‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.41Chapitre 19 sur 163 · MO · texte numérisé non relu

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Maltais . .

Espagnols. .

Espagnols.

Jrançais. . .

Français. .

Allemands.

Allemands.

Si parmi ces nationaux divers d'Algérie, comparant la natalité et la mortalité «après déduction des mort-nés, on cherche avec M. Vallin à apprécier soit l'accroissement annuel ou la diminution annuelle et la période de doublement, on voit qu'en 1872, tandis que les Espagnols d'Algérie ont présenté un accroissement de 98 sur 10 000 , correspondant à une période de doublement de 70 ans seulement, les Français ont présenté un accroissement annuel de 45 sur 10 000 correspondant à une période de doublement de 156 ans, et que contrairement, les Allemands y ont présenté une diminution annuelle de 75 sur 10 000. Ainsi que l'observe ce médecin militaire, « la nationalité allemande disparaîtrait -donc assez rapidement de l'Algérie, si elle ne réparait ses pertes par des imjnigrations nouvelles » (Vallin, /. c, p. 458, 440, 442).

Sur 10,000 habitants.

Espagnols (morts-nés déduits).

^Tançais (

Allemands {

id.

id.

Période de

Accroissement

doublement

sur

de la

Naissances.

Décès.

10,000 hab.

population.

Diminution sur 10,000 h al)

Les différences notables présentées dans le rapport des décès aux naissances et /par suite dans le degré d'acclimatabilité des Européens de diverses nations .peuvent tenir en grande partie au climat plus ou moins chaud des pays dont ils

FRANGE (anthropologie). 105

sont originaires, mais elles semblent dépendre aussi des conditions ethnologiques de ces nations. On constate avec MM. Martinet Folley, que de 1850 à 1847,' les enfants créoles, d'origine méridionale, fournissent le minimum de décès; qu'après eux viennent les enfants créoles français; et que c'est sur les enflmts d'origine septentrionale que pèse la mortalité la plus forte. Sur 1000 enfants nés vivants de 0 à 18 ans, les créoles du Midi comptent 528 décès, les Français 389, et les créoles septentrionaux 456, différence de plus d'un quart entre les septentrionaux et les méridionaux. Aussi ces statitisciens concluent-ils que ce sont les Européens du midi de l'Europe qui, au point de vue de la viabilité de la race, devraient être préférés pour l'œuvre de la colonisation (Martin et Folley, l. c, p. 130).

« Les Espagnols du midi de l'Espagne, les Italiens du sud de l'Italie, les habitants des îles Baléares, les Siciliens, les Provençaux même, dit M. le général Faidherbe, trouvent en Algérie un climat favorable à leur développement. Nous croyons, au contraire, que la race blonde ne peut s'y perpétuer sans croisement, et la question nous semble encore indécise pour les Français du centre de la France » (Faidherbe, Bull. Soc. d'anthr., 2'= sér., t. VIII, p. 664, 1874).

Sans les Espagnols, prétend la Revue d'anthropologie de Madrid, la prospérité des provinces d'Alger et d'Oran n'existerait bientôt plus {Revista de anthropologia, 1874-1875, extr. Rev d'anthr., t. VI, p. 360, 1877).

Quoique les Alsaciens, descendants des Médiomatrices de race celtique, et des Tribocces transrhénans, se rattachent plus aux Germains du sud-ouest qu'aux véritables Germains, grands et blonds, du nord-ouest, avec M. Bertillon et M. Assézat, on peut redouter le climat de l'Algérie pour nos nouveaux colons fugitifs de l'Alsace-Lorraine et surtout pour leurs enfants (Bertillon, Dénombrement de l'Algérie depuis 1856 : Rev. d'anthr., t. II, p. 551, 1873. — Assézat, Sur la colonisation de l'Algérie : Bull. Soc. d'anthr., 2" sér., t. VIII, p. 29<) et s., 1873, et Rev. d'anth., t. IV, p. 301 et s., 1875).

Ainsi que le remarque M. Vallin, les Alsaciens-Lorrains, les Normands doivent participer de la mortalité de la dilficulté d'adoptation aux pays chauds constatées chez les Allemands (/. c. p. 442). Il faut toutefois remarquer que dans la province d'Oran, dos soldats allemands, hollandais, belges, sortis de la légion étrangère, ont de beaux et très-vigoureux enfants, mais les mères de ces enfants sont Espagnoles (De l'acclimatement en Algérie : Rev. d'anthr, t. m, p. 568,1874).

A Philippeville, M. Ricoux constate que les Provençaux se multiplient et augmentent en nombre, quoique à un moindre degré que les Maltais, les Italiens et les Espagnols; tandis que les Français du centre et et du nord, sans une immigration incessante, diminueraient malgré leur forte natalité. Aussi, tout eu constatant la résistance |)lus grande des Français nés en Algérie, avec M. Bertillon, au point de vue de la prospérité de la progéniture, conseille-t-il aux Français d'épouser des femmes du midi de l'Europe, des Italiennes, des Espagnoles jouissant d'une aptitude plus grande à s'acclimater en Algérie.

MM. Martin et Follet (p. 204-209), en étudiant les entrées et les décès de nos militaires à l'hôpital du Dey, à Alger, de 1832 à 1848, suivant qu'ils provenaient du midi, du centre ou du nord de la France, ont reconnu, que par rapport à l'effectif, la zone sud fournit le plus de malades, et la zone centrale le moins, et qu'eu égard aux malades, la zone centrale fournit le plus de décès, et la zone sud le moins. Les Français de la zone centrale seraient donc de tous les

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moins souvent malades, mais une fois atteints, ils mourraient en plus grand nombre. Tandis que ceux du sud, plus souvent malades, présenteraient une moindre mortalité. Il semble ressortir de ces documents que les descendants des Ibères, des Aquitains et des Ligures du midi de la France, ainsi que de l'Espagne et de l'Italie, seraient fréquemment, mais légèrement malades en Algérie; qu'au contraire, les descendants des Celtes de la région centrale de notre pays seraient rarement, mais gravement malades.

Aux desceudimts plus ou moins mêlés des peuples galates, belges et germains du nord de la France en particulier, et du nord de l'Europe en général, Galates et Germains, qu'on a vu précédemment Tacite et Tite-Live signaler comme ne pouvant supporter la chaleur, paraissent se rapporter certaines remarques pathologiques (Tacite, De mor. Germ., IV. — Tite-Live, 1. V, cap. xlviii ; etl. XXXVin, cap. xYu). Selon MM. Martm et FoUey, la diarrhée et la djssenterie sont d'autant plus graves que les malades « arrivent de pays plus septentrionaux (/. c, p. 252). D'après M. Rouis et M. Laveran, les abcès du foie seraient deux fois plus fréquents chez les Européens venus des régions septentrionales que chez ceux des pays méridionaux dans le rapport de I5o à 71 (Rouis, Rech. sur la suppuration du foie, 1800. — Laveran, Algérie : Dict. encycl. des sciences nié(L, t. Il, p. 772). Selon M. de Semallé, de fréquentes insolations atteignent nos soldats des départements du Nord-Est [Bull. Soc. cVanihr., 2'' sér., t. lY, p. 595, 1809). Quand on voit combien est considérable la mortalité des Allemands établis en Algérie, quand on connaît la morbidité considérable de nos soldats du Nord-Est, on s'étonne moins du fait heureusement fort exceptionnel communiqué à Boudin par Guyon, inspecteur du service de santé des armées : sur douze ouvriers des environs de Dunkerque, appelés à cultiver, près de Constantine, une propriété qui, cependant, était à plus de 700 mètres d'altitude, onze succombèrent avant la fin de la première année (Du non-cosmopolitisme, Mém. de la Soc. d'anthr., t. I, p. 97, note).

Les données précédentes, quoique peu nombreuses, motivent donc parfaitement la demande faite par M. N.-Joanny Perier, de n'envoyer en Algérie que des corps spéciaux recrutés dans des localités distinctes, parmi nos populations de nos départements méridionaux. Ce desideratum pourrait être grandement facilité, si un jour on croyait pouvoir recruter chaque corps de l'armée active dans un groupe de départements voisins, dans une même région, ainsi d'ailleurs que cela se fait dans divers pays étrangers, et voire même en France pour l'armée territoriale. (De l'acclimatement en Algérie : Annales dliyg. et de méd. lég., 1845, t. XXXIII, p. 554 et broch., p. 56. — De l'hygiène en Algérie, t. 1, chap. II, art. 1, g 5, p. 98; et art. 2, p. 113 dans : Exploration scientifique de l'Algérie. Paris, 1847).

Les difficultés qui s'observent pour nos Européens du Nord, principalement de race germanique, à s'acclimater en Algérie, s'accroissent bien davantage dans les pays plus chauds comme au Sénégal, et dans les Indes, où, d'après MM. Wise, Boudin, Barnard Davis, et Broca, les Anglais ne parviendraient pas à se reproduire au delà de la deuxième génération (B»?^ Soc. d'anthr., t. H, p. 487, 559, 1861 ; t. YI, p. 120, 1865).

« Les gens du nord de l'Europe, dit M. Maget, paraissent plus éprouvés par les climats coloniaux que ceux du midi » ; des différences notables auraient été constatées à Saint-Louis du Sénégal sur les marins du commerce. « Il y aurait donc une certaine indication d'envoyer aux pays chauds les soldats et les matelots

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du littoral provençal, de préférence à ceux qui sont originaires du Nord » (G. Maget, Généralités sur le climat du littoral provençal, p. 44, tlièse 17. Montpellier, 1870).

