‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.43Chapitre 26 sur 61 · L. Hn · texte numérisé non relu

L. Hn

GEISSOSPERML'M (AlLEM., Diss. [1845], C. icon.). § I. Botanique.

Genre d'Apocynacées, série des Plumériées, dont les fleurs, hermaphrodites et régulières, ont un calice 5-partite, accompagné en dedans de sa base d'un anneau de poils ; ses divisions sont étroites, aiguës ouacuminées. La corolle est hypocratérimorphe, à tube dilaté vers le point qu'occupent les étaniines, et garni supérieurement de plis qui obturent en majeure partie sa gorge dépourvue d'écailles. Le limbe est partagé en cinq lobes tordus. Les cinq étaniines s'insèrent au-dessus du milieu du tube de la coi'oUe; elles ont des anthères libres, aiguës, lancéolées, à loges obtuses, non appendiculées. Le gynécée, non accompagné d'un disque, est formé de deux carpelles libres, très-velus, multiovulés, unis plus haut en un style filiforme, dont le sommet stigmatifère est renflé en une masse ovoïde, sans anneau, surmontée d'un apiculc bilobé. Les ovules sont rangés, dans chaque carpelle, sur deux séries verticales. Le fruit est formé de deux carpelles, ou d'un seul, bacciformes, divariqués, ovoïdes, acuminés, chargés d'abord de poils soyeux cendrés, puis glabres à la complète maturité. Les graines sont peltées, entourées d'une pulpe molle, ovales ou arrondies et sans aigrette, dit-on. Leur albumen est peu abondant, et leur embryon, à radicule supère, a des cotylédons foliacés. Ce sont des arbres de l'Amérique tropicale méridionale, à rameaux et feuilles pubescents. Leurs feuilles sont alternes, acuminées, penninerves. Leurs fleurs sont groupées en cymes pédonculées, oppositifoliées ou latérales, de petite taille ordinairement, souvent chargées d'un duvet soyeux et blanchâtres. On connaît jusqu'ici deux Geissosperimnn. L'un d'eux est de la Guyane : c'est le Thyrsanthns sericeus Sag. L'autre, plus anciennement connu, est une plante des environs de Rio-Janeiro, que le P. Vellozo a figurée dans l'Atlas du Flora flumiitensis (III, t. 18), sous \e nom àeTaherncemontanaJœvis. Aussi lui avons-nous donné le nom de Geissospermum lœve. F. Alleraâo le nomme G. Vellosii. Son écorce est depuis assez longtemps célèbre au Brésil et vantée

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comme astringente et fébrifuge, sous le nom de Pao-Pereira. Giiibourt l'avait décrite sous le nom de Vallesia inedita {vo^.Drog. simpl., éd. 7, II, 576). Les caractères de l'écorce sont, d'après lui, les suivants : « En morceaux longs de 05 centimètres, souvent très-larges et presque plats. La couche subéreuse est marquée de profondes crevasses longitudinales et couverte d'un épiderme -ris jaunâtre. La substance en est fauve, spongieuse, presque insipide. Le liber est formé de lames plates, appliquées les unes sur les autres, faciles à séparer, mais difficiles à rompre, d'un jaune foncé et d'une forte amertume. » Les leuilles de l'arbre sont aussi d'une amertume assez prononcée. Le bois sert aux constructions.

Le G. Iteve a été trouvé dans les forêts vierges de la Serra de Garacino, près de Rio-Janeiro. C'est un grand arbre, à écorce araère, de couleur ocracée. Les rameaux sont tortueux et étalés, 2, 3-chotomes. Dans leur jeunesse, ils sont couverts d'un fin duvet cendré, qu'ils perdent ensuite. Les feuilles sont oblonf'ues-elliptiques, acuminées aux deux extrémités, avec un pétiole de longueur médiocre. Elles possèdent aussi ce fin duvet qu'elles perdent plus tard. Elles atteignent jusqu'à près d'un décimètre de longueur. Les fleurs ont un centimètre et demi de long. Leur calice est quinconcial, et, dans leur corolle, c'est le bord droit qui recouvre le gauche des lobes, dans la préfloraison. Le filet très-court des anthères est presque basifixe. Par tous ses caractères, cette plante se rapproche beaucoup des Malouetia, des As-pidosperma et même de certains Tabernœmontana. H. Bn.

