NUPTIALITÉ A CHAQUE AGE
GnoDrE d'âge
Calvados
Seine-Inférieure . . ,
Ainsi, avant 35 ans, c'est à tous les âges que la nuptialité du Calvados l'emporte de beaucoup sur celle de la Seine-Inférieure; de 35 à 40, Li nuptialité du Calvados est encore plus forte ; c'est seulement après cet âge, alors que le nombre des mariages devient très-faible, que la nuptialité de la Seine-Inférieure l'emporte un peu. On peut donc affirmer sans hésitation que les gens du Calvados se marient bien plus et ont un goût plus prononcé pour le mariage que ceux de la Seine-Inférieure ; et pourtant, c'est à la conclusion contraire que l'on eût abouti par la considération, soit de la nuptialité générale et soit même de celle des mariables ci-dessus donnée.
La cause de cette apparente contradiction réside dans le plus grand nombre de femmes âgées du Calvados ; les vieilles mariables au-dessus de 50 ans de ce département sont fort nombreuses, et comme elles ne contractent que de rares mariages, elles font descendre la nuptialité générale. C'est pour affranchir la nuptialité de cette cause de trouble, sans être obligé de recourir à la nuptialité par âge, que nous avons proposé la détermination de la nuptialité du groupe de
486 FRANCE (DÉMOGRArniE).
\l à oO pouj- les femmes, de 18 à 60 pour ks hommes, groupe qui comprenu tous les individus vraiment mariables au point de vue utilitaire ; on éloigne ainsi du rapport une population sénile, dont la proportion est fort différente dans les différents départements (il est des départements comme la Ilaute-Vienne qui, par 1000 habitants, n'en comptent que 70 au-dessus de 60 ans, et d'autres, comme l'Eure, qui en ont 165), et l'on conçoit combien l'immixtioii de ces prétendus mariables, ne contractant que de fort rares mariages, avec la population vraiment et utilement mariable, altère profondément et (ce qui est pis) fort diversement la nuptialité. C'est pour parer à cette cause d'erreur que nous avons proposé et exécuté dans ce travail de remplacer la considération de la nuptialité générale des mariables de tout âge par celle des mariables de 15 à 50 pour les femmes et de 18 à 60 lK)ur les hommes (nous eussions préféré 18 à 65 ans. mais le nombre des mariages à ces âges n'est donné que de 50 à 60 et de 60 à la fin de la vie) .
Si, en effet, nous interrogeons cette nuptialité ainsi limitée, nous trouvons qu'elle est pour les femmes de 61,5 pour le Calvados, et seulement de 55 pour la Seine-Inférieure, ce qui nous montre clairement le goût plus prononcé des gens du Calvados pour le mariage. Cela expliqué, revenons à la nuptialité générale des mariables et à celle du groupe des femmes de 15 à 50 ans.
La nuptialité du groupe des femmes vraiment mariables (d'après la loi romaine) de 15 à 50 ans est de 66,3 pour la France entière, c'est-à-dire que sur ICIOO mariables de ce grand groupe d'âge 66,3 se marient annuellement. Les départements où cette nuptialité est à son minimum sont (labl. YIl, travée [44]) :
1" Hautes-Pyrénées. , , 41,8
2" Basses-Pyréoces . . . 44,4
3* HauLe-Savoie .... 46,7
4* Savoie, , , 46,9
0' Cantal 47,1
6' Côtes-du-Nord .... 47,2
7' Corse 48,5
S« Uaut-Rhia 49,6
9° Bas-Rhin 49,7
10' Lle-el-Vilaine 49,7
11" Haute- Loire so
12= Jlorliihan 50,6
15° Manche 50,7
14' Doubs 52,8
lo' Loire-Inférieure. . . 53
Ce sont les départements vraiment remarquables par leur minime nuptialité. On remarquera facilement qu'ils comprennent : l^Ies départements montagneux, tous siège d'une fort^e émigration, et 2" des départements de la pieuse Bret.igiie, où la stérilité est œmre pie. Les départements dont la nuptialité est à son maximum sont :
75' Saône-et-Loire. ... 85,1
76" Aube 87,9
77* Charente-Inférieure . 88,2
78' Eare-et-Loire .... 88,4
79' Afsne 88,9
80* Charente 90,
81' Allier 90,7
82° Yonne 91,8
83' Seine-el-Oiie .... 93,2
84° Tarn-ei-Garonne . . 93,6
85° Nièvre 94,3
86' Eure 96,2
87° Oise 101
88° Lot-et-Garonne . . . 101,6
89° Seine-et-Marue . . . 107,4
Ce sont vraiment les départements remarquables par leur goût pour l'association conjugale. On remarquera que l'Eure, qui est un des départements à forte nuptialité, et qui occupe en effet le W rang, n'a que le 60*" lorsque l'on ne sépare pas des mariables les nombreuses vieilles filles ou veuves de ce département, fait qui nous semble péremptoire pour démontrer l'utilité et la supériorité du rapport ¥'l~^.~Jf%,^ que nous prenons ici.
Départements où se rencontreM le pbis de fiancées encore jeunes (tabl. VU, travée [45] col. [b). Enfin, il n'est pas inutile de résumer ici, comme nous l'avons fait pour les hommes, l'ensemble de la nuptialité des jeunes femmes qui contractent mariage avant leur 30* année. Donc, en France, sur
FRANCE (démographie). 487
1000 filles ou veuves de 15 à 30 ans, on en compte îS qui se marient chaque année.
Les départements où cette miptialilé des jeunes femmes est à son minimum sont : 1<= la Lozère, 44 ; 2" Hautes-Pyrénées, 44,8; 3' Manclie, 47,5; 4* Côtesdu-Nord et 5^ Haute-Savoie, 48,1 ; e*" Haut-Rhin, 48,7 ; 7*= Hle-et-Vilaine, 49; S'= Basses-Pyrénées, 49,2; 9' Bas-Rhin, 50,1; 10' Morbihan, 52,4; 11<= Savoie, 52,7; ir Doubs, 52,8; n' Haute-Loire, 53,7; W Loire-hiférieure , 54,4; U^ Corse, 55,6, etc.
Ceux où elle est au maximum sont : 75^ Aube, 1 00 ; 76" Var, 1 00,3 ; 77* Charente, 102; 78' Yonne, 103,7; 79' Charente-Inférieure, 104; 80' Aisne, 104,8 ; W Eure-et-Loir, 106,2 ; 82' Allier, 107,4 ; 83' Nièvre, 107,5 ; 84' Eure, 109,2 ; 85'^Tarn-et-Garonne, 1 14,6 ; 86'Seine-et-Oise, 1 15,8; 87' Oise, 120,5 ; 88' Seineet-Marne, 124,7, et 89' Lot-et-Garonne, 130,3.
Tabl. YH, travée [45], col. (a), (b). Nous remarquerons les écarts et les rapprochements les plus remarquables enti'e la nuptialité des jeunes femmes et celle des jeunes hommes, en ce qui concerne les divergences, tandis que Seine-et-Oise est surtout remarquable par la forte nuptialité de ses jeunes femmes, et occupe sous ce rapport le 86' rang ; il n'occupe que le 62' pour la nuptialité de ses jeunes hommes. D'autre part, la Seine compte peu de jeunes hommes mariés (57 avec le 5« rang), mais beaucoup plus de jeunes femmes (75 avec le 43' rang).
Au lieu de ces écarts, nous signalerons les similitudes suivantes : les deux Savoie, les Pyrénées hautes et basses, le Doubs, la Corse, la Manche, etc., sont aux premiers rangs pour leur faible nuptialité des jeunes gens de l'un et l'autre sexe, tandis que le Lot-et-Garonne, l'Oise, le Tarn-et-Garonne, la Nièvre, Eureet-Loir, Allier, sont au plus haut rang pour l'intensité de cette même nuptialité ■des jeunes.
Mariages et nuptialité par état civil. Pour finir ce qui a trait à la nuptialité, il faut parler de la nuptialité et de la fréquence des mariages en chaque état civil, mais cela succinctement, sous toute réserve, et en nous reportant à nos critiques ci-dessus. En effet, si la nuptialité des célibataires mariables (en France, îO pour les garçons, 62,4 pour les filles) l'emporte sur celle des veufs (près de 40 pour les veufs et de ii,î pour les veuves), ce n'est pas du tout ■que le goût, que la probabilité du mariage des veufs et veuves soit moindre ; bien au contraire, aux mêmes âges, nous avons vu déjà, qu'il est double..., triple..., quintuple..., mais cette apparente infériorité résulte du plus grand âge des veufs et des veuves.
