C.ARIOPONTUS. 71J
Un document authentique peut et doit servir ici de guide : Pierre Damien, morl en 1072, dit en propres termes : a DicamquifJmihi Gnriopontufi senex vix, videlicet honestissimns et apprime litteris eruditus medicus, relulil. » Il est donc évident, d'après cette donnée précise, que. Gariopontus florissait entre 1010 et 1050. Un autre fait très-concluant, c'est que les ouvrages de ce médecin et particulièrement le Passionarium sont cités par des auteurs de la fm du onzième siècle et notamment par Gophou (le jeune), J. Platerius II et les autres auteurs dont les extraits sont contenus dans le manuscrit de Breslau.
Les œuvres de Gariopontus sont assez nombreuses ; les unes ont été publiées sous son nom, les autres ont été attribuées à Galien et imprimées parmi celles du médecin de Pergame.
L'examen de ces divers écrits montre que leur auteur a été un pur continuateur de la médecine gréco-latine et qu'il n'avait pas la moindre idée de la littérature arabe. Sou auteur favori, celui qu'il suit pour ainsi dire pas à pas, est Théodore Priscien, mais il n'a pas négligé pour cela les autres auteurs grecs ou latins, Paul d'Égine, Alexandre de Tralles, etc., mais surtout Galien, dont il avait fait une étude approfondie et dont il s'était si bien assimilé les idées que l'on a pu, dans le moyen âge, rapporter à Galien certaines productions du maître salernitain.
Un manuscrit de Bâle est ainsi intitulé : Passionarium seii Practica morboniin Galeni, Th. Prisciani, Alexandri et Pauli, qiiem Gariopontus quidam Salernitanus ejusque socii una cum Albicio emendarit, ah erroribus vindicavit et in hune ordinem redegit. Renzi voit là cinq choses à noter : 1° que le Passionarium n'était pas seulement un extrait de Galien, mais encore de trois autres auteurs vivant du troisième au septième siècle ; 2° qu'on n'y trouve aucune trace des Arabes, qu'aucun auteur de cette nation n'y est dénommé; 3° que l'auteur ou les auteurs ne peuvent être accusés de plagiat, puisqu'ils déclarent n'avoir fait qu'une compilation dont ils indiquent eux-mêmes les sources; 4" que Gariopontus était bien réellement Salernitain ; 5° que l'habitude d'écrire en société était déjà ancienne à l'École de Salerne.
Comme l'a judicieusement fait observer Malgaigne, Gariopontus ne suit pas toujours servilement les auteurs qu'il a compilés ; il s'en éloigne quelquefois et pense par lui-même ; d'autre part, il est injuste de mettre à sa charge les fautes qui ont été introduites dans ses œuvres par l'ignorance des copistes, ou les erreurs des typographes. En effet, il est facile de voir que Gariopontus savait le grec, qu'il a latinisé beaucoup 3e mots de cette langue et fait beaucoup de néologismes dont il donnait l'explication en latin ordinaire. Il faut enfin faire la part de la nécessité de se faire entendre à une époque où la langue latine avait nécessairement dégénéré. Chose bien digne de remarque, notre auteur peut être, en grande partie, regardé comme le créateur de la langue médicale moderne, par la formation de mots nouveaux tirés du grec ou du latin, destinés à exprimer des clioses qui n'avaient pas de nom dans le langage ordinaire et à servir à l'usage des médecins ; tels sont les mots : gargarizzare, cauterizzare, cicatrizzare, clysterizzare, polverizzare, vaporizzare; enfin, il a orthographié certains mots nouveaux pour les adapter à la langue italienne, comme anoressim pour anorecim.
Relativement à ses doctrines, Gariopontus, tout en s'attachant le plus souvent à Galien, ne se montre pas son aveugle sectaire, et on le voit, assez fréquemment, adopter des explications empruntées au méthodisme. Si l'on trouve dans son
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