GÉLOSE (chimie
provision, ils en enlèvent au moyen d'un lavage les parties salines et d'autres impuretés, après quoi ils plongent la matière dans l'eau chaude, où elle se dissout parfaitement pour se coaguler après le refroidissement en gele'e parfaite. Celte gelée, une fois réchauffée, se liquéfie de nouveau et forme au besoin un ciment très-fort, utilisé dans divers buts industriels. Celui qui motive cet article, c'est l'application inventée par une fabrique de Paris à la composition d'une fausse confiture de groseille, dite gelée groseillée, dans laquelle l'acide est fourni par l'acide malique, le principe sucré par une variété de glucose, le principe colorant par les pétales de la rose tréraière, et le principe pectique par la colle du Japon. Cette falsification a été découverte fort ingénieusement par M. Ch. Ménier. Il a reconnu la nature de la matière colorante à la présence dans la confiture suspecte des gros grains de pollen des Jlalvacées, et l'origine de la gélatine à la présence d'une diatoniée spéciale aux côtes du Japon, Y Arachnoïdiscus ornatus, qui accompagne toujours les algues de ce pays.
Le gélin renferme une grande quantité d'aiguës différentes, réunies sous la dénomination vulgaire de Mousse du Japon : algues qui ne sont pas encore toutes connues, et dont la constatation est due à la collaboration discrète que notre algologue le plus distingué, M. le docteur Ed. Bornet, a apportée aux travaux de M. Ménier et de M. Marchand. Les algues qui prédominent dans la colle du Japon sont des Gelidium [G. corneum, G. polycladum, etc.); mais il s'y trouve aussi beaucoup d'autres Floridées {Glœopeltis, Endocladia, Gracilaria, Laurencia, Ceramhnn, Scytosiphon lomentarius J. Ag., Sporacanthus cristatus Kiitz., Centroceras clavulatum J. Ag., plusieurs Polysiphonia, etc.). Dans les îles de la Sonde, VAgar-agar, que l'on récolte en abondance à Singapour, et qui entre dans l'alimentation, est principalement constitué par des espèces du genre Encheuma, notamment par VE. spinosum J. Ag.
La colle du Japon se présente sous deux aspects différents qui ont été bien indiqués par M. D. Hanbury; ce sont tantôt des baguettes comprimées irrégulièrement, demi-transparentes, d'un blanc jaunâtre; tantôt des bandes longues et ridées d'un huitième de pouce de diamètre, substance plus blanche que la pré cédenteet plus facilement soluble. Il est probable que des applications nouvelles en seront proposées, du moins pour l'usage médical ; il serait bien facile défaire de la gelée alimentaire des Algues le véhicule de préparations iodées, puisque l'iode lui est combiné dans la nature, et même de préparations vermifuges ou sulfureuses ; et cela d'autant mieux que la récolte des algues commence à se faire pour l'industrie sur les côtes de France. Eug. Fourmer.
Bibliographie. — Turxer. Historia Fucorum. — J. G. Agardh. Algœ maris Medilerranei et Adriatici. — Du même. Species, gênera et ordines Algarum, t. III. — G. von Mertens. Preussische Exp. nacli Ost-Asien : Die Tange, 1866. — Scrixgar. Illustration des espèces et formes du genre d'algues Gloiopellis. In Musée bot. de Leyde, vol. I, 1871. — Hanbury. Science paper s, chiefly pharmaceutical and botanical, 1876. — [Ch. Méxier. Falsification de la gelée de groseilles du commerce découverte par les diatomées. Nantes, 1S79. — L. Marchand. Note sur la phycocolle ou gélatine végétale produite par les algues. In Bull. Soc. bot. Fr., 1879, séances, p. 287 et suiv. — Lafaurie. Sur un procédé de préparation du sulfure de carbone à l'état solide pour le traitement des vignes phylloxérées. In Comptes rendus, séance du 13 décembre 1880. F.
§ II. Chimie. Le iiom de gélose rappelle une propriété essentielle qui est de se dissoudre dans l'eau chaude et de se prendre en une gelée incolore et diaphane parle refroidissement. Lagélosepeut ainsigélatiniser 500 fois son poids d'eau, c'est-à-dire dix fois plus que ne le ferait la meilleure gélatine animale.
GELOUS. 245
Pour retirer la gélose de l'algue de Java, on débarrasse celle-ci de plusieurs matières étrangères par des traitements à l'acide clilorhydrique faible ou à l'acide acétique, à l'eau et à l'ammoniaque faible, puis on épuise le résidu par l'eau bouillante, qui en extrait 58 pour 100 de gélose.
La gélose est une substance amorphe, insoluble dans les carbonates alcalins, la potasse, l'amnioniaqiie, l'alcool, l'eau froide et les acides étendus froids. Elle est soluble dans l'eau bouillante et se prend, comme on l'a vu plus haut, en gelée par le refroidissement.
Calcinée, la gélose répand une odeur de gomme brûlée et laisse 5,88 pour 100 de cendres (d'après M. Morin, et 5,-5 d'après M. Porumbaru). Séchée à l'air, elle perd encore 22,85 pour 100 d'eau à 100 degrés.
Quanta sa composition élémentaire, voici les résultats obtenus par Payen et par M. Porumbaru :
PAÏEN. POnOMBARU'.
Carbone 42,17 11,54
Hydrogène 5,77 6,36
Oxygène 51.46 49,b0
Ces analyses conduisent à la formule C4P^0', qui est celle de l'amidon et de ses congénères ; c'est à cette classe de composés que M. Porumbaru rattache la gélose, tandis que M. Morin l'assimile aux gommes.
L'eau renfermant de 1 à 10 grammes d'acide sulfurique par litre dissout la gélose à l'ébullition et la solution ne se prend plus en gelée par le refroidissement (Morin). L'eau seule, par une ébuUition prolongée, produit le même effet. La solution obtenue réduit le tartrate cupro-potassique. L'action de l'eau à 150 degrés sous pression donne naissance à une matière ulmiijue et à une solution réductrice qui renferme un composé très-hygroscopique, lévogyre, non fermentescible et ayant pour composition C'IP'^O^-hir-O; le pouvoir réducteur de ce composé est égal à celui de la glucose (Porumbaru).
La solution de gélose dans l'acide sulfurique au millième environ est d'abord lévogyre et son pouvoir rotatoire, pour une solution au centième et pour une longueur de0'",20,est égal à — -4°15'. Par une ébullition prolongée, le pouvoir rotatoire change peu à peu pour devenir dextrogyre et égal à H-4"10'. La solution dextrogyre réduit la liqueur de Fehling, le bichlorui'e de mercure et le chlorure d'or. Quant à la solution lévogyre, l'alcool en précipite la gélose, mais incomplètement (Morin).
Traitée par l'acide azotique étendu de son poids d'eau et bouillant, la gélose fournit de l'acide mucique et de l'acide oxalique.
La gélose, désignée quelquefois dans le commerce sous le nom de Ta-ù et sous le nom impropre d'isinglass (colle de poisson), a trouvé deux applications assez importantes : elle sert à préparer des gelées alimentaires (voy. § I) et elle est employée comme apprêt pour certains tissus. Ed. Willm.
Bibliographie Payex. Comptes rendus, t. XLIX, p. 521. — JIorix. Ibid., t. XC, p. 1080.—
roRuiiBARD. Ibid.,i. XC, p. 1081. Ed. W.
GELOUS (SiGisMo^iD). Médecin, poète et mathématicien à Epéries, dans la Hongrie, naquit près de Torda, en Transylvanie. Il fut conseiller de la cour
' Déduction faite des cendres.
246 GEMMA (les).
impériale et mourut à Presbourg le 14 mars 1569. Voici les titres de ses ouvrages d'après la biographie médicale :
I. Qiiœstio : an honesta natura sint, an vero opinione? Ticini, 1549. — II. Hisloria Francise/ Spirœ Civitatulani, qui ob [idei sanioris abiiegationem in summum incidit desperationem. Basileje, 1550. — III. Galeoti Martii Narniensis comment avi us de Matthice Corvini Huiigariœ Régis, egregie, sapien(ei\ jocose diclis el factis. Viennœ, 1563. — IV. Traduction latine de ïOresie d'Euripide (Bàle, 1550). L. H.\.
GELSEmiiJitl (Jussieu). Genre de plantes Dicotylédones dont les véritables affinités ont été très-discutées. On les a regardées comme des Rubiacées à ovaire libre, des Scrofulariées, des Apocynées, des Gentianées, des Acanthacées. Finalement, M. A. de Candolle, dans le Prodromus, et MM. Bentham et Hooker dans leur Gênera^ les ont fait rentrer dans les Loganiacées, où elles sont devenues le type de la tribu des Gelsémiées.
