FUCHSIA
ses études à Liège, puis voyagea en Allemagne, où il se livra simultanément à la médecine et à l'histoire naturelle. De retour de ses pérégrinations en 1555, il se fixa à Li«%e, et obtint le canonicat de la collégiale de Saint-Paul, que son frère Gilbert résigna en sa faveur. 11 mourut dans cette ville, le 21 décembre 1587, laissant :
I. De plantis anlehac ignotis, nunc studiosorum aliquot neotericoium summa diligenlia inventis et in lucem datis, libellus, una cum triplici nomenclatura , qua singulas herbns herbarii, et vulgus galllcum ac germanicum of ferre soient, omnia recens nata et édita, in-1'2 sans dale. D'autres éditions portent le titre suivant : fiomenclatura plantarum omnium , quarum hodie apud pharmacopolas usas est magis frequens, juxtaGrœcorum, Latinorum, Galloriim, Italoruni, Germanorum sentent iam, collecta; ordine alphabetico. Parisiis, 1541, in-4°; Venetiis, 1541, in-8 ; Antverp., 1511, in-S". — II. Morbi hispanici, quam alii gallicum, alii neapoUtanum appellant, curandi per ligni indici, quod guaiacum vulgo dicitur, decoctum, exquisilissir^a methodus ; in qua plurima ex veterum mcdicorum sentenlia, ad novi morbi curationem magis absolulam, medica theoremata excutiuntiir . Parisiis, 1541, in-4''. — m. lllitstrium medicorum, qui superiori sœculo floruerunt, ac scripserunt, vitœ, ut diligenter ita et fiJeliler excerptœ. Annexus in cake quorundam neotericorum mcdicorum catalogus, qui noslris temporibus scripserunt, autore Symphoriano Campegio. Parisiis, 1542, in-12. — IV. Historia omnium aquarum, quœ in communi sunt liodie practicantiwn usu, item conditorum . et specierum aromalicarum quarum usus frequentior est apud pliarmacopolas. Venetiis, 1542, in-8°. — V. De herbarum notitia, natura, atque viribus, deque iis, tum ratione, tum experientia investigandis, dialogus. De simplicium tnedicamentorum, quorum apud piiarmacopolas frequens usus est electione, seu deleclu, tabella : omnia nunc primum nata et excussa, cmn medicince herbariee studiosis, tum pharmacopolis opprime necessaria. Antverpiœ, 15 ii, in-16. — VI. Pharmacorum omnium, quœ in communi sunt practicantium usa, tabulée decem; avec le Lilium medicinœ de Bern. Gardon. Parisiis, 1509, in-16; Lugduni, 1574, in-8°, séparément. Venetiis, 1598, in-fol. L. Ih.
Fl'CnsiA.. Plum. Genre de Dicotylédones, app'artcnant à la famille des Onagrariécs. Les plantes de ce groupe ont un calice adhérent à l'ovaire, à quatre lobes qui tombent après l'anthère; quatre pétales insérés à la gorge du calice, et alternes avec ses lobes; huit étamines, un ovaire couronné par un disque glanduleux. Le fruit est une baie à quatre loges polyspermes et à quatre valves.
Les Fuchsia sont des arbrisseaux à feuilles souvent opposées, à fleurs Irèsélégantes, le plus souvent pendantes, qui font l'ornement des jardins. On en connaît un grand nombre d'espèces, parmi lesquelles nous ne citerons que celle qui a été employée comme médicament. C'est le Fuchsia racemosa Lam., qui croît à Saint-Domingue, et dont les rameaux pubérulents ont des feuilles opposées ou disposées par (rois, ovales aiguës, denticulées, pubérulentes sur les deux faces. Les Heurs, portées sur des pédoncules uniflores, forment par leur ensemble une grappe dressée, d'un bel effet. Elles sont grandes, fort belles, d'un rouge écarlatc éclatant.
Toutes les parties sont astringentes ; on s'en sert dans les affections de la matrice et contre les maladies aslhéniques des systèmes lymphatique et cellulaire. On l'emploie aussi aux Antilles contre les fièvres intermiltentes.
A côté de cette espèce se place le Fuchsia macrostemma Ruiz et Pav., à rameaux glabres, à feuilles verlicillées par trois, à fleurs penchées, à pétales bleuâtres, étalés. La plante croît dans le Chili; on lui donne le nom de Chilco. C'est le Thilco de Feuillée. Les feuilles sont employées en décoction comme rafraîchissantes. Citons encore le Fuchsia denticulata Ruiz et Pav., belle espèce du Pérou, à fleurs pourpres penchées, qui porte dans le pays d'origine le nom de MoUo-Ceania (belle plante), et \e Fuchsia excoriicata Lin. (Skinnera excorticaia Forst.), qui vient à la Nouvelle Zélande, et dont les rameaux, qui se décortiquent avec l'âge, portent des feuilles alternes, et des fleurs à calice
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pourpre et à pétales violacés. Les baies de ces deux dernières espèces sont comestibles. ' Pl.
Bibliographie. — Pldmier. Gênera, 14. — Lisné. Gênera, 126. — Lamaiick. Enajclopédie . lUuslraiion des genres, lab. 282. — Ruiz et I'avon. Flora pcruviana, III, 87 et 88, lab. 524- 325. — Fecillér. Observ. III, p. 04, tab. 47. — Forster. Prodromus, 163. — De Candolle. Prodromus, III, 36. — Descodrtil V. Flore médicale des Antilles, II, 161, tab. 109.' — End- LiciiER. Gênera. — Benthah et IIooker. Gênera. Pl.
FUcnsiiLlMlîKE. Nom donné quelquefois à la Fuchsine {voy. ce mot).
FUCHSIIVE. {Rouge d'aniline). § I. Chimie. Cette belle matière colorante, dont le nom rappelle la couleur de la fleur du Fuchsia, e?,i le résultat de l'action de certains agents oxydants sur l'aniline, base retiiée autrefois de l'indigo, par distillation, et produite aujourd'hui sur une très-vaste échelle en partant de la benzine. C'est le sel d'une base complexe qui a été désignée sous le nom de rosaniline, et le nom de fuchsine désigne le plus généralement le chlorhydrate de cette base. La fabrication de la fuchsine est d'une très-grande importance industrielle, car ce corps ne sert pas seulement directement dans la teinture, il est aussi le point de départ de la préparation d'une foule d'autres matières colorantes, de nuances les plus variées.
