GANTELET
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GAI^IT. On ne saurait dire au juste à quelle époque remonte l'usage des gants. 11 est vraisemblable qu'on en a porté de tout temps dans les pays trèsfroids. En Italie même on en trouve la repre'sentation dans la sculpture antique, mais seulement chez de grands personnages, qui étaient tous guerriers. Le nom de gant est d'origine germanique, mais il ne s'ensuit pas que la chose ait été importée dans la Gaule par les Francs. Tout au contraire, on trouve des gants chez les premiers Gallo-Romains, et ce fut quelque temps un usage du christianisme de les quitter en prenant possession de fonctions sacrées, ou même en entrant dans une église. Mais c'est au seizième siècle seulement que le gant apparaît comme objet de toilette. Ils sont d'abord faits de soie; puis le rude gantelet de peau des hommes d'armes est aminci, assoupli pour les mains de femme. Les gants, dont l'usage est aujourd'hui si général, ne sont pas sans quelque importance au point de vue de l'hygiène. En protégeant les mains contre le froid, ils les soustraient aux chances de stase veineuse, d'engelures, de gerçures, etc. Ils entretiennent la souplesse et la propreté de la peau ; ils permettent de se livrer sans inconvénient à de certains travaux, dits manuels, de nature à excorier, à enlever, à brûler l'épiderme. A tous les points de vue, les gants de peau sont préférables à ceux de fil, de soie ou de coton ; ils ont aussi, pour les femmes, l'avantage d'exercer une compression qui i"efoule le sang et entretient la blancheur de la main.
Les ouvriers en gants ne sont sujets à aucune maladie particulière et professionnelle, sinon que l'usage prolongé du couteau avec lequel on amincit la peau peut déterminer sur la main du gantier la formation d'ampoules ou de durillons.
G.iî^T DE XOTRE-DAME, «ATTELÉE, GAl^TELET, G.AIVTÉLIER.
Noms divers donnés à la digitale, à cause de la forme de ses fleurs en doigt de gant {voy. Digitale). Pl.
GAIVTEB.ET. Bandage de la main, enveloppant les doigts à la manière des gantelets. L'extrémité d'une bande étroite est d'abord assujettie au bas de l'avant-bras par deux ou trois circulaires en commençant par le bord radial et passant sur la face dorsale du poignet ; puis la bande est conduite obliquement sur la paume de la main, du bord cubital de l'avant-bras vers l'intervalle du pouce et de l'index, enroulée autour de celui-ci, de la racine à l'extrémité, ramenée à la racine, enroulée autour du carpe, fixée de nouveau par une circulaire au poignet, ramenée obliquement vers la racine du médius qu'on enroule à son tour, et ainsi de suite, pour être ramenée encore et fixée définitivement iui poignet.
GARANCE (botanique). 707
Si la bande n'embrasse que la base des doigts au lieu de s'enrouler sur toute leur longueur, c'est le demi-gantelet. D-
GAXTU-BUABAXCÉ. Nom douiië dans l'Inde à la racine d'im Clerodendron, <lont on fait un assez grand commerce et qui est employée conti'e les affections catarrbales. D.
