‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.42Chapitre 96 sur 126 · GANOÏDES · texte numérisé non relu

GANOÏDES

Poissoîjs), et que tics-souvent les nageoires impaires sont protégées par des fulcres, pièces osseuses en forme de chevrons qui sont situées sur le bord supérieur et le rayon antérieur et que J. Millier considérait comme l'apanage des Ganoïdes .

Il n'y a pas longtemps toutefois qu'on est arrivé à se faire une idée nette de la sous-classe des Ganoïdes et à lui assigner des limites assez précises pour qu'elle pût être acceptée par tous les naturalistes. Tout d'abord le système de classification proposé par Agassiz ne fut pas bien accueilli, et M. Duméril père, tout en démontrant, dans sa Zoologie anatomique, la nécessité de séparer les Esturgeons des Chironectes, des Baudroies et des Balistes, auprès desquels Lacépède les avait placés, mit ces poissons avec les Spatulaires dans la famille de? Hypostomales , caractérisée par la situation de la bouche au-dessous du museau, tandis qu'il rangea les Lépidoslées et les Polyptères dans la famille des Opisthoptères et les Amies dans celle des Scutocéphales . M. van der Hœven, en 1859, changea la dénomination de Ganoïdes en celle de Ganolepidoti, et subdivisa ce groupe en deux ordres : Shiriones {Chondrostei de Mûller) et Gmiolepidoti {Holoslei de Millier). Ces deux ordres devinrent, pour MM. Gervais et Van Beneden, les Siurioniens et les Rhombifères ou Ganoïdes proprement dits ; mais les Amiadés furent mis à part et élablirent, pour ces auteurs, une sorte de transition entre les Bhombifères et les Poissons écailleux. Plus tard encore, en 1861, M. Th. Gill, dans son Catcdoc/ite des Poissons de la côte orientale de l'Ame'rique du Nord, considéra les Ganoïdes comme formant une sous-classe susceptible d'être partagée en quatre ordres : 1° Holoslei, subdivisés eux-mêmes en Rhomboganoïdei (Lépidostées et Polyptères) et Cycloganoidei (Amias) ; 2" Placoyanoïdel ou Ganoïdes cuirassés, propres aux terrains les plus anciens et caractérisés par la présence d'une armure épaisse sur la tête et la portion antérieure du corps; 3° Chondrostei, subdivisés en Sturionidœ et Polyodontidce ; A" Dipnoi ou Leindosireno'idei.

Enfin à une époque beaucoup plus rapprochée, en 1870, M. Auguste Duméril, acceptant la sous-classe des Ganoïdes avec les modifications qui y avaient été successivement apportées par Agassiz lui-même et par J. Mûller, établit dans ce grand groupe deux sections primordiales, les Chondroste's ou Ganoïdes à squelette cartilagineux et les Holostés ou Ganoïdes à squelette osseux. Dans la première section il reconnut deux familles, les Acipenséridés ayant les téguments recouverts en partie de sortes d'écussons, et les Polgodontidés ayant le corps dénudé. Enfin dans la seconde il distingua trois familles, les Lépidostéidés, les Polyptéride's et les Amiadés, d'après des caractères tirés soit de l'aspect des écailles qui sont émaillées chez les représentants des deux premières familles, tandis qu'elles ne le sont pas chez les Amiadés, soit de la conformation de la nageoire dorsale, qui est simple chez les Lépidostéidés, multiple au contraire chez les Polyodontidés.

Les Acipenséridés ou Esturgeons rappellent les Squales par leurs formes générales. Leur corps, terminé en arrière par une queue hétérocerque, est revêtu de scutelles épineuses et d'écussons osseux disposés en rangées régulières, et lenr tête est également couverte d'une sorte de bouclier constitué par des plaques osseuses. Au-dessous du museau, qui est souvent prolongé en pointe, s'ouvre la bouche, complètement dépourvue de dents, légèrement piotractile et munie inférieuremcnt de deux barbillons. La vessie natatoire consiste en une poche simple, mais très-vaste, communiquant avec la portion cardiaque de l'es-

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tomac, el leur cavité branchiale est munie d'un évent et d'organes vasculaires dits branchiole et branchie de Vopercule.

