‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.41Chapitre 20 sur 163 · FRANCE (flore · texte numérisé non relu

FRANCE (flore

§ III. Flore. La flore de la France est riche et variée, comme il doit arriver dans un pays qui occupe, dans l'Europe moyenne et occidentale, une situation privilégiée et qui s'étend en latitude du 42"= degré à peu près au 51% et en longitude du 1^ degré ouest au 5^ degré est environ. Les montagnes, sans être élevées, permettent cependant, dans les Alpes et les Pyrénées, la végétation des espèces alpines. De grandes plaines propres à la culture sont riches en végétaux herbacés et en arbres spontanés et introduits. La flore maritime est également riche sur les bords de l'Océan et de la Méditerranée, et le pays ne renferme encore que trop d'amas d'eaux stagnantes dans lesquels prospère la flore des marais. La nature du sol, extrêmement variable, est, suivant les localités, favorable aux plantes des terrains calcaires ou à celles des terrains siliceux. Dans le Nord et sur les montagnes, la saison d'hiver est souvent rigoureuse. Le Midi est, au contraire, aussi chaud qu'un climat puisse l'être dans l'Europe méridionale. Le climat marin des côtes occidentales, réchauffées par le Gulf-stream, avec ses températures non excessives en été et en hiver, est, pour une autre raison, favorable à la végétation des plantes dites d'orangerie ou de serre froide. Grâce à ces différentes causes sur lesquelles nous aurons ù revenir, la végétation de la France est une des plus intéressantes qu'on puisse étudier.

Sans remonter plus haut dans l'histoire de la question, nous nous bornerons à montrer comment, dans la Flore française qu'il publia au commencement de ce siècle avec Lamarck, A. -P. de CandoUe eut l'idée de dresser une Carte botanique de la France, qui permet d'embrasser en un seul regard l'ensemble de la distribution des espèces végétales dans notre pays. En 1815, c'est-à-dire au moment où parut la troisième édition de la Flore, les limites de la France étaient un peu plus larges qu'elles ne sont aujourd'hui, puisqu'elle s'étendait au nord un peu au-dessus d'Anvers, à l'est jusqu'au Pdiin et au lac de Neuchâtel, et qu'au sud-est, elle comprenait le Piémont. Les différences, quant aux espèces composant la flore, n'étaient pas cependant considérables, parce que les espèces de la Suisse se trouvent aujourd'hui pour la plupart dans nos Alpes, et que la France s'est de nouveau annexé le pays de Nice, dont la flore ne diffère pas de celle d'Oneille, alors exploré avec un soin particulier, comme représentant à peu près notre extrême limite méditerranéenne du côté de l'est. Nous nét^ligerons pour le moment l'un des deux objets que cette carte était destinée à indiquer, savoir : le degré auquel les productions végétales des différentes parties de la France étaient alors connues, et nous nous arrêterons au dernier, c'est-à-dire « à la disposition générale des plantes sur le sol de la France. »

Nous regrettons que la nature de cet ouvrage ne permette pas la reproduction de cette carte ou d'une carte analogue qui pourrait mieux répondre à l'état de nos connaissances et de nos limites géographiques actuelles, attendu que mieux que les plus longues phrases, un coup-d'œil jeté sur cette carte mettrait immédiatement le lecteur au courant de la question qui nous occupe. Aous essaierons d'y remédier en analysant succinctement les principales dispositions de cette sorte de plan de la flore française. Le lecteur pourra d'ailleurs, à l'aide de quelques lignes et de quelques teintes, reproduire ces dispositions sur une carte de France ordinaire.

La France y était partagée en cinq régions, ;distinguées par des couleurs différentes, et les auteurs faisaient remarquer que leurs limites ne sont point tranchées dans la nature, comme on avait dû les indiquer sur la carte de sorte

FRANCE (flore). -129

que ces régions ne devaient être considérées que comme des indications trèsiiénérales.

Depuis Ostende jusqu'à Oneille (nous dirions aujourd'hui depuis Dunkerque jusqu'à Vintimille), la côte était teintée en couleur verte, indiquant la patrie des plantes maritimes. On avait coloré aussi en vert les environs de plusieurs localités intérieures où la présence d'une certaine quantité de sel marin dans le sol, et par suite dans les eaux, permettait à ces mêmes plantes de vivre. (}uoique les auteurs de la carte aient plus tard renoncé à cette notion, nous croyons qu'elle doit être maintenue dans de certaines limites, car certainement les terrains salés de l'intérieur portent des plantes maritimes qui ne se rencontrent point au delà des limites des terrains salés. Quant aux plantes qui habitent les plages maritimes du nord de la France, c'est-à-dire celles de la Manche et du Pas-de-Calais, on remarquait dès lors qu'elles se retrouvaient sur les côtes méridionales; mais que l'inverse n'avait pas également lieu, et que la plupart des plantes maritimes de la Méditerranée ne croissaient qu'en petite quantité sur les bords de l'Océan, du côté de la Gascogne, ne s'avançant d'ailleurs vers le nord que jusqu'à l'embouchure de la Loire environ ou tout au plus jusqu'au midi de la Bretagne. « Malgré cette différence, disait de Candolle, je n'ai pas cru devoir séparer en deux classes les plantes maritimes, à cause de l'extrême ressemblance qu'on observe dans leur port et leur végétation. » Aujourd'hui, l'on pensera peut-être, qu'en joignant à la notion d'habitat celle de la température, il y aurait lieu de distinguer une zone maritime secondaire de l'est et une zone maritime méridionale, quitte à indiquer dans une catégorie intermédiaire celles des plantes qui sont communes aux deux zones et qui peuvent se retrouver depuis les Alpes-Maritimes jusqu'aux limites du département du Nord.

Une autre couleur (le bleu) était destinée à représenter les plantes que de Candolle appelait montagnardes. Il faisait remarquer que, dans ce cas, les lignes de démarcation devaient être beaucoup moins prononcées que dans la région précédente, et il en donnait pour raison que les vallées exposées au soleil participent souvent de la végétation des provinces méridionales, et que les vallées moins chaudes ont des plantes qui leur sont communes avec les régions des plaines du centre et du nord. Il savait bien toutefois que les régions de montagnes possèdent beaucoup d'espèces qui leur sont particulières et qui se retrouvent dans les diverses chaînes du pays. Il y a, en effet, bien des plantes communes aux Alpes, au Jura, aux Cévennes, aux montagnes de l'Auvergne et en même temps aux Pyrénées et à la chaîne des Vosges, et l'aspect de la végétation de toutes ces montugnes offre, à quelques différences près, les plus grands traits de ressemblance générale. Nous voyons que, de nos jours, on établit parmi les plantes de montagnes deux divisions principales : les plantes alpines et les plantes subalpines, et que cette distinction n'est pas, dans bien des cas, sans utilité.

Au sud-est des trois grands massifs les plus méridionaux, qui appartiennent en France au système des montagnes, s'étend la région provençale qui, baignée au sud par la Méditerranée, s'étend à l'ouest jusques et y compris le Roussillon et qui, à l'époque où la carte fut dressée, allait se perdre à l'est, au delà des Alpes-Maritimes , au pied de la chaîne Ligurienne. Teintée aussi d'une façon particulière (en rose-carmin) , cette zone comprend la Corse et s'étend au nord de chaque côté du Rhône jusqu'au-dessus de Montélimart et à Dié, formant DICT. ENC. 4° s. V. 9

130 FRANCE (flore).

ainsi une saillie vers le nord où la végétation se maintient à peu près la même qu'au niveau de la côte méridionale, parce que l'encaissement de la vallée du Rhône entre les massifs du Mont Yentoux et du Mont Lozère maintient dans cette portion déprimée une températui-e supérieure à celle des parties qui, à l'est et à l'ouest, sont situées à peu près à la même latitude. Cette région, qui est en grande partie celle des Oliviers, peut s'appeler méditerranéenne ; on la désigne souvent sous le nom de région provençale ou méridionale, et les plantes qui lui appartiennent en propre sont souvent nommées plantes du midi.

Au-dessus de la région précédente et de celle des montagnes austro-orientales, s'étend une vaste région de plaines, teintée aussi d'une couleur particulière (le jaune) et qui comprend environ les trois cinquièmes du pays. Ces plaines ont pour limites au sud, d'après ce qui a été dit, Limoges, la Côte Saint-André, Grenoble, et à l'est le bas du versant occidental de la chaîne du Jura. Le massif des montagnes du Mont Lodève et du Puy-de-Dôme y forme une vaste rentrée sépar-ant l'une de l'autre les deux plaines qui limitent les bases de la chaîne du Cantal. A partir du Mans, cette zone s'étendait directement, pour de Candolle, de l'est à l'ouest jusqu'en face de Belle-lsle en mer ; plus haut, elle avait pour limite occidentale les bords mêmes de la Manche et du Pas-de-Calais, remontant au nord jusqu'à la Belgique et à l'est jusqu'aux extrêmes limites de la Lorraine et de l'Alsace. Celte grande région à peu près plate est peuplée presque dans toute son éten'iue des mêmes plantes, assez semblables, en somme, à celles que nous trouvons aujourd'hui dans la flore parisienne. La plupart de ces espèces se retrouvent, il est vrai, dans les régions dont nous avons précédemment parlé; mais celle-ci ne possède pas les plantes spéciales à chacune de ces régions: montagnarde, méditerranéenne et maritime.

On considérait alors la région du sud-ouest, comprenant la Gascogne, la Saintonge, le Poitou, la Vendée et la portion méridionale delà Bretagne, comme possédant une végétation pour ainsi dire intermédiaire entre celles des plaines du nord et des provinces méridionales, et on la teintait aussi d'une couleur particulière (rouge vermillon), en faisant remarquer qu'au nord de cette zone, à Nantes et au Mans, par exemple, la flore différait à peine de ce qu'elle était vers Agen et Dax, c'est-à-dire à trois ou quatre degrés plus au sud, tandis que du côté de l'est, on observait à des distances égales, la plus grande dissemblance entre la flore d'Aix et celle de Dijon, par exemple, ou entre la flore de Turin et celle du Bas-Rhin.

De Candolle avait tiré parti pour expliquer ces différences, d'une observation curieuse faite par Young pendant son célèbre voyage en France, et relative aux zones occupées par certaines plantes cultivées. Young avait fait remarquer que les zones occupées par la culture de l'Olivier, du Maïs et de la Vigne se superposent de telle sorte qu'on peut faire passer des lignes par les p'oinls septentrionaux où s'arrête leur culture, et que ces trois lignes sont à peu près parallèles entre elles. Mais au lieu de l'être en même temps à l'équateur, elles se dirigent toutes obliquement de l'ouest à l'est et du sud au nord. Ainsi, la ligne limite de la culture de la Vigne part de Guérande pour remonter vers Alençon, puis va passer par Mantes, Compiègne et Saint-Hubert en Belgique. « 11 n'y a pas de vignes au nord de cette ligne ^), a écrit de Candolle sur sa carte; ce qui veut dire, non pas que les vignes disparaissent totalement, car on en retrouve plus au nord des pieds cultivés en espaliers et plus ou moins abrités contre les murs ou les maisons, et qui peuvent même donner un raisin mangeable,

FRANCE (flore). 15]

quoique médiocre, comme il arrive dans le Calaisis, par exemple, et même dans le sud-ouest de la Belgique; mais les vignes ne sont plus cultivées en grand dans les champs et ne pourraient guère y donner une vendange propre à la fabrication d'un vin potable.

Au dehors de celte ligne, et sensiblement parallèle s'étend, à un intervalle de deux degrés environ, la ligne qui limite au nord la culture du Mais; elle part de la Pointe de Graves, se dirigeant vers Saint-Jean-d'Angély, puis va passer près de Bourges et de Semur en Auxois d'où elle se porte tout droit vers Strasbourg. 11 ne faut pas non plus prendre à la lettre la légende : « Il n'y a pas de Mais au nord de cette ligne » , puisque nous voyons aux environs de Paris de petits champs de Maïs. dont on peut même tirer des fruits passables; mais la culture du Mais ne pourrait généralement s'y faire en grand avec des chances assurées de succès constant, et il y a des années oii elle serait certainement impossible.

La limite septentrionale de la région française des Oliviers est une ligne droite qui part des environs nord de Narbonne, passe à Saint-Guilhem-dii- Désert près Montpellier, par xVnduse et par Die et arrive en Savoie un peu au nord de Saint-Jcan-de-Maurienne. Il en résulte qu'en France, et à part quelques exceptions sans importance, analogues à celles qui existent pour les lignes de la Vigne et du Maïs, la région des Oliviers ne comprend qu'une surface relativement peu étendue de la Provence, ayant pour centres principaux, du sudouest au nord-est : Perpignan, Béziers, Montpellier, Nîmes, Orange, Avignon, Aix, Marseille, Draguignan et Aice.

On a cru, d'une façon peut-être trop absolue, que cette obliquité des limites des trois plantes cultivées dont nous venons de parler était « précisément l'inverse de ce qui s'observe pour les plantes sauvages », et l'on a voulu rendi^e compte de cette apparente contradiction par la comparaison des conditions physiques que présentent le climat de l'ouest et celui de l'est. De Candolle admettait, en effet, que c'est la température moyenne d'un lieu, déterminée par sa latitude et son altitude, qui influe le plus sur la distribution des plantes, et voici textuellement quelles conséquences il a tiré de ces prémisses : « Si, dit-il, nous comparons les provinces occidentales et orientales (de la France), nous voyons que les premières sont très-peu élevées au-dessus du niveau de la nier, car à une grande distance des côtes, on ne trouve encore que 100 mètres d'élévation; au contraire, les provinces de l'est qui entourent les grandes chaînes de montagnes, sont généralement élevées de 4 à 500 mètres au-dessus du niveau de la mer; cette hauteur diminue, il est vrai, du côté de la Belgique; mais alors la température est sensiblement refroidie par la seconde des causes qui la déterminent, savoir la distance de l'équateur. Ainsi, il n'y a rien que de conforme aux lois de la physique, à ce que les plantes du Midi s'approchent davantage vers le nord du côté de l'ouest que du côté de l'est. Mais lors même que la température moyenne serait la même, la distribution des plantes entre ces deux parties de la France devrait être différente, à cause de la manière différente dont la même température se répartit entre les saisons de l'année. C'est un fait généralement reconnu, qu'à latitudes égales, les îles et les pays maritimes jouissent d'une température moins inégale que les pays éloignés des mers : en d'autres termes, qu'ils ont des étés moins chauds, et des hivers moins froids. Cette uniformité de la température des pays maritimes tient évidemment à l'influence des vents et à la proximité d'un réservoir immense d'eau dont la tenipé-

132 FRANCE (flore).

rature est sensiblement constante. Or les provinces de l'ouest de la France, qui sont toutes maritimes, jouissent de cette espèce d'uniformité que ne peuvent avoir les provinces de l'est, qui sont éloignées des mers et voisines des montagnes. On doit aussi diviser les plantes en deux classes ; les unes qui craignent les grands froids de l'hiver, mais qui, pendant l'été, n'ont pas besoin d'une grande chaleur; les autres qui ne craignent point les grands froids de l'hiver, mais qui ont besoin, pendant l'été, d'une assez grande chaleur. Dans la première classe, il est évident qu'on doit placer, par exemple, les arbres qui, sans être résineux, conservent leurs feuilles, et par conséquent leur sève, pendant l'hiver ; et en effet la plupart des arbres du midi qu'on retrouve, soit indigènes, soit naturalisés, vers le nord dans les provinces maritimes, appartiennent à cette classe; tels sont le Chêne-Ieuse, le Chène-liége, le Chêne au kermès, l'Arbousier, le Laurier franc, le Figuier, les Philaria, la Pervenche à grande fleur. On doit, au contraire, placer dans la seconde classe, c'est-à-dire parmi les plantes qui ne craignent pas les grands froids de l'hiver, celles qui peuvent leur résister, paixe que la sève y est interrompue par la chute des feuilles, comme la Vigne, etc., et celles qui leur échappent, parce que les plantes ou au moins leurs tiges sont annuelles, comme le Mais, etc. On conçoit donc facilement que les plantes de cette seconde classe naîtront plus volontiers et seront naturalisées plus facilement dans l'est que dans l'ouest de la France. Relativement aux plantes cultivées, il est nécessaire d'ajouter une dernière observation, savoir que celles qui se cultivent pour obtenir leurs fruits, devront être préférablement réservées pour les pays oii il fait très- chaud pendant l'été; ainsi la Vigne est cultivée avec profit sur les revers méridionaux des Alpes, dans les lieux dont la température moyenne est plus froide que la Bretagne ou la Normandie, mais où il fait très-chaud pendant l'été, et où on est sûr que le raisin mûrira. Ce même arbuste n'est pas cultivé dans le nord de la France ; non qu'il y périsse, mais c'est que ses fruits y mûrissent mal, parce que l'été n'y est pas assez chaud. Au contraire, les plantes que nous ne cultivons pas pour obtenir leurs fruits, quoique indigènes des pays les plus méridionaux, sont facilement cultivées dans toute la France; tel est l'Artichaut, la Lavande, le Micocoulier, etc. Je ne pousserai pas plus loin ces observations, qui me paraissent suffisantes pour expliquer pourquoi, en France, les plantes du raidi approchent plus vers le nord du côté de l'ouest que du côté de l'est, et pourquoi plusieurs plantes cultivées suivent une marche inverse. Quelque importance que j'aie attachée jusqu'ici à la hauteur au-dessus du niveau delà mer, en tant que cause de la température, je suis loin cependant d'attribuer à cette hauteur autant d'influence sur la végétation que le font plusieurs naturalistes célèbres, qui pensent que la diminution de la densité de l'air influe beaucoup sur les plantes; comment concilierait-on cette influence de la raréfaction de l'air, avec d'autres faits très-génémux et connus de tout le monde; savoir que dans toutes les montagnes où le sol permet la végétation, on trouve des plantes jusqu'auprès des neiges éterneiles, quelle que soit leur hauteur; que les plantes des Hautes-Alpes se retrouvent dans le nord de l'Europe, dans les lieux où l'air est beaucoup plus dense, mais où la température est égale à celle de ces montagnes; que ces plantes des Alpes peuvent, avec des précautions, être cultivées dans les plaines les plus basses ; que quelques-unes même de celles qui croissent sur les Hautes-Alpes, se retrouvent sur les bords de la mer ; que dans les mêmes montagnes les mêmes plantes s'élèvent plus haut sur le revers méridional qu^

FRANCE (flore). 135

du côté du nord ; que dans les zones tempérées où la hauteur ne détermine pas seule la température, on observe beaucoup d'anomalies aux élévations auxquelles les mêmes plantes se trouvent, tandis qu'on en remarque très-peu dans les pays voisins de l'équateur, oià la hauteur presque seule détermine la température? Je crois donc que, d'après ces faits, on peut regarder comme prouvé que la hauteur des montagnes n'influe sur la végétation qu'en tant que cause de la température. »

Il n'y a aujourd'hui d'objections à faire à ce qui précède que sur quelques points de dét;iil. Mais il y en a de très-sérieuses à présenter à l'opinion professée à la même époque par de Candolle, que la nature chimique des terrains n'influe pas sur la distribution des végétaux et, par conséquent, dans le cas particulier qui nous occupe, sur la répartition des diverses plantes de la flore française suivant la nature calcaire, siliceuse, etc., de nos diverses provinces.

M. Alphonse de Candolle s'est, dans sa Géographie botanique raii<onnée, fort peu écarté au fond des idées professées par son père sur cette question. Quand il parle de l'influence du sol sur les espèces, il dit que dans son livre, « on verra à quel degré cette action est bornée et combien peu d'espèces lui sont soumises » (page 264), et plus loin (page 414), que la question de savoir si les substances minérales dont les fragments plus ou moins purs composent les sols, ont une action particulière sur les plantes en raison de leur nature chimique, est une question délicate et heureusement peu importante, et dont « une foule de botanistes parlent sans la bien comprendie. » Pour lui, la question semble se réduire à ceci, que « les natures minéralogiques entraînent ordinairement certaines qualités physiques sur l'influence desquelles tout le monde est d'accord », et que ces qualités sont principalement le degré de consistance et le degré d'iiygroscopicité. Povu" abréger, on peut dire qu'à ce compte, la question des engrais se réduit à une question d'amendements. C'est ce que nous ne saurions accepter, du moins pour la flore française et ])our ce qu'il est permis d'en voir aux botanistes qui ont un peu voyagé et herborisé dans notre seul pays. Aujourd'hui surtout que l'usage des engrais chimiquss s'est si généralement répandu, on s'est aperçu qu'un engrais autre que ceux qu'on appelle chimiquement complets, n'est pas apte à faire prospérer telle ou telle espèce de plante qu'on veut cultiver. Un seul argument spécieux subsiste de ceux qui sont invoqués pour soutenir qu'une plante quelconque peut également prospérer dans un terrain de composition chimique indifférente, poiu'vu que les qualités physiques du sol y soient satisfaisantes. C'est celui qu'on tire de l'exemple des jardins botaniques oii, dit-on, « il est aisé de faire vivre une infinité de plantes à côté les unes des autres dans le même terrain. » Rien n'est plus inadmissible pour celui qui vit et observe tous les jours dans un jardin botanique quelconque. Celui-là sait que dans le sol partout homogène de ce jardin, il ne viendrait que peu de plantes d'une façon satisfaisante et que l'absolue homogénéité du terrain serait un moyen de n'avoir que des plantes venant toutes également mal, ou à peu près. C'est précisément l'art d'un bon jardinier de donner, dans un même terrain, à chaque végétal un sol approprié et différent de celui qui convient à l'espèce que l'on cultive à côté. Quiconque a dirigé un jardin botanique sait qu'il doit placer en terre de bruyère essentiellement siliceuse une plante que dans la nature il a précisément trouvée dans de» terrains siliceux, et que plantée au contraire dans une terre essentiellement calcaire, elle serait rapidement perdue. C'est en vain que dans un jardin de

154 FRANCE (flore).

Paris, dont le sol serait riche en calcaire, on essaierait de faire développer convenablement un Châtaignier, qui est justement une des plantes pour lesquelles la nature chimique du terrain a été l'objet du plus grand nombre de remarques et de contestations. Il poussera d'une manière satisfaisante là seulement où on lui aura préparé un sol artificiel riche en silice. On peut dire l'inverse (quoique à un degré inégal) pour le Noyer. Tel propriétaire qui a un domaine en partie siliceux et en partie calcaire, sait très-bien qu'il ne verra prospérer cet arbre que dans la dernière des portions de son terrain. Bien entendu, la question n'est pas réduite à cet état absolu de simplicité dans la nature. Nous n'y avons alûiire ni à des terrains siliceux purs, ni à un sol purement calcaire, mais bien à des mélanges dans lesquels prédomine, soit le calcaire, soit la silice. Si dans un de ces mélanges où la silice domine, la proportion de calcaire nécessaire au développement du Noyer est cependant suffisante, cet arbre pourra y prendre un notable accroissement; et si dans un autre mélange, naturel ou artificiel, malgré l'abondance du calcaire, la proportion de silice est cependant suffisante, le Cliâlaignier pourra y pousser d'une façon satisfaisante, comme il arrive précisément dans nos jardins quand nous y avons préparé des mélanges convenables et appropriés. La Digitale pourprée est une des plantes qui ont été le plus souvent citées comme indifférentes à la nature chimique du sol où on la plante. C'est en France, dit l'auteur que nous venons de citer, « une des plantes les plus fidèles aux terrains siliceux et le plus constamment exclues du sol calcaire. » Et cependant il rappelle des exemples prouvant que la digitale se rencontre en Angleterre sur le calcaire, de même qu'en Bretagne et en Picardie. Ce qu'il faudrait pour bien trancher la question, c'est connaître quelle proportion de silice il y avait dans ces terrains dits calcaires où l'on voit pousser la Digitale. Dans nos jardins à sol certainement calcaire où elle prospère, on n'a guère cherché quelle proportion il existe de silicates, et quand, dans ceux où le terrain est trop crayeux, on ajoute une certaine quantité de silice, on voit que la digitale prend un beaucoup plus beau développement. Dans tous les endroits où nous avons herborisé, nous avons vu la Digitale annoncer à coup sûr par sa présence l'existence d'une terre siliceuse. On en a dit autant avec raison de la Fougère à l'aigle {Pteris aquiliua) qui, cependant, dit-on, s'observe aussi en certains endroits sur le calcaire pur. Et pourtant, nous n'obtenons dans nos jardins un beau développement des fougères que nous y cultivons que quand nous leur donnons une quantité suffisante de terre siliceuse. Les expressions employées tous les jours par les botanistes, quand ils déclarent que « telle plante est une espèce du calcaire et telle autre une plante de la silice », ne sont pas de vaines déclarations; et si une espèce est, suivant leur façon de parler, de la silice, ils la trouvent aussi bien Là où cette silice est meuble qu'un peu plus loin où elle est devenue plus compacte ; de sorte qu'en pareil cas, il faut bien faire passer avant la constitution physique du sol la nature chimique des matériaux qui le constituent.

Concluons : dans la flore française, comme dans toute autre, nier l'influence des caractères physiques du terrain serait une puérilité. Contester « que les plantes des marais sont différentes des plantes des prairies ou des fttrêts », serait insensé. Mais nier l'importance de la composition chimique du sol est tout aussi impossible. Avec la latitude et l'altitude, qui entraînent généralement la température, ce sont, pour tout esprit non prévenu, les causes les plus puissantes de la distribution des végétaux dans une étendue de pays donnée. Les

FRANCE (flore).' 133

théories les mieux combinées ne peuvent rien contre l'observation directe des faits. Les espèces spéciales au midi de la France meurent dans le nord quand on ne les protège p.is artiticiellenient contre le froid de nos hivers. Et quant à la nature chimique du sol, qu'on prenne le premier Aoriste venu parmi ceux qui sont des observateurs exacts, on y verra des phrases telles que celles-ci qui se lisent dans la Flore du centre de la France (page 8) : « Le seigle et ipielques avoines sont les céréales plus particulièrement cultivées dans les terrains primitifs qui ne comportent pas la culture du froment et de la vigne. Les terrains primitifs offrent ordinairement un sol accidenté et montagneux; les eaux limpides, vives et pures y sont abondantes, et coulent avec rapidité au fond de chaque vallon. La végétation y offre aussi un aspect particulier : le hêtre, le châtaignier, le charme et parfois aussi le bouleau forment l'essence des forêts, et parmi les plantes les plus remarquables qui croissent plus ordinairement dans ces contrées, l'on peut citer les Raniincidus aconilifolius, Cardamine amara^ et sylvatica^ Viola palustris, Lychnis diurna, Stellaria nemorum, Chrysosplenium alternifolium, Cotylédon Umbilicus, Sedum villosum, Sorbus Aucuparia, Comarum palustre, Geum rivale, Alchemilla vulgaris, Sambuciis racemosa, Senecio adonidifolius,Doronicum austriacum, Vaccitiium Mytilhcs et Oxycoccos, Polygoniim Bistorta, Salix pentandra, Potamogeton rufescens, Carex teretiuscula, canescens, Eqnisetum sylvaticum, Polypodium Phegopteris et Dryopteris, Asplenium septentrionale, Lycopodium clavatum. » Nous insistons sur cette citation parce qu'il s'agit ici d'une portion de la flore de notre pays et parce que dans cette liste sont comprises à la fois des plantes des prairies, des bois et des marais. Puis, nous voyons un peu plus loin (page 14), dans lé même ouvrage : « La végétation des terrains appartenant au calcaire jurassique est caractérisée par l'abondance de certaines plantes qui ne se trouvent jamais dans les terrains primitifs, et que l'on ne rencontre que rarement dans les terrains plus modernes ; telles sont les Adonis œstivalis et flammea, Erysimimi odoratum et orientale, Thlaspi montanum, Linum montanum, Coronilla minima et varia, Hippocrepis comosa, Bupleurum protractum et falcatum, Ptychotis heterophylla, Sison Amomum et segetum, Peucedanum Cervaria, Libanotis montana, Cornus mas, Senecio erucœfolius, Inula salicina, Chrysantliemum corymbosum, Phyteuma orbiculare, Campamda rapunculoides^ Gentiana germanica et cruciata, Anchusa italica, Orobanche cruenta, Teucrium montanum, Globidaria vulgaris, Asarum europœum, Orchis odoratissima, galeata, pyramid'dis, Ophrys apifera, aracliniles, antropophora, Myodes, Epipactis rubra, Phalanyium ramosum, Convallaria Polygonatiim, Carex gynobasis, Melica ciliata, Sesleria cœrulea. » Il faut encore citer la conclusion suivante : « Au reste, si l'on rapproche les observations que nous avons faites sur la végétation de chaque terrain, on s'apercevra sans peine qu'il n'y a réellement que deux natures de sol dont la végétation soit distincte et bien tranchée : la silice ou sable, sous quelque forme qu'il se présente, et le calcaire, à quelque formation qu'il appartienne. » C'est en ce sens que, dans l'énumélation qui va suivre des richesses de notre flore, nous emploierons constamment, pour abréger, les expressions de plante du calcaire ou de plante de la silice.

II est d'ailleurs impossible, dans une pareille question, d'insister sur des faits généraux alors qu'ils n'ont pas pour base des points nets, acquis par l'observation directe. Aussi, pour ne pas discuter dans le vide, est-il nécessaire, avant d'aller plus loin, que nous établissions nettement le bilan de la flore

156 FRANCE (flore).

française. Nous le ferons, en énumérant les plantes par ordre de groupes naturels, en indiquant la nature des terrains sur lesquelles croissent certaines d'entre elles et en rappelant toujours quelles sont les espèces qui ont été ou sont employées en médecine, ou celles qui présentent quelque propriété remarquable. Nous passerons ainsi en revue les principales familles dicotylédones, monocotylédones et acotylédones, non-seulement celles qui sont représentées par des types indigènes, mais aussi celles qui renferment quelques espèces exotiques introduites ou cultivées chez nous et qui sont de quelque utilité. Nous parlerons à la suile et d'une façon spéciale, des quelques végétaux de grande culture qui sont d'orii^ine étrangère et qui jouent chez nous un rôle économique de premier ordre. 1. Dicotylédones.

Renonculacées. En admettant, comme nous l'avons fait ailleurs {Histoire des plantes, vol. I), que les Adonis ne sont pas généralement distincts des Anémones, pas plus que les Ficaires et les Cevatocephalus des Renoncules, les Aconits des Dauphinelles, les Populages des Trollius, les Garideiles des Nigelles, les Eranthis des Hellébores, et les Atragene des Clématites, cette famille est représentée en France par quinze genres, c'est-à-dire par la plupart de ceux qui la constituent. Ses propriétés sont assez nettement tranchées, et la plupart des plantes qu'on y rencontre, sont suspectes, parfois très-dangereuses, surtout à l'état frais, Elles renferment des substances telles que l'Anémonine, la Delphine, l'Aconitine, auxquelles on reconnaît des qualités narcotico-âcres plus ou moins accentuées. Il y a très-longtemps que l'on a fait avec raison remarquer que, très-jeunes, ou desséchées, ou soumises à l'action d'une température assez élevée, les Renonculacées perdent tout ou partie de leur âcreté. Celles qui renferment de l'Aconitine 'ne sont pas forcément dans ce cas. Les Clématites sont depuis longtemps reconnues comme très-irritantes, notamment l'Herbe-aux-Gueux (Clematis Vitalba L.), la plus commune en France des espèces du genre. On croit que les C recta, Flammula et alpina ont des propriétés analogues. Les l'igamons sont moins acres, mais doués de propriéle's évacuantes ; d"où le nom de Rhubarbe des pauvres, appliqué à la plus commune de nos espèces, le Thalictrura fiavum L. Les Renoncules sont presque toutes suspectes, malgré l'usage alimentaire que font, dit-on, de leurs jeunes pousses fraîches et crues ou cuites, certaines populations rurales. A l'âge adulte, elles sont toutes acres, sauf peut-êtr; la Ficaire [Reniinculus Ficarinh.). Mais des espèces telles que les jR. sceleratus L. et acris L., ont un nom trop significatif pour que nous y insistions. On les trouve dans toute la France, de même que les R. bulbosus, repens, aussi vénéneux que les précédents. Deux espèces aquatiques qui appartiennent à une section particulière et dont les feuilles sont entières, les R. Lingua et Flammula, passent aussi pour des plantes très-dangereuses. On les désigne vulgairement sous les noms de Grande et Petite Douve. Le R. Thora, espèce alpine à feuilles d'une forme toute particulière, passe dans nos montagnes pour une plante à propriétés très-marquées, de même que le R. glacialis, espèce des Alpes et des Pyrénées. On a plus rarement employé quelques espèces annuelles de nos moissons, comme les\R. arvensis et muricatus, et le R. falcatus L., dont Persoon a fait le type de son genre Ceratocephalus. Les Anémones ont été beaucoup plus usitées en médecine que les Renoncules. La plus célèbre à cet égard est la Pulsatille que Lobel nommait PuhatiUa vulgaris et qui est V Anémone Pulsatilla L. La médecine homœopa-

FRANCE (flore). 157

thique en fait encore un grand usage, et l'on connaît le célèbre ouvrage de Stœrck : De usu PulsatiUœ. Les A. Halleri, montana et vernalis doivent avoir les mêmes propriétés ; ce sont des espèces alpines ou subalpines. On ne s'explique guère aujourd'hui le cas que faisaient les anciens médecins de la plus commune de toutes nos Anémones, VA. nemorosa L., ou Sylvie; et l'on pourrait probablement en dire autant de VA. hepatica L., dont le nom spécifique indique les prétendues propriétés, mais qui ne sert guère aujourd'hui au traitement des affections du foie ou de la vessie. Les Anémones de la section Adonis passent toutes pour plus ou moins dangereuses. Il arrive qu'on substitue les portions souterraines del'i. vernalis aux rhizomes des Hellébores. VHeUeborusnigerL. passe pour la plante qui produit le médicament désigné sous le nom de Racine d'Hellébore noir. Mais à cette plante qui n'a guère été observée sauvage qu'en Provence et aux environs de Briançon et qui ne pourrait donner un médicament souvent envoyé des Alpes, du Dauphiné, des Pyrénées ou même d'Alsace, Payer a démontré qu'on substitue d'ordinaire dans le commerce les rhizomes de quelque autre espèce, notamment de ÏH. viridis L. Le plus commun de nos Eelleborus, notamment dans le calcaire, VH. fœtidus, est vénéneux et a été fort employé comme médicament, ainsi que VH. hijemalis L., type du genre Eranthis de Salisbury. Les TroUius ont, dit-on, les mêmes propriétés que les Hellébores, Il n'y en aurait chez nous qu'une espèce, le T. europœus L., si nous n'avions rapporté à ce genre, comme espèce dépourvue de staminodes pétaloïdes, le Populage des marais {Caltha paliistris L.), dont les vertus sont peu efficaces, mais dont le périanthe pélaloïde sert dans un grand nombre de nos provinces à colorer en jaune le beurre et quelques autres substances alimentaires. Les Âncolies ont aussi servi par leurs fleurs comme plantes colorantes. L'A. vulgaire, abondante dans les bois, les prés monlueux et marécageux de toute la France, s'emploie même en teinture comme réactif chimique. Ses fleurs sont aussi médicinales. Les Nigelles sont plutôt recherchées pour leurs graines, sous le nom de Poivrettes, surtout les Nigella arvensis L. et saliva L. Nos deux Pi\oines les plus communes, les Pceonia officinalis L. et coraliina Pœtz, sont encore des plantes médicinales, de même que notre seul Actœa, l'Herbe de Saint-Christophe [A. spicata), dont les souches ont été substituées en médecine à celles de l'Hellébore noir.