GARAKCE {RubiaT.). § 1. Botanique. Genre de plantes qui a donné son nom à la famille des Rubiacces, et dont nous avons considérablement élargi les limites en y joignant d'autres types conservés ordinairement comme distincts, notamment les Galium. Le type du genre est la Garance ordinaire ou tinctoriale {Rubia tinctorum). Ses fleurs ont un réceptacle en forme de pocbc profonde, presque globuleuse, un peu comprimée sur les côtés. Dans cette pocbe est renfermé l'ovaire, tandis que ses bords donnent insertion à la corolle. Celle-ci est gamopétale, régulière, à tube court et large, à limbe profondément partagé en cinq lobes valvaires, dont un antérieur, deux latéraux et deux postérieurs. Sur le tube s'insèrent cinq étamines alternipétales, formées d'un filel et d'une antbère biloculaire, introrse, débiscenle par deux fentes longitudinales. L'ovaire infèi'e est surmonté d'un disque épigyne, encadrant la base d'un style court, à deux brancbes dont l'extrémité stigmatifère se renfle en une petite tète, et les deux loges ovariennes, l'une antérieure et l'autre postérieure, contiennent chacune, inséré vers la base de leur angle interne, un ovule ascendant, presque dressé, anatrope, à micropyle dirigé en bas et en dehors. Le fruit, didyme ou plus ordinairement réduit à un seul carpelle, est charnu, à péricarpe peu épais, et renferme une ou deux graines, convexes en dehors, concaves en dedans, où leur large hile est relié au péricarpe par un épais et court funicule qui occupe leur concavité. Ces graines ont un épais albumen corné, entourant un embryon arqué, à radicule conique infère et à cotylédons foliacés dirigés en haut. La Garance des teinturiers est une herbe vivace, à souche épaisse, pourvue de racines adventives, à rameaux aériens herbacés, rèches, chargés de feuilles opposées, accompagnées de stipules semblables aux feuilles. Les fleurs sont réunies en cymes axillaires et terminales, composées, et leur pédicelle est articulé sous l'ovaire.
Les fleurs sont assez souvent tétramères dans les Rubia. C'est la règle dans Jes Galium, qui ont le péricarpe sec, ou coriace, ou moins charnu que celui des •Garances proprement dites, sans que cette différence, qui se présente avec toutes les nuances possibles, puisse justifier autre chose que l'établissement d'une section dans le genre Rubia (dont on distingue ordinairement les Galium comme genre). Certains Galium américains ont les inflorescences entourées d'un involucre de quatre bractées ; on en a fait aussi un genre, nommé Relbunium. Il y a au Mexique une Garance à fruit charnu, dont les feuilles opposées ■sont accompagnées de quatre stipules interfoliaires qui sont peu développées, au lieu de présenter la taille et la forme des feuilles proprement dites ; on lui a donné le nom générique de Didymœa.
Dans les Rubia de la section Galium, la surface du fruit est tantôt lisse, et tantôt chargée d'aspérités, de pointes ou de tubercules. Dans l'un d'eux, originaire d'Assyrie, le G. cristatum, chacune de ces coques porte trois saillies plus accentuées, en forme de crêtes sinueuses et dentées, dont les dents supérieures peuvent même être recourbées en croc ; on en a fait un genre Mepcarpœa.
708 GARANCE (noTAMQii:).
Dans un certain nombre de Galiiim, tels que le G. Cruciata, etc., il y a dans l'aisselle des feuilles, non point une cyme, mais deux cymes collatérales, ou trois cymes dont une médiane et deux latérales. Le nombre des fleurs peut être très-réduit dans cbaque cyme. Dans quelques Galium dont on a fait le genre VaiUantia, il n'y a plus dans l'aisselle que trois fleurs. La médiane est hermaphrodite et tétramère, et les latérales sont mâles et ordinairement trimères. L'ovaire de la médiane devient un fruit dont un des méricarpes avorte nième fréquemment; son pédoncule se recourbe de façon à porter le fruit en bas, et est accompagné de deux pédicelles des fleurs m;"iles, plus ou moins transformés en crête. 11 y a aussi, en Orient et dans la région méditerranéenne, un Galium exceptionnel, type d'un genre Callipeltis, dont les fleurs hermaphrodites sont axillaires et ternées, pendantes, enfermées chacune dans une bi'aclée cymbiforme, membraneuse, qui grandit et se plisse longitudinalement autour du fruit, ordinairement réduit à un carpelle fertile, plus allongé que celui des autres Galium et incurvé à la maturité comme la graine qu'il renferme. Nous considérons tous ces types comme autant de sections d'un seul et même genre Rubia, ainsi formé d'une couple de centaines d'espèces, qui appartiennent à toutes les régions des deux mondes, et principalement à leurs parties tempérées.
