‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.41Chapitre 7 sur 163 · CS · texte numérisé non relu

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France entière. . .

Dépirtements :

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Nord

Aisne

Ardennes

Oise

Seine-Inférieure . .

Calvados

Les jeunes gens de vingt à vingt et un ans examinés dans les conseils de révision sont loin d'être tous arrivés à la taille qu'ils doivent atteindre plus tard. La croissance est plus ou moins précoce ou tardive suivant les races. M. Dunant, en faisant le relevé des militaires genevois lors de leur entrée au service, a reconnu que la taille moyenne, qui à 20 ans était de l'",674, atteignait l'",688 de

42 FRANCE (anthropologie).

26 à 55 ans (De la taille moyenne des habitants du canton de Genève, broch., Genève, 1867).

M. Champouillon, en comparant la proportion des exemptés pour défaut de taille en 1864, 1865 et 1866, avec celle de ces mêmes hommes appelés devant le conseil de révision en 1868, lors du premier recrutement de la garde nationale mobile du département de la Seine, a montré qu'en 1868, sur 100 exemptés de la classe de 1864, 71 avaient la taille réglementaire; qu'il en était de même pour 55 de la classe de 1865 et pour 45 de celle de 1856 (Et. sur le développement de la taille et de la constitution dans la population civile et dans l'armée de France : Rec. de mém. de méd., chir. et pharm. militaires, t. XXll, p. 249, 262, 1869).

Quetelet, en Belgique, en mesurant 300 hommes de 19 ans, 300 de 25 ans et 500 de 50 ans, a trouvé également les derniers un peu plus grands que les seconds, et les seconds notablement plus grands que les premiers. « On peut considérer, suivant ce savant, la croissance comme entièrement terminée à 30 ans » (Quetelet, Anthropométrie, p. 178. Bruxelles, 1870. — Boudin, Et. ethn. sur la taille, /. c, p. 50).

Enfin de ces documents portant sur des habitants de notre Europe occidentale on pourrait aussi en rapprocher quelques autres qui, quoique recueillis en Amérique, se rapportent aussi à des Européens appartenant aux races ayant anciennement concouru à la formation de notre nation. En effet, des recherches très-étendues de M. Gould, rapportées par M. Topinard, sur la taille des soldats des Etats-Unis, il résulte d'une part que sur 85 128 Irlandais la taille moyenne était de 1"',702 chez ceux de 21 à 25 ans, de l'",705 chez ceux de 26 à 50 ans, mais atteignait 1"^,7H chez ceux de 50 à 54 ans pour redescendre à l'",704 chez ceux âgés de plus de 55 ans, et que d'autre part sur 8902 Allemands et 6782 Scandinaves la taille moyenne atteignait l'»,697 et l'",716 chez ceux de 21 à 25 ans, et n'était que de 1°^.696 et 1™,714 de 26 à 54 ans, et de l'",694 et l'",709 chez ceux de plus de 55 ans (Benjamin A. Gould, Investigations on the Military and Anthropological Statistics of American Soldiers, 1 vol., New York, 1869, extrait par Paul Topinard: Et. sur la taille considérée suivan l'âge, le sexe, l'individu, les milieux et les races : Rev. d'anthr., t. V, p. 59 et suiv., 1876).

Mais ces mensurations prises par M. Gould sur les Irlandais, qui cependant pour la plupart sont regardés comme étant de race celtique, et dont bon nombre parlent encore un dialecte celtique, Verse, témoignent d'une taille bien supérieure à celle de nos populations de l'ancienne Celtique, et conséquemment, tout en venant confirmer celles déjà prises par Forbes et rappelées par Brown Sequard [Buïï. Soc. d'anthr., t. I, p. 29, 1859), semblent peu applicables à nos Celtes continentaux. Celtes de la Celtique, les véritables Celtes. Cependant de ces mensurations, de celles prises par M. Dunant sur les soldats du canton de Genève, anciennement compris dans la Gaule celtique, de la remarque faite par M. H. Larrey relativement à la population celtique des départements de la Corrèze et de la Haute-Vienne, dont la croissance lente ne serait « quelquefois tout à fait achevée qu'à l'âge de vingt-cinq ans » [Bull, de VAcad. de méd., p. 661, 50 avril 1867), enfin, voire même des mensurations recueillies par M. Champouillon, à Paris, l'ancienne Lutèce située dans la Celtique sur les confins de la Gaule Belgique, avec ce dernier médecin, qui admet que « la durée de la croissance varie en France suivant l'origine des races », on est

FRANCE (aixturopologie). 45

amené à reconnaître que « la croissance est lente chez les Celtiques. La race celtique pure grandirait jusqu'à 27 et 28 ans » (/. c, p. 262). D'après les mensurations de M. Gould sur les Irlandais des États-Unis, cette croissance ne paraîtrait même s'arrêter qu'au delà de la trentième année, de 30 à 54 ans.

Entre les documents recueillis par Quetelet sur les Belges, dont la croissance se prolongerait jusqu'à la trentième année, et ceux donnés par M. Gould sur les Allemands et les Scandinaves, dont la croissance s'arrêterait avant la vingtcinquième année, âge également fixé par M. Champouillon comme terme de la croissance des populations kymriques, pour lui synonyme de nos populations du nord-est de race germanique, il y a contradiction. Cependant les Belges seraient pour la plupart venus d'outre-Rhin selon César, et les Allemands, voire même les Scandinaves, paraissent aussi descendre principalement des anciens Germains transrhénans, et d'autres Germains établis dans la Scanzia. D'ailleurs la croissance rapide et la taille élevée, dès le jeune âge, des anciens habitants de la Belgique, sont signalées par Tacite lorsque, à propos de la révolte de Civilis, il dit que les Romains enrôlent pour les prostituer des enfants des Bataves, de belle apparence; jeunes recrues que leur taille élevée permet d'incorporer dans les armées romaines (... rursus impubes, sed forma conspicui (et est plerique procera pueritia) , ad stuprum trahcbantur. Tacite, iîistoriœ, 1. IV, cap. xiv, t. Y, p. 24, texte et trad. de Bureau de Lamalle).

Après ces minimes considérations sur la croissance des éléments ethniques Celtes et Germains de notre population, il faut ajouter encore que, suivant M. Champouillon, la croissance serait plus rapide chez les Romano-Celtiques, c'est-à-dire chez les Celto-lbéro-Ligures habitant la région méridionale de notre pays, devenue la province romaine. Chez ces derniers l'évolution de la taille serait achevée à vingt-trois ans.

A ces données relatives à la taille des hommes il est bon d'ajouter quelques courtes remarques sur la taille des femmes suivant les races. Quetelet est arrivé à reconnaître qu'à trente ans, lors du complet développement chez les habitants de la Belgique, en grande partie d'origine germanique, la taille moyenne de l'homme est de l'",686 et celle de la femme de l'",580. La différence sexuelle serait donc de 106 millimètres, différence considérable (Anthropométrie, tableau, p. 204, 1870). Selon Tenon, « le rapport de la hauteur de l'homme à la hauteur de la femme serait plus resserré ou plus étendu suivant que la taille nationale s'élève » ; il pensait que les différences sexuelles sont moindres lorsque la race est de petite taille, plus étendues lorsque la race est de grande taille (Notes man. relatives à la stature et au poids de l'homme, extr. par Yillermé : Annales d'hyg. et de méd. légale, t. X, 1'''= partie, p. 28, 1833). Les recherches de M. Topinard confirment cette opinion, au moins pour différentes races de pays étrangers (Et. sur la taille... influence des sexes, p. 45 du t. V de Rev. d'anthr., 1876). Pour la France, jusqu'à ce jour les documents statistiques font plus ou moins complètement défaut. Toutefois, en parcourant le sud-ouest de la France, conformément à l'opinion de Tenon, on peut remarquer que dans cette région peuplée principalement d'Aquitains de race ibérienne les hommes généralement de taille petite ou moyenne ne semblent pas différer beaucoup de leurs femmes par la stature.

D'un certain nombre de mensurations prises sur des femmes de dix-huit à

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vingt-deux ans, travcùllant à Paris dans des ateliers, M. Champouillon est arrivé à déduire une taille moyenne de 1"S46 seulement (/. c, p. 2iG).

Des faits précédemment relatés sur les diflereuces de taille des jeunes hommes des diverses régions de la France ressortent certaines déductions relatives au recrutement de l'armée.

La taille mmima au-dessous de laquelle la loi exempte les jeunes gens du service militaire a beaucoup varié suivant les nations, les temps et les circonstances exigeant l'incorporation d'un plus ou moins grand nombre de recrues. « Partout où se trouvent les races germaniques, remarque M. Morache, dans 1 Allemagne du Nord, l'Angleterre, les États-Unis d'Amérique, on peut exiger du soldat un minimum de taille élevé. »

Les principales variations de la taille minima exigée du soldat français depuis la fin du dix-septième siècle jusqu'à notre époque sont indiquées dans le tableau suivant donné par M. Morache (militaire (hygiène) : Dict. encijcl. des sciences médicales, 2' série, t. YII, p. 751, 728).

MIKIMA DE TAILLE EXIGÉS DANS l'aRMÉE FRANÇAISE DEPUIS 1691

2 ddcemhre 1691, minimum de l'infanterie, temps de paix l",70o

temps de guirre 1"',678

27 novemlire 1763, minimum des milices. l"',62-i

23 mars 1776, minimum de l'infanterie . l'",651

22 juillet 1792 1",624

8 fructidor an VIII 1",544

11 mars 1818 l'°,370

11 décembre 1830 1",540

11 mars 1832 1°,S60

1" février 1868 I»,oo0

27 juillet 1872 1"',340

On peut remarquer que de toutes les tailles minima fixées pour l'admission au service militaire dans ces deux derniers siècles, la plus basse est celle de 1"%520 en 1813, alors que les guerres continuelles de la première république et du premier empire avaient fait périr sur les champs de bataille la plupart des hommes de taille élevée et de taille moyenne. Du 24 juin 1791 au 15 novembre 1813, en vingt-deux ans et demi, les levées, selon M. Germain Sarut, se seraient élevées à 4556 000 hommes, soit annuellement à plus de 200000 hommes, la presque totalité des hommes valides (Levées militaires faites en France : Rec. de mém. de méd. miiitaire, 1867, t. XVIII, p. 68). On conçoit donc qu'à cette meurtrière époque , pour remplir les cadres de l'armée, on fut obligé d'abaisser la taille minima. « La guerre et surtout les longues guerres, disait Tenon en 1783, font baisser la taille commune par la consommation des hommes les plus hauts » (1. c. : Annales dlnjg. publ. et de méd. leg., t. X, p. 32, 1855). Cette remarque est parfaitement juste. Les levées incessantes des hommes de haute stature, non-seulement abaissent la taille commune ou moyenne, mais en ne laissant à la procréation que les hommes de petite taille ces levées des hommes grands abaissent aussi la taille des hommes de la génération suivante. Ainsi qu'il a été dit* précédemment. Boudin a fait remarquer que les jeunes gens des classes de 1851 à 1855 inclusivement présentaient la proportion très-élevée de 875 exemptés pour défaut de taille sur 10 000 examinés ; or ces classes correspondaient « aux naissances des dernières années du premier empire, époque à laquelle la presque totalité des hommes grands et forts, enlevée par la conscription, ne prenait aucune part à la procréation » (De l'accroissement de la taille... : Mém. de la Soc. d'anthr., t. Il, p. 224). Pareillement, M. Broca fait observer que le plus grand abaissement de la taille moyenne de notre population masculine de vingt à vingt et un ans.

FRANCE (anthropologieI. 45

soit l'^jCiS « en 1856 et 1857, porte sur les jeunes gens nés de 1815 à 1816, époque désastreuse où la guerre décima la plus belle population de la Finance » (Discussion sur la prétendue dégénérescence de la population française (Acad. de méd.) : Gaz. hebd. de méd. et chir., 29 mars 1867, p. 202).