Quant à la fréquence relative de ces mariages, elle est telle pour la France que sur 1000 il y en a 840,8 entre célibataires; 88,9 entre veufs et filles; 35, î entre garçons et veuves, et 34,6 entre veufs et veuves ; mais cette fréquence est entièrement dominée par les nombres respectifs des mariables de chaque catégorie et aussi par leur âge ; c'est pourquoi, par suite de cette influence maîtresse, il est à peu près impossible de découvrir celle qui résulte du goût des mariables de chaque catégorie les uns pour les autres ; afin d'y parvenir, il faudrait étudier et comparer simultanément la nuptialité par groupe d'âge et chaque état civil en chaque département; c'est là un travail formidable à exécuter, mais qui n'a encore été entrepris par personne.
488 FRAINCE (démographie)'.
Naissance et natalité. Pour ne pas faire de répétition, nous devons encore prier le lecteur de se rapporter à l'article Natalité, oii se trouvent toutes les généralités qui concernent la natalité française comparée à celle des autres nations. Nous ne résumons ici que ce qui est strictement nécessaire pour la clarté de notre texte.
Nous fournissons d'abord (tabl. VIII, travée [AQ]) les nombres absolus des naissances vivantes : 1° légitimes, col. (a); 2° illégitimes, col. [b) ; et 3" les morts-nés, col. (c), pour l'année moyenne de la période 1856-65. On voit que l'on comptait, en moyenne année, 911,810 naissances vivantes légitimes; 74,352 illégitimes, ensemble : 988,162 naissances vivante. Mais nous n'en avons plus que 956,935 (moyenne de 1872-76), dont 888,189 légitimes. D'ailleurs il n'y a pas lieu de s'arrêter plus longtemps sur ces chiffres absolus.
Gomme la nuptialité, la natalité se mesure en comparant (par division) les naissances annuelles (N) au groupe de vivants dont elles sont issues ; et, comme pour la nuptialité, on prend le plus souvent, mais non pas mieux, la population entière (P) pour ce groupe, et alors on a la natalité générale N/P ; ou plutôt, en prenant Sq pour les naissances vivantes (survivants à l'accouchement, ou à l'âge 0), on a Sq/P comme expression de la natalité générale.
Cependant, il y a lieu de faire ici la même distinction que pour la nuptialité, et d'écarter du dénominateur P tout ce qui n'est pas apte à parfaire une naissance. Il faut donc d'abord en défalquer les impubères ; il est clair, en outre, que les femmes nubiles peuvent être seules considérées car, toute mère supposant un père, on peut, pour simplifier les nombres, ne s'occuper que des mères; convention qui a l'avantage de permettre d'éliminer avec plus de précision les gens âgés impropres à la reproduction, car ces limites d'âge, fort peu connues et fort inégales pour les hommes, sont plus facilement déterminables pour les femmes : ainsi l'on peut admettre, par exemple, qu'après 50 ans, la femme ne contribue guère à la reproduction ou ne le fait que pour une part absolument négligeable.
Cependant, la prolification se faisant surtout par les femmes mariées, la natalité est beaucoup plus élevée chez elles que chez les non mariées ; il y a donc lieu, pour suivre les règles du calcul des probabilités, de considérer à part ces deux natalités, si profondément différentes.
Signes ahréviatifs ou symboles et formules. Donc, en désignant :
Par P (majuscule ordinaire ou romaine) la population totale; Par P (majuscule italique), la ^population célibataire; Par P (majuscule antique), la population mariée; Par P (majuscule normande),. la population veuve; Par P', la population masculine, sans distinction d'état civil ; Par P", la population féminine, — — —
Par P"ig.i.), la population féminine nubile, ou au-dessus de 15 ans; Par P")s go' celle de 13 à SO ans ; alors on aura :
Par P"ig go, pour la population féminine mariée ayant moins de 50 ans, ou féconde; Par lP"ia 3o (majuscule blanche), femmes non mariées ou mariahles (filles et veuves), pouvant être regardées comme aptes à là reproduction.
Combinant ces signes, nous aurons à considérer les rapports suivants :
1° N/P ou 2° S„/P, natalité générale, 1° avec mort-nés, 2° sans mort-nés; 5° S„/P",g-, natalité des femmes nubiles ; i" S„/P''jg„, fécondité générale des épouses; 5° So/P"ig.gQ, fécondité des épouses fécondables.
FRANCE (démographie). 489
Enfin, en considérant le groupe des feoimes nubiles, mais non mariées, et comprenant 1° les filles nubiles (P"i3) et 2° les veuves (p"), il en résulte un groupe de femmes que j'appelle mariables (ip") ; l'on peut considérer que f "jj.jp sont les seules aptes à faire des naissances illégitimes JY (mort-nés inclus) ; alors le rapport N/'^'\^-^q mesurera la natalité illégitime ou hors mariage.
Chacun de ces rapports a sa raison d'être et sa signification. Étudions-les successivement et comparativement en France, et en chacun de nos départements.
Natalité générale : N/P ou Sq/P par département.
Ce rapport, bien que très-médiocre au point de vue théorique, puisque, contrairement aux prescriptions du calcul, il fait entrer dans le dénominateur P un grand nombre de cas (impubères) inaptes à produire le phénomène énuméré par le numérateur, est cependant encore précieux au point de vue de la démographie pratique, puisque N et P sont souvent les seuls donnés. D'ailleurs on diminuera le vague de ce rapport en le discutant, ainsi que nous en donnerons des exemples. Voyons ce qu'il est en France (tabl. VIII, travée [47], col. (a).
Dans la période 1856-1865 on compte 26,3 naissances vivantes, Sq (ou 27,5 naissances avec mort-nés, N) par 1000 habitants (35 à 36 en Angleterre et 38 à 40 en Allemagne!) ; mais il est des déparlements qui en comptent seulement : 1* Lotet-Garonne, 18,6; 2" Gers et r Orne, 19; 4' Eure, 19; 5*^ Calvados, 20,3; 6' Indre-et-Loire, 20,4 ; 7° Tarn-et-Garonne, 20,8 ; 8' Sarthe et 9' Aube, 2 1 ,3, etc. Il est bon de remarquer que plusieurs de ces départements, à faible natalité, sont cependant parmi les plus haut placés selon leur nuptialité, tels le Lot-et- Garonne, le Tarn-et-Garonné, le Gers, l'Eure, etc. ! Inversement, les départements où la natalité générale est la plus forte sont : 79« la Seine, 30,6 ; 80^ les Côtes-du-Nord, et 81" l'Ardèche, 30,7; 82" le Gard, près de 31 ; 83" les Bouchesdu Rhône, 31,2; 84" les Pyrénées-Orientales, 31,8; 85" la Loire, 32, | ; 86" le Bas-Pdiin, 32,8; 87" le Nord, 33,2; 88" le Haut-Rhin, 34, et 89" le Finistère, 34,3.
On remarquera encore, peut-être avec étonnement, que parmi ces départetements accusant une forte natalité générale se trouve celui de la Seine. Ce fait inattendu peut faire soupçonner un des vices de cette natalité générale, déterminée par un rapport Sq/P, qui laisse indûment dans son dénominateur les impubères qui, n'étant pas aptes à produire des naissances, devraient en être exclus; c'est ainsi qu'à Paris le nombre des enfants étant moindre, et celui des adultes aux âges de fécondité plus 'grand qu'ailleurs, il est naturel qu'une telle population soit en apparence plus prolifique, mais cette propriété pourra fort bien disparaître lorsqu'on ne considérera partout que la population pubère.
Étudions donc maintenant le rapport SJV'i^^.^.^ de natalité des seules femmes (P") nubiles, col. [b). Nous constatons d'abord que, sur 1000 femmes de plus de j5 ans, on compte en France 72,3 naissances vivantes (75,6 avec mort-nés), ensuite que la natalité toujours faible du département de la Haute-Garonne diminue (relativement) encore un peu, puisque, au lieu du H' rang que lui assigne le rapport SJ¥, il prend le S*" d'après le rapport So/P"i3.„,-ce qui résulte du grand nombre d'adultes du département de la Haute-Garonne, tandis qu'une raison contraire (le moindre nombre d'adultes) fait gagner la natalité du Cher qui, du 74'= rang, va au 83"- De même le grand nombre d'adultes de la Seine, qui surhausse sa natalité et lui attribuait le W l'ang, tandis que, cette influence étant écartée, elle n'a plus que le 61" rang.