La rosaniline a pour composition brute C^^H'^Az', d'après les recherches de M. A. \\. Hofmann ; cette composition n'est pas en rapport simple avec l'aniline ou phénylamine AzH^.C^H^ et, en réalité, elle ne constitue pas un dérivé de l'aniline seule. En effet, l'aniline pure ne fournit pas de rosaniline, et il faut qu'elle soit associée à une autre base, qui est son homologue immédiat, la toluidine AzH^.G^fF. L'aniline industiielle constitue un semblable mélange et est directement utilisée pour préparer la rosaniline. La formation de celle dernière a lieu par la condensation de deux molécules de toluidine et d'une molécule d'aniline avec élimination de 6 atomes d'hydrogène, qui se trouvent bridés par l'agent oxydant employé. On conçoit que cette complication moléculaire puisse porter de même sur deux molécules d'aniline et une molécule de toluidine, ou encore sur trois molécules d'aniline ou trois molécules de toluidine. C'est ce qui a lieu en effet, mais les matières colorantes qui en sont le résultat sont différentes de la rosaniline. Yoici leur composition et leurs noms, qui indiquent suffisamment leur couleur :
ô molécules d'aniline condensées nvec élimination de 6 H donnent: C"H"Az' Yiolaniline.
2 molécules d'aniline et 1 molécule toluidine C"'H'''A2' Manvaniline.
1 — — 2 — — C^oti'^Az' Rosanili7ie.
5 molécules de toluidine C"H"Az' CItrtjsotoluidinc.
La formule de la rosaniline peut s'écrire * :
C'HMl C^H^H !> Az'^ C«HMI
L'hydrogène, qui est en dehors des radicaux diatomiques CH^ (crésylène) ou C^H* (phénylène), peut être remplacé facilement, en tout ou en partie, par des radicaux d'alcools ou de phénols, tels que le méthyle CIP, l'éthyle, C^H*, le phényle, CH^, etc., et ce remplacement donne naissance aux nombreux dérivés
« W. Holniann, Annal. C/t. Pliys (5), t. LXV, p. 207.
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colorés que fournit la rosaniline et dont nous devons nous borner à signaler l'existence.
Les derniers travaux de MM. E. et 0. Fischer {Deutsche chem. GeselL, 1878, p. 195, 612, 1079, 2(J95) tendent à assigner à la rosaniline une formule homologue de la précédente, soit C^®H^''Az^, formule dérivant d'un hydrocarbure C'^H"', le triphénylmélhane. Colle formule est celle qu'on avait assignée à la mauvaniline.
Préparation et propriétés de la rosaniline. Pour obtenir la rosaniline, on décompose la fuchsine, ou chlorhydrate de rosaniline, dont la fabrication sera décrite plus loin, par une base, la potasse ou la soude, la chaux ou la baryte. On fait bouillir la solution de fuchsine avec une de ces bases en excès, et la rosaniline se dépose par le refroidissement de la liqueur filtrée ; on la purifie par cristallisation dans l'alcool chaud.
La rosaniline pure cristallise en tablettes ou en aiguilles qui renferment une molécule d'eau de cristallisation. Ces cristaux sont tout à fait incolores, mais rougissent au contact de l'air. La rosaniline possède une saveur légèrement amère. Elle est un peu soluble dans l'eau ; un litre d'eau bouillante en dissout environ 5 grammes, dont les deux tiers se déposent par le refroidissement ; l'ammoniaque en dissout un peu plus, ainsi que les leîsives alcalines. Elle est trois ou quatre fois plus soluble dans l'alcool, plus soluble encore dans l'esprit de bois et dans l'acétone; enfin, l'aniline la dissout en toute proportion. Elle est insoluble dans la benzine et dans le sulfure de carbone.
Chauffée, la rosaniline fond et reste inaltérée jusque vers 200 degrés; elle se décompose alors en dégageant de l'ammoniaque et en donnant des bases huileuses (aniline, diphénylamine, dicrésylamine).
Chaulïée, en tubes scellés avec de l'eau, à 240 degrés, la rosaniline fixe les éléments de l'eau, perd les éléments de l'ammoniaque et se convertit finalement en acide rosolique C^^H'^O' ou en composés nitermédiaires (Liebermanu). Sels de rosamli.ne. La rosaniline est une base énergique, qui déplace l'ammoniaque de ses sels. C'est en outre une base triacide qui peut foumir trois classes de sels, mais parmi ceux-ci les sels monacides seuls sont trèsstables et employés dans l'industrie. Les sels de rosaniline sont rouges ; leurs solutions sont décolorées par les alcalis, mais la couleur est régénérée par les acides. Ils sont décolorés à froid par le protochlorure d'étain. Le chlore les colore en bleu, puis les décolore. Le chlorure de chaux, ainsi que le permanganate de potasse, les détruit.
Les agents réducteurs exercent sur la rosaniline et ses sels une action hydrogénante qui a pour effet de décolorer ces derniers ; la matière ainsi produite a été désignée sous le nom de leucaniline ; elle renferme C-^H-^Az^ C'est ainsi qu'agissent le sulfhydrate d'ammoniaque, l'acide sulfureux, l'hydrogène naissant. Un mélange de sucre et d'un sel de rosaniline se décolore à la longue. La leucaniline en se réoxydant est de nouveau convertie en rosaniline. L'aldéhyde transforme la rosaniline en une matière colorante bleue (Ch. Lauth). L'acide sulfurique donne avec la rosaniline un dérivé sulfoconjvjjué acide, soluble dans l'eau avec une couleur rouge, et dont les sels, pour la plupart solubles, sont incolores ; l'addition d'un acide à ces sels colore leur solution en
rouge.
Nous passerons d'abord en revue les principaux sels de rosaniline, puis nous décrirons sommairement leur fabrication industrielle.
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Chlorhjdrate de yvsaniline. C^^H'^Az'.HCl. Il se dépose de sa solution bouillante en lamelles rhombiques groupées en étoiles, très-solubles dans l'alcool, insolubles dans l'étlier. L'eau froide en dissout ^s^S par litre et l'eau bouillante 10 à 12 grammes; il est plus soluble en présence d'un excès d'acide cblorliydrique.
Le dichlorhijdrate cristallise en fines aiguilles d'un bleu foncé. Le trichlorhydt^ate s'obtient par l'addition d'un excès d'acide chlorhydrique à la solution du monochlorhydrate; il cristallise par le refroidissement en aiguilles d'un rouge brun. Chauffé vers 100 degrés, il se transforme successivement eti sel diacide et en sel monacide, en perdant de l'acide chlorhydrique.
Sulfate de rosaniline. (C-^lF^Az^)^ SO*ll-. On l'obtient en dissolvant la rosaniline dans l'acide sulfurique dilué et bouillant. 11 cristallise par le refroidissement en cristaux verts à reflets métalliques. 11 est moins soluble dans l'eau que le chlorhydrate, très-solublc dans l'acide sulfurique étendu ; il est anhydre à 130 degrés. Le sidfale acide cristallise difficilement.