Les Poissons de ce groupe habitent les zones froides et tempérées et ne visitent qu'accidentellement les régions polaires. Dans l'Ancien Monde ils sont particulièrement répandus dans la mer Noire, dans la mer d'Azof, dans la Caspienne et dans les lacs de l'Asie centrale ; mais ils se trouvent encore dans les fleuves <le l'Allemagne, de la Hollande, de la France, des îles Britanniques, et même dans l'océan Atlantique, dans la Méditerranée et dans l'Adriatique. D'un autre côté, dans le Nouveau Monde, ils ne sont pas confinés dans les grands lacs et dans les fleuves de l'Amérique septentrionale, mais ils hantent aussi les côtes delà Californie, du Japon et de la Chine. On sait d'ailleurs, grâce aux observations de Pallas et d'autres naturalistes, que les Acipenséridés sont, comme les Salmonidés, des poissons anadromes, c'est-à-dire qu'à l'époque du frai ils quittent les eaux salées, remontent dans les fleuves, gagnent les lacs intérieurs et pénètrent même dans les cours d'eau tributaires de ces lacs. Pour effectuer ces sortes de migrations, ils se réunissent en bandes tellement serrées que Pallas estime à vingt mille le nombre des poissons d'une même espèce qui ont pu être capturés, en une quinzaine de jours, par un seul village de pécheurs établis sur le bord d'un des grands fleuves de la Russie méridionale. Tous les représentants de la famille des Acipenséridés, et en particulier ceux qui appartiennent au genre Acipenser ou Esturgeon {voy. ce mot), sont en effet fort recherchés en Europe, en Asie et en Améiique. Leur chair se mange fraîche ou conservée; leur vessie natatoire fournit V ichthyocolle et leurs œufs servent à préparer le caviar.

Pour M. A. Duméril les Acipenséridés ne comprennent que deux genres principaux, le genre Acipenser (Art.) ou Esturgeon {voy. ce mot), qui peut se subdiviser d'ailleurs en plusieurs sous-genres, pour la commodité de l'étude, et le genre Scaphirhynchus (Heck.), qui diffère du premier par l'absence d'évents et par la forme de la queue, toujours aplatie, terminée par un filament et recouverte d'écussons osseux.

La seconde famille des Gano'ides, celle des Polyodontidés, renferme des poissons assez semblables aux Esturgeons par leur aspect général, mais ayant le museau prolongé en une sorte de rostre qui dépend moins de l'appareil maxillaire que des pièces osseuses du crâne, et dont les bords membraneux renferment dans leur épaisseur de nombreux osselets stelliformes. Ce rostre affecte tantôt la forme d'une épée, tantôt celle d'une spatule, et, comme cette dernière configuration se rencontre précisément dans l'espèce la plus anciennement connue du groupe des Polyodontidés, le nom de Spatulaires a été souvent employé pour désigner tous ces poissons. La bouche, qui n'est point protractile comme chez les Sturioniens, s'ouvre en croissant sur la face inférieure du museau ; elle est trèsgrande et garnie de petites dents très-nombreuses, supportées par la muqueuse buccale, disposition à laquelle, pour le dire en passant, le nom générique de Polyodonte {Polyodon, de mlùç, nombreux, et 65wv, dent) est destiné à faire allusion. Labranchic operculaire fait défaut, mais il y a une branchiole ou branchie de l'évent. Enfin, conmie chez les Esturgeons, la vessie natatoire est vaste et en communication avec la portion cardiaque de l'estomac.

Les Polyodontidés n'ont été signalés jusqu'à présent qu'en Chine et dans l'Amérique du Nord. Le seul genre de cette petite famille, le genre Polyodon (Lacép.), ne renferme que deux espèces, le Polyodon foUum (Lacép.) qui a été appelé par

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les anciens auteurs la Spatule, la Feuille, la Trompette de mer, et qui se trouve dans le Mississipi, et le Polyodon gladius (von Martens), qui vit dans le Yangtse-Kiang ou Fleuve Bleu.

Les Lépidostéidés à première vue rappellent un peu les Brochets par leur tète prolongée et un museau plus ou moins effilé, toujours armé de dents très-nombreuses, les unes longues et acérées, les autres beaucoup plus petites, mais disposées également en séries. Le corps de ces poissons se termine en arrière par une nageoire coupée obliquement et se trouve complètement revêtu d'écaillés osseuses, à surfoce émaillée, disposées eu séries parfaitement régulières. Exclusivement propres à l'Amérique du Nord, les Lépidostéidés se rencontrent principalement dans le Jlississipi et ses affluents, dans le fleuve Saint-Laurent^ dans quelques-uns des grands lacs du Canada, sur les côtes du Pacifique, et aux Antilles, à l'île de Cuba. Ils se répartissent, suivant M. A. Daniéril, en trois genres principaux, savoir : 1" les Lépisoslés ou Lépidostés [Lepidosteus Gir.), qui ont les grandes dents maxillaires disposées sur un seul rang et le museau presque égal au reste de la tête et x^elativement assez large ; 2° les Cylindrostés {Cylindrosteus Gir. ex Rafni.), qui ressemblent aux premiers parleur dentition, mais qui ont le museau beaucoup plus long et plus étroit ; o" les Atracostés {Atrarosteus Gir, ex Rafin.), dont les grandes dents maxillaires sont disposées sur deux rangs et dont le museau déprimé et fort large atteint à peu près la longueur du reste de la tête.