490 FRANCE (démographie).
Cependant ce rapport S7P"i3.„ n'est pas encore conforme aux règles du calcul, car il réunit les épouses et les femmes non mariées (filles et veuves), et leur concours, très-inégal à la reproduction, exige qu'on les sépare: nous aurons donc -deux nouveaux rapports So/Pi^.,,, pour mesurer la fécondité légitime, et le rapport S(,/iPig.„ pour la fécondité illégitime, mais ces groupes de femmes nubiles mariées (P"i3-„> ou non mariées (filles ou veuves) Fi„.^„ comprennent un nombre très-notable de vieilles, qui ne contribuent plus à la reproduction ; il est mieux -de les éliminer et de considérer seulement les groupes ?"i^.^q et ]?"i3.5o-
Mais souvent, la distinction des âges manquant, on ne connaît pas d'autre groupe que celui des épouses en bloc, soit ?"i^.,,, il est donc nécessaire d'étudier ■ce rapport qui, en France, est de IZ3,2, c'est-à-dire que 1000 épouses de tout âge donnent, bon an mal an, 123, a naissances vivantes (128,2 avec mortnés), mais 148 en Prusse ; 190 en xVngleterre; 210 en Ecosse et dans les Pays- Bas!
Les départements de France qui, par 1000 épouses de tout âge, ont le moins de naissances vivantes, sont : 1^ Lot-et-Garonne, 73,1; 2' Eure, 80,6; 3' Tarn-et-Garonne, 84,3; 4' Gers, 84,5; 5" Indre-et-Loire, 85,2; 6' Aube, 87,6; 7^ Orne, 88,3; 8*= Sartlie, 94,5; r Oise, 94,8; etc. Ceux qui en ont le plus sont : 78' Loire, 180; 79' Hautes-Alpes, 183,7; 80Mlaute-Savoie, 184; 8r Lozère, 185,2; 82'= Savoie, 185,7; 83' Nord, 189,6 ; 84' Corse, 189,8; W Morbihan, 190,5; 86' Côtes-du-Nord, 195,5; 87' Bas-Rhin, 201,9 ; 88' Finistère, 215,8; Haut-Rhin, 217.
A ce rapport de la fécondité de toutes les épouses ?"i^.^, comparons celui qui ne considère que les épouses vraiment aptes à la reproduction P"is-j;o-
Nous constatons d'abord qu'en France, sur 1000 épouses de 15 à 50 ans, on <:ompte par an près de 174 (173,6) naissances vivantes (181 avec mort-nés); 291 en Relgique; 290 en Pays-Bas; 275 en Prusse; 248 en Angleterre et en Ecosse.
Ceux qui présentent cette valeur au jnmim?»?^ sont encore : 1^ Lot-el-Garonnc, 103 ; 2° Aube, 105; 3' Eure, 1 13 ; etc. Ceux où elle est au maximum, c'est-à- <lireoiî les épouses sont le plus fécondes, sont aussi : 84' la Lozère, 264 ; 85' Bas- Rhin, 268; 86"= Savoie, 269; 87' Côtes-du-Nord, 276; 88' Haut-Rhin, 285; ^9^ Finistère, 296. Mais, en outre, nous remarquons combien cette analyse fait perdre au département de la Seine, et même à celui du Rhône, l'apparente fécondité que lui attribuaient les rapports précédents. En effet, le département de la Seine qui, d'après le rapport ordinaire de natalité SJP, occupait le 79" rang à côté d'un des plus féconds, les Côtes-du-Nord, prend d'abord le 6r rang, lorsque l'on considère la seule fécondité de toutes les femmes nubiles, puis le 58' lorsqu'on mesure celle de toutes les épouses de plus de 15 ans, puis n'occupe plus que le 14" rang, lorsque l'on détermine la fécondité moyenne des seules cpouses fécondables, c'est-à-dire ayant moins de 50 ans, tandis que les Côtes-du- Nord, près duquel se plaçait la Seine, d'après le premier rapport S^/P", occupe pour la fécondité des épouses aptes à la reproduction le 87' rang. Ainsi, d'après le rapport SJV", la prolification de la Seine se rapprocherait et serait presque identique à celle des Côtes-du-Nord, mais d'après le rapport bien plus précis des seules épouses de moins de 50 ans aux naissances légitimes (So/P"i3.3o)j ces départements sont aux deux extrêmes de la sériation !
Le département du Rhône présente, mais d'une manière moins prononcée, un fait de même ordre : du 52' rang que lui donnait le rapport des naissances légi-
FRANCE (démographie). 491
times à l'ensemble des épouses, il descend au 32'^ d'après la fécondité des seules épouses fécondables : donc, comme le département de la Seine, il renferme plus d'épouses de 15 à 50 ans et moins de vieilles épouses que la plupart des autres; l'élimination de ces vieilles épouses a moins d'influence qu'ailleurs pour élever la quote-part des naissances des jeunes épouses. Même remarque pour la Corse, le Cher, etc. Mais influence inverse pour l'Hérault, le Gers, le Cantal, l'Orne, la Meuse, la Manche, etc. Ces départements, ayant beaucoup d'épouses âgées, si on en débarrasse le dénominateur du rapport, la fécondité des épouses restant en est nécessairement accrue ; il résulte de là que le rapport So/P"i3-3o, toutes les fois qu'on peut le calculer, doit être préféré, car c'est lui qui mesure le mieux la fécondité des épouses, c'est-à-dire la source la plus pure comme la plus utile et la plus prisable de l'entretien et du croît des nations.
Nous avons déjà montré à l'article Natalité que, comparés aux autres nations sous le rapport de la prolification, nous y avons la dernière place ! Nous remarquons aussi à quel point diffèrent nos départements sous ce rapport de la fécondité de nos épouses, depuis le Lot-et-Garonne où elle est si faible, que 1000 épouses de 15 à 50 ans n'y fournissent, année moyenne, que 103 naissances vivantes, jusqu'au Finistère qui par 1000 épouses en donne 281 !
Ces mesures de la fécondité légitime étant données, il faut déterminer la fécondité ou plutôt la natalité illégitime. Nous avons déjà établi, dans notre article Natalité, p. 450, § 11, et p. 452, § 16, que la vraie mesure de production d'une naissance hors mariage s'obtient en comparant le nombre des naissances hors mariage (mort-nés compris ^) au nombre de la population féminine mariable de 15 à 50 ans iV/jp"i3 50» ^^ "^Q^^-, comme on le fait d'ordinaire, en comparant les naissances hors mariage aux naissances générales iV/N ou, moins bien, aux naissances légitimes ; ce sont là des rapports de fréquence relative de deux événements qui ne peuvent prouver la fréquence absolue de chacun d'eux.
Ainsi, en France, dans la période 1856-1865, la natalité illégitime mesurée par le rapport iV/iPi-.go, oi^ ^ compté près de lï (16,8) iV (naissances, mort-nés inclus) par 1000 femmes non mariées de 15 à 50 ans, c'est la natalité illégitime. Nous avons vu qu'elle était de 29 en Danemark, de 24 en Ecosse, 25 en Prusse, 17,2 en Angleterre, mais seulement de 11 en Suisse, de 9 à 10 aux Pays- Bas.
Cependant leur fréquence, mesurée par le rapport iV/N, comparée à l'ensemble des naissances, est telle, que sur 1000 N ou naissances générales (mort-nés inclus) on en compte «8 en France, 152 en Saxe, 77,5 en Prusse; peut-être, et au plus, 65 en Angleterre {'o\ sans mort-nés), mais 55 en Suisse, à peine 40 aux Pays-Bas.
Ainsi, suivant que nous considérons l'un ou l'autre rapport, nous avons tantôt plus d'illégitimes que la Prusse ou que l'Angleterre, et tantôt nous en avons moins !