Ces faits statisticpies suffisent pour montrer combien les levées répétées, portant principalement sur les hommes de taille élevée et de taille moyenne, abaissent la taille générale ou commune de toute une grande nation. Or, lorsqu'on sait comment sont répartis géographiquement les divers éléments ethniques la constituant, les Ligures et les Aquitains de race ibérienne de taille petite ou moyenne au Midi, les Celtes de taille petite au Centre et au Nord-Ouest, de l'Océan aux Alpes, les Galates, Belge>, Normands, Rurgundions, Francks de race germanique à la haute stature au Nord, au Nord-Est et à l'Est, on comprend que la fixation d'une taille minima pour le service militaire n'exonère que quelques individus dans Ifts régions principalement peuplées de descendants de Germains, de Burgundions gigantesques, comme le département du Doubs, qui ne compte que 245 exemptés pour défaut de taille sur 10 000 examinés, tandis qu'elle en exonère sept fois davantage dans certaines régions peuplées principalement de descendants de Celtes de petite taille comme les départements de la Corrèze et de la Haute-Vienne comptant 1678 et 1748 exemptés. Ces différences dans la proportion des exemptés pour défaut de taille existant entre diverses circonscriptions de la France, ainsi que le disait M. Broca, au point de vue de la justice, constituent « une inégalité de charges tout à fait révoltante. » « Il faut que l'impôt du sang porte épfalement sur tous les citoyens capables de servir » (Sur quelques questions relatives au recrutement de l'armée, août 1869; et Sur la population française, Acad. de méd., 2 juillet 1867 : Mém. d'anthr., t. 1, p. 445, et p. 505, 1871).

Depuis la discussion académique à laquelle prenait part cet anthropologiste, la taille minima de nos soldats a été abaissée. De 1"',56 avant 1868, sur la proposition faite par M. de Tillancourt le 24 décembre 1867, le Corps législatif l'a fixée à 1",55; et depuis, la loi du recrutement de 1872 l'a abaissée à 1™,54. L'inégalité dans la répartition des exemptions pour défaut de taille perd de sa gravité à mesure que s'abaisse cette taille minima, puisque par le fait de cet abaissement le nombre de ces exemptés diminue. Néanmoins cette inégalité subsiste. Or, comme l'ont parfaitement dit médecins militaires et anthropologistes, le maintien d'une taille minima pour l'admission dans l'armée est complètement inutile au point de vue militaire et préjudiciable au point de vue de la prospérité de la nation. « Les petits hommes, dit M. Broca, lorsqu'ils sont d'ailleurs bien constitués, sont parfaitement aptes à supporter les fatigues du service militaire; dès lors il n'est pas juste de faire porter seulement sur les autres l'impôt de la conscription. Vouer les hommes grands à un célibat de sept ans (actuellement de cinq), c'est faciliter le mariage des hommes petits ; et comme la taille est un caractère qui se transmet par hérédité, une loi qui exempte les hommes de petite taille a pour conséquence inévitable d'augmenter, dans les générations suivantes, le nombre des petits hommes... On objectait jusqu'ici que le dégagement de la baguette du fusil exigeait une certaine taille; mais avec les nouvelles armes, qui se chargent par la culasse, tout homme assez fort pour porter le sac et le fusil est bon pour le service. » A supposer que le maniement de longs sabres, de lourds fusils, exige des hommes de grande stature, évidemment les hommes de la plus petite taille peuvent parfaitement

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manier certaines armes à feu, faire le service d'cclaireurs dans la cavalene lé"ère, et devenir d'excellents marins. (Sur la prétendue dégénérescence... : Mém. d'anthr., t. I, p. 455).

(( La réforme pour défaut de taille, dit M. H. Larrey, est presque toujours en rapport avec une constitution forte, robuste, capable de résister à toutes les fatigues de la guerre... Une petite taille coïncide bien plus souvent avec une forte constitution qu'ime taille trop élevée. Combien de fois, dans une seule séance du conseil de révision, ne voit-on pas à regret l'exemption 'prononcée pour des conscrits dont la taille n'atteint pas ou ne paraît pas atteindre la mesure réglementaire, et qui présentent cependant la conformation physique la mieux faite et la plus robuste ? » (Sur le mouvement de la population : Bull, de VAcad. deméd., 30 avril 1867, p. 672-3.)

Ainsi que l'exprimait Boudin en 1860, disons donc nettement que « l'utilité de la fixation d'un minimum de taille pour l'admission au service paraît trèscontestable, lorsque l'homme présente d'ailleurs toutes les autres conditions d'aptitude » (De l'accroissement de la taille en France : Mém. de la Soc. d'anthr., t. II, p. 258, 7 mai 1863).

Depuis longtemps en France les jeunes gens sont appelés sous les drapeaux lorsqu'ils ont vingt ans accon)plis; mais ils peuvent anticiper de deux ans l'âge de l'appel, si leur constitution est suffisamment forte^ si leur taille est assez élevée. Les remarques antérieurement exposées sur la taille des jeunes hommes des différentes races composant notre population montrent qu'à vingt ans le développement de bon nombre de nos jeunes compatriotes est loin d'être terminé. Néanmoins il serait, peut-être, préférable de fixer l'appel général à dix-huit ans au lieu de vingt. D'une part cette anticipation de l'appel deviendrait un obstacle salutaire au mariage préiiaturé funeste pour les jeunes hommes avant la vingtdeuxième année, et au contraire le faciliterait après cet âge, alors qu'il est avantageux, ainsi qu'il sera dit plus tard à propos de la matrimonialité. D'autre part les jeunes hommes de dix-huit ans, quoique incomplètement développés, pour la plupart le seraient suffisamment pour acquérir parfaitement l'instruction militaire. On pourrait objecter à cet appel dès dix-huit ans que, pour avoir des soldats présentant le maximum d'aptitudes à supporter les fatigues de la guerre, il vaudrait mieux attendre l'âge auquel ils auraient acquis un développement physique plus complet. Je sais que Vaidy, qui croyait devoir iixer l'appel à vingt ans, ainsi qu'actuellement, rappelait que k dans la campagne d'hiver de 1805 l'armée partie des côtes de l'Océan avait fait une marche continue d'environ 400 lieues pour arriver sur les champs d'Austerlitz, et elle n'avait presque pas laissé de malades sur la route. C'est que les plus jeunes soldats étaient âgés de vingt-deux ans et avaient deux ans de service. Dans la campagne d'été de 1809, l'armée cantonnée dans les diverses provinces du nord et de l'ouest de l'Allemagne avait une distance b' aucoup moins grande à parcourir. Avant d'arriver à Vienne, elle avait rempli tous les hôpitaux de ses malades, indépendamment des blessés de Ratisbonne et de Landshut. C'est que plus de la moitié des soldats étaient des jeunes gens au-dessous de vingt ans, levés prématurément (Vaidy, Ilyg. militaire : Dict. des Sciences méd., t. XXIII, p. 5, Paris, 1818). Les remarques de Vaidy sont parfaitement justes ; il est incontestable que le soldat ayant vingt-deux ans et plus est meilleur et plus résistant que le soldat ayant moins de vingt ans. Mais actuellement que, depuis la promulo-ation de la loi de 1872 sur le recrutement, tout homme, non exempté, fait partie de

FRANCE (a.>;thropologie). 47

l'armée acth'e et de la réserve de l'armée active JDsqu'à vingt-neuf ans et de l'armée territoriale et de la réserve de Tarmée territoriale jusqu'à quarante ans, il importe seulement que le soldat, lors de son appel au service, soit assez fort pour résister aux fatigues, non de la guerre, mais de l'instruction militaire, qui, plus tard, alors qu'avec les progrès de l'âge il se sera fortifié, lui permettra de concourir efficacement à la défense du pays. De dix-huit à vingt ans, le jeune homme, confiant dans le rapide accroissement de ses facultés physiques, est naturellement porté à une activité turbulente qui le rend très-apte aux exercices militaires. L'instruction militaire peut s'acquérir dès le jeune âge. Marceau s'engagea à seize ans. Les législateurs en partie militaires ayant rédigé la loi actuelle paraissent admettre que le service militaire peut être commencé sans grands inconvénients avant la vingtième année, puisque l'article 46 autorise l'engagement des volontiires dans l'armée de mer dès l'âge de seize ans accomplis, sans obligation d'avoir la taille prescrite, et dans l'ai mée de terre, dès dix-huit ans accomplis, avec obligation d'avoir au moins la taille de {""jôi. L'appel à dix-huit ans au lieu de vingt ans ne serait donc que la généralisation de la mesure autorisée par cette dernière partie de l'art. 46. D'ailleurs, à supposer que la fixation de l'appel à dix-huit ans ait l'inconvénient d'amener devant le conseil de révision des jeunes gens ayant un développement physique insuffisant pour pouvoir supporter les fatigues, non de la guerre, mais de l'instruction militaire, l'art. 18 permettrait toujours d'ajourner leur entrée dans l'armée, soit comme étant de « complexion trop faible pour un service armé », soit comme ayant une taille inférieure à l'",o4, si, contrairement à l'avis de MM. Boudin, Broca, Larrey et d'autres médecins très-compétents, on croit devoir maintenir une taille minima pour l'admission au service militaire.

Après avoir longuement parlé des petites tailles considérées au point de vue du recrutement de l'armée, et avoir montré que dans certaines régions, à farce d'enlever pour le service militaire tous les hommes de tailles élevées, on ne laisse plus pour la reproduction que des hommes de petites tailles, faisant ainsi une sorte de sélection inverse de celle généralement usitée en zootechnie, il peut être opportun de rappeler que le recrutement de certaines troupes d'élite a fourni parfois aussi l'exemple d'une sélection véritable en réunissant dans une même localité un grand nombre de reproducteurs de haute stature. D'après 3J. Stœber, cité par M. de Quatrefages, dans la principauté de Deux-Ponts, Zwei-Biiicken, principalement située dans la Bavière Rhénane, mais ayant appartenu à la France, de 1792 à 1814, un village, ancienne résidence du prince, qui, comme les rois de Prusse, Frédéric-GuillAume et Frédéric II, séjournant à Potsdam, cherchait à ne marier les soldats les plus grands de sa garde qu'avec des femmes de la plus haute stature, se ferait encore remarquer de nos jours par la taille élevée de ses habitants (Hist. nat. de l'homme : Rev. (les Deux Mondes^ 15 février 1861, p. 958) Les exemples de sélection humaine dans notre Europe sont assez rares pour mériter d'être rapprochés. Rappelons donc que M. de Quatrefages a également attribué à une sélection, mais alors unisexuée, due aux belles prêtresses grecques du temple de Vénus Ericiiie, la beauté des habitants actuels de San-Juliano sur le mont Erix, près de Trapani, l'ancienne ApéTravov, en Sicile; beauté des femmes de Trapani déjà remarquée par Mohammed Ebn-Djobair durant l'occupation Normande, et aussi par MM. de La Salle et Bourquelot (De Quatrefages, Souvenirs d'un naturaliste, t. I, p. 268. 1854. — Mohammed-Ebn-Djobaïr, Voy. en Sicile, trad. de M. Amari, p. 52. —

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Félix Bourquclot,Voy. en Sicile, p.l05etl06, 1848. Paris. — De La Salle, Univers ■pittoresque : Hist. et description de tous les peuples, Sicile, t. II, p. 4, 1855).

De la conformation céphaliqiie. Après avoir comparé la taille dans nos populations d'origines ethniques différentes, il faudrait pouvoir comparer également les autres principaux caractères anthropologiques, tels que la conformation céphalique, la coloration des yeux et des cheveux, etc. Malheureusement ces caractères n'ont guère été l'objet de recherches statistiques générales permettant de comparer leur fréquence relative parmi les diverses populations de notre pays. Les rares documents relatifs à ces caractères, en particulier à la conformation céphalique, n'ayant été le plus souvent recueillis que dans une seule région, souvent peu étendue, sur des habitants appartenant à une seule race ou au moins à une race prédominante, il en a déjà été fait mention successivement à propos des différentes races ayant constitué notre population. Je ne les rappellerai donc que très-brièvement. Outre de nombreuses mensurations cràniométriques prises sur des ossements anciens, M. Broca a mesure un grand nombre de crânes Bretons et Auvergnats. M. Pruner-Bey et plus récemment M. Ilovelacque ont fait aussi une étude des crânes Savoyards. Pareillement de nombreuses mensurations céphaliques ont été recueillies par MM. Guibert et Guiche sur les conscrits du département des Côtes-du-Nord, et par M. Durand de Gros sur ceux de l'Aveyron. Si, sachant que l'indice céphalique est toujours plus élevé que l'indice crânien, on compare ces documents relatifs à des populations habitant l'ancienne Celtique, on voit que, d'une part, l'indice crânien moyen est de 81,67 pour 100 sur 156 Bretons des Côtes-du-Nord, de 84,07 pour 100 sur 88 Auvergnats de St-Nectaire, et de 85,41 pour 100 sur 60 Savoyards, et que d'autre part l'indice céphalique moyen peut s'élever à 86,1 pour 100 sur certains conscrits des Côtes-du Aord, et à 88,57 pour 100 sur quelques-uns de ceux du département de l'Aveyron. Ces recherches statistiques montrent que les descendants de Celtes sont plus ou moins brachycéphales (Broca, Classification et nomenclature crâniologique d'après les indices céphaliques : Rev. (Vanthrop., t. I, p. 585-422, tableau, p. 425, 1872. — Broca, La race celtique ancienne et moderne, Arvernes, Armoricains, Auvergnats, Bas-Bretons : Rev. d'anthrop., t. II, p. 577 et 628. — Mortillet et Pruner-Bey, Crânes d'Annecy en Savoie : Rull. Soc. (Vanthrop., t. YI, p. 189-201, 1865. — Hovelacque, Le crâne Savoyard : Rev. (Vanthrop., t. YI, p. 226-252, 1877. — Guibert, Ethnol. armoricaine, tableau 5, 1867, Saint-Brieuc, 1868. — Durand de Gros, Une excursion antlirop. dans l'Aveyron : Rull. Soc. (Vanthrop., 2^ sér., t. IV, p. 204, tableau, 1869).