Les Renonculacées à fleurs irrégulières, c'est-à-dire les Aconits et les Piedsd'Alouette, ont été par nous réduites à un seul genre, sous le nom de Delphinium. 11 y en a dans notre pays une douzaine d'espèces : d'abord les Dauphinelles proprement dites, c'est-à-dire le Delphinium Ajacis L., le D. Consolida L. qui était la Consoulde royale des anciens chirurgiens, mais qui n'est pas usité aujourd'hui ;. puis le Z). StaphisagriaL., dont le D. Requienii n'est peut-être pas absolument distinct comme espèce, et qui fournit les graines insecticides dites de Staphisaigre ou de Poudre-aux-moines ; et en outre, les Aconits, tous vénéneux et employés comme médicaments, en première ligne VAconitum Napelhs L., qui croît dans les lieux ombragés des montagnes, en Bourgogne, dans les Vosges, en Auvergne, dans les Alpes et le Jura, dans les Pyrénées, puis les A. Anthorah., Lycoctomnn L. et paniculatum Lajik, espèces toutes alpines ou subalpines, croissant toutes dans les Alpes et toutes, sauf la dernière, dans les Pyrénées.

MagnoUacées. Aucune plante de cette flmiille n'est propre à l'Europe; mais plusieurs d'entre elles y ont été introduites et pourraient être utilisées

158 FRANCE (flore).

chez nous comme elles le sont dans leur pays natal. Ainsi le Magnolia grandiflora, qui rend de si grands services contre les affections paludéennes dans les parties marécageuses des Etats-Unis et de même les M. acuniinata et glauca, pourraient être utilisés chez nous pour leurs écorces aromatiques et toniques, car ils viennent très- bien en France, notamment dans le midi et dans l'ouest. On peut en dire autant du Tulipier (lÀriodeyidron Tulipifera) dont on voit de magnifiques exemplaires jusque dans le nord de l'Allemagne et qui, dans les marais de la Caroline, est si recherché comme aromatique contre les affections paludéennes et même, dit-on, contre le choléra.

Anonacées. Une seule espèce de cette famille se cultive communément chez nous; c'est VAsimina triloba, que nous avons, à l'exemple de quelques auteurs, rapporté au genre Uvaria, et qui dans plusieurs parties de la France, mûrit ses fruits, de qualité médiocre, il est vrai, mais qui se mangent aux États-Unis, et ses graines recherchées pour détruire la vermine.

Monimiacées. Aucune plante de cette famille n'est originaire de France; mais nous lui avons rapporté, comme série ou sous-famille, les Calycanthées qui réussissent pour la plupart dans nos parcs et nos jardins, notamment le Chimonanthus prœcox, dont les fleurs possèdent un parfum suave qui sera sans doute prochainement utilisé, et les Calycanthus, tels que les C. floridus ti occidentalis dont l'odeur est aussi aromatique. Le Boldo des Chiliens ou Peumus Boldus a presque toutes les propriétés des Labiées. C'est une plante extrêmement aromatique, stomachique, digestive, dont l'huile essentielle est abondante. Elle vient d'être l'objet de plusieurs mémoires médicaux et pharmaceutiques, et c'est un végétal qui prospérera très-bien dans toutes les localités françaises où croissent les Citrus et les Eucalyptus.

Lauracées. 11 n'y a qu"une espèce de cette famille qui soit indigène dans nos régions chaudes et tempérées. C'est le Laurier d'Apollon [Laurus nobUis L.). Ses usages médicinaux et économiques sont nombreux; il est cultivé jusque dans le nord de la France. Il y a longtemps déjà que nous avons insisté sur les affinités étroites des Lauracées et des Monimiacées, et que nous avons fait voir, comme conséquence pratique, l'identité à peu près complète de leurs propriétés médicales.

Elœagnacées. L'Argoussier {Hippophae rhamnoides L.),cet arbuste si commun dans nos dunes et dans bien d'autres localités où il acquiert de plus grandes dimensions, est chez nous le représentant indigène de cette famille. On y cultive aussi l'Olivier de Bohême [Eleagnus angustifolia), quelques autres E œagnus, dont plusieurs ont le fruit comestible, et le Shepherdia, plante d'origine américaine.

Rosacées. Cette grande famille est représentée en France par qnjinze genres et par cent trente espèces (en faisant abstraction des espèces trop nombreuses qui ont été admises dans les genres Rosa et Rubus). Elles appartiennent à six séries ou tribus : les Rosées, Agrimoniées,Fragariées, Spirées, Pyrées et Prunées. Les Rosa constituent seuls la série des Rosées. Les uns n'en admettent en France qu'une vingtaine d'espèces, tandis que les autres en distinguent une centaine, sans compter les espèces exotiques qui ont été introduites, souvent naturalisées, ou qui souvent se cultivent à cause de leur utilité, comme les R. centifolia, damascœna, indica, etc. Certaines sont surtout recherchées pour leurs pétales astringents, comme le R. gallica L., ou odorants, comme les R. sempervirens, alpina, rubiginosa; d'autres, pour leurs fruits ou Cijnorrho-

FRANCE (flore). 1o9

dons, comme le R. canina et autres espèces voisines. Quelques-unes portent des Bédé(jars, jadis employés comme médicament astringent. Plusieurs ont même été préconisées contre la rage ou comme douées de vertus tout aussi imaginaires. Les bonnes espèces ou variétés, répandues aujourd'hui dans le commerce pour la production des essences et parfums, sont à peu près toutes d'origine exotique.

Dans la série des Agrimoniées, nous devons citer les Aigremoines elles-mêmes, au nombre de deux, ÏAgrimonia odorata Mill. et VA. Eupatoria L., plantes légèrement aromatiques et astringentes, communes dans les bois, les buissons, les haies, les lieux incultes; puis tous les Sangultorba, y compris les Poteriinn qui ne sont qu'une section du même genre, lequel renferme chez nous une couple d'espèces astringentes : le S. offîcincdish. et le S. Poterium H. B>'. Les Alcbimilles appartiennent à la même série et ont toutes été plus ou moins employées comme hémostatiques et astringents légers, notamment V Alchemilla arvensis Scop., ou Aphanes arvensis L., petite espèce, très-commune parmi les moissons, les champs secs et sablonneux; VA. vulyaris, espèce vivace des prés et pâturages, qui s'élève jusque près du sommet des Alpes ; VA. alpina, abondant sur les Alpes, les Pyrénées, les montagnes de l'Auvergne, du Jura et des Vosges; les A. pentaphijlla L. et pyrenaica Duf., qui sont aussi des espèces des montagnes, très-voisines de VA. alpina.

La série des Fra^ariées, a pour type le plus vulgaire le Fraisier commun [Fragaria vesca L.), abondant dans les bois, les haies, les buissons, sur les collines. Le f . collina Eiirh., espèce des terrains calcaires, a les mêmes propriétés et s'emploie de même pour ses fruits et pour ses rhizomes, dits à tort dans la pratique Racines de Fraisier. Le F. magna Thcill. (F. elatior Ehrh.), ordinairement stérile dans les bois, fructifiant au contraire dans les jardins où il a donné plusieurs variétés à fruits comestibles, sert exactement aux mêmes usages. Les PotentiUes, si voisines des Fraisiers et n'en différant à peine que par la consistance moins charnue de leur réceptacle, sont en France, au nombre de trente-six ou trente-sept espèces, toutes plus ou moins astringentes, mais surtout les P. reptans L., anserina L., recta L., et Comarum Scop., (P. paluslrU), espèces dont on emploie quelquefois les feuilles, mais surtout et presque toujours les rhizomes, à tort désignés sous le nom déracines. Le Dryas octopetala L., petite espèce des montagnes moyennes des Alpes, des Pyrénées, du Jura, du Mont-d'Or, etc., et surtout les Benoites {Geiim) ont des propriétés analogues. On en compte en France huit espèces, dont la souche est astringente et parfois aromatique, comme celle de G. urhanum, qui est encore chez nous un remède populaire. Les Ronces nous ont paru devoir être rangées dans la même série que les Fraisiers et les PotentiUes, différant principalement des uns et des autres par la consistance de leurs carpelles qui deviennent à la maturité autant de petites drupes, réunies sur un réceptacle commun. Ces drupes sont comestibles dans un grand nombre de Rithus et surtout dans le Framboisier (Pi. idœusL.), commun dans les bois montagneux de presque tout notre pays. Ses feuilles sont astringentes, comme celles du R. fruticosus, du R. cœsius, du R. coUimis et d'un grand nombre d'autres espèces sauvages autrefois confondues dans le R. fruticosus et un petit nombre d'autres, aujourd'hui multipliées plus que de raison, mais ayant presque toutes les mêmes propriétés que la Ronce commune.

La série des Spirées ne renferme chez nous que le genre Spirœa, avec quatre espèces qui toutes ont été employées : le S. hyper icifolia L., le S. Aruncus L., ou Barbe-de-bouc, mais surtout, comme plantes utiles, la Filipendule et la

140 FRANCE (flore).

Reine-des-prés (S. Ulmaria), qui est très-commune dans les marais et les prés humides, et qui, longtemps usitée en médecine, est surtout célèbre pour l'essence extraite de ses fleurs, essence dont l'étude chimique offre tant d'intérêt, principalement au point de vue de l'histoire et de la théorie de la science.

La série des Prunées (souvent aussi nommées Amygdalées ou Drupacées) ne renferme en France que le genre Prunus, avec les Amygdalus, Armeniaca, Persica et Lauro-Cerasiis comme sous-genres. Au point de vue pratique, elle est remarquable par ses fruits dont on mange le sarcocarpe, ou par ses graines dont on consomme l'embryon, et par la quantité plus ou moins notable d'acide cyanhydrique que peuvent développer les diverses partiesde la plante, notamment les semences, quand des conditions favorables se trouvent remplies. Dans notre pays, ce genre compte une douzaine d'espèces, mais la plupart de celles qui sont le plus utiles, ne sont pas réellement indigènes. Dans ce cas, se trouvent le Prunier commun (Pni^ius domestica L.), l'Abricotier (P. Armeniaca L.),le Pêcher (P. persica L.), l'Amandier {P. Amygdalus H. Bn), le Cerisier (P. Cerasus L.), le Laurier-cerise (P. Lauro-Cerasus), qui sont tous d'origine plus ou moins orientale et qui ont été introduits en Europe, soit du temps des Grecs et des Romains, soit à une époque postérieure. 11 y a aussi quelques espèces américaines du genre Prunus, d'introduction relativement récente, mais en général peu usitées chez nous en médecine; tel est, par exemple le P. de Virginie, dont on a préconisé l'écorce dans ces dernières années. Les autres Prunées sont d'origine européenne, comme le Merisier (P: avium), si commun dans les bois montagneux, surtout dans l'est où ses fruits servent à la faltrication du Kirschwasser ; l'Abricotier de Bi'iançon (P. brigantiaca) , qui fournit l'Huile de marmotes et qui paraît spontané dans les Hautes-Alpes, au Yillard-d'Arène, dans la vallée des Quayras, au 3Ielezet, sous le col de Yars et depuis cette localité, tout le long de la rivière de l'Ubaye, ainsi que le long de celle de l'Arche; le P. cerasifera Ehrh., qui se trouve dans le Puy-de-Dôme, et qui a été jadis naturalisé autour du parc de Saint-Maur; le P. spinosa ou Prunellier commun, dont les fruits non mûrs sont d'une extrême astringence, et qui est le plus commun de nos Prunus, se trouvant à chaque pas à la lisière des bois, dans les haies et les buissons; le P. Insititia L., espèce un peu moins commune et qu'on a considérée comme une des origines de nos Pruniers cultivés; le P. fruticosus Weih., qu'on considère comme tenant le milieu entre nos P. spinosa ei Insititia, et qui se rencontre en Auvergne, en Bretagne, dans l'Anjou et aux environs de Narbonne ; les P. Padus L. et Mahaleb L., qui sont aussi des espèces vu'gaires des bois, des buissons ou des haies, et qui jouent encore un certain rôle dans la médecine des campagnes.

La série des Pyrées, souvent appelée famille ou tribu des Pomacées, ne renferme, pour nous en France, que cinq genres : les Pyrus, Cydonia, Cratœgus, Cotoneaster et Amekinchier. Sans pousser trop loin la réunion des divers types génériques adoptés par plusieurs auteurs, puisque nous conservons comme distincts les genres Cydonia et Cotoneaster, nous n'admettons cependant pas les morcellements génériques fondés sur des caractères distinctifs imaginaires ou puérils, comme ceux qu'a souvent adoptés dans ces derniers temps un des monographes de ce groupe, M. Decaisne. Nous n'admettons pas qu'à l'exemple de ce dernier, on puisse faire des Sorbiers un genre distinct parce que l'endocarpe de leur fruit est un peu plus mince et plus mou ; ni que les Aria puissent se séparer des autres Sorhus comme genre, parce que leurs feuilles sont dentées ou

FRANGE (flore). 141

lobées, ou pennatiséquées à la base; ni que les Pommiers se distinguent ge'nériquement des Poiriers vrais par l'union plus ou moins étendue des styles, Ja couleur des anthères, la consistance du péricarpe aux différents âges, etc. Ce sont là pour nous des subtilités ou des caractères inconstants, sur lesquels se peuvent tout au plus baser des sections ou sous-genres dans un genre unique. LeVoïner {Pyrus comrnunish.) et le Pommier (P. Malus L.) sont les espèces les plus connues de ce groupe et les plus utiles peut-être; on les trouve à l'état sauvage dans nos bois. Le P. acerba DC. passe pour une espèce plus fréquente dans nos bois que le P. Malus. Le P. BoUwilleriana DC. est une espèce alsacienne qui toutefois, assure-t-on, « ne se trouve que dans les jardins ou leur voisinage ». Le P. salvifolia DC, qui abonde dans les basses montagnes de l'Auvergne et qu'on trouve aussi dans le Cantal, la Creuse, etc., est cultivé dans tout l'Orléanais pour la fabrication du poiré, mais n'y semble pas indigène. Le P. amygdalifolia Yill., que Magnol nommait P. sylvestris, croît dans toute la région des oliviers. Le Cormier (P. domestica Ssi.) se trouve dans les bois des Alpes, de l'Auvergne, de la Lorraine; on le cultive dans presque toute la France. Le Sorbier des Oiseleurs (P. aucuparia G^rta.) est commun dans les régions alpines et subalpines, mais c'est aussi une espèce introduite dans tous les parcs et jardins. Le P. Aria, que Crantz nommait Sorbus Aria, est une espèce de nos bois montagneux. On l'a souvent confondue avec le P. lali^olia {Sorbus latifoUa Pers.) et le P. intermedia, plus connu chez nous sous le nom d'Alisier de Fontainebleau et qui en effet abonde dans les forêts qui entourent cette ville ; on l'a retrouvé en Lorraine. Le P. torminalis s'observe dans les bois montagneux de toute la France. Toutes ces espèces et les P. scandicaet Chamœmespilus Likdl., qui peuvent être considérés comme indigènes, puisqu'on les trouve surtout dans les plus hauts escarpements du Jura, de l'Auvergne et des Vosges, ont des fruits peu charnus à l'état sauvage et qui ne servent guère qu'à l'alimentation des animaux ; mais tous ont ce caractère commun que leur péricarpe non mùr est riche en tannin et par conséquent fort astringent. Les fruits de nos Cratœyus sont dans le même cas. Nous comprenons dans ce genre le Néflier [Mespilus germanica L.) qui ne diffère des autres Cratœgus que par la largeur de l'œil qui surmonte sou fruit. Or les Nèfles sont riches en matière astringente et ne peuvent pour cette raison être mangées même à la maturité, mais seulement après avoir été envahies par le blossissement. Les trois autres Cratœgus de France, c'est-à-dire l'Aubépine (C. OryacanthaL.), le C monogyna Jacq. et l'Azerolier (C. Azarolus L.) ont aussi des fruits riches en matière astringente; de là leur usacre en teinture, en médecine ; le dernier est de la région méditerranéenne et son fruit inùi" est mangeable. Mais celui des deux autres espèces n'a qu'une chair peu abondante et peu sapide à la maturité ; elles sont communes dans les haies et les buissons des plaines et des montagnes moyennes. Le Cognassier commun est le seul représentant du genre Cydonia dans notre flore; c'est une espèce introduite de l'Orient. Son fruit est recherclié en médecine pour deux choses : la chair astringente de son péricarpe et la matière mucilagineuse que peuvent développer les téguments terminaux superficiels.

Légumineuses. Des trois grandes divisions de cette famille : Mimosées, Caesalpiniées, Papilionacées, une seule, la dernière, est propre à notre pays. Les Mimosées n'y sont guère représentées que par quelques plantes introduites, comme les Acacia de la section Albizzia (i. Julibrissin, A. Lebbek) et, dans h midi, quelques espèces australiennes, à suc gommeux astringent. Les Cœsal-

142 FRANCE (flore).

piuiées ne sont qu'en petit nombre : le Cercis Siliquastrum L. ou Gaînier, qui se trouve dans tous nos jardins et qui paraît subspontané à Montpellier, à Narbonne, etc.; le Cbicot du Canada [Gymnocladus dioica H. Bn), arbre introduit de l'Amérique du Nord ; les Gleditschia dont plusieurs espèces d'Amérique ou des régions caucasique et indienne sont également communes à l'état de culture, etc. Le Caroubier [Ceratonia Miqua L.) est un arbre méditerranéen, qu'on trouve en Provence, en Corse, à Nice, etc. Mais sur le littoral français, cette espèce fleurit rarement ou fructifie d'ordinaire imparfaitement; ce n'est donc pas vraisemblablement une plante indigène, comme en Italie, en Grèce, en Esp;:gne, en Algérie. Les véritables Légumineuses françaises sont des Papilionacées ; on en dislingue trente-six genres, sans compter les genres introduits, qui appartiennent à cinq tribus ou séries.

La série des Viciées est représentée par cinq genres : Vicia, Ervum, Pisum, Lathyrus et Cicer. On a admis, chez nous, trente-six Vicia, y compris la Fève cultivée (Vicia Faba L.), avec ses différentes variétés, laquelle n'est pas une plante indigène, mais est la plus utile de tout le genre. On peut en dire autant du V. sativa L. Les V. narbonensis L., sepium L., CraccaL. ont été employés comme médicaments; ce ne sont guère aujourd'hui que des plantes fourragères. Les Ervum (en y comprenant les Ervilia et les Le7îs) sont au nombre de six dans notre pays. L'Ervum Lens L. est notre Lentille cultivée et n'est vraisemblablement pas d'origine française ; la farine de ses graines alimentaires n'est plus considérée comme ayant des vertus médicinales spéciales. h'E. Ervilia L. est signalé depuis très-longtemps pour ses propriétés vénéneuses ; on le trouve rarement au nord, et communément dans les parties centrales et méridionales, dans les moissons. Le Pois-Chiche {Cicer arietinumh.), si remarquable par la structure de sa graine alimentaire, est cultivé, ou décrit comme subspontané ; c'est encore une plante introduite. Les Pois (Pisum) sont dans le même cas, à part, peut-être, le P. elatius Reib., plante caucasienne qu'on trouve près de Nantes, de Toulon et en Corse ; mais le Petit-Pois (P. sntivum L.) et la Pisaille (P. arvense L.) n'existent chez nous que cultivés ou échappés des cultures. Les Gtesses (Lathyrus), genre dans lequel sont compris les Orotus, sont au nombre de vingt-six ou vingt-sept. Les L. niger L. pratensis L., vernus WiMM., tuberosus L., Cicera L., Aphaca L., sont ceux qui ont eu quelque importance au point de vue médical. LeL. sativus L., qui en a davantage comme fourrage, est une espèce cultivée ou subspontanée, principalement dans les moissons du midi.

La série des Phaséolées n'est pas française ; mais quelques Phaseolus, comme les P. multiflorus et vidgaris L., introduits chez nous depuis si longtemps, constituent un aliment d'une importance extrême ; leur larine a été appliquée à plusieurs usages médicaux.

Plusieurs auteurs ont rangé dans une seule tribu, à titre de sous -tribus, el d'autres ont distingué comme séries les Lotées, les Galégées, les Aslragalées, les Génistées et les Trifoliées. Ces différences d'appréciation importent peu au fond. Les Lotées proprement dites sont chez nous les Lolus et les Tetragonolobm. représentés par quinze ou seize espèces herbacées. Le L. edulis L. est une petite plante méditeri'anéenne. Les L. corniculatus L., uliginosus Sch., ornithopodioides L., et les L. siliqiiosus L. (Tetragonolobus siliquosus Roth) et tetragonolohus (Tetragonolobus jJMrpureus Mœnch) ne sont plus que des plantes fourragères. Quelques Dorycnium, les Trèfles (Trifolium) et les Luzernes,

FRANCE (flore). 145

(Medicago) sont dans le même cas. Il y a en France une cinquantaine de Trifolium, sans compter les espèces introduites dans les cultures, et environ trentecinq Medicago. Les Trigonelles ont eu quelque importance au point de vue médical, notamment le Fenu-grec [Trigonella Fœnum-grœcum L.), cultivé dans les champs du midi et qui donne une essence célèbre. Les Jlélilots ont presque tous été employés en médecine, surtout le Melilotus alha Lamk et le M. officinalis Lamk, si commun dans les moissons, si employé dans les collyres, si remarquable par l'odeur typique de ses diverses parties, odeur qui se retrouve dans quelques plantes de la plupart des familles les plus diverses. Les Anthyllis, dont on compte six dans notre flore, ont tous été employés en médecine, surtout ceux de la section Vidneraria, dont les inflorescences simulent des capitules et ont tous lait partie de quelques préparations vulnéraires, comme les A. monlana L. et Barba-Jovis L., espèces des montagnes ou des rochers maritimes da midi, et surtout VA. Vulnerraia L., qui habite chez nous les prés secs, les collines calcaires, qui ailleurs croît sur les falaises de l'ouest ou s'élève dans les montagnes des Alpes et des Pyrénées. L'ancien genre Genêt comprend aujourd'hui, dans notre pays : le Spartium junceum L. ou véritable Genêt d'Espagne, dont les Heurs sont si riches en essence odorante, et qui du midi remonte jusqu'à Lyon, sur les coteaux sténles ; le Genêt à balais (Sarotham/ii/s scoparius Koch), commun dans toute la France ; le S. purgans (Genista purgans DC.), des Pyrénées, de l'Auvergne, des Cévennes, qui remonte jusqu'à l'Ardèche et aux alluvions de la Loire ; plus dix-sept Genista proprement dits, dont le plus usité a été la Geneslrolle, [G. tinctoria L.), commune dans les bois de toute la France. Les Lupins ont été pour les anciens les plus alimentaires des Papilionacées. Il y en a en France cinq ou six espèces, mais cultivées ou trouvées seulement dans les moissons, comme les L. albus, luteus. Tennis, angustifolius , hirsutus, et presque uniquement dans nos provinces méiidionales. Seul le L. reticulatus Desvx a pu être considéré comme réellement indigène, se trouvant à la fois dans l'Aquitaine, à Toulouse, en Corse, dans les îles de la Méditerranée et dans les champs sablonneux des vallées de la Loire, de l'Allier, de la Sarthe et de la Vienne. Plusieurs de ces Lupins ont encore leurs graines employées à quelque usage médical. Les Ajoncs \Ulex), plantes des Landes et des lieux stériles, sont chez nous au nombre de trois ([/. europœus L., 7iamis Su., parviflorus Pourr.). Aux Galégées ATaies se rapportent : la Rue-des-chèvres [Galega officinalis L.), herbe vivace des prairies et des bords des fossés dans le midi, cultivée dans les jardins jusque dans le nord; le Baguenaudier [Colutea arhorescens L.), arbuste des coteaux calcaires en Provence, en Dauphiné, en Alsace, en Lorraine, etc. et dont les folioles sont réputées purgatives ; le Faux- Acacia de l'Amérique du nord [Robinia Pseudo-Acacia L.), introduit au dixseptième siècle et aujourd'hui l'un des arbres les plus communs et les plus utiles de notre pays; laPiéglisse oîMnsAe {Glycijrrhiza glabra L.) et le G. echinata, si connus par leur racine sucrée, introduits et cultivés en grand dans plusieurs parties de la France; puis les Psoralea, surtout le P. biluminosa L., remarquable par son odeur et qui se trouve dans la plupart des lieux stériles du midi, en Languedoc, en Provence, dans les Cévennes, en Dauphiné et dans le Roussillon. Les Astragales se distinguent des autres Galégées par leur loge ovarienne dédoublée par une fausse-cloison longitudinale. 11 y en a vingt-quatre en France, plus sept espèces de la section Oxytropis. La plus commune est la Fausse-Réglisse (i. glycyphytios L.), parfois employée dans la médecine des

-144 FRANCE (flore).

campagnes. Les espèces de la secûon Tragacantha {A. aristatus Lhér., sibiricus Tejn. et Tragacanlha L.), remarquables par lem^s pétioles spinescents, ne fournissent pas de Gomme Adragante, comme l'avaient cru les anciens, mais sont cependant quelquefois employées en médecine. Les propriétés de la Herse commune [Biserrula Pelecinus L.) sont aujourd'hui tombées dans l'oubli. Outre celles que nous avons mentionnées chemin faisant, il y a plusieurs Papilionacées utiles qui sont çà et là cultivées en France ; mais bien peu le sont en grand et pour la récolte de substances qui jouent un certain rôle dans la médecine contemporaine. Quelques Hedysarées sont dans ce cas. VHedysarum coronarium L. (Sainfoin couronné) n'est pas indigène chez nous et ne s'y trouve que cultivé. Les H. capitatum Desf., ohscurum L. et humile L. sont des plantes du midi. L'Esparcette {Onobnjchis sativa L.) ne se trouve que dans noschamps. L'O. montana et les 0. saxatiUs, supina, Caput-galli Lamk sont méridionaux. II y a encore en France deux Scorpiuriis, neuf Coronilles, quatie Ornit/wpus, quatre Hippocrepis, et un Securigera, le S. Coronilla DC. ; tel est le bilan de cette série des Papilionacées, caractérisée comme on sait par des fruits lomentacés, formés d'un ou de plusieurs articles monospermes.

Berbéridées. Cette famille est pauvrement représentée dans notre flore indigène. Outre le Berberis œtnensis Rœm. et Son., espèce de Corse, elle n'est représentée que par l'Epine-vinette commune {Berberis vulgaris L.), arbuste épineux de presque tous nos terrains calcaires. Ses feuilles que mangent les bestiaux, son bois à matière jaune tinctoriale, ses fruits aigrelets et susceptibles de donner de l'alcool par fermentation, en font une plante des j)lus utiles et que nous ne savons pas encore convenablement employer. Dans cette famille, les propriétés sont essentiellement variables, car les Epimedium passent pour légèment astringents ; les Leontice produisent une matière savonneuse qui a été employée en Orient, et le Podophyllian peltatum qui est d'origine américaine et qu'on cultive aujourd'liui facilement chez nous, est un des derniers purgatifs que l'on ait mis à la mode dans ces dernières années.

Nymphœacées. II n'y a que trois plantes de cette famille qu'on trouve en France à l'état spontané : le Nénuphar blanc [Nymphœa alba L.), espèce commune dans nos eaux stagnantes; le N. jaune {Niiphar luteum Sji.), espèce plus commune encore dans les rivières et les eaux courantes, et le iV. pumilum, qui est une sorte de dimmutif de l'espèce précédente, mais qui n'a été observé jusqu'ici que dans les lacs des Vosges. Il est peu employé, et les N. jaune et blanc le sont moins que jamais, malgré les propriétés singulières attribuées à leurs fleurs et à leurs épais rhizomes. Tous les autres Nymphœa introduits chez nous sont des plantes de serre à Paris, et les Nelumbo hitea et speciosa, également introduits, sont trop rares pour qu'on puisse utiliser leurs graines farineuses.

Papavéracées. Les espèces indigènes de ce groupe appartiennent à deux séries : Les Papavérées et les Fumariées, et dans chaque série s'observent des propriétés différentes.

11 y a sept Pavots dans notre flore. L'un d'eux, le plus important de tous au point de vue pratique, est une plante introduite ; c'est \e Papaver somniferum L., et l'on a supposé, non sans raison, que le Coquelicot (P. Rhœas L.) et les P. hybridiim. L., dubiuni L.et Argemone L. avaient la même origine; car ce sont des plantes des moissons et des champs cultivés. Le P. a/yjm?/m L. est, au contraire, une espèce indigène dans les Alpes et les Pyrénées, et le P. setigerum DC. n'a

FRANCE (flore). 145

été trouvé que dans les îles méditerranéennes. La variété blanche du P. somnifenim n'est cultivée dans les jardins que comme plante d'ornement, et dans les champs pour la production des tètes de pavot employées en médecine. Le Pavot noir a aussi des sous-variétés horticoles, mais il se cultive surtout en grand pour l'extraction de l'huile d'Œillette. C'est de cette plante qu'on a extrait de l'opium aussi riche que possible en morphine, et c'est d'elle qu'aux environs de Clermont-Ferrand, M. Aubergier retire un latex riche en principes narcotiques. La cherté de la main-d'œuvre est sans doute la seule liaison qui fait qu'au lieu de ces opiums indigènes, on recherche chez nous les opiums orientaux extraits àviP.somnifenim album. Le latex des divers Coquelicots renferme de l'opium, quoique à faible dose, et c'est là l'origine des propriétés calmantes de leurs corolles. On a égalemept trouvé de la morphine dans le suc propre des Argémones, mauvaises herbes annuelles des régions tropicales, qui se cultiveraient chez nous en grand avec beaucoup de facilité. Le Meconopsis cambrica Vig. est extrêmement voisin des Pavots ; c'est surtout une plante alpine, quoiqu'on Tait retrouvée en Bretagne. Le Rœmeria hybrida, également très-proche parent des Pavots, est peut-être une plante introduite, qui se trouve dans les champs du midi et de l'ouest. Les Glaucières et les Eclaires sont indigènes. Du nord au midi on trouve le Glaucium luteiim Scop., notamment sur les bords de la mer et des fleuves, dans les endroits les plus arides qu'on a proposé même d'ensemencer de cette espèce pour la récolte des graines riches en matière oléagineuse. Le G. corniculatum Curt. pourrait servir aux mêmes usages ; c'est surtout une plante du Midi.LaGrande-Éclaire [Chelidonium majusL.)ei ses diverics variétés abondent dans les décombres, les haies, les vieilles murailles ; célèbres par la couleur orangée de leur suc irritant et employées seulement dans la médecine populaire.

Dans la série des Fumariées se trouvent les trois genres Hypecoum, Corydalà eiFumaria, tous formés de petites herbes à suc aqueux et non laiteux et doué de propriétés moins énergiques^ que celui des Papavérées. Les Hypecoum pi'ocumbens L., pendidum L. et gmndiflorum Benth. abondent dans les champs cultivés du midi. Les deux premiers se trouvent jusque près de Paris. Ce sont des plantes à peine employées aujourd'hui, de même que les Corydalis dont on distingue chez nous six espèces, dont trois pourvues d'un rendement souterrain : les C. cava Schw., solida Sm. et fabaceaFERs. Les Fumeterres ont, au contraire, conservé chez nous une grande réputation comme plantes dépuratives; et quoiqu'on emploie surtout à cet usage le Fumaria officinalis L., mauvaise herbe qui pullule dans nos champs, nos jardins, nos vignobles et sur les chemins, il est probable qu'on pourrait prescrire indifféremment les six ou sept autres espèces de notre flore, notamment les F. spicata, parviflora, capreolata et Vaillantii Lois.

Crucifères. Les Crucifères françaises sont herbacées ou suffrutescentes; elles appartiennent à trente-six genres et sont représentées par environ deux cents espèces. Un assez grand nombre d'entre elles sont ubiquistes ; ce sont souvent les plus utiles à l'homme ; il est certain pour quelques-unes et probable pour beaucoup d'autres qu'elles ont été introduites par les cultures.

