L. Hn
Pries (LoRENz). Voy. Frisius.
FRIEISE (Les).
Friese (Friedrich-Gotthilf). Médecin allemand, né à Mûnsterberg, le 20 décembre 1765, exerça l'art de guérir à Breslau, et fonda plusieurs journaux médicaux qui n'eurent qu'une existence éphémère. Il a publié :
I. Diss. de pertinacissima alvi obstruclione, ab angustia et callositale inleslini recti orla. Halfc, 1788, in-S"". — II. Œkonomisch-technologisclie Abliandl. ûber die Syrische Seidenpflaiize und den weissen Maulbeerbaum . Breslau, 1791, in-8°. — III. Antisyphili- ' tiscite Pharmacologie, oder Anleilung zur Kenntiiiss derjenigen rohen, zubereiteten und zusammengesetzten Aimeymittel , welche bey der Ueilung der Lustseuche pflegen angewendel zu wcrdeii. Breslau, 1791, in-S". — IV. Arcliiv der pi-aktischen Heilkunde fitr Scfilesieii und Siidprcussen (en collaboration avec Zadig et Klose), Bd. I-IV, 1799-1804. Breslau, in-8''. — V. Annalen der neuesten Britlischen Arzneykunde und Wundcirzneykunde. Bieslau, 1801-1802, in-8°. — YI. Avec Nowak : Schlesisch-Sûd-preussisches Archiv der die Ausrotlungspocken belreffenden Erfakrungen und Verhandlungen^ Bd. I-II. Breslau, 1801- 1802, in-S". — VII. Divers articles dans Hufeland's Journal d. Heilk., Rosmer's Annalen,, etc. Nombreux ouvrages anglais traduits en allemand. L. Hx.
Friese (Johann-Nepomuk). Médecin autrichien, docteur en philosophie, naquit vers le commencement de ce siècle. 11 fut professeur d'histoire naturelle à l'Université Léopold-François d'Innsbruck et membre d'un grand nombre de sociétés savantes. Nous connaissons de lui :
I. G^undzûge der Einleilung in die fsaiurgeschiclde, als Unlerscheidungslehre der Naturproducle. Innsbrûck, 1829, in-S". — II. GrundrissderMinerognosie.lan%hr.,i%'C){i, in-8°. — III. Grundriss der Phytognosie. Innsbr., 185t), in-8°. L. Hn.
FRIGIDA-YALLE (HuGrjES de). Appelé communément Fridaevallius, né à Saint-Paul, en Artois, pratiqua l'art de guérir à Cortryck, vers le milieu du seizième siècle. Frigida-Valle cultivait en outre la poésie et était très-versé dans les lani;ues latine et grecque. On connaît de lui :
I. Syntagma methodicum de balneis et eorum usa. Douai, 1565, in-S". — II. De tuenda sanilate libri sex. Anvers, 1563, in-S" (Ouvrage écrit en vers élégiaques). L. Hn.
FRIGIMELICA (Lf.S DEUx).
Frigimeiica (François). Médecin italien, naquit à Padouc, le 15 janvier 1491. 11 devint professeur de médecine à l'Université de sa ville natale en 1519, et eut beaucoup de succès dans son enseignement. Le pape Jules III l'appela à
FRISIUS. 81
Rome elle nomma son premier médecin. A la mort de ce pontife, en 1555, Frigimelica demanda à son successeur rautorisation de retourner à Padoue; il ne l'obtint que par les plus pressantes sollicitations, et il alla reprendre sa chaire, qu'il garda jusqu'à sa mort, arrivée le 1^'' avril 1559. Ses ouvrages, peu remarquables du reste, n'ont été en partie publiés qu'après sa mort, par sou frère :
I. Pathologia parva, in qua melhodus Galeni practica explicatur. lense, 1640, in -8°; Parisiis, 4647, in-8°; Norimbergi, 1679, in-8°. — II. De Balneis metallicis artificiose parandis liber post humus jwvi argumenti ex bibliotheca Johannis Rliodii. Patavii, 1659, in-8°; Norimbergi, 1679, in-S". — III. Tractatus de morbo Gallico et lucubratiuncula adversiis defluvium pilorum. Dans la collection de Luisini : De morbo Gallico. h. Hn.
Frigimelica (Jérôme). Autre médecin italien, de la même famille que le précédent, né le 18 février 1611, mort en 1685. Reçu docteur en médecine à l'âge de dix-neuf ans, il fut nommé professeur à l'Université de Padoue, quand il n'avait encore que vingt-deux ans; son enseignement fut, paraît-il, trèsbrillant. L'empereur Léopold tenait Frigimelica en grande estime et l'honorait de ses faveurs. L. Hr .
FRlis (Christian-Lodbeug). Médecin danois, né le 3 août 1699, mort en 1773. En 1734, il devint médecin de la maison des orphelins de Copenhague et médecin de la ville, puis en 1739 obtint une chaire de professeur suppléant de médecine à l'Université, et en 1747 fut nommé titulaire. En 1775, Friis fut élevé à la dignité de conseiller d'état. On a de lui :
I. De motu sanguinîs intestino. 1719. — II. De morbis infantum, 1725. — De morbis senum, 1759. — III. De morbis puerorum, 1748. — IV. De mercurii usu interna, 1750. — V. De crisi morborum pueriliiim, 1757 et 1759. — VI. De iis qui pro mortuis habiti sunt cum tamen poslea vitœ redditi sunt, 1764. L, Ils.
FRISCH (EMiL-jACOBi).Néà Bergen (Norvège) le 10 avriH789, fit ses premières études à l'école de sa ville natale et se rendit en 1807 à l'âge de dix-huit ans à Copenhague pour y étudier la médecine. Nommé chirurgien volontaire en 1808, à l'hôpital Frederik, il prit paiH en 1810, en cette qualité, à une expédition à bord d'un bâtiment monté en corsaire, mais ce bâtiment ayant été, après un combat, capturé par les Anglais, il fut conduit à Portsmoulh, où il demeura prisonnier près de quatre ans, occupé d'ailleurs comme chirurgien à un hôpital spécialement destiné aux prisonniers de guerre. Mis en liberté en 1814, il revint dans son pays et se rendit à Copenhague pour y terminer ses études. Il subit en 1818 ses derniers examens près de l'ancienne Académie de chirurgie, puis se fixa à Nyborg (Fiihnen) et y exerça la médecine avec succès. On cite de lui :
I. Practiske Bemœrkninger. In Otto nye Hijgœa, t. I, 1823, p. 235 à 240. — II. Practiske Jagltageher om Blaasyren. Ibid., t. II, 1823, p. 401 à 421. — III. Practiske Jagttagelser over Terpentenolien. Ibid., t. III, 1824, p. 83 à 96. — IV. Endnu noget om indgrœde Negle, t. V, 1825, p. 163 à 167. — V. Om Livlôse Legemers Selvaiitœndelse. Ibid., p. 306 à 318. Extrait de Froriep's Notiz. der Natur- und Heilk., 1824. — VI. Practiske og theoretiske Bemœrkninger over brœndt Skade, efter egne og Andres Erfaringer. Ibid., t. VI, 1825, p. 225 à 251. — VII. Om Selvantœndelsen og Oprbrœndelsen af del menneskelige' Legeme, med oplysende Exempter. Ibid., p. 383, à 422. — VIII. / Anledning of et i Amerika anbefalet meteorologisk Instrument, t. VIII, 1826, p. 142, 143. — IX. Om Menneskets hôie Aider. Ibid., p. 259 à 291. — X. Practiske Bemœrkninger om nux vomica. In Bibl. for Lœger, t. VIII, 1828, p. 33 à 68. — XI. Fortsatte practiske Bemœrkninger om Blaasyren. Ibid., t. IX, p. 15 à 40, ' p^ p
FRISIUS (Laurent), ou Phrisius, nom latinisé de Pries. Médecin néerlandais, né en Frise, probablement à Dokkum, dans les dernières années du quinzième
DICr. ENC. i" s. \l. g
siècle. A l'âge de douze ans il se rendit en Suisse dans le canton de Schwitz, où il avait probablement des parents, car nombre de Frisons s'établirent dans cette contrée à l'époque des croisades. Il est certain qu'il fréquenta diverses universités de France et d'Allemagne, et qu'il passa quelque temps à Naples, mais on ignore où il prit son grade de docteur, et on ne sait même pas s'il retourna jamais dans son pays natal. Il paraît qu'il se fixa tout d'abord à Strasbourg, où il acquit surtout de la notoriété dans le traitement des maladies des yeux ; en 1518, il exerçait la médecine à Colmar, et à cette époque s'intitulait lui-même : « Laureivtius Phrysejv, docteur en philosophie et en médecine »; l'illustre Paracelse vint ensuite le remplacer dans cette ville. En 1530, nous retrouvons Frisius à Metz, où il mourul probablement vers 1552, d'après ce qu'écrit Otto Brunfels. Le premier ouvrage qu'il publia fut sans nul doute le suivant : Spiegel der Artzney desgeleichen vormals nie von keinen doctor in tutsch ufsgangen. Getrucht in der keizerlichen stat Strassburg von Johannes Greininger, 1518,^ in-fol., fig. Ce fut la première édition de l'ouvrage et dans sa dédicace adressée à Joh. ^ingler de Schélestadt, son ami et son parent, il s'écrit : L. Phries. En 1532> le même ouvrage fut réimprimé à Strasbourg par Balthasar Beck, sous le le titre : « Spiegel der Artzney, vor zeyten zu nutz und trost der leyen gemacht diirch Laurentinus Friesen, aber offt nun gefehchet durch unfleiss der Buchtrucker, yetzund durch den selbigsn Laurentinus und M. Othonem Brunfelss wiederumb gebessert, und in seiner ersten glanz gestellet, 1832-35, in-fol.; toutes les autres éditions, sauf celle de 1818, y sont déclarées fausses.
Fries était grand partisan de la médecine arabe et il se consacra avec ardeur à la défense de ses doctrines ; il ne méprisait pas Hippocrate ni Galien, il les tenait même en haute estime, mais il exaltait comme bien supérieurs Avicenne et les autres Arabes qu'il appelait Medicinœ monarchi. Il aimait l'astrologie et la détendait contre Luther, mais il combattit vivement l'uroscopie dans ses excès. Défenseur de la médecine rationaliste, il traitait 'les méthodistes [methodici) de trompeurs, les empiriques d'ignorants, et ajoutait que sans logique tout art n'était que fumée. Il paraît, en outre, avoir été très-versé dans les langues grecque, hébraïque et arabe.
Nous connaissons encore de lui :
I. Sudoris anglici exitialis , pestiferique morbi ratio, prceservatio et curatio. Argentorati,. 1529, iQ-4°. — II. Defemio Avicennœ, medicorum principis, ad Germaniœ medicos. Argentorati, 1530, in-4''; Lug-duni, 1533, in-8°. — III. Epitome opuscuU de curandis pustuUs, ulceribua et doloribus morbi gallici, mali franzoss appellati. Basilese, 1532, iii-4'> (Inséré dans la coUect. de Luisini). — lY. Synonyma undgerechte Pflegung der Wôrter, so man in der Arzney allen Krâutern, Wurzeln, Blurnen, Samen, Gesteinen, Sàften und andern Dingen zuschreibt, in lateinischer , hebraïscher, arabischer, griechischer und mancherley tudschen Zunge zusammengebracht. Strassburg, 1514, in-4''; neu corrigirt, ibid., 1535, in-4''. Ea latin : Sijnomjma materiœ medicœ, etc. Argentinae, 1535, in-fol. En français : Les synonymes latins, hébreux et grecs de différentes fleurs, plantes, pierres et minéraux de Phrysias. Strasbourg, 1579. L. Hn,
FRlSo:\s DE SOIE. C'est, dans l'industrie, le nom donné aux débris de cocons séchés. Le cardage des frisons a sur la santé une influence fâcheuse. {Yoy. Cardage). D.
FBI§SO:\. Le frisson est un phénomène très-fréquent et trop facile à constater pour n'avoir pas été étudié par les médecins dès les temps les plus reculés. Depuis Hippocrate tous les auteurs parlent de ce symptôme.
Seulement il ne faut pas croire (comme on l'a dit) que les efforts des anciens fussent surtout dirige's vers la détermination du mécanisme et de la pathogénie de ce phénomène. Leur but principal était de déterminer la valeur séméiologique (diagnostique et pronostique) du frisson. Sans doute ils n'ont pas échappé à cette tendance constante de l'esprit humain qui met toujours des hypothèses derrière les faits pour les coordonner et les expliquer. Mais ce n'est là qu'un côté de leur œuvre et un côté certainement accessoire.
On se procure à peu de frais le plaisir de rendre uu historique ridicule en rapportant qu'Hippocrate faisait dépendre le frisson des conditions célestes, de la coagulation ou de l'épaississement des humeurs, que pour Asclépiade il est dû à la stagnation des molécules sanguines, etc. Tout cela ne prouve pas grand chose; on pourra tout aussi bien dans un siècle se moquer de nos théories actuelles, mais les faits cliniques acquis resteront et de la même manière les anciens avaient constaté des faits cliniques vrais, importants, et qui sont restés.
C'est ainsi qu'au lieu des passages (peu nombreux) où Hippocrate expose sa théorie du frisson, il vaut mieux citer ceux où il montre l'utilité diagnostique de ce signe {Épid., t. 11, édit. Littré, p. 671), où il montre les hissons précédaut les accès de tièvre ardente, qui reviennent périodiquement mais se résolvent aussi périodiquement et sont innocents le plus souvent [De l'ancienne médecine, t. I, p. 611 et Aphor., . IV, p. 525), tandis que le frisson est un mauvais signe dans la fièvre non intermittente (Aphor., 1. IV, p. 519); les passages dans lesquels il décrit le mode de début du frisson par les parties postérieures plutôt que par les parties antérieures du corps, par les parties extérieures plutôt que par es parties intérieures [Aphor. IV, 563; Épid. V, 117 et 299), l'apparition de ce symptôme chez ceux qui sont menacés d'empyème [Prén. coaqiies, V, 589 et 677), etc., etc.
Pour faire un historique complet et réellement ressemblant du frisson, il faudrait donc, en négligeant lee théories, montrer les observations faites au Kt du malade par Hippocrate et tous les médecins qui l'ont suivi jusqu'à nos jours.
Nous n'avons pas l'intention d'entreprendre cette lâche qui nous entraînerait trop loin. Nous tenions simplement à indiquer cette idée afin de mettre le lecteur en garde contre les historiques classiques que l'on trouve dans certaines monographies sur le frisson.
Pour résumer l'état de la science actuelle sur ce symptôme nous diviserons notre étude en deux parties sous les titres suivants : 1. Description symptomatique et anabjse physiologique; 2. Étude clinique; valeur séméiologique. Le premier envisage le frisson en général, pris dans son ensemble, et cherche à en pénétrer la physiologie patholo^^ique. Le deuxième chapitre passe en revue les différentes espèces cliniques de frisson, la valeur diagnostique et pronostique de ce signe dans les divers cas.
1. Description symptomatique et analyse thysiologique. Réduit à ses éléments les plus simples, le frisson est caractérisé par un frémissement (a»pt;, d'où lui vient son nom) qni peut aller jusqu'au tremblement et est accompagné d'une sensation de froid plus ou moins intense.
C'est de la partie postérieure du corps, lombes et région dorsale, que part cette sensation rapide qui parcourt tout le tronc et le secoue. Tout peut se
borner là; c'est ce qui arrive par exemple dans la miction, dans les frissons physiologiques.
A un degré de plus, ces sensations rapides de frémissement se répètent à des intervalles plus ou moins rapprochés; la sensation de froid à la peau, aux extrémités devient plus marquée; les bulbes pileux s'érigent; on a le phénomène de la chair de poule. En même temps la peau est pâle, anémiée ; le corps tout entier est diminué de volume; les bagues tombent des doigts et le sujet éprouve le besoin de se pelotonner sur lui-même pour diminuer la sensation de froid qu'il éprouve. On éprouve lie genre de frisson en passant brusquement dans un endroit à température relativement très-basse.
