FROST
Callisen, un nouveau diplôme doctoral à Icna, en 1850, devint, en 1852, professeur de médecine à cette Université, en 1833, professeur extraordinaire à la faculté de médecine de Berlin, et obtint en même temps les charges de prosecteur et de conservateur du musée pathologique de la Charité dans la même ville; quelques années après, il obtint la chaire d'anatomie chirurgicale, et fut nommé conseiller médical et membre du collège médical de la province de Brandebourg (1836). En 1846, il remplaça son père dans la direction du comptoir industriel de Weimar, mais quitta ces fonctions en 1851, pour revenir à la médecine pratique.
Froriep fut, paraît-il, un médecin très-recherché; il s'occupa beaucoup du bien-être de ses concitoyens et a rendu, particulièrement à la ville de Weimar, les plus grands services. 11 s'est fait connaître en outre par un grand nombre de publications remarquables, notamment par d'excellents atlas d'anatomie noi^male et pathologique, de chirurgie, etc. Nous citerons de lui :
I. De lingua anatomica quœdam et semiotica. Dissert, tnaug. Bonnse, 1828, gr. in-4°. Trad. fr. Bruxelles, 1836, 8 pi. — II. Diss. iiiaug. med. de comeltide scroftilosa. lenœ, 1850, gr. in-4°. — III. Chirurg. Anaiomie der Ligaturstellen, ou. Anat. chirurgica locorum corporis humani Ugandis arteriis peridoneorum. Weimar, 1830, gr. in-fol. — IV. De funiculi umbilicalis defectu. Berolini, 1832, gr. in-8°. — V. Symptôme der asialisclien Choiera. 2. Âufl. Berlin, 1832, gr. in-4°, 8 pi. — VI. Joanni de Wiebel commentât iuncula de assis metatarsi primi eœosfosi... Berolini, 1834, in-4''. — YII. Pathologisch-anatom. Abbildungen aus der Sammlung der k. Charité- An st ait zu Berlin. Lief. 1, 2 (ou Klin. Kupferlaf., Lief. 10, H). >\eimar, 1836-37, gr. in-4°. — VIII. Klinische Knpfertafeln... Lief. 1-12. Weimar, 1828-37, gr. in-4° (Lief. 10, 11, constituerit le n° VII). — IX. Chirurgische Kupfer- ' tafeln... H. 1-96, Taf. 1-487. Weimar, 1820-48, gr. in-4<'(Il n'en fut le directeur qu'à partir de 1833). — X. Bemerk. ûb. den Einfluss der Schulen auf die Gesundheit. Berlin, 1856, gr. in-8°. — XI. Atlas der Hautkrankheiten.. . (suite de l'atlas de Bateman). Lief. 5-8. Weimar, 1837-39, gr. in-4°; 1 Suppl.-Lief. Ibid., 1841, gr. in-4°. — XII. Beobacht. ûb. die Heilwirk. der Electricitât... ou : Die rheumalische Schwiele... Berlin, 1843, gr. in-8°. — XIII. Die Charakteristik des Kopfes nach dem Entivickelungsgesetz desselben. Berlin, 1845, gr. in-8°, 1 pi. gr. in-4°. — XIV. Ico7i synoptica arteriarum corporis humani in une sceefo conjunctim descriptarmn. lenœ, 1850, gr. in-fol. — XV. Icon synoptica nervorum corporis humani... lense, 1850, gr. in-fol. — XYI. Nolizen aus dem Gebiete der Natta-- und Heilkunde. Jahrg. 1848-49, 1856-61. Weimar, gr. in-4°. — XVII. Memoranda der speciellen Anatomie des Menschen. 2. Âufl. Weimar, 1854, gr. in-12, pi. — XVIIl. Die Rcttung der Cretinen. Bern, 1857, gr. in-8°, 1 pi. — XIX. Atlas anatomicus parlium corporis humani per strata dispositarum imagines in tabulis XXX... exhibens. Weimar, 1850, in-fol. qu.; 2. u. 3. Ausg. Ibid., 1852 u. 1856 ; 4. Ausg. Leipzig, 1861. 5. Ausg. Ibid., 1865.— XX. Plusieurs traductions sur A. Cooper, Dupuytren, etc., et nombreux articles dans Froriep's Notizen..., Schmidl's Jahrb., Kleinert's Repertor., Casper's Wochenschr., Preuss. med. Vereinszeit., Berl. encyclop. Wôrterb. d. med. Wissenschaften, etc. L. Hn.