Arséniate de rosanUine. Il est contenu dans le produit brut de la réaction de l'acide aisénique sur l'aniline commerciale. Il cristallise dans l'eau bouillante en petits tétraèdres d'un vert brillant. Ce sel constitue quelquefois la fuchsine commerciale à bas prix, pratique éminemment condamnable au point de vue de la salubrité.
Chroniate de rosaniline. Précipité rouge brique obtenu par double décomposition ; l'eau bouillante le transforme en une poudre cristalline verte, à peu près insoluble.
Oxalate de rosaniline. (C^^^H^^Az^)^ C-0*.hP + fPO. Ressemble au sulfate.
Acétate de rosaniline. C^^H'^Az^.C^H^O^. Magnifiques cristaux d'un vert éclatant, très-solubles dans l'eau et dans l'alcool. L'eau bouillante en dissout 15 grammes par litre.
Picrate. Aiguilles rougeàtres peu solubles.
Azotate de rosaniline. C-^H^^Az^.AzO^H. C'est la matière colorante qui a été plus spécialement désignée sous le nom d'azaléine. Elle résulte de l'action du nitrate de mercure sur l'aniline brute (Gerber).
Préparation de la fuchsine. On a fait connaître un grand nombre de modes de préparation de cette matière colorante. Nous allons les passer successivement en revue, en insistant plus particulièrement sur celui qui repose sur l'action de l'acide arsénique sur la fuchsine. C'est là, en effet, le procédé le plus généralement adopté, malgré les graves inconvénients résultant de son insalubrité.
Nous adopterons dans cette exposition l'ordre chronologique.
Plusieurs savants, notamment Nalanson, Gerhardt, Ilofmann, avaient constaté, avant 1860, que sous im grand nombre d'influences l'aniline est convertie en une matière colorante rouge ; M. Hofmann, notamment, par l'action du tétrachlorure de carbone. Le premier procédé devenu industriel est celui de Verguin {brevet du 8 avril 1859). Il consiste à traiter l'aniline par le tétrachlorure détain anhydre et ne diffère donc pas essentiellement de celui de M. Ilofmann.
On chauffe, pendant quinze à vingt minutes, 10 parties d'aniline avec 6 à 7 parties de chlorare d'étain (liqueur fumante de Libavius). Quand le mélange est devenu rouge foncé, on le verse dans de l'eau bouillante et l'on filtre. La solution tiltiée est précipitée en&uite parle sel marin, qui rend la matière colorante insoluble.
Le succès industriel de ce procédé a conduit plusieurs chimistes, MM. CIj,
256 FUCHSINE (chimie),
Lauth, Monnet et Dury, Dollfus-Galline, à reprendre le procède' de M. Hofmann, c'est-à-dire l'action du tétrachlorure de carbone. Mais ces proce'de's ont été rapidement abandonnés, par suite de la découverte 'de procédés plus avantageux. Les principaux d'entre ces derniers sont ceux de MM. Gerber-Keller, Lauth et Depouilly, Medlock, Ch. Girard et de Laire, pour ne citer que ceux qui ont donné lieu à une exploitation importante.
Procédé par le nitrate mercurique. On chauffe pendant huit heures, au bain-marie, 10 parties d'aniline, à laquelle on ajoute peu à peu 7 parties de nitra'te mercurique bien sec et en poudre. La réaction terminée, on verse le mélange dans l'eau bouillante; l'excès d'aniline vient surnager et la matière colorante se dissout. On la piécipite par le sel marin. Dans cette opération, le nitrate de mercure est réduit, et le mercure se retrouve à l'état métallique (Gerber-Keller, brevet du 29 octobre 1859). C'est grâce à la récupération du mercure, le procédé le plus économique après celui à l'acide arséiiique. MM. Dale et Caro ont remplacé le nitrate de mercure par le nitrate de plomb.
Procédé par V acide nitrique ou le nitrate d'aniline. Ou chauffe vers 150- 160 degrés 6 ou 8 parties d'aniline avec 1 partie de nitrate d'aniline. On cesse de chauffer dès que la réaction s'établit, sans quoi celle-ci deviendrait tellement vive que la masse s'enflammerait. On reprend ensuite la ma^se rouge par vingt fois son poids d'eau bouillante; on filtre et on laisse refroidir; le nitrate de rosaniline impur se dépose alors sous la forme d'une pâte verte à reflets métalliques (Ch. Lauth et Depouilly, fcreyei, janvier 1860).
Procédé par V acide arsénique. Ce procédé, le plus généralement suivi, a donné à l'industrie de la fuchsine un essor considérable. Il a été breveté presque simultanément par MM. Medlock et Nicholson, en Angleterre (18 "et 26 janvier 1860), et par MM. Girard et de Laire, en France (1" mai 1860),
On introduit dans une cornue en fonte, de 50 litres de capacité, 10 kilogrammes d'aniline, 16 kilogrammes d'acide arsénique sirupeux (à 75 pour 100 d'acide réel), et l'on chauffe au bain d'huile vers 180 degrés. Une partie de l'aniline mise en réaction distille et se condense dans un serpentin relié à la cornue. La réaction est terminée après deux à trois heures. La matière encore chaude est retirée de cornues, à l'aide de cuillères enfer, et coulée sur des plaques en tôle.
Elle se solidifie par le refroidissement et constitue la matière brute. Celle-ci se compose d'arséniate et d'arsénite de rosaniline, d'un excès d'aniline, de violaniline, de mauvaniline et de chrysotoluidine. La proportion de ces divers produits varie avec la température de l'opération et avec la composition de l'aniline employée, c'est-à-dire avec les proportions relatives d'aniline proprement dite et de toluidine (la meilleure aniline doit contenir parties égales des deux bases).
Pour purifier la matière brute, on commence par la pulvériser, ce qui présente certaines difficultés pratiques, en raison de sonhygrométricité, puis on la traite à chaud par l'acide chlorhydrique étendu. Pour 70 parties de matière brute, on prend 12 kilogrammes d'acide chlorhydrique et 200 litres d'eau, dont on élève la température à l'aide d'un courant de vapeur. Cette opération enlève à la masse la rosaniline en même temps que de l'acide arsénieux et de l'acide arsénique. Quant au résidu insoluble, il retient de l'acide arsénieux et les matières colorantes violette et jaune, c'est-à-dire la mauvaniline, la violaniline et une partie delà chrysotoluidine.