Il est facile de se rendre compte de cet apparent paradoxe. Notre natalité
* Car les naissances illégitimes sont (en apparence) diminuées par un très-gros contingent (doublé en France) de mort-nés ou prétendus tels, qui sont en grande partie des infanticides déguisés ; donc, à beaucoup de points de vue, il n'y a pas lieu de défalquer ces mort-nés, car alors la criminalité des mères atténuerait bieu fallacieusement le taux de l'illégitimité ! 11 y aurait profit, pour la réputation de ces localités, à changer, en quelques localités, la faute en crime! C'est certainement ce qui arrive pour l'Angleterre, qui ne publie pas le nombre de ces mort-nés.
492 FRANCE (démographie).
générale est faible, relativement aux autres nations, nous comptons peu de naissances, c'est pourquoi, par rapport à ce moindre nombre de naissances géne'rales, nos naissances bors mariage paraissent nombreuses, mais si, plus légitimement, on les rapporte aux femmes non mariées aptes à les produire, elles deviennent au-dessous de la moyenne. Au contraire, la Prusse a une puissante natalité, or il arrive que, comparées à ce grand nombre de naissances de toutes sortes, les naissances illégitimes prussiennes, quoique communes, paraissent peu. Même observation pour l'Angleterre. Cependant, nous ne prétendons pas que la fréquence relative des naissances hors mariage soit un rapport sans valeur. Il nous renseigne sur la proportion d'enfants se rencontrant sans famille; nous observons seulement que la Iréquence de production, ou probabilité qu'une femme non mariée de chaque nation a de commettre une conception, n'est pas donnée par ce rapport, mais par celui des naissances hors mariages, aux filles et veuves aptes à les produire, soit à celles âgées de 15 à 50 ans. Cela convenu, étudions nos départements à ce double point de vue.
La natalité illégitime proprement dite IS/f"i^^o ^^t à son minimum dans {^ les Basses-Alpes avec près de 5 naissances (4,9), mort-nés compris, par 1000 femmes non mariées de 15 à 50 ans; 2** Ille-et-Yilaine, 6,4 ; 3*^ liantes-Alpes, 6,5; 4' Puyde-Dôme et 5" Vendée, 6,6 ; 6' Ardèche, 6,7 ; 7'^ Lot, 6,8 et 8' Morbihan, 6,9; 9* Tarn-et-Garonne, 7, etc. Elle est à son maximum dans : 81" Pas-de-Calais, 25,3; 82' Bas-Rhin, 25,5; 83' Marne, 26,4; 84' Nord, 26,6; 85' Seine-Inférieure, 27; 86' Rhône, 28,8; 87' Aisne, 29,3; 88" Bouches-du-Rhône, 36,2; 89' Seine, 65.
Quant à la fréquence {N/^), elle est au minimum dans r les Basses-Alpes, avec 18 naissances illégitimes sur 1000 naissances générales; 2" Hautes-Alpes, 26,2; etc. Son maximum se rencontre : 82' en Calvados, 100; 83" Haut-Rhin, 104; 84' Bouches-du-Rhône, 105; 85"= Gironde, 108; 86' Bas-Rhin, 108,4; 87' Seine-Inférieure, 122,5; 88' Rhône, 141 ; 89' Seine, 268,5.
Enfin, en ce qui concerne les différences des deux modes d'appréciation iV/lp"i5.30 6t iV/N, je remarquerai d'abord que l'IUe-et-Vilaine qui n'a que le 2' rang, par sa natalité illégitime, prend le H* par la /re'^Mence relative des naissances hors mariage; le Gers, au lieu du H^ rang de natalité, prend le 29' de fréquence; la Mayenne, au lieu du 16', prend le 31' ; Maine-et-Loire, au lieu du 20% le 33' ; le Cantal, au lieu du 23% le 56'; la Manche, au lieu de 34% prend le 61'; la Creuse, au lieu de 39% le 59"; la Haute-Garonne, au lieu du 46% le 66' ; les Hautes-Pyrénées, au lieu du 49^, le 70' ; le Calvados, au lieu du 67' de natalité illégitime, le 82' de fréquence, etc. Ainsi, pour tous ces départements, la fréquence relative des naissances illégitimes ferait croire à une facilité des femmes non mariées que la vraie mesure des probabilités ne confirme pas.
Pour expliquer ces apparentes contradictions, il suffit d'écrire l'un près de l'autre l'expression symbolique des deux rapports comparés Nj^'\.^f, et A'/N ; il résulte des propriétés des fractions que, si les valeurs IPis so ou N grandissent, le rapport dont elles font partie, comme dénominateur, diminuera; et inversement, si I?,3 go ou N diminue, le rapport grandira. Puisque dans les départements ci-dessus énumérés le rapport A'/N a grandi relativement au rapport A^/f 13-51 qui a peut-être diminué, il faut donc, et cela suffit, que dans les départements susnommés qui prennent un rang plus élevé, et simulent une aptitude plus grande aux naissances illégitimes en passant de leur rang de natalité à celui de leur
FRANCE (démographie). ■ 493
fréquence, il suffit, dis-je, que N soit plus petit, ou F"i3 3o plus grand qu'ailleurs.
On comprend, en effet: {" que, s'il y a peu de naissances générales N, et un nombre moyen de naissances illégitimes, JV comparé à ces naissances générales donnera une proportion notable d'illégitimes, tel est le cas du Gers : il a trèspeu de naissances générales, ce qui fait paraître plus importante la part des naissances hors mariage qu'on leur compare ; 2^ que si le département renferme une proportion plus forte qu'ailleurs de femmes nubiles non mariées (de 15 à 50 ans), )p"i5 5o femmes aptes à des conceptions hors mariages et par suite moins d'épouses, un tel milieu devra fournir un nombre absolu de naissances illégitimes plus important, surtout si on le compare aux naissances légitimes; et cependant, ces enfiuits naturels rapportés aux femmes aptes à les avoir, supposées très-nombreuses, donnent une natalité illégitime plus faible qu'ailleurs. C'est sans doute ce qui ari'ive au département des Basses-Pyrénées, à la Haute-Garonne, à l'Ille-et-Yllaine, à la Mayenne, au Maine-et Loire, à la Loire- Inférieure, au Cantal, etc., qui ont tous beaucoup de mariables aptes à fournir des naissances illégitimes. 11 est évident que ces nombreuses femmes nubiles non mariées augmentent la fréquence relative des illégitimes sans faire croître la nalalllé illégitime elle-même * .
Inversement, il y a un certain nombre de départements auxquels la fréquence assigne un rang d'illégitimité moindre que la natalité illégitime proprement diteN/ip"i5 go : tel est le cas du Gard, qui, du 8'' l'ang de fréquence, va au 25'' par sa natalité illégitime ; Yaucluse au 23° rang de fréquenceet au U'^ par natalité... ; l'Allier, du 32' au 50" ; Nièvre, du 37° rang de fréquence, va au 63" de natalité illégitime; Seine-et-Marne, du 50° au 70% etc.
11 est facile de voir que tous ces départements sont ceux (comme la Seine-et- Marne, la Nièvre) qui ne renferment qu'un très-petit nombre de mariables aptes à faires des illégitimes, et au contraire beaucoup d'épouses; par suite, la part relative des naissances illégitimes est faible, si ou la compare à l'ensemble des naissances, mais reprend sa valeur, si on la rapporte au petit nombre de femmes non mariées.
Ces considérations montrent clairement, je crois, la signification et l'importance des deux rapports et surtout du rapport N/]?"ig 5o jusqu'à ce jour absolument inusité par la démographie.
Masculinité, j'appelle ainsi la proportion des naissances mâles comparées aux naissances filles. A l'article Natalité, p. 461-474', nous avons étudié avec détail cette curieuse question. Nous en rappelons ici les seules conclusions :
1° Chez les naissances légitimes, les premiers-nés sont bien plus souvent garçons que les puînés ;
2» Chez les naissances illégitimes \es premiers-nés sont bien plus souvent filles que garçons ;
Très-généralement on rencontre , mort-nés compris, «06 à f 0« naissances mtdes contre 100 naissances filles ; mais ce rapport se modifie, si l'on ne compte
* D'après nos résultats, le Calvados, qui a le moins de femmes mariables, présenterait pourtant un écart très-nolable entre les rangs de la natalité illég-. et la fièq. relative. Nous ne nous expliquons pas ce résultat qui nous semble contradictoire et peut-être relève une erreur de chiffre.
