‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.41Chapitre 18 sur 163 · POPULATION DU DÉPARTEMENT DE LA SEINE · texte numérisé non relu

POPULATION DU DÉPARTEMENT DE LA SEINE

DeO à Sans 90,584 103,985 125,986 142,826 149,632

De 25 à 50 ans 162,678 205,595 222,916 228, 50i 251,282

Ces deux modes d'évaluation approximative du nombre des immigrés dans le département de la Seine suffit pour montrer combien est considérable cette immigration de jeunes gens et d'adultes à l'âge où la mortalité est minime, et cependant on voit que cette mortalité est encore de 222 décès sur 10 000 dans la population du département de la Seine, alors qu'elle n'est que de 209 dans la population rurale.

Or, à cette mortalité des habitants natifs ou immigrés du département de la Seine, si l'on ajoute celle des nourrissons natifs de ce département envoyés au

FRANCE (anthropologie). iOl

loin en nourrice, on constate que la mortalité présentée par la population de l'agglomération parisienne, loin d'être moindre, est de beaucoup supérieure à celle de la population urbaine des autres départements; et l'on ne s'étonne plus de voir Dubois d'Amiens, Boudin, Gratiolet, MM. de Quatrefages, Gaffe et Ghampouillon exprimer l'opinion que les familles parisiennes, lorsqu'elles ne s'unissent pas à des immigrés, s'éteignent rapidement, la plupart n'allant pas au delà de la troisième ou de la quatrième génération, quelques-unes seulement se perpétuant au delà de*la cinquième (Dubois. d'Amiens, Boudin. Gratiolet, de Quatrefages, Bull. Soc. d'anthr., t. IV, p. 64, 71 et 80, 1863. — Gaffe, Journ. des cojniaissances niédic, 50 juin 1859, p. 371. — Ghampouiilon, Et. sur la taille et la constitution dans la population civile et dans l'armée : Rec. de mém. de méd. chir. et pharm. milit., 5^sér, t. XXII, p. 244).

Au point de vue de la prospérité anthropologique de notre nation, il importe grandement de limiter autant que possible l'immigration des rm'aux vers les villes, ainsi qu'il a été dit à propos de la matrimonialité. Jean-Jacques Rousseau avait parfaitement raison de dire que « les villes sont le gouffre de l'es pèce humaine » (Emile, 1. I, t. Il, l"^"^ partie, p. 52. Paris, 1817).

De VaccUmatabilité. A la suite de la natalité, de la morbidité et de la mortalité, il semble rationnel de s'occuper de l'acclimatabilité ou aptitude à l'acclimatement, car pour une population elle résulte des conditions relativement favorables dans lesquelles se présentent cette natalité, cette morbidité et cette mortalité dans les pays éloignés où cette population est venue s'établir.

Si la diversité de races paraît avoir peu d'influence sur la natalité et la mortalité dans notre Europe, il ne paraît pas en être de même dans les colonies, dans des pays situés sous d'autres climats, où les Européens, selon les races auxquelles ils appartiennent, paraissent éprouver plus ou moins de difficultés à vivre et à se procréer.

Boudin, dans son étude sur le non-cosmopolitisme des races humaines, ne s'est guère occupé de l'acclimatement des Européens et des Français que d'une manière générale, sans chercher à les différencier ethnologiquement.

« Les enfants nés en Algérie de père et de mère européens, disait M. Vital, médecin en chef de l'hôpital de Constantine, depuis vingt-trois ans sont impitoyablement moissonnés. » « Les cimetières, s'écriait le général Duvivier, sont les seules colonies toujours croissantes de l'Algérie. » En rapportant l'opinion de ces deux observateurs, Boudin montrait que, de 1847 à 1854, alors que la mortalité n'était en France que d'environ 25 décès sur 1000 habitants, on en comptait 60, plus du double, chez les Français établis en Algérie qui, de 1830 à 1855 inclusivement avaient donné 45 120 naissances et 60 768 décès. Pareillement, il rappelait que d'après M. Bufz de Lavison, la population européenne de la Martinique, de 14 969 habitants en 1758, était descendue à 12 069 en 1769, et atteignait à peine 8000 en 1860. Il faisait observer qu'aux Antilles, suivant Rochoux, « on ne saurait peut-être pas citer d'exemples de créoles à la troisième génération de père et de mère, sans croisement aucun avec du sang européen. » Enfin, après avoir rappelé que les climats des Indes, de Java, des Philippines n'étaient pas plus favorables à l'acclimatation des Européens, il remarquait qu'il ne semblait pas en être de même pour la plupart des pays de l'hémisphère austral, car les soldats anglais de Sainte-Hélène, du Gap, de Van Diemen, de la Nouvelle-Zélande, présentaient une moindre mortalité que les sol-