Dans la série des Cheiranthées, nous trouvons d'abord les Giroflées, soit les

jaunes, c'est-à-dire le Cheiranthus Cheiri L., soit les blanches et roses, qui

sont des Matthiola L. Le Cheiranthus, qu'on ne trouve à l'état de type que sui

les murs, est-il oui ou non une plante introduite? Cette question ne sera

UICT. ENC. 4° s. V, 19

146 FRANCE (flore).

jamais résolue peut-être. Les Mathiola incana R. Br., tricuspidata R. Br. et sinuata R. Br. se trouvent sur les côtes de la Méditerranée; le M. tristish.. Br. croît dans le Widi sur des rochers et des terres stériles. Dans toutes ces Giroflées^ les propriétés antiscorbutiques, si accentuées dans la plupart des plantes de la famille, sont peu tranchées, si bien qu'on ne les emploie presque plus en médecine. Ces vertus sont bien plus développées dans les Sisymbrium et Erysimum, herbes bien communes chez nous et souvent administrées comme médicaments. Tels sont le Vélar commun {Sisymbrium officinale Scop. — Erysimum officimde L.), l'Alliaire {S. Alliaria), la Sagesse des chirurgiens (S. Sophia), qui se rencontrent presque partout dans les lieux incuKes, les bords des chemins, les décombres. Il y a chez nous huit autres Sisymbrium, moins communs ou même rares. Des huit Erysimum proprement dits, aucun n'est employé ailleurs que dans la médecine des campagnes. Les E. prœcox DC. et Barbarea L., types d'un genre Barbarea, sont encore des plantes usitées comme antiscorbutiques et même alimentaires. Elles ont partagé avec le Vélar officinal le nom d'Herbe aux chantres ; quatre autres Barbarea qui appartiennent à la flore française, sont à peu près inusités, de même que le S. tanacetifolium L., dont on avait fait un genre Hugueninia. Les quatre Malcolmia connus chez nous habitent les sables de la région méditeiTanéenne, plus rarement ceux de la côte de l'Océan. Les trois ^asturtium qui existent chez nous sont rangés parmi les Cressons médicinaux. Le plus connu est le N. officinale R. Br. {Sisymbrium ISasturtium L.), c'est-à-dire noire Cresson de fontaine, si vulgaire dans les ruisseaux et qui, notamment dans les environs de Paris, est l'objet d'une culture si intéressante. Le Cresson des bois {N. sylvestre R. Br.) est beaucoup moins employé. Plusieurs Cardamine portent aussi le nom vulgaire de Cressons, notamment le C. pratensis, herbe à floraison vernale, si abondante dans les prairies humides et qui est notre C. des prés. Les C. amara L., impatiens L., sylvatica Link, hirsuta L. sont encore des espèces communes, plus ou moins antiscorbutiques. C'est avec raison qu'on a rapporté au genre Cardamine les Dentaires dont trois espèces sont françaises : le D. pinnata Lamk, le D. digitata Lame et leZ). bulbifera L. Les Arabettes, au nombre de vinst dans notre pays, sont presque abandonnées aujourd'hui, sauf peut-être l'J. Turrita L., VA. alpinaL., VA. arenosa Scop., VA. Thaliana L., VA. sagittataDC, VA. perfoliataL., qui sont des herbes très-communes dans tout le pays. Le grand ffcnre Brassica dans lequel nous comprenons les Sinapis et les Diplotaxis, avec Ie& Roquettes {Eruca) et VHirschfeldia Mœnch, représente les plus utiles de toutes les plantes de cette série. Nous ne parlons pas seulement des Choux comestibles, comme h Brassica olei^acea L., dont on pense avoir retrouvé la souche dans une plante crue sauvage des falaises calcaires de l'ouest tout entier, ni de toutes ses variétés potagères, du Navet {B. ISapus L.), ni du Colza {B. campestris), ni de la Roquette {B. Eruca L.), plantes à graines oléagineuses, si répandues, mais surtout des Brassica du sous-genre Diplotaxis, dont le caractère tiré de la disposition des graines ne saurait conserver une valeur générique, et plus encore des Moutardes {Sinapis) que nous avons toutes fait rentrer dans le genre Chou. Citer les noms de la Moutarde noire {Brassica nigra Koch), la plante aux sinapismes et au condiment nommé moutarde, de la M. blanche {B. alba) et du Sénevé des champs {B. arvensis), suffit à montrer la grande importance médicale de ce sous-genre. Le jB. arvensis est une mauvaise herbe des moissons qui passe pour indigène chez nous. Les B, alba et nigra, qui ne se trouvent que

FRANCE (flore). Ul

dans les moissons elles décombres, sont-elles des espèces introduites? C'est une hypothèse qui a été avancée et ime question qui n'est pas encore résolue. " La série des Alyssinées est formée de Crucifères à fruit siiiculeux, c'est-àdire relativement courts et larges. Elle comprend les Lunaires dont nous avons f^énériquement rapproché les Farsetia, représentés chez nous par le seul F. dypeata R. Br., qui est très-probablement une herbe de l'Orient introduite par la culture et qu'on ne trouve chez nous à l'état subspontané que sur les ruines d'un vieux château du Clier. Quant aux Lunaria biennis Mœkch et rediviva L., ils sont fort peu employés de nos jours. Le grand genre Alysson a donné son nom à cette série ; il est chez nous représenté par une quinzaine d'espèces. Les Alyssum calycinum L., montanum L., campestre L., alpestre L. sont des plantes vulgaires, au moins dans certaines régions, et ne sont plus connues que comme médicaments populaires dans quelques campagnes. Les Draba, auxquels on doit réunir les Erophila (D. verna L.), sont dans le même cas; il y en a eu France une dizaine. Les deux genres les plus importants de la série sont les Cochlearia et les Camélines. Quant aux premiers, ils comprennent chez nous deux sections bien distinctes : l'une est représentée par le grand Raifort sauvage, plante vivace de nos prairies humides, surtout dans l'ouest, dont la racine pivotante prend un énorme développement et est connue, soit comme condiment, soit comme médicament antiscorbutique Nous avons ailleurs recherché quel devait être le véritable nom de cette plante, si on la considère comme appartenant à un genre distinct à cause de ses feuilles allongées et de ses grandes inflorescences ramifiées (voy. Adansonia, X, 101). Elle est généralement nommée dans nos flores classiques Cochlearia Armoracia L. et Rorlpa rustlcana Godr. L'autre section du genre Cochlearia, considéré dans l'acception la plus large, est formée chez nous de quatre petites plantes herbacées, humbles, annuelles ou bisannuelles, à feuilles toutes ou en partie courtes, an'ondies (comme l'indique la dénomination vulgaire d'Herbe aux cuillers), charnues, molles, à saveur piquante et qui sont la partie employée comme stimulante et antiscorbutique. Ce sont les C. danica L., anglica L., glastifolia L. et surtout le C. officinalis L. Presque toutes sont des plantes des côtes de l'Océan et de la Manche, ou des rivages méditerranéens, ou encore des bords des ruisseaux pyrénéens, comme l'est une des variétés (pyrenaica) du C fficinalis. Quant aux Camélines, principalement re berchées pour leurs gra nés oléagineuses, et q'^' -?uvent être rangées dans un groupe particulier, à cause des caractères de leur silicule obovée ou turbinée, déhiscente, plus ou moins comprimée suivant le dos, déprimée sur les bords, et leurs graines bisériées, descendantes, dont l'embryon a la radicule dorsale ou oblique, on en a distingué chez nous trois espèces : les C. sylvestris Wallr. {Myagrum sylvestre C Bauh.), fœtida Pries {Myagrum fœtidum G. Bauh.), et surtout sativaFRiEs (Myagrum sativum G. Bauh.), la plus importante de toutes comme plante oléagineuse; mais rien ne prouve que ces espèces, qu'on ne trouve que dans les. moissons ou dans les grandes cultures, soient indigènes dans notre pays.

La série des Thlaspidées ou Ibéridées renferme des genres dont le fruit est tellement comprimé suivant les bords que la fausse-cloison qui sépare les deux demi-loges l'une de l'autre est d'une grande étroitesse, moins large en tout cas que le plus grand diamètre de la silicule. Il y a chez nous une douzaine d'/èms et une dizaine de Thlaspi, genres d'ailleurs très-voisins l'un de l'autre : le Thlaspi arvense L., petite herbe des décombres et des moissons ; le T. alliacenm

148 FRA>iCE (flore).

L., espèce de l'ouest et du midi, qui a, en effet, une forte odeur alliacée; les

T. alpinum Jacq., rotuncUfoUum Gaud., alpestre L., montanum L., qui sont des espèces alpines ou subalpines; Vlberis amara L., très-commun dans nos moissons; 17. saxatilis, espèce des terrains calcaires du Jura, du mont Yentoux, de Toulon. Le Capsella Bursa-pastoris Mœkch, dont Linné faisait mi Thlaspi, est peut-être la mauvaise lierbe la plus comnmne de toute la famille, et vaut comme antiscorbutique bien des Crucifères plus employées. C'est surtout dans le genre Lepidium qu on cite des espèces antiscorbutiques, stimulantes, toniques, notamment le Lepidium sativum L., qui est notre Cresson alénois, plante annuelle qui ne paraît pas exister chez nous à l'état vraiment sauvage ; le L. rudemJe L., plante des décombres et des lieux stériles; le L. latifolium L., commun au bord des eaux et dans les prairies humides ; le L. Draba, espèce des champs et des chemins, qu'on rencontre dans toutes les parties du pays; le L. campestre R. Br. {Thlaspi campestre L.), espèce commune sur les chemins, dans les champs, dans les décombres. Le Coronopus Riiellii G£Rn. {Senebiera Coronopus Poir.), humble herbe à rameaux rayonnants étalés sur le sol, commune partout sur les chemins, sur les pavés, les décombres, est une plante antiscorbutique, aussi bien que le C. didyma Scop., espèce depuis longtemps naturalisée à Bordeaux, à Rayonne, à Toulon et dans d'autres ports de nos deux mers.

Parmi les genres quelque peu exceptionnels de cette famille qui comprennenl des plantes utiles, nous pouvons citer les Radis, les Bimias, les Cramhe et les Cakile. On admet en France quatre Radis {Raplumus) : le R. sativus L., espèce cultivée, qui comprend surtout des plantes à racine alimentaire : les raves, les radis jaunes, roses et blancs et le radis noir ; plus trois espèces de la section Raphanistrum, élevée par quelques-uns au rang de genre, et dont le fruit raoniliforme , souvent articulé, finit par se séparer en tronçons monospermes, comme dans le R. Raphanistrum L., herbe si commune dans nos moissons; le fi. maritimus Sm. et le R. Landr a Mokett., l'un des côtes de la Bretagne, l'autre de celles de la Méditerranée. Les Bimias orientalis L. et Eucago L., plantes à fausses-loges monospermes et à graines oléagineuses, ne se trouvent que dans les moissons et ont été introduits de l'Orient. Le genre Crambe, si remarquable aussi par ses fruits formés de deux articles superposés, dont un seul, le supérieur, est fertile et monosperme, n'est représenté chez nous que parle Chou marin {Crambe maritima L.), espèce des côtes de l'Océan, antiscorbutique et potagère. Ce genre se i-approche beaucoup par l'organisation de son fruit du Cakile maritima L., autre plante du littoral, aussi bien de la Méditerranée que de l'Océan, dont le fruit articulé se compose de deux segments fertiles et mouospermes, et dont le feuillage charnu passe aussi pour antiscorbutique, quoiqu'il soit peu usité sur nos côtes.

Capparidacées. En France, une seule plante représente cette famille, c'esl le Câprier [Capparis spinosaL.), avec une variété jusqu'ici peu répandue et qui est dépourvue d'aiguillons. On recherche surtout cette plante pour ses boutons qui, confits, constituent les Câpres ; elle croît spontanément dans la Provence, aux environs de Nîmes, de Marseille, de Nice, de Toulon. Plus au nord, elle se cultive çà et là; à Paris, elle doit être abritée l'hiver pour ne pas être tuée par les gelées. On cultive chez nous quelques Cleome, mais uniquement comme plantes d'ornement.

Résédacées. Deux séries de cette famille sont représentées dans notre flore :

FRANCE (flore). 1^9

celle des Astrocarpées ou Résédacées à carpelles indépendants, et celle des Résédées où l'ovaire est imiloculaire, avec plncentas pariétaux.

Les Astérocarpées sont deux Asterocarpus, les A. Clusii Gay et sesamoides Gay, plantes du midi, peu usitées en médecine.

Les Résédécs sont toutes des Reseda, au nombre de sept, dont une espèce cultivée, d'origine quelque peu incertaine,, célèbre par son parfum, le R. odorataL. LeR.P/iyfeuma h.(iÛQ?,R.gJaucaL.,suffruticulosaL.,JacqiiiniKEiciïB., plantes principalement méridionales, n'ont pas d'importance au point de vue pratique. Les deux espèces les plus connues autrefois pour leurs usages, comme plantes tinctoriales, à cause de la substance colorante jaune dont elles sont abondamment pourvues, sont les R. luteaL. et Luteola L., ou Gaude des teinturiers. Ce sont des plantes bisannuelles, très communes dans les lieux arides et pierreux, les champs mal cultivés, les bords des chemins, et qui se rencontrent dans toutes les régions de notre pays.

Crassulacées. Chez nous, toutes les plantes de cette famille ont des feuilles charnues et grasses. Ordinairement ces parties renferment beaucoup d'eau et tirent de là leurs prétendues propriétés émollientes, résolutives. Dans quelques espèces, à ce principe aqueux; se joint une certaine àcreté qui a rendu ces plantes suspectes. Nous admettons trois genres parmi les Crassulacées indigènes : les Crassida, les Sedum et les Sempervivum. Les deux Crassula français ont été désignés sous les noms de BulUanla Vaillantii DC {Tillœa aquatica L.) et de Tillœa muscosa L. Nous avons fait voir comment il y a au Cap plusieurs petites espèces de Crassula, qui sont très-voisines spécifiquement de ces deux petites herbes françaises et n'en peuvent en aucune façon être génériquement séparées. Mais on n'avait pas cru jusqu'ici que le genre Crassida pût être européen. Il y a trente Sedum en France; les plus célèbres sont l'Orpin {Sedum Telephium L.), les S. album L., et acreL. et le S. Rhodiola DG. [Rhodiola rosea L.), espèce autrefois réputée médicamenteuse, et qui se trouve dans les Pyrénées, les Alpes et les Vosges. Il y a plus de vinst Joubarbes (Sempervivum) en France, d'après certains botanistes; pour d'autres, il n'y en a qu'une couple, ayant toutes d'ailleurs les propriétés de la J. des toits (Sempervivum tectorum L.). c'est-à-dire riches en eau et, à ce titre, réputées fondantes, émollientes, propres à guérir les brûlures, les contusions, les cors, etc.

Saxifragacées . Ce n'est guère que par des procédés artiftciels qu'on peut séparer de ces plantes les Crassulacées. En dehors de celles-ci, parmi les nombreuses séries que nous avons admises dans la famille des Saxifragacées, la France n'en possède que trois : les Saxifragées, les Parnassiées et les Ribésiées.

Dans la série des Saxifragées, nous ne trouvons en France que les genres Saxifraga et Chrysosplenium. Du premier genre on compte quarante-cinq espèces, et du dernier les deux C. alternifoUumh. et oppositifoUum L.; ceuxci habitent les bois et les lieux humides des montagnes; ils ont été employés comme médicamenis, sous le nom de Doradilles. Les Saxifrages de France sont pour la plupart des herbes basses des montagnes, et presque toutes ont eu la réputation, fort peu [méritée sans doute, de dissoudre les calculs vésicaux. On a surtout proposé pour cet usage les espèces communes des plaines celles qui naissent presque partout, comme le Saxifraga tridachjUles h., si abondant sur les vieux murs, [le S. granulata L., remarquable par ses bulbilles petits et nombreux, commun dans nos bois.

Le Parnassia palustris L., plante des marais, abondante dans le nord et

i50 FRANGE (flore).

jusque sur presque toutes nos montagnes, rapportée aux Droséracées, aux Pirolées, etc., est chez nous le seul représentant de la série des Parnassiées.

Celle des Ribésiées ou Grossulariées est formée du seul genre Groseillier dont nous avons cinq espèces, indigènes ou subspontanées, sans parler de toutes celles qui ont été introduites, principalement de l'Amérique du Nord, dans les jardins et les parcs. Les Ribes alpinum L. et petrœum Wulf., plantes alpines et subalpines, ne sont pas des espèces utiles. Le G. à maquereaux (Ribes uvacrispa L.), commun dans les lieux incultes et pierreux, dans les haies, les buissons, paraît bien une espèce indigène. Mais le G. à cassis (R. nigrum L.) n'est signalé à l'état sauvage que sur la lisière des bois, en Lorraine et en Alsace. Peut-être est-ce une plante introduite, et l'on a fait la même supposition pour le R. rubrum L., l'espèce qui donne dans nos jardins des Groseilles rouges et blanches, et qui se trouve communément dans les bois des environs de Paris. Plusieurs Ribes asiatiques ont aussi été introduits dans nos cultures comme plantes ornementales.

Un certain nombre de Saxifragacées d'origine étrangère ont été importées et naturalisées chez nous. Dans nos provinces du midi et de l'ouest, quelques Escallonia supportent la pleine-terre. Les Hamamélidées, que nous avons rapprochées comme série des Saxifragacées, sont représentées dans nos cultures par des Hamamelis et des Fothercjiîla de l'Amérique du Nord , des Coryîopsis du Japon, et des Parrotia, de l'Orient. Les Liquidambar, dont les produits ont joué un si grand rôle dans l'ancienne thérapeutique, sont cultivés au nombre de deux : le L. orientale L. et le L. imberbe Ait. On ne peut guère éloigner de ces arbres les Platanes qui forment à eux seuls la série des Platanécs et qui, autrefois, étaient relégués dans ce grand groupe mal défini qui portait le nom d'Amentacées. On a distingué plusieurs Platanes et , en première ligne , les Platanus orientalis et occidentalis ; mai? nous nous sommes, avec maint auteur moderne, rallié à l'opinion qu'il n'y a chez nous qu'une seule espèce de ce genre, le P. vulgaris Spach, avec des variations en grand nombre dans la forme des feuilles, des stipules, des inflorescences, etc., tous caractères extrêmement variables et sur lesquels ont été fondées des espèces telles que les P. orientalis et occidentalis. On sait que le duvet et les fruits de ces arbres ont été considérés comme pouvant causer des accidents, surtout du côté des yeux (Voy. Hist. des plant., III, 400K

Cératophyllées. Nous avons adjoint ce petit groupe comme série douteuse à la famille exotique des Pipéracées, et nous avons établi que le principal caractère différentiel de cette série consistait dans la direction descendante de l'ovule et dans l'organisation de l'embryon qui est une véritable plante en miniature avec sa tige et ses verticilles foliacés. On a admis dans le genre Cornifle {Ceratophijllum), seul type de ce petit groupe, trois ou quatre espèces dont deux sont françaises, les C. immersum et demersum. Mais M. Schleiden les a toutes réduites à une seule, le C vulgare Schleïd., comprenant plusieurs variétés. Ce sont des plantes d'eau, à port tout à fait particulier, très-largement répandues dans tout notre pays. Elles n'ont guère de nos jours d'usages médicaux. Nous avons aussi considéré comme une série de la même famille le groupe des Saururées, dans lequel les ovules sont ascendants ou transversaux, en nombre limité ou indéfini. Ce ne sont point des plantes indigènes ; mais certains Saurutms àe l'Amérique du nord et Houttuynia de l'Asie austro-orientale ont été cultivés chez nous depuis assez longtemps et se naturaliseront dans

FRANCE (flore). 151

notre pays parce qu'ils y rencontrent exactement les conditions cliinate'riques qu'ils trouvent dans leur patrie. Ce sont des plantes médicinales qui pourront peut-être nous rendre quelques services.

Urticacées. Cette famille est représentée chez nous par les Orties, les Pariétaires et VHelxine SoJeirolii Req., petite herbe propre à la Corse et qui n'a pas d'importance pratique.

Les Orties sont au nombre de quatre, toutes remarquables par les poils brûlants dont elles sont pourvues, et qui les ont fait rechercher pour pratiquer l'urtication médicale. Ce sont d'abord deux espèces vulgaires, l'une annuelle et l'autre vivace, les Vrtica urens L. et dioica L., communes partout sur les chemins, dans les décombres, les fossés, les haies, les lieux incultes. On les a signalées comme plantes textiles; puis deux autres espèces relativement rares et beaucoup moins employées : VU. membmnaceaVoïK. qui est une herbe méditerranéenne, et VU. piluli'fera L. qui appartient à la fois au Midi et à l'Ouest.

Les trois Pariétaires françaises sont les Parietaria officinalis DC. (P. erecta M. K. Dtsch.), diffusa U. K. Dtsch. et lusitanica L., toutes réputées diurétiques, dépuratives, etc., notamment la première qui est une mauvaise herbe du centre, du nord et de l'est, abondante sur les vieux murs, les décombres. Le P. diffusa est aussi une plante de décombres et de murailles qui, comme la précédente, prendrait à ces milieux les azotates auxquels seraient dues leurs propriétés diurétiques. Le P. lusitanica ne se trouve que dans la région médi- 'terranéenne, soit en Corse, soit sur le littoral de la terre-ferme, comme près de Toulon, de Perpignan, etc.

Nyctaginacées. Il n'y a de cette famille que des plantes introduites, et ,parmi elles, en première ligne, la Belle-de-Nuit (Miraè///s Jalapa L.), qui est d'origine américaine, mais supporte bien le climat du midi. On a aussi introduit chez nous les Bougainvillea, dont les bractées sont colorées et rendent ces plantes ornementales. Le Mirabilis longiflora L. supporte à peu près aussi bien notre climat que le M. Jalapa. L'un et l'autre ne donnent qu'une racine de faux-jalap, et qu'on a prescrite comme purgative. Elle pourrait chez nous rendre des services, mais on ne l'y emploie presque plus. Les Boherhaavia sont dans les pays chauds des plantes à racines purgatives et vomitives. Quelques-uns se sont naturalisés dans certains jardins du midi, mais ils n'ont pas été, que nous sachions, employés comme médicaments. VOxybaphus Cervantesii supporte aussi bien notre climat du midi que les Mirabilis dont nous venons de iparler. Le seul Abronia qu'on cultive communément dans nos jardins, 1'^!. umbellata, s'y est naturalisé dans certaines conditions particulières, mais ce n'est, à proprement parler, qu'une plante d'ornement.

Phytolaccacées. Cette famille n'est pas d'origine française; elle n'a été connue chez nous que par l'introduction du Raisin d'Amérique [PJujtolacca decandra L.), aujourd'hui naturalisé dans le midi où il est surtout utilisé pour la matière colorante de ses fruits. Il est très-abondant dans plusieurs localités de la Gironde, dans les Basses-Pyrénées ; et l'on ne croirait point, à voir la façon dont il se multiplie dans nos sables, qu'il n'est pas une plante indigène. Dans le nord de la France, sa propagation est moins facile, attendu qu'il y est souvent tué par le froid des hivers. On a également introduit et presque naturalisé, soit dans l'est, soit dans le midi, les Phytolacca de la section Pircunia, qui ne sont guère utiles, mais constituent de belles plantes d'ornement et des sujets spéciaux d'étude pour l'accroissement des tiges des dicotylédones.

152 FRANCE (flore).

IVous avons rattaché avec doute comme série anormale à cette famille les Cijnocramhe ou Theligonum, dont une espèce à fleurs monoïques croît spontanément dans le Midi, notamment sur les bords de la Méditerranée, en Corse, aux environs de Montpellier, et a joui d'une certaine réputation comme médicament, quoique ce soit une herbe à peu près complètement inerte.

Malvacées. Cette immense famille n'est représentée en France que par un petit nombre de genres, appartenant tous à la série des Malvées, des Hibiscées et des Malopées; il n'y a chez nous ni Bombacées, ni Stercuhées, ni Bueltneriées, ni Dombeyées. Le caractère commun des vingt-trois espèces que nous possédons, c'est d'être émollientes, mucilagineuses, et elles pourraient, à ce titre, être indifféremment substituées les unes aux autres pour l'usage médical.

11 n'y en a qu'une de la série des Malopées, caractérisée par l'indépendance de ses carpelles monospermes, formant sur le réceptacle floral une sorte de capitule; c'est le Malope malncoides L., observé seulement à l'état spontané (?) dans quelques localités de la Provence, telles que Toulon, Grasse et Cannes.

Il n'y a que deux espèces de la série des Hibiscées, caractérisée par les loges polyspermes de la capsule, ce sont : le Sida Ahnlilon {Abutilon Avicennœ Presl), plante velue des îles d'Hyères, récoltée aussi près de Beaucaire et de Salon dans les marais ; et VHibiscîis roseiis Thore, qu'on a préconisé, dans quelques articles spéciaux, comme plante mucilagineuse et surtout comme espèce textile, propre à être cultivée dans les endroits aquatiques du midi; elle n'a été observée, en effet, que dans les marais, autour de Dax et de Bayonne.

Dans la série des Malvées, nous ne voyons que des Althœa et des Mauves, eu donnant à ce dernier genre une extension qui permette d'y faire entrer les Lavatères comme section caractérisée par la saillie en chapiteau du réceptacle floral au-dessus des ovaires. 11 y a en France quatre espèces à" Althœa. La plus connue est la Guimauve commune [A. officinalis L.), dont les racines, les feuilles et les fleurs sont si usitées comme émollientes, et qui abonde dans les marais et les prairies humides du midi et du sud-ouest. Dans l'est, cette espèce ne se rencontre que dans les marais salés, à Dieuze. à Vie. à Marsal. Les A. cannaUna L. et narhonensis Pourr., qui pourraient presque aussi bien servir en médecine, et qui ont été préconisés comme plantes textiles, ne se rencontrent cfue dans nos provinces méridionales. L'A. hirsuta L.* petite espèce herbacée et annuelle, croît dans une grande partie de la France et notamment dans quelques localités des environs de Paris, dans les champs, et surtout dans tous les terrains calcannes. Le genre Mauve, nous venons de le dire, renferme chez nous une quinzaine d'espèces. Quelques-unes sont méridionales et rares, telles que les Maha althœoides Cav., amblgm Gcss., parviflora L., nicœensis Ali,., microcarpa Desf., Tournefortiana L., arborea {Lavatera arborea L.), cretica {Lavatera cretica L.), inaritima {Lavatera maritima Gouak), trimestris {Lavatera trïmestris L.) et punctata {Lavatera punctata L.), et leur usage est très-restreint, quoique, comme plantes mucilagineuses, elles puissent être substituées à celles de nos Mauves communes qui abondent par presque tout le pays, dans les haies, les décombres ou sur les chemins, près des maisons. Ce sont surtout la Grande Mauve [M. sylvestris L.) et la Petite {M. rotnndifolia L.). Le M. moschata L., commun dans les rochers quartzeux de certaines de nos montagnes ou dans certaines de nos prairies, et le M. Alcea L., espèce des coteaux et bois calcaires, sont moins fréquemment employés. 11 y a aussi plusieurs Mauves éiran-

FRANCE (flore). 455

gères inti'oduiles chez nous, ([uelques Ketmies naturalisées dans nos jardins et nos parcs. La plus connue de ces dernières est la Mauve en arbre {Hibiscus syriacus L.) qui est textile et mucilagineuse. On cultive aussi les H. militaris et Manihot; ce dernier est une plante alimentaire. VH. Trioniim est cultivé comme plante annuelle ; toutes ces espèces pouriaient à la rigueur remplacer nos Malvacées indigènes.

Tiliacées. Extrêmement voisines des Malvacées, ces plantes (qui ne devraient peut-être pas en être séparées à titre de famille) sont peu nombreuses dans la flore franc lise. 11 y a dans les promenades et plantations publiques beaucoup de Tilia qui ont été étudiés par M. Spach, dans un travail remarquable; ce sont les T. sylvestris Desf., intermedia DC, platyphyUa Scop., hetewphijUaXmT., laxiflora Michx, argentea Desf., truncata Spach, neglectn Spach, nigra Bork., flavescens Al. Br., floribunda Al. Br., prœcox Al. Br. Aussi riches en mucilage et pourvus de fleurs aussi parfumées que les espèces qui passent chez nous pour indigènes, ils servent indifféremment aux mêmes usages en médecine; mais on ne considère comme'originaires de notre pays que le T. sylvestris Desf. (T. microphylla VE^T.), très-commun dans nos bois, surtout dans certaines forêts des environs de Paris, comme celle de l'IsIe-Adam, le 7'. platyphyUa Scop. [T. grandi flora Ehrh.), l'arbre le plus ordinairement planté sur nos promenades dans la plupart des régions de la France, et qui se trouve dans les forêts des Vosges, de la Lorraine, du Jura; et une espèce qui ne se distingue guère que par quelques caractères de ses fruits, le T. intermedia DC

Cistacées. Deux genres représentent cette famille dans notre pays : les Cistes qui sont des plantes méridionales, et les Hélianthêmes auxquels nous réunissons les Fumana, et qui habitent toutes les parties de la France. Il y a dans le pays une quinzaine de Cistes, plantes basses à tiges ligneuses ; et il y a des lieux, comme les environs de Narbonne, où on les trouve toutes réunies. Aucune n'est plus employée en médecine. Le seul C. ladaniferus L., cultivé dans beaucoup de jardins, et qui croît fréquemment en Provence, notamment près de Fréjus et de Montpellier, est conim comme donnant un Ladanum analogue à celui qui vient de Crète et qu'on appelle assez souvent L. d'Espagne. Le C. salviœfoJiiis L., seul connu dans les environs de Bordeaux, y porte fréquemment l'Hypociste. Il y a chez nous une quinzaine d'Helianthemimi, plantes aujourd'hui complètement délaissées comme médicaments et constituant un genre fort artificiel, fort difticile à distinguer d'une façon absolue du genre Ciste. Les Fumana ne sonl que de petits Hélianthêmes dans les fleurs desquels les étamines extérieures sont stériles, à filets grêles et courts, moniliformes. Les ovules y sont généralement beaucoup moins complètement orthotropes que ceux des véritables Helianthemum.

Violacées. La France ne possède qu'un genre de cette famille, le genre Mola, dont on a distingué chez nous jusqu'à trente espèces. Quelquesunes ont des fleurs odorantes, dont le parfum est utilisé. La plupart sont considérées comme des espèces légèrement amères, dépuratives, dont les racines possèdent, quoique le plus souvent à un faible degré, des propriétés vomitives. Aussi quelques-unes d'entre elles jouaient-elles, dans l'ancienne thérapeutique indigène, le rôle aujourd'hui dévolu aux Ipécacuanhas. Les V. odorata L., hirta L., sylvatica Fries, caninah. sont, parmi les Violettes, les espèces les j)lus vulgaires et les plus usitées. Parmi ce qu'on appelle les Pensées, c'est-àdire les Viola de la section Melanium, l'espèce la plus connue comme médica-

154 FRANCE (flore).

ment, est la plus répandue de toutes dans tout le pays, c'est-à-dire la Pensée sauvage (F. tricolor arvensis). Quelques espèces sont purement alpines, comme les V. calcarata L., cenisiah.,nummularia All., cormita L., luteaSu. {sudetica W.)» biflora L., etc. II y a en France d'assez nombreux Viola exotiques, soit de l'ancien, soit du nouveau continent, que l'on cultive, tantôt pour la beauté de leurs fleurs, tantôt pour la suavité du parfum qu'on peut en retirer, et qui ont les mêmes propriétés béchiques, pectorales, sudorifiques, dépuratives, etc., que nos espèces indigènes.

Riitacées. Les limites de cette famille ont beaucoup varié; mais en leur donnant à peu près celles qu'avait adoptées en 1825 le monographe du groupe, Adr. de Jussieu, nous y trouvons quatre séries françaises : les Rutées, les Zygophyllées, les Coriariées, les Cnéorées. Nous n'aurons à parler des Citrées, autre série de cette famille, que parmi les plantes introduites.

Les Rutées françaises sont : les unes à fleurs régulières, les autres à corolle irrégulière. Les premières sont les Rues dont les qualités odorantes Irès-accentuées sont bien connues et dont l'action devait être jugée par là même très-intense. On n'emploie guère en médecine que le Ruta graveolens L., qui abonde dans certaines localités arides du midi. On pourrait tout aussi bien utiliser le B.. bracteosa DC, espèce méditerranéenne, le R. angustifoUa, des coteaux stériles de toute la région des oliviers, le R. montana, qui dans la même région habite les collines sèches, ou le R. corsica DC, observé seulement dans cette île. La Fraxinelle {Dictamnus Fraxinella L.) représente le type à corolle irrégulière, et l'on ne trouve à l'état sauvage que celle dont les fleurs sont roses et veinées. Elle habite les coteaux calcaires, en Bourgogne, en Dauphiné, en Provence. C'est aussi une espèce stimulante, à essence très-odorante.

La série des Zygophyllées ne compte que le Tribulus terrestris L., petite herbe des terrains stériles du midi, remontant jusqu'à Lyon et à la Bretagne.

La série des Coriariées, que nous avons ralliée à cette famille, mais qui pour les autres auteurs constitue une famille particulière, est représentée par le Redoul [Coriaria myrtifolia L.), arbuste à feuilles opposées, riche en matière tannante, et dont les fruits sont, dit-on, très-vénéneux ; il croît communément sur les coteaux dans nos provinces du midi.

Le Cneorum tricoccum L., l'une des anciennes Chamélées, auquel on attribuait beaucoup de vertus diverses, et qui a été rapporté aux Térébinthacées, aux Simarubées, etc., est pour nous le type d'une série de Rutacées, très-analogue aux Zygophyllées, et caractérisée principalement par ses fleurs normalement ternaires et ses fruits formés de trois ou plus rarement de quatre drupes à noyau cloisonné très-dur. C'est un petit arbuste à feuilles persistantes, qui habite les endroits arides de la région méditerranéenne.