494 FRANCE (démographie).
pas les mort-nés, il descend alors à 105. Il se modifie aussi pour les seuls illégitimes, il baisse à 103, rarement à 104. En outre j'ai montré que :
3° Les naissances masculines l'emportent beaucoup plus sur les féminines dans les premières années du mariage, et les naissances filles dans les dernières ;
4" L'influence de l'âge absolu et relatif des parents, signalée avec beaucoup de force par plusieurs auteurs, nous a donné des résultats moins nets et quelquefois contradictoires ;
5° En Suède, une influence bien accusée est celle des classes sociales, les pasteurs étant toujours plus féconds en garçons, puis les agriculteurs; mais les nobles sont toujours plus féconds en filles (relativement et même absolument!). D'ailleurs, dans tous les pays, les villageois présentent une proportion un peu plus grande de mâles.
Ces influences singulières étant rappelées, nous allons passer en revue comment se comportent nos divers départements français sous ce rapport.
En France, dans la période 1856-1865, nous comptons (mort-nés compris) 106,G5 naissances générales masculines contre 100 féminines, mais 106,8 pour les légitimes et f04,4 pour les illégitimes. Si on considère à part les nés vivants, on a :
105,13 pour l'ensemble, mais I05,35pour les légitimes et flO3,30 pour les illégitimes. Pour les mort-nés pris à part, on a :
14'î garçons contre 100 filles pour l'ensemble, mais 151 pour les légitimes, et 1%3,4 pour les illégitimes.
On constate l'extrême prédominance de la mortinatalité cbez les garçons, quel que soit l'état civil des parents. Cependant, nous devons faire remarquer que si, dans la part contributive de chaque sexe à la mortinatalité, la proportion des mâles chez les mort-nés légitimes semble l'emporter de beaucoup sur celle du même rapport pour les enfants survenus hors mariage, ce n'est pas vraiment au détriment des garçons légitimes, mais bien à celui des filles illégitimes, car celles-ci, déclarées plus souvent mort-nées que les légitimes, diminuent l'écart considérable qui existe toujours au préjudice des garçons entre la mortinatalité des deux sexes (voy. Natalité, g 28, et Mort-nés, §§ 52-54 et aussi la page suiv.).
Voilà pour la France en général. Etudions maintenant la proportion des sexes, la masculinité, en chaque département (tabl. VllI, travée [50] et [51]) :
1° La masculinité des légitimes étant de 105,3 en France, dans la période décennale de 1856-1865, elle est au minimum dans : r l'Isère et 2" la Lozère avec 102 garçons contre 100 filles ; S*" Vaucluse, 4" Vosges et 5* Yonne, 103; 6' Ain, 7* Basses- Alpes, 8" Calvados, 103,8, etc. Elle se rencontre au maximum dans : 86' Mèvre, 107,7 ; 87'^ Gers, 108,4; 88'= Landes, 108,5 ; 89'= Corrèze, 109 garçons contre 100 filles.
Le rapport de masculinité des illégitimes de 103,3 naissances mâles contre 100 filles. Ce rapport est au minimum dans j^ Hautes-Alpes, 89,2; T Lot, 92,8; 3" Pyrénées-Orientales, 97; i" Sarthe, 98,3 ; 5' Mayenne, 98,7; 6" Corse, T Loire-Inférieure, et S'' Deux-Sèvres, 99,2 ; etc. Ce rapport est au maximum dans : 86' Hérault, 113 ; 87*= Alpes-Maritimes, Il 3,2; 88' Tarn, Il 4,5 ; Sf Lozère,
Nous avons constaté que la mortinatalité des deux sexes est très-inégale au
FRANGE (démographie). 495>
préjudice des garçons, qui sont beaucoup plus frappe's. En France, il y a eu pour les légitimes t5l,a garçons mort-nés contre 100 filles.
Il y a naturellement des départements où cette différence est à son minimum, ce sont : f Seine, 133; 2° Savoie, 137,4; r Bouches-du-Rliône, 139; i' Corse; 5' Haut-Rhin et Rhône, 142, etc. D'autres oîi elle en est à son maximum, ce sont : 84' Meuse, 171 ; 85" Aube, l73;'8rEure, 175 ; 87'^ Allier, 176; 88* Creuse, 184, et 89" Gers, 190 mort-nés garçons légitimes contre 100 filles légitimes.
Mais la part relative du sexe masculin dans les mort-nés hors mariage ou la différence de la mortalité do» deux sexes est notablement moindre pour les illégitimes, non sans doute par diminution de la mortiuatalité des garçons, elle s'accroît beaucoup au contraire, mais en moindre proportion que celle des filles; de là, amoindrissement de l'écart entre la mortiuatalité des deux sexes.
En effet, en étudiant la mortinatalité à ce seul point de vue, l'aggravation qu'apporte l'illégitimité, je trouve que si on fait la mortinatalité dn'/N' des garçons légitimes (47,5) égale à 100, celle des illégitimes (81,1) devient lîi, tandis que, la mortinatalité des filles légitimes (33,4) devenant iOO, celle des filles illégitimes (88.6) égale 205 : ainsi l'accroissement par le fait d'illégitimité, qui est de 100 à fît pour les garçons, devient 100 : a05 pour les filles. Je retrouve le même fait, mais bien amendé, en Suède.
En France, pour les garçons, la mortinatalité légitime (55,4) étant prise pour 100, celle des illégitimes (49,4) devient t40. De même pour les filles, leur mortinatalité légitime (27,5) étant prise pour 100, celle des illégitimes s'élève à 16I,5. Ainsi, en France comme en Suède, [la moiiinatalité est beaucoup plus marquée chez les garçons, ce qu'explique sans doute le volume plus considérable du tronc et de la tête (cause de dystocie), mais ce qui paraît aussi se relier aux causes générales (et peu connues) qui font constamment plus élevée la mortalité des petits garçons que des petites filles dans la première année de leur vie. Cependant on constate encore sur ces rapports que l'illégitimité qui aggrave à si haut point la mortalité des petits garçons, aggrave encore plus celle des petites filles, singulière différence qui se retrouve aussi en Suède, mais moins marquée, et dont il est difficile de dire la cause. Quoi qu'il en soit, on conçoit que cette augmentation des mort-nées illégitimes filles a pour résultat de diminuer l'écart (en France 100 : 158) qui existe normalement entre la mortinatalité des deux sexes; ainsi cet écart, qui est de lOO à 151 pour les légitimes, n'est plus que de lOO : 123,5 pour les illégitimes dans la France entière, et, en certains départements il se trouve ou annulé, ou même renversé, de sorte que la mortinatalité des filles (nées hors mariage) l'emporte sur celle des garçons! C'est ce qu'on observe d'abord dans r l'Ariége où, pour • 100 mort-nées filles hors mariage, on ne compte que 94,5 mort-nés garçons, puis 2' Gers, 96,5 ; S'^ Charente-Iafcrieure, 97,5; 4* Seine-et-Marne, 98; 5"^ Savoie, 99 ; enfin 6'= Orne et T Oise, 100 à 101 , etc. Ainsi, en ces départements, et pour les illégitimes (car le renversement ne s'observe Jamais pour les légitimes), il y a plus de mort-nées filles ([ue garçons, et cela soit dans des départements à faible mortinatalité (légitime ou illégitime), comme l'Ariége, soit à forte mortinatalité, comme la Charente-Inférieure , la Savoie, l'Orne. Je ne sais aucune explication à ce fait singulier.
Au contraire, chez d'autres, cet écart de la mortinatalité des deux sexes est à son maximum, par exemple, dans les : 82' Ille-et-Vilaine, 153 (153 mort-nés
496 FRANCE (démographie).
garçons contre lOO mort-nées filles); 83'' Loir-et-Cher, 154; W Isère, 156; 85" Creuse, 158; 86' Lozère, 162; Basses-Alpes, 167; 88' Allier, 197; 89" Alpes (Hautes-), 244 (?)!