Contrairement, en Basse Cochinchine, M. A. Morice n'aurait pas reconnu « au point de vue de la résistance au climat, de différence marquée entre les Français du Midi, tels que les Provençaux, et les Français du centre et du Nord, les Bretons par exemple. » D'ailleurs, pour cette observateur, « l'acclimatement des Français dans la basse Cocliincbine, n'est pas possible et ne paraît pas devoir le devenir un jour. » La prospérité future de cette colonie paraîtrait reposer sur les métis franco-annamites (Sur l'acclimatement dans la Basse Cochinchine : Rev. iCanthr., t. V, p. 484, 1876).

Dans les pays tropicaux à la morbidité grave et fréquente et à la mortalité considérable qui en est la conséquence, viendrait s'ajouter la difficulté que les femmes européennes auraient à mener à bien leurs grossesses, ce qui restreindrait considérablement la natalité. Si en Algérie, MM. Martin et FoUey ont déjà signalé la fréquence et l'abondance du flux cataménial chez les Européennes continuant souvent à être réglées durant les premiers mois de la gestation, persistance anomale de la fonction d'où résulte une tendance fâcheuse à l'avortement (/. c, p. 286-8) ; pareillement M. Em. Le Roy, à l'appui de cette influence métrorrhagique et par suite abortive éprouvée par les Européennes allant se fixer dans les pays chauds, a cité l'observation d'une femme de consul, cliente de M. Pajot, avortant dans les pays tropicaux, et amenant à terme ses grossesses dans les pays tempérés (De l'alimentiition et du genre de vie au point de vue de la stérilité, p. 28, thèse. Paris, 1855).

« L'habitation de l'Inde, dit M. Tilt, ne tarde pas à déranger la menstruation des Anglaises : tantôt les règles sont bimensuelles ; tantôt elles se prolongent outre mesure pour ne revenir que toutes les six semaines. Quelquefois il se produit un suintement rougeâtre pendant les cinq mois que dure la saison chaude. La quantité du flux menstruel est beaucoup augmentée. Je ne crains pas fl 'affirmer que les dérangements de la menstruation déterminés par le séjour aux Indes ne permettront jamais aux Anglais de coloniser cet empire » (Tilt. Influence du cHmat sur la menstruation : Cong. méd. intern. de Paris, en 1867, p. 189. — Voir aussi : Health in Indiafor British Women. London, 1875. Santé des femmes anglaises aux Indes : Journ. de méd. chir. prat., 1875; et Rev. d'anthr., t. V, p. 169,1876).

On a vu précédemment que les habitants du Sud-Ouest de l'Europe, principalement des 'Taces ibérienne et ligure, paraissent jouir d'une plus grande aptitude à s'acclimater dans les pays chauds que les Européens plus septentrionaux appartenant à d'autres raies. (]es habitants du sud- ouest de l'Europe, également semblent offrir une remarquable résistance aux rigueurs d'un climat septentrional. D. J. Larrey eut l'occasion del'observer en 1812, lors de la désastreuse retraite de Moscow, pour les soldats du Midi de l'Europe. « Trois mille hommes des meilleurs soldats de la garde, tant d'infanterie que de cavalerie, dit-il, presque tous des contrées méridionales de la France étaient les seuls qui eussent vraiment résisté aux cruelles vicissitudes de la retraite.. J'ai remarqué, dit le chirurgien en chef de la grande armée, que les sujets bruns et d'un tempérament bilioso-sanguin, presque tous des contrées méridionales de l'Europe, résistaient plus que les sujets blonds, d'un tempérament phlegmatique et presque tous des pays du Nord, aux effets de ces froids rigou-

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reux... Ainsi nous avons vu les Hollandais du 5^ régiment des grenadiers delà garde, composé de 1787 hommes, périr presque tous sans exception ; tandis que les deux autres régiments des grenadiers, composés d'hommes presque tous nés dans les provinces méridionales de la France, ont conservé une assez grande partie de leurs soldats. Il est d'ailleurs très-vrai que, dans les proportions du nombre, les Allemands ont beaucoup plus perdu de monde que les Français » (D. J. Larrey, Mém, de chir. mil. et campagnes, t. IV, p. lil, 115, 125, etc., 1817.) Après avoir cherché à montrer que nos habitants du Nord-Est, en partie de race germanique, par suite d'une grande morbidité, sont peu aptes à s'acclimater dans les pays chauds; que ceux du Centre, principalement de race celtique, quoique assez rarement malades, présentent une mortalité considérable en Algérie; qu'au contraire ceux du Midi, la plupart de race ligure ou de race aquitanico-ibérienne, paraissent juuir d'une remarquable aptitude à coloniser; rappelons encore ici que les Juifs, qui constituent une fraction de notre nation. comme d'ailleurs de beaucoup d'autres nations, sous les climats les plus différents, jouissent à un très-haut degré, de cette aptitude à s'acclimater. Dans la plupart des pays leur natalité est assez considérable, leur mortalité relativement très-faible et leur accroissement de population très-rapide. Lorsqu'on voit Boudin insister surtout, d'après les documents statistiques recueillis par MM. Hoffmann, de Neufville, en Prusse, à Franckfort, sur l'excédant considérable des naissances sur les décès par suite du nombre des décédés beaucoup moindre dans le jeune âge chez les Juifs que chez les Chrétiens ; et lorsqu'on sait que la plupart de ces juifs allemands ne sont pas d'origine sémitique, on est porté à penser que cette mortalité plus tardive tient vraisemblablement, moins à une influence ethnique, qu'à des différences dans les usages, dans les soins donnés aux enfants, dans la vie, plus régulière, plus éloignée des excès, et dans les mariages, généralement assez hâtifs. A Alger, où la plupart des juifs paraissent être d'origine orientale, Boudin a montréqu'en 1856 les juifs comptaient 211 naissances pour 187 décès, donnant conséquemment un excédant de près d'un huitième. Selon M. Vallin, de 21 048 en 1856 les juifs en Algérie sont arrivés successivement en 1866 à 55 952 eten 1872 à 59 812, sur lesquels 54 000 y seraient nés. De 1861 à 1872, par suite de l'evcédant de leur natalité, ayant varié de 565 à 416 naissances, sur leur mortalité, ayant varié 279 à 215 de décès, leur accroissement annuel aurait été considérable, il se serait élevé à 211 sur 10 000 en 1872, et leur période de doublement n'aurait été que de 55 ans, voire même de 52, 1/2 pour cette année 1872. Cet accroissement extraordinaire, remarque ce professeur, vient donc encore démontrer « l'aptitude presque illimitée des juifs à s'adaptera tous les climats, à plus forte raison sur leur ligne isotherme originelle » (Boudin, Du noncosmopolitisme : race juive : Mém. de la Soc. (Vanthrop., t. I, p. 1 17, etc. 1860. — W. C. de Neuville, Lebensdauer und Todesursachen 22 verschiedener Stande. Franckfort, 1855, p. 110.— VaHin, /. c. Annales d'hijg.,1. c, mai 1876, p. 441).

Langues et patois. Dans les considérations ethnologiques générales précédemment exposées, les divers éléments ethniques constituant notre population ont été comparés entre eux aux divers points de vue des caractères phvsiques, de la natalité, de la morbidité, de la mortalité, de l'acclimatabilité ; il est également utile de les comparer au point de vue des langues.

Dans une même population les langues sont loin d'être immuables. Non-seulement la plupart des langues se modifient avec les siècles, mais parfois aussi

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des langues essentiellement différentes se substituent les unes aux autres. Cependant, en général, les langues parleur fixité et leur persistance relatives peuvent fournir d'importants indices aux anthropologistes, en révélant des relations ethniques, ou en corroborant celles déjà mentionnées par l'histoire. Aussi M. de Ranse a-t-il insisté, avec parfaite raison, « sur l'utililé que peut présenter l'étude comparative des idiomes patois dans les recherches relatives à l'ethnologie de la France » [Bull. Soc. d'anthrop., 2" sér., t. I, p. 478, etc., 1866). Le langage articulé, la parole, un des caractères distinctifs qui dans le régne animal différencient l'homme des autres animaux, a dû se manifester en bien des langues diverses, successivement ou simultanément parlées dans notre Europe occidentale, depuis les temps paléontologiques, depuis les époques reculées auxquelles vivaient les hommes de Eguisheim, du mont Denise et de la grotte de Cro-Magnon, jusqu'à nos jours. Mais sans remonter si haut, au commencement des temps historiques, plusieurs langues étaient parlées dans notre pays. César dit que les Gaules étaient habitées par trois peuples distincts : les Belges, les Celtes et les Aquitains, qui tous différaient par la langue, les institutions et les lois. « Hi omnes lingua, institutis, legibus inter se differunt » {De Bell. Gall., 1. I, cap. t.) Strabon, à plusieurs reprises, remarque que les Aquitains se différenciaient des autres habitants des Gaules et se rapprochaient de ceux de l'Ibérie, l'Espagne, non-seulement par les caractères physiques, mais aussi par la langue (1. IV, cap. i, g 1, p. 146, et cap. ii, § 1, p. 157, coll. Didot). Trois langues principales paraissent donc avoir été paillées en Gaule, dont l'une, celle des Aquitains, habitants de la région comprise entre les Pyrénées et la Garonne, était analogue à celle des Ibères. En effet, certaines dénominations ethniques ou topographiques du Midi de la France semblent avoir des étymologies ibériennes, explicables par la langue encore vivante des Basques, par la langue euskuara : tel est le nom des anciens habitants d'Auch, àesAusci, dénomination latinisée desEnsKS, des Basques, nom générique de la race dite ibérienne, suivant Am. Thierry; tels sont ceux des villes d'Elimberrum et llliberis, Illi-berri (ville nouvelle), actuellement Auch et Elne dans les départements du Gers et des Pyrénées-Orientales (Am. Thierry, Hist. des Gaulois, 1. IV, ch. i, t. I, p. 429, note 9, p. 450, note 2, etc. 1862). Les peuples de race ibérienne paraîtraient même avoir laissé quelques dénominations topographiques dans des régions situées bien au nord de la Garonne, régions dont peut-être ils auraient été repoussées par les Celtes, ou bien où ils auraient envoyé des émigrants ou colons à des époques reculées. Corbilo, ancienne ville commerçante située, d'après Pitheas, Polybe (1. XXXIV, cap. vi, ^ X, n» 6, p. 115, coll. Didot) et Strabon (l. IV, cap. ii, § 1, p. 158), près de l'embouchure de la Loire » reconnaîtrait ainsi une origine ibérienne, selon Ampère, qui admet ainsi « l'extension des populations ibériennes, à une époque quelconque, jusqu'à l'embouchure de la Loire» (Ampère, Hist. des la formation de la langue française, introd. à l'Hist. de la littérat. franc, au moyen âge, p. 306, 1841, Paris). On sait d'ailleurs que, selon Tacite, Jornandès, Denys le Périégete, Festus Avienus et Priscianus, des Ibères, en particulier des Silures, auraient anciennement habité des régions bien plus septentrionales, entre autres la partie occidentale de la Grande-Bretagne, et les îles Cassitérides ou Œstrymnides, vraisemblablement les îles Sorlingues (Tacite, Agricolae Vita, XI. — Jornandès, De Getar. sive Gothor., l. I, cap. iv, p. 425, coll. Nisard. — Denys le Périégete, vers 563-564. — Festus Avienus, Descriptio

