‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.41Chapitre 17 sur 163 · NAISSANCES. DÉCÈS. ACCROISSEMENT · texte numérisé non relu

NAISSANCES. DÉCÈS. ACCROISSEMENT

Norwége, 1861-r8. . . . 515 i83 130

{. Suède, 1861-70 519 204 115

Danemarck, 1861-8.. . . 512 20^. -108

FRANCE (anthropologie). 91

.NAISSANCES. DKCÈS. ACCROISSEMENT.

Hanovre, 1860-4 534 218 118

Ecosse, 1861-S 356 222 13-i

Angleterre, 1861-8. . . . 556 226 130

France, 1861-9 265 228 35

Belgique, 1861-8 522 240 82

Hollande, 18vil-8 355 254 101

Bade, 1861-8 333 258 75

Prusse, 1861-7 382 268 114

Saxe, 1861-8 401 290 111

Espagne, 18;i-5 38-i 295 89

Cuvière. 1861-8 376 298 78

Italie, 1865-8 375 306 69

Hongrie, 1861-8 410 305 111

Wunemherg. 1861-8. . . 407 315 92

Autriche, 1861-8 381 325 56

Russie, 1861-5 507 368 139

Comparativement aux États de l'Europe, la France présente donc une mortalité moyenne; mais comme sa population comprend peu d'enfants, qui toujours présentent la plus grande proportion de décès, sa mortalité est encore proportionnellement beaucoup plus grande que celle des États qui, tout en présentant une mortalité moindre ou égale à la sienne ont comme la Norwége, la Suède, le Danemarck, le Hanovre, l'Ecosse et l'Angleterre une beaucoup plus grande natalité.

Si maintenant on étudie la mortalité dans les différentes régions de la France, sans prétendre attribuer exclusivement à une influence ethnique ce qui peut être attribué à d'autres causes, climatologiques ou sociales, mal déterminées, ainsi que l'a démontré dans sa démographie figurée de la France M. Bertillon (cartes V, VI et XVII, 1874), on est frappé de l'énorme mortalité des enfants de 1 à 5 ans dans nos départements du littoral méditerranéen, peuplés principalement de descendants de Ligures. Tandis que dans l'ensemble de la France, de 1840àl849etde 18o7 à 186C, 10000 enfants de 1 à5 ans présentent 558 et 540 décès annuels, dans les départements des Alpes Maritimes, de l'Ariége, du Var, de l'Aude, des Basses-Alpes, de Vaucluse, des Hautes-Alpes, des Boucbes-du- Iihône, de l'Hérault, du Gard et des Pyrénées Orientales 40 000 enfants du même âge présentent de 502 à 629 et de 500 à 772 décès annuels, proportions approximativement doubles. Cette mortalité considérable de nos jeunes compatriotes du littoral méditerranéen et des Alpes se fait remarquer, quoiqu'à un moindre degré et d'une manière moins générale à des âges plus avancés, enparticulier de 15 à 20 ans.

Il est à remarquer qu'en général les départements de la région sud-ouest de la France anciennement peuplée par des Aquitains présentent une moindre et plus irrégulière mortalité que ceux du Sud-Est.

Quant aux départements qui se trouvent dans l'ancienne Celtique, s'étendant de l'Océan aux Alpes, ils présentent généralement, à quelques exceptions près, une assez grande mortalité aux âges moyens de la vie, de 20 à 40 ans et au delà, surtout dans la région armoricaine, dans notre Bretagne actuelle où la race celtique paraît prédominer, et dans la région orientale voisine des Alpes où l'on a vuprécédemmentStrabon indiquer la juxtaposition d'une part de peuplades celtiques, d'autre part de peuplades ligures dont on vient de voir la mortalité élevée. (I. H, ch. V, § 28, p. 106, coH. Didot).