La solution acide filtrée est additionnée d'une quantité de carbonate de soude
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calculée pour saturer tout l'acide, y compris l'acide arséiiique. Le rouge d'aniline se précipite; pour le recueillir, on détermine sa fusion, en élevant la température à l'aide d'un courant de vapeur d'eau. Cette première épuration du rouge ne lui enlève pas toutes les matières étrangères et, pour achever la purilication du chlorhydrate de rosaniline, on le fait cristalliser dans l'eau.
Un autre procédé de purification, dh procédé alcalin, consiste à faire bouillir la masse brute avec de l'eau et de la chaux ou de la baryte; l'excès d'aniline est entraîné par la vapeur d'eau, les acides arsénieux et arsénique sont fixés par la chaux, tandis que la rosaniline, et les bases homologues sont mises en liberté. La rosaniline brute cristallise par le refroidissement de la liqueur décantée et filtrée. On achève sa purification en la dissolvant dans l'alcool ordinaire et distillant l'alcool. 11 reste encore à séparer complètement la rosaniline des bases qui l'accompagnent et à traiter dans le même but les résidus, opération dont la description nous entrauierait trop loin.
Enfin, voici une dernière manière de traiter le produit brut. La coulée de ce produit s'effectue mécaniquement par des trous de coulée ménagés dans la cornue, lorsque toute l'aniline en excès a distillé. Pour celte coulée, la masse doit être hydratée, ce qui se fait par l'introduction d'un peu d'eau bouillante.
La masse coulée, simplement concassée, mais non pulvérisée, est traitée par l'eau bouillante, à raison de 1500 litres d'eau additionnée de 3 kilogrammes d'acide chlorhydrique, pour 500 kilogrammes de produit. Après une ébullition de quatre à cinq heures, à l'aide de la vapeur, on filtre la solution dans de grands réservoirs en tôle, pouvant être chauffés par la vapeur, et de 8 à 10 mètres cubes de capacité, de manière à pouvoir renfermer le produit de plusieurs opérations. Dans ce traitement, l'arséniate de rosaniliue est en partie converti en chlorhydrate. Pour achever cette transformation, on ajoute peu à peu au liquide en ébullition J20 parties de sel marin pour 100 parties de matière brute. Ce sel, étant en excès, rend insoluble le chlorhydrate de rosaniline, qui se précipite; on le livre tel quel au commerce, ou bien on le fait cristalliser.
En résumé, quel que soit le mode de préparation du rouge d'aniline, c'est toujours un sel de rosaniline que l'on obtient. La rosaniline est ensuite mise en liberté, pour être de nouveau convertie en un de ses sels, pour les usages de la teinture, ou bien pour subir les réactions nécessaires pour la transformer en d'autres matières colorantes.
On conçoit tous les soins qu'il faut apporter à la purification de la fuchsine préparée par l'acide arsénique, l'emploi d'une fuchsine arsenicale pouvant offrir de graves dangers; on rencontre cependant trop souvent dans le commerce des produits encore arsenicaux.
La fabrication de la fuchsine par l'acide arsénique est une opération éminemment insalubre, car à l'action délétère des vapeurs d'aniline se joignent les inconvénients résultant du maniement de l'acide arsénique, qui forme les deu\ tiers du rouge bnit, après la cuisson. Ce produit brut s'attache à la peau, la coirode et y provoque fréquemment des ulcères très-douloureux. Le danger augmente encore pendant la pulvérisation qu'il faut faire subir à la masse pour son traitement ultérieur. Malgré la disposition des appareils employés, appareils complètement fermés, on ne peut éviter complètement l'émission de poussières dans l'atmosphère. Ces poussières, en pénétrant dans les voies respiratoires, occasionnent des désordres graves. On recommande aux ouvriers de se couvrir le bas du visage avec un mouchoir; mais cette précaution est insuffisante, car
DICT. ENC. 4* s. YI. 17
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la poussière qui se dépose sur le mouchoir est hygroscopique, se répand dans tout le tissu sous l'influence de l'haleine, et finit par agir sur les lèvres et la peau du visage.
Il est à remarquer que l'emploi du dernier procédé que nous avons décrit diminue considérablement les dangers de cette industrie.
Mais l'hygiène publique, aussi bien que l'hygiène professionnelle, a eu, en outre, à enregistrer des accidents provenant de cette fabrication, accidents beaucoup moins à craindre aujourd'hui qu'au début de l'industrie de la fuchsine. Ces accidents résultent des eaux arsenicales qu'on laissait s'écouler dans lescours d'eau ou s'infiltrer dans le sol, d'où elles s'introduisaient dans les puits. Cette pratique nuisible avait pour origine le peu de valeur des produits arsenicaux et, par suite, le peu d'avantage économique à régénérer l'acide arsénique à l'aide de ces résidus. Aujourd'hui cependant, ces résidus sont généralement traités dans ce but, et l'on a proposé un grand nombre de procédés pour retirer l'arsenic des eaux que l'industrie est bien obligée de rejeter.
On peut précipiter les eaux par un lait de chaux, puis traiter le précipité calcaire par l'acide sulfurique additionné d'acide nitrique. Ce dernier convertit eu acide arsénique l'acide arsénieux provenant de l'arsénite de chaux. On obtient ainsi une solution d'acide arsénique qu'on concentre et qu'on fait rentrer dans la fabrication.
Ou bien on calcine le précipité calcaire avec du charbon et du carbonate de soude, dans des cornues; l'arsenic réduit se sublime et est ensuite converti en acide arsénique.
Parmi les nombreux procédés qui ont été mis en avant pour remplacer celui par l'acide arsénique, nous ne citerons que celui de M. Coupier, qui a pour base l'action de la nitrobenzine sur l'aniline. On chauffe à 180 degrés dans de grands alambics en tôle émaillée, pourvus d'un agitateur, 58 kilogrammes d'aniline commerciale, 17 à 20 kilogr. de nitrobenzine, 18 à 22 kilogr. d'acide chlorhydrique et 2 kilogr. de tournure de fer. 11 distille de l'eau et de l'aniline et le rouge reste à l'état fondu ; on le coule sur des plateaux en tôle. Dans cette opération, c'est sans doute le chlorure ferrique, dans la formation duquel intervient le groupe nitrique de la nitrobenzine, qui est l'agent direct de la transformation de l'aniline en rouge.
Usages de la fuchsine. La fuchsine est d'un emploi très-étendu dans la teinture et dans l'impression. Elle sert en outre, ainsi que nous l'avons indiqué, à la fabrication d'un grand nombre d'autres matières colorantes. L'étude de ces dernières, ainsi que le mode d'emploi en teinture ne rentrent pas dans le cadre de notre article. Mais il est un autre usage, peu avouable, auquel on fait servir cette riche matière colorante ; nous voulons parler de la coloration artificielle des vins ou des mélanges qui usurpent ce nom. C'est par la recherche de la fuchsine dans le vin que nous terminerons cet article.