FROST (John). Médecin et botaniste anglais, professeur de matière médicale à Londres, directeur de la Société médico-botanique, fondée sous ses auspices, membre de la Royal Institution of Great-Britain et d'un grand nombre d'autres sociétés savantes, vivait dans la capitale anglaise dans la première moitié de ce siècle. Il avait fait ses études à Cambridge. Frost est connu par les ouvrages suivants :
I. Scientific Swimming, being a Séries of Practical Instructions on an Oriqinal and Progressive Plan by ivhich the Art of Swimming may be readily obtained. London, 1816. — U. An Oration delivered hefore the Medico-botanical Society of London at the Commencement of their Sixth Session, Friday M th Odober 1825. London, 1825, in-i'... of their Seventh Session, Oct. 182G. London, 1826, in-4°... of their Isinth Session. London, 1828, in-i". — III. So7ne Account ofthe Science of Botany, being the Substance of an Introductory Lecture to a Course of Botany, delivered in the Theater of the Royal Institution of Great Britain. London, 1827, in-4''. — IV. Observations on the Properties and Effects of
the Exjjressed OU of the Seed of Croton tiglium, together with Botanîcal History and a Correct coloured Engravlng of Ihe Plant. Londoii, 1827, in-8°. — V. Remarks on the Mustard Tree mentionned in the New Testament. Loiidon, 1827, in-8°. — VI. A Sketch of the Botanical Literature of Croton Tiglium; being the Substance of a Lecture be fore the Medicobotanical Society of London, ])ec. 5, 1821. In London Médical Repository, t. XVII, p. 461, 1822. — VII. On the Différence betiveen the Gênera Croton and Jatropha. ILid., t. XVIII, p. 474, 1822. — VIII. On the Flowers of Colchicum aulumnale. Ibid., t. XXIV, p. 175, 1825. — IX. Remarks on the Pulp of Adansonia digitata. Ibid., p. 553. — X. Remarks on the Erysipelatous Inflammation Produced hy the Juice of Rhiis toxicodendron . In London Med. a. Pliys. Journal, t. LV, p. 116, 1826, — XI. Case of Phrenitic Inflammation, imvhich Benefit was derived from Croton OU. Ibid., t. LVIII, p. 47, 1827. — XII. Supposed Case of Poisoning by Oxymuriates of Mercury. Ibid., p. 522. — XIII. Notice of the lihododeiidron clirysanthum. Ibid., p. 379. — XIV. On the Use of Musiard Secd. In the Lancet, t. II, p. 245, 1827 (1826). L. Hn,
FKOTTEMEKT. Les deux feuillets des séreuses qui doublent certaines grandes cavités splanchniques à parois mobiles exécutent régulièrement des mouvements en sens inverse pendant lesquels ils se rencontrent.
Parfaitement lisses et lubrifiées à l'état physiologique, leurs surfaces glissent silencieusement l'une sur l'autre; mais, pour peu qu'elles aient perdu leur poli et leur moiteur, leur contact devient plus rude, elles frottent l'une contre l'autre en donnant lieu à un bruit particulier connu en auscultation sous le nom de frottement.
Trois séreuses seulement présentent les conditions de mobilité nécessaires à la production de ce phénomène; ce sont : la plèvre, le péricarde et le péritoine. "On doit donc étudier le frottement dans ces trois régions.
Frottement pleural. En 1824, Honoré, médecin de l'hôpital Necker, ayant entendu chez deux de ses malades, à la suite de pleuro-pneumonie, un bruit semblable à celui de deux corps durs se frottant l'un contre l'autre, bruit qui se percevait à l'ausculation comme au simple palper, Honoré communiqua ces observations à Laennec, qui les confirma, les renouvela sur d'autres patients et décrivit ce phénomène sous le nom de frottement ascendant et descendant, en l'attribuant à l'emphysème interlobulaire. Plustai'd, en 1829, Reynaud {Journal hebdomadaire de médecine, n" 65, p. 576) fit de ce bruit une étude complète et, tout en conservant partiellement cette interprétation erronée, commença à lui donner sa véritable signification. Bientôt celleci entra complètement dans la science, grâce aux travaux d'Andral, de Bouillaud, de Piorry, de Fournct, de Barth et Roger, d'Andry, etc.
Tous les auteurs qui ont traité de l'ausculation, tous ceux qui ont écrit sur la pleurésie, se sont appliqués à faire connaître le bruit de frottement dans ses caractères physiques et dans sa valeur séméiologique. Récemment, NYalshe (In Traité clinique des maladies de la poitrine, traduction Fonssagrives, Paris, 1870) lui ,a consacré un chapitre important.