La plus célèbre et la plus utile des Garances, c'est-à-dire, pour nous, des Rubia delà seciion Euriibia, est la Garance des teinturiers [Ixiibia tinctoriwiL., Spec, 158). Elle a tous les caractères de l'espèce indigène dont nous parlerons après elle, le R. peregrina; mnh ses feuilles sont remarquables par un réseau de nervures saillant à leur lace inféiieure, des branches annuelles, dont la base ne persiste pas en durcissant, des fleurs à anthères linéaires -oblongucs et des styles à sommet stigmatifère dilaté en massue. La Garance tinctoriale habite la région méditerranéenne, notamment l'Asie Mineure, la Grèce, l'Italie, l'Espagne, l'Algérie. Son nom oriental est Lisari ou Alisari. Celle que le commerce tire de Chypre et de Smyrne est fort estimée. On la cultivait beaucoup aux environs d'Athènes, en Espagne, en Zélandc ; en France, on recherchait surtout celle de Strasbourg et d'Avignon. Aux environs de celle ville, les cultures étaient jadis florissantes et sont aujourd'hui en grande partie abandonnées. La Garance y avait été, dit-on, introduite de l'Orient; plusieurs auteurs ont cependant donné la Garance comme spontanée dans le midi de l'Europe. Ce doit être une plante naturalisée, mais depuis longtemps, dans notre pays, puinjue Strabon rapporte que les Aquitains la cultivaient comme tinctoriale. Les principes qu'elle renferme : alizarine, purpurine, xanlhine, s'extraient des racines dans lesquelles ils paraissent ne pas préexister, pour la plupart, mais se former i)ar oxydation ; et l'on soumet souvent la plante au butage, pour accroître précisément la quantité des racines à récolter.
Le Rubia peiegrina L., espèce méridionale de notre pays, abondante en Provence, en Corse, et qui remonte le Rhône jusqu'au delà de Lyon, puis, plus à l'est, jusqu'à Paris et plus loin même, est une espèce à fleurs jaunâtres, dont les caractères sont les suivants : elles sont disposées en cymes axillaires, opposées et terminales, pédonculées, trichotomes, à pédicelles étalés. Anthères suborbiculaires. Stigmate en tète. Baies noii'es, de la grosseur d'un pois. Feuilles verticillées par 4-6, très-variables dans leurs formes, obovées, oblongaes ou lancéolées, coriaces, luisantes, uriincrviées, mucronées, à bords et à nervure dorsale fortement denticulés-épineux, à réseau des nervures paraissant à peine à la face inférieure. Tiges de 3-1 5 décimètres, glabres, aiguillonnées-accrochantes.
GARANCE (m.vtièriî médicale). 709
p;u'fois presque lisses, dilYuses, rameuses, couchées et grimpantes, ijuadran^'ulaires, à partie inférieure persistante. Racine longue, rampante. Les diverses formes de cette plante sont ainsi distinguées dans la Flore de France de Grenier et Godron (H, 15) : latifolia. Feuilles largement ovales, oblongues ou obovées ; intermedia. Feuilles ovales ou ovales-lancéolées ; angustifolia. Feuilles étroitement lancéolées ou sublinéaires. Malgré l'autorité de Linné et de De Candolle, disent les auteurs, nous avons réuni cette plante au R. peregrina, n'ayant pu constater entre ellts d'autres différences que celles des feuilles, caractère qui ne nous a pas semblé suffisant pour constituer une espèce. Peut-être qu'étudiées sur le vif ces deux plantes donneront des caractères différentiels plus importants.
Joignons aux Ruhia cités : le R. cordata Thunb. {FI. jap.,60. — R. Munjista RoxB., FI. ind., I, 385), qui donne dans l'Inde le Munjeeth {Indian Madder des Anglais), ou Garance du Bengale.