C'est à une série des llutacées qu'appartient l'Orme de Samarie {Ptelea trifoliata L.), arbre américain auquel on a attribué quelques propriétés médicinales et qui est naturalisé chez nous. Les Quassiées ou Simarubées, dont nous ne faisons qu'une série des Rutacées, distinguée principalement par la fréquente amertume des plantes qu'elle renferme, sont chez nous représentées par un bel arbre partout planté, l'Allante {Ailantus glandulosa Desf.), originaire de l'Asie orientale et souvent proposé comme médicament, notamment contre certains helminthes, les affections diarrhéiques, etc.

Ce sont aussi des Rutacées que les Jabomndi dont on a tant parlé dans ces dernières années, connue médicaments sudorifiques et sialagogues et qui sont

FRANCE (flore). 155

les Vihcarpns pennatifoJhis et SeUowianus. Originaires du Paraguay et des parties voisines du Brésil, ces arbustes peuvent être cultivés avec succès dans nos provinces méridionales et ils ont déjà prospéré, fleuri même sur les bords de la Méditerranée.

Le Zanihoxylon clavatum, plante américaine, à propriétés stimulantes, est naturalisé chez nous dans les parcs et jardins. C'est le premier type étudié de la série des Zanthoxylées, laquelle appartient aux Rutacées. On peut cultiver dans le midi en plein air le Z. piperitum, dont la graine est une des épices de l'Asie et jouit de propriétés très-stimulantes.

Géraniacées. Dans le sens le plus large, cette famille comprend aujourd'hui six séries dont trois appartiennent naturellement à la flore française; ce sont les Géraniées, les Balsaminées et les Oxalidées. Une autre série, celle des Capucines, est entièrement exotique, mais elle devra être comprise parmi les groupes qui ont été introduits en France et y ont pris une certaine importance au point de vue pratique.

La série des Géraniées comprend les deux genres Géranium et Erodium qui ne peuvent guère être séparés l'un de l'autre que d'une façon tout à fait artificielle. Plusieurs des plantes qui s'y rapportent ont des propriétés légèremeut aromatiques et stimulantes, auxquelles on a toutefois peu recours actuellement. 11 y a une vingtaine de Géranium, dont sept ou huit sont des plantes méridionales ou alpines. Les espèces usitées dans la médecine des campagnes sont celles qu'on trouve partout, dans les prés, sur les bords des chemins, notamment l'Herbe-cà-Robert [G. Robertianum L.) et les G. rotimdifolium L., molle L., disseclum L., columhinum L., sanguineum L. Quelques Erodium sont absolument dans le même cas : les E. moschatum Lhér., cicutarium Lhér., Ciconimn W. Ce dernier est méridional. Les douze autres espèces françaises sont alpines, ou maritimes, ou bornées à des localités peu étendues.

La série des Balsaminées n'est représentée en Finance que par VImpatiens noU-tangere L., espèce des lieux ombragés et humides, sans utilité ; plusieurs autres Impatiens ont été introduits ; la plupart sont cultivés dans nos jardins.

Dans la série des Oxalidées se trouvent quatre petites plantes herbacées qui •ont des propriétés particulières. Leurs feuilles sont acides, et celles de l'espèce la plus commune, la Surelle [Oxalis Acetosella L.), servaient autrefois, comme on sait, à l'extraction du Sel d'oseille. C'est une plante commune dans les bois humides, notamment dans l'est. Ses fleurs sont blanches ; celles des autres espèces françaises sont jaunes. On trouve dans les moissons de presque tout le pays les 0. stricta L. et cornicidata L., espèces très-voisines Lune de l'autre et qui passent, la première du moins, pour avoir été naturalisées dans le pays. Il en est probablement de même de l'O. libyca Viv., espèce africaine qui n'a été jusqu'ici trouvée qu'en Corse. Ses souches sont pourvues de quelques bulbilles, et ces organes prennent un beaucoup plus grand développement dans quelques espèces de l'Amérique du Sud, que les Péruviens nomment Oca, et qui peuvent se cultiver avec un certain succès dans notre pays, où elles ont été signalées comme pouvant jouer un rôle analogue à celui de la Pomme de terre. C'est principalement l'O. crenata qui a été planté en France pour cet usage ; mais ses rameaux souterrains tubérilbrmes n'ont pu être considérés jusqu'ici que comme un légume agréable et plutôt comme un objet de curiosité qu'un aliment populaire.

Linacées. Notre flore compte quinze plantes de cette famille, toutes du genre Linum auquel nous avons rapporté le Radiola. La plus utile, leL. usitatissimumh.,

156 FRANCE (flore).

si célèbre par ses fibres corticales et les matières grasses et mucilagineuses qu'on tire de ses semences, n'est pas une plante indigène. Mais toutes ont des graines construites comme la sienne et dont on pourrait peut-être tirer le même parti. Le L. perenne, qui n'est chez nous qu'une plante ornementale, serait probablement dans ce cas. Les vertus du L. Hadiola L. sont aujourd'hui plus qu'hypothe'tiques; mais il est assez curieux de rencontrer, parmi tant d'espèces à semences farineuses et mucilagineuses, une plante évacuante telle que le L. catharticum L. C'est une petite herbe des prés humides, des marais, des bois, des plaines et des montagnes. Les L. angustifolium Huds , suffruticosum L., narbonenseh., strictum L., galUcum L., maritimum L. sont des plantes méditerranéennes, remontant plus ou moins au nord. Les L. alpinum L., austriacum L., viscosum L., sont chez nous des plantes de montagne. Le L. tenuifoUum L., espèce du midi, qui remonte jusqu'à Paris, en Alsace et en Lorraine, est, dans nos environs, une plante des terrains pierreux et principalement calcaires.

Polygalacées. 11 n'y a chez nous de cette famille que des Pulygala, au nombre d'une douzaine. On leur attribue, quoique d'une façon moins prononcée, les propriétés du Polygala de Virginie, qui est une plante légèrement vomitive, évacuante, désobstruante, dépurative. Le nom du genre et celui de Laitiers qui lui correspond en français, viennent de cette opinion anciennement accréditée que l'usage de ces plantes donne du lait aux bestiaux et même aux femmes. Le P. viâgaris L., qui croît dans toute la France, a été surtout l'espèce préconisée dans ce sens. On a employé aussi le P. calcarea Sch., espèce qui se trouve aux environs de Paris, et les P. austriaca Cramz, amara Jacq. et rupestris Pourr., espèce des garrigues du midi. Le P. Chamœbuxus, petite espèce sous-ligneuse, qui constitue dans le genre une section particulière, et qui se trouve dans le Dauphiné, a passé aussi pour avoir certaines vertus médicinales, aujourd'hui oubliées ou peu s'en faut. Dans cette espèce, dont le port est très-particulier, la fleur se fait remarquer par la présence d'une glande calicinale basilaire et supérieure, et par l'absence de crête dentelée à la carène.

Euphorbiacées. A cette famille appartiennent quatre genres vulgaires, indigènes ou naturalisés en France, sans parler du genre Buis que nous attribuons à une série de la famille des Célastracées.

La série des Euphorbiées, formée ici du seul genre Eiiphorbia, comprend, d'après les flores classiques, quarante-sept espèces, que l'on peut réduire à un nombre moindre. Les unes, à feuilles opposées et pourvues de stipules, sont des Chamœsyce ou Anisophyllum ; elles sont généralement rares et ne possèdent que peu de qualités médicinales; ce qui est principalement dû à l'absence d'un latex blanchâtre dans leurs tiges; ce sont les E. Chamœsyce L., polygonisperma GoDR. et PepUs L., ce dernier seul assez abondant sur les sables maritimes de nos cotes, tant de l'Océan que de la Méditerranée. L'Epurge {E. Lathyris L.) représente à elle seule un autre groupe, caractérisé par des feuilles opposées, sans stipules et formant sur la tige quatre séries verticales. Outre l'abondance de son latex, c'est une herbe à graines riches en huile purgative et fort employées jadis pour cette raison, cultivée même pour la récolte de ses semences. Tous les autres Eiiphorbia, à feuilles alternes et sans stipules, à suc laiteux plus ou moins abondant, ont les mêmes propriétés : latex irritant, caustique, albumen des graines huileux et purgatif. Les uns sont partout communs, ou dans les lieux cultivés, les champs, les décombres, comme les E. Helioscopia L., Gerardiana Jacq., Cyparissiaa L., exigua L., Peplus L., peploides Gouan, segetalis L., ou

FUAiNCE (flore). 157

dans les bois, comme les E. amygdaloides L., didcis L., pilosa L., ou sur les bords de la mer, comme les E. Paralias \j.,Pithyusa L., pinea L., portlandica L. L'E. dendroides L. a des tiges ligneuses et ne croît que dans les îles de la Méditerranée. Les autres espèces sont plus ou moins rares et à peu près sans emploi.

Le Ricin [Ricinus commuais L.) n'est pas une plante française, mais il est fréquemment cultivé, surtout pour ses graines à huile purgative; il demeure herbacé et annuel dans presque toute la France et ne devient sous-ligneux et vivace que dans quelques rares localités du midi. La Maurelle ou Tournesol [Tournesolia tinctoria) ne se trouve que dans les cultures du midi où même elle devient chaque jour plus rare, quoiqu'on recherche encore la matière colorante rouge ou bleue qu'on en peut tirer. On la rencontre en Corse, et, sur la terre ferme, à Toulon, Marseille, Hyères, Grasse, Fréjus, jusqu'à Montpellier, Narbonne, Avignon et Perpignan. Les Mercuriales sont chez nous au nombre de quatre ou cinq; mais il n'y en a guère que deux qui soient vulgaires partout et employées comme laxatives en médecine : le Mercurialis anmia L. et le M. perennis L. Les 31. tomentosa L. et ambigua L. ne se trouvent que dans quelques localités du midi.

Quelques Euphorbiacées utiles ont été introduites chez nous, notamment, vers Perpignan, V Excœcaria sebifera {Stillingia sebifera) ou Arbre à suif, dont la graine est recouverte d'une couche épaisse de matière grasse, quelques Securinega, Andrachne et PltijUanthits.

Térébinthacées. La série des Anarcadiées a seule des représentants dans notre pays, la plupart introduits par la culture et donnant peu de produits dans un climat dont la température est évidemment insuffisante. Le Poivrier d'Amérique {Schinus Molle L.), arbre à odeur balsamique très-intense, supporte dans le midi de la France le climat des localités où prospèrent les Citrus. Un assez grand nombre de Sumacs [Rhus] ont été plantés dans nos jardins et nos parcs, notamment le Roure des corroyeurs {R.coriaria L.) et le S. de Virginie (R. typhinum L.) Le premier croît spontanément dans les lieux secs, chauds et pierreux de la région méditerranéenne ; ses feuilles et son écorce servent au tannage et à la teinture. Le R. Vernix a été introduit du Japon et de la Chine; on le confond à tort avec l'Allante glanduleux sous le nom de Veimis du Japon. Les /?. radicans L. et Toxicodendron L., espèces très-dangereuses de l'Amérique du Nord, croissent parfaitement chez nous. V Arbre à perruques {Rhus CotiyiusL.), qui pousse dans le midi, depuis l'ouest de l'Espagne jusqu'à la base du Caucase, a été recommandé comme fébrifuge, et c'est surtout chez nous un arbre ornemental et industriel. Les Pistachiers sont souvent plantés dans nos départements du midi, principalement le P. franc {Pistacia vera L.) qui n'est guère employé que pour ses graines, le Lentisque {P. Lentiscus L.) et le Térébinthe [P. Terebinthua L.), c'est-à-dire les arbres au Mastic et à la Térébenthine de Chio, qui supportent le climat méditerranéen, mais qui chez nous ne peuvent s'exploiter pour leurs produits résineux et balsamiques. Le Corijnocarpus lœvigatus Forst.. arbuste de la Nouvelle-Zélande, vit aussi en plein air dans nos départements méridionaux.

Sapindacées. De cette famille, six séries, celle des Staphyléées, celle des Sapindées, celle des Pancoviées, celle des JEsculées, celle des Acérinées et celle des Mélianthées, sont représentées chez nous, mais par des végétaux introduits, sauf peut-être un Staphylea.

158 FRANGE (flore).

Le ISez-coitpé [Stnphylea pinnata L.) se trouve en effet dans les forêts des bords du Rhin. Plusieurs autres espèces sont cultivées dans nos parcs et jardins, notamment le S. colchica. Leurs graines renferment généralement une huile douce.

Le Xanthoceras sorbifolia Bge, arbuste ornemental de l'Asie du nord-est, est le seul représentant du groupe des Sapindécs qui supporte chez nous la pleineterre. Dans la série des Pancoviées, le Kœlreuteria paniculata, arbre des mêmes régions, est à peu près le seul qui soit dans le même cas. Un arbre du Texas, ['Ungnadia speciosa ëndl., pourrait croître dans le midi et l'ouest, et sa culture y a été quelquefois essayée. On cultive comme plante annuelle le Cardiospermum Halicacahiimh., vulgairement nommé Pois-de-cœur.

Les jEsculées sont représentées en assez grand nombre par les JEsculus, en y comprenant les Pavia. Parmi ceux-ci, l'on remarque les JE. ruhicunda Lodd., discolor Pursh, glahra \V., californica Nutt. Le Marronnier d'Inde [JE. Hippocastanum L.), arbre remarquable pour son bois, son feuillage, la fécule et l'huile de ses embryons, est aujourd'hui répandu par toute la France.

La série des Acérinées ne comprend que des Érables {Acer), parmi lesquels nous comptons les JSegundo asiatiques, aujourd'hui souvent cultivés dans nos parcs. L'Érable champêtre {Acer campestre L,), utile surtout par son bois, est commun dans toute la France. Partout on voit dans les bois montagneux les E. Plane {A. platanoides L.) et le Sycomore (il. pseudoplaianus L.), utilisés également pour leur bois. L'É. de Montpellier {A. monspessulanum L.) se trouve dans les lieux escarpés du sud-est jusqu'aux emùrons de Lyon. L'A. opulifolium ViLL. croît dans les forêts montueuses des Alpes, du Jura, des Cévennes et des Pyrénées. Le nombre d'Érables introduits de l'Asie et surtout de l'Amérique du Nord est considérable dans nos jardins, nos promenades et nos parcs. Les A. rubrum, eriocarpon, Opulus ont une écorce astringente, un bois utile. L'Érable à sucre de l'Amérique du Nord, rare chez nous, quoiqu'on en dise, n'y fournit pas d'ailleurs de matière sucrée en quantité appréciable, non plus que VA. pensylvardcum L.

La série des Mélianthées renferme entre autres le Melianthus major, plante du Cap, dont le nom vient du nectar sucré, sécrété par ses fleurs, et qu'on récolte comme miel dans son pays natal; il supporte le climat du midi, mais il n'y est presque plus cultivé.

Méliacées. Le Lilas-des-Indes {Meîia Azederach L.), souvent considéré comme le type de cette famille, a été naturalisé dans le midi de la France oiî il fleurit et fructifie bien. A Paris, il est souvent tué par les hivers rigoureux. On l'a employé en médecine à beaucoup d'usages divers. Le Cedrela sinensis, seul représentant de la série des Cédrélées qui supporte chez nous la pleine terre, est un arbre du plusgrand avenir. Tout à fait rustique sous le climat de Paris, ayant le port et le feuillage de l'Ailante glanduleux, sans l'odeur repoussante de ses fleurs, possédant, au contraire, de jolies fleurs disposées en groupes élégants, susceptible de fournir un bon bois et d'être utile comme médicament astringent, cet arbre, dont la multiplication est des plus faciles, puisque les plus petits tronçons de ses racines suffisent à le reproduire, et dont l'accroissement est des plus rapides, se trouvera partout, il faut l'espérer, avant quelques années, dans nos parcs et nos bois, et j'espère que bientôt sans doute nous en verrons larc^ement plantés nos routes et nos boulevards.

Célastracées. Deux des séries comprises par nous dans cette famille existent en France à l'état spontané : celle des Evonymées et celle des Buxées.

FRANCE (flore). 159

La première est formée de deux Fusains indigènes, les Evonymus eiiropœus L., espèce commune dans tous nos bois, et latifolius Scop., arbuste des Alpes, de la Provence, de l'Ain, etc. Tous deux servent à la fabrication d'un charbon léger, employé à certains usages particuliers. On cultive dans nos jardins de nombreux Evonymus asiatiques et américains.

La deuxième série, celle des Buxées, est surtout connue par le Buis commun (Buxus sempervirens L.), commun dans les terrains calcaires et dont la présence en France a été rattachée, mal à propos probablement, à l'existence d'anciennes colonies ou voies romaines. Cette plante est surtout connue par les propriétés de son bois, l'amertume de ses feuilles et sa réputation de médicament fébrifuge, aujourd'hui fort perdue de vue. Le buis de Mahon (B. halearica L.) est souvent planté dans nos parcs.

Le Celastrus scandens L., ou Bourreau des arbres, est une liane américaine qui s'est naturalisée chez nous et qui n'est pas employée ici comme médicament, quoiqu'elle le soit quelquefois dans son pays natal. On cultive aussi dans nos jardins quelques Celastrus d'origine asiatique. Le Catha edulis pourrait vivre dans les parties méridionales de la France ; mais aurait-il dans ces conditions les vertus singulières qu'on lui attribue en Abyssinie?

Rhamnacées. La France possède trois genres de la série des Rhamnées ; des Rliamnus au nombre de huit, un Jujubier et un Paliure.

Le Jujubier est le Zizyphus vulgaris Lamk [Z. sativa Desf.), différent du Z. Jujuba, et qui produit les Jujubes véritables employés en médecine. C'est un arbre introduit dans la région méditerranéenne. On voit assez souvent chez nous aussi le Z. chinensis. Le Paliurus australis Rœm. (P. acideatus Lamk) croît dans le Midi, dans les lieux arides. II a été employé à divers usa"^es. Les Rhamnus sont presque tous utiles : d'abord la Bourgène (fi. Frangula L.), recherchée pour son bois propre à la préparation d'un charbon particulier ; c'est un arbuste qui vient par tout le pays dans les bois; le R. Alaternus L., croissant sur tous les coteaux arides du Midi, est aussi une espèce utile, moins cependant que le R. infectoria L. {R. tinctoriaUvT.), arbuste méridional qui fournit la Graine d'Avignon, et que le R. cathartica L., commun dans les bois de presque toute la France et qui est l'arbre aux drupes purgatives improprement nommées Baies de Nerprun. II y a un assez grand nombre de Rhamnus asiatiques et américains introduits et cultivés chez nous. On a aussi naturalisé dans le Midi quelques espèces américaines du genre Ceanothus, espèces jusqu'ici uniquement considérées comme plantes d'ornement. UHovenia dulcis Thunb. cette curieuse Rhamnée japonaise et chinoise dont le parfum s'emploie en Orient et dont les pédicelles fructifères deviennent charnus et comestibles, peut croître et fleurir librement en plein air dans les portions occidentale et méridionale du pays.

Thymélacées. La France possède une quinzaine d'espèces de cette famille. Sept d'entre elles se rapportent au genre Passer ina et les autres au o-enre Daphne. Les Passerina Tarton-raira DC, hirsuta L., Thymelœa L. ont été employés comme médicaments ; ce sont des espèces méridionales. Cinq des sept Daphie qui croissent chez nous sont encore recherchés comme plantes irritantes> rubéfiantes, épispastiques. La plus active paraît être le Garou (Z). Gnidium L.); c'est une espèce vulgaire dans notre région méditerranéenne trèscommune aussi en Gironde, surtout vers la Pointe de Graves. Les D. alpina L. et Cneorum L., vantés outre mesure par les anciens, sont, l'un une plante des

160 FRANCE (flore),

Alpes et des Pyrénées, de l'Hérault et du Gard ; l'autre, des mêmes régions, se rencontre en outre en Lorraine. Bien plus recherchés de nos jours comme plantes irritantes, les D. Laureola L. et Mezereum L. sont les espèces les plus communes du genre dans la France entière, même vers l'extrême nord, et principalement dans les bois montagneux, où l'on en fait quelquefois de grandes récoltes, principalement dans le but de substituer leurs écorces à celles du véritable Garou, qui est le D. Gnidium.

Ulmacées. Nous avons compris dans ce groupe naturel, non-seulement les Ormes et les Micocouliers (ces derniers représentant la famille des Celtidéee de certains auteurs), mais encore les Artocarpées et les 31orées, plus les Cannabinées.

Les Oimes indigènes sont peu nombreux; on ne cite que l'Orme commun {Ulmus campestris L.) et les U. montana Sm. et effusa W. Ce dernier se rencontre surtout dans les forêts alsaciennes. Les deux autres sont fréquemment plantés sur les roules, mais on les trouve aussi dans les bois. Ce sont surtout des arbres utiles pour leur bois; on emploie moins souvent que jadis leur écorcc en médecine. Plusieurs Ormes américains qui jouissent dans leur pays d'une grande réputation comme médicaments, ont été introduits et se cultivent chez nous, notamment VUlmus fidva Michx. On a aussi beaucoup parlé autrefois du Thé de l'abbé Galois, préparé à cette époque avec les feuilles de VU. chinensis, et qui est aujourd'hui beaucoup moins recherché. L'Orme subéreux {V. suberosa) a une écorce qui présente à peu près toutes les qualités du liège. Pour la plupart des auteurs, ce n'est qu'une variété de VU. campestris.

Il n'y a chez nous qu'un Micocoulier indigène ; c'est le Celtis austraîis L., commun dans nos provinces méridionales et assez souvent planté dans le reste de notre pays. U n'est plus employé en médecine, pas plus que quelques espèces exotiques introduites chez nous depuis longtemps.

La série des Morées est principalement représentée par les Mûriers noir et blanc, et par le M. à papier, devenu le type du genre Broussonetia. Les Morus alba L. et nigra L. sont originaires d'Orient et cultivés, le premier surtout dans le Midi, pour l'alimentation des vers à soie, le second pour ses fruits composés qui sont un aliment et un médicament astringent encore assez ordinairement employé. Le M. à papier {Broussonetia papyrif'era) n'est pas utilise chez nous pour sa matière textile ; ce n'est guère qu'un arbre d'ornement, dont le bois présente un accroissement très-rapide. Quelques Maclum asiatiques et américains sont maintenant cultivés dans nos parcs.

Les Figuiers appartiennent aussi à un groupe particulier, extrêmement ricb' en espèces dans les pays tropicaux et subtropicaux. Chez nous, il n'est représenl' que par le Ficus Carica L., dont le fruit composé a une certaine importanc comme aliment et comme médicament et qui, d'origine étrangère, est cultivé et subspontané dans les régions du Midi et de l'Ouest, plus rarement dans le Nonl et dans le Centre, où la plupart de ses variétés délicates ont besoin d'abris pour ne pas être détruites par le froid des hivers et pour donner une récolte satisfaisante.

Les Cannabinées, qui constituent pour nous et pour quelques autres auteurs une section de cette famille, sont représentées en France par deux plantes vulgaires, le Chanvre et le Houblon. Le premier, qu'on croit originaire d'Orient, est le Cannabis sativa L., cultivé ici comme plante annuelle et qui est devenu ^subspontané au voisinage des habitations. On connaît parfaitement

FKAiNCE (flore). 'til

l'odeur qu'il exhale et l'ivresse plus ou moins prononcée qu'il peut déterminer chez l'homme ou certains animaux séjournant dans les chènevières; fait qui rappelle les propriétés enivrantes du Haschisch ou Chanvre indien, lequel n'est vraisemblablement qu'une forme du Cannabis sativa. L'autre Cannabinée de notre pays, le Houblon {Humulus Lupulus L.), est une plante indigène, commune dans les haies, les buissons et les bois, mais qui est, en outre, cultivée en grand pour la production des cônes ou inflorescences femelles, riches, comme l'on sait, en une substance résineuse appelée Lupulin, qui lui donne une saveur amère et aromatique et des propriétés toutes particulières, fort recherchées, commme l'on sait, en médecine. On sait aussi que les jeunes pousses de Houblon constituent un aliment assez analogue aux asperges, et surtout usité dans le Nord de la France, où le Houblon croît aussi bien, mieux même que dans les régions méridionales.

Castanéacées. Cette famille, plus connue sous le nom d'Amentacées, se compose pour nous d'un certain nombre de séries, dont quatre sont représentées en France : les Bétulées, les Corylées, les Quercinées et les Myricées, représentées chacune chez nous par un petit nombre d'espèces.

La série des Bétulées comprend les deux genres Bouleau (Betula) et Aune {Alnus). On distingue quatre Bouleaux en France; mais le plus commun de tous et le plus utile est le Betula alba L., qui habite en abondance le Nord et l'Ouest, dans les forêts humides, à sol sableux, principalement siliceux, et dans les hautes régions de la plupart de nos montagnes. Outre les usages de ses feuilles et de son écorce, cette espèce est célèbre par les propriétés de sa sève à saveur douceâtre et sucrée. Les B. nana L. et intermedia Gaud., qui se trouvent dans cet taines tourbières du Sud-Est, sont peu utilisés. Le B. pubescens Ehrh., plus petit que Je B. alba et moins employé, habite avec lui tous les bois humides du Nord et de l'Ouest; il se rencontre aussi dans les prairies tourbeuses des montagnes, et presque sur les sommets les plus élevés des Alpes. Les Aunes, plus abonda"nts en général que les Bouleaux sur le bord des eaux, sont au nombre de six en France; mais les plus utiles et les plus connus sont les Alnus glutinosa G^rtn. et incana DÛ., qui croissent partout sur le bord des fossés, des rivières, dans les marais et aussi dans les bois humides. On les trouve jusque dans les dunes les plus arides du Nord et de l'Est, pourvu que le fond du sol soit humide. Les quatre autres espèces sont bornées à quelques localités restreintes : les A. cordala Lois., elliptica Req. et suaveolens, à la Corse; VA. viridis DC, aux Alpes, au mont Yiso, au Lautaret, aux environs de Grenoble et même à ceux de Strasbourg.

La série des Corylées, qui doit son nom au Noisetier {Corylus Avellana L.), ne renferme que l'espèce prototype de ce genre (car il est à peine utile de citer les quelques Noisetiers exotiques qu'on a introduits en France pour leurs fruits), et deux Charmes {Carpinus) qui sont, d'une part, le C. commun {Carpinus Betulus L.), et d'autre part, le C. OstryaL., type pour Micheli d'un genre Os, trya, aujourd'hui peu employés comme médicaments et seulement utilisés pour leur bois. Le C Betulus est commun partout dans les bois. Le C. Ostrya ne se voit que dans le Midi. L'huile extraite de la graine de ces plantes est peu abondante, vu le peu de volume de l'embryon, tandis que celui des Noisetiers en fournit une grande quantité, fort employée, comme l'on sait, et donnant à la graine alimentaire des qualités toutes particulières.

Les Chênes ont donné leur nom à la série des Quercinées, pour nous formée

DICT. ENC, 4° S, V. 11

162 FRANCE (flore).

(les Quercus, des Châtaigniers {Castanea) et des Hêtres (Fagiis). Il y a en France une dizaine de Quercus, quoiqu'on en ait admis un plus grand nombre. Parmi les espèces à feuilles caduques, les plus connues dans la pi-atique sont le Rouvre {Q. Rohiir L.), le Tauzin [Q. Tozza Bosc) et le Q. Cerris. Ce dernier habite l'Ouest et se retrouve vers Besançon et Lons-le-Saunier. Le Q. Tozza^ commun dans les Pyrénées, remonte dans l'Ouest jusqu'à l'Anjou. Le Q. Bobiir, abondant dans tous nos bois, ne dépasse pas dans nos montagnes 800 à 900 mètres d'altitude. Il est inutile de rappeler ses usages. Parmi les espèces à feuilles persistantes, connues par leurs usages, citons surtout les trois plantes méridionales suivantes : l'Yeuse {Q. llex L.), le Liège {Q. Suber L.), rare en somme dans notre pays, et le Q. coccifera L., qui, dans la région méditerranéenne, porte le Kermès animal, jadis si recherché comme médicament et comme produit tinctorial.

11 n'y a chez nous qu'un Châtaignier, le Castanea vulgaris Lamk (C. vesca G^RTN.), l'arbre qui donne les marrons et les véritables châtaignes et qui abonde dans nos bois, sauf dans dans le Nord, où il devient de plus en plus rare. C'est une des plantes dont on s'est le plus occupé au point de vue du sol qui lui est nécessaire et qui, dit-on, peut se rencontrer dans des terrains parfaitement calcaires. Cependant il ne réussit point dans ceux de nos jardins qui sont pauvres en silice, et quoique, d'api'ès tout ce qu'on rapporte, il puisse croître dans des terrains calcaires, il est probable qu'il ne prospère réellement que dans ceux qui renferment en même temps une proportion suftîsante de silice. Rien de bien positif ne semble donc infirmer cette proposition que le Châtaignier est un arbre des terrains siliceux. Nous ne l'appelons pas tout ce qu'il y a à dire de l'usage du bois -de cet arbre et de son en\bryon comestible, épais et si riche en matière farineuse. Les Hêtres sont-ils vraiment d'un autre groupe générique que les Châtaigniers, et ceux-ci diffèrent-ils absolument comme genre des Quercus? C'est ce qu'on admet généralement, sans preuve peut-être suffisante. Nous ne voyons communément chez nous qu'un Hêtre, le Fayard [Fagus sijlvatica L.), bel arbre forestier dont le fruit est la Faîne, et dont l'embryon est, comme l'on sait, si riche en une huile excellente.

La série des Myricées n'est également représentée dans notre flore que par une espèce, le Myrica Gale L., petit arbrisseau qui, chez nous, n'atteint guère qu'un mètre de hauteur et qui, rare aux environs de Paris, devient beaucoup plus abondant dans les marais tourbeux et les sables humides de l'Ouest. L'odeur caractéristique de ses feuilles est bien connue ; on sait qu'elles ont été employées à la préparation de certaines peausseries. La quantité de matière cireuse que pourraient produire ses fruits est tout à fait insignifiante pour la pratique ; mais les conditions dans lesquelles pousse cette plante, ont porté bien des personnes à croire qu'il serait possible d'introduire et de cultiver chez nous avec succès les espèces des marais de l'Amérique septentrionale, telles que le M. cerifera, qui servent à la préparation d'une sorte de cire employée exactement aux mêmes usages que celle des abeilles. On pourrait peut-être aussi cultiver dans le Midi ceux des Myrica de l'Afrique australe qui donnent en abondance un produit analogue.

Myrtacées. Il n'y a qu'une Myrtacée indigène, assez commune d'ailleurs dans toute la région méditerranéenne, c'est le Myrlus communis L., célèbre entre autres chez les anciens par ses propriétés aromatiques et par l'usao^e qu'on faisait de ses feuilles et de ses fruits. Beaucoup d'autres Myrtacées supportent

FRANCE (flore). 163

les mêmes condition climatëriques que les Citriis et ont pu être introduites •et comme naturalisées chez nous, notamment dans les provinces méridionales. On peut citer les CaUistemon, les Melaleuca et surtout les Eucalyptus, signalés depuis quelques années par M. Ramel comme pouvant jouer un si grand rôle en thérapeutique et en industrie. Le seul qui soit communément cultivé dans le Midi de la France est VE. gJobulus Labill. Après lui on peut citer les E. amygdalina, coriacea, citriodora, colossea, etc.

Les Granatées ou Punicées forment une petite série qui a des rapports étroits avec les Myrtacées et les Lythrariées. Nous l'avons linalement laissée avec les premières. Important à cause du rôle que jouent en médecine ses fruits, ses boutons, et surtout l'écorce vermicide de ses racines, le Punica Granatum L. s'est complètement naturalisé dans la région des Oliviers. Dans l'Est et même jusque sous le climat de Paris, il supporte la pleine terre pendant une série d'années et n'est détruit que par nos hivers les plus rigoureux. Ses fruits n'y mûrissent pas, il est vrai ; mais il est probable que l'écorce de sa racine ne perd rien de ses qualités thérapeutiques.

Hypéricacées. Toutes les plantes françaises de ce groupe sont des Millepertuis {Hypericum), et l'on en compte vingt, en y comprenant VH. Elodes L., type d'un genre Elodes. Ces plantes peuvent être considérées comme des Myrtacées à ovaire libre ; elles ont des Myrtacées le feuillage, l'androcée, le périanthe et cette propriété de renfermer de nombreux réservoirs d'huile essentielle qui rend ces plantes odorantes, stimulantes, etc. Les espèces communes partout, ■comme les H. perforatum L., tetrapterum Fries, quadmngidum L., pulchrmn\j.,montanum L., après avoir été partout employées par les chirurtriens €t les médecins, sont aujourd'hui tombées en désuétude. Il entera sans doute bientôt absolument de même des espèces buissonnantes et sous-ligneuses qui sont chez nous les plus grandes du genre et qui sont remarquables par leur odeur rappelant celle du bouc ou du cuir de Russie ; ce sont VH. Androsœ- ■nmm L. [Androsœmum officinale âll.) qui se trouve dans les terrains humides du Centre, du Sud et de TOuest, et 1'^". hircinum L. [Androscemum fœtidum €ast.) qui se distingue surtout du précédent par son fruit déhiscent et qui se trouve en Corse et aux environs de Bayonne.

Onagrariacées. Nous avons réuni sous ce titre commun les Œnothérées, les Circéées, les Trapées, les Haloragées et les Hippuridées, toutes représentées en France par un ou plusieurs genres.

La série des Œnothérées renferme deux Œnothem, dont l'un, très-commun sur les bords des rivières, dans les prairies, les lieux sablonneux, est Ï(E. biennis L., introduit, dit-on, d'Amérique. Elle comprend aussi un Ludivigia, Vlsnardia palustris L., dont le nom le plus ancien serait Dantia (La planche de Dantia que nous avons crue celle de Petit est de Linné), sans compter le L. grandiflora {Jussicea grandiflora Mieux), espèce américaine naturalisée dans quelques cours d'eau, le Lez, le Mosson, le Rhône; puis une quinzaine à'Epilobium, dont quelques-uns très-communs, autrefois employés comme médicaments, tels que les £. spicatumL., rosmarinifolium Ea^ck., hirsutim L.,montanum L. et alpimim L.