no FRANCE (anthropologie).

orbis, vers 742-744. — Priscianus, Periegesis, vers 575-576, coll. des auteurs grecs de Didot).

Cette langue ibérique parlée par les Aquitains et autres peuplades ibériennes des Gaules, malgré l'invasion en Aquitaine et au sud des Pyrénées de nombreuses tribus celtiques, aurait continué à être parlée dans la péninsule bispanique, en Espagne, par certains peuples des Pyrénées et des bords du haut Ëbre, comme les Yascons ou Basques qui à diverses époques, principalement au sixième siècle, de notre ère seraient en partie passés sur le versant septentrional de ces montagnes. Parlée au temps de César et de Strabon dans toute la région où l'on parle le gascon, c'est-à-dire dans presque toute la région comprise depuis dans la province ecclésiastique d'Auch, l'Euskuara, la langue des Basques, selon M. A. Luchaire, ne serait autre « que la langue aquitanique ellemême conservée dans un coin des Pyrénées » (Les origines linguistiques de l'Aquitaine, p. 69. Pau, 1877).

Ainsi qu'il a été dit précédemment, en France la langue euskuara, en 1806 était parlée par 118 000 Basques du département des Basses-Pyrénées [Ann. du Bur. des Longitudes). Selon un relevé fait en 1866, commune par commune, elle était usitée par 123 810 habitants. Quoiqu'on ait cru devoir indiquer 160 000 en 1869 {Almanach de Gotha, p. 587, 1869), vraisemblablement elle n'est plus actuellement employée par 140 000 individus, comme le pensait M. Francisque Michel (Le pays basque, 1857).

D'après les recherches faites par M. le professeur Broca, par M. Honoré Broca et par M. Elisée Reclus, la langue basque aurait pour limite une ligne qui, partant du pic d'Anie se dirigerait en zigzag vers le nord par Saint-Engrace, Andace-lbarra et Licq, 3fontory, Tardetz, Barenx, Esquiule, puis vers l'ouestnord-ouest par Berrogain, Charitte, Arroue, Saint-Palais, Garritz, Bardez, Arricau, Ayherre, Hasparren, Urcuit, Ustaritz, Guéthary et Bidart, à quelques kilomètres au sud de Biarritz ; cette ligne, entre Ari^icau et Urcuit, se détournerait vers le sud en circonscrivant une sorte d'enclave de langue béarnaise, autour de la Bastide-Glairence , comme si les immigrés avaient été tenus à distance de cette localité anciennement fortifiée (Broca, Carte de la répartition de la langue basque en France : Bull. Soc. d'aiithrop., t. V., p. 819- 826, 1864; et sur l'origine et la répartition de la langue Basque : Bev. d'anthrop., t. IV, p. 1-53, 1875. — Elisée Reclus, Les basques : Bev. des deux Mondes, 15 mars, 1867, p. 515, etc. — Voir aussi : L. Lucien Bonaparte, Carte de la langue basque: Institut géographique de Standfort, 1865; etAnt. d'Abbadie, Bull. Soc. d'anthrop., 2'= sér., t. 111, p. 521, etc., 1868).

Dans le pays basque français, qui ne comprend guère que la moitié du déparpartement des Basses-Pyrénées et est beaucoup moins étendu que le pays basque espagnol, le Lampurdan se parle dans le Labourd, partie occidentale dont Lapurdum, Bayonne, était la capitale; le Bas-Navarrais ou Navarrais de France se parle du côté de Saiiit-Jean-Pied-de-Port, et le Souletin plus à l'est dans l'ancienne Subola, la Soula, dont Mauléon était la capitale.

Parmi les trois principales langues distinctes en usage dans les Gaules, la deuxième, la langue des Celtes paraît avoir été parlée non-seulement dans la Celtique comprise entre l'Océan et les Alpes, la Garonne et la Seine; mais aussi d'une part dans les régions situées au nord-est de ce dernier fleuve, régions que les Celtes occupaient antérieurement aux immigrations successives des nombreux peuples d'outre-Rhin de race germanique, d'autre part dans les

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régions situées au sud de la Garonne, et au sud des Pyrénées, en Hispanie, où avaient été se fixer de nombreux émigranls celtiques. En effet, on peut suivre des bords du Rhin à ceux du Tage les noms topographiques latinisés dérivant des racines celtiques :Magh, plaine ; Luck, marais ; Dun, colline; Brig ou Briv, pont; Neimheid, temple, comme ISoviomagus, Nimègue; Lugdunum Batavorum, Leyde ; Nemetacum, Arras ; Noviomagus, Noyon ; Samarobriva, Pont-sur- Somme ou Amiens; Roto7nagus ^?\ouen ; Verodunum^ Verdun; Augiistodunum., Autun; N œodunum, iuhleins, ; Lugdunum, L^'on; Segoduniim, Rodez, Lugdunum Convenarunif Saint-Bertrand-de-Comminges ; Conimbriga, Coimbre, etc. Cette langue celtique, qui vraisemblablement dut surtout se conserver dans la Geltique, à l'ouest de la Seine et au nord de la Garonne, ne se parle plus en France que dans la partie la plus occidentale de l'ancienne Armorike, de notre Bretagne actuelle. Le breizad ou breton, qui, avec quelques dialectes parlés dans les îles Britanniques, constitue les seules langues celtiques encore vivantes, au neuvième siècle de notre ère, suivant une carte donnée par M. Aurélien de Courson, aurait eu pour limite une ligne qui prenant au-dessus del'embouchure de la Loire entre Saint-i\azaire et Savenay, aurait passé entre Château-Briant et Rennes à l'est, Montfort et Dol à l'ouest, pour aboutir au Coesnon à l'ouest d'Avranches. Selon M. H. de la Villemarqué au douzième siècle les embouchures de la Vilaine et de la Bance étaient les extrémités de la limite du Breizad. Actuellement, commençant un peu au nord de la Vilaine, suivant MM. Aurélien de Courson et Broca, cette limite se terminerait entre Étables, Treveneuc et Plouha dans le déparlement des Côtes-du-Nord, selon MM. Guibert de Saint- Brieuc, Elisée Reclus et Sebillot (Aur. de Courson, Cartulaire de Bedon, carte, 1863. — H. de la Villemarqué, Introduct. du Dict. franç.-breton de Le Gonidec, p. XX, 1847. — Guibert, Ethnol. armoricaine : Congrès celtique de 1867, à Saint-Brieuc, 1868. — Broca, Aouv. Bech. sur l'anthrop. de la France, carte : Mém. de la Soc. d'anthrop., t. III, p. 192. — Elisée Reclus, ISouv. géographie iiniv., France, t. Il, p. 616, carte, 1877. — Paul Sebillot, Carte linguistique de la Bretagne, manuscrite à l'Exposition de 1878, et Bull. Soc. d'anthrop., o« sér., t. I, p. 256, 1878).

Le nombre des Bretons Bretonnants, au commencement de ce siècle, en 1809, était évalué à 1 050 000 suivant M. Coquebert de Monbret dans ses Mélanges sur les langues, dialectes, patois (p. 16, Paris, 1851). On l'évaluait plus récemment à 1070000 {Almanach de Gotha, 1869, p. o87).

Les Bretons bretonnants parlent quatre sous-dialectes. Ces quatre sous-dialectes du breizad sont : le tréger ou trécorien parlé dans les environs de Trégui&r, dans la partie occidentale du département des Côtes-du-Nord et une petite portion nord-est de celui du Finistère, ainsi que dans l'île d'Ouessant ; — le léon ou leonard parlé depuis les environs de Saint-Pol de Léon dans toute la région nord-ouest du département du Finisterre, présentant deux dialectes, le haut et le bas léonard ; — le kerné on comique, parlé dans les environs de Quimper, au sud de ce même département et une portion du département du Morbihan ; — et le Gwened ou la vanneteuse parlé dans les environs de Vannes chef-lieu du département du Morbihan, ainsi que dans quelqu-es communes voisines du bourg de Batz, près de Guérande dans le département de la Loire-Inférieure. M. le docteur Mauricet, de Vannes, vient tout récemment de dresser une carte des dialectes bretons {Bull. Soc. d'anthr.).