La définition de ce phénomène se trouve tout entière dans le nom qu'il a reçu; cependant, on en peut obtenir une reproduction très-nette, en appliquant sur l'oreille la paume de la main gauche, ainsi que le conseillent Barth et Roger, puis en frottant lentement avec la pulpe d'un des doigts de la main droite sur les articulations métacarpo-phalangiennes. En augmentant ou en diminuant la pression ou la vitesse, on imite toutes les variétés qu'il compoiie. 11 donne encore la sensation du froissement de deux feuillets de papier de soie ou de celui d'un parchemin plus ou moins sec, d'un grattement ou encore du bruit que l'on produit en pressant la neige entre les doigts. Il consiste en
une série de bruits brusques, saccadés, superficiels, de craquements successifs; il possède dans ce dernier cas une certaine analogie avec le râle crépitant; c'est alors, suivant l'expression de MM. Barth et Roger, un frottement-râle.
Son intensité, sa rudesse, son timbre, peuvent s'offrir à des degrés très-différents. Tantôt il est très-léger, très-doux, très- superficiel ; il est alors connu sous le nom de frôlement; plus prononcé, plus rude, c'est le frottement proprement dit; plus fort et plus dur encore, il est appelé raclement, froissement, bruit de cnir neuf. Quand il arrive à un haut point d'intensité, il est perçu par la main de l'observateur et par le malade lui-même. Chez les sujets dont les côtes sont flexibles, la presssion du stéthoscope contre la paroi thoracique le rend plus sensible.
Le bruit de frottement est presque toujours simple; quelquefois cependant il est double, mais le plus souvent il coïncide avec l'inspiration. Exceptionnellement on Tentend pendant l'expiration seule; quelquefois il est commun aux deux temps. Il n'est pas très-rare qu'il accompagne la fin de l'inspiration ; il semble alors à cheval sur les deux temps.
Il est continu ou intermittent; souvent il est interrompu et saccadé, on l'entend dans les inspirations ordinaires ou seulement pendant les grandes inspirations ; son intensité croît avec l'amplitude des mouvements respiratoires; la toux ne le modifie pas, mais elle le rend quelquefois perceptible en élargissant l'inspiration, alors qu'on ne l'entendait pas dans la respiration ordinaire. Léger, il est souvent très-mobile, variable d'heure en heure.
Rarement il occupe tout un côté de la poitrine; d'habitude, il est circonscrit et limité à une région peu étendue. Son lieu d'élection est la partie moyenne de la poitrine, en arrière et sur le côté; déjà moins commun au niveau du mamelon, il se rencontre exceptionnellement dans les fosses sous-claviculaires et susépineuses.
Sa durée est très-variable; quelquefois il est fugace, intermittent, mais il persiste ordinairement plusieurs jours ; seulement pendant ce laps de temps il n'est pas toujours égal dans son intensité et disparaît même par instants. Andral rapporte un cas dans lequel il a entendu le frottement pendant plus de trois mois de suite, chez un jeune homme convalescent d'un épanchement pleurétique considérable.
Presque toujours on constate en même temps d'autres anomalies dans les phénomènes respiratoires ; les plus usitées sont la faiblesse du murmure vésiculaire et une matité plus ou moins prononcée. D'autres se perçoivent plus rarement; ce sont des râles de volume différent témoignant d'un certain degré de bronchite ou de congestion pulmonaire concomitante.
L'inflammation de la plèvre, dont le frottement est l'un des signes, n'est pas toujours strictement limitée à la séreuse ; souvent elle retentit superficiellement sur le poumon, d'où production de râles.
Le frottement peut coïncider encore avec des bruits cardiaques.
Diagnostic. Les caractères qui viennent d'être assignés à ce phénomène pleural permettent de le distinguer nettement des autres bruits anormaux; cependant, on peut le confondre, dans certains cas, avec les craquements pulmonaires, avec les râles humides, avec le frottement péricardique.
Les craquements ont parfois une ressemblance assez marquée avec le frottement. Lorsque le bruit contesté a pour siège la région moyenne de la poitrine, où le craquement est rare, la difficulté est légère; mais le problème est ardu et
parfois insoluble quand il s'agit du sommet de la poitrine, endroit où le craquement est commun, où le frottement est exceptionnel. La toux, cependant, est d'un grand secours; elle multiplie les craquements, elle en rend les bouffées plus serrées, tandis que son unique influence sur le frottement est celle qui résulte de Tamplitude plus grande apportée à l'inspiration. De plus, les craquements sont accompagnés de symptômes importants : expiration prolongée, retentissement de la toux et de la voix, qui ne cadrent pas avec le frottement-
Les râles, quand ils sont humides, sonores, à grosses bulles, se distinguent facilement du frottement; ils existent souvent seuls, sans matité, sans modilicalion du murmure vésiculaire ; ils ont leur maximum de cohérence à la base de la poitrine ; la toux les rend plus évidents ou les dissipe quand le malade a expectoré ; le frottement, au contraire, se maintient après la toux et l'expectoration et siège vers les parties moyenne, postérieure et latérale.