De la fuchsine dans les vins. Nous ne saurions nous appesantir ici sur la question fort controversée et non résolue, de la toxicité de la fuchsine ; nous ferons remarquer seulement que la matière qui sert à frelater les vins est fréquemment de la fuchsine impure et par conséquent arsenicale. L'emploi de ce produit doit donc être sévèrement prohibé pour lui-même, sans parler de la répression que mérite toute fraude. La recherche de la fuchsine dans un vin, que celui-ci soit artificiel, ou qu'on ait seulement voulu en modifier la couleur, peut heureusement se faire avec une grande certitude, et l'on a proposé un
FUCHSINE (emploi). 259
grand nombre de procédés pour la caractériser ; mais ces procédés peuvent presque tous se résumer dans les principes suivants : Mettre la rosaniline en liberté par l'addition d'un alcali au vin, puis enlever cette rosaniline par un de ses dissolvants, insoluble lui-même dans l'eau, et constater la coloration du dissolvant par un petit essai ilc teinture. La description de ces procédés trouvera mieux sa place à l'article Yin, la fuchsine n'étant pas la seule matière colorante employée pour colorer ce liquide. Nous voulons seulement faire connaître le moyen le plus rapide, et en même temps le plus sur, pour arriver au but; ce moyen est celui employé par M. Ch. Girard.
On traite 20 centimètres cubes de vin, par exemple, par 15 à 20 centimètres cubes d'eau de baryte ; celle-ci précipite la matière colorante naturelle du vin, ainsi que d'autres matières colorantes végétales ; en même temps, le sel de rosaniline (fuchsine) est décomposé et la rosaniline est mise en liberté ; puis, on agite le mélange avec de l'étlier acétique ; celui-ci dissout la rosaniline avec une couleur rose^ On décante cette solution, plus légère que l'eau, et on l'introduit dans un petit tube d'essai avec quelques fils de soie et l'on chauffe au bainmarie ; l'éther acétique s'évapore et la rosaniline (ou plutôt son acétate) se fixe sur la soie et la teint en rouge. L'intensité de la teinte produite (en ayant soin de prendre toujours la même quantité de soie) peut même permettre d'évaluer la dose de fuchsine, si on la compare à une solution type de fuchsine, traitée de même.
Il est une remarque générale, qui s'applique à tous ces procédés, c'est que si l'on s'en tenait à cette première indication, la fuchsine échapperait complètement à l'observation, si elle se trouvait dans le vin sous la forme de dérivé sidfoconjîigué, usage frauduleux usité depuis quelque temps pour détourner les soupçons. Or, il est aisé de s'assurer de la présence de ce dérivé. Si ce dernier est employé pour colorer le vin, il reste, après l'action de la baryte, à l'état de sel barytique incolore, que l'éther ou l'éther acétique n'enlève pas à la dissolution. Si donc on n'a pas trouvé de fuchsine par le procédé ci-dessus, on filtrera la solution aqueuse pour séparer les laques barytiques insolubles; puis on traitera la solution filtrée par l'acide sulfurique étendu, et l'on filtrera de nouveau pour séparer le sulfate de baryte. Dans le cas de la présence de la sulfurosaniline, la liqueur acide sera colorée en rouge; on achèvera l'essai en chauffant cette solution avec un fil de soie ou un lambeau de laine, qui prendront la nuance caractéristique de la fuchsine. Nous devons à M. Ch. Girard, la communication de ce dernier procédé, encore inédit. Ed. W.
§ II. Applications médicales. La fuchsine n'est employée en médecine que depuis fort peu de temps, car les premières expériences thérapeutiques qui la firent entrer dans notre matière médicale remontent à 1876. Le hasard fit découvrir l'une de ses deux applications médicales , je pourrais même dire son unique application, en tout cas sa plus remarquable propriété curative.
Voici comment. Deux expérimentateurs, Bergeron et Clouet, s'occupaient de rechercher chez l'homme ses effets physiologiques. Or, l'un des sujets qui voulut bien subir cette expérimentation se trouvait être albuminurique. 11 advint que,
1 Un dissolvant parfaitement neutre pourrait paraître d'abord incolore, la rosaniline étant incolore, mais dans ce cas, par le contact de l'air, ou par l'addition d'une trace d'acide, la coloration ne tarde pas à se produire.
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sous l'induence de la fuchsine, l'albumine disparut complètement de son urine, et cela dans des conditions qui défiaient toute cause d'erreur. La conclusion légitime était qu'il fallait rechercher à nouveau si cette belle matière colorante, prescrite dans l'albuminurie, donnerait encore des résultats satisfaisants. Cet appel aux cliniciens fut entendu ; plusieurs d'entre eux se chargèrent de l'enquête et reconnurent, comme nous le verrons plus loin, que la fuchsine était réellement efficace contre certaines variétés morbides du grand groupe des albuminuries.
Jusqu'alors, il faut bien le dire, la fuchsine était plutôt suspecte aux yeux des médecins, qui la considéraient comme une matière colorante dangereuse qu'il fallait proscrire soigneusement du cadre des substances tinctoriales destinées à colorer certains de nos aliments : bonbons, sirops, boissons, etc. Ils l'accusaient même d'être fâcheuse ou funeste pour les ouvriers qui la fabriquent ou la manient. C'était, en somme, une réputation déplorable faite à la fuchsine, qui £e maintient du reste encore actuellement (juillet 1879). Nous verrons ce qu'il y a de fondé dans cette opinion. Pour le moment, je poursuis l'exposé méthodique de nos connaissances assez peu développées d'ailleurs sur ce médicament nouveau.
Propriétés organoleptiques. On trouve dans le commerce la fuchsine en petites écailles cristallines, consistantes, rappelant vaguement les paillettes d'iode métalloidique, d'un violet vert assez joli. Elle ressemble un peu à de la poudre d'élytres de certains scarabées.
Sa saveur est douceâtre, parfois métallique et comme cuivreuse, persistante en général.
Elle colore en rose carmin de très-bel aspect les téguments, tels que la peau et les muqueuses.
Son odeur est fade, plutôt désagréable.
Propriétés physiologiques. Elles sont encore mal connues malgré les efforts nombreux produits pour arriver à une solution satisfaisante. Chose vraiment singulière ! des physiologistes parfaitement compétents, rompus à rexpérimeiitation sur les animaux comme chez l'homme, sont arrivés aux résultats les plus contradictoires, je dirais volontiers les plus grossièrement opposés, absolument de même que s'ils avaient employé des substances dissemblables.