Le R. angustissima (exLiNDL., Veg. Kingd., 770), qui, à Tong-dong, produit des racines très-colorées.
Les R. Relbun (Ch.vm. et Schlchtl, in Linnœa [1828], 229. — DC, Prodr., IV, 592, n. 55. — R. chilensis W. (nec Mol.). — Galium Relbun Endl. — Cl. Gay, fi. chil., 111, 60, t. 45. — Rubiastrum...., Feuill., Obs., III, GO, t. 45) et chilensis Mol. {Chil., M 8, nec W.), employés au Chili.
Les R. guadalapensis et hypocarpia DC, aux Antilles.
Le R. cordifolia L., d'Asie, est purgatif et emménagogue.
Le R. noxia A. S H, du Brésil, est vénéneux.
Plus tous les Galium dont nous avons fait, à titre de section, des espèces du genre Rubia {voy. Galium). IL Bn.
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g II. Matière médicniu. La culture et l'usage de la garance remontent à la plus haute antiquité; Dioscoride la décrit sous le nom d'è/suSpoiîavov et signale l'emploi de sa racine dans la teinture; Pline et Yilruve mentionnent la garance sous le nom de Varantia ou de Rubia, comme entrant dans la composition de la teinture de la pourpre; Hippocrate, Dioscoride, Galien, etc., la préconisaient en médecine. D'après Strabon, la garance était en outre cultivée dans les Gaules, surtout dans l'Aquitaine. Suivant Doublet, et d'après les chartes de Dagobert et de Childebert, on vendait au septième siècle, à la foire de Saint- Denis près de Paris, des racines sèclies de garance et des étoffes teintes avec elles. Dans les capitulaires de Gharlemagne, la culture de la garance ou warantia était particulièrement recommandée.
Cependant, à la fin du seizième siècle, cette culture n'existait guère qu'en Alsace , en Flandre et en Hollande, principalement dans la province de Zélande, favorisée qu'elle était dans ces pays par Charles-Quint; en France, après avoir été plus ou moins florissante pendant quelques siècles, elle s'était complètement perdue. Ce n'est que sous le règne de Louis XV, vers 1756, qu'un Persan, nommé Jean Althen, l'introduisit de nouveau en France et publia même
7lO GARAiNCE (matière médicale).
un mémoire sur la garance ; il choisit le territoire d'Avignon comme le plus propre à cette culture, et elle y réussit fort bien. N'oublions pas cependant que Colbert avait déjà fait des efforts pour raviver la culture de la garance, et Louis XV, au moment même où Allhen faisait ses premiers essais, ordonnait que les cultivateurs qui entreprendraient des plantations de garance dans des marais ou autres lieux incultes seraient exempts d'imposition pendant vingt ans. A partir de ce moment, la culture de la garance, surtout encouragée par le ministre Berlin, prit un nouvel essor en Alsace et en Flandre, et se répandit même en Languedoc, en Normandie, etc. Mais ce n'est qu'à partir de 1815 que cette culture se développa d'une manière régulière et normale en France.
En Allemagne, la garance paraît avoir été cultivée tout d'abord en Silésie, où elle fut introduite en 1507 par Jean Huiler; celte province en fournissait de grandes quantités, surtout vers la fin du dix-huitième siècle; depuis lors, la production a notablement diminué. La culture de la garance était également trèsilorissantc en Bohême au seizième et au dix-septième siècle, mais elle y a été totalement ruinée par la guerre de trente ans. Actuellement le Levant fournit encore de la garance assez abondamment, mais l'Allemagne n'en produit plus guère, et même en France la production a diminué dans de fortes proportions, surtout depuis que la matière colorante principale de la garance, Valizarine, s'obtient directement par synthèse (1869). On s'en rendra compte facilement par le tableau suivant, donnant en hectares la superficie des cultures :
Département de Vaucluse
— tics Bouches-du-Rhône. . . .