Dans quelques circonstances, le diagnostic est plus délicat; quand il s'agit d'un frottement-râle, c'est-à-dire d'un bruit constitué par une série de crépitements, on peut être tenté de croire à l'existence d'un râle crépitant véritable. Mais le frottement est moins fort, moins égal; il est plus rude, plus frottant; il n'a pas lieu dans tous les mouvements respiratoires et n'est pas lié exclusivement à l'inspiration; il est disséminé, et souvent on perçoit dans d'autres points de la poitrine un frottement bien caractérisé.
Cette vai'iété, étudiée avec soin par Damoiseau {Rech. sur plusieurs points du diagnostic des épanch. pleurétiques, in Arch. gén. de médecine, 1845), dure peu ; elle augmente progressivement d'mtensité et prend bientôt les caractères du frottement bien caractérisé. Mais, comme il a été dit plus haut, il est tels cas dans lesquels l'inflammation de la plèvi'e provoque une fluxion sur le tissu cellulaire sous-pleural et sur le parenchyme pulmonaire périphérique, donnant lieu ainsi à de la pleuro-pneumonie ou à un simple engouement pulmonaire. Il en résulte une production de râles crépitants; on conçoit que, si le frottement ne se présente pas alors avec des caractères indiscutables, on ne saurait le distinguer des râles.
Le frottement du péricarde offre beaucoup de ressemblance avec celui de la plèvre. Les caractères distinctifs de ces deux phénomènes seront indiqués plus bas. Quand on a lieu de soupçonner la coexistence de ces deux phénomènes, il n'y a qu'un moyen d'établir leur part respective. Invitez le malade à suspendre sa respiration quelques instants; le frottement pleural sera momentanément supprimé et le frottement péricardique apparaîtra dans le silence des bruits qui pouvaient le masquer.
Pathogknie et séméiologie. Toutes les lésions qui altèrent le poli de l'un ou des deux feuillets de la plèvre peuvent donner naissance au frottement, pourvu que les deux membranes continuent à être mobiles l'une sur l'autre pendant le mouvement respiratoire. Ces deux conditions sont absolues. Si profondes que soient les altérations pleurales, du moment qu'il s'étabht des adhérences qui rendent les deux feuillets immobiles, il n'y a plus de frottement possible. Le résultat serait le même dans le cas où une hépatisation étendue du poumon entraverait les mouvements de l'organe.
L'état pathologique de la plèvre qui la met à même de produire le frottement est dû principalement à V inflammation de cette membrane, soit qu'il s'agisse d'une phlegmasie franche, d'une pleurésie, c'est-à-dire de la cause la plus habituelle du frottement, soit que l'on ait à compter avec une inflammation spéci-
lique comme celle qui se développe sous l'iufluence de la tuberculose, du cancer, des kystes et autres altérations organiques de la plèvre.
Pleurésie. A son début, l'inflammation donne à la plèvre une sécheresse qui gène le glissement physiologique; mais, lorsque son action se fait sentir plus énergiquement, les surfaces pleurales se recouvrent d'exsudations fibrineuses.
Aux variétés de disposition et d'épaisseur de ces fausses membranes correspondent les variétés du frottement.
L'étendue du bruit est en raison de celle des exsudats. Un frottement rude et sec correspond à des membranes denses et dures; un frottement doux à des membranes minces et molles.
Cela posé, on comprend les modalités différentes du frottement dans la pleurésie.
Pendant la période de sécheresse, alors que la plèvre est revêtue d'un exsudât peu abondant, qui rend la surface comme poisseuse de lubrifiée qu'elle était, alors que l'épanchement liquide n'est pas encore formé ou existe en trèspetite quantité et se rassemble vers les parties inférieures, laissant les feuillets pleuraux en contact dans leur partie moyenne, dans ces conditions, le frottement se produit, mais il est très-léger, doux, superficiel ; c'est un frôlement plutôt qu'un frottement proprement dit. Son maximum se trouve dans les régions sous-mammaires et sous-axillaires. Il passe souvent inaperçu ; la période de la pleurésie pendant laquelle il se montre est courte, et bientôt l'épanchement devient assez abondant pour écarter les lames de la plèvre et metti-e le frottement dans l'impossibilité de se produire; d'autre part, en raison de la brièveté de cette période, les malades n'entrent en observation le plus souvent qu'après qu'elle est passée déjà. Aussi ce genre de frottement est-il noté seulement chez les malades qui sont observés dès le début, et particulièrement chez ceux qui sont atteints de pleurésie pendant qu'ils sont retenus au lit pour une autre maladie; encore faut-il que dans ces deux cas l'attention du médecin soit altirée du côté de la poitrine par la toux et le point de côté.