Toutefois cette mortalité varie encore beaucoup entre divers départements souvent peu éloignés, voire même aux mêmes âges. M. Bertillon a fait remarquer

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que sur 10000 jeunes gens des deux sexes de 15 à 20 ans alors que le département du Lot ne compte que 162 décès, celui de la Gorrèze en compte 271 (D. f. carte XVll et p. lix). Pareillement aussi plusieurs départements intermédiaires à la Bretagne et au centre de l'ancienne Celtique se font remarquer par une très faible mortalité de 20 à 40 ans (D. f., cartes XXI, XXIII, XXV, etc.). Ces variations selon les âges, selon les départements d'une même région, principalement habitée par les descendants d'une même race, tend cà montrer que la mortalité relative est plus ou moins indépendante des conditions ethniques et est le plus souvent attribuable à d'autres causes, d'ailleurs insuffisamment déterminées. Cependant si en général les départements de la région celtique présentent une mortalité assez élevée aux âges movens de la vie, de 20 à 40 ans et au delà ; au contraire ceux du Nord et du Nord-Est qui répondent à la région où immigrèrent anciennement les peuples d'outre-Rhin et d'outre-mer, Galates-Kimmériens, Belges, Francks, Normands, semblent en général présenter une mortalité assez faible; tels sont surtout à l'ouest de la Seine quelques départements faisant partie de l'ancienne Normandie. A divers âges leur faible mortalité les différencie complètement de ceux de la Bretagne à mortalité souvent assez élevée. Cette faible mortalité des départements normands, en partie peuplés d'immigrés Scandinaves, semble naturelle quand on se rappelle que les habitants des pays Scandinaves, norwégiens, suédois et danois présentent une très-faible mortalité, ainsi qu'il a été dit précédemment. Mais on a lieu d'être surpris quand on voit ces départements normands, malgré leur mortalité proportionnellement faible ou moyenne, offrir, contrairement aux pays Scandinaves à accroissement rapide, une diminution constante de population, alors que la population totale de la France s'accroît légèrement. Cette diminution de population, ainsi qu'il a été dit à propos de la natalité, tient à la proportion très-restreinte des naissances de beaucoup dépassées par les décès. Alors qu'en 1872, la population de la France entière s'accroissait de 48 individus sur 10000 habitants, celle des départements du Calvados, de l'Eure, de l'Orne et de la Manche, par suite de l'excédant des décès peu nombreux sur les naissances volontairement moins nombreuses encore, diminuait de 18 individus sur 10000 habitants.

Lorsque, cherchant à se rendre compte de l'état de prospérité relative d'une population comme la nôtre on compare la mortalité des habitants de la campagne et des habitants des villes, on reconnaît bientôt qu'elle est plus considérable chez ces derniers, et cependant continuellement les ruraux émigrent des campagnes vers les grands centres urbains, dans une proportion telle, ainsi qu'il a été dit précédemment, que ce déplacement est de près d'un quinzième de la population urbaine, de 664 sur 10000 habitants, en 26 ans. A certaines périodes de la vie des peuples on voit ainsi les habitants des campagnes se porter vers les villes au grand détriment de la prospérité anthropologique de la nation. Cet abandon des campagnes pour le séjour des villes, on l'observa jadis dans notre pays sous l'empire romain. Vainement on repeupla les régions désertes avec des prisonniers, avec des colons ou lœtes barbares. On continua à se porter vers les villes, lieux de plaisirs et de lucre facile. Aussi la nation s'affaiblit de plus en plus jusqu'au commencement du cinquième siècle, où eurent lieu les grandes invasions des peuples d'outre-Rhin. Heureusement notre pays n'en est pas arrivé actuellement à cet état de dépérissement social; mais néanmoins on ne peut voir sans quelque appréhension nos campagnards

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déserter les travaux des champs, alors que des étrangers, viennent dans nos départements du Nord -Est faire la moisson et les autres travaux agricoles, bien plus^ salubres que les travaux industriels des villes préfe'rés par nos com patriotes.

En effet la population rurale présente une mortalité moindre de plus d'un sixième que celle de la population urbaine, ainsi qu'on peut le voir dans le tableau suivant. En 1875, alors que la population rurale avait 212 décès sur 10 000 habitants, la population urbaine en avait 271. Cet accroissement d'un quart de la mortalité est énorme (Stat. de la France, nouv. série, t. II, V, décès en 1872-1875).

Département de la Seine

Population urbaine ( habitant des villes de plus de 2000 àmesV . .

Population rurale (habitant des localités de moins de 2000 âmes). .

France. — Population totale. . . . 25 i 285 518 219 255 215 251

Quant à la population du département de la Seine, qui constitue notre agglomération urbaine la plus considérable, il peut paraître singulier qu'elle présente une mortalité apparente moindre que celle de la population lu^bairte des auti^es départements, dans le rapport de 255 à 278 sur 10 000 en 18G9, de 241 à 271 sur 10000 en 1875. Cette mortalité de la population agglomérée paz^sienne, moindre que celle des habitants des villes de province, bien que toujours plus considérable que celle des habitants des campagnes n'est qu'apparente ; elle trouve son explication dans les mouvements migratoires de cette population ainsi que j'ai cherché à le montrer dans mon Étude de statistique anthropologique sur la population parisienne {Annales cV/iyg., t. XXXI, 1868).