Les Poiyptéridés ont le corps allongé, comprimé ou cylindrique, complètement revêtu d'écaillés très-résistantes, à surface émaillée, la nageoire ovale très-rapprochée de la nageoire caudale, qui est arrondie, les nageoires pectorales suspendues pour ainsi dire à un pédicule écailleux, les ventrales rejetées dans la i-égiou postérieure et parfois atrophiées, la dorsale découpée en une série de petites nageoires soutenues chacune par une forte épine qui porte des rayons attachés à sa face postérieure, la tète courte et déprimée, les mâchoires munies de dents coniques suivies de dents en rcàpe, les évents couverts d'une soupape osseuse. Ces poissons n'ont point comme les Acipenséridés de branchies accessoires ; chez eux les rayons branchiostéges sont remplacés par une paire de plaques osseuses situées entre les branches de la mâchoire inférieure; l'intestin est muni d'une valvule spiroïde et la vessie natatoire se compose de deux poches inégales qui se réunissent en avant et débouchent par une fente étroite dans l'œsophage.

On n'a rencontré jusqu'à présent de Poiyptéridés que dans l'est et l'ouest du continent africain. Ces Ganoïdes se tiennent habituellement au fond des eaux, dans la vase, et ne se rapprochent de la surface qu'à l'époque de la reproduction. Quelques-uns d'entre eux nagent avec beaucoup de rapidité, à la manière des serpents aquatiques. On les répartit en deux genres, dont l'un a été nommé Polypterus par E. Geoffroy Saint-Hilaire, pour faire allusion à la structure delà nageoire dorsale qui se trouve découpée en plusieurs nageoires secondaires {ko1<)nrepo;, qui a beaucoup de nageoires), et dont l'autre a été appelé Calamoichthys par J, A. Smith, à cause de la forme cylindrique du corps qui ressemble à celui d'une Anguille (de y.d:lv^o<;, roseau, et t^Sù-:, poisson). Les Polyptères possèdent une paire de nageoires ventrales situées dans la région j oslérieure. L'espèce la plus anciennement connue de ce genre est le Bichir du Nil {Polypterus hichir E. Geoff.), poisson d'im vert glauque, tacheté de noirâtre et passant au blanc sale sur les parties inférieures du corps. Le Calamoichthe de Calabar

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{CaJamoichthys calabaiicus J. A. Smith) se trouve, comme on nous l'indique, sur la côte occidentale d'Afrique, ou Yieux-Galabar, où il est désigné vulgairement sous le nom de Nyang. C'est un poisson d'assez grande taille, d'un brun qui tourne au jaunâtre sur les flancs et sur le ventre.

Enfin les Amiadés, qui constituent la cinquième et dernière famille des Ganoïdes, se r.ipprochent davantage des poissons ordinaires par la structure de leurs écailles, qui sont assez grandes, striées au bord postérieur et imbriquées. Leur tête est de forme cubique, légèrement voûtée en dessus, et leur corps, allongé et un peu comprimé, se termine par une nageoire caudale arrondie. Il est surmonté d'une nageoire dorsale fort longue, atteignant presque l'extrémité postérieure du corps. La peau qui recouvre la partie supérieui^e de leur corps, et qui pendant la vie se trouve constamment lubrifiée par un mucus abondant, est dune minceur extrême et, lorsqu'elle est desséchée, laisse voir par transparence les os sous-jacents. Les mâchoires sont armées de dents pointues derrière lesquelles on distingue une seconde rangée de dents plus petites, puis des groupes de dents palatines et vomériennes, suivies elles-mêmes de dents en râpe. Il n'y a chez ces poissons ni évents, ni branchies accessoires, mais il existe des rayons branchiostéges au nombre de iO à 12. Enfin l'intestin est muni d'une valvule spiroïde, et la vessie natatoire est subdivisée en plusieurs cellules.

Les Amiadés vivent en Amérique, dans les grands lacs de la région septentrionale, et dans le Mississipi, et recherchent de préférence les endroits vaseux, habitude qui leur a valu le nom de Mudfishes. M. A. Duméril ne reconnaît dans cette petite famille qu'un seul genre, le genre Amia (L.), comprenant une douzaine d'espèces.

Dans la classification que nous avons suivie, et qui d'ailleurs est la plus généralement adoptée, les Lépidosirènes et les Syngnathes se trouvent soigneusement séparés des Ganoïdes, avec lesquels ils avaient jadis été confondus, et constituent deux sous-classes distinctes sous le nom de Dipnés {Dipnoi) et de Lophobmnches {voy. le mot Poissons).

En terminant nous rappellerons que la sous classe des Ganoïdes comptait déjà de nombreux représentants aux époques antérieures à la nôtre : ainsi dans le lias de Boll et de Lyme Régis, dans le terrain oxfordien de Chippenham et dans les couches jurassiques supérieures de Solenhofen, on a découvert de nombreux vestiges de poissons que M. Agassiz a réunis sous le nom générique de Leptolepis et qui se rapprochent des Amies par la disposition de leurs écailles. Les mêmes terrains ont fourni des restes de Lépidostéidés qui ont été décrits sous le nom à' Aspidorhynchus (Ag.), Lepidotus (Ag.), Palœoniscus (Ag.), etc.

E. OUSTALET.

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