Bibliographie. — î)G.,Prodr., VIII, 575. — M. arc, in Mart. FI. bras., VI, p. I; 90, t. 28. Bëntu. et HooK., Gen. plant., Il, 707, n. 48. — Rosexth., Sijnops. pi. diaplwr., 571.

8 II. Action physiologique. L'emploi médical du pao-pareira au Brésil remonte à l'époque oîi le professeur Joaquim Silva en a fait connaître les propriétés antipyrétiques et antipériodiques. MM. Bochefontaine et de Freitas ont cru intéressant d'étudier l'action physiologique de cette plante et du principe actif qu'elle contient. Dès 1858, Ezequiel Santos, aujourd'hui professeur de pharmacologie à la Faculté de médecine de Rio-Janeiro, avait extrait de l'écorce du pao-pareira un alcaloïde auquel il donna le nom de péreirine et qui est d'un usage habituel dans la capitale du Brésil. Cet alcaloïde, que M.W. Bochefontaine et de Freitas proposent de désigner sous le nom de geissospermine ou de geissine piir abréviation, se présente sous la forme d'une poudre jaune foncé, amorphe, peu soluble dans l'eau, très-soluble dans l'alcool et le chloroforme ; elle est douée d'une saveur dont l'amertume paraît dépasser celle de la quinine. Du reste, l'écorce des tiges et les feuilles sèches présentent une saveur également amère, rappelant celle du quassia amara. Toutes ces parties renferment l'alcaloïde en question, comme l'ont vérifié les auteurs que nous venons de citer. La macération des feuilles dans l'alcool à 36 degrés Cartier, traitée par les réactifs de Bouchardat et de Walser, a laissé déposer le précipité caractéristique de la présence d'un alcaloïde. Mais la macération alcoolique étant fortement colorée en vert par la chlorophylle, on a traité par les mêmes réactifs la macération aqueuse d'une forte pincée de feuilles concassées. Cette macération, filtrée, présente la coloration brune limpide d'une solution faible de geissospermine ou de l'extrait aqueux ou alcoolique de l'écorce des tiges. Le réactif de Walser y détermine un précipité assez abondant, celui de Bouchardat un précipité brun rapidement redissous. Les feuilles renferment donc une certaine quantité

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de geissospermine, qui y est beaucoup moins abondante, il est vrai, que dars l'écorce des tiges, comme l'ont prouvé les phénomènes d'intoxication sur les grenouilles.

Les expériences de MM. Bochefontaine et de Freitas ont été pratiquées dans le laboratoire de pathologie expérimentale de M. Vulpian et ont porté sur l'extrait hydro-alcoolique de geissospermine dissous dans l'eau ou dans l'alcool, ainsi que sur les extraits alcoolique et aqueux, la teinture alcoolique et la macération aqueuse de l'écorce; les résultats obtenus ont été les mêmes dans tous les cas.

Les animaux sur lesquels a été étudiée l'action de ces préparations sont des batraciens (grenouilles) et des mammifères (cobayes et chiens) ; on avait recours généralement à des injections hypodermiques ; sur les chiens on a pratiqué en outre des injections intra-veineuses et on a pris les tracés hémodynamomélriques. Nous donnerons ici la relation des expériences les plus importantes publiées par MM. Bochefontaine et de Freitas dans les Mémoires de la Société de biologie, 6" série, t. IV, p. m, 1877 {Recherches sur Vaclion physiologique du pao-pereira).

1» « Grenouille verte de moyenne taille. A deux heures trente minutes, on injecte sous la peau de la patte gauche, vers le pied, une solution contenant 2 milligrammes de geissospermine (deux divisions de la seringue de Pravaz, contenant 1,3 centimètres cubes et divisée en quarante parties).

ii Deux heures quarante minutes. Faiblesse très-grande dans les mouvements; placée sur le dos, la grenouille ne peut pas revenir à sa position normale. Ses mouvements respiratoires hyoïdiens sont normaux. Le pincement des orteils de la patte postérieure droite produit des mouvements réflexes; celui des orteils du côté gauche a besoin d'être très-fort pour produire ces mouvements, qui sont moins énergiques que du côté droit.