Les Circéées comprennent trois Circœa, principalement le C. lutetiana L. ou Herbe-aux-sorcières, puis les C. alpina L. et intermedia Ehrh.

Il n'y a de Trapée que la Châtaigne d'eau {Trapa natans L.), dont la graine est comestible et qui croît dans les étangs d'une grande partie du pays.

-164 FRANCE (flore).

Les Haloragées sont des Volants-d'eau au nombre de trois : les MyriophyUum spicatnni L., verticillatum L. et alternifoJium DC.

La seule Ilippuridée est la Peisse commune {Hippuris vulgaris L.) dont VH. maritima est une simple variété, et qui abonde partout dans les étangs, les marais, les mares et les fossés. 11 n'est presque plus employé en médecine.

Ujthrar lacées. Il y en a deux genres dans la flore française, les Lythrum et les Ammania {Peplis). Les, Lythrum sont au nombre de six, dont une espèce très-commune partout sur le bord des eaux, la Salicaire [Lythrum Salicaria L.), a seule été quelque peu employée. Elle n'est spéciale ni à la France, ni même à l'Europe. Quant aux Peplis, dont on compte quatre chez nous, dans les mares, les étangs, les lieux inondés pendant l'hiver, il n'y en a aussi qu'une espèce qui soit partout commune et qui ait été employée comme médicament. C'est le P. Portula L,, que nous avons montré être congénère aux Ammania, plantes jusqu'ici considérées comme uniquement exotiques et dont quelques-unes ont des propriétés, dit-on, très-marquées. Parmi les Lythrariacées utiles se trouve le Henné qui appartient au genre Lawsonia et qui pourrait être cultivé dans le Midi de la France. Il en pourrait être de même du Cuphea syphilitica K., dont le nom spécifique indique les propriétés particulières et qui viendrait aussi bien chez nous, à ce qu'on peut prévoir, que les autres Cuphea des mêmes pays que l'on cultive chaque été dans nos parterres comme plantes ornementales. On sait qu'il y a dans l'Italie du nord un Ammania exotique qui a été introduit, à ce qu'on suppose, dans les marais de ce pays avec le riz qu'on y cultive.

Cornacées. Cette petite famille comporte dans notre pays deux espèces du o-enre Cornouiller [Cornus); ce sont le C sanguin [Cornus sanguinea L.), arbuste rameux qui est très-commun partout, dans les bois, les haies, et dont le fruit n'est pas comestible, et le C. mas L., dont le fruit, beaucoup plus gros, a une chair acide comestible et susceptible de donner un liquide fermenté. Son bois est plus utile que celui de l'espèce précédente ; car c'est un petit arbre ou au moins un arbrisseau. Mais c'est une plante plus rare que la précédente; car elle ne croît guère spontanément que dans les terrains calcaires. On a naturalisé en France un certain nombre de Cornacées exotiques qui, dans leur pays natal, ont quelque utilité; ce sont principalement VAucuba japonica, si connu par ses feuilles persistantes, vertes ou panachées, et dont l'individu mâle est d'introduction récente ; et le Garrya elliptica, arbuste de l'Amérique du nord, dont la graine a une portion superficielle charnue, et dont, au contraire, on ne voit communément cultivé jusqu'ici que l'individu mâle, si remarquable par la longueur de ses chatons grêles et pendants.

OmbelUfères. Nous avons récemment partagé cette famille en six séries seulement, y compris le petit groupe des Araliées dont on fait généralement une famille à part.

Dans notre première série, celle des Daucées, le genre Carotte lui-même est richement représenté. Il l'est en première ligne par des Daucus proprement dits, tels que le D. Carota L., commun dans le pays tout entier et devenu par le fait de la sélection et de la culture une plante alimentaire à racine pivotanlû épaisse, charnue et douce. Dans le Midi seulement se trouvent les D. dentatus Bertol., muricatus L., siculus Tin., hispidus Desf., Gingidiumh., serratus Mon., maximus Desf., Bocconi Guss., mauritanicus L. et maritimus L., plantes de peu d'intérêt pratique. Le dernier ne croît en effet

FRANCE (flore). 105

que dans les sables maritimes. Le D. gummifer L\mk, qui a été autrefois une plante médicinale, se rencontre sur les rochers des côtes de la Méditerranée et de l'Océan, depuis Biarritz, Toulon et la Corse, jusqu'à Dieppe, Grandville et Cherbourg. Les Orlaya ne sont qu'une section du genre Daiicus. Il y en a trois en France : les D. grandiflorus Scop. {Orlaya grancliflora Hoffm. — Caucalis grandiflora L.), qui se rencontre par tout le pays, dans les champs argileux et calcaires. Les Caucalis sont aussi, pour des raisons que nous avons ailleurs développées, et à cause du peu d'importance (générique) que nous accordons à la forme des cotylédons et à l'apparence qu'ils produisent sur une coupe transversale du fruit, sont.dis-je, une simple section du genre Daucus.Les, espèces de celte section sont le D. leptophyllus [Caucalis leptophyUa L.), plante méridionale qui croît aussi dans les champs cultivés. Le D. latifolia {Caucalis latifolia L.), commun aussi dans les champs calcaires et dans les lieux cultivés, représente seul dans ce genre la section Turgetiia {T. latifolia Hoffji.). Les espèces de lasection TortY/s sont d'abord une plante méridionale, leD. heterophylla{Torilis heierophylla Guss.), espèce des terrains arides ; puis trois espèces partout communes, le D. Anthriscus {Torilis Afithriscus Gmel.), le D. helveticus {Torilis helvetica Gmel.) et le D. nodosus {Torilis nodosa G^rtn.), plantes qui ne sont même plus aujourd'hui usitées dans la médecine des campagnes. Les Cumins sont assez voisins des Daucus, surtout quand les côtes primaires et secondaires de leurs fruits prennent toutes à la fois un assez grand développement. Le Cuminuni CyminumL. est une plante économique et médicinale, d'origine orientale, à ce qu'on pense, mais cultivée chez nous comme en tant d'autres pays ; il a surtout la réputation de favoriser la sécrétion du lait. Ce qui est plus certain, c'est la richesse de son parfum et de cette huile essentielle qui le fait rechercher dans la préparation d'un certain nombre de mets et de certaines liqueurs alcooliques. Ce doit être un puissant stimulant. Plusieurs Laserpitium ont été employés eu médecine et le sont encore dans les campagnes. Il y en a six en France, qui sont presque toutes des plantes de montagnes : le L. Siler L., qui habite lesÂlpeset les Pyrénées; le L. Panax Gouan, des prairies montagneuses des Alpes du Dauphiné, leL.gallicum G. Bauh., si commun sur certains coteaux arides du Midi et qui remonte jusqu'à la Côte d'Or; le L. JSestleri Willem., espèce des Pyrénées et de la Lozère; le L. latifolium L. , qui, dans toute la France^ habite les bois montagneux. Il y a en France un Thapsia et un Elœoselinum, plantes qui appartieiment pour nous à deux sections d'un même genre, l'enroulement des bords de la graine ne nous ayant pas paru un caractère suffisant pour séparer génériquement le dernier du premier. Le Thapsia villosa L. se trouve dans les lieux stériles de la région méditerranéenne. 11 est à présumer que l'on introduirait avec succès dans les mêmes localités le T. garganica L., cette plante si remarquable de l'Alrique septentrionale, dont la racine est propre à faire des préparations rubéfiantes et vésicantes, et que quelques industriels peu scrupuleux ont vendu, dans certains pays, sous le nom de Sylphium cyreiiaicum. Quant au T. tenuifolia Lac, qui est VElœoselinum Lagascœ Boiss., il n'a encore été signalé que dans une seule localité de la Corse.

Le curieux genre Echinophora, qui a donné son nom à une petite série de cette famille, est chez nous représenté par une seule espèce, VE. spinosa L., plante des sables maritimes des côtes de la Méditerranée et de l'Océan.

Dans Ja série des Peucédanées, nous trouvons d'abord les Peucédans, un nombre de dix, dont deux ou trois ont été employés en médecine, comme les

166 FRANCE (flore).

P. alsaticvm L., Cervaria Lxss., Oreoselinum 3Iœkch, officinale L. etrimpératoire (P. Ostruthium Koch — Impemtoria Ostruthhim L. — Selinnm Imperatoria All.), plantes des prairies des montagnes, récoltées pour l'usage médical dans les Alpes et les Pyrénées. Au genre Peucédan se rapportent le Panais (P. Pastinaca. — Pastinacasativah.) et les Férules, si communes en Orient et dans la région méditerranéenne, mais qui en France ne sont qu'au nombre de trois : le P. Ferulago {Ferula Ferulago L.), le P. gIaucum{Ferula glaucah.— F. tingitana Scop.) et le P. Ferula {Fenda nodiflora L. — P. commîmes Desf.), plantes des collines arides de la région méditerranéenne. L'Aneth officinal {Anethum graveolens L. — Pastinaca Anethum R. et Sch.), dont l'odeur énergique indique des propriétés puissantes, est aussi un Peucédan. C'est une plante d'origine orientale, qui se retrouve à l'état subspontané dans les moissons d'un grand nombre de localités. Les Berces [Heracleum) , peu distinctes du genre précédent, sont peu nombreuses en France ; la plus employée était VH. Sphondylium L., qui est aussi la plus commune dans les bois et les prés humides de tout le pays. Les E. pyrenaicum Lamk et Panaces L. sont beaucoup moins usités. Les Malahaila sont, d'après la plupart des auteurs, des plantes génériquement distinctes des Opopanax; mais nous n'avons pu les en séparer. Il en résulte que nous avons fait un Malahaila (le nom générique ayant l'antériorité) de VOpopanax Chironium Kom [Pastinaca Opopanax L.), espèce qui a passé pour donner la drogue désignée sous le nom d'Opopànax; elle habite le littoral de la Méditerranée, oià elle a peut-être été introduite, et elle est, comme l'on sait, cultivée dans un grand nombre de jardins. Les Tordylium constituent un genre voisin des Peucédans; il y en a deux en France : le T. apidum L., trouvé à Naibonne, et le T. maximum L. qui, dans presque tout le pays, croît dans les moissons et sur les collines incultes. Le T. officinale L., espèce distincte des précédentes, est cultivé seulement dans quelques jardins. Les Angéliques françaises sont pour nous au nombre de quatre : ti-ois Angelica proprement dits : VA. sylvestris L., plante médicinale qui abonde dans tous nos bois et nos prairies humides, et les A. pyrenœa Spreng. et Razulii Gouan, qui habitent les pâturages alpins ; plus la Livèche officinale [Levisticum officinale Koch), qui est pour nous une Angelica et qui se trouve dans les Alpes de la Provence, du Dauphiné et dans les Pyrénées. C'est une plante officinale, assez souvent cultivée, et dont les racines constituent ce qu'on appelle assez souvent l'Ache de montagnes. Une cinquième espèce de ce genre est pour nous l'Angélique des confiseurs, plus employée comme médicament que les précédentes, et qui est devenue le type du genre Archangelica. Mais ce dernier n'est pour nous qu'une section du genre Angelica. La plante n'est pas française ; elle appartient surtout au Nord de l'Europe ; m.ais elle a été et est encore fort cultivée pour ses produits, en France comme dans plusieurs pays de l'Europe méridionale. Le genre Meum comprend pour nous un grand nombre d'espèces : car nous lui rattachons comme simples sections les Ligusticum, les Silaus, les Sile)% les Pleurospermum, les Selinum et les Trochiscanthes. Le Meum athamanthicnm Jacq. [Athamanta Meum L. — Ligusticum Meum All.), qui a été une plante officinale, se récolte dans les pâturages de nos montagnes des Vosges, du Jura, du Dauphiné, des Cévennes, de l'Auvergne et des Pyrénées. Le M. Mutellinà, G^RTN. [Ligusticum Mutellinà All.) est aussi une plante alpine, du Dauphiné, du Cantal, de la Corse. Nous comptons trois Meum de la section Ligusticum [L. ferulaceum All., L. pyrenœum Gouan, L. corsicum Gay), peu usités, et

FRANCE (flore). 107

deux de la seclion Silaus, le S. virescens Boiss., des coteaux calcaires de la Bourgogne, et le S. pratensis Bess. {Ligtisticuni Silaus Dub.), encore employé comme médicament dans les campagnes et commun dans les prairies humides. Le M. trilohum {Siler tribbum Scop.) est une plante du calcaire jurassique, trouvée en Lorraine et dans les Basses-Alpes, assez souvent cultivée. Le M. austriacum {Pleurospermum austriacum Hoffm. — Ligusticum austriacum L.) croît dans les Alpes du Daupliinéet delà Provence. Le M. carvifolium [Selinum carvifoUi L.) se trouve presque par toute la France dans les prés humides; on ne l'emploie plus aujourd'hui. Pour nous, le Trochiscanthes nodifîorus RocH [Ligusticum nodiflorum Yill.) constitue une section du genre Meum à inflorescence anormale ; il croît dans les Alpes du Dauphiné et se cultive aussi parfois dans les jardins. Les Œnanthes, célèbres par leurs propriétés vénéneuses, sont des plantes des prairies et surtout des lieux humides, qu'on trouve dans presque toute la France; on y en distingue huit espèces, la plupart communes et employées en médecine. La Phellandrie [Œnanthe Phellandrium Lamk. — Pliellandrium aquàticum L.) est vulgaire dans les ruisseaux et les marais ; c'est une plante très-vénéneuse ; on l'a dernièrement préconisée contre les hémorrhagies pulmonaires, etc. Les Œ. crocata L., fistulosah., Lachenalii Gmel. et peiicedanifolia Poll., communs aussi dans les marais, ont causé beaucoup d'accidents, notamment ceux dont la portion souterraine est renflée et peut paraître alimentaire. Les Œ. silaifolia Bieb, et globulosa L. sont des espèces relativement rares. La Petite Ciguë [JEt.husa Cijnapiuni L.) est une mauvaise herbe, commune dans les moissons, les jardins, les bois ; on a dit que c'était la plus vénéneuse des Ombellifères ; elle n'est guère plus prescrite comme médicament. Le Crithnum maritimumL. se trouve en abondance sur presque tous les rochers maritimes de l'Océan et de la Méditerranée; c'est surtout un condiment. Le grand genre Cachrys, si répandu en Orient, n'est représenté chez nous que par une plante méridionale, le C lœvigata Lamk, trouvé à Nîmes, à Montpellier, à Toulon et dans quelques autres localités méditerranéennes. Presque tous les Fenouils sont cultivés dans les jardins, notamment le Fœniculum dulce dont on fait si grand usage comme aliment. La plupart des fruits de Fenouil employés en médecine sont fournis par des formes ou des variétés du F. vidgare G.î:rtn., qui est souvent aussi cultivé et employé comme condiment, et qui se trouve, à l'état spontané ou subsponlané, dans toute la France, mais surtout dans la région méditerranéenne, principalement sur les coteaux arides, dans les haies et dans les vignes. Lès Seseli sont au nombre de huit. Le S. montanum L., espèce des coteaux calcaires, et le S. Libanotis Koch, plante des bois montagneux, ont été employés en médecine. On a fait un SeseJi du Bubon macedonicum L. qui a été réputé comme médicament et qui se cultive quelquefois. Nous avons aussi rapporté comme section à ce genre le Xatardia scabrâ Meissn. {Petitia scabra Gay), qui est une plante rare des rocaillcs du sommet de la vallée d'Eynes dans les Pyrénées. Tout à côté des Seseli, les Atltamantha sont représentés en France par une seule espèce indigène, VA. cretensis L., plante qui a fait partie de plusieurs mélanges dits vulnéraires. C'est une lierbe des rochers, trouvée dans les Alpes, dans les Cévennes, en Dauphiné, dans l'Ain, le Jura, le Doubs et jusqu'en Bourgogne. Les Carum ont donné leur nom à une série dont ils forment eux-mêmes une grande partie, si l'on admet, comme nous l'avons fait, qu'ils renferment à la fois, et à titre de sections seulement, les Petwselinum, Falcaria, Pimpinelln^

168 FRANCE (flore).

JEgopodium et Bunium. Le C. Carvi L. est une plante qu'on a dite introduite en Fiant e ; elle est extrêmement aromatique et sert surtout comme condiment. C'est elle qu'on met souvent dans le pain, les gâteaux et diverses autres préparations en Allemagne et qu'on confond quelquefois à tort avec le Cumin. Elle donne l'Anis des Vosges et sert dans ce pays à aromatiser les fromages ; elle se trouve communément dans tout lest, plus rarement dans le Centre et dans les Pyrénées. Les deux Carum de la section Bulbocastanum qu'on trouve chez nous sont le C. Bulbocastanum Koch ou Noix de terre, espèce à portion souterraine globuleuse, réservoir de suc et aliment peu recherché d'ailleurs. Le C. aJpinun {Bunium aîpinum Kit.) est une plante de Corse. Le Persil {Petroselhutm sativum HoFFM.) doit être rapporté à ce genre; c'est une plante cultivée, subspontanée parfois, mais non réellement indigène ; on connaît son odeur et ses nombieux usages. Le P. segetum Koch est une espèce des champs humides et argileux, surtout dans le Centre, l'Ouest et le Midi. Le Carum Falcaria {Falcaria Rivini Host) se trouve dans les champs calcaires de presque toute la France. Il y a quatre Carum de la section Pimpinella, car cette dernière n'a été distinguée des autres Carum à titre de genre que par la multiplicité des bandelettes; caractère qui ne saurait ici, pas plus qu'ailleurs, avoir une valeur générique. Les C. magnum [Pimpinella magna L.), Tragium {Pimpinella Tragium L.) et Saxifraga {Pimpinella Saxifraga L.) ont été employés comme médicaments; ce sont des plantes assez communes dans les prairies, sur les coteaux, les rochers. La Podagraire, dont le nom rappelle les propriétés, est une herbe commune dans les prairies, les haies, les bois humides de toutes nos provinces; c'est pour nous le C. Podagraria {jEgopodium Podagraria L.). L'Ammi majus L., plante médicinale, est commun dans les champs stériles des provinces occidentales et méridionales; dans le Nord et l'Est, il ne se trouve, diton, que dans les champs de luzerne. 11 n'y a chez nous qu'un véritable Cicuta, le C. virosa L. C'est uniquement une plante des marais tourbeux; elle se trouve dans ceux du Nord, de l'Est, de la Bourgogne, de l'Auvergne, de la Lozère. Le C. maculata, espèce américaine voisine, ne se voit que dans nos jardins. Le Sison Amomum L., espèce très aromatique, aujourd'hui délaissée, se trouve dans les lieux humides, les haies, les buissons, dans le Centre, l'Ouest, le Midi. Le Sium latifolium L. est une herbe des marais. Le «S. Sisarum, aujourd'hui si rarement cultivé, jouissait autrefois d'une grande réputation comme condiment et médicament. Le genre Apium comprend, à notre sens, non-seulement les Aches proprement dites, mais aussi les Trinia. La vraie Ache de marais est VA. graveolens L., commun dans les marais, les fossés au voisinage de nos côtes de l'Océan et de la Méditerranée. C'est cette plante qui, modifiée }iar la culture, devient le Céleri de nos jardins ; opinion qui a été combattue, mais non renversée. A l'état sauvage, la plante donne la racine d'Ache des pharmaciens. Le Trinia vulgaris DC, aujourd'hui peu employé, est une herbe des coteaux «•alcaiies, surtout dans l'Est et le Midi ; on le trouve cependant en Normandie. Le grand genre Buplèvre ne compte pas en France moins de dix-neuf espèces. Le B. falcatum L., commun partout sur les coteaux dans le sud et le B. fniticosumL., plante delà région des oliviers, ont seuls eu quelque usage en médecine. LeB. gyamineum\iLt.,\à\i Dauphiné et des Pyrénées; le B.petrceum L., des Alpes du Dauphiné et de Provence; le B. angiûosumh., des Pyrénées, n'ont été préconisés comme remèdes que par les pâtres des montagnes.

Nous distingirons deux sections françaises dans le genre Coriandrum. La

FRANCE (flore). 109

Coriandre vulgaire (C salivimi L.), espèce très-aromatique, mais d'une odeur désagréable de punaise, qui sert cependant de condiment et qui a été aussi un médicament recherché, appartient aux Eucoriandrum dont le fruit est presque sphérique. C'est une espèce cultivée, originaire de l'Orient, à ce qu'on pense, subspontanée quelquefois dans le Midi. Dans l'autre section qui de là tire son nom de Bifora, le fruit est didyme, comme dans le C testiculatnm L. {Bifora testiculata DC.)et leC. radians {Bifora radiansDC). Ce sont l'une et l'autre des plantes des moissons, ce qui a fait douter de leur origine européenne. Le Physospermma aquileyifolium Koch et le Molopospermum cicutarium L. sont des espèces alpines. Les trois Smyrnium connus chez nous sont du Midi et peu employés, sauf le Maceron commun {Smijrnium Olusatrum L.), qui est un légume et un prétendu anliscorbutique et qui remonte à l'Ouest dans les régions maritimes en suivant la vallée de la Loire. La véritable Grande Ciguë, la plus employée extérieurement des Ombellifères indigènes, est le Conium maculatum L. Dans presque tout le pays on la trouve sur le bord des routes, dans les jardins, les champs en friche, les décombres. Les Chœrophylliim, auxquels nous joignons les Anlhriscus comme section, sont au nombre de neuf espèces, dont trois de la section Anthriscus. Le Cerfeuil de nos potagers, plante alimentaire et médicinale, appartient pour nous à ce genre; c'est une plante cultivée ou subspontanée. Le Cerfeuil bulbeux (C. bidbosum L.), plante alimentaire, pousse dans les haies et les buissons des lieux sablonneux de l'Est. Les C. temulum L., sylvestre L., nodosum L., aiireum L. ont été usités dans la médecine des campagnes. Le Cerfeuil musqué {Myrrhis odorata L.) est très-voisin de ce genre ; il croît dans les pâturages des montagnes de l'Est et des Pyrénées, s'avance jusque dans la Creuse et se cultive fréquemment; c'est une espèce très-aromatique. Les Scandix français sont au nombre de trois : les S. austraUs L., hispanica Boiss. et Pecten-Veneris L. Ce dernier a seul été considéré comme alimentaire et aussi comme vulnéraire et diurétique ; il abonde dans toutes les moissons et dans les diverses provinces de la France.

La série des Cotylioles ne renferme qu'une espèce de ce genre, ÏHydrocotyle vulgaris L., petite herbe, autrefois médicinale, qui pousse dans les marais et les prairies tourbeuses de toute la France. Le genre Panicaut {Eryngiwn) est, chez nous bien plus lichement représenté, car il ne compte pas moins de sept espèces, dont deux sont communes : l'une dans les prairies arides, l'^. campestre L., ou Chardon-Rolland, et l'autre dans les sables maritimes de nos deux mers, !'£. maritimum L. ; leur racine est encore usitée en médecine. Il en est de même de celles de quelques Astrantia, plantes des pâturages des montagnes, soit dans les Alpes, soit dans les Pyrénées, dont on emploie deux espèces, VA. major L. et VA. minor L. Le Sanicula europœa L., seule espèce de ce genre que nous possédions, commune dans tous nos bois humides, a beaucoup perdu de son ancienne renommée comme médicament universel.

Les Âraliées qui pour la plupart des auteurs constituent une famille distincte et que, pour des raisons que nous avons ailleurs [Adansonia, Xli, 125), longuement discutées, nous ne pouvons considérer que comme une série des Ombellifères, caractérisée par son fruit plus ou moins charnu, sont représentées dans notre flore pjir le seul Liene commun {Hedera Hetix L.), espèce à organes de végétation polymorphes, qui s'étend jusqu'à l'extrême Orient. Trèscommun dans les bois et sur les rochers de toutes les parties du pays, elle a joué jadis un grand rôle en médecine, principalement par la résine qu'on en

170 FRANCE (flore).

extrayait. Aujourd'hui elle n'est plus guère employée que topiquement, à cause de la fraîcheur si longtemps facile à conserver de ses feuilles persistantes.

Rubiacées. Il n'existe spontanément en France que des plantes de cette famille appartenant au groupe des Stellatœ, c'est-à-dire pourvues de feuilles dispose'es en verticilles sur des tiges herbacées, comme sont les Garances {Rtibia) et les Galiets [Galimn). Au même groupe appartiennent les Aspemla, Crucianella, Shemrdia et VaiUantia. Nous verrons plus loin qu'à notre sens les Caprifoliacées des auteurs ne peuvent qu'être réunies aux Rubiacées à titre de série.

Dans la série des Rubiées, nous trouvons d'abord deux Rubia et les GaUum (qui leur sont probablement congénères), au nombre de soixante-quinze espèces, d'après les auteurs les plus récents. L'un des Rubia, qui paraît indigène, est le R.peregrinalj., qui a été jadis recommandé comme médicament et qui est une plante du Midi, remontant, il est vrai, le long du Rhône, jusqu'auMàconnais, ctà l'Ouest jusqu'au-dessus de Paris. L'autre est certainement une espèce introduite, d'origine orientale, cultivée d'abord autour d'Avignon, de Lyon, de Montpellier, en Alsace, et qui existe à l'état subspontané dans un grand nombre de localités du Midi. Quoique préconisée dans le traitement d'un certain nombre de maladies, et surtout d'affections nerveuses, c'est surtout de nos jours une plante industrielle, recherchée pour les matières colorantes que contiennent ses racines. Les Galium ont une graine qui rappelle plus ou moins par la consistance de son albumen corné celle des Cafés auxquels on les a parfois substitués. D'autre part, le sentiment populaire attribue à plusieurs d'entre eux la faculté de cailler le lait et, on ne sait pourquoi, celle aussi de guérir la rage. Les G. Aparine L., boréale L., verum L., sylvaticum L., palustre L., idigïm' rum L., espèces généralement très-communes, sont celles auxquelles on aie plus accordé ces propriétés. Le G. Cruciata Scop. a aussi été considéré comme une plante médicinale. De même le VaiUantia muralis L., petite espèce de la région des Oliviers, et le SheranUa arvemis L., petite herbe vulgaire dans toutes les moissons. Des huit Asperula français, quatre ont passé ou passent pour jouir de certaines propriétés : VA. arvensis L., humble herbe des champs cultivés; rjHerbe à l'esquinancie (i. cijnanchica L.), réputée astringente; W tinctoria L., plante à racines colorantes ; VA. odorata L., ou Petit -Muguet des bois, si commun dans l'est où il sert à préparer une boisson célèbre, et riche en une substance odorante qui le rend stimulant. Aucun des trois Criicianeîla signalés chez nous (C angustifolia L., kitifolia L., maritima L.) n'a de propriétés médicinales bien tranchées.

Les Caprifoliacées des auteurs comprennent en France trois petits groupes secondaires : celui des Chèvrefeuilles, celui des Viornes et Sureaux, et celui (à place très-douteuse) des Adoxa, genre anormal, quoiqu'on fasse, dans toutes les alliances dites naturelles.

Les Caprifoliées sont toutes des Lonicera, au nombre de neuf, notamment des Chèvrefeuilles vrais, tels que les L. Caprifolium L., Perichjmenum L, etrusca Saat., espèces grimpantes, à fleurs odorantes, souvent antispasmodiques, puis des Chamecerisiers, comme lesL. alpina h.,pyrenaica L., nigra L., A^^temn L., dont l'utilité en médecine est à peu près nulle. Bien des Chèvrefeuilles exotiques ont été introduits chez nous. Les Viburnées ou Sambuciuées comprennent trois Sureaux et trois Viornes : le Sureau noir [Sambucn^ nigra L.), et le S. à grappes (S. racemosa L.), si commun dans nos bois, et

FRANCE (flore). 171

l'Yèble (S. Ehûus L.), dont l'écorce, les feuilles, les fruits et les fleurs ont été ou sont employés en médecine; les Yihurnum Lantana L., Opulm L., arbustes des bois, des collines et des haies, et le F. Tiniis L., qui est peut-être indigène, et qui se rencontre seulement dans le midi, en Corse, en Provence, dans le Languedoc méridional, etc. Plusieurs Sureaux américains sont cultivés chez nous. VAdoxa MoschateUina L., qui doit son nom spécifique à son odeur, et qui passe pour une plante légèrement stimulante, abonde dans le centre de la France, dans le nord-est, en Dauphiné, en Normandie, etc. Quoique trèsrare dans toute la région méditerranéenne, elle a été trouvée à Toulon ; et manquant à peu près complètement dans le bassin sous-pyrénéen, elle reparaît dans les Pyrénées centrales.

Les Rubiacées des autres groupes que les Stellatce étant des plantes des pays chauds ne peuvent pour la plupart être introduites et naturalisées dans notre pays. Quelques espèces américaines du nord sont seules dans ce cas, principalement le Cephalanthus occidentalis L., qui se cultive chez nous en plein air, et peut-être le Pinckneya piihens Michx, dont la culture paraît difficile, mais qui passant pour avoir toutes les vertus des Quinquinas, serait peut-être pour notre pays une très-précieuse acquisition.

Composées. Les représentants de cette famille sont en nombre considérable dans notre flore, comme dans celle de la plupart des pays. Le nombre des espèces qui est ou a été employé en médecine est aussi très grand. Nous les grouperons suivant le mode le plus anciennement employé, en Carduacées, Ghicoracées et Corymbifères ou I^adiées.

Les Carduacées sont d'abord des Chardons proprement dits [Carduus); on en compte en France une vingtaine d'espèces, dont deux ou trois, employéfts comme médicaments, sont très-communes, comme les C. crispus L., nutans L. et tenuiflorus L. Les Cirsmm sont nombreux aussi et comprennent une vingtaine d'espèces, sauf les hybrides qui sont, dans ce genre, en très-grand nombre. Les C. oleraceum L., lanceolatum Scop., eriophorum Scop., palustre Scop., anglicum LoB., espèces aussi très-vulgaires, ont été jadis usités. Quatre Onoponlon ont été aussi préconisés comme remèdes, surtout XO. Acanthium L., plante très-commune dans les lieux incultes, sur les chemins. Le Chardon-Marie [Sihijhum Mariamim Gjeutis.) a encore une réputation populaire; c'est une mauvaise herbe de tous les lieux incultes. A côté de lui, citons le Tyrimmis leucogmphus Gass. (Cardiins leucograpluis L.), herbe des lieux arides du midi et le Galactites tomentosa Moench, qui vient à peu près dans les mêmes localités. Notre flore comprend deux Cardnncellus : lé C. milissimus DC, plante des lieux calcaires, depuis Paris jusque dans les Pyrénées et l'Aveyron et le Tarn, et le C. monspeJiensium All. Le grand genre Centaurea en compte plus de quarante, dont plusieurs sontamères, fébrifuges, toniques, généralement très-commnnes partout, comme la Jacée {Centaura Jacea L.) et les C. nigra, L., montana L., Cyanus L. (plante des moissons, peut-être introduite), Scabiosa L.. coUina L., aspera L., et Calcitrapa L. Le Microhnchus salmanticus hC, plante de toute la région des Oliviers, et le Kentrophyllum lanatum DC, espèce de lieux stériles par tout le pays, sauf au nord-ouest, ont été cités aussi comme médicinaux. Le Gliardon-bénit [Cnicus hened ictus L.) était bien plus célèbre encore ; c'est une herbe commune dans les champs du midi, cultivée dans bien des jardins. Cinq Serrrt^w/a ont été indiqués en France; les S. tinctoria L. et Criipina Will. ont été usités comme remèdes. De

172 FRANCE (flore).

même deux ou trois des sept Carlina du pays, comme les C yimimifera Less. acaulis L., vulgaris L. et lanata L., et VAtractylis humilis L., plante du midi. Les Dardanes sont encore fort recherchées pour leurs racines, savoir : les happa major G^rtn., minor DC. et tomentosa Lamk, herbes communes dans les lieux incultes, au bord des routes. 11 n'y a pas d'espèce utile parmi les genres Xeranthemum, Stœhelina, Chamœpeiice, Saussurea, Leuzea, Jurinea, Berardia Will., qui font partie de notre flore. Les Echinops, qui sont des Carduacées exceptionnelles , croissent en France au nombre de deux : VE. Ritro L., espèce des lieux arides du midi, et VE. sphœrocephalus L., qui croît en Dauphiné, près de Mende, de Libourne, de Poitiers et de Baugé en Anjou.