Si le phénomène est plus accentué encore, tous les membres sont secoués, la mâchoire est animée de convulsions rhythmiques ; le sujet claque des dents avec une violence quelquefois extrême ; c'est ce que l'on observe quelquefois au début de la pneumonie ou d'un accès de fièvre intense.
Les différents éléments qui entrent dans la constitution symptomatique du frisson ne sont du reste pas toujours développés au même degré : ils ne suivent pas une marche parallèle. Ainsi la sensation de froid n'est pas toujours en rapport avec l'intensité des contractions musculaires. Certains malades secoués par la fièvre comme ils disent, au début d'un accès, faisant sauter les couvertures sous lesquelles ils ont l'air de grelotter, n'éprouvent pas en réalité un froid bien intense. Et d'autres, au contraire, ont un très-grand froid et des mouvements musculaires beaucoup moins intenses.
Les divers degrés que nous avons reconnus au frisson étaient décrits par les anciens sous des noms différents ; Horripilatio, horror, rigor.
Les divers frissons ne présentent pas seulement entre eux des différences d'intensité. Leur marche et leur étendue est encore essentiellement variable.
Au point de vue de la marche, le frisson peut être régulier et continu avec lui-même, ayant son début, sa période d'état et son déclin. Ce mode caractérise spécialement les maladies inflammatoires. Ou bien, au contraire, le frisson est interrompu par des intervalles de calme, par des bouffées de chaleur ; il est en général moins intense dans ce cas, mais dure quelquefois plus longtemps : c'est le mode des maladies catarrhales.
Si, au point de vue de l'étendue, le frisson est le plus souvent général et symétrique, il peut aussi dans certains cas être partiel et plus ou moins circonscrit. Lassalvy {Éphém. méd. de Montpellier, p. 258, 1827) a décrit chez une malade un frisson qui partant du luilieu de l'épine dorsale s'irradiait de là dans les membres supérieurs et inférieurs gauches. Nous reviendrons, à propos de la physiologie pathologique, sur d'autres exemples de ces frissons partiels que nous nous contentons pour le moment de signaler.
Après cet aperçu sommaire sur l'ensemble symptomatique du frisson, nous sommes obligés, pour entrer dans le détail, de décomposer ce symptôme, et d'étudier successivement ses principaux éléments. Nous compléterons ainsi notre description et nous aborderons en même temps les questions de physiologie pathologique. Ce n'est qu'après avoir discuté la pathogénie spéciale de chaque élément que nous pourrons essayer de reconstituer l'ensemble et d'indiquer le mécanisme physiologique général du frisson.
1. Le phénomène capital qui doit nous arrêter le premier et le plus lont^uement consiste dans les contractions musculaires. Ces troubles moteurs sont de divers
FRISSO^^ 85
ordres : au degré le plus léger, ils n'atteignent que la peau; à un degré plus élevé ils se généralisent à tout le système musculaire.
Les muscles lisses de la peau sont le siège du phénomène connu sous le nom de chair de poule. Les plus superficiels de ces muscles vont du follicule pileux au derme et « forment avec le poil et ses glandes annexes un véritable petit appareil, comme l'a dit M. Sappey, appareil indiqué depuis longtemps» dont Belfied-Lefèvre déjà avait bien vu le rôle. » (Couty, Des terminaisons des nerfs dans la peau. Thèse d'agrégation, 1878). Robin admet également que « les fibres-cellules cutanées appartiennent plutôt au système pileux qu'au derme, dans lequel, du reste, on ne les trouve pas. » Et il le démontre notamment par ce fait que « sur les suppliciés et les membres amputés on voit l'étal rugueux de la peau, dit chair de poule, s'arrêter autour du poignet et au coude-pied, précisément où cessent d'exister les poils de duvet, pour laisser au delà le tégument lisse, avec ses seuls petits plis naturels. » (Ch. Robin, art. Musculaire (A7iat.), Dict. encycl.,^- 517.)
En dehors de ces muscles cutanés superficiels, d'autres, plus profonds, ne sont bien développés que dans certains points, mamelon, scrotum, etc.
Ces muscles lisses sont innervés par le système sympathique. Couty admet qu'ils reçoivent également des nerfs médullaires ; il base son opinion sur des expériences physiologiques dont nous parlerons tout à l'heure.
Tel est l'appareil musculaire et nerveux dont la mise en action produit le retressement du poil, le soulèvement du derme par le follicule, en un mot, le phénomène dit de la chair de poule (Brown-Séquard, Contraction de la peau, etc., sous l'influence de l'élect. Soc. de biol., 1849 et 1850).
Cela posé on s'est demandé si ce frisson élémentaire, cette contraction musculaire cutanée est d'origine périphérique ou d'origine centrale. Il est d'abord facile de voir que des causes centrales et des causes périphériques peuvent produire la chair de poule. Ainsi une émotion, une sensation désagréabks un bruit de scie ou de frottement peut produire le frisson aussi bien qu'une application froide subite sur un point ou sur la totalité du corps. Dans le premier cas, la cause est centrale, dans le second, elle est périphérique.
Mais il reste toujours à savoir si, dans le cas où l'excitant est extérieur, tout se passe à la périphérie, ou si l'intervention du centre méduUo-encéphalique est nécessaire pour la production du réflexe. Les expériences de Brown-Séi[uard et de Robin prouvent bien que cette intervention n'est pas nécessaire et que tout peut se passer à la périphérie, les ganglions sympathiques pouvant suffire comme centres de l'action réflexe.
« M. Brown-Séquard a produit la chair de poule dans le bras des suppliciés, où il a injecté, plusieurs heures après la mort, du sang frais, et dans un cas de son propre sang. Non-seulement la contractilité des muscles striés est revenue, mais les muscles lisses sont entrés en contraction. M. Robin a constaté que celte chair de poule peut exister normalement plusieurs heures après la mort violente, et il l'a observée avec MM. Legros et Gougon sur deux suppliciés, six heures dans un cas et dans l'autre dix heures après la mort, la température extérieure étant assez basse. 11 est évident que dans tous ces cas le frisson ne pouvait avoir une origine myélencéphalique. « Mulleret Wagner ont vu également « la galvanisation du sympathique cervical produire sur le chat un mouvement lent des poils situés à l'entrée du pavillon de l'oreille. » (Couty). L'intervention du système nerveux central n'est donc pas nécessaire pour la
production de ce frisson élémentaire, la chair de poule. Mais cela ne veut pas dire que dans les frissons que nous observons en clinique le système nerveux central n'intervienne pas. Un certain nombre de faits prouvent au contraire la nécessité générale de cette intervention.
Griesinger a observé un paraplégique (sensibilité et motilité) à la suite d'une fracture de la 10* dorsale, chez lequel les parties paralysées restaient intactes pendant un accès, tandis que les parties au-dessus présentaient le frisson, la chaleur, la sueur normales.
Couty a vu un fait analogue après une compression de la moelle siégeant au niveau de la sixième vertèbre dorsale. De même encore Hilzig a vu la région innervée par le circonflexe épargnée par le frisson chez un malade qui avait une paralysie complète de ce nerf.
Dans la plupart des faits de frisson partiel publiés dans ces derniers temps, on trouve dans l'état du système nerveux cérébro-rachidien une cause à cette localisation étrange. Ainsi Griesinger a vu chez un malade guéri par la quinine de sa fièvre intermittente, des frissons survenant encore dans un bras qui portait une plaie en suppuration; une femme, présentant une anesthésie traumatique de la main gauche, avait de légers accès intermittents de frisson et de douleurs dans le bras atteint. Hertz {Handb. de spec. Pathol. vnd Ther. von Ziemssen, t. II, p. 609) ajoute à ces exemples celui d'un iabétique chez lequel des accès de fièvre se manifestaient par de fortes névralgies régulièrement intermittentes dans les deux extrémités inférieures avec frisson et chaleur consécutive dans les mêmes parties.
Tous ces faits mettent bien en lumière l'intervention des centres nerveux, du système cérébro-rachidien dans la production des contractions musculaires qui caractérisent le frisson.
Du reste il se passe ici pour les muscles de la peau ce que l'on sait de toutes les contractions musculaires. Une contraction, quelle qu'elle soit, peut être produite par une cause centrale ou par une cause périphérique. Une cause centrale agit directement, par voie centrifuge, et produit la contraction. Une cause périphérique agit par acte réflexe, par voie successivement centripète et centrifuge. Dans ce dernier cas, le centre de réflexion peut être partout où il y a des cellules nerveuses, dans les centres diffusés de la périphérie, dans les ganglions, dans l'axe cérébro-spinal. Il est conforme aux lois physiologiques courantes que, suivant les cas, l'arc réflexe qui es le point de départ du frisson (d'origine périphérique) remonte à un centre plus ou moins élevé.
Cela me paraît être la seule manière de résoudre cette question, aussi souvent mal posée que discutée, de savoir si la chair de poule est un phénomène périphérique ou un phénomène central.
Voilà donc le premier élément physiologique du frisson : la contraction des muscles cutanés. Quand la cause est centrale ou quand l'excitation périphérique est assez forte et assez étendue pour gagner les centres, l'action centrifuge ne se limite pas aux seuls muscles cutanés, les différents muscles de l'économie peuvent entrer en contraction et alors se produisent les secousses des membres et du tronc, ce claquement de dents qui caractérisent les degrés les plus accentués du frisson.
Il n'est pas nécessaire d'insister sur ce phénomène qui rentre dans les convulsions, les tremblements. Il n'y a rien de spécial à en dire ici.
2. J'arrive aux autres éléments constituants du frisson : l'état de la circulation,
la température centrale et périphérique, la respiration et les combustions, les sécrétions et spécialement l'urine.
a. D'abord la contraction des artérioles cutanées est un élément fondamental <lu frisson : la peau devient pâle, anémiée, sèche ;]tout le sang est refoulé vers les parties centrales. Ce phénomène se rapproche tout naturellement des contractions musculaires de la chair de poule puisqu'il est, lui aussi, produit par une excitation du système sympathique.
Les conséquences de ce resserrement des vaisseaux périphériques sont multiples. Les congestions viscérales en sont l'effet le plus direct. C'est dans le stade de frisson que dans la fièvre intermittente la rate prend un développement •considérable, la congestion pouvant même aller jusqu'à la rupture de l'organe. Mais ce n'est pas sur ce viscère seul que se font sentir les conséquences de l'ischémie cutanée. L'appareil respiratoire est souvent l'aboutissant de cette fluxion ; chez certains sujets on aura des râles bronchiques très-accusés et quelquefois même une véritable hémoptysie pendant le stade de frisson. Il n'est pas rare de voir, chez un vieillard ou un individu prédisposé, un frisson provoquer une hémorrhagie cérébrale. La congestion de l'estomac ou de l'intestin, sous l'influence d'un frisson, peut enrayer et troubler profondément une digestion commencée. Dans divers tissus on peut trouver des hémorrhagies capillaires développées par le frisson. Nous verrons par l'état de l'urine l'influence de celte congestion viscérale se portant sur le rein, etc.
Ainsi le phénomène est général : contraction et ischémie à la périphérie; dilatation et congestion au centre, dans les viscères.
Le cœur ne peut pas échapper à cette influence. La tension sanguine augmentée dans tout le système circulatoire monte également dans le cœur. Comme trèssouvent dans ces cas-là la résistance même du myocarde est diminuée par la maladie qui produit le fiisson (impaludisme, par exemple), ces cavités cardiaques se laisseront distendre, et le frisson entraînera aussi une stase sanguine intra- cardiaque avec dilatation passive de l'organe central de la circulation.
C'est ainsi que certains auteurs, Griesinger, Duchek, etc., ont constaté, par la percussion, l'augmentation de volume du cœur pendant le stade de frisson. ■Ce dernier médecin a vu chez un malade la matité cardiaque atteindre le deuxième espace intercostal gauche pendant l'accès et redescendre à la quatrième côte dans l'apyrexie, sans qu'il y eut augmentation du diamètre transverse à aucun moment (Hertz, loc.cit., p. 601). Chez des individus prédisposés •dont la fibre cardiaque est altérée, cette réplétion exagérée des cavités cardiaques peut avoir même des conséquences encore plus graves ; on a observé la rupture du cœur (Sébastian).
£n tous cas la stase intra-cardiaque retentit sur le système veineux ; le sang s'accumule dans les veines périphériques ; de là la teinte bleuâtre des doigts, <les extrémités en général, qui se combine à la pâleur de l'ischémie artérielle pour constituer la couleur livide de la peau pendant le frisson.
L'état du pouls est la résultante naturelle de cet état combiné des artères et du cœur. Il est petit et serré, dur, à forte tension, quoique à faible amplitude. C'est le pouls que l'on observe dans tous les cas où il y a un grand mouvement de concentration dans l'économie; c'est par exemple le pouls de l'état nauséux, de cette période pénible qui précède le vomissement ; pouls dont nous avons donné ailleurs des tracés sphygmographiques {De la médication vomitive. Thèse d'agrégation, Paris, 1875). Tandis qu'à l'état normal, avant le frisson, ou pen-
dant la période de réaction, après le frisson, le pouls est plein et ample, il se concentre au contraire et échappe presque aux recherches pendant que le sujet est secoué par le frisson.
b. L'état de la température, pendant le frisson, doit être étudié à côté de l'état de la circulation.
La sensation de fi'oid fait partie intégrante du frisson. A un degré plus ou moins élevé, elle existe toujours. Personne ne discute là-dessus. Mais on peut se demander si c'est là un phénomène purement subjectif, simplement ressenti par le malade, ou si réellement il y a abaissement de la température du corps.
Depuis de Haen, on sait que dans le frisson de la fièvre intermittente nonseulement la température du corps n'est pas abaissée, mais qu'encore elle est accrue. C'est un fait aujourd'hui parfaitement démontré et acquis. De plus, on a même constaté que la température commence souvent à s'élever avant le frisson, dans certains cas trois quai'ts d'iieure ou plusieurs heures avant le frisson. Ce fait est très-important au point de vue des théories que nous discuterons plus loin. Pendant toute la durée du frisson le thermomètre continue à s'élever et c'est le plus souvent à la fin de cette période que le maximum est atteint.
H semble paradoxal que le malade éprouve une sensation de froid alors que sa température est plus élevée. Mais il faut se rappeler que toutes les déterminations thermiques dont nous venons de parler visent la température centrale. C'est dans l'aisselle, dans la bouche ou dans le rectum que le thermomètre était placé et dépassait la normale. Il n'en est plus de même quand on mesure la température périphérique en plaçant le thermomètre dans la main à une extrémité quelconque.
(( Au moment où le froid éclate, il s'établit immédiatement entre la température interne et externe un antagonisme qui se traduit par l'écartement des deux courbes Ihermométriques (axillaire et périphérique). A mesure que la température interne monte, le thermomètre descend à la surface, si bien qu'au bout d'une demi-heure une température centrale de 39 degrés peut correspondre au chiffre de 29 degrés sur le thermomètre placé à l'extérieur. » (Hirtz, article Fièvre. Nouv. Dict. niéd. et chir. prat.,p. 709.)
Il y a donc un refroidissement périphérique pendant le frisson, c'est ce qui explique la sensation de froid éprouvée par le malade. Car d'une manière génél'ale les sensations thermiques des sujets sont en rapport non avec l'état de la température centrale, mais avec l'état de la température périphérique. C'est ainsi que les malades atteints de paralysie agitante ont des sensations de vive chaleur qui correspondent à une température centrale normale mais à une température périphérique réellement exagérée [Progrès médical, 1878, n" 12).
Ainsi on peut dii'e qu'au point de vue thermique c'est par cet antagonisme des températures externe et interne qu'est caractérisé le frisson. Cet antagonisme n'existe, en effet, aussi marqué dans la fièvre, que quand le frisson existe. « Si le frisson manque, ce qui arrive dans les fièvres à début lent où la température met plusieurs jours avant d'atteindre son acmé, la température périphérique tend à se rapprocher de la température centrale. » (Lereboullet, article Fièvre, Dict. encycl., p. 111.)