La troisième langue parlée en Gaule était vraisemblablement la langue ger-

112 FRANCE (anthropologie).

manique; car on a vu précédemment, ainsi que le remarque César, que de nombreux habitants de la Belgique comprise entre la Seine et le Rhin étaient d'origine germaine. Ils avaient franchi ce dernier fleuve pour s'établir dans les terres plus fertiles de la Gaule septentrionale (De Bell. Gall., 1. II, cap. iv).

C'était vi^aisemblablement cette langue germanique que parlaient les Calâtes qui avaient donné leur nom à noire pays, la Gaule, et à la Galatie, au centre de l'Asie Mineure, où ils avaient été s'établir; car saint Jérôme dit que la langue des Ga lates asiatiques ne différait pas de celle des Trévires, habitants de Trêves sur la Moselle, Trévires que Tacite dit être fiers de leur origine germanique (S. Hieronym., t. IV, l''*part., p. 255, Commentarium in epist. ad Galatas, 1. I, cap. m, éd. en 5 vol., 1706. Paris, in-fol. — Tacite, De Mor. Germ., XXVIII). Aussi les habitants du Midi ou du Centre des Gaules ne comprenaient-ils pas la langue des immigrants d'outre-Rhin, et César, en envoyant C. Valerius Procillus, Gaulois de la provjnce Romaine, en mission auprès d'Arioviste ou Heerwest, chef des Germains qui avait envahi le territoire des Séquanes quelques années^ avant le milieu du premier siècle avant Jésus-Christ, a-t-il soin de remarquer qu'Arioviste avait appris la langue gauloise par un long usage (César, De Bell. Gall., 1. I, cap. xLii ; voir aussi cap. xix). Lorsque, quelques années plus tard) les Tribocces et plusieurs autres tribus germaniques, lorsqu'au commencement du cinquième siècle de notre ère les Allamans, franchissant le cours moyen et supérieur du Rtiin purent venir se fixer dans la région des Gaules comprise entre ce fleuve et la chaîne des Vosges, la langue germanique dut dès lors devenir prédominante dans toute cette région qui répond à l'Alsace et à la Bavière Rhénane. Aussi le rhénanien, dialecte du haut allemand^ JSeuHoch- Deutsch, est-il encore parlé dans la plus grande partie de l'Alsace et dans la partie orientale des anciens départements de la Meurthe et de la Moselle. Toutefois la langue allemande, quoique parlée par 1 140 000 habitants des anciens départements du Haut et du Bas-Rhin, de la Meunhe et de la Moselle {Aiin. du Bur. des longitudes de 1809), n'est cependant pas en usage dans la partie méridionale de l'ancien arrondissement de Belfort, ni dans quelques vallées alsaciennes des Vosges, comme celle de Saint3-Marie-aux-Mines, ni dans les environs de Château- Salins et de Metz, dernières villes que M. lleinrich Kiepert regarde comme étant de langue allemande (G. Karte von Europa. Berlin, 1875).

Plus au nord sur notre littoral septentrional, quoique l'on sache parfaitetement par César et par divers auteurs que beaucoup de tribus de la Gaule Belgique reconnaissaient une origine germanique (De Bell. Gall., 1. Il, cap. IV, etc., etc.), de ces nombreux immigrés d'outre-lîhin une fraction assez restreinte, occupant la partie maritime de notie département du Nord et de la Belgique actuelle, paraît seule avoir conservé un dialecte germanique, le flamand ou Vlaesmsch ou plat-vlaëmsch, dialecte, qui, comme le néerlandais, est une des divisions du bas-allemand ou Nieder-Deutsch. On ne peut guère rapporter positivement l'importation du flamand à tel ou tel peuple immigré de Germanie; on sait seulement, d'après César (1. IV, cap. i-xix) et Strabon (1. IV, ch. m, § 4, p. 161, etc.), que les Ménapiens, anciens habitants de l'une et de l'autre rive du Rhin, après avoir été refoulés de leurs possessions transrhénanes par les Tenchthères et les Usipèles, vinrent se fixer dans cette région maritime située au nord des Eburons, au nord-est des Nerviens et à l'est des Morins, et que beaucoup plus tard des Saxons paraissent y avoir été transportés (Sigibert cité par Le Baud, Hist. de Bretagne, 1. 1, p. 5 in-fol.

FRANCE (anthropologie). ilô

Paris, 1658.) Non-seulement les importateurs de cette langue paraissent s'être avancés jusqu'à l'Aa, refoulant ou soumettant les Morins; mais le flamand encore parlé par quelques habitants de petites localités du département du Pas-de- Calais, et surtout quelques chartes flamandes retrouvées par M. Courtois peuvent même faire penser qu'ils occupèrent aussi quelques portions du pays situé au sud-ouest de cette rivière jusqu'auprès de Boulogne et d'Abbeville (Communauté d'origine et de langage entre les habitants de l'ancienne Morinie flamin gante et wallone : Annales du Comité flamand de France, t. IV, p. 590, etc., 1858-1859.

Le flamand, en France, au commencement de ce siècle, était parlé par environ 177 950 habitants. Quoique depuis, en 1869, il ait été indiqué comme étant usité par 200 000 habitants, actuellement 165 000 au plus le parleraient (Ann. des longitudes de 1809. — Alm. de Gotha, 1869, p. 587. — De l'extension delà langue française sur notre frontière du Nord : Le Glohus : Rev. d'anthrop., t. V, p. 571, 1876.).

Le flamand tend de plus en plus à être remplacé par le français, surtout dans les villes comme Dimkerque, Bergues situées en pays flamingant. Le flamand en Belgique est parlé dans les deux Flandres occidentale et orientale, dans les provinces d'Anvers et de Limbourg, et dans une grande partie du Brabant (Du Pays, Itinéraire de la Belgique, p. 44. Paris, 1865). Mais en France, d'après la délimitation tracée et la carte dressée par MM. Goussemaker et Bocave, il ne serait plus parlé, dans le département du Nord, que dans la plus grande partie des arrondissements de Dunkerque et d'IIazebrouck, et dans le département du Pas-de- Calais que dans quelques communes de l'arrondissement de Saint-Omer. Parlé exclusivement dans la partie noi'd-est de ce territoire limitrophe de la Flandre belge, le flamand est parlé conjointement avec le français dans la partie occidentale de ce territoire flamingant. Du nord au sud, la limite occidentale de cette langue flamande, partirait de la mer, vers la Grande Synthe, dans le département du Nord à l'est de Gravelines où l'on parle exclusivement français et à l'ouest de Dunkerque où le français domine, passerait à l'ouest de Bourbourg, de Saint-Pierre de Brouck, franchirait l'Aa à Buminghem, commune du département du Pas-de-Calais, s'étendrait également au Haut-Pont, au Lysel et à Glairmarais près de Saint-Omer dans ce même département, puis continuant dans le département du Nord par Ebblinghera, Renescure, Blaringhem, Steenbecque, Boeseghem, se dirigerait de l'ouest à l'est au sud d'IIazebrouck et de Morbeck par Vieux-Berquin, vers Bailleul et Saint-Jean Cappell (Goussemaker, Bocave, DéHraitation du flamand et du français dans le nord de la France : Ann. du Comité flamand, t. II, p. 62, etc., 1855, et t. III, p. 577, etc., 1856- 1857, et Bocave, carte, 1856).

Au flamand, ainsi qu'au breton et au basque, on voit de plus en plus se substituer pacifiquement le français. Ainsi que le remarque M. Broca, « ces substitutions de langage s'effectuent tranquillement, en pleine paix, sans mélange de races, par le simple effet des circonstances politiques et des progrès de l'éducation. La nouvelle langue s'infiltre de proche en proche, par une sorte d'imbibition ; elle gagne d'abord les classes supérieures, puis les moyennes; le paysan est obligé de l'apprendre à son tour, et la langue ancienne s'éteint peu à peu, par le motif que tout le monde a intérêt à l'abandonner » (Broca, Anthropologie : Dict. encycl. des se. méd., t. V, p. 294, 1806).

Los divers dialectes germaniques parlés en deçà du Rhin étant notablement DICT. ENC. 4* s. V. 8

114 FRANCE (anthropologie).

différents, MM. Godron, Vanderkindere et quelques autres savants, remarquant la fréquence relative de certaines terminaisons toponymiques, ont pensé trouver dans la diversité des peuples Allamans, Francks Ripuaires et Saliens, Saxons et Flamands, l'explication de la répartition des noms en heim et dorf en Alsace, de ceux en ingen dans la Lorraine allemande, de ceux en monde ou munde dans le sud-ouest de la Belgique, de ceux en mud, muth dans les Flandres, diverses terminaisons comparables à celles en ham et mouth de la Grande-Bretagne (Godron, Et. sur la Lorraine dite allemande, p. 59, etc., 1874. — Vanderkindere, Rech. sur l'ethnol. de la Belgique, p. 24, etc., 1872.)