« Deux heures quarante-six minutes. La grenouille est complètement inerte; conservation des mouvements respiratoires. Les mouvements réflexes sont trèsaffaiblis. Les cœurs lymphatiques continuent de battre normalement. Le nerf sciatique droit est mis à nu et soulevé sur une baguette de verre; on l'électrise avec la pince de Pulvermacher, et on voit se produire des mouvements de la patte correspondante. Les muscles, électrisés à travers la peau, se contractent énergiquement.

« Deux heures cinquante-trois minutes. Arrêt des mouvements hyoïdiens. L'excitation mécanique des membres postérieurs ne produit plus de mouvements réflexes ; on peut encore en obtenir par la même excitation des membres antérieurs. Les battements des coeurs lymphatiques sont moins fréquents .

« Trois heures. Les mouvements réflexes, qui survenaient encore sous l'influence des excitations des diverses parties du corps avec l'acide acétique ou la pince de Pulvermacher, ne donnent lieu à aucun mouvement réflexe. L'examen du nerf sciatique à l'aide de la pince de Pulvermacher donne les mêmes résultats qu'à deux heures quarante-six minutes. La contractilité musculaire est intacte. Les battements des cœurs lymphatiques sont très-faibles et très-lents.

« Trois heures vingt minutes. Les cœurs lymphatiques sont arrêtés. Le cœur sanguin bat encore, mais lentement. L'électrisation du nerf sciatique avec la pince de Pulvermacher ne produit plus de mouvements des orteils de la patte correspondante. Les muscles répondent encore à l'électrisatio:!. « Le lendemain la grenouille est trouvée morte. «

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Donc action locale nulle, abolition des mouvements volontaires d'abord, des mouvements réflexes ensuite, avec conservation de la contractilite' musculaire.

Cette expérience prouve en même temps que l'action paralysante ne porte pas sur les nerfs moteurs, puisque l'excitation du nerf sciatique provoque encore des mouvements du membre correspondant alors que les mouvements spontanés ont cessé aussi bien que les mouvements réflexes provoqués par les excitations mécaniques, chimiques et physiques.

2" « Grenouille verte [Rana esculenta) de petite taille. « On lie, par la région lombaire, l'artère iliaque primitive droite. Immédiatement après, à qnatre heures douze minutes, on injecte sous la peau du bras droit une solution contenant 2 milligrammes de geissine.

« Quatre heures seize minutes. Faiblesse très-grande des mouvements ; la grenouille ne peut pas revenir à son altitude primitive quand on la place sur le dos. L'excitation de chacune des pattes postérieures produit des mouvements réflexes normaux dans ces membres.

« Quatre heures vingt-trois minutes. Inertie complète. Les mouvements réflexes sont affaiblis; que l'on excite l'une ou l'autre des extrémités postérieures, le résultat est le même. Les mouvements respiratoires hyoïdiens sont moins fréquents qu'avant l'expérience.

« Quatre heures vingt-sept minutes. Arrêt des mouvements respiratoires. Les mouvements réflexes sont encore plus faibles qu'à quatre heures vingt-trois minutes.

« Quatre heures trente-cinq minules. Le nerf sciatique gauche est mis à nu. Son excitation avec la pince galvanique de Pulvermacher produit des mouvements dans la partie correspondante et les yeux s'enfoncent dans l'orbite. Les muscles se contractent très-bien sous l'influence de l'électricité. L'excitation mécanique ou électrique des diverses parties du corps ne produit des mouvements réflexes que dans les globes oculaires.

« Quatre heures quarante-huit minutes. Les mouvements réflexes sont abolis. On peut exciter mécaniquement, avec l'acide acétique ou avec la pince de Pulvermacher, les différentes parties du corps, et l'on n'obtient rien; les yeux de la, grenouille sont enfoncés dans les orbites et recouverts par les paupières inférieures.

