupart des individus atteints de pied plat peuvent très-bien supporter une marche de cinq à six lieues par jour; ils peuvent faire d'ailleurs d'excellents cavaliers... Même remarque relativement aux varicocèles et aux varices. Beaucoup d'individus qui en sont atteints se livrent à des travaux au moins aussi pénibles que ceux du soldat... Le nombre des exemptions {)our cause de varicocèles ou de varices pourrait être réduit de plus des trois quarts. La mauvaise denture exempte chaque année plus de 20 000 individus qui pourraient faire d'excellents soldats. Le soldat, dit-on, doit avoir de bonnes dents pour déchirer les cartouches et pour manger le biscuit. Mais les cas où il se nourrit de biscuit sont devenus tout à fait exceptionnels, et d'ailleurs il trouve partout de l'eau pour le ramollir. Quant à la cartouche classique, elle va bientôt disparaître : il n'est pas nécessaire d'avoir de bonnes dents pour ( harger les nouveaux fusils... Presque tous les bègues peuvent crier : Qui vive!... La plupart des bègues feraient de très-bons soldats... Un homme atteint de becde-lièvre simple manie un fusil aussi bien qu'un autre. . . On exempte les individus atteints d'alopécie, de calvitie... La force ne réside pas dans les cheveux. On refuse les borgnes : les Romains durent un jour leur salut à un illustre
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borgne, Horatius Codes. » (Sur le mouvement de la population : Bull, de Vacaâ. de méd., t. XXXII, p. 844-845, 1867.)
M. Chervin a également demandé que le bégayement ne fût plus considéré comme motif d'exemption, car souvent il pourrait être promptement guéri. (Stat. du bégayement en France, p. 10, 1878.)
Selon M. E.-J. Bergeron, des causes d'exemption du service militaire « on pourrait impunément supprimer la teigne, ainsi que cela a lieu en Autriche. Récente, elle peut être traitée et radicalement guérie dans l'espace de quelques semaines ou de quelques mois, sans laisser après elle aucune trace de son passage... Parmi des centaines de teigneux qui, chaque année, sont exemptés par les conseils de révision, il y en a au moins les deux tiers qui feraient d'excellents soldats... Les teignes se développent aussi bien sur les sujets robustes que sur ceux qui sont sous l'influence de la diathèse scrofuleuse. « (Et. sur la géographie et la prophylaxie des teignes, p. 28, 50, 58-59, tableaux, extr. àesAnncdes d'hygiène publ. et de méd. lég., 2^ sér., 1865, t. XXIII.)
Pareillement, M. Giraud-Teulon, en examinant s'il convient « de continuer, avec la règle française, à bannir de l'armée le sujet myope, ou, avec l'économie allemande, de ne plus faire de ce A'ice de conformation oculaire un motif d'exemption, )) est amené à penser que, si l'on admettait l'usage des lunettes pour les soldats dans le rang, comme pour beaucoup d'officiers d'armes savantes, le myope armé du n° 8, celui voyant à distance avec les verres concaves n" 5, et lisant à 55 centimètres avec les verres concaves n" 5, pourraient rendre les meilleurs services, et à fortiori, tous les myopes de degré moindre. Dans la pensée que le' myope souvent devient tel par le fait du travail de près, M. Giraud-Teulon insiste d'ailleurs pour qu'il ne soit pas exempté; car, « en le maintenant dans le mouvement actif, on lui rend au contraire un très-réel service; sa myopie devient stationnaire, et c'est là une guérison. )> (De la myopie au point de vue du service militaire : Gaz. hehd. de méd. et de chir., 19 août 1870, p. 514-517.)
A la suite du pied plat, des varices, du varicocèle, de la mauvaise denture, du bégayement, du bec-de-lièvre, de la myopie, de la teigne, de la calviiie, de l'alopécie et autres infirmités précédemment mentionnées, comme ne paraissant pas toujours suffisantes pour faire exempter du service militaire, ainsi que je l'avais fait remarquer dans des considérations médicales et anthropologiques sur la réorganisation de l'armée, on pourrait en indiquer bien d'autres, comme le strabisme, certains goitres, certains vices de conformation des organes urinaires et de diverses régions, comme la plupart des affections cutanées, dartres, couperoses, etc., quand elles ne sont pas générales et lorsqu'elles ne sont pas contagieuses. {Gaz. hehd. de méd., 1871.)