Dans l'antiquité, outre les trois langues principales aquitanique ou ibérienne, celtique et germanique, encore parlées, la première par les Basques, la seconde par nos Bretons, la troisième par les Alsaciens et les Flamands, dans les villes du littoral méridional des Gaules, les négociants ou colons phéniciens et grecs paraissent également avoir importé leur langue et leur écriture. Si nos compatriotes de cette région n'adoptèrent que très-incomplétement les langues de ces navigateurs, ils leur empruntèrent au moins leurs caractères graphiques. On peut encore constater les caractères phéniciens plus ou moins imparfaits sur les médailles dites celtibériennes ou ibériennes trouvées par Boudard et autre? numismates, non-seulement en Espagne, mais aussi dans la région, d'ailleurs assez limitée, de notre littoral voisin des Pyrénées orientales, région ou Festus Avienus (Or. Mar. v. 609-611) et Scylax de Caryande (Per. § 5) signalent la présence soit des Ibères, soit des Ibères et des Ligures mêlés (P. A. Boudard, Numismatique ibérienne, carte. Paris, 1859).

Quant à l'usage des caractères grecs, introduit dans le sud-est des Gaules par les colons phocéens de Marseille, il se répandit au loin parmi les peuples de notre Europe occidentale. Lorsqu'en l'an 58 av. J.-G. César défit les peuples Helvètes qui avaient pénétré dans les Gaules, on trouva dans leur camp des tablettes écrites en caractères grecs indiquant, pour chaque peuple, le nombre des combattants, celui des enfants, des vieillards et des femmes. « In castris Uelvetiorumtabulœ repertce sunt, litteris graecis confectae... » (De Bello gallico, 1. I, cap. xxix).

Strabon dit également que les Galates, les habitants de notre pays écrivaient

leurs conventions en grec: TcclÛTaç wo-Tîxai zà a-juJorAona. 'Ellr.yiTrl '■joy/siivi (1. IV,

cap. I, \ 5, p. 150).

Après la conquête des Gaules par les armées romaines la langue latine se substitua peu à peu à la langue grecque ; elle constitua d'abord la langue officielle, la langue administrative, et pénétra avec les soldats, les employés et les négociants romains dans la plupart des villes. Contestant cette substitution du latin aux langues antérieurement parlées par les campagnards des Gaules, M. A. Granier de Cassagnac pense que les dialectes de la langue gauloise qui existaient du temps de César constituent encore nos patois (Hist. des origines de la langue française, ch. vu, p. 209, etc., 1872). Cependant progressivement le latin, mais un latin plus ou moins altéré, plus ou moins mêlé de mots ibériens, celtes ou germains, selon les régions, lingua romana rustica, semble être devenu le parler usuel, vulgaire de la population, et, ainsi que le dit M. Littré, à la fin de l'empire romain « au cinquième siècle, quand les barbares s'établirent définitivement sur les terres, ce qui restait de? langues indigènes n'était plus que peu de chose... La latinité devint le refuge universel des populations vaincues, et quand l'assimilation fut complétée

FRANCE (anthropologie). 115

entre les envahisseurs et les envahis, c'est-à-dire à peu près vers le temps de Louis le Débonnaire et de Charles le Chauve, il se trouva que si la Gaule et ribérie avaient disparu dans la latinité, la Germanie transplantée n'y avait pas moins disparu. Seul le latin avait présidé à la formation de la langue qui s'était faite. » A cette formation, les anciennes langues des populations concoururent cependant dans certaines proportions minimes et inégales. Selon ce savant lexicographe, « la part la plus petite est à l'ibérien, dont le basque est le représentant moderne... Une part plus grande, mais encore peu notable, est au celtique, dont les représentants modernes sont le bas-breton en Armorique, le gallois ou kimry dans le pays de Galles en Angleteri'e, le gaélique dans les hautes terres d'Ecosse et dans l'Irlande... L'apport germanique dépasse de beaucoup les deux autres. » Outre les différents dialectes germaniques qu'on parle aujourd'hui, allemand, flamand, de nombreux mots témoignent encore des invasions des peuples Germains. « Quand le latin eut définitivement effacé les idiomes de l'Italie, de l'Espagne et de la Gaule, la langue littéraire devint une pour ces trois grands pays; mais le parler vulgaire... le parler latin, puisqu'il n'en restait guère d'autre, y fut respectivement différent... Ces Italiens, <;es Espagnols et ces Gaulois, conduits par les circonstances à parler tous le latin, le parlèrent chacun avec un mode d'articulation et d'euphonie qui leur était propre. De là vint la diversité, et de là se formèrent les quatre compartiments de langues (romanes), l'italien, l'espagnol, le provençal et le français. Ces grandes localités qu'on nomme Italie, Espagne, Provence et France mirent leur empreinte sur la langue, comme la mirent ces localités plus petites qu'on nomme provinces » sur les dialectes et les patois. « Le vaste pays qui s'étend des Alpes et des Pyrénées à l'Océan et au Rhin forma du latin deux langues : l'une que l'on nomme le provençal ou langue d'oc et qui est au delà de la Loire, et l'autre, le français (ou langue d'oil ou d'oui) en deçà de la Loire » (Littré Complément de préface, p. xvi, xlii et xlviii, Dict. de la langue française 1865).

La limite de ces deux langues, langue d'oc et langue d'oil, est assez difficile à préciser ; d'autant plus qu'il existe entre les territoires de langues différentes une zone intermédiaire plus ou moins étendue dans laquelle on parle des dialectes ou patois mixtes, résultant du mélange en diverses proportions de l'une et de l'autre de ces langues. Cependant MM. Tourtoulon et H. Dricout ont publié récemment une carte indiquant la limite de ces deux langues, du moins dans la partie occidentale et centrale de la France. Partant de l'Océan au sud de l'embouchure de la Gironde, de Royannais et de Yerdon, au nord des Huttes et se dirigeant vers l'est, cette limite traverserait la Gironde à Villeneuve, au sud àa Blaye, passerait par Laurier, Fauriel, les Bichans, Pommérol au nord de Libourne, près de Tayac, à Puynormand, remonterait vers le Nord par Puymangon, par Menecle, passerait à l'est d'Angoulême, de Mansie et de Ruffec, dans le département de la Charente, se porterait vers l'est en décrivant une courbe à convexité septentrionale, en passant au sud de l'Isle Jourdain dans le département de la Vienne, au nord de Saint-Benoist-du-Sault, au sud-ouest d'E^uzan et près d'Aigurande, dans la partie la plus méridionale du département de l'Indre. Dans cette partie occidentale de la France, quoique la langue d'oc puisse être considérée comme remontant vers le nord, du département de la Gironde à ceux de la Charente, de la Vienne et de l'Indre, il existe une zone mixte de dialectes intermédiaires à la langue d'oc et à la langue d'oil, comprenant la

no FRANCE (anthropologie).

partie la plus septentrionale du département de la Haute-Vienne, au nord de Bellac et de Chàteau-Ponsac, et la partie septentrionale du département de la Creuse, au nord de Bénévent (Tourtoulon et H. Bricout, Carte de la limite de la langue d'oc et de la langue d'oil. — Tourtoulon et OctavienBringuier, Rapp. sur la limite géograph. de la langue d'oc et de la langue d'oil. — Tourtoulon, Assoc. pour Vavancemertt des sciences, sess. de.Clermont-Ferrand, 1876, p. 669).

Cette double limite de la langue d'oc et des dialectes intermédiaires, tracée dans la région occidentale de la France, depuis l'Océan, d'une part, jusqu'à la partie méridionale du département de l'Indre, d'autre part, jusqu'à la partie moyenne de celui de la Creuse, est bien plus imparfaitement déterminée dans la région orientale de notre pays. D'après quelques données partielles et insuffisantes, avec M. H. Berghaus et M. Elisée Reclus, on peut tracer approximatijement la limite séparalive de la langue d'oc et de la langue d'oil, dans cette région orientale de la France, par une ligne sinueuse séparant le Bas-Bourbonnais du Haut-Bourbonnais, c'est-à-dire en divisant le déparlement de l'Allier, puis traversant du nord au sud celui de la Loire, à l'est de Roanne et de Saint- Étienne, pour décrire une convexité méridionale, en passant au sud de Vienne, dans le département de l'Isère, et remonter vers le nord, à l'ouest de Belley, de Nantua dans celui de l'Ain, et à l'est, de Saint-Claude dans celui du Jura (Heinrich Berghaus, Physikalischer Atlas, t. II, carte 11. — Elisée Reclus, Nouv. Géographie univ., t. II, la France, p. 913, 1877).

Cette répartition géographique de la langue d'oc et de la langue d'oil semble avoir certains rapports avec la répartition des nombreuses et successives immigrations venues des pays transrhénans par le nord-est des Gaules. En effet, si les Aquitains de race ibérienne occupaient la région comprise entre les Pyrénées et la Garonne, si les Celtes s'étendaient de la Garonne à la Seine, on a vu aussi, d'après Diodore de Sicile, que les Galates, d'origine Kimmérienne, occupaient au delà des Celtes le littoral des Gaules et de la Germanie, depuis l'Océan jusqu'au delà des monts Hercyniens, c'est-à-dire des montagnes du Hartz (1. V, ch. xxxu, p. 273, coll. Didol); d'après Strabon, que les Belges s'étaient avancés nonseulement jusqu'à la Seine, comme l'indiquent la plupart des auteurs anciens, mais jusqu'à la Loire (l. IV, ch. iv, § 3, p. 163, coll. Didot); d'après César, que les Belges du nord-est des Gaules étaient, pour la plupart, venus d'outre-Rhin (De Bell. Gall., 1. H, cap. iv), comme plus tard vinrent les Fiancks, les Burgundions et maints autres immigrants. Ces immigrations des Galates, occupant les bords de l'Océan, des Belges, s'avançant dans la Celtique jusqu'à la Loire, mais peuplant principalement le nord-est des Gaules, des Francks, des Burgundions et autres peuples d'outre-Rhin, envahissant nos provinces du Nord et de l'Est, semblent rendre compte ethnologiquement pourquoi, lorsqu'après la latinisation des langues des Gaules parla civilisation romaine, la langue d'oil se trouva être parlée par nos populations de notre littoral océanique, par celles de la plus grande partie de la région située au nord de la Loire, comme par celles situées au nord-est de la Seine; tandis que les populations du Midi de notre pays, étant plus ou moins restées à l'abri de ces immigrations d'outre-Rhin, se trouvèrent parler la langue d'oc.