Jumeaux et gémellité. J'appelle gémellité le rapport des grossesses de toute nature (G) aux grossesses doubles (g^), soit le rapport gg/G. {voy. article Jdmeaux). La France est un des pays oii la proportion des jumeaux est la moindre, car, tandis qu'on trouve 14 à 15 grossesses doubles par ÎOOO grossesses ge'ne'rales en Finlande et en Suède ; presque autant en Danemark (14,2) et en Hongrie (13 à 14) ; il y en a encore 12 à 13 dans les.pays slaves et allemands; 13,9 en Bavière; 13,1 en Pays-Bas; 12,6 en Gallicie et autant en Prusse ; 11,4 en Italie; 10,7 en Suisse, on n'en compte que 9,î' en Belgique et en France. La lecture de cette énumération fera naître immédiatement la pensée qu'une influence ethnique pèse sur la fréquence avec laquelle se produisent les naissances jumelles. Nous ajouterons que cette influence est si constante que, étudiée dans une série de dix à quinze années, jamais la gémellité d'un groupe ethnique un peu typé ne devient, en une année quelconque, égale à la gémellité d'un autre groupe. Ainsi, jamais la gémellité de la Suède, qui oscille entre 14 et 15 dans ses plus grands écarts annuels (15,4 à 13,6), ne s'approche de la France dont les écarts annuels sont compris entre lO et 8,4, ou de la Belgique (to à 9,4). Et, ce qui est bien digne de remarque, c'est que la Belgique, si voisine des Pays-Bas et géographiquement et historiquement, au moins pour une importante fraction de sa population, en diffère absolument au point de vue de la gémellité ; la Belgique subit absolument l'influence de sa voisine celto-romaine, la France. La gémellité de l'une et de l'autre est de 9,7 et oscille de 9 à 10, tandis que les Pays-Bas se conduisent sous ce rapport comme les peuples d'origine teutonique avec une gémellité presque constamment de 13.
Jugeant de l'importance de ce caractère, la gémellité, par sa constance dans les mêmes groupes, ainsi qu'il est d'usage de le faire en histoire naturelle, je regarde la gémellité comme capable de fournir des indications révélatrices de haute valeur ; c'est pourquoi je l'ai étudiée en chaque département, pour la période 1858-1873, car la publication de cette enquête n'a commencé qu'en l8o8 et s'arrêtait enl873lorsquej'ai entrepris ce long travail. Il faut pourtant avouer (lorsqu'il s'agit d'un phénomène aussi peu fréquent) que ces seize années d'observation, portant sur des collectivités aussi restreintes que nos départements, sont insuffisantes pour fixer bien solidement les caractères démographiques. Pourtant, si notre travail ne permet pas une conclusion définitive, au moins sera-t-il un début que nos successeurs pourront continuer et mener à des conclusions plus solides.
Poursuivons donc cette étude par départements ^ Tabl. VIII, travée [52] à [54]. ■
1 Les publications officielles, toujours anoymes en notre pays, contiennent de nombreuses erreurs d'impressions, d'additions, etc. (nous dirons pourquoi à lu bibliograpliie); mais en nul sujet elles n'abondent autant qu'en celui-ci, et bien plus depuis 1870. D'ailleurs , avant cette époque le mode de publication plus éiolfé, avec double addition, permettait le plus souvent de savoir où était la faute et de la corriger. Aujourd'hui, on a si bien « simplilié », pour me servir de l'eupliéinisme administratif en usage, que cela n'est plus possible. Nous avons relevé, pour la seule démograpliie, plusieurs centaines de ces erreurs. A l'appui de cette assertion nous aurions voulu signaler ici celles qui se rapportent aux grossesses doubles, mais nous sommes ariêléspar leur nombre, ce serait vraiment abuser de notre éditeur ;à titre d'exemple, citons auliasard : dans les .Ardennes, il est imprimé, en 1870, que
FRANGE (démographie). 497
Ceux de nos départements où l'on compte la gémellité la plus prononce'e, travée [54], sont à deux exceptions près ceux du nord-est. Nous pensons que, s'il en est ainsi, c'est que cette région est voisine des peuples d'origine teutonique dont l'infiltration séculaire a, suivant nous, laissé sa trace, son empreinte dans les coefficients plus élevés de gémellité.
Au contraire, en général, le sud et le sud-ouest, plus affranchis de ces influences, présentent la gémellité la plus faible avec trois exceptions remarquables, les Landes, la Bretagne et les deux Savoie, où les jumeaux sont nombreux.
Quoi qu'il en soit, les déparlements où la gémellité est au minimum sont : f Gironde, 6,77 grossesses doubles par 1000 grossesses générales; 2" Haute- Garonne, 7,03; 3' Charente, 7,06; 4" Corrèze, 7,26; 5" Ain, 7,33; 6' Ardèche, 7,37; 7'Lozère, 7,48; 8' Gers, 7,59; r Cantal, 7,86; 10^ Puy-de-Dôme et Dordogne, 7,95, etc. Les départements qui ont le plus de jumeaux sont : 78" Finistère, 1 1 ,36 ; 79' Jura, 11,37; 80* Morbihan, 1 1 ,4 ; 81" Nord, 1 1 ,43 ; 82' Mayenne . 1 1,44; 83' Cher, 1 1,47 ; 84" Vaucluse, 1 1,75 ; 85' Vosges, 1 1,94 : 86' Vendée, 12,34; 8? Moselle, 12,41 ; 88" Savoie, 12,80; Haute-Savoie, 12,90.
Quelle peut être l'influence ethnique qui fait nombreux les jumeaux en Bretagne et surtout dans les deux Savoie et rares dans l'Auvergne et le bassin de la Garonne? Je ne sais.
Cependant, d'après les constantes signalées plus haut et caractérisant les nations suédoises, finnoises, germaines, slaves, d'une part, et françaises et belges, de l'autre, l'influence des origines ethniijues me paraît solidement établie!
Cependant, ce n'est pas seulement par leur nombre que les jumeaux révèlent les influences ethniques, mais aussi par leur combinaison, ou combien de fois se rencontrent deux cjarçens, combien de fois deux filles, et combien de fois se présentent im garçon, puis une fille, ou inversement? Nous avons démontré [Bidl. delà Soc. d'Anthr.) que, si c'étaient les mêmes influences qui présidaient à ces combinaisons, il y aurait 25 fois deux garçons, 25 fois deux filles, 25 fois un garçon puis une fille et 25 fois une fille puis un garçon, ou ensemble : 50 couples unisexués et 50 couples bisexués. En fait, il n'en est pas ainsi.
La France, qui s'éloigne le plus de cet arrangement, offre, sur i 00 grossesses doubles, une moyenne de 65 couples unisexués ; la Suisse 65,1, et l'Italie 64,4 ; la Hongrie, qui s'en éloigne le moins, 61 , et la Prusse 62,5; avec cette remarque importante que telle est la constance de ces arrangements que, pendant des successions de plus de dix ans, jamais le plus faible contingent des grossesses unisexuées de France (64,1) ne peut se confondre avec le plus haut de la Hongrie (63,2) ' ou de Prusse (62,9). Ces combinaisons emportent donc aussi
87 grossesses doubles font 172 enfants! et en 1873, que 19 grossesses de deux filles (soit 38 filles) et 42 de lille et garçon (soit 42 filles) ont produit 70 filles : 63 nées vivantes et 7 mort-nées : que sont donc devenues les dix autres, car 19 X 2 -(- 42 = 80? Et remarquez qu'il est impossible même de présumer où est l'erreur ; il y a au moins deux nombres à changer! Même année le Gantai aurait produit 17 grossesses doubles de deux garçons, plus 25 de ûlle et garçon, donc pour nous 57 garçons ; mais pour le document officiel 67 : 04 nés vivants et 3 mort-nés ! en 1871, le Lot, le Doubs, sont encore plus incompréhensibles, etc., etc. Dans les quatre années 1870-73 (la seule période que j'aie pu corriger depuis 1870) j'ai trouvé 25 erreurs de cette force! On comprend combien le travail est allongé, arrêté par de telles contradictions!
' Il est naturel que la Hongrie, collectivité moindre et fort mêlée, offre des oscillations
Dicr. EKC, 4° s. V. 52
40S FRAIS'CE (démographie).
leur enseignement etlinographiqne. C'est pourquoi nous allons nous y arrêter.