Les caractères de ces plantes sont les suivants : calice à 5 divisions ; corolle obliquement infundibiluforme à 5 lobes imbriqués dans la préfloraison ; 5 étamines à anthères sagittées ; style long divisé en deux branches linéaires bifides. Le fruit est une capsule aplatie, ellipsoïde, à deux loges, s'ouvrant en deux valves septicides et contenant dans chaque loge des graines suborbiculaires, entourées d'une aile large, et contenant un embryon droit dans un albumen charnu.
Les Gelsemium sont des arbrisseaux volubiles, à feuilles opposées, ovales ou lancéolées, entières sur les bords, à grandes fleurs jaunes odorantes rappelant celles du Jasmin, d'où leur nom de Gelsemium, venu de l'italien Gelsemino. C'est le faux jasmin ou Jasmin jaune des États-Unis.
L'espèce la plus connue est le Gelsemium semperinrens Ait. {Gelsemium aitidum Mich.), qu'on trouve dans les terrains riches et humides de la Virginie et des États du Sud. C'est un arbuste grimpant, à feuilles luisantes courtement pétiolées, à cymes axillaires formées de trois à cinq grandes fleurs, parfois réduites à une seule.
On emploie depuis longtemps en Amérique le rhizome et la racine du Gelsemium contre les fièvres intermittentes et les affections inflammatoires chez les enfants. En France, elle a été étudiée par M. Dujardin-Beaumetz. Pl.
Bibliographie. — Jussieu. Gênera. — E-nducmer. Gênera. — Bextham et Hookee. Gênera plant. — De Candolle. Prodromus. — Asa GrtAY. Manual of tlie Botany of the Jiorlh Unit. States, 2» édit., p. 29G. Pl.
«E^IEIIVER (Andrexs-Theodor). Médecin allemand, né à Ratisbonne, le 1^' avril 1764, mort à Kïnn le 5 janvier 1815. 11 prit le grade de docteur à Erlangue en 1786 et devint ensuite médecin de la ville et de la garnison de Ratisbonne. Il s'occupa en outre d'astronomie et durant vingt ans observa et étudia la surface de la lune. On a de lui :
I. Dissert, de vera fehrium pulridarnm notione. Erlanga^ 1786, in-4''. — II. Beobacht. der amiisleii Jitni 1797 Nachmittags eingetreisnen Sonnenfinsierniss und der dabeij vorgekommenen merkwiirdigen Erscheinungen . Regensburg, 1798, in-8°. — III. Articles dans Bode's Jahrhuch, 1802. L. llx.
GE.lIMA. Nom porté par plusieurs médecins hollandais, parmi lesquels :
Gemma (Reimer). Né à Doclumi en Frise, en 1508, d'où le surnom de Frisius, mourut le 25 mai 1555. Il fit ses premières études à Groningue, puis il
GEMPAK. 247
se rendit à Louvain où il étudia la médecine. Après avoir obtenu le titre de docteur en médecine, en 1541, il fut pourvu d'une chaire de médecine à l'Académie de cette ville, et il acquit une réputation assez notoire pour que l'empereur Charles-Quint le prît à diverses reprises comme médecin consultant. 11 lui offrit même une place à sa cour, que Gemma refusa, préférant se livrer à des études sur l'astronomie et les matliématiques, sciences qu'il avait cultivées dès sa première jeunesse avec succès. 11 a publié un certain nombre d'ouvrages d'astronomie et de géométrie et aussi quelques observations sur la goutte, insérées dans le Recueil d'Henri Garet, Francfort, 1591, in-8. A. D.
Gemma (GoRNELis). Fils du précédent, né à Louvain le 28 février 1555, fit ses études sous la direction de son père, se livra comme lui à la profession médicale, sans négliger les mathématiques, obtint en 1569 la chaire laissée vacante par la mort de Nicolas Biesius, puis fut reçu docteur en 1570. Il s'occupa d'astronomie, de même que son père, et mourut à Louvain, de la peste, le 12 octobre 1577. Nous citerons de lui :
I. De arte cyclognomica tomi ires, philosophiam Hippocratis, Galeni, Platonis et Aristotelis in unam methodi speciem referentes. Anvers, 1569, in-4°. — II. Cosmocritice seu de naturœ divinis characlerismis, id est, raris et admirandis spectaculis, causis, iiidicus, proprietatibus rerum in partibus singulis universi. Anvers, 1575, in-i\ A. D.
GEMMATIOX. {Gemma, bourgeon.) Reproduction par gemmation ou bourgeonnement. On appelle gemmiparité (de parère, produire) la génération par des gemmes {voy. Génération). D.
GEMME. En botanique, organes d'oiî sortiront les pousses nouvelles, {voy. Bourgeon'). Dans l'industrie, on donne le nom de gemme à la térébenthine brute, celle qui est encore mêlée à des matières étrangères. En zoologie, les gemmes sont les renflements qui se développent sur les côtés de certains polypes en constituant un mode de reproduction {voy. Génération). D.
GEMMIPARITÉ. Mode de génération par gemmes en bourgeons {voy. Génération) . D.
GEMPAK (Sougita). Célèbre médecin japonais, né dans la première moitié du dix-huitième siècle. 11 était fils d'un savant distingué par ses vastes connaissances, et qui avait rempli les fonctions d'interprète pendant plusieurs années. Gempak étudia à Myako, où il avait déjà acquis une certaine réputation parmi ses confrères en pratiquant la médecine suivant la méthode japonaise, lorsqu'il apprit que les Hollandais, qui commerçaient alors avec le Japon, étaient trèshabiles dans l'art de traiter les maladies, par cela même qu'ils étaient trèsversés dans l'anatomie du corps humain et qu'ils rejetaient toutes les doctrines superstitieuses et les vieux préjugés des Chinois. 11 résolut donc de se rendre familière la langue hollandaise, ce qui lui coûta beaucoup de peine ; il parvint cependant à la lire couramment, grâce aux conseils et à quelques leçons que lui donnèrent plusieurs Hollandais que des circonstances particulières avaient amenés à Myako. Dès qu'il fut à même de comprendre des ouvrages scientifiques, il s'efforça d'en acquérir une petite collection, à la factorerie hollandaise. Ayant obtenu par ce moyen un exemplaire de la traduction en hollandais des Anatomische Tabellen du médecin silésien Adam Kulra {mit Anmerk. und Kpf.,
^iS GEiSClVES (AKATOMiE ET physiologie).
Leipzig, 1759), il en fit la traduction. La préface qu'il joignit à son travail est datée du 3^ mois, en automne, dans la 2' année de l'ère impériale An-yéi (1773). Nous possédons, dit L. de Rosny-Fouqueville, un exemplaire de celte version orientale, qui parut sous le titre de Kaï-teï-Sin-syo (Nouveau traité d'anatoniie), en 5 volumes grand in-8°, dont un de planclies, qui, malgré l'indulgence que réclame le dessinateur japonais pour leur médiocre reproduction, n'en sont pas moins dessinées et gravées avec une exactitude et une beauté des plus remarquables. On voit également mentionné sur le catalogue du libraire japonais chez lequel se trouve le Kaï-teï-Sin-syo, annoncé comme publié par Sougita Gempak, le Ka'i-teï-Yak-dzon, tableaux abrégés d'anatomie, comprenant cinq pièces. A une solide connaissance du liollandais et à une grande. habileté pour lire et rédiger le chinois Gempak joignait quelques notions importantes sur les sciences européennes, dont on appréciera surtout la valeur, si l'on fait attention au pays et au temps où il vivait. A ces mérites on doit ajouter encore celui d'avoir su, l'un des premiers, faire comprendre l'importance des découvertes et des progrès scientifiques des Occidentaux à ses compatriotes (Biogr. Didot).
GE.TiL'SAErs OU GESCii;vi<>iAL'$» (lIiEROMMus). Médecin et philologue, né à Mulhouse, en Alsace, en 1505, mort à Bàle, le 29 janvier 1543. Il fit ses études à Bàle sous Glareanus, acquit une connaissance approfondie du grec et du latin, en même temps qu'il étudia avec soin la physique et la médecine. L'Académie de Turin lui conféra en 1535 le titre de docteur en médecine. Nommé professeur de physique à Bàle, il enseigna avec un grand succès la philosophie d'Aristote. A l'époque de sa mort prématurée, il était occupé à l'étude de la langue hébraïque. Le fameux imprimeur Cratander lui avait donné sa fille en mariage, et Gemusaeus dirigea plusieurs des éditions publiées dans son officine; nous mentionnerons spécialement celle de Paul d'Éginc (Bàle, 1558, in-foL). 11 est l'auteur d'une préface et d'une Vie de Galien mises en tête de l'édition des Œuvres du médecin grec, parue à Bàle en 1538 (5 vol. iii-fol.). L. Hn.
GENCIVES. § I. Anatomûe et physiologie. On désigne SOUS le nom de gencives cette portion de la muqueuse buccale 'qui tapisse toute la partie libre de l'arcade alvéolaire des mâchoires. Elle fait donc partie intégrante de la muqueuse buccale et nous avons déjà indiqué à propos de cette dernière quelques-uns de ses caractères {voy. l'article Bouche [Anatoniie], i'^ série, t. X, p. 203).
