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27i GÉOGRAPHIE MÉDICALE.
fièvre paludéenne pernicieuse, notamment par les observateurs français de ces pays. C'est spécialement ce qui a lieu pour nos possessions du Sénégal oii d'ailleui's le coup de chaleur a été signalé dans le cours de plusieurs expéditions militaires {voy. Sénégambie). Le coup de chaleur a été observé en Algérie, surtout dans les mêmes conditions qu'à la Sénégambie, par Delacoux, Perrier, par Haspel, etc. Les indigènes en sont les victimes comme les Européens.
Le coup de chaleur, quoique plus rare, est loin d'être inconnu en Europe. On l'a signalé dans plusieurs points riverains de la Méditerranée, aux îles Ioniennes, en Turquie (Iligler), en Sicile (Ziei'maun), en Espagne, en Italie parmi les moissonneuses au mois d'août, en France, notamment pendant l'été de 1859, dans la Haute-Garonne, en Belgique où l'on vit plus des deux tiers des hommes d'un régiment en marche être atteints de sunstroke; en Angleterre ainsi que dans les Pays-Bas. L'Allemagne a vu plus d'une fois ses campagnards du Wurtemberg et d'autres lieux ainsi que ses troupes en marche être frappés du coup de chaleur (Ârndt, Sur des militaires près de Berlin en 1870).
Le coup de soleil semble être devenu l'une des maladies accidentelles les moins rares pendant l'été dans les contrées chaudes de l'hémisphère nord-ouest du monde, aux États-Unis d'Amérique st même au Canada. Il est fréquent dans les États riverains du Golfe du Mexique, sur la côte orientale et dans les provnices et villes du nord-est de l'Union, à Philadelphia, à New-York, sur les bords des grands lacs, etc. 11 n'est pas rare au Mexique, dans les États du Centre-Amérique, à Panama. On le dit rare relativement dans les iles des Antilles, quoiqu'il y ait été souvent confondu avec les fièvres pernicieuses : il y a lieu de croire qu'il y est tout aussi fréquent que sur le continent. On a si"^nalé l'extrême rareté du coup de chaleur en Californie (A. Hirsch); mais plus récemment l'état des mineurs de cette contrée a souvent présenté des atïectioas graves que l'on attribue, non sans raison, à l'action combinée de la clialeur solaire et des miasmes telluriques. Le coup de soleil n'est pas rare dans les Guyanes, ni au Brésil (Sigaud, Mantegazza), pas plus qu'au Pérou (Tschudi) oij il est connu sous le nom à' Encephalitis insolationis : il a été fréquemment observé à Buenos-Ayres.
En Australie les insolations causent souvent la mort, sui'tout pendant les mois de décembre, janvier et février où la chaleur est très-élevée en l'absence de toute garantie de la part des arbres. Elles frappent, à Sydney, principalement sur les ouvriers assujettis par leur profession, à demeurer exposés au soleil, ainsi que sur les enfants dans les rues et sur les promenades (1876, Bourse).
On comprend, du reste, que la maladie étant d'ordinaire un accident concomitant de certains travaux (mineurs en plein air, ouvriers des chemins de fer, comme à la Yera-Cruz, couvreurs, moisonneurs, etc.), ou de certains exercices (comme parmi les troupes en campagne, pendant les marches forcées) et de certaines expéditions de guerre, il s'ensuit qu'elle s'est manifestée récemment et apparaîtra de nouveau dans un rapport et avec des conditions de géographie locale qu'il est impossible de prévoir, et en tout cas fort variées. C'est ainsi que les grandes manœuvres militaires en Europe ont fait éclater le coup de chaleur là où d'ordinaire on ne l'avait pas ou presque pas observé.
En résumé, le coup de chaleur n'a pas de patrie fixe : il n'est pas restreint dans des limites dont on a voulu vainement tixer les termes entre 52 et 34 degrés centigrades minima au thermomètre exposé à l'ombre. Il est manifeste d'abord que le thermomètre à l'ombre ne saurait donner la mesure de la
chaleur au milieu de laquelle est plongé le corps de l'homme sous les, rayons du soleil ou dans une atmosphère concentrée, rarétiée et viciée par la respiration d'un grand nombre d'individus, surtout quand ceux-ci sont surmenés par la fatigue et gènes par leurs vêtements. Or c'est dans toutes ces conditions qu'apparaît le plus fréquemment le coup de chaleur. L'h'umidité atmosphérique joue aussi son rôle e'tiologiquc, mais c'est un rôle accessoire.
