GERARD DE CRÉMONE
Entre tous les traducteurs, Gérard de Crémone tient la première place, et l'on peut dire que son œuvre égale en importance celle de tous ses émules réunis.
C'est seulement depuis une trentaine d'années que l'on possède la liste complète et authentique de ses traductions, vaguement entrevue déjà depuis un siècle. M. Boncompagni l'a découverte dans un manuscrit de Rome, à la suite de la traduction de VArt médical de Galien, qui portait au moyen âge le titre d'irs par va ou de Tegni. L'idée nous vint alors de consulter les manuscrits de la Bibliothèque nationale, et nous tinîmes par rencontrer cette même liste accompagnant le Tegni dans le n° 14590 du loiids latin. Nous la découvrîmes plus tard dans un manuscrit de la Bibliothèque de la Faculté de médecine.
Cette liste est précédée d'une notice et suivie de quelques vers en l'honneur de Gérard. Dans quelques manuscrits on ne rencontre que la notice, dans d'autres l'indication seulement du nombre de ses traductions, ou même des pages en blanc.
On perdit ainsi l'habitude de transcrire ce document à la suite du Tegni. Ainsi qu'on nous l'apprend du reste, on eut l'idée de le placer là par la raison que Galien, à la suite de ÏArt médical, donne aussi l'énumération de ses écrits.
Ce document a une grande valeur historique. Il contient la série de 71 traductions exécutées par Gérard. Jusqu'alors on ignorait qu'une masse aussi tonsidérable de traductions ait été faite et mise en circulation dans le courant du douzième siècle.
La notice ajoute encore aux renseignements sur Gérard qu'avait fournis la Chronique de Pipini.
Gérard naquit à Crémone en 1114. On a voulu le faire naître à Carmone, en Espagne, mais celte opinion n'est plus soutenable. On lit, dans les vei's qui accompagnent la liste, celui-ci dont la mesure exige Crémone :
Hune sine consimili genuisse Cremona supei'bit.
Désireux de lire V Ahnageste, et ne le trouvant pas en Italie, Gérard se rendit à Tolède, où il passa peut-être un demi-siècle à apprendre la langue des Arabes et à traduire leurs ouvrages en latin. Il y mourut en 1187.
Citons im fragment de la notice :
« Voyant que les Arabes avaient utte abondance de livres dans toutes les scieuces, déplorant la pauvreté des Latins, il apprit l'arabe, afin de se consacrer aux traductions. Muni de cette double connaissance, à savoir de la science et de la langue, à l'instar d'un homme sage qui, parcourant une verte prairie, se fait une couronne, non pas de toutes les fleurs, mais des plus belles, il passa en revue la littérature arabe. »
Gérard fit en effet un choix judicieux. Dans la liste de ses traductions figure la fleur des mathématiciens, des astronomes, des philosophes et des médecins grecs et arabes. Ne pouvant donner ici la reproduction intégrale de cette liste, nous donnerons seulement tout à l'heure celle des traductions en matière de médecine.
Ce dut être une vie bien laborieuse que celle de Gérard, quand on songe à la multiplicité et à la variété des matières qu'il embrassa.
On a voulu dédoubler la personnalité de Gérard, et attribuer une partie de ses traductions à un autre Gérard, dit de Sabionetta.
Mais d'une part les renseignements que l'on nous donne sur ce dernier sont