L'indice crânien moyen de 82,95 pour 100, indice de sous-brachycéphalie, présenté par onze crânes Alsaciens- Lorrains mesurés par M. Broca, semble témoigner que le sang celtique est encore prédominant dans la région anciennement occupée par les Jlédiomatrices avant l'immigration des Tribocces transrhénans. Toutefois, selon la remarque de MM. Stœberet lourdes et de M. Godron, la tète des habitants de l'Alsace se ferait remarquer par son volume considérable ; elle serait grosse et aurait « fait appeler les Alsaciens têtes carrées. » Les chapeliers feraient venir pour l'Alsace les chapeaux des formes les plus larges. Cette brachycéphalie volumineuse est regardée par M. Pruner-Bey comme spéciale aux peuples de l'Allemagne méridionale. En tout cas, cette brachycéphalie volumineuse des Germains du sud-ouest diffère beaucoup de la dolichocéphalie pré-

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sentée par les Germains du nord-ouest, par les Francks, que les mensurations de MM. Vircliow et Broca sur les crânes anciens de Camburg près de la Saale, sur ceux de l'époque mérovingienne, ont montrés être dolichocéphales, avec une indice crânien de 75,7 et 76,56 pour iOO (Broca, Yiichow: Rev. (Tanthrop.^ t. I, p. 425, et t. VI, p. 55'2. — Stœber et lourdes, Topogr. et hist. méd. de Sti'asbourg et du dép. du Bas-Rhin, p. 268, 1864. — Godron, Et. sur les populations Lorraines, p. 56, etc. Nancy, 1862. — Pruner-Bey, Bull. Soc. d'anthrop., t. II, p. 650, 1861).

Si les indices crâniens moyens de 225 Parisiens du dix-neuvième siècle et de 55 habitants de St-Arnould dans le département du Calvados sont de 79 pour 100, et 78,77 pour 100, on peut attribuer ces indices de mésaticéphalie au mélange de l'ancien sang des Celtes brachycéphales avec le sang des Galates- Belges de race germanique et des Nordmanns venues de Scandinavie.

Enfin au sud-ouest de la France, les 57 crânes Basques de St-Jean de 4jUz à indice crâniométrique, de 80,25 quoique regardés comme devant leur sousbrachycéphalie à l'immixtion du sang celtique, devraient peut-être représenter un type bracliycéphale autre que le type celtique, ainsi que je l'ai dit précédemment (Broca, : Rev. cVanthrop., t. I, p. 425 : Parisiens, crânes de St-Arnould, Basques).

Plusieurs observateurs ont signalé un développement céphalique plus considérable chez les habitants des villes comparés à ceux des campagnes. En effet, non-seulement MM. Réveil et Daily ont fait remarquer que les chapeliers ont depuis longtemps constaté de nombreuses et notables différences dans la conformation céphalique des habitants des diverses provinces de France, mais M. Blanchard, dans les environs de Limoges, M. Durand de Gros, dans le département de l'Aveyron, ont rapporté que les chapeliers de ces régions fournissaient des chapeaux de dimensions beaucoup moindres aux campagnards qu'aux citadins. M. Blanchard rapporte cette différence, non à des conformations céphaliques diverses, mais à la manière de se coiffer, les campagnards ne plaçant leur' chapeaux que sur la région occipitale, contrairement à l'usage des habitants des villes. M. Durand de Gros croit devoir admettre une différence considérable dans la conformation céphalique des citadins dolichocéphales et des ruraux brachycéphales. Ainsi que M. le D' Marchand, de Sainte-Foy, M. Broca a également appris des chapeliers que généralement les bourgeois ont la tête plus volumineuse que les paysans, leurs chapeaux devant être d'un plus grand diamètre (Blanchard, Sur la conformation de la tête observée dans le Limousin : Compte rendît du Congrès scientif. de France tenu à Limoges, t. II, p. 25. — Durand de Gros, Sur l'action des milieux géologiques dans l'Aveyron : Biill. Soc. d'anthrop.,2'^ sér., t. III, p. 146, 1868. — Daily, Broca, Bm/Z. Soc. d'ani/iro/;., t. IV, p. 29, 1865).

Toutefois M. Broca conteste l'influence de milieu à laquelle M. Durand de Gros attribue une action modificatrice extraordinairement rapide sur la conformation céphalique. Cet anthropologiste, par ses études comparatives sur des crânes de Parisiens du douzième et du dix-huitième siècle, a reconnu chez les derniers un accroissement notable de la région frontale : aussi paraît-il porté à attribuer le plus grand développement céphalique des citadins comparés aux ruraux, soit, dans les régions peuplées de diverses races, à la tendance plus grande de certaines races à se porter dans les villes, soit surtout au développement intellectuel plus favorisé par l'habitat des villes que par l'habitat des campagnes, développement intellectuel paraissant être généralement en rapport DICT, ENC. A" s. V. 4

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avec le développement encéphalique et le développement crânien (Broca, Sur la capacité des crânes parisiens de diverses é[ioques : BiiU. Soc. d'anthrop., t. II, p. 102-116, 1862, et 2« sér., t. III, p. 187, etc., 18G8).

L'influence favorable de l' habitat urbain, sur le développement intellectuel et sur le développement crânien, semblerait devoir être limitée à l'individu ou à sa descendance immédiate, mais ne paraîtrait guère pouvoir s'exercer cumulativement sur de nombreuses générations successives, car à Paris, ainsi que l'ont montré Gratiolet, Boudin, Gaffe, M, de Quatrefages et Champouillon, les familles s'éteignent rapidement, et se perpétuent rarement au delà de trois, quatre ou cinq générations, à moins qu'ellesne s'unissent à des immigrés, deux fois plus nombreux que les natifs dans notre capitale (Dubois d'Amiens, Boudin, Gratiolet, de Quatrefages, Bull. Soc. (Vanthrop.,i. IV, p. 64, 71, et 80, 1863. — Gaffe, Journ. des Connaissances niédic, 50 juin 1859, p. 571. — Ghampouillon, Et. sur ledévelopp. de la taille: Rec. de mém. de méd., dur. et pharm. militaires, 5« série, t. XXU, p. 244).

Il semblerait plutôt qu'en offrant un milieu favorable à l'emploi des aptitudes et des facultés supérieures , les villes en général , particulièrement les plus grandes, surtout Paris, opèi'ent une sorte de sélection, en exerçant une attraction principalement sur les ouvriers intelligents, les plus aptes à se distinguer dans les divers métiers, ainsi que sur les hommes instruits les plus à même de se faire remarquer dans les sciences, dans les lettres et dans les arts.

Les mensurations céphaliques comparatives prises par Parchappe sur 10 manouvriers et 10 savants et par M. Broca sur 20 infirmiers et 18 internes en médecine et pharmacie de l'hospice de Bicètre, montrent que chez les individus intelligents et instruits la tète est beaucoup plus volumineuse que chez ceux n'avant pas cultivé leur intelligence. La circonférence horizontale totale est de 8 à 16 millimètres supérieure, principalement par suite du développement plus considérable de la région frontale, la moitié antérieure de la courbe médiane inio-frontale étant en moyenne de 9'""^, 25 plus élevée. Pareillement les diamètres céphaliques mesurés par MM. Lacassagneet Cliquet sur 190 docteurs en médecine et sur 296 soldats ont été trouvés notablement supérieurs chez les premiers. L'excédant de 2'"'", 82 pour le diamètre postérieur bi-occipital, de 4'"'", 56 pour le diamètre longitudinal antero-postérieur, atteignait 6'", 57 pour le diamètre antérieur bi-fronlal (Parchappe. Rcch. sur l'encéphale, ï"^ mém. Paris, 1856. — Broca, De l'influence de l'éducation sur le volume et la forme de la tète : Bull. Soc. d'anthrop., 2«sér., t. \II, p. 879, etc., 1872. — Lacassagne et Cliquet, De l'influence du travail intellectuel sur le volume et la forme de la tète : Ann. dltycj. piibl., t. L., p. 50-72, 1878).

De la coloration des ijeiix et des cheveux, et de quelques autres caractères ethniques différentiels. De l'ensemble des statistiques, déjà mentionnées, recueillies par M. Guibert, de Saint-Brieuc, dans le département des Gôtes-du-Nord, par M. Beddoe, dans celui du Calvados, de la Marne, voire même des Ardcnnes, des observations prises par MM. Godron et Ancelon, de Dieuze, dans la Lorraine, par M. Vincent, de Guéret, dans le département de la Creuse, par moi dans les départements delà Seine-Inférieure et de l'Aisne, il semble résulter que le plus grand nombre des habitants de nos provinces du nord et du centre présentent des cheveux châtains et des yeux plus ou moins gris, caractères qui paraissent être propres à la race celtique. Cependant les yeux bruns et les cheveux plus ou

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moins noirs ne sont pas rares. Témoigneraient-ils de l'existence dans ces provinces de descendants soit d'Ibères- Aquitains, soit de Ligures ? Quelques blonds aux yeux bleus se font aussi remarquer principalement dans les régions du nord-est anciennement envahies par les conquérants venus soit de Germanie, soit de Scandinavie. Aussi les perruquiers vont-ils se fournir de chevelures blondes, nonseulement en certains pays de l'Allemagne, mais aussi dans les Flandres et au Catelet dans le nord du département de l'Aisne, alors qu'ils se procurent des cheveux de diverses couleurs, mais surtout châtains, en Bretagne et en Anjou, et des cheveux châtains foncés ou bruns en Auvergne et au Puy en Velay, dans le département de la Haute-Loire. Aux immigrants normands remontent sans doute les blonds assez nombreux observés par M. Beddoe à Bayeux, où, au commencement du dixième siècle, se fixèrent en assez grand nombre ces conquérants du nord, et où quelque temps ils continuèrent même à parler leur idiome Scandinave (Guibert, Lcct. sur l'anthrop. du départ, des Côtes-du-Nord, Saint-Brieuc, 1864, et Ethnol. armoricaine, oct. 1867, St-Brieuc, 1868. — Beddoe, Bull. Soc. (Tanthrop., t. VI, p. 507-511, 1865. — Godron, Et. ethnol. sur les origines des populations Lorraines. Nancy, 1862. — Ancelon, Mém. sur l'origine des populations Lori^aines, p. 22. — Vincent, Et. anthrop. sur le département de la Creuse : Bull. Soc. des se. nat. etarch. delà Creuse, p. 20, etc. Gucret, 1865).

A la suite de ces données insuffisantes sur la conformation céphalique, sur la coloration des cheveux, il est bon de rappeler certaines minimes remarques qui, quoique faites dans un but commercial, ne doivent cependant pas être omises : telles sont, outre celles déjà indiquées d'après les chapeliers, les perruquiers, quelques autres faites par des lunetiers, des gantiers, des cordonniers, des corsetières, des bonnetiers, et vraisemblablement beaucoup d'autres fabricants de vêtements ou d'objets devant être appliqués plus ou moins directement sur le corps humain.