C'est qu'en effet, la fuchsine n'est pas un produit toujours identique à luimême ; elle est encore mal caractérisée chimiquement, bien qu'on l'obtienne cristallisée. Donc, il n'y a pas lieu de s'étonner de cette diversité d'action sur l'organisme animal ; ce fait seul suffirait à démontrer, si la chimie ne nous l'avait déjà révélé, que la substance qui m'occupe est de composition variable.
Voici d'ailleurs ce que nous ont appris les expérimentateurs qui ont étudié cette question.
L'action topique sur la peau et les muqueuses est nulle, en dehors de la coloration rouge carmin que nous connaissons. Cette coloration d'abord faible, s'accuse davantage au bout de quelque temps et résiste un peu à des lavages répétés à l'eau et au savon.
On conçoit que, grâce à une puissance tinctoriale aussi grande, la fuchsine circulant avec le sang dans l'organisme vivant puisse imprégner et teindre par cela même certains éléments anatomiques, qui prennent alors une coloration
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rouge spéciale, signalée, comme nous le verrons plus loin, par quelques observateurs.
Mais, je le répète, elle ne parait pas affecter autrement les tissus qu'en les teignant en rose ; bien plus, ses solutions aqueuses injectées sous la peau ou dans le sang, n'amènent aucun désordre local.
Action diffusée. Les expérimentateurs sont, je le répète, très-loin d'être d'accord sur la façon dont la fiicbsine affecte l'organisme animal. Tandis que les uns disent qu'elle ne donne lieu, même à dose élevée, qu'à des effets physiologiques de peu d'importance et à peine appréciables, d'autres la considèrent comme un poison assez violent. Nous verrons comment on peut se rendre compte de pareilles dissidences d'opinion. Voici toutefois les faits qui nous ont paru le moins sujets à contestation.
Ingérée dans l'estomac, chez l'homme ou chez l'animal, à faible dose, elle ne trouble en rien les fonctions. Tout au plus avec 5 centigrammes chez riiomme peut-on noter (G. Cergeron etClouet) une légère diminution du nombre des pulsations artérielles, un abaissement minime de la température, une densité moindre de l'urine, et (Feltz, de Saint-Denis) une augmentation des phosphates dans cette humeur; avec 1 gramme, de la lourdeur de tète, un peu d'embarras gastrique. Toujours est-il, disent Ucrgeron et Clouet, auteurs de travaux importants sur cette question, qu'un homme peut prendre 8 grammes de fuchsine en seize jours sans être incommodé d'aucune façon ; et qu'un chien n'est pas du tout affecté par une dose quotidienne de 50 centigrammes prise pendant sept semaines.
A dose élevée, cette matière tinctoriale impressionne assez vivement l'économie, d'après les mêmes observateurs. 5 grammes mélangés à la pâtée d'un chien et ingérés par l'animal, lui ont donné de la salivation, probablement réflexe, et un certain malaise caractérisé par les symptômes suivants : l'animal se gratte fréquemment le museau, a des nausées, vomit; sa respiration est accélérée, son cœur bat plus vite ; ses membres sont agités par du tremblement et il est pris de diarrhée fétide, à odeur de nitrobenzine. Le chien se rétablit assez vile et, soumis les jours suivants à la même expérimentation, il ne fut pas autrement éprouvé, si ce n'est qu'il maigrit légèrement. En moins d'une semaine il avait ingéré 65 grammes de fuchsine.
A dose massive, 20 grammes d'un coup chez un chicu, cette substance détermina les mêmes accidents, mais un peu plus violents : écoulement abondant de salive, vomissements incessants, diarrhée considérable, tremblements, abaissement passager du nombre des pulsations artérielles, tous phénomènes qui se dissipèrent assez vite et n'altérèrent pas la santé de l'animal consécutivement.
En définitive, d'après les expériences que nous venons de résumer, le chlorhydrate de rosaniline n'affecte pas très-vivement l'économie, si ce n'est en quantité massive, et même alors il ne tue pas le chien qui l'ingère à la dose unique de 20 grammes. Des conclusions analogues avaient été produites autrefois en France par Charvet (1863), qui l'un des premiers expérimenta ce corps sur les animaux; par Sonnenkalb (1864), Bergmann (1868), Eulenburg et Wohl (1870), en Allemagne.
Mais voici que récemment cette question de la toxicité de la fuchsine a été étudiée à nouveau par des physiologistes non moins habiles et compétents que ceux dont nous venons de citer les noms, et ces expérimentateurs ont produit
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des conclusions diamétralement oppose'es. Pour Feltz et Ritter, de Nancy, la dite substance, même parfaitement pure, n'est rien moins qu'inoffcnsive pour les animaux et vraisemblablement pour l'homme. Sa toxicité est pour ainsi dire insidieuse, car elle ne tue pas immédiatement, mais au bout d'un temps variable, de quelques jours à quelques semaines, suivant les doses auxquelles on l'administre. Elle désorganise les reins, détermine secondairement l'albuminurie, d'où la mort. Ceci est bien grave, aussi pensons-nous qu'il est utile de re'sumer avec détail les expériences des honorables médecins de Nancy.
C'est en pratiquant des injections intra-veineuses du poison qu'ils ont surtout observé ces résultats surprenants. 11 est à peine nécessaire de dire que les précautions les plus minutieuses ont été prises pour éviter les causes d'erreur et que toutes les expériences, très-nombreuses, ont concordé pour démontrer la réalité d'une albuminurie fuchsinique.
Les chiens, choisis pour l'expérimentation, étaient soumis à un régime particulier qui ne pouvait prêter à l'albuminurie ; leur urine était soigneusement analysée avant l'administration du poison. Après ces préliminaires indispensables, on pratiquait l'injection intra-vciueuse de la solution de fuchsine à 75 centigrammes pour 100, en s'entourant d'ailleurs des précautions les plus cauteleuses pour que cette opération elle-même ne troublât pas l'organisme. On s'était en outre, au préalable, assuré que la même injection d'eau simple était complètement inoffensive pour l'animal.
Voici maintenant ce que détermine une injection veineuse de oO centigrammes de cette substance.
Observation I. Dès que le liquide a pénétré dans le torrent circulatoire, on observe une coloration rouge des muqueuses, de la titubation et de l'abattement marqué.