Du département de la Seine émigrent en grand nombre des enfants de 0 à 1 an, âge de grande mortalité. Selon MM. llusson et Boudet, cette émigration annuelle des nouveau-nés de Paris seulement, envoyés en province, s'élèverait au moins à 18000 ou 20 000 nourrissons. (Discus. sur la mortalité des nouveau-nés : Bull, de l'Acad. de méd., t. XXXII, p. 92 et 269, 1806). Emportés par des nourrices, beaucoup de ces enfants vont mourir en province et déchargent d'autant l'obituaire de ce département. Déduisons de si 520 enfants nés vivants en 1856, les 26 798 enfants de 4 ans recensés en 1861 âge auquel la plupart des enfants sont revenus de nourrice chez leurs parents dans le département de la Seine ; nous constatons un déficit de 27722 enfants, soit de 50,84 pour 100. Or, sur ce déficit de 27 722 on a enregistré 16 156 décès dans le département de la Seine, soit 8856 d'enfants de 0 à l an en 1856 et 7500 d'enfants de 1 à 4 ans de 1857 à 1860 inclusivement, il reste donc encore un déficit de M 566, en grande partie imputable aux décès des nourrissons envoyés en province (Stat. de France, 2^ série, t. X, p. 26 45, 47, t. XI, p. 47 et 51, et t. XIII, p. 100. — G. Lagneau, De la mortalité des enfants nés dans le département de la Seine : Gaz. hebd. de méd., 1875).

Tandis que de nombreux enfants parisiens vont mofurir au loin, au contraire vers le département de la Seine affluent en grand nombre des jeunes gens, des adultes, arrivés à des âges de faible mortalité. On peut juger de l'importance de cett«. immigration des jeunes gens et adultes dans le département de la Seine, d'une part en recherchant les proportions de natifs et d'immiorés

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composant la population de ce département; d'autre part en comparant la répartition sériale des nombres d'habitants de différents âges dans le dépar tement de la Seine et dans la France entière. Or, le recensement de 1861 a montré que sur 10 000 habitants du département de la Seine 5747 en sont natifs, mais 6255, près de deux tiers, sont immigrés des autres départements ou des pays étrangers (Stat. de France, 2^ série, t. XIll, p. XLIV). Pareillement le dénombrement de 1872 a fait voir que, malgré la guerre récente ayant pu engager certains habitants à retourner dans les pays où ils étaient nés, on comptait sur 10 000 habitants du département de la Seine 5609 natifs de ce département, et 6597 habitants venus de province ou de l'étranger (Stat. de France, 2^ série, t. XXI, p. XXV). Relativement à la répartition sériale des habitants suivant les âges, tandis que dans la population de la France entière, comme dans toute population se maintenant physiologiquement par les naissances, non par les immigrations, le nombre des individus diminue d'une manière assez régulière à mesure qu'ils avancent en âge, depuis la naissance jusqu'à la plus extrême vieillesse ; au contraire dans la population du département de la Seine le nombre des individus s'accroît considérablement de la naissance à la trentième année pour décroître ensuite rapidement. Ainsi si l'on se borne à comparer dans ces deux populations les nombres des enfants de Oà Sans puis ceux des habitants de 25 à 50 ans, on voit que, dans la France entière, d'après les dénombrements de 1851, 1856, 1861, 1866 et 1872 les seconds sont moins nombreux que les premiers d'environ un cinquième. En 1872 les enfants de 0 à 5 ans étaient au nombre de 5 552 017 et les habitants de 25 à 50 ans au nombre de 2 604 721. Et contrairement on voit que dans la population du département de la Seine les personnes de 25 à 50 ans sont plus nombreuses que les enfants de 0 à 5 ans de près de trois cinquièmes, les enfants deO à 5 ans étant au nombre de 149652 et les habitants de 25 à 50 ans au nombre de 251 282. Donc de 0 à 50 ans tandis que les habitants de la Finance perdent un cinquième par décès, les habitants du département de la Seine augmentent de plus des trois cinquièmes, par immigration, malgré leurs décès plus nombreux: 222 au lieu de 219.

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