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dats restés dans les îles Britanniques, et les Français paraissaient s'acclimater facilement à Taïti, à la Réunion, où, suivant Yvan, les descendants des premiers colons constituaient encore cette belle et honnête population des petite blancs. (Vital, Gaz. méd. de Paris, 6 nov. 1852, p. 702. — Duvivier, Solution de la question de l'Algérie, p. 19 et 21. Paris 1841. — Rochoux, Acclimatement : Dict. de méd. en 50 vol., 2'' éd. p. 512, 1852. — Yvan, De France en Chine, p. 175. Paris, 1855. — Rufz, Etud. hist. et statist. sur la populat. de la Martinique, t. I. p. 255 et t. II, p. 187, 2 vol. 1850. Saint-Pierre Martinique. — Boudin, Du non-cosmopolitisme des races humaines : Mém. de la Soc. d'anthr., t. I, p. 95-125, 1860).

Simonot, tout en rappelant que dans cet hémisphère austral il y a néanmoins quelques pays comme Madagascar où les Européens ne peuvent s'acclimater, croit trouver dans « l'existence ou la non existence du miasme paludéen )) le critérium de l'acclimatement des Européens dans les pays chauds (De l'acclimatement des races européennes dans les pays chauds : Congrès médic. internat, de 18G7, p. 628-634). Telle est également l'opinion que soutient M. Bertholon dans sa thèse intitulée : De la vitalité' des races du nord dans les pays chauds exempts d' impaludisme (Thèse. Paris, 1877, ext. dans : Rev. d'anthr., t. YI, p. 519, 1877).

Ainsi que le fait remarquer M. Carlier, aux États-Unis, les provinces marécageuses, comme la Virginie, la Caroline du Sud, la Louisiane, la Floride, sont les moins favorables aux immigrants européens (Acclimat. des races en Amé rique : 3Iém. de la Soc. d'anthr., l^'^'sér., t. III, p. 55, etc.).

Toutefois il est bon de remarquer, ainsi que le fait M. Bertillon, d'après MM. Vinson et de Rochas, que la Nouvelle-Calédonie, malgré un grand nombre de marais et une température moyenne de 22 à 25, paraîtrait jouir d'une grande salubrité. Le nombre total des transportés à la Nouvelle-Calédonie au l^"" janvier 1875 était de 5588 ayant de 15 à 65 ans. De 1872 à 1874 inclusivement, la mortalité annuelle varia de 14,5 à 15,4 pour 1000. A la même époque, la mortalité aux mêmes âges, à Paris, était de 15,9, différence minime (Bertillon. Acclimt., p. 502 : Dict. encycl.dessc.me'd., 186i. — Vinson, Topographie médic. de laNouv-Calédonie et de l'île des Pins, p. 50-52. Thèse. Paris, 1858. — V. de Rochas, Topog. hygién. et méd. de la Nouv.-Calédonie, p. 15. Thèse. Paris, 1860 — Gaz. mid., 2 juin 1876 eiRev. d'anthrop., t. V, p. 568, 1876).

D'ailleurs, tout en constatant que certains pays se montrent parfaitement salubres, tandis que d'autres semblent presque inhabitables pour les Européens osant s'y fixer, ou seulement y aborder, il est bon de se rappeler que, suivant les temps, suivant que les terres sont ou non cultivées, suivant qu'elles sont habitées ou non habitées, le même pays se montre salubreou insalubre, ainsi qu'a cherché à le démontrer M. Bonnafont dans son mémoire sur l'acclimatement des Européens et l'existence d'une population civile romaine en Algérie (broch. et Bull. Soc. d'anthr., 2^ sér., t. Vil, p. 122, etc. 1872). Pour être si prospères et si habitées qu'elles paraissent l'avoir été au commencement du cinquième siècle de notre ère, alors que saint Augustin était évêque d'Hippone, actuellement Bone, la Mauritanie et la Numidie devaient être salubres. Et cependant, lorsque quatorze siècles plus tard, notre armée s'empara de l'Algérie, soldats et colons succombèrent en grand nombre aux fièvres, aux affections intestinales et hépatiques. Depuis, la culture de plus en plus générale, la connaissance moins imparfaite des conditions climatériques, l'accoutumance

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de plus en plus grande des colons à la morbidité locale, tendent à faire diminuer de plus en plus les décès et à accroître de plus en plus les naissances ; naissances d'ailleurs généralement peu nombreuses au commencement des colonisations, les hommes étant presque seuls à y prendre part et les femmes restant longtemps en très-petit nombre. Contrairement aux recherches statistiques peu rassurantes de Boudin, celles de MM. Martin et Folley, de M Berlillon, et de M. Yallin ont montré, en comparant les proportions de ces décès et de ces naissances depuis 1850 jusqu'à 1872, que les colons européens peuvent de mieux en mieux s'acclimater en Algérie (Yict. Martin et Folley, Hisl. stuList. de la colonisation algérienne. Paris-Alger, 1851. — Bertillon, Acclimatement, /. c, p. 294 ; et Dénombrement de l'Algérie depuis 1856 : Rev. danthr., t. II, p. 549, etc. 1875. — \allin, Du mouvement de la population européenne en Algérie : Annales d'hyg. etdeméd. lég., 1" sér., mai 1876, p. 409-446).