Les départements qui comptent le plus de grossesses doubles unisexuées, ou le moins de grossesses doubles bisexuées, sont : f l'Aude, 29,16 grossesses doubles bisexuées sur 100 grossesses doubles (par suite 70,84 grossesses unisexuées); 2' Bouches-du-Rhône, 30,6 (d'uii 69,4 unisexuées) ; i" Var, 30,8 (donc 69,2 unisexuées) ; 4*^ Maine-et-Loire, 31,1 (68,9 unisexuées) ; 5« Seine-et-Oise, 31,6 (d'où 68,4 unisexuées); 6' Sarthe 31,9 (68,1 unisexuées) ; T Isère, 31,95 (68,05 unisexuées); g' Alpes-Maritimes, 32 (68 unisexuées); 9' llaute-Saùne, 32,15 (67,85 unisexuées) ; lO'^ Nièvre, 32,3(67,7 unisexuées); if Haute-Marne, 32,4 (67,4 unisexuées) ; 12" Corse, 32,44 (67,56 unisexuées); 13"= Eure-et-Loir, 32,6 (67,4 unisexuées) ; 14' Eure, 33 (67 unisexuées) ; etc. Les dépaitements qui comptent le plus de grossesses doubles bisexuées sont : 76" Finistère, 37 (d'où 63 grossesses unisexuées); 77" Saône-et-Loire, 37,1 (62,9 unisexuées): 78" Mayenne, 37,29 (62,71 unisexuées) ; 79''Ardennes, 37,35 (62,65 unisexuées); 80*^ Pyrénées-Orientales, 37,5 (62,5 unisexuées) ; 81" Haute-Garonne, 37,55 (62,45 unisexuées); 82' Meuse, 37,7 (62,3 unisexuées); 83' Creuse, 37,85 (62,15 unisexuées); 84'' Cher. 37,86 (62,14 unisexuées); 85" Moselle, 38,5 (61,5 unisexués); 86' Vosges, 38,9 (61,1 unisexuées); 87° Hautes-Alpes, 39,02 (60,98 unisexuées); 88" Vaucluse, 39,47 (60,53 unisexuées); 89"^ Cantal, 39,65 (d'où 60,35 grossesses unisexuées).
On remarquera : 1 ° que les grossesses bisexuées sont toujours moins nombreuses qu'elles ne le seraient, si la simple probabilité mathématique présidait à leur production; il y a donc une influence, une cause constante, qui favorise la production des grossesses unisexuées toujours plus nombreuses, et celte cause a son maximum d'activité dans : l'Aude, les Bouches-du-Rhône, le Var, etc., et son minimum d'influence dans le Cantal, Vaucluse, Hautes-Alpes, Vosges, etc.;
2° Qu'il ne paraît pas y avoir des rapports bien étroits entre le nond)re respectif de grossesses bisexuées et unisexuées et la gémellité ou fréquence des grossesses doubles ; cependant le plus souvent les départements à forte gémellité sont aussi ceux où l'on rencontre le plus de grossesses bisexuées ; tels les Ardennes, le Finistère, la Moselle, la Mayenne, la Meuse, le Nord, la Creuse, la Saône-et-Loire, le Cher, les Vosges, la Vendée, Vaiicluse; et parallèlement la gémellité est faible et les grossesses bisexuées peu nombreuses : en Aude, Sarthe, Seine-et-Oise, etc. Cependant la réciproque n'est pas également régulière; ainsi, dans le Cantal, la Haute-Garonne, la Gironde, le Calvados, la Loire, l'Ardèche, l'Ain, les Deux-Sèvres, etc., la gémellité est faible et les grossesses bisexuées relativement nombreuses.
Inversement la gémellité est prononcée et les naissances bisexuées rares dans Maine-et-Loire ; en outre de ces sujets d'étude, il y a encore daus les grossesses unisexuées la fréquence relative des grossesses masculines (2 garçons) et celle des grossesses féminines.
En France, dans la période 1858-1873, sur 100 grossesses doubles, on compte 83,4 fois deux garçons et 31, a deux filles et par suite 35 fois garçons et fdles.
Les départements qui ont le moins de fois deux garçons sont : 1<' Vosges, 29,9; 2^ Cantal, 30,95; 3' Haute-Garonne, 31,05; 4" Calvados, 31,6; 5" Pas-de-Calais,
plus grandes; la Suisse ne repose que sur une observation de trois années, 1874 (voy. Bull, de la Soc. d'anthropologie, 1874, Juurn. et de la Suc. de stat.. mars 1874).
FRAiSCE (démographie). 499
31 .7 : 6" Creuse et Vaucluse, 31 ,75 ; 8* Rhône, 32 ; 9' Lot-et-Garonne; 10^ Aisne; 32,05, etc. Ceux qui en ont le plus sont : 82" la Corse et 83*= lesBouches-du-Rliône, et 84" Jura, 36; 85"^ les Basses-Alpes, 36,2; 86'' la Dordogne et les Hautes- Pyrénées, 36,6; 88"' Hérault, 37 ; 8r l'Aude, 37,2.
Les départements qui ont le moins de grossesses doubles féminines sont : 1^ Hautes-Alpes, 27,3; 2" Meuse, 28,2; 3*= Hautes-Pyrénées, 28,6; 4' Cher et 5« Vaucluse, 28,8; 6' Lot, 28,9; 7' Basses-Alpes, 29,1, etc., et ceux qui ont le plus de grossesses doubles sont : 82" Savoie, 33,8; 83" Gard, 33,9; 84"Seine-et- Oise, 34; 85' Alpes-Maritimes, 34,2; 86" Maine-et-Loire, 34,4; 87" Seine-et- Marne, 34,5 ; 88' Isère, 34,7 ; 84" Haute-Marne, 34,9.
Enfin, pour terminer ce qui concerne les grossesses doubles, il nous reste à étudier la niortinataiité des grossesses doubles; travée [54].
Rappelons d'abord que le danger de mortinatalité est trois fois plus grand dans les grossesses doubles que dans les grossesses simples en Suède et qu'il paraît encoie plus aggravé chez nous, car en France sur 1000 jumeaux nouveaunés (mort-nés inclus), on compte 152 mort-nés déclarés (au lieu de 45 mort-nés déclarés pour 1000 grossesses en général). Pour bien comprendre l'importance de cette étude, il faut remarquer que l'aptitude aux grossesses doubles étant héréditaire, cette grave mortinatalité des jumeaux doit nécessairement tendre de plus en plus à diminuer la gémellité, puisque la génération des jumeaux est une cause de mort prématurée spéciale et intense. 11 en i'é>ulte que la gémellité devra diminuer, bientôt être moindre, là où la mortinatalité des jumeaux est plus grande. H y a donc un intérêt à constater comment se distribuent les départements sous ce rapport. Ceux où la mortinatalité est la moindre sont : 1" Haute-Loire, 88 jumeaux mort-nés sur 1000 jumeaux (mort-nés inclus); 2" Finistère, 90; 3'' Loire-Inférieure, 97,5; 4' Bas-Rhin, 100; 5" Tarn, 103; 6" Ardcche, 104; 7" Loir-et-Cher, 105,5; 8" Côtes-du-Nord, 106; 9" Doubs, 106,5; W AlUci-, 107, etc., et ceux où il y en a le plus sont : 82" Tarn-et- Garonne, 210; 83" Bouches-du-Pdiône, 213,5; 84" Maine-et-Loire, 214,5; 85" Vienne, 217,5; 86" Cantal, 220; 87" Landes, 229; 88" Alpes-Maritimes, 244 ; 89" Hérault, 277. On remarquera que, si quelques départements confirment les inductions ci-dessus, à savoir qu'ils ont une forte gémellité lorsque la mortinatalité des jumeaux est faible (tels le Finistère, le Bas-Rhin, la xMoselle, le Morbiban, le Cher, les Côtes-du-Nord, etc.), et inversement une gémellité faible ou moyenne, lorsque la mortinatalité est considérable (tels le Cantal, la Gironde, la Lozère, les Alpes-Marilimes, l'Hérault, etc.), il y en a pourtant, comme les Landes, la Seine-Inl'érieure, les Pyrénées-Orientales, où une forte mortinatahté et une forte gémellité peuvent subsister ensemble, queb^ue contradictoire que paraisse cette simultanéité. 11 semblerait donc qu'il n'y a pas connexité nécessaire entre la gémellité et la mortinatalité; mais, comme il n'est pas douteux que l'aptitude à produire des grossesses doubles est héréditaire, et dès lors doit être modifiée par une cause éclaircissant incessamment les rangs de ceux qui, par leurs parents, possèdent cette aptitude au plus haut point, l'influence de la mortinatalité sur la gémellité s'impose comme une nécessité, et, si elle n'apparaît pas clairement, c'est sans doute la complexité des inlluences pesant sur la gémellité ^ qui amène ces difficultés dans la mise en
*■ Eu effet, nous avons été amené à conclure, de nos recherclies sur cette question {Bull, de la Soc. d'Antkr., avril 1874), qu'il y avait deux espèces de grossesses gémellaires : /r.v unes dont les produits contenus dans deux enveloppes opposées et contiguës, indifféron-