Considérées au point de vue anatomique les gencives représentent une me mbrane qui recouvre exactement toute la partie saillante de l'arcade alvéolaire. Ses limites artificielles sont d'une part le fond du vestibule de la bouche, où la gencive se confond avec la muqueuse buccale, et d'autre part le plancher de la bouche pour la région inférieure et la muqueuse palatine pour la région supérieure.
C'est ainsi que, partie du fond de la gouttière ve stibulaire, la muqueuse gingivale se prolonge sur la face antérieure ou convexe de l'arcade alvéolaire des mâchoires en y adhérant intimement. Arrivée au bord libre des alvéoles, elle rencontre le collet des dents. Là elle forme en avant de chacune d'elles un repli semi-lunaire antérieur, de chaque extrémité duquel se détache une petite languette de muqueuse qui traverse l'interstice dentaire pour se réu-
GENCIVES (anatomie et physiologie). 249
nir du côté opposé avec les extrémités d'un même repli, le repli semi-lunaire postérieur. Ces petites languettes forment comme des ponts que sotitient le bord libre des cloisons osseuses interdentaires. La réunion l'un à l'autre des deux replis semi-lunaires forme autour de chaque collet dentaire un cercle ou anneau complet de muqueuse que laisse béant en son centre l'ablation d'une dent. Au bord de ce cercle, très-adhérent à la dent, vient s'insérer le périoste alvéolaire. Cette insertion se fait très-exactement au point où cesse le cément et où commence l'émail: il n'est donc pas exact de dire que la racine des dents déborde de quelques millimètres le bord gingival ; ce fait n'a lieu qu'à l'état pathologique. La membrane alvéolo-dentairc ne représente nullement, comme l'ont prétendu les auteurs, une continuation de la muqueuse buccale. Elle est la représentation de la paroi du follicule, laquelle, traversée au moment de l'éruption dentaire par la couronne, se fixe au collet de la dent et aux replis semi-lunaires.
Après avoir franchi le bord libre alvéolaire au moyen des languettes interdentaires, la muqueuse gingivale reprend son trajet sur la face concave ou postérieure du maxillaire à laquelle elle adhère comme à la face antérieure; puis, arrivée à la base de ce bord, elle se continue sans aucune marque de délimitation avec la muqueuse voisine de la cavité buccale proprement dite.
La gencive est remarquable par sa consistance, variable cependant aux divers âges de la vie, et par son adhérence aux plans osseux qu'elle recouvre. Mais à l'état pathologique elle perd ses caractères. Elle se ramollit et se décolle trèsfacilement dos surfaces qu'elle recouvre. La plupart des affections inflammatoires dont elle peut être le siège ont pour première conséquence, outre le décollement de la muqueuse, la rupture des ponts qui occupent les interstices dentaires, de sorte que les lambeaux, devenus libres, flottent en avant ou en arrière de l'arcade dentaire, se détruisent et laissent à nu la partie correspondante du bord alvéolaire, qui peut devenir à son tour un siège d'ostéite superficielle et d'exfoliation insensible. C'est par la combinaison de ces deux phénomènes que souvent la réparation des parties devient impossible et que la dent, privée de ses principaux éléments de protection, la paroi alvéolaire et la gencive, s'ébranle et tombe.
Chez le fœtus, à partir de l'époque qui correspond au début de la formation intra-folliculaire des dents jusqu'à celle qui précède les premiers pliénomènes d'éruption, la muqueuse gingivale présente une consistance considérable qui lui permet de résister à toutes les pressions auxquelles elle reste exposée avant l'apparition des dents de lait. Au niveau de la ligne qu'occuperont celles-ci, elle offre un épaississement gris blanchâtre, relevé en saillie ou crête tranchante, et dont le bord libre présente, d'espace en espace, de petites dépressions ou incisures qui lui donnent l'aspect un peu dentelé. C'est cette crête gingivale qui a été désignée sous le nom de cartilage dentaire [carlilago dentalis) et considérée comme réellement constituée par du tissu cartilagineux. Elle n'est cependant formée que par un tissu fibreux, recouvert d'une épaisse couche d'épithélium pavimenteux stratifié.
Plus tard, alors que l'éruption des dents est achevée, la gencive, cessant d'être directement exposée aux pressions ou aux frottements, perd beaucoup de sa consistance et se ramollit très-facilement sous l'influence des moindres irritations. Mais il n'en est pas de même chez le vieillard, car, après la chute des dents et l'atrophie des alvéoles, elle revient en quelque sorte à son état primitif.
250 GENCIVES (anatomie et puïsiologie ).
Elle se distingue alors par l'uniformité de son épaisseur, l'épaississement et le durcissement de sa couche épithéliale stratifiée, qui prend un aspect blanc ou grisâtre et devient en quelque sorte cornée, en tous points comparable aux callosités qui se produisent à l'épiderme cutané par suite de frottements répétés. Ce résultat est dû aux pressions incessantes qu'éprouvent les gencives dans les efforts de la mastication. C'est pour cette raison qu'on les trouve dépourvues de cette résistance et de cette densité lorsqu'un appareil de prothèse dentaire sert de protection aux bords alvéolaires.
Étudiée au point de vue histologique, la muqueuse gingivale doit être rangés dans la classe des membranes fibro-muqueuses. Elle est formée d'une trame de tissu conjonctif serré, plus épais que sur tous les autres points de la muqueuse buccale, formant un feutrage compacte et envoyant par sa face profonde des prolongements nombreux qui vont se confondre avec les fibres propres du périoste osseux. Ainsi donc le périoste et le derme muqueux sont en continuité directe sans interposition de tissu sous-muqueux. Cette trame est constituée par un réseau lamineuxsans éléments élastiques. Sa surface libre est recouverte d'une couche épithéliale pavimenteuse, épaisse et stratifiée et dont l'enlèvement par le raclage est en général facile. Cette couche épithéliale revêt le chorion de la gencive dans toutes ses saillies ou ondulations. Les saillies qui sont très-visibles même à l'œil nu, à la surface des gencives, interceptent des dépressions comparables aux pores de la peau, et qu'on croyait dues jadis à la présence de certaines glandes incluses dans l'épaisseur du tissu.
C'est là sans doute ce qui avait fait supposer à Serres l'existence des glandes tartariques; les gencives ne contiennent aucune glande, c'est leur caractère distinclif le plus remarquable. On aurait donc tort de conitinuer à admettre dans leur épaisseur des glandes dites mucipares, analogues à celles de la muqueuse intestinale, et de leur attribuer la production de ces enduits, considérés comme du mucus, qui se collectionnent sur le bord libre des gencives et dans les interstices dentaires, soit à l'état physiologique, soit surtout pendant le cours de certaines affections telles que les pyrexies, les maladies du tube digestif, etc. Ces prétendues glandes n'existent pas et le seul liquide sécrété que l'on trouve dans la bouche, c'est la salive.
Les enduits sont formés par des débris alimentaires, des dépôts provenant des sels calcaires, et par des cellules cpithéliales qui se détachent en assez grande abondance, lorsque le tissu gingival est enflammé, pour former une bandelette pultacée au bord libre des gencives. A toutes ces matières il faut ajouter divers microphytes et microzoaires, auxquels certaines théories attribuent un rôle plus ou moins actif dans la production de quelques maladies, soit de la muqueuse elle-même, soit des organes dentaires, la carie, par exemple. A ces divers éléments s'ajoute encore, mais surtout à l'état pathologique, un certain exsudât épithélial, liquide, plus ou moins séreux et clair, n'ayant rien d'analogue avec le mucus proprement dit.
Le système vasculaire des gencives n'est pas tiès-riche, bien que le nombre des ramuscules qui s'y répandent soit considérable; en effet, les capillaires ont un petit diamètre, ce qui explique la rareté des hémorrhagies par les lésions traumatiques de la gencive, au moins à l'état normal. Les rameaux artériels viennent pour la gencive supérieure de la sous-orbitaire et de l'alvéolaire en avant, et en arrière de la sphéno-palatine et de la palatine supérieure. Pour la
GENCIVES (pathologie). 251
gencive inférieure, les vaisseaux viennent de la dentaire inférieure, de la sousmentale et de la lin2;ùale.
L'ensemble du système sanguin n'est pas assez développé pour enlever au tissu sa densité et sa coloration pâle, mais à l'état pathologique les apparences changent singulièrement : sous l'influence de l'inflammation, le tissu gingival prend une coloration rouge plus ou moins marquée, devient mou, fongueux, et saigne au moindre contact. C'est ce que nous verrons particulièrement dans une forme de gingivite dite fongueuse.
Le système nerveux et les lympathiques n'offrent rien de particulier, et sont en tout semblables à ceux du reste de la muqueuse buccale {voy. Bouche).