Pour indiquer la délimitation précise des différents patois, compris soit dans la langue d'oc, soit dans la langue d'oil, il faudrait faire une étude approfondie des glossaires des différentes régions de la France (Jaubert, Glossaire du centre

FRANCE (anthropologie). 117

de la France, 1864, et maints autres glossaires). Cette étude devrait être facilitée beaucoup par l'Enquête sur les patois fronçais, ouverte par M. Girard de Rialle dans la Revue de Linguistique et de Philologie comparée. (Paris, 1868). Je me bornerai ici à mentionner les principaux patois en m'appuyant sur les travaux de MM. Coquebert de Monbret, J. Fallût, Schnakenburg, Pierquin de Gembloux, Ludovic Lalanne et de quelques autres savants (Coquebert de Monbret, Essai d'un travail sur la géographie de la langue française : Mélanges sur les langues, dialectes, jmtois. Paris, 1831, p. 5-29. — Fallot, Rech. sur les formes grammaticales de la langue française, publ. par Ackermann, 1859. — J.-F. Schnakenburg, Tableau synoptique et comparatif des idiomes populaires ou patois de la France. Berlin-Paris, 1840. — Pierquin, de Gembloux, Hist. litt. philolog. et bibliograph. des patois. Paris-Berlin, 1841. — Ludovic Lalanne, Langues, dans: Un million de faits. Paris, 1842, p. 1298-1307).

Fig. 29.

Selon la plupart de ces auteurs, la langue d'oc, lingua occitana, langue lémosine, langue des troubadours, d'une part, comprendrait, en Espagne, le valencien, le mayorquain et le catalan, parlé non-seulement dans la Catalogne et à Alghero, en Sardaignc, mais aussi en France, dans une partie du département des Pyrénées-Orientales. Le kathalan, suivant M. Pierquin, de Gembloux, serait également parlé, en France, dans le village de Labatie-Neuve, à deux lieues de Gap, au sommet des Alpes, vraisemblablement par suite d'une immigration toute locale. La langue d'oc, d'autre part, comprendrait, en France, le

118 FRANCE (aktiiropologie).

languedocien, le provençal, le dauphinois, le lyonnais, le savoisien, Vauvergnat^ le limousin, le pe'rigourdin, le gascon et le béarnais.

Le languedocien pouvant se diviser en cinq sous-dialectes, serait parlé dans les départements du Gard, de l'Hérault, de l'Aude, de l'Ariége, de la Haute- Garonne, du Tarn, de l'Aveyron, de Tarn-et-Garonne, du Lot, de Lot-et-Garonne, la partie méridionale du département de la Lozère et dans une portion du département des Pyrénées-Orientales. Le provençal serait employé dans une partie du département de la Drôme, dans les départements de Vaucluse, des Bouchesdu-Rliône, des Basses-Alpes, du Yar et des Alpes-Maritimes. Le savoisien serait parlé dans les deux départements de la Savoie. Selon M. Mortillet, |un dialecte de notre langue se parlerait sur le versant italien, dans la vallée de Suze que Ptolémée (1. 111, cap. i) disait occupée par des Ségusiens, anciens habitants des bords de la Haute-Loire et du Rhône {Bull. Soc. d'anthr., 5« sér., 1. 1, p. 246, 1878). he dauphinois serait en usage dans le département de l'Isère, des Hautes- Alpes, partie du département de la Drôme et dans les vallées vaudoises du Piémont. Le lyonnais serait parlé dans les départements du Rhône, de l'Ain et partie de Saône-et-Loire, patois intermédiaire que la carte de M. Elisée Reclus indique comme se rattachant à la langue d'oil. L'auvergnat serait usité dans une partie du déparlement de l'Allier, dans les départements de la Loire, de la Haute- Loire, de l'Ardèche, du Puy-de-Dôme, du Cantal et partie du département de la Lozère. Le limousin serait parlé dans les départements de la Corrèze, de la Haute- Yiennc, dans une partie du département de Ja Creuse, de l'Indre, du Cher, de la Vienne, de la Charente, de la Charente-Inférieure. Le périgourdin serait en usage dans celui de la Dordogne et dans des parties restreintes de ceux de la Charente, de la Gironde et de Lot-et-Garonne. Le gascon serait parlé dans les départements de la Gironde, des Landes, du Gers, des Hautes-Pyrénées et dans une partie de celui des Basses-Pyrénées ; le béarnais dans une partie de ce dernier département.

En Suisse, où des patois français sont parlés dans les cantons de Berne, de Neuchâtel, Fribourg, Vaud, Genève, le valaisan, parlé dans le Valais, se rattache à la langue d'oc. Le roumanche ou rhétien, subdivisé en deux sous-dialectes, le rumonch et le ladine, se parle dans la région orientale des Grisons et dans le Tyrol. Ces dialectes romans, issus du latin et de l'allemand, paraîtraient être assez voisins de la langue d'oil, tout en se l'attachant également à la langue d'oc.

La langue d'oil ou d'ouï, lingua oytana, langue des trouvères, d'où provient le français littéraire actuel, comprend également plusieurs dialectes ou patois différents, dont les' principaux sont le picard, le normand et le bourguignon.

Le picard, qui mériterait plutôt le nom de langue d'ouen, répond à une partie de l'ancienne Gaule Belgique, successivement envahie par les Belges et Francks transrhénans. En Belgique, il passe au wallon dans les environs de Tournay, dans les [irovinces du Hainaut, de Namur, de Liège, du Brabant méridional, et dans une portion du Luxembourg. Le dialecte des Wallons, récemment étudié par MM. Charnock, Carter Blake et Beddoe, se trouve être limitrophe du dialecte des Flamands au Nord et de la langue des Allemands à l'est; peuples germaniques qui donnent le nom de Walsche étrangers à ces Wallons qui vraisemblablement habitaient les Gaules antéiiem-eraent aux iramii-rations venues d'outre-Rhin. (Charnock et Carter Blake, Des caractères physiques, moraux et philologiques des Wallons; et J. Beddoe, les Wallons : Institut

FRANCE (anthropologie). 119

anthrop. de Londres, o février 1872, ext. Rev. d^inthrop., t. II, p. 559, 1875.)

En France, sous le nom de rouchi, le picard est parlé dans le département des Ardennes et dans une partie du département du Nord. Le picard constitue la langue des habitants des départements du Pas-de-Calais, de la Somme et de la partie septentrionale des départements de l'Aisne et de TOise, le dialecte normand s'avançant jusqu'au cours inférieur de l'Oise, et le champenois, sousdialecte du bourguignon, se mêlant au picard dans la région comprise entre l'Aisne, l'Oise, la Seine et la Marne. Enfin, suivant MM. G. Fallot et Ludovic Lalannc, un patois picard serait également usité dans le département de la Sarthe, c'est-à-dire dans l'ancien Bas-Maine où habitaient les Aulercs Génomans, parents des Aulercs Éburons des environs d'Évreux, eux-mêmes homonymes des Éburons, la plupart exteiminés par Gésar (De Bell. Gall., 1. VI, cap. xxxiv) anciens, habitans du pays de Liège, où se parle un dialecte wallon.

Le normand est parlé principalement dans l'ancienne Normandie, portion de la Neustrie, occupée par les Nordmans d'origine Scandinave, c'est-à-dire dans les départements de la Manche, du Calvados, de l'Orne, de l'Eure, de la Seine- Inférieure ; mais, selon M. Kallot, il s'avancerait vers le Nord, le long du littoral si fréquemment visité par ces intrépides pirates danois et norwégiens, jusqu'auprès d'Abbeville, dans le département de la Somme ; vers le Sud-Est, jusqu'à l'Oise ; vers le Sud, jusque dans la partie septentrionale des départements d'Eureet-Loir, de la Sarthe, de la Mayenne et de la Loire-Inférieure; vers l'Ouest, audelà du département d'Ille-et-Vilaine, jusque dans la partie orientale des déparments du Morbihan et des Côtes-du-Nord.

Quoique la langue parlée à Paris contienne de nombreux mots picards, d'assez nombreux mots normands et beaucoup de mots champenois-bourguignons, selon M. Coquebert de Monbret, « le français de la capitale et de la littérature » aurait été parlé sur les bords de la Loire, principalement du côté de Tours et de Blois. D'ailleurs, M. G. Fallot rattache ce dialecte ou patois de la Touraine, de l'Orléanais et de l'Ile-de-France, et par conséquent de Paris, au dialecte bourguignon. Les départements où aurait été parlé ce dialecte, d'où proviendrait le frayiçais litléraire, seraient ceux du Loiret, deLoir-et-Cher, Cher, Indre-et-Loire, Maine-et-Loire; mais il aurait également été en usage dans la partie septentrionale des départements de l'Indre et de la Vienne, dans une portion de celui de la Loire-Inférieure, dans la partie méridionale de celui d'Eure-et-Loir, et se serait étendu vers le Nord à celui de la Seine, à une partie de ceux de Seine-et- Oise et de Seine-et-Marne.