Le professeur d'hygiène militaire au Val-de-Gràce met à même de reconnaître que, tandis que de 1855 à 1855, durant les vingt premières années de l'occupation, 10 000 Européens donnaient annuellement 496 décès et 575 naissances, de 1859 à 1866 inclusivement, durant huit années, la proportion des décès s'est abaissée à 519, et celle des naissances s'est élevée à 406; mais de 1867 à 1872, durant six années, pendant lesquelles il y eut une épidémie de choléra, une famine suivie du typhus,' une insurrection, la proportion des décès s'est relevée, jusqu'à 566, et la proportion des naissances s'est abaissée jusqu'à 585. M. Yallin, comparant celte mortalité et cette natalité des Européens d'Algérie avec celle des habitants de la France, après déduction des morts-nés du nombre des décès, remarque que, tandis qu'en France les 266 naissance => annuelles excédant les 250 décès annuels, donnent un accroissement annue de 55 habitants sur 10 000, et une période de doublement de 198 années; en Algérie, de 1867 à 1872, les 585 naissances excédant les 550 décès, donnent également un accroissement annuel de 34,9 et une période de doublement de 198 années, d'où il résulte actuellement que « les Européens considérés en bloc ont en Algérie, déduction faite des morts-nés, le même mouvement de vie que les Français en France » (Vallin, /. c, p. 429-451).

Accroissement

Période de

Nombre des

annuel

doublement

naissances

par

delà

pour

Naissances

10,000 hab.

population.

100 décès.

Décès

Français en France 231

Européens en Algérie (1867-72). . 550

L'acclimatement des Européens dans cette colonie s'effectue incontestablement beaucoup plus facilement qu'immédiatement après l'occupation de ces pays en 1830; mais, bien que le mouvement de vie delà population, son accroissement annuel et sa période de doublement, soient les mêmes qu'en France, de grandes différences existent dans la natalité et la mortalité proportionnelles des Européens des deux pays. Pour se rendre compte de l'inlluence que peut avoir le climat sur la résistance vitale des colons européens, il faudrait pouvoir comparer l'âge moyen des décédés en Algérie et en France.

Des statistiques partielles relatives à certaines villes montrent également que depuis quelques années, l'acclimatement des Français se fait de mieux en mieux.

Suivant M. R. liicoux, durant 15 années à Philippeville, de 1858 à 1872, la mortalité des Français n'aurait été que de 290 décès pour 10000 vivants, mais

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la natalité ne se serait élevée qu'à 505 naissances (R. Ricoux, Contribution à l'ét. de l'acclimatement des Français en Algérie. Paris, G. Masson; ext. dans Gaz. hehd. deméd., 10 mars 1876, p. 159; Bull. Soc.d'anthr., 2" série, t. X, p. 569-575, 1875; et Rev. d'anthr., t. IV, p. 505, 1875).

La possibilité et la facilité de plus en plus grande de l'acclimatement des Européens en Algérie étant reconnues d'une manière générale, si l'on cherche à reconnaître le plus ou moins d'aptitude à s'acclimater des différents peuples composant la population européenne, on constate avec M. Bertillon et M. Valhn, que depuis 1855 à 1856, comme de 1867 à 1872, les Italiens, les Maltais et les Espagnols s'y sont montrés dans de bien meilleures conrlitions qne les Français et surtout que les Allemands. Les Italiens, les Maltais et Espagnols présentent une grande natalité s'élevant jusqu'à 458, la mortalité la plus faible s'abaissanl jusqu'à 228 décès pour 10 000 habitants en 1872. Les Français présentent une natalité de près d'un cinquième moindre, de 575 naissances, et une mortalité de plus de moitié plus forte, de 560 décès. Enfin, les Allemands offrent une natalité de 599 naissances, un peu plus forte que celle des Français, mais de plus d'un huitième moins forte que celle des Maltais, et une mortalité de 496 décès, de plus d'un tiers plus forte que celle des Français et plus Ndedeux fois plus considérable que celle des Italiens (Vallin, /. c, p. 455-457).

NATALITÉ SDR 10,000 HABITANTS. MORTALITÉ SDR 10,000 HABITANTS.

Italiens. . .

Italiens. .

Maltais . . .

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