Suivant M. A. Audiganne, les ouvriers lunetiers de Morez, dans le Jura, ne feraient aucune confusion « entre les nez américains, allemands ou espagnols » (Le travail et les mœurs dans les montagnes du Jura : Bev. des Deux Mondes, p. 894, 15 juin 1864). Vraisemblablement selon les races, l'incurvation de la tige dorsale de la lunette doit différer, ainsi que l'écartement des verres, qui varie de 5 à 7 centimètres d'après M. Laussedat (Matériel scient, à l'usage des officiers en campagne : Bev. scient., p. 414, 2 novembre 1872).

Quoique M. Pruner-Bey ait signalé uu léger raccourcissement du gros orteil chez beaucoup d'Alsaciens {Mém. de la Soc. d'anthr., t. 1, p. 317, 1861), MM. Stœbcr et Tourdes ont fait observer que « les cordonniers de Strasbourg savent qu'il leur faut des semelles plus larges pour les pieds alsaciens, et que les chaussures les plus petites sont généralement fournies aux personnes du Midi » (Topogr. et hist. méd. de Strasbourg et du départ, du Bas-Rhin, p. 268, 1864). Pareillement les pieds et les mains des Suisses et des Génois seraient très-volumineux, tandis qu'en Maurienne et du côté de Suze, l'ancienne leyoxxnoii de Ptolémée (t. m, cap. i,p. 179), colonie alpestre des Ségusiaves des environs de Bhodumna, Roanne, certaine population de grande taille se ferait remarquer, selon M. de Mortillet, par la petitesse des pieds et des mains (Bul/. Soc. d'anthr.^ t. VI, p. 199, 1865. — Daily, art. Main : Dict. encijcl. des se. méd., 2^ sér., t. IV, p. 46). Cette analogie de conformation de certains Suisses et des Alsaciens peut venir de la présence en Suisse comme en Alsace de descendants d'immigrés venus de la Germanie. Quant à cette même conformation remarquée chez les

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habitants de Gènes, quoique cette ville soit tombée en 640 aux mains des Lombards, peuple de la Germanie septentrionale, on a peine à s'en rendre compte ethnologiquement, car cette ville de Ligurie semble avoir dû être peuplée principalement de Ligures, généralement aux extrémités fines.

Du rapprochement de quelques faits m'ayant été communiqués par des fabricants de gants, de chaussures, il paraît résulter que les extrémités les plus fines, mais courtes, se montrent surtout chez les peuples de race ibérienne habitant l'Espagne, le sud-ouest de la France et aussi les colonies de l'Amérique centrale et méridionale. Les belles créoles espagnoles de Lima, de Panama, se feraient surtout remarquer par la petitesse et la délicatesse de leurs extrémités. Au contraire, les peuples de race germanique comme les Alsaciens, comme certains grands habitants de la Belgique et du nord de la France, comme les Anglo- Saxons des îles Britanniques, présenteraient des extrémités longues et fortes. On pourrait ajouter que, selon les bonnetiers, obligés dans la fabrication des bas de tenir compte de la conformation de la jambe, la saillie du mollet serait plus élevée et moins développée chez les femmes de ces derniers que chez nos compatriotes (Enquête du libre échange : le Temps, 17 juin 1870, p. 2, col. 5).

Des indications fort nombreuses paraissent être notées par les fabricants de corsets devant s'adapter aux diverses conformations du torse des femmes de difféi^entes races : long, droit, haut, plus ou moins plat postérieurement chez beaucoup de femmes de race germanique; court, cambré, à formes arrondies chez la plupart de celles de race ibérienne.

L'étude différentielle des caractères anthropologiques des diverses races, dès 1865, a paru à M. Vincent, de Guéret, pouvoir fournir d'utiles indices dans les questions médico-légales relatives à la détermination de l'identité. Plus récemment, dans une lettre adressée à la Société de médecine légale, ce confrère a de nouveau insisté sur la possibilité de « reconstituer le signalement de l'individu dont on retrouve le squelette, en déterminant exactement la forme de la tête osseuse... La mesure de l'angle facial, des différents diamètres du crâne, de la face et de la tête complète, la détermination de l'indice céphalique et de l'indice facial,... la détermination de la hauteur et de la direction de la symphyse du menton, de la longueur et de la saillie des os propres du nez, etc., nous amèneront toujours à reconnaître si cette tcte osseuse, et par suite la tête de l'individu vivant... appartient aux types brachycéphale ou dolichocéphale, et nous donneront une idée de son volume, de son degré de prognathisme, d'eurygnathisme, de la forme et de la direction du menton, de la longueur et jusqu'à un certain point de la forme du nez. » Ainsi que l'observe lui-même M. Vincent, les données anthropologiques sont surtout utiles pour la détermination de l'identité « dans les pays oij plusieurs races bien distinctes se trouvent réunies » . Mais dans les pays comme ceux de notre Europe occidentale, où les populations de races nombreuses et diverses se sont croisées et se croisent incessamment entre elles, et par suite présentent tous les caractères intermédiaires à ceux des races ayant concouru en toutes proportions à leur formation, les données anthropologiques fournies par les indices céphalique, facial, nasal, par les autres proportions du cadavre et du squelette, semblent devoir être moins fréquemment utiles pour établir l'identité d'un individu. Cependant il faut reconnaître que, d'une manière générale, les études anthropologiques, en donnant plus de précision à la détermination des caractères différentiels fournis par la taille, la conformation céphalique, les proportions des membres, la coloration des cheveux, etc..

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peuvent éclairer la justice dans certaines questions douteuses d'identité (Vincent, Et. anthr. sur le départ, de la Creuse : Bidl. de la Soc. des se. nat. et archéol. de la Creuse, t. lY, cli. xvni, p. 65, 1865. — G. Lagneau, Applic. des sciences anthropolog. aux expertises médico-légales relatives à la question d'identité : Bull. Soc. deméd. lég., t. Il, p. 422-427, 1870-1872).

Des conformations plus ou moins propres à certaines populations locales, circonscrites, pourront parfois faciliter la constatation de l'identité de personnes appartenant à ces population», en révélant approximativement le lieu de naissance d'un individu dont le cadavre est retrouvé loin de son pays. Certaines déformations céphaliques en usage chez les habitants des départements de la Haute-Garonne, du Tarn, etc., décrites par MM. Foville, Berenguier, Broca; d'autres déformations céphaliques spéciales à certains habitants du département des Deux-Sèvres décrites par M. Lunier, pourront servir à établir l'identité d'an individu originaire de ces départements (Foville, Déformations du crâne, br. in-8. Paris, 1834. — Ad. Berenguier, Topogr. phys., statist. et méd. du canton de Rabastens (Tarn), p. 95. Toulouse, 1850. — Broca, Sur la déformation toulousaine du crâne : Bull. Soc. d'anthr., 2* sér., t. YI, p. 100 et suiv., 1871.— Lunier, Rech. sur quelques déformations du crâne dans le départ, des Deux-Sèvres : Ann. méd.-psycli.,exli\ dans Bull. Soc. d'anthr., 2« sér., t. 1, p. 139, 1866).

De la puberté féminine. L'époque de la première menstruation, considérée comme manifestation de la puberté féminine, ayant été étudiée statistiquement dans différentes régions de la France, si, ainsi que j'ai cherché à le faire, on compare au point de vue ethnologique l'âge moyen des jeunes filles, malgré des différences individuelles considérables, malgré des différences climatologiques, malgré des différences de milieux insuffisamment déterminées, on semble être amené à reconnaître que cette époque de la puberté féminine varie suivant les races dans de faibles proportions. Si l'on rapproche les documents statistiques recueillis à Toulon par M. Reynaud sur 43 jeunes filles, et par M. Puech sur 144, à Marseille par M. Girard sur 25, à Nîmes par M. Puech sur 941, et à Montpellier par M. Courty sur 600, on constate que l'âge moyen de la puberté de ces 1753 filles est de 14 ans 1 mois 13 jours dans cette région sud-est de la France, comprise entre le 43" et le 44^ degré de latitude nord, sous une température moyenne annuelle d'environ 15 à 16 degrés, principalement habitée par des descendants de Ligures, mêlés d'Ibères, de Celtes et de quelques Grecs (Reynaud et Girard, Statist. rapp. par Marcd'Espine, de Genève : Rech. sur quelques-unes des causes qui hâtent ou retardent la puberté : Arch. gén. de méd., 2*^ sér., t. IX, p. 7 et 316, 1835. — Puech, Statist. rapp. par Leudet : Et. sur la menstruation : Cong. méd. intern. de Paris, 1867, p. 165, et par Courty, Traité prat. des mal. de l'utérus, p. 342, 1872).

Dans le département de la Vendée, par le 46", 29', 48" de latitude nord, sous une température moyenne de 12", 25, aux Sables-d'Olonne, dont ks habitants passent pour descendre en partie de Basques ou d'Espagnols immigrés dans ce pafj's celtique, 590 jeunes filles, observées par M. Marcel Petiteau, auraient été menstruées à l'âge moyen de 14 ans 8 mois 14 jours, ou plus exactement à 14 ans 11 mois 12 jours, si, avec M. Petiteau, on tient compte non-seulement de l'année, mais de la demi-année durant laquelle s'est manifestée la première époque cataméniale. Cet âge, un peu plus tardif, trouve-t-il son explication dans une latitude et une température plus septentrionales, ou dans le mélange

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de ces immigrés d'Espagne avec les Celtes occupant antérieurement le pays? (Marcel Petiteau, Bull, de la Soc. méd. de Poitiers, 2' sér., p. oiT, n'' 26, janvier 1857, est. dans : Gaz. hebd. de méd. et chir., p. 567, 7 août 1857.)

A Lyon, par le 45°, 45', 45" de latitude nord, sous une température moyenne annuelle de 11°, 8, sur 452 jeunes filles observées par MM. Pétrequin e( Bouchacourt, l'âge moyen lors de la première menstruation s'élève à environ 15 ans 5 mois 15 jours, si, dans le tableau incomplet donné par MM. Desormeaux et Dubois, l'on fait figurer 5 filles réglées à l'âge tiès-exceptionnellement tardif de 24 ans. Cet âge moyen, insuffisamment expliqué par la présence de ces trois filles si tardivement menstruées, pourrait pai'aitre en rapport avec la croissance très-lente de la race celtique, qui parait constituer la majorité de la population de la région où Lyon se trouve située. Mais, si Ton a vu précédemment nos jeunes hommes habitant l'ancienne Celtique croître en taille jusqu'à vingt-sept à vingt-huit ans, et voire même au delà, on va voir que cet âge de la puberté féminine est moins élevé dans d'autres régions en grande partie peuplées aussi de descendants de Celtes (Pétrequin, Recli. sur la menstr., thèse n° 511. Paris, 1835. — Pétrequin et Bouchacourt, Statist. réunies par Desormeaux et P. Dubois. Menstruation, p. 445-444: dict. de méd. en 50 vol., 2^ éd., t. XIX, 1859, p. 443, ettabl., p. 444).

Par le 48°,50',13" de latitude, sous une température moyenne annuelle de 10°, 5, à Paris, l'ancienne Lutèce, regardée par la plupart des auteurs anciens comme située dans l'ancienne Celtique, sur la limite de la Gaule-Belgique, à Paris, où la population en partie de race celtique est fortement mêlée du sang d'immigrés venus de tous les points de la France, voire même de l'étranger, si l'on réunit les statistiques recueillies par Marc d'Espine sur 85 jeunes filles, par M. Brierre de Boismont et Menière sur 1200, par M. Raciborski sur 437, par MM. Dubois et Pajot sur 600 et par M. de Soyre sur 1000, on reconnaît que pour ces 3522 jeunes filles l'âge moyen, lors de la première menstruation, est de 14 ans H mois 23 jours (Briei-re de Boismont, De la menstruation : Mém. de VAcad. de méd., t. IX, p. 104 et suiv. Paris, 1841. — Raciborski, De la puberté et de l'âge critique chez la femme,... Paris, 1844. — Dubois, Traité complet de l'art des accouchements, t. 1, p. 524. Paris, 1849. — De Soyre, De la primiparité à terme : Gaz. des hôpit., 22 sept. 1863).

Cet âge moyen ne diffère guère de celui des jeunes filles des Sables-d'Olonne. La statistique recueillie par M. Leudet sur 1178 jeunes filles observées à Rouen par le 49°,26',27" de latitude, montre que la première menstruation s'y manifeste également à un âge moyen peu différent, à un peu plus de 14 ans 9 mois 7 jours. Cette puberté est remarquablement hâtive, car la population de cette région de la Finance paraît être composée principalement des descendants d'anciens Celtes, auxquels se sont mêlés dans les temps reculés des Galates-Belges, et au dixième siècle de notre ère des Normands d'origine Scandinave (Leudet, Et. sur la menstruation des femmes de la ville de Rouen et du départ, de la Seine-Inférieure : Congrès méd. intern. de Paris, en 1867, p. 162-170. Paris, 1868).