Pendant la période d'exsudation plastique, en raison de la production de l'épanchement qui coïncide avec la formation des exsudats, le frottement disparaît, excepté dans certaines circonstances exceptionnelles.
On le voit persister dans la forme de pleurésie connue sous le nom de pleurésie sèche, et dans laquelle l'épanchement est presque nul, tandis que les concrétions fibrineuses existent en abondance ; il y est souvent rude, il acquiert l'intensité du bruit de cuir neuf et devient appréciable à la palpation. Il varie encore suivant le mode de teiminaison de cette forme; si elle finit par un épanchement liquide, le frottement disparaît bientôt; quand surviennent la résolution ou des adhérences, le frottement persiste pendant quelques jours, puis diminue peu à peu et finit par s'éteindre, à moins que les adhérences ne soient assez lâches pour laisser subsister la mobilité du poumon sur les côtes.
Une des variétés de la pleurésie sèche s'observe au sommet du poumon ; dans ces cas, le frottement siège sous la clavicule ou entre l'omoplate et la colonne vertébrale; de plus, il dure assez longtemps et simule à s'y méprendre les craquements de la tuberculose au début. Le diagnostic est fort difficile et ne peut être résolu par l'auscultation seule ; les phénomènes concomitants donnent souvent des renseignements utiles; mais il arrive souvent que l'un précède
l'autre, et qu'aux signes de la pleurésie sèche du sommet succèdent souvent ceux de la tuberculose.
Dans la forme chronique les choses se passent comme dans la pleurésie ordinaire après la résorption de l'épanchement.
Suivant plusieurs auteurs, le frottement se ferait entendre encore dans certains cas, malgré la présence d'une grande quantité de liquide épanché. Stokes, Fournet, Walshe, en citent des exemples. Malgré la valeur de ces affirmations, ce fait est assez invraisemblable pour que l'on puisse soupçonner quelque erreur d'interprétation. Le manque de détails peut faire croire que, l'existence du frottement étant bien démontrée, on a pu attribuer à un épanchement la matité qui résultait de l'accumulation des fausses membranes. On ne rend pas ces assertions plus plausibles en invoquant l'intervention d'adhérences qui fixeraient le poumon dans le voisinage de la plèvre costale. L'interposition d'une couche de liquide entre les deux feuillets suffit pour éloigner la possibilité du frottement. Il est plus exact de dire qu'il peut y avoir des signes d'épanchement en arrière et du frottement en avant; cette coïncidence n'est pas rare.
La période de résorption du liquide est celle qui permet le mieux d'entendre le frottement ; l'épanchement a disparu et laisse les surfaces pleurales s'affronter et effectuer leur course en sens inverse, pourvu, toutefois, qu'il ne se soit pas formé préalablement des adhérences qui viennent les immobiliser. Le bruit reparaît alors et avec plus d'intensité qu'au début de la maladie. Quand il est assez rude pour mériter la qualification de raclement, c'est dans cette circonstance.
L'évacuation du liquide par la ponction mettant les surfaces pleurales dans les mêmes conditions que la résorption spontanée, et même dans des conditions plus favorables, puisqu'elle laisse aux adhérences moins de temps pour s'établir, permet aussi le retour du frottement. Enfin, quand la pleurésie passe à l'état chronique, et que les fausses membranes sont persistantes, roides et sèches, le bruit pleural est ïude et peut se comparer à celui que produit le cuir neuf.
La pleuro-pneumonie est encore une cause de frottement, mais beaucoup moins elfective que la pleurésie seule et d'autant moins que la pneumonie prend plus d'importance, par suite de l'immobilité à laquelle une hépatisation étendue condamne le poumon. Mais, comme le processus de la pneumonie est plus rapide que celui de la pleurésie, la résolution de la pneumonie peut permettre d'entendre le frottement au moment où l'épanchement se résorbe; dans ces cas, le bruit anormal est toujours moins étendu que dans la pleurésie simple.
On a admis plutôt théoriquement qu'en vertu d'une observation stricte que la 'pneumonie, par cela même qu'elle intéressait plus ou moins la plèvre, pouvait à elle seule donner lieu au bruit de frottement. Mais, dès que la plèvre est en souffrance, il y a pleuro-pneumonie et la maladie se comporte ainsi qu'il vient d'être expliqué ci-dessus.