E. Magitot.
§ II. Pathologie. Les particularités anatomiques qui caractérisent la gencive sont de nature à donner aux lésions qui peuvent l'atteindre une physionomie spéciale qui les différencie de celles de la muqueuse buccale en général. Toutefois, en raison de la continuité de tissu entre ces deux portions d'une même membrane, quelques affections seront nécessairement simultanées, sinon communes. Nous aurons donc chemin faisant à établir à la fois les rapprochements et les différences qu'elles pourront présenter.
Nous diviserons les maladies des gencives en trois classes : 1° les lésions traumatiques ; 2° les lésions inflammatoires; 5" les lésions organiques.
I. Lésions traumatiques. Les lésions traumatiques des gencives consistent dans les contusions, les déchirures, V arrachement.
Les CONTUSIONS résultent soit d'un choc venu du dehors, soit de l'application d'un instrument. Dans le premier cas, la gencive est rarement seule atteinte et les dents ainsi que les lèvres peuvent participer au traumatisme. La contusion présente dans ce cas tous les degrés connus : si elle est légère, elle donne lieu à un fiiible gonflement sans ecchymose toutefois, en raison de la faible vascularité du tissu, et qui se résorbe rapidement ; plus intense, elle peut être suivie du décollement et de la chute du revêtement épithélial, le derme est alors dénudé et, en l'absence d'ulcération, ce qui est rare après un traumatisme simple, il se répare ordinairement avec une grande rapidité. La contusion peut amener la mortification et la chute d'un lambeau plus ou moins étendu et qui comprend toute l'épaisseur de la muqueuse. Ce dernier accident est surtout fréquent dans la pratique de l'extraction des dents au moyen de l'instrum-ent dit clef de Garengeot. Le panneton de cet instrument s'appliquant en dedans ou en dehors sur la muqueuse gingivale, y produit des contusions de divers degrés suivant l'intensité de la pression exercée; mais celle-ci est le plus souvent assez forte pour laisser des eschares parfois très-étendues et suivies souvent d'ulcérations ou de dénudations osseuses. Cet accident toutefois, en l'absence de fractures du bord alvéolaire, ne présente pas d'ordinaire une bien grande gravité et tout se termine par une réparation plus ou moins rapide de la perte de substance.
Les DÉCHIRURES dc la gencive ont une même origine que les contusions : elles coexistent même assez souvenè sous la forme de plaies contuses. La physionomie de la lésion et aussi la conduite du chirurgien varieront cependant suivant qu'il y aura déchirure simple ou compliquée de contusion. Un lambeau simplement détaché de la surface osseuse et ne présentant pas d'état sphacélé devra être aussitôt remis en place et affronté avec les parties de muqueuse restées adhé-
252 GENCIVES (pathologie).
rentes. Cette manœuvre sera faite soit par simple application, soit à l'aide de quelques points de suture. Mais la précaution la plus importante est d'assurer le contact du lambeau avec la partie osseuse sous-jacente, afin d'éviter l'exfolialion de celle-ci. Dans tous les cas, si la gencive était préalablement saine et s'il y a simple déchirure, la réparation est la règle ordinaire. S'il s'agit d'une plaie contuse, les chances de réparation sont moindres et souvent on observe la chute du lambeau mortifié. Dans ce cas il y a encore probabilité de réparation, mais celle-ci sera lente, en raison du faible mouvement nutritif du tissu gingival, et elle sera souvent retardée par une nécrose superficielle de la paroi osseuse. Lorsque la lésion siégera au bord libre et au voisinage des dents, point où la muqueuse présente la moindre é(.aisseur et la plus faible vascularité, la chute du lambeau sera encore plus à craindre et la réparation pourra manquer absolument. La conséquence sera la résorption lente du feuillet osseux de l'alvéole et un déchaussement irréparable des dents correspondantes avec ébranlement de celles-ci. Cet accident est encore de ceux qui suivent fréquemment certaines tentatives d'extraction par la clef ou tout autre instrument prenant son point d'appui sur le bord alvéolaire.
L'arrachement complet d'un lambeau alvéolaire, s'il s'est produit sans contusion simultanée, devra se traiter, si l'on est appelé en temps utile, par la réapplication immédiate avec points de suture. C'est là une greffe véritable qui présente d'une manière générale plus de chances de réussite sur une muqueuse que lorsqu'il s'agit d'un lambeau cutané. Ajoutons que les conditions particulières d'humidité et de température de la cavité buccale sont, comme on sait, particulièrement favorables à la rapide cicatrisation des plaies, même très-étendues. Dans un cas de ce genre un vaste lambeau de près de 5 centimètres de longueur avait été détaché de la muqueuse externe du bord alvéolaire supérieur et entraîné au dehors pendant l'avulsion d'une grosse molaire : bien que le blessé n'ait été observé qu'une demi-heure après l'accident, le lambeau fut détaché de la dent à laquelle il était resté adhéi^ent, puis replacé et fixé au moyen de deux points de suture simples, l'un en avant, l'autre en arrière. Au bout de cinq jours la soudure était complète.
On devra donc, dans les divers traumatismes qui portent sur la gencive, procéder suivant des indications qui sont d'ailleurs de règle commune en matière de plaies soit des muqueuses, soit de la peau. Quant aux pansements, nous avons dit pourquoi ils nous paraissent ordinairement inutiles, la salive faisant office d'irrigation ou représentant un bain permanent éminemment favorable à ces réparations. Nous conseillons toutefois l'emploi du chlorate de potasse, médicament usuel et classique à l'égard des affections gingivales. On l'appliquera tantôt sous forme de gargarisme, à dose faible au début, 5 pour 100 d'eau, plus tard à l'état de saturation dans l'eau chaude, tantôt sous forme de compresses d'ouate imbibée des mêmes solutions.
II. Lésions inflammatoires. Les lésions inflammatoires des gencives comprennent les différentes formes de gingivites. Or l'histoire de cette maladie fait ordinairement partie des descriptions de la stomatite et comme telle est étudiée dans les traités de pathologie interne. C'est là une circonstance fâcheuse et qui n'a pas peu contribué à laisser dans l'ombre bien des états pathologiques absolument localisés aux gencives. Il est évident en effet qu'en dehors de quelques maladies générales graves (scorbut, anémie, fièvres éruptives, etc.), qui ont
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parmi leurs manifestations morbides certains états inflammatoires de la muqueuse buccale en général, le plus grand nombre des stomatites décrites par les auteurs sont toujours, soit primitivement, soit pendant toute leur durée, des gingivites proprement dites sans aucune extension au delà des limites des bords alvéolaires. Nous considérons donc comme très-importante et parfaitement justifiée la description nosographique de la gingivite et de ses formes variées, sous la réserve de mentionner, dans le cours de ces études, les cas dans lesquels il y généralisation inflammatoire à une région ou à la totalité de la muqueuse buccale, c'est-à-dire stomatite vraie.
La littérature médicale, à peu près nulle sur la question de la gingivite proprement dite par les raisons que nous venons de donner, est eu outre très-pauvre à l'égard de la stomatite. Ainsi dans le Compendium de médecine on trouve indiquées certaines formes de stomatites, érythémateiise, pseudo-membraneuse , idcéreuse, gangreneuse, mais elles sont regardées comme des affections secondaires (t. I, p. 136). Lasègue et Grisolle reproduisent à peu près la même division (Lasègue, Traité des angines, 1868, p. 21. — Grisolle, Path. int., t. I, p. 250). Ce dernier auteur signale toutefois une forme de gingivite, celle du tartre.
Delestre, en 1861, décrivit un état particulier des gencives qu'il appelle ramollissement et qu'il distingue par sa couleur tantôt rouge, tantôt jaune.
Pour nous qui avons déjà décrit la gingivite sous les différents aspects qu'elle
présente [Leçons sur la gingivite recueillies par le docteur David, in Gazette
' des hôpitaux, 1877-1879), nous allons résumer ici ces considérations qui ont
d'ailleurs donné lieu à une thèse récente qui reproduit exactement nos idées
(Bontems, tbèse de Paris, 1880).
Dans les remarques anatomiques que nous avons tracées plus haut, nous avons cherché à établir que les gencives sont formés d'un tissu spécial différent dans sa constitution du reste de la muqueuse buccale, malgré la continuité absolue des deux parties. Il ressort de là, au point de vue des phénomènes inflammatoires, qu'une stomatite généralisée épargnera très-rarement la gencive, puisqu'elle a presque toujours celle-ci comme point de départ, tandis que l'inflammation de cette dernière ou gingivite restera souvent isolée avec tous les caractères d'une maladie spéciale. C'est donc cette affection que nous voulons décrire dans toutes les variétés d'aspect et d'origine qu'elle présente.