Couty a récemment repris et développé toutes ces recherches sur la température périphérique et il a montré qu'après le frisson, durant la période station-
naire, la température périphérique augmente plus rapidement que la température centrale. Dans la pleurésie, la pneumonie, l'angine, la lièvre typhoïde, les fièvres éruptives, etc., les deux courbes, axillaire et palmaire, se rapprochent peu à peu et tendent même à se confondre (pneumonie, ét-ysipèle, rhumatisme, etc.) (LerebouUet, loc. cit.)
Nous voilà donc en possession d'un nouvel élément précis dans la constitution du frisson : diminution de la température périphérique contrastant avec une élévation, souvent considérable, de la température centrale (cette dernière élévation pouvant précéder le frisson et même toute sensation subjective).
c. La constatation de l'hyperthermie appelle tout naturellement l'étude des combustions respiratoires pendant le frisson.
Liebermeister a fait des recherches sur la quantité d'acide carbonique éliminée pendant les divers stades de la fièvre intermittente. Il observe que pendant la période de frisson cette quantité est considérable. Il ne faut pas en conclure qu'elle est proportionnelle à la chaleur du corps, à la température notée. Ce n'est pas aux moments oii le tliermomètre est le plus élevé que l'acide carbonique est exhalé en plus grande quantité ; c'est aux moments où la chaleur se produit avec plus d'activité. C'est à la rapidité d'accroissement de la température que l'exhalation d'acide carbonique est proportionnelle.
C'est pour cela que l'acide carbonique de la respiration est surtout considérable pendant le frisson (période d'accroissement de la température) tandis que plus tard quand la température est stalionnaire ou s'élève lentement et graduellement, la proportion d'acide carbonique exhalée peut au contraire diminuer au lieu d'augmenter, bien qu'elle reste encore assez considérable {voy. art. Fièvre, déjà cité).
d. J'arrive enfin à l'état des sécrétions et plus spécialement à l'état de Vurine dans le frisson.
L'urine est abondante, augmentée de quantité, claire, aqueuse, d'une faible densité. Toutes ces qualités se tiennent et s'entraînent l'une l'autre. Tout cela signifie simplement : augmentation de la quantité d'eau passant à travers le rein.
C'est là une conséquence directe de la contraction des artérioles cutanées que nous avons déjà constatée comme élément constitutif du frisson. Cette contraction périphérique entraîne en effet d'un côté la diminution et la suppression des sécrétions cutanées et d'un autre côté fait refluer le sang dans les viscères et augmente la tension sanguine dans les vaisseaux du rein.
A côté de ce fait facile à constater et à expliquer, on a voulu étudier les variations de composition de l'urine pendant le frisson et spécialement déterminer la quantité d'urée qu'elle peut contenir.
Redtenbacher examinant dix malades a constaté que l'urée et l'urine sont augmentées pendant l'accès et diminuent dans l'apyrexie. En comparant à la composition normale, il trouve que l'urée est augmentée dans la proportion de 3 1/5 dans le stade de frisson et de chaleur et 1 1/3 dans la sueur ; et en comparant à la composition pendant l'apyrexie, il trouve l'urée augmentée de 5 1/2 pendant le frisson et la chaleur et de 1 1 /2 dans la sueur.
D'après Sidney Ringer, « cette augmentation fébrile de l'urée serait beaucoup plus considérable; l'urine, au moment du frisson, en contiendrait 200? à 500? pour 1000, tandis qu'à l'état normal la proportion ne dépasse pas 20 pour 1000. »
Je n'insisterai pas sur ce fait et me garderai d'accumuler ici à côté les résultats contradictoires obtenus sur le même point par d'autres auteurs. Je renverrai simplement le lecteur à la savante et judicieuse discussion que M. LerebouUet a faite, à l'article Fièvre, de toutes ces recherches sur l'urée, des procédés de dosage, des causes d'erreur, des contradictions obtenues, etc., etc.
3. 11 est temps de reprendre les résultats de cette analyse physiologique du frisson,, de les rapprocher et d'essayer de formuler le lien logique qui les unit. Y parvenir serait donner la théorie générale du frisson; tâche difficile, que nous devons aborder, ne fût-ce que pour montrer qu'elle est actuellement irréalisable.
Nous avons trouvé dans le frisson cinq éléments principaux : 1 , Contractions musculaires (muscles lisses et muscles striés); 2. spasme des artérioles périphériques; 3. hyperthermie centrale et refroidissement périphérique ; 4 . augmentation de la quantité d'acide carbonique exhalée ; 5. augmentation de la quantité d'urine, de l'eau et peut-être de l'urée qu'elle contient.
Ces cinq éléments ne sont pas irréductibles les uns aux autres. Ainsi le spasme des artérioles est un phénomène tout à fait du même ordre que les contractions des fibres lisses du derme; l'augmentation de l'acide carbonique exhalé est en rapport a\ec la rapide élévation ,de température, partout où elle se produit; l'augmentation de l'urée, si elle existe, est également un phénomène à rapprocher de l'hyperthermie centrale.
Quant à l'augmentation de la quantité d'urine, de l'eau qu'elle contient, nous avons vu que c'était la conséquence simple du spasme des artérioles cutanées.
Nous en arrivons donc à réduire le frisson à deux grands éléments : 1. contractions musculaires (fibres lisses de la peau, muscles des artérioles cutanées, muscles striés) avec leurs conséquences (congestions viscérales, augmentation de la quantité d'urine, etc.); 2. hyperthermie centrale et refroidissement périphérique avec les phénomènes qui accompagnent habituellement la production exagérée de chaleur (augmentation de l'acide carbonique, de l'urée sécrétée, etc.).
Chercher la théorie du frisson, c'est chercher le rapport de subordination ou autre qui unit ces deux éléments et par suite le processus physiologique général d'où ils dépendent.
Deux hypothèses se présentent tout naturellement à l'esprit et ont été le point de départ des deux ordres de théories en présence.
Dans la première, ce sont les contractions musculaires qui sont primitives et tiennent sous leur dépendance les variations thermiques ; c'est l'élément nerveux qui domine, est essentiel ; l'élément thermique étant secondaire, consécutif.
Dans la seconde, on regarde au contraire les modifications de température comme le phénomène essentiel, primitif, du frisson ; les phénomènes nerveux étant au contraire secondaires, n'étant que la conséquence des premiers.
Ces deux ordres de théories sont très-nettement représentés, dans l'école contemporaine, par Traube d'un côté et Lieberneister de l'autre. Mais déjà chez les anciens nous trouvons ces idées opposées en présence, occupant successivement la scène.
Ordinairement on classe les théories anciennes du trisson en théories humorales et théories solidistes. Cette division nous paraît moins heureuse que celle que nous proposons. Car nous verrons certains solidistes mettre l'élément ther-
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miqiie avant l'élément nerveux et se confondre ainsi avec les humoristes, au point de vue particulier qui nous occupe.
Nous n'insisterons pas du reste sur cet historique des théories du frisson ; il se confond sur bien des points avec celui des théories de la fièvre et nous renverrons, pour les détails, à cet article, déjà traité d'une manière si remarquable dans ce Dictionnaire. Nous choisirons simplement quelques exemples pour démontrer notre manière de voir.
Hippocrate est en lète des auteurs qui mettent l'élément thermique en première ligne et font dépendre le frisson des variations de température. On retrouve partout, chez lui, l'idée du refroidissement du sang ou d'autres humeurs qui en circulant et se portant sur telle partie produisent le frisson. Ainsi, parlant des suites du mauvais régime, il dit que « les vents se répandent dans tout le corps et, tombant sur les parties les plus sanguines, ils les refroidissent; à la suite du refroidissement de ces lieux oii sont les sources et racines du sang, le frissonnement court dans tout le corps, et le sang étant tout entier refroidi, le corps entier frissonne » (t. VI, p. 101). Dans un autre passage du même volume (p. 189) c'est encore plus complet et plus explicite. C'est toujours le mélange d'une humeur froide comme la bile ou d'une humeur très-froide comme la pituite avec le sang (qui est l'humeur la plus chaude) qui produit le frisson. « Le sang étant refroidi, tout le reste du corps est refroidi nécessairement; quand il en est ainsi, c'est ce qu'on nomme frisson. Si l'action sur le sang est forte, c'est le frisson intense et le tremblement... Si le resserrement du sang est un peu moindre, c'est le frisson ; le frissonnement c'est cet état au minimum... »
Voilà la forme humorale de la théorie qui attribue le frisson aux variations thermiques. Asclépiade de Bithynie donne la forme solidiste de la même théorie. 11 attribue le frisson à la stagnation des molécules sanguines, parce que la chaleur est due, d'après lui, au frottement de ces mêmes molécules en mouvement.
Cette théorie a son complet développement dans le passage suivant de Hallef cité par Gavarret (art. Chaleur de ce Dictionnaire) :
« Dans les fièvres le sang devient si grossier et si gluant qu'il glisse difficilement à travers les capillaires. 11 en résulte une stase dans les artères, un ralentissement de la circulation, une diminution des frottements; de là vient le refroidissement et le frisson du début ; mais le sang, incessamment poussé par le cœur traverse les capillaires, l'obstacle est surmonté, la circulation s'accélère, les frottements deviennent d'autant plus considérables et le dégagement de chaleur devient d'autant plus intense que la matière grossière et morbifique est plus abondante. C'est par un mécanisme semblable que la résorption des matières grossières d'une collection purulente détermine un accès de fièvre caractérisé par un frisson initial. »
Les anciens se sont en général ralliés à cette théorie qui met le frisson sous la dépendance des variations thermiques. Les iatromécaniciens du dix-septième siècle ont au contraire introduit l'idée de spasme, de contraction; de là la seconde théorie qui met les contractions musculaires au premier plan dans la pathogénie du frisson.
Borrelli donne une explication mixte qui peut servir de transition entre les deux espèces de théorie. 11 attribue le frisson à la stagnation sanguine et à la constriction des capillaires.
Pour Hoffmann il n'y a pas de mélange des deux éléments. Le frisson n'est qu'un effet de spasmes chassant le sang de la périphérie du corps vers les organes internes. Haller explique le frisson par la contraction de la peau arrivant à la suite d'une irritation périphérique. CuUen, véritable précurseur de Traube, nomme expressément le spasme des petits vaisseaux qui est l'élément capital. Enfin pour Broussais le frisson est l'indice d'une irritation des muqueuses surtout de la muqueuse gastrique.
Ces exemples que nous venons de réunir dans un même alinéa appartiennent certainement à des auteurs fort différents entre eux. Mais il y a un lien très-net qui les relie. Tous, ils relèguent les variations thermiques au second plan dans la pathogénie du frisson et font jouer le rôle principal, essentiel, à l'élément nerveux, au spasme, à la convulsion, à la contraction musculaire.
Cela suffit pour faire comprendre ces deux ordres de théories que nous rencontrons en présence à tous les âges de la science et que nous retrouvons maintenant chez les contemporains. Traube s'est franchement mis à la tête de l'Ecole qui fait des contractions musculaires un élément antérieur à l'hyperthermie. Pour lui le premier eiiet de la cause pyrétogène est l'excitation du centre vasomoteur, la contraction des artérioles; de là la pâleur de la peau, la sensation de froid, l'érection des bulbes pileux, en un mot le frisson. L'hyperthermie centrale n'arrive qu'en second lieu, comme conséquence de cette diminution dans les pertes périphériques de la chaleur.
Je n'ai pas à insister sur les théories mixtes de Marey, de Senator, etc. J'indiquerai seulement en face de Traube la solution opposée de Liebermeister, montrant que l'hyperthermie précède souvent les contractions vasculaires, faisant par suite de cette hyperthermie l'élément essentiel, primordial, antérieur à l'élément nerveux convulsif ou spasmodique, qui est alors attribué à l'excitation secondaii'e des centres nerveux par un sang surchauffé.
Renvoyant une dernière fois pour les détails à l'article Fièvre de ce Dictionnaire, j'arrête ici cette nomenclature qui me paraît suffire à démontrer que de tout temps les théories sur la pathogénie du frisson se sont divisées en deux espèces l'une faisant jouer le rôle principal à l'élément nerveux, l'autre à l'élément thermique.
Que décider entre ces deux interprétations opposées ?
4. Nous avons réduit le frisson à deux éléments physiologiques distincts : les spasmes et convulsions (contractions musculaires ; élément nerveux) et les variations de température (hyperthermie centrale et refroidissement cutané; élément thermique).
Il nous semble indispensable de commencer par rechercher si ces éléments ont la même importance dans la constitution du frisson. Ces deux ordres de phénomènes sont-ils également indispensables pour qu'il y ait frisson ? Évidemment non.
Il ne peut pas y avoir frisson sans contraction musculaire ; le spasme ou la convulsion plus ou moins étendus ne peuvent pas manquer sans que le frisson manque par cela même. A son degré même le plus rudimentaire, il y a toujours au moins chair de poule, c'est-à-dire contraction musculaire, spasme.
Il n'en est pas de même des variations thermiques. Si nous laissons de côté le refroidissement périphérique léger qui est la conséquence même du spasme des artérioles cutanées, nous voyons que l'hyperthermie centrale n'est pas indispensable pour constituer le frisson. Elle l'accompagne dans la fièvre ; mais elle
FRISSON. Oo
n'existe pas dans le frisson non fébrile. Dans la fièvre même, l'hypertliermie et le frisson ont des rapports mutuels trop variables pour qu'on les regarde comme intimement et solidairement unis l'un à l'autre ; ainsi l'hyperthermie peut précéder, accompagner ou suivre le frisson. L'intensité des deux phénomènes n'est nullement parallèle; on peut avoir un frisson très-violent sans hypertliermie notable et sans refroidissement périphérique appréciable. C'est en tout cas ce qui arrive dans les frissons physiologiques.
Or, il me paraît peu convenable de séparer complètement le frisson physiologique du frisson pathologique et de chercher, à l'exemple de certains auteurs, une explication différente pour chacune de ces deux espèces. Au fond, le frisson est toujours le même, à l'intensité près et ses éléments pathogéniques ne peuvent pas changer dans leur essence, à l'état normal et à l'état pathologique.
Nous concluons donc, sur ce premier point, que les deux éléments auxquels nous avons ramené le frisson n'ont pas la même importance dans la constitution de ce phénomène : Vêlement nerveux [contractions musculaires) est indispensabe et absolument constant, par définition; Vêlement thermique {variations de température) est au contraire secondaire et peut manquer.
Une conséquence immédiate de cette première proposition est l'exclusion absolue de toute théorie qui veut expliquer le frisson par des variations thermiques antérieures. Puisque ces variations ne sont pas nécessaires à la production du frisson, on ne peut pas leur rapporter la production de ce phénomène.
Nous n'admettons donc pas une subordination de l'élément nerveux à l'élément thermique et nous admettons que l'élément nerveux est indépendant et primitif.
Est-ce à dire que nous subordonnions l'élément thermique à l'élément nerveux? Certes non. Nous n'avons nulle tendance à accepter la théorie de Traube aujourd'hui généralement délaissée.
Une distinction est du reste ici nécessaire. La contraction musculaire primitive, s'exerçant sur les vaisseaux cutanés, a pour conséquence un certain degré de refroidissement périphérique. Voilà une variation thermique que nous mettons sous la dépendance de l'élément nerveux primitif. Mais quand, dans le frisson fébrile, il y a hyperthermie centrale considérable, c'est un élément nouveau, indépendant du premier, effet commun (avec le frisson) de la cause morbifique, justiciable de processus physiologiques tout différents.
Nous refusons donc de subordonner Vêlement nerveux à Vêlement thermique tout en évitant soigneusement de subordonner Vêlement thermique à Vêlement nerveux. Vêlement nerveux est seul indispensable à la constitution du frisson; quand les deux éléments, nerveux et thermique, se trouvent réunis, ils constituent deux effets distincts et indépendants de la même cause morbifique.
Considéré de cette manière et réduit à son expression élémentaire la plus simple, le frisson est donc une convulsion ou plutôt un phénomène caractérisé par une série de contractions musculaires, portant d'abord et surtout sur les muscles lisses des vaisseaux périphériques et de la peau et pouvant se généraliser à un nombre plus ou moins considérable de muscles striés.
Cela dit sur la natare nerveuse et convulsive du frisson, peut-on préciser davantage et approfondir encore la nature intime, le mécanisme particulier de l'action nerveuse?