500 FRANCE (déjioguaphie).
lumière des influences régissant le phénomène. Mais les caractères ethniques et héi'éditaires reconnus aux grossesses doubles et à leurs combinaisons nous ont paru légitimer l'étude un peu étendue ci-dessus. C'est une première assise pour des recherches ultérieures, car la période de seize ans (1858-1873), qui sert de base à cette étude, est encore trop courte pour que les rapports déduits en chaque déparlement soient bien rapprochés de la valeur moyenne qui leur est propre, surtout avec les erreurs ci-dessus signalées dans les documents officiels. Il faudra que la constance de ces rapports soit contrôlée et appréciée par une autre période à peu près de même longueur.
Mortalité; Probabilité de mort, et des diverses méthodes de calculer ces valeurs (annexes aux articles mariage et mortalité de ce Dictionnaire) [voy. l'article Mortalité pour tout ce qui concerne la mortalité de la Fiance en général et comparée avec les autres nations).
Mortalité générale. Nous avons vu que je désigne ainsi le rapport des décès (D) de tout âge (sans mort-nés) aux vivants (P) (ou D/P) de tout âge qui les ont produits dans l'unité de temps adoptée (ordinairement l'année).
En France, cette mortalité générale oscille aujourd'hui entre 23 et 84 décès annuels pour 1000 vivants; elle n'est que de 20 à 21 en Danemark et en Suède, et seulement de 22 à 23 en Angleterre ^ et à très-peu près la mème'que chez nous en Suisse, en Belgique; de (8 à 19 en Norvège, mais de 25 à 26 en Pays-Bas, de 27 à 28 en Prusse, de 30 en Espagne et en Italie, de 31 en Bavière, 32 eu Autriche, de 36 à 37 en Hongrie, de 38 en Russie.
Cependant, nous avons démontré combien sont mauvaises les appréciations touchant les qualités sanitaires d'un milieu déduit de la mortalité générale, rapport dans lequel on fait entrer, on confond les valeurs les plus différentes,
ment de même sexe ou de sexes différents, et dont la ressemblance ne dépasse guère celle des frères ordinaires; el les autres d\ies à un ovule à deux germes (ou à germe divisé, suivant les théories admises), se développant dans la même enveloppe, toujours de même sexe, et dont la ressemblance est extrême. Ce sont ces derniers qui, en se soudant plus on moins (ou se divisant incomplètement, suivant les théories), pi'oduisent les monstres doubles, toujours de même sexe. On conçoit que la production de deux gémellités si différentes reconnaisse des causes différentes et que le mélange de ces deux espèces de grossesses doubles et de leur cause jette quelque perturbation et difficulté dans la recherche des influences qui dominent chacune d'elles.
* Pour r.\ngleterre nous tenons ces chiffres comme fort suspects. Il nous parait invraisemblable que ce pays, avec ses nombreuses naissances, ses grandes manufactures, ses puissantes villes industrielles et leur formidable mortalité enfantine, son inégale division des fortunes et son paupérisme, n'ait qu'un si faible coefficient de mortalité générale. D'ailleurs, nous avons déjà établi à l'article Angleterre [voy. Grande-Bretagne) qu'un grand nombre de décès des premiers temps de la- vie échappent à l'inscription, et alors nous ne savions pas que la législation anglaise accordait six semaines pour faire inscrire les naissances (et les décès??), et actuellement (1878) trois mois 1 De plus, on n'inscrit pas les mort-nés, et c'est seulement tout nouvellement (1878, je crois) que l'on est tenu à fournir un bulletin du vérificateur des décès pour leur enterrement ; mais abandonnera-t-on de sitôt la vieille coutume de les enfouir sans permission dans le champ voisin ??
Aujourd'hui nous sommes enclins à penser, et les chiffres le prouvent, qu'avec de telles lois et mœurs, un très-grand nombre de naissances parmi celles destinées à une mort hâtive, et, par suite, un grand nombre de décès, échappent entièrement à l'enregistrement. Il y a lieu aussi de remarquer que, l'Angleterre étant un pays de très-forte émigration, un nombre très-notable des nés en Angleterre allant mourir ailleurs sont soustraits aux décès enregistrés en Angleterre. Toutes ces causes contribuent sans doute à cette valeur vraiment invraisemblable pour l'Angleterre de 22 décès par 1000 habitants. Enfin le chiffre officiel pour l'Irlande, 17 à 18 pour 1000, est encore plus ridiculement bas 1
FRANCE (démographie). 501
par exemple : la mortalité enfantine, et celle si réduite des adolescents, tandis qu'une des règles primordiales du calcul, c'est de ne pas faire un ensemble des probabilités de production très-différentes, mais surtout lorsque ces probabilités caractérisent des groupes inégalement nombreux et variables, car alors la valeur intermédiaire obtenue n'est pas même une moyenne, mais une résultaute qui incline vers le groupe le plus nombreux. Ainsi, encore que les vivants de deux ou plusieurs collectivités auraient les mêmes chances de mort à chaque âge, si l'une d'elles a beaucoup plus de naissances, et par suite beaucoup plus de nouveau-nés, par cela seul, sa mortalité générale sera beaucoup plus élevée, bien que les chances de mort à chaque âge puissent être à peu près identiques. C'est pourquoi la mortalité générale est une très-médiocre mesure des chances de vivre et de mourir ou des conditions sanitaires de deux groupes humains. C'est ainsi que nous verrons que, parmi nos départements, la Corse a une mortalité générale qui semble moyenne et lui assigne le 49" rang, alors que la mortalité de chaque âge (la première année de la vie exceptée) est considérable et lui assigne les numéros 76^ à 88* comme rang moyen de mortalité pour ses adultes et ses vieillards.
De même, le département de la Creuse est un de ceux dont la mortalité générale est la plus faible (20,4) et lui assigne le 6' rang, tandis que la mortalité, après 15 ans, lui assigne les rangs élevés de W à 70'.
Inversement, pour le département de l'Eure, sa mortalité générale lui donne le U" rang (par conséquent plus forte que la moyenne qui doit se rencontrer vers le 4i' rang), et pourtant sa mortalité à tous les âges adultes est une des moindres de France et lui assigne le 9' ou le 10'' rang.
On voit donc qu'il faut nécessairement apprécier les chances de mort à chaque âge ou groupe d'âge ; mais cela fait, et les départements rangés par ordre croissant de mortalité à chaque âge, on pourrait peut-être résumer en un chiffre une moyenne de ces chances, ou encore déterminer le rang moyen qui convient à chaque département. Dans cette méthode, les décès des nouveaunés ne pèseraient plus par leur nombre absolu, mais seulement par l'intensité de la mortalité et par sa durée pendant un ou plusieurs âges. On pourrait encore mettre à profit la remarque du savant professeur Lexis ^ : que la mortalité ayant deux maximums : celui de la première enfance, et celui, peu important, de l'extrême vieillesse, séparés par la mortalité minimum de la jeunesse et de l'âge adulte, il suflîrait de séparer les données en trois groupes d'âge, par exemple, de 0 à 5 ans ; de 5 à 60 ans, et de 60 à la fin de la vie. On a alors, pour la France entière et pour la période" 1857-1866 :
' Voy. Annales internationales de démographie, 1878, p. 447.
FRANCE (DÉMOGr,.\PHiE).
POPUL-iTION FRANÇ.\1SE EN TROIS GROUPES d'aGE (mOVENNE DES TROIS CENSUS 1856, 1861, 1866),
DÉCÈS qu'ils ont FOURNIS DANS CETTE PERIODE DÉCENNALE
(nombres ABSOLUS, MOYENS, ANNUELs), ET MORTALITÉ QUI EN RÉSULTE*.