Les races ne trouvent point grâce devant les atteiates du coup de chaleur. L'homme du Nord, dans les plaines de la Russie, l'Européen au milieu des sables de Berlin, sur les routes de Belgique, comme sur les esplanades de Paris; l'Américain des régions des grands lacs, comme le Mexicain des hauts plateaux, comme le Péruvien; l'Arabe d'Algérie comme l'Hindou combattant dans les plaines brûlantes du Gange contre ou pour les maîtres et dominateurs anglais, les nègres africains, quoique bien plus rarement cependant, tous les représentants des principaux types humains y compris les fds du ciel (vulgairement les Chinois), sont frappés par les flèches trop ardentes du soleil. Encore faut-il s'abstenir de cette dernière image qui consacrerait une erreur, car il est bien prouvé, par des faits les plus nombreux, que ce ne sont pas les rayons, mais la chaleur seule du soleil, la chaleur obscure, à l'ombre, par un temps . lourd, orageux, ou même clair et dégagé de toute fâcheuse influence apparente, qui causent la production du coup de chaleur.
Si les populations indigènes de l'Afrique sont moins sujettes au coup de chaleur que les blancs, on l'attribue, en partie du moins, à l'effet de l'acclimatement. Les non acclimatés et les nouveaux arrivés payent en effet, parmi les Européens, le plus de victimes à l'insolation dans les climats chauds, toutes choses égales d'ailleurs.
b. La maladie ou le syndrome décrit par quelques médecins navigateurs sous le nom de calenture (Beisser, Dissertation sur la calentitre, Paris J832) doit-elle trouver place ici, comme étant une forme du coup de chaleur observé à bord des navires? Cela est probable, quoique non sufiisamment établi.
c. Le ragle des Arabes ou hallucinations du désert, si admirablement retracé par d'Escayrnc de Lauture {Du ragle, Paris, 18.55), appartient encore à la catégolie des troubles a calore : mais il s'y mêle d'autres éléments, principalement la fatigue, la faiblesse et un surmenage des sens, surtout de la vue, par suite d'une déambulation trop prolongée, mieux d'une vectation énervairte dans le désert.
d. Comme faisant le pendant nux maladites a frigore, on a cité quelques maladies a calore : fièvres palustres très-graves des pays chauds, fièvres dites bilieuses, hépatites suppurées, dysenteries et diarrhées des pays tropicaux, fièvres climatiques des pays chauds, depuis la fièvre éphémère des climats torrides, par coi(p de chaud ou de chaleur, jusqu'à la fièvre jaune; exanthèmes cutanés comme les bourbouilles ou lichen tropicus, etc. A ces vues basées en partie sur des faits et partie aussi sur des théories s'appUquent les considérations que nous avons exposées au sujet des maladies réputées a frigore. Il n'est pas permis plus que ci-dessus, de ne pas tenir un grand compte de l'élément chaleur dont l'influence est manifeste sur la genèse des maladies sus-nommées : mais il faut se garder d'en faire une cause absolue et exclusive.
C. Maladies des altitudes. Les variations de la pression atmosphérique en excès ou en déficit quant au degré normal qui convient à la vie de l'homme et des animaux, entrament des troubles non moins graves que les précédents. Tous
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les médecins connaissent le mai des montagnes [voy. Altitudes), les accidents des aérostats, ainsi que les troubles également graves qui frappent les ouvriers obligés de travailler sous des pressions de cinq à huit atmosphères au fond des caisses nydrauliques.
Outre les accidents mécaniquement amenés par l'excès de pression, il pourrait advenir des accidents dus au fait de la trop grande tetision de l'oxygène, puisque Bert est parvenu à démontrer [in vitro) que ce gaz éminemment vital devenait un poison à doses trop massives. Mais les troubles physiques et mécaniques, vite subis par l'organisme d'ailleurs, empêcheront probablement l'homme d'en arriver jusque-là, c'est-à-dire de pouvoir supporter un nombre d'atmosphères suffisant pour s'empoisonner par l'excès même du gaz auquel il doit l'entretien quotidien de l'existence,
D. Phagédénisme tropical (ulcères de Cochinchine, plaies de l'Yémen ou du Iledjaz, ulcère de Mozambique, de la Guyane, delvéniéba, de Nouvelle-Calédonie, etc., etc.).