On peut en outre faire observer que ces âges moyens de la puberté des filles observées aux Sables-d'Olonne, à Paris, à Rouen, sont assez rapprochés non-seulement de celui de 14 ans 11 mois 6 jours, présenté par 3219 jeunes filles observées à Londres par MM. Guy, Lée et Murphy, sous une

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iatitude nord de 51°, 50' et une température moyenne amiuelle de lO'',^, mais aussi de celui de 14 ans 10 mois 9 jours présenté par 540 filles observées par M. Roberton à Mancbester, dans le Lancashire, dans la partie occidentale de l'Angleterre, sous une température moyenne de 10 degrés, par une latitude nord de 53°, 58', auprès et au nord du Pays de Galles où l'on parle encore un dialecte des langues Celtiques, le Welsh, au sud du Cumberland, rancienne Gambrie, où Hoël le Bon, fils de Kadell, ainsi que l'a fait remarquer M. Aurélien de Courson, inscrivait en 940 parmi les lois de son pays que la jeune fille arrivée à l'âge de douze ans était réputée pubère et devait être pourvue d'un mari, lequel devenait son seigneur propriétaire, et que le jeune homme de quatorze ans cessait d'être en la puissance paternelle (Guy, The Med. Times, t. XII, p. 565, 9 aug. 1845. — Murphy, The Dublin Journal of Med. Science, nov. 1, 1844, n° 77, p. 177, 1845. — Robert Lée et Murphy, Statist. rapp. par Roberton : An Inquiry into the Natural Ilistory of the Menstrual Function : Edinburgh Med. andSurg. Journal, t. LXIV, p. 165, 1845.— Roberton, /. c, t. XXXVIII, p. 251, 1852. — Aurélien de Courson, Hist. des peuples bretons, t. Il, p. 21-29. Paris, 1846).

« O'i deuddeng mlwydd allan y daw hronnau a chedor arnai, ac y blodeua, ac yna y bydd oed iddi ei rhoddi i Wr... Post annura duodecimum completum signa pubcrtatis apparebant et tempus erit eam (puellam) viro collocandi. Si autem ex illo tempore viro non fuerit coUocata, ipsa facultatum suarum dominium habehit, et viro seipsam collocare poterit, (§ 14 du cap. xxx du 1. Il, p. 180. Voir aussi p. 181, § 16. Leges Wallicse Hoeli Boni : Cyfreittyeu Hywel Dda. Londini, 1750). — Filius exquo natus fuerit usque adannum decimum quartum completum in patria erit potestate, et pater illi erit dominus (Leges Wallicae, §§ 5 et 8, p. 179).

Les documents statistiques précédents relatifs à l'époque de la puberté parmi la population celtique ne permettent guère d'indiquer l'âge moyen auquel se manifeste la première menstruation chez les filles de cette race.

Cependant, si, tout en admettant que les différences précédemment indiquées puissent tenir, non-seulement à divers mélanges ethniques, mais aussi à des différences de milieux, on cherche à déterminer l'âge moyen des filles observées aux Sables-d'Olonne, à Lyon, à Paris, à Rouen, c'est-à-dire des filles observées dans la région de la France correspondant à l'ancienne Celtique, on voit que cet âge moyen pour 5522 filles s'élève à 14 ans 11 mois 15 jours. D'ailleurs l'immixtion du sang d'anciens immigrants soit Ibériens, soit Ligures, «oit Galates-Belges, Germains, Normands, au milieu des populations Celtiques antérieures, ne rend pas suffisamment compte des différences d'âges observées, car en général la répartition sériale des jeunes filles semble assez régulière, ce qui, suivant la remarque de M. Bertillon, témoignerait de l'homogénéité d'une population, bien que pouvant résulter du mélange ancien et intime de plusieurs races distinctes, en diverses proportions. Néanmoins, pour chercher h. indiquer plus approximativement l'âge moyen de la puberté des jeunes filles de race celtique, on peut utiliser quelques remarques et documents statistiques recueillis à Paris, par MM. Marc d'Espine et Brierre de Boismont, sur l'époque de la première menstruation chez les jeunes filles ayant les cheveux, les yeux, la peau, diversement colorés, et la stature plus ou moins élevée (Marc d'Espine, /. c.,p. 505,etc. — Brierre de Boismont, /.c.,p. 118, etc.).

56 FRANCE (anthropologie).

On a vu précédemment dans la première partie de cette étude anthropologique, lors des descriptions des races Ibère, Ligure, Celte et Germaine, que, tandis que les Ibères présentaient généralement des cheveux noirs, des yeux bruns, une peau colorée, une stature moyenne, les Celtes avaient les cheveux châtains ou bruns, les yeux souvent gris, la taille petite, et les Germains avaient les cheveux blonds, les yeux bleus et la taille élevée. Or, sur 828 jeunes filles pour lesquelles MM. Marc d'Espine et Brierre de Boismont ont tenu compte de quelques-uns de ces caractères anthropologiques, on constate que 147 filles aux cheveux châtains généralement foncés ne sont menslruées qu'à 15 ans 1 mois 5 jours, tandis que 24 i brunes aux cheveux noirs le sont à 14 ans 7 mois 18 jours, et que 14 ans 10 mois 1 jour est l'âge de puberté de 457 blondes, qui, constituant plus de la moitié des filles observées, comprennent vraisemblablement bon nombre de jeunes filles aux cheveux plutôt chàtain-clair que blonds. Il semblerait donc que les filles aux cheveux châtains paraissant appartenir à la race celtique arriveraient plus tard que les autres à la puberté, tandis que les filles brunes aux cheveux noirs paraissant se rapprocher du type ibérien seraient les plus précoces.

Sans insister beaucoup sur la coloration des yeux des jeunes filles peu nombreuses observées par Marc d'Espine, on peut cependant remarquer que, tandis que 50 jeunes filles aux yeux bruns ou noirs auraient été réglées à 14 ans 5 mois 8 jours, 51 aux yeux bleus ne l'auraient été qu'à 15 ans 11 mois 24 jours. Pareillement, selon M. Brierre de Boismont, 150 jeunes filles ayant moins de cinq pieds de haut auraient été réglées à 14 ans 7 mois 14 jours, et 154 ayant plus de cinq pieds ne l'auraient été qu'à 14 ans 9 mois 21 jours. Il semblerait donc que les jeunes filles aux yeux bruns, de taille peu élevée, seraient réglées plutôt que les filles aux yeux bleus, de grande taille, présentant les caractères de la race germanique.

La constatation de cette puberté tardive chez les jeunes filles grandes, à yeux bleus, pouvant être regardées comme étant de race germanique, trouve d'ailleurs sa confirmation d'une part dans le témoignage implicite de Tacite qui, au premier siècle de notre ère, remarquait que la jeunesse, en Germanie, était infatigable, car elle ne se livrait que tard aux plaisirs vénériens, et que l'on ne hâtait pas l'union des jevmes filles (De moribus German., XX); d'autre part dans les documents statistiques recueillis par divers médecins soit en France dans des départements oii des immigrants germaniques sont venus se mêler aux populations celtiques occupant antérieurement le pays, soit dans le nord-ouest de l'ancienne Germanie, de l'Allemagne actuelle, principale demeure de cette race germanique septentrionale.

Si l'on réunit la statistique recueillie par M. Lévy sur 649 jeunes filles la plupart nées à Strasbourg par le 48%54',o7" de latitude, sous une température moyenne annuelle de 9°, 8, avec la statistique recueillie par M. Stoltz sur 600 autres jeunes filles la plupart nées à la campagne, on trouve que la menstruation chez ces 1249 Alsaciennes s'est manifestée à l'âge moyen de 15 ans 8 mois 28 jours, âge moyen très-élevé, quoique moindre que celui des jeunes filles grandes à yeux bleus dont il a été précédemment parié. MM. Stœber et Tourdes ont donc parfaitement motif de remarquer qu'en Alsace la puberté n'est pas hâtive (Lévy et Stoltz, Statist. rapp. par V. Stœber et Tourdes : Topogr. et hist. mécL de Strasbourg etdudépart. du Bas-Rhin,^. 267-268. Paris-Strasbourg, 1864).

En effet, il faut tenir compte de la présence de deux races, l'une vraisent-

FRANCE (anthropologie). 57

blablemcnt celtique, anciennement représentée par les Médiomatrices, l'autre, d'origine germanique, les Tribocces immigrés probablement dans la seconde moitié du premier siècle avant notre ère. Peut-être doit-on attribuer à la différence de l'habitat urbain ou rural certaine différence dans les âges moyens de 649 jeunes citadines réglées à 15 ans 4 mois 9 jours et des 600 jeunes campagnardes réglées à 16 ans 1 mois 24 jours. Il est toutefois bon de remarquer que chez ces dernières la dualité ethnique semble se révéler par l'irrégularité de la répartition sériale des jeunes filles; irrégularité analogue à celle qui, observée par M. Bertillon dans ses études sur la taille, lui avait fait présumer la coexistence de deux races de statures différentes {Bull. Soc. (Vanthr., t. IV, p. 240, 1863). Tandis que dans la série résultant de la réunion des deux statistiques recueillies par M. Lévy et par M. Stoltz on n'observe qu'un maximum à l'âge de 16 ans, époque à laquelle le plus grand nombre des jeunes filles se régleraient, dans la série isolée des 600 campagnardes observées par M. Stoltz il y a deux maxima séparés par un nombre moindre; alors que 100 jeunes filles sont réglées k 16 ans et 103 jeunes filles à 18 ans, il n'y en a que 68 de réglées à 17 ans : il semblerait donc qu'il y a mélange imparfait, juxtaposition, et coexistence des descendantes des deux races, l'une dont la tonction cataméniale aurait commencé à un âge moyen moindre que 16 ans, l'autre chez laquelle cette fonction très-tardive ne se serait établie qu'après la dix-huitième année.

AGE DE 600 JEUNES FILLES ALSACIEN^^ES OBSERVEES PAR M. STOLTZ LORS DE LEUR PP.EMIÈKE MENSTRUATION.

10 ans 1

11 ans 6

12 ans 17

13 ans 50

14 ans 85

15 ans 85

16 ans 100

17 ans 68

18 ans 103

19 ans 46

20 ans 27

21 ans 9

22 ans 4

23 ans 1

Total 600

Pour comparer l'âge de la puberté des Alsaciennes avec celui des Allemandes d'outre-Rhin, on peut rappeler que les 137 jeunes filles observées par Osiander, à Gottingue (Hanovre-Prusse), par le 51", 32', sous une température moyenne de 8", 3, avaient été menstruées à Vâ^^e moyen de 16 ans 1 mois 4 jours. Il faut toutefois faire remarquer que, suivant M. Louis Mayer, dans la répartition sériale par années, de 6000 jeunes filles de l'Allemagne centrale et septentrionale, comprise entre le 50* et le SO*' de latitude, le plus grand nombre, 112 ou 18,7 pour 100, correspond à la quinzième année, tandis que dans la répartition sériale des 1249 jeunes Alsaciennes, observées par MM. Lévy et Stoltz, le plus grand nombre 225 correspond à la seizième année. Les jeunes habitantes de la Prusse, dont bon nombre d'ailleurs ne sont pas de race germanique, sembleraient donc être plus précoces que les habitantes de l'Alsace peuplée anciennement de Celtes et de Germains (Osiander, Diss. inaug. medica de fluxu menstruo atque uteri prolapsu, in-4°. Gottingue, 1808. — Denkwurdigkeiten fiir

FRANCE (a:sthropologie]

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FRxVNCE (amiiropologie). 59

die Heilkunde imd Geburtsliiilfe, Bd. 2, s. 1795. ms. 320. — Louis Mayer (de Berlin), Expos, stalist. sur la menstruation dans l'Allemagne septentrionale et centrale, p. 208 du Congrès méd. internat, de Paris en 1867).