Lobstein l'a essayé et a formulé une théorie complète.
« Le point de départ du frisson était, selon lui, les ganglions situés entre les . nerfs cérébro-spinaux et les filets du grand sympathique. Une irritation d'origine viscérale leur est transmise par les plexus qui partent des organes malades, de la rate, du foie, de l'utérus, etc. ; des ganglions cette irritation se propage au sensorium commune. Analysant ensuite isolément les phénomènes de la fièvre intermittente, Lobstein assigne un moment physiologique à chacun des actes de cette transmission. Les pandiculations, l'horripilation dorsale arrivent au moment où la résistance des ganglions est surmontée par l'excitation; le froid et le tremblement surviennent quand celle-ci arrive à la moelle épinière. Alors une lutte s'engage dans le système rachidien et, après quelques oscillations, la réaction s'établit. » {Stoïcesco, p. 12).
Il y a là trop de précision. Dans l'état actuel de la science il n'est pas prudent, il n'est même pas possible de donner ainsi une théorie complète avec tous ses détails.
Tout ce que l'on peut dire, c'est que le frisson appartient aux convulsions. Comme toutes les convulsions, il peut être produit par excitation directe des centres ou, par voie réflexe, par excitation périphérique (viscérale ou cutanée). Dans la première catégorie, est le frisson causé par une pensée, par la vue de certains objets, etc. Dans la seconde, est le frisson par refroidissement cutané, par la galvanisation du bout central d'un nerf cérébro-spinal (Cl. Bernard).
Quant au centre qui préside à cette convulsion, il est difficile de le préciser ; je crois même qu'il n'est pas toujours le même. Et je pourrais répéter ici textuellement, comme conclusion, ce que je disais plus haut à propos de la chair de poule.
« Une contraction, quelle qu'elle soit, peut être produite par une cause centrale ou par une cause périphérique. Une cause centrale agit directement par voie centrifuge et produit la contraction. Une cause périphérique agit, par acte réflexe, par voie successivement centripète et centrifuge. Dans ce dernier cas,^ le centre de réflexion peut être partout où il y a des cellules nerveuses, dans les centres diffusés de la périphérie, dans les ganglions, dans l'axe cérébro-spinal. Il est conforme aux lois physiologiques courantes que, suivant les cas, l'arc réflexe qui est le point de départ du frisson (d'origine périphérique) remonte à un centre plus ou moins élevé. »
Cette théorie paraîtra peut-être un peu vague ; mais je l'aime mieux ainsi qu'avec une apparente précision que les faits ne justifieraient pas.
5. Nous avons encore un mot à ajouter pour terminer ce premier chapitre.
Dans l'étude d'un symptôme, on se donne en général beaucoup de peine pour essayer de pénétrer le mécanisme intime de sa production; on rapproche les faits physiologiques connus afin de préciser le nerf qui est mis en jeu, etc. C'est là une étude certainement fort intéressante et que nous avons essayé de faire dans les pages qui précèdent. Mais ces recherches ne conduisent pas le plus souvent à de grands résultats, à cause des imperfections actuelles de la physio logie pathologique. En tout cas cette considération ne doit pas absorber exclusivement l'attention et la détourner des autres points de vue qui sont aussi intéressants et plus cliniques.
Un symptôme ne se présente jamais isolé ; il est associé à d'autres phénomènes. Or, ces phénomènes dont un symptôme donné est habituellement accompagné ne sont pas indifférents à la connaissance de ce symptôme luimême.
Ciiaque symptôme a en effet ce qu'on pourrait appeler une famille symptômatique à laquelle il appartient ; il fait partie d'un syndrome clinique. Ce syndrome dont il est un des éléments est capital à connaître, parce qu'il fixe l'étiologie, la marche, le pronostic et le traitement de ce symptôme, c'est-à-dire son histoire clinique tout entière.
Le frisson n'échappe pas à cette loi; il fait partie d'un tableau plus général qui l'encadre ou l'accompagne le plus souveut, qui a une histoire clinique nette et conséquente et dont l'étude est, je crois, plus pratique que les discussions sur le rôle plus ou moins hypothétique des vaso-moteurs ou des ganglions dans la pathogénie du frisson.
Le frisson fait partie d'un syndrome que l'on peut caractériser ainsi : phénomènes de concentration. Ce mot fera sourire peut-être le physiologiste; mais if sera compris du clinicien.
Il est incontestable en effet que les êtres malades peuvent présenter deux états opposés que l'on a toujours appelés expansion et concentration. Dans le premier cas, le sang afflue à la périphérie, abandonne les viscères, la peau est rouge; il y a de la tendance à la sueur; le pouls est fort, bondissant, etc., etc. Dans le second cas, au contraire, le pouls est petit, serré; la peau est pâle, exsangue ; les artères sont le siège de congestions qui peuvent aller jusqu'à l'hémorrhagic, etc.
Ces états opposés ont leur analogue en physiologie, comme tous les symptômes du reste. La concentration s'observe notamment après le repas, toutes les fois qu'un organe attire fortement les mouvements fluxionnaires. L'expansion a lieu au contraire après une course, une marche un peu précipitée, etc.
Les phénomènes de concentration se rapportent à un mouvement fluxionnaire de la périphérie vers le centre ; les phénomènes d'expansion à un mouvement Ûuxionnaire du centre vers la périphérie {voy. le mot Fluxion dans ce Dictionnaire) .
Le frisson appartient aux phénomènes de concentration. Toutes les fois qu'il se produit il est accompagné d'un plus ou moins grand nombre d'autres symptômes qui prouvent la fluxion centrale et l'ischémie cutanée.
Les circonstances dans lesquelles se produit ce mouvement de concentration sont celles dans lesquelles on observera le frisson. Ainsi on sait que les maladies à leur début ont le plus souvent une phase précisément caractérisée par cette concentration ; de là le frisson initial ou les frissons initiaux de ces mêmes maladies.
La valeur pronostique du frisson est celle de ces mouvements de concentration. Ainsi ces phénomènes de concentration au début d'une maladie n'ont rien d'anormal; mais à une phase un peu plus avancée de certaines maladies, à cette époque des fièvres éruptives, par exemple, où le mouvement d'expansion est nécessaire, les signes de concentration, le frisson en particulier, auront une valeur pronostique toute différente.
Enfin cette notion a une portée thérapeutique considérable.
Il y a des médicaments qui facilitent la concentration, d'autres qui au contraire provoquent l'expansion.
Ainsi les purgatifs augmentent la concentration, attirent les mouvements fluxionnaires vers le centre, vers les viscères. Les vomitifs, au contraire, après un court moment de concentration, produisent un vif mouvement d'expansion.
% FRISSOxN.
L'acétate d'ammoniaque, tous les sudoriques, tous les stimulants diffusibles combattent la concentration et favorisent l'expansion.
Ces exemples me paraissent suffire à démontrer qu'il n'est pas indifférent de rapprocher le frisson de ce que nous avons appelé sa famille symptomatique, puisque cette famille a son étlologie, son pronostic et sa thérapeutique.
Il est donc important de savoir que le frisson appartient, à ce point de vue, à ce groupe symptomatique bien connu des cliniciens sous le nom de phénomènes de concentration, caractérisé par un mouvement fluxionnaire général de la périphérie vers le centre.
Cette notion peu brillante en elle-même me paraît pratiquement plus utile et en tout cas elle est cliniquement mieux démontrée que celle qui discute le rôle des ganglions spinaux ou du grand sympathique dans la pathogénie de ce symptôme important.
II. Étude clinique; valeur séméiologique. Après avoir étudié le frisson en général, il faut maintenant passer rapidement en revue les différents cas dans lesquels il peut se présenter ; cette étude, véritablement clinique nous conduira à formuler la valeur séméiologique de ce symptôme.
Le frisson ne se produit pas seulement dans l'état de maladie : il y a des frissons physiologiques. De là une division naturelle de ce chapitre en deux paragraphes : frissons physiologiques, frissons pathologiques. Entre ces deux parties, nous placerons l'étude, en quelque sorte intermédiaire, du frisson puerpéral.
Nous passerons donc successivement en revue :
1" Des frissons physiologiques ;
2° Du frisson puerpéral;
3' Des frissons pathologiques.
\. Frissons physiologiques. Le frisson se développe à l'état physiologique, dans une série de circonstances dont la plupart sont bien connues de tout le monde, et qu'il serait difficile d'énumérer d'une manière complète.
Double {Séméiol., t. II, p. 359 et 386) les énonce ainsi : « L'exposition subite à l'air froid ; un repos prompt et absolu à la suite de grandes agitations ; le bain ; une digestion un peu pénible ou la digestion ordinaire commençant, surtout chez des individus faibles, peuvent déterminer un refroidissement qui n'a rien de morbifique. Mais alors le froid reste modéré ; il est égal sur toutes les parties du corps et il s'y joint une sorte de bien-être, plutôt qu'une sensation de malaise et de douleur, comme cela a lieu dans le froid qui accompagne les maladies. »
Cette dernière assertion est exagérée ; vraie dans un grand nombre de cas, elle ne l'est plus dans certaines circonstances où le frisson peut devenir extrêmement pénible sans cesser d'être physiologique. Ainsi, quand on subit brusquement un abaissement considérable de température, le corps est secoué par un frisson qui n'a rien d'agréable, et le bien-être survient au contraire quand le frisson cesse et est remplacé par une franche réaction à la peau.
« La frayeur, continue Double, la vue ou même le souvenir de quelque objet désagréable ; une digestion un peu pénible ; le bain chaud ou froid donna naissance à ces phénomènes qu'on a appelés horror^ rigor, et que je désignerai indifféremment par les mots horripilation, frissonnement.
« Il est assez ordinaire chez les entants en bas âge, et particulièrement chez
ceux, qui sont faibles, de voir l'expulsion de l'urine précédée d'un frissonnement qui n'a pas échappé à l'observation des personnes habituées à soigner les enfants. »
Rien de plus vrai que ce dernier fait. J'ajouterai seulement que ce n'est nullement un signe de faiblesse chez un enfant que ce frisson physiologique se produisant un peu avant la miction ou quelquefois même au moment où elle commence. D'une manière générale, les réflexes sont exagérés chez les enfants en bas âge, dont la vie cérébrale est encore si restreinte ; il n'est donc pas étonnant qu'ils présentent souvent ce frisson, qui est du reste absolument physiologique, même chez l'adulte.
Spring {SymptomatoL, t. 1, p. 700), distingue dans les frissons physiologiques, ceux qu'il appelle réflexes et ceux qu'il appelle sympathiques.
« Le frisson réflexe, dit-il, c'est celui qui succède à l'agacement des nerfs de la peau, particulièrement des fibres thermométriques contenues dans ces nerfs. Le froid ordinaire fait trembler; mais, quand toute la surface du corps est refroidie fortement, il se développe un frisson qu'au simple aspect on ne saurait distinguer de celui de la fièvre. Qu'on se représente, comme exemple, une pecsonne qui, en hiver, serait tombée dans l'eau, ou sur laquelle on aurait brusquement versé un grand volume d'eau glacée... En dehors du froid, toute autre excitation des nerfs thermométriques de la peau semble pouvoir provoquer le frisson. On l'observe parfois chez les personnes qui séjournent dans un milieu trop chaud... »
Quant au frisson sympathique, « il est souvent déterminé par l'irritation violente qu'on fait éprouver au canal de l'urèthre en pratiquant le cathétérisme ou en y introduisant des bougies ; chez les hémorrhoïdaires il survient parfois après qu'on leur a appliqué un clystère... )>
Je ne vois pas bien l'utilité de cette distinction ni le principe de la séparation des frissons réflexes et des frissons sympathiques. Le frisson du cathétérisme me paraît tout autant réflexe que le frisson thermique. Et du reste, d'une manière presque générale, le mot réflexe peut se mettre aujourd'hui partout où on mettait autrefois le mot sympathique.
Je ne maintiendrai donc pas cette division. Je ne puis pas admettre davantage la théorie d'après laquelle le frisson physiologique n'est que la conséquence d'une sensation subjective de froid.
C'est celte dernière opinion qu'a défendue Stoïcesco (th. Paris, 1876, p. 14).
Il rappelle d'abord la théorie de Ruete, d'après Aronssohn : « La distension du cœur et des gros vaisseaux amène le vide du système vasculaire périphérique, d'oîi la contraction de ce système. Les nerfs sensitifs ainsi anémiés perdent leur sensibilité; ils ne sont plus impressionnés par la chaleur qui existe encore; d'où la sensation d'absence de chaleur (sensation de froid). Ruete aurait pu conclure, à la manière de Romberg, que le frisson n'est qu'une révolte de nerfs sensitifs qui réclament leur élément vital. »
Stoïcesco ajoute ensuite, en son propre nom : « Ces théories expliquent suffisamment le frisson physiologique, celui qui survient à la suite d'une émotion morale vive, par exemple, parce que le phénomène physiologique initial retentit sur le cœur ; les frissons que l'on éprouve pendant la miction ou la digestion ont exactement le même mécanisme. »
Et il conclut nettement (p. 16) : (( Il résulte donc de ce que nous venons de dire, qu'il y a en réahté deux sortes de frisson : l" un frisson physiologique,
BICT. ENC. 4^ S. YI. 7
qui n'est que la conséquence d'une sensation subjective de froid ; 2" un frisson pathologique, résultant d'un abaissement périphérique de la température. »
Cette explication des frissons physiologiques me paraît absolument inacceptable. D'abord, la théorie est, en soi, fort obscure. Je comprends difficilement un trouble circulatoire réel, un spasme vasculaire périphérique produisant simplement une sensation subjective de froid, et je comprends encore moins une sensation de froid produisant le frisson. Mais, du reste, ce trouble Tasculaire initial ne peut pas être invoqué dans tous les cas.
Dans le travail de la digestion, je veux bien que la concentration des liquides vers les viscères abdominaux entraîne une ischémie cutanée réelle ; mais rien ne prouve que cette ischémie se produise dans la miction ou quand on aperçoit un objet dégoûtant.
Il n'y a aucune utilité à supposer constamment cet intermédiaire circulatoire entre l'excitant et la réaction nerveuse qui entraîne cet excitant, c'est-à-dire le frisson. Comme toutes les convulsions réflexes, le frisson est directement produit par une excitation de la peau ou d'une muqueuse, ou par une incitation cérébrale. La sensation subjective de froid n'est nullement nécessaire et n'existe pas dans beaucoup de cas.
Cela dit sur les frissons physiologiques en général, j'insisterai un peu plus sur les frissons par variation de température et sur les frissons de la miction, qui méritent un mot spécial.
11 ne suffit pas de dire que l'impression brusque du froid développe un frisson. Il est bon de distinguer deux espèces de frissons qui ont une signification et une valeur pronostique très-différente. Ce sont les médecins hydropathes qui ont spécialement étudié ces phénomènes. Voici comment Beni-Barde {Traité d'hydrothérapie, p. 95) décrit ces deux espèces de frisson.
« Que l'application du froid ait lieu sous la forme de bain, de douche ou d'affusion, la surprise produite par la première impression sur les nerfs sensitifs de la périphérie arrache souvent un cri, amène une sensation désagréable de froid et d'horripilation accompagnée, dans la plupart des cas, d'un frisson général comparable à celui de la fièvre, et par action réflexe sur les nerfs moteurs, produit du tremblement et du claquement des dents... Au bout de quelques minutes, le calme renaît dans tout l'organisme, la respiration s'agrandit, le frisson cesse. L'augmentation de la force des battements du cœur surmonte l'obstacle que présentait au cours du sang le resserrement des capillaires qui se remplissent de sang, faisant apparaître, sur toute la peau, une vive rougeur accompagnée d'une sensation agréable de chaleur. Si l'application continue, le refroidissement augmente, l'activité du cœur diminue, la circulation cesse dans les vaisseaux superficiels, l'excitabilité des nerfs de la peau s'affaiblit de plus en plus ; cet affaiblissement peut aller jusqu'à l'insensibilité. Il survient un nouveau sentiment de froid et de frissonnement général désigné habituellement sous le nom de second frisson. C'est le signe de la plus haute excitation que puisse supporter sans danger le système nerveux. Lorsqu'il se produit, toute soustraction de calorique doit cesser; quant au temps nécessaire pour qu'il apparaisse, il varie avec les individus... »
On comprend aisément toute l'importance qu'ont la connaissance et la distinction de ces deux ordres de frisson.