Les altérations organiques de la plèvre; le cancer, les kystes et surtout la tuberculose, favorisent aussi la production du frottement. Les tubercules, notamment, lorsqu'ils sont disséminés dans le tissu cellulaire sous-pleural, font saillie sous la plèvre et lui font perdre l'uni de sa surface. Cette disposition suffit-elle à laire crier les surfaces quand elles passent l'une sur l'autre? Les auteurs l'affirment ; cependant on doit remai'quer que, si le processus inflamma-
toire ne se propage pas à la séreuse, celle-ci reste lisse et par conse'quent peu apte au frottement, malgré les soulèvements qu'elle peut présenter par places. Mais il est bien rare que la plèvre demeure saine au contact du tubercule ; elle s'enflamme à un certain degré et le frottement devient possible. On constate presque toujours à l'autopsie, dans les cas oii le frottement a été perçu pendant la vie, chez des sujets tuberculeux, cancéreux ou atteints de kystes, la présence d'une véritable inflammation de la séreuse au niveau de ces productions. Aussi les tuberculeux chez lesquels le frottement est réellement distinct sont-ils ceux qui sont atteints de pleurésie tuberculeuse, forme anatomique dans laquelle les tubercules sont disséminés à la surface des fausses membranes, et qui est caractérisée encore par la faible quantité du liquide et souvent par la laxité des adhérences.
Laennec et plusieurs pathologistes considéraient le frottement comme appartenant à l'emphysème interlobulaire ; mais il est reconnu actuellement que les saillies sous-pleurales gonflées d'air qui caractérisent cet état pathologique du poumon, bien que rendant inégal le feuillet vésical de la plèvre, le laissent parfaitement lisse et ne se prêtent pas à la formation du frottement. Récemment, Walshe a tenté de restaurer l'opinion de Laennec, mais les explications qu'il donne àcesujet n'infirment en rien les résultats des recherches d'Andral, de Louis, de Stokes, de Fournet, de Barth et Roger et de tous les cliniciens modernes.
Frottement péricardiqnc. Laennec entendit ce bruit ; il en décrivit une des variétés, le bruit de cuir neuf qu il comparait au cri du cuir d'une selle neuve sous le cavalier. Mais, api-ès l'avoir attribué à la péricardite, l'illustre auteur de l'auscultation revint sur sa première interprétation et le fit dépendre de la présence de l'air dans le péricarde et de la pression exercée par la diastole du cœur sur le poumon emphysémateux.
Plus tard, en 1824, Collin reproduisit la description du bruit du cuir neuf et lui assigna sa véritable cause {Des diverses méthodes d' exploitation de la poitrine. Paris, 1834). Mais ce n'était qu'une variété du frottement péricardique. Depuis, ce bruit a été étudié dans tous ses détails par Uope, Bouillaud, Stokes, Barth et Roger, etc. Produit dans les mêmes conditions que le frottement pleural, il peut comme lui faire éprouver à l'oreille la sensation que donnent deux surfaces rugueuses de nature membraneuse frottant l'une contre l'autre.
Son intensité présente des degrés très-nombreux, d'oiî plusieurs variétés connues sous les noms de frôlement, de craquement ou de cuir neuf, de raclement.
Le frottement doux ou frôlement, ou froissement, ou frou-frou, peut être comparé au bruit qu'on produit en froissant de la neige, du taffetas ou le papier neuf des billets de banque; quelquefois il produit l'impression de deux surfaces agglutinées qui se décollent ; il a encore beaucoup d'analogie avec le bruit de la plèvre qui porte le même nom et dont il ne diffère que par le rhythme.
Le frottement rude ou craquement, ou bruit de cuir neuf, ou bruit de tiraillement, ou bruit de raclement, imite le cri de la selle neuve sous le cavalier ou celui d'une semelle neuve pendant la marche ou, à un plus haut degré d'intensité, le bruit de la râpe.
Le frottement péricardique est superficiel, voisin de l'oreille. On le perçoit dans tous les mouvements du cœur, principalement dans la systole, souvent dans les deux temps, mais alors il est plus prononcé dans le premier. Souvent simple, il peut être double et affecter un mouvement de va-et-vient. Le plus
iréquemment, il ne coïncide pas exactement avec les bruits normaux et paraît placé entre eux, comme à cheval sur eux. Aussi son rhythme est-il souvent irréo-ulier et varie-t-il dans le cours d'une même exploration ; il n'est pas rare, en effet, de le voir coïncider par moments avec la systole, avec la diastole, ou avec les deux temps simultanément.
Il s'entend dans la région précordiale, il en occupe toute la surface ou seulement des points limités. Son siège n'a aucun rapport constant avec les orifices du cœur; il correspond en général aux points où la face antérieure du cœur est en rapport plus intime avec la paroi thoracique, c'est-à-dire au troisième espace intercostal à gauche du sternum, quelquefois à droite et à la partie avoisinante de cet os. Quel que soit son siège, il ne retentit jamais au loin. Parfois limité en commençant, il gagne ensuite en surface et en force.