Au sud du cours inférieur de la Loire, dans les départements de la Vendée, de la Vienne et des Deux-Sèvres se parlerait le poitevin, dont le patois saintongeois, usité dans la partie occidentale des départements de la Chaiente et de la Charente-Inférieure, ne serait qu'une variété. A ce patois saintongeois, ainsi que le remarquent Coquebeit de Monbret et Schnakenburg, se rattacherait le langage des Gavaches ou habitants du territoire de Gavacherie, faisant partie des arrondissements de Libourne, de la Béole et de Marmande, territoire où des colons, venus de la Saintonge, se seraient établis vers les quinzième et seizième siècles. Ces Gavaches ou Marotins, appelés principalement de la Saintonge, vers 1527, par Henri d'Albret, à la suite d'une épidémie ayant cruellement sévi sur les habitants de Taillecavat, Dieulivol, Montségur, etc., constituent la population de quarante-sept communes sur les bords du Drop ou Drot ; ils se trouvent

120 FRANCE (anthropologie).

de tous côtés entourés de Gascons. D'antres Gavaches, venus de Saintonge, habiteraient également le Bas-Médoc, au sud de l'embouchure de la Gironde, auprès de Soulac, de Certes et d'Audenge, suivant M. Francisque Michel (Coquebert de Monhret, l. c, p. 24, voir aussi p. 488 et 489, communications de Villevielhe et M.irtineau des Barthes. — Schnakenburg, l. c, p. 29, etc. — Voir en outre sur les Gavaches : De Caila, Notice sur la Gironde : Mém. deVAc. celtique, t. lY, 1852. — Jouannet, Notice sur les Gavaches : Musée d'Aquitaine, t. 111, p. 259-265. Bordeaux, 1824. — Alex, du Mege, Stat. des dép. pyrénéens, t. 11, p, 146, 1828. — Francisque Michel, Races maudites, t. I, p. 542. •Paris, 1847. — Dutruch, Sur les Marotins ou Gavaches : Bull. Soc. d'anthrop. t. II, p. 561, 1861, et 2« sér., t. XI, p. 58, 1876).

Revenant au nord-est de la France, on constate que le lorrain ou austrasien se parle dans les environs de Metz, dans les départements de Meurthe-et-Moselle, des Vosges, de la Meuse et dans une partie du département de la Ilaute-Marue. Suivant M. Godron, dans la partie méridionale de la Lorraine allemande, du côté d'Albestroff, de Dieiize, de Lorquin, beaucoup d'habitants ayant été massacrés par l'armée de Bernard de Saxe-Weimar en 1655, des Vermanduens, des Picards vinrent repeupler en partie cette région. Leur patois se mêla bientôt au patois des anciens habitants (Godron , Et. sur lu Lorraine dite allemande^ p. 72. A'ancy, 1874).

Le champenois, intermédiaire au picard et au bourguignon, se parlant dans les départements de la Marne, de l'Aube et dans une partie de celui de la Haute-Marne, se rattachei'ait surtout au dialecte ou patois bourguignon qui serait parlé dans les départements de la Nièvre, de l'Yonne, de la Haute-Saône, de la Côtc-d'Oret dans une partie de ceux de l'Allier et de Saône-et-Loire.

Enfin le franc-comtois serait parlé dans les départements du Doubs, du Jura et de l'Ain.

11 faut encore rappeler qu'à Courtisols, près de Châlons-sur-Marne, dans le département de la Marne, se trouve une petite population dont le langage, suivant M. Bridel et quelques autres personnes s'étant occupées de cette petite localité, paraîtrait révéler une origine suisse (Bridel, Herbez, Sur le patois de Courtisols : Mém. de la Société des antiquaires de France, t. Y, p. 547, 353, 357. — Coquebert de Monhret, /. c, p. 219 : Rech. sur le village de Courtisols] .

Après cet aperçu fort imparfait de géographie linguistique de la France, indiquant la répartition des langues basque, bretonne, flamande, celle des langues d'oc et d'oil, ainsi que de leurs dialectes et patois, il faut également remarquer que le français littéraire rappelle encore par bien des mots les divers éléments ethniques qui ont concouru à la formation de notre nation. Si, par suite de la domination des Romains dans les Gaules et de l'adoption de leur civilisation, le latin constitue la base principale de notre langue actuelle, parmi les nombreux mots latins, avec Ampère, avec M. Ludovic Lalanne, on peut reconnaître quelques mots d'origines ibérienne, celtique, grecque et arabe, un plus grand nombre d'origine germanique. De la langue ibérienne, que les Aquitains parlaient anciennement, que les Basqies paraissent parler actuellement, seraient dérivés les mots peu nombreux de bis noir; engourdi, gourd de gurd; vague de vagà ou bagà, etc. Du celtique anciennement parlé par la plupart des habitants des Gaules, principalement de la vaste région appelée la Celtique, s'étendant de I a Garonne à la Seine, de l'Océan aux Alpes, proviendrait un certain nombre de

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mots encore usités dans divers dialectes celtiques parlés, soit en Basse-Bretagne, soit en Irlande, soit dans le pays de Galles. Bec viendrait de becco ; huer, fol, tas, drogue, quai, cri, auraient leurs homonymes dans les mots gallois hwa, fol, taz, droch, cai, cri; de même soc, fin, glas, dans les mots irlandais soc, fin, glas, lamentations; hlanc ne différerait pas des mots gallois blanc et blan lumière; dru de drud fort; grognon viendrait de gnvnach, grognement en gallois; craqueur de cracaire, vantard en irlandais. Enfin, les mots broc, trousseau, baragouin, viendraient des mots bas-breton broc, trooss, vêtement, bara pain, et qivin vin (Ampère, Hist. de la liltérat. franc, au moyen âge, Introd. : Hist. de la formation de la lang. franc., p. 505, 539, etc., 1841. Paris).— Ludovic Lalanne, /. c, p. 1505, etc. Paris, 1842).

De la langue des Grecs ayant colonisé notre littoral méditerranéen, et ayant importé leurs caractères graphiques jusque dans nos provinces septentrionales, il est resté, outre les mots scientifiques de création constante, quelques mots d'usage vulgaire non-seulement dans le français littéraire, mais aussi dans quelques patois. Frissonner, caresser, moquer, agonie, golfe, amphigouri, lourdaud, moustache, etc., viennent de fpicran-.) frémir, zapî;£<76ai caresser, î/w/àv moquer, àyovîa lutte, y.ôlm; golfe, àufi autour et yvpo; cercle, lopSbç imbécile, f/uc7T«ç moustache, etc. Le patois picard aurait conservé theion oncle, theïa tante, et /iode fatigué de la route, venant de Mo;, 6ûa, b§6;, oncle, tante et route.

Sans insister sur quelques mots du provençal, auxquels Z. Pons croit devoir reconnaître une origine phénico-punique, explicable par les relations commerciales des Carthaginois avec les habitants de notre littoral méditerranéen {Mém. de la Soc. des antiq. de France, t. I, p. 54-61, 1817), quelques mots d'origine africaine ou plutôt sémitique ont été introduits dans notre langue française, soit lors des incursions des Sarrasins d'Espagne, soit par nos compatriotes revenant des croisades, soit lors de l'expulsion des Maures de cette péninsule, soit aussi par l'étude de certaines sciences particulièrement cultivées par ces Maures d'Espagne. Les mots algèbre al djabara réduire, chiffre cifr, zénith, nadir, alcali, alcohol, almanach, etc., reconnaîtraient celte origine, que partageraient également quelques termes usités, soit dans la marine, comme amiral émir al bahr commandant de la mer, felouque faluka navire, câble; soit dans la langue usuelle, comme magasin al makhzen ou makhazin, dépôts de marchandises en arabe, carafe al garafa, sovhet chei'bet, alezin al hazan le» beau, ou plutôt al athan la fumée, couleur brune, algarade al garaza, cri de guerre des Maures, caffard kouffar infidèle, hypocrite, etc., etc. (Ampère, loc. cit. — Ludovic Lalanne, loc. cit. — Littré, Dict.).

Après le latin, les langues germaniques parlées par tant d'immigrants belges, francks, goths, burgundes, saxons, nordmans, etc., ont fourni à la langue . française les plus nombreuses expressions. Ifietz cité par x\mpère, évaluerait à un millier les mots français d'origine germanique. Quoique se rapportant aux ordres d'idées les plus différents, ils servent surtout à exprimer des titres féodaux, des idées de guerre, de violence, de chasse, en rapport d'ailleurs avec la situation sociale de ces conquérants d'outre-Rhin ou d'outre-Mer. Baron, marquis, maréchal, guerre, bannière, gonfanon, hache, dague, tuer, heurter, hase, viennent de bar homme libre, mark frontière, commandant des frontières, mariskalk préposé aux chevaux, war et tverra, panier, gund-fahne, hacke, degen, tœdten, heurien, hase lièvre. Les mots lande, rosse, bouquin, hère,

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danse, trinquer, viennent également des mots allemands land pays, ross cheval, ht(ch livre, herr seigneur, tanz danse et trinken boire.

Panlatinisme, Pangermanisme et Panslavisme. — Les données linguistiques précédentes amènent tout naturellement à parler des théories plus politiques que scientifiques du panlatinisme, du pangermanisme et du panslavisme, théories qui peuvent avoir certaines bases linguistiques, mais ne reposent que fort peu sur des bases ethnologiques.