Les Cbicoracées ou Composées à fleurs toutes ligulées sont, comme l'on sait, douées de propriétés toutes particulières. Au lieu d'être, comme les plantes du gi'oupe précédent, plus ou moins amères, toniques, fébrifuges, elles renferment un suc propre qui leur donne leurs qualités, les rend quelquefois narcotiques ou acres. Les Chicorées sont souvent dans ce cas. Il n'y en a chez nous que deux espèces : le Cichorium divaricatum Schousb., plante méditerranéenne, sans grand usage connu, et surtout la Chicorée sauvage (C. Intyhus L.), qui abonde par tout le pays, sur les chemins, dans les lieux incultes. Ses variétés cultivées jouent, comme elle, un grand rôle dans la médecine et l'alimentation pubhque. L'Endive (C. Endivia L.) est une j)lante de l'Inde, qui et souvent cultivée comme potagère. Les Laitues [Lactuca) jouent dans la thérapeutique et l'écononiie domestique un rôle au moins aussi considérable. Une douzaine d'entre elles passent pour indigènes, notamment les L. saligna L., viminea Link, muralis Fres., peremiis L., le L. ScariolaL., qu'on trouve sur les bords des chemins, dans les localités pierreuses et incultes, le L. virosa L., souvent commun dans les décombres, les pierres, et qui passe pour une des plantes les plus vénéneuses de notre pays. Le L. sativa L., souche d'un grand nombre de formes et variétés potagères, est une plante introduite, subspontanée au voisinage des habitations. Les Prenanthes, séparés du genre Laitue, sont représentés dans la chaîne jurassique, dans les Vosges, dans les Alpes et les Pyrénées, par une seule espèce, le P. purpurea L. De même les Chondrilla n'ont chez nous qu'une espèce, le C. juncea L., commun dans les champs sablonneux de presque tous nos départements, sauf quelques-uns de ceux du nord-est. A côté de lui se placent les Wdlemetia dont la France possède deux espèces {W.aspargioides Cass., W. prenanthoides Gren. et GoDR.).Les Pissenlits {Taraxacum) sont au nombre de sept. L'un d'entre eux, le T. Dens-leonis Desf. {T. officinale WiGG.), est une des plantes les plus communes de tout le pays, célèbre ' comme aliment et même comme médicament. Il y a dans ce genre une espèce de marais {T. palustre DC), qui se trouve dans le pays entier. Les Laitrons {Sonchiia) sont au nombre de huit; trois d'entre eux sont de vulgaires mauvaises herbes: les S. oleraceus L., asper Vill. et arvensis L. Le S. pcdustris L. habite les lieux humides du centre, de l'ouest et du midi. Les S. maritimus L. et tenerrimus L. sont méditerranéens. Le Midgediitm alpinum Less. représente seul le genre dans les Alpes, le Jura, l'Auvergne, les Vosges et les Pyiénées, ei le Picridium vidgare Desf., de la région méditerranéenne est aus^i seul de son genre, de même que le Zacintlm verrncosa G.ERTi\., qui croît sur la terre ferme et en Corse. Le genre Pterotheca n'a également qu'un représentant dans le midi, je P. nemausensis Cass.; mais notre

FRANCE (flore). 175

flore ne compte pas moins de vingt-six Crépis, dont quelques-uns sont des plus vulgaires partout, comme les C. virens Yill., taraxacifolia Thuill., fœtidciL. (Barkhausia fœtida DC), bidbosa Cass., etc. Les C. paludosa L. et moniana MoNN. ont été placés dans un genre Soyeria. Les Epcrvières [Hieracium) sont encore plus nombreuses que les Crépis; certains monographes en comptent quatre-vingts, et d'antres plus du double sur notre seul territoire. Dans le centre et le midi se rencontrent deux Andryala, les A. sinnata L. et rayusina L. Notre lîorc compte dix Salsifis [Tragopogon), dont deux espèces indigènes vulgaires : les T. pratense L. et orientale L. Le T. porrifolium L. est une plante potagère introduite, à racine comestible et cultivée pour cette raison. Quelques Scorsonères [Scorzonerà) sont aussi potagères, surtout le S. hispanica L. et ses différentes formes, telles que les S. glastifolia W. et ediilis Mœnch, d'origine quelque peu incertaine et cultivées partout. Les S. humilis L., mistriaca W. se trouvent dans le centre, le midi. Le S. aristata Ram. est pyrénéen. Le S. hirsuta L. se trouve en Provence et en Languedoc ; le S. purpurea L., dans la Lozère. Deux Urospermum {U.picroides Desf., U. Dalechampii Desf.) habitent la région méditerranéenne. UHelminthia echioides G^RTN., dont les vertus sont aujourd'hui oubliées, est une herbe commune du nord au midi, dans les lieux incultes, sur les bords herbeux des fossés et des bois, dans les champs. Six P/cris, dont un, le P. hieracioides L.,a été employé, appartiennent à notre flore. Citons aussi deux Tolpis [T. barhata W., T.virgata Bertol.); un Hedypnois [H.polymorpha DC), de la région méditerranéenne; deux Hyoseris, du midi {H. scabra L., H. radiata L.); un Rhagadiolus [R. stellatus DC), du midi; un Arnoseris [A. pusilla Gj:rtn.), de l'est, du centre et du sud-ouest; un Aposeris (A. fœtida Less.), des Alpes et des Pyrénées; cinq Hypochœris {H. radicata L., glabra L., macidata L., uniftora Vill., ■pinnatifida Cyr.); le Seriola œtnensis L. et le Robertia taraxacoides DC, plantes méditerranéennes; trois Thrincia {T. hispida RoTH, T. hirta Roth, T. tuberosa DC). La Lampsaque ou Lampsanc [Lampsana communis L.) est encore employée dans les campagnes ; c'est une herbe vivace, commune dans les lieux cultivés, les bois. A' cette série se rapportent aussi le Catananche cœrulea L., plante du midi, cultivée au nord comme ornementale, et trois Scolymus, dont un est une plante potagère, le Cardon d'Espagne [S. hispanicns L.), commun dans la région des Oliviers. Les S. maculatus L. et grandiflorus Desf. sont de la région méditerranéenne.

La série des Radiées ou Corymbii'ères comprend en France un grand nombre de genres ; on en a distingué jusqu'à cinquante-six, dont plusieurs, il est vrai, ont été réduits par les auteurs au rang de sous-genres. Les Soucis sont des plus connus. Le S. des vignes {C. arvensis L.) est indigène et médicinal ; il croît abondamment dans les cultures, dans presque tous nos départements. Le C. officinalis L. est une plante étrangère, cultivée dans tous nos jardins. Le Carpesium cernuum L. se trouve en Alsace, à Lyon, à Grenoble et dans les Pyrénées. Un Log/ia, deux Micropus et un Evax, un Leontopodium et six Filago appartiennent encore à notre flore. Les F. arvensis L. et germanica L. ont été vantés comme remèdes. Il y a aussi cinq Gnaphalium, dont deux très-communs, les G. îiliginosum L. et sylvaticum L., ont été aussi employés. Les Antennaria en ont été séparés : VA. carpatica Jii. et Flng., des Alpes et des Pyrénées, et le Pied-de-Chat {A. dioica G^rtn.), usité comme pectoral et commun dans les sables siliceux de presque tout notre pays. II y a aussi huit Heli-

174 FRANCE (flore).

chrysum, dont deux, l'JT. arenarium DC. et 1'^. Stœchas DC, des coteaux secs du Midi, ont été préconisés contre plusieurs maladies. Il y a dans le Midi den\ Jasonia {J. gliitinosa DC, J. tuherosa DC), et dix-sept Aunées [înula], y compris les genres Corvisartia, PuUcaria, etc., qui n'en sauraient être séparés. L7. Helenium L., très-usité encore comme médicament, croît dans les prairies humides, surtout du centre et du midi. Les /. hritannica L., salicina L. et dysenterica L. ont été aussi employés et sont des espèces communes des localités humides. Cinq Buphthalmum ou Asteriscus, représentent le petit groupe des Buplithalmées ; et quatre espèces, le genre Bidens, dont deux qui sont communes dans les lieux humides, les J5. cernua L. et tripartitaL., ont été des médicaments populaires. II en a été de même de la plupart des Achillées, et nous en avons quatorze espèces, dont trois vulgaires, les A. odorata L., Ageratum L., Ptarmica L., jouissent encore d'une certaine réputation. VA. Millefolium L., herbe partout commune, est l 'Herbe- aux-Charpentiers. L'A. nana L., petite espèce des Pyrénées, a aussi été prescrit comme remède. Le groupe de Radiées qui a, sans contredit, le plus d'importance au point de vue médical, est celui des Artemisiées et des Chrysanthémées; il est richement représenté en France où l'on connaît une vingtaine à'Artemisia, indigènes. L'Armoise officinale {A. vulgaris L.) est au premier rang. C'est une des hei'bes les plus répandues de notre flore, d'un bout à l'autre du pays, sur le bord des routes, dans les pelouses, les coteaux incultes, les champs en friche ; elle sert fréquemment d'emménagogue. L'Absinthe {A. Ahsinlhium L.) est aussi très-répandue et n'est pas moins célèbre comme médicament et comme poison. On la trouve dans les lieux incultes, sur les rochers, parfois sur ceux du littoral, comme dans la Manche. On la récolte dans le Dauphiné, en Provence, en Auvergne, dans le Cantal, les Pyrénées, et elle est très-souvent cultivée. L'i. camphorala y iLL. habite les rochers calcaires du Dauphiné, des Cévennes, des Pyrénées ; il se retrouve en Alsace et en Lorraine. Les Artemisia qui se récoltent dans les montagnes comme Génipis et servent à la fabrication de certaines liqueurs dites d'Absinthe, sont des plantes alpines, souvent naines ; tels r A. glacialis L., qui vient des Alpes de la Provence et du Dauphiné ; i'i. Mutellina Vill., qu'on nous envoie du Dauphiné, du Lautaret, du Mont Viso, des Alpes de Provence et même des Pyrénées. Les A. spicata Wulf., Villarsii Gren., atrata Lamk, insipida Vill., chamœmelifolia Vill., nana Gaud., suavis JoRD. sont aussi des espèces alpines du sud-est. LA. arborescens L., espèce ligneuse, qui peut atteindre jusqu'à un mètre de hauteur, croît sur les rochers maritimes de la Corse. L'i. maritima L., une des espèces qui a été le plus employée comme stimulante, habite les côtes de l'Océan jusqu'en Vendée. L'i. gallica W. est méditerranéen comme I'i. variahilis Ten., et comme l'i. gliitinosa Gay. Sur les Pyrénées seulement se trouve l'i. arragonens/s Lamk, et en Corse l'i. cœrulescens L. L'i. campestris L. est une des espèces citées comme préférant partout le terrain siliceux ; il est commun dans tout notre pays. L'Aurone (i. Ahrotanum L.) se cultive dans un grand nombre de jardins. Les propriétés des Tanaisies ne sont pas moins accentuées que celles des Armoises; on les emploie cependant moins en médecine. Le Tanacetum vidgare L., herbe très-odorante, très-commune dans toute la France, se trouve sur les chemins, dans les prés, les lieux incultes. Les T. anniimn L. et Aiiàiberti L. sont méditerranéens, le dernier de la Corse. Le genre Chrijsanthemum comprend, de l'aveu des auteurs les plus récents, les Pyrethrum G^rtn., les

FRANGE (flore). 175

Plagius Lhér. et Balsamita Desf., les Pinardia Cass, el les Leticaiithemwn'Y. Cet ensemble renferme en France seize espèces ; quatre d'entre elles, les C. segetuin L., corymbosum L., Parthenium Pers., Leucanthemum L., sont partout communes et ont été préconisées. Le C. coronarium L. [Pinardia coronaria Less.), dont les variétés sont devenues de belles plantes d'ornement, ne se trouve chez nous que sur la Méditerranée, notamment en Corse. Le G. Myconis L. est une plante des moissons de la région méditerranéenne. Le C. conjmhosum L., jadis usité, se trouve sur les coteaux calcaires, aux environs de Paris, en Bourgogne, en Alsace, en Provence, en Auvergne, en Languedoc, et jusque sur les Pyrénées. Le C. alpimim Lamk croît dans les Pyrénées comme dans les Alpes. Le C. coronopifolium Vill. est dans le même cas. Le Baume-Coq (C Balsamita. — Balsamita vulgaris W.), dont l'odeur est si énergique, a été trouvé dans le sud du Dauphiné, en Saône-et-Loire et sur les bords de la Manche. Il y a probablement été introduit, comme dans tant d'autres endroits où on le cultive dans les jardins. Le C flosculosumh. [Plagius ageratifolius Lhér.) n'a été observé qu'en Corse. Les autres espèces du genre sont rares et inusitées. On sait que dans nos cultures ont été depuis longtemps conservées plusieurs espèces de l'Inde, de la Chine et du Japon. Les Matricaires sont très-souvent aussi des plantes médicinales. En y comprenant les Chamomilla C. Koch (nec Godr.), ce genre renferme chez nous trois plantes : le M. inodora L. [Pyrelhnnn inodorum Sm.), plante non médicinale qui a été accusée de nuire au bétail et qui est partout abondante dans les moissons, les prés; le M. maritima L. (Pyretkrum maritimum Sm.), espèce des sables de l'Océan, dans tout l'ouest, et le M. Chamomilla L. [Chamomilla officinalis C. Koch), qu'il ne faut pas confondre avec la Camomille romaine et qui, beaucoup moins employé en médecine que cette dernière, est commun dans les moissons de tout notre pays. Les Anthémis comprennent encore les Manda Cass., Chamomilla Godr. (nec C. Koch), Cota Gay, ensemble pour notre pays onze espèces, dont la plus connue est la Camomille romaine ou noble [A. nobilis L. — A. odorata Lamk. — Chamœmelum nobile All. — Ormenis nobilis Gay. — Chamomilla nobilis Godr.), plante très-employée en médecine, cultivée parfois pour cet usage, et abondante dans les buissons et sur les pelouses, principalement dans le centre et l'ouest, car elle est plus rare dan l'est. VA. mixtaL. [A. coronopifolia\y . — Chamomilla mixtaGoDK. — Ormenis mixta DC), moins actif que la plante précédente, la remplace dans le midi et l'ouest, surtout dans les alluvions et les sables. VA. fuscata Brot. [Chamomilla fuscata Godr. et Gren.) est une plante des lieux inondés l'hiver, de la Provence et de la Corse. Parmi les Anthémis proprement dits, les plus connus comme médicaments sont la Maroute puante {A. Cotida L. — Maruta Cotula DC. — M. fœtida Cass.), mauvaise herbe des moissons, dans tout notre pays, et l'A. arvensis L., qui est aussi une plante des moissons, commune dans la France entière. VA. maritima L. est une herbe des sables de la Méditerranée, et VA. montana L. habite les lieux rocailleux et sableux des montagnes, des cours d'eau, surtout dans le midi. L'i. tinctoria L. [Cota tinctoria Gay) n'est même plus une plante industrielle; on le trouve dans l'est et le midi, sur les collines calcaires. VA. Triumfetti All. [Cota Triumfetti Gay) se trouve dans les Pyrénées et au Vigan. VA. altissima L. [Cota altissima Gay) est une grande herbe des moissons et des champs stériles du midi. Il y a chez nous trois Anacyclus : les A. radiatus Lois., valentinus L. et clavaf.us Pers. • ils

170 FRANCE (flore).

n'ont pas d'importance au point de vue pratique ; mais l'espèce vraiment utile du genre, la Pyrèthre officinale {Anacijclus Pyrethrum L.), se rencontre seulement chez nous à l'état cultivé. Le genre Diotis est monotype. La seule espèce qu'il renferme, le D. candidissima Desf., se trouve dans les sables maritimes des côtes de la Méditerranée et de l'Océan. Les trois Santolines de notre flore sont des plantes stimulantes, vermicides, à odeur très-prononcée. Toutes sont du midi; la plus usitée est le S. Chamœcijpar issus L., qui habite les coteaux calcaires et qui remonte à l'ouest jusqu'à la côte de Bretagne.

Le petit groupe des Eupatoriées, que représentent chez nous les genres Eupatorium et Adenostyles, y comprend cinq espèces : trois Adenostyles alpins ou subalpins, qui n'ont pas d'utilité comme médicaments, et denx Eupatorium, dont l'un, VE. cannabinum L., est très-commun sur le bord des eaux et a joui en médecine d'une grande réputation. Les Tussilago, Petasites et Homogyne, qui jadis étaient tous considérés comme des Tussilages, forment un petit groupe de dix espèces, parmi lesquelles le T. Farfara est la plus populaire comme médicament. C'est une herbe extrêmement commune des terrains argileux et humides. Le Petasites officinalis et le P. albus G^rtn., plantes des lieux aquatiques, ont été aussi employés. Le P. fragrans Presl. [Nardosmia fragrans Reichb.) ou Héliotrope d'hiver, recherché pour le parfum suave de ses ileurs, croit au bord des ruisseaux dans les Alpes, les Pyrénées et jusqu'en Lorraine. La Yerge-d'Or commune {Solidago Virga-aurea L.), commune dans les bois montagneux de toute la France, a été usitée. Les S. glahra Desf. et lithospeiinifolia W. sont des plantes de l'Amérique du Nord, qui ont été naturalisées dans le centre et le sud-est. Il y a aussi dans notre flore trois Phaf nalon, un Chrysocoma, le Linosyris vulgaris DC, et un Conyza, le C. amhigua DC, qui se rencontre dans les lieux cultivés du 3Iidi. Les Erigeron sont au nombre de huit, dont deux indigènes, \E. acris L. et VE. alpinrn L., ont été usités, ainsi qu'une espèce extrêmement commune, VE. canadense L., qu'on dit introduite depuis plusieurs siècles de l'Amérique du Nord. VE. annuum Pers. , qui est dans le même cas et se trouve aujourd'hui en Alsace et en Dauphiné, a été séparé génériquement sous le nom de Stenactis. Au genre Aster nous réunissons, à l'exemple de plusieurs auteurs modernes, le Bellidiastrum de Micheli, ce qui porte à dix les espèces françaises du genre. Les A. Amellus L., plante des calcaires du centre et de l'est, et acris L., espèce de la région des oliviers, ont seuls eu quelque réputation. L'A. Tripolium L., plante du littoral des deux mers et des marais salants de la Lorraine, a été jadis recommandé. L'A. Novi-Belgii L. est américain et a été introduit dans les îles du Rhin, du Rhône et en Bourgogne. Le Bellis perennis L. est une mauvaise herbe commune dans nos prés. Le B. sylvestris Cyr. habite la région des oliviers. Le Bellium bellidioides L. est commun en Corse. Les Doronicum ou Herbes aux panthères sont au nombre de six. Les D. plantagineumL. et Pardalianches^. sont assez communs, l'un dans les bois sablonneux, l'autre dans les bois montagneux; ils ont été recherchés comme médicaments. Les autres espèces [D. aiistriacumJkCQ., D. hirsutum Lamk, D. corsicum DC, D. grandiflonim Lamk) sont plus rares et inusitées. Ces plantes sont bien voisines de V Arnica montana L., la plus connue des Composées comme plante vulnéraire et dont on fait encore une grande consommation. On la récolte dans les pâturages des montagnes granitiques, siliceuses, dans les Vosges, en Bourgogne, dans le Dauphiné, l'Auvergne, le Cantal, la Lozère, les Alpes, les Pyrénées, même dans

FRANCE (flore). 177

la Sologne et l'Alsace. Les Séneçons représentent un des genres de Radiées les plus riches de notre flore; elle en possède une trentaine d'espèces. Les Senecio sylvaticus L., vulcjaris L., viscosus L., Jacobœa L. sont des herbes trèscommunes et à peu près inusitées de nos jours. Quelques espèces sont aquatiques ou recherchent les lieux humides, comme le S. aquatkus Huds., erraticus Bertol., palmlosus L., palustris DC. Plusieurs sont uniquement méridionales ou alpines, comme les S. pyreuaiais Goon., aurantiacus DC, Tournefortii Lap., Doria L., saracenicus L,, etc. Le S. Cineraria garnit les rochers des régions maritimes du midi. Il y a en France un seul L'ujularia, le I. sibirica Cass., en Bourgogne, en Auvergne et dans les Pyrénées.

Le petit groupe des Ambrosiées, qu'on a quelquefois considéré comme une .famille à part, est représenté en France par un Ambrosia introduit et trois Xanthhmi qui sont tous ou en partie dans le même cas. V Ambrosia tenuifolia SpREJNG. est de l'Amérique septentrionale. On le cultive dans nos jardins ; mais près du port de Cette, sur la Méditerranée, il s'est entièrement naturalisé. Le Xanthium spinosum L., plante à plusieurs reprises vantée comme remède de la rage, est, cro^it-on, d'origine orientale. Il est commun dans le midi sur les chemins, dans les décombres. Bien plus rare aux environs de Paris et dans le nord, il ne s'y trouve généralement qu'au voisinage des manufactures où l'on met en œuvre la laine des moutons ; ses semences ont sans doute été apportées avec elle. Le X. strumarium L. a-t-il aussi une origine étrangère? On ne le ti'ouve guère que dans les décotnbres, sur les bords des routes, des cours d'eau. Le X. macrocarpum DC. est commun dans le midi, dans les champs et sur le bord des chemins. S'il remonte plus haut, c'est le long des grands cours d'eau, comme, par exemple, dans la vallée du Pdiône, de la Gironde, de la Loire. Aussi, plusieurs auteurs ont-ils également admis son origine orientale. Le nombre des Composées introduites est chez nous considérables. Citons surtout comme plantes cultivées les espèces oléagineuses, telles que le Grand- Soleil {Hetianihus annuus L.), le Madiaet \e Guizotia oleifera, le Cresson du Para [Spilanthes oleracea) et le Topinambour [Helianthus tuberosus L.).

Campanulacées. Cette famille est actuellement divisée en deux séries : celle des Campanulées dont la fleur est réguhère, et celle des Lobéliées où elle est irrégulière.

Les Campanules sont au nombre de trente ; quelques espèces communes, contenant un suc laiteux acre, sont plus ou moins dangereuses à l'état frais et cessent de l'être quand elles sont sèches. La Raiponce (Campa/zw/a Rapiinculus L.) est cependant employée comme légume ; c'est une plante très-commune dans nos prairies, sur les chemins, à la lisière des bois. Le C. rotundlfoUa L. autre espèce des plus vulgaires, doit avoir des qualités analogues. Les C. cervicaria L., Tmchelium L., glomerata L., persicifoUa L., espèces très-communes, ont été jadis employés. Il en est de même de la C. Carillon (C. Médium L.), plante que l'on dit spontanée dans quelques localités du midi qui est cultivée comme ornementale dans tous les jardins, et qui n'est peut-être qu'introduite. Les Wahlenbergia, qui se distinguent surtout des Campanules par la déhiscence des capsules en valves entre les lobes du calice sont au nombre de deux en France : les W. hederacea Reichb. et nutabunda A, DC. Quatre Specidaria, dont un seul, le S. Spéculum A. DC. [Prismatocarpus Spéculum A. DC), a été employé en médecine, appartiennent à notre flore, qui comprend aussi dix Phytenma. Deux espèces communes de ce genre, les :. '. E.\c. -i' s. V. i2

178 FRANCE (flore).

P. spicalum L., et orbicidare L., ont. aussi été recherchées comme médicaments et sont aujourd'imi délaissées. Le Jasione montana L. a été dans le même cas ; il y a encore dans notre pays deux autres Jasione^ les J. humilis Pers. et perennis Lamk.

Dans la série des Lohéliées, on trouve deux Laurentia, les L. Michelii DG. ettenella DC, plantes sans utilité, et deux Lobelia, célèbres par leur âcreté. L'un est le L. Dortmannia L., qui chez nous est d'une rareté extrême et n'a guère été trouvé qu'en Gironde dans un étang. L'autre, malheureusement très-commun dans l'ouest où il a une grande réputation comme fébrifuge et où il a été souvent employé par des empiriques en quantité suffisante pour causer la mort est une plante d'une extrême âcreté, le L. urens L. 11 se trouve aussi en Vendée, en Gironde, près de Pau, dans le Tarn, dans l'Ariége, le Gard, la Creuse, l'Allier, l'Yonne ; il est rare dans les environs de Paris. Quelques lobelia exotiques qui ont une certaine réputation en médecine, sont fréquemment cultivés dans notre pays; ce sont principalement le L. syphilUica et le L. inflata auxquels on a attribué des propriétés fort tranchées. Il est prudent de considérer tous les Lobelia comme des plantes suspectes, surtout à l'état frais, car leurs qualités tiennent au latex extrêmement acre dont les principes volatils disparaissent en grande partie par le fait de la dessication.

Ericacées. Nous considérons comme séries de cette famille : les Bruyères ou les Éricinées de la plupart des auteurs, les Rhodorées, les Pyrolées {Pirolées pour les puristes) , et nous distinguons tinq séries dans la flore de notre pays.

La première est celle des Bruyères (Ericées) , comprenant d'abord dix Erica. Une espèce très-commune des environs de Paris, VE. cinerea L., autrefois employée, se retrouve dans tout le nord et l'ouest, puis dans le centre, jusque dans la Gironde, l'Isère, les Pyrénées. Les E. tetralyx L. et ciiiaris L. habitent tout l'ouest, du nord au sud, et le dernier se trouve même dans le centre. La Bruyère à balais [E. scoparia L.) est aussi une plante du nord et de l'ouest; commune dans bien des localités du midi, elle manque, dit-on, à l'est de la Loire. VE. arborea L. est méditerranéen. Les E. lusitanica Rud. et stricta Don sont des espèces rares, trouvées, la première seulement près de Bordeaux, la dernière en Corse. Le Calluna vulgaris Salisb. est aussi commun que YE. cinerea dans les bois, les landes, les lieux arides, principalement dans les terrains siliceux. On trouve en France un Andromeda, un Arbutus et deux Arctostaphyhs. VAndromeda poUfoUa L, est une petite plante des marais tourbeux des Alpes, des Pyrénées, des \osges, du Jura, de l'Auvergne. L'Arbousier, souvent nommé Fraisier en arbre {Arbutus Unedo L.), est un arbuste du midi qui fructifie mal au-dessus de Lyon où on le voit encore prendre un assez beau développement. C'est surtout son fruit qui l'a rendu célèbre; il sert à faire des boissons fermentées. Il y a quelques autres Arbousiers introduits chez nous, notamment VA. Andrachne. h' Arctostaphyhs alpina Spreng., plante des Alpes, du Jura, des Pyrénées, est peu utile ; mais l'i. Uva-iirsi L. {A. officinalis Wnm. et Grab.) est le Raisin-d'ours des pharmacies, souvent recherché pour ses feuilles astringentes ou ses petits fruits charnus. On le récolte dans tout le Jura, le Dauphiné, les Pyrénées, et jusque dans la Lozère, le Gard, la Haute-Loire.

Les deux Rliododendron français sont le R. ferrugineum L. et le R. hirsuiinn L. Ce dernier est fort rare cheznous et n'y existe même pas, d'après cer-

FRANCE (flore). 179

lains auteurs. Mais le R. ferriigineiim est commun dans les hautes chaînes des Alpes et des Pyrénées ; il y a longtemps été employé comme médicament astringent; il se trouve dans le haut Jura, au Reculet, à la Dole, aux Monts-Tendre, au Creux du Van, etc. A ce groupe appartiennent encore trois plantes rares, presque exclusivement alpines : le Menziezia poUfolia J. [Daboecia poUfolia Do.\), le Phyllodoce cœrulea Gren. et Godr., plante des Pyrénées, et le Loiseleuria procumbens Desvx, qui habite les Alpes et les Pyrénées.

La série des Pyrolées, que son port seul peut distinguer des autres Ericacées, car l'organisation foncière des fleurs et des fruits est la même, ne comprend chez nous que des espèces du genre Pyrola, au nombre de six espèces. Quatre d'entre elles sont rares ou sans usage, comme les P. uniflora L. [Monœses grandiflora Salisb.), umbellata [Chimaphila umbellata Pcrsh), chlorantha Sw. et secunda L. Les deux espèces les plus communes et auxquelles on a attribué quelques propriétés sont les P. rotundifolia L. et minor L., qui se trouvent depuis Paris jusqu'au nord-ouest, dans les Vosges, le Jura, les Alpes et les Pyrénées.

Il n'y a en France qu'une Monotropée, l'Hijpopithys mnltiflora ou Monotropa Hijpopithys L. ; c'est le Sucepin, auquel son parasitisme, la couleur et la consistance de ses diverses parties aériennes ont fait accorder par les anciens des propriétés plus ou moins extraordinaires, mais qui n'est plus guère de nos jours employé comme médicament. Malgré son nom vulgaire, il ne vit pas seulement en parasite sur les Pins ou quelques autres Conifères, mais encore sur les Hêtres, les Chênes et plusieurs autres arbres. Il se trouve dans la France centrale et de l'est à l'ouest, puis disparaît vers le nord. De Toulon à Strasbourg, il a été rencontré partout vers Test, dans les bois de tous les terrains, à ce qu'on assure.

Les Vacciniées ou Ericacéesà ovaire infère ne sont représentées en France que par deux genres très-voisins l'un de l'autre, les Yaccinium et les Oxycoccos tous autrefois préconises contre quelque maladie. L'O. vidgaris Pers. est le Vaccinium Oxycoccos L.; c'est une plante des marais tourbeux, qui de Paris s'étend dans l'est, dans le Jura, dans l'Auvergne et à l'ouest jusqu'aux environs de Nantes. Les vrais Vaccinium sont au nombre de trois, tous remarquables par leur fruit charnu, couronné d'une cicatrice calicinale, souvent comestible et susceptible de fermenter et de produire des liqueurs alcooliques. Deux d'enti-e eux ont une aire limitée; ce sont le Y. idiginosum L., qui croît dans les Vosges, les Alpes, l'Auvergne, les Pyrénées, et le V. Vitis-idœa L., qui habite les bois et les pâturages des mêmes régions, plus le Cantal, la Lozère l'Alsace. Le plus commun de tous et celui dont les fruits sont le plus employés est le Myrtille [Vaccinium Myrtillm L.), qui de la région du Rhin s'étend jusqu'aux Alpes, au Jura, cà l'Auvergne, aux Vosges, à la Côte-d'Or, se rapproche de Paris pour passer à l'ouest jusque vers Nantes et plus au nord, et se retrouve jusque sur les hauteurs des Pyrénées. Dans toutes ces localités on a jadis employé cette plante comme médicament; dans toutes on récolte son fruit ai^^relet comme comestible et fermentescible.

Dipsacées. On a distingué en France quatre genres de cette famille : des Scabiosa, Cephcdaria, Knautia et Dipsaciis. Douze espèces de Scabieuses passent pour indigènes, et l'on en cultive beaucoup dans nos jardins, comme les S. tatarica, alropurpurea, ce dernier devenu extrêmement comnmndans quelques localités. Ses propriétés sont peu accentuées, tandis que quelques espèces

180 FRANCE (flore).

indioènes passent pour des plus vénéneuses; tel, par exemple, le S. succisa L., herbe commune et tardive des bois humides, des lieux argileux, tourbeux. Les dix autres Scabiosa français sont des espèces rares ou à aire très-limitée, et sans utilité. Les sept espèces du genre très-voisin Knautia sont dans le même cas, sauf le K. arvensis Koca , employé parfois dans la médecine des campagnes, mais qui est peut-être une plante suspecte. Les cinq Cephalaria de nos campagnes sont sans intérêt pratique. Au contraire, nos Dipsacus se recommandent presque tous par quelque application utile. On est beaucoup revenu, il est vrai, de la confiance qu'on accordait à la Cardère des bois (D. sijlvestris MiLL.), plante qui est commune dans tout le pays, à la C. laciuiée (D. /aciniatus L.) et à la C. féroce {D. ferox Lois.), espèce de Corse; mais le D. FuUoniim iMill., qui est le Chardon ou la Cardère à foulon de l'Orient, et qui a été introduit de temps immémorial, est une plante qui s'est rendue subspontanée dans le nord et le midi, partout oîi elle est cultivée en grand pour la fabrication des draps.

Valérianacées. Les trois genres Valeriana, Centranthus et Valerianella représentent seuls la famille dans notre flore. Les Valérianes y sont au nombre de neuf espèces ; quelques-unes ont une grande réputation comme médicaments; ce sont celles dont la racine fétide est constamment prescrite comme antispasmodique, et en première ligne le Valeriana officinalis L., herbe commune dans les bois, au bord des ruisseaux, des fossés et en général dans les localités humides de toute la France, sauf dans la région des oliviers. Le F. Phu, dont les propriétés sont tout à fait les mêmes que celles de l'espèce précédente, se trouve à l'état subspontané dans quelques localités des environs de Bordeaux, d'Agen, de Grenoble, etc., mais toujours au voisinage des habitations ; de sorte que les auteurs de la Flore de France ne considèrent la plante que comme introduite; elle l'a sans doute été à cause de ses usages en médecine. Le V. diolcah., quelquefois aussi employé comme antispasmodique, est une plante des marais, des prairies humides; on la trouve, dit-on, plus ordinairement dans celles dont le fond est siliceux, surtout dans le nord, l'est, le centre et l'ouest, car elle paraît manquer dans les régions pyrénéenne et méditerranéenne. Les F- montana L., sa/àmca All., glohulariœfolia Pum., tripteris L., pyrenaica L., qui pourraient être employés aux mêmes usages, sont des plantes de montagnes. Le F. tuherosa L., espèce du raidi, à fleurs polygames, à grosse racine tubéreuse, se trouve en Provence, dans les Pyrénées et remonte par la Garonne et la Lozère jusqu'aux environs de Dijon. Les Centranthus sont au nombre de quatre : les C. nervosus Mor., Calcitrapa Difr., angustifolius DG. et ruber DG. Ce dernier ou Valériane rouge, aujourd'hui peu employé en médecine, quoiqu'on lui attribue des vertus analogues à celles des vrais Valérianes, mais moins énergiques, est commun dans le midi de la France, et plus au nord, sur les murailles et les ruines des vieux châteaux ; ce qui a porté plusieurs personnes à croire que ce n'était là qu'une plante autrefois introduite, soit comme ornementale, soit comme médicament. Le C. Calcitrapa est une espèce du midi qui remonte jusqu'à Nantua le long du cours du Rhône et qu'on trouve dans les pierres et les lieux arides; le C. nervosus n'existe chez nous qu'en Corse. Le C. angustifolius, dont les qualités doivent être tout à fait celles du C. ruber, est commun dans les débris mouvants de certaines montagnes, dans la chaîne jurassique, dans les Alpes, le Gard, en Vaucluse, jusaue dans Saône-et-Loire et en Bourgogne. La plus connue des espèces du

FRANCE (flore). '181

genre Valerlar.ella est une plante potagère commune dans les lieux cultive's de tout le pays; c'est, la Mâche (F. olitoria Poll.), souvent plantée dans nos jardins. Les autres espèces du genre, au nombre d'une douzaine, n'ont pas d'importance au point de vue médical. La plupart sont peu usitées, et celles qui, se montrant presque partout dans les lieux cultivés, peuvent servir aux mêmes usages que la Mâche, sont les V. carinata Lois., Auricula DC, Morisonii DC, coronata DC. Ce dernier, commun dans le midi, se retrouve jusque dans les environs de Paris.