Un de ses caractères est son défaut de constance; à peine vient-il d'être entendu très-nettement qu'il manque pendant un certain temps et reprend ensuite.
Son intensité dépend de plusieurs conditions. Elle est proportionnelle à l'étendue des exsudais péi'icardiques, ainsi qu'à leur sécheresse et à leur rugosité. Elle varie avec la position du malade ; tel frottement qui échappe dans le décubitus dorsal devient apparent dans la position assise, lorsque le malade incline fortement le tronc en avant. Chez les malades à parois thoraciques flexibles, la compression des côtes à l'aide du stéthoscope imprime au bi'uit, suivant Stokes, un renforcement notable. M. Guéneau de Mussy a montré que la compression de la paroi thoracique poussée plus loin encore diminuait ou arrêtait le frottement quand la péricardite était sèche, et qu'elle pouvait, au contraire, le faire reparaître dans les cas où il avait cessé sous l'influence d'un épanchement.
Quelouefois il est un peu plus manifeste dans l'expiration que dans l'inspiration.
L'époque de la maladie a aussi une grande importance. Très-léger au début, de frôlement il devient craquement; puis il disparaît dans la période d'épan^ chement de la péricardite pour reparaître au moment de la résorption avec plus d'énergie qu'au début. Cependant, il arrive souvent que le frottement persiste pendant la durée de l'épanchement, et même quand celui-ci est abondant ; seulement, dans ces cas, ce n'est plus dans toute l'étendue de la région précordiale que le bruit se perçoit, mais près du sternum.
En même temps que l'oreille entend le frottement, la main appliquée sur la région précordiale perçoit un frémissement vibratoire en rapport avec l'intensité du bruit.
La durée du frottement est très-variable. Souvent il est passager, fugace, et se perd au bout de quelques heures, d'un jour ou deux ; quelquefois il persiste pendant plusieurs jours, pendant plusieurs semaines; mais dans ces circonstances^ mêmes il est presque toujours intermittent.
Diagnostic. Plusieurs bruits peuvent simuler le frottement péricardique, ce sont : le frottement pleural, les souffles cardiaques, les souffles extra-cardiaques.
Le frottement pleural, quand il siège à gauche, peut être confondu avec le frottement péricardique; mais le premier est isochrone aux mouvements respiratoires ; le second siège exclusivement à la région prècordiale. Si quelque doute persiste, il suffit de faire suspendre la respiration du malade, ainsi que je l'ai indiqué en parlant du frottement pleural. Il n'y a de difficulté que dans les
cas où le froUement pleural, dû à l'inflammation de la portion de la plèvre qui revêt le péricarde et la partie avoisinante du poumon, est produit par les mouvements du cœur. Accompagné d'une vive douleur sous-mammaire et d'une dyspnée assez prononcée, ce bruit peut être, de prime abord, attribué à la péricardite qui s'annonce de la même manière, d'autant plus qu'il est, comme le frottement péricardique, assez superficiel. Mais il est plus éloigné du sternum que le bruit péricardique et s'entend vers la partie moyenne de la région précordiale ; il coïncide presque toujours avec la systole et ne donne jamais l'impression de ce bruit double, de ce va-et-vient qui caractérise le frottement péricardique. Il est souvent plus marqué pendant l'expiration. On s'en assure en faisant faire au malade une grande inspiration, ce qui modifie le rhythme du frottement et marque ses rapports avec les bruits respiratoires. En même temps, on constate l'existence des symptômes qui caractérisent la pleurésie : mobilité k la base, absence du murmure vésiculaire, dilatation de la poitrine, égophonie, etc. Lorsque les signes de l'épanchement sont bien caractérisés, le bruit disparaît et renaît quand le liquide se résorbe. De plus, la voussure de la région précordiale, la matité correspondante, les souffles à la base du cœur, font défaut.
Le souffle cardiaque présente une certaine analogie avec le frottement doux, et le bruit de râpe avec le frottement rude. Cependant, on peut les distinguer au moyen des caractères suivants.
Le timbre varie : celui du frottement lient du froissement, du craquement; le bruit est superficiel et se perd immédiatement, dès que l'oreille s'écarte légèrement de la paroi thoracique : celui du souffle est musical ou râpeux, mais uniforme, constant.
„ Le frottement est étalé sans maximum bien marqué, sans lieu d'élection comme les souffles qui, contrairement à lui, se propagent au loin suivant des directions bien déterminées.
Le frottement change de place et d'intensité du jour au lendemam, et même d'un moment à l'autre; les souffles sont stables ou ne subissent des modifications qu'après de longs intervalles.
Ainsi, mutabilité d'un côté, constance de l'autre.