La gingivite est caractérisée par l'inflammation du tissu gingival. Or cette membrane, représentant ce qu'on a désigné sous le nom de fibro-muqueuse, se compose essentiellement, ainsi qu'on l'a vu, d'une trame de tissu conjonctif avec divers éléments accessoires et d'un revêtement épithélial. Avec une telle constitution, on devra dans la gingivite observer toutes les formes d'inflammation des tissus analogues. Cette inflammation sera donc érythémateuse avec desquamation épithéliale, ou aphtheuse avec soulèvement par place de ce même revêtement, ou phlegmoneuse franche, ulcéreuse, pseudo-membraneuse, fongueuse, hypertrophique, etc. Mais ces désignations ne s'adressent qu'aux formes mêmes que présentent ces variétés. Il y a lieu cependant de tenir compte des causes multiples qui provoquent la maladie. C'est en tenant compte de ces deux points de vue que nous sommes arrivé à la classification résumée dans le tableau suivant :
IT
RAUMATIQUES .
[Essentielles. .
GINGIVITES
Toxiques.
SriiciFiQUES. .
GENCIVES (pathologie).
Avec dépôts charbonneux G. des fumeurs.
Avec dépôts de tartre G. tartrique.
I)e certaines industries G. des ouvriers verriers, etc.
Supcriicielle G. simple.
Superficielle localisée, érosion épi-
Ihéliale <^- aplitljouse.
Profonde, suppurée du derme. . . G. plilesmoneuse.
— avec fongosilés G. fongueuse.
— avec masses hypertro-
^ phiques G. hypertrophique.
[ G. mercurieile.
Sous l'inQuence de certains mcdi- \ ^- 'o^ique. eaments ou poisons spéciaux . . i G- pl'osphonque.
I G. cyanique.
\ G. fuchsinique, etc.
Ulcéreuse, épidémique G. ulcéro-merabrancuse.
Liée au scorbut G. scorbutique.
— à certaines pyrexies. .... G. gangreneuse.
— à la grossesse G. des femmes enceintes.
PREMIER GROUPE. GINGIVITES TRAUMATIOUES. A. Gingivite charbonneuse ou DES FUMEURS. Elle est causée essentiellement par les dépôts de particules charbonneuses qui se localisent au niveau du bord libre des gencives, sur le collet même des dents où ils produisent une irritation généralement légère de ce bord même et des languettes interdentaires. C'est elle que Gubler a désignée sous le nom de Liséré charbonneux [voy. article Bouche [Séméiologié], t. X, p. 251) ^ Toutefois ce terine conviendrait tout au plus aux cas dans lesquels le dépôt de particules charbonneuses est si faible qu'il colore simplement d'une ligne noirâtre le collet des dents sans causer d'inflammation gingivale. La gingivite commence à la rougeur et au décollement du bord festonné de la muqueuse, et c'est alors que s'accuse davantage le dépôt charbonneux dans l'interstice devenu libre entre la gencive et les surfaces dentaires. L'intensité de l'inflammation sera nécessairement proportionnelle à la quantité même de particules étrangères et aussi à l'action irritante directe des vapeurs et des produits de la combustion du tabac et du papier à cigarettes. Ceci explique le lieu d'élection de cette forme légère de gingivite, laquelle est ordinairement localisée aux régions ant<^rieures des deux mâchoires, rarement ailleurs.
Ces couches charbonneuses doivent encore être distinguées des autres dépôts
* Nous avons prononcé ici le nom de liséré charbonneux, bien que le terme soit parfaitement impi'opre en celte circonstance. 11 n'y a point ici en réalité de liseré dans l'acception ordinaire. Le liséré est une manifestation d'une action toxique qui appartient à l'absorption de certains poisons métalliques. L'empoisonnement par le plomb donne lieu au liséré type ou liséré saturnin. L'argyrie ou intoxication argentique produit un signe analogue. On a quelque peu disserté depuis quelques années sur le siège exact et sur la nature de ces lisérés. Plusieurs discussions à la Société de chirurgie [Bulletin, 1878, p. 147) et à la Société de biologie [Comptes rendus et Mémoires, 1878, p. 381) ont montré le désaccord assez profond qui sépare les observateurs. Pour MM. Cras (de Brest), Huet et Leloir, le liséré siégerait dans les couches superficielles du derme où il se produirait par passage des particules métalUques au travers des parois vasculaires par une sorte de diapédèse. MM. Rohiu etCadiat sembleraient disposés à se rallier à cette manière de voir. Pour nous, au contraire, nous sommes conduit par nos recherches à considérer ces dépôts métalliques comme ne dépassant pas en profondeur la couche épithéliale, de sorte que le /tseVe serait le résultat d'un double phénomène de réfraction au travers des cellules épithéliales et de réflexion sur la surface blanche des dents. Ce qui confirmerait cette manière de voir, c'est que le liséré ne se produit jamais sur les points des gencives dépourvus de dents. Quant à la nature même du liséré saturnin, il nous a été impossible, malgré le concours obligeant du professeur berthelot, de discerner s'il est constitué par du sulfure de plomb ou du plomb niétalhque libre. 11 n'existe pas de l'éactif différentiel pour établir cette distinction, du moins dans l'intérieur des tissus.
GENCIVES (pathologie). 255
si variés qui recouvrent la surface des dents; elles sont noires, faciles à détacher par le moindre grattage, et composées de grains amorphes insolubles dans tous les réactifs. Les autres dépôts dentaires sont d'une couleur fort différente : telles sont, par exemple, ces taches verdàtres si communes à la surface des dents humaines, et qui recouvrent la totalité des dents des herbivores. Ces dernières taches sont formées de particules amorphes qui proviennent de la matière colorante des végétaux. Divers réactifs les dissolvent, les acides, par exemple. A ces dépôts verdàtres nous devons ajouter encore les amas de mucosités et de débris alimentaires mêlés à des parasites nombreux et qui forment sur les dents des couches plus ou moins épaisses, dont la consistance et l'étendue augmentent fréquemment daus le cours des maladies aiguës, alors que surviennent l'inaction de la bouche et la suppression de la sécrétion salivaire.
C'est à ces masses croûteuses que les auteurs en général, et Gubler eu particulier, donnent le nom de mucus. Nous nous sommes plusieurs fois élevé contre cette iuterprétation. La bouche ne renferme, en effet, pas trace de mucus proprement dit. La muqueuse qui tiipisae cette cavité ne contient pas de glandes mucipares ; seules, les glandes et les glaudules salivaires versent un produit liquide dans la cavité, et c'est le mélange de ce liquide avec les débris alimentaires, les plaques épithéliales en desquauialion, les bouquets de leptothrix, les bactéries et les vibrions, etc., qui constituent les dépôts de la surface et du collet des dents, combinés ou non avec les amas de tartre.
Telle est eu deux mots la gingivite des fumeurs: irritation légère, exclusive au bord libre, et dépôts charbonneux sous-jacents.
Nous n'avons rien de plus à dire au point de vue symptomatologiqne de cette forme qui est, en définitive, l'une des plus superficielles des diverses variétés de gingivites.
B. GI^GIVITE TARTARiQUE. Cette fomic d'altération gingivale est essentiellement la conséquence de l'irritation causée au bord libre de la muqueuse par les dépôts de tartre, parfois si abondants qu'ils recouvrent certaines régions de dents et souvent même la presque totalité du bord alvéolaire.
Mais il faut que nous disions tout d'abord un mot de la nature et de la composition du tartre.
Le tartre est une masse concrète, pierreuse, ordinairement jaunâtre, susceptible d'acquérir une grande dureté et qui se dépose à la surface des dents. Les points où on l'observe spécialement sont, par ordre de fréquence : la face postérieure des dents antéro inférieures situées en regard de l'orifice des conduits excréteurs des glandes sous-maxillaires et sublinguales; la face externe des molaires supérieures, au voisinage de l'orifice du canal de Slénon, puis les molaires inférieures. il se dépose très-rarement à la face linguale des molaires des deux mâchoires, et ne se rencontre jamais à la face postérieure des dents antéro-supérieures, qui n'est pas baignée par la salive. Ces dépôts de tartre qui, lorsqu'ils sont abondants, deviennent l'indice d'une réaction alcaline habituelle de la salive, peuvent se produire en extrême abondance, surtout lorsque, par une cause quelconque, les dents d'un côté ne prennent plus part à la mastication devenue exclusive au côté opposé.
Nous avons vu les dépôts de tartre si épais parfois, qu'ils entouraient de toute part une série de dents enfoncées ainsi au milieu de la masse. C'est à ce phénomène que l'on doit rapporter les récits de Pline et d'autres auteurs anciens sur
256 GENCIVES (pathologie).
les cas des dents réunies et constituant alors, en apparence, une seule dent demi-circulaire pour chaque mâchoire.