Le lendemain, état fébrile; la température s'est élevée de 59", 6 à 40°, 8, absence d'appétit; l'urine renferme 85 pour 1000 d'albumine. Le troisième jour, albumine, 3ê%'20; le quatrième jour, 2?%25 ; le cinquième jour, 90 centigrammes ; le sixième enfin l'albumine a disparu, mais l'urine est sanguinolente; le chien toutefois paraît rétabli. 11 n'en était rien, il s'agissait d'une simple rémission. En effet, une semaine plus tard on remarquait que l'animal, quoique très-amaigri, avait augmenté de poids. Devant une pareille contradiction, on poussa plus avant l'examen et l'on découvrit qu'il avait de l'ascite. L'essai de l'urine montra alors 68%4 d'albumine par litre.
Bientôt apparut une anasarque généralisée ; mais le chien devint polyurique, l'enflure se dissipa peu à peu, l'albumine disparut progressivement de l'urine et finalement la guérison eut lieu.
Les autres observations ne sont pas moins concluantes, comme le démontrent les résumés très-succincts que voici :
Observation H. Injection intra-veineuse de o5 centigrammes de fuchsine. Albuminurie consécutive; mort au bout de huit jours. A l'autopsie, on trouve une dégénérescence graisseuse de l'épithélium rénal.
Observation III. Injection veineuse de le, 695 de fuchsine en quatre jours; albuminurie abondante, affaiblissement progressif, mort le septième jour; dégénérescence très-accusée de l'épithélium rénal, à ce point qu'on ne reconnaît plus dans certaines régions la forme des éléments anatomiques.
Observation IV. Injection de l8%80 de fuchsine en deuxjours. Albuminurie intense : 31g%5 d'albumine par litre d'urine. A l'autopsie de l'animal sacrifié,
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on constate toujours la même dégénérescence graisseuse de l'épithdlium des •canalicules du rein.
Observation V. Injection de 48 centigrammes de fuchsine en quatre jours. Albuminurie; mort le neuvième jour; même dégénérescence graisseuse de l'épithélium rénal.
Observation VI. Injection de 45 centigrammes de faclisine en trois heures. Albuminurie non douteuse ; mort le troisième jour. Lésions rénales peu accusées.
En résumé, ces expériences montrent toutes de la manière lu plus convaincante qu'une injection veineuse de quelques décigrammes de chlorhydrate de rosaniline est immédiatement suivie d'albuminurie, la proportion d'albumine pouvant atteindre 35 pour 1000. Cette albuminurie s'accompagne d'accidents généraux graves, d'anasarque et se termine le plus souvent par la mort. L'autopsie fait voir invariablement une dégénérescence graisseuse de l'épithélium rénal.
Fait assez singulier, la fuchsine ingérée dans l'estomac des chiens les rend albuminuriques, mais la quantité d'albumine reste toujours faible et ne dépasse guère 1 gramme pour 1000.
Quelle est la signification de cette albuminurie toxique? Pour Feltz et Ritter, ■cet accident doit être attribué à un excès de travail du rein chargé d'éliminer la fuchsine. Son épilhélium fatigué par une activité exagérée subit la dégénérescence granulo-graisseuse, d'où l'albuminurie.
Si nous nous reportons maintenant aux expériences de Bergeron et Clouet, nous voyons que non-seulement la fuchsine n'a jamais déterminé l'albuminurie, mais qu'au contraire elle a fait disparaîlre l'albumine de l'urine chez un albuminurique. Ces observateurs ont formellement déclaré depuis la publication du mémoire de Feltz et Ritter, qu'ils n'avaient jamais vu l'albuminurie fuchsinique, même en se servant de fuschine arsenicale. Il est vrai de dire qu'ils n'ont jamais fait d'injection intra-veineuse de cette substance.
Nous verrons d'ailleurs plus loin que diverses albuminuries ont été traitées avec succès par la fuchsine pure chez l'homme.
Je me borne à signaler ces opinions dissidentes sans en chei-cher encore l'explication, me réservant de produire plus tard à leur sujet, une interprétation que je crois rationnelle, quand j'en aurai fini avec cette étude des effets physiologiques.
Si maintenant, nous envisageons l'action de la fuchsine sur les grandes fonctions, nous arrivons aux données suivantes, sorte de résumé de l'action pharmacodynamique de cette substance médicamenteuse.
Voies digestives. La fuchsine trouble manifestement les fonctions de la digestion. Elle donne lieu à de la salivation, à du prurit de la bouche, des nausées, des vomissements, de la diarrhée avec coliques et selles fortement colorées en irouge et odorantes, et de la perte de l'appétit. Feltz et Ritter la considèrent •comme un irritant des voies digestives ; cette opinion est vraisemblable.
Appareil cardio-pulmonaire. Ici les troubles sont beaucoup moins manifestes €t constants. On a signalé tantôt le ralentissement des battements du cœur, tantôt leur accélération. Quant à la respiration, elle est plutôt accélérée que ralentie. C. Husson ayant fait prendre à un lapin 8 grammes de fuchsine ne vit pas autre chose chez cet animal qu'une respiration légèrement précipitée. Système nerveux. Pour Feltz et Ritter, le chlorhydrate de rosaniline est un
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poison du système nerveux. On n'en saïu-ait douter, disent-ils, en voyant la démarche litubante des animaux auxquels on vient d'injec'.er celle substance dans le sang ; ils paraissent comme ivres et sont pris souvent de tremblement généralisé. Sont-ce bien là des effets directs de l'agent toxique, et ne devonsnous pas plutôt considérer ces accidents comme d'ordre réflexe?
Voies d'élimination. Elles ont été facilement déterminées. La fuchsine se retrouve en effet sans peine dans les humeurs par une analyse très-élémentaire, lorsque celles-ci en renferment des traces, et quand sa proportion est ])lus forte la coloration rouge spéciale est assez caractéristique pour qu'on n'ait plus besoin de recourir aux réactifs.
Tous les auteurs s'accordent à dire que cette substance s'élimine en majeure partie par les i-eins. Feltz et Pitter estiment à 1/5 de la quantité ingérée par l'estomac la fuchsine qui passe dans l'urine. On la retrouve encore, mais en plus faible proportion dans la salive, dans la bile (C. llusson), fait confirmé par les recherches de Feltz et Rittcr, qui 1 que soit le mode d'introduction dans l'organisme. Je ne serais pas étonné que l'élimination se fit aussi par l'intcslin. Je trouve noté, en effet, dans une expérience de Bergeron et Clouet, qu'un lapin qui avait reçu dans une plaie de la cuisse 1 gramme de fuchsine, rendit des excréments coloiés en rouge. Il serait facile de comprendre, en admettant cette élimination, les troubles gaslro-intestinaux signalés dans les empoisonnements par la fuchsine. La question mériterait d'être reprise, et pour éviter toute cause d'erreur, il serait bon d'établir sur l'animal en expérience, une fistule biliaire [lour détourner la bile de l'intestin, car nous savons que cette humeur renferme parfois de faibles proportions de fuchsine, chez les animaux intoxiqués.