A côté de ces frissons produits par une application générale du froid, il faut
citer aussi les frissons partiels qu'entraînent les applications locales. Je rappellerai encore à ce sujet les résultats obtenus par Beni-Barde (ibid.^ p. 91).
« En projetant, à diverses reprises, de l'eau à dix degrés sur une personne entièrement désliabillée et place'e dans une atmosphère de 22 degre's, voici ce que nous avons observé :
« Quand l'eau est projetée sur le côté droit de la poitrine, des aspérités dues à la contraction des bulbes pileux se manifestent aussitôt du côté mouillé ; après un certain temps qui varie entre cinq et quinze secondes, le même phénomène se montre du côté gauche que l'eau n'a point touché. Quelquefois, mais très-rarement, les parties de la peau qui séparent les deux côtés ne présentent pas ce phénomène de contraction ou le présentent ti'ès-affaibli.
« Quand l'eau est projetée sur les pieds, le phénomène est plus instantané et se généralise plus rapidement,
« Quand l'eau est projetée à la partie antérieure du corps, le phénomène est très-apparent à la partie postérieure...
« Si l'on se plonge dans une piscine d'eau à 10 degrés, en prenant toutes les précautions nécessaires pour préserver la partie supérieure du corps du contact de l'eau, on ne tarde pas à éprouver du frisson accompagné de claquement de dents...
« Lorsqu'on jette de l'eau froide sur un testicule, on voit immédiatement une contraction du côté du scrotum mouillé, et, environ cinq secondes après, on en voit une semblable du côté opposé, alors même qu'il est parfaitement ses. ))
Ces faits mettent bien en lumière les différentes lois qui président au développement des frissons que produit l'application, générale ou partielle, du froid sur le corps humain.
Le frisson de la miction n'est pas, non plus, aussi simple qu'on le croirait d'abord. 11 faut en distinguer deux espèces : les frissons qui précèdent la miction ou accompagnent le début de l'expulsion et les frissons qui suivent immédiatement la miction ou accompagnent l'émission des dernières gouttes d'urine.
A la première catégorie appartient le frisson des enfants dont nous avons déjà parlé d'après Double. Il existe aussi chez l'adulte.
Carlet (art. Miction de ce Dictionnaire) le décrit dans les cas où l'on résiste longtemps au besoin d'uriner. Dans ce cas, au bout d'un certain temps et après des alternatives, on éprouve un malaise notable, qui « s'accompagne de frissons qu'on peut qualifier de douloureux. » Si l'on résiste toujours, le malaise aw^mente, « les frissons se succèdent presque sans discontinuer ; une sueur froide vient couvrir le front et le sujet épuisé abandonne la lutte. »
J'ajouterai que, chez beaucoup de sujets, le frisson se produit immédiatement avant la miction ou au début même de l'expulsion, sans que cependant le patient n'ait pas résisté d'une manière exagérée au besoin d'uriner.
En second lieu, il y a le frisson de la fin de la miction. Quand on urine naturellement, à la fin de l'expulsion, l'urine s'écoule par simples gouttes qui tombent verticalement. « A ce moment, se produit le plus souvent un lé'^^er frisson, qui, partant de l'appareil uriuaire, s'irradie le long de la colonne vertébrale. ))
Carlet propose une explication dilférente pour chacune de ces deux espèces de frisson. Voici d'abord la théorie du premier (frisson du début).
Il place avec Kiiss dans la muqueuse prostatique le point de départ du réflexe de la miction. Pour un certain degré de distension de la vessie, le col s'entr ouvre, et l'urine pénètre dans la région prostatique de l'urèthre. Là, elle excite la muqueuse, qui est très-sensible et qui n'est en contact avec l'urine qu'à ce moment. D'où la sensation de picotement et, par voie réflexe, la contraction du sphincter prostatique. L'urine rentre dans la vessie et le besoin cesse. Puis le même phénomène se répète jusqu'à ce que la résistance du sphincter prostatique soit vaincue. « A partir de ce moment, le col de la vessie reste ouvert et l'urine arrive jusqu'à la région membraneuse. C'est alors, croyons-nous, que se produisent ces frissons caractéristiques. Ils sont très-probablement produits par le contact prolongé de l'urine, qui est un liquide irritant pour une membrane qui n'y est pas habituée. C'est, pour ainsi dire, un frisson de chatouillement et chaque frisson indique que l'urine vient de s'avancer un peu plus dans le canal. »
L'explication est différente pour le second frisson (frisson finat). « On peut, dit le même auteur, l'expliquer par l'évaporation de l'urine autour du méat urinaire. Ce serait alors un phénomène analogue à celui qui se produit sur toute la surface du corps quand on sort du bain. »
Cette dernière théorie me paraît étrange et absolument inacceptable. Il est impossible qu'une goutte ou deux d'urine s'évaporant pendant une ou deux secondes autour du méat produise un froid ou seulement une sensation subjective de froid suffisante pour engendrer un frisson. Qu'on dépose un peu d'eau (à la tempéi^ature de l'urine) sur un point quelconque de la peau, ou même sur le gland, on ne verra jamais se produire le frisson. Si on urine dans un bain, oii l'évaporation est impossible, on éprouve quelquefois le frisson lerminal. Enfin, les femmes éprouvent ce frisson aussi bien que les hommes, et il est bien difficile de parler d'évaporation autour du méat chez elles.
Je n'ai au contraire aucune objection sérieuse à faire à l'explication proposée par Carlet pour la première espèce de frisson. Il est rationnel d'admettre que le frisson est un réflexe, dont le point de départ est l'action de l'urine sur la muqueuse uréthrale, spécialement sur la portion membraneuse. Il me semble même que cette théorie pourrait s'étendre à la seconde espèce de frisson, sans qu'on ait besoin d'invoquer un nouvel élément pathogénique.
Je ferai remarquer d'abord, à ce sujet, que la distinction n'est pas absolument tranchée entre le frisson initial et le frisson terminal de la miction. Le frisson initial en effet ne précède pas toujours la miction ; il se produit au début, quelquefois même vers le milieu de l'expulsion. D'autre part, le frisson terminal peut se produire, non-seulement après la miction, mais aussi, d'autres fois, à un moment variable de la dernière partie de l'expulsion. Il y a donc une certaine continuité (en prenant des cas différents) entre les divers frissons et ce fait rend déjà vraisemblable la similitude d'origine.
J'admets donc que, dans ces deux cas, le frisson est toujours un réflexe dont le point de départ est l'excitation de la muqueuse uréthrale. Et il y a une circonstance qui explique que le frisson ainsi produit s'observe plus fréquemment au commencement et à la fin : au commencement, c'est l'arrivée de l'excitant auquel la muqueuse n'était pas habituée; à la fin, il y a une certaine discontinuité dans l'émission de l'urine; la vessie expulse, par jets, quelques gouttes; et ainsi l'excitation uréthrale se reproduit d'une manière intermittente, c'est-àdire dans de bonnes conditions pour provoquer un réflexe.
Cette explication, sans être à l'abri de reproche, me paraît plus acceptable que celle de l'évaporation autour du méat. En tout cas, elle fait rentrer ce frisson dans la classe générale des frissons par excitation des voies génito-urinaires, et c'est une simplification qui a son prix.
Nous reparlerons de tout ce grand groupe des frissons urinaires à propos des frissons pathologiques, dans le paragraphe consacré aux maladies des voies génito-urinaires.
2. Frissons puerpéraux. Nous faisons ici im paragraplie distinct à la fois des frissons physiologiques et des frissons pathologiques, parce que les frissons à l'état puerpéral forment une famille naturelle qu'il n'aurait pas fallu scinder et que, d'autre part, ils appartiennent, les uns à l'état puerpéral physiologique, les autres à l'état puerpéral pathologique. C'est un chapitre naturel de transition.
Tous les auteurs ne donnent pas le même sens au mot : état puerpéral. Sans entrer dans une discussion oiseuse de ce mot, nous dirons que nous prenons ce mot dans son sens le plus large, c'est-à-dire que nous désignons par là toute la vie génitale de la femme, depuis la conception jusqu'au rétablissement de la menstruation.
Nous étudierons ainsi le frisson puerpéral dans quatre périodes distinctes : grossesse, accouchement, suites de couches et lactation.
A. Frissons de la grossesse. Il n'y a pas de frisson spécial appartenant en propre à la grossesse régulière et normale. Mais il y a des accidents et des maladies intercurrentes, propres à l'état de gestation qui peuvent s'accompagner de frissons importants à connaître.
Parmi ces accidents, le premier à considérer à ce point de vue est la mort du fœtus.
Dans un mémoire publié à Paris, en 1850, Tremble affirme que la mort du fœtus est annoncée chez la mère par des frissons sur le ventre. El. Français (tli. Paris, 1868) qui cite ce travail n'en a pas confirmé les conclusions. « J'ai interrogé à ce sujet, dit-il, un assez grand nombre de femmes qui venaient d'accoucher d'enfants dont la mort remontait à plusieurs semaines, je n'ai jamais pu constater dans leur mémoire le moindre souvenir du symptôme signalé par M. Tremble. » •
Dans son article Grossesse du Nouveau dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, Stollz ne parle pas de frisson au moment de la mort du fœtus, mais dit que « la femme accuse une sensation de lourdeur et de froid dans le bas-ventre. »
Gazeaux, dans son Traité d'accouchements, fait l'emarquer que, d'après Burns, le frisson suivrait de très-près la mort du fœtus ; mais, quant à lui, il ne se rappelle pas avoir jamais observé rien de semblable.
M. Pfannkuch {Arch. f. Gynœkol., VI, 2) est revenu sur ce symptôme. Il montre que le fœtus, ayant une température supérieure à celle de la mère, peut être considéré pour celle-ci comme une véritable source de chaleur, et il admet que les femmes enceintes, dont le fœtus est mort prématurément, accusent souvent de légers frissons et un sentiment de froid et de pesanteur dans le basventre. Nous verrons même qu'il va plus loin et qu'il veut expliquer par un mécanisme analogue le frisson qui suit l'accouchement.
Fehling [Arch. f. Gynœkol. ,\'l\,l) a réfuté plusieurs des assertions de Pfannkuch. Pour prouver que la température du fœtus est supérieure à celle de la
mère, ce dernier auteur citait un fait dans lequel Wuster fut assez heureux pour introduire le thermomètre dans le rectum d'un fœtus et constata trois fois de suite une température supérieure de 0,5, de 0,55 et 0,75 à celle du vagin delà mère ; mais, comme le dit Stoïcesco, « la singularité du résultat et du mode d'observation est assez grande pour qu'il soit nécessaire d'attendre de nouveaux faits avant d'admettre l'authenticité et la constance du phénomène signalé par Wuster. ))
Fehling, « tout en admettant que la température fœtale est supérieure à la teinpérature utérine, ajoute que la chaleur produite par le fœtus est loin d'être aussi élevée que celle de l'adulte, comme le croit Pfannkuch. La quantité d'oxygène dépensée par le fœtus est tellement minime que les recherches les plus minutieuses faites dans le but de trouver une différence dans la composition du sang de l'artère et de la veine ombilicales sont restées jusqu'ici sans résultat, ou pour mieux dire on n'a pu constater qu'une très-petite différence en ce qui concerne les gaz contenus dans ces deux systèmes de vaisseaux; en dehors de cela, le fœtus consomme une quantité de chaleur inférieure à 95 pour 100 de celle de l'adulte, comme l'a démontré Pfluger (Pflûgers Arch., 1, 1868] : par conséquent, une moindre quantité de chaleur suffit pour maintenir sa température un peu plus élevée que celle des parties qui le circonscrivent. Fehling, s'appuyant sur ces considérations physiologiques, est porté à croire que la théorie de Pfannkuch est erronée. » (Stoïcesco.)
Revenant sur le simple terrain des faits, Stoïcesco a recherché l'existence des frissons antérieurs chez onze femmes ayant accouché d'enfants morts depuis un temps plus ou moins long. Chez huit de ces femmes ces frissons avaient existé et chez trois ils avaient complètement manqué.
La conclusion de tous ces faits paraît assez facile. En restant au point de vue purement clinique, on peut dire que le frisson est un signe assez fréquent de mort du fœtus; joint aux autres symptômes, il peut servir au diagnostic de cet accident. Mais ce signe n'existe pas toujours ; son absence ne prouve pas la continuation de la vie du fœtus.
Quant à la théorie de ce frisson, elle ne nie semble pas différente de celle de tous les autres frissons. La mort du fœtus produit, au double point dé vue de la circulation et du système nerveux, une perturbation assez profonde dans l'organisme maternel pour qu'il en résulte cet orage convulsif qui constitue le frisson.
Parmi les autres accidents de la grossesse qui peuvent s'accompagner de frissons, je citerai encore les hémorrhagies.
D'abord il y a un certain nombre de femmes qui continuent à être réglées pendant leur grossesse. El. Français affirme que ces femme s « ont raconté qu'elles éprouvaient alors des malaises de toutes sortes et très-souvent des frissonnements qu'elles n'avaient pas l'habitude de ressentir pendant leurs règles. »
Les hémorrhagies plus sérieuses et accidentelles qui sont dues à une chute, à un décollement prématuré ou à une insertion vicieuse du placenta peuvent aussi, d'après le même auteur, être suivies d'un rigor avec claquement de dents. C'est la déplétion sanguine, ajoute-t-il, qui en est la cause et qui en règle d'ordinaire l'intensité.
Il y a d'autres circonstances dans lesquelles le frisson peut prendre une valeur <iiagnostique et pronostique bien plus grande en permettant de reconnaître l'invasion d'une grave maladie intercurrente. L'exemple le plus saisissant à ce
point de vue est celui de la fièvre puerpérale, qui, comme on sait, n'atteint pas seulement les nouvelles accouchées, et qui, dans certaines épidémies, peut frapper les femmes enceintes, arrivées aux dernières semaines de leur gestation.
« Un fi'isson très-violent, durant vingt minutes ou une demi-heure, s'accompagnant de claquement de dents et d'une élévation considérable de la température de l'aisselle, annonce habituellement le début de la fièvre puerpérale chez une femme enceinte ; mais ce frisson, par lui seul, ne peut suffire à faire savoir immédiatement en présence de quelle complication on va se trouver. Rien, absolument rien, ni son intensité, ni l'élévation de la température de l'aisselle, ne pourrait, au premier abord, le faire distinguer du frisson d'une fièvre intermittente grave récidivant dans les derniers jours de la gestation, si l'on n'avait pas recours aux symptômes concomitants et aux commémoratifs. Un des premiers signes que l'on constate pendant le frisson ou immédiatement après, c'est la douleur des fosses iliaques. Cette localisation rapide se retrouve chez la femme enceinte comme chez la nouvelle accouchée; c'est presque un symptôme caractéristique. Le pouls s'élève rapidement à 150, 140 et 150 pulsations par minute; il est petit, misérable, presque insensible.
Un frisson accompagné de pareils signes est extrêmement grave chez une femme enceinte. C'est la fièvre puerpérale qui s'annonce beaucoup plus terrible que dans les suites de couches ; plus terrible pour la mère : les exemples de guérison sont extrêmement rares; terrible surtout pour l'enfant qui, lui aussi, est apte à contracter le virus puerpéral... » (Français.)
Nous n'insisterons pas sur les autres maladies intercurrentes.
11 est évident que la femme enceinte peut, autant et plus qu'une autre, contracter une fièvre intermittente, une pneumonie, une pleurésie, etc. Ces maladies pourront emprunter à l'état de gestation un caractère de gravité spécial ; mais le frisson initial n'en sera pas changé. A ce point de vue, le frisson intercurrent ^arde la valeur séméiologique que nous lui trouverons en traitant un peu plus loin de ces diverses maladies en dehors de l'état puerpéral.
B. Frissons de l'accouchement. Nous distinguerons, avec les auteurs, trois espèces de frisson, distingués suivant la phase de la parturition qu'ils accompagnent : le frisson des douleurs, le frisson de l'expulsion et le frisson de la délivrance.