Autres déparlcments
Total
Rendement correspondant en kilogrammes
Eu 1868, la France exportait pour près de 39 millions de francs de garance ; en 1873, ce chiffre tombait à 25415 000 francs, en 1874 à 12 millions et en 1876 à 4607 000 francs.
La culture, soit par plantation, soit par semis, doit se faire dans une terre légère, substantielle et fraîche, ou susceptible d'irrigations, préalablement bien labourée et bien fumée. Le mode de culture varie suivant les pays, mais des soins assidus sont nécessaires. La récolte se fait après la deuxième ou la troisième année. Les racines, séchées à l'air ou à l'étuve, sont débarrassées de leurs radicelles, dont la valeur est dix fois moindre que celle des racines épurées. Ces dernières sont connues dans le commerce sous le nom à'alizari.
Les sortes commerciales les plus répandues sont : les alizaris de Chypre, de Barbarie, d'Andrinople, d'Avignon, puis les alizaris de Hollande, de Silésie, de Saxe et d'Alsace.
La garance peut être entière ou moulue et réduite en poudre. Entière, elle se présente sous la forme d'une racine grosse comme une plume à écrire, avec un épiderme rougeàtre, recouvrant une écorce d'un rouge brun foncé, et à portion centrale ligneuse, d'un rouge plus pâle et jaunâtre; elle est douée d'une saveur amère et styptique.
GARANCE (chimie). 7H
Moulue, elle offre une couleur qui varie du rouge jaunâtre au rouge foncé. On en distingue trois sortes, que nous décrirons d'après Chevallier et Baudrimont :
1° La garance de Hollande, grasse au toucher, d'une odeur forte et nauséahonde, d'une saveur suci^ée mêlée d'amertume, d'une couleur qui varie du rouge brun au rouge orange. Elle attire l'humidité de l'air. Sa couleur passe du rouge orange au rouge vif, lorsqu'on l'expose pendant quelque temps à l'air humide d'une cave. La garance de Hollande est dite robée ou non robée, suivant qu'elle a été privée ou non de sa pellicule corticale, au moyen du blutoir.
2" La garance d'Alsace a une odeur plus pénétrante que la précédente, une saveur amère, mais moins sucrée, une couleur qui varie du jaune vif au brun. Elle absorbe assez facilement l'humidité d'une cave. La garance d'Alsace a remplacé dans nos fabriques la garance de Hollande ; on la prépare principalement à Strasbourg, Haguenau et Geisselbronn.
3" La garance d'Avignon est en poudre très-fine, sèche au toucher ; son odeur est agréable et peu pénétrante ; sa couleur varie du rose au rouge clair, et même au rouge brun. Elle absorbe plus difficilement l'humidité de l'air que les deux précédentes.
Falsifications. La garance est falsifiée soit par l'eau, soit par l'addition de substances minérales (brique pilée, ocre rouge ou jaune, sable jaunâtre, argile jaunâtre) ou végétales (sciure de bois, coques d'amandes,, de cacao, son, écorce de pin, bois d'acajou, bois de campêche, bois de santal, bois de sapin, garance déjà épuisée par la teinture) . La fraude par les substances minérales est généralement facile à reconnaître; la garance renfermant des substances terreuses croque sous la dent; en la délayant dans de l'eau, ces dernières se déposent au fond; on peut encore avoir recours à l'incinération. La sophistication par les substances organiques est plus difficile à spécifier, quant à la nature de ces dernières ; on reconnaît seulement qu'il y a mélange. Aussi faut-il avoir soin de déterminer la valeur tinctoriale de la garance. On a recours dans ce but aux essais proposés par Girardin, par exemple, essais qu'on trouvera décrits en détail dans le Dictionnaire des altérations et falsifications par Chevallier et Baudrimont, 5^ édit., Paris, 1878, p. 488, ou encore à Yalizarimétrie, imaginé par Thibierge pour titrer la garance.
g III. Chimie. La garance desséchée, c'est-à-dire privée des 78 à 80 pour 100 d'eau que renferme le racine fraîche, présente la même composition chimique que cette dernière, si ce n'est que les principes colorants se trouvent à un état différent.