"« Cinq heures. L'excitation galvanique du nerf sciatique gauche ne produit plus de mouvements des orteils de la patte correspondante. On met le sciatique droit à nu, et on l'examine avec le même excitant : pas de mouvements des orteils ; il y a des contractions dû muscle crural. Les muscles des différentes parties du corps réagissent sous l'influence de l'électrisation. « Le lendemain matin, la grenouille est trouvée morte. » Même série de phénomènes que dans l'expérience {irécédente ; mouvements volontaires abolis en premier lieu, mouvements réflexes (mouvements d'enfoncement du globe oculaire dans l'orbite) abolis ensuite, c'est-à-dire abolition successive des fonctions du cerveau et de la moelle. Action sur le svstème nerveux périphérique nulle. Les nerfs sensibles restent intacts, car leur excitation du côté intoxiqué et du côté non intoxiqué provoque des phénomènes réflexes absolument identiques.

5° « On a enlevé chez une grenouille les deux hémisphères cérébraux, et sur

une autre on a extirpé complètement l'encéphale, en avant du bulbe rachidien.

« Lorsque la stupeur produite par l'opération a été dissipée, ces grenouilles

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ont repris leur altitude liabituclle. L'excitation des orteils produisait des mouvements réflexes exagérés ; placées sur le dos, elles revenaient brusquement à leur attitude normale. Mises dans un vase plein d'eau, elles nageaient tout d'abord, puis s'arrêtaient au bout de peu de temps, et restaient immobiles jusqu'à ce qu'une nouvelle excitation vînt les faire sortir de leur immobilité. Si, lorsque la grenouille est sur le ventre, dans la station normale, on met dans l'extension l'un ou l'autre membre postérieur, la grenouille ramène aussitôt ce membre près du tronc dans la flexion.

« Après avoir constaté ces h'ûs, on a injecté sous la peau de la jambe de chaque grenouille une solution contenant 2 milligrammes de geissosperra ine (deux divisions de la seringue de Pravaz divisée en ijuarante parties).

« Les mêmes phénomènes qui sont mentionnés dans les deux premières expériences se sont manifestés dans le même ordre : d'abord l'impossibilité de conserver l'attitude normale, puis inertie absolue, avec arrêt des mouvements respiratoires hyoïdiens et affaiblissement considérable des mouvements réflexes, qui ont Uni par être abolis au bout d'un certain temps.

« L'excito-motricité du nerf sciatic[ue et la contractilité musculaire, examinées avec la pince de Pulvermacher, alors que la paralysie était complète, étaient conservées. »

11 résulte de cette double expérience que la gcissosperminc agit directement sur la substance grise de la moelle cpinière et du bulbe pour en diminuer ou en abolir les propriétés physiologiques. L'action sur l'encéphale est suffisamment démontrée par la disparition des mouveinents volontaires au début de l'intoxication.

Les expériences sur les mammifères ont donné des résultats analogues.

Pour présenter les faits dans leur ensemble, nous ne pouvons mieux faire que de donner un aperçu des conclusions de la note publiée par ces habiles expérimentateurs dans les Comptes rendus de VAcaclémie des sciences, t. LXXXV, p. 412, 1877 {Note sur l'action physiologique du pao-pareira, geissospcrmum Iseve Bâillon).

I. La geissospermine ne paraît pas posséder d'action locale irritante, ou tout au moins cette action est tiès-faible, circonstance importante qui permet d'espérer que l'usage de cet alcaloïde par la méthode hypodermique pourra être introduit dans la théi'apeutique, surtout quand on l'aura obtenu à l'état de pureté.

II. La geissospermine est une substance toxique douée d'une grande activité. 14 centigrammes de cet alcaloïde, en injection hypodermique, suffisent pour paralyser les mouvements volontaires d'un chien de petite taille ; à la dose de i centigramme il a tué un cobaye adulte du poids de 668 grammes ; enfin 2 milligrammes de cette substance ont déterminé la mort chez les grenouilles, et il a suffi de 1/2 milligramme pour paralyser ces animaux.

III. Dans plusieurs expériences la geissospermine a déterminé un ralentissement des battements du cœur, fait qui a été observé cliniquement par José Silva et Gonçalvez Ramos. La pression artérielle intra-carotidienne a été notablement diminuée.

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