Relativement aux juives assez nombreuses dans certaines régions de la France, on peut rappeler que sur 29 MM. Tourdes et Streber ont reconnu que l'époque de la puberté différait peu de celle des autres femmes de Strasbourg. M. Tilt, en Angleterre, avait également eu l'occasion de remarquer qu'un assez grand nombre de jeunes Israélites n'étaient réglées qu'à 17, 18, voire même 20 ans, quoique généralement on admette la précoce puberté des juives d'origine orientale. M. Raciborski, qui donne une statistique recueillie par M. Lebrun, de Varsovie, sur 100 juives, remarque que, tandis que sur 100 catholiques il n'y en a que 1 réglée à 15 ans, il y a 12 juives réglées à cet âge. Enfin, sur 24 juives observées par M. Liéven, de Saint-Pétersbourg, il y en a 4 réglées à 15 ans, et 5 à 14 ans. Je n'insisterai pas davantage sur ces documents d'ailleurs fort minimes, et peu comparables au point de vue ethnologique, la plupart des Juifs de Pologne et de Russie n'étant nullement de race sémitique, mais descendant de peuplades slaves et lartares, judaïsées du sixième au neuvième siècle de notre ère, alors qu'elles habitaient le midi de la Russie actuelle, vers le bassin du Dnieper et les bords de la mer Noire, ainsi qu'il a été dit précédemment (Stœber et Tourdes, loc. cit., p. 268. — Tilt, De rinfluence du climat et de la race sur la menstruation : Congrès méd. internat, de Paris, loc. cit., p. 199 ; et Monthly Journal of Médical Science, t. XI, 1850. — Raciborski, loc. cit., p. 77. — Liéven, Statist. de la menstruation de 1000 habitantes de Saint-Pétersbourg : Congrès méd. internat, de Paris, p. 205).

Dans cet exposé comparatif des âges de la puberté féminine bien des faits, bien des analogies et des différences, ne semblent pas trouver leur explication dans la diversité des races ; il en ressort néanmoins que dans nos départements méridionaux du littoral méditerranéen, principalement peuplés par des descendants des anciens Ligures, la puberté féminine est précoce, qu'elle se manifeste à l'âge moyen de 14 ans 1 mois 15 jours; que dans le centre, dans l'ouest et le nord-ouest de la France, principalement peuplés par les descendants des anciens Celtes, l'âge moyen des jeunes filles, lors de leur première menstruation, est un peu plus élevé, de 14 ans 11 mois 15 jours, mais que cette puberté est surtout tardive chez certaines fdles grandes, aux yeux bleus, et chez les Alsaciennes, paraissant se rattacher à la race germanique, l'âge moyen de la puberté étant pour elles de 15 ans 8 mois 28 jours.

Quoiqu'on doive attribuer bien moins à une influence ethnique qu'à des conditions climatologiques rigoureuses l'aménorrhée hyémale, la suppression du flux cataménial durant quelques mois d'hiver, signalée par MM. Guérault et Bellebon, chez les Groënlandaises, il est bon de rappeler que pareille remarque a été faite en France, dans l'Oisans, région monlasneuse du déoartement de l'Isère, région où la température s'abaisse parfois jusqu'à — 15 degrés, La menstruation, dit M. Roussillon, s'y manifeste « ordinairement de 16 à 18 ans. Cette fonction organique présente quelquefois,... dans les communes les plus froides, une intermittence singulière qui dure pendant les six mois de la mauvaise saison, sans que l'aménorrhée amène aucun trouble dans la santé. » Même suppression de la fonction menstruelle est signalée par M. Lombard, de Genève, chez les femmes habitant à de grandes hauteurs dans les Alpes (Bellebon et Guérault, Yoy. dans les mers du Nord du prince Napoléon, partie phy-

60 FRANCE (anthropologie).

siologique et médicale, p. 40, 1857. — Roussillon, L'Oisans : Essai historiq. etstatist., p. 29, etc. Grenoble, 1847. — H. G. Lombard, Les climats de montagnes considéi'és au point de vue médical. Genève, p. 122, 5*= édit , 1875).

De la matrimonialité. Quoique l'âge moyen des époux lors des mariages en premières noces, quoique la matrimonialité plus ou moins précoce, plusoumoins tardive physiologiquement, semblent devoir être la conséquence de l'âge de la puberté et du développement corporel plus ou moins précoce, plus ou moins tardif dans les nations diverses, il est loin d'en être ainsi. Trop.souvent les conditions sociales priment les conditions pbysiologiques. Si, d'après MM. Roberton et Tilt, dans les Indes, « les lois religieuses prescrivent le mariage aux jeunes filles avant l'époque (le la puberté )) (Tilt, loc. cit. -.Congrès mé(Lmt.deParis,-p. 187, 188), on a vu précédemment aussi que dans notre occident, dans la Gambrie, au nord du pays de Galles, les lois d'Hoël prescrivaient que la jeune fdle^ ari^ivée à l'âge de 12 ans, fût pourvue d'un mari qui devenait son seigneur propriétaire (Leges Wallicœ Hoeli Boni, 1. II, cap. xxx,§ 14). Ces lois ne tiennent donc guère compte de l'âge de la puberté féminine, du développement physique de la jeune fille.

Actuellement en France, « l'homme avant 18 ans révolus, la femme avant 15 ans révolus, ne peuvent contracter mariage » {Code, civil art. 144). En Angleterre, rappelle M. Bertillon, la loi permet le mariage des filles à 15 ans, mais celui des garçons pourrait avoir lieu dès l'âge de 16 ans, tandis qu'en Saxe, pour se marier, ils devraient avoir 21 ans (Bertillon, art. Mariage, p. 19 : Dict. encycl. des se. niéd., 1872).

En rapprochant ces âges légaux des âges de la croissance maxima des jeunes hommes et des âges de la puberté féminine, précédemment indiqués, on peut remarquer que la croissance de l'homme dans les races celtique et germanique septentrionale continue bien au delà de la dix-huitième année, et que la première menstruation se manifeste souvent, surtout chez les filles aux yeux bleus, et chez les Alsaciennes en partie de race germanique, au delà de la quinzième année. Aussi est-ce vraisemblablement à cause de ce développement tardif de la race germanique, qui parait peupler en grande partie la Saxe, que dans ce pays le mariage n'est autorisé qu'à 21 ans pour l'homme, et à 18 pour la fille. Dans nos pays, comme la France et l'Angleterre, à ethnogénie trèscomplexe, où à côté de descendants de races germanique et celtique se trouvent soit des Aquitains, des Silures de race ibérienne, soit des Ligures, à développement rapide, à puberté précoce, on a été amené à autoriser le mariage à l'âge de 15 ans pour les filles. Dans la détermination de cet âge il fallait, en effet, que la loi tînt compte des âges moyens de la puberté féminine dans les différentes races composant la population, mais aussi qu'elle ne fît pas trop obstacle à la satisfaction légale des sentiments affectifs des jeunes filles appartenant aux races les plus précoces ; car, ainsi que l'ont indiqué Benoiston de Chateauneuf et M. Bertillon, tout obstacle apporté aux mariages se manifeste trop souvent par l'accroissement des unions illégitimes, non moins fâcheuses sous le rapport de la moralité publique que préjudiciables à la prospérité de la population, 1000 enfants illégitimes, en France, donnant de 0 à 21 ans plus de 761 mort-nés et décédés, plus des trois quarts, alors que 1000 enfants légitimes n'en donnent que 359, un peu plus d'un tiers, ainsi que je l'ai ailleurs montré (Benoiston de Chateauneuf, Considér. sur les enfants trouvés, p. 50, 57. Paris, 1824. — Bertillon,

FRANCE (anthropologie). 61

art. Ba\ièke, § 29, p. 609 : Dict. encycl. des sciences mécL, 1868. — G. Lagneaii, De l'influence de l'illégitimité sur la modalité : Annales d'hyg. et de ■méd. lég., 1876).

Pour le mariage des garçons, les âges minima fixés à 18 ans en France, et à 16 ans en Angleterre, semblent bas et extrêmement bas. Ce dernier âge est pour le sexe masculin presque comparable à celui de 12 ans fixé anciennement pour le sexe féminin par les lois d'Hoël le Bon.

On s'étonne de voir en Angleterre, dans ce pays situé au N.-O. de l'Europe, des âges légaux aussi minima fixés pour les unions matrimoniales. D'ailleurs, sans attribuer exclusivement à cette législation la fréquence des jeunes unions, il faut remarquer qu'en Angleterre elles sont plus nombreuses avant 25 ans qu'en Italie et surtout qu'en Autricbe. En effet, « en Angleterre, dit M. Bertillon, plus de la moitié des mariages des liommes (504 sur 1000), et presque les deux tiers de ceux des femmes (650), se célèbrent avant 25 ans, tandis qu'en Italie, où l'on aurait pu croire les mariages plus hâtifs, il n'y a pour 1000 mariés de chaque série que 232 hommes et 598 femmes ayant moins de 25 ans ; » proportions qui en Autriche, propre et à Salzbourg, descendraient à 95 hommes et 250 femmes (Mariage, p. 19 et 20 : Dict. encycl. des sciences méd., 1872).

On peut cependant présumer que les obstacles légaux apportés aux mariages prématurés des garçons auraient peut-être moins d'inconvénients que ceux Telardant le mariage des filles. Toutefois, le célibat masculin a presque forcément pour conséquence la prostitution féminine. Or la prostitution, très-fâcheuse au point de vue de la moralité, est fâcheuse aussi au point de vue de la natalité et de l'accroissement de la population, car les prostituées, souvent remarquables par leur beauté, sont ainsi éloignées de la procréation légitime ; et si elles enfantent, elles donnent une natalité illégitime, plus que toute autre déplorable. Mais, ainsi que l'ont montré Serres et M. .leannel, la plupart de leurs conceptions se terminent par des fausses couches, après les premières semaines de gestation (Serres, cité par Parent Duchatelet, De la prostitution dans la ville de Paris, 1. 1, p. 255, etc., 5^ éd., 1857. — Jeannel, De la prostitution publique, p. 177, 2' éd., 1865).

Pour la France, M. Bertillon n'hésite pas à dire « que la loi doit être changée, qu'elle ne doit autoriser le mariage de nos jeunes hommes qu'après leur majorité » (Mariage, loc. cit , § 47, p. 47).

Qu'on prétende ou non faire modifier les âges minima fixés par la loi française à 15 ans pour le mariage des filles, à 18 pour celui des garçons, il importe toujours de rappeler combien les unions prématurées sont préjudiciables à ceux, garçons ou filles, qui les contractent. En effet, depuis longtemps j'ai fait remarquer que les jeunes époux ayant moins de 20 ans comparés aux célibataires de même âge présentent une mortalité de 5 à 11 fois plus forte, dans le rapport de 0,80 à 9,01 décès pour 100 jeunes hommes durant la période de 1858 à 1860, de 0,76 à 5,85 durant celle de 1861 à 1865 (G. Lagneau, Du recrutement de l'armée, p. 5 : extr. de : Gaz. heb. de méd., 1867 et Considér. médical, et anlhrop. sur la réorganisation de l'armée, p. 6 : extr. de : Gaz. heb. de méd., 1871). Pareillement M. Bertillon, en parlant des mariages des jeunes hommes de 18 à 20 ans, s'exprime ainsi : « C'est un dommage, un péril énorme pour le jeune homme, lorsque, usant de la loi civile plus que de celle de la nature, il se marie avant sa vingtième année révolue ;

62 FRANCE (A^•TII^,o^oLOGIE).

sa moi-talitc n'est que de 14, elle s'élève à 100.... Le législateur, s'il maintient une loi aussi funeste, étouffe chaque année dans un pronubium mortel 450 à 200 de nos jeunes hommes. Ils sont 4000 qui, non mariés, eussent donné à la mort 27 ou 28 d'entre eux, mais qui, usant d'une mauvaise loi, en ont donné 200 » (Mariage, § 47, p. 44, 47, etc. : Dict. encycl. des se. méd. — Voir aussi : Influence du mariage sur la vie humaine : Gaz. hebd. de méd., 25 novembre

M. Berlillon a également montré que les femmes mariées présentent, mais en beaucoup moindre proportion que les jeunes hommes, une mortalité un peu plus forte que celle des filles dans le rapport de 458 à 100 de 45 à 20 ans, de 149 à 100 de 20 à 25 ans. Les dangers de la parturition et surtout de la primiparité auf^menteraient donc d'environ moitié de 15 à 20 ans, d'environ im cinquième de 20 à 25 ans, la mortalité de nos jeunes femmes. En Hollande, oii la plus grande partie de la population appartient à la race germanique, la mortalité proportionnelle des jeunes épouses s'élève davantage. De 45 à 20 ans elles présentent une mortalité plus du double de celle des filles de même âge, dans rapport de 208 à 100 (Liertillon, /. c, § 48, p. 47). Cette remarque semblerai autoriser à penser que cette influence nocive du mariage hâtif est surtout grande pour les femmes de cette race germanique, dont on a vu précédemment Tacite signaler les mariages tardifs, et dont la puberté tardive a été démontrée depuis statistiquement par Osiander pour les filles de Gottingue. par MM. Stoitz, Lévy, Stœber et lourdes, pour les Alsaciennes.