Cette affection ou cet ensemble d'affections qui ont été synthétisées sous le heureux àe phagédénisme des pays chauds (Leroy de Méricourt), embrasse un domaine géographique fort étendu et dont les limites ne peuvent encore être fixées définitivement. Cependant on ne les a rencontrées que sous les zones tropicales ou subtropicales. La synonymie variée de ces ulcérations en indique en même temps les principaux habitats. On les trouve en Arabie, sur la côte du Hedjaz, de l'Yémen, depuis Yambo à Moka où elles ont causé de grands ravages dans l'armée de ce pays (Lefèvre). Petit signala pour la première fois cette « plaie de l'Yémen » (1859-1845).
Azéma signala plus tard la même affection sur la côte Mozambique : elle existe à Mayotte (Grenet et Monestier) : l'ulcère de Kéniéba, au haut Sénégal, n'est pas autre chose (Thaly) : elle existerait encore dans l'intérieur chez les nègres du Bornou.
Le phagédénisme spécial désole la Cochinchine où il sévit de préfère nce sur les Européens, quoiqu'on le rencontre chez les Annamites. Il n'est guère moins répandu à Cayenne où il régnait sur le tiers des transportés en 1861 (Chapuis). De même il a été observé, quoique plus rarement, aux Antilles ainsi qu'à la Nouvelle-Calédonie. Enfin, suivant Ilirsch, beaucoup de plaies en Egypte, en Abyssinie et sur le littoral africain de la Méditerranée présenteraient l'aspect de la plaie de l'Yémen [voy. Phagédénisme).
E. De l'influence des pays chauds et des pays froids, et de celle des races
SDR la marche des PLAIES EN GÉNÉRAL ET SDR LES OPÉRATIONS. DanS leS régions
polaires le froid extrême et continu semble très-nuisible à la cicatrisation des plaies. Les plus légères écorchures s'excitent, s'ulcèrent, suintent, se compliquent fréquemment d'érysipèle, d'angioleucite, souvent même de scorbut. La cicatrisation est toujours fort lente : cependant la guérison est la règle, et le tétanos, à part peut-être certaines régions fort limitées, n'est pas plus commun que dans les pays tempérés. Il faut faire une exception en faveur de la mortalité infantile causée par le tétanos des nouveau-nés en Islande.
L'influence des pays chauds sur le traumatisme est bien plus complexe : car ici indépendamment des éléments climatériques il faut tenir compte des endémies et des races. On sait depuis longtemps qu'une température très-
élevée est tiivorablc à lu marche des plaies. Suns les tropiques la cicatrisation de celles-ci est plus rapide, et les résultats opératoires sont généralement meilleurs qu'en Europe. Les principales complications sont le tétanos et les liémorrliagies. La fièvre lraumali(iue est moins intense et moins longue que dans nos pays. Les érysipèles, les phlegmons diffus, la pyohémie et la septicémie sont extrêmement rares.
Quant à l'inlluence des endémies tropicales sur l'issue des traumatismes, elle est défavorable et dépressive. Mais elle n'est pas suffisamment étudiée.
Bref, si la haute chaleur des tropiques est très-favorable à la bonne marche des plaies, celle-ci est souvent entravée par les complications provenant des maladies locales, endémo-épidémiques. Mais il existe sur ce sujet bien des lacunes à combler.
Relativement à l'influence des races sur l'évolution des Iraumatismer, on sait que les nègres de l'Afrique et des Antilles, les Chinois, les Annamites et les Ciuiaques d'Océanie, offrent une heureuse résistance contre les accidents des phiies et qu'ils guérissent rapidement, facilement et sans réaction fébrile bien prononcées. On connaît d'ailleurs la propension des nègres et en général des races colorées aux accidents du tétanos. {Influence du climat et de la race sur les traumatismes, etc., par J. Rochard, Bull, de VAcad. de méd. 1877.)