Apocynacées. Cette famille forme avec la suivante, de laquelle elle n'était pas autrefois séparée, un petit groupe naturel dont les représentants dans notre pays se font remarquer par l'organisation de leur gynécée. Celui-ci est formé de deux carpelles, libres dans leur portion ovarienne et unis, au contraire, dans une étendue variable de l'extrémité supérieure de leur portion stylaire. Deux genres indigènes représentent seuls les Apocynées : le Nerium d'abord, dont la seule espèce, le iV. OleanderL., c'est-à-dire le Laurier-Rose, est une plante de la région méditerranéenne. Souvent cultivé partout le pays où il a besoin d'abri pendant l'hiver, il croît à l'air libre dans le Yar, auprès de Toulon, à Hyères et en Corse; il est célèbre par ses propriétés vénéneuses. L'autre genre est le genre Pervenche (Vinca), dont les trois espèces indigènes, les F. major L., minor L. et média Link et Hffmg, sont communes dans les bois, les haies, les buissons, sur le bord des ruisseaux; le dernier dans la région méditerranéenne seulement. Plusieurs Apocynum sont cultivés chez nous, et quelquesuns, comme les A. cannabimnn, androsœmifolium, venetum, ont été naturalisés dans le midi. Ce sont des plantes plus ou moins suspectes, dont les fleurs ont été très-longtemps remarquées à cause de la façon dont elles retiennent les insectes ; de sorte que quelques personnes même n'ont pas hésité à les ranger parmi les plantes dites insectivores.

Asclépiadées. Ces plantes peuvent être considérées comme des Apocynées dont le pollen est réuni en masses répondant aux loges de l'anthère et reliées deux à deux par une glande de forme et de situation variables. 11 y en a chez nous quatre genres considérés comme spontanés : les Asclepias, les Vinceloxicum, les [Cynanchum et les Gomphocarpus. Le seul Asclepias que l'on trouve communément chez nous, notamment dans les champs, autour des villages, etc., y croît avec une facilité extraordinaire. On le croyait originaire de Syrie; d'où son nom à'A. syriaca L., que l'on a changé plus tard quand on a cru qu'il venait de l'Amérique du nord. Quelques autres Asclepias américains sont cultivés dans nos jardins. Les Vincetoxicum sont au nombre de quatre : le Dompte-Venin commun (F. officinale Mœnch), partout abondant dans les lieux incultes, pierreux, les bois, les pelouses, et trois espèces du midi, plus rares, les F. nigriim Mœnch, contiguum Gren. et laxmn Gren. Il n'y a qu'un vrai Cynanchum spontané, le C. acutuni L., du midi, dont on a considéré comme une variété le C. monspeliense L., c'est-à-dire la plante qui passait (à tort?) pour donner la Scammonée de Montpellier. Ce sont donc des plantes acres et purgatives. Le Gomphocarpus fruticosus R. Br. ne se trouve qu'en Corse. On a introduit dans le midi plusieurs autres Cynanchnn, Gomphocarpus et Arauja. de même que le Periploca grceca, plante grimpante à suc très-âcre qui prend chez nous un énorme développement.

Polémoniacées. La seule plante de cette famille qu'on trouve communément dans certaines localités du midi, dans le Jura, les Pyrénées, etc., etc., est la

182 FRANCE (flore).

Valériane grecque {Polemoniiim cœruleiim'L.). Y a-t-elle été introduite? C'est te qu'on ignore. Plus au nord, elle n'est que subspontanée autour des habitations. On la cultive dans les jardins, du nord au midi. On y cultive aussi plusieurs Phlox et le Cobea scandens, plante américaine, annuelle chez nous et qui ne supporte pas le froid de nos hivers.

Convolvulacées. Nous possédons trois genres de celte famille, dont deux appartiennent à la série des Convolvulées (Convolvidus, Cressa),ei\e troisième, à celle des Cuscutées [Cuscuta).

Dix espèces représentent le genre Liseron {Convolvulus) . Sept d'entre elles sont méridionales, méditerranéennes même : les C. althceoides L., tomentosus Chois., lanuginosus Desrx, tricolor L., sicidus L., lineatus L. et cantahrica. Ces deux derniers remontent, l'un jusqu'en Auvergne, l'autre jusqu'en Limagne et en Bourgogne. Ce sont toutes des herbes dressées ou grimpantes. Le C- arvensis L. et les C. sepium L. et Soldanella L., dont on a fait des Calystegia, sont au contraire des plantes qui habitent toutes les régions du pays; le premier commun partout dans les champs; le deuxième, grimpant dans toutes les haies et les buissons ; le troisième rampant partout sur les sables maritimes, depuis la Corse et la Provence jusqu'au département du Nord. Ces trois espèces sont aussi les seules dont l'usage ait été répandu en médecine; elles sont aujourd'hui fort peu usitées ; mais le suc lactescent de nos Convolvulacés indigènes a des propriétés évacuantes qui pourraient être mises à profit. Le seul Cressa qu'on trouve chez nous (C- cretica L.) est propre aux bords de la Méditerranée et ne remonte guère au-dessus d'Arles et de Montpellier.

On a distingué chez nous jusqu'à sept ou huit Cuscutes, nombre qui devrait être réduit. Ces plantes aphylles, parasites, qui s'attachent aux espèces nourrices par des suçoirs aériens, ont été jadis vantées comme douées de vertus merveilleuses; elles ne sont guère connues aujourd'hui que par le mal qu'elles causent à nos récoltes, notamment aux Légumineuses, au Lin, etc. Le C. europœa L., répandu partout dans les buissons et les lieux incultes, s'attaque de préférence au Chanvre, à l'Ortie dioïque, etc.

Cyrtandracées. Cette famille, exotique et généralement tropicale, n'a qu'un représentant perdu dans notre flore, le i^«mo«r//a pyrenaica Rien., espèce des Pyrénées centrales et orientales, dont les fleurs sont charmantes, mais qui n'a pas, que nous sachions, d'utilité en médecine.

Solanées. Il est commode, dans une flore telle que la nôtre, de partager ces plantes en Solanées à fruit charnu et en Solanées à fruit sec. Quatre genres indigènes ont seuls des fruits charnus. Le plus répandu chez nous est le genre Morelle (So/fm«w), dont toutes nos espèces, indigènes ou introduites, ont quelque usage en médecine. Le S. nignim L. est une mauvaise herbe de toute la France, abondante dans les jardins, les champs cultivés, les décombres. Le S. vUlosum, dont les propriétés sont les mêmes, appartient seulement aux lieux cultivés du midi. Le S. sodomeum L. ne se trouve qu'en Corse. La Douceamère (S. Dulcamara L.), l'une des plus usitées en médecine, croît partout, dans les bois, les haies, sur le bord des ruisseaux, dans les dunes. Le S. tiiberosiim L. est d'origine américaine, utile surtout par ses tubercules féculents; il est partout cultivé et parfois subspontané près des habitations. L'Aubergine est seulement introduite et cultivée comme légume. Plusieurs autres Solanum se sont presque naturalisés dans le midi. La Tomate est bien dans ce cas; on la cultive aussi pour ses fruits. Le Coqueret commun (Physalis Alkekengi L.)

FRANCE (flore). ^83

est une herbe ^ivace des terrains calcaires, trop négligée en médecine, commune partout dans les vignes, sur les routes, au pied des haies. La Belladone (i/ro/ja Belladona L.), la plus puissante des Solanéesà fruit charnu, est assez commune presque par tout le pays, dans les bois, dans certaines dunes. Il y a chez nous quatre Lyciiim, arbustes épineux, grêles ; surtout le L. barbarum L., commun du nord au midi; les L. afritm L., sinense Umk, mediterraneum Dm. sont moins répandus.

Parmi les Solanées à fruit sec, il n'y a que deux genres indigènes : les Stramoines et les Jusquiames. La Pomme-épineuse [datiira Stramoniiim L.) et le D. Tatula L., qui n'en semble qu'une forme à tiges rougeâtres, sont communs dans toute la France (où ce sont peut-être des plantes introduites), et se trouvent partout en été dans les décombres, dans les champs en friche, les jardins, sur le bord des routes. Plusieurs autres Datiira sont cullivés. On distingue chez nous trois Jusquiames [Hyoscyamus): l'un, commun par tout le pays, sur les routes, dans les décombres, est l'espèce vraiment médicinale, le H. niger L. Les deux autres sont la .1. blanche {H. albus L.) et le H. major Mill., espèces de la région méditerranéenne, souvent cultivées plus au nord. Les Tabacs sont richement cultivés chez nous (ISicotiana Tabacum et ruslica).

Scwfidariacées. En considérant ces plantes comme la forme irrégulière des Solanacées, nous prenons d'abord les Verbasciim comme type intermédiaire entre les deux groupes, mais n'ayant rien des qualités acres des Solanées. Les fleurs du Bouillon-Blanc (F. Thapsus L.) sont employées comme adoucissantes, pectorales, aromatiques. Celles des quinze autres espèces admises chez nous et de tous leurs hybrides ont exactement les mêmes qualités. Le Bouillon-Blanc est commun partout, dans les bois, les prairies, les lieux incultes. On indique comme indigène à Toulon, un Celsia, le C. glandulosa Bouch. Les Scrofulal'iacées vraies sont représentées par dix-sept genres, dont six sont souvent rapportés au groupe des Bliinanthées : les Euphrasia, Rhinanthuf!, Pedicularis, Bartsia, Melampyrum et Tozzia. Les onze autres sont : les Digitalis, Antirrhimim, Linaria, Anarrhinum, Scrofularia, Lindernia, Gratiola, Limosella, Erinus, Sibthorpia et Veronica. On admet trois Digitales en France (sans parler des hybrides). L'espèce vraiment médicinale est le Digitalis purpureal,.^ plante des terrains siliceux, commune dans le centre, dans les Vosges, les Alpes, les Pyrénées, absente en général des régions calcaires. Le D. lutea L., plante peu usitée, croît dans les bois montueux et sur les coteaux pierreux de presque tout le pays, mais manque généralement le long des bords de l'Océan. Le D. grandiflora âll., espèce des hautes régions du Jura, des Vosges, de la Côte-d'Or, descend dans presque tout le centre et se retrouve dans les Pyrénées et les Alpes. Des six Antirrhinum de notre flore, le plus commun, quoique non spontané dans une grande partie du pays, est le Muflier {A. majus L.). Dans le Midi, il paraît spontané dans tous les lieux secs ou arides. Plus au nord, ce n'est plus qu'une plante qui semble échappée des cultures et qu'on trouve sur les murs, sur les ruines des vieux châteaux. Les i. Jatifolium DC, tortuosum Bosc, sempervirens Lap., espèces sans utilité, se trouvent dans le midi ou dans les Pyrénées. VA. Asarina L. a été jadis usité; c'est une espèce du midi, surtout des Pyrénées centrales et orientales. L'A. Orontium L., aujourd'hui déhiissé dans la pratique, se rencontre dans les moissons de toute la France. 11 y a dans le pays vingt-sept Linaires, dont quelques-unes ont été des médicaments : les L. Cymbalaria L., supina Desf., arvensis Desf., vid-

184 FRANCE (floke).

garisyicE^icii, ElatineDESF. el spuria Uill. Le "seul Anarrhhmni esiVA. bellidifoUum Desf., qui croît dans tout le centre, le midi et l'ouest. Les Scrofulaires ont beaucoup perdu de leur ancienne réputation. On emploie encore dans la médecine des campagnes les Scrofularia aquatica L. et nodosa L., communs partout dans les lieux humides. Le S. rernalisL., planle de l'est, et le S. canina L., herbe des terrains sablonneux, sont moins usités. Neuf autres espèces se rencontrent dans notre pays et sont à peu près sans usages. Le Lihdernia pyxidata All., qui seul représente le genr-e, se trouve dans le centre et dans l'est. Le Gratiola officinalis L. est aussi le seul représentant de son genre; c'est une herbe des marais de toute la France, célèbre par ses propriétés irritantes. 11 n'y a chez nous qu'un LimoseUa, le L. aquatica L.; un Erinus, YE. alpinus L., petite plante du Jura, des Alpes, des Pyrénées, et un Sibthorpia, le S. europœa L., qu'on a rencontré en Bretagne et dans les Landes. Le genre Véronique est un des plus riches de notre flore ; on n'en compte pas moins de trente-trois espèces, parmi lesquelles quelques-unes sont demeurées des remèdes populaires : le Y. hederœfolia L., petite herbe commune des champs cultivés; le V. prœcox All., commun dans les lieux pierreux et sablonneux ; le F. aqrestis L., répandu dans les champs, surtout au nord; le V. triphyllos L., qui préfère les lieux siliceux; le Thé d'Europe {V. officinalis L.), espèce trèsvulgaire des bois et des coteaux; les V. Anagallish. ei scutellata h.,\\&rhè% communes des marais; le V. Beccabunga L., médicament populaire, qui croît au bord des eaux; le V. Teucriwn L., espèce des pelouses sèches et pierreuses, de même que le F. prostrata L., et le F. spicata L., plante des pâturages sablonneux et montueux du centre et du nord-ouest.

Dans la série des Rhinanthées, on remarque d'abord les plantes qu'une réputation populaire a rendues célèbres dans le traitement des affections des yeux, sous le nom de Casse-lunettes. Tels sont surtout les Eiiphrasia, YE. officinalis L. et YE. Odontites L., espèces communes dans les prairies et les moissons. II y a huit autres Euphrasia dans notre flore. Elle compte trois Rhinanthus : les jR. major L., minor Ehrh. et angustifolius Gjiel., plantes crues parasites auxquelles on attribuait jadis des propriétés presque merveilleuses, et treize Pédiculaires, dont les plus communes partout [Pedicidaris sylvatica L., P. palust^ns L.) ont aussi joui d'une certaine réputation. Les àenx Bartsia français et le Tozzia alpina L., ?eul représentant de ce genre, ne sont pas utilisés, et les Mélampyres sont au nombre de cinq, dont trois, trèscommuns partout, les M. arvense L., nemorosum L. et cristatum L., ont été jadis employés dans la médecine des campagnes.

Orobanchées. Le parasitisme de ces plantes, leur coloration particulière, leur apparition rapide en certains points, ont autrefois donné lieu à bien des fables ; on leur a attribué aussi bien des vertus singulières. Aujourd'hui elles sont à peu près complètement abandonnées. On distingue chez nous huit Phelipœa et vingt-sept Orobanche, dont les plus communs sont les 0. Hederœ L., minor Sutt., major L., rubens Wa.llr., epithymum DC, Galii Yacch., cruenta Bartol. et rapum Thuux. Il y a encore en France deux Clandestines, l'une à corolle blanchâtre, lavée de pourpre, qui vit en parasite sur plusieurs arbres et qui se multiplie quelquefois en quantité effrayante sur les coteaux plantés de vignes; c'est le Lathrœa squamaria L., et l'autre, à fleurs d'un bleu violacé, qui croît en parasite sur les peupliers et les saules, et qui se trouve répandue d'une façon fort inégale dans les prés, sur les bords des ruis-

FRANCE (flore). "^Sô

seaux et en général dans les lieux ombragés de l'ouest, notamment en Bretagne, dans l'Anjou et la Gascogne.

labiées. Cette famille, si répandue en Europe, compte chez nous une trentaine de genres dont quelques-uns sont très-richement représentés, tels que les Menthes, les Thyms, les Sauges, les Lamicrs, les Epiaires, les Biigles, les Germandrées. D'autres genres sont moins répandus ou même monotypes, comme lesPrasiinn, les Brunella, les Scidellaria, les Melittis, les Marrubiim, lesSt'deritis, les Phlomis, les Ballota, les Galeopsis, les Leonurus, les Nepeta (y compris les Glechoma), les Dracocephahm, les Romarins, les Mélisses, les Calamintha, les Micromeria, \esSatureia, les Hyssopus,\es Origanum, les Preslia €t les havandula. La plupart de ces herbes sont ou ont été employées en mé- <lecine -, tontes sont plus ou moins aromatiques, stimulantes, et il n'y en a guère qui soit complètement inerte. On a distingué jusqu'à quinze ou vingt Menthes dans ce pays. Pour d'autres, il faudrait les réduire à une demidouzaine seulement. Les plus commîmes presque partout et en même temps les plus connues comme remèdes sont les Mentha viridis L., sylvestris L., rotunâifoUa L., viridis L., aquatica L,, arvensis L., Pidegiiim L. Le M. piperila L., la plus médicinale de toutes les espèces, est cultivé de même que quelques autres, mais n'est pas une espèce indigène. Les Thyms sont au nombre de quatre, dont deux très-connus par leurs usages et très-répandus : le Serpolet (r/22/mwsSer7Jî///mnL.) et le Thym ordinaire {Thymus vidgaris h.). Le T. CJiamœdrys Fr. est plus rare, et le T. herba-harona Lois, est beaucoup plus rare encore; ce dernier ne se trouve qu'en Corse. Les huit Sauges françaises sont les Salvia officinalis L., Verbenaca L., SclareaL., pratensis L., Mhiopis L., horminoides Pourr., verticillata L. et ghdinosa L. Les quatre premières sont très-communes; le -S. Verbenaca plutôt dans le midi et surtout dans l'ouest. Les quatre dernières, plus rares ou plus limitées comme aire de végétation, sont beaucoup moins employées. Le S. officinalis est à proprement parler une plante de la région des oliviers, mais elle remonte les vallées des Pyrénées orientales et celles du Rhône jusque dans l'Isère ; elle pousse principalement sur les coteaux chauds et stériles. La Toute-bonne [S. Sclarea) est une espèce des coteaux secs, calcaires, de presque tout le pays, surtout du midi. Les Lamium sont peu aromatiques, peu actifs. On en distingue dix, dont cinq trèsvulgaires partout: les L. album L., maculatum L., purpureimi L., Galeobdolon L. et amplexicaule L. Il y a treize Epiaires [Stachys), sans parler de leurs hybrides. Les espèces communes partout sont les Stachys 7'ectaL., annua L., sylvatica L., arvensis L., palustris L. Les S. alpina L., germanica L. sont moins communs. Ces plantes sont congénères des Betonica dont une espèce, vulgaire dans tous nos bois, a joué un grand rôle dans la médecine des anciens; c'est le B. officinalis L. Les Rugles (Ajuga) sont au nombre de cinq, toutes communes, aujourd'hui bien déchues de leur ancienne renommée; ce sont les Iveties {A. Chanicepitis Schreb., A. Iva Schreb.) et les A. reptans L., genevensis L., pyramidalis L. Les Germandrées {Teucriiim), au nombre de seize, ont été presque toutes usitées, mais surtout, dans toute la France, les T. BotrysL. ei montanumh., espèces des coteaux calcaires ou pierreux; le T. Chamcednjs L., abondant sur les pelouses et au bord des bois; le T. Scorodonia, herbe commune des bois; et dans la région méditerranéenne, deux espèces très-aromatiques, le T. Polium L. et le T. Mariim L. La plus active de nos Labiées est la Mélisse officinale, indigène à ce qu'il semble en Corse,

iSb FRANCE (florf).

mais qui est cultivée et subspontanée dans les jardins et autour des habitations, dans le reste de la France oià elle a probablement été introduite. La Fausse-Mélisse ou Mélisse sauvage est le Melittis MelissophyUiwi L., seule espèce de son genre, commune dans presque tous nos bois, surtout dans ceux où le sol est, calcaire. Le Prasiiim inajus L., seul aussi de son genre, ne se trouve qu'en Corse. Des trois ou quatre Bninella du pays, le plus vulgaire, plante fort peu active, est le Bmnella vidgaris L. Le B. alha Pall. est moins commun et se trouve dans les terrains calcaires. Nous avons quatre Scutellaria indigènes et le S. Cobimnœ, plante du midi de l'Europe, qui a été naturalisé près de Paris et dans divers autres endroits. Le Marnibium vulgare L., ancienne plante officinale, pousse partout sur les bords des chemins. Le M. Vaillcuitii Coss. et GEr.M. est une rarissime plante qui sans doute n'est qu'une déformation du précédent. Quatre Sideritis, plantes sans emploi ; deux Phlomis, bornés à la région du midi, et quatre Galeopsis, dont un très-vulgaire dans nos champs, le G. Tetrahit L., telles sont les moins actives probablement de nos Labiées- Une des plus communes est le Ballota fœtida Lamk, dont certains chemins sont couverts et qu'on employait jadis à chaque instant. Les deux Leonurus indigènes sont le L. Marruhiastrum L., du centre, de l'ouest et de l'est, et surtout la Cardiaque (L. Cardiaca L.), herbe commune des bords des chemins, des haies, des décombres, probablement fort peu active en somme, malgré son antique réputation. Au genre Nepeta, représenté par sept espèces, se rapportent non-seulement l'Ilerbe-aux-chats {N. Cataria L.), plante commune, des décombres et des routes, mais aussi le Lierre-terrestre (iY. Glechoma Benth. — Glecoma hederacea L.), l'une de nos plus vulgaires herbes pectorales. Dans nos Alpes et nos Pyrénées croissent les Dracocephalum austriacum L. et Ruyschiana L. Le Romarin officinal, arbuste à odeur camphrée si intense, est particulier aux lieux montagneux et rocheux du midi ; on le cultive dans tous les jardins du nord. Une autre Labiée exceptionnelle par son androcée réduit est le Lycope d'Europe, plante très-commune des lieux humides. On ne compte pas moins de dix Calamints, y compris le Clinopodium, abondant par toute la France. Les Calamintha officinalls MoEixcH et Acinos Cl., sont d'anciennes herbes médicinales. Nous possédons deux SarJettes très-odorantes : l'une annuelle et souvent cultivée comme potagère, le S. hortensis L., abondante dans toutes les moissons du midi ; l'autre vivace, assez abondante dans les endroits arides et rocheux du midi, le S. montana L., espèce dont la tige est suffrutescente à la base. L'IIyssope officinale, plante aussi très-odorante et très-estiméc des anciens, croît dans les lieux secs du midi. C'est aussi plus au nord une de ces plantes des murailles, des vieux châteaux, échappée sans doute des jardins où on la cultivait pour ses propriétés médicinales. Nous avons deux Origanum, l'un trouvé seulement près de Beaulieu, l'O. virens Likk, l'autre trèsrépandu dans les lieux incultes, les bois, recherché jadis pour sa forte odeur aromatique, l'O. vulgare L. Nos trois Lavandes indigènes, plantes du midi par excellence, très-employées pour leur essence aromatique, sont les Lavandida Spica L.,Stœchas L. et latifoUa Niih. Le L. veraL. n'est chez nous qu'une plante de jardin, et ne résiste pas toujours en plein air à nos hivers rigoureux. Le Preslia canina Fres. est aussi une plante méditerranéenne. Notre pays possède, en somme, environ cent-cinquante espèces de Labiées.

Boiraghiées. Dans cette famille à laquelle on attiibue dix-sept genres français, nous remarquons d'abord un petit groupe formé du seul genre Cerinthe^

FRANCE (flore). ^87

puis trois tribus dites des Borragées, des Cynoglossées et des Lithospermées. Il y a quatre Cerinthe français, remarquables par leur fruit à deux carpelles durs, ovales, tronqués et à peu près plans à leur base. Tous sont méridionaux et ne se retrouvent plus au nord qu'à l'état de plantes cultivées. Le C mmor L. est du Dauphiné et de la Provence. Le C alpina Kit. est une espèce pyrénéenne. Le C. tenuiflora Bertol. est limité à la Corse. Le C. aspera RoTH est une herbe annuelle des routes et des champs de la région méditerranéenne.

Le genre Bourrache {Borrago) forme une petite tribu avec les Buglosses, les Consoudes et les ISonea. A part ce dernier, ce sont toutes des plantes médicinales. La plus commune des Bourraches est le B. officinalis L., abondant dans les jardins, les lieux cultivés, les chemins; on dit que c'est une plante introduite et naturalisée; la médecine fait une énorme consommation de ses fleurs. Le B. laxiflora DG. est au contraire une espèce, rare, qui ne se trouve qu'en Corse. Des cinq Buglosses françaises, deux ont aussi été des plantes officinales recherchées : la B. officinale {Anchusa officinalis L.), espèce des lieux incultes, des décombres, trouvée en Alsace, en Vendée, en Bretagne, en Provence et aux îles d'IIyères ; et la B. d'Italie {Anchusa italica Retz), qui, rare dans le nord, est commune dans le midi, le centre, dans les champs pierreux et sur les collines calcaires. L'i. sempervirens L., moins usité, croît dans toutes les provinces de l'ouest. Les A. crispa Yiv. et iindulata L., sont rares et ne se trouvent que dans le midi. La Fausse-Buglosse {Lycopsis arvensis L.), herbe commune partout dans les moissons, a élé souvent rapportée au genre Anchusa. On distingue quatre Consoudes {Symphytum), dont deux très-rares dans le midi, les S. buJbosum Schimp. et mediterraneum Koch. Le S. tuberosum L. est aussi méridional et s'avance jusqu'en Touraine. Le S. officinale L. est une des plantes les plus communes des bords des eaux, rare cependant dans le midi. Le S. asperrimum, que l'on préconise depuis quelque temps en Angleterre pour la nourriture du bétail, se naturalisera probablement dans les mêmes conditions que le précédent.

Outre les Grémils {Lithospermum), la tribu à laquelle ils ont donné leur nom comprend les Onosma, Alkanna, Pulmonaria, Myosotis, et peut-êti"e un genre à fleurs légèrement irrégulières, les Vipérines. Des neuf Lithospermum indigènes, deux sont communs et surtout employés: le L. arvense L., abondant dans toutes les moissons et le L. officinale L., fréquent dans les bois des coteaux calcaires. Nous avons deux Onosma, les 0. arenarium Waldst. et echioides L., espèces du midi, et deux Alkanna, méridionaux aussi, dont un, VA. tincloria Taosch, la vraie Orcanette, se trouve dans les lieux arides et est récolté pour la matière colorante de ses racines. De nos cinq Pulmonaria indigènes, le véritable P. officinalis L. manque dans le centre et dans l'ouest; c'est une espèce commune dans les bois montueux de l'est. Presque partout se trouve le P. tuberosa Schrank, dans les bois humides et ombragés. Le P. saccharala W11.L., assez commun dans le centre, s'étend jusqu'aux environs d'Angers, de Lyon et en Dauphiné. Le P. angustifolia L. croît dans l'Auvergne et le Forez. On distingue une douzaine de Myosotis. Les plus communs sont le M. palustris With., espèce aquatique et le M. sylvatica, plante des bois humides, des prairies tourbeuses, des coteaux. De nos huit \ ipérines (Echium), l'une, jadis employée comme remède, est une des herbes les plus communes des chemins et des lieux arides; c'est VEchium vulgare L. Tous les autres, les

188 FRANCE (flore).

E. maritimum W., pustidatinn Sibth., pîantagîneum L., creticwnh. et italicum L.. sont méridionaux et inusités.

A la série des Cynoglossées se rapportent les Cynoglosses, les Asperugo, les Eritrichhim, les Echinosperrmmi. Les Héliotropes y représentent un genre anormal. Le Cynoglossnm officinale L. est commun partout dans les lieux stériles. Le C. Dioscoridis Vill. se trouve en Bourgogne, dans le Dauphiné, dans les Pyrénées. Nous avons encore trois Cynoglossnm, et trois Omphalodes qu'on a aussi rapportés au genre Cynoglosse. VAspei^iigo procumhens L. croît dans les décombres, sur le bord des chemins, plus abondamment surtout dans le midi. VEchinospermnm Lappida Lehm. est commun dans les mêmes conditions. VEritrichium naniim Schrad. est une plante des rochers alpins les plus élevés. Nous avons un Heliotropinm {H. eiiropœnm), très-commun dans tous les champs arides, les sables, les vignes; on l'a employé comme médicament. L'5. snpinum L. ne se trouve que dans les lieux sablonneux de la région méditerranéenne, et VH. curassavicum L., espèce introduite, se trouve dans quelques sables maritimes de la côte de Provence.

Verbénacées. Une seule herbe vraiment indigène représente cette famille, c'est le Verheaa officinalis L., une des plantes les plus communes, les plus célèbres aussi comme panacée et comme herbe sacrée, à peu près inerte en réalité. Beaucoup d'autres Verveines ont été introduites et cultivées. Le Lippia citriodora qui croît bien dans le raidi, est une plante extrêmement aromatique, une des Citronelles les plus parfumées. Un autre genre de Verbénacées, spontané chez nous, mais ligneux, est le genre Vitex. Sur les côtes de la Méditerranée on trouve le V. Agnus-castus L., dont le nom indique assez les prétendues propriétés. On cultive aussi le V. incisa.

Globnlariées. Cette famille est représentée en France par quatre espèces du genre Glohularia, rapporté aussi par quelques auteurs aux Sélaginces. Le G. vulgaris L. est une petite herbe, abondante partout sur les pelouses, les coteaux peu élevés et stériles. On l'a employée comme évacuante. Mais c'est surtout le G. Alypumlj. qui a été recommandé comme purgatif; il croît dans toute la région méditerranéenne. Les G.cordifoUa L. et niidicaidisL. sont des espèces alpines, plus rares et à peu près inusitées.

Acanthacées. Une seule Acanthe est indigène, et seulement sur les bords de la Méditerranée, depuis les Pyrénées orientales jusqu'à la Corse. C'est l'ira/?thus mollis L. On a introduit, principalement dans les jardins, les A. spinosus, spinosissimus, lusitaniens, etc. VAdhatoda vasica, plante de l'Inde, qui dans ce pays jouit d'une certaine réputation comme médicament, vient très-bien en plein air dans le midi où on l'a surtout introduit comme arbuste d'ornement.

Oléacées. Xous donnerons à cette famille les limites que lui a accordées Payer {Fam. nat., 175), en y comprenant comme séries distinctes les Svringées, les Phylliréées, les Ornées, les Fraxinées, et y joignant comme tribus les Cliionanthées et les Jasminées dont il avait fait des familles à part.

Dans la série des Syringées, nous trouvons les Lilas {Syringa), les Oliviers {Olea), les Troènes [Lignstrum) et les Forsythia, arbustes asiatiques qui ont été introduits dans nos jardins. Les Lilas sont orientaux. Une seule des espèces cultivées quelquefois chez nous est d'origine européenne -, c'est le Syringa Josikœa. Le Lilas commun {S. vulgaris) et les L. de Chine (S. chinensis) et de Perse (S. persica) sont cultivés depuis le seizième siècle. Le premier des trois, subspontané près des habitations, a été préconisé comme médicament

FRANCE (flore). 189

tonique et fébrifuge. Le S. Eniodi, plus rarement cultivé dans nos jardins est une espèce indienne qui, bien fleurie, donne une idée assez juste de ce que peuvent être les Quinquinas. Les Oliviers, distingués tout d'abord par leur fruit drupacé, l'olive, sont cultivés dans tout le midi et le sud-est de la France. En Corse et sur la terre ferme en Provence, on trouve, dit-on, VOlea europœa L. à l'état sauvage. Sous le climat de Paris, il faut l'abriter dans les bivers rigoureux. Le Troëne commun [Ligustrum vidgare L.) est très-répandu dans nos baies, nos buissons, du nord au midi. On cultive beaucoup d'espèces exotiques de Ligustrum, notamment des espèces chinoises et japonaises.

Dans la série des Pbillyréées se placent un genre indigène, le Phyllirea, et le Fontanesia qui est de l'Orient. Nos trois Phillyrea sont de la région méditerranéenne : les P. angustifolia L., média L. et stricta Bertol. Le P. iatifolia L. n'existe qu'à l'état cultivé.

Les Ornées comprennent le seul type Omus, c'est-à-dire les Frênes à corolle que l'on appelle vulgairement F. à fleurs. h'Ornus europœa Pers. [Fraxinus Omus L.) et ÏO. rotundifolia ont été introduits dans le midi et y sont devenus subspontanés. Ils n'y donnent pas de manne en quantité notable comme dans l'Italie et la Grèce méridionales.

La série des véritables Frênes [Fraxinus), c'est-à-dire des F. à fleurs apétales, comprend quatre espèces, dont trois tout à fait méridionales: les F. parvifolia Lamk, oxyphylla Bieb. et biloba Gren. Le F. excelsior L. est commun jusque dans le nord. C'est l'arbre aux cantbarides par excellence. Il a diverses formes dont la plus connue, après le type, est le F. monophylla Desf. ; il abonde dans les bois et sur les routes où on le plante souvent.

Les Chionanthées ne sont représentées que par les Chionanthus ou Arbres de neige, notamment le C virginianah., souvent planté dans les parcs et les jardins.

Les Jasminées n'ont qu'un représentant indigène, le Jasminum fruticansL., commun dans tout le midi et qui remonte le Ubone jusqu'à Lyon et Mâcon. Il pousse aussi dans le sud-ouest jusqu'au-dessus de Bordeaux. Il est sans usages. Mais d'autres espèces exotiques, comme le J. revolutum, à fleurs jaunes, et surtout le J. officinale L., aux corolles blanches odorantes, sont partout cultivées pour le parfum remarquable de leur huile essentielle. Le J. humile L. est aussi une plante fréquemment cultivée.

Styracées. L'Aliboufier commun [Styrax officinale L.) est la seule plante de ce groupe qui croisse chez nous, notamment en Provence, dans le Yar; il ne donne dans ce pays aucune résine odorante.

Ebénacées. Les Diospyros ne sont pas indigènes ; on cultive dans le midi les D. Lotus L. et virginiana L., plus quelques autres espèces, la plupart de rAméiique du nord ; quelques-unes sont devenues spontanées. 11 en est de même de certaines formes du D. Kaki, arbre fruitier dans l'Inde, la Chine et le Japon. Les fruits des Diospyros sont à peine comestibles chez nous, à moins en général qu'ils ne soient devenus blets.