Voici la description qu'en donne El. Français [loc. cit., p. 50) :
« Le frisson des douleurs a lieu surtout chez les primipares vers la fin du travail, au moment où la tête franchit ou vient de franchir le col, après une dilatation pénible ; on le rencontre encore un moment plus tard, quand le dégagement de la tête rencontre une résistance périnéale considérable. 11 se fait sentir quelquefois dans l'intervalle de deux contractions, plus souvent au moment du summum d'intensité de la douleur. Dans ce dernier cas, la sensation de froid n'est pas le symptôme prédominant, ou plutôt elle est effacée par les atroces douleurs que causent les contractions utérines. Il n'est pas rare de voir des parturientes agitées d'un violent rigor, sans qu'elles ressentent le froid qui habituellement marche de pair avec la convulsion. Le frisson débute rarement avec les premières douleurs ; ce n'est, avons-nous vu, qu'une demi-heure ou une heure avant le dégagement du fœtus, que l'on voit survenir un tremblement ordinairement général, quelquefois partiel, rarement violent, durant quatre ou cinq minutes, et n'amenant à sa suite aucune réaction autre que la chaleur habituelle dans le travail de l'accouchement. Son caractère essentiel est la répétition : à
chaque douleur ou à chaque intervalle de' repos, il s'arrête, pour revenir pendant la prochaine contraction ou pendant le prochain repos. Tantôt il cesse immédiatement après la sortie de l'enfant, tantôt il se continue presque sans interruption avec la seconde varie'té que nous allons immédiatement étudier.
Le frisson de l'expulsion est plus fréquent, mais tout aussi variable quant à l'intensité, que la variété précédente; tantôt il n'est qu'une sensation de froid, tantôt il devient un rigor des plus accusés. Il commence dès que le corps entier du fœtus est dégagé.
Aussitôt que l'on a coupé le cordon, la parturieute fléchit légèrement les membres, elle se ramasse sur elle-même, se plaint du froid et on voit commencer de légères trépidations musculaires avec tremblotement des lèvres et claquement des dents. La durée de ce frisson est variable ; elle est ordinairement de dix minutes ou d'un quart d'heure, quelquefois d'une demi-heure. Une réaction franche vient ensuite, la sueur s'établit immédiatement pour durer un temps qu'il n'est pas possible de déterminer. Cette réaction diffère complètement de celle du frisson fébrile : il n'y a ni l'agitation, ni la chaleur sèche de la fièvre; quand la malade est réchauffée, une douce moiteur se répand sur sa peau ; le calme et la tendance au sommeil succèdent aux fatigues de l'accouchement. Contrairement au frisson des douleurs, celui de l'expulsion est unique, le tremblement se fait tout d'un coup, d'une seule durée ; dans aucun cas, je ne l'ai vu se répéter.
Le frisson de la délivrance est beaucoup plus rare. Il a lieu au moment où l'on vient d'extraire le placenta. 11 a une durée à peu près égale à celle de la variété précédente et une intensité tout aussi variable ; il est également unique, la réaction qui le suit a les mêmes allures. »
Stoïcesco n'admet pas avec Français que le frisson de la délivrance soit le plus rare ; il le croit au contraire plus fréquent que les deux autres. Sur 460 frissons. Français en avait eu :
Frisson des douleurs 34,
— de l'expulsion 50
— non interrompu des douleurs et de l'espulsion 46
— de la délivrance 22
— des douleurs, de l'expulsion et de la délivrance 8
Stoïcesco, au contraire, a trouvé sur 25 cas 160 de frisson :
Pendant les douleurs 1
— l'expulsion et après la délivrance 5
— l'expulsion ,. 2
Après la délivrance 17
La fréquence générale de ces divers frissons 'de l'accouchement est difficile à indiquer. D'après une statistique portant sur 446 accouchements, El. Français a trouvé le frisson une fois sur trois.
Un grand caractère commun à tous les frissons normaux de la parturition est le suivant: on ne trouve jamais ni augmentation de la température, ni accélération du pouls. Tous les auteurs sont unanimes sur ce point qui est capital, au point de vue du diagnostic et surtout de la valeur pronostique de ce symptôme.
La primiparité ou la multiparité ne paraissent avoir aucune influence sur l'étiologie du frisson de l'accouchement.
Peut-être la rapidité de l'expulsion du fœtus est-elle au contraire un élément pathogenique qui a sa valeur. « Oiiand le corps entier du fœtus sort tout d'un coup et qu'il est projeté au dehors tout de suite après le dégagement de la tête, il est escessivement rare de voir manquer le tremblement. <) (Français.) « Dans ces cas (d'expulsion rapide), les frissons sont plus fréquents que dans tous les autres. » (Stoïcesco.)
La valeur pronostique du frisson de l'accouchement est absolument nulle.
Quelques auteurs l'ont considéré comme la première manifestation d'un état morbide plus ou moins grave, et Mourette (thèse de Paris, ISo'^) le donne comme n'annonçant rien de bon. Cette opinion ne peut plus être soutenue aujourd'hui. Béhier, dans sa clinique de. la Pitié, a fait remarquer qu'il avait observé un nombre considérable de femmes qui avaient eu un accouchement suivi d'un violent tremblement et qui n'éprouvèrent aucune espèce d'accidents; les suites de couches suivirent la marche la plus régulière.
El. Français est arrivé aux mêmes conclusions et les a étayécs sur des chiffres.
« Sur les446 femmes que j'ai observées, dit-il, 160 seulement ont eu le frisson de l'accouchement, et par conséquent 286 n'ont pas présenté ce symptôme.
« Sur les 160 femmes à frisson de l'accouchement, 55 on teu des complications dans les suites de couches : fièvre puerpérale, accidents puerpéraux, fièvre de lait, fièvre éphémère, miliairc, bronchite, etc.
« Dans les 286 cas où le frisson de l'accouchement a manqué, 84 suites de couches ont été plus ou moins troublées par des accidents de la même sorte, graves ou légers.
« La conclusion à déduire de ces résultats est bien facile :
« 55/160 représente le rapport des accidents des suites de couches au frisson de l'accouchement.
« 84/280 représente le rapport des accidents des suites de couches à l'absence du frisson de l'accouchemeut.
« Cherchons si le premier de ces deux l'apports l'emporte sur le second d'une quantité assez notable pour qu'on soit autorisé à voir une relation de cause à effet entre le frisson de l'accouchement et les accidents des suites de couches. En simplifiant les deux fractions autant que possible et les réduisant au même dénominateur pour les comparer, on trouve :
« 1673/4579 exprimant le rapport des accidents des suites de couches au frisson de l'accouchement.
« 1344/4579 exprimant le rapport des accidents des suites de couches à l'absence du frisson de l'accouchement.
« La première de ces deux fractions est, on le voit, plus grande que la seconde, mais elle ne la surpasse que d'une quantité très-minime : 329/4576 exprime la différence en plus pour les cas compliqués oii le frisson de l'accouchement a été constaté; c'est environ 0,07. Ce n'est assurément pas sultisant pour qu'on soit autorisé à penser qu'il annonce des orages. 11 se rencontre presque aussi fréquemment dans les circonstances où les suites de couches doivent être simples, que dans celles où elles doivent être dangereuses...
« ... En résumé, le frisson de l'accouchement est presque physiologique, comme l'appelle M. Tarnier : nous conclurons hardiment à sa complète innocuité. M. Mourette dit qu'il n'annonce rien de bon; nous dirons simplement qu'il n'annonce rien du tout. »
Pour laisser à ces conclusions toute leur valeur clinique, il est indispensable
luG FRISSON.
de distinguer des frissons physiologiques que nous venons de décrire d'autres frissons, qui peuvent accompagner aussi la parturition et dont la signification pronostique est absolument différente. Je veux parler de « ces frissons brutaux, qui surviennent pendant les douleurs dans certains cas de dystocie et qui réclament une intervention obstétricale. Ainsi, une femme en travail déjà depuis quelque temps (généralement quarante-huit à soixante heures) est prise tout à coup d'un frisson intense avec épuisement des forces, et qui n'est suivi d'aucune réaction, accompagné de nausées ou vomissements, le plus souvent bilieux ; on peut dire alors que la femme est sous le coup d'un péril. Les frissons qui présentent ces caractères sont d'un pronostic fatal. » (Stoïcesco, /oc. ci7., p. 61.)
Il me reste à dire quelques mois des théories proposées pour expliquer les frissons de l'accouchement.
Pour Béhier, c'est un frisson traumatique. « Ce frisson, dit-il, on le trouve chez la plupart des malades qui ont subi des opérations graves dans les salles de chirurgie; une fois reportés dans leur lit, ils sont pris d'un tremblement qui varie selon les individus, selon la durée de l'opération et selon la douleur perçue, c'est le premier effet du traumatisme. Ce symptôme n'a pas d'autre cause chez les femmes en couche qui viennent, elles aussi, de subir une plaie, une perte de sang habituellement assez considérable et des douleurs plus ou moins violentes et plus ou moins prolongées. »
La principale objection à iaire à cette théorie est que la fréquence ni l'intensité du frisson n'augmentent dans les cas d'accidents traumatiques, au cours de l'accouchement. « Le frisson, dit Français, est la règle dans les accidents puerpéraux, il constitue une exception dans les accidents traumatiques... Je n'ai pu observer qu'un très-petit nombre d'accidents fébriles traumatiques et d'hémorrhagies graves. Jamais, dans ces circonstances, je n'ai eu à constater le frisson. »
Il n'en est pas moins vrai que la vive excitation du système nerveux et spécialement du système sensitifest le principal élément de production du frisson des douleurs.
Pour le frisson de l'expulsion et celui de la délivrance, il y a une autre circonstance à invoquer : « C'est la disparition presque instantanée d'une masse considérable à laquelle l'organisme de la femme s'était progressivement liabitué. Cette déplétion rapide de l'abdomen fait immédiatement cesser la compression des viscères: et le sang abandonne les extrémités pour se précipiter du côté des organes splanchniques et combler l'espèce de vide qui vient d'y être produit. » Or, nous avons vu que le frisson fait souvent partie de ces grands mouvements de concentration, de fluxion interne, qui porte les liquides de la périphérie vers le centre.
Cette explication fait rentrer les frissons de l'expulsion et de la délivrance dans la grande catégorie des finissons d'exonération, dont nous avons déjà trouvé un exemple dans le frisson da la miction. Ajoutons qu'après la sortie du fœtus et du placenta il y a une rétraction de l'utérus sur lui-même qui peut aussi être invoquée comme point de départ de l'excitation réflexe qui fait naître le frisson.
Pfannkuch a voulu étendre au frisson de l'accouchement la théorie que nous lui avons vu exposer plus haut. Il admet que le fœtus étant une source de chaleur ponr la mère, sa disparition brusque entraîne un véritable refroidissement qui produirait le frisson chez la nouvelle accouchée. A l'appui de cette théorie, l'auteur rappelle que : 1" les femmes enceintes dont le fœtus est mort
prématurément présentent souvent de légers frissons et un sentiment de froid €t de pesanteur dans le bas-ventre ; 2" les accouchées dont le fœtus est macéré depuis longtemps ne présenteraient point après la délivrance le frisson caractéristique.
Les objections formulées par Fehling contre cette théorie rendent cette explication inacceptable ; nous les avons indiquées plus haut. Stoïcesco, qui a cependant observé quelques faits analogues à ceux de Pfannkuch, n'en est pas moins obligé de reconnaître l'invraisemblance de celte théorie.
Fehling a essayé à son tour de substituer une explication à celle de Pfannkuch. <( D'après lui, dit Stoïcesco, les frissons qui surviennent chez les jeunes femmes récemment accouchées sont un phénomène inconstant, et, d'accord avec Schroder, il le considère comme dépendant d'une différence de tempéiature entre les parties centrales et périphériques du corps. Les contractions de l'utérus et celles des muscles du voisinage, pendant la période d'expulsion, augmentent la température interne; les transpirations cutanée et pulmonaire auxquelles on peut ajouter les circonstances favorables au refroidissement des téguments, ceux-ci mouillés par le sang et le liquide amniotique, sont soumis par là à une cause de refroidissement permanent. Ce sont là autant de circonstances capables d'établir un défaut d'équilibre entre la température interne et la température externe du corps. L'auteur fait remarquer que ce phénomène s'observe plus fréquemment chez les primipares nerveuses, dont la période d'expulsion a été longue et pénible et la transpiration cutanée abondante, qu'on le voit plus souvent pendant l'hiver et les journées froides que pendant l'été. »
Tout cela revient toujours à invoquer le mouvement général de concentration et l'excitation du système nerveux sensitif, qui sont en effet les deux éléments pathogéniques essentiels du frisson de l'accouchement, comme de tous les autres frissons.
G. Frissons des suites de couches. « Il est d'observation, dit Chomel, qu'un frisson intense, survenant dans les heures qui suivent immédiatement la délivrance, marque l'invasion d'une maladie aiguë dont la terminaison sera presque toujours funeste et prompte. » {Pathol. gén., p. 485.)
La plus terrible des maladies que le frisson peut annoncer est la fièvre puerpérale. C'est la première dont nous devons nous occuper.
Nous laissons naturellement de côté toutes les discussions doctrinales sur la nature de cette maladie infectieuse et nous nous bornons à étudier cliniquement le frisson qui en marque le début.
Béhier a voulu contester l'existence du frisson initial dans la fièvre puerpérale ; ou plutôt il a voulu en changer le caractère et d'un frisson initial faire un frisson terminal. « C'est à l'infection purulente terminant une phlébite, dit-il dans sa clinique, qu'il faut rapporter le frisson désigné par les partisans de la fièvre puerpérale par l'épithète d'initial, et que j'appellerai, moi, terminal; c'est elle qui cause cet état typhoïde qui rend insensible la douleur abdominale de la péritonite, de même que c'est la venue de la péritonite qui change l'apparence de la face et produit les aggravations générales qu'on rencontre souvent. »
Cette théorie est inacceptable dans sa généralité. 11 y a bien des cas où la production du pus est secondaire au lieu d'être primitive, où il y a fièvre pyogénique, comme dit Peter (C/m. médic, t. II). En tout cas, il est impossible de nier que cliniquement le frisson marque le début des accidents puerpéraux.
« Un des phénomènes les plus constants, disait Depaul à l'Académie de médecine (2 mars 1858), celui qui semble signaler l'invasion de la maladie, c'est le frisson, ordinairement remarquable par son intensité. II ne se produit souvent qu'une seule fois, et quand il se répète c'est rarement après les premières vingtquatre ou trente-six heures : quelquefois cependant il revient à des intervalles assez réguliers et peut simuler des accès de fièvre intermittente ou rémittente pernicieuse. Cette remarque avait déjà été faite par Osiander qui a décrit une épidémie de fièvre puerpérale intermittente observée par lui en 1781. J'ai eu l'occasion de voir quelques cas de ce genre, mais ces faits sont tout aussi exceptionnels que ceux dans lesquels le frisson fait complètement défaut. »
L'intensité et la durée de ce frisson sont très-variables suivant les épidémies. C'est ce qui explique des dissidences présentées par certains auteurs. Clarke a trouvé le phénomène insignifiant ; Moreau lui atliùbue une durée de huit ou dix minutes, M. Voillemier d'un quart d'heure et MM. Bidault et Arnoult de une heure et demie à trois heures.
Nous ne pouvons pas insister ici sur tous les détails de description de ce frisson; on les trouvera bien développés dans la thèse d'El. Français.
Nous ferons remarquer seulement l'élévation de température qui l'accompagne et le différencie ainsi immédiatement des frissons physiologiques de l'accouchement. La température axillaire monte à 40 degrés. Peter a même ajouté récemment des données intéressantes sur les températures comparées de l'utérus et de l'aisselle. [Clin.médic, t. Il, leç. 78.)