Des considérations précédentes il semble ressortir que, dans une nation qui, comme la nôtre, se trouve composée de peuples de races diverses, à développement physiologique inégalement rapide, il est difficile de préciser pour le mariage quels sont les âges minima préférables; tout en reconnaissant cependant qu'il y aurait moins d'inconvénient aies élever au-dessus des âges moyens de la puberté féminine et du développement masculin suffisant de la race la plus tardive, qu'à les fixer d'après les âges moyens de puberté et de développement de la race la plus hâtive. Toutefois, si, contrairement à la demande très-justifiée de M. Bcrtillon, nos législateurs ne croient pas devoir élever davantage l'âge fixé à 18 ans pour l'homme par l'article 144 du code civil, pour retarder, dans certaine mesure, les mariages prématurés des jeunes hommes, pour eux si préjudiciables, peut-être, ainsi qu'il a été indiqué précédemment, serait-il possible de les appeler dès 18 ans à faire le service militaire auquel tout Français est astreint. La loi militaire, par son article 44, interdit le mariage du jeune soldat durant son service dans l'armée active de 20 à 25 ans, ou plus exactement ne laisse la faculté de se marier sans autorisation qu'au soldat renvoyé en disponibilité de l'armée active après 21 ans, et à celui de la réserve après 25 ans (Loi sur le recrutement de l'armée du 27 juillet 1872, art. 44, p. 100 : Bulletin des lois de la République française, XII" sér., 2^ semestre 1872, p. 97-118. Paris, 1873).

Mieux vaudrait que cette interdiction portât de 18 à 23 ans, alors que la vie matrimoniale est si Icthifère pour le jeune conjoint. Au sortir de l'armée active (c'est-à-dire pour la plupart à 25 ans, si l'on croit devoir maintenir cette trop longue durée de 5 ans de service actif), ces hommes chercheraient à se faire une position, et se marieraient, à leur grand avantage personnel, puisqu'à partir de la période de 20 à 25 ans, ou plus approximativement de 21 à 22, selon M. Bertillon, la mortalité devient moindre chez les hommes mariés que chez

FRANCE ( amiiropologie). G5

les célibataires, mais aussi au grand avantage de l'accroissement et delà prospcrilé delà nation : car le mariage donne des enfants le'gitimes qni à 21 ans comptent 640 survivants sur 1000, tandis que le célibat militaire ou civil prolongé a pour conséquence la prostitution si favorable à la propagation des znaladies vénériennes, et ne donne que des enfants illégitimes qui à 21 ans ne comptent plus que 238 survivants sur 1000 (G. Lagneau, De l'infl. de Tillégit., p. 45, extr. des Annales dliygiène et de méd. lég., 1876),

Au point de vue de la matrimonialilé, la durée du service militaire dans l'armée active, actuellement fixée à cinq années, devrait être fixée à trois années. Les jeunes hommes se trouveraient dès lors libérés à la fin de la 21^ année, âge à partir duquel la moindre mortalité des hommes mariés comparés aux célibataires doit engager à favoriser le mariage. Dans le but d'apprécier la restriction apportée à la matrimonialité et à la natalité léoitime par le célibat militaire, M. Ely, appliquant à l'effectif le rapport par âoes des mariés sur 100 liommes de la population générale, reconnaît que, pour l'année 1866, en France, les 7 727 504 couples mariés en l'absence de toute obligation de célibat militaire se seraient accrus de 120 000 couples de plus, donnant 22 000 naissances légitimes. 11 évalue à 6 pour 10 000 la part du célibat militaire dans la restriction apportée à l'accroissement de la population française (L'armée et la population : Gaz. hebd. de méd. et de chir., 17 février 1871, p. 43 et 18 août 1871, p. 446, 2« col.). Cette proportion est importante quand il s'agit d'une population dont l'accroissement est peu considérable, de 58 à 48 pour 10 000 habitants selon les années (Stat. de la France, 2« sér., t. XVlll, p. csxi, et noiJv. sér., t. II, p. xlii).

« La conscription, dit M. Noël Guéneau de Mussy, rend plus tardive pour le prolétaire l'époque du mariage. De là le libertinage, de là l'altération de l'espèce, résultat presque fatal de la tardiveté des unions. Notre race est la moins productive de l'Europe civilisée, et peut-être celle à laquelle la jeunesse contribue pour une moindre part. La jeunesse donne à ses produits la force et la beauté (Considér. sur la médec. sociale : Gaz. des hôpit., 25 févr. 1871, p. 95). «Il y a, dit M. Chauffard, de grandes institutions dirigées contre le mariao^e; il y a de grandes agglomérations d'hommes jeunes et valides, le plus ardent et le plus pur de notre race, auxquelles on ne laisse d'auti^e ressource que les unions de passage, la pire espèce des unions illégitimes. Je veux parler des grandes armées permanentes... Pensez à la situation de quatre à cinq cent mille hommes jeunes et vigoureux, à qui le mariage est interdit... N'est-ce pas décréter en quelque sorte la prostitution ou les unions illégitimes? Cela est si vrai que partout, ainsi que le dit M. Legoyt, le nombre des naissances naturelles s'accroît en raison directe des effectifs militaires. Triste, mais instructive solidarité ! » (Chauffard : Âcad. de méd., 28déc. 1869; Gaz. Jiebd. de méd., 28 janvier 1870^ p. 54. — Legoyt, La France et l'étranger, et. de statist. comparée, t. II, 49« et. : Les naissances illégitimes, p. 441.)

L'influence restrictive du célibat militaire sur la matrimonialité et par suite sur la natalité légitime et l'accroissement de la population est donc incontestable. Pour l'atténuer autant que possible, il semblerait donc utile de fixer à 18 ans l'appel des jeunes gens dans les camps d'instruction, et de réduire à trois ans le temps de service actif. 11 est permis de penser que cette réduction de temps ne s'opposerait nullement à l'obtention d'une instruction militaire complète. Il est même incontestable que, pour beaucoup déjeunes •"ens intelli-

64 FRANCE (anthropologie).

gents, cette durée de service pourrait être considérablement réduite, si des inspections trimestrielles passées par des officiers supérieurs renvoyaient dans leurs fovers les jeunes soldats reconnus suffisamment instruits ; inspections plus conformes aux principes égalitaires qui nous régissent que l'institution, d'ailleurs avantageuse, des volontaires d'un an.

« Quand on a passé sous les drapeaux le temps nécessaire pour se former aux armes, disait le colonel du génie Guérin, on a plus à perdre qu'à gagner en continuant plus longtemps la vie de garnison » (col. Guérin cité par André Cochut : Le nroblème de l'armée. Réorgan. de la force milit. en France, Rev. des Deux Momies, l"fév. 1867, p. 666).

Dans son rapport à l'Assemblée nationale sur le recrutement et l'organisation des armées, M. Chasseloup Laubat a rappelé que les canonniers brevetés et les fu siliers marins sont formés au bataillon de Lorient en moins d'un an, « grâce aux soins incessants dont ils sont l'objet, enfin aussi aux avantages offerts à ceux qui méritent d'être brevetés » (Supplém. du Temps, p. 4, col. 2, texte et note 2, 1872). Il serait désirable qu'il en fut de même pour tous les soldats de notre armée. La possibilité d'être promptement renvoyés dans leurs foyers, oiî ils pourraient se créer une position et se marier, stimulerait chez beaucoup le désir de s'instruire en peu de temps.

Sans vouloir insister davantage sur l'influence restrictive apportée par notre organisation militaire à la matrimonialité de notre population, il est bon cependant de remarquer encore qu'au point de vue de la matrimonialité il serait préférable de réunir les jeune» recrues dans des camps d'instruction, plutôt que de les caserner dans les grandes villes. En effet, ainsi que le remarque M. Léon Le Fort, l'oisiveté et les dissipations de la vie de garnison font perdre en général aux campagnards, en particulier aux agriculteurs qui, suivant M. Ély, sont au nombre de 50 pour 100 dans le contingent, leurs habitudes sobres et laborieuses, leur créent des goûts nouveaux, des plaisirs factices, et, lors de la libération du service, leur font redouter le travail pénible des champs auquel ils ne sont plus accoutumés et très-souvent les déterminent à se fixer à la ville (Léon Le Fort, Du mouvement de la population en France : Rev. des Deux Mondes, 18 mai 1867, p. 481. — Ély, loc. cit. : Gaz. hebd. de méd.,Zd 10 fév. 1871, p. 16). Or, proportionnellement aux adultes, les mariages sont moins nombreux dans les grandes agglomérations urbaines que dans les campagnes. En 1872, dans le département de la Seine, le centre urbain le plus considérable de notre pays, sur 10 000 mariables, 700 seulement se marièrent, tandis que dans les autres départements il y en eut 810; différence de plus d'un huitième en faveur des provinces (Statist. de la France, nouv. série, t. II, p. XXV, 1872. Paris, 1875). L'influence restrictive de l'habitat urbain sur la matrimonialité est donc considérable. Aussi importe-t-il au point de vue de la matrimonialité, comme aussi au point de vue de la natalité et surtout de la mortalité, ainsi qu'il sera plus tard indiqué, de chercher à limiter l'immigration des ruraux vers les centres urbains, non-seulement en substituant le campement rural au casernement urbain, si préjudiciable à la santé, mais aussi en cherchant à i-etenir les ruraux dans les campagnes.

Or cette immigration des ruraux vers les villes est constante et de plus en plus considérable.: On peut en juger par les nombres proportionnels suivants relatifs à la population urbaine résidant dans des communes ayant plus de 2000 habitants, et à la population rurale résidant dans des communes en ayant

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moins de 2000. En 1846, sur 10 000 de population générale, il y avait 2442 de population urbaine et 7558 de population rurale ; en 1872 il y avait 5106 de population urbaine et 6894 de population rurale; différence de 664 pour 10 000 en vingt-six ans, déplacement d'un quinzième de la population totale; augmentation de plus d'un quart de la population urbaine (Stat. de la France, 12^ sér., ■t. XXI, p. xx-xxi, Dénombrement de 1872, 1875).

Population url)aine. .

— rurale . .

— totale. . .

Après nos désastres, malgré la diminution considérable de notre population générale, on a constaté une augmentation notable de la population de la plupart des villes ayant plus de 30 000 âmes, en particulier de Paris, Saint-Etienne, Marseille, Reims, Roubaix. En effet, ces villes en 1872 comptaient 26 518, 14 194, 12 733, 11 260, 10 896 habitants de plus qu'en 1866, époque du précédent dénombrement [Journal officiel, 5 janv. 1873).

Pour combattre ou restreindre autant que possible cette immigration des ruraux vers les villes, il serait nécessaire que, par une décentralisation de plus en plus complète, par la répartition pbis générale dans les départements des fonctions, emplois et dépenses, par un équilibre plus parfait des impôts dégrevant la propriété rurale, on cherchât à retenir dans les campagnes où la matrimonialité est supérieure, mais surtout oiàla mortalité est beaucoup moindre ^ue dans les grandes villes, les ruraux riches ou pauvres attirés vers les agglomérations urbaines par les salaires élevés, par les plaisirs nombreux.

Ainsi que le faisait remarquer M. Rodet au Congrès médical de Lyon (22 sept. 1872), dans notre société actuelle, deux motifs de dépenses excessives éloignent du mariage nombre de célibataires : l'usage abusif des alcooliques pour les gens peu aisés, principalement pour les hommes, mais voire même pour les femmes dans certaines régions ; les entraînements d'un luxe exagéré pour les personnes plus ou moins riches, principalement pour les femmes et certains jeunes hommes. L'usage abusif des alcooliques donne à l'ouvrier des habitudes de débauche qui l'éloignent de son ouvrage, et l'empêchent d'amasser l'argent qui lui permettrait de se marier et de subvenir aux besoins d'une nouvelle famille. La loi pour la répression de l'ivresse, votée sur la proposition de M. Théophile Roussel, restreindra sans doute cette plaie sociale. Mais il importerait surtout que, par l'instruction plus généralement dispensée, rendue obligatoire, on cherchât à éclairer l'ouvrier sur ses propres intérêts physiques et moraux. C'est encore par l'instruction, mais par une instruction supérieure plus sérieuse, peut-être aussi par la suppression de certaines subventions trop propres à développer les goûts dispendieux, qu'on peut espérer écarter des entraînements d'un luxe exagéré, source onéreuse de besoins factices, bien des personnes plus on moins aisées, riches ou pseudo-riches, préférant le célibat au mariage (fui les mettrait dans la gêne, les jetterait dans une misère relative ; car, en leur créant des devoirs de famille, il ne ferait en même temps qu'accroître les exigences de la vie dispendieuse qu'impose aux mariés d'une certaine position une société frivole et vaniteuse.