Ilicinées. Le Houx commun (Ilex Aquifoliuni L.) est la seule plante française qui appartienne à ce petit groupe. On le rencontre dans presque tous les bois, notannnent dans ceux des montagnes, quelquefois aussi sur les coteaux calcaires.

Caryophyllacées. Cette famille est richement partagée dans notre pays en

l'jO FRANGE (flore).

genres et en espèces, appartenant aux cinq groupes secondaires des Dianthées, des Lychnidées, des Alsinées,des Stellariées et des Spergulées.

LesDianthées y comprennent des espèces des trois genres Dianthns, Saponuria et Gypsophila. On distingue vingt-six ou vingt-sept Œillets dans notre flore, sans compter plusieurs hybrides et des espèces comme le Dianthus Cartjophyllus L., dont l'autochthonie a été mise en doute parce que c'est une plante qui ne se trouve que sur les murs en ruine, les vieux manoirs, etc., et qui pourrait bien avoir été anciennement introduite à cause de ses usages. Elle n'est guère employée cependant de nos jours que pour parfumer quelques liqueurs. Le D. CarthusianonnnL. , espèce commune dans les bois, lespraii^ies, les montagnes, est aussi fort peu usité aujourd'lmi. La plupart des autres espèces sont méridionales ou alpines. Il y a deux Gypsophila vrais, plus le G. vaccaria Sibth., rapporté par Linné au genre Saponaire et qui a été une plante médicinale. Il est commun dans les moissons des terrains argilo-calcaires, dans la plupart de nos provinces. Notre floie compte cinq autres Saponaires ; la plus connue est le Saponaria officinalis L., dont la racine mucilagineuse est si employée en médecine et en économie domestique et qui croît par toute la France, dans les haies, sur le bord des routes, des champs et des fossés.

Les Lychnis et avec eux tous les genres de Silénées qui ont deux fois autant de dents au fruit que de divisions au style, constituent un petit groupe assez distinct, qui comprend aussi les Silène, et dont on rapproche un gejire remarquable par un fruit bacciforme, le Cucuhalus haccifenis L., qui se trouve par presque toute la France, dans les buissons, les haies, les prés humides. Il n'y a pas chez nous moins de quarante-deux Silène et de sept Lychnis, y compris les Viscaria, lesL. Coronaria, Flos-JovisL^miet Flos-CuciiUL., autrefois employés en médecine, et le Githago segetum Desf. (Agrostemma Githago L.), si abondant dans toutes les moissons et dont les semences ont des propriétés vénéneuses auxquelles on a attribué beaucoup d'accidents, surtout quand leur farine se trouve mélangée à celle de nos céréales.

Les Alsinées comprennent les quatre genres Alsine, Honkeneia, Biiffoniad Sagina. Il y a chez nous une douzaine d' Alsine. L'A. peploides [Arenaria peploides L, — Halianthns peploides Fr.) est devenu un type du genre Honkeneia, commun sur les bords de l'Océan et étalant sur le sable ses feuilles charnues auxquelles on a attribué les mêmes vertus qu'à celles des Grassettes. Les trois Buffonia français habitent le centre et Je midi. Les dix Sagina connus, les plus petites de nos Caryophyllées, sont aujourd'hui inusités.

Aux Stellariées se rapportent les quatre genres français Holostemn, Stellaria, Arenaria et Cerastium; ce dernier comprenant une quinzaine d'espèces. Les Espargoutes (Spergula) sont au nombre de trois ; l'une d'elles est une plante fourragère. Aux Spergularia qu'on en a séparés génériquement, et dont la flore française compterait cinq espèces, a été rapporté par Persoon V Arenaria ruhra L. {Lepigomim rubnml^\knLEm. — Alsine n/&m Wahlenb. — Spergula vuhra Godr.), espèce commune dans les champs sablonneux et qui, recueillie aussi en abondance sur les plages méditerranéennes, aussi bien en Europe qu'en Afrique, a été récemment préconisée comme remède des affections goutteuses et calculeuses.

Paronychiées. Il est difficile de séparer des Caryophyllées par des caractères de véritable valeur, certains types de ce groupe qui, d'autre part, se relie intimement aussi aux Portulacacées. On y a distingué dans la flore de France

FRANCE (flore). 191

des divisions secondaires, sous les noms de Polycarpées, d'illécébrées, de Téléphiées et de Scléranthées.

Les Polycarpées sont les deux Pohjcarpus tetmplujUinnh.Y. et peploides L., et le Lœflingia hispanica L. Les lUécébrées sont Ylllecebnnn verttciUatumh., plante des sables argileux et humides de l'ouest, du nord et d'une partie de Test, autrefois employée comme médicament ; six Paronychia, dont quelquesuns ont passé pour lithonti'iptiques ; le Corrigiola Uttoralis L., qui se trouve presque partout dans les terres sablonneuses, et six Herniaria, dont deux espèces, l'if, hirsuta L. et VH. glabra L. , petites herbes très-communes, sont encore prescrites dans les affections de l'appareil urinaire, etc., sous le nom de Turquettes.

Les Scléranthées sont représentées par trois Scleranthus et par deux Polycnemum, dont l'un, le P. majus Al. Br., pris à tort pour le P. arvense L., abonde dans certains champs calcaires et argileux, et a servi au traitement de plusieurs maladies.

On faisait aussi usage autrefois du Telepliium Imperati L., petite herbe à (leurs blanches, qui se trouve en Dauphiné, dans le Jura, en Provence et dans les Landes.

Portulacées. Ln seul Pourpier, le Portulaca oleracea L.. plante potagère sans grandes qualités médicinales, autrefois cependant employée au traitement de diverses maladies, constitue chez nous ce petit groupe, avec deux petits Montia, le plus souvent habitants de nos marais, mais non usités en médecine.

Frankéniacées. Ce petit groupe, si voisin des Caryophyllacées, et qui s'en distingue principalement par les placentas pariétaux de son ovaire uniloculaire, n'est formé que du genre Frankenia à plusieurs espèces duquel on a attribué des vertus dépuratives et lithontriptiques, aujourd'hui tombées dans un oubli presque complet. On a distingué chez nous trois Frankenia : le F. lœvis L., le F. pulverulenta L. et le F. intermedia DC. Ce sont d'humbles herbes, souvent annuelles, et qui sont principalement méditerranéennes. Cependant le F. lœvis croît aussi sur les bords de l'Océan, depuis Bayonne jusqu'à Nantes.

Tamariscinées. Des quatre Tamarix français connus, et dont l'un, le T. germanica L., est devenu le type du genre Myricaria, trois espèces sont des arbustes, quelquefois élevés, comme le T. gallica L., et croissant sur les bords de la mer. Les T. africana Poir. et gallica L. se trouvent sur les côtes de la Méditerranée, et le dernier remonte le long du Rhône jusqu'à Orange. Le T. anglica Webb est, au contraire, commun sur les bords de l'Océan, dans toute la hauteur du pays. Toutefois, la culture a, sur l'une et l'autre mer, amené le mélange de ces espèces, sans parler de celles étrangères à notre pays, qui ont été introduites presque partout par l'homme, comme le T. indica et plusieurs autres. Le Myricaria est une plante des bords des rivières, des torrents. Il n'est pas utilisé en médecine, et les vrais Tamarix ne le sont plus guère, malf^ré les propriétés qu'on leur a attribuées et qu'on a souvent rapportées à l'absorption par ces plantes des sels de la mer. Le plus grand avantage que présentent aujourd'hui ces végétaux, c'est de créer des abris et de la verdure là où la plupart des végétaux ligneux de quelque hauteur ne peuvent absolument prospérer.

Salicacées. Les deux genres Peuplier (Popidus) et Saule (Salix) sont représentés chez nous, abstraction faite des espèces cultivées dans certains jardins, le premier par cinq, et le dernier par une trentaine d'espèces. Le Tremble [Popidus trenuda L.) et les Popidus nigra L. et alba L., partout plantés

■192 FRANCE (flore).

chez nous, peuvent être considérés comme des espèces médicinales, puisqu'on emploie le cliarbon fait avec leur bois comme absorbant des gaz, l'enduit résineux de leurs bourgeons pour fabriquer des onguents et les aigrettes de leurs semences comme ouate ou coton. Les Saules servent surtout pour leur bois, leurs rameaux flexibles [Osiers), leur écorce astringente et fébrifuge qu'on a même tenté de substituer au quinquina. Les plus connus des Saules comme plantes utiles sont aussi les plus communs, tels que les Salie herhacea L., espèce alpine, retusa L., aurita L., repens L., Caprcea L., cinerea L., viminalis L., nibra IIuds., incana Schpad., amygdcdinah., alba L., fragilis L., souvent cultivé en oseraies. Le Saule pleureur [Salix babylonica L.) est originaire d'Orient, quoiqu'il ne soit pas le Saule auquel les Hébreux suspendaient leurs harpes pendant la captivité (et qu'on croit être un Peuplier) ; il est surtout cultivé chez nous comme plante d'ornement, mais il n'est guère employé en médecine, quoique son écorce renferme les mêmes principes que celle des iS. alba et Caprœa.

Dwséracées. Cette famille, qui a acquis une certaine célébrité parmi les phvsiologistes, depuis qu'on a tant parlé des propriétés insectivores de plusieursplantes, n'est représentée chez nous que par un seul genre, le genre Drosera. Il est vrai que beaucoup d'auteurs classiques y en admettent trois : les Drosera, les Aldrovanda et les Parnassia. Mais le Parnassia est plutôt une Saxifragacée, constituant dans cette famille une petite série particulière, et V Aldrovanda vesiculosa L. ne peut guère constituer qu'une section dans le genre Drosera. C'est une plante à tige nageante, simple ou peu ramifiée, tandis que nos Drosera vrais sont simplement des plantes des marais tourbeux, à feuilles aériennes, toutes chargées de poils et de glandes stipitées particulières, sécrétant des substances spéciales, à réaction acide dans certaines conditions données. On admet en France quatre espèces de ce genre : les D. rotundifolia L., intermedia Hay^n., obovata M. R., et longifoUa L. {D. anglica Hdds.). Les trois premières espèces ont été observées aux environs de Paris ; le D. rotundifolia y est de beaucoup l'espèce la plus commune et se trouve dans presque toute la France. On lui a attribué des propriétés nombreuses, imaginaires peut-être, notamment celle de guérir la rage, certaines affections pulmonaires aiguës ou chroniques, etc.

Aristolochiacées. En rattachant à cette famille le petit groupe des Cytinées, elle se trouve posséder en France trois genres : les Aristolochia, les Asarum et les Cytinus. Les Aristoloches sont au nombre de quatre espèces, dont deux ont joué un grand rôle dans l'ancienne médecine ; ce sont les A. longue et ronde, différentes surtout l'une de l'autre par la forme de leur portion souterraine. V Aristolochia rotunda L. habite toute la région des Oliviers et s'étend le long des vallées jusque dans les Hautes-Alpes et à l'ouest jusqu'à Toulouse, Agen et Bordeaux. VA. longa L. se trouve en Pi'ovence, dans les Pyrénées orientales et remonte jusque dans le département des Deux-Sèvres. VA. Pistolochia L., dont la racine fibreuse était moins employée que celle des espèces précédentes, est aussi de la région des Oliviers et remonte aussi les vallées des Alpes et des Pyrénées. La plus vulgaire des quatre espèces, commune dans les terrains calcaires autour de Paris, dans l'ouest, dans l'est, dans presque tout le centre et le midi, n'est guère aujourd'hui une plante médicinale ; c'est i'i. Clematitis L., auquel on accordait autrefois de grandes vertus, notamment celles que l'on attribue encore à la plupart des espèces américaines. L'i. Sipho L. est

FRANCE (flore). 195

la seule des espèces de ce pays que l'on cultive communément dans nos jardins ; on ne l'emploie pas en France comme médicament.

VAsarum europœiim L. représente seul chez nous le petit groupe des Asarées Il est peu employé aussi. On le trouve dans les bois montagneux du nord-ouest, dans la Côte-d'Or et dans toute la chaîne jurassique où l'on récolte sa racine pour le commerce de l'herboristerie, dans les Alpes, en Auvergne, dans le Cantal et dans les Pyrénées. h'Asanim de Virginie, à tort considéré par quelques pharmaciens comme une forme de l'A. d'Europe, est seulement cultivé dans les jardins.

Le groupe des Cytiuées n'est représenté chez nous que par l'Hypociste [Cijtimis Hypocistis L.), espèce parasite de couleur jaunâtre, dont le suc servait autrefois au traitement de plusieurs maladies, et n'a plus d'usage actuellement que dans la médecine de quelques campagnes. C'est une plante qui vit sur les Cistes, notamment dans la région méditerranéenne. Mais elle abonde aussi dans le Bordelais, sur le Cistus laurifolius, entre autres autour du bassin d'Arcachon, à Koyan et ailleurs. Sa consistance charnue, sa coloration particulière et la façon dont elle se montre au printemps à la surface du sol, ont fait attribuer à cette plante, de même qu'à certaines Rafflésiacées et Ilydnorées, dont elle es assez voisine, des propriétés véritablement fabuleuses, mais que ne confirme guère l'expérience.

Cucurbitacées. Les plantes annuelles de cette famille, accomplissant leur évolution dans le cours de l'été, ont pu être presque toutes cultivées avec succès dans notre pays. On sait quelle prodigieuse quantité de variétés de Cucurhita développent leurs fruits dans nos cultures. Les Melons et les Concombres y sont dans le même cas. Quelques espèces vivaces de l'Amérique du Nord, comme le C. perennls, supportent parfaitement notre climat pendant toute l'année. Mais il n'y a que deux Cucurbitacées vraiment indigènes : un EcbaUium et un Bryonia. L'un est le Concombre d'àne ou sauvage [E. Elaterium L.-C. Rich. — Momordica Elaterium L. — Elaterium conlifolium Mce>-ch), commun dans les décombres, les lieux incultes, surtout dans le midi, si connu par ses fruits explosibles et le liquide acre qui est projeté avec ses graines. Le suc de cette plante a joué jadis, comme l'on sait, un certain rôle en médecine. L'autre est la Bryone dioïque [B. dioica Jacq.), qu'il ne faut pas confondre avec le B. alba L., ce dernier n'étant pas une plante française et ne se trouvant que dans les jardins. Quant au B. dioica, c'est une des plantes grimpantes les plus communes dans les haies de toute la France, et c'est encore aujourd'hui, par sa grosse racine blanche, d'une extrême àcreté, qui lui a vafu les noms de Navet du diable. Mors du diable, etc., une des plantes les plus actives qu'on emploie en thérapeutique, surtout parmi les homéopathes.

Gentianacées. Il a chez nous des représentants de la série des Gentianées en assez grand nombre ; ce sont des plantes à feuilles opposées, et deux représentants seulement de la série des Ményanthées, dont les feuilles sont alternes.

On distingue seize Gentianes, toutes plus ou moins amères, et qui pourraient être enrployées comme telles. Mais la véritable Gentiane des médecins est le Gentiana lutea L., belle herbe vivace, à tige dressée, qui habite partout la région des sapins et qui croît en Bourgogne, dans les Vosges, le Jura, l'Auvergne, les Alpes, les Pyrénées. Le G. acaulis L., espèce à fleurs bleues, est des mêmes régions. Le G. Pneumonanthe L. se trouve dans les prairies tourbeuses, les landes humides, du département du Nord jusqu'en Alsace, en Bretagne.

DIGT. ENC. i' S. V. j5

194 FRANCE (flore).

dans le centre, dans le Daupliiné et l'Auvergne, dans tout l'ouest jusqu'aux Pvre'nées. Le G. cniciata L., se trouve presque partout, depuis les coteaux pierreux du nord jusqu'aux Alpes, et manque, paraît-il, dans les régions méditerranéenne, pyrénéenne et austro-occidentale. Le G. asdepiadea L. est alpin. Les G. germanica W. etamarella L. appartiennent surtout au nord et à l'ouest. Les autres espèces du genre ne sont guère employées. Le Swerlia peremiis L. habite les marais de l'Auvergne, du Jura, des Alpes et des Pyrénées; il s'avance jusqu'aux plaines humides du centre. Les deux Cicendia de notre pays (C. fiUformis Delarbr. ei pusilla Griser.) sont d'humbles herbes des localités marécaceuses. Il y a chez nous trois Chlora, dont un (C perfoliata L.) est commun du nord au midi, dans les marais, sur les bords des ruisseaux et même sur les coteaux incultes. De nos huit Enjthrœa, dont quelques-uns sont fort rares, le plus employé en médecine est la Petite Ccntauiée [E. Centaurhim Pers.), très-commune dans les prairies, les champs, les clairières des bois.

Les deux plantes de la série des Ményanthées sont le Limnanthemwn nym phoides Link [Villarsia nymphoides Yekt.), commun dans les eaux du centre et du nord-ouest, et le Trèfle à'eâu {Menymithes trifoliata L.), très-commun dans les marais tourbeux de toute la France.

Lentibulariées. Dix plantes de celte famille sont françaises : six Pinguicules et quatre Utriculaires. Les Pingincida indgaris L., alpina L., girindiflora Lamk, hisitanica L., toutes plantes des marais, des lieux tourbeux, humides, ont passé pour des remèdes puissants contre certaines névroses, la rage, etc. Elles sont vraisemblablement inertes. Les quatre Utricidaria de nos marais sont les U. vidgaris L., minor L., intennedia Hayk. et negJecta Lehm.

Primidacées. Les Primida sont au nombre de douze, dont plusieurs sont encore des médicaments populaires, comme le P. officinalisL., herbe extrêmement commune dans toute la France. Le P. grandiflora Laîik, dont les propriétés sont les mêmes, se trouve au nord, au centre, dans l'ouest, dans le Dauphiné, et manque dans la région méditerranéenne. Le P. elatior Jacq. se trouve dans les mêmes contrées. Les Oreilles-d'ours sont surtout des plantes alpines, notamment le P. Auricula L., qui a été vanté comme médicament. L'Hottonia lyalustris L. est une Primulacée en partie submergée, qui vit dans les eaux douces de presque toute la France, sauf dans le midi. Le Gregoria Vitaliana DcB. (qui sevAÏt nn Dionysia), est une petite plante alpine des Alpes et des Pyrénées. Les mêmes régions possèdent une dizaine d'Ândroselles [Androsacé] dont quelques-unes ont été préconisées. Le Cortiisa Matthioli L. n'a été trouvé en France ou près de la France que sur les pentes occidentales du Mont-Cenis. 11 y a deux Soldanelles dans les Alpes et les Pyrénées, les Soldanella alpina L. et montanaVi\ Les Cyclamen, si remarquables par leur corolle réfléchie, sont en génércd des plantes du midi, communes en Corse, en Provence, en Daupliiné. Toutefois, le C neapolitanum Ten. remonte, dit-on, jusqu'à la forêt d'Orléans, et le C. europœum L., jusque dans la Loire et la Vienne. C'est ce dernier qui est l'espèce la plus connue pour les qualités vénéneuses de son tubercule souterrain. V Asterolinmn stellatmn Link et Hoffmg est une petite herbe de la région des oliviers ; on la retrouve le long de la côte de l'Océan jusqu'en Bretagne. Le Glaux maritima L., si remarquable par l'absence de corolle, se voit tout le long des côtes de la Méditerranée et de l'Océan et remonte jusqu'à l'extrême nord du pays. Des cinq Lysimaques qui croissent chez nous, deux sont partout très-communes dans les endroits humides, les L. vidgaris L. et ]S uni-

FRANCE (flore). 195

miilariaL., etrancienne médecine en faisait, comme l'on sait, grand usage. Le Trientalis europœa L., qui s'étend de l'Europe jusqu'à l'extrême orient de l'Asie, existe, dit-on, dans quelques localités de l'est de la France ; le fait a cependant été révoqué en doute. Les AnagalUs sont au nombre de trois, dont un seul est partout commun, le Mouron rouge [A. arvensis L.), qu'on a dit vénéneux. Le Centunculus minimus L, est une très-petite herbe des boiâ humides, des sables, des marais. Le Coris monspelienm L., curieux par ses fleurs irrégulières, est une plante de toute la région méditerranéenne. LcSamo^ his Valerandi L., remai-quable par son ovaire infère, est extrêmement commiim dans les prés humides et les marais, moins abondant dans le midi.

Plumhaginées. Il n'y a chez nous qu'un Phimhngo, le P. europœa L., commun seulement dans la région méditerranéenne, et de même un seul Limoniastrum, le L. monopetalum Boiss., rare dans quelques points des bords de lu Méditerranée. Les Statice sont abondants dans tout le midi, sur les côtes des deux mers ; quelques-uns remontent jusqu'en Bretagne, comme les S. ovalifoUa Pom., bahusiensis Fr., lychnidifolia Gm., Dodartii Gir., occidentalis Llovd. Le S. Liinonium L. est le plus commun de tous, de Bayonne à l'extiême nord de l'Océan. Les espèces méditerranéennes ont été considérablement multipliées; en somme, on a admis dans la flore française jusqu'à vingt-quatre Statice. Elle possède aussi une douzaine d'Anneria, dont un très-connu et cultivé, 1'^. maritinia W., est une plante commune sur nos côtes. L'i. plantaginea W. est abondant dans tout l'ouest jusqu'à Paris, dans l'Ain et en Auvergne, en Dauphiné, principalement dans les terrains sablonneux. .

Plantaginées. Sauf le LittoreUa lacustris L., petite hei^be aquatique qui se trouve par toute la France, principalement dans les terrains siliceux, et qui n'a pas d'importance pour la pratique, cette famille n'est représentée que par des Plantains [Plantago], presque tous employés contre les affections des yeux, mais peu actifs probablement. On en a distingué jusqu'à vingt-trois ; les plus usités et les plus communs sont les P. major L. et média L., qu'on trouve partout. Les P. Coronopus L., Psylliumh. et Cijnops L. ont aussi été préconisés comme médicaments.

Polygonacées. Ce sont presque toutes en France des Renouées (Polygonum) et des Patiences {Rianex). VOxyria digyna Campd., seul représentant de son genre, est une herbe des régions alpines, aussi bien du sud-est que des Pyrénées, et n'a pas d'importance au point de vue pratique.

Les Polygonum sont les uns indigènes, et les autres, plus utiles, introduits

parla culture. Les premiers sont au nombre de vingt, et quelques-uns jouent

un certain rôle dans la thérapeutique, notamment le P. Bistorta L., dont le

rhizome très-astringent constitue la prétendue Racine de Bistorte des ofilcines.

I! est originaire des prairies humides des montagnes et des plaines et pénètre

jusqu'à la région des vignes. Le P. lapathifolium L., commun dans les lieux

iuunides, a été employé en médecine, de même que la Persicaire (P. Persicaria

L.), une des herbes vulgaires des lieux humides et le Poivre d'eau (P. Hydro-

piper L.), si répandu dans les localités analogues et dont la saveur acre et

piquante est si prononcée. Le P. aviculareL., mauvaise herbe des lieux incultes^,

des chemins, et le P. maritimum L., qui le représente à peu près dans les sables

maritimes de l'Océan et de la Méditerranée, ont eu une certaine réputation

comme remède populaire. Dans les régions de montagnes croît le P. alpinum

ÂLL., abondant dans certaines localités des Pyrénées et des Alpes et jadis préco-

196 FRANCE (flore).

nisé comme médicament. Parmi les espèces cultivées figure au premier rang le Sarrasin (P. Fagopyrum L. — Fagopyrum esculentum B1œ>ch), dont les fruits sont la nourriture préférée des faisans et dont la graine riche en matière farineuse, sert, dans l'ouest et dans plusieurs autres régions du pays, aux mêmes usages à peu près que celle du Blé. Le P. tataricum L., plus rarement cultivé chez nous, a des propriétés analogues. On a aussi proposé chez nous la culture de P. tinctorium, appelé peut-être à remplacer le Pastel pour la teinture en bleu. Les Patiences peuvent de même se partager chez nous en deux catégories. Les unes sont étrangères, à ce qu'il semble, et cultivées dans nos pays pour l'usage médical. Tels sont le Rumex Patientia L., l'espèce qui devrait fournir la véritable Racine de Patience des officines, et le R. domesticus Hartm., qu'on dit cependant spontané dans la chaîne du Jura, autour des habitations de la montagne moyenne. D'autres espèces plus nombreuses sont certainement indigènes et souvent douées d'une saveur acide, due à des oxalates qu'on en extrayait autrefois pour les usages médicaux et industriels. Les principales sont l'Oseille {R. Acetosa L.) etleiî. Acetosella ou Oseille sauvage, communs dans les prés, \e R. scutatu!, L., qui croît sur les murailles, dans les pierres, les rochers, le R. alpinus L., les R. Eydrolapatlium Huds., aquaticus L., maximus Sciireb., etc., qui donnent, dit-on, une partie de la Racine de Patience vendue dans les boutiques.

Chenopodiacées. Nous réunissons dans cette famille les Salsolacées des auteurs et les Amaranlacées ; ce qui porte à treize le nombre de genres qui s'y trouvent compris. Les uns ne renferment que des plantes inertes, oléracées ; les autres, des herbes qui absorbent certains sels et tirent de là une réputation de plantes diurétiques, lithontriptiques, etc. Les six espèces d'Amarantes de noire flore sont dans ce cas. On en a rapproché les deux PoJycnemitm connus en France, ailleurs décrits à côté des Scleranthiis.

Les Arroches [Atriplex) sont souvent des plantes potagères ; on en distingue chez nous neuf espèces, dont une, VA. hortensis L., est une plante introduite el cultivée dans nos jardins. Quatre autres sont des bords de la mer, soit sur la Méditerranée, soit sur l'Océan; ce senties A. Halvmis L., ivseaL., laciniata L., littoralis L., crassifolia Mey. Les A. patula L. et hastaia L. se trouvent dans presque toute la France, dans les décombres, les cultures, sur le bord des chemins. Les deux Obione de notre flore sont aussi des plantes de rivage; 10. grœca Moq. ne croît qu'en Corse; l'O. portulacoides Moq., sur les bords de la Méditerranée et de l'Océan. Les Épinards sont des plantes cultivées et subspontanées ; on distingue l'E. commun {Spinacia oleraceaL.) et le S. glahra 'Shii. La Betterave cultivée {Beta vulgarish.)est dans le même cas. Le 5. maritima L. est au contraire une plante spontanée sur les bords de l'Océan et de la Méditerranée. Il y a chez nous une douzaine de Chenopodium dont plusieurs sont des herbes vulgaires, croissant partout, comme les C. murale L., urhicumL, album L., rubrum L., le C Yulvaria L., célèbre pour son odeur fétide. Les BUtum sont au nombre de trois, en y comprenant la Bon-Henri [Blitum Bonm- Henricus Reichb.), plante autrefois célèbre dans la médecine populaire et qu'on trouve depuis les sommets des Pyrénées et des Alpes jusque dans les villages de l'extrême nord de la France. Les B. capitatum L. et virgatum L. sont des plantes des décombres et des bords des chemins ; on croit le premier introduit et non spontané chez nous. Le Roubieva mittifida Moq., plante aromatique, se trouve seulement dans le midi, à Montpellier, à Toulon, etc. La Camphrée de MonipeWier [Camphorosma monspeliaca L.), herbe autrefois aussi recherchée

FRANCE (flore). ^537

pour son odeur, habite toute la Provence, la Corse et le Languedoc. Il y a en France trois AV/uo (A', arenaria Roth, pros^rrtto Schrad., hirsuta Nolt.) et un Corhpermnm (C hy^i<opifoUum L.), herbes sans usages. Les autres Chénopodées sont des plantes maritimes : les Soudes {Salsola), autrefois recherchées comme plantes à sels alcalins et dont nous possédons trois espèces (S. Soda L., S. Kali L., S. Tragus L.), les Salicornes parfois appelées Perce-pierre, notamment les Salicornia herbacea L. et fruticosa L. et les Suœda dont le plus connu est le S. maritima Dum., des bords de l'Océan et de la Méditerranée.

Juglandacées. Le Noyer commun [Juglans regia L.) quoique d'origine orientale, est introduit depuis longtemps chez nous, principalement le long des routes et dans les vergers. C'est, comme l'on sait, outre les qualités alimentaires de ses graines, et l'utilité de l'huile extraite de leur embryon, une plante riche en matière tannique ; ce qui en fait un puissant astringent, principalement employé en décoctions pour l'usage externe. La nature du terrain qu'exige le Noyer commun est une des questions les plus controversées de la botanique géographique. On peut cependant, je crois, admettre que le Juglans regia est une plante des terrams calcaires ; elle y prospère admirablement et vient mal au contraire dans les terrains qui ne renferment pas de calcaire. Il est vrai, et l'on a beaucoup insisté sur ce point, qu'elle croît également dans des terres qui sont riches en silice, notamment au voisinage du Châtaignier; mais il est facile, je crois, d'établir que dans ce cas les terrains siliceux renferment une proportion de calcaire assez considérable pour que le Noyer en trouve une quantité suffisante; et la réciproque est, je pense, également vraie pour le Castanea vulgaris. Le Noyer noir d'Amérique {Juglans nigra L.), plante également très-astringente, se cultive souvent chez nous où l'on a aussi introduit quelques Pterocarya.

Conifères. Trois séries de cette famille sont représentées dans notre pays : les Abiétinées, les Cupressinées et les Taxinées; la première est la plus abondante.

Toutes les Abiétinées françaises ont été réduites aujourd'hui au genre Pimis et comptent une dizaine d'espèces ; toutes sont utiles, soit pour leur bois, soit pour leurs produits résineux. L'énumération de ces espèces suffira ; ce sont les Pimis Pinea L., Pinaster Sol., Cembra L , syJvestris L., Laricio Poir., Pumilio Hke, vncinata Ram., halepensis Mii.l., Picea L., Abies L., Lai^ix L. Un grand nombre d'autres Pinus ont été introduits et sont cultivés chez nous.

Les Cupressinées sont représentées par les Cyprès et les Thuya, qui ne sont point indigènes, et par les Genévriers, dont notre flore compte cinq espèces, sans parler de celles qui sont d'origine étrangère. Le Genévrier commun {Juniperiis commiinis L.), recherché pour son bois et ses prétendues baies aromatiques ; rOxycèdre {J. O.rycedrus L.) et surtout la Sabine (J. Sabina L.): telles sont les espèces vraiment utiles à la médecine.

La seule Taxinée indigène est l'If conïmun [Taxus baccata L.), qui passe pour une plante dangereuse. Il y a longtemps que le Gingo biloba a été introduit du Japon en France, et que ses pieds femelles ont donné des fruits, en premier lieu, croit-on, au jardin de Montpellier.

Gnétacées. Le seul genre Kphedra est indigène dans notre pays. VE. Villarsii GoD?^. est une espèce très-rare, trouvée seulement sur les murs de l'ancienne citadelle de Sisteron. l/E. dislachya L. est, au contraire, une plante

m FRANCE (flore).

commune dans les sables et sur les rochers des côtes des deux mers. Sur les bords de l'Océan, il se rencontre du midi jusqu'à la Breta;5ne, et on le trouve presque partout sur les bords de la Méditerranée. L'E. helvetica C. A. Mey. croît en effet en Suisse et n'est pas spontané dans notre pays.

Loranthacées. Pour nous cette famille ne renferme pas seulement les Loranthées, mais encore plusieurs autres séries dont une est française, celle des Santalées (famille des Santalacées de la plupart des auteurs).

Dans la série des Loranthées, nous remarquons seulement deux plantes : le Visciim album L., ou Gui commun, qui croît en parasite sur les portions aériennes d'un grand nombre d'arbres, mais qui est plus particulièrement commun sur les Pommiers et les Peupliers; et le V. Oxijcedri DC, qui est devenu pour Bieberstein le type du genre Arceiithobium. Celui-ci se distingue nonseulement par le nombre des parties de sa fleur, son fruit charnu -s'ouvraut avec élasticité à la maturité pour lancer la graine qu'il contient, ses petites dimensions relativement à celles du Gui blanc, mais encore par son inutilité complète, son histoire ne renfermant aucun de ces nombreux préjugés enfantés autrefois par la superstition, et aussi par son extrême rareté en France, car jusqu'ici il n'y a été observé qu'aux environs de Forcalquier et de Sisteron. Il n'y croît en parasite que sur un nombre très-restreint de Conifères, le Juniperus Oxycedrus et le J. communis.

Dans la série de Santalées, nous possédons deux genres. L'un est le genre Osyris, dont la seule espèce française est VO. cdba, plante méridionale qui habite toute la région des oliviers et remonte à l'ouest jusqu'à Rocbefort, à l'est jusqu'à Belley. Cette plante est parasite sur racines; ou du moins elle commejice par être parasite pour s'affranchir ensuite, à ce qu'il semble, et vivre d'iine existence indépendante. Les Thesùim se comportent vraisemblablement de même ; ils ont, comme les 0-^yris, des feuilles vertes et comme eux ils sont vivaces. Ils sont aujourd'hui à peu près abandonnés en médecine. On en a distingué chez nous six espèces : les T. Iwmifusiim DC, divaricatum Jan, intermedium Schrad., alpinum L., teniiifolium Saut., pratense Ehrh. Le premier est mie plante du centre de la France ; on le trouve aux environs de Paris, en Lorraine, en Champagne, en Normandie et en Bretagne, à Bordeaux et à Lyon. Le dernier est du Jura, des Vosges, des Pyrénées et des Alpes. Le T. intermedimn est surtout une espèce de grès vosgien; le T. divaricatum appartient à la région des Oliviers. Les T. tenuifolium et alpinum sont alpins ; mais le dernier s.e trouve aussi en Auvergne, dans le Jura, dans les Vosges, en Lorraine et s'avaiiee jusqu'à Verdun.

Page 1