L'utérus de la femme à terme a une température supérieure à celle de l'utérus à l'état de vacuité; la surélévation moyenne est de 0°,77, mais il n'y a pas d'élévation thermique axillaire. Après l'accouchement, la température intrautérine monte encore : le travail utérin élève cette température de O^jS en moyenne. Dans ce cas, la température axillaire paraît être aussi influencée, mais à un moindre degré : 0°,2 de moins. Maintenant s'il y a des accidents et spécialement s'il y a un début de fièvre puerpérale, l'élévation thermique est plus considérable, et surtout la surélévation thermique relative est plus considérable dans l'aisselle que dans l'utérus (l",o sous l'aisselle ; [1» dans l'utérus) ; ce qui démontre bien, dit Peter, que l'état général précède et prime la lésion locale. Le lendemain, au contraire, quand la maladie s'est localisée, qu'il y a lymphangite utérine, la surélévation utérine dépasse la surélévation axillaire.
On comprend aisément l'importance de ces recherches. En somme, c'est un bon caractère pour le frisson initial de la fièvre puerpérale de s'accompagner d'une élévation thermique axillaire considérable, plus forte que l'élévation utérine, tandis qu'à l'état physiologique il y a très-peu d'élévation axillaire et elle est toujours inférieure à l'élévation intra-utérine.
El. Français termine ce chapitre par les deux conclusions suivantes (la seconde souffre de nombreuses exceptions) :
« 1° Un frisson très-violent, survenant le jour ou le lendemain de l'accouchement, s'accompagnant d'un claquement de dents, de l'altération des traits et d'une température axillaire de 40 ou 41 degrés, est très-grave et annonce ordinairement une fièvre puerpérale.
« 2° Un frisson survenant le lendemain ou le surlendemain de l'accouchement avec moins de violence, se dédoublant en deux frissonnements qui paraissent à quelques instants d'intervalle, et qui n'occasionnent qu'un faible accroissement
de la chaleur axillaire, 59 degrés à 39", 9 au plus, est beaucoup moins sérieux et ne présage qu'un accident puerpéral léger, rapidement guérissable. »
Ajoutons enfin, pour achever la valeur pronostique de ce frisson, que « le frisson survenant prématurément quelques heures après Taccouchement n'est pas seulement plus grave pour la mère, il peut avoir un retentissement sur l'enfant... Quand une accouchée prend un frisson de fièvre puerpérale une ou deux heures après la délivrance, il est facile de comprendre qu'elle doit avoir contracté le virus puerpéral, soit dans les derniers jours de la grossesse, soit pendant le travail, et qu'elle a la maladie en incubation et en puissance, avant lu séparation de l'organisme fœtal et de l'organisme maternel. » El. Français ajoute à ces considérations une observation où le frisson initial de la fièvre puerpérale se manifesta deux heures après la délivrance ; la maladie se déclara parallèlement chez la mère et chez le nouveau-né, bien que, suivant la coutume des hôpitaux de Lyon, l'enfant eût été transporté hors des salles de la Maternité, immédiatement après sa naissance. L'autopsie de l'enfant permit de constater quelquesunes des lésions de la fièvre puerpérale des nouveau-nés, telles que les décrit Lorain.
Nous n'insisterons pas. sur les autres frissons pathologiques que peut présenter la nouvelle accouchée, au début des diverses maladies inflammatoires qui peuvent la frapper et spécialement au début de la péritonite ou de la métro-péritonite. Nous ferons seulement remarquer que le frisson initial de ces affections est en général unique et que la répétition ultérieure de ce frisson dans le cours de la maladie est le plus souvent un très-mauvais signe, indiquant la formation du pus et présageant très-fréquemment une terminaison funeste.
D. Frissons de la lactation. La fièvre de lait s'accompagne-t-elle de frissons? Les auteurs sont loin d'être d'accord sur la réponse à faire à cette simple question.
Velpeau pense que cette fièvre est caractérisée par de la céphalalgie, de la chaleur et de l'accélération du pouls sans frisson. Béhier croit au contraire qu'un frisson d'une intensité variable annonce d'ordinaire la sécrétion du lait.
En se basant sur ses observations personnelles, El. Français se range à cette dernière manière de voir. « Sur mes 22 cas de fièvre de lait, dit-il, le frisson a été noté vingt fois : 6 fois il n'a été qu'une sensation de froid, 10 fois un léger frissonnement et 4 fois un rigor avec claquement de dents. Ce frisson s'est manifesté le plus souvent la nuit, quelquefois le matin au moment du réveil ; il a duré environ dix minutes dans la grande majorité des cas, très-rarement davantage. 11 ne constituait qu'un léger malaise, les malades se couvraient en se ramassant sur elles-mêmes, comme on le fait toujours quand on a froid, mais elles n'éprouvaient aucune des souffrances pouvant rappeler le frisson de la fièvre puerpérale. On n'observe jamais dans la fièvre de lait l'élévation de température des accidents puerpéraux. » Le diagnostic de ce frisson est donc trèsfacile et le pronostic sans gravité.
Quant à l'époque habituelle du frisson de la fièvre de lait, voici les tableaux d'El. Français et de Stoïcesco :
El. Français :
Un jour après l'accouchement 1 fois.
Deux jours après 15 -
Trois i —
Quatre 1
110 FRlSSOxN.
Stoïcesco :
, „ , ^ f < 1 primipare.
Le deuxième jour après 1 accouchement . 2 fois | ^ pluripare.
„ Il primipare.
Le troisième / fois j g pi^ripares.
Le quatrième 4 fois (pluripares).
Le cinquième 1 fois (pluripare).
Ces frissons sont du reste fort peu intenses et manquent souvent. C'est ce que Balestre (th. Montpellier, 1874) fait bien ressortir dans son travail basé sur trente -cinq observations. « Quant au mode d'invasion de la fièvre de lait, dit-il, (p. 19), nous n'avons rencontré qu'e.^ceptionnellement le frisson. » 11 rappelle que, nié par Velpeau, il a été observé par Peu et par Mauriceau, et qu'il a été noté par Delvaille (th. Montpellier, 1852) douze fois sur vingt-six cas. «Quant à nous, ajoute-t-il, nous avons été frappé du peu d'apparence de l'appareil symptomatique du début de la fièvre de lait ; une fois ou deux les femmes nous ont parlé de frissons suivis de chaleur éprouvés dans la nuit, et nous constations à la suite l'élévation thermométrique de la fièvre. Mais le plus souvent la fièvre s'allumait sans s'annoncer par des prodromes... »
En somme, on peut dire du frisson de la fièvre de lait ce que Pajot a dit de la fièvre de lait elle-même {Gaz. des hop., 1862) : il est des milieux où il se présente presque toujours, il en est d'autres oii il ne se présente presque jamais.
Nous ne dirons rien de spécial sur le frisson des maladies intercurrentes pendant la lactation ; on se rappellera seulement que le frisson est peut-être plus fréquent dans les maladies de cette période, qu'en dehors de l'état puerpéral, parce que la suppuration y est plus fréquente.
3. Frissons pathologiques. Nous étudierons successivement le frisson dans les trois ordres de maladies suivantes : les fièvres et les maladies infectieuses, les maladies des organes, les intoxications.
A. Frisson dans les fièvres et les maladies infectieuses, a- Le frisson de la fièvre intermittente est, on peut le dire, le type des frissons fébriles, à tel point que la plupart des études faites sur le frisson en général ont été faites spécialement sur le frisson palustre.
Yoici la description donnée par Griesinger du stade de frisson dans un accès de fièvre [Traité des mal. infect., trad. Lematre, p. 23):
« Pendant que la température du corps s'élève, le stade de frisson commence, le malade éprouve alors une sensation de froid qui commence tantôt aux mains et aux pieds, tantôt au dos ou à la région lombaire ; elle parcourt ensuite tout le corps, alterne souvent au début avec des sensations passagères de chaleur, mais bientôt se généralise et reste fixe. La peau est sèche, pâle, contractée (peau d'oie), ratatinée souvent aux extrémités ; le tact y dcAÏent plus obtus, les traits du visage sont quelque peu tirés et ternes, les lèvres, les ongles et quelquefois d'autres parties de la peau offrent une coloration bleuâtre ; le malade frissonne, les dents grincent, tout le corps est agité par un tremblement convulsif. La respiration est courte et embarrassée, la voix cassée, le pouls petit, rapide, parfois inégal ; la langue sèche et le vomissement est fréquent, lorsque le malade vient de manger. Des douleurs de tête d'une intensité variable, parfois très-fortes, de l'abattement et de la dépression des forces, de la rétraction dans les muscles du cou et du dos,' de la douleur lombaire, tels sont les symptômes que l'on observe encore dans la généralité des cas. L'intensité des troubles nerveux est extraordinairement variable ; dans l'intensité du stade de
frisson, on peut encore observer une forte oppression, de l'angoisse, des battements de cœur, avec sensation bien accusée de chaleur intérieure, puis des vertiges, de la dilatation de la pupille et des vomissements continus ; dans d'autres cas, le stade de froid ne se traduit que par un léger frisson ; sa durée peut également varier d'un quart d'heure à six heures, mais elle dépasse rarement une à deux heures. Le stade de froid diminue ; après quelques alternatives de sensations de frisson et de chaleur, le malade entre dans le stade de sueur... »
Non-seulement la durée du frisson est très-variable, mais encore ce symptôme peut manquer d'une manière complète. Cela ne prouve rien du reste pour la gravité de l'accès.
D'une manière générale, on peut dire qu'il n'y a aucun rapport fixe entre les différents stades au point de vue de l'intensité. L'importance du frisson peut même varier, d'une époque à l'autre, chez le même malade.
Certains auteurs ont décrit ce que l'on appelle le type inverse, c'est-à-dire des cas dans lesquels le frisson venait à la fin de l'accès au lieu de venir au commencement. Ce sont là des faits assez rares,'-, il s'agit le plus souvent de malades qui n'ont pas de frisson et qui, pendant la période de sueur, se découvrent un peu et se refroidissent. « Je n'ai jamais observé pour ma part, dit Griesinger, de type inverse bien caractérisé, et je pense que la plupart de ces cas appartiennent à des accès quotidiens dans lesquels la sueur nocturne d'un accès antérieur cessait peu avant un «tade de frisson qui, le matin même, constituait le début d'un nouvel accès ; mais il y a cependant des observations dignes de loi ayant trait à des fièvres dont le paroxysme débute avec le stade de chaleur et qui offrent, quelques heures après, les stades de froid et finalement des sueurs froides. {Prager Viertelj., 1850, XXVIII, 92) ; on observe encore un autre genre de type inverse : une sensation modérée de chaleur précède alors le froid. »
Griesinger fait remarquer l'importance théorique de ces faits pour renverser les explications de la fièvre qui dérivent plus ou moins de l'idée de Traube.
Nous avons vu que le frisson de l'accouchement est plus fréquent en hiver qu'en été. Colin [Traité des fièvres intennit., p. 142) a constaté un fait analogue pour le frisson des fièvres paludéennes. 11 dit que ce frisson est beaucoup moins intense pendant les saisons chaudes que pendant les autres et qu'il manque très-souvent dans les fièvres estivales. 11 croit d'autant plus à cette influence, que dans les maladies de nos climats tempérés qui débutent par un frisson violent, ce phénomène est très-atlénué ou même disparaît complètement dans les pays chauds. {Cit. Stoïcesco.)
Ce qui fait l'importance clinique du stade de frisson dans l'accès de fièvre, ce sont les congestions viscérales qui l'accompagnent. 11 y a là une période de concentration qui fait fortement affluer les liquides de la périphérie vers le centre; de là des fluxions anormales qui, chez certains individus prédisposés, peuvent prendre des proportions graves. Sans parler de la congestion splénique, du gâteau fébrile qui se trouve chez beaucoup de sujets, on a vu à cette période des congestions pulmonaires aller jusqu'à l'hémoptysie, des cono-estions cérébrales produire des hémorrhagies dans cet organe, etc. C'est dans cet élément qu'est la valeur pronostique principale, sinon exclusive du frisson palustre.
Pour que l'indication pronostique du frisson ne soit pas fâcheuse dans la fièvre intermittente, il faut qu'il soit régulièrement suivi du stade de chaleur clas-
sique. « Si la chaleur, dit Double, ne lui sert pas de crise suffisante, il est de
mauvais augure. «
« Dans les fièvres intermittentes, dit de même Torti, le frisson n'est jamais mauvais, puisqu'il entre nécessairement dans la composition de ces maladies; mais il faut qu'il soit suivi de chaleur; sans cette circonstance, il est fort redoutable, ainsi qu'on le voit dans les fièvres pernicieuses algides. Ici la mcrt est certaine, si le quinquina n'arrête pas le deuxième accès, ou si la nature, à ce deuxième accès, ne détermine pas, à la suite du frisson moins longtemps prolongé, une chaleur légèrement halitueuse et accompagnée de plus de force et de développement dans le pouls. »
« Toutefois, ajoute Marvaud à ces citations, il ne faut pas oublier que dans quelques fièvres intermittentes simples et bénignes des vieillards, le frisson est suivi de peu de chaleur, ou même que celle-ci manque entièrement, surtout quand à la faiblesse de l'âge il se joint d'autres causes d'affaiblissement. » (Th. Strasbourg, 1866, p. 37.)
Pour terminer ce paragraphe, nous ferons remarquer avec Griesinger que dans les fièvres pernicieuses des pays chauds, la fièvre algide « ne paraît pas être le résultat d'une augmentation d'intensité ou d'un prolongement inaccoutumé du stade ordinaire de frisson (Maillot, Haspel) ; c'est bien au contraire un état de coUapsus profond, de syncope par faiblesse du cœur; dans ces circonstances, le stade ordinaire de frisson et de chaleur arrive d'abord et la plupart du temps après le début de ce dernier stade ou au commencement du stade de sueur, le malade commence à pâlir et à se refroidir, il ne frissonne point, il ne tremble pas, au contraire il se plaint ordinairement de la chaleur intérieure qu'il ressent et réclame constamment des boissons fraîches ; le pouls et les battements du cœur s'affaiblissent et tendent à disparaître... » Cette fièvre syncopale s'observe surtout chez les sujets présentant des maladies du cœur antérieures.
b. L'affection catarrhale n'est pas admise par tout le monde. Il est cependant incontestable qu'il existe cliniquement un groupe important de fièvres qu'il faut appeler fièvres saisonnières, parmi lesquelles la fièvre catarrhale occupe un rang éminent, au moins dans nos pays.
L'affection catarrhale débute par des frissons qui ont des caractères spéciaux et intéressants.
« Ce n'est pas, avons-nous dit ailleurs {Des fluxions de poitrine de nature catarrhale, Montpellier méd., 1874), ce n'est pas comme dans les maladies inflammatoires, comme dans la pneumonie franche, par exemple, un frisson intense qui secoue tous les membres, fait claquer les dents et ne se renouvelle pas une fois disparu. Le frisson de l'affection catarrhale est beaucoup moins long; il est plus superficiel, mais il n'est pas unique; il se répète. Les malades décrivent souvent très-bien cette sensation bizarre qui passe entre cuir et chair, sous la peau à peine, qui n'atteint pas simultanément tout le corps et erre d'une partie à l'autre de l'organisme. Le malade se couvre un peu plus, le froid disparaît ; il se retourne dans son lit, le froid recommence avec ses mêmes caractères. Souvent, si le malade est devant le feu, le visage sera brûlé par le rayonnement du foyer, tandis qu'au même moment le dos est parcouru par un frisson erratique très-net, ou bien le frisson alternera avec les bouffées de chaleur classiques, ou même des sueurs partielles. Il y a dans la fugacité, la superfîcialité et la répétition de ces frissons, des caractères qui en font un symptôme à part et lui donnent une valeur séraéiotique très-importante, h
Fuster avait déjà décrit dans les termes suivants cette phase initiale de l'affection catarrhale {Monog. clin, de Vaff. catarrh., p. 6) :
« Dès leur entrée et durant les premiers jours, les malades éprouvent simultanément des frissons, de la chaleur et des sueiu's. Ces symptômes se succèdent, alternent, se mêlent et s'entrecoupent à chaque instant, sans ordre.ni mesure. Les frissons, très-vifs au début, partant des lombes et du dos, courent comme une eau glacée à travers le corps où ils produisent la chair de poule. La chaleur qui les interrompt monte brusquement, par bouffées suffocantes, de la région précordiale à la tète el se répand de là aux extrémités eu Ûols brûlants. Une sueur limpide et ténue mouille ensuite partiellement les mains, le front, le cou, la poitrine et d'autres surfaces, supprimée subitement à son tour à l'arrivée de nouveaux frissons. Ces contrastes, répétons-le, se touchent de si près, se confondent à tel point, que les malades frissonnent, brûlent et suent en même temps. »
Pour compléter ce tableau il faut ajouter cette remarque de JI. Dupré {Des fluxions de poitrine catarrhales, Montpellier méd., 1860): « Ce frisson s'est toujours montré pour la première fois le soir entre trois et huit heures. Cette circonstance détermine la marche de la fièvre et fixe l'ordre de ces exacerbalions. Si Stahl et ses disciples ont attaché une importance exagérée à la connaissance de l'heure du début des maladies fébriles, en ce qui concerne les fièvres inflammatoires et les bilieuses, il est au moins certain que leurs observations relativement au début vespérin des fièvres catarrhales sont exactes et confirmées par ce qui se voit tous les jours et que nous avons remarqué chez nos huit malades. »
Dans la fièvre inflammatoire, le frisson du début est tout différent. C'est « un frisson court et intense, bientôt suivi d'une vive chaleur, aussi bien accusée par le malade que par le thermomètre. » Dans la fièvre bilieuse, « la scène s'ouvre par un frisson léger, ou plutôt par une horripilation que le malade compare, suivant Grimaud, à la sensation que lui feraient éprouver de petites pointes enfoncées dans les chairs. Une chaleur acre et brûlante lui succède...» (Castan, Traité des fièvres, 2^ édit., p. 40).
c. Dans la fièvre typhoïde le frisson initial n'est pas constant ; on peut dire qu'il n'a ni valeur diagnostique ni valeur pronostique. Seulement quand il existe, il est utile à connaître pour fixer exactement le moment du début de la maladie.