Selon la loi du recrutement du 27 juillet 1872, article 16 : « Sont exemptés du service militaire les jeunes gens que leurs infirmités rendent impropres à tout service actif ou auxiliaire dans l'armée. »
Aussi l'instruction rédigée par le conseil de santé des armées, en date du 5 avril 1875, cherche-t-elle à préciser d'une part les maladies, infirmités et difformités qui rendent impropre au service actif ou armé, d'autre part les maladies, infirmités et difformités qui sont incompatibles avec le service actif ou armé et, qui ne rendent pas impropre au service auxiliaire. Dans cette dernière catégorie se trouvent indiqués la calvitie, l'alopécie, le strabisme léger, la myopie modérément prononcée, mais exigeant cependant le port de lunettes dans le service, le bec-
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de-lièvre peu étendu, la perte ou le mauvais état d'un grand nombre de dents, le bégayement, la hernie inguinale ou crurale, le varicocèle et les varices à un faible degré de développement, les pieds plats et peu déviés, c'est-à-dire la plupart des infirmités que MM. Broca et Giraud-ïeulon pensaient ne pas devoir être considérées comme des motifs d'exemption du service militaire. On peut toutefois remarquer que l'albinisme, les nœvi-materni étendus, l'atrophie ou le développement excessif de la conque de l'oreille, l'hypertrophie de la lèvre supérieure, et maintes autres infirmités regardées comme rendant impropres au service actif ou armé, ne sont pas mentionnés au nombre des infirmités compatibles avec le service auxiliaire. (Voir cette instruction : Morache, Militaire (hygiène) : Dlct. encycl. des se. méd., 2*^ sér., t. VU, p. 757 et 742.)
Constatons donc que la loi militaire actuelle, en appelant et maintenant beaucoup de jeunes gens légèrement infirmes, a, en principe, au point de vue anthropologique, l'avantage de ne pas leur créer la position exceptionnelle qu'antérieurement à cette loi ils avaient, puisque laissés dans leurs foyers, alors que les jeunes hommes sains étaient maintenus sous les drapeaux, ils pouvaient se marier, et ainsi perpétuer diverses infirmités parfois héréditaires. Mais cette même loi stipulant cinq années de service actif, temps beaucoup trop considérable, on se trouve d;ins l'impossibihté d'appeler et de maintenir ainsi tous nos jeunes hommes à l'armée ; et conséquemment on doit être amené à accorder trop facilement de nombreuses exemptions pour infirmités.
De la mortalité. Après avoir montré que la natalité, dans notre état de civilisation, n'est nullement en rapport avec la fécondité physiologique propre à telles ou telles races, mais qu'au contraire elle est principalement en rapport avec les diverses conditions sociales amenant les parents à limiter volontairement leur fécondité par le désir d'assurer à leurs enfants une situation au moins aussi bonne que celle dont ils jouissent eux-mêmes; après avoir reconnu que, au contraire, la morbidité diffère notablement suivant les divers éléments ethniques répartis sur notre territoire, il importe également de voir si la mortalité diffère suivant l'origine ethnique de nos différentes populations. >
Depuis le commencement du siècle, la mortalité de notre population a diminué d'un cinquième, proportion considérable. Annuellement de 277 sur 10 000 habitants durant la période 1800-1810, elle est d'abord descendue progressivement et assez régulièrement jusqu'à 235 durant la période 1841-1850. Momentanément, elle s'éleva à 259 durant la période 1851-1860 ; sa marche décroissante s'étant trouvé arrêtée par la guerre de Grimée, qui, d'après les intéressantes i^echerches de M. Chenu, fit périr 95 615 militaires. (Rapp. au conseil de santé des armées sur les résultats du service médico-chirurgical aux ambulances de Crimée et aux hôpitaux français de Turquie, pendant la campagne d'Orient, 1854-1856, p. 519. Paris, 1865.) Mais la mortahté reprit de nouveau sa marche décroissante et s'abaissa à 250 durant la période 1861-1868, s'accrut légèrement en 1869 à 254, puis considérablement jusqu'à 285 et 548 décès pour 10 000 habitants en 1870 et 1871 durant la guerre, qui, cette dernière année, augmenta de moitié la mortalité totale de la population. Depuis, ainsi qu'on le' remarque dans la statistique officielle, débarrassée des organisations débiles qui n'avaient pu résister aux fatigues de la guerre, aux privations qu'elle entrahie et aux maladies de tout genre dont nos populations avaient été atteintes, la France compta 477 946 décès de moins en 1872 que dans l'année
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précédente, et sa mortalité descendit à 219 décès sur 10000 habitants, proportion qui, vu les variations récentes en plus ou en moins, ne peut pas être considérée comme l'expression bien arrêtée de notre mortalité. (Statist. de la France, nouv. série, t. II à Y, Décès, 1872-1875.)