Le frotteiTient se perçoit avec une intensité plus grande quand on augmente la pression du stéthoscope et quand on fait asseoir le malade, le tronc fortement inchné en avant; les souffles ne sont nullement influencés par la pression de la paroi et s'entendent avec plus d'énergie dans le décubitus dorsal.
Quelquefois, le frottement s'accompagne d'une sorte de fluctuation connue sous les noms de bruit de flot, de bruit de moidin, de glouglou, et qui indique la présence simultanée dans le péricarde de produits liquides et gazeux.
Enfin, le frottement et les souffles peuvent coexister; les caractères précédemment exposés permettent de faire la part de chacun.
De même que le frottement doit être distingué des souffles intra-cardiaques, il doit être différencié des bruits extra-cardiaques. Parmi ceux-ci, les uns sont des phénomènes pleuraux dus à la présence d'exsudats sur la portion de la plèvre qui recouvre le péricarde, il vient d'en être question ; les autres, étudiés par MM. Potain et Choyau, Mezbourian, Kuessner, Rendu, et dont le mécanisme est encore peu connu, paraissent tenir à des modifications imprimées aux bruits respiratoires par les mouvements du cœur. Ils se confondent plus facilement avec les souffles intra-cardiaques qu'avec le frottement ; cependant, ils peuvent présenter quelques caractères communs avec ce dernier : leur timbre prend
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parfois une certaine ressemblance avec celui des frottements doux; comme eux, ces derniers sont superficiels, limités, sans propagation et à clieval sur les bruits du cœur, plutôt qu'en correspondance avec l'un d'eux. Mais, si l'on fait suspendre la respiration du malade, ils cessent immédiatement; d'autre part, si le malade exagère ses mouvements respiratoires, le phénomène suspect se transforme en un bruit respiratoire saccadé. De plus, les soulfles extra-cardiaques diminuent notablement quand le malade prend la position assise; c'est, on le sait, le contraire de ce qui se passe dans le cas de frottement péricardique.
Pathcgîme et séméioiogie. Ce qui a été dit à l'occasion du frottement pleural me dispense d'entrer dans le détail de la pathogénie et de la séméioiogie du froltcmtnt péricardique. Les conditions anatomiques sont les mêmes; les choses se passent exacloment dans un cas comme dans l'autre.
.11 est à remarquer, seulement, que le froltenieni du péricarde se produit avec plus d'intensité que celui de la ]i]èvre, bien que les ^uiiaces fiotlantes soient de moindre étendue. Cette particularité est due, en premier lieu, à la résistance éneifiique olfcrle p?r le feuillet viscéral, accolé au muscle cardiaque, comparée à celle que présente le feuillet pleural, qui n'a d'autre soutien que le poumon; en seccnd lieu, à la rapidité et à l'énergie plus grandes des Latttments de cœur.
Le fiotleroeni jéricaidique indique la fo) malien, à la surface de la séreuse, de rugosités consliluécs par les essudalions libiineuscs de la péricaidite. Quelquefois des produits cancéreux ou des tubercules semés sur le péricarde produisent le même effet.
11 se mf.nifeste au début, lorsque la maladie est encore à l'état sec ; il existe alors à l'état de frôlement; puis, lorsque survient l'épanchcment, il cesse d'être peivu d'aloid à la pointe, juis à la partie moyenne et enfin à la base, lorsque réparchement est cfnsidéiable. Dans beaucoup de cas, il continue à être sensible en ce dernier endroit.
Quar d le liquide se résorbe, il reparaît en suivant l'ordre inverse ; mais, comme à ce moment l'exfudat est plus ancien et sou^ent plus épais, plus résistant, plus rugueux, le frollement piend un caractère plus rude; il devient le brvit de craquiment, de cnir neuf.
Enln, lorsque des productions cartilagineuses ossiforn es se sont développées à la surface des fausses membranes, on entend le râclement.
Quand la j éricardite guérit, ou plutôt quand l'inflammation s'éteint, la séreuse rejrend son } oli ncimal et le Irollement disparaît; mais parfois, l'exsudat se résoitant incomplètement, elle reste inégale; le frollement reste et peut devenir définitif.
En cas de loi malien d'adhérences partielles, le bruit anormal se tait en certains points par suite des limites apportées aux glissements. Si les adhérences se généralisent, il cesse complètement.
Il peut manquer dans les cas où les iausses membranes s'étendent sur le feuillet pariétal seul.
Les déjôls athéromateux qui se font à la surface du péricarde causent souvent un frottement permanent à timbre rude.
FroUement përitonéal. Voy. Auscci.TATlON MÉDICALE, p. 289.
A. Sanké.
IKIIA (Carlo). Médecin italien, né à Intra, près de Novare, dans les