Le tartre se compose principalement"] de matières minérales, phosphates et carbonates terreux, dont la proportion relative est très-variable, suivant les diverses analyses (Berzelius, Yauquelin, Bibra). Ainsi, tantôton trouve 60 pour 100 de phosphates, tantôt la même quantité à peu près de carbonates. Nous nous expliquons très-facilement ces différences dans les l'ésultats obtenus : ainsi, si le tartre analysé a été recueilli sur les grosses molaires supérieures qui se recouvrent particulièrement des dépôts de la salive parotidienne, il y aura prédominance de carbonates comme dans ce liquide lui-même. S'il a été extrait de la face postérieure des incisives inférieures, il sera riche en phosphates. Ces variations de composition chimique se retrouvent d'ailleurs dans la constitution des calculs salivaires, et y sont soumises à la même explication.
Les sels, carbonates ou [)hosphates, sont dans le tartre mélangés et réunis à une certaine proportion de matière organique, à des cellules épithéliales, des globules graisseux, des leucocytes, des algues fdiformes et des infusoires du genre vibrio et monas.
On a émis sur la formation du tartre diverses hypothèses.
M. Serres a admis l'existence de glandes tartariques siégeant dans l'épaisseur des gencives et ayant la propriété de sécréter le tartine des dents. L'observation anatomique n'a point démontré l'existence de ces glandes.
Cl. Bernard donne comme probable une explication qui ferait dépendre la formation du tartre d'une irritation du périoste alvéolo-dentaire à la suite du déchaussement des gencives ramollies par des fragments alimentaires pendant les actes delà mastication. 11 compare cette sécrétion à celle qui accompagne parfois la périostite des os.
Cette explication ne saurait être admise, et, outre qu'on ne peut attribuer au périoste dentaire aucune action sécrétante, il suffit pour la rejeter de remarquer que l'existence des dépôts de tartre se constate sur certains corps étrangers introduits dans la bouche comme des appareils de prothèse en l'absence complète des dents, et conséquemment du périoste dentaire.
Une troisième théorie est celle de M. Dumas, qui admet dans la bouche deux espèces de salive, l'une acide, l'autre alcaline que sursature la première. La salive acide tiendrait en dissolution les phosphates, et dès que l'acide serait saturé par la seconde salive alcaline, ceux-ci se précipiteraient.
Cette théorie ne nous paraît pas tout à fait conforme cà la vérité. Dans notre opinion, le tartre résulte d'un simple dépôt par précipitation des phosphates et carbonates terreux tenus en dissolution dans la salive, à la faveur de la matière organique avec laquelle ils sont combinés.
A leur arrivée dans la cavité buccale, les principes se dédoublant au contact de l'air et de la muqueuse, les sels insolubles dans l'eau se précipitent et se déposent à la surface des dents. Cette manière de voir est d'ailleurs celle que paraît avoir adoptée Gubler.
La quantité de tartre qui se dépose dans la bouche varie infiniment suivant les sujets, et ces différences, dans notre théorie, s'expliquent aisément. En effet, d'une part, les salives simples peuvent contenir, chez certains individus, une proportion moindre de sels terreux en dissolution, et le dépôt tartreux sera relativement faible; d'autre part le dépôt peut rencontrer, à mesure de sa précipitation à la surface des dents, une réaction accidentellement acide qui le neutralise
GENCIVES (pathologie). 257
et le fait entrer en dissolution dans la salive. Si, dans ce dernier cas, le dépôt déjà peu abondant se trouve en présence d'un milieu acide fort énergique, on retrouve encore au contact des dents, et malgré la neutralisation du tartre formé, une réaction acide qui entraîne des effets désastreux sur ces organes.
C'est ainsi que l'existence ou l'absence du tartre dans la boucbe présente dans l'histoire de diverses maladies une certaine signification. Très-abondant, il indique une réaction alcaline franche de la salive, ainsi que du milieu où se trouvent les dents, et si alors il exclut habituellement la carie de celles-ci, il devient la cause déterminante de la gingivite par simple excitation traumatique de la muqueuse. Très-rare, au contraire, ou absolument absent, il implique la réaction acide de la salive et du milieu oti se trouvent les dents avec toutes ses conséquences sur l'état de ces organes; puis entre ces deux états extrêmes se groupent des degrés avec prédominance plus faible, alcaline ou acide, et les résultats variés qui en résultent.
On pourrait objecter à cette théorie de la formation du tartre la grande disproportion, souvent observée, de phosphates terreux peu abondants dans la salive, tandis que le tartre en contient environ 60 pour 100. Cette objection n'est pas fondée, si l'on réfléchit que la quantité de salive sécrétée, en moyenne, en quarante-huit heures chez l'homme, est de 400 grammes environ, de sorte que, si peu que contiennent de phosphates les liquides salivaircs, la formation du tartre s'explique encore, car on sait que ce dépôt se produit avec une extrême lenteur, et qu'il faut souvent plusieurs années pour en former une couche d'une certaine épaisseur.
Les lieux d'élection des dépôts tartriques indiquent ainsi immédiatement les points qui seront particulièrement frappés de cette forme de gingivite ; mais nous devons dire, en outre, que d'autres circonstances accidentelles en favorisent encore singulièrement la production : ainsi la perte d'une ou plusieurs dents, certaines maladies de celles-ci, une carie, par exemple, ou parfois encore l'inaction complète, par simple négligence, de tout un côté de la bouche. C'est de la sorte que, les fonctions masticatoires ne s' exerçant que du côté opposé, la conséquence immédiate est que le côlé actif dépourvu de tout dépôt est entièrement normal, tandis que l'autre, encombré de masses calcaires, est aussitôt frappé de gingivite.
On voit que l'intensité de la lésion gingivale variera suivant la quantité de tartre déposé.
Dans les cas les plus bénins, c'est un simple bourrelet rougeâtre, décollé par la couche tartrique, qui a pour siège l'interstice de ce bord gingival et de la surface dentaire, c'est-à-dire le collet. On la lencontre très-fréquemment aux faces antérieure et postérieure du bord alvéolaire inférieur. La région opposée, l'antéro-supérieure, en est, comme nous l'avons dit, presque toujours exempte, en raison de l'absence de sécrétion salivaire sur ce point, et à cause aussi des mouvements incessants de la langue et de la lèvre qui balayent les surfaces.
Dans une forme même accentuée, c'est-à-dire avec un dépôt de tartre abondant, la lésion est plus étendue. C'est un bourrelet festonné avec déchaussement véritable des dents et dénudation d'une certaine hauteur de leur surface, laquelle est recouverte de la production calcaire, qui s'est substituée à la muqueuse elle-même. Les gencives prennent alors l'aspect fongueux; elles saignent au moindre attouchement.
Arrivée à cet état, la maladie se complique ordinairement d'un certain degré
nicT. Eîic. i" s. YII. I 7
25S GENCIVES (pathologie).
d'ébranlement et de déviation des dents, ce qui est dû à une propagation de rinflaramation au périoste alvéolo-dentaire. Mais à cet égard nous n'avons pas à nous étendre ici au sujet de la périostite elle-même, qui ne représente, en définitive, qu'un épiphénomène et une conséquence de l'alfection primitive et qui trouvera ailleurs sa description.
En résumé, les caractères essentiels et distinctifs de la gingivite tartarique résultent de la présence même du tartre en dépôts plus ou moins étendus et exclusivement localisés aux lieux d'élection de celte matière.
En ce qui concerne le trailement de cette forme particulière, sans vouloir ici préjuger sur les règles de thérapeutique que nous essayeroas d'établir plus loin pour la gingivite en général, nous pouvons dire au préalable que l'application de ces moyens devra être précédée invariablement de l'ablation pure et simple de ces dépôts. On devra, en outre, tenter la guérison des dispositions ou des lésions dentaires qui en ont causé la production et appliquer les moyens hygiéniques destinés à neutraliser chimiquement la production tartarique sur place ou à en empêcher le retour {vojj. Dentaire [Hygiène]).
G. Gingivite des ouvriers de diverses industries. Parmi les gingivites traumatiques se placent ici certaines iuQammalions de la muqueuse gingivale,. qui sont spéciales à quelques industries, sans préjudice d'ailleurs d'autres lésions du même ordre qui résultent de diverses intoxications et qui auront leur description dans les gingivites toxiques.
Parmi les gingivites auxquelles pourrait s'appliquer l'épithète d'industrielles, se place en premier lieu celle qui a été décrite pour la première fois par Putégnat. Elle a été observée par lui dans les tailleries de cristal de Baccarat, où 95 ouvriers sur 100 en seraient atteints à différents degrés.
L'auteur auquel nous empruntons cette courte description émet cette première remarque, que les diverses conditions de température, de nourriture, de genre de travail, semblent n'exercer aucune influence sur la production de la maladie, tandis que le simple séjour dans les tailleries paraît êlre la raison essentielle de son apparition.
Les caractères qu'elle affecte sont : une tuméfaction du bord libre des gencives, avec bourrelet en festons au niveau du collet et des interstices dentaires; la muqueuse est rouge d'abord, puis passe bientôt à la couleur bleue noirâtre. C'est une sorte de liséré avec épaississement et nullement assimilable, suivant PuU^gnat, au liséré saturnin. Celte distinction sur laquelle l'auteur insiste soigneusement était nécessaire, car l'industrie des vernis vitriliables pourrait, comme on pense, prêter à quelque assimilation avec les accidents dus aux préparations plombiques.