Un grand nombre de chimistes, entre autres Kuhlmann, Robiquet, Schunck, Girardin, Runge, Schutzenberger, Kopp, Buchholz, etc., se sont occupés de l'étude chimique de la garance; nous donnerons sa composition d'après l'analyse qu'en a faite Kœchliu. Ce chimiste a trouvé, pour 100 parties de garance sèche du commerce : parties solubles dans l'eau froide, 55; parties solubles dans l'eau bouillante, 3; parties solubles dans l'alcool, 1,5; parties insolubles (ligneux) dans l'eau et l'alcool, 38. Les principes solubles dans l'eau froide sont : la glycose, la saccharose, des gommes et mucilages, de l'albumine, une matière azotée précipitable par l'alcool et jouant le rôle de ferment soluble (érythrozyme), de la chlorogénine ou acide rubichlorique se dédoublant par l'ébuUition avec les acides minéraux étendus en glycose et en un produit vert
712 GARANCE (chimie).
foncé insoluble ; des tartrates, malates et citrates alcalins, des matières extractives indéterminées, des glycosides colorants, enfm des sels alcalins à acides minéraux, tels que carbonates et phosphates de potasse et de chaux, sulfate de potasse, chlorure de potassium, phosphate de magnésie.
Les principes solubles dans l'alcool et l'eau bouillante consistent surtout en résines et en matières colorantes.
Enfin la portion insoluble se compose de cellulose, 19 à 23 pour 100; de pectose, 2 à 3 pour 100 ; d'acide pectique libre, 5 pour 100, et d'acide pectique combiné à la chaux, 1,5 à 2 pour 100.
La garance soumise à l'incinération fournit un résidu variant de 7 à 10 pour 100, et constitué par des substances minérales, dont la proportion varie selon le sol où la garance a été cultivée et qui influent notablement sur les qualités du produit.
Voici la composition des cendres de deux échantillons de garance, provenant l'un d'Avignon, l'autre d'Alsace.
100 grammes de garance d'Avignon ont donné S^^TÔ de cendres, contenant :
Sels soluljles dans l'eau (carbonates, chlorures, sulfates de
potasse et de soude) 4,06
Silice 0,15
Phosphate de chaux et alumine 0,80
Carbonate de chaux 3,60
Perte 0,15
100 grammes de garance d'Alsace ont donné 7«'',2 de cendres, contenant :
Sels solubles dans l'eau (carbonates, chlorures, sulfates de
potasse et de soude) 4,25
Silice 0,Co
Alumine avec un peu de phosphate de chaux 1,33
Carbonate de chaux 0,87
Perle • 0.12
Il ressort de ces analyses que la garance d'Alsace donne une cendre trèspauvre en carbonate de chaux, comparativement à la garance d'Avignon.
Au point de vue des matières colorantes, les garances de diverses provenances se compoi'tent aussi très-différemment, comme nous le verrons plus loin.
D'une manière générale, la racine fraîche renferme les composés colorants sous une autre forme que la racine sèche ou la garance moulue et séchée. Decaisne a démontré que, tant que la racine de garance n'est pas séparée de la tige, elle ne contient pas de matière colorante rouge, mais qu'elle est remplie d'un liquide jaunâtre d'autant plus foncé et plus abondant, que l'âge de la plante est plus avancé. Il est facile de s'en rendre compte en examinant au microscope une tranche mince de racine fraî'jhe; on n'y distingue point de trace de matière colorante, mais les cellules apparaissent pleines du liquide jaunâtre que nous venons de mentionner. Au contact de l'air, il se trouble, devient granuleux et insoluble dans l'eau, et se colore en rouge. Il semble résulter de là que toutes les substances qu'on retire de la garance ne préexistent réellement pas dans cette racine, mais qu'elles l'ésultent de l'oxydation d'une substance première qui est jaune.