Voici ce que Griesinger dit de ce frisson ( ce passage peut servir de description) :
« Pendant que ces symptômes initiaux durent parfois vingt-quatre heures, le plus souvent deux à cinq jours, rarement sept et même quatorze jours, un frisson s'établit plus tôt ou plus tard; beaucoup de malades se plaignent d'une sensation de froid, elle dure plusieurs jours, elle est presque continue, mais légère ; elle est parfois interrompue par une chaleur passagère; dans des cas rares on peut observer un frisson intense avec vomissement et vertige; puis surviennent une chaleur intense, de la soif et un sentiment considérable de faiblesse ; dans d'autres cas, rares également, un frisson se répète chaque jour pendant deux à quatre jours et d'une manière régulière comme dans la fièvre intermittente ; souvent aussi l'on observe des faits dans lesquels les malades n'ont éprouvé aucune sensation de froid. Dans ces derniers cas, les prodromes, augmentant de jour en jour, se transforment dans le premier stade de la maladie et on ne peut assigner de jour fixe comme point de départ ; le début oscille alors entre le
DICT, ENC. 4* s. VJ. 8
deuxième et le troisième jour. Lorsqu'au contraire le frisson existe, intense ou faible, unique ou répété, on doit admettre dès le moment de son apparition, le début du processus typboïde vérit^ible; à la vérité, les prodromes appartiennent bien au processus qui se développe, mais le début de la fièvre, si essentielle dans toute la maladie et vrafsemblablement avec elle de la lésion intestinale, se caractérise d'une manière évidente par le frisson. Au reste, il y a un assez grand nombre de cas que, d'après mes observations, je puis évaluer à dix pour cent, dans lesquels ce malaise précurseur fait défaut, et la maladie débute alors rapidement avec de la prostration, du frisson et de la céphalée ; sous le rapport diagnostique, il est de la plus grande importance de connaître le développement de ces cas. » {Loc. cit., p. 200).
A part ces frissons du début, ajoute le même auteur {loc. cit., p. 251), « tous les frissons survenus dans le cours ultérieur de la maladie sont toujours des phénomènes défavorables, assez souvent de mauvais augure ; ils cai-actérisent le plus souvent ou le développement d'ime complication grave, des processus de suppuration, une pneumonie, un éryslpèle, une perforation, etc., ou une récidive des lésions de la fièvre typhoïde sur la muqueuse intestinale ; dans la seconde période de la maladie, nous observons encore ça et là du frisson avec «ne forte élévation de la température, alors qu'aucune lésion locale ne peut être reconnue et que le trouble morbide disparaît sans autre conséquence — »
Je ne crois pas devoir insister sur le frisson initial des autres maladies typhiques [typhus ejcanthématique, typhoïde bilieuse, typhus à rechutes, etc., etc.) Dans toutes ces affections, la valeur séméiologique du frisson est à peu près nulle.
d. Le frisson est un symptôme initial des plus importants dans l'infection purulente ou pyohémie. C'est un des phénomènes les plus indicatifs et les plus constants. « Tantôt très-intenses, prolongés, avec rétraction des membres, claquement des dents, refroidissement et pâleur de la peau ; tantôt fugaces et légèrement répétés plusieurs fois, ces frissons sont en général suivis de chaleur et de sueur. Leur apparition est le plus souvent irrégulière et rarement d'une intermittence franche. Dans les cas mêmes oîi cette intermittence est incontestable, on remarque dans les intervalles des frissons petits et incomplets. La sueur qui succède à ces frissons est souvent froide et visqueuse, et la réaction de chaleur ne s'établit pas facilement. )) (Follin, Pathol. externe, I, p. 65).
Ces frissons sont un des bons signes de distinction entre l'infection purulente et l'infection putride.
e. <i Toutes les fièvres éruptives, dit Marvaud {loc. cit., p. 58) débutent par un frisson plus ou moins marqué, apparaissant avant l'éruption et correspondant à une élévation rapide de température, qui atteint son maximum à la fin de la période d'incubation (Hirtz).
Dans la scarlatine, le frisson est quelquefois très-marqué et accompagne une production de chaleur représentée par 41° à 42°, 5.
Dans la rougeole, le frisson est ordinairement peu marqué. La période d'invasion de la variole est marquée par un frisson violent, quelquefois par plusieurs frissons, alternant avec des sensations de chaleur, et leur intensité peut indiquer au médecin, dès la période d'invasion, si l'éruption sera discrète ou confluente (Trousseau).
Plus tard, quelques frissonnements peuvent accompagner la période de suppuration ; c'est toujours un signe fâcheux, surtout quand ils s'accompagnent de
spasmes et de convulsions (Landré-Beauvais). Quand ils sont intenses, il faut s'attendre à l'effacement subit de l'éruption qui prend une teinte brunâtre (Double). »
B. Frissons dans les maladies des organes. C'est dans les phlegmasies aiguës que le frisson se montre le plus souvent et qu'il peut avoir une assez grande importance comme phe'nomène initial. Parmi ces inflatiimations, la plus intéressante, à ce point de vue, est incontestablement la pneumonie sur laquelle nous insisterons un peu.
« Si l'on excepte les fièvres intermittentes, l'infection purulente et la péritonite puerpérale, dit Grisolle {Traite' delà pneumonie, p. 191) on trouve que la pneumonie est de toutes les maladies aiguës celle dont le début est le plus souvent marqué par une violente sensation de froid. »
Sur 79 cas de pneumonie, Louis l'avait constatée] fois et, sur 182, Grisolle l'a noté 145 fois.
Le frisson marque en général le début même de la maladie et s'observe dans le cours de la première journée. Rarement il est postéiùeur à quelque autre symptôme un peu important, comme le point de côté ou la fièvre.
Dans la pneumonie franche et inflammatoire, le frisson est violent, unique, très-analogue à celui d'un fort accès de fièvre. Dans la pneumonie catarrliale au contraire, il est léger, superficiel, erratique et répété; il a tous les caractères que nous avons indiqués plus haut pour les frissons de l'affection catarrhale. *
Grisolle a remarqué que le frisson initial manque plus fréquemment dans les pneumonies d'automne et d'été que dans celles qui surviennent pendant l'hiver ou durant le printemps. Hourmann et Dechambre, ajoute-t-il, ont également observé que dans les mois de mars et d'avril, les pneumonies qui sévissent sur les vieilles femmes de la Salpètrière sont plus fréquemment précédées de frisson que celles qui ont lieu dans les autres mois de l'année. — Ce sont là des remarques intéressantes à rapprocher de celles que nous avons déjà rapportées pour le frisson de l'accouchement et pour le frisson de la fièvre intermittente.
D'après Grisolle, la fréquence du frisson initial serait la même chez le vieillard que chez l'adulte. C'est une exagération. Durand-Fardel a observé le frisson 22 fois sur 50 cas et conclut nettement que « le frisson et le point de côté marquent beaucoup plus souvent le début de la pneumonie des adultes que celui de la pneumonie des vieillards » {Maladies des vieillards, p. 471).
Tout le monde sait combien la pneumonie est souvent insidieuse ou latente chez le vieillard. Ce qu'il est seulement vrai de dire, c'est que parmi les symptômes initiaux de la pneumonie, c'est encore le frisson qui fait le moins souvent défaut chez le vieillard.
Charcot (ilfa/a(ijes des vieillards, p. 24) a bien constaté à la Salpètrière la fréquence relative du frisson, dans le passage suivant :
« Les vieillards frissonnent peu, a dit Beau {Journal de Beau, 1843, p. 292) et nous avons vu Gilette reproduire, à peu de chose près, la même opinion. Cette proposition est beaucoup trop absolue ; nous avons plus d'une fois constaté chez les vieillards des frissons violents et prolongés, au début d'une pneumonie, d'un érysipèle ou d'une fièvre synoque, affection très-commune à la Salpètrière, à certaines époques de l'année. Ces frissons, caractérisés par un tremblement convulsif, par la cyanose et l'algidité des membres, se montrent avec une intensité plus grande encore dans les accès de fièvre intermittente
110 FRITILLAJRE.
symptômatique qui accompagnent si souvent les suppurations profondes, les phlébites viscérales, et les inflammations des voies biliaires que la présence de calculs hépatiques détermine si volontiers dans l'âge sénile. »
Je ne crois pas nécessaire d'insister sur le frisson qui marque le début des inflammations locales. Le frisson de la péritonite, etc., est bien connu.
D'une manière générale on peut dire que le frisson marque ou le début même de la phlegmasie ou le commencement de la suppuration. Ce principe résume toute l'histoire séméiologique du frisson dans les maladies des organes.
Je dirai seulement un mot particulier des frissons dans les maladies des voies urinaires.
La plupart des actes réflexes ont un point de départ de prédilection. Le chatouillement de la muqueuse nasale provoque l'éternument, celui de la muqueuse pharyngée entrahie la nausée. On peut dire que, de la même manière, l'excitation de la muqueuse urinaire produit le frisson.
Nous avons vu les excitants physiologiques de ces organes provoquer déjà ce phénomène; à plus forte raison le reti'ouvons-nous dans la pathologie de cet appareil.
En effet non-seulement le frisson, ici comme partout, accompagne le début des inflammations ou le passage à la suppuration ; mais encore il est produit par des causes bien plus futiles, par des excitants plus légers. C'est ainsi qu'un rétrécissement, un corps étranger, le cathétérisme pouvait entraîner ici le frisson il faut bien connaître cette particularité afin de ne pas croire immédiatement à une infection purulente ou à une infiltration urineuse quand il s'agit uniquement d'une simple fièvre uréthrale, ou d'un frisson ab urethra Icesa.
C. L'histoire du frisson dans les intoxications constitue presque le chapitre expérimental de cette étude. C'est en effet là un moyen de provoquer artificiellement ce phénomène et de l'observer chez les animaux.
Dans l'empoisonnement par le curare, on constate un frisson initial et un sentiment de froid violent, avec chair de poule, claquements de dents, tiraillements, tremblements de tout le corps, petitesse et accélération du pouls, anxiété et élévation de la température axillaire.
Sur les animaux, on a observé, comme phénomène correspondant, de petites convulsions cloniques, des tremblements fibrillaires le plus souvent généralisés, l'état ondulatoire des poils, qui semblent comme agités doucement par le vent (Voisin et Liouville, Gaz. hebd., 1866).
Après l'administration de la nicotine, on observe le rétrécissement notable des vaisseaux et bientôt après des tremblements des muscles, suivis, quand la dose de nicotine administrée est augmentée, de leur contraction tonique, etc., etc. (Marvaud, loc. cit.).
Billroth, Coze et Feltz et d'autres ont constaté, après l'injection de pus et de substances septiques, des phénomènes de frisson tout à fait analogues à ceux qu« nous avons mentionnés au début de la pyohémie, mais qui, dans une certaine limite, peuvent aussi servir à l'étude expérimentale de cet important symptôme. J. Grasset.
FRITILLAIRE, FritiUaria L. Genre de plantes monocotylédones, appartenant à la famille des Liliacées. Ce sont des espèces herbacées, à feuilles parallélinerviées, dont le périgone campanule est formé de pièces libres, pétaloïdes, creuses à la base. Les étamines sont périgynes, au nombre de 6 ; l'ovaire est
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surmonté d'un style cyliiidroïde et d'un stigmate trifide. La capsule est ovoïde, trigone et contient un nombre indéterminé de graines aplaties.
Les espèces intéressantes du genre sont : 1° La Fritillaire impériale, Fritillaria imperialis L., ou Couronne impériale ; belle espèce originaire d'Asie et cultivée dans nos jardins ; la hampe florale porte à son extrémité un bouquet de feuilles et une couronne de fleurs penchées, dont les six larges pièces du périgone ont à leur base une grosse glande mellifère. Les bulbes de cette espèce sont acres et passent pour vénéneux. D'après Orfila, des chiens auxquels on en a fait avaler une certaine quantité sont morts au bout d'un certain temps. Ces bulbes entraient dans l'onguent diabotanum.
Lsi Fritillaire méléagre ou Fritillaire Damier, Fritillariameleagris L-, est une plante qui croît parfois en abondance dans les prairies humides. La tige porte des feuilles linéaires, étroites, canaliculées, et une, plus rarement deux fleurs, pendantes, dont les pièces du périgone, violettes, rosées ou jaunâtres, sont toutes carrelées de pourpre. Cette espèce, très-élégante, a des bulbes que Lemery dit résolutifs ; Reneaulme dit aussi que l'infusion de ses fleurs est bonne pour calmer la soif dans les fièvres ardentes et que son suc est utile dans les ulcères
carninomateux. Pi-
Bibliographie. — Linné. Gênera et Species. — De Candolle. Flore française. — Gremer et Goi.RON. Flore de France. — Orfila. Toxicologie, II, p. 94. — Lemery. Dictionnaire des drogues. — Mérat et Delens. Dictionnaire de matière médicale, III, 298. Pl.
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Frîtsch (Johann-Christian). Médecin allemand, né en Saxe, fit ses études aux Universités d'Iéna et de Halle, exerça l'art de guérir à VVeimar, puis entra au service du prince d'Eisenach, et mourut dans cette ville en 1735. On a de lui deux ouvrages, empreints de stahlianisme, et intitulés :
I. Seltsame, jedoch wahrhaflige, theologisclie, juristischc, medicinische und physicalische Geschichten, sowohl ans alten ah neuen Zeiten. Leipzig, 1729-54, 5 vol. in-4°. — II. Kurze, doch grïindliche Beschreibung der Becherischen Polychrest-Pillen. Leipzig, 1735, in-8°. L. Hn.
Fritsch (Carl-Friedrich). Né à Hildesheim, le 14 octobre 1790, était fils d'un médecin. 11 étudia la médecine à l'Institut médico-chirurgical de Brunswick à partir de 1808, puis à Berlin depuis 1810, et se fit recevoir docteur à cette dernière Université en 1818. Il s'établit ensuite à Naumbrug sur le Bober, oiî il devint médecin des bains. Nous connaissons de lui :
I. Diss, inaug. de enjsipelate ejusqiie differentiis prœcipuis . Berolini, 1818, gr. in-8° — II. Bericht ïtber die Mineralbade-Anstalt zu Naumbiug am Bober, ani Schluss des zweiten Jahres ihrer Entstehung. In Hufeland's Journal der Heilkunde, Ed. LXVIII, p. 85, 1829.