Lésions anatomo-palliologiques. Chez les animaux auxquels on a fait avaler de la fuchsine, on trouve de larges plaques roses dans l'estomac et l'intestin ; il s'agit ici d'un simple phénomène de teinture. Les poumons sont congestionnés et souvent parsemés de petites taches ecchyraotiques à leur surface; et Ton y a même constaté la présence de nombreux noyaux hémorrhagiques (Feltz et Ritter) après une injection intra-veineuse de 45 centigrammes. Le parenchyme pulmonaire traité par l'éther lui cède de la fuchsine. Enfin, je rappelle les lésions rénales, caractérisées par une dégénérescence graisseuse de l'épithélium des tubuli, indiquées par les expérimentateurs nancéens, et sur lesquelles j'ai déjà beaucoup insisté précédemment. Récemment, Hofmann et Ludwig (1877) ont observé cette même dégénérescence graisseuse à l'autopsie de deux sujets qui avaient manié longtemps de la fuchsine, non-seulement sur l'épithélium rénal, mais aussi sur les libies musculaires du cœur et de divers muscles striés. Mais la fuchsine était arsenicale; aussi bien l'on peut admettre que l'arsenic fut surtout en cause dans cet empoisonnement, car on retrouva des traces de ce poison dans le cerveau et le foie des sujets.
La fuchsine est-elle toxique? Celte superbe matière tinctoriale est aujourd'hui d'une fabrication si facile que ses applications à l'industrie sont devenues très-nombreuses. Non-seulement elle sert à teindre les tissus, mais encore elle entre dans certaines compositions destir,ées cà renforcer la couleur des vins rouges ou à colorer les vins blancs ; on dit même que des confiseurs l'ajoutent à leurs bonbons pour leur donner une belle nuance carminée. En somme, elle est maniée constamment par 1 homme, soit lors de sa fabrication ou de son emploi industriel; de plus elle peut être ingérée par lui, puisqu'elle est assez souvent introduite frauduleusement dans ses boissons ou ses aliments. On comprend dès
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lors que les médecins hygiénistes aient posé la question dont on lit le litre en tète de ce paragraphe : La fuchsine est-elle toxique ? Nous venons de voir que Ritter et Feltz n'hésitent pas à admettre celte toxicité. Ils déclarent qu'en oulre d'une certaine action sur le système nerveux, elle peut produire une véritable albuminurie par suite d'une lésion dégénérative de l'épilhélium rénal.
D'autre part, nous savons aussi que Bergeron et Glouet ont émis des conclusions complètement opposées, les suivantes :
La luchsine débarrassée de toute matière étrangère, bien puriliée, sans trace d'arsenic, est une substance inolfensive, même à torle dose. ^20 granmies ont pu être mêlés à la pâtée d'un chien sans causer d'accident, et 65 grammes donnés en six jours sans, non plus, occasionner de désordres.
Celle fuchsine, toujours à la condition qu'elle soit bien purifiée, serait tout aussi inoflènsive pour colorer des produits de consommation, que le sont la cochenille, l'orseille, ou l'indigo usités d'ordinaire pour cet usage spécial.
D'autres observateurs sont venus depuis confirmer cette opinion par leurs expériences.
Bouchut, par exemple, a pu donner pendant longtemps 23 centigrammes el 40 centigrammes à de jeunes enfants, sans déterminer d'elfels physiologiques appréciables ou de troubles dans leur santé.
Charvet avait dit, en d863, que, dans la fabrication industrielle de la fuchsine, seuls les composés arsenicaux nécessaires à cette l'abrication étaient dangereux pour les ouvriers.
Enfin, G. Husson n'est pas parvenu à déterminer le nioindi'e accident chez le lapin, en lui faisant avaler tantôt 20 centigrammes de fuchsine par dose de 2 centigrammes toutes les demi-heures, tantôt jusqu'à 8 grammes en huit heures.
Donc, seuls, Ritter et Feltz accusent la fuchsine pure d'être un poison, car llusemann qui a soutenu en Allemagne une opinion analogue, admettait surtout la nocuité de la fuchsine arsenicale.
En présence de ces données contradictoires, on peut maintenant se demander où est la vérité, où se trouve l'erreur. Je crois pour mon compte qu'il ne faut pas rechercher celle-ci ou celle-là dans aucun des deux camps, el j'estime qu'il est plus sage d'admettre un moyen terme. Je dirai donc que sans être un poison dangei'eux, la fuchsine n'est pas absolument inoffensive, puisque des observateurs parfaitement compétents lui ont vu déterminer des accidents. C'est là un fait positif, auquel il est difficile d'opposer des arguments sans réplique. Mais j'ai d'autres raisons à donner encore en fiiveur de celte opinion. La fuchsine n'est pas un produit chimiquement défini. Qui donc peut garantir sa pureté absolue? Sans doute, les fabricants de produits chimiques peuvent nous la fournir sans trace d'arsenic ou de mercure, mais il leur est de toute impossibilité de nous allu'mer qu'elle n'est pas associée à d'autres substances trèsvoisines, connues ou inconnues, douées de propriétés énergiques, telles que l'anihne par exemple.
« Il doit être difficile d'ailleurs, disent Pelouze et Frémy, dans leur Chimie (jénérale, t. IV, p. 709, d'obtenir des sels de fuchsine parfaitement exempts de sels d'aniline ».
Or, l'aniline, comme l'ont démontré les expériences de Tnrnbull, Hamelin, etc., est très-toxique. Elle produit, entre autres accidents chez l'homme des vomissements, de la diarrhée, de l'affaiblissement, du tremblement, de l'accé-
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lération du pouls et de la respiration, la coloration bleue de la langue, des lèvres, des ongles, de la peau du visage et de la main, à la simple dose de 15 à 20 centigrammes. Ces effets toxiques se rapprochent singulièrement de ceux que Feltz et Ritter ont signalés dans l'histoire pharmaco-dynamique de la fuchsine.
Qu'ils soient, du reste, le fait de celle-ci ou bien celui de l'aniline, peu importe à l'hygiéniste, il en tient soigneusement compte et il a parfaitement raison quand il s'agit d'une substance de consommation alimentaire.
A supposer même que l'industrie nous offrît de la fuchsine ne renfermant pas d'aniline, est-ce que ce serait émettre une hypothèse invraisemblable que de supposer que la première peut engendrer la seconde dans l'économie?
Qu'est-ce, en effet, que la fuchsine? C'est de l'aniline plus 6 molécules d'oxygène.