Pour acquérir toute sa puissance tinctoriale, la garance doit subir un commencement de fermentation; mais il arrive un moment où cette force colo-
GARANCE (chimie). 715
rante atteint son maximum pour diminuer ensuite. Ces faits sont bien connus des teinturiers.
La combinaison soluble des pigments de la garance appartient à la classe des glycosides. Schunck a isolé l'un de ces glycosides, le rubian, probablement à l'état impur. Sous l'influence de divers agents, eau bouillante, acides minéraux étendus, alcalis, ferments spéciaux, le rubian se dédouble en glycose d'une part et en alizarine, purpurine, etc., de l'autre (voy. Rubiak). De son côté, Rochlcder a isolé un principe cristallisable, également un glycoside, Vacide rubérythrique, susceptible de se dédoubler en glycose et en alizarine. Pour ce chimiste, le rubian ne serait autre chose que de l'acide rubérythrique impur, et il en serait de même de la xanthine de lliggin et du jaune de garance de Runge [voy. Rubérythrique {Acide)].
D'après les recherches les plus récentes, la composition de l'acide rubéry- Ihrique étant donnée par la formule C-®H**0'*, le dédoublement, en glycose et en alizarine s'exprime par l'équation suivante :
fMjjEsoii 4 2IP0 = Ci*H*0* 4- ^CHi^O"]
Acide rubéiythiique. Alizarine. Glycose.
Cependant l'acide rubérythrique n'est pas le seul glycoside contenu dans la racine fraîche de garance ; c'est ce qui résulte des travaux des cbimisles désignés plus haut, et particulièrement de ceux de Kopp [Bull, de la Soc. industr. de Mulhouse, t. XXXI, p. 145) ; d'après ces travaux, un grand nombre de glycosides colorants, faciles à altérer, accompagnent dans la racine fraîche le glycoside alizarique (acide rubérythrique), plus stable. Les expériences de Kopp n'ont porté que sur la garance d'Alsace fraîchement préparée. Celle-ci, traitée par de l'eau chargée d'acide sulfureux, pour arrêter l'action dédoublante de l'érythrozyme, est débarrassée de tous les pigments solubles. Le liquide filtré est jaune. En ajoutant 2 à 3 pour 100 d'acide chlorhydrique et chauffant à 60 degrés centigrades, on obtient un précipité de flocons rouges, formés d'un mélange de purpurine, de pseudopurpurine et d'un pigment orangé, sans aucune trace d'alizarine. Mais en portant la température à 100 degrés, il se sépare de l'alizarine, mélangée avec de la chlorrubine ou alizarine verte. Il en résulte que le glycoside alizarique est plus stable que les autres.
En résumé, la garance conservée depuis quelque temps ne renferme plus de pigments solubles, mais les substances colorantes suivantes :
1 " Alizarine. 11 a été traité de ce corps dans un article spécial de ce Dictionnaire. Depuis lors, il a été l'objet de nouvelles recherches, et sa formule primitivement admise, C'-H^O'' (C--HW en équivalents), doit être modifiée d'après les derniers travaux de Libermann et Graebe. Ces chimistes ont en effet réussi à obtenir l'alizarine par synthèse en partant de l'anthracène, C^*H"'. Ayant remarqué que, chauffée avec du zinc en poudre, l'alizarine perd son oxygène et se transforme en anthracène, ils tentèrent l'opération inverse, et obtinrent par oxydation de l'antliracène, de l'anthraquinone C'*H'*0'; ce dernier, transformé en bibromanthraquinone C^*H^Br-0% puis chauffé avec de la potasse, leur a donné de l'alizarine artificielle :
C^*H«Br^O- + 2KH0 = 2BrK -{- C^^H^O*
Bibromanthraquinone. Alizarine.
DICT. F.NC. 4* S. VI. 46
Acide antliraquino-
disuUureux.