Ainsi qu'on l'a vu dans la première partie de ce travail, notre nation est loin d'être homogène. Au point de vue anthropologique, quoique appartenant pour la plupart à des races humaines supérieures, les éléments etlmiques les plus divers concourent à sa formation. Aux descendants des Celtes, composant la plus grande portion de la population de notre pays, se mêlent ou sejuxtaposent ceux des Aquitains dans le sud-ouest, ceux des Ligures dans le sud-est, ceux de divers immigrants germains d'outre-Rhin ou d'outre-mer, Galates, Kimmériens, Belges, Francks, Goths, Burgundions, Saxons, Nordmans, ayant envahi le nord-est, et voire même ceux de quelques conquérants, colons ou, fugitifs de provenance méridionale, Phéniciens, Juifs, Sarrasins, Maures, Grecs, Romains, etc. De ces peuples si multiples, si divers, en proportions fort inégales, est résultée la nation Française. Après avoir parlé les langues, les idiomes différents en usage chez ces peuples divers, notre nation, tout en conservant la langue euskuara ou basque dans les Pyrénées occidentales, le breizad dans la Basse-Bretagne, l'allemand en Alsace, le flamand dans notre plaine du nord, près de l'Aa et de la Lys, a adopté une langue dérivée du latin, comme les nations j'ortugaise, espagnole, italienne et voire même valaque, dernière nation habitant le bassin du bas Danube, où l'on a vu précédemment habiter diveises peuplades celtiques et galatiques. De ce que ces nations, en acceptant plus complètement que les autres nations européennes la civilisation romaine, ont su conserver des langues dérivées du latin, des langues romanes, qui bien que notablement différentes, ont entre elles de grandes analogies, on a cru devoir les i-éunir sous la dénomination de races latines. Cependant, ainsi qu'on a pu le voir pour nos compatriotes, les Portugais, les Espagnols, les Valaques, ne sont nullement de race latine, bien que parlant des langues dérivées du latin, des langues néo-latines. Dans leurs veines, diluées dans la masse considérable du sang provenant d'autres races, circulent à peine quelques gouttes du sang latin, d'ailleurs lui-même fort mêlé. Cependant sur cette analogie linguistique, mais nullement ethnologique, repose uniquement cette théorie erronée des races latines et du Panlatinisme, concernant les peuples du S.-O. de l'Europe, et de nombreuses colonies, c'est-à-dire de la France, du Portugal, de l'Espagne, de l'Italie, d'une partie de la Suisse et de la Belgique, du Canada, de la plupart des possessions européennes de l'Amérique centrale et méridionale, etc. Ce Panlatinisme n'a fait son apparition sur l'horizon de la politique européenne que lorsque les gouvernants des principaux États allemands et slaves, ont pensé trouver dans les théories analogues du Piingermanisme et du Panslavisme de puissants mobiles pour entraîner leurs peuples à des guerres de conquêtes. Ces théories ne légitiment cependant nullement ces prétentions ambitieuses. Si en France, à côté du français et des dialectes ou patois de langues d'oc et d'oil, se parlent le basque, le bas-breton, le flamand ; si à côté des descendants des Celtes se trouvent ceux des Aquitains, des Ligures, desGalates, des Belges, des Francks,

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des Burgundions, des Nordmans et de maints autres peuples ; pareillement, en Allemagne, dans l'ancienne Germanie, la patrie de la théorie pangermanique, à côté de l'allemand et de ses dialectes se parlent le wend, le tchèque, le croate, et maints autres dialectes slaves ; et à côté des descendants des Germains, que Tacite et a\itres ailleurs anciens disent être de grands blonds, à la peau blanche, aux yeux bleus (De Mor. Germ. IV), se trouvent des petits bruns, des descendants des Celtes, qu'Hérodote et Dion Cassius disent habiter sur le haut Danube, à l'E. du Rhin, des Helvètes, des Tectosages et autres peuples, que César, Tacite et Tite-Live disent être venus des Gaules se fixer sur les bords du Rhin et du Mein, dans les pays fertiles voisins de la forêt hercynienne, et surtout des descendants de nombreux peuples slaves comme les Obotrites du Mecklenbourg, les Wends, Sorabes ou Serbes du Brandebourg, homonymes des Serbes méridionaux de la Turquie, les Wiltzes ou Welatabs de la Poméranie, les Lutziches et les Milzes de laLuzace, les Tchèques de la Bohême, les Moraves, les Esclavons, les Croates, et maints autres encore ayant envahi l'Europe centrale des bords de la Baltique à ceux de l'Adriatique (Hérodote, 1. Il, cap. xxxiii ; I.IV, cap. xLix., coll. Didot. — Dion Cassius, Hist. rom., 1. XXXIX, cap. xlix du t. III, Gros, 1851). — César, de Bel. Gall., 1. VI, cap. xxiv. — Tacite, De mor. Germ. XXVHI et XLII. — Tite-Live, 1. V, cap.xxxiv. — R. S. Charnock, les Wends de Bautzen : Anthropoîogia, vol. I, n° 2, ext. Rev. d'anthrop., t. IV, p. 162, etc., 1875).

Cette diversité de races ayant concouru à la formation des populations comprises dans l'Allemagne est d'ailleurs attestée par les différences de caractères présentés par les habitants actuels, les uns se faisant remarquer par leur dolicliocéphalie, les autres, principalement dans le midi, suivant M. Virchow, par leur brachycéphalie, les uns par leurs chevelures de couleur blonde, les autres par leurs cheveux de teintes foncées, les bruns étant loin d'être rares, même dans l'Allemagne septentrionale, selon Niehbur et Bunsen, selon M. Mayer, de Berlin, etc. (Virchow, Cong. int. d'anthropol. et d'archéol. de Bruxelles de 1872, p. 564. — Louis Mayer, Congrès méd. internat, de Paris, en 1867, p. 212. — Bunsen, Nielibur, voir Pricliard, Hist. nat. de l'homme, 1. 1, p. 266, en note, trad. de Roulin).

D'après les documents statistiques recueillis sur de très-nombreux enfants, la plupart de moins de quatorze ans, sur 100 la proportion des blonds ne serait que de 20,56 en Bavière, et de 52,11 en Prusse (Septième congrès des anlhropol. allemands; ext. Rev. d'anthrop., t, VI, p. 559. — Gaz. hebd. de méd., 20 octobre 1876, p. 672).

Prétendre réunir tous les Germains en un seul État, tel est le principe fondamental du Pangermanisme, dont les principaux promoteurs sont les Prussiens, descendants des Prusses ou Borusses, anciens habitants des bords de la ^istule, en grande partie d'origine slave. Or non-seulement les descendants des Germains sont disséminés en Russie, en France, en Amérique et maints autres Etats; mais on vient de voir que même en Allemagne ils sont intimement mêlés ou juxtaposés à des descendants de Celtes, de Slaves, à des représentants de diverses autres races. Dès lors prétendre réunir dans un État germanique les descendants des Germains, c'est en même temps comprendre dans cet État de nombreux peuples de races différentes.

La théorie panslavique ne repose pas sur des bases scientifiques plus solides que celle du pangermanisme. D'une part, on a vu précédemment combien de

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Slaves étaient répandus dans diverses régions de l'ancienne Germanie ; il en est de même en Turquie. D'autre part, dans l'empire russe, à côté de Slaves, comme les Russes, les Ruthènes, se trouvent de nombreux peuples appartenant aux races les plus diverses, des Allemands, des Estho'niens, des Lapons, des Samoyèdes, des Tatares, des Circassiens, etc., etc., peuples divers, la phipart parlant des langues différentes, n'ayant aucun rapport avec les langues slaves. Cependant les champions belliqueux du Panslavisme, les Russes, qui depuis longtemps trouvent dans l'origine slave de divers peuples de la Turquie un motif suffisant de s'immiscer dans sa politique intérieure, viennent,'sans prétexte plausible, d'envahir et de démembrer ce malheureux pays, en attendant que les circonstances leur permettent, à propos des Tchèques de la Rohême, ou des Obotrites, des Wends ou Serbes du Mecklembourg ou du Brandebourg de s'ingérer dans les affaires intérieures de l'Allemagne.

L'histoire nous montre que trop souvent les Gouvernants ont cherché dans la diversité des religions des motifs de guerres sanglantes et de persécutions cruelles, dans lesquelles ont succombé des milliers de victimes humaines immolées à la plus grande gloire des différentes divinités alors adorées. Actueltuellement dans notre Europe civilisée on ne peut voir qu'avec peine les Gouvernants les plus puissants chercher dans des questions de races, dans les théories du Panslavisme, du Pangermanisme et du Panlatinisme de nouveaux motifs de guerres non moins meurtrières, de persécutions non moins atroces. Si les vues ambitieuses de quelques potentats s'appuient sur certaines données ethnologiques erronées pour entraîner les peuples à s'entre-détruire, il importe au moins que les savants ne s'associent pas à ces entraînements funestes à l'humanité. Il appartient aux anthropologistes de montrer que, parmi les nombreux éléments ethniques ayant concouru à la formation de la plupart de nos nations européennes, s'il en est quelques-uns de spéciaux à telle ou telle de ces nations, bon nombre d'entre eux sont communs à plusieurs États voisin?. Alors, tenant en juste mépris les prétentions ambitieuses de ces néfastes Chefs d'Etats, loin de trouver dans la diversité de certaines races un motif de s'entre-détruire, les peuples voisins verront peut être dans leur etlmogénie plus ou moins commune un motif d'alliance et de concorde, et sentiront de plus en plus la nécessité d'annihiler les frontières, trop souvent ensanglantées, qui les limitent et les séparent. Gustave Lagneau.

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