Après avoir insisté longuement sur les obstacles apportés à la matrimonialité par le service militaire, par l'immigration urbaine, il est juste aussi de faire DICT. ENC, A' s. V. 5

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remarquer avec M. Broca que le célibat religieux apporte e'galement une grande restriction à la matrimonialilé et par suite à la natalité de la nation {Bull, de VAcad. de méd., 26 mars 1867, t. XXXII, p. 592, et Gaz. hebd. de méd., 29 mars 1867, p. 202, etc.).

En France, en 1861, on comptait 43557 prêtres catholiques, 17776 religieux et 90 345 religieuses, y compris les frères et sœurs lais, convers et novices, soit 151 676 adultes voués au célibat (Stat. de la France, 2" sér., t. XllI, p. Lxxnv et ex). En tenant compte d'une part du rapport des mariages aux adultes, c'est-à-dire aux habitants en âge d'être mariés, soit 1 mariage pour 87 adultes, d'autre part du rapport des naissances aux adultes, soit 1 naissance pour 28 adultes (Stat. de la France, 2« sér., t. Xf, p. xxiii, et t. Xlll, p. li et liv et p. 95, 100, etc.), on reconnaît que 151 676 célibataires religieux pouvaient être regardés comme amenant annuellement un déficit de 1745 mariages et de 5417 naissances. Et d'après le dénombrement de 1872 le clergé catholique, soit séculier, comprenant les évêques, curés, vicaires, aumôniers, etc., soit régulier, comprenant les moines et les religieuses, ne serait pas diminué. Si les moines et les religieuses ne sont plus qu'aux nombres de 13 102 et de 84 300, sans compter 2680 hommes et 6409 femmes à leur service, la plupart vraisemblablement célibataires également, le nombre du clergé séculier a augmenté : il compterait 52 148 personnes (Stat. de la France, 2" sér., t. XXI, p. 156-158^ Dénombr. de 1872). Tout en respectant entièrement la liberté individuelle qui porte de si nombreux compatriotes vers les ordres religieux, on peut du moins au point de vue de la matrimonialité, de la natalité et de l'accroissement de la population, exprimer le regret que le catholicisme interdise le mariage aux membres du clergé, contrairement aux dogmes des premiers chrétiens, qui prenaient parfois pour évêques des laïques mariés comme saint Sidoine Apollinaire, gendre de l'Empereur d'Occident Avitus, nommé évêque de Clermont en 472; contrairement d'ailleurs aux conditions physiologiques de l'humanité, dont les législateurs religieux tiennent rarement assez compte. Les annales judiciaires enregistrent la proportion considérable d'attentats aux mœur& commis par des membres du clergé auxquels sont confiés de jeunes enfants; M. Bertillon l'a rappelé, d'après les recherches comparatives ordonnées par M. Duruy dans les écoles congréganistes et les écoles laïques (Mariage : Dict. encycl. des sciences méd., p. 57-38).

À propos de la matrimonialité une question qui a beaucoup attiré l'attention est celle des mariages consanguins, auxquels on a attribué une grande nocuité pour la descendance. Peut-être même cette nocuité a-t-elle été exagérée par suite de certaines préoccupations extra-scientifiques, par le désir de certains auteurs de trouver dans les observations anthropologiques une sanction scientifique des interdictions prescrites par les religions actuellement professées dans notre Europe civilisée.

Chez quelques anciens peuples ayant concouru à la formation des nations de l'Europe occidentale, les unions consanguines ne devaient pas être rares, et n'étaient nullement interdites : car plusieurs de ces peuples admettaient la communauté des femmes. César, en parlant des Bretons de l'intérieur de l'île, c'est-à-dire des habitants de la partie septentrionale de la Grande-Bretagne, se teignant en bleu, dit que les femmes étaient communes à dix ou douze, surtout à des frères, à des pères et à des fils ; les enfants étaient regardés comme appartenant à celui qui avait eu la femme vierge. « Uxores habent déni duodenique

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inter se communes, et maxime fralres cum fratribiis parentesque cum liberis ; sed, si qui sunt ex bis nati, eorum habenlur liberi, quo primum virgo quaeque deducla est » (De Belio Gallico, lib. V, cap. xiv).

Strabon rapporte que dans l'île d'Ierne, 'liavn, l'Irlande, les babitanls s'unissaient avec toutes les femmes, avec leurs mères et leurs sœurs ... y.où rauvspôjç po-yecÔKi, ~«ïç T£ uDmç ywai^l, v.<jx pyjTpâa-i x.ai oi^ù.'sai^ (1. IV, cap. VI, § 4 , p. 167, coll. Didot).

Dion Cassius dit e'galement, en parlant des Calédoniens et des Mceates du

nord de la Grande-Bretagne, qu'ils usaient des femmes en commun ... ratç

^yvat^îv È7rty.oîvoi; y^pûas^/oi (flist. Rom., t. X, 1. LXXVl, § 12, p. 304, texte

et trad. de Gros et Boisée). Malgré cette promiscuité familiale, l'outrage à la

virginité paraît avoir été vivement ressenti par certains de ces insulaires. Le

viol par des Romains des fdles de Boadicée et de Prasutag, roi des Icènes,

anciens habitants des environs de Norwich, fut un des motifs du soulèvement

de ces Bretons (Tacite, Anti., 1. XIV, cap. xxxi, etc.).

Précédemment, à propos des Agathyrses, peuple sarmate ayant comme certains Bretons insulaires l'usage de se peindre en bleu, peuple auquel quelques historiens du Poitou avaient cru, sans preuve suffisante, devoir laire remonter les Pictavi, anciens habitants de cette région, on a vu que, selon Hérodote (I. IV, g cm, p. 215, coll. Didot), ils admettaient aussi la communauté des femmes et par suite se considéraient tous comme frères ou cousins. Si cette communauté des femmes existait chez plusieurs autres peuples d'Europe, entre autres chez les Liburnes de la côte illyrienne, ainsi que le dit Nicolas Damascène, elle n'existait ni chez les Gaulois, ni chez les Germains (Nicolas Damascène, Geogr. gr. min. frag., IH, t. III, p. 458, coll. Didot. — Scylax Car. Peripl., Geogr. graec. min., p. 26, frag. 21). Selon César et Tacite, chez les Gaulois et chez les Germains, les mariages étaient monogames ou polygames. La Germaine adultère était sévèrement punie ; rasée, dépouillée de ses vêtements, elle était chassée à coups de fouet de la bourgade, et à jamais déshonorée (César, De Bell. GalL, 1. VI, cap. xix. — Tacite, De Mor. Germ., XVIIl. XIX).

Sans parler ni de nombreux Orientaux se mariant entre frères et sœurs, comme Cambyse, fils de Cyrus, qu'Hérodote dit avoir épousé ses deux sœurs de père et de mère (1. III, cap. xxxi, p. 142), je rappellerai que chez les Grecs, dont quelques émigrants fondèrent Ma'ixilia, Marseille, et beaucoup d'autres colonies sur notre littoral méditerranéen, les mariages entre frères et sœurs étaient licites. Le maître des dieux, Jupiter, en épousant Junon sa sœur, les autorisait à contracter ces unions consanguines. Non-seulement Démosthènes parle d'un certain Apollodore qni épousa sa sœur, la fille de son père, et d'autres exemples analogues pourraient être recueillis : v.aX é'^wzsv ' kTz^jXï.o^ùpM Tw \)ki T&j èzeî'jou ôuyarspa f/èv a.mo\) à'Jsï'fvy (Démosthènes, Oratio in Neaeram, § 2, p. 707, coll. Didotj, mais dans les familles princières plus en évidence ces mariages entre frères et sœurs paraissent avoir été très- fréquents, sinon habituels, vraisemblablement pour ne pas diviser la fortune et le pouvoir. Parmi les Ptolémée d'Egypte, issus d'un des généraux grecs d'Alexandre, ces unions étaient constantes. Une Arsinoé épousa successivement ses deux frères, Ptolémée Céraunus de Macédoineet Ptolémée 11 Philadelphe. La belle Cléopâtre épousa ses deux frères, Ptolémée XII et Ptolémée Xlll {Bull. Soc. d'anthr., t. III, p. 178, 1862. — Voir : Douillet, Dict. d'Hist., les Ptolémée, 1845).| Ainsi que le remarque Cornélius Nepos, à propos du général athénien Cimon,

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qui avait épousé sa sœur germaine, suivant l'usage de son pays, les Romains réprouvaient ces sortes d'unions. « Neque enim Cimoni fuitturpe, Alheniensium sumnio viro, sororem gcrmanam liabere in matrimonio » (Cornélius Nepos, Prœfatio, p. 5, coll. Nisard, éd. Dubochet).

Les lois des Romains, conquérants de notre pays, devinrent celles des Gaulois; et lorsque l'empire d'Occident fut envahi par les. peuples germaniques, les interdictions légales apportées au mariage furent au moins aussi nombreuses, sinon plus, ainsi qu'on peut le voir dans les lois wisigothes, dont la rédaction paraît avoir été commencée sous Éric, vers la fin du cinquième siècle. Ces lois interdisaient les unions avec les femmes descendant du père, de la mère, des aïeux, des ascendants de l'épouse, mais aussi avec la fiancée et la veuve du frère : « Nulhis prsesumat de génère patris vel matris, avi quoque vel aviae, seu parentum uxoris, fratris etiam desponsatam ac viduam, vel propinquorum suorum relictam, sibi in matrimonio copulare, vel adulterio polluere.... » (WisigothorumLeges, lib. III, titulus V, § 1 : Dom Bouquet, Rec. des liist. des Gaules, t. IV, p. 534).

Actuellement en France, les articles 161, 162 et 163 du Code civil prohibent le mariage entre tous les ascendants et descendants, entre le frère et la sœur légitimes et naturels, et les alliés aux mêmes degrés, voire même entre l'oncle et la nièce, la tante et le neveu; dernières prohibitions facilement levées d'ailleurs. Quant aux mariages entre cousins germains et issus de germains, ils ne sont nullement prohibés par notre législation. Aussi, malgré la circulaire adressée aux préfets le 24 novembre 1863 par le ministre, M. Arm. Béhic, il est trèsprobable que, parmi les mariages consanguins, ceux entre cousins sont loin d'être tous parfaitement enregistrés. D'après la statistique officielle pour l'année 1874, les mariages consanguins ne se seraient élevés qu'au nombre de 5570 sur 505115 mariages en général, soit 111 mariages consanguins sur 10 000 mariages généraux. Il faut remarquer qu'outre ces 5570 mariages dits consanguins, il y en a 1545 entre beaux-frères et belles-sœurs ; mariages que la loi wisigothe interdisait, et que la loi juive, la Bible, prescrit lorsque la bellesœur reste veuve sans enfant {Bible : Doutéronome, ch. xxv, §§ 5 à 10). Ces unions, souvent réunies avec celles véritablement consanguines dans diverses statistiques, sont des mariages entre parents par alliance, mais nullement entre parents consanguins. 11 n'y a donc que 5570 véritables mariages consanguins em-egistrés, soit 1 mariage consanguin sur 90 autres mariages ; proportion peu considérable. Dans ces 5570 sont compris 51 mariages entre neveux et tantes, 178 entre oncles et nièces, et 5141 entre cousins et cousines. Le tableau suivant donne la proportion de ces mariages de 1869 à 1874 (Statist, delà France, nouv. sér., 1874, t. IV, p. xxviii, et tabl. 1, p. 15, 1877).

MARIAGES COXSANGOINS

Eutre

Entre

Entre

Proportion

neveux

oncles

cousins

sur 100 mariages

Mariages

et lanles.

et nièces.

germains.

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