Du reste, il existe dans cette variété de gingivite une particularité locale trèsimportante à signaler, et qui en fournit, en quelque sorte, la nature étiologique : c'est que la maladie s'accompagne ou peut-être même est précédée de carie des collets des dents, caries qui arrivent rapidement à détruire la couronne, laquelle, sectionnée ainsi à ce niveau, se brise et tombe. Cette circonstance nous conduit tout d'abord à une conséquence particulière : c'est qu'on ne saurait assimiler la gingivite des ouvriers verriers à la gingivite tartarique, attendu que la présence du tartre et de la carie dentaire s'excluent d'ordinaire réciproquement.
La lésion décrite par Putégnat siège exclusivement au bord de la gencive, sans présenter d'extension au reste de la muqueuse buccale ni au périoste dentaire.
GENCIVES (pathologie). 259
Il suit de là qu'elle ne s'accompagne pas d'ébranlement, ni de chute des dents, conséquences assez fréquentes de plusieurs autres formes.
Dans la reclierche des causes de cette affection, Putégnat invoque, il est vrai , bien des circonstances, telles que l'humidité des ateliers, l'insuflisance de l'aération et diverses autres causes banales. Mais dans sa pensée il est évident que la cause essentielle est la présence dans les tailleries de ces poussières fines de verre qui en remplissent absolamsut l'atmosphère et se déposent au collet des dents, où leur présence amène la lésion traumatique dont il s'agit
Sans pouvoir produire ici aucune appréciation personnelle, nous nous rattachons absolument à cette manière de voir, et, si nous avions, en outre, à expliquer ici l'intervention de ces mêmes poussières dans la production concomitante de la carie du collet, nous y arriverions aisément.
D'ailleurs, cette pathogénie de la gingivite par les poussières de verre se rapproche de plusieurs autres explications analogues : ainsi, c'est un mécanisme du même genre qui produit l'ophlhalmie des casseurs de pierres, des charbonniers, et il convient encore de rappeler ici, à ce pjint de vue, que ces derniers, ainsi que les tailleurs de Baccarat, sont frappés d'une autre maladie bien plus grave et qui résulte encore de la présence de particules étrangères : nous voulons parler de ces dépôts qui se fixent dins les voies respiratoires et amènent une tuberculisalion à marche rapide (Putégnat).
Quoi qu'il en soit, cette gingivite des ouvriers verriers n'est pas la seule qui rentre dans les lésions industrielles de cet ordre. On en signale encore un certain nombre.
Telles seraient les gingivites observées chez les ouvriers employés aux préparations arsenicales, les fabricants de papiers peints, par exemple (Lnbert- Gourbeyre) ; celle des ouvriers des préparations ioJiqujs, phosphorées (Lebert et Wyss), celle des mineurs d'AlmaJen (Roussel); mais ce sont là des formes qui entrent plutôt dans les gingivites toxiques et qui seront décrites plus loin. La gingivite des tailleurs de Baccarat est, il est vrai, la seule qui soit jusqu'à présent bien nettement et nosologiquement décrite. Mais il en est certainement bien d'autres de caractère essentiellement traumatique.
Les ouvriers zingueurs employés au décapage sont exposés à une gingivite analogue, due aux émanations de vapeurs d'acide chlorhydrique.
Dans une autre industrie, celle des ouvriers chromateurs, MM. Ilillairet et Delpech ont signalé des lésions traumatiques de la muqueuse des fosses nasales, sous forme de véritables ulcérations résultant du dépôt de poussières irritantes de chromâtes. La gingivite toutefois n'a pas été observée par ces auteurs. Mais nous ne serions nullement surpris qu'elle fit partie des accidents de cet ordre. N'ayant toutefois à cet égard aucune expérience personnelle, nous nous bornons à présenter ces remarques, bien convaincu qu'il y a là au point de vue de l'hygiène prolessionnclle un champ d'études exploré jusqu'ici selon nous d'une manière insuffisante.
DEUXIÈME GROUPE. GINGIVITES ESSENTIELLES. Sous le terme de gingivites essentielles nous allons décrire les formes les plus simples et les plus franches de l'inflammation gingivale, celles oii le processus pathologique ne reste empreint d'aucun caractère étiologique ni spécifique bien défini. Toutefois, les variétés que nous faisons rentrer dans ce groupe ne constitusnt pas, à proprement parler, des maladies bien distinctes : elles représentent plutôt les
2GU GENCIVES (patiiolouie).
différentes périodes, les divers degrés d'intensilc du même processus inflammatoire. Il est même quelquefois possible d'observer la succession, sinon de toutes, du moins de quelques-unes d'entre elles. C'est ainsi que l'on peut constater le passage à l'état fongueux, puis à la forme hypertropliique, d'une gingivite qui était primitivement simple.
On verra, en outre, parles considérations étiologiques que nous présenterons, que plusieurs formes de gingivites essentielles pourraient assez légitimement rentrer dans la division des traumaliques. Telle serait, par exemple, celle qui accompagne la sortie des dents, et en particulier de la dent de sagesse inférieure. La distinction repose ici sur ce fait, que les gingivites traumatiques, ou du moins celles que nous avons décrites sous ce nom, sont toujours nécessairement liées à la présence de leur cause toute spéciale, qui imprime un caractère particulier à leurs lésions anatomiques. Les essentielles, au contraire, ne sont pas fatalement amenées par les causes qui peuvent les produire et, en tout cas, ne présentent rien dans leurs symptômes qui les y rattacbe nécessairement.
Ces observations faites, nous passons à l'étude de chacune des gingivites essentielles dans l'ordre qui leur est assigné par le tableau d'ensemble.
A. Gingivite simple. Nous avons défini cette forme : une inflammation superficielle de la muqueuse caractérisée par un trouble circulatoire qu'accompagne une exhalation séreuse, et, par suite de celle-ci, la chute du revêtement épithélial.
Toutes ces causes qui amènent la stomatite erythémateuse peuvent produire la gingivite simple. Nous devons mentionner à cet égard les irritations locales directes, telle que l'introduction dans la bouche de corps trop chauds ou trop froids, de substances irritantes, l'usage d'aliments trop épicés, de certains crustacés, etc., etc.
A vrai dire ces causes produisent plutôt la stomatite généralisée que la gingivite proprement dite. Toutefois dans la plupart des cas l'inflammation qui s'est produite sous ces influences se localise à la gencive.
Mais d'autres causes portent plus particulièrement leur action irritante sur la muqueuse gingivale proprement dite.
Parmi elles, une des plus fréquentes est la carie dentaire. Celle-ci en elfet, lorsqu'elle siège au voisinage de la gencive, peut par ses bords rugueux et irréguliers, ou par la présence de matières alimentaires ou autres qui se logent dans la cavité pathologique, déterminer sur la muqueuse en contact avec elle un état inflammatoire. Celui-ci, se propageant ensuite de proche en proche, peut atteindre toute l'étendue de la gencive du côte de la mâchoire où elle a pris naissance.
L'absence de soins de propreté peut agir dans le même sens en laissant séjourner dans les interstices des dents certains dépôts qui exercent sur les languettes interdentaires leur influence soit mécanique, soit chimique, par suite de leur décomposition. C'est peut-être par un mécanisme analogue que les dents trop serrées ont été considérées comme cause de gingivite. M. Després a tout récemment insisté sur ce point de vue étiologique, au sujet duquel nous reviendrons plus longuement en traitant du diagnostic.
Les appareils de prothèse sont eux-mêmes une cause assez fréquente de la
gingivite s:imple, soit qu'ils favorisent eu certains endroits raccumulation de
débris alimentaires, soit qu'ils produisent une irritation directe parleur contact.
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Il en est de même chez les enfants soumis à un traitement de déviation dentaire par les appareils orthopédiques.
Le travail de la dentition, et nous entendons par là la sortie de la couronne dentaire hors de la gencive, est encore considéré par beaucoup d'auteurs comme cause d'inflammation de cette muqueuse. Celle-ci, au moment où elle est traversée par la dent, se trouverait soulevée et toujours plus ou moins irritée par la pression qu'elle subit sur sa face profonde. On a remarqué en outre que cet accident, qui accompagnerait fréquemment l'éruption des dents antérieures, est à peu près inconnu pour les dents postérieures, pour les molaires, par exemple, dont la sortie passe presque toujours inaperçue, à l'exception toutefois de la dent de sagesse, dont les accidents sont spéciaux. La raison de cette différence doit être recherchée dans la structure du tissu gingival, qui n'est pas partout identique. En avant, la gencive est mince et représente une membrane dense et résistante par la compression de ses éléments anatoraiques, en même temps que par sa pauvreté en tissu cellulaire. En arrière les caractères sont tout opposés.
11 résulterait de ces fails que la muqueuse gingivale oppose à la sortie des dents un obstacle plus grand en avant qu'en arrière.
Nous ne voulons pas toutefois traiter ici la question des accidents dits do dentition si diversement interprétés, exagérés par les uns, complètement niés par les autres.
Disons seulement que, dans le cas particulier qui nous occupe, c'est la lésion éprouvée par la gencive au moment oii elle est traversée par la couronne qui serait le point de départ d'une inflammation tantôt localisée, tantôt se propageant à toute la muqueuse gingivale, et même à toute la bouche.
Il est cependant un mécanisme d'inflammation gingivale qui reste bien évident, c'est précisément celui qui peut survenir lors de l'éruption de la troisième grosse molaire inférieure ou dent de sagesse. Lorsque celle-ci effectue sa sortie hors de la mâchoire, la gencive qui la recouvre, soulevée et gonflée par le fait de l'irritation toute circonscrite que lui cause le contact de la couronne sousjacente, rencontre dans le rapprochement des mâchoires la dent supérieure correspondante qui la frappe et la triture incessamment dans les mouvements de la bouche.
H s'ensuit une inflammation toujours assez vive, qui peut s'étendre rapidement à la muqueuse adjacente et constituer ainsi ce que l'on peut appeler les accidents muqueux de la dent de sagesse, accidents souvent isolés et simples, mais parfois suivis d'un ensemble de phénomènes plus ou moins graves, phlegmon de la face ou du cou, fistules, ostéite, nécrose des mâchoires, etc., dont nous n'avons pas à nous occuper ici.
Le siège de la gingivite simple, lorsqu'elle n'est pas généralisée, varie poiu" ainsi diie avec chaque genre de cause. Mais, alors même que toute l'étendue de la gencive est envahie, il y a encore à déterminer le siège initial de l'inflammation qui est, la plupart du temps, le point précis où l'action irritante a porté son effet.
Cette détermination présente une grande importance, car il suffit souvent de porter le remède sur le lieu où a commencé la maladie pour la faire disparaître, alors que tout traitement dirigé sur les points de propagation resterait insuffisant. Telle est précisément l'inflammation provoquée par l'éruption de la dent de sagesse inférieure.
Dans la gingivite simple, les caractères anatomiques se confondent presque
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entièrement avec les symptômes objectifs qui sont de beaucoup les plus importants. Aussi croyons -nous devoir les rapprocher dans une description commune.
Au début de la maladie, la gencive devient le siège d'une sensation de chaleur, de cuisson, de picotement; elle est sèche, luisante, d'un rouge vif, et légèrement épaissie.
Peu de temps après, sa surface libre devient humide; il s'y fait une exhalation. Celle-ci soulève l'épithclium, qui forme une pellicule blanchâtre recouvrant par place la muqueuse enflammée.
Sur le bord libre de la gencive et sur la partie voisine de la dent se rencontre ordinairement un amas de mucosités, de débris de cellules épilhéliales, mêlés à tous les produits que l'on peut trouver dans Ja bouche. Ce n'est qu'après la chute ou l'ablation de cet cr.duit blanchâtre qui recouvre par place la surface de la gencive et qui masque entièrement son bord libre et le collet de la dent que l'on peut bien apprécier les symptômes objectifs de l'inflammation.
Par suite du trouble circul&Ioire dont ils sont le siège, les capillaires superficiels au derme, devenus turgescents, augmentent l'épaisseur de la gencive et particulièrement des languettes inlerdentaires. Celles-ci, atteintes dans toute leur épaisseur et sur leurs deux faces, sont décollées, soulevées en forme de petites tumeurs fongueuses tiès-saillanles, recouvrant une partie plus ou moins grande de la couronne. Par suite, le bord gingival présente une exagération des festons normaux qui le caractérisent, et il forme ainsi un relief assez cousidérable sur le plan de l'arcade dentaire.
En même temps que ces changements de volume et de forme du bord gingival, surviennent des modifications dans la coloration.
Le bord libre de la gencive présente un liséré rouge vif, large de 2 ou 5 milîimètres, qui est orflinairemcnt d'une grande netteté sur les gencives qui n'ont reçu aucune application médicamenteuse. Ce liséré suit le bord festonne de la gencive, sans varier de hauteur ou de nuance.
Dans tout le reste de son étendue la muqueuse enflummée offre une coloration rouge, plus ou moins foncée suivant l'intensité de l'inflammation, mais partout uniforme.
Lorsque la phlegmasie est ainsi localisée depuis plusieurs jours, le derme peut être complètement mis à nu, et l'on peut voir les papilles, ainsi que les anses des vaisseaux sanguins, fortement dilatés. La gencive saigne au moindre attouchement, soit des aliments, soit des doigts, de la langue ou des lèvres. Dans la gingivite simple, après la période initiale marquée par de la sécheresse, il y a toujours une production plus ou moins abondante de sérosité, à laquelle se joignent const;iniment quelques globules de pus. En même temps survient une hypersécrétion salivaire qui incommode fortement le malade. Alors l'haleine prend une odeur fétide assez accentuée.
Les phénomènes locaux de la gingivite, tels que nous venons de les décrire, peuvent s'accompagner d'accidents de voisinage du côté des lymphatiques.
Ce retentissement n'a guère lieu que lorsque l'inflammation siège sur les parties postérieures de l'arcade dentaire et avec une certaine intensité, notamment dans les cas liés à l'évolution de la dent de sagesse.
Les phénomènes subjectifs de la gingivite sont très-variables. Au début, la douleur est quelquefois nulle ; souvent elle consiste en une simple sensation de sécheresse, de cuisson.
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Elle devient plus franche ensuite, s'exaspère par le contact de l'air, des liquides, des mouvements de la langue, des lèvres.
Alors elle s'accompagne d'une espèce de gêne, d'embarras des mcâchoires, que calme parfois leur rapprochement. Cela indique évidemment une légère propagation de rinflammation au périoste alvéolo-dentaire, qui se trouve décongestionné par cette pression qu'exercent l'une sur l'autre les deux arcades dentaires.
L'inflammation simple de la gencive constitue presque toujours une affection purement locale. Ce n"est qu'exceptionnellement, dans les cas d'une intensité considérable, et chez des sujets d'ailleurs prédisposés, les enfants, les femmes très-impressionnables, qu'elle s'accompagne de pliénomènes généraux.
Lorsqu'elle n'est pas entretenue par la persistance de sa cause ; lorsqu'elle n'est pas le début d'une gingivite plus grave, elle a une durée en général assez courte. Mais assez souvent elle se transforme en l'une des variétés que nous allons décrire, lesquelles peuvent être dès lors considérées comme représentant tantôt l'état chronique, tantôt les complications de la maladie primitive.
B. Gingivite ArHTHEUSE. La forme que nous désignons sous ce nom est caractérisée anatomiquement par le développement d'aphlhes sur la muqueuse gingivale.
Le terme d'aphlhe n'a pas toujours eu la signification précise qu'il possède aujourd'hui. Les auteurs anciens (livres hippocratiques , Celse , etc.) l'employaient pour désigner indifféremment toutes les ulcérations de la muqueuse et la gangrène même de la bouche.
C'est Van Swietenqui, le premier, en restreignit le sens, l'appliquant uniquement à de petites ulcérations qui surviendraient dans la bouche, au niveau des folhcules muqueux.
Dans le Conipendmm de médecine se retrouve la même confusion des écrivains anciens, car on applique le mot d'aphthe à toutes les affections inflammatoires de la muqueuse buccale.
Les auteurs contemporains. Grisolle, Tardieu, etc., s'accordent généralement à ne considérer l'aphthe que comme une simple ulcération superficielle et limitée de la bouche ; Siraonet, et après lui Hardy et Béhier, ent font un herpès des muqueuses.
Cependant Worms, qui a consacré à cette légère affection une étude plus minutieuse, revient à l'idée de Yan Swieten et, localisant l'affection à l'orifice des follicules muqueux, l'appelle acné des muqueuses. Ce qui, selon cet auteur, caractériserait l'aphthe, c'est Texsudat de nature comme sébacée qui proviendrait du follicule muqueux lui-même frappé d'inflammation.
Pour nous, nous regarderons l'aphthe, avec Hardy et Béhier, comme une simple ulcération superficielle de la muqueuse, et le terme d'herpès des muqueuses rendrait exactement notre pensée.
En effet, l'interprétation de Van Swieten reprise par Worms repose sur une erreur anatomique, c'est-à-dire sur l'existence supposée dans la bouche de glandes ou glandules mucipares.
JNous avons déjà insisté plus haut sur ce point : la muqueuse qui tapisse hs lèvres et les joues ne contient, en fait d'appareil glandulaire, que des follicules isolés qui sécrètent non un mucus, mais de la salive proprement dite. Cette salive est même différente suivant les régions : ainsi, visqueuse et épaisse au plancher de la bouche et sur la plus